3 étoiles, J

Un jour

Un jour de Davis Nicholls.

Éditions Belfond, publié en 2011, 535 pages

Roman de David Nicholls paru initialement en 2009 sous le titre « One Day ».

Dexter est issu d’un milieu aisé, il est séduisant et sûr de lui. À l’opposé, Emma est d’origine modeste et est une idéaliste qui veut changer le monde, mais qui manque de confiance en elle. Le 15 juillet 1988, ils arrosent ensemble leur nouvelle vie. Ils viennent de recevoir leur diplôme universitaire et finissent par passer la nuit ensemble. Le lendemain, au moment de se quitter, ils se rendent compte qu’ils sont certainement en train de passer à côté de quelque chose. Ils promettent donc de se revoir, le plus vite possible. Leur amitié sera à l’image de leur existence, elle connaîtra des hauts et des bas. Emma veut améliorer le monde et commence l’écriture sans grand succès tandis que Dexter voyage à travers le monde, boit et drague les femmes. Quitteront ils leur phase de jeunes adultes confus pour devenir des adultes épanouis ? D’année en année, entre échecs et réussites, espoir et désillusions Dexter et Emma vont se croiser, s’écrire, tout en vivant leur vie séparément, différemment, en pensant l’un à l’autre.

Un roman relativement bien construit qui illustre le passage du temps sur une relation non assumée par timidité et par peur de dévoiler ses sentiments. Les personnages d’Emma et Dexter, bien qu’un peu cliché tant au niveau de leur classe sociale que sur le plan psychologique, sont convaincants. Elle est marrante, intelligente, contestataire et surtout attachante. Lui est un personnage que l’on aime détester et pourtant au fil des pages on apprend à l’apprécier. La division du roman en chapitres est intéressante, chacun se passe un 15 Juillet, c’est un bilan de leur vie détaillant le bon, comme le mauvais, avec les sentiments, les échecs et les réussites. On suit ainsi l’évolution de leur relation. Le début est vraiment prenant, mais à un moment cela devient répétitif. Par contre, l’évolution des personnages donne une seconde vie au roman. Une lecture émouvante et légère.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 31 mai 2014

La littérature dans ce roman :

  • « Emma Morley s’était toujours moquée de l’expression « bel homme », qu’elle jugeait démodée, tout droit sortie d’un roman du XIXe siècle. »  Page 10
  • «Par un heureux concours de circonstances, ce bel homme – superbe, même, dans son caleçon à motifs cachemire porté bas sur les hanches – était maintenant couché dans le lit à une place de sa chambre d’étudiante, au terme de leurs quatre années d’études à l’université d’Édimbourg. Ce bel homme ! songea-t-elle en retenant un petit rire. Tu te prends pour Jane Eyre, ou quoi ? Du calme. T’as plus quinze ans, maintenant. »Page 11
  • «« Où tu vas ? s’enquit-il en posant une main au creux de son dos.
    — Aux chiottes », répondit-elle en récupérant ses lunettes, posées sur une pile de bouquins. »Page 13
  • «Il observa les volutes de fumée qui montaient de sa cigarette, puis chercha un cendrier. En tâtonnant près du lit, il trouva un roman, L’Insoutenable Légèreté de l’être, corné aux passages les plus « érotiques ». Le problème avec ces filles archi-individualistes, c’est qu’elles se ressemblaient toutes. Le bouquin suivant le confirma dans son opinion. L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau. Pauvre type, songea-t-il, certain de ne jamais commettre une telle erreur. »Page 14
  • «Il chercha ses vêtements des yeux… Trop tard : un bruit de chasse d’eau retentissant s’échappa de la salle de bains. En remettant précipitamment le livre à sa place, il trouva une boîte de moutarde Colman’s sous le lit. Un regard à l’intérieur lui confirma qu’elle contenait des préservatifs… et les restes grisâtres d’un joint. »Page 15
  • «Gary s’éclaircit la gorge. Pâle, la peau encore rouge d’un rasage trop méticuleux, vêtu d’une chemise noire boutonnée jusqu’au cou, il évoquait une sorte de George Orwell des Temps modernes – il en avait adopté le style, en tout cas. »Page 25
  • «À gauche d’Emma, Candy chantait les grands moments des Misérables (la comédie musicale, pas le roman de Victor Hugo) d’une voix douce et atone tout en tripotant ses cals plantaires, hérités de dix-huit ans de danse classique. Emma se tourna de nouveau vers le miroir émaillé, fit bouffer les manches ballon de sa robe à taille Empire, ôta ses lunettes, et laissa échapper un soupir à la Jane Austen. » Page 26
  • «Emma avait d’abord joué de la basse dans un groupe de rock alternatif, exclusivement composé de filles, qui s’était révélé incapable de se choisir un nom et une direction musicale cohérente. Elle avait participé au lancement d’un nouveau type de soirées dans un club d’Édimbourg où personne n’était venu ; commencé, puis abandonné un premier roman ; ébauché un deuxième roman qui avait vite connu le même sort, tout en enchaînant les petits boulots d’été, aussi merdiques les uns que les autres, dans les boutiques à touristes du centre-ville. »Pages 26 et 27
  • «En fin d’après-midi, un verre de gin tonic à la main, confortablement installée dans un fauteuil en osier devant un panorama splendide, elle s’était crue dans Gatsby le Magnifique. »Page 28
  • «Dexter, lui, se contentait de quelques mots jetés sur des cartes postales insuffisamment affranchies : « Semaine de FOLIE à Amsterdam », « Vie de DINGUE à Barcelone », « Ça PULSE à Dublin. Malade comme un CHIEN ce matin ! » Il n’avait rien d’un Bruce Chatwin : ses récits de voyage ne valaient pas un clou, mais elle glissait tout de même les cartes postales dans les poches de son gros manteau d’hiver quand, submergée de mélancolie, elle allait arpenter la lande d’Ilkley en espérant trouver un sens caché à « VENISE EST SOUS LES EAUX !!! ». »Page 29
  • «C’est alors que Gary Nutkin avait resurgi dans sa vie. Ce trotskiste émacié, qui l’avait dirigée en 1986 dans une mise en scène âpre et intransigeante de Grand-peur et misère du IIIe Reich de Brecht, l’avait embrassée de manière tout aussi âpre et intransigeante au cours de la soirée qui avait suivi la dernière représentation. »Page 29
  • «Il laissa tomber son mégot dans un verre à vin et tendit la main vers sa montre, posée sur un exemplaire encore neuf de Si c’est un homme, de Primo Levi. »Page 32
  • «As-tu reçu les bouquins que je t’ai envoyés ? Primo Levi est un des meilleurs écrivains italiens. Un petit coup d’œil à son récit te rappellera que l’existence n’est pas qu’espadrilles et crèmes glacées. Eh oui, mon cher ! La vie ne ressemble pas toujours à la première scène de 37°2 le matin. Comment se passent tes cours ? »Page 33
  • «Six mois dans une camionnette avec une marionnette de Desmond Tutu sur les genoux. Je pense que je vais passer mon tour, cette fois. D’autant que j’ai écrit une pièce sur Virginia Woolf et Emily Dickinson. Ça s’appelle « Deux vies » (ou « Deux lesbiennes déprimées », j’hésite encore). J’aimerais bien la monter dans un café-théâtre. Ce serait pas mal, non ? J’ai déjà la distribution : j’en ai parlé à Candy. Elle veut vraiment, vraiment jouer Virginia (surtout depuis que je lui ai expliqué qui c’est), à condition de pouvoir enlever le haut. J’ai dit oui. Moi, je jouerai Emily Dickinson et je garderai le haut. »Page 34
  • «La mère de Dexter était installée à une terrasse de café sur la piazza della Rotonda. Un livre ouvert à la main, les yeux clos, la tête légèrement inclinée en arrière comme un petit oiseau, elle savourait les derniers rayons de soleil de cet après-midi de juillet. »Page 35
  • «Je t’écris depuis mon « hôtel » de Bombay, une sorte d’auberge de jeunesse remplie de matelas suspects et de routards australiens qui déboulent à jet continu dans les couloirs. Comme le dit mon guide de voyage, les chambres sont pleines de caractère – c’est-à-dire de rongeurs –, mais j’ai aussi une petite table en plastique près de la fenêtre et il PLEUT DES TROMBES en ce moment. »Page 47
  • «J’essaie aussi de lire les bouquins que tu m’as donnés à Pâques, mais je dois t’avouer que Howards End, le roman de Forster, me tombe des mains. J’ai l’impression qu’ils boivent la même tasse de thé depuis deux cents pages. J’attends toujours que quelqu’un se décide à sortir un flingue de sa poche ou que les Martiens débarquent, mais ça risque pas d’arriver, hein ? »Page 47
  • «J’ai vraiment, vraiment aimé ton spectacle sur Virginia Woolf et Emily Machinchose. »Page 48
  • «Elle faillit répondre : « J’écris des pièces de théâtre » mais, trois mois après la dernière, l’humiliation qu’elle avait éprouvée à incarner Emily Dickinson devant une salle vide était encore brûlante. »Page 51
  • «Commence par visiter les lieux, puis dirige-toi vers l’intérieur du palais, de manière à te trouver À MIDI PILE sous le dôme, une rose rouge à la main, un exemplaire de Nicholas Nickleby dans l’autre. Je serai là, moi aussi. Je viendrai te chercher. J’apporterai une rose blanche et Howards End et, dès que je te verrai, je te le lancerai à la figure. »Page 57
  • «Si tu y tiens vraiment, tu pourras me rembourser quand tu seras une dramaturge adulée des foules ou que tes poèmes te rapporteront une fortune. » Page 58
  • «Sans plus hésiter, il inséra la lettre dans une enveloppe par avion qu’il glissa dans son exemplaire de Howards End, contre la dédicace qu’Emma avait rédigée en haut de la page de garde. »Page 60
  • «Un exemplaire de Howards End était coincé entre les coussins déchirés de la banquette. »Page 61
  • «L’édition de poche de Howards End, qu’elle n’a jamais lu, prend la poussière sur l’étagère de la chambre d’amis. La lettre est toujours glissée à l’intérieur, près des quelques lignes que voici, rédigées d’une écriture appliquée sur la page de garde :À mon cher Dexter. Un grand roman pour ton grand voyage. »Page 62
  • «Elle voulait faire partie d’un groupe de rock, réaliser des courts-métrages, écrire des romans. Mais deux ans s’étaient écoulés, et son recueil de poèmes était toujours aussi mince. »Page 66
  • «Elle avait caressé le projet de lire des romans aux aveugles – mais était-ce un vrai boulot ou juste une idée pêchée dans un film ? »Page 67
  • «La télé, s’enflammait Dexter, c’est la démocratie en action ! Elle s’immisce au cœur de la vie des gens, elle façonne l’opinion publique ; elle vous provoque, vous distrait et vous absorbe bien plus efficacement que tous ces bouquins que personne ne lit ou ces pièces de théâtre que personne ne va voir. »Page 71
  • «Ce qu’il lui fallait, songea-t-il avec compassion, c’était un pygmalion. Quelqu’un qui la prendrait en main et qui l’aiderait à exprimer son potentiel. »Page 80
  • «Allongés sur le pont, ils cuvaient leurs cocktails (les pulsations du moteur se répercutaient sur leurs estomacs remplis de liquide) et mangeaient des oranges, un livre à la main, en s’offrant aux morsures du soleil. »Page 86
  • «Il poussa un long soupir et posa Lolita, de Nabokov, à cheval sur son torse. Emma, qui s’était chargée de choisir leurs lectures de vacances, le lui avait offert avant de partir. Le reste de la sélection se dressait à leurs pieds : empilés dans la valise de la jeune femme, les livres formaient un fantastique pare-vent sur le pont du ferry. Et prenaient tant de place qu’elle n’avait quasiment rien emporté d’autre.
    Une minute s’écoula. Il soupira de nouveau. Un grand soupir théâtral pour attirer l’attention.
    « Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda-t-elle, le nez plongé dans L’Idiot, de Dostoïevski.
    — J’arrive pas à rentrer dedans.
    — Dex ! C’est un chef-d’œuvre !
    — Ça me donne mal à la tête.
    — J’aurais mieux fait de t’offrir un livre d’images.
    — Écoute, ça me plaît, mais…
    — Les Aventures de Maya l’abeille ou…
    — Je trouve ça un peu dense, c’est tout. J’arrive pas à m’intéresser à l’histoire… Cinquante pages pour m’expliquer que le héros bande toute la journée, c’est un peu trop, non ?
    — Je croyais que ça te rappellerait quelqu’un. » Elle remonta ses lunettes sur son front. « C’est un bouquin très érotique, tu sais. »
    —Seulement pour ceux qui aiment les petites filles.
    —Aurais-tu l’obligeance de me rappeler pourquoi tu as été renvoyé de ton école de langues à Rome ?
    —Arrête avec ça ! Elle avait vingt-trois ans !
    — T’as qu’à piquer un petit somme, alors. » Elle retourna à son roman russe. « Espèce de béotien. »»Page 86
  • «Emma se mit à pouffer. Il lui jeta un regard intrigué. « Ça devient drôle, expliqua-t-elle en désignant le roman de Dostoïevski. »Page 87
  • «Et s’aperçut que Lolita était toujours à cheval sur son torse. Il remit discrètement le roman dans son sac avant de relancer la conversation. »Page 87
  • «—C’est ton émission, maintenant ?
    — L’émission de télévision que je présente, si tu préfères. »
    Elle rit, puis reporta son attention sur son roman. »Page 89
  • «— Et tu en as pensé quoi ? »
    Elle soupira, les yeux rivés sur son livre. « C’est pas mon truc, Dex.
    —Donne-moi quand même ton avis.
    —J’y connais rien à la télé…
    —Dis-moi ce que t’en penses, c’est tout.
    —OK. Puisque tu insistes… C’est le genre de programme qui m’épuise. J’ai l’impression de voir un type complètement bourré s’agiter sous des lumières stroboscopiques en me gueulant dessus pendant une heure ; mais encore une fois, je…
    —Ça va, j’ai compris. » Il jeta un bref regard à son livre, puis se tourna de nouveau vers elle. »Page 89
  • «— Tais-toi ! fit-il en lui donnant un coup de Lolita sur l’épaule. Retourne à ton Dostoïevski, ça me fera des vacances ! »»Page 90
  • «« Excusez-moi, dit-il, vous seriez pas la fille d’Ipanema ?
    — Non. Je suis sa tante. »» Page 95
  • «— Je me trompe, ou tout le monde est à poil sur cette plage ? »
    Elle leva les yeux de son livre. « Ah. Effectivement… Arrête de les mater, Dexter. Ça se fait pas. »Page 96
  • «— Qu’est-ce qui est contraire à l’étiquette ?
    — Parler à quelqu’un qui est nu quand on ne l’est pas.
    — T’es sûre ?
    — Concentre-toi plutôt sur ton bouquin, d’accord ? »»Page 97
  • «Elle referma lentement son livre, releva ses lunettes sur son front et s’allongea en posant la joue sur son bras, comme lui. »Page 98
  • «Je revois ta salopette en jean lascivement abandonnée sur ton faux kilim du Kilimandjaro… »
    Elle lui flanqua un coup de livre sur le nez.
    « Aïe !
    — J’enlèverai pas mon maillot de bain, OK ? Et je ne portais pas de salopette cette nuit-là. J’en ai jamais porté de ma vie. » Elle venait de reposer le roman sur sa serviette quand un petit rire se forma dans sa gorge. »Page 99
  • ««Bon. Qui prend sa douche en premier ?
    — Commence. Je vais rester là et lire un peu. »
    Elle s’installa sur le transat délavé et s’efforça de déchiffrer son roman russe à la lumière déclinante du crépuscule. En vain : les caractères semblaient plus petits à chaque page. »Page 99
  • « Eh bien, commença-t-elle, quand on s’est connus, à la fac, avant qu’on devienne amis, j’avais un faible pour toi. Enfin… pas un faible : un vrai béguin, en fait ! Ça a duré des mois. J’écrivais des poèmes complètement débiles…
    — Des poèmes ? s’écria-t-il. C’est vrai ? »Page 103
    «— J’aimerais bien les lire, ces poèmes ! Qu’est-ce qui rime avec “Dexter” ?
    —“Connard”. C’est une rime pauvre. »Page 104
  • «Le dimanche matin, elle se prélasse sur le Tahiti comme sur un radeau, elle écoute Porgy and Bess et Mazzy Star, les vieux albums de Tom Waits ou un vinyle des Suites pour violoncelle de Bach qui grésille joliment sur sa platine. Ensuite, elle boit des litres de café et note ses idées, ses observations ou même ses projets de romans à l’aide de son meilleur stylo à plume sur le papier toilé, blanc cassé, de ses plus luxueux cahiers. Parfois, quand elle n’arrive à rien, elle se demande si son amour de l’écriture n’est pas l’expression d’un culte fétichiste pour la papeterie. Le véritable écrivain, l’auteur-né, griffonne sur tout ce qu’il trouve – un morceau de papier gras, l’envers d’un ticket de bus ou les murs de sa cellule. Emma, elle, n’arrive à rien en dessous de cent vingt grammes au mètre carré. »Page 120
  • «Bien sûr, elle aimerait être réveillée au milieu de la nuit par un appel urgent… « Monte dans un taxi » ou « Il faut qu’on parle », lui dirait une voix à l’autre bout de la ligne. Mais la plupart du temps, elle se sent comme une héroïne de Muriel Spark : indépendante, spirituelle, férue de littérature et secrètement romantique. »Page 122
  • «La sentence est immédiate : Stephen Mayhew le toise avec consternation – on dirait une scène de l’Ancien Testament. »Page 128
  • «Par chance, elle ne remarque rien : ses yeux sont rivés sur le paquet qu’elle vient de déballer, révélant une pile de livres de poche : un Edith Wharton, quelques Raymond Chandler, un Scott Fitzgerald. « Quelle bonne idée ! Tu la remercieras pour moi ? Un vrai petit ange, cette Emma. » Elle s’empare du roman de Fitzgerald. « Les Heureux et les Damnés.
    Comme toi et moi.
    —Qui est qui ? » réplique-t-il sans réfléchir. Par chance, elle ne l’écoute pas : la carte d’Emma accapare toute son attention. C’est un photomontage en noir et blanc daté de 1982 et réclamant le départ de Thatcher. Alison la retourne, déchiffre les quelques lignes griffonnées à son intention et se met à rire. «Ce qu’elle est gentille ! Et tellement drôle. » Elle soupèse le lourd roman d’un air sceptique. « C’est un peu optimiste, tout de même. Tu devrais l’inciter à m’offrir des nouvelles, la prochaine fois. »»Page 129
  • «« Je monte dans ma chambre. »
    Son père fronce les sourcils. « Pour quoi faire ?
    — Chercher un truc. Des vieux bouquins. »Page 135
  • «« Remercie Emma pour moi, dit-elle. Pour les livres.
    — D’accord. »Page 138
  • «Leur discussion s’était poursuivie au pub, où ils avaient comparé les mérites respectifs du roman et de la bande dessinée, Ian allant jusqu’à affirmer qu’un roman graphique peut avoir autant de sens et d’impact qu’un grand classique de la littérature anglaise – Middlemarch de George Eliot, par exemple. »Page 146
  • «Pendant ce temps, Emma s’interrogeait sur l’origine du problème. D’où venait l’idée que les hommes devaient être drôles ? Cathy, l’héroïne d’Emily Brontë, ne se pâme pas d’amour pour Heathcliff parce qu’il la fait hurler de rire ! Le déluge de paroles auquel Ian la soumettait était d’autant plus agaçant qu’elle avait de l’affection pour lui. »Page 149
  • «« Je m’y vois déjà, assise sur mon bureau, en train de leur parler de Shakespeare… Je leur dirai que c’était le premier rappeur de tous les temps, et ils m’écouteront, la bouche ouverte, les yeux ronds comme des billes… Complètement hypnotisés ! Je me dis qu’ils me porteront sur leurs jeunes épaules… Ne ris pas ! C’est vraiment comme ça que j’imagine ma vie de prof : partout où j’irai – dans les couloirs du lycée, sur le parking, à la cantine –, je serai transportée sur les épaules de gamins en adoration devant moi. »Page 154
  • «Le jour J est arrivé. La première de la comédie musicale Oliver ! aura lieu ce soir au lycée de Leytonstone, dans la banlieue de Londres, et si elle ne veille pas au grain, le pire peut arriver. »Page 162
  • «Je sais pas à quelle heure je rentrerai. Tout dépend d’Oliver !. Les aléas du show-business, tu connais ça mieux que moi ! »Page 163
  • «« Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? C’est pas de ma faute si ta première a lieu le 15 juillet ! Tu veux que j’annule Oliver !, c’est ça? »Page 166
  • «Emma prend une profonde inspiration. Et pénètre dans la pièce où trente adolescents en haut-de-forme, jupes à cerceaux et barbes postiches invectivent en hurlant le Dodger et Oliver Twist qui se battent à leurs pieds – le Dodger, qui a pris le dessus, vient de plaquer Oliver au sol.
    «QU’EST-CE QUI SE PASSE ICI ? 
    Le gang de jeunes victoriens se retourne. « Dites-lui de me lâcher, madame ! marmonne Oliver, le nez dans le lino.
    —Ils se battent, madame », précise Samir Chaudhari, douze ans et des favoris bien fournis collés sur les joues.
    —J’ai compris, Samir, merci. » Sonya Richards, l’adolescente noire et menue qui joue le Dodger, a glissé ses doigts dans les boucles blondes d’Oliver pour le maintenir à terre. Emma s’avance, la prend par les épaules et plonge son regard dans le sien. «Lâche-le, Sonya. Lâche-le, maintenant. Allez… Lâche-le ! » Sonya finit par obtempérer. Sa colère reflue lentement. Elle recule d’un pas, les yeux brillants d’orgueil blessé.
    Martin Dawson, qui joue Oliver Twist, semble abasourdi. Les épaules carrées sur 1,55 mètre de muscles, l’orphelin bien en chair dépasse d’une bonne tête M. Bumble, le cruel directeur de l’orphelinat. Il paraît pourtant sur le point de fondre en larmes. »Pages 170 et 171
  • «Elle croise les bras, pousse un soupir. «… parce que je crois que nous allons devoir annuler la représentation…»
    Elle bluffe, bien sûr, mais l’effet escompté ne se fait pas attendre : un grognement de protestation parcourt la petite assemblée.
    « C’est pas juste ! On n’a rien fait, nous ! proteste l’ado qui joue Fagin.
    — Ah oui ? Qui criait “Frappe-le” tout à l’heure, Rodney ?
    — C’est la faute de Sonya, madame ! Elle a complètement pété les plombs ! ronchonne Martin Dawson.
    — Eh, Oliver ! T’en veux encore ? » s’écrie aussitôt Sonya en tentant de se jeter sur lui. »Page 172
  • «En vous comportant comme vous le faites, vous donnez raison à ceux qui pensent – et ils sont nombreux ici – que vous n’y arriverez pas. À ceux qui disent que c’est trop dur pour vous. Trop compliqué. “C’est du Dickens, Emma ! Ils ne sont pas assez malins, pas assez disciplinés pour travailler ensemble !” Voilà ce que j’entends. Voilà ce qu’on dit de vous.  Page 172
  • «Ils traversent le couloir sans échanger un mot, puis longent le gymnase où Mme Grainger fait répéter Consider Yourself, une des chansons phares du premier acte, à un orchestre férocement discordant. Le résultat est si catastrophique qu’Emma se demande une fois de plus dans quelle galère elle s’est embarquée. »Page 172
  • «Il dit qu’on m’a donné le rôle du Dodger parce que j’ai pas vraiment à jouer, vu que je suis une plouc dans la vraie vie. »Page 173
  • «La veille, pendant la répétition en costumes, il a pleuré de vraies larmes sous son maquillage en chantant Where Is Love ? au deuxième acte. »Page 174
  • «— Personnellement, j’ai tendance à préférer Sweet Charity à Oliver !. Pourquoi ne l’a-t-on pas montée, déjà ?
    — La comédie musicale de Bob Fosse ? Eh bien… L’héroïne est une prostituée, non ? »Page 176
  • «La mort de Nancy, l’un des personnages clés de la comédie musicale, a fait pleurer tout le monde – y compris M. Routledge, le professeur de chimie. Quant à la spectaculaire course-poursuite sur les toits de Londres, éclairée de telle manière que les acteurs apparaissaient en ombres chinoises, elle a suscité les « ooooh ! » et les « aaahh ! » qu’on réserve habituellement aux feux d’artifice. »Page 185
  • «Et pour la première fois depuis dix longues semaines, elle n’a plus envie d’étriper Lionel Bart, le compositeur d’Oliver !. »Page 185
  • «Elle sourit même quand Rodney Chance, qui joue Fagin, la serre d’un peu près, enivré par une bouteille de soda secrètement alcoolisé, en lui déclarant qu’elle est « vraiment bien roulée pour une prof ». »Page 185
  • «Je suis vraiment fière de toi, Dex. Ah oui : au cas où ça t’intéresserait, Oliver ! s’est bien passé. »Page 187
  • «Portrait écarlate
    Roman
    Par Emma T. Wilde
    Chapitre I
    L’inspecteur en chef Penny Machinchose avait vu pas mal de scènes de crime dans sa vie, mais aucune n’était aussi      que celle-là.
    « Vous avez déplacé le corps ? » s’enquit-elle d’un ton sec.
    Les mots s’affichaient en vert sur l’écran de son ordinateur – un vert bilieux et écœurant. Ils résultaient d’une matinée entière passée à la petite table du petit bureau situé au fond du petit appartement qu’elle habitait depuis quelques mois. Elle les lut et les relut tandis que, dans son dos, le chauffe-eau électrique gargouillait avec mépris.
    Tous les week-ends, et les soirs de semaine quand elle était en forme, Emma écrivait. Elle avait commencé deux romans (le premier se déroulait au goulag, l’autre dans un futur apocalyptique) ; un album pour enfants, illustré de sa main, où il était question d’une girafe affligée d’un petit cou ; un scénario de téléfilm sur le quotidien d’une équipe de travailleurs sociaux (résolument polémique et baptisé « Tant pis pour ta gueule ! ») ; une pièce d’avant-garde sur la vie affective compliquée d’une bande de jeunes gens ; un roman fantasy pour adolescents mettant en scène d’horribles professeurs-robots ; une fiction radiophonique basée sur le long monologue intérieur d’une suffragette à l’article de la mort ; une bande dessinée et un sonnet. Aucun de ces travaux n’avait été mené à bien – pas même les quatorze vers du sonnet.
    Les quelques lignes qui s’affichaient à l’écran constituaient la première ébauche de son tout nouveau projet : une série de romans policiers à visée commerciale, mais discrètement féministes. À onze ans déjà, Emma avait dévoré tous les Agatha Christie ; par la suite, elle avait avalé quantité de Raymond Chandler et de James M. Cain. Pourquoi ne s’essaierait-elle pas au polar, elle aussi ? Forte de ses lectures, elle avait abordé l’exercice avec confiance. Mais après une matinée d’efforts infructueux, elle devait admettre que lire et écrire sont deux activités distinctes : l’écriture ne se limite pas à régurgiter ce qu’on a absorbé. Elle avait trop souvent tendance à l’oublier, hélas. Et butait sur les questions les plus simples : quel patronyme donner à son héroïne, par exemple ? Elle était incapable de concevoir une intrigue originale et cohérente. Même son pseudonyme était médiocre : pourquoi Emma T. Wilde ? Elle commençait à douter sérieusement de ses capacités. Appartenait-elle à cette triste catégorie de gens qui passent leur vie à essayer de faire des trucs ? Elle avait essayé de former un groupe de rock, d’écrire du théâtre et de la littérature jeunesse ; elle avait tenté de monter sur les planches et de décrocher un job dans l’édition. L’écriture de romans policiers rejoindrait peut-être la longue cohorte de ses projets avortés, comme le trapèze, le bouddhisme et l’apprentissage de l’espagnol. Elle cliqua par curiosité sur l’icône «statistiques » de son logiciel de traitement de texte. Le verdict s’afficha aussitôt à l’écran : quarante-trois mots. Elle avait écrit quarante-trois mots ce matin – en comptant le titre et son pseudo merdique. Elle poussa un grognement, tira sur le levier hydraulique de son fauteuil de bureau et se laissa descendre un peu plus près de la moquette.
    On toqua à la porte. Trois petits coups contre la paroi en contreplaqué. « Tout se passe bien dans l’aile Anne Frank ? » »Pages 189 et 190
  • «« Grande soirée en perspective ! reprit-il. Mam’zelle sort avec Mike Teavee. »
    Elle décida d’ignorer sa remarque, mais il aggrava son cas en se penchant au-dessus d’elle pour lire les premières lignes de son roman.
    « Portrait écarlate… »
    Elle plaqua sa main sur l’écran. « Je déteste qu’on lise par-dessus mon épaule ! »Page 191
  • «Ils avaient donc raclé leurs fonds de tiroir pour payer la première mensualité de l’emprunt et s’étaient offert quelques manuels de décoration intérieure (dont un sur l’art de peindre le contreplaqué de manière à lui donner l’apparence du marbre italien). »Page 192
  • «« Bon… Je ferais mieux d’aller corriger mes copies ! » dit-elle en pivotant sur ses talons. Vingt-huit rédactions soporifiques sur la construction du point de vue dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, de Harper Lee. »Page 194
  • «Elle n’avait pas changé d’un iota depuis 1988, bordel ! Elle était si… si… subventionnée. Ce n’était pas approprié, surtout dans un resto comme celui-ci, spécialement conçu pour donner aux hommes le sentiment d’être des clones de James Bond. Après avoir subi les pesanteurs idéologiques du système éducatif britannique dans les années 1980 (on se serait cru au goulag, franchement !), l’atmosphère sinistre et culpabilisante qui régnait à l’époque et le matraquage politique permanent des gauchistes, il avait enfin l’occasion de s’amuser un peu. Il y avait droit, non ? En quoi était-ce répréhensible d’aimer boire, fumer et flirter avec de jolies filles ? »Page 209
  • «ÉTENDUE SUR LE DOS, À MÊME LE SOL dans le bureau du proviseur, sa robe froissée relevée sur ses hanches, Emma Morley laisse échapper un profond soupir.
    « Au fait… faudrait acheter un lot de Rosie, ou le goût du cidre. Les exemplaires que j’ai utilisés cette année pour les quatrièmes partent en lambeaux.
    — Je vais voir ce que je peux faire, répond le proviseur en boutonnant sa chemise. »Page 223
  • «Il était peut-être encore temps d’accepter la proposition de Ian ? insistait-elle. Mais dire oui, ce serait capituler. Se faire forcer la main. Et Emma avait lu assez de romans pour savoir que les mariages forcés sont rarement heureux. »Page 227
  • «— J’irai peut-être voir ma famille dans le Yorkshire. Mais je vais surtout rester ici, en fait. Pour travailler.
    — Travailler ?
    — Tu sais bien… Je voudrais avancer l’écriture de mon roman.
    — Ah oui. Ton roman. » Comme tous ses proches, il énonce le mot d’un air dubitatif. « Ça ne parle pas de nous, au moins ? »Page 229
  • «Ian lui emboîte le pas. « T’étais où, au fait ?
    — Je viens de te le dire. Au lycée, avec mes élèves. On répétait.
    — Vous répétiez quoi ?
    — Bugsy Malone. C’est tordant. Pourquoi ? Tu veux des places ?
    — Non, merci. »Page 233
  • «— J’ai une théorie ! annonce-t-il fièrement.
    — Laquelle ?
    — Je sais qui c’est. »
    Elle soupire. « Vas-y, Sherlock. Je t’écoute. »Page 235
  • «— Ça m’a permis de te lire, au moins ! Certains textes sont vraiment bons, tu sais.
    — Merci. Ils n’étaient pas faits pour être lus, mais…
    — Pourquoi ? Il faudra bien que tu les montres à quelqu’un, non ? Que tu essaies d’en faire quelque chose !
    — Oui… Je le ferai peut-être. Un de ces jours.
    — Pas les poèmes. Ceux-là, tu peux les garder pour toi. Mais les romans, les nouvelles… Ça, c’est vraiment bien ! Tu es un bon écrivain, Em. Fine et intelligente. »Page 237
  • «C’est Sonya. Sonya Richards. Sa protégée. Son projet. La petite gamine trop maigre et bourrée d’adrénaline qui jouait le Dodger dans Oliver ! s’est métamorphosée en une grande et belle adolescente aux cheveux courts, à la démarche assurée. »Page 240
  • «Quand Emma s’est installée à Londres, en 1990, elle a envoyé des lettres de candidature, maladroites mais pleines d’espoir, à quelques maisons d’édition, en imaginant que ses enveloppes seraient ouvertes à l’aide d’un coupe-papier en ivoire par des secrétaires vieillissantes, chaussées de lunettes demi-lune, dans les bureaux encombrés et miteux de maisons georgiennes. La réalité est fort différente : ici, tout respire la jeunesse et la modernité ; les lignes sont épurées, la lumière entre à flots. Pour un peu, on se croirait dans les locaux d’une boîte de production… La seule chose qui rassure Emma, ce sont les piles d’ouvrages entassés sur les tables ou à même le sol. Partout, les livres s’amoncellent en équilibre précaire, sans ordre ni hiérarchie apparents. Stephanie s’engouffre dans un couloir. Emma lui emboîte le pas, tout en essayant d’enlever sa veste, sous le regard curieux des employés dont les visages surgissent un à un derrière les murs de livres.
    « Je ne peux pas te garantir qu’elle aura tout lu – ni même qu’elle l’aura lu, d’ailleurs. Mais elle a demandé à te voir, ce qui est formidable. Vraiment formidable.
    — Comment te remercier ? Sans toi, je…
    — C’est un bon bouquin, Em. Tu peux me faire confiance là-dessus. Je n’aurais pas pris le risque de lui transmettre un mauvais manuscrit. C’est pas dans mon intérêt, crois-moi ! »
    C’était un roman de jeunesse pour adolescents, inspiré de la série Malory School, d’Enid Blyton. L’action se situait dans un lycée public de Leeds pendant les répétitions d’Oliver !, le spectacle de fin d’année du club théâtre. Le récit, mordant et réaliste, se doublait d’une histoire d’amour contée à la première personne par Julie Criscoll, la collégienne rebelle et insouciante qui jouait le Dodger dans la comédie musicale. Le manuscrit était illustré de bout en bout : Emma avait inséré dans le corps du texte des gribouillis, des caricatures et des bulles remplies de commentaires sarcastiques, ce qui donnait l’illusion de lire le journal intime d’une adolescente.
    Elle avait envoyé les premiers chapitres du roman à plusieurs maisons d’édition, qui lui avaient toutes répondu par la négative. « Ne correspond pas à notre ligne éditoriale, désolés de ne pas pouvoir vous être utiles, bonne chance pour la suite » – les formules se succédaient d’une lettre à l’autre, toutes similaires. Quoique décourageantes, elles étaient si vagues et impersonnelles qu’Emma continuait à espérer, malgré tout. À l’évidence, on n’avait pas vraiment lu son manuscrit : ses correspondants se contentaient de lui envoyer une lettre de refus standard. Or, de tous les textes qu’elle avait écrits et abandonnés au fil des ans, celui-ci était le premier qu’elle n’avait pas voulu jeter à travers la pièce après l’avoir relu. Elle était donc quasi persuadée d’avoir écrit un bon roman. »Pages 243 et 244
  • «Puis Emma en était venue au fait : accepterait-elle de lire un manuscrit ? « Un petit truc que j’ai écrit. Les premiers chapitres et le synopsis d’un roman pour ados… Ça se passe dans un lycée pendant les répétitions du spectacle de fin d’année. »Page 245
  • «Grande, imposante, Marsha – ou plutôt, Mlle Francomb – ressemble étrangement, et de manière presque intimidante, à Virginia Woolf. Elle a les mêmes traits aquilins, le même port de tête. »Page 248
  • «Elle s’assied sur le canapé et jette un regard autour d’elle : sur les étagères, plusieurs trophées voisinent avec des couvertures de livres encadrées comme des tableaux. »Page 248
  • «Mlle Francomb publie des livres : de vrais livres pour de vrais lecteurs. »Page 248
  • «Elle reporte son attention sur les documents qu’elle a sous les yeux. Est-ce le signe qu’elles vont enfin parler du manuscrit ? »Page 249
  • «Je déteste annuler un rendez-vous, mais je n’ai tout simplement pas eu le temps de lire votre manuscrit. »Page 250
  • «La deuxième vague, celle des mariages contractés entre vingt-cinq et trente ans, se distinguait encore par une légère ironie, une certaine fraîcheur dans l’organisation. À cet âge-là, on se mariait au fond du jardin familial ou dans des salles municipales ; les mariés échangeaient des vœux rigoureusement laïques ou des promesses de leur cru ; et il y avait toujours quelqu’un dans l’assistance pour lire le fameux poème d’E. E. Cummings sur la pluie qui a de si petites mains. »Page 270
  • «— La prof d’anglais ?
    — Oui, c’est ça. Sauf qu’elle n’est plus prof, maintenant. Elle écrit des bouquins. Tu as discuté avec elle au mariage de Bob et Mari… Dans le Cheshire. Tu t’en souviens ? »Page 273
  • «Elle passa ensuite un petit moment à remettre ses chaussures, qu’elle avait enlevées pour conduire. Gonflés par la chaleur, ses pieds refusaient de s’immiscer dans ses escarpins, comme ceux des vilaines demi-sœurs de Cendrillon. »Page 275
  • «Un peu las, Dexter observait distraitement la nièce de Tilly, qui lisait, en s’empourprant à vue d’œil, un sonnet de Shakespeare sur le mariage de deux esprits sincères – qu’entendait-il par là ? Mystère. Il tenta vainement de se concentrer sur les arguments du poète afin de les appliquer à ce qu’il éprouvait pour Sylvie, puis il reporta son attention sur les femmes présentes dans l’assistance et se mit à dresser la liste de celles avec lesquelles il avait couché. Pas de manière jubilatoire (enfin, pas tout à fait), mais avec une certaine nostalgie. « L’amour ne s’altère pas dans une heure ou semaine… », récita la nièce de Tilly à l’instant où il achevait son calcul. Cinq. » Pages 276 et 277
  • «— Mais tu n’as encore rien publié ?
    — Pas encore. Mon éditeur m’a versé une petite avance pour…
    — Hmm, interrompit Miffy d’un air sceptique. Harriet Bowen a déjà publié trois romans, elle ! »Page 283
  • «« Et ton livre, ça avance ?
    — Pas trop mal. Quand j’arrive à m’y mettre ! Le reste du temps, je me contente de grignoter des biscuits sur le canapé du salon.
    — Stephanie Shaw dit que tu as reçu une avance.
    — Oui. De quoi tenir jusqu’à Noël… Ensuite, il faudra sans doute que je reprenne l’enseignement à plein temps.
    — Il raconte quoi, ce bouquin ?
    — C’est pas encore très clair.
    — Je suis dedans, non ?
    — Évidemment. C’est un très gros livre qui ne parle que de toi. Ça s’appelle “Dexter Dexter Dexter Dexter Dexter”. Droite ou gauche ?
    — Encore à gauche.
    — J’écris un roman pour ados, en fait. Basé sur les souvenirs que j’ai gardés des répétitions d’Oliver !, le spectacle que j’ai monté avec mes élèves il y a quelques années. J’essaie d’en tirer une comédie. Un truc assez classique sur l’amitié, le lycée, les relations entre garçons et filles…»Pages 289 et 290
  • «— Elle est charmante.
    — Oui. Charmante.
    — Très belle, aussi. Très sereine.
    — Un peu effrayante, parfois.
    — Il y a quelque chose de Leni Riefenstahl chez elle…
    — Lenny qui ?
    — Aucune importance. »Page 292
  • «— Arrête tout de suite, Dex.
    — Quoi ?
    — Ton numéro de sympathie. C’est pas parce que je suis célibataire qu’il faut me plaindre ! Je suis parfaitement heureuse, merci. Et je refuse d’être définie par l’homme de ma vie. Ou par l’absence d’homme dans ma vie. » Elle s’était animée et martelait ses propos avec ferveur. « Si tu cesses de te prendre la tête pour ce genre de trucs – les rencontres, les relations de couple, l’amour et tutti quanti –, tu te libères d’un seul coup. Et tu peux enfin commencer à vivre ta vie. À la vivre vraiment. Et puis, j’ai mon travail, tu sais ! Je m’investis beaucoup là-dedans. Je me donne encore un an pour terminer le bouquin et le faire publier. J’ai pas beaucoup de fric, mais je suis libre. »Page 293
  • «Il ferme la porte et dévale l’escalier. Il faut savoir être dur. Se montrer intransigeant – c’est écrit dans les bouquins de puériculture, non ? »Page 315
  • «Stephanie quitte la pièce en traînant les pieds. Emma en profite pour se lever, elle aussi. Il est encore tôt, ce qui lui permettra de se remettre au travail en rentrant chez elle : son manuscrit est loin d’être terminé. »Page 320
  • «Il déploie tout son répertoire, l’implorant d’un ton tantôt grave, tantôt aigu, avec l’accent du Nord ou celui du Sud, de se taire et de faire dodo. « Chuuuut ! Là… Dodo… Fais dodo… » Le résultat se faisant attendre, il lui montre des livres d’images, lève des rabats, tire des languettes, s’écrie « Canard ! Vache ! Tchou-tchou fait le train ! Regarde le drôle de tigre, regarde ! »»Page 324
  • «Il a soudain très envie de parler à Emma, de lui raconter qu’il est en train d’écouter la compilation qu’elle lui a offerte… et, comme par enchantement, son téléphone se met à sonner. Il plonge la main sous l’amas de livres et d’objets épars. C’est peut-être Emma ? »Page 328
  • «—C’est bien calme… Où es-tu ?
    —Dans ma chambre d’hôtel. Je me repose un peu avant d’y retourner. » Tout en l’écoutant, Dexter prend conscience de l’état pitoyable dans lequel se trouve la chambre de Jasmine. Les draps trempés de lait, les jouets, les livres qui jonchent le sol, la bouteille de vin vide, le verre sale… De quoi mettre son épouse très, très en colère. »Page 329
  • «Il n’avait qu’un petit sac de voyage, posé sur le siège à côté de lui. Le roman qu’il venait de lire trônait encore sur la tablette. C’était une édition de poche. Sur la couverture, le visage d’une adolescente, dessiné à gros traits sur un fond brillamment coloré, s’étalait sous le titre suivant : Julie Criscoll contre le monde entier.
    Il avait achevé sa lecture une vingtaine de minutes plus tôt, comme le train traversait la banlieue parisienne. C’était la première fois depuis des mois qu’il dévorait un livre de bout en bout sans s’interrompre une seule fois. Il en était assez fier, d’ailleurs, quoique le bouquin fût destiné aux 11-14 ans et abondamment illustré. En attendant que le wagon se vide, il l’ouvrit une fois de plus pour regarder la photo en noir et blanc qui figurait sur le rabat de la jaquette. Il l’observa avec intensité, comme s’il voulait graver le visage de l’auteur dans sa mémoire. Vêtue d’un chemisier blanc, chic et élégant, elle était maladroitement juchée sur une chaise de bistrot en bois courbé. Le photographe l’avait saisie à l’instant où elle portait la main à sa bouche pour éclater de rire. Il reconnut là une de ses expressions familières, sourit et glissa le livre dans son sac. »Pages 331 et 332
  • «Quelques jours après son arrivée à Paris, elle avait pris son courage à deux mains et s’était rendue, dictionnaire en poche, chez un coiffeur pour se faire couper les cheveux. Bien qu’elle n’ait pu se résoudre à l’avouer, ce qu’elle désirait, c’était ressembler à Jean Seberg dans À bout de souffle. Tant qu’à jouer les romancières exilées à Paris, autant endosser le look qui allait avec, non ? »Page 332
  • «Humer le vent de l’aventure, échapper aux enfants des autres… Elle en mourait d’envie, au fond. Et Paris… La ville de Sartre et Beauvoir, de Beckett et de Proust pourrait être la sienne le temps d’un été ! Il ne s’agissait que d’écrire de la fiction pour adolescents, certes. Mais le succès considérable du premier volume lui permettait d’écrire le suivant dans de bonnes conditions. »Page 335
  • «Elle tira la chasse d’eau pour donner un semblant de crédibilité à son séjour aux toilettes, ouvrit la porte et rejoignit Dexter sur la terrasse. L’air était toujours aussi moite. Il avait mis un exemplaire de son roman sur la table. Elle s’assit avec circonspection et pointa le doigt vers la couverture du livre.
    « D’où tu sors ça ?
    — Je l’ai acheté à la gare avant de partir. Il y en avait des piles entières. On le trouve partout.
    — Tu l’as lu ?
    — J’arrive pas à dépasser la page trois.
    — C’est pas drôle, Dex.
    — Écoute… J’ai trouvé ça formidable. Vraiment.
    — N’exagère pas. C’est qu’un roman pour ados !
    — Et alors ? Ça change rien. J’ai ri, tu peux pas savoir ! Pourtant, je ne suis pas une ado de treize ans, moi ! Je l’ai lu d’une traite, je t’assure. Et ça, de la part de quelqu’un qui essaie de terminer Howards Way depuis quinze ans…
    — Tu veux parler de Howards End, j’imagine ?
    — Euh… Oui, c’est ça. Quoi qu’il en soit, je n’avais jamais lu un seul bouquin d’une traite avant le tien.
    — Il faut dire qu’il est imprimé en gros caractères.
    — Exactement. C’est ce qui m’a plu, d’ailleurs. Les gros caractères. Et les images. Tes dessins sont hilarants, Em ! Je ne m’attendais pas du tout à ça.
    — Merci. C’est très…
    — Et l’intrigue ! C’est drôle et plein de rebondissements. Oh, Em ! Je suis tellement fier de toi ! D’ailleurs, puisque tu es là… » Il sortit un stylo de sa poche. « … j’aimerais que tu me le dédicaces.
    — Ne sois pas ridicule.
    — Si. Tu n’y couperas pas ! Tu es… » Il se reporta au texte de présentation imprimé sur la quatrième de couverture. « …“l’auteur jeunesse le plus excitant depuis Roald Dahl”.
    — D’après la nièce de l’éditrice. Une gamine de neuf ans, dois-je le préciser ? » Il lui donna un coup de stylo dans les côtes. « Arrête. Je ne le signerai pas.
    — Allez… ! J’insiste. » Il se leva. « Je vais le laisser là, sur la table. Et toi, tu vas écrire quelque chose sur la page de garde. Un petit mot, avec la date d’aujourd’hui et ta signature, au cas où tu deviendrais vraiment célèbre et que j’aie besoin d’argent, d’accord ? » conclut-il avant de filer aux toilettes. »Pages 337 et 338
  • «Il tira la chasse d’eau pour donner un semblant de crédibilité à son séjour aux toilettes, se lava les mains, les sécha en les passant dans ses cheveux, puis il rejoignit Emma sur la terrasse. Elle venait de refermer le livre. Il voulut lire la dédicace, mais elle posa sa main sur la couverture.
    « Pas en ma présence, s’il te plaît.
    Il s’assit et rangea le livre dans son sac. »Page 338
  • «Emma, qui s’était pliée à la requête de Dexter, avait orienté la conversation sur son nouveau roman. « Le deuxième est la suite du premier. C’est dire si j’ai de l’imagination ! J’en ai déjà écrit les trois quarts. Julie Criscoll vient à Paris avec sa classe, tombe amoureuse d’un lycéen français et vit toutes sortes d’aventures – surprise, surprise ! C’est le prétexte que j’ai trouvé pour passer l’été ici. Je dois faire un tas de “recherches”, tu comprends ! »Page 342
  • «— Le premier marche bien ?
    — Assez bien pour qu’ils m’en commandent deux autres, en tout cas.
    — Ah bon ? Deux autres après celui-ci ?
    — J’en ai peur. Julie Criscoll est devenue une “franchise”, comme ils disent. C’est le seul moyen de gagner un peu d’argent, apparemment. Sans franchise, tu ne vaux rien ! On est en pourparlers avec plusieurs chaînes de télévision. Ils veulent en tirer un dessin animé, basé sur mes illustrations. »Page 342
  • «— Aucune idée. Ça m’amuse, c’est l’essentiel. J’adore ça, en fait ! Mais je ne renonce pas à la fiction pour adultes, tu sais. J’ai toujours rêvé d’écrire un gros pavé sur l’état du monde, un truc audacieux et hors du temps qui révélerait les mystères de l’âme humaine… En attendant, je me contente de pondre des niaiseries sur les mésaventures d’une jeune Anglaise à Paris ! »Page 343
  • «Il lui donna un coup de coude.
    « Quoi ? dit-elle.
    — Je suis content pour toi, c’est tout. » Il la prit par les épaules. « Écrivain. Tu es un vrai écrivain, maintenant. Tu as réalisé ce dont tu rêvais depuis toujours. »»Page 343
  • «Un grand canapé trônait au fond du salon, sur le plancher éraflé peint en gris. Alignées contre les murs, plusieurs bibliothèques remplies de livres français, à la couverture jaune pâle, donnaient un charme austère à la pièce. »Page 345
  • «— Comment ça s’est passé ? On te l’a présenté ?
    — Non. J’étais seule. Je dînais en lisant un bouquin quand il est arrivé avec un groupe d’amis. Au bout d’un moment, il s’est penché vers moi et il m’a demandé ce que j’étais en train de lire… »»Page 346
  • «Elle se redressa et s’assit près de lui, puis elle prit sa main dans la sienne et posa la joue contre son épaule. Ils demeurèrent immobiles un long moment, les yeux rivés sur les étagères remplies de livres, jusqu’à ce qu’Emma pousse un long soupir. »Page 350
  • «Il resta derrière la porte et l’observa en retenant son souffle tandis qu’elle attrapait son gros dictionnaire d’anglais-français. Elle le posa devant elle et le feuilleta avant de s’arrêter abruptement, cherchant un mot des yeux. »Page 352
  • «— L’amygdalite*.
    — Quel vocabulaire ! »
    Elle haussa modestement les épaules. « Oh… J’ai dû chercher le mot dans le dictionnaire, tu sais. »»Page 353
  • «Pour être honnête, elle préfère son appartement, un grand studio mansardé, agréable et vaguement bohème, situé à deux pas de Hornsey Road, à celui de Dexter, trop bien rangé, presque prétentieux à son goût. Elle a beau y mettre du sien et coloniser peu à peu l’espace en apportant ses livres et ses vêtements, elle a toujours l’impression de faire irruption dans une garçonnière. »Page 356
  • «Elle n’en doutait pas : le café deviendrait vite un lieu branché, où les écrivains viendraient s’installer avec leur ordinateur portable pour être vus en train de rédiger leur nouveau roman. »Page 359
  • «Les royalties des deux premiers volumes de la série Julie Criscoll commençaient à tomber, le dessin animé tiré de ses bouquins était en route pour une deuxième saison, et les producteurs planchaient sur une ligne de produits dérivés : ils prévoyaient de lancer des trousses et des cahiers, des cartes de vœux, et même un magazine mensuel à l’effigie de Julie. »Page 360
  • «Ce n’est pourtant pas le travail qui manque : elle doit lire les scripts des nouveaux épisodes du dessin animé, avancer dans la rédaction du troisième volume de la série, améliorer quelques illustrations, et répondre au courrier postal et électronique de ses jeunes lecteurs – certaines lettres sont si touchantes, si personnelles, qu’elle en reste déconcertée, ne sachant quels conseils donner à ces adolescentes en butte à la solitude, à l’agressivité de leurs camarades ou à l’indifférence d’un garçon qu’elles aiment « vraiment beaucoup, beaucoup ». »Page 361
  • «Installée dans son siège auto sur la banquette arrière, les yeux rivés sur un livre d’images, l’enfant essaie manifestement de s’abstraire du vacarme ambiant. »Page 364
  • «Lorsqu’elle revient vers la voiture une minute plus tard, Jasmine l’attend gentiment sur le trottoir en serrant quelques livres sur sa poitrine. Elle est jolie, chic et impeccable. »Page 365
  • «Les vacances qu’ils passaient dans le Yorkshire seraient les dernières avant leur mariage : Emma devait impérativement rendre un manuscrit à son éditrice avant l’automne, et Dexter se refusait à confier le Belleville Café à ses employés pendant plus d’une semaine. »Page 370
  • «Emma était censée travailler à son manuscrit dès la nuit tombée, mais leur départ pour le Yorkshire avait coïncidé avec les jours les plus fertiles de son cycle, bouleversant quelque peu l’ordre des priorités. »Page 372
  • «Il sélectionna un album de Thelonious Monk dans son iPod – il s’était mis au jazz, depuis quelque temps –, appuya sur la touche « lecture » de l’appareil, se laissa choir sur le canapé, qui se vengea en libérant un nuage de poussière, et s’empara du roman posé sur la table basse. Emma lui avait acheté un exemplaire des Hauts de Hurlevent avant de partir, en affirmant d’un air mi-figue, mi-raisin que ce séjour lui offrirait l’« occasion idéale » de lire enfin ce grand classique de la littérature anglaise. Dex l’avait commencé pour lui faire plaisir, mais le bouquin lui était tombé des mains. Il décida de lui donner une seconde chance – et renonça de nouveau. Il avait mieux à faire, de toute façon. »Page 373
  • «Le plancher craqua au-dessus de sa tête. Il referma précipitamment l’ordinateur, le glissa sous le canapé et attrapa Les Hauts de Hurlevent. »Page 375
  • «— Qu’est-ce que tu fabriques tout seul en bas ? » Il exhiba le roman d’Emily Brontë. Elle sourit. « “Je ne peux pas vivre sans ma vie ! Je ne peux pas vivre sans mon âme !” s’écria-t-elle en parodiant l’un des monologues du héros. À moins que ce soit “aimer sans ma vie” ? Ou “vivre sans mon amour” ? Zut. Je ne m’en souviens plus.
    — J’en suis pas encore là. Pour le moment, je suis coincé avec une certaine Nelly qui raconte ses souvenirs à un type venu louer leur baraque.
    — Accroche-toi encore un peu. Le bouquin se bonifie par la suite, je t’assure. »Page 375
  • «Ne serait-ce pas inconvenant d’entretenir, à trente-huit ans, des relations amicales ou amoureuses avec l’ardeur et l’intensité d’une jeune fille de vingt-deux ans ? D’écrire des poèmes, de pleurer en écoutant des chansons à la radio ? »Page 388
  • «Ceux qui se risquaient aujourd’hui à citer Bob Dylan, T. S. Eliot ou, pire, Bertolt Brecht n’obtenaient pour toute réponse qu’un sourire poli et vaguement inquiet. Fallait-il le déplorer, d’ailleurs ? Sans doute pas. Il y avait belle lurette qu’Emma ne s’attendait plus à ce qu’un livre, un film ou une chanson modifie le cours de sa vie : ç’aurait été parfaitement ridicule. »Page 388
  • «Emma remonta l’escalier et s’installa à son ordinateur, près de la fenêtre ouverte, pour avancer dans la rédaction du cinquième et dernier volume de la série des Julie Criscoll. Son héroïne de papier avait grandi – peut-être trop, d’ailleurs, puisqu’elle tombait enceinte au début du roman et devait choisir entre la maternité et l’université. » Page 388
  • «Elle rêvait de se lancer dans la fiction pour adultes. Écrire un roman sérieux et bien documenté sur la guerre civile espagnole, par exemple. Ou une intrigue située dans un futur proche, à la Margaret Atwood. »Page 389
  • «Ce soir, le Néron ressemble au salon classe affaires d’une compagnie aérienne au début des années 80 : du métal chromé aux canapés de cuir noir, en passant par les plantes vertes en plastique, la déco déploie tout l’éventail de la débauche style petit-bourgeois. Maladroitement copiée dans un manuel d’histoire pour enfants, une peinture représentant des esclaves court vêtues, portant des plateaux de raisin, occupe le mur du fond. »Page 401
  • «— Ça fait quatre ans que tu vis à Édimbourg, et t’as jamais…
    — J’avais des trucs à faire !
    — Quel genre de trucs ? demanda Tilly.
    — Des tas de bouquins d’anthropologie à lire ! » ironisa Emma. Elles gloussèrent bruyamment. »Page 418
  • «« Tu es très agile, déclara-t-il.
    — J’suis un vrai bouquetin ! J’ai fait beaucoup de randonnée dans le Yorkshire quand j’étais dans ma phase Emily Brontë. Des heures à arpenter la lande en plein vent. J’étais mélancolique à mort, à l’époque. “Je ne peux pas vivre sans ma vie ! Je ne peux pas vivre sans mon âme !” »
    Dexter, qui ne l’écoutait qu’à moitié, comprit qu’il s’agissait d’une citation, mais laquelle ? »Page 419
  • «— Une vue est une vue est une vue.
    — C’est du Shelley ou du Wordsworth ? »Page 420
  • «Un jardin ! Il en plaisantait au début, annonçant qu’il le couvrirait d’une dalle de béton pour éviter les tracas… puis il s’est laissé séduire. Au point de vouloir apprendre à jardiner. Il s’est même acheté un bouquin sur le sujet. » Page 423
  • «Il parvient à s’acquitter de sa tâche sans flancher, les yeux secs, de manière efficace et pragmatique, s’octroyant quelques pauses pour reprendre son souffle quand l’émotion devient difficile à endiguer. Il s’interdit de lire les journaux intimes et les vieux carnets, remplis de poèmes de jeunesse et de pièces de théâtre à demi ébauchées. »Page 425
  • «Emma avait classé ses affaires par ordre chronologique, rangeant les documents relatifs à leurs années de vie commune et à la fin des années 1990 dans le carton numéro 1, puis remontant le temps jusqu’à l’époque la plus ancienne, entreposée dans le carton numéro 2. Dexter, qui les ouvre dans le même ordre, commence donc par la période la plus récente : maquettes de couverture pour les romans de la série Julie Criscoll ; correspondance entre Emma et Marsha, son éditrice ; coupures de presse. » Page 426
  • «Un gamin qui se contentait d’écrire « VENISE EST SOUS LES EAUX !!! » en réponse aux lettres merveilleuses qu’il recevait d’Emma, ces petits paquets de papier bleu pâle, léger comme de la soie, qu’il relit de temps en temps. Il trouve ensuite une photocopie du programme de Cruelle cargaison – une pièce de théâtre éducative conçue et mise en scène par Emma Morley et Gary Cheadle, une petite pile de dissertations et d’exposés sur des sujets variés (« Les femmes chez John Donne », « T. S. Eliot et le fascisme »), ainsi qu’une dizaine de reproductions, au format carte postale, de tableaux célèbres, tous percés d’un petit trou indiquant qu’ils étaient punaisés sur un tableau de liège dans la chambre d’étudiante d’Emma. »Page 427
  • « Allongée près de lui dans le lit de leur chambre d’hôtel, Maddy tend la main vers sa montre. « 6 heures et demie », marmonne-t-elle dans l’oreiller. Jasmine accueille la nouvelle d’un rire triomphal. En ouvrant les yeux, Dex découvre son petit visage collé près du sien sur le matelas. « T’as pas des bouquins à lire ou des poupées à habiller ? »  Page 434
    « Les grandes pièces peintes en blanc, hautes de plafond, ne contenaient plus que ses valises et quelques meubles, un matelas dans la chambre, une vieille méridienne – pour un peu, on se serait cru dans le décor d’une pièce de Tchekhov. »  Page 440
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