3,5 étoiles, A

Antéchrista

Antéchrista d’Amélie Nothomb

Douzième roman d’Amélie Nothomb publié initialement en 2003.

Blanche est une adolescente complexée de 16 ans. Elle est mal dans sa peau, dans son corps, dans son université. Elle se laisse marcher sur les pieds et n’a jamais réussi à se faire d’ami. Un beau jour, Christa, une élève brillante, pose un regard sur elle. Christa est une jeune fille rayonnante, populaire et adulée. Blanche est subjuguée par son allure et se prend à espérer qu’elle soit son amie. Ses espérances seront comblées, mais voilà qu’elle sera la victime d’un engrenage terrible. Christa deviendra alors Antéchrista. Blanche sortira-t-elle grandie de cette aventure?

Cette petite histoire fut agréable à lire. J’avais une facilité à me mettre à la place de Blanche et j’étais mal pour elle. Les thèmes de l’amitié, de l’adolescence et des rapports parent-enfant sont le cœur de ce roman. Il démontre les relations difficiles à nouer à l’adolescence, les conséquences du regard des autres et la réaction des parents qui jugent leurs enfants à travers les amis qu’ils se font. On ressent bien l’incompréhension des parents de Blanche face à leur fille. Par contre, le fait qu’ils jettent leur dévolu sur Christa est moins senti, cette réaction est un peu « grosse ». La facilité avec laquelle ils renient leur fille pour Christa est tout simplement inconcevable.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 3 avril 2011

Huitième lecture de mon défi 26 livres – 26 auteurs édition 2011

La littérature dans ce roman :

  • « Christa avait dit que ma chambre ne ressemblait à rien. C’était exact : c’était de cette manière que cette pièce me ressemblait.
    Ses murs ne portaient ni portraits de chanteurs ni posters de créatures évanescentes et diaphanes : ils étaient nus comme l’intérieur de mon être.
    Aucun dépouillement spectaculaire pour autant, qui eût pu donner à croire que j’étais en avance pour mon âge : je ne l’étais pas. Des livres s’amoncelaient
    çà et là : ils me tenaient lieu d’identité. » Pages 54 et 55
  • « Jusqu’à ma rencontre avec Christa, l’un des bonheurs de ma vie d’adolescente avait consisté à lire : je me couchais sur mon lit avec un livre et je devenais le texte. Si le roman était de qualité, il me transformait en lui. S’il était médiocre, je n’en passais pas moins des heures merveilleuses, à me délecter de ce qui ne me plaisait pas en lui, à sourire des occasions manquées. » Page 61
  • « La lecture n’est pas un plaisir de substitution. Vue de l’extérieur, mon existence était squelettique ; vue de l’intérieur, elle inspirait ce qu’inspirent les appartements dont l’unique mobilier est une bibliothèque somptueusement remplie : la jalousie admirative pour qui ne s’embarrasse pas du superflu et regorge du nécessaire. » Page 61
  • « Personne ne me connaissait de l’intérieur : personne ne savait que je n’étais pas à plaindre, sauf moi – et cela me suffisait. Je profitais de mon invisibilité pour lire des jours entiers sans que personne s’en aperçût. » Page 61
  • « Il eût même préféré avoir pour rejeton un Alcibiade plutôt que cette fille éprise de littérature, rêveuse et solitaire. » Page 62
  • « Cependant, aussi longtemps que ces grâces me seraient refusées, je n’éprouvais pas de frustration à fleurir dans les livres : j’attendais mon heure, je tissais mes pétales avec du Stendhal et du Radiguet, qui ne me paraissaient pas les pires ingrédients de cette terre. Je ne vivais pas au rabais. » Pages 62 et 63
  • « Depuis Christa, la lecture tenait du coït interrompu : si elle me surprenait en train de lire, elle commençait par m’engueuler («toujours dans tes bouquins ! ») puis se mettait à me parler de mille choses sans intérêt aucun, qu’elle répétait invariablement quatre fois – comme je m’ennuyais ferme quand elle me baratinait, je n’avais d’autre dérivatif que compter ses redites et m’étonner de ce cycle quaternaire. » Page 63
  • « J’en étais arrivée à la conclusion que Christa souffrait d’une jalousie pathologique : quand elle me voyait heureuse avec un livre, il fallait qu’elle détruise ce bonheur, faute de pouvoir se l’approprier. » Page 64
  • « – Si tu me laisses terminer ma lecture, je te passerai ce bouquin.
    Elle ne pouvait pas attendre, elle me le prenait des mains, l’ouvrait n’importe où, lisait le milieu ou la fin (je n’osais lui montrer le mépris que m’inspiraient de telles pratiques), s’y installait avec une moue dubitative – j’allais me chercher un autre livre et à peine le texte avait-il serré ses bras autour de moi que j’entendais parler à nouveau de Marie-Rose ou de Jean-Michel. C’était insupportable.
    -Tu n’aimes pas ce roman ? lui demandais-je.
    – Je crois que je l’ai déjà lu.
    – Comment ça, tu crois ? Quand tu as mangé une tarte, tu sais si tu l’as mangée, non ?
    – C’est toi, la tarte. » Page 64 ou 65
  • « Comme il lui fallait le beurre et l’argent du beurre, elle se vantait de ses lectures devant mes parents. Ils tombaient dans tous ses panneaux et s’extasiaient :
    -Tu trouves le temps de lire, malgré tes études et ton travail de serveuse !
    – Ce n’est pas le cas de Blanche qui, à part lire, ne fait strictement rien.
    – Rends-nous service, Christa : arrache-la à ses bouquins, apprends-lui à vivre !
    – Si c’est pour vous rendre service, je vous promets d’essayer. » Page 65
  • « …c’était une demeure de notables, une belle grosse bâtisse du XIXe siècle, le genre de foyer confortable dans lequel on imagine
    les bourgeois des romans de Bernanos. » Page 121
  • « -Plutôt que de nous bâtir des romans, si nous téléphonions à son père ? proposai-je. » Page 125
  • « À quelque chose malheur est bon : chez moi, j’avais récupéré ma chambre et mon droit à la lecture. Jamais je ne lus autant qu’en cette période : je dévorais, tant pour compenser les carences passées que pour affronter la crise imminente. Ceux qui croient que lire est une fuite sont à l’opposé de la vérité : lire, c’est être mis en présence du réel dans son état le plus concentré – ce qui, bizarrement, est moins effrayant que d’avoir affaire à ses perpétuelles dilutions. » Page 143
  • « On se trompe quand on croit lire au hasard : ce fut à ce moment que je commençai à lire Bernanos, l’auteur dont j’avais exactement besoin. » Page 144
  • « Dans L’Imposture, je tombai sur cette phrase : «La médiocrité, c’est l’indifférence au bien et au mal. » » Page 144
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2 réflexions au sujet de “Antéchrista”

  1. Je pense que c’est un de mes préférés d’Amélie Nothomb. Comme toi, je me mettais à la place de Blanche et ça me faisait mal également.. Un bon roman.

  2. C’est le premier roman d’Amélie Nothomb que j’ai lu (Tuer le père m’attend patiemment dans ma bibliothèque…) et je l’ai trouvé très bien. C’est un récit en même temps torturé et très vrai.

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