5 étoiles, G

Geisha

Geisha d’Arthur Golden.

Éditions Le Livre de Poche no 14794, publié en 2002,  574 pages

Roman d’Arthur Golden paru initialement en 1997 sous le titre « Memoirs of A Geisha ».

1929 au Japon, Chiyo a neuf ans. Elle et sa sœur Satsu sont vendues par leur père et envoyées à Kyoto. Satsu se retrouve dans une maison close alors que Chiyo, avec ses yeux d’un gris translucide, est envoyée dans un okiya où elle y sera formée pour devenir une geisha. Chiyo y apprendra entre autres le maintien, le chant, la danse et la conversation. Sa route sera longue et jonchée de trahisons et d’obstacles. Elle se heurtera à l’hostilité et à la cruauté d’Hatsumomo l’héritière de l’okiya et geisha très en vogue. Tiraillée entre le devoir, l’obéissance, l’argent et la liberté Chiyo va traverser plusieurs épreuves dans cet univers impitoyable pour devenir la geisha Sayuri. De plus, elle devra survivre pendant la seconde guerre mondiale pendant laquelle les salons de thé seront fermés et où l’existence des geishas sera rythmée par le travail en usine.

Magnifique roman, sous forme de mémoire, qui dépeint la dure réalité de la vie des geishas. Cette œuvre nous fait découvrir cet univers secret et particulier tout en nous tenant en haleine du début à la fin. Elle nous amène aussi à vivre un voyage dans le temps et à découvrir la culture japonaise. Mais surtout, elle nous plonge dans l’intimité et dans les pensées d’une jeune femme forte. Le personnage de Chiyo est très réussi, il est tout en nuance ce qui nous le rend très attachant. Nous suivons avec intérêt sa vie à travers les difficultés qui se présentent à elle mais aussi à travers ses déceptions, ses joies et ses peurs. Le point fort, outre l’histoire, est le style littéraire et les belles descriptions d’Arthur Golden, qui nous font voyager dans la vie de Kyoto de la première moitié du vingtième siècle. C’est un livre d’une grande beauté par sa poésie et surtout par l’histoire de cette petite fille qui fait face à son destin.

La note : 5 étoiles

Lecture terminée le 11 juillet 2014

La littérature dans ce roman :

  • « Elle passait sa vie dans cette pièce, assise à la table, généralement avec un livre de comptes. Elle rangeait ces petits livres dans une bibliothèque qui se trouvait devant elle, et dont les portes demeuraient ouvertes. »  Page 78
  • « Je m’attendais à quelque chose de grandiose, mais cet endroit se révéla ne compter que quelques pièces sombres, au deuxième étage de notre école. Il y avait là des tatamis, des bureaux, des livres de comptes. »  Page 91
  • « — Ah oui ! Eh bien moi je ne la trouve pas si jolie. Un jour, j’ai vu un cadavre, qu’on avait repêché dans le fleuve : sa langue était de la même couleur que les yeux de Chiyo.
    — Peut-être es-tu trop jolie pour déceler la beauté chez les autres, dit Awajiumi, qui ouvrait un livre de comptes et prenait son crayon. Enfin, inscrivons cette petite fille. Voyons… Chiyo, c’est ça ? Dis-moi ton nom en entier, Chiyo, et dis-moi où tu es née. »  Page 93
  • « — Quand tu commenceras à travailler en tant que geisha, tu rembourseras ce kimono à l’okiya, avec toutes tes autres dettes : tes repas, tes cours, tes frais médicaux, si tu tombes malade. C’est toi qui paieras tout ça. Pourquoi Mère passe-t-elle ses journées à inscrire des chiffres dans des petits livres, d’après toi ? Tu devras même rembourser l’argent que nous avons dépensé pour faire ton acquisition. »  Page 117
  • « — Tu sais, Chiyo, aller dans la vie en trébuchant n’est pas le meilleur moyen d’avancer. Tu dois savoir agir au bon moment. Une souris qui veut duper un chat ne sort pas de son trou n’importe quand. Tu sais lire ton almanach ?
    Avez-vous déjà vu un almanach ? Ces livres sont remplis de caractères obscurs, de tableaux compliqués. Les geishas sont très superstitieuses, je l’ai dit. Mère, Tatie, la cuisinière, les servantes, prenaient rarement une décision sans consulter leur almanach, même s’il s’agissait d’un acte aussi banal que l’achat d’une paire de chaussures. Quant à moi, je n’avais jamais utilisé d’almanach.
    — Ça ne m’étonne pas qu’il te soit arrivé autant de malheurs, fit observer Mameha. Tu as essayé de t’enfuir sans voir si le jour était propice ou pas, exact ?
    Je lui racontai que ma sœur avait décidé du jour de notre évasion. Mameha voulut savoir si je me souvenais de la date. Je finis par m’en souvenir en regardant l’almanach avec elle. C’était en 1929, le dernier mardi d’octobre, quelques mois après qu’on nous eut arrachées à notre foyer, Satsu et moi.
    Mameha demanda à sa servante d’apporter un almanach de cette année-là. Après m’avoir demandé mon signe – le singe – elle passa un certain temps à vérifier, puis à revérifier des données sur divers tableaux, de même que les aspects généraux concernant mon signe pour le mois en question. Finalement elle me lut les prévisions :
    — « Période particulièrement peu favorable. Ne pas utiliser d’aiguilles, ne consommer que les aliments habituels, ne pas voyager. »
    Elle s’interrompit pour me regarder.
    — Tu as vu ? Voyager. Ensuite il y a la liste des choses que tu dois éviter… Voyons… prendre un bain pendant l’heure du coq, acheter des vêtements, « se lancer dans de nouvelles entreprises » et puis, écoute ça, « changer de lieu de résidence ».
    Là-dessus Mameha referma le livre et me regarda.
    — As-tu pris garde à une seule de ces choses ?
    La plupart des gens ne croient pas à ce genre de prévisions. Mais si j’avais moi-même eu des doutes, ceux-ci eussent été balayés par l’horoscope de Satsu pour la même période. Après m’avoir demandé le signe de ma sœur, Mameha étudia les prévisions la concernant.
    — Bien, dit-elle, au bout d’un petit moment. Voilà ce qu’il y a écrit : « Jour propice à des changements mineurs. » Ce n’est peut-être pas le jour rêvé pour s’évader, mais c’est tout de même la date la plus favorable de cette semaine-là et de la suivante.
    Ensuite venait une nouvelle surprenante.
    — « Un bon jour pour voyager dans le sens de la Chèvre », m’annonça Mameha.
    Elle alla chercher une carte, trouva Yoroido. Mon village était au nord-est de Kyoto, orientation correspondant au signe de la Chèvre. Satsu avait consulté son almanach ! – sans doute pendant les quelques minutes où elle m’avait laissée seule, dans cette pièce, sous l’escalier du Tatsuyo. Elle avait eu raison de le faire, car elle s’était évadée, et moi pas. »  Pages 185 à 187
  • « Mameha consulta à nouveau l’almanach à mon bénéfice. Elle sélectionna plusieurs dates, durant les semaines à venir, propices à des changements notables. »  Page 187
  • « — J’aimerais en savoir un peu plus sur la dette de Chiyo, reprit-elle finalement.
    — Je vais vous chercher les livres de comptes, dit Mère. »  Page 198
  • « Mère écoutait une comédie à la radio. Habituellement, quand je la dérangeais en pareil moment, elle me faisait signe d’entrer et se remettait aussitôt à écouter la radio – tout en étudiant ses livres de comptes et en tirant sur sa pipe. Mais aujourd’hui, à ma grande surprise, elle éteignit la radio et ferma son livre de comptes d’un coup sec dès qu’elle me vit. »  Page 199
  • « Pour clore la matinée, j’étudiais la cérémonie du thé. On a écrit maints ouvrages sur le sujet, aussi ne vais-je pas entrer dans les détails. »  Page 208
  • « Elle servit du saké au grand écrivain allemand Thomas Mann, qui lui conta une longue histoire très ennuyeuse par l’intermédiaire d’un interprète. Elle servit également à boire à Charlie Chaplin, à Sun Yat-sen, et à Hemingway. Ce dernier se soûla et déclara à Mameha : « Vos lèvres rouges dans ce visage blanc me rappellent le sang sur la neige. » »  Page 216
  • « Je ne pense pas qu’une fille de quatorze ans – ni même une femme – puisse faire renverser quelque chose à un jeune homme rien qu’en le regardant. On voit ce genre de scène au cinéma, et dans les romans. »  Page 230
  • « — Mameha, dit-il, qu’est devenu le rouleau qui était dans l’alcôve ? Le dessin à l’encre. Un paysage, je crois. C’était beaucoup mieux que la chose qui le remplace.
    — Le rouleau que vous voyez là, Baron, est un poème calligraphié de la main de Matsudaira Koichi. Il est dans cette alcôve depuis presque quatre ans. »  Page 264
  • « Bien entendu, les geishas ne conservent pas la totalité de leurs gains. Les maisons de thé où elles travaillent prennent un pourcentage. Un pourcentage bien moindre va à l’association des geishas. Elles reversent également une dîme à leur habilleur. Enfin, elles peuvent payer une petite somme à une okiya, qui met leurs livres de comptes à jour et consigne tous leurs engagements. »  Page 270
  • « Elle rentra à l’okiya, me demanda si l’on m’avait réellement donné le rôle. Je le lui confirmai. Elle repartit, aussi stupéfaite que si elle venait de voir son chien Taku ajouter des chiffres dans son livre de comptes. »  Pages 339 et 340
  • « Je m’exposerais alors à devenir une vieille femme aux yeux jaunes, enfermée dans une pièce glauque avec ses livres de comptes. »  Page 380
  • « Dans les fêtes brillantes, à Gion, on rencontrait des artistes célèbres : peintres, écrivains, acteurs de Kabuki. »  Page 396
  • « Le jour où j’avais rencontré Nobu, mon almanach disait : « Un mélange de bonnes et de mauvaises influences peuvent infléchir le cours de votre destinée. » »  Page 400
  • « — Mme Okada a eu la bonté de porter les chiffres sur le papier, répondit Mameha. Je vous serais reconnaissante de les examiner.
    Mme Okada remonta ses lunettes, prit un livre de comptes dans son sac. Mameha et moi restâmes silencieuses, comme elle ouvrait le livre sur la table et expliquait à Mère à quoi correspondaient les colonnes de chiffres. »  Page 408
  • « Je ne voyais pas quel conseil donner à Takazuru. Aussi lui suggérai-je de lire à Nobu un ouvrage historique. Qu’elle en lise un extrait chaque fois, lui dis-je. J’avais moi-même fait cela de temps à autre – certains hommes n’aiment rien tant que s’asseoir, les yeux mi-clos, écouter une voix de femme leur conter une histoire. »  Page 425
  • « — Vous, les geishas ! Je ne connais pas de femmes plus irritantes ! Vous passez votre temps à consulter vos almanachs. « Oh, je ne puis marcher vers l’est, aujourd’hui, cela me porterait malheur ! » Mais quand il s’agit de choses essentielles, qui affectent le cours de votre vie, vous faites n’importe quoi ! »  Page 429
  • « Aussi n’avais-je récolté, au fil des années, que quelques rouleaux, des pierres à encrer, des bols en céramique, une collection de clichés stéréoscopiques de vues célèbres, et un joli stéréoscope en argent, que m’avait donnés l’acteur de Kabuki Onoe Yoegoro XVII. Je déménageai toutes ces choses – avec mon maquillage, mes sous-vêtements, mes livres et mes magazines – dans le coin qui m’était imparti. »  Page 433
  • « — Je ne voulais pas vous le dire, Mère, mais Sayuri avait laissé traîner un cahier sur sa table, et j’essayais de le cacher, pour lui rendre service. J’aurais dû vous l’apporter tout de suite, je sais, mais… Elle tient un journal, vous savez. Elle me l’a montré l’année dernière. Elle a écrit des choses incriminantes sur plusieurs hommes. Et puis il y a des passages sur vous, Mère. »  Page 438
  • « Ne voulant aborder d’emblée le sujet qui m’occupait, nous parlâmes du « Festival des Siècles » – Mameha devait jouer le rôle de Lady Murasaki Shikibu, auteur du « Dit de Genji ». »  Page 444
  • « — Sayuri, me dit-il, je ne sais pas quand nous allons nous revoir, ni dans quel état sera le monde quand nous nous reverrons. Nous aurons peut-être vu des horreurs. Mais chaque fois que j’aurais besoin de me rappeler qu’il y a de la beauté et de la gentillesse en ce monde, je penserai à vous.
    — Nobu-san ! Vous auriez dû être poète !
    — Je n’ai rien d’un poète, vous le savez bien. »  Pages 466 et 467
  • « À l’heure de sa mort, elle lisait une histoire à l’un de ses neveux, dans la propriété de son père, à Denenchofu, un quartier de Tokyo. »  Page 468
  • « Le lendemain, j’étudiais soigneusement mon almanach, dans l’espoir d’y trouver l’indice d’un événement majeur. J’étais si abattue ! Même M. Arashino parut s’en apercevoir : il m’envoya acheter des aiguilles à la mercerie, à trois kilomètres. Sur le chemin du retour, au coucher du soleil, je faillis me faire renverser par un camion de l’armée. C’est la seule fois de ma vie où j’ai frôlé la mort. Je m’aperçus le lendemain que mon almanach me déconseillait de voyager dans la direction du rat – celle de la mercerie. J’avais seulement cherché des signes concernant le président. Je n’avais pas noté cet avertissement. »  Page 472
  • « — Tout va bien. Nobu-san n’a-t-il pas reçu mes lettres ?
    — Vos lettres ! On dirait des poèmes ! Vous parlez du « son cristallin de l’eau », et autres absurdités de ce genre. »  Page 477
  • « Une femme sensée eût sans doute abandonné tout espoir, à ce stade. Pendant un temps, j’allai voir l’astrologue tous les jours, je cherchai dans mon almanach le signe qui m’eût incitée à renoncer. »  Page 514
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