2,5 étoiles, P

La poursuite du bonheur

 

La poursuite de bonheur de Douglas Kennedy.

Éditions Belfond; publié en 2001; 773 pages

Quatrième roman de Douglas Kennedy paru initialement en 2001 sous le titre « The Pursuit of Happiness ».

La poursuite du bonheur

À la fin des années 1990, Kate Malone a 44 ans. Elle vit à New York, elle est divorcée et s’occupe de son fils de 7 ans. Lors de l’enterrement de sa mère, une mystérieuse vieille dame attire son attention. Personne ne semble la connaître. Peu de temps après, celle-ci la contacte, elle lui dit s’appeler Sara et qu’elle la connaît depuis son enfance. Elle a fréquenté ses parents à une certaine époque mais Kate n’en a aucun souvenir. Pour lui raconter sa vie, Sara lui remet un manuscrit qui lui apprendra aussi une incroyable histoire sur ses parents. La lecture de Kate la propulsera dans le Manhattan des années 1940 et 50. C’est à cette époque que Sara a rencontré Jack Malone, le père de Kate, la veille de son départ pour la guerre. Cette aventure d’une nuit a été marquante. Le lendemain matin, Jack s’est éclipsé de la vie de Sara mais pas de son cœur. Cette fameuse rencontre a fait basculer leur vie.

Roman au début accrocheur. L’histoire commence avec la vie de Kate. On s’attache rapidement à elle, mais finalement elle a peu de place dans le livre, car l’héroïne principale est Sara. Lorsque l’histoire bascule sur le destin de Sara, on est déstabilisé car la vie de Kate commençait à être intéressante. Celle de Sara par contre manque de réalisme, elle est une suite de tragédies qui s’accumulent les unes après les autres. Une décente aux enfers magistrale dans une merveilleuse[JS1]  reconstitution de New York des années 40 et 50. Une époque qui est peu connu, mais qui a fait bien des ravages. L’auteur nous fait vivre cette période trouble où il valait mieux cacher ses idées et avoir un mode de vie rangé car la chasse aux communistes était bien présente. Malheureusement, l’histoire fini par traîner en longueur, il y a trop de péripéties pour la vie d’une seule femme. De plus, on aurait bien aimé en savoir plus sur Kate.

La note :2,5 étoiles

Lecture terminée le 4 août 2013

Lecture de mon Baby Challenge 2013Contemporain

Baby challenge contemporainLa littérature dans ce roman :

 

  • « Sa voix de garçonnet de sept ans couvrait celle du pasteur épiscopalien qui, en face de la bière, récitait avec solennité un passage de l’Apocalypse :
    Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux,
    Et la mort ne sera plus, ni deuil,
    Ni pleurs, ni souffrance ne seront plus
    Car ce qui est passé s’en est allé. »  Page 14
  • « Entre-temps, le pasteur était passé à ce vieux classique des enterrements, le Psaume XXIII : « Tu dresses la table devant moi, à la face de mes ennemis ; tu parfumes d’huile ma tête, ma coupe est pleine à déborder. » »  Page 15
  • « Crois-moi : il reste le vieux et triste con qu’il a toujours été, Charlie.
    — Meg !
    J’ai montré mon fils du menton. Il était installé à côté de moi, plongé dans une bédé. »  Page 18
  • « — Bravo, mon grand, a approuvé Meg en lui ébouriffant les cheveux.
    — Lis ton livre, chéri. »  Page 18
  •  « — Pas autant qu’à moi de voir cette tête de nœud se mettre à pleurnicher.
    Après avoir vérifié qu’Ethan restait captivé par son livre, j’ai levé les yeux au ciel.
    — Meg !
    — Pardon. Ça m’a échappé, quoi.
    — Je sais aussi ce que ça veut dire, « tête de nœud », a commenté Ethan sans interrompre sa lecture. »  Page 19
  • « Pendant une fraction de seconde, je me suis retrouvée dans l’appartement familial de la 84e Rue, entre Broadway et Amsterdam. Six ans, retour de l’école, avec Annette, Frankie et tous les Mousquetaires sur notre vieille télé Zénith noir et blanc avec son écran en hublot, et ses antennes qui pointaient comme des oreilles de lapin, et ses portes en imitation acajou. »  Page 24 et 25
  • « Je me replonge dans la contemplation des Mousquetaires. »  Page 25
  • « — Ouais, d’accord. Mais la Princesse aurait fini par te convaincre, elle.
    — N’appelle pas Holly comme ça.
    — Et pourquoi pas ? C’est bien Lady Macbeth, dans cette histoire ! »  Page 37
  • « — Heureuse de l’entendre. Je commençais à me demander si tu n’allais pas te transformer en personnage de Tennessee Williams, le genre cinglée du Sud, tu vois ? Qui essaie la robe de mariée de maman, qui picole du bourbon sec et qui sort des machins dans le style : « Il s’appelait Beauregard et c’est le garçon qui a brisé mon cœur »… »  Page 72
  • « « Il s’appelait Beauregard et c’est le garçon qui a brisé mon cœur. » Son nom, c’était Peter, en fait. Peter Harrison. Celui avec qui j’étais avant de rencontrer Matt. Il se trouve qu’il était aussi mon patron. Et qu’il était marié, comme dans les livres… »  Page 73
  • « Le pire, c’était que je m’étais pourtant solennellement juré de ne jamais perdre la tête pour un homme et que j’avais jusqu’alors manifesté très peu de sympathie, pour ne pas dire un mépris affiché, à mes amies ou connaissances qui transformaient une simple rupture en épopée tragique, se jouant un Tristan et Iseut version Manhattan à chaque peine de cœur. »  Page 81
  • « Je me suis particulièrement maudite lorsque j’ai fondu en larmes au beau milieu d’un brunch dominical au restaurant avec ma mère. Barricadée dans les toilettes dames jusqu’à ce que je me tire de ce mélo à la Joan Crawford, j’ai fini par regagner la table. »  Page 81
  • « Au cours des six premiers mois de son existence, il refusait de capoter plus de deux heures d’affilée, ce qui nous a rapidement conduits au bord de l’épuisement complet. Et, à moins d’avoir la vocation d’une Mary Poppins, la fatigue nourrit l’irritabilité qui, dans notre cas, a vite pris les proportions d’une guerre ouverte. »  Page 87
  • « Assise à la table, j’ai ouvert le colis. Une carte, en papier bleu-gris désormais familier. Et voilà, c’était reparti… « Chère Kate, je crois vraiment que vous devriez m’appeler, non ? Sara. » J’ai retiré ensuite un grand livre rectangulaire. Un album-photo, sans doute. Oui. »  Pages 101 et 102
  • « Je l’ai suivie dans une petite entrée dont l’un des murs était entièrement couvert de rayonnages chargés de livres. »  Page 105
  • « La pièce était de taille modeste mais lumineuse avec ses murs blancs, son parquet en bois décoloré, une vaste fenêtre donnant au sud sur une petite cour intérieure. Encore des livres partout, une discothèque de CD classiques bien garnie et une alcôve astucieusement aménagée en coin bureau avec une tablette en pin sur laquelle s’alignaient un ordinateur, un fax et des dossiers. »  Page 106
  • « Moi, je n’avais cessé de lui dire qu’il jugeait beaucoup trop durement son fils, qu’en réalité Eric était plutôt un progressiste à l’ancienne manière doublé d’un romantique désarmant : un admirateur éperdu d’Eugene Debs qui était abonné à The Nation depuis ses seize ans et rêvait de devenir un second Clifford Odets. Parce qu’il écrivait des pièces de théâtre, lui aussi. Sorti de Columbia en 37, il avait été assistant-metteur en scène d’Orson Welles au Mercury Theater, et deux de ses œuvres avaient été montées par des ateliers d’art dramatique à New York. Oui, c’était le temps où le New Deal de Roosevelt subventionnait le théâtre expérimental en Amérique, si bien que les « prolétaires du spectacle », comme Eric aimait se nommer, ne manquaient pas de travail, et puis maintes petites compagnies ne demandaient qu’à donner leur chance à de jeunes auteurs tels que mon frère. Aucune de ses pièces n’avait été un grand succès mais il ne lorgnait pas sur Broadway et ses lumières, de toute façon, répétant que son œuvre voulait « répondre aux attentes et aux besoins de la classe ouvrière ». »  Page : 114
  • « En tant que dramaturge, il avait cependant d’énormes potentiels, mais dans ce genre « engagé » qui apparaissait, hélas, condamné au début des années quarante. Orson Welles est allé à Hollywood, Clifford Odets également. » » Page 115
  • « Enfin, la soirée se déroulait chez Eric. Un appartement-couloir de Sullivan qui pour moi représentait le summum du chic bohème, tout comme son locataire. La baignoire dans la cuisine, des bouteilles de chianti reconverties en pieds de lampe, de vieux coussins fatigués éparpillés sur le sol du salon, et des livres partout, partout. »  Page 115
  • « Nous sommes nés tous les deux à Hartford, dans le Connecticut. Comme Eric aimait à le rappeler, ce coin perdu n’a jamais abrité que deux êtres d’exception : Mark Twain, qui a perdu un tas d’argent dans une maison d’édition locale, et Wallace Stevens, qui fuyait l’ennui d’une vie de courtier d’assurances en écrivant des poèmes d’une modernité rare. »  Page 116
  • « J’avais douze ans quand il m’a déclaré qu’« à part Twain et Stevens personne de notable n’a vécu ici, et puis il y a eu nous deux » »  Page 117
  • « Leurs affrontements étaient homériques. Par exemple quand il avait découvert les Dix jours qui ébranlèrent le monde de John Reed sous le lit de son fils, ou quand Eric lui avait offert un disque de Paul Robeson pour sa fête… »  Page 118
  • « Encore plus maigre qu’avant, il laissait ses cheveux très bruns pousser en tignasse qui, complétée par des lorgnons en acier, son manteau militaire et sa vieille veste en tweed, lui donnait l’allure de Trotski. »  Page 119
  • « À la place, il est allé s’installer Sullivan Street, balayer les planchers pour le compte d’Orson Welles à vingt dollars par semaine et caresser l’ambition d’écrire des œuvres « qui durent » »  Page 119
  • « — Ton « destin » ? a-t-il repris avec une cinglante ironie. Parce que tu crois avoir un « destin », aussi ? Quels romans à l’eau de rose t’ont-ils fait lire, à l’université ? »  Page 122
  • « Dans un court message à notre père, j’ai indiqué que j’acceptais ses desiderata et que la famille pourrait être fière de moi une fois que je serais à New York, une façon discrète de lui certifier que j’allais rester une « fille bien » même dans le Sodome et Gomorrhe qu’était à ses yeux Manhattan. »  Page 131
  • « Une conversation décousue à propos de notre travail, des rumeurs qui commençaient à circuler au sujet de camps de la mort montés par les nazis en Europe de l’Est, des chances que Roosevelt garde Henry Wallace pour second lors de la campagne présidentielle de l’année suivante, de Watch on the Rhine, la pièce de Lillian Hellman qu’Eric, toujours très exigeant, jugeait épouvantable… »  Page 134
  • « Son fantastique anonymat, d’abord : ici, on pouvait devenir invisible, et surtout ne jamais sentir le regard désapprobateur de quiconque dans son dos, un des passe-temps favoris des bonnes gens d’Hartford. On pouvait passer la nuit debout, ou se perdre tout un samedi après-midi dans les kilomètres de livres de ses librairies, ou entendre Ezio Pinza chanter Don Giovanni au Met pour la somme dérisoire de cinquante cents – à condition de faire la queue, évidemment –, ou dîner à trois heures du matin chez Lindy, ou encore se lever à l’aube un dimanche, aller en flânant jusqu’au Lower East Side, acheter des oignons marinés tout droit sortis des tonneaux Delancey Street et s’installer chez Katz devant l’un de ces sandwichs au pastrami dont la dégustation vous conduisait au bord de l’extase mystique. »  Page 140
  • « À la faveur de toutes ces promenades, j’ai appris à voir New York comme un gigantesque roman victorien qui vous oblige à cheminer au sein de sa vaste intrigue et de ses foisonnantes digressions. »  Page 140
  • « Et moi, en lectrice avide, je me laissais chaque fois prendre par son récit, et j’avais hâte de connaître la suite. »  Page 140
  • « Si mes parents trouvaient que c’était un magnifique parti, j’avais mes réserves, moi, tout en lui reconnaissant ses mérites, notamment l’éloquence avec laquelle il parlait des romans d’Henry James et des tableaux de John Singer Sargent, son romancier et son peintre de prédilection. »  Page 143
  • « Eric a aussitôt quitté son travail à la Guilde du théâtre et s’est mis en route pour le Mexique et l’Amérique du Sud, avec sa Remington portable car il comptait passer l’année suivante à écrire une pièce ambitieuse et peut-être l’ébauche d’un journal de voyage sur le subcontinent. Il m’a incitée à l’accompagner mais je n’étais pas du tout prête à abandonner mon poste à Life au bout de sept mois seulement.
  • — Si tu venais avec moi, tu pourrais te concentrer entièrement sur un roman, a-t-il objecté. » Page 145
  • « Bien à contrecœur, il s’était aussi résigné à changer d’allure pour être engagé dans l’équipe de Joe E. Brown. Il s’était coupé les cheveux et avait renoncé à son accoutrement à la Trotski, tristement conscient de la nécessité d’accepter les très strictes normes vestimentaires de l’époque s’il voulait gagner sa vie. »  Page 153
  • « — Quand on commence par se voir comme le nouveau Bertolt Brecht et qu’on finit en écrivant des calembours à la chaîne pour un programme de variétés, on peut légitimement se considérer comme un raté.
    — Tu écriras d’autres pièces importantes.
    Il avait eu un sourire amer.
    — Je n’en ai jamais écrit et tu le sais, S. Même une pièce « passable », je n’en ai pas une seule dans mes cartons. Tu sais ça, aussi. » Page : 153
  •  « — Ah, on est chez vous, ici ? s’est exclamé Jack sans un soupçon d’embarras.
    — Fine déduction, docteur Watson. Vous ne m’en voudrez pas si je vous demande comment vous avez échoué ici ? »  Page 158
  • « — Bien, et maintenant tu dois me parler un peu de toi. À ton tour !
    — Comme quoi ? Ma couleur préférée ? Mon signe astral ? Si je préfère Fitzgerald ou Hemingway ?
    — Qui, alors ?
    — Fitzgerald, de très loin. »  Page 168
  • « — Et peut-on savoir où est passé ton don Juan en uniforme ? »  Page : 186
  • « — Cette idée m’a effleurée, certes… Mais je me demande également comment je vais arriver à travailler toute seule, livrée à moi-même.
    — Tu dis depuis longtemps que tu voudrais t’essayer à un roman. C’est l’occasion rêvée, non ? »  Page 199
  • « — Très drôle. Et puis je ne suis pas seulement un écrivain raté. D’après Leland McGuire, je manque aussi d’esprit d’équipe. »  Page 200
  • « — Si vous voulez mon modeste avis, à votre place je ne ferais ni ne dirais rien. Contentez-vous d’empocher l’argent de Mr Luce pendant les six mois qui viennent et mettez-vous à écrire le roman du siècle, puisque je crois savoir que vous êtes une littéraire. »  Page 204
  • « J’ai jeté de vieux habits et plein de livres dans une malle, et malgré les protestations d’Eric j’ai tenu à emporter ma machine à écrire dans ma bucolique retraite. »  Page 217
  • « Je ne faisais rien, ou presque. Je passais la matinée au lit avec un bon roman, ou bien je me lovais dans le gros fauteuil fatigué devant l’âtre en feuilletant des revues vieilles d’une décade que j’avais découvertes dans le coffre en bois qui servait de table basse. Le soir, j’écoutais la radio, surtout s’il y avait un concert de l’orchestre de la NBC dirigé par Toscanini, et je lisais tard dans la nuit. »  Page  217
  • « Le mercredi 25 avril 1946, il était 16 h 02 à ma montre lorsque cette course s’est arrêtée. Je suis restée un moment les yeux sur la feuille à moitié couverte avant de comprendre ce qui m’arrivait : je venais de terminer ma première nouvelle. »  Page 226
  • « Le lendemain matin, j’ai relu d’une traite ces vingt-quatre pages. Intitulée À quai, la nouvelle était une version romancée de ma rencontre avec Jack, à la différence qu’elle se déroulait en 41 et que la narratrice était une éditrice d’une trentaine d’années, Hannah, une femme seule qui n’avait jamais eu de chance avec les hommes et commençait à croire que l’amour ne croiserait jamais son chemin. Entre en scène Richard Ryan, un lieutenant de vaisseau en permission d’un soir à Manhattan avant de s’embarquer pour le Pacifique. Ils font connaissance dans une soirée, l’attirance est réciproque, ils partent déambuler dans la ville, échangent leur premier baiser, prennent une chambre d’hôtel miteuse et se séparent « courageusement » devant les docks de la Navy à Brooklyn. Il lui a juré sa flamme mais Hannah sait qu’elle ne le reverra plus. Ce n’était pas leur heure, tout simplement. Il s’en va à la guerre, il oubliera vite cette nuit. Reste à la jeune femme la certitude d’avoir trouvé sa destinée par hasard et de l’avoir aussitôt perdue. » Page 226
  • « Dans ma nouvelle, Hannah se sent dépouillée à l’issue de sa fulgurante expérience mais elle a également appris qu’elle pouvait éprouver de l’amour. »  Page 228
  • « — J’attends un exemplaire de votre livre quand il va être publié, Sara. »  Page 228
  • « Une autre enveloppe a immédiatement attiré mon regard parce qu’elle venait du Saturday Night/Sunday Morning, un hebdomadaire avec lequel je n’avais jamais été en contact. Intriguée, je me suis hâtée de l’ouvrir. Nathaniel Hunter, chef de la section littéraire, m’indiquait que ma nouvelle, À quai, avait été retenue pour publication et qu’il l’avait programmée au premier numéro du mois de septembre 1946, avec un versement de droits d’auteur qu’il établissait à cent vingt-cinq dollars. »  Page 229
  • « — De rien. Elle se défend toute seule, ta nouvelle ! Tu es capable d’écrire. »  Page 231
  • « — Vous êtes jeune, libre, sans responsabilités familiales. C’est le moment idéal pour vous mettre sérieusement à un roman. » Page 234
  • « Il n’a pas non plus cherché à apprendre si ma nouvelle comportait des éléments autobiographiques. Non, il s’est contenté de la juger très bonne, et il a eu l’air surpris quand je lui ai avoué que c’était ma première incursion sur le terrain de la fiction.
    — Il y a dix ans, j’étais exactement au même stade que vous, m’a-t-il déclaré. Le New Yorker venait de me prendre une nouvelle et j’avais déjà la moitié d’un roman dont j’étais certain qu’il allait faire de moi le John Marquand de ma génération.
    — Et qui l’a publié, finalement ?
    — Personne. Je ne l’ai jamais terminé, ce damné bouquin ! Et pourquoi ? Parce que je me suis bêtement laissé absorber par des choix tels que d’avoir des enfants, et d’entrer comme éditeur chez Harper pour avoir un salaire qui me permette de les faire vivre, et de passer ensuite à un poste encore mieux payé pour avoir de quoi les envoyer en école privée, prendre un appartement plus grand, louer une maison d’été sur la côte… »  Page 235
  • « — Oui, mais la carte du Casanova n’a pas un peu précipité ta décision ? »  Page 238
  • « Les écrivains réputés se taillaient donc la part du lion, et, certes, l’hebdomadaire pouvait se targuer de publier les plus grands noms littéraires du moment, Hemingway, O’Hara, Steinbeck, Somerset Maugham, Evelyn Waugh, Pearl Buck… »  Page 240
  • « Les soirs où je ne me sentais pas entièrement vidée de mon énergie, je finissais toujours par trouver d’autres occupations, une double séance Howard Hawks dans un cinéma de la 14e, un roman à suspense de William Irish, ou encore le nettoyage de ma salle de bains qui soudain me paraissait indispensable… »  Page 242
  • « — Peut-être, mais c’est vrai. J’ai tout gâché à Life, je n’aurais jamais dû entrer à Saturday/Sunday et maintenant je n’arrive plus à écrire quoi que ce soit. Une petite nouvelle publiée quand j’avais vingt-quatre ans, voilà toute la trace que je laisserai en littérature. »  Page 243
  • « Ainsi qu’Eric l’avait pressenti, Jack Malone n’avait été qu’un poseur, un Casanova en uniforme. »  Page 245
  • « Mais renoncer à ses responsabilités conjugales et paternelles, c’était une conduite antiaméricaine, carrément. Et dans son cas précis aussi immorale qu’incompréhensible, puisque son démon de midi avait choisi une femme qui me rappelait furieusement le personnage de Mrs Danvers dans Rebecca !
    Pendant des mois, j’ai repensé à ce qu’il m’avait dit lors de notre dernière conversation. Cette décision radicale, l’avait-il prise lui aussi « dans l’urgence, guidé par l’instinct et sous l’emprise de la peur » ? La peur de vieillir, peut-être, et de rester en cage, et de ne jamais écrire ce grand roman qu’il s’était juré de donner dans sa jeunesse ?
    Autant que je sache, cependant, celui-ci n’a jamais été publié, retraite bucolique avec Jane Yates ou pas. J’ai entendu dire qu’il avait fini professeur de littérature anglaise dans une obscure école privée près de Franconia, et ce jusqu’à sa mort en 1960, que j’ai apprise par un bref avis de décès dans le New York Times. Il n’avait que cinquante et un ans. »  Page 250
  • « Il se montrait aussi plein de compréhension, notamment sur le terrain de mes débuts d’écrivain restés sans lendemain. »  Page 254
  • « — Attendez ! Le plus chanceux de tous, c’est encore moi. Épouser l’un des écrivains les plus talentueux d’Amérique…
    — Oh, je t’en prie…
    J’étais devenue rouge comme une tomate.
    — Je n’ai été publiée qu’une seule fois. Et rien qu’une nouvelle.
    — Mais quelle nouvelle ! Vous ne pensez pas, Emily ?
    — Et comment ! Au journal, tout le monde trouve qu’elle est parmi les trois ou quatre meilleurs textes que nous avons publiés l’an dernier. Quand on sait que les autres sont de Faulkner, d’Hemingway et de J.T. Farrell… »  Page 256
  • « — Mais quel talent, voyons ? Pour une simple nouvelle, alors qu’il n’y en aura sans doute pas d’autre ? »  Page 257
  • « — Il t’arrive de t’écouter, Sara ? Enfin, tu es un auteur publié, tu es fiancée à un homme qui reconnaît sincèrement ton talent, qui s’engage à tout faire pour que tu puisses t’absorber dans ton art et qui pense que tu es la femme la plus extraordinaire de la planète. Et toi, tout ce que tu trouves à dire, c’est que tu as peur d’être tellement adorée ? Redescends sur terre, je t’en prie ! »  Page 258
  • « — Je parie qu’elle réfléchissait à son roman, a-t-il glissé à Emily. »  Page 260
  • « — Donnez-moi des comptes d’entreprise à vérifier et je peux me plonger dedans quatre heures de suite, aussi captivé que si j’avais un bon livre d’aventures entre les mains. Mais devant une symphonie de Mozart, je suis perdu. Je ne sais pas ce qu’il faut écouter, vraiment. »  Page 260
  • « J’appréciais la lucidité ironique avec laquelle il se considérait. Et j’aimais son empressement à me couvrir de livres, de disques, de soirées au théâtre ou aux concerts du Philharmonic quand bien même je savais qu’un programme Prokofiev était pour lui l’équivalent musical de deux heures sur le fauteuil d’un dentiste. »  Page 261
  •  « Il lisait énormément, lui aussi, mais surtout de gros essais, des tomes et des tomes de témoignages ou de relations factuelles. Je pense que je n’ai connu personne d’autre qui soit vraiment allé jusqu’au bout de La Crise mondiale, la somme de Churchill. Les œuvres romanesques ne l’emballaient guère, ainsi qu’il me l’avait avoué en proposant aussitôt que je lui « apprenne » à en lire, et je lui avais donc offert L’Adieu aux armes. Dès le lendemain, il m’avait appelée au journal.
    — Eh bien, quel livre !
    — Quoi, tu l’as déjà terminé ?
    — Un peu ! Ce type sait raconter une histoire, tu ne crois pas ?
    — Oui. On peut dire que Mr Hemingway a cette capacité.
    — Et tout ce qu’il raconte sur la guerre… Triste.
    — Et la passion de Frederic et Catherine ? Tu n’as pas été bouleversé ?
    — Ah ! Pendant la dernière scène, à l’hôpital, j’ai pleuré comme une fontaine.
    — Très bien, mon amour.
    — Mais quand je l’ai refermé, sais-tu ce que je me suis dit ?
    — Non.
    — Que si elle avait eu un bon médecin américain pour s’occuper d’elle, elle s’en serait sans doute sortie.
    — Euh… Je n’y avais jamais pensé, mais oui, tu as certainement raison.
    — Ce n’est pas pour débiner les toubibs suisses, attention !
    — Je ne crois pas qu’Hemingway ait eu cette intention, lui non plus.
    — Mais bon, maintenant que je l’ai lu, l’idée que tu accouches en Suisse ne me plairait pas du tout. Pas du tout. »  Pages 261 et 262
  • « Et il y était en effet parvenu pendant cette heure passée avec Eric, tout comme il avait réussi à parler avec une étonnante pertinence de ce qui se donnait alors à Broadway et de l’expérience révolue du théâtre subventionné, amenant ainsi mon frère à évoquer quelques-uns de ses souvenirs avec Orson Welles. »  Page 264
  • « J’ai attendu cinq minutes, je me suis levée, j’ai traversé le corridor sur la pointe des pieds et je suis entrée chez lui sans frapper. Il était déjà au lit, avec un livre. »  Page : 272
  • « Aux questions qu’il m’avait posées sur le compte de Jack et sur ce qu’il y avait d’autobiographique dans ma nouvelle j’avais compris qu’il se doutait que je n’étais plus vierge. »  Page 273
  • « — Je comprends que vous ayez décidé d’être écrivain, maintenant. Vous avez l’œil et l’oreille pour tout.
    — Je ne suis pas écrivain.
    — Plaît-il ? Et cette nouvelle que vous avez publiée, alors ?
    — Un texte publié dans une revue ne suffit pas à faire un écrivain.
    — Quelle modestie ! Surtout vu l’immodestie de l’histoire. L’avez-vous réellement aimé, ce marin ?
    — Il s’agit d’une fiction, Mrs Grey, non de souvenirs personnels.
    — Mais oui, ma chère. Les jeunes femmes qui écrivent à vingt-quatre ans s’inventent toujours des contes sur le grand amour de leur vie. »  Page 276
  • « — Eh bien d’accord. Laisse le petit Georgie et ses parents te mener par le bout du nez. Et quand ils en auront fini avec toi, tu seras dans le même état qu’une héroïne d’Ibsen. »  Page 283
  • « Les maisons de Park Avenue étaient résolument Nouvelle-Angleterre, hommages au néogothique à la Edgar Poe avec leurs bardeaux blancs et leurs briques rouges unionistes. »  Page 297
  • « J’avais loué l’appartement meublé, il ne me restait donc qu’à empaqueter mes livres, mon pick-up et mes disques, quelques photos de famille, trois valises de vêtements et ma machine à écrire. »  Page 298
  • « Mis à part ce bref moment que j’ai été la seule à surprendre, il avait été un modèle de tact et de diplomatie depuis le début mais malgré cela, et malgré sa très correcte allure, les parents de George n’avaient cessé de l’observer avec un mélange de dédain et d’inquiétude, comme s’ils s’attendaient à le voir grimper sur la table pour nous lire des extraits du Capital. »  Page 300
  • « — Quel philtre as-tu versé dans leur verre ? Raconte !
    — Aucun. Je leur disais juste à quel point ils me font penser à La Splendeur des Amberson. »  Page 301
  • « — D’après moi, c’est Toulouse-Lautrec, ce Français très petit de taille mais non d’esprit, qui a eu la meilleure réflexion à propos du mariage : « Un repas sans saveur qui commence par le dessert. » Je suis persuadé qu’il n’en sera pas ainsi avec George et Sara. » Page 302
  • « Il a plu pendant trois des cinq jours où nous avons été là mais nous avons réussi à faire quelques promenades sur la plage ; autrement, nous restions au salon, chacun avec un livre. »  Page 304
  • « La cinquantaine, ai-je jugé à sa voix qui était fortement teintée d’accent du Sud et se nuançait d’une déférence qui m’a rappelé le personnage de la nounou noire dans Autant en emporte le vent. »  Page 311
  • « — Quel pervers tu fais, Eric !
    — C’est seulement maintenant que tu t’en aperçois ?
    — Non… Mais peut-être qu’au temps où j’évoluais dans le Sodome et Gomorrhe de Manhattan ton indépendance d’esprit ne me paraissait pas aussi radicale.
    — Tandis que là, en plein territoire cul-bénit… »  Pages 321 et 322
  • « D’ailleurs, il empestait l’anglophile à trois lieues, Dudley Thomson. Une sorte de T.S. Eliot guetté par l’obésité, sinon qu’il n’était pas un poète sous les atours d’un banquier britannique, lui, mais un avocat spécialisé en divorces de chez Potholm, Grey et Connell, le cabinet de Wall Street dont Edwin Grey était l’un des plus influents associés. »  Page 346
  • « Avec sa tolérance coutumière, et son immense patience, celui-ci n’avait pas exprimé la moindre réserve devant cet accès de solipsisme. Alors je me contentais de passer mes journées en puisant dans une réserve de romans policiers et en explorant l’impressionnante discothèque de mon frère. »  Page 347
  • « — Je vais te confier une chose : tout ce que je regrette d’Old Greenwich, c’est la sensation d’avoir un espace ouvert, de ne pas être confinée. Voilà pourquoi je suis sûre de me plaire ici. Je suis à une minute de Riverside Park, j’ai les berges de l’Hudson, j’ai mon jardin, j’ai…
    — Arrête, ou je vais penser que tu es devenue une émule de Thoreau ! »  Page 359
  • « — Ohé, tu es toujours là ? a plaisanté Eric en me tendant un verre du vin pétillant avec lequel nous fêtions mon installation.
    — Je suis un peu abasourdie, c’est tout.
    — De quoi ? D’être la maîtresse de tout ce sur quoi se porte ton regard, pour paraphraser William Cowper ? »  Page 362
  • « — Oui, affreusement impressionnant… Bien, dites-moi, maintenant : quand est-ce que vous allez nous écrire quelque chose ? J’ai retrouvé la première nouvelle que vous avez publiée chez nous. Vraiment bonne, je pense. Et la prochaine, où est-elle ? » Page 366
  • « — Sans problème. Depuis que cette fichue guerre est finie, on dirait que tout le monde s’est mis en tête de devenir écrivain, dans ce pays. Nous sommes submergés de manuscrits ni faits ni à faire. Ce sera un plaisir de vous en repasser une vingtaine par semaine. Trois dollars la note de lecture. »  Page 367
  • « En quatre jours, j’avais essayé des douzaines d’entrées en matière qui toutes m’avaient arraché des cris de désespoir. Je me maudissais de m’être prêtée à cette sinistre farce, moi que l’on disait écrivain quand j’avais été fortuitement visitée par une muse en une seule occasion, puis laissée en tête à tête avec ma nullité ! Le pire, et je le savais parfaitement, c’était que l’inspiration ne comptait que pour moitié environ dans les ingrédients nécessaires à un bon texte : savoir-faire, application et pure volonté faisaient le reste, toutes qualités dont je manquais si clairement. Je n’étais pas assez obstinée ni confiante en moi pour aligner cinq malheureux feuillets à propos de la remise à neuf d’un appartement new-yorkais, alors comment avais-je pu imaginer une seule seconde pouvoir gagner ma vie en écrivant ? »  Page 369
  • « Bien entendu, mes derniers espoirs de tenir son délai de remise étaient partis en fumée dimanche à dix heures du soir, alors que le sol autour de mon bureau faisait penser à un champ de neige artificielle avec toutes ces feuilles rageusement froissées en boule qui s’étaient peu à peu accumulées. Mon esprit était plus que bloqué : congelé, barricadé. En quatre jours, j’avais essayé des douzaines d’entrées en matière qui toutes m’avaient arraché des cris de désespoir. Je me maudissais de m’être prêtée à cette sinistre farce, moi que l’on disait écrivain quand j’avais été fortuitement visitée par une muse en une seule occasion, puis laissée en tête à tête avec ma nullité ! Le pire, et je le savais parfaitement, c’était que l’inspiration ne comptait que pour moitié environ dans les ingrédients nécessaires à un bon texte : savoir-faire, application et pure volonté faisaient le reste, toutes qualités dont je manquais si clairement. Je n’étais pas assez obstinée ni confiante en moi pour aligner cinq malheureux feuillets à propos de la remise à neuf d’un appartement new-yorkais, alors comment avais-je pu imaginer une seule seconde pouvoir gagner ma vie en écrivant ? Je n’avais ni le talent, ni la rigueur, ni le toupet suffisants pour aborder le métier de l’écriture. »  Page 369
  • « Et surtout, j’étais à nouveau capable d’écrire, un constat qui ne laissait pas de me stupéfier et de m’enchanter. Ce n’était pas un roman, ce n’était pas du « grand art », mais j’étais contente de la densité de mes textes et je les trouvais relativement spirituels. »  Page 375
  • « Je ne l’avais rencontré qu’à une occasion, lorsqu’il m’avait invitée à déjeuner en compagnie de miss Woods quelques mois après le lancement de ma nouvelle rubrique. Grand, corpulent, son physique me rappelait beaucoup celui de Charles Laughton. »  Page 377
  • « — Rien ne presse. Mais, quand même, comme Machiavel, tu te poses un peu là ! Tu arrives toujours aussi bien à jouer sur les deux tableaux ? » Page 386
  • « Et, de fait, il semblait transfiguré par son succès, sa réputation professionnelle et sa soudaine prospérité. En l’espace d’un mois, il s’est dépouillé de la dégaine d’écrivain raté qu’il s’était imposée. »  Page 387
  • « Un garçon d’origine cubaine qui avait grandi dans le Bronx, n’avait jamais terminé ses études, avait appris la musique tout seul et trouvait encore le temps de dévorer les livres. Il accompagnait des vedettes telles que Mel Torme ou Rosemary Clooney mais il était aussi capable de parler avec érudition – et avec son accent faubourien – de la poésie d’Eliot. »  Page 388
  • « — Oui, Dorothy. Très Magicien d’Oz, comme nom. Je présume que tu l’as rencontrée dans le Kansas et qu’elle avait Toto le petit chien avec elle, et… Je ferais mieux de m’en aller tout de suite. »  Page 406
  • « Elle m’a raconté plus tard qu’elle s’était imaginée en héroïne d’un livre d’Hemingway, infirmière dans un hôpital volant, et qu’elle s’était retrouvée à faire la secrétaire pour les bureaucrates de l’armée. »  Page 407
  • « Claquemurée dans ma chambre de l’hôtel Ambassador, j’ai consacré ces longues heures à prendre de l’avance dans mes rubriques, à lire et à entretenir ma conviction d’avoir bien agi en envoyant ce télégramme. J’avais l’impression d’avoir échoué dans un mauvais roman russe plutôt que dans le Midwest américain. »  Page 420
  • « J’ai donc passé la nuit dans la voiture-bar, à boire du café noir et à essayer de m’intéresser à la peu crédible crise spirituelle que traversait un banquier bostonien dans le tout dernier roman de J.P. Marquand. »  Page 420
  • « — Quoi ? Quelle histoire ?
    — La nouvelle que tu as écrite sur notre rencontre.
    — Comment es-tu au courant ?
    — Par Dorothy. Elle te l’a dit l’autre jour, c’est une inconditionnelle de ta prose. Et elle achète ton magazine depuis des années. Alors, quand nous sommes ressortis du parc, elle m’a raconté que le premier texte qu’elle avait lu de toi était une nouvelle que tu avais écrite pour Saturday/Sunday. C’était à quel moment ? »  Page 429
  • « — Tu penses vraiment que j’embrasse comme un mioche de quatorze ans ?
    — Non. Mais le garçon de la nouvelle, si.
    — C’est notre histoire !
    — Oui. Et aussi une simple histoire.
    — Superbement écrite, en tout cas.
    — Tu es trop gentil.
    — Non, je ne le dirais pas si je ne le croyais pas. Bon, et les suivantes ?
    — Tu as ici la totalité de mon œuvre littéraire à ce jour. »  Page 430
  • « — La gloire est une abeille. Elle bourdonne. Elle pique. Ah, et elle s’envole, aussi.
    — C’est d’Emily Dickinson, non ? »  Page 431
  • « — Oh, un « arrangement » ? Je vois. Un « cinq à sept », comme disent ces coquins de Parisiens ? Tu connais la littérature française aussi bien que moi, Jack, alors dis-moi : je suis censée être qui ? Une nouvelle Emma Bovary ? »  Page 436
  • « — Ah, tu le reconnais ! Son régime est abominable. Et même si je n’ai que du mépris pour Staline et ses marionnettes nord-coréennes, est-ce que l’Amérique doit vraiment encourager et soutenir des dictatures ?
    — Écoutez-la ! On dirait ces libéraux à la sauce Adlai Stevenson ! »  Page 457
  • « Il a continué son inspection, levant les sourcils devant des pantoufles d’homme près de mon lit ou les livres de poche qui s’empilaient sur la table basse du living.
    — Je ne savais pas que tu aimais ce gros dur de Mike Hammer, a-t-il persiflé en soulevant un roman de Mickey Spillane. »  Page 459
  • « — Désolé, docteur Watson, mais pour moi tout établit la présence d’un individu de sexe masculin ici. Une présence « régulière », je dirais même. »  Page 460
  • « On aurait cru qu’Eric venait de recevoir une gifle. Moi, j’aurais aimé rentrer sous terre. Finalement, il a surmonté sa stupéfaction pour se risquer à une imitation de Scarlett O’Hara :
    — Oh, très cher, mon petit doigt me dit que quelqu’un s’est montré un peu trop volubile quant à mon pittoresque passé. Ce ne serait pas toi, sœurette ? »  Page 466
  • « — Parce que mon cher frère est le pire catholique irlandais qui soit. Il croit vraiment au péché originel, vous savez ! L’exil du paradis, les feux de l’enfer, toutes ces gâteries que nous a données l’Ancien Testament, il y tient dur comme fer. Moi, je lui répète que tout ce moralisme n’est que de la foutaise, que l’important, c’est d’être relativement correct avec les autres. D’après ce que je sais, il l’a plutôt été, avec Dorothy. »  Page 477
  • « Là encore, je me suis retenu de lui répondre que c’était probablement parce que son frérot devait être un brave plouc du Midwest et non un rat de bibliothèque de la côte Est qui avait été assez bête pour lire Marx et croire un instant à ses élucubrations prolétariennes. »  Page 487
  • « Cela prendrait des années, pendant lesquelles vous seriez devenu inemployable, ainsi que l’a indiqué Mr Ross.” Kafka au Rockefeller Center ! J’ai préféré gagner du temps, annoncer que j’allais réfléchir. »  Page 489
  • « — Quel genre d’ami ?”… Oh, tu aurais dû voir son air outragé ! Comme s’il avait à la fois Sodome et Gomorrhe devant lui. »  Page 489
  • « — Ils veulent des noms dans quarante-huit heures. Si vous ne les leur donnez pas, le rouleau compresseur se mettra en marche. Vous n’aurez plus de travail, vous serez convoqué devant la Commission, et à partir de cet instant le Département d’État refusera toute demande de passeport tant que vous n’aurez pas témoigné. Ils l’ont fait à Paul Robeson, donc ils ne vont pas se gêner avec vous. »  Page 499
  • «  “Qu’est-ce que ça signifie ?” Moi : “Vous vouliez des noms, je vous en ai donné ! — Des noms ? Vous appelez ça des noms ?” Il s’est mis à lire à haute voix, enragé : “Dormeur, Grincheux, Timide, Atchoum, Joyeux, Prof, Simplet, et… BN, c’est qui, ça ? — Mais Blanche Neige, voyons…” Ross s’est approché pour regarder la feuille et il m’a dit : “C’est votre hara-kiri professionnel. »  Page 515
  • « Je le dévisageais, éperdue d’étonnement.
    — Tu leur as donné… les Sept Nains ?
    — Eh bien oui, ce sont les premiers communistes qui me soient venus à l’esprit. Parce que, regarde, ils vivaient en collectivité, ils mettaient en commun leurs ressources, ils partageaient même… »  Page 515
  • « — Oh, quelle modestie ! a remarqué Ronnie. Et après avoir balancé les Sept Nains, où tu étais passé, sans indiscrétion ? »  Page 516
  • « — Je n’y penserais même pas, à votre place. Vous avez affaire à plus fort que vous, Sara. Si vous choisissez la confrontation, ils vous mettront à la porte et vous aurez tout perdu. Tandis que là vous gardez la face, et des revenus corrects. Tenez, dites-vous que c’est un congé sabbatique offert par la revue. Partez en Europe. Écrivez un roman. Tout ce que le patron vous demande, c’est… »  Page 525
  • « Je ne demandais qu’à partager son optimisme mais je n’étais pas pour autant prête à me résigner à ce qui était à mes yeux un pacte de Faust, un peu d’argent facile contre leur tranquillité d’esprit. »  Page 531
  • « — Un fou et son argent ne font jamais bon ménage.
    — Attends que je devine de qui c’est. Bud Abbott ? Ou Lou Costello, peut-être ? Ou Abbott et Costello ensemble, dans leur show ? En tout cas ce n’est pas de l’Oscar Wilde.
    — Non, je ne crois pas. Encore que je me sente de plus en plus d’affinités avec ce monsieur. Surtout que j’écrirai moi aussi mes Mémoires de prison, bientôt. Dès que la digne Commission d’enquête m’aura convaincu d’obstruction à la justice. »  Page 532
  • « — Rappelle-toi ce que Nietzsche a dit : il faut vivre dangereusement.
    — Et tu sais ce qu’il lui est arrivé, à Nietzsche ?
    — Quoi ?
    — Il est mort. »  Page 539
  •  « Nous menions une existence de reclus qui nous convenait parfaitement. Nous avons dévoré la pile de romans policiers que quelqu’un avait laissés dans le bungalow. »  Page 553
  • « Mon ministère voudrait sans doute que j’invoque une parole de la Bible pour conclure ces propos. Mais j’appartiens à l’Église unitarienne et de ce fait je peux aussi convoquer la poésie, en l’occurrence ces vers de Swinburne : “Dors/Et si la vie t’a été amère, pardonne/Si elle t’a été douce, rends grâce/Car tu n’as plus à vivre/Et il est bon de rendre grâce comme de pardonner.” »  Page 573
  • « — Je ne m’offusquerais pas pour si peu, a répondu Webb en souriant. Et vous avez raison, en plus. C’est un idéal chrétien, oui, et comme tous les idéaux – surtout les chrétiens, d’ailleurs – il est très difficile à réaliser. Cependant, nous devons essayer.
    — Même quand on est face à la lâcheté la plus totale ? Vous m’excuserez, mais je crois qu’il y a une relation de cause à effet pour chacun de nos actes. Si vous prenez le risque de faire telle chose, appelons-la petit a, telle autre, petit b, se produira forcément. Le problème, c’est que la plupart des gens pensent qu’ils pourront esquiver les conséquences de petit b. Mais ils ne peuvent pas. On est toujours rattrapé au tournant.
    — C’est plutôt Ancien Testament, comme morale. Vous ne trouvez pas ?
    — Mais oui ! Je suis juif, moi ! Sur ce genre de question, je suis totalement dans la ligne de l’Ancien Testament. On fait un choix, on prend une décision, on assume la suite. »  Pages 575 et 576
  • « Ainsi que nous en étions convenus, Roger Webb n’a pas prononcé d’ultime prière ni de bénédiction, se bornant à réciter un passage de l’Apocalypse :
    Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux,
     Et la mort ne sera plus, ni deuil,
    Ni pleurs, ni souffrance ne seront plus
    Car ce qui est passé s’en est allé. »  Pages 576 et 577
  • « Durant ses années au Village, la petite place avait été son bureau en plein air. Il s’asseyait sur un banc avec un livre, ou bien engageait d’interminables parties avec les joueurs d’échecs qui campaient à droite de l’arche. »  Page 579
  • « Et ils publient aussi deux lettres d’information avec des titres tout aussi incroyables, Contre-Attaque et Lignes rouges. Ces torchons n’ont qu’une seule raison d’être : tenir à jour la liste de ceux que la Commission accuse d’être communistes, à huis clos théoriquement ! C’est la bible de la chasse aux sorcières, dans laquelle les patrons puisent leur soi-disant information. »  Page 587
  • « — D’après Marty, il a un cadavre dans le placard, lui aussi. Oh, pas gros, mais par les temps qui courent ils se contentent de ronger quelques os. Juste avant la guerre, Mr Malone a signé un appel d’un certain Comité de soutien aux réfugiés antifascistes. Une de ces organisations qui aidaient les gens ayant fui l’Allemagne nazie, l’Italie, les Balkans… Pour les émules de McCarthy, en tout cas, ça signifiait qu’il était à la solde de Moscou ! Il a juré sur la Bible qu’il n’a jamais appartenu au Parti, qu’il n’avait participé qu’à une ou deux réunions de ce Comité, avec deux amis de Brooklyn qui l’avaient entraîné là-dedans. »  Page 588
  • « — Si, il y en a ! Les Dix d’Hollywood ont préféré aller en prison. Et Arthur Miller : il a refusé de témoigner et il a été poursuivi. Et mon frère aussi, il a eu le choix… et il en est mort ! »  Page 594
  • « — Alors bonne route, où que vous alliez. Je vais encore garder un œil sur le don Juan, juste pour être sûr qu’il ne vous court pas après. »  Page 601
  • « Tolérant ma misanthropie, elle ramassait les listes de courses, ou de livres à prendre à la librairie locale, que je lui laissais sur la table en les accompagnant de quelques phrases d’excuses pour mes manières de sauvage. »  Page : 605
  • « Le lendemain, à mon retour de promenade, j’ai trouvé les emplettes demandées ainsi que trois épais volumes dont j’avais toujours retardé la lecture : La Montagne magique de Thomas Mann, Les Ailes de la colombe d’Henry James et, friandise après cette sérieuse et monumentale littérature, le récit de guerre merveilleusement drolatique de Thomas Heggen, Mister Roberts. »  Page : 606
  • « J’ai eu même de quoi m’acheter une radio, un phonographe et une substantielle provision de livres et de disques. »  Page 616
  • « — Tout dépend de la vie que vous menez, du nombre de gens que vous fréquentez et de ce que vous leur dites. Si vous laissez entendre que vous êtes celle qui écrivait dans Saturday/Sunday, tous les profs de littérature de la région voudront faire votre connaissance. Ici, les nouvelles têtes sont rares, et quand elles sont célèbres, en plus…
    — N’exagérons rien. Je ne suis pas Walter Lippmann, moi. J’écris de petites choses à propos de petites choses. »  Page 618
  • « Avec cinquante dollars par mois, je payais mon loyer et je menais la grande vie. Je traînais des journées entières au Balzar avec un livre… C’est une superbe brasserie, tout près de là où j’habitais. »  Page 634
  • « — Voilà, je finis ce verre et c’est terminé pour ce soir. Autrement vous allez vous croire en pleines Confessions d’un enfant du siècle. »  Page 635
  • « — La morphine me manque.
    — Tiens donc. C’est justement pour cette raison que vous n’en aurez plus. Je n’ai pas envie que vous repartiez d’ici en vous prenant pour une version moderne de Thomas De Quince.
    — Je croyais que c’était l’opium, lui.
    — Attendez ! Je suis médecin, moi, pas critique littéraire. Mais je sais que la morphine provoque une accoutumance. »  Page 650
  • « Tous les livres et disques que j’avais achetés pendant mon séjour dans le Maine sont allés à la bibliothèque municipale. »  Page 665
  • « Je sortais presque tous les soirs, je côtoyais dans les bars des Irwin Shaw, des James Baldwin, des Richard Wright et autres écrivains américains venus vivre à Paris. J’allais écouter Boris Vian chanter dans quelque cave de Saint-Germain-des-Prés et j’ai même eu le privilège d’assister à une lecture donnée par Albert Camus dans une librairie. Beaucoup de jazz, de longs déjeuners entre amis au Balzar, ma brasserie préférée. »  Page : 676
  • « J’avais même participé à une protestation d’ordre vaguement politique, une première pour moi, en l’espèce d’une veillée de deuil devant notre ambassade en France, manifestation à laquelle s’étaient joints trois mille Parisiens à l’appel de célébrités telles que Sartre et Beauvoir. »  Page : 677
  • « Chère Meg,
    Si je ne m’abuse, c’est George Orwell qui a dit que les expressions toutes faites reflètent toujours une vérité première. »  Page 679
  • « Dès qu’un amant s’avisait de prétendre transformer ma vie, me changer, en s’étonnant par exemple que je continue à habiter mon petit atelier ou que je préfère aux toilettes plus féminines les tailleurs-pantalons à la Colette, je lui montrais poliment la porte. »  Page 681
  • « Ce paradoxe n’a pas quitté mon esprit au cours des mois suivants, alors que j’avais laissé un bassiste de jazz danois s’amouracher de moi, que je continuais mon travail au journal, que je passais des après-midi entiers à la Cinémathèque, que chaque matin je m’installais avec un livre pendant une heure au Luxembourg si le temps me le permettait. »  Page 683
  • « Un petit appartement fonctionnel, sans effort de décoration, où livres, magazines et cendriers pleins à ras bord se taillaient la part belle. »  Page 710
  • « Comme toujours, le sol était jonché de livres et de magazines. »  Page 727
  • « — Sacré bouquin, ai-je remarqué en montrant le manuscrit. Je suppose que tu l’as lu ?
    — En effet.
    — Elle t’a demandé d’être son éditrice ?
    — Je l’ai lu en tant qu’amie. »  Page 728
  • « — Une promesse, c’est une promesse. Ta mère m’a fait quasiment jurer sur la Bible de sa chambre d’hôpital que je ne te dirais pas un mot. Je savais que tu n’allais pas me porter dans ton cœur quand Sara aurait réussi à te rencontrer mais… Si mon éducation catholique m’a appris au moins une chose de bien, c’est de savoir garder un secret. »  Page : 732
  • « — Écoute, je pourrais écrire des volumes sur chaque déception à la noix, sur chaque échec que j’ai eu à subir dans ma fichue existence ! Et puis ? Tout le monde a des coups durs. C’est aussi basique que la vie. Mais ce qui l’est tout autant, c’est que tu n’as pas le choix : tu dois continuer. Est-ce que je suis heureuse, moi ? Non, pas spécialement. Et je ne suis pas malheureuse non plus. »  Page 734
  • « Pendant que je renfilais mon manteau, elle a pris le carton du manuscrit.
    — N’oublie pas ton livre.
    — Ce n’est pas « mon » livre. Et si tu le lui rendais, toi ?
    — Oh non ! s’est-elle exclamée en me jetant la boîte dans les bras. Je ne vais pas jouer les coursiers pour toi. »  Page 735
  • « — J’aurais préféré ne pas l’avoir lu, votre livre.
    — Je comprends.
    — Non, vous ne comprenez pas, ai-je répliqué à voix basse. Vous n’imaginez même pas.
    Encore un silence.
    — Le Jack Malone qui est dans ce manuscrit… ce n’est pas le père dont maman me parlait parfois. Pas cet exemple moral, pas l’Irlandais au grand cœur. »  Page 736
  • « — Exactement. Mon passé. Mes choix. Et voulez-vous que je vous dise quelque chose d’assez amusant, en fin de compte ? À ma mort, tout ce passé va disparaître avec moi. C’est la découverte la plus étonnante que l’on fait, en vieillissant : se rendre compte que toutes les souffrances et les joies, tout ce… drame, sont tellement éphémères. Vous les portez en vous et puis vous disparaissez, et plus personne ne se souvient du roman qu’a été votre vie.
    — À moins de l’avoir raconté à quelqu’un. Ou de l’avoir écrit. »  Page 738
  • « Et puis cela avait aussi été ma première sortie du territoire américain en 1976, lors d’une escapade supposément romantique à Québec avec un petit ami de l’époque, Brad Bingham. Avec un nom pareil, je ne pouvais que l’avoir rencontré à Amherst, où il était rédacteur en chef adjoint de la revue littéraire du campus, vouait un culte à Thomas Pynchon et rêvait de s’enfuir au Mexique pour y écrire un gros roman fumeux. »  Page 754
  • « J’ai chipoté quelques feuilles de laitue, vidé le bordeaux, essayé en vain de me plonger dans un roman d’Anne Tyler que j’avais pris avec moi mais les lignes se brouillaient sous mes yeux, alors je me suis contentée de regarder la neige tomber derrière la vitre. »  Page 758
  • « Comme j’avais donné sa tenue d’école à nettoyer à l’hôtel, et qu’il avait ses livres et ses cahiers dans la malle arrière, nous n’avions pas besoin de repasser par chez moi. »  Page 767
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