4 étoiles, S, T

Secrets d’outre-tombe

Temperance Brennan, tome 05 : Secrets d’outre-tombe de Kathy Reichs.

Éditions Pocket Thriller, publié en 2008; 442 pages

Cinquième roman de Kathy Reichs paru initialement en 2002 sous le titre « Grave Secrets ».

secrets d'outre-tombe

Temperance Brennan est au Guatemala pour exhumer les restes de victimes de la guerre civile survenue vingt ans plus tôt. Elle a été mandatée par une organisation humanitaire pour retrouver et identifier les ossements des femmes et des enfants massacrés par l’armée dans le village de Chupan Ya. Malgré les tentatives d’intimidation et la pression des autorités locales, Tempe se jette corps et âme dans cette exhumation. Les recherches sont perturbées lorsque deux membres de l’équipe tombent dans une embuscade. L’enquête établi qu’il y a eu erreur sur la personne et que c’était Temperance qui était la personne visée. De plus, le sergent-détective Galiano de la police civile nationale du Guatemala demande son aide pour identifier des restes trouvés dans une fosse septique d’un hôtel délabré. Pourraient-ils être ceux de l’une des quatre jeunes femmes portées disparues dont la fille de l’ambassadeur du Canada ?

Dans ce roman, il y a beaucoup d’actions et d’intrigues. C’est une double enquête riche en surprises et en rebondissements. Il n’y a pas un instant de répit pour Brennan ni pour le lecteur. Encore une fois, l’auteur réussit à entremêler deux affaires à priori éloignées l’une de l’autre mais qui se rejoignent au final. Malheureusement, ces intrigues ne sont pas toutes bien approfondis et nous laissent sur notre faim. Les descriptions techniques de l’anthropologie judiciaire sont largement mises à contribution et les détails macabres ne sont pas épargnés. Dans ce cinquième tome, il y a un petit développement dans la vie amoureuse de Brennan avec l’entrée en scène du sergent-détective Galiano qui vient brouiller les cartes avec Ryan. Cette histoire nous initie sur l’instabilité politique du Guatemala et sur les massacres qui y ont eu lieu pendant près de 30 ans, un pan de l’histoire qui est peu connu. Malheureusement, le dénouement manque de réalisme, l’auteur a opté pour la facilité.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 29 octobre 2013

La littérature dans ce roman :

  • « Le commissariat central de la police est situé dans un château exotique au croisement de la Calle 14 et de l’Avenida 6. C’est à un pâté de maisons au sud de l’Iglesia de San Francisco, célèbre pour sa sculpture du Sacré-Cœur et pour sa collection de livres à l’Index qui fut retrouvée dans la charpente où des rebelles parmi le clergé les avaient dissimulés, il y a des dizaines d’années de cela. »  Page 51
  • «La salle, d’un gris tristounet, ne devait pas avoir été repeinte depuis l’époque où les padres cachaient leurs livres. »  Page 52
  • « – Un fœtus ? a-t-il dit, ses yeux plantés dans les miens.
    J’ai fait signe que oui.
    – Son âge ?
    – Il faut que je regarde dans le Fazekas et Kósa.
    Je me référais à la Forensic Fetal Osteology, la bible des médecins légistes en matière de développement squelettique prénatal. Parue en Hongrie en 1978 et épuisée depuis des lustres. Les chanceux qui en possèdent un exemplaire ne le prêtent à personne. »  Page 111
  • « Toutes les mesures prises, je les ai comparées une par une avec celle indiquées dans les tableaux du livre d’ostéologie fœtale. »  Page 119
  • « À en croire le Fazekas et Kósa, la fille dans la fosse septique était enceinte de cinq mois. »  Oage 119
  • « — Et moi, je suis un mec sensible.
    — Vraiment ?
    — J’ai lu Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus.
    — Hmm.
    — Et aussi Sur la route de Madison.
    Il a passé le pouce sur le coin de ma bouche. J’ai détourné la tête.
    — Et j’ai pris des notes. »  Pages 207 et 208
  • « J’espérais un message de Ryan, du genre : « Bienvenue, bon retour, heureux de te savoir rentrée. » À la maison, il n’y avait rien sur mon répondeur.
    Coups de fil d’enquêteurs, d’étudiants, de journalistes. Un procureur avait appelé quatre fois. Ryan, pas une.
    Sympa ! Pourtant il savait forcément que j’étais là. Car il avait ses sources, le grand Sherlock. »  Page 230
  • «  Assise, les jambes allongées et les mains enfoncées dans les poches de son gilet en jean, la fille de l’ambassadeur gardait les yeux fixés au sol.
    — Chantal, n’est-ce pas ?
    — Non, c’te conne de Blanche-Neige !
    — Chantal ! »  Page 240
  • «  — La seconde victime n’a pas été identifiée. Nous l’avons trouvée dans une fosse septique, dans la zone 1.
    — Un quartier plutôt louche, vous trouvez pas ?
    Nous en étions maintenant à qui ferait baisser les yeux à l’autre.
    — Essayons un autre nom.
    — Bouton d’or ?
    — Patricia Eduardo. Ça vous dit quelque chose ? Combat d’yeux. Les siens ne cillaient pas. »  Page 245
  • «  — Tu n’as pas déjà un caballero, ici ?
    Vision de Ryan.
    — Pecos Bill nous la joue profil bas. »  Page 253
  • «  À peine ce nom prononcé, j’ai deviné la suite : Katy allait fredonner la comptine qu’elle avait adorée à quatre ans et chantée une année tout entière. Ça n’a pas loupé.
     — Héctor Protecteur a un habit qui gratte
    Héctor Protecteur se goinfre de dattes…
    Je lui ai coupé le sifflet :
    — Héctor Dissecteur est pendu par la rate.
    — Oh, c’est pas bien, ça.
    — C’est juste une première ébauche.
    — Eh bien, tu peux garder la seconde pour toi. Ce n’est pas parce que tu es frustrée que tu dois maltraiter la poésie.
    — Héctor Protecteur n’est quand même pas Coleridge. »  Pages 272 et 273
  • « L’armoire contenait des livres, une télé et une impressionnante collection de CD. J’ai survolé les noms des artistes. Dropkick Murphy’s, Good riddance, Buck-ONine, AFI, Dead Kennedys, Racid, Saves the Day, Face to Face, The Business, Anti-Flag, The Clash, Less than Jake, The Unseen, The Aquabats, The Vandals, NFG, Stiff Little Fingers. Pas mal de NOFX.
    Inconnus au bataillon –  de moi, en tout cas. Je me suis sentie vieille comme le monde.
    Les livres étaient en français et en anglais : Anna Karénine, de Tolstoï ; Le Retour de Merlin, de Deepak Chopra ; le Guide du Routard de la galaxie, de Douglas Adams ; Père manquant, fils manqué, de Guy Corneau ; Anne of Green Gables ; plusieurs Harry Potter.
    Ça m’a un peu remontée. »  Page 288
  • « La chambre n’était pas plus grande qu’une cellule et avait, à peu de chose près, une ambiance identique : propre, fonctionnelle et sans chichis. L’inventaire du mobilier m’a pris trois secondes : lit en fer, armoire vieillotte, commode vieillotte, table de nuit vieillotte, Bible de Gideon. Pas un objet personnel en vue, rien dans la commode ou dans l’armoire. »  Page 322
  • « Il a sorti encore quatre livres du sac. Je les connaissais tous. Guatemala : Getting Away with Murder ; Las Masacres en Rabinal ; State Violence in Guatemala : 1960-1999 ; Guatemala : Never Again. — Finalement, il faisait peut-être vraiment une enquête sur les droits de l’homme. »  Page 324
  • « — Elle devrait se remettre complètement. Avant de quitter le Guatemala, je suis allée la voir à l’hôpital, avec Mateo. Ses souvenirs étaient confus, mais elle croyait se rappeler que les attaquants avaient parlé d’un inspecteur. Mateo et moi, on s’est dit que ça pourrait bien être Specter.
    — Alors là, le poisson ferré n’est même pas une baleine, c’est carrément Moby Dick. »  Page 326
  • « — Tu as trouvé des choses sur Specter ?
    — D’après sa femme, c’est Albert Schweitzer.
    — Tu m’étonnes !
    — D’après les Affaires extérieures, c’est Nelson Mandela. Et… chasse hypergardée.
    — Galiano m’avait prévenue. Et qu’en pense Chantal ?
    — D’après elle, son vieux, c’est le marquis de Sade. (Ryan a secoué la tête.) Elle lui en veut sacrément. »  Pages 341 et 342
  • « — Que veux-tu que je fasse ? ai-je demandé à Ryan.
    — Passe en revue les livres et les papiers pendant que je continue avec les interviews.
    — Je cherche quoi ?
    — Quelque chose.
    J’ai téléphoné à Mateo. Mon retard ne lui posait aucun problème. De plus, il connaissait une Eugenia Sandoval qui travaillait au CEIHS, Centro de Investigaciones de Historia Social. Information que j’ai transmise à Ryan dès que j’ai eu raccroché.
    — Logique, m’a-t-il répondu.
    J’ai rassemblé livres et journaux et me suis installée en face de lui. Certaines publications étaient en espagnol, la plupart en anglais. J’ai commencé par faire une liste.
    The Massacre at El Mazote : A Parable of the Cold War ; Massacres in the Jungle, Ixcán, Guatemala, 19751982 ; Persécution by Proxy : The Civil Patrols in Guatemala, publié par le Robert F. Kennedy Center pour les droits de l’homme ; Harvest of violence : The Maya Indians and the Guatemala Crisis ; un numéro de l’America’s Watch Report, daté du mois d’août 1986 : Civil Patrols in Guatemala. »  Pages 369 et 370
  • « Deux heures plus tard, j’ai enfin péché un indice dans un numéro de La Lucha Maya, parmi une série de portraits et de paysages en couleurs pleine page : maisons à toit de chaume à Santa Clara, jeune garçon en train de pêcher sur le lac Atitlán, baptême à Xeputul, cortège funèbre à Chontalá.
    Au début des années 1980, sur instruction des responsables militaires de la région, des patrouilles civiles avaient exécuté vingt-sept habitants dans ce village. Dix ans plus tard, Clyde Snow avait exhumé leurs restes.
    En face de la page qui représentait ces paysans portant des cercueils jusqu’au cimetière de Chichicastenango, un portrait de groupe d’hommes en armes. Membres des patrouilles civiles à Huehuetenango, disait la légende.
    Ce système de patrouilles civiles avait été mis en place partout dans les campagnes. Participation obligatoire. Résultat, l’agriculture avait perdu des bras et des familles entières avaient sombré dans la misère. Des règles et des valeurs nouvelles, fondées sur la force et les armes, avaient remplacé les modèles d’autorité traditionnelle, ce qui avait semé la zizanie parmi les paysans mayas.
    Ryan a introduit une nouvelle cassette dans l’appareil. Voix de Nordstern, puis la mienne.
    J’ai continué à feuilleter les images. Un vieil homme forcé de quitter sa maison à Chunima, suite aux menaces de mort lancées à son encontre par des patrouilles civiles. Une femme en larmes, portant son bébé dans le dos.
    Page suivante, des patrouilles civiles à Chunima, armes dressées sur fond de montagnes dans la brume. D’après la légende, le chef du groupe avait abattu deux paysans qui refusaient de s’engager comme volontaires. J’ai étudié la photo. Ces jeunes auraient pu former une équipe de football. Une meute de scouts. Une chorale de lycée.
    Soudain, ma voix a retenti dans la pièce. Ma voix racontant à Nordstern le massacre à Chupan Ya.
    — En août 1982, des soldats et des patrouilles civiles sont entrés dans le village…
    À Chupan Ya, les patrouilles civiles avaient apporté leur soutien à l’armée. Soldats et civils avaient violé de concert les femmes et les filles avant de les tuer à l’arme à feu ou à la machette et d’incendier les habitations.
    J’ai tourné une nouvelle page de la revue.
    Xaxaxak, un quartier de Sololá. Des patrouilles civiles défilant comme après une victoire, des armes automatiques leur barrant la poitrine. Il y avait des soldats parmi les spectateurs, certains en tenue de combat, d’autres en uniforme, signe d’un grade supérieur et d’une solde plus élevée.
    Sur la légende, un nom entouré par Nordstern. Mes yeux sont tombés dessus au moment précis où, sur la bande, le journaliste disait :
    — Sous le commandement d’Alejandro Bastos.
    — Cela, je ne le sais pas.
    — Continuez.
    — Vous paraissez en connaître beaucoup plus que moi sur le sujet. (Bruits.) Il se fait tard, monsieur Nordstern. Mon travail m’attend.
    — Chupan Ya ou la fosse septique ?
    — Arrête ! Repasse ce morceau-là !
    Ryan a enclenché le rembobinage. Les derniers mots de l’entretien ont retenti à nouveau. Je lui ai passé mon livre.
    — Regarde ça. Il a étudié la photo et lu la légende.
    — Alejandro Bastos commandait la section locale de l’armée.
    — Et Nordstern l’accuse d’être à l’origine du massacre de Chupan Ya ! me suis-je écriée.
    — À ton avis, pourquoi est-ce qu’il a entouré la tête du type sournois à côté de lui ? a demandé Ryan en retournant le livre vers moi.
    J’ai regardé le visage à l’intérieur du rond.
    — Nom de Dieu ! »  Page 370 à 373
  • « Ryan a tendu le bras pour que je lui repasse le livre. »  Page 374
  • « J’étais restée encore deux ou trois heures avec Ryan à parcourir les livres et les papiers de Nordstern tout en écoutant les enregistrements avant de rentrer à l’hôtel, exténuée. »  Page 378
  • « J’ai fait un rapide inventaire des bouquins. Journaux professionnels habituels. JAMA. Fertility. Bouquins de médecine courants. Un certain nombre sur la biologie cellulaire. Plus encore sur la physiologie de la reproduction et l’embryologie. »  Page 387
  • « Je me suis revue avec Katy enfant, âgée de trois ou quatre ans peut-être, en train de regarder un livre de comptines. »  Page 407
  • « — Je connais mes lettres. C’est juste que parfois j’arrive pas à les mettre ensemble.
    — Oui, c’est dur. Alors prends tout ton temps.
    — Héctor Protecteur a un habit très court.
    Héctor Protecteur se rend à la cour.
    La reine ne l’aime pas.
    Pas plus que le roi.
    Héctor Protecteur est chassé de là-bas.
    Pourquoi ils ne l’aiment pas, Maman ?
    — Je ne sais pas.
    — Parce qu’il est méchant ?
    — Je ne crois pas.
    — Elle s’appelle comment, la reine ?
    — Arabella. Katy éclate de rire.
    — Et le roi ?
    — Charlie Oliver. Elle rit encore plus fort.
    — Tu inventes toujours de drôles de noms, Maman
    — Parce que j’aime bien te voir rire.
    — C’est quoi, le nom de famille d’Héctor Protecteur ?
    — Lucas.
    — Peut-être que ce n’est pas vraiment un protecteur.
    — Peut-être.
    — Alors, un quoi, Maman ?
    — Un amateur ? Elle rit à gorge déployée.
    — Un érecteur.
    Un électeur.
    Un éjecteur.
    Un dissecteur.
    Un inspecteur. »  Pages 407 et 409
  • « — J’ai vu trop de choses dans la vie pour avoir confiance en beaucoup de gens. Je ne crois pas vraiment aux contes de fées. (Je l’ai senti avaler sa salive.) Mais j’en suis venu à croire en toi. »  Page 431
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