3,5 étoiles

Kafka sur le rivage

Kafka sur le rivage d’Haruki Murakami

Éditions Editions 10/18; Publié en 2007; 582 pages

Dixième roman d’Haruki Murakami paru initialement en 2002 sous le titre « Umibe no Kafuka ».

Kafka sur le rivage

Kafka Tamura est un jeune garçon solitaire et passionné de lecture qui veut fuir le domicile paternel de Tokyo. Il cherche à échapper à la malédiction que son père fait peser sur lui depuis son enfance. « Un jour, tu tueras ton père de tes mains et tu coucheras avec ta mère ». Son plan est de fuguer le jour de son quinzième anniversaire. Lors de sa fugue, il trouve refuge dans une bibliothèque où il va se lier d’amitié avec Oshima. Elle est l’unique employée de cet établissement dirigé par la très séduisante Mademoiselle Saeki. Au même moment, Nakata, un vieil homme bon et simple d’esprit, qui a la faculté de parler avec les chats, quitte son foyer lui aussi. Son but, accomplir une mission dont il se sent investi, sans toutefois savoir en quoi elle consiste. Par leur voyage, les deux hommes vont essayer de changer le cours de leur destinée.

Roman étrange et franchement déstabilisant mais empreint d’une belle poésie. Par un voyage initiatique surréaliste, Murakami nous fait découvrir les limites entre le rêve, l’imaginaire et la réalité. Il nous oblige à nous poser une multitude de questions sans toutefois nous donner les réponses. Le point fort du récit est l’écriture simple et belle de l’auteur. Par contre, le texte est truffé de métaphores qui nous égard. J’ai l’impression que la subtilité du texte et des images culturelles japonaises ont été perdu lors de la traduction. Malgré quelques passages plaisants, je n’ai pas toujours compris où voulait en venir l’auteur. Un fait incontournable de ce texte est la démonstration de l’imagination et l’érudition de l’auteur qui sont impressionnantes. Les personnages principaux et secondaires ont une présence extraordinaire. Ils sont étonnamment attachants et vibrants. Pour apprécier ce roman, il faut ouvrir les barrières de la raison et s’abandonner au récit sans réfléchir.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 12 février 2013

Lecture de mon Baby Challenge 2013Contemporain

Baby challenge contemporain

La littérature dans ce roman :

  • « Car je n’indique là que les points principaux : le jour de mes quinze ans, je ferai une fugue, voyagerai jusqu’à une ville inconnue et lointaine, trouverai refuge dans une petite bibliothèque. Cette formulation fait un peu penser à un conte de fées. Mais croyez-moi, ça n’a rien d’un conte de fées. » Page 8
  • « Ma sœur est tournée de côté, une moitié de visage dans l’ombre. Son sourire ainsi coupé au milieu lui donne l’air d’exprimer deux sentiments opposés, comme sur ces masques de tragédie grecque qui ornent certains livres de classe. » Page 9
  • « J’ai un tas de choses à faire de mon côté ; je passe mes récréations à la bibliothèque de l’école, à dévorer tous les livres qui me tombent sous la main. » Page 12
  • « J’ai décidé de partir pour le Shikoku. Sans raison particulière. Simplement, en regardant la carte, j’ai pensé que c’était là que je devais me rendre. J’ai souvent examiné l’atlas et, chaque fois, ce lieu m’a attiré. Il est situé au sud de Tokyo, bien au large, séparé de l’île principale par la mer, le climat y est doux. » Page 15
  • « Je ferme les yeux, les rouvre, vérifie à nouveau l’heure et la date à ma montre. Puis j’allume la veilleuse au-dessus de mon siège et me plonge dans un livre de poche. » Page 24
  • « Le car démarre, il n’attendait que nous. Je sors mon livre de la poche latérale de mon sac et me remets à lire. » Page 30
  • « Je referme mon livre et contemple un moment le paysage à travers la vitre. Et puis, sans même m’en rendre compte, je m’endors. » Page 31
  • « Je lisais tout ce qui me tombait sous la main : contes, romans, épopées, livres d’histoire. Quand j’ai eu fini de lire la littérature pour la jeunesse, je me suis attaqué à la section adultes. J’ai lu jusqu’à la dernière page de livres auxquels je ne comprenais rien. » Page 41
  • « Le chef d’une riche famille locale a transformé ses archives personnelles en bibliothèque et l’a ouverte au public. On y trouve des livres rares, et la maison et le jardin en eux-mêmes valent le coup d’œil, paraît-il. » Page 42
  • « — Vous pouvez examiner librement les rayons. Si un ouvrage vous intéresse, apportez-le dans la salle de lecture pour le consulter. Les livres rares sont signalés par une vignette rouge et il faut remplir un formulaire pour les consulter. Dans la salle de documentation à droite, vous trouverez un index des ouvrages, et il y a aussi un ordinateur pour faire vos recherches, vous pouvez l’utiliser librement. Aucun livre ne peut être emporté à l’extérieur. » Page 44
  • « — Cette bibliothèque est un peu différente de celles dont vous avez l’habitude. Nous avons surtout des livres spécialisés. Principalement de la poésie ancienne, des recueils de tanka et de haïku. Naturellement, nous avons aussi une sélection d’ouvrages généraux. Mais la plupart des gens qui font le déplacement jusqu’ici font des recherches dans des domaines spécifiques. Personne ne vient ici pour lire du Stephen King. Et les gens de votre âge sont plutôt rares. De temps en temps, on a des étudiants, mais… Vous faites une recherche sur la poésie japonaise classique ?
    — Non.
    — Je m’en doutais.
    — Mais ça ne vous dérange pas que je regarde les livres ? dis-je timidement en essayant d’empêcher ma voix de monter brusquement.
    Il sourit et entrecroise les doigts sur son bureau.
    — Bien sûr que non. C’est une bibliothèque, tous les gens qui aiment lire sont les bienvenus. Et puis, je ne peux pas le clamer sur tous les toits, mais moi non plus je ne m’intéresse pas particulièrement aux tanka ni aux haïku.
    — C’est un bâtiment magnifique, dis-je. Il hoche la tête.
    — La famille Komura possède une importante fabrique de saké depuis l’époque d’Edo, et le père de l’actuel Monsieur Komura était un bibliophile réputé : il allait chercher des livres anciens dans tout le Japon. » Page 45
  • « J’entre dans la salle des archives et je me promène entre les rayons, cherchant des livres susceptibles de m’intéresser. » Page 46
  • « La plupart des ouvrages que je vois sur les étagères sont, comme l’a dit Oshima, des livres de poésie japonaise classique. Des recueils de tanka, de haïku, des essais sur la poésie, des biographies de poètes. Il y a aussi pas mal d’ouvrages concernant l’histoire locale.
    Dans les rayons du fond se trouvent des livres moins spécialisés : littérature japonaise, littérature étrangère, œuvres complètes, classiques, philosophie, théâtre, histoire de l’art, sociologie, histoire, chroniques, géographie… Chaque fois que je saisis un volume et l’ouvre, il s’échappe d’entre les pages un parfum du temps passé. Les connaissances profondes, les émotions intenses qui reposent derrière ces couvertures ont une odeur particulière. Je la respire, parcours quelques pages des yeux, puis remets le livre à sa place.
    Finalement, je choisis un volume des Mille et Une Nuits dans l’édition Burton, avec une belle couverture, et l’emporte dans la salle de lecture. Cela fait un moment que j’avais envie de lire Les Mille et Une Nuits. » Pages 46 et 47
  • « — Dans Le Banquet de Platon, Aristophane affirme que dans le monde mythique d’autrefois il existait trois types d’êtres humains. Tu connais cette histoire ?
    — Non.
    — Autrefois, les êtres humains ne naissaient pas homme ou femme, mais homme/homme, homme/femme ou femme/femme. Autrement dit, il fallait réunir deux personnes d’aujourd’hui pour en faire une seule. Tout le monde était satisfait comme ça, et la vie se déroulait paisiblement. Mais Dieu a pris une épée et a coupé tous les êtres en deux bien nettement, par le milieu. Résultat : il y a eu des hommes et des femmes, et les gens se sont mis à courir dans tous les sens toute leur vie à la recherche de leur moitié perdue.
    — Pourquoi Dieu a-t-Il fait ça ?
    — Couper les gens en deux ? Je n’en sais rien, moi. Ce que fait Dieu est généralement assez incompréhensible. Il se met facilement en colère et puis, comment dire, Il a une tendance à l’idéalisme, j’imagine que c’était une punition. Comme dans la Bible, quand Il a chassé Adam et Ève du paradis.
    — Je péché originel, dis-je.
    — Oui, le péché originel. (Il tient son crayon en équilibre entre l’index et le majeur et le fait osciller lentement.) En fait, je voulais dire que c’est difficile pour un humain de vivre seul.
    Je retourne dans la salle de lecture lire la suite de l’histoire d’Abou-Assan le bouffon. Mais j’ai du mal à me concentrer. Homme/homme, homme/femme ou femme/ femme ? » Pages 48 et 49
  • « La bibliothèque a été fondée pour contribuer au développement culturel de la région en rendant accessibles au public les collections de livres et de peintures rassemblées par la famille Komura sur plusieurs générations. » Page 50
  • « Cependant, vous le savez, personne n’a un jugement infaillible, et ils sont malheureusement passés à côté de certains artistes d’exception, qu’ils n’ont pas su soutenir ou recevoir comme ils le méritaient. Ainsi, par exemple, les œuvres du grand poète Santôka Taneda n’ont-elles pas été conservées, ce qui est fort regrettable. D’après le livre d’or de la maison, le célèbre auteur de haïku est pourtant venu plusieurs fois en visite chez les Komura, laissant chaque fois des poèmes et des dessins de sa main. Hélas ! le maître de céans ne voyait en lui qu’un « mendiant » et un « vagabond ». Il lui battait froid, et s’est débarrassé de la plupart des œuvres de l’artiste.
    — Quel dommage ! dit la dame d’Osaka d’un air vraiment navré. Le prix d’un original de Santôka atteindrait des sommets de nos jours.
    — Vous avez parfaitement raison. Mais à l’époque, Santôka était totalement inconnu, il était donc peut-être inévitable que cela se passe ainsi. » Page 51
  • « Ensuite, Mademoiselle Saeki nous fait faire le tour du rez-dechaussée. Les archives, la salle de lecture, la salle des livres rares. » Page 52
  • « — Vous pouvez vous asseoir sur cette chaise si vous voulez. Naoya Shiga et Junichiro Tanizaki se sont assis ici. Le siège n’est pas d’époque, naturellement. » Page 53
  • « Je retourne dans la salle de lecture lire la suite des Mille et Une Nuits. » Page 53
  • « Tous les gens qui sont là sont paisiblement plongés dans leur livre. Personne ne parle. Certains prennent des notes. Mais la plupart restent immobiles, absorbés dans leur lecture, tout comme moi.
    À cinq heures, je remets le livre sur l’étagère et me dirige vers la sortie. » Pages 53 et 54
  • « — Oui, tout le monde me le dit. Mais Nakata ne sait pas parler autrement. J’essaie de parler normalement et voilà le résultat. C’est parce que je ne suis pas intelligent. Je n’ai pas toujours été idiot, mais j’ai eu un accident quand j’étais petit, et je le suis devenu. Je ne sais même pas écrire. Je ne sais pas lire les journaux, ni les livres. » Page 59
  • « Il y a un tas de livres à lire à la bibliothèque, et toutes ces machines à la salle de sport pour endurcir mon corps. Cela ne sert à rien de réfléchir plus avant que ça. » Page 69
  • « Aujourd’hui, il porte une chemise en rayonne boutonnée jusqu’au cou, un jean blanc et des tennis blanches. Il semble absorbé dans un énorme livre posé devant lui ; à côté, il y a le même crayon jaune que la veille (du moins je pense que c’est le même). » Page 69
  • « — La bibliothèque me paraît une bonne alternative. Sur cette remarque, il se retourne, regarde l’heure à l’horloge derrière lui, puis replonge le nez dans son livre.
    Je me dirige vers la salle de lecture pour lire la suite des Mille et Une Nuits. Comme d’habitude, une fois que je suis installé et que je commence à tourner les pages, je ne peux plus m’arrêter. L’édition Burton contient les mêmes récits que la version que je lisais enfant, mais avec davantage d’épisodes, des intrigues plus complexes, tellement plus passionnantes qu’il est difficile de croire qu’il s’agit du même livre. Celui-ci est plein d’obscénité, de violence, de sexe et d’absurdité. Il déborde (comme le génie qui ne peut rester enfermé dans sa lampe) d’une vie et d’une liberté que le bon sens ne peut contenir. Ce livre me tient tellement en haleine que je ne peux plus le lâcher. Ces histoires extravagantes, écrites il y a plus de mille ans, sont plus réelles, plus vivantes à mes yeux que la foule sans visage qui grouille dans la gare. » Page 70
  • « — Kafka Tamura ?
    — C’est mon nom.
    — Un nom curieux.
    — Mais c’est le mien, dis-je pour enfoncer le clou.
    — Naturellement, tu as dû lire des œuvres de ton illustre homonyme ? Je hoche la tête.
    — J’ai lu Le Château, Le Procès. La Métamorphose, et aussi cette histoire étrange à propos d’une machine à exécuter.
    — La Colonie pénitentiaire, dit Oshima. J’adore cette histoire. Aucun écrivain au monde n’aurait pu l’écrire, à part Kafka.
    — Moi aussi, c’est la nouvelle que je préfère.
    — Vraiment ? Je hoche la tête.
    — Pour quelle raison ?
    Je réfléchis, ce qui me prend un petit moment.
    — Plutôt que d’expliquer au lecteur ce qu’est la condition humaine, Kafka décrit simplement le mécanisme de cette machine complexe. Autrement dit… (Je fais une nouvelle pause pour réfléchir.) De cette manière, il parvient à évoquer mieux que quiconque l’existence que nous menons. Pas en nous parlant de la situation où nous sommes, mais en décrivant en détail cette machine à tuer.
    — Je vois, fait Oshima en posant la main sur mon épaule. Je sens dans la spontanéité de son geste toute la sympathie qu’il me porte.
    — Franz Kafka aurait certainement apprécié ton avis. » Page 71
  • « Oshima a paru convaincu par mon commentaire sur les romans de Kafka. Enfin, plus ou moins. Mais moi, je n’ai pas réussi à lui faire comprendre ce que je voulais vraiment dire. Ce n’était pas seulement une théorie générale sur Kafka. Je parlais précisément de quelque chose que je ressens très concrètement. Cette machine à exécuter, complexe et énigmatique, a existé réellement pour moi. Ce n’est pas une métaphore ni une allégorie. Mais j’aurais beau expliquer, ni Oshima, ni personne d’ailleurs, ne pourrait le comprendre.
    Je retourne dans la salle de lecture, m’installe sur un canapé et me plonge à nouveau dans l’univers des Mille et une Nuits. Petit à petit, la réalité autour de moi disparaît, comme dans un fondu enchaîné sur un écran de cinéma, je m’enfonce seul entre les pages. J’aime cette sensation plus que tout au monde.
    Quand je sors de la bibliothèque à cinq heures, Oshima est derrière son bureau, plongé dans le même gros livre. » Pages 71 et 72
  • « Je déjeune sur la véranda et je lis, après avoir fini Les Mille et Une Nuits, je me suis attaqué aux œuvres complètes de Natsume Sôseki, dont je n’ai pas encore tout lu. » Page 73
  • « Littéralement comme si « son esprit avait quitté son corps ». Connaissez-vous cette expression ? On l’emploie souvent dans les contes japonais : l’âme se sépare momentanément du corps, parcourt mille lieues, ce qui signifie qu’elle se rend dans un endroit lointain où elle accomplit une importante mission avant de réintégrer le corps. Dans le célèbre Dit du Genji, on trouve des « esprits vivants », ce qui peut être un phénomène assez proche. » Page 82
  • « Nous avons testé à son chevet tous les trucs utilisés par les hypnotiseurs : nous lui avons fait diverses suggestions, avons tapé dans nos mains de différentes façons, lui avons fait écouter des musiques familières et lui avons lu ses manuels scolaires tout haut. » Page 82
  • « J’ai fait ma série d’exercices sur les machines, et ensuite j’ai lu Sôseki, sur un canapé de la salle de lecture. » Page 85
  • « — Qu’est-ce que tu lis d’un air aussi concentré ?
    — Les œuvres complètes de Sôseki. Il y a quelques livres de lui que je n’avais pas encore lus, je me suis dit que c’était l’occasion. » Page 130
  • « — Tu aimes Natsume Sôseki au point de vouloir lire intégralement son œuvre ? demande Oshima.
    Je hoche la tête. Une vapeur blanche s’élève de la tasse qu’Oshima tient à la main. Le ciel est toujours couvert, mais il ne semble pas qu’il va pleuvoir.
    — Qu’est-ce que tu as lu de lui depuis que tu viens ici ?
    — Je suis en train de lire Les Coquelicots, et avant ça, j’ai lu Le Mineur.
    — Le Mineur… ? répète Oshima d’un air songeur. C’est l’histoire d’un étudiant de Tokyo qui part travailler dans une mine de cuivre, et fait de cruelles expériences en partageant la vie des mineurs, puis retourne dans le monde ordinaire, c’est bien ça ? Un petit roman, ou une longue nouvelle. Je l’ai lu il y a longtemps. C’est très différent de ce que Sôseki écrit d’habitude, et le style n’est pas très raffiné, on peut dire que c’est une de ses œuvres les moins appréciées… Qu’est-ce que tu as trouvé d’intéressant dans ce livre ?
    J’essaie de préciser sous forme de mots mes impressions encore vagues, mais pour cela je dois faire appel au garçon nommé Corbeau. Il surgit de nulle part, étend ses larges ailes, et trouve les mots pour moi. Et je dis :
    — Le héros vient d’une famille aisée mais il vit une histoire d’amour sans issue. Déçu de tout, il quitte sa maison et erre d’abord au hasard, puis un homme un peu douteux lui propose de travailler dans une mine, et il le suit sans réfléchir. Il se retrouve à travailler dans les mines de cuivre du mont Ashio. Dans les profondeurs souterraines de la montagne, ce garçon vit des expériences qu’il n’aurait même pas imaginées : lui qui ne connaît rien de la vie, le voilà tout à coup en train de ramper dans les bas-fonds de la société.
    Tout en buvant mon lait, je cherche les mots pour continuer. Il faudrait que le garçon nommé Corbeau revienne ; Oshima attend patiemment.
    — Ce sont des expériences de vie et de mort. Finalement, il arrive à s’en sortir et remonte à la surface, dans le monde normal. Mais rien dans le roman n’indique s’il en a tiré ou non un enseignement, si son existence en a été transformée, s’il s’est interrogé profondément sur le sens de la vie, s’il a remis en question la société humaine ou quoi que ce soit de ce genre. Rien n’indique s’il est devenu plus adulte, s’il a mûri. J’ai refermé ce livre avec un sentiment bizarre. Je me demandais ce que l’auteur avait voulu dire exactement. Mais c’est justement ce « je ne sais pas ce que l’auteur a voulu dire exactement » qui m’a laissé la plus forte impression. J’ai du mal à m’expliquer…
    — Tu veux dire que ce roman est très différent des romans d’initiation ou d’apprentissage tels que Sanshirô par exemple ?
    Je hoche la tête.
    — Hum. J’ai un peu de mal à m’y retrouver, mais c’est peutêtre bien ça. Dans Sanshirô, on voit le héros grandir. Il se heurte à des murs, réfléchit sérieusement, et parvient ainsi à surmonter les épreuves. Mais le héros du Mineur est complètement différent. Il se contente de regarder ce qu’il a sous les yeux et de l’accepter. Évidemment, de temps en temps, il donne son avis mais ce n’est jamais très profond. Son introspection porte plutôt sur l’histoire d’amour qu’il ressasse. Et, du moins en apparence, il ressort de la mine exactement tel qu’il y est entré. Autrement dit, on n’a pas le sentiment qu’il ait décidé quoi que ce soit par lui-même, ni qu’il ait eu le choix. Il est complètement passif. Mais moi, je crois que dans la vie, en fait, il n’est pas si facile d’exercer sa volonté sur les événements.
    — Tu veux dire que tu t’es projeté dans le héros de ce roman ?
    Je secoue la tête.
    — Pas vraiment. Je n’ai même pas pensé à ça.
    — Mais les gens ont besoin de s’accrocher à quelque chose pour vivre, dit Oshima. On ne peut pas faire autrement. Même toi, tu dois le faire, inconsciemment. Comme disait Goethe, la création tout entière est une métaphore.
    Je réfléchis à ce qu’il vient de dire.
    Oshima boit une gorgée de café et poursuit :
    — En tout cas, ton point de vue sur Le Mineur de Sôseki est intéressant. Pour le moins convaincant, venant d’un garçon qui lui aussi s’est enfui de chez lui. Ça me donne envie de le relire. » Pages 131 et 132
  • « — Tu aimes les bons livres, et tu es capable de réfléchir par toi-même. » Page 133
  • « — Moi, votre assistant ?
    — Tu n’auras pas grand-chose à faire. En gros, tu m’aideras à ouvrir et fermer la bibliothèque. Il n’y a rien d’autre de particulier à faire : des professionnels viennent régulièrement faire le ménage, et des spécialistes mettent les données sur ordinateur quand c’est nécessaire. Tu pourras lire tous les livres que tu veux. Ce ne serait pas mal, n’est-ce pas ? » Pages 133 et 134
  • « Je retourne à la salle de lecture et me replonge dans Les Coquelicots de Sôseki. Je ne lis pas vite, je suis plutôt du genre à lire ligne par ligne en prenant mon temps. Je savoure les phrases. Si je ne les apprécie pas, je laisse tomber le livre avant la fin. Un peu avant cinq heures, je replace le roman achevé sur son étagère, me rassieds sur le canapé, ferme les yeux et repense aux événements de la nuit dernière, je pense à Sakura. À son appartement. À ce qu’elle m’a fait. À tous les changements et événements divers qui se sont produits. » Pages 134 et 135
  • « Mais je peux te dire une chose : les œuvres qui possèdent une sorte d’imperfection sont celles qui parlent le plus à nos cœurs, précisément parce qu’elles sont imparfaites. Toi, par exemple, tu as aimé Le Mineur de Sôseki. Parce que ce roman possède une force d’attraction dont sont dépourvues ses œuvres parfaites telles que Le Pauvre cœur des hommes ou Sanshirô. Tu as rencontré cette œuvre. Ou plutôt, c’est elle qui t’a rencontré. C’est la même chose pour la Sonate en fa mineur. Ces œuvres ont le don de parler au cœur comme aucune autre. » Page 138
  • « Il entre, craque une allumette, allume une lampe à pétrole, puis ressort. Tenant la lampe devant son visage, il m’appelle.
    — Bienvenue chez moi ! dit-il, et sa silhouette semble tout droit sortie d’un vieux livre de contes. » Page 143
  • « Des étagères toutes simples en planches épaisses accueillent des livres aux couvertures usées, comme s’ils avaient été lus et relus maintes fois. » Page 143
  • « — Il n’essayait pas de me faire subir un entraînement, mais il pensait que j’avais besoin de passer du temps ici. Et il avait raison. Ces moments ont été des expériences pleines de sens. J’ai pu lire un tas de livres, j’ai eu le temps de réfléchir par moi-même » Page 144
  • « La bibliothèque d’Oshima-san contient des centaines d’ouvrages. Il n’y a que quelques œuvres de fiction, des classiques pour la plupart. Le reste est constitué de livres de philosophie, sociologie, psychologie, géographie, sciences naturelles, économie, etc. Oshima-san m’a dit qu’il n’était pas resté longtemps à l’école, et qu’il avait étudié en autodidacte. Il a dû le faire ici, sans doute. Tous ces livres semblent couvrir des domaines de connaissances si vastes, presque illimités… Je prends un livre sur le procès de Karl Adolf Eichmann. Je me rappelle vaguement le nom de ce criminel de guerre nazi, mais ne m’y intéresse pas particulièrement. J’ai choisi ce livre au hasard, il a attiré mon regard. J’apprends en le lisant que ce lieutenant-colonel SS aux lunettes à monture de métal et aux cheveux dégarnis était un homme à l’esprit pratique. » Pages 163 et 164
  • « Tout en écoutant les chants d’oiseaux dans la forêt, par ce matin paisible, je lis l’histoire de cet homme plein de « sens pratique ». Sur une page blanche, à la fin du livre, Oshima a laissé une note au crayon. Je reconnais son écriture particulière.
    Tout est question d’imagination. La responsabilité commence avec le pouvoir de l’imagination. Yeats disait – In dreams begin responsibilities. C’est parfaitement exact. À l’inverse, la responsabilité ne peut naître en l’absence d’imagination. Comme nous pouvons le constater avec Eichmann. » Page 165
  • « Je referme le livre, réfléchis à ma propre responsabilité. Comment faire autrement ? » Page 165
  • « Je pose le livre puis me lève et m’étire. J’ai lu assez longtemps. Il faut que je bouge. » Page 165
  • « La chaise sur laquelle j’étais assis est toujours là, sur le perron. Le livre que j’étais en train de lire est par terre, devant elle, ouvert. » Page 167
  • « Au début, le feu ne prend pas, mais une bûche finit par s’enflammer, puis une autre. Je ferme le couvercle, pose la chaise devant, lis la suite du livre sur Eichmann. » Page 169
  • « — Et d’un, dit-il en écartant ses mains pleines de sang. Un sacré boulot, tu ne trouves pas ? C’est agréable de manger un cœur tout frais encore palpitant, mais à chaque fois, je me mets du sang partout. « Ces mains rougiraient plutôt les vagues de la mer, et rendraient l’océan d’azur écarlate », c’est une réplique de Macbeth. Ce ne sont pas des taches aussi récalcitrantes que dans Macbeth, mais ça me fait quand même de ces notes de pressing ! Il me faudrait une tenue spéciale : une blouse, des gants de chirurgien, ce serait pratique mais je n’y ai pas droit. Ça aussi, ça fait partie des règles. » Page 182
  • « — Un homme qui n’est plus lui-même ! Tu n’es plus toi-même, répéta-t-il. Quelle jolie formule, mon cher Nakata. C’est ça qui est important, tu vois. « Ah ! l’intérieur de mon esprit grouille de scorpions ! » Encore une réplique de Macbeth… » Page 186
  • « Quand j’ai transpiré après avoir fait ma gymnastique, j’ôte mes vêtements et prends un bain de soleil, je bois des quantités de thé et me plonge dans la lecture, assis sur une chaise sous le porche. Quand le soleil se couche, je rentre pour lire devant le poêle. Je lis des recueils de contes, des manuels scolaires, des récits folkloriques, des ouvrages de mythologie, de sociologie, de psychologie, et du Shakespeare aussi. Plutôt que de lire un livre du début à la fin, je lis et relis plusieurs fois des passages qui me semblent importants, m’efforçant de bien les comprendre. Cela me paraît un procédé assez sûr pour intégrer un grand nombre de connaissances dans divers domaines. Il y avait un nombre incalculable de livres que j’avais envie de lire sur les étagères et il me restait pas mal de provisions. » Pages 190 et 191
  • « — On dirait une espèce de prédiction.
    — Comme dans Cassandre.
    — Cassandre ?
    — Une tragédie grecque. Cassandre était la fille du roi de Troie, et une prophétesse. Apollon lui a donné le pouvoir de prédire le destin, elle était l’oracle du temple, mais en échange il a voulu l’obliger à avoir des relations charnelles avec lui. Elle a refusé et le dieu en colère l’a maudite. Les dieux grecs sont plutôt mythologiques que religieux. Autrement dit, ils ont les mêmes défauts que les humains. Ils s’emportent facilement, se laissent guider par le désir charnel, sont jaloux et versatiles.
    Il sort une petite boîte de pastilles au citron de la boîte à gants, en met une dans sa bouche, m’en propose une, que j’accepte volontiers.
    — Quelle était la malédiction ?
    — La malédiction de Cassandre ? Je hoche la tête.
    — Toutes les prédictions sorties de sa bouche se réaliseraient, mais personne ne la croirait. Et en outre il ne s’agirait que de prédictions funestes : des trahisons, des accidents, des décès, la ruine du pays. Ainsi, non seulement les gens ne la croiraient pas, mais en plus ils la mépriseraient et la détesteraient. Si tu ne l’as pas déjà fait, tu devrais lire les pièces d’Euripide ou d’Eschyle. Ils décrivent de manière très actuelle les problèmes essentiels auxquels notre époque est confrontée. Notamment grâce au koros. » Page 194
  • « — Depuis l’école primaire, elle avait un amoureux attitré. Le fils aîné de la famille Komura. Ils avaient le même âge. Une belle petite fille et lui un beau petit garçon. On aurait dit Roméo et Juliette. » Page 197
  • « — Tu te rappelles ce que je t’ai raconté à la bibliothèque ? Sur chaque être qui cherche sa moitié perdue ?
    — Homme/homme, femme/femme et homme/femme ?
    — C’est ça. C’est ce que dit Aristophane. Nous vivons des vies bancales, dont nous passons la majeure partie à rechercher notre moitié manquante. Mais Mademoiselle Saeki n’avait pas besoin de chercher, elle. Elle et le jeune Komura avaient trouvé leur moitié, quasiment dès la naissance. » Page 197
  • « « À dix-neuf ans, elle écrivit un poème. Elle le mit en musique, le joua au piano et le chanta. L’air était mélancolique, innocent et d’une authentique beauté. Mais les paroles étaient symboliques, contemplatives, en un mot assez absconses. Ce contraste donnait une sorte de fraîcheur à l’ensemble. La mélodie, comme les paroles, exprimait le chagrin de son cœur plein de nostalgie pour son ami lointain. » Page198
  • « Dis, je t’ennuie peut-être, avec ce conte de fées ? » Page 199
  • « Comme dit Tolstoï, le bonheur est une allégorie, le malheur est une histoire. » Page 199
  • « C’est pourquoi, dès son entrée au collège, il a déclaré qu’il ne voulait plus habiter la maison principale où vivait toute la famille, mais s’installer dans ce petit bâtiment qui fait maintenant partie de la bibliothèque. Ses parents ont donné leur accord. Tout le monde aimait la lecture chez eux, ils pouvaient comprendre son désir de vivre seul, entouré de livres. » Page 203
  • « Ensuite, il m’explique ce qu’il faut faire à la réception, comment aider les visiteurs qui viennent consulter des livres. » Page 216
  • « Elles inspectent les rayons les uns après les autres, consultent frénétiquement les cartes de références. De temps en temps, elles prennent des notes dans leurs cahiers. Elles ne lisent aucun livre. Ne s’asseyent pas. On dirait des fonctionnaires des impôts inspectant des stocks, plutôt que des lectrices d’une bibliothèque. » Page 217
  • « — Madame Soga, dit-il, quand on faisait l’appel à l’école, vous étiez sans doute avant Mademoiselle Tanaka et après Mademoiselle Sekine, selon l’alphabet. Avez-vous fait une réclamation pour demander à ce que cet ordre soit inversé ? Est-ce que la lettre G se fâche sous prétexte qu’elle est après le F ? Est-ce que la page 68 d’un livre fait la révolution, pour la seule raison qu’elle est après la page 67 ? » Pages 220 et 221
  • « — Et toutes les femmes qui ont un cœur ressentent les choses de cette manière.
  • — Quelle femme ayant un cœur, et subissant un tourment semblable au mien, n’agirait pas comme moi ? Les deux femmes restent silencieuses et figées comme deux blocs de glace.
  • — Électre, de Sophocle. Une pièce magnifique. Je l’ai lue plusieurs fois. » Page 223
  • « Je pense que j’ai soif d’égalité et de justice autant que n’importe qui. Mais je déteste par-dessus tout les gens qui manquent d’imagination. Ceux que T. S. Eliot appelait « les hommes vides ». Ils bouchent leur vide avec des brins de paille qu’ils ne sentent pas, et ne se rendent pas compte de ce qu’ils font. Et avec leurs mots creux, ils essaient d’imposer leur propre insensibilité aux autres. » Page 226
  • « C’était un homme d’environ vingt-cinq ans, au regard endormi. Il avait une queue-de-cheval et un anneau à l’oreille et était coiffé d’une casquette de base-ball à l’effigie des Chunichi Dragons. Assis seul dans le restaurant, il lisait des mangas en fumant une cigarette. » Page 241
  • « — Écoute-moi bien, Kafka Tamura. Le sentiment que tu éprouves actuellement a fait l’objet de nombreuses tragédies grecques. Ce ne sont pas les humains qui choisissent leur destin mais le destin qui choisit les humains. Voilà la vision du monde essentielle de la tragédie grecque. Et la tragédie – d’après Aristote – prend sa source, ironiquement, non pas dans les défauts mais dans les vertus des personnages. Tu comprends ce que je veux dire ? Ce ne sont pas leurs défauts, mais leurs vertus qui entraînent les humains vers les plus grandes tragédies. Œdipe roi de Sophocle, en est un remarquable exemple. Ce ne sont pas sa paresse ou sa stupidité qui le mènent à la catastrophe mais son courage et son honnêteté. Il naît de ce genre de situation une ironie inévitable.
    — Alors il n’y a aucune chance d’y échapper.
    — Ça dépend des cas. Mais l’ironie donne de la profondeur aux humains, et de la grandeur. Elle leur offre le salut, un salut d’un niveau supérieur, et une sorte d’espérance universelle. C’est pour cela que tant de gens lisent les tragédies grecques aujourd’hui encore. Elles constituent une sorte d’archétype de l’art. » Page 248 et 249
  • « « Un jour, tu tueras ton père de tes mains, et tu coucheras avec ta mère. » C’est ce que t’a dit ton père ? Je hoche la tête à plusieurs reprises. — C’est exactement la prophétie qui a été faite à Œdipe. Tu le sais, j’imagine ? » Page 251
  • « J’ai peut-être bel et bien tué mon père de mes mains. C’est l’impression que j’ai. Bien sûr, je ne suis pas retourné à Tokyo ce jour-là. J’étais à Takamatsu. Mais « la responsabilité commence dans les rêves », n’est-ce pas ?
    — Le poème de Yeats, dit Oshima. » Pages 253 et 254
  • « Complètement rétabli physiquement, sa mémoire, en revanche, avait été complètement balayée, et il ne put jamais réapprendre à lire ni à écrire. N’ayant pas accès aux manuels scolaires, il ne pouvait pas passer les examens. » Page 263
  • « — On les appelle les « esprits vivants ». Je ne sais pas comment cela se passe dans les autres pays mais au Japon, ce genre de phénomène est fréquemment évoqué dans la littérature. Le Dit du Genji, par exemple, regorge d’esprits vivants. À l’ère Heian, ou en tout cas dans le monde mental de cette époque, les gens pouvaient se transformer dans certains cas en esprits vivants. Ils avaient alors le pouvoir de se déplacer dans l’espace et d’accomplir ce qu’ils souhaitaient. Tu as lu le Dit du Genji ?
    Je secoue la tête.
    — Il en existe plusieurs versions en langage moderne à la bibliothèque, je t’encourage à en lire une. Dame Rokujo-noMiyasudokoro, par exemple, une des amantes du prince Genji, éprouvait une si violente jalousie envers Aoi, l’épouse officielle du prince, qu’elle se transforma en démon et prit possession de l’esprit de sa rivale. Elle l’attaquait nuit après nuit dans sa chambre, et finalement elle la tua. Dame Aoi portait l’enfant du prince Genji, et cette nouvelle avait exacerbé la haine de dame Rokujo. Le prince Genji fit appel à des moines bouddhistes pour l’exorciser, en vain. La volonté de cet esprit était trop forte, il était impossible de lui résister.
    Mais le point le plus intéressant dans cette histoire, c’est que dame Rokujo ne savait absolument pas qu’elle était devenue un esprit vivant. Elle faisait des cauchemars qui la réveillaient, et elle découvrait alors, déconcertée, que ses longs cheveux noirs sentaient la fumée. C’était la fumée qui s’élevait du petit bois liturgique que les moines faisaient brûler pour délivrer dame Aoi de l’esprit néfaste. Sans s’en rendre compte, dame Rokujo se transportait dans l’espace, traversant le tunnel de son inconscient, pour se rendre dans la chambre de sa rivale. C’est une des scènes les plus lugubres et les plus fascinantes du Dit du Genji. Par la suite, dame Rokujo apprend le crime qu’elle a commis à son insu et, prise d’un profond remords, elle se coupe les cheveux et entre en religion. » Pages 278 et 279
  • « À l’époque où vivait Murasaki Shikibu, l’auteur du Dit du Genji, les « esprits vivants » étaient à la fois un phénomène surnaturel et une forme naturelle de l’esprit. » Page 279
  • « — C’est une question difficile. Tout ce que je peux te dire, c’est que je n’ai jamais rencontré d’exemple concret de ce type. Il y a par exemple un récit appelé « La promesse du chrysanthème » dans les Contes de pluie et de lune. Tu as lu ce livre ?
    — Non.
    — Ueda Akinari a écrit Contes de pluie et de lune durant l’ère Edo mais il a placé l’action de ces récits un peu plus tôt, à l’époque des Provinces combattantes. Ueda avait des tendances quelque peu rétro, il avait la nostalgie du passé. C’est l’histoire de deux guerriers qui se lient d’amitié et se jurent une fidélité fraternelle – un lien très important pour les samouraïs parce que être frères signifie être prêt à sacrifier sa vie pour l’autre. Les deux amis étaient chacun au service d’un seigneur différent. L’un d’eux écrivit à l’autre qu’il lui rendrait visite au moment de la floraison des chrysanthèmes, quoi qu’il advienne. L’ami répondit qu’il l’attendrait. Mais le premier se trouva pris dans un conflit de son fief, et fut mis aux arrêts par son seigneur. Il ne pouvait plus ni sortir ni même envoyer de lettre à l’extérieur. L’été s’acheva, l’automne vint, et avec lui la saison de la floraison des chrysanthèmes. Le samouraï ne pouvait honorer sa promesse. Or, pour un samouraï, une promesse est la chose la plus importante qui soit. Son honneur compte plus que sa propre vie. Le samouraï se fit donc hara-kiri et, devenu un esprit, parcourut les mille li qui le séparaient de la demeure de son ami. Ils parlèrent tout leur content en contemplant les chrysanthèmes, puis l’esprit disparut de la surface de la terre. C’est un très beau récit. » Pages 280 et 281
  • « Les yeux du jeune homme, fixés au loin, ont une profondeur énigmatique. Il regarde un coin du ciel où sont peints quelques nuages aux contours nets. Le plus gros a un peu la forme d’un Sphinx couché. Le Sphinx… Je fouille dans mes souvenirs. Le jeune Œdipe avait réussi à vaincre le Sphinx en trouvant la solution de l’énigme que celui-ci lui proposait. Se sachant vaincu, le monstre s’était jeté du haut d’une falaise. C’est grâce à cet exploit qu’Œdipe est devenu le roi de Thèbes et a épousé la reine, qui en fait était sa mère.
    Et ce nom de Kafka… Je devine que Mademoiselle Saeki a fait le lien entre la mystérieuse solitude qui flotte autour du jeune homme du tableau, et l’univers des romans de Kafka. Voilà pourquoi elle a appelé le jeune homme de sa chanson Kafka ; une âme solitaire errant le long d’un rivage absurde battu par les flots. C’est peut-être la signification de ce nom : Kafka.
    Il n’y a pas que le nom de Kafka et l’énigme du Sphinx qui me font penser à ma propre histoire. » Page 284
  • « La nuit commence doucement à tomber. Je m’installe dans le canapé de la salle de lecture, et commence à lire la version moderne du Dit du Genji rédigée par Tanizaki. » Page 285
  • « Après le déjeuner, il se promena un peu, entra dans un bar, dégusta un café, fuma une cigarette en lisant quelques mangas laissés à la disposition des clients. » Page 290
  • « — « Très longtemps » n’est pas le mot ! Tu t’es endormi avant-hier à neuf heures du soir, alors tu as dû dormir à peu près trente-quatre heures d’affilée. Une vraie Belle au bois dormant ! » Page 291
  • « — Tu sais, Kafka…
    Je m’arrête sur le seuil de la pièce, me retourne.
    — Je viens de me souvenir d’une chose : j’ai écrit un livre sur le tonnerre.
    Je ne dis rien. Un livre sur le tonnerre ?
    — J’ai parcouru le Japon pour rencontrer des gens frappés par la foudre et qui avaient survécu, et je les ai interviewés. Cela m’a pris plusieurs années. J’ai pu recueillir pas mal de témoignages, ils étaient tous très intéressants. Le livre a été publié par une petite maison d’édition, et il s’est très mal vendu. Il n’aboutissait à aucune conclusion, or personne ne veut lire de livres sans conclusion. Pourtant, à mes yeux, cette absence de conclusion était parfaitement normale. » Pages 309 et 310
  • « Je me dis qu’elle a pu rencontrer mon père à l’époque où elle faisait ses interviews pour son livre sur les rescapés de la foudre. C’est possible. Il ne doit pas y avoir tant de gens qui ont survécu à un foudroiement, après tout. » Page 312
  • « — Tout de même, Nakata, tu ne crois pas que ça peut être dangereux de déplacer une pierre aussi spéciale, sans permission ?
    — En effet, monsieur Hoshino. Je suis désolé de vous le dire, mais c’est assez dangereux.
    — Manquait plus que ça ! fit Hoshino, qui secoua la tête et mit sa casquette des Chunichi Dragons, en faisant ressortir sa queue-de-cheval par l’ouverture à l’arrière. Nous voilà en plein Indiana Jones maintenant ! » Page 317
  • « Ils revinrent également bredouilles de la bibliothèque. L’établissement ne possédait aucun livre spécialisé sur les pierres des environs de Takamatsu. » Page 318
  • « — Il peut y avoir des passages concernant une pierre là-dedans, vérifiez par vous-même, avait proposé la bibliothécaire en posant devant eux une pile de livres tels que Traditions du département de Kagawa, Légendes du grand maître Kôbô-Daishi ou encore Histoire de Takamatsu. Hoshino se mit à l’ouvrage en soupirant. Cela dura jusque tard dans l’après-midi. Pendant ce temps, Nakata regardait, fasciné, Les Plus Belles Pierres du Japon. » Page 319
  • « La bibliothécaire s’approcha de leur table pour leur dire de ne pas parler si fort. Ils cessèrent leur bavardage et se concentrèrent chacun sur ses livres. Une fois qu’il eut fini de regarder Les Plus Belles Pierres du Japon, Nakata remit l’album dans les rayons et se plongea dans un autre ouvrage, intitulé Les Chats du monde. Bien qu’en grommelant, Hoshino finit par arriver au bout de sa pile. Malheureusement, il trouva peu d’informations sur les pierres. Plusieurs livres évoquaient les murailles de pierre du château de Takamatsu, mais elles n’étaient pas de taille à être manipulées par Nakata. Certaines légendes du grand maître Kôbô-Daishi concernaient les pierres : le célèbre moine avait fait jaillir une source en déplaçant une pierre dans une étendue sauvage qu’il avait ainsi transformée en rizière fertile. Pages 319 et 320
  • « Le lendemain matin, ils retournèrent à la bibliothèque. Comme la veille, Hoshino empila sur la table des livres qui semblaient avoir un rapport avec les pierres et se mit à les feuilleter l’un après l’autre. » Page 320
  • « Une fois dans ma chambre, je m’assieds sur mon lit et essaie de lire, mais les phrases ne pénètrent pas dans mon esprit. Je regarde simplement défiler les caractères que j’ai sous les yeux, comme si c’était une liste de chiffres incompréhensibles. Je pose mon livre, vais jusqu’à la fenêtre et regarde le jardin. » Page 335
  • « — À vrai dire, toute perception est déjà mémoire. Nous ne percevons pratiquement que le passé, le présent pur étant l’insaisissable progrès du passé rongeant l’avenir.
    Le jeune routier leva la tête, la bouche entrouverte et dévisagea la fille.
    — Qu’est-ce que tu viens de dire, là ?
    — Du Henri Bergson, dit la fille en posant ses lèvres sur le gland d’Hoshino pour lécher les quelques gouttes de sperme qui restaient. Ma hier et mets-moi.
    — Quoi ? J’ai pas compris.
    — Matière et Mémoire. Tu ne l’as jamais lu ?
    — Je ne crois pas, répondit Hoshino après un instant de réflexion.
    À part le manuel de conduite des véhicules spéciaux qu’il avait été obligé de potasser pendant son séjour à l’armée, les livres sur l’histoire du Shikoku qu’il avait consultés deux jours durant à la bibliothèque, il n’avait pas le souvenir d’avoir lu quoi que ce soit dans sa vie, à part des mangas. » Page 339
  • « — Rien de particulier, mais tu n’aurais pas d’autres citations philosophiques ? Je ne sais pas pourquoi, il me semble que ça pourrait m’aider à retarder l’éjaculation. Sinon, avec ce que tu me fais, je vais jouir tout de suite, moi.
    — Voyons… Ça date un peu, mais que dirais-tu de Hegel ?
    — Ce que tu voudras.
    — Allons-y pour Hegel alors. Un peu vieux, mais comme dit le proverbe anglais : Oldies but goodies.
    — D’accord.
    L’homme se constitue pour soi par son activité pratique, parce qu’il est poussé à se trouver lui-même, à se reconnaître lui-même dans ce qui s’offre à lui extérieurement.
    — Hum.
    — Hegel a conceptualisé la « conscience de soi ». Il pensait que l’homme ne considère pas le soi et l’objet comme entités séparées ; ainsi il peut comprendre plus profondément le soi de manière active, par la projection du soi sur l’objet en tant que médiation. C’est cela la « conscience de soi ». Page : 340
  • « — Mais je n’ai pas de personnalité. Pas de sentiments non plus. Je peux prendre forme et parler comme en ce moment, mais je ne suis ni Dieu ni Bouddha, mon cœur diffère de celui des hommes car je n’éprouve nulle sensation.
    — Qu’est-ce que vous dites ?
    — C’est une citation tirée des Contes de Pluie et de Lune de Ueda Akinari. Je parie que tu ne l’as jamais lu.
    — C’est pas pour me vanter mais, en effet, je l’ai jamais lu. » Page 352
  • « — Pour tout te dire, cette pierre n’a en elle-même aucune importance. Les circonstances exigent la participation d’un certain objet, et il se trouve qu’il s’agit de cette pierre. Comme l’a si bien dit l’écrivain russe Anton Tchékhov : « Si un revolver apparaît dans une histoire, à un moment donné, il faut que quelqu’un s’en serve. » Tu comprends ce que cela signifie ?
    — Non.
    — Ça m’aurait étonné. Tu ne comprends jamais rien, je t’ai juste posé la question par politesse.
    — Trop aimable.
    — Ce que Tchékhov voulait dire, c’est que la nécessité est un concept indépendant. La nécessité a une structure différente de la logique, de la morale ou de la signification. Sa fonction repose entièrement sur le rôle. Ce qui n’est pas indispensable n’a pas besoin d’exister. Ce qui a un rôle à jouer doit exister. C’est cela, la dramaturgie. La logique, la morale ou la signification, quant à elles, n’ont pas d’existence en tant que telles, mais naissent d’interrelations. Tchékhov, en voilà un qui s’y connaissait en dramaturgie !
    — J’y comprends rien, c’est trop compliqué ce que vous dites.
    — La pierre que tu tiens entre tes mains, c’est le revolver dont parle Tchékhov. Et il va falloir que quelqu’un tire. C’est en ce sens que cette pierre est spéciale. Mais elle n’est pas sacrée pour autant. Aussi tu n’as pas à t’en faire pour cette histoire de malédiction. » Page 357
  • « — J’aimerais aller en Espagne un jour, dit Oshima.
    — Pourquoi en Espagne ?
    — Pour participer à la guerre d’Espagne.
    — Mais elle est finie depuis longtemps.
    — Je sais bien. Lorca y a laissé sa peau, Hemingway a survécu. Mais j’ai tout de même le droit de vouloir aller en Espagne participer à cette guerre. » Page 367
  • « — Et les poissons tombés du ciel ? Oshima secoue la tête.
    — Là aussi, l’enquête est au point mort. Rien d’autre n’est tombé du ciel depuis. À l’exception, bien sûr, des coups de tonnerre de l’autre soir, dignes de figurer dans le Livre des records. » Page 368
  • « — À quoi penses-tu ? demande Mademoiselle Saeki.
    — À partir pour l’Espagne, dis-je.
    — Pourquoi l’Espagne ?
    — On y mange de bonnes paellas.
    — C’est tout ?
    — Non, je voudrais faire la guerre d’Espagne.
    — Mais elle est finie depuis plus de soixante ans.
    — Je sais bien. Lorca y a laissé sa peau, Hemingway y as survécu. » Page 371
  • « La chambre donnait sur l’arrière de l’immeuble voisin, une bâtisse misérable où devaient vivre des gens misérables qui faisaient des boulots de misère. Un bâtiment tombé en disgrâce comme il y en a dans toutes les villes, le genre que Charles Dickens aurait passé dix pages à décrire. » Page 373
  • « Il fit donc tranquillement sa toilette devant le miroir, en pensant aux têtes des chats qu’il avait vues l’avant-veille dans le livre de la bibliothèque. Comme il ne savait pas lire, il ne connaissait pas les noms de ces races de chats, mais chacune de leurs physionomies était restée gravée dans son esprit. » Page : 374
  • « — Nakata n’est pas seulement idiot. Il est vide. Je m’en rends bien compte maintenant. Nakata est comme une bibliothèque sans livres. Autrefois, je n’étais pas comme ça. Il y avait des livres en moi. » Page 379
  • « Je balaie le jardin, mets en marche l’air conditionné dans la salle de lecture, l’humidificateur dans les réserves de livres. » Page 388
  • « J’interromps de temps en temps ma tâche pour contempler les livres silencieux alignés dans les rayons, et je tends la main pour toucher leurs tranches. » Page 388
  • « Tu penses aussi à la bibliothèque. Aux livres silencieusement alignés sur les étagères dans le calme du matin. » Page 390
  • « — Re-bonjour, dit Oshima, puis il regarde mon sac à dos avec stupéfaction : Eh ben dis donc ! Tu te promènes toujours avec autant de bagages ? Comme Charlie Brown, dans la bande dessinée, qui emporte partout sa couverture ? » Page 390
  • « — Oui. Moi aussi, j’aime mes entraves. Jusqu’à un certain point, naturellement. Jean-Jacques Rousseau disait que la civilisation naît quand les gens commencent à construire des barrières. Une remarque très perspicace. C’est vrai : toutes les civilisations sont le produit d’une restriction de la liberté que l’on a délimitée avec des barrières. » Page 391
  • « Autrefois, vous avez écrit un livre sur des gens frappés par la foudre. Il a bien été publié, n’est-ce pas ?
    — Oui.
    — Est-ce qu’on le trouve encore aujourd’hui ? Elle secoue la tête.
    — Il est sorti en très peu d’exemplaires et il est épuisé depuis longtemps. Je suppose que ce qui n’a pas été vendu a été passé au pilon. Même moi, je n’en ai plus un seul en ma possession. Je crois te l’avoir déjà dit, mais un livre sur des témoignages de foudroyés, cela n’intéressait personne. » Pages 393 et 394
  • « Ou peut-être que je voulais juste avoir un but, quelque chose pour m’occuper l’esprit, j’ai oublié les circonstances exactes qui m’ont donné l’idée d’écrire ce livre. » Page 394
  • « — C’est une partie de ton hypothèse ? Tu penses que ton père et moi avons pu nous rencontrer lors de mon enquête pour ce livre, et que tu serais né de cette rencontre ? » Page 394
  • « Bah, normal que je sois épuisé, après avoir soulevé un truc aussi lourd, se dit-il. J’ai l’impression d’être la maison construite tout de travers par l’aîné des Trois Petits Cochons. Le Grand Méchant Loup n’a qu’à souffler un coup et je m’envole jusqu’à Okayama ! » Page 400
  • « Je retourne dans ma chambre, prépare mes bagages. Inutile de me presser : il ne me faut pas plus de cinq minutes pour rassembler toutes mes affaires. Je vais chercher les vêtements que j’avais lavés et mis à sécher dans la salle de bains, fourre mes affaires de toilette, mes livres et mon journal intime dans mon sac à dos. » Page 410
  • « Et puis, Kafka Tamura, tu es arrivé. Frais comme un concombre, mystérieux comme le véritable Kafka. » Page 415
  • « — Tu es drôlement long à la comprenette, toi, dit le colonel Sanders avec un claquement de langue énervé. Tu es vraiment borné. Tu as de la gélatine à la place du cerveau ou quoi ? Espèce de méduse ! Une feuille morte ? Et puis quoi encore ? Je ne suis pas un blaireau qui fait des tours de passe-passe comme dans les contes de fées. » Page 421
  • « Pendant qu’Oshima fait sa sieste, je m’installe sous le porche pour lire un livre sur la campagne de Russie de Napoléon en 1812. » Page 433
  • « J’ai lu à peu près un tiers de mon livre quand, pris d’une soudaine inquiétude, je me lève et vais voir si Oshima dort toujours. » Page 434
  • « — Exactement. Une métaphore à double sens. Ce qui est extérieur à toi, c’est la projection de ce qui est intérieur, et l’intérieur est la projection de l’extérieur. Souvent, quand tu mets le pied dans un labyrinthe extérieur, c’est que tu entres aussi dans un labyrinthe intérieur. Dans la plupart des cas, c’est très dangereux.
    — Comme dans le conte d’Hansel et Gretel. » Page 437
  • « — Vous savez, monsieur Hoshino, Nakata fait souvent le même rêve ces temps-ci. Dans ce rêve, Nakata sait lire et il est devenu intelligent. Alors il est tellement content qu’il va à la bibliothèque et lit un tas de livres. Il se dit que c’est merveilleux de savoir lire. Il dévore les livres les uns après les autres. Mais tout d’un coup, la salle est plongée dans le noir. Quelqu’un a éteint la lumière. Nakata n’y voit plus rien. Il ne peut plus lire… C’est à ce moment-là que je me réveille. Même en rêve, c’est vraiment merveilleux de savoir lire. » Page 445
  • « — Nakata ne comprend pas ce que vous voulez dire par « bibliothèque privée ».
    — Eh bien, imagine un type qui a un patrimoine important et qui aime les livres. Il ouvre au public le bâtiment où il a rassemblé tous les siens, pour que tout le monde puisse les lire. Celui-là, il devait être plein aux as. Rien que la porte est magnifique. » Page 462
  • « — Nakata n’a pas la moindre idée de ce qu’il devra faire une fois à l’intérieur. Mais comme il s’agit d’une bibliothèque, je propose que nous commencions par lire. Je regarderai un livre de peinture ou de photos, et vous pourrez choisir quelque chose qui vous intéresse. » Page 464
  • « — Bonjour. Soyez les bienvenus.
    — Euh, nous voudrions lire des livres.
    — Naturellement, dit Oshima en hochant la tête. Vous pouvez lire tout ce qu’il vous plaira. La bibliothèque est ouverte au public. » Pages 464 et 465
  • « — Y a-t-il un domaine qui vous intéresse particulièrement, ou un livre que vous recherchez ?
    Hoshino secoua la tête.
    — Non, pas pour l’instant. À vrai dire, plutôt que les livres, c’est la bibliothèque elle-même qui nous intéresse. Nous sommes passés devant par hasard, et avons trouvé l’endroit intéressant. Le bâtiment est magnifique. » Page 465
  • « Les deux compères se choisirent des livres dans les rayons. Hoshino opta pour Beethoven et son temps, tandis que Nakata prenait un livre de photos de mobilier qu’il alla déposer sur une table. » Page 467
  • « Il reposa son livre au beau milieu de sa lecture et poussa un soupir. » Page 468
  • « Ce dernier regardait son livre de photos de mobilier japonais traditionnel, tout en maniant un petit burin et un rabot imaginaires. » Page 468
  • « — Avez-vous trouvé des ouvrages qui vous intéressent ? demanda Oshima.
    — Ouais. Je lis une biographie de Beethoven. C’est intéressant. Sa vie donne à réfléchir. » Page 469
  • « — J’en suis persuadé, répondit Oshima. Sans ce genre d’expériences, nos vies seraient sèches et dépourvues de sens. Comme disait Berlioz : « Si vous n’avez jamais lu Hamlet au cours de votre vie, c’est comme si vous l’aviez passée au fond d’une mine de charbon ». Page 471
  • « Nakata et Hoshino retournèrent à leurs livres jusqu’à l’heure de la visite guidée. Le vieil homme continua à regarder passionnément les photos de meubles en agitant machinalement les mains. » Pages 471 et 472
  • « Les deux hommes retournèrent dans la salle de lecture, s’installèrent dans un canapé et se remirent à tourner les pages de leurs livres en silence. Tout en feuilletant un nouvel ouvrage, Hoshino pensait vaguement à Mademoiselle Saeki. » Page 474
  • « Il avait laissé son sac par terre à ses pieds. Hoshino referma son livre et se leva à son tour. Il se passait quelque chose d’anormal. » Page 474
  • « Nakata n’avait aucune intention de l’attendre, il se précipita à sa suite, sous le regard éberlué des autres lecteurs, qui avaient tous levé le nez de leurs livres. » Page 474
  • « La porte était ouverte, comme toujours, et Mademoiselle Saeki se tenait assise derrière sa table, dos à la fenêtre. Elle était en train de lire un livre et, entendant un bruit de pas, leva la tête et regarda Nakata. » Page 475
  • « — C’est au sujet de la pierre. De la pierre de l’entrée. La directrice de la bibliothèque contempla longuement le vieil homme sans mot dire. Ses yeux étaient incroyablement inexpressifs. Ensuite, elle cligna plusieurs fois des paupières, referma son livre et le posa sur la table, puis fixa à nouveau Nakata. » Page 475
  • « À l’aide de la bombe, je marque à la peinture jaune les troncs d’arbre près desquels je passe. Cela me permettra au retour de retrouver la clairière d’où je serai parti. Contrairement aux miettes de pain de Hansel et Gretel, ces marques-là ne risquent pas d’être mangées par les oiseaux. » Page 476
  • « — Je travaille à ce manuscrit depuis que je suis revenue dans cette ville. J’y raconte mes souvenirs. » Page 487
  • « — J’ai relaté tous ces événements en détail dans ce manuscrit, j’ai écrit ces souvenirs pour remettre de l’ordre en moi-même. Pour savoir qui j’étais, quelle vie j’avais menée, en examiner tous les recoins. Je dois dire que c’a été une tâche assez exténuante. Enfin, j’en suis venue à bout. J’ai tout raconté. Je n’ai plus besoin d’écrire. Et je ne veux pas non plus que cela soit lu par qui que ce soit. Si quelqu’un jetait les yeux sur ces pages, peut-être que cela engendrerait de nouvelles pertes, de nouvelles destructions. Voilà pourquoi je voudrais que vous détruisiez ce manuscrit, que vous le brûliez et en jetiez les cendres, afin qu’il n’en reste rien. Si c’est possible, j’aimerais que ce soit vous, monsieur Nakata, qui vous chargiez de cette tâche. Vous êtes la seule personne sur qui je puisse compter. Excusez mon insistance, mais accepteriez-vous de faire cela pour moi ? » Page 488
  • « Hoshino était dans la salle de lecture, plongé dans son livre
    — Monsieur Hoshino…, dit Nakata.
    Le jeune homme posa son livre sur la table et leva la tête.
    — Ça t’a pris du temps, dis donc. Tu as fini ?
    — Oui. Nakata a terminé ce qu’il avait à faire. Si vous êtes d’accord, monsieur Hoshino, je pense que nous devrions partir maintenant.
    — Aucun problème. J’ai pratiquement fini le livre que j’étais en train de lire. Beethoven vient de mourir, j’en suis à son enterrement. Il a eu des funérailles magnifiques. Vingt-cinq mille Viennois se sont joints au cortège et les écoles ont été fermées pour la journée en signe de deuil. » Page 490
  • « Debout côte à côte, les deux hommes regardèrent en silence le manuscrit s’enflammer page après page. Il n’y avait presque pas de vent, et la fumée s’élevait droit dans le ciel, disparaissant rapidement dans la couche de nuages gris et bas.
    — On n’avait pas le droit de lire ce manuscrit avant de le brûler, je suppose ? demanda Hoshino.
    — Non, il nous était interdit de le lire. Mademoiselle Saeki a confié ce manuscrit à Nakata parce qu’il ne sait pas lire, et il a promis de le brûler. » Page 503
  • « — Je suis désolé. Nakata a promis à Mademoiselle Saeki de brûler ce manuscrit, alors on était bien obligés. » Page 503
  • « — Entièrement d’accord. Le manuscrit est réduit en cendres, c’est le principal, non ? Il ne reste rien des mots qui y étaient écrits. Ils sont retournés au néant » Page 504
  • « — Il y a une bibliothèque ici ?
    — Oui, mais elle ne contient pas de livres.
    — Qu’est-ce qu’il y a dedans, alors ?
    Elle incline un peu la tête, sans répondre. Cette question aussi chemine dans des circuits de dérivation.
    — Tu y es déjà allée ?
    — Une fois, il y a longtemps.
    — Mais pas pour lire des livres ? Elle fait non de la tête.
    — Il n’y en a pas, de toute façon. » Page 525
  • « Tandis que par la fenêtre je regarde ce paysage vide, sans oiseaux, je suis pris d’une envie irrésistible de lire un livre, n’importe lequel, du moment qu’il y a des caractères imprimés sur les pages. Je voudrais le prendre dans les mains, le feuilleter, suivre des yeux des phrases alignées sur le papier. Mais il n’y a pas un seul livre. Comme si le monde écrit n’existait pas. Je fais le tour de la pièce des yeux : rien dans cette cabane ne ressemble à un texte imprimé. » Page 541
  • « — On a l’impression d’être à la bibliothèque, dit-elle.
    — Oui. À ceci près qu’il n’y a pas de café, et pas d’Oshima-san.
    — Et pas un seul livre, ajoute-t-elle. » Page 546
  • « — « Il n’est sans doute pas si dangereux que ça », qu’il dit le matou ! Je le retiens, moi, le « sans doute » ! Ce n’est jamais qu’une supposition optimiste. Et s’il se trompait et que ce soit une créature sortie tout droit de Jurassic Park, hein, qu’est-ce que je suis censé faire, moi, dans ce cas ? Je peux faire mes adieux, oui. » Page 560
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