3,5 étoiles, B

La Ballade de Lila K

La Ballade de Lila K de Blandine Le Callet

Éditions Le Livre de Poche; publié en 2012; 354 pages

Deuxième roman de Blandine Le Callet paru initialement en 2010.

La ballade de Lila K

Paris au XXIIème siècle est ultra sécurisée, soumise au conformisme et à la censure des dirigeants. Chaque citoyen est contrôlé de la naissance à la mort. Bien sûr le moindre écart est sanctionné. À 6 ans, Lila fut enlevé à sa mère parce qu’elle était victime de maltraitance. Vivant dans la Zone, Lila passait ses journées enfermée dans un placard négligée par sa mère droguée et prostituée. Pour sa protection, l’État la place dans un centre pour la soigner et ce jusqu’à sa majorité. Des spécialistes vont la rééduquer : lui réapprendre à parler, à marcher mais aussi à penser selon la ligne directrice. Avec l’aide des gens qui l’entourent, elle traverse les épreuves et doit trouver un sens à sa vie. Lila accepte ces contraintes pour une seule raison : elle veut retrouver sa mère qui a été déchue de tout droit parental. Elle espère que celle-ci lui expliquera pourquoi elles ont été séparées.

Roman futuriste dont le thème principal est la maltraitance des enfants, leur reconstruction et leurs liens émotifs envers leur parent-bourreau. Au début, on a du mal à embarquer car la présentation de ce nouveau monde est faite par bride. C’est finalement sans surprise que l’on découvre un régime totalitaire. Les quartiers intra-muros sont sous haute surveillance et sécurisés mais la Zone, extra-muros, est sale, puante et dangereuse. Le personnage de Lila est très attachant et très bien amené. On découvre au fil de la lecture qu’elle est plus traumatisée par les soins qu’on lui prodigue que par les maltraitances qu’elle a subit. Ce texte est sensible et très original mais surtout très proche d’une déroute possible de notre société. Malgré une écriture sans relief particulier, c’est avec un certain intérêt que l’on parcoure cet ouvrage. Le récit des aventures de Lila est certes bouleversant mais la fin est assez décevante et laisse énormément de questions en suspens.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 5 avril 2013

Lecture de mon Baby Challenge 2013Contemporain

Baby challenge contemporain

La littérature dans ce roman :

  • « Il s’est mis à me réciter des poèmes, chaque matin. Toutes sortes de vers, libres ou réguliers – il n’était pas sectaire. Je devais fermer les yeux – M. Kauffmann assurait qu’on entend mieux les yeux fermés. Lorsqu’il avait fini, je lui disais souvent :
    – Je n’ai pas tout compris.
    – Encore heureux, fillette ! Allez, maintenant, tu m’apprends ça par cœur.
    Je ne voyais pas trop l’intérêt, mais M. Kauffmann avait l’air d’y tenir : On ne sait jamais, cela pourrait servir à l’occasion. Alors j’obéissais : chaque jour, j’apprenais un poème, parfois deux. » Page 40
  • « Continue à apprendre ces poèmes, Lila. Je te promets que tu finiras par comprendre à quoi ils servent. Tu finiras par le sentir. » Page 40
  • « Un jour que j’étais sur le toit, à penser à ma mère en regardant la pluie qui tombait sur la ville, un poème m’est soudain revenu en mémoire. Il parlait de tristesse, et il était parfait – je veux dire, il convenait parfaitement à l’instant : la pluie et mon chagrin, et la ville à mes pieds. C’était la première fois que cela arrivait.
    Je me suis avancée jusqu’au bord du toit. J’ai dit : Écoute-moi, maman : Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville. C’était comme si les mots m’appartenaient. Comme si le poème était à moi, tout entier. Comme si je venais de l’inventer. Je l’ai murmuré très lentement, plusieurs fois, pour ma mère, où qu’elle soit. » Pages 40 et 41
  • « Les mots me venaient au bord des lèvres sans que j’aie à y penser. Les poèmes fleurissaient dans mon crâne avec mes émotions, et même dans plusieurs longues, car M. Kauffmann tenait mordicus à ce que je sois polyglotte. » Page 41
  • « Souvent, je parlais à ma mère. Je lui récitais des poèmes de tristesse et d’amour en essayant de me persuader qu’elle pouvait les entendre. » Page 47
  • « – Viens donc voir, fillette !
    Je me suis approchée.
    – On appelle ça des livres. Tu vas voir, tu n’en reviendras pas.
    J’ai levé un sourcil sceptique. Il avait beau dire, ça ne » Page 53
  • « – Viens donc voir, fillette !
    Je me suis approchée.
    – On appelle ça des livres. Tu vas voir, tu n’en reviendras pas.
    J’ai levé un sourcil sceptique. Il avait beau dire, ça ne payait pas de mine. Mais lui semblait très excité. Il s’est emparé d’un volume, puis il l’a soulevé à hauteur de mes yeux.
    – Regarde bien, Lila
    J’ai soudain vu le livre s’ouvrir entre ses mains, éclater en feuillets, minces souples et mobiles. C’était comme une fleur brutalement éclose, un oiseau qui déploie ses ailes.
    – Ça t’en bouche un coin, n’est-ce pas ?
    Je n’ai pas répondu. Je regardais ses doigts qui feuilletaient les pages, couvertes de signes noirs et de taches colorées.
    – Eh bien, tu as perdu ta langue ?
    – Comment dites-vous que ça s’appelle ?
    – Un livre. C’est ce qu’on avait, avant les grammabooks.
    – et… qu’est ce qu’il y a écrit là-dedans ?
    – Cela dépend du livre.
    J’ai ouvert des yeux ronds. Je n’y comprenais rien.
    – Laisse-moi t’expliquer : tu vois, avec un grammabook, on n’a qu’un écran vierge sur lequel vient s’inscrire le texte de ton choix. Un livre, lui, est composé de pages imprimées. Une fois que le texte est là. On ne peut plus rien changer. Les mots sont incrustés à la surface. Tiens, touche.
    J’ai posé la main sur la feuille. J’ai palpé, puis j’ai gratté les lettres, légèrement, de l’index. M. Kauffmann disait vrai : elles étaient comme prises dans la matière.
    – Ça ne peut pas s’effacer ?
    – Non, c’est inamovible. Indélébile. Là réside tout l’intérêt : avec le livre, tu possèdes le texte. Tu le possèdes vraiment. Il reste avec toi, sans que personne ne puisse le modifier à ton insu. Par les temps qui courent, ce n’est pas un mince avantage, crois-moi, a-t-il ajouté à voix basse, Ex libris veritas, fillette. La vérité sort des livres. Souviens-toi de ça : Ex libris veritas. » Pages 53 et 54
  • « D’un geste, il a montré les livres empilés dans la caisse.
    – Je t’ai préparé là une petite sélection qui devrait t’intéresser. » Page 55
  • « Hé hé, fillette, comme tu ne tarderas pas à t’en rendre compte, les livres sont bien plus confortables que les grammabooks. On peut les lire des heures durant sans avoir mal aux yeux. Ça non plus, ce n’est pas un mince avantage.
    J’ai pioché au hasard un des livres sur le dessus de la caisse, et feuilleté quelques pages. J’allais le refermer, lorsque j’ai vu l’encart au verso de la couverture : Le papier imprimé peut contenir des substances toxiques et des micro-organismes susceptibles de déclencher chez les sujets fragiles de graves allergies, entraînant lésions cutanées et difficultés respiratoires. Il doit être manié avec précaution. Il doit être tenu hors de portée des enfants. Je vous fais grâce de la suite, cous connaissez mieux que moi l’avertissement du Ministère. » Pages 55 et 56
  • « À compter de ce jour, je n’ai plus lâché mes livres. J’avais toujours dans la poche un petit in-quarto protégé par sa housse transparente réglementaire. Je m’y plongeais dès que j’avais quelques instants de liberté. J’y consacrais toutes mes heures perdues, ces heures de solitude où le temps, parfois, me semblait si lourd que je n’aurais rien trouvé d’autre à faire que retenir mes larmes, si je n’avais pas eu la lecture. » Pages 56 et 57
  • « Quand j’ai eu terminé tous les livres contenus dans la caisse – des contes, des romans, des albums illustrés, plusieurs essais d’histoire et de sociologie, des poèmes en latin, et un traité d’architecture -, M. Kauffmann les a remportés, et m’en a prêté d’autres. Je les ai dévorés avec le même plaisir, la même frénésie. » Page 57
  • « Je me moquais un peu du contenu des livres. Ce que je recherchais, surtout, c’est le pouvoir qu’ils m’accordaient. J’arrivais grâce à eux à m’abstraire de ma vie. » Page 57
  • « Je crois que ce sont les livres qui ont tout déclenché. Les étroits n’ont pas apprécié, à cause des dangers potentiels pour ma santé.
    C’était l’époque où le gouvernement venait de lancer la première grande collecte d’ouvrages détenus par les particuliers, vous devez vous en souvenir. Ces cul serrés ont prétendu que l’initiative de M. Kauffmann risquait de passer pour de la provocation aux yeux du Ministère, et ils lui ont demandé de reprendre ses livres dans les meilleurs délais. » Pages 57 et 58
  • « La troisième année de son protocole s’est achevée sans qu’il cède d’un pouce, pour les livres. La Commission a réitéré ses réserves. » Page 59
  • « M. Kauffmann estimait qu’on ne doit pas s’encombrer avec la tristesse : Profitons des moments que nous passons ensemble, fillette, sans nous mettre la rate au court-bouillon. On a fit ce qu’il disait : on a savouré chaque minute. Il m’apportait des livres, me jouait du violoncelle. On montait parfois sur le toit pour réciter des vers aux quatre vents. » Pages 61 et 62
  • « Je n’ouvrais la bouche que pour bâiller aussi bruyamment que possible. Ou alors, je me plongeais dans un livre, que je levais bien haut pour masquer mon visage. Lui, faisait semblant de rien : il me parlait de la pluie, du beau temps, puis encore de la pluie. En un mot, il meublait le silence. Parfois, il faisait mine de s’intéresser à mes livres, qu’il feuilletait non sans avoir pris soin d’enfiler une paire de gants de protection. » Page 62
  • « – Bon, on s’occupe d’ouvrir ton cadeau? a-t-il proposé, comme s’il était pressé de passer à autre chose.
    J’ai posé le paquet sur le bureau. n m’a aidée à déchirer l’opercule. C’était un dictionnaire ancien, énorme, le plus lourd que j’aie jamais eu entre les mains.
    – Je voulais t’en offrir un plus récent, mais il devient de plus en plus difficile de trouver des éditions papier de qualité acceptable. Celui-ci date du début du siècle dernier. il fera très bien l’affaire. Et tu noteras, fillette, la qualité de la couverture ! Du galuchat. Très beau. Très cher. Je l’ai f ait poser spécialement, afin de personnaliser l’ouvrage.
    J’ai effleuré le dictionnaire du bout des doigts. C’était doux, et ça m’a fait venir les larmes aux yeux. J’ai tout de suite chaussé mes lunettes de soleil- ce n’était pas le moment de se laisser aller. » Page 65
  • « – Prends bien soin de ce dictionnaire, Lila. Il y a tout là-dedans. Tous ce dont tu as besoin. Et n’oublie par : il est à toi. Personne n’a le droit de te l’enlever. » Page 66
  • « TI m’a tout raconté- enfin, assez pour que je comprenne en gros ce qui s’était passé : la motion de défiance votée fin août par les membres de la Commission, puis la convocation devant le Grand Conseil début septembre, puis la révocation.
    – Pourquoi vous ne m’avez rien dit ?
    – Il ne voulait pas qu’on t’en parle. Il m’avait fait promettre.
    – Tout ça, c’est à cause de mot ? À cause des livres ?
    Il a secoué la tête.
    – C’est bien plus compliqué. » Pages 67 et 68
  • « Le soir, j’ai sorti du tiroir la belle écharpe en soie, et je l’ai cachée dans la housse de mon oreiller, bien à plat, insoupçonnable. Je voulais éviter qu’on la trouve, afin de ne pas risquer de me la faire confisquer. Cela n’aurait pas été juste, car elle était à moi. Il me l’avait offerte, je le comprenais enfin : avec le dictionnaire, elle était son cadeau d’adieu. » Page 68
  • « – Que venez-vous faire ici?
    Il a hésité un moment, avant de murmurer, passablement gêné :
    – Je suis venu reprendre les livres de l’ancien directeur. Ordre de la Commission.
    Puis il s’est dirigé vers la bibliothèque, et il a entrepris de ramasser les volumes alignés sur les étagères.
    Il y a des moments où il faut savoir surmonter son dégoût. Accepter le corps-à-corps, quand la cause l’exige. Cogner, mordre, frapper. C’est ce que j’ai fait : je me suis jetée sur lui ; bec et ongles, j’ai défendu mes livres. » Page 70
  • « Tandis qu’il entassait les livres dans le caisson, je gueulais tout mon soûl en le traitant de salopard, d’ordure, de crevard et j’en passe. Ça ne me soulageait même as. Lui, continuait d’entasser les livres. » Page 71
  • « – Il en reste un, là-bas.
    Il pointait le dictionnaire sur la table de nuit. J’ai crié en me débattant de plus belle :
    – Celui-là, il est à moi ! Vous n’avez pas le droit de me le prendre ! » Page 71
  • « – Monsieur, je vous en prie, laissez-moi le dictionnaire. Il est à moi. C’est un cadeau que m’a fait monsieur Kauffmann pour mon anniversaire. » Page 72
  • « – Et le livre, tu le prends pas? lui ont crié les autres.
    – Elle dit qu’il est à elle.
    – Qu’est-ce que ça peut faire ?
    – J’ai ordre de récupérer les livres de l’ancien directeur.
    – Et alors ?
    – Alors, elle dit que celui-ci lui appartient. Donc, je le prends pas. » Pages 72 et 73
  • « – La bonne nouvelle, c’est que la Commission t’autorise à conserver le dictionnaire. Ils ne voulaient pas en entendre parler, au début, mais je les ai menacés de demander une enquête sur la façon dont s’étaient comportés avec toiles hommes de la Sécurité. Ça les a bien calmés. Voilà. Tu gardes le dictionnaire. » Page 73
  • « Toute la nuit, j’ai rêvé, de M. Kauffmann, de Lucienne. Nous étions sur le toit. M. Kauffmann jouait du violoncelle. Le sol était jonché de livres dont les pages s’envolaient avec la musique. Et Lucienne riait. Moi aussi. Au matin, je n’étais plus en colère. » Page 91
  • « Alors, je suis restée avec mon obsession, me contentant, à chacune de mes visites, d’aller faire un tour en cuisine pour humer au passage l’assiette de Pacha, ou grappiller quand je le pouvais quelques miettes restées collées à la paroi d’une boîte tramant sur la paillasse. Je rejouais à ma façon, secrète et solitaire, une version insolite du supplice de Tantale. » Pages 100 et 101
  • « J’ai écrasé la boîte contre le sol. Le métal s’est aplati sans peine sous ma paume. J’ai tout dissimulé sous la couverture cartonnée de mon gros dictionnaire. C’était le dernier endroit où ils iraient fouiller. Ils avaient bien trop peur des livres. » Page 106
  • « Ensuite, je me mettais à déclamer des vers, à burler des insanités, comme autrefois avec M. Kauffmann. Ça faisait un bien fou, tous ces putain d’Adèle et ces bordel à cul, au milieu des alexandrins. Revenue dans ma chambre, je passais des heures à lire le dictionnaire, choisissant les termes les plus rares et les plus compliqués, dont j’apprenais par coeur la définition. » Page 123
  • « En désespoir de cause, je me suis mise à feuilleter le dictionnaire. J’avais toujours trouvé cela très apaisant, parce que cela m’aidait à sentir sa présence, un peu comme si son âme était déposée là, et qu’à chaque page tournée, il s’en libérait un fragment. J’ai repensé au jour où il m’avait fait ce cadeau. » Page 126
  • « Il y a tout là-dedans. Tout ce dont tu as besoin. C’est ce qu’il m’avait dit en me donnant le dictionnaire. Tout ce dont j’avais besoin.
    Mon sang n’a fait qu’un tour, et mon cœur a suivi, diastole, systole, à toute volée, j’en avais presque mal. Je me suis mise à feuilleter les pages avec frénésie .Il ya tout là-dedans. C’était cela, l’indice. Tout ce dont tu as besoin. Les renseignements sur ma mère devaient se trouver là. C’était forcément ça. » Pages 126 et 127
  • « De toute façon, si ce dictionnaire avait contenu la moindre information relative à ma mère, je m’en serais rendu compte depuis un bon moment. Tant de fois je l’avais parcouru en tous sens.
    J’ai refermé le dictionnaire, et je suis restée là, à le regarder bêtement. » Page 127
  • « Durant quelques instants, j’ai contemplé le dictionnaire posé devant moi. Mon trésor. Puis, avec précaution, j’ai entrepris de décoller la belle couverture. M. Kauffmann avait raison : il suffisait de faire fonctionner sa cervelle. » Page 127
  • « Un simple bout de papier soigneuse plié, sur lequel j’ai tout de suite reconnu son écriture belle, fine et penchée :
    Buc. 4,60 – Parve puer risu
    En. 4,1.86.L’88 – et magnas territat urbes tan ficti pravique tenax quam
    124º est ex libris veritas
    Un message codé. » Page 128
  • « Est ex libris veritas ne m’a pas posé de problème. M. Kauffmann me l’avait répété assez souvent, que la vérité sort des livres.
    Quant aux indications Buc. 4,60 et En. 4,186.188, je connaissais suffisamment mes classiques pour savoir qu’il s’agissait de références à des vers de Virgile : Bucoliques, livre IV, vers 60 ; Énéide, livre IV, vers 186 à 188. M. Kauffmann disait que Virgile était un grand génie. Il m’avait fait apprendre par cœur tous ses poèmes. Cinq ans après, je les savais encore. Le vers des Bucoliques disait :
    Incipe, parve puer, risu cognoscere matrem.
    « Petit enfant, apprends à reconnaître ta mère à son sourire. »
    Le passage de l’Énéide émit une description de la Renommé, un monstre malfaisant parti pour dénoncer à l’univers entier le scandale des amours de Didon et Énée :
    Luce sedet custos aut summi culmine tecti
    Aut turribus altis, et magnas territat urbes
    Tam ficti pravique tenax quam nuntia veri.
    « Le jour, elle guette, postée au sommet d’un toit ou sur de hautes tours, et sème la terreur dans les grandes cités, en répandant sans cesse autant d’inventions et de calomnies que de vérités. » » Page 129
  • « Ex libris veritas. C’était si simple, si évident. Dès le début j’aurais dû deviner.
  • Tout là-bas se dressaient’ comme de grands livres à ciel ouvert, les trois immenses tours de la Grande Bibliothèque. » Page 132
  • « * Est-ce que vous croyez que je pourrais travailler dans un endroit comme la Grande Bibliothèque, par exemple ? Les livres, c’est tranquille…
    – Les livres, bien sûr, a-t-il murmuré en regardant le dictionnaire sur le bureau. J’aurais dû m’y attendre.
    – Est-ce que… est-ce que vous pensez que cela poserait un problème ?
    – Les livres… Tu n’ignores pas que c’est un domaine sensible. » Page 135
  • « Désemparée, j’ai ouvert le dictionnaire, et je me suis mise à le feuilleter au hasard. Tous ces mots défilant sous mes yeux, imbattable, imbécile, imbriqué, imbroglio, sans queue ni tête, manomètre, manouche, manquement, mansuétude, sans rime ni raison. Pour aboutir à quoi ? Lila Breloque, Lila Brucellose, Lila Barbiturique… Absurde. J’ai refermé brusquement le dictionnaire » Page 138
  • « – Pas d’affolement, a-t-il répété avec calme. Prends quelques jours pour réfléchir. Quelques semaines, si besoin. Ne t’inquiète pas, ça viendra. Dès que tu auras trouvé, préviens-moi.
    J’ai hoché la tête, pensivement, les yeux toujours fixés sur le dictionnaire. Je me suis mise à caresser la couverture, machinalement. » Page 139
  • « – Jules César a dit : Alea jacta est. Le sort en est jeté. Eh bien voilà, Fernand, j’ai décidé de franchir mon Rubicon : je vais ouvrir ce dictionnaire au hasard, et choisir pour nom de famille le premier mot de la page de droite. Ensuite l’affaire sera réglée, on n’en parlera plus ! » Page 139
  • « Sans me soucier plus longtemps de sa mine consternée, j’ai fermé les yeux, et, prenant une grande inspiration, j’ai ouvert le dictionnaire en criant : Alea jacta est ! » Page 140
  • « Enfin, je me suis décidée. Et j’ai vu. Le dictionnaire était ouvert à la lettre K. Elle s’étalait en rouge sur une demi-page. K. » Page 140
  • « – Pas du tout, Fernand ! Le dictionnaire compte 3729 pages. J’avais annoncé que mon choix porterait sur une page de droite. Il y avait donc une chance sur 1865. » Pages 140 et 141
  • « Après son départ, je suis restée assise en face du dictionnaire, à contempler la lettre rouge sang. Lila K, Lila K, Lila K, cela résonnait en moi comme une évidence joyeuse. J’ai posé la joue sur la page. Elle était douce et tiède comme une peau vivante. » Page 141
  • « Ex libris veritas. » Page 160
  • « J’ai passé le reste de la journée à ranger les objets que j’avais emportés : mon grammabook, le dictionnaire, le kaléidoscope, le stylo, la boussole, la ramette de papier et la bouteille d’encre, dont les scellés étaient encore intacts. » Page 161
  • « – Cela me conviendra tout à fait, Copland a fait mine de consulter le grammabook posé sur son bureau. » Page 166
  • « Les consignes figurent sur la lamelle que vous remettra mademoiselle Garcia, Vous voudrez bien les lire attentivement, signer au bas du document, et nous le renvoyer dans les meilleurs délais. » Pages 166 et 167
  • « – Fernand Jublin m’a expliqué que vous aviez disposé de livres anciens, plusieurs années durant.
    – C’est exact, monsieur.
    – Ces consignes doivent donc déjà vous être familières.
    – C’est-à-dire que… non. Je ne prenais pas de précautions particulières, à vrai dire. Je manipulais les livres à mains nues.
    Il m’a regardée, effaré. » Page 167
  • « – Les documents sont conservés en réserve, au sous-sol. Les employés chargés de la numérisation n’y ont pas accès. Ce sont les magasiniers qui assurent le transport. Un magasinier par étage. Pour le nôtre, c’est Scarface.
    – Scarface?
    – En fait, il s’appelle Justinien, mais ici, tout le monde l’appelle Scarface. Je vous préviens tout de suite, ça n’est pas un cadeau ! Mais c’est le protégé de monsieur Templeton, alors on est bien obligé de le supporter.
    – Scarface.
    Elle a eu un petit rire.
    – Vous verrez, vous ne serez pas déçue.
    Je n’ai pas vraiment compris ce qu’elle voulait dire, et je n’ai pas eu envie de le lui demander. Je n’avais pas besoin d’en apprendre davantage pour savoir que ce Scarface était d’ores et déjà pour moi la personne la plus importante de cette bibliothèque, celle sur laquelle devraient se concentrer tous mes efforts. » Page 171
  • « C’était peut-être de me retrouver tous les jours au coeur de la Grande Bibliothèque qui me donnait cette force. Sentir ces livres autour de moi, dans étages et les profondeurs du sous-sol, tous ces signes alignés, ces mots, ces phrases, avec au milieu d’eux, la vérité-ou du moins, un fragment – qui me conduirai à ma mère. » Page 178
  • « Je continuais à rêver, chaque matin, devant les portraits tristes du grand bureau désert. De temps en temps, je notais un changement : une pile de documents déposée sur le bureau, enveloppée dans sa housse, ou bien l’installation d’une vitrine supplémentaire, bourrée de livres anciens. » Page 190
  • « Maintenant, je peux bien l’avouer : dès le début, vous m’avez attirée- dès le début, je veux dire, avant même notre rencontre. À cause des livres dans votre bureau, des stylos sur la console, des portraits accrochés aux murs. » Page 211
  • « – J’aime beaucoup votre bureau.
    Je vous ai vu lever un sourcil étonné qui a accentué les rides sur votre front.
    – C’est.., c’est à cause des livres, ai-je ajouté, comme pour me justifier.
    – Les livres, bien sûr. J’ai lu votre dossier.
    Vous m’avez dévisagée longuement, en silence, puis vous m’avez soudain demandé :
    – Je viens justement de récupérer un ouvrage ancien, assez intéressant. Cela vous plairait-il de venir y jeter un coup d’oeil ?
    – C’est très gentil à vous… j’ai beaucoup de travail en retard, et il faut absolument que j’aie le temps de tout rattraper avant 9 heures, et …
    – Cela ne prendra que quelques minutes, vous savez. Si vous aimez les livres…
    Je vous ai regardé, indécise. C’était tellement tentant. Et puis, comment refuser sans paraitre grossière ?
    Alors, j’ai accepté, et vous avez souri.
    Le livre était sur le bureau, enveloppé dans sa housse hermétique. Je m’en suis lentement approchée. Soudain, c’était comme autrefois, lorsque M. Kauffmann arrivait dans ma chambre en poussant devant lui son caisson à roulettes, la même excitation en découvrant le titre – San Francisco Museum of Art, th Complete Collections -, la même fébrilité en défaisant la housse, le même trouble, quand ma main s’est posée sur la couverture. » Pages 213 et 214
  • « Je me suis mise à feuilleter les pages, aussi émue par la beauté des planches que par le simple fait d’effleurer le papier.
    – Alors, comment le trouvez-vous ?
    – Magnifique. Et c’est si étrange de penser que la plupart de ces oeuvres n’existent plus.
    Vous avez hoché la tête en silence. J’ai continué à regarder le livre. » Page 215
  • « J’ai pris quelques minutes, encore, pour admirer l’ouvrage, puis je l’ai refermé à contrecœur.
    – Vraiment extraordinaire. Je peux vous demander où vous l’avez trouvé ?
    – Dans la Zone, mademoiselle, comme tous les documents que vous voyez ici.
    – Dans la Zone ! Ils ont des livres, là-bas ?
    – Ce ne sont pas des sauvages, vous savez, malgré ce que certains peuvent raconter. Toutes tes bibliothèques n’ont pas brûlé lors des émeutes de 91.
  • – Vous voulez dire qu’on lit encore sur documents papier, au-delà de la frontière ?
    – Oui, la plupart du temps. À quelques rares exceptions près, rien n’a été numérise. C’est précisément cela l’objet de mes grandes missions, comme dit monsieur Copland : faire un état des lieux et proposer un plan de numérisation.
    – Tous ces livres papier, en libre accès ! Je n’imaginais pas…
    – Ça ne va pas durer. D’ici quatre ou cinq ans, le gouvernement aura équipé l’ensemble de la population en grammabooks, et collecté les livres demeurés en circulation. Question de santé publique. » Pages 215 et 216
  • « – Je vais vous quitter, maintenant. Merci de m’avoir permis de regarder le livre. » Page 217
  • « Alors, j’ai pris mes précautions : je vous ai évité, comme dans les premiers temps, comme s’il n’y avait jamais eu cette conversation entre nous, ce livre que vous m’aviez laissé feuilleter, les portraits, votre bienveillance polie, comme si tout cela n’avait pas existé » Page 221
  • « Chaque jour, je lisais les articles avec attention, et la même frénésie qu’autrefois les livres, dans ma chambre du Centre. Je gardais tout en mémoire – textes, dates, photos. » Page 243
  • « – Alors, vous êtes prêt à témoigner en ma faveur ?
    – Oui, Lila, à une condition : que tu ne retournes pas à la Bibliothèque.
    – Vous ne pouvez pas me demander une chose pareille !
    – Non seulement je le peux, mais je le fais. La Bibliothèque, c’est de là que vient tout le mal. Ces livres, ces articles qui t’ont tourné la tête.
    – Oh, Fernand, par pitié, n’accusez pas les livres ! Ayez un peu de courage : dites clairement que c’est à Milo que vous en voulez ! » Page 284
  • « Parfois, je repense aux portraits dans votre bureau, à ce que vous m’avez raconté sur la Zone, à ces bibliothèques où les gens peuvent encore lire à livre ouvert, et je me dis que, peut-être, il ferait bon y vivre, malgré la crasse et l’insécurité. » Page 352 
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