Le chardon et le tartan, tome 7 : L’écho des coeurs lointains, partie 1 : Le prix de l’Indépendance

Le chardon et le tartan, tome 7 : L’écho des coeurs lointains, partie 1 : Le prix de l’Indépendance de Diana Gabaldon.

Édition du Club Québec Loisirs, publié en 2011, 678 pages

Première partie du septième tome de la série « Le Chardon et le Tartan » de Diana Gabaldon. Dans cette édition, ce tome est divisé en deux parties. Le tome 7 est paru initialement en 2009 sous le titre « Outlander, Book 7 : An Echo in the Bone ».

4 juillet 1776, c’est la signature de la déclaration d’indépendance des treize colonies sécessionnistes, la guerre contre les britanniques bat son plein. Jamie et Claire savent que les Américains finiront par l’emporter mais seulement en 1783. La plus grande crainte de Jamie est de devoir affronter son fils illégitime William, lieutenant pour l’armée britannique, sur les champs de bataille. Pour éviter cette situation, ils décident de retourner se réfugier en Écosse jusqu’à la fin de la guerre. Au XXe siècle, Brianna et Roger ont racheté le manoir de Lallybroch en Écosse. Ils suivent avec Jem et Mandy les aventures de Claire et de Jamie grâce à des lettres que ces derniers leur ont laissées dans un coffre. Fait intéressant, dans une des lettres il est fait mention que Jem sait où est caché l’or jacobite.

Une saga qui s’essouffle…C’est un réel plaisir de retrouver les personnages de la famille Fraser qui passent mystérieusement d’une époque à l’autre. Malheureusement, la majorité de ce tome est centré sur la vie de William et de son père Lord Grey, qui ne sont pas des personnages principaux de cette saga. Leurs rôles dans la Guerre d’indépendance des États-Unis et dans l’armée britannique sont difficiles à comprendre. Pour bien apprécier ce tome, il faut avoir une très bonne connaissance de l’histoire américaine et canadienne du 18ième siècle. On a l’impression que l’auteur a voulu démontrer son érudition sur cette période de l’histoire américaine plutôt que de nous faire vivre les évènements par ses personnages principaux. Le lecteur est laissé sur son appétit quant aux interactions des membres de la famille Fraser car ils sont moins à l’avant plan. Une lecture agréable cependant, mais moins que les premiers tomes.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 16 août 2014

La littérature dans ce roman :

  • « Cela étant, même le membre le plus farfelu de la confrérie de l’épée était préférable à un diplomate. Il se demanda quel terme de vénerie appliquer à un groupe de diplomates. Si les écrivains formaient la confrérie de la plume et qu’on appelait une harpaille une troupe de biches et de jeunes cerfs… une saignée de diplomates, peut-être ? Les frères du stylet ? Non, c’était bien trop direct. Un dormitif de diplomates, c’était déjà plus exact. La confrérie de l’ennui ? Cependant, ceux qui n’étaient pas ennuyeux pouvaient parfois se montrer dangereux. »  Page 28
  • « La créature avait survécu à l’incendie de la Grande Maison sans une égratignure, émergeant de sa tanière sous les fondations à travers une avalanche de décombres suivie de sa dernière portée de porcelets.
    Je méditais sur cette vision tandis que j’attendais le retour de Ian. Prise d’une soudaine inspiration, je m’exclamai :
    — Moby Dick !
    Rollo se redressa avec un aboiement surpris, me lança un regard jaune puis reposa la tête entre ses pattes avec un soupir.
    Jamie s’étira en grognant, se frotta le visage et me regarda en clignant des yeux.
    — Dick qui ?
    — Non, je viens juste de comprendre à qui cette truie blanche me faisait penser. C’est une longue histoire qui parle d’une baleine. Je te la raconterai demain. »  Pages 43 et 44
  • « J’ignorais si Thomas Wolfe avait vu juste quand, dans L’Ange banni, il parlait de l’impossibilité du retour au bercail (mais d’un autre côté, pensai-je avec une pointe d’amertume, je n’avais pas de « bercail » auquel revenir)… »  Page 54
  • « Faute d’une meilleure idée, Jamie et Ian avaient étendu Mme Bug dans le garde-manger aux côtés de Grannie MacLeod. Elle était couchée sous la première étagère, sa cape rabattue sur le visage. Je voyais dépasser ses bottes usées et ses bas à rayures. J’eus une soudaine vision de la méchante sorcière de l’Ouest dans Le Magicien d’Oz et dus plaquer une main sur ma bouche pour retenir un fou rire hystérique. »  Page 58
  • « Je trouvai enfin Ian dans la grange, une forme sombre recroquevillée sur la paille aux pieds de Clarence, notre mule dont les oreilles se dressèrent en m’apercevant. Ravie de voir la compagnie s’agrandir, elle se mit à braire de joie tandis que les chèvres bêlaient de panique en me prenant pour un loup. Surpris, les chevaux hennirent et s’ébrouèrent. Rollo, roulé en boule près de son maître, manifesta son mécontentement devant un tel raffut par un aboiement sec.
    Je secouai ma cape et accrochai la lanterne à un clou près de la porte.
    — Mais c’est une vraie arche de Noé, ici ! observai-je. Il ne manque plus qu’un couple d’éléphants. Tais-toi, Clarence ! »  Page 62
  • « — « La lune qui jouait sur la neige récente donnait à chaque objet le lustre de midi… » récitai-je dans un murmure.
    Effectivement, la tempête était passée et la lune aux trois quarts pleine répandait une lueur pure et froide dans laquelle chaque arbre ployant sous la neige se détachait, austère et délicat, comme sur une estampe japonaise. »  Page 67
  • « Jamie poussa un soupir d’aise devant le spectacle et me serra un peu plus fort contre lui.
    — Ce que tu disais tout à l’heure, Sassenach… au sujet de la lune jouant sur la neige récente… c’est un poème, n’est-ce pas ?
    — Oui. Ce n’était sans doute pas très approprié vu les circonstances. C’est un poème de Noël comique intitulé « Une visite de saint Nicolas ».
    Cela le fit sourire.
    — Je ne sais pas s’il existe un texte « approprié » pour une veillée mortuaire, Sassenach. Donne à ceux qui veillent le mort suffisamment à boire et ils te chanteront « Chevaliers de la Table ronde » pendant que les petits danseront la ronde dans la cour au clair de lune.
    Je n’imaginais que trop clairement la scène. Pour ce qui était de la boisson, nous n’étions pas en reste. Il y avait un baquet de bière fraîchement brassée dans le garde-manger et Bobby était allé chercher notre fût de whisky de secours caché dans la grange. Je soulevai la main de Jamie et déposai un baiser sur ses doigts froids. L’hébétude provoquée par le drame commençait à s’estomper, peu à peu dissipée par les pulsations vitales derrière nous. La cabane était un îlot vibrant de vie flottant dans la nuit noir et blanc.
    Jamie sembla avoir lu dans mes pensées.
    — « Aucun homme n’est une île, un tout complet en soi », récita-t-il doucement.
    — Oui, c’est déjà nettement plus approprié, dis-je un peu cyniquement. Un peu trop, même.
    — Que veux-tu dire ?
    — « N’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : c’est pour toi qu’il sonne. » Je ne peux pas entendre « Aucun homme n’est une île » sans penser à la fin de la citation.
    — Mmphm. Tu connais le texte dans son intégralité ?
    Sans attendre ma réponse, il se pencha en avant, remua les braises avec une brindille et poursuivit :
    — Ce n’est pas vraiment un poème. En tout cas, son auteur ne l’entendait pas comme ça.
    — Ah bon ? Qu’a-t-il voulu écrire, alors ?
    — C’est une méditation… à mi-chemin entre un sermon et une prière. John Donne l’a écrite dans ses Méditations en temps de crise. On peut difficilement faire plus à propos, n’est-ce pas ?
    — En effet, pour ce qui est de la crise, nous nageons en plein dedans. Que dit-il d’autre dans sa méditation ?
    — Hmm…
    Il me serra contre lui et posa sa tête contre la mienne.
    — Laisse-moi essayer de me souvenir. Je ne me rappelle pas de tout mais certains passages m’ont marqué.
    Je l’entendais respirer lentement, se concentrer.
    — « Toute l’humanité n’est que d’un seul auteur et tient en un volume. Lorsqu’un homme meurt, on n’arrache pas un chapitre du livre mais on le traduit dans un langage meilleur ; et tous les chapitres doivent être ainsi traduits. » Viennent ensuite des passages dont je ne me souviens plus mais il y en a un que j’aime particulièrement : « Le glas sonne pour celui qui l’entend ainsi… et bien qu’il ne retentisse que par intermittence, dès cette minute où il a sonné pour lui, il est uni à Dieu. »
    Je m’accordai quelques instants de réflexion avant de conclure :
    — Hmm… effectivement, c’est moins poétique mais plus… chargé d’espoir ?
    Je le sentis sourire.
    — Oui, je l’ai toujours pensé ainsi.
    — D’où le tiens-tu ?
    — John Grey m’avait prêté un recueil d’écrits de Donne quand j’étais prisonnier à Helwater. Ce texte y figurait.
    — C’est un homme si cultivé. »  Pages 70 à 72
  • « — Cela a toujours été « quand », Sassenach, dit-il doucement. « Tous les chapitres doivent être ainsi traduits », pas vrai ? »  Page 74
  • « Grannie MacLeod étant morte la première, le poste de gardienne échoyait à Mme Bug. Compte tenu de sa personnalité, elle serait sans doute ravie de prendre le commandement des opérations, caquetant avec les âmes résidantes et veillant sur elles comme sur ses chères poules, chassant les mauvais esprits avec sa langue acérée et à coups de saucisse.
    Ces images me permirent de supporter la lecture d’un bref passage de la Bible, les prières, les larmes (de femmes et d’enfants dont la plupart ne savaient pas pourquoi ils pleuraient), la descente des cercueils du traîneau et la récitation plutôt cacophonique du Notre Père. »  Pages 80 et 81
  • « Claire lui avait fait observer :
    « Dans les vieux contes de fées, il est toujours question de “deux cents ans”. »
    Les vrais contes de fées, ceux racontant l’histoire de gens enlevés par des fées, « entraînés à travers les pierres sur des collines aux fées ». Ces histoires commençaient souvent par « C’était il y a deux cents ans… ». Ou alors des gens se retrouvaient au même endroit mais deux siècles plus tard. Deux siècles…
    Chaque fois que Claire, Bree et lui-même avaient franchi le cercle de pierres, ils avaient parcouru la même distance : deux cent deux ans. Ce qui correspondait plus ou moins aux deux siècles des contes anciens. »  Page 87
  • « Il n’avait pu s’empêcher d’employer un ton interrogatif, levant les yeux vers le plafond au-dessus duquel les enfants dormaient, espérait-il, paisiblement, drapés dans leur innocence et leur pyjama orné de personnages de bandes dessinées. »  Page 92
  • « — Deux par deux les animaux montaient à bord, les éléphants et les alligators…
    Roger sourit. Effectivement, la maison pouvait faire penser à l’arche de Noé, flottant sur une houle rugissante alors que tout à l’intérieur était douillet. Deux par deux… deux parents, deux enfants… peut-être plus, un jour. Après tout, ce n’était pas la place qui manquait. »  Page 95
  • « Il avait gravé la plupart de ses observations dans sa mémoire, ne consignant que le strict nécessaire en langage codé dans un exemplaire du Nouveau Testament offert par sa grand-mère. Ce dernier se trouvait toujours dans une poche de son manteau de civil laissé sur Staten Island. Maintenant qu’il était de retour sain et sauf dans le giron de l’armée, ne devrait-il pas coucher ses observations par écrit dans un rapport en bonne et due forme ? »  Page 105
  • « C’était un brouillard marin, lourd, froid et humide sans être oppressant. Il se clairsemait et épaississait dans un mouvement perpétuel. La visibilité était réduite et il distinguait tout juste la forme indécise de la colline que lui avait indiquée Perkins, son sommet ne cessant d’apparaître et de disparaître telle une montagne magique de conte de fées. »  Page 116
  • « — Un peu les deux, je crois. Brianna m’a parlé un jour d’un livre où il était écrit qu’une fois qu’on était parti de chez soi, on ne pouvait jamais revenir. C’est peut-être vrai, mais j’ai quand même envie d’essayer. »  Page 162
  • « Le paquet « odieusement encombrant » remplit ses promesses : un livre, une bouteille d’excellent xérès, un bocal d’olives pour l’accompagner et trois paires de bas de soie. »  Page 170
  • « William, qui avait généreusement ouvert son bocal d’olives, porta un toast à la générosité de sa tante, sans omettre de mentionner les bas de soie. Il siffla son énième verre d’un trait puis le tendit à Adam pour qu’il le remplisse en ajoutant :
    — Toutefois, je serais étonné que ce soit ta mère qui m’ait envoyé ce livre. Je me trompe ?
    Adam pouffa de rire, un litre de punch ayant fait fondre sa gravité habituelle.
     — Non. Ce n’est pas papa non plus. C’est ma propre contribution à l’avancée cutlurelle… Oups ! culutrelle… dans les colonies.
    — Un service insigne à la sensibilité de l’homme civilisé, déclara sentencieusement William, pas peu fier de sa maîtrise de l’allitération en dépit de la boisson.
    Plusieurs voix s’élevèrent à l’unisson :
    — Quel livre ? Quel livre ? Montrez-nous ce fameux livre !
    William se vit obligé d’exhiber le joyau de sa collection de présents : un exemplaire du célèbre ouvrage de M. Harris, Une liste des dames de Covent Garden, catalogue décrivant avec un grand luxe de détails les charmes, les spécialités, les tarifs et les disponibilités des meilleures putains de Londres.
    L’ouvrage fut accueilli avec des cris d’extase et il s’ensuivit une brève mêlée pour s’en emparer. William le récupéra avant qu’il ne soit mis en pièces puis se laissa convaincre d’en lire quelques passages à voix haute, son interprétation théâtrale étant ponctuée par des hululements enthousiastes et un bombardement de noyaux d’olive.
    C’est un fait avéré que la lecture à voix haute assèche le gosier et on fit monter d’autres rafraîchissements qui furent aussitôt consommés. Il n’aurait su dire qui le premier suggéra que l’assemblée se constitue en corps expéditionnaire afin de compiler une liste similaire pour New York mais la motion fut adoptée à l’unanimité et saluée avec des rasades de punch, toutes les bouteilles ayant déjà été éclusées. »  Pages 171 et 172
  • « Dans la ruelle, tous les jeunes hommes avaient disparu dans l’un ou l’autre des établissements. Aux bruits festifs et aux martèlements que l’on entendait de l’extérieur, il était clair qu’ils n’avaient rien perdu de leur entrain.
    — Tu as trouvé chaussure à ton pied ? demanda Adam en pointant le menton dans la direction d’où William était venu.
    — Euh… oui. Et toi ?
    — Bah, elle n’aurait droit qu’à un tout petit paragraphe dans le bouquin de Harris mais ce n’était pas si mal pour un trou comme New York. »  Page 173
  • « Sans hôpital, bloc opératoire ou anesthésie, mes possibilités de traiter un accouchement complexe étaient sérieusement limitées. En l’absence d’intervention chirurgicale, la sage-femme confrontée à une présentation transversale a quatre solutions : laisser mourir la mère après une longue et douloureuse agonie ; la laisser mourir après avoir pratiqué une césarienne sans anesthésie ou asepsie mais, peut-être, en sauvant l’enfant ; sauver peut-être la mère en tuant l’enfant dans son ventre puis en l’extrayant morceau par morceau (Daniel avait consacré plusieurs pages à cette solution dans son cahier, l’accompagnant d’illustrations) ; enfin, tenter manuellement de retourner l’enfant dans l’utérus jusqu’à ce qu’il se présente dans une position lui permettant de naître. »  Page 179
  • « L’homme naît pour connaître les tourments, comme l’étincelle pour s’élever vers le ciel… En prison, il avait lu ce verset de Job maintes fois sans jamais le comprendre. Les étincelles qui volaient vers le ciel ne causaient pas de tourments, à moins que les bardeaux du toit ne soient particulièrement secs ; c’étaient celles qui jaillissaient de la cheminée qui risquaient d’incendier la maison. Si l’auteur avait simplement voulu dire qu’il était dans la nature de l’homme de s’attirer des ennuis (ce qui, à en juger par sa propre expérience, était le cas), alors c’était une métaphore de l’inexorabilité basée sur le principe que les étincelles montaient toujours. Or, quiconque avait jamais observé un feu aurait pu lui dire qu’il se trompait.
    Mais qui était-il pour critiquer la logique de la Bible alors qu’il aurait dû réciter des psaumes de louange et de gratitude ? Il essaya d’en trouver un mais sa bonne humeur prit le dessus et il ne se rappela que des bribes décousues. »  Pages 198 et 199
  • « — Je vais me lever et partir à présent, récitai-je doucement. J’irai à Innisfree et j’y construirai une petite cabane de boue et de bardeaux ; j’y aurai neuf rangées de haricots, une ruche pour les abeilles, et vivrai seul dans la clairière vibrant de leurs appels.
    Je m’interrompis un instant, puis me détournai en achevant :
    — Et là-bas je trouverai un peu de paix ; car la paix vient en tombant doucement. »  Page 203
  • « Le fait était : il n’avait pas fichu grand-chose depuis des mois. Il y avait le livre, bien sûr. Il consignait par écrit toutes les chansons apprises par cœur au XVIIIe siècle, avec un commentaire. Mais on pouvait difficilement parler de « travail » et ce n’était pas ça qui les ferait vivre. »  Page 237
  • « « On ne peut pas interrompre et reprendre une carrière universitaire comme ça. D’accord, on peut prendre un congé sabbatique, voire un congé prolongé, mais il faut avoir un objectif déclaré et pouvoir présenter des recherches publiées à son retour.
    — Tu as de quoi écrire un best-seller sur la Régulation, avait observé Joe Abernathy. Ou encore sur la Révolution dans les Etats du Sud.
    — Certes, avait admis Roger, mais pas un ouvrage respectable d’universitaire. »
    Il avait souri amèrement, sentant ses doigts le démanger. Effectivement, il pourrait écrire un livre que personne d’autre ne pouvait écrire. Mais pas en tant qu’historien.
    Il avait indiqué du menton la bibliothèque de Joe. Ils se trouvaient dans le bureau de ce dernier, tenant le premier d’une longue série de conseils de guerre.
    « Pas de sources, avait-il expliqué. Un historien doit pouvoir citer les sources de toutes les informations qu’il donne et je suis sûr que rien n’a été enregistré sur la plupart des situations uniques que j’ai vécues. Je peux vous assurer que “témoignage oculaire de l’auteur” passerait très mal dans une édition universitaire. Il faudrait que j’en fasse un roman. »
    Cette idée n’était pas sans attrait mais n’impressionnerait guère les collèges d’Oxford. »  Pages 241 et 242
  • « — Je connais les régulations afférentes aux centrales hydroélectriques sur le bout des doigts, l’interrompit-elle fermement.
    Elle ouvrit son sac et sortit le manuel de régulations, très écorné, publié par l’Agence du développement des Highlands et îles d’Ecosse. »  Page 245
  • « — C’est Roger. Dites à madame que je dois aller à Oxford faire une recherche. Je ne rentrerai pas ce soir.
    Elle aurait aimé frapper Roger sur la tête avec un objet contondant. Comme une bouteille de champagne, par exemple.
    — Il est allé où ?
    Elle avait pourtant parfaitement entendu. La jeune fille haussa les épaules, lui signifiant qu’elle comprenait la nature purement rhétorique de sa question.
    — A Oxford. En Angleterre.
    Le ton d’Annie reflétait sa désapprobation devant le comportement scandaleux de Roger. Il ne s’était pas contenté d’aller farfouiller dans un vieux livre, ce qui était déjà étrange en soi (bien qu’il soit universitaire et qu’avec ces gens-là il faille s’attendre à tout), mais il avait abandonné femme et enfants sans prévenir pour fuir dans un pays étranger ! »  Pages 247 et 248
  • « Elle entendait les enfants dans la chambre de Jem à l’étage. Il lisait une histoire à Mandy. Ce devait être L’Homme de pain d’épice. Elle n’entendait pas les mots mais en reconnaissait le rythme, ponctué par les petits cris d’excitation de Mandy. »  Page 250
  • « En outre, elle trouvait que c’était une pièce masculine avec son vieux parquet éraflé et sa bibliothèque joliment délabrée.
    Roger avait déniché un des anciens registres de Lallybroch, datant de 1776. Il se trouvait sur l’étagère supérieure, sa reliure en tissu élimé abritant les détails minutieusement consignés de la vie quotidienne dans une ferme des Highlands. Un quart de livre de graines de sapin argenté ; un bouc ; six lapins ; trente onces de pommes de terre de semence… Etait-ce l’écriture de son oncle ? »  Page 250
  • « Elle lança un regard vers le coffret en bois placé en haut de la bibliothèque près du registre, derrière le petit serpent en cerisier. Elle descendit ce dernier, caressa la courbe lisse de son corps. Il avait une expression comique, regardant par-dessus son épaule inexistante. Elle sourit malgré elle. »  Page 251
  • « Avec La Gazette de Wilmington, L’Oignon est le seul journal à paraître régulièrement dans la colonie et Fergus ne chôme donc pas. Si l’on ajoute à ça l’impression et la vente de livres et de pamphlets, on peut dire que son entreprise est florissante. »  Page 253
  • « L’Oignon, lui, est plutôt impartial, publiant des dénonciations virulentes signées par des loyalistes et des moins loyalistes, ainsi que des poèmes satiriques de notre vieil ami « Anonymus » raillant les deux camps du conflit politique. J’ai rarement vu Fergus aussi radieux. »  Page 253
  • « A travers la vitrine, je vis Joanie enlever les livres présentés sur l’étal devant la boutique et Félicité hisser Henri-Christian sur cette scène improvisée. »  Page 273
  • « — Mon père y a un parent, Andrew Bell. Je crois qu’il est très connu. C’est un imprimeur et…
    Le visage de Jamie s’illumina.
    — Le petit Andy Bell ? Celui qui a imprimé la grande encyclopédie ?
    — Lui-même, répondit Mme Bell, surprise. Ne me dites pas que vous le connaissez, monsieur Fraser ? »  Page 291
  • « — Et si… le baron Amandine était de ta famille ?
    Cette idée semblait sortie tout droit d’un roman, mais Jamie ne voyait aucune raison logique pour laquelle un aristocrate français traquerait à travers deux continents un gamin né dans un bordel. »  Page 299
  • « Le quartier général de La Gazette de Wilmington était facile à trouver. Les décombres avaient refroidi mais une forte odeur de brûlé, hélas familière, flottait encore dans l’air. Un homme portant une veste informe et un chapeau mou fouillait les gravats sans grande conviction. En entendant Jamie l’appeler, il sortit des ruines, levant haut les pieds.
    Jamie lui tendit la main pour l’aider à franchir une haute pile de livres à demi calcinés.
    — Vous êtes le propriétaire du journal, monsieur ? Dans ce cas, toutes mes condoléances. »  Page 300
  • « — Vous avez pourtant l’air prospère. En tout cas, on voit bien que vous ne dormez pas dans le caniveau et ne vous nourrissez pas de têtes de poisson. J’ignorais que rédiger des pamphlets était aussi lucratif.
    Il parut agacé.
    — Ça ne l’est pas, rétorqua-t-il. J’ai des élèves. Et… je prêche le dimanche.
    — Je ne peux imaginer quelqu’un de mieux adapté à cette tâche, dis-je, amusée. Vous avez toujours eu l’art d’expliquer aux autres ce qui clochait chez eux en termes bibliques. Vous êtes donc entré dans les ordres? »  Page 313
  • « — Et qu’aviez-vous demandé dans vos prières ?
    Il fut pris de court.
    — Je… je… Vous êtes vraiment une femme impossible !
    — Vous n’êtes pas le premier à le penser, l’assurai-je. Je ne voulais pas être indiscrète. Je suis seulement intriguée.
    Je le sentais tiraillé entre l’envie de partir et le besoin de raconter ce qu’il avait vécu. C’était un homme têtu, il ne bougea pas.
    — Je lui ai demandé… pourquoi, répondit-il enfin. C’est tout.
    — Ça a marché pour Job, observai-je.
    Il sursauta, manquant de me faire rire. Il était toujours stupéfait que quelqu’un d’autre que lui ait lu la Bible. »  Page 314
  • « A la campagne, tu as beau te démener comme un diable, ton travail n’est jamais terminé. J’ai parfois l’impression que l’endroit va m’engloutir comme Jonas par la baleine. »  Page 349
  • « Elle s’accroupit près de lui. Effectivement, les fourmis isolées qui tombaient dans l’eau se dirigeaient vers le centre de la tasse où leurs consœurs, s’accrochant les unes aux autres, formaient une masse flottante effleurant à peine la surface. Les fourmis de ce radeau improvisé bougeaient lentement de façon à changer de place constamment tandis qu’une ou deux d’entre elles, en périphérie, restaient immobiles. Ces dernières étaient peut-être mortes mais les autres ne couraient pas de danger immédiat, soutenues par le corps de leurs congénères. Le radeau se déplaçait progressivement vers le bord de la tasse, propulsé par les mouvements des individus qui le composaient.
    — Incroyable ! s’émerveilla-t-elle.
    Elle resta assise un moment près de son fils à regarder les fourmis jusqu’à ce que, faisant acte de clémence, ils décident qu’elles en avaient fait assez. Jem les repêcha sur une feuille et les déposa sur le sol où elles reprirent aussitôt leur travail.
    — Tu penses qu’elles se regroupent ainsi consciemment ou qu’elles s’accrochent simplement à la première chose qui flotte ? demanda Brianna.
    — Je ne sais pas. Faudra que je regarde dans mon livre sur les fourmis. »  Page351
  • « — Mandy ! Ne frappe pas ton frère. De qui parles-tu, Jem ?
    L’enfant se mordit la lèvre.
    — De lui, lâcha-t-il. Le Nuckelavee.
    La créature vivait au fond des mers mais s’aventurait sur terre pour dévorer des humains. Le Nuckelavee chevauchait alors un cheval dont le corps se fondait dans le sien. Sa tête était dix fois plus grosse que celle d’un homme et sa bouche énorme et large pointait en avant comme le groin d’un porc. Le monstre n’avait pas de peau et ses veines jaunes, ses muscles et ses tendons étaient clairement visibles, juste recouverts d’une pellicule rouge et gluante. Il était armé de son haleine vénéneuse et de sa force colossale. Il avait toutefois une faiblesse : une aversion pour l’eau douce. Sa monture est décrite comme possédant un gros œil rouge, une gueule de la taille de celle d’une baleine et des nageoires autour de ses pattes antérieures.
    — Beurk ! fit Brianna.
    Elle reposa le livre de folklore écossais de Roger et se tourna vers son fils. »  Page 356
  • « Jem savait ce qu’était un Nuckelavee ; il avait lu la plupart des contes les plus sensationnels de la collection d’ouvrages de son père. »  Page 357
  • « — Dis-moi, Jem. Pourquoi êtes-vous remontés là-haut, aujourd’hui ? Tu n’as pas eu peur qu’il soit toujours là ?
    Il releva des yeux surpris.
    — Non. L’autre jour, j’ai décampé, mais ensuite je me suis caché pour l’observer. Il est parti vers l’est. C’est là-bas qu’il habite.
    — Il te l’a dit ?
    Il lui indiqua le livre.
    — Non, mais ces monstres vivent tous à l’est. Et quand ils partent là-bas, ils ne reviennent pas. Et puis, je ne l’ai plus jamais revu. Pourtant, je l’ai guetté.
    Si Brianna n’avait pas été aussi inquiète, elle aurait ri. Effectivement, bon nombre de contes de fées des Highlands se terminaient avec une créature surnaturelle partant vers l’est, ou retournant dans les rochers ou les eaux d’où elle était sortie. Naturellement, elle ne revenait pas puisque l’histoire était finie. »  Pages 357 et 358
  • « l ne perdit pas de temps en questions inutiles. Il l’étreignit fougueusement et l’embrassa avec une passion qui indiquait clairement que la querelle était terminée. Les excuses réciproques pouvaient attendre. L’espace d’un instant, elle s’abandonna totalement, comme en apesanteur, humant les effluves d’essence, de poussière et de bibliothèques remplies de vieux livres qui recouvraient son odeur naturelle, l’indéfinissable parfum de musc d’une peau mâle chauffée au soleil, même s’il n’avait pas été au soleil.
    Revenant sur terre à contrecœur, elle déclara :
    — On dit que les femmes ne peuvent pas reconnaître leur mari à leur odeur. C’est faux. Je pourrais te repérer les yeux fermés dans la foule du métro à King’s Cross à l’heure de pointe.
    — Je me suis pourtant douché ce matin.
    — Oui, et tu as pris une chambre à l’université. Je reconnais cet horrible savon industriel qu’ils distribuent là-bas. D’ailleurs, je m’étonne que ta peau ne parte pas avec. Et tu as mangé du boudin noir au petit déjeuner. Avec des tomates frites.
    — Exact, Lassie, répondit-il avec un sourire. Ou peut-être devrais-je t’appeler Rintintin ? As-tu sauvé des petits enfants ou traqué des voleurs jusque dans leur repaire aujourd’hui ? »  Page 358
  • « — Je vais poser un nouveau moraillon et un cadenas sur cette porte mais je doute qu’il revienne. Sans doute ne faisait-il que passer.
    Elle était rassurée mais un pli inquiet lui barrait le front.
    — Il venait peut-être des Orcades. Tu n’as pas dit que c’était de là-bas que venaient les histoires de Nuckelavee ?
    — C’est possible. Le Nuckelavee n’est pas aussi connu ici que les soyeux et les fées mais n’importe qui peut en avoir lu une description dans un livre. »  Pages 360 et 361
  • « — Il y a un tas de livres sur le sujet mais l’idée de base est que le salut ne résulte pas uniquement de tes choix… Dieu agit en premier. Puis il nous tend la main, si l’on peut dire, et nous donne une chance de réagir. Mais nous avons toujours notre libre arbitre. Au fond, la seule condition qui ne soit pas facultative pour être presbytérien, c’est de croire en Jésus-Christ. Ça, je ne l’ai pas perdu.
    — Tant mieux. Mais pour être pasteur ?
    — Tiens… Lis ça.
    Il fouilla dans sa poche et en sortit une photocopie pliée. S’efforçant à parler d’un ton badin, il déclara :
    — J’ai jugé préférable de ne pas voler le bouquin. Au cas où je décide de devenir pasteur, ce serait un mauvais exemple pour mes ouailles.
    Elle lut la page puis redressa la tête, arquant un sourcil.
    — C’est…
    Elle relut le feuillet, son front s’assombrissant progressivement. Puis elle le regarda à nouveau, toute pâle.
    — Ce n’est pas la même date.
    Il sentit la tension qui l’oppressait depuis les dernières vingt-quatre heures se relâcher légèrement. Il n’était donc pas devenu fou. Il tendit la main et elle lui rendit la copie de la coupure de La Gazette de Wilmington ; le faire-part de décès des Fraser de Fraser’s Ridge.
    — Il n’y a que la date qui ait changé, reprit-il. Le texte me semble le même. Il est tel que tu t’en souviens ?
    Des années plus tôt, elle avait découvert la même information alors qu’elle effectuait des recherches sur le passé de sa famille. C’était sans doute ce qui l’avait incitée à traverser les pierres, et lui à la suivre. Ce petit bout de papier a tout changé, pensa-t-elle. Merci, Robert Frost.
    Elle se serra contre lui et ils le relurent ensemble. Une fois, deux fois, une troisième pour faire bonne mesure. Puis elle hocha la tête.
    — Oui, il n’y a que la date qui n’est plus la même, dit-elle, le souffle court.
    — Quand j’ai commencé à me poser des questions… Il fallait d’abord que je vérifie avant de t’en parler. Je devais le voir de mes propres yeux parce que la coupure de presse que j’avais lue dans un livre… ce ne pouvait être vrai. »  Pages 365 et 366
  • « — On ne connaît aucun lien entre Beauchamp et Vergennes, l’informa-t-il en citant le nom du ministre des Affaires étrangères français. En revanche, on l’a souvent vu en compagnie de Beaumarchais…
    Cela provoqua une nouvelle quinte de toux.
    — Tu m’étonnes ! lança Hal une fois remis. Ce doit être en raison d’un intérêt mutuel pour le petit gibier, sans doute ?
    Cette dernière pique était une référence à l’aversion de Percy pour les sports sanguinaires et au titre de « lieutenant général des chasses » conféré à Beaumarchais par feu Louis XV.
    Grey poursuivit :
    — … et d’un certain Silas Deane.
    — Qui est-ce ?
    — Un marchand venu des colonies. Il a été envoyé à Paris par le congrès américain. Il rôde autour de Beaumarchais. Lui, en revanche, il a été vu en compagnie de Vergennes.
    — Ah, lui ? Oui, j’en ai vaguement entendu parler.
    — As-tu également entendu parler d’une compagnie nommée Rodrigue Hortalez et Cie ?
    — Non. Ça sonne espagnol, non ?
    — Ou portugais. Mon informateur n’avait que ce nom mais il m’a fait part d’une rumeur selon laquelle Beaumarchais aurait des intérêts dans cette affaire.
    — Beaumarchais a des intérêts partout. Il fait même de l’horlogerie, comme si écrire des pièces n’était pas suffisamment indigne ! Beauchamp est-il lié lui aussi à cette compagnie ? »  Pages 395 et 396
  • « — Il nous faudra des jours avant d’atteindre le Connecticut, puis des mois pour arriver en Ecosse. Rien qu’en écrivant une phrase par jour, tu aurais le temps de recopier l’intégralité du Livre des psaumes ! »  Page 412
  • « Toutes nos expériences à ce jour suggèrent qu’on ne peut pas changer ce qui doit arriver. En examinant la situation objectivement, je ne vois pas comment… et pourtant. Et pourtant !
    Et pourtant, j’ai côtoyé tant de gens dont les actions ont eu un effet notable, qu’ils aient fini dans les livres d’histoire ou pas. Comment pourrait-il en être autrement ? dit ton père. Les actions de chacun d’entre nous influent sur l’avenir. Il a raison, naturellement. Néanmoins, de se retrouver en présence d’un homme tel que Benedict Arnold vous en fiche un coup, comme aime à le dire le capitaine Roberts.
    Fin de la digression. J’en reviens au sujet originel de cette lettre, le mystérieux M. Beauchamp. Si tu as du temps et que tu possèdes encore les cartons de paperasse et de livres qui se trouvaient dans le bureau de ton père (je veux parler de Frank), tu y retrouveras peut-être une grande enveloppe en papier kraft. Un écusson y a été dessiné avec des crayons de couleur. Je crois me souvenir qu’il est bleu et or, avec des martinets. Avec un peu de chance, il contient encore la généalogie des Beauchamp qu’oncle Lamb avait reconstituée pour moi. Il y a de cela belle lurette ! »  Pages 413 et 414
  • « Laissant sa fille et Annie travailler joyeusement dans le garde-manger, sous la supervision d’une batterie de poupées miteuses et de peluches crasseuses, il retourna dans son bureau et sortit le cahier dans lequel il recopiait les chansons laborieusement apprises par cœur. »  Page 418
  • « Roger gémit, chassa toutes ces pensées et se plongea avec ténacité dans son cahier.
    Certains des poèmes et des chants qu’il avait recopiés étaient connus ; une sélection de chansons traditionnelles qu’il avait chantées dans son ancienne vie. Bon nombre des textes plus rares, il les avait appris, au XVIIIe siècle, d’immigrants écossais, de voyageurs, de colporteurs et de marins. D’autres encore, il les avait exhumés des caisses que le révérend avait laissées derrière lui.
     Le garage du vieux presbytère en avait été rempli. Brianna et lui n’en avaient encore examiné qu’une infime partie. C’était un pur miracle qu’ils soient tombés si vite sur le coffret contenant les lettres.
    Il leva les yeux vers ce dernier, tenté. Il ne pouvait les lire sans Bree, ce n’aurait pas été correct. Mais les deux livres ? Ils les avaient feuilletés rapidement après les avoir découverts mais ils avaient été plus intéressés par les lettres afin de savoir ce qui était arrivé à Claire et Jamie. Avec l’impression d’être Jem s’éclipsant avec un paquet de biscuits au chocolat, il descendit la boîte de son étagère. Elle était très lourde. Il la posa sur le bureau, il l’ouvrit et écarta précautionneusement les lettres.
    Les livres étaient petits. Le plus grand était ce qu’on appelait un in-octavo couronne, d’environ treize centimètres sur dix-huit. C’était un format courant à une époque où le papier était cher et rare. Le plus petit était un in-seize, de dix centimètres sur treize. Roger sourit en songeant à Ian Murray. Brianna lui avait raconté la réaction scandalisée de son cousin quand elle lui avait décrit le papier hygiénique. Que l’on puisse se torcher avec lui avait paru être le comble du gaspillage.
    Le petit livre était soigneusement relié en vachette bleue ; la tranche en était dorée. C’était un bel objet, cher. Il s’intitulait Principes sanitaires de poche, par C. E. B. F. Fraser. Une édition limitée imprimée par A. Bell, Edimbourg.
    Un petit frisson le parcourut. Ils étaient donc bien arrivés en Ecosse, grâce aux bons soins du capitaine Trustworthy Roberts. Néanmoins, l’universitaire en lui le mit en garde : ce n’était pas une preuve. Le manuscrit avait pu atterrir en Ecosse sans que son auteur l’apporte en personne.
     Etaient-ils venus à Lallybroch ? Il regarda autour de lui les murs défraîchis et les meubles patinés par le temps. Il imaginait sans peine Jamie assis derrière le grand bureau près de la fenêtre, examinant les registres de la ferme avec son beau-frère. Si la cuisine était le cœur de la maison, cette pièce était son cerveau.
    Il ouvrit le livre et manqua de s’étrangler. Le frontispice était orné d’une gravure représentant l’auteur. Un homme de science, portant un collet, une veste noire et une haute cravate au-dessus de laquelle le regardait sereinement le visage de sa belle-mère.
    Il rit si fort qu’Annie Mac sortit de la cuisine et vint jeter un œil, inquiète à l’idée qu’il se trouve mal. Il lui fit signe que tout allait bien puis ferma la porte de son bureau.
    C’était bien elle. Les yeux écartés sous des sourcils bruns, les courbes gracieuses et fermes des pommettes, des tempes et de la mâchoire. L’auteur de la gravure n’avait pas su rendre sa bouche. C’était aussi bien. Aucun homme n’avait des lèvres comme les siennes.
    Quel âge ? Il vérifia la date d’impression : MDCCLXXVIII. 1778. Pas tellement plus âgée que la dernière fois qu’il l’avait vue. Elle paraissait toujours bien plus jeune qu’elle ne l’était en réalité.
    Y avait-il un portrait de Jamie dans l’autre… ? Il saisit le premier livre et l’ouvrit. Effectivement, il comportait une autre gravure, quoique d’une facture moins raffinée. Son beau-père était assis dans une bergère, un plaid drapé sur le dossier, ses cheveux retenus dans la nuque, un livre ouvert sur un genou. Il faisait la lecture à un petit enfant assis sur l’autre genou. C’était une fillette aux cheveux noirs et bouclés. Elle tournait le dos, absorbée par le récit. Naturellement, le graveur ne pouvait pas savoir à quoi Mandy ressemblerait.
    L’ouvrage s’intitulait Contes de grand-père et portait le sous-titre « Histoires des Highlands et de l’arrière-pays de la Caroline du Nord », par James Alexander Malcom MacKenzie Fraser. Il avait également été imprimé par A. Bell, Edimbourg la même année. La dédicace disait simplement A mes petits-enfants.
    Le portrait de Claire l’avait fait rire, celui-ci l’émut presque aux larmes. Il referma doucement le livre.
    Quelle foi avait dû les animer pour créer, amasser, transmettre ces documents fragiles à travers les ans, dans le seul espoir qu’ils résisteraient au passage du temps et atteindraient un jour ceux à qui ils étaient adressés ! La conviction que Mandy les lirait un jour. Il en eut la gorge serrée. »  Pages 421 à 423
  • « Il reposa le livre et sortit par l’arrière de la maison, juste à temps pour apercevoir son fils, vêtu de son coupe-vent et d’un jean (il n’avait pas le droit d’en porter à l’école), traverser le champ fauché. »  Page 423
  • « Il y avait intérêt à ce qu’il y ait une autre porte au bout de ce tunnel car pour rien au monde elle ne ferait demi-tour.
    Il y en avait bien une. Une simple porte industrielle en métal, tout ce qu’il y avait d’ordinaire. Avec un cadenas non fermé pendant à un moraillon. Une forte odeur de graisse en émanait. Quelqu’un avait huilé les gonds récemment. Elle appuya sur la poignée qui céda sans difficulté. Elle se sentit soudain comme Alice après être tombée dans le trou du lapin blanc. Une Alice complètement folle. »  Page 440
  • « Puis il tourna les talons et descendit de la colline avec, toujours, cette étrange sensation d’être accompagné.
    La Bible disait : Cherche et tu trouveras. Il demanda à voix haute au paysage autour de lui :
    — Mais elle n’offre aucune garantie sur ce qu’on trouvera, n’est-ce pas ? »  Page 446
  • « — Je vais vous raccompagner, je dois fermer à clef. Jem viendra bien en classe lundi matin, donc ?
    — Il sera là, avec ou sans menottes.
    Ce fut au tour du directeur de rire.
    — Il n’a pas à s’inquiéter de l’accueil qui lui sera fait. Les enfants parlant gaélique ayant effectivement traduit ses paroles à leurs amis et Jem ayant enduré sa correction sans broncher, toute sa classe le considère maintenant comme Robin des Bois ou Billy Jack. »  Page 452
  • « Il repartit néanmoins vers l’escalier, s’arrêtant en chemin pour vomir par-dessus bord, et réapparut quelques minutes plus tard, resplendissant… du moins vu de loin. Stebbings étant petit et bedonnant, sa veste lui serrait les épaules et pendait mollement autour de sa taille ; les manches lui arrivaient au milieu des avant-bras. Pour ne pas perdre la culotte qui lui arrivait au-dessus du genou, Jamie l’avait retenue avec sa ceinture. Je constatai qu’outre son coutelas il portait l’épée du capitaine, plus deux pistolets chargés.
    Ian écarquilla les yeux en voyant son oncle ainsi attifé mais, au regard noir que lui lança ce dernier, se garda de tout commentaire.
    — Ce n’est pas si mal, dit M. Smith, encourageant. De toute façon, on n’a rien à perdre.
    — Mmphm…
    — Le garçon se tenait sur le pont en flammes, d’où tous sauf lui s’étaient sauvés, récitai-je à voix basse. »  Page 489
  • « Nous nous enfonçâmes dans le navire, guidés par notre nouvelle connaissance qui me dit se nommer Abram Zenn (« Mon père, qui lisait beaucoup, aimait particulièrement le dictionnaire de M. Johnson. Ça l’amusait de m’appeler A à Z »). »  Page 498
  • « La révélation de la véritable identité de M. Smith avait provoqué des remous considérables parmi l’équipage disparate de l’Asp. Au point qu’il avait été à deux doigts d’être balancé par-dessus bord ou abandonné dans un canot. Après un débat houleux, Jamie avait suggéré que M. Marsden change de profession pour devenir soldat. En effet, un certain nombre d’hommes à bord de l’Asp s’étaient proposés de rallier les forces continentales à Ticonderoga, transportant les provisions et les armes de l’autre côté du lac Champlain puis restant au fort en tant que miliciens volontaires.
    Son idée reçut l’approbation générale, même si quelques mécontents marmonnèrent qu’un Judas restait un Judas, qu’il soit marin ou pas. »  Page 529
  • « Je suis allé en France à la fin de l’année où j’ai rendu visite au baron Amandine. Je suis resté chez lui plusieurs jours et ai eu amplement l’occasion de m’entretenir avec lui en privé. J’ai de bonnes raisons de croire que Beauchamp est bel et bien impliqué dans l’affaire dont nous avons discuté et qu’il s’est attaché à Beaumarchais, également compromis. Amandine ne m’a pas paru préoccupé outre mesure par le fait que Beauchamp se serve de son nom comme couverture.
    J’ai demandé une audience auprès de Beaumarchais qui m’a été refusée. Comme, en temps ordinaire, il m’aurait reçu, je pense avoir mis le doigt sur quelque chose. Il serait utile de surveiller ces eaux-là. »  Page 537
  • « Surpris et sur ses gardes, Grey lui donna la brève explication qu’il avait préparée. Le baron lui répondit que, hélas, M. Beauchamp était parti chasser le loup en Alsace en compagnie de M. Beaumarchais. (Voilà déjà un soupçon de confirmé !) Mais milord lui ferait-il l’honneur d’accepter l’hospitalité des Trois Flèches, ne serait-ce que pour une nuit ?
    Il accepta l’invitation en se confondant en remerciements puis, ayant retiré sa cape et ses bottes qu’il remplaça par les pantoufles criardes de Dottie (Amandine cligna des yeux ahuris avant de les louer exagérément), il fut conduit dans un long couloir bordé de portraits.
    — Nous prendrons un rafraîchissement dans la bibliothèque, lui annonça Amandine. Vous devez mourir de froid et d’inanition. Mais avant cela, permettez-moi de vous présenter un autre de mes hôtes. Nous l’inviterons à se joindre à nous.
    Grey acquiesça vaguement, distrait par la légère pression qu’exerçait la main du baron dans son dos, un soupçon plus bas que ne le demandait la bienséance.
    — Le docteur Franklin est un Américain, poursuivit Amandine.
    Il prononça ce mot avec une note d’amusement. Il avait une voix singulière : douce, chaude et vaporeuse, comme une tasse de thé Oolong avec beaucoup de sucre.
    — Il aime passer un moment chaque jour dans le solarium. Il affirme que cela entretient sa santé.
    Parvenu au bout du couloir, il poussa une porte et s’effaça pour laisser passer Grey. Ce dernier l’avait regardé poliment pendant qu’il parlait et se tourna pour découvrir l’hôte américain, confortablement allongé sur une chaise longue matelassée, baignant dans un flot de lumière naturelle, nu comme un ver.
    Au cours de la conversation qui suivit, menée par les trois hommes avec un aplomb irréprochable, Grey apprit que le docteur Franklin mettait un point d’honneur à prendre des bains de soleil chaque fois qu’il le pouvait. La peau, expliqua-t-il, respirait autant que les poumons, absorbant l’oxygène et libérant des impuretés. La capacité du corps à se défendre des infections était considérablement diminuée quand la peau était en permanence étouffée par des vêtements insalubres. »  Page 547
  • « Il avait passé deux doigts sur le bourrelet irrégulier en travers de sa gorge sans se départir de son sourire.
    « Je n’ai pas chronométré mais je dirais environ trente secondes. “S’il vous plaît, m’sieur MacKenzie, qu’est-ce que vous avez au cou ? Vous avez été pendu ?”
    — Et que leur as-tu répondu ?
    — Que j’ai été pendu en Amérique mais que j’ai survécu, par la grâce de Dieu ! Quelques-uns d’entre eux ont des frères plus âgés qui ont vu L’Homme des hautes plaines et le leur ont raconté, ce qui a considérablement fait grimper ma cote. Maintenant que mon secret a été découvert, ils s’attendent à ce que je vienne à la prochaine répétition avec mon six-coups. »
    Là-dessus, il l’avait fait pleurer de rire avec sa meilleure imitation du regard ténébreux de Clint Eastwood.
    Elle en riait encore en se remémorant la scène quand Roger passa la tête dans l’entrebâillement de la porte et demanda :
    — A ton avis, combien y a-t-il de versions musicales du psaume 23 ?
    — Vingt-trois ? répondit-elle au hasard.
    — Uniquement six dans le livre des cantiques presbytériens mais il en existe des versifications en anglais remontant jusqu’à 1546. J’en ai trouvé une dans le Bay Psalm Book, une autre dans le vieux Scottish Psalter, ainsi que quelques-unes ici et là. J’ai également consulté la version en hébreu mais il est sans doute préférable de l’épargner à la congrégation de Saint Stephen. Les catholiques ont-ils une mise en musique ?
    — Les catholiques ont une mise en musique pour tout et n’importe quoi mais, chez nous, les psaumes sont généralement psalmodiés.
    Elle huma l’air, cherchant à sentir une odeur de cuisine, avant d’ajouter fièrement :
    — Je connais quatre formes de chants grégoriens, même s’il en existe beaucoup plus.
    — Ah oui ? Chante pour moi, tu veux.
    Il se planta au milieu du couloir tandis qu’elle essayait de se rappeler les paroles du psaume 23. La forme la plus simple lui revint machinalement ; elle l’avait psalmodiée tant de fois quand elle était enfant qu’elle était ancrée dans sa chair. »  Pages 553 et 554
  • « — Il convient de chanter le psaume sans le morceler verset par verset, récita-t-il. Cette pratique fut introduite en des temps d’ignorance, quand bon nombre de fidèles ne savaient pas lire. Il est donc recommandé de ne plus l’utiliser. C’est extrait de la Constitution de l’Eglise presbytérienne américaine.
    Elle nota mentalement au passage qu’il avait donc bel et bien envisagé d’être ordonné pendant qu’ils étaient à Boston.
    — « Des temps d’ignorance », répéta-t-elle. Je me demande ce qu’en penserait Hiram Crombie.
    Cela le fit rire. Puis il reprit :
    — Cela dit, il est vrai que la plupart des gens à Fraser’s Ridge ne savaient pas lire. Mais je ne suis pas d’accord avec l’idée qu’on chantait les psaumes de cette façon uniquement à cause de l’illettrisme ou de l’absence de livres. Chanter tous ensemble, c’est formidable, j’en conviens, mais je pense que ce système de répons entre le prêtre et la congrégation rapproche les gens, les implique davantage dans ce qu’ils chantent, dans ce qui est en train de se passer. Ne serait-ce que parce qu’ils doivent se concentrer pour se souvenir de chaque verset. »  Page 556
  • « Elle regardait la bibliothèque.
    — Ceux-là sont nouveaux, n’est-ce pas ? dit-elle en désignant l’une des étagères.
    — Oui. Je les ai commandés à Boston. Ils sont arrivés il y a quelques jours.
    Les tranches étaient neuves et brillantes. Des livres d’histoire traitant de la Révolution américaine. Encyclopedia of the American Revolution de Mark M. Boatner III. A Narrative of a Revolutionary Soldier, de Joseph Plumb Martin.
    — Tu veux savoir ? lui demanda-t-il.
    Il pointa le menton vers le coffret ouvert sur la table devant eux. Il restait une épaisse liasse de lettres non ouvertes posée sur les livres. Il n’avait pas encore eu le courage d’avouer à Brianna qu’il avait regardé les deux petits ouvrages. »  Page 568
  • « Roger remit la lettre en place, regarda l’étagère puis Brianna. Elle était nerveuse, hésitante. Puis elle prit sa décision et se dirigea vers la bibliothèque d’un pas ferme.
    — Lequel de ces livres nous dira à quelle date le fort de Ticonderoga est tombé ? »  Page 569
  • « Quand il était sur la route, c’était surtout aux femmes qu’il pensait. Il toucha la poche intérieure de sa veste et palpa le petit livre qu’il avait emporté pour le voyage. Il avait dû choisir entre le Nouveau Testament offert par sa grand-mère et son précieux exemplaire de Une liste des dames de Covent Garden. Il n’avait pas hésité longtemps.
    A seize ans, il avait été surpris par son père en train de compulser avec un ami le célèbre annuaire de M. Harris qui dressait l’inventaire des charmes des femmes de petite vertu de Londres. Lord John avait lentement feuilleté l’ouvrage, s’arrêtant parfois sur une page en écarquillant les yeux, et l’avait refermé avec un soupir. Puis, après avoir brièvement sermonné les deux adolescents sur le respect dû au beau sexe, il leur avait ordonné d’aller chercher leurs chapeaux. »  Page 582
  • « Avec les premières gouttes, une puissante odeur s’éleva de la terre, riche, verte et féconde… comme si le marais s’étirait après un long sommeil, ouvrant voluptueusement son corps au ciel telle une putain de luxe déployant sa chevelure parfumée.
    William porta machinalement la main à sa poche, voulant consigner cette image poétique dans la marge de son livre puis se reprit en se sermonnant. »  Page 584
  • « Il était perdu. Dans un marécage connu pour avoir englouti bon nombre de personnes, tant des Indiens que des Blancs. A pied, sans nourriture, sans feu, sans autre abri que la mince toile de son sac de couchage militaire : une simple grande poche qu’il était censé bourrer de paille ou d’herbes sèches, deux matériaux introuvables dans les parages. Il ne possédait que le contenu de ses poches : un couteau pliant, un crayon, un morceau de pain détrempé et un autre de fromage, un mouchoir crasseux, quelques pièces, sa montre et son livre, ce dernier sans doute également trempé. Il plongea une main dans sa poche et découvrit que la montre s’était arrêtée et que le livre avait disparu. »  Page 586
  • « Il entendait les grenouilles autour de lui, coassant gaiement et indifférentes au brouillard.
    — Brekekekex coax coax ! Brekekekex coax coax ! Filles marécageuses des eaux…
    Les grenouilles ne semblèrent guère impressionnées par sa citation d’Aristophane. »  Pages 589 et 590
  • « Tout en parlant, William se rappela avec horreur qu’il avait perdu son livre. Désemparé par l’enchaînement de ses mésaventures, il n’avait pas encore mesuré la véritable portée de cette perte.
    Outre sa valeur purement récréative et son utilité en tant que recueil pour ses méditations, le livre était vital à sa mission. Il contenait plusieurs passages codés lui indiquant le nom des différentes personnes qu’il devait contacter, où les trouver et, plus important encore, ce qu’il devait leur dire. Il se souvenait de la plupart des noms mais, pour le reste…
    Sa consternation était telle qu’il en oublia sa douleur et se leva abruptement, saisi de l’envie de se précipiter dans le marais et de le passer au peigne fin jusqu’à retrouver l’ouvrage. »  Page 604
  • « Il se tut, concentré sur sa tâche pendant que William essayait de se détendre dans l’espoir de dormir un peu. Il était épuisé mais des images du marais défilaient derrière ses paupières closes, des visions qu’il ne pouvait ignorer ni repousser.
    Des racines aux boucles ressemblant à des collets, de la boue, des amas de déjections de cochons, si semblables à des excréments humains… des feuilles mortes déchiquetées…
    Des feuilles mortes flottant sur l’eau tels des éclats de verre brun, des reflets qui se dissipent autour de ses tibias… des mots dans l’eau, les pages de son livre, s’effaçant, le narguant en s’enfonçant sous la surface. »  Page 606
  • « Mais si le capitaine Richardson ne s’est pas trompé… cela signifie qu’il voulait t’entraîner dans un piège… droit à la mort ou à la prison.
    L’énormité de cette hypothèse lui laissa la gorge sèche. Il saisit l’infusion que Mlle Hunter lui avait apportée et la but. Elle était infecte mais il le remarqua à peine, serrant la tasse contre lui comme un talisman qui l’aurait protégé des perspectives qu’il entrevoyait.
    Non, c’était inconcevable. Son père connaissait Richardson. S’il avait été un traître…
    — Non, répéta-t-il à voix haute. Impossible, ou très improbable. C’est le rasoir d’Occam.
    Cette idée le calma un peu. Il avait appris les principes de base de la logique très tôt et Guillaume d’Occam lui avait toujours semblé un bon guide. Quelle était l’hypothèse la plus plausible : que Richardson soit un traître infiltré qui l’avait délibérément mis en danger, que le capitaine ait été mal informé ou qu’il ait simplement commis une erreur ? »  Page 626
  • « Il lui vint également à l’esprit que si Denzell Hunter rejoignait l’armée continentale, il pourrait peut-être approcher suffisamment des forces de Washington pour glaner des informations utiles, ce qui compenserait largement la perte de son livre de contacts. »  Page 643
  • « — C’est extraordinaire ! Oui, ce doit être lui. Surtout si tu mentionnes des vols de cadavres.
    Il toussota dans son poing, un peu gêné.
    — C’était une activité… très riche d’enseignement, bien que parfois troublante.
    Il lança un regard par-dessus son épaule pour s’assurer que sa sœur ne les entendait pas mais elle était loin derrière, somnolente sur la selle de sa mule. Il reprit en baissant la voix :
    — Tu comprendras, Ami William, que pour maîtriser l’art de la chirurgie il est indispensable d’apprendre comment le corps humain est fait et comment il fonctionne. Il y a des limites à ce que les textes peuvent nous enseigner et les manuels d’anatomie sur lesquels se reposent la plupart des hommes de médecine sont, disons-le sans ambages, erronés.
    — Vraiment ?
    William ne l’écoutait que d’une oreille, l’autre moitié de son cerveau étant occupée, à parts égales, par l’évaluation de l’état de la route, l’espoir qu’ils atteindraient un lieu habité à temps pour dîner convenablement et l’appréciation du cou gracieux de Rachel Hunter en ces rares occasions où elle chevauchait devant eux. Il avait envie de se retourner pour la regarder à nouveau mais c’était trop tôt, c’eût été inconvenant. Dans quelques minutes…
    — … Galien et Esculape. Depuis très longtemps, on prend pour acquis que les Grecs de l’Antiquité ont écrit tout ce qu’il y a à savoir sur le corps humain, qu’il n’y a aucune raison de douter de ces textes ni de créer du mystère là où il n’y en a pas.
    — Vous devriez entendre mon oncle déblatérer sur les anciens traités militaires ! grommela William. Il adore Jules César, qu’il considère comme un excellent général, mais affirme qu’Hérodote n’a probablement jamais mis les pieds sur un champ de bataille.
    Hunter lui adressa un regard surpris.
    — C’est exactement ce que disait John Hunter, en des termes différents, sur Avicenne ! « Cet homme n’a jamais vu un utérus gravide de sa vie. » »  Pages 655 et 656
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