4 étoiles, P

Le pianiste

Le Pianiste de Wladyslaw Szpilman.

Éditions Pocket, publié en 2002; 315 pages

Autobiographie de Wladyslaw Szpilman paru initialement en 1998 sous le titre « The pianist ».

Le pianiste

Wladyslaw Szpilman est un jeune pianiste juif qui vit à Varsovie avec sa famille. Il travaille pour la Radio nationale polonaise. Lorsque les allemands attaquent la ville, à la Radio nationale Wladyslaw interprète la Nocturne en ut dièse mineur de Chopin. Pendant plusieurs années, la ville sera bombardée, occupée et contrôlé par les allemands. Il devra survivre aux rafles perpétrées contre les Juifs et aux déportations massives en trains vers les camps d’extermination. Il verra les membres de sa famille embarquer dans ces fameux trains. Il subira la création du ghetto où il devra se trouver un toit et de quoi se nourrir. Les conditions de vie y seront effroyables. Une survie au milieu des bombes, des cadavres, des ruines et des incendies. Wladyslaw, malgré la souffrance, la faim et le froid, tentera de préserver ses mains, son gagne-pain, dans l’espoir d’une vie après la guerre.

Un livre très dur, bouleversant et touchant. Ce récit nous plonge dans l’une des périodes la plus sombre de l’histoire, la seconde guerre mondiale. C’est un très grand témoignage sur l’horreur qu’a connu l’auteur pendant cette guerre. Il nous fait réaliser ce qu’a été pour les juifs cette descente aux enfers. Ils ont vu l’entrée en guerre de leur pays sans en comprendre pleinement le sens, puis ils ont perdu leur famille montée dans des trains pour ne plus jamais les revoir. Pour ceux qui sont resté dans le ghetto, c’est la dure réalité de la survie au quotidien sous les représailles allemandes. La progression du récit est simple et légère, sans tomber dans l’apitoiement. L’écriture est terriblement touchante, l’émotion qui s’en dégage nous fait partager les sentiments ressentis par Szpilman. Il nous fait découvrir comment l’être humain peut s’adapter aux conditions les plus extrêmes et les plus infâmes. Un témoignage historique plus captivant et absorbant qu’un livre d’histoire conventionnel.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 7 octobre 2013

La littérature dans ce roman :

  • « Les explosions se produisaient en série, assez assourdies à vrai dire, et certainement lointaines ; non dans la ville même, en tout cas. Sans doute des exercices militaires, ai-je conclu. Il y en avait eu si souvent au cours des derniers jours que nous nous y étions habitués. Après quelques minutes, les grondements se sont tus et j’ai été tenté de me rendormir mais il faisait trop clair, le soleil pointait, et j’ai donc choisi de prendre un livre en attendant le moment du petit déjeuner.
    Il devait être au moins huit heures quand la porte de ma chambre s’est ouverte. Ma mère est apparue, vêtue comme si elle s’apprêtait déjà à sortir. Plus pâle que d’habitude, elle n’a pu dissimuler une certaine réprobation en me découvrant encore au lit, plongé dans ma lecture. »  Page 13
  • « Le premier jour du chantier, un vieux Juif en caftan et chapeau orthodoxe pelletait la terre à côté de moi. Il s’activait avec une ferveur toute biblique, se battait avec son outil comme s’il s’était agi d’un ennemi mortel, l’écume aux lèvres, ses traits pâles ruisselant de sueur, son maigre corps secoué de frissons, tous les muscles douloureusement contractés. »  Page 29
  • « Mes parents étaient convenus d’une date avec les médecins, une chambre avait été retenue pour moi à l’hôpital. Dans l’espoir de me rendre l’attente moins pénible, ils s’étaient ingéniés à transformer la semaine qui me séparait de l’opération en une succession de sorties, de cadeaux, de distractions. Nous allions manger des glaces tous les jours, puis c’était le cinéma, ou le théâtre. Ils me couvraient de livres, de jouets, de tout ce que je pouvais convoiter dans mon cœur. »  Page 73
  • « Au retour, je suivais un itinéraire immuable : Karmelicka, Leszno et Zelazna. En chemin, je passais rapidement chez des amis afin de leur rapporter de vive voix les nouvelles que j’avais glanées chez Zyskind. Puis je rejoignais Henryk rue Nowolipki et je l’aidais à rapporter son panier de livres à la maison. »  Page 83
  • « Nombre d’amis qui appréciaient ses qualités et sa culture l’encourageaient à suivre l’exemple de tant de jeunes intellectuels en intégrant la police juive du ghetto. Tu serais en sécurité, lui remontraient-ils, et avec un peu de débrouillardise tu gagnerais bien ta vie… Henryk ne voulait même pas entendre parler de cette éventualité. Dès qu’il entendait ces arguments, il se froissait, s’estimant insulté : fidèle à sa rigueur coutumière, et au risque de heurter nos amis, il répliquait qu’il n’était pas prêt à côtoyer des brigands. Et donc il a entrepris de se rendre chaque matin rue Nowolipki avec un panier bourré de livres qu’il vendait sur le trottoir, noyé de sueur l’été, frissonnant dans le vent glacé de l’hiver, inflexible, obstinément attaché à ses convictions les plus chères. »  Page 84
  • « Janusz Korczak, autre assidu du café de la rue Sienna, était l’un des êtres les plus exceptionnels qu’il m’ait été donné de connaître, un homme de lettres qui avait l’estime des principales figures du mouvement Jeune Pologne.  Ce qu’il racontait de ces artistes était en tout point fascinant. Il portait sur eux un regard marqué à la fois par une grande simplicité et par une passion contagieuse. S’il n’était pas tenu pour un auteur de premier plan, c’était sans doute parce que ses talents littéraires s’exerçaient dans un registre très spécifique, celui des contes pour enfants. Ses textes, qui s’adressaient aux petits et les prenaient pour personnages, révélaient une rare sensibilité à la mentalité enfantine. Ils n’étaient pas inspirés par quelque ambition stylistique mais sortaient tout droit du cœur d’un pédagogue-né, d’un sincère philanthrope. Plus que ses écrits eux-mêmes, c’était l’engagement à vivre ce qu’il écrivait qui donnait toute sa valeur à l’homme. »  Page 95
  • « Pour ma part, je me produisais souvent en duo avec Andrzej Goldfeder, obtenant un franc succès avec ma Paraphrase sur la « Valse de Casanova » de Ludomir Rozycki, dont le texte était dû à Wladyslaw Szengel. Ce dernier, un poète connu, intervenait chaque jour en compagnie de Leonid Fokczanski, du chanteur Andrzej Wlast, de l’humoriste Wacus l’Esthète et de Pola Braunowna dans un spectacle intitulé Le Journal vivant, une chronique acerbe de l’existence dans le ghetto qui foisonnait de piques audacieuses lancées aux occupants allemands. »  Page 96
  • « Son intelligence, son charme et son élégance innée avaient fait de lui un des jeunes hommes les plus prisés de la capitale au temps où la paix régnait encore. Ensuite, il a réussi à s’évader du ghetto et à passer deux années caché chez l’écrivain Gabriel Karski. Et puis il a été abattu par les Allemands dans une petite ville proche de Varsovie en ruine, une semaine seulement avant l’entrée de l’armée Rouge en Pologne. »  Page 119
  • « Lorsque je les ai croisés rue Gesia, les bambins ravis chantaient tous en chœur, accompagnés par le petit violoniste. Korczak portait deux des plus jeunes orphelins, lesquels rayonnaient aussi tandis qu’il leur racontait quelque conte merveilleux, »  Pages 136 et 137
  • « Convaincu que c’était sa stupide intransigeance qui les avait conduits à échouer là, je l’ai assailli de questions et de reproches avant de lui laisser le temps de s’expliquer. Il n’aurait pas daigné me répondre, de toute façon. Sans un mot, il a haussé les épaules, a sorti de sa poche une petite édition oxfordienne de Shakespeare, s’est installé un peu en retrait de nous et s’est plongé dans sa lecture. »  Pages 144 et 145
  • « La garçonnière en question était en fait un appartement confortable et meublé avec goût – une entrée avec des toilettes d’un côté et un grand placard muni d’un réchaud à gaz de l’autre, puis la chambre avec un divan moelleux, une penderie, une petite bibliothèque, une table et quelques bonnes chaises. En découvrant que les étagères recelaient de multiples partitions, des cahiers de musique et plusieurs ouvrages érudits, je me suis cru au paradis. »  Page 189
  • « Il n’y avait rien d’autre à faire que de passer la journée enfermé dans le cabinet de toilette, verrou bouclé de l’intérieur de même que dans le cagibi du studio d’artiste auparavant ; au cas où les Allemands s’introduiraient dans l’appartement, avons-nous estimé, il était peu probable qu’ils remarquent cette petite porte, ou bien ils croiraient qu’il s’agissait d’un placard condamné.
    Tôt le matin, donc, j’ai suivi scrupuleusement ce plan, non sans emporter une pile de livres avec moi. »  Page 190
  • « Toujours dans l’obscurité, j’ai tâtonné dans la pièce à la recherche de ce qui pourrait faire office de corde. Il m’a fallu un long moment pour découvrir un bout d’épais cordon dissimulé derrière les livres d’une étagère. »  Page196
  • « Je tenais absolument à mener une vie aussi régulière que possible : le matin, de neuf à onze heures, je travaillais mon anglais puis je lisais deux heures ; ensuite, je me préparais à déjeuner et de nouveau c’était l’apprentissage de la langue de Shakespeare et la lecture jusqu’à la tombée de la nuit. »  Pages 207 et 208
  • « Prenant un livre au hasard, je me suis installé sur le canapé et me suis efforcé de me plonger dans la lecture. Comme je n’arrivais pas à en retenir un seul mot, toutefois, j’ai reposé le livre et j’ai fermé les yeux, résigné à patienter jusqu’à ce que mes oreilles surprennent une voix humaine dans les parages. »  Page 222
  • « Ensuite, de midi au crépuscule, je concentrais mon esprit sur les livres que j’avais lus, je répétais en moi-même des listes de vocabulaire anglais, je me dispensais des cours muets en cette langue, me posant des questions et essayant d’y répondre sans faute. »  Page 237
  • « Au début, j’avais un foyer, des parents, des sœurs et un frère. Ensuite, nous avions perdu notre maison mais nous étions restés ensemble, au moins. Puis je m’étais retrouvé seul, quoique au sein d’un groupe. Et maintenant j’étais devenu sans doute l’être le plus esseulé au monde. Même le héros de Defœ, Robinson Crusoé, cet archétype de la solitude humaine, avait gardé l’espoir qu’un de ses semblables apparaisse, il s’était consolé en se répétant que cela finirait par se produire et c’était ce qui l’avait maintenu en vie. Alors que moi, il me suffisait de surprendre des pas pour être pris d’une terreur mortelle et pour aller me cacher au plus vite. L’isolement absolu était la condition de ma survie. »  Page 258
  • « Nous connaissons tous le récit du Déluge dans les Écritures saintes. Pourquoi la première race d’hommes a-t-elle connu une fin aussi tragique ? Parce qu’ils s’étaient détournés de Dieu. Ils devaient mourir, coupables comme innocents. Ils étaient les seuls responsables de leur châtiment. Et il en va de même aujourd’hui. »  Page 284
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