0,5 étoile, P

Portrait d’amour perdu

Portrait d’amour perdu de Jean-Pierre Thibaudat.

Editions Sélect; Publié en 1978; 243 pages

Roman de Jean-Pierre Thibaudat paru initialement en 1978.

Pierre et Claudia sont des amis d’enfance, ils sont même sortis ensemble étant jeunes adultes. Leur relation n’a pas durée. L’introversion maladive de Pierre et le besoin insatiable de Claudia pour l’action en ont eu raison. Pour Pierre, Claudia est l’amour de sa vie mais il ne semble pas le réaliser. La mort tragique de celle-ci lui ouvre les yeux mais il est trop tard. Un après-midi d’automne, Pierre revient vers une ville qui fut la sienne. Il assistera aux funérailles de Claudia. À ce voyage, d’autres parcours émergent de la mémoire déjà brouillée de Pierre. Ainsi naissent et renaissent quelques portraits. Celui désormais détruit de Claudia, celui presque mythique de Cesare et celui obsessionnel de Florence. Entre l’Italie lointaine de Cesare, la province proche de Pierre et les voyages de Claudia, la narration noue ses nœuds d’imaginaire. Orphelin de tout, à la recherche de lui-même et d’une identité, Pierre rencontrera son ombre.

Je suis très déçu par ce roman. La lecture en est très difficile. Les phrases sont littéralement des paragraphes qui n’aident pas à comprendre les fragments de la mémoire de Pierre. De plus, ses pensées sautent du coq à l’âne au milieu des phrases. Ce texte nous égare entre la réalité, le présent, le passé et l’imaginaire. Tout au long de ma lecture, j’avais l’impression de lire un texte écrit en mode « écriture automatique ». Dans les cinquante premières pages, j’ai pensé que l’auteur nous présentait les pensées d’un jeune homme atteint de démence précoce ou d’Alzheimer. J’ai fini par faire une lecture superficielle des mots sans réellement m’attacher ni aux personnages, ni à l’histoire.

La note : 0,5 étoiles

Lecture terminée le 3 octobre 2011

Dix-huitième lecture de mon défi 26 livres – 26 auteurs édition 2011

La littérature dans ce roman :

  • « C’était pourtant le train de la même heure, et presque la même place, en tout cas le même regard un peu cassé, le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin. C’est vrai que tu ressembles à ce vers de monsieur Eluard, répétait Claudia, précédant toujours le nom du poète d’un « monsieur » sans aucune malice, mais par ce respect un peu mystique qu’elle attachait, non à la poésie, mais à ce poète, à lui seul, c’est toute une histoire, disait-elle, je te raconterai. » Page 11
  • « Il faudrait allumer le chauffage de ta chambre puisque ta tante est à Nice comme à chaque automne, aller chercher du bois dans l’appentis, faire un feu, même s’il fait bon, même si c’est encore une chaleur d’été, à cause d’un vers d’Eluard qu’elle t’avait u une fois, puis écrit au creux de la main comme le font les enfants, et qui depuis s’était ancré au plus profond de toi, un feu pour vivre mieux, Pierre, un feu pour être deux. » Page 17
  • « Longtemps Pierre avait parcouru cette contrée imaginaire, et Florence surtout qu’il reconstituait au travers des cartes postales écrites par Claudia dans les débuts et, ne recevant plus rien, au hasard des livres. » Page 18
  • « Son professeur, une vieille femme poudrée et pincée, sortait d’un sac verni noir des feuillets jaunis couverts d’une écriture fine et citait Bergson et Descartes à longueur de journée. Il aurait préféré Camus, ah, cette scène entre Rieux et Tarrou au bord de la mer ! » Page 32
  • « Il oublia Dieu, Camus et la philosophie, avec un détachement qui n’était que l’autre nom d’un orgueil teinté de mondanité. Il rêvait des héros de Stendhal et de Radiguet, jalousait moins leur succès que le seul fait d’avoir vu leur vie traversé d’événements. » Page 32
  • « Tard dans la nuit, il lisait à peu près n’importe quoi, dès lors que le titre était suivi du mot magique : roman. » Pages 32 et 33
  • « Au fil des années, les livres s’entassèrent dans sa chambre, il finit par les aimer autant pour leurs mots que pour leur odeur, le bruissement de leurs pages tournées dans le silence de la nuit, le craquement léger d’un volume neuf. Ouvrir un livre au hasard, lire quelques phrases, finirent par suffire à satisfaire ce qu’il appelait son bonheur. La faculté des lettres prolongea sa langueur, au ronron des amphithéâtres, à la moiteur rance des volumes reliés de la bibliothèque, aux heures de cours éparpillées par-ci par-là. » Page 33
  • « Bercé par ses livres, les films de l’Eden et la blanquette de veau de sa tante, Pierre finit par vivre entouré de silence, comme à l’écart du monde. La lecture de Rimbaud le bouscula quelques mois, il pensa devenir nègre, voyager, tout laisser tomber. » Page 35
  • « Il avait glané au hasard des rencontres quelques émotions, peut-être un chagrin, mais rien de cette force inconnue qui saurait l’anéantir pour mieux le faire renaître, rien de tout ce qu’il avait lu dans les romans, comme si sa vie était en retard sur le désir qu’il avait d’elle. » Page 35
  • « La porte s’était refermée et Pierre finit par remarquer la main qui enveloppait l’accoudoir du fauteuil Voltaire. » Page 52
  • « Pierre, souvent, en rentrant de l’école après l’étude, sautait la balustrade et venait se blottir contre sa chaise longue, sentant contre sa nuque la chaleur de ses jambes, lisant machinalement un des volumes de la bibliothèque verte que sa tante achetait chaque mois, léchant un roudoudou, et tu te sentais bien, Pierre, si bien. » Page 58
  • « Claudia saurait lui faire aimer cette ville, non parce qu’elle l’avait aimée elle-même, mais simplement parce que, comme autrefois quand ils lisaient des histoires, Pierre aimait entendre sa voix. » Pages 63 et 64
  • « Elle suivait du doigt les lignes d’un livre, je suivais ce lent va-et-vient qu’accompagnait tout le corps, comme si elle lisait et dansait les mots tout à la fois. J’étais à deux pas quand son livre tomba. Elle ne me savait pas si près. Elle se baissa, j’accourus, ensemble nos mains touchèrent le livre comme dans les scènes du cinéma » Pages 71 et 72
  • « Toute la nuit je t’ai regardée, murmurait une voix, la sienne. Ce vers d’Eluard n’en finissait pas d’enrouer sa gorge. » Page 76
  • « Pierre s’était juré de la regarder dormir jusqu’au matin sans se détourner, dans fermer les yeux, voulant aller au bout de leur jeu d’enfant et de ces nuits où, grimpé sur la balustrade, il la regardait là-bas, derrière la fenêtre, couchée dans son lit, feuilletant en désordre les pages du « Vaillant » de la semaine. » Page 77
  • « À une heure avancée de la nuit il entra, s’adossa contre la porte et demeura ainsi jusqu’au petit jour sans céder au sommeil, son orgueil triomphant de sa fatigue, simplement pour la regarder et lui dire ce vers d’Eluard qu’il avait lu la veille au soir après qu’elle lui ait dit comme ça, en passant, est-ce que tu as lu ça? Et que non, il n’avait pas lu ça. » Page 77
  • « Il passa devant « Chez Hélène », s’engagea dans la rue Balzac, la rue des riches comme on l’appelait, là où habitaient les Suaux, des gros propriétaires terriens qui mangeaient tous les petits et allaient à l’église le dimanche en Mercédès, des m’as-tu vu, disait Cesare, en crachant le bout de son cigarillo, et faut pas leur demander combien ils payent leurs journaliers. » Pages 77 et 78
  • « Clarisse aima Cesare comme elle avait aimé les héros de roman, et c’est cela qu’il était, là-bas dans son village à cause de la résistance et des macaronis, un héros, ou un véritable héros. » Page 86
  • « Pierre, qui lisait Le lys dans la vallée, au détour d’une phrase s’était souvenu de ce matin-là. » Page 107
  • « Pierre regardait Claudia, à demi endormie, un livre lui tombait des mains. Il relut le Lys, à mi-voix, pour que Claudia entend, ou peut-être seulement pour écouter, dans sa propre voix, ces mots comme venus du plus profond de lui-même : oui, ma vie est dominée par un fantôme, il se dessine vaguement au moindre mot qui le provoque, il s’agite souvent de lui-même au-dessus de moi. J’ai d’imposants souvenirs ensevelis au fond de mon âme comme des productions marines qui s’aperçoivent par les temps calmes et que les flots de la tempête jettent par fragments sur la grève. » Pages 108 et 109
  • « Du Lys il n’avait en mémoire que les deux derniers mots du passage qu’il avait chuchoté à Claudia, une phrase pourtant venue d’ailleurs, dans une autre histoire, une vie de papier mais qui l’avait touché au plus vif : je voudrais que ma confidence redoublât ta tendresse. À ce soir. » Page 109
  • « Mais Claudia ramassa son livre et le lui lança violemment. Pierre le reçut au ventre, regarda la couverture. C’était les Poèmes pour tous par Paul Eluard, écrit en lettres rouges et grises. Est-ce que tu as lu ça ? Claudia reprit le volume, l’ouvrit au hasard, et à son tour, lut : Brusquement c’est le désert. Et je me perds dans le noir. L’ennemi s’est révélé. Je suis seule dans ma chair. Je suis seul pour aimer. » Page 109
  • « Alors ils parlent des films qu’ils vont voir car ils ne manquent pas des  de l’Eden et des cinémas de la région, des livres qu’ils lisent, des peintres préférés, parfois des autres, mais jamais d’eux-mêmes. » Page 114
  • « Il n’a pas ôté son imperméable, il s’est assis dans le fauteuil Voltaire, comme Cesare la dernière fois, « la dernière fois ». » Page 119
  • « Nusch, dit Claudia, tu ne trouves pas qu’elle lui ressemble ? Et Pierre apprend ce nom qui lui semble étranger, Nusch. Claudia en parlerait comme d’une amie, sans rien connaître d’elle, se ce n’est une ou deux photographies et ce qu’elle imagine sous les poèmes de monsieur Eluard. Cette passion si exclusive pour le poète, Pierre n’en décela pas le mystère. Nusch, et plus encore Gala, il ne comprenait pas. » Page 122
  • « Écoute, Pierre, le Eluard c’était un pur, un vrai. Il alluma un cigarillo, se passa sa main dans les cheveux, et raconta l’histoire de ce jour, le premier, où il avait offert un livre à ma Clarisse que j’aime, son premier cadeau de fiancé, lui qui n’avait jamais été dans les écoles. C’était comme une victoire sur moi-même, petit, car il a fallu que je la ravale ma honte d’acheter un livre, et de poésie qui plus est, j’avais peur de me tromper, tu comprends, je connaissais presque rien à tous ces trucs. Mais ce gars-là, j’avais lu une de ses poésies dans un journal clandestin, à une époque où ça chauffait dur, et ça m’avait fait un choc, y a pas d’autre mot. » Pages 122 et 123
  • « Pierre se souvient mal de cette soirée après l’enterrement où Cesare, pour une fois, parle, non pas vraiment du Partie, mais de lui tout de même, par le biais d’Eluard qui a eu la chance de mourir avant les évènements, de ces salauds de Suaux qui ont même acheté la terre des Fourvier, il paraît, des camarades dont on n’a pas vu la couleur dans le défilé des poignées de main tout à l’heure, sauf le père Gilbert, le seul. » Page 136
  • « Par brides, mêlées à d’autres propos, elle en vint parfois à évoquer Clarisse, mais d’elle il n’y avait rien à dire sinon le vieillissement de sa beauté, la pérennité de ses manières, son goût des commérages qui tendait à s’accentuer, et une boulimie effrénée de lectures. » Page 149
  • « Il se plut à reconstruire sa vie comme dans les romans qu’il avait tant aimés lorsqu’il attendait Claudia mais sans le savoir. » Page 168
  • « Sur la cheminée Claudia avait ouvert un livre d’Eluard à la première page blanche où elle avait écrit, sans doute quelques jours avant, l’écriture semblait reposée, l’encre n’était plus bleu nuit comme pour la lettre, mais violette, ces quelques mots : Sur le chemin d’Amiens je me suis arrêtée à Paris, pour chercher ce livre, et je l’ai trouvé. Le voici pour toi. Il a notre âge, ou presque. Gala, Nusch, et puis Dominique, souviens-toi, Pierre, l’amour choisit l’amour sans changer de visage, mon amour. Pierre relut la lettre, puis la page du livre, et encore la lettre. » Page 173
  • « Il vit poindre à l’horizon le jeune homme qu’il n’était plus, celui des livres et des films de l’Eden, ce dandy, comme l’avait appelé Claudia en le voyant sur une photographie arborant une mine de mépris, dressé dans un costume pied-de-poule. » Page 177
  • « Non, Pierre ne faisait pas la gueule, d’ailleurs il ne faisait rien, ne souhaitant rien faire, n’ouvrant même plus un de ses livres, parce que lire lui demanderait un effort tandis qu’à l’Eden, dans la campagne ou « Chez Hélène », il lui suffisait d’être là, simplement là. » Page 186
  • « Au dos de la carte, Claudia avait tracé les seules lettres de son nom, sans autre commentaire, sans date, si bien qu’un instant Pierre crut avoir déjà vu et reçu cette carte, sa tante l’aurait retrouvée en feuilletant un volume égaré, mais non, la date du cachet leva toute ambiguïté, Claudia avait postée ce courrier il y avait seulement trois jours. » Page 188
  • « Il s’installa sous le regard bienveillant de la propriétaire dans une pièce qui, décorée de peintures rose et bleu pâle, n’avait rien de l’austère beauté des chambres d’étudiants dont Pierre avait lu la description chez Balzac. » Page 191
  • « Dans un grand amphithéâtre il vit un jour une vieille femme venir causer de Stendhal en robe de lamé, la moitié des étudiants prenait des notes et l’autre bayait aux corneilles. Pierre décida de ne pas choisir entre l’une ou l’autres de ces parties et s’en alla lire le Rouge et le Noir dans le jardin des Buttes-Chaumont, qu’il affectionnait pour ses allées imprévisibles. » Page 192
  • « Oui, par-delà Lisa revint la voix de Claudia, de derrière la lavande une lancinante odeur de musc et, comme portés par les nuages les poèmes de monsieur Eluard. » Page 202
  • « Pierre vient de retrouver Eluard, le ciel souvent se voit la nuit, et c’est lui qui maintenant demande : as-tu lu Eluard ? Et quoi ? dit Lisa qui n’aime lire que les livres d’images, la poésie non merci, c’est plein de gens tristes. Alors Pierre raconte Eluard comme Claudia le lui racontait, la rencontre de Nusch au sanatorium ou de Gala, il ne sait plus, confond les noms, les dates, les visages, le voyage à Davos et cette mort soudaine, le retour en catastrophe et, entre ses mains, cette rose qu’il jette dans la terre, les poings qu’il serre au fond de ses poches, oh oui, le temps déborde, disant Claudia pensant Lisa, bafouillant, s’excusant, se justifiant avant que Lise ne lui cloue le bec d’un baiser d’oiseau. » Pages 204 et 205
  • « Pierre et Lisa s’aiment de ne pas s’aimer, mais désespérément, comme si c’était toujours la dernière fois, comme si tout devait mourir loin des portails et des allées de buis, loin de la rivière et des livres, loin de ce vieil air de jazz, boogie-woogie de la mémoire, secouant leur mécanique d’automate, abrutis de fatigue, d’alcool et de sommeil, les obligeant à se lever pour une dernière danse avant ce goût aigre-doux du réveil que Pierre retrouverait en rêvant de la rencontrer, là-bas, à Florence, allongée, endormi, tressaillant devant cette ombre blanche qui ne bouge plus, silencieuse, elle aussi comme morte, sa robe noire jetée sur le canapé d’un velours rouge comme les rideaux du théâtre et dans son rêve pleurant comme un enfant en se frottant les yeux. » Page 206
  • « Voyager comme dans les romans, non pour oublier, car l’oubli s’arrime plus à une faillite du temps et du corps qu’à une simple décision, mais sans doute pour vous suivre, nous et elle, sur des chemins étrangers, cherchant à rencontrer quelque part, une ombre qui ressemble à la mienne, l’écho d’une parole, moi. » Page 220
  • « Grâce à lui nous vivons sans connaître l’automne, lisais-tu. Oui Claudia, les jours où tu lisais Eluard. « Savais-tu de qui parle-t-il ? » m’avais-tu demandé, devinant sans mal ma réponse, alors que ce vers s’adressait, comment le croire, à Staline, oui, tu te souviens, Staline ? Et ce poème, comme elle, vous l’acceptiez mal, mois pour son côté pompeux et officiel, qu’en raison du pourquoi de son existence. Car vous aussi, monsieur Eluard, on vous a joué une belle entourloupette, on vous a berné comme moi, Cesare, et vous avez bien fait de partir quand il était encore temps. » Pages 235 et 236
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