3 étoiles, A

Les anonymes

Les anonymes de R. J. Ellory

Éditions Le Livre de Poche (Thriller) no 32542 ~ Publié en 2012 ~ 730 pages

Sixième roman de R.J. Ellory paru initialement en 2008 sous le titre « A Simple Act of Violence ».

Washington, les corps de quatre femmes sont retrouvés à quelques jours d’intervalle. Les scènes de crime ont plusieurs similitudes. Les victimes ont été tabassées, ont un ruban munit d’une étiquette vierge de couleur différente autour du cou et une forte odeur de lavande flotte dans les pièces où sont retrouvé les corps. Un tueur en série serait-il à l’œuvre et tuera-t-il encore ? Lors de l’enquête, les inspecteurs Miller et Roth découvrent qu’une des victimes vivait sous une identité fabriquée de toutes pièces. Serait-elle sous programme de protection des témoins ? Qui sont ces quatre femmes que personne ne semble connaître, qui n’ont ni famille, ni ami et qui ont été tuées sans raison apparente ? L’enquête s’annonce difficile et complexe pour les inspecteurs Miller et Roth.

Roman d’enquête et politique désarçonnant. Ce qui m’a plu dans ce roman, c’est l’ascension d’une enquête policière classique qui plonge dans une intrigue politique d’envergure. Le récit de départ, celui des enquêtes sur les meurtres, est un prétexte pour nous conduire jusqu’aux secrets les mieux gardés du gouvernement américain. Ce deuxième récit nous plonge dans les complots politiques commis par les services secrets américains en Amérique centrale dans les années 1970 et 1980. Ce portrait des actes du gouvernement au Nicaragua est particulièrement noir et sans nuance. On y découvre entre autre les méthodes peu orthodoxes utilisées pour recruter les agents de la CIA et ce dans toutes les couches de la société. Les personnages et les relations interpersonnelles sont très bien détaillés et nous font apprécier les personnages principaux. Malheureusement, Ellory nous égard avec les détails sur les alliés, les ennemis ou encore le contexte géopolitique de l’époque. J’ai eu beaucoup de difficulté à adhérer à l’univers complexe proposé par Ellory.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 23 mai 2012

Lecture en tant que juré pour les Éditions Le livre de poche – Polar 2012 :

La littérature dans ce roman :

  • « Miller acquiesça. « Si vous avez quoi que ce soit, vous me tenez au courant ?
    — J’ai déjà quelque chose, annonça Reid en indiquant d’un signe de tête le petit meuble du téléphone près de l’entrée. Dans ce sac, là, il y a son passeport et une carte de bibliothèque. Elle est allée à la bibliothèque aujourd’hui même. Visiblement, elle a rendu quelques livres. Le passeport contient la seule photo d’elle que j’aie trouvée pour le moment. Vous aurez besoin d’une photo pour votre petite enquête de voisinage. Demandez peut-être à un de vos gars de la rafraîchir, histoire de lui enlever son aspect jaune et de donner au visage une apparence humaine. » Page 31
  • « Miller avait lu des livres, vu des films. Tout y paraissait toujours tellement simple. Quatre femmes mouraient, et un homme – un criminologue, peut-être un homme bourré de défauts et traînant derrière lui une réputation difficile – examinait les circonstances de ces morts et trouvait ce qui les reliait les unes aux autres, l’élément unique, particulier, sur lequel il braquait les projecteurs avant de dire : « Vous voyez ? Tout est là. Voilà ce qui va nous donner son nom. » Et il avait toujours raison, on retrouvait l’assassin, et le dénouement rendait toute l’affaire claire comme de l’eau de roche. » Page 48
  • « Miller posa les questions, Roth prit les notes. Julia Gibb ne connaissait pas Catherine Sheridan, pas plus que n’importe quel autre usager. Elle n’avait rien remarqué de suspect dans son comportement, mis à part le fait qu’elle avait rendu des livres sans en emprunter d’autres. « J’essaie de me rappeler si je lui ai dit quelque chose. Hier ? Hier, je crois que je n’ai pas prononcé un seul mot.
    — Quels livres a-t-elle rapportés ? demanda Miller
    — J’ai noté ça quelque part. Je sais que ça n’a pas grande importance, mais, vu ce qui s’est passé, j’ai pensé que ça pourrait intéresser quelqu’un. »
    Elle glissa à Miller une feuille de papier sur le guichet. Roth la ramassa, parcourut les titres des ouvrages – Bellefleur et Eux, de Joyce Carol Oates, Outremonde de DeLillo, et deux autres qu’il ne connaissait pas » Pages 68 et 69
  • « Alors qu’ils s’éloignaient de la bibliothèque, Miller comprit parfaitement l’effet que ces brefs instants produisaient. Ils servaient à lui rappeler l’existence des autres. Catherine Sheridan était une personne – avant sa mort, quelque part, elle avait vécu. Comme Julia Gibb. Des gens ordinaires regardaient la vie des autres exploser autour d’eux. Collisions d’humanité. Moments d’horreur. Personne n’y comprenait rien et souvent personne ne cherchait à comprendre. Miller avait maintenant dans sa poche la liste des tout derniers livres que Catherine Sheridan avait lus. Aurait-elle fait un autre choix, se demanda-t-il, si cette femme avait su qu’il s’agirait là des dernières lignes qu’elle lirait jamais ? Réflexion étrange, certes, mais qui, à la lumière de ce qui s’était passé, ne faisait que confirmer le caractère fragile et imprévisible de la vie. » Pages 69 et 70
  • « Donc elle va à la bibliothèque, résuma Roth ; elle rend ses bouquins et n’en emprunte aucun. Elle va ensuite au deli, et tout ça à pied, a priori. Là, elle achète du pain, du beurre et du fromage, mais ne rentre pas chez elle avant 16 h 30, environ. » Page 71
  • « Parmi les voitures de service Miller jeta son dévolu sur une berline parfaitement ordinaire. Il rentra chez lui, la tête remplie de textes, de notes d’entretien, de rapports de police, de détails manquants qui lui sautaient aux yeux et lui rappelaient à quel point les analyses préliminaires sur les scènes de crime avaient été superficielles et bâclées. Il en avait été ainsi avec Margaret Mosley, avec Ann Rayner, avec Barbara Lee. Mais il n’en irait pas ainsi avec Catherine Sheridan – avec les livres qu’elle avait rendus à la bibliothèque, les produits achetés au deli et qu’elle n’avait pas consommés, le rapport sexuel qu’elle avait eu avec un inconnu entre 10 h 30 et 16 heures. » Page 90
  • « Marilyn Hemmings haussa les épaules. « Vous m’avez demandé mon avis, point final. Il y a donc eu une séquence différente, ou une manière différente de faire la même chose. Est-ce que je peux me lever devant le juge et jurer solennellement sur la Bible que le type qui a tué les trois premières n’est pas celui qui a tué Catherine Sheridan ? » Page 125
  • « L’hiver s’était installé. Comment disait le poète, déjà ? « Les minutes traînent, les heures filent, les années s’envolent, les décennies assomment. Le printemps nous charme, l’été nous enchante, l’automne nous comble, l’hiver nous tue. » » Pages 147 et 148
  • « Sa mère survécut deux ans, le temps de voir Robert décrocher son diplôme, puis gravir rapidement les échelons de la police, devenir un homme sérieux et grave, et passer tout son temps dans les bouquins au lieu de voir les filles, de sortir avec ses copains ou de faire des mondanités. Elle s’en inquiéta un peu, comme si, Ed disparu, elle avait repris le flambeau ; pourtant rien ne changea. » Page 149
  • « Les cours sont terminés. Je suis en train de ranger des livres dans mon sac et d’épousseter la craie sur les manches de ma veste.
    Je me retourne et je regarde le tableau sur lequel j’ai noté – bien visible – une phrase très célèbre.
    « L’injustice où qu’elle soit menace partout la justice. »
    Je crois que nous avons tué l’homme qui a dit ça. » Page 156
  • « Don Carvalho était maître de son destin – du moins c’est ainsi que je le voyais. Il savait tout. Putain, il ne devait pas avoir plus de 28 ou 29 ans, mais j’avais l’impression qu’il savait tout ce qu’il fallait savoir sur l’essentiel. Don était un magicien, un sorcier, un porte-parole des minorités opprimées, un politicien, un rebelle, un insurgé, un terroriste spirituel au service des esthètes. Don était là pour parler de Camus et de Dostoïevski, de Soljénitsyne, de Soloviev, de Descartes, de Kerouac, de Ken Kesey, de Raymond Chandler, des films d’Edward G. Robinson. » Pages 198 et 199
  • « Mes mains étaient moites. Je portais dans les bras un tas de livres, et je les sentais glisser lentement. » Page 231
  • « Alors je fis passer ma pile de livres de ma main droite à ma main gauche. » Page 231
  • « « C’est un type bien », m’avait dit Catherine la veille. Elle portait de nouveau son béret turquoise, elle était en route pour quelque part, elle tenait des livres sous le bras, et tout ça aurait pu ressembler à une scène sur n’importe quel campus universitaire de la côte est. » Page 270
  • « — La vérité, c’est que tout ça est plus grand que nous deux, plus grand que n’importe qui ici. C’est comme la vieille formule, pas vrai ? Le tout est plus que la somme de ses parties. Tu as déjà lu du Truman Capote ? Figure-toi qu’il a écrit un livre qui s’appelle Prières exaucées. Le titre s’inspirait d’un vieux dicton, un truc comme quoi les prières exaucées font couler plus de larmes que les prières non exaucées. Tu piges » Pages 288 et 289
  • « — Il n’a pas fait ce qui lui chantait. Il a fait ce qu’il se sentait obligé de faire. Avec ces types-là, dans ce genre d’affaires, on est aux antipodes du plaisir. Vous avez déjà lu de la littérature sur la question ?
    — Uniquement les ouvrages obligatoires…
    — Là », dit Hemmings en montrant une étagère au-dessus du meuble de classement.
    De là où il se trouvait, Miller put lire les titres de plusieurs livres : L’Enquête pour crime : stratégies, procédures et techniques scientifiques, par Geberth ; Ceux qui combattent les monstres, par Ressler et Shachtman ; Le Profiling criminel : introduction à l’analyse de la preuve comportementale, par Turvey ; Les Crimes sexuels : schémas et mobiles, par Burgess et Douglas, et enfin Le Tueur est parmi nous : une analyse du meurtre en série et de son enquête, par Egger.
    « C’est un de mes petits hobbies, expliqua Hemmings. Une passion personnelle, si vous préférez. » Pages 311 et 312
  • « En octobre de la même année, soit deux mois avant que je reparte, l’Associated Press révéla l’existence d’un manuel d’entraînement, long de quatre-vingt-dix pages, intitulé Opérations psychologiques dans le cadre de la guérilla. Ce manuel fut authentifié par la commission du renseignement au Congrès comme étant un texte pondu par la CIA à destination des Contras. Je puis vous garantir que ce manuel était, en effet, tout à fait authentique. Les chapitres concernant l’assassinat déguisé et le travail du franc-tireur, c’est moi qui les ai écrits. » Page 357
  • « Encore aujourd’hui, nous sommes sous le coup d’une condamnation par la Cour internationale de justice, basée à La Haye, pour « l’emploi illégitime de la force » au Nicaragua.
    J’ai lu, il y a quelque temps, un rapport rédigé par un analyste du Pentagone. Il affirmait de manière catégorique, sans la moindre réserve, que la politique américaine au Nicaragua constituait un modèle d’intervention réussie dans le tiers-monde. Il disait : « Elle figurera dans les manuels scolaires. » » Page 358
  • « En le regardant à leur tour, ces inconnus ne virent rien d’autre qu’un homme bien habillé, d’âge mûr – peut-être un peu moins de 50 ans –, avec toutefois quelque chose qui rendait son âge difficile à déterminer précisément. Ils virent son costume sombre, sa chemise bleue, la mallette en cuir marron qu’il tenait, le pardessus replié sur son bras. Ils virent ses cheveux grisonnants qui tombaient jusqu’au cou, le visage – peut-être beau, peut-être pas, mais en tout cas une gueule – d’un homme qui avait vécu, qui avait des histoires à raconter, toutes susceptibles de provoquer des réactions fortes. Ils auraient pu le prendre pour un promoteur immobilier accompli ou un scénariste, un poète, un auteur de romans complexes et raffinés sur les rapports humains, que peu de gens comprendraient mais que les happy few considéreraient comme un génie, comme un homme clairvoyant, sage et courageux. Mais peut-être qu’il n’était rien de tout cela. Un simple individu, comme eux. Un type normal, ordinaire, qui bossait de 9 à 5, le genre à boire un petit café avant d’aller au boulot. » Pages 412 et 413
  • « Hormis le bruissement du CV qu’Edgewood remettait dans le dossier, un silence parfait s’installa dans la pièce.
    « Et il a écrit des livres, disiez-vous ? demanda Littman.
    — Oui, inspecteur. Quelques-uns.
    — Sous son nom ou sous pseudonyme ?
    — Sous son nom. »
    Edgewood se leva de son bureau et s’approcha du mur tapissé de bibliothèques. Après un rapide survol des rayonnages, il en sortit deux minces ouvrages qu’il tendit à Littman.
    « Simple comme bonjour, lut Littman
    — Et le deuxième, dit Edgewood, s’appelle Un monstre.
    — De quel genre de livres s’agit-il ? voulut savoir Riehl.
    — Quel genre ?
    — Oui… Enfin, vous savez, des thrillers, des livres d’horreur, des romans à l’eau de rose ? »
    Edgewood lui lança un sourire aimable. « Ce n’est ni du John Grisham ni du Dan Brown. Ni du Nora Roberts. Non, le Pr Robey écrit des textes exigeants. Son premier livre a figuré sur la liste du Pulitzer l’année de sa parution.
    — Et le deuxième ? » demanda Riehl.
    Edgewood secoua la tête. « Le deuxième a choqué un peu trop de monde pour être apprécié à sa juste valeur. Le Pr Robey a écrit des choses que certaines personnes n’ont pas du tout appréciées.
    — Par exemple ? demanda Littman, le sourcil froncé.
    — Ouvrez le livre et lisez la première ligne de l’avant-propos. »
    Littman s’exécuta et lut à voix haute. « “Parmi toutes les organisations internationales, l’Église catholique est la plus riche et la CIA, la plus puissante. Quant à savoir laquelle, des deux, est la plus corrompue, le débat reste toujours ouvert.” »
    Edgewood rit tout seul. « Ceci, messieurs, n’est pas la phrase d’ouverture d’un livre susceptible de remporter le prix Pulitzer. » Pages 419 et420
  • « « Le monde universitaire est un monde particulier, messieurs. Quand vous trouvez votre bonheur dans les poursuites en voiture ou les échanges de coups de feu, nous autres, nous le trouvons dans des choses beaucoup plus graves et cérébrales. Un nouveau texte de Norman Mailer. Un recueil inédit d’Emily Dickinson. » » Page 423
  • « — Nous finissons toujours par parler du livre que je menace sans cesse d’écrire.
    — Vous écrivez un livre ?
    — Je menace d’écrire un livre, inspecteur. Le Pr Robey est ma conscience littéraire, mon tyran. Il me presse d’écrire mais moi, en revanche, je ne suis pas pressé. Je rationalise tout, je me justifie, et lui me rétorque que mes excuses sont encore moins crédibles que celles de ses étudiants. Nous en rions, mais je sais qu’il dit ça pour mon bien. » » Page 426
  • « — Vous êtes au courant qu’il est très intelligent, pas vrai ? Il enseigne à l’université, il a écrit des livres et tout et tout. C’est Per qui m’en a parlé. John ne m’a jamais rien dit mais, en même temps, ce n’est pas le genre de type à raconter sa vie. » Page 446
  • « — Très bien, très bien, conclut Lassiter. Restons calmes. On ne tire aucune conclusion. Ce n’est pas parce qu’il ne veut pas qu’on sache ce qu’il fait de ses samedis après-midi qu’il en devient pour autant Hannibal Lecter. » Page 451
  • « — Rien. Il n’a jamais été arrêté, il n’a même pas reçu la moindre amende. Son nom figure dans les dossiers de la Sécurité sociale, dans les cadastres, dans deux ou trois organismes affiliés à l’université, et si on creuse un peu plus loin, on trouve aussi des choses sur lui en tant qu’auteur. Il a écrit deux bouquins, le dernier paru en 2001. Il ne semble pas avoir donné beaucoup d’interviews. Visiblement, il l’a joué discret. Bien entendu, comme on n’a pas ses empreintes digitales, impossible de vérifier dans le fichier des empreintes ou ailleurs. Mais pour le moment, jusqu’à preuve du contraire, il est blanc comme neige. » Page 471
  • « « Vous savez, pour décrire une chose que l’on regrette d’avoir créée, on parle souvent d’un monstre.
    — Le titre de votre livre », dit Miller. » Page 480
  • « Vous savez ce que disait Machiavel à propos de la guerre ?
    — Je vous écoute.
    — Il disait : “La guerre ne peut être évitée. Elle peut seulement être repoussée à l’avantage de l’ennemi.” C’est exactement ce qu’on a appliqué au Nicaragua. On n’a pas repoussé la guerre et donné l’avantage aux sandinistes. On leur a fait la guerre. » » Page 488
  • « Je n’avais aucune raison de me mettre à courir. Mais je me suis mis à courir. Comme Forrest Gump. » Page 557
  • « Je courais autour de la Shaw-Howard University. Je regardais les jeunes gens porter des livres, des sacs et des sacoches, des lecteurs CD, des iPod, des lecteurs MP3, avec cette jeunesse et cette vigueur, cette sorte de foi en eux-mêmes qui leur faisait penser qu’ils feraient quelque chose de leur vie. » Page 557
  • « Et je me disais : « Dans tes rêves les plus fous, quand tu laisses le fil de tes pensées dériver, il y a toujours un endroit vers lequel tu retournes. » Et je repensais à tout ça, je me rappelais les lieux que j’avais vus, et elle était toujours présente – avec son sourire, sa chaleur et son humanité, sa passion pour les bérets aux couleurs bizarres.
    Quelle était la phrase de Kafka, déjà ? « Une cage allait à la recherche d’un oiseau. »
    Et la cage m’a retrouvé, attirante, séduisante, et toutes ses promesses se sont révélées des mensonges. » Page 559
  • « La bibliothèque. Un des tout derniers endroits où s’était rendue Catherine Sheridan. Là même où elle avait rendu les livres. Les livres…
    Il baissa la tête. Il était vêtu du même pardessus qu’il portait le dimanche ayant suivi l’assassinat de Catherine Sheridan.
    Dans sa poche gauche, il retrouva le petit bout de papier que lui avait donné Julia Gibb. Pas une seconde, il n’avait pensé que cela eût un sens – jusqu’à cet instant précis, jusqu’à ce que John Robey le ramène à la bibliothèque.
    Pourquoi ?
    Peut-être pour lui dire quelque chose.
    Miller relut le bout de papier, les titres notés par Julia Gibb avec cette écriture bien nette de bibliothécaire.
    Ravelstein de Saul Bellow, deux livres de Joyce Carol Oates – Bellefleur et Eux –, Outremonde de DeLillo et Yentl et autres nouvelles par Isaac B. Singer.
    Miller relut la liste plusieurs fois. Puis il marcha, et son allure s’accéléra jusqu’à devenir un pas de course.
    Les livres. Elle avait rendu les livres mais n’en avait repris aucun.
    Ravelstein. Outremonde. Bellefleur. Eux. Yentl. C’était bête comme chou. D’une simplicité désarmante. Les titres formaient son nom : R-O-B-E-Y. Les livres avaient un rapport avec John Robey.
    Catherine les avait rendus pour parler de Robey. » Pages 565 et 566
  • « Pendant que Julia Gibb rassemblait les cinq livres rendus par Catherine Sheridan, Miller attendait devant le guichet. » Page 576
  • « Sans pour autant comprendre l’importance réelle que revêtaient ces cinq livres, il n’avait d’autre choix que de les mettre à l’abri, de les rapporter au commissariat et de voir s’ils ne recelaient pas un indice, peut-être un message laissé par Catherine Sheridan. » Page 576
  • « Mais, surtout, cela prouvait que Catherine Sheridan savait qu’elle allait mourir. Elle avait rendu les livres avant de se faire assassiner. Or Miller ne croyait pas aux coïncidences. » Pages 576 et 577
  • « Au moment où Julia Gibb surgit de derrière le rayonnage le plus proche, les bras chargés de livres, le bipeur de Miller vibra. Il jeta un coup d’œil dessus. C’était Roth. Il l’éteignit. Roth pouvait bien attendre jusqu’à son retour au no 2.
    « Voilà, inspecteur, dit Julia Gibb. Vous avez de la chance. Personne ne les a repris entre-temps. »
    Miller la remercia, prit les livres et se dirigea vers la sortie.
    « J’imagine évidemment que vous nous les rendrez, lança-t-elle dans son dos.
    — Au plus vite.
    — Je ne m’inquiète pas pour les quatre premiers, mais le Singer est épuisé… Très difficile à trouver, voyez-vous ?
    — Je ferai très attention. Je vous les rapporterai dès que possible. »
    Après avoir failli faire tomber les livres en franchissant la porte de profil, Miller se précipita dehors, traversa la 7e Rue et s’engouffra dans New York Avenue, direction le commissariat no 2. Encore deux rues et il était déjà à bout de souffle, pressé d’entendre ce que Roth avait à lui raconter, de voir ce qui se cachait à l’intérieur de ces livres. » Pages 577 et 578
  • « Il déposa les livres sur le premier bureau venu et hésita un instant. » Page 579
  • « — Et ces bouquins ?
    — Ce sont ceux que Catherine Sheridan a rendus le matin même de sa mort. Robey voulait que j’aille les récupérer à la bibliothèque…
    — Pourquoi donc ?
    — Je l’ignore… Il y en a cinq. La première lettre de chacun des titres forme le nom de Robey. Je pense qu’ils contiennent quelque chose… Un message, peut-être, que sais-je ?… »
    Nanci Cohen intervint. « Donc elle savait qu’il allait la tuer ? »
    Elle se leva, s’avança vers Miller et prit un des livres. Elle l’ouvrit, le feuilleta, le retourna et le secoua pour voir s’il en tombait quelque chose. Rien. Elle renouvela l’opération avec les quatre autres. Roth et Metz la rejoignirent et inspectèrent à leur tour les ouvrages. » Page 580
  • « Nanci Cohen reposa le dernier livre. « Ce qui m’étonne le plus, c’est que vous l’ayez eu sous la main et que vous l’ayez perdu… » Page 580
  • « Lassiter revint vers Miller. « Examinez ces bouquins avec Roth et les autres. Voyez ce que vous pouvez en tirer. » Page 581
  • « « On prend chacun un livre », dit Miller. Il jeta son dévolu sur Bellefleur, de Joyce Carol Oates. » Page 581
  • « Littman remarqua de petits signes au bas de certaines pages, comme des marques de stylo au-dessus des numéros. Il avait en main le Ravelstein de Saul Bellow. Dès qu’il en parla, Feshbach nota la même chose dans le livre qu’il tenait : de minuscules traces de stylo qui surlignaient un numéro de page, puis un autre, et encore un autre. Épluchant les livres page après page, les cinq inspecteurs purent recopier la série de chiffres tels qu’ils se présentaient.
    « Une sorte de code, observa Miller. Un cryptogramme, peut-être…
    — Avec des lettres, aussi, fit Riehl. J’ai deux lettres marquées sur une page, là, et puis une série de six numéros, et encore deux lettres, et une série de cinq numéros.
    — Note-les dans l’ordre où tu les trouves. »
    Miller fit la même chose. Page 1 : « Dans l’aile océanienne du Louvre, je le vis : le totem. »
    Une marque au-dessus du a de « océanienne », puis, septième ligne : « Sauf que le nourrisson n’était qu’une tête, grosse et ronde à un point grotesque. » Une marque au-dessus du dernier q.
    Miller trouva d’autres marques au-dessus de plusieurs numéros de page : le 1 de 10, le 2 de 12, le 5 de 15, le 9 de 19, enfin le 8 de 28.
    Il recopia la série dans l’ordre : a q 1 2 5 9 8.
    Une autre apparut : gj 6 6 9 9 ; puis une autre : b d 7 14 99.
    « Des dates, dit-il. Ce sont des dates, non ? » Il regarda Roth. « On en a trois, ici… Le 5 décembre 1998, le 6 juin 1999 et le 14 juillet 1999.
    — Et les lettres ?
    — Des initiales, intervint Riehl. Tu paries que ce sont des initiales ?
    — Nom de Dieu !… soupira Miller. Des noms et des dates. Des putains de noms et de dates…
    — Il ne faut surtout pas en rater un seul, dit Roth. Sinon ça fout tout en l’air.
    — On passe chaque livre au peigne fin, décida Miller. On note dans l’ordre toutes les lettres et tous les numéros. Ensuite, chacun donne son livre à un collègue, histoire d’être sûrs qu’on ne s’est pas gourés. » » Pages 583 et 584
  • « Il voulait que les livres crachent les noms des fantômes qui les peuplaient, ces fameux renseignements que Catherine Sheridan avait souhaité livrer au monde entier. » Page 588
  • « « Natasha Joyce, dit-il. Elle ne sera pas signalée dans les bouquins. » Page 596
  • « « Où est-ce qu’on va, maintenant ?
    — On retourne au no 2 pour voir ce qu’ils ont trouvé dans les bouquins. » » Page 600
  • « « Nous sommes liés par les secrets que nous partageons. » Voilà à quoi il pensait. Il ne se souvenait plus d’où elle venait – un livre, un film –, mais la phrase n’arrêtait pas de le tarauder.
    « Nous sommes liés par les secrets que nous partageons. » » Page 645
  • « Lorsqu’il entra dans le deli, son visage devait ressembler à un livre ouvert, car Harriet lui jeta un simple coup d’œil et hocha la tête d’un air compréhensif. » Page 651
  • « La vie de Catherine Sheridan, celles de Margaret Mosley, de Barbara Lee, d’Ann Rayner – et même de John Robey –, tous les noms révélés par les livres que Sheridan avait si méticuleusement et patiemment annotés… La vie de ces gens n’était pas celle qu’elle semblait être. » Pages 655 et 656
  • « — Vous vous intéressez aux meurtres ? »
    Jay Baxter éclata de rire. « Ce n’est pas tant de découvrir qui a fait quoi qui m’intéresse, mais plutôt, disons… la psychologie qu’il y a derrière. J’ai lu pas mal de bouquins, j’allais même décrocher un diplôme en psychologie, et puis j’ai commencé à comprendre à quel point c’était bidon. Personne ne sait pourquoi certains types font ces horreurs, pas vrai ? » Page 662
  • « Le couloir dégageait une odeur de bibliothèque, ce qui le ramena aussitôt à celle de Carnegie et aux livres annotés par Catherine Sheridan. » Page 673
  • « — Cette… histoire est ce que l’on appelle un monstre. »
    Thorne lui lança un sourire bienveillant, comme s’il savait exactement quelles affres il traversait.
    Miller ouvrit de grands yeux. Il avait déjà entendu cette expression quelque part. John Robey l’avait employée.
    « Notre monstre. Notre Frankenstein à nous. » Son sourire était radieux à présent, comme s’il saisissait soudain l’ironie du monde. « Un de nos nombreux Frankenstein », ajouta-t-il. Il agita son verre à cognac avant de le porter à ses lèvres. « Je vous proposerais bien un autre verre, mais ce liquide coûte très, très cher, et vous ne savez manifestement pas l’apprécier. » » Page 676
  • « — Tous ces gens ? De qui parlez-vous ?
    — Ceux dont Catherine Sheridan a noté le nom dans les livres qu’elle a rendus à la bibliothèque. »
    Thome fronça les sourcils. « Je ne vois pas de quoi vous parlez, inspecteur… Quels livres ?
    — John Robey et elle… Le matin même de sa mort, elle a rendu certains livres à la bibliothèque. Nous les avons récupérés et nous avons découvert des annotations partout… Des dates, des initiales, voyez-vous ? Nous avons commencé à les étudier pour comprendre qui étaient tous ces gens.
    — John Robey, dit Thorne, presque à lui-même. Et dire qu’après tout ce temps…
    — Ces initiales et ces dates dans les livres, elles correspondent bien à des noms ? On essaie de les comparer au fichier des personnes disparues… » » Page 677
  • « « J’ai passé toutes ces années à mettre en pratique ce qu’on m’avait appris pour me défendre. Voyez, j’ai même donné des cours et écrit des livres. Ici j’étais John Robey, ailleurs j’étais un autre… Je ne me rappelle même plus combien de noms j’ai eus, combien d’histoires je me suis inventées. John Robey et Michael McCullough ne représentent qu’une infime partie de ce que j’étais, croyez-moi… » » Page 708
  • « Vous êtes un homme étrange, Robert Miller.
    — Il y a étrange et étrange.
    — Oui, évidemment… Vous vous mettez à parler comme Forrest Gump, maintenant.
    — La vie, c’est comme une boîte de chocolats… » Page 728 
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