3,5 étoiles, L

Les lions d’Al-Rassan

Les lions d’Al-Rassan de Guy Gavriel Kay.

Éditions Alire (Fantasy), publié en 1999, 653 pages

Roman de Guy Gavriel Kay paru initialement en 1995 sous le titre « The Lions of Al-Rassan »

En Al-Rassan, la paix est précaire. L’assassinat du dernier khalife, il y a quinze ans, a entraîné l’éclatement du royaume en cités-états rivales. De plus, dans ce pays se côtoient difficilement trois groupes ethniques de croyances différentes : les Kindaths, les Asharites et les Jaddites. Le roi Almalik de Cartada veut rendre sa puissance à l’Al-Rassan. Malheureusement, il sera assassiné lui aussi par son conseiller, le légendaire Ammar ibn Khairan, poète, diplomate, soldat et assassin du dernier khalife. Ce deuxième assassinat déclenchera une guerre violente entre les dirigeants des cités-états. C’est dans ce climat troublé et instable que trois destinées vont se croiser. La survie d’Ammar ibn Khairan, asharite, sera liée aux destins du médecin kindath Jehane Beth Ishak et du mercenaire jaddite Rodrigo Belmonte.

Roman de transposition historique. Ce roman a comme trame de fond une retranscription des guerres saintes entre les chrétiens, les juifs et les musulmans mais dans un monde légèrement modifié. La plume de Guy Gavriel Kay est incontestablement élégante et fluide, elle inclue même une pointe de poésie et plusieurs pistes de réflexion sur la nature humaine. Les trois personnages principaux bien qu’attachants et sympathiques sont beaucoup trop parfaits, ce qui finit par faire perdre une parte de réalisme à l’histoire. Malheureusement, le rythme est très inégal tout au long du roman. Il est très lent, même trop lent, au début avec toutes les mises en situations et les nombreux personnages. Il s’accélère pour devenir trop rapide à la conclusion qui semble un peu bâclée. Un bon roman avec un ambiance du moyen orient.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 14 septembre 2015

La littérature dans ce roman :

  • « En ce temps-là, malgré son esprit contrariant, Jehane avait considéré les paroles de son père comme un texte sacré. »  Page 8
  • « Dans l’Al-Rassan éclatée des petits rois, Almalik de Cartada se faisait appeler le Lion par les poètes de sa cour. »  Page 16
  • « Les poètes donnaient à présent le nom d’Âge d’or aux trois cents ans du Khalifat. Jehane avait entendu les chansons, les poèmes. »  Page 18
  • « L’inconnu était Ammar ibn Khairan d’Aljais. Le poète, le diplomate, le soldat. L’homme qui avait assassiné le dernier khalife d’Al-Rassan. »  Page 22
  • « Le soleil se trouvait à l’occident à ce moment, la lumière vers laquelle il marchait longuement à travers la fraîche obscurité était douce, accueillante, presque digne d’un poème. »  Page 31
  • « Sa chandelle, qui était fort nécessaire, éclaira les livres reliés de cuir doré, les rouleaux de parchemin, les instruments, les cartes astrologiques, les objets, les souvenirs, les présents d’une vie entière d’étude, de voyage et de labeur. »  Page 64
  • « Le livre qu’elle était en train de lire à Ishak – le texte de Mérovius sur les cataractes – était ouvert près d’elle.  Chaque après-midi, à la fin de sa journée de travail, elle venait dans cette pièce et parlait à son père des patients qu’elle avait vus, puis lui lisait à haute voix n’importe lequel des textes qu’elle était elle-même en train d’étudier. »  Page 68
  • « Il ne commentait jamais. Il ne tournait jamais non plus la tête vers elle. Et ce, depuis la nuit où il avait été mutilé. Elle lui parlait de sa journée, lisait à voix haute les lettres et textes médicaux. »  Page 68
  • « – Nous échangeons des lettres et de la poésie depuis des années. Des livres pour nos bibliothèques. Ben Avren est un homme extrêmement subtil. »  Page 77
  • « Inès, reine de Vallédo, serrait entre ses mains un disque solaire déjà bien usé et écoutait, les yeux dévotement clos, son religieux favori lui lire à haute voix le Livre des Fils de Jad – le passage sur la fin du monde, en l’occurrence – lorsque le messager de son époux arriva pour lui apprendre que le roi allait venir la rejoindre à l’instant.
    Elle s’excusa auprès de son conseiller spirituel en lui demandant d’interrompre sa lecture. L’homme, pour qui ce n’était pas une nouveauté, marqua sa place dans le Livre et le rangea. »  Page 156
  • « Maintenant même, en plein milieu d’une chaude journée d’été, avec les charpentiers qui tapaient sur leurs marteaux et le barrage de cris à l’extérieur, avec encore dans les oreilles les paroles sévères du livre sur la fin du monde, la reine Inès sentit son souffle s’accélérer aux images conjurées en elle par la présence de son époux.
    Près de vingt ans, et elle connaissait parfaitement bien l’impiété fatale de son époux, mais c’était encore ainsi, en vérité. Et Ramiro pouvait la déchiffrer aussi aisément que ses prêtres lire le très saint livre de Jad. »  Pages 158 et 159
  • « Courtisans et artistes au service d’un monarque connu pour ses humeurs changeantes apprenaient vite à déchiffrer ces modulations. Ils observèrent comment le roi saisissait une orange dans un panier porté par un esclave et se mettait à la peler promptement de ses propres mains larges et habiles. Ces mains avaient tenu l’épée qui avait abattu Ishlik ibn Raal dans cette même salle, à peine trois mois plus tôt, éclaboussant du sang du poète les carreaux de mosaïque, tout comme les colonnes de marbre et les vêtements de ceux qui s’étaient tenus trop près.
    Ce jeune poète de Tudesca, de plus en plus fameux, avait commis l’erreur d’insérer deux lignes écrites par un autre poète dans l’une de ses propres œuvres, pour nier ensuite l’avoir fait de façon délibérée. Almalik de Cartada était un connaisseur en poésie, cependant, et il en était fier. Dans l’Al-Rassan des cités royales après la chute du Khalifat, un poète distingué pouvait conférer à un monarque une crédibilité anxieusement désirée.
    Or depuis quinze ans, le principal conseiller d’Almalik, puis le conseiller officiel et gardien de son aîné et héritier, avait été ce parangon de bien des arts, Ammar ibn Khairan d’Aljais. Qui avait écrit, bien malheureusement pour Ishlik ibn Raal, les deux vers empruntés en question. »  Pages 177 et 178
  • « Le poète plagiaire n’était pas le seul à avoir été abattu par le roi dans sa salle d’audience, simplement le plus récent. »  Page 178
  • « « Ce poème, Sérafi. Nous désirons l’entendre à nouveau. » Almalik avait pris une autre orange dans le panier de l’esclave et la pelait d’un air distrait.
    L’homme auquel il s’adressait était un poète mineur, plus de toute jeunesse, honoré davantage pour ses qualités de conteur et de chanteur que pour ce qu’il avait pu lui-même écrire. Auparavant à demi dissimulé derrière l’une des cinquante-six colonnes de la salle, il s’avança d’un pas hésitant. Ce n’était pas un moment où l’on pouvait désirer se faire remarquer. De surcroît « ce poème » était, comme tous le savaient désormais, le dernier message au roi de l’homme célèbre et notoirement recherché avec tant d’insuccès par le ka’id dans tout l’Al-Rassan. Dans ces circonstances, Sérafi ibn Dunash aurait grandement préféré se trouver ailleurs. »  Page 178
  • « Mais ce n’était pas des wadjis qu’il avait peur en cet instant précis. Dans la Cartada du roi Almalik, c’était le bras séculier du pouvoir qu’on devait craindre le plus. Les bras séculiers, en cet instant, reposaient sur les genoux du roi tandis qu’il attendait le récital de Sérafi. Les vers n’étaient pas flatteurs, et le roi faisait montre d’une humeur massacrante; les augures n’avaient vraiment rien de propice. Le poète s’éclaircit la voix avec nervosité et se mit en devoir de commencer. »  Page 183
  • « « Ashar et le Seigneur sont miséricordieux », dit l’esclave en se relevant pour se retourner face aux courtisans et au poète frappé de stupeur devant l’estrade. « Je n’avais vraiment pas envie d’entendre encore une fois ce poème. » Il fit un geste d’excuse. « Je l’ai écrit en très grande hâte, voyez-vous, et il présente des maladresses.
    – Ammar ibn Khairan ! » balbutia Sérafi, ce qui était plutôt superflu. »  Page 184
  • « « Le jour de la Douve, dit ibn Khairan à la cantonade, fut une erreur, pour de nombreuses raisons fondamentales. Ce n’est jamais une idée judicieuse que de priver quelqu’un de toute porte de sortie. »
    Sérafi le poète trouve ces paroles incompréhensibles, mais il y a des hommes plus avisés parmis ceux qui se tiennent entre les colonnes et sous les arches. On retiendra la remarque d’ibn Khairan, on en discutera à l’envi. On se hâtera d’être le premier à l’élucider. »  Page 187
  • « Le roi devient encore plus écarlate. Le poète Sérafi se rappelle brusquement que leur nouveau souverain est encore un jeune homme. »  Page 189
  • « Ils s’exécutent, cimeterre dégainé, et viennent encadrer ibn Khairan. Il ne leur accorde qu’un bref coup d’œil amusé.
    « J’aurais dû rester poète, dit-il en secouant la tête avec regret. Ce genre d’affaires dépasse mes capacités. Adieu, Votre Splendeur. Je m’en irai vivre une vie de contemplation, triste, obscure et muette, en attendant d’être convoqué à nouveau dans votre lumière. »  Page 190
  • « Les deux serviteurs qui le suivaient à quelque distance sur des mules avec des bagages variés, essentiellement vêtements, bijoux et manuscrits, n’étaient évidemment pas dans le secret de ses pensées et n’auraient pu voir son visage. »  Page 191
  • « Il n’appréciait guère l’idée d’être un exemple tout fait de quoi que ce fût. Un rôle trop banal, et il se considérait avant tout comme un poète. »  Page 192
  • « Il aurait pu aller droit de Fézana en Ferrière de l’autre côté des montagnes, ou dans n’importe laquelle des grandes cités de Batiare. Il y avait là-bas des cours princières cultivées, où un poète asharite, brillante amélioration du décor, serait le bienvenu : il aurait pu écrire dans le luxe pour le restant de ses jours parmi les plus civilisés dans Jaddites. »  Page 194
  • « Deux fois maintenant, alors. Deux fois en quinze ans, il avait assassiné le plus puissant monarque de la contrée. Un khalife, un roi.
    J’ai de moins en moins de chances d’être remémoré pour ma poésie, décida-t-il avec regret en entrant chez lui. »  Page 194
  • « C’était la beauté la plus célébrée en Al-Rassan, et encore jeune, quoique peut-être un peu moins après les événements de la matinée. Ibn Khairan n’était qu’un des milliers de poètes qui avaient chanté sa beauté depuis des années; il avait été le premier, cependant, ce serait toujours vrai. Il l’avait rencontrée avec Almalik. Il s’était trouvé là au tout début.
    La femme que nous avons vue à la Porte de la Fontaine,
    Alors que le crépuscule se glissait aux murs de la cité
    Tel un voleur masqué prêt à dérober le jour,
    Portait les saintes et premières étoiles d’Ashar
    En ornement dans la cascade sombre de ses cheveux.
    Quel sera le nom de leur beauté
    Sinon le sien? »  Pages 196 et 197
  • « Il avait tué aujourd’hui un homme à l’ambition cruelle, un homme dur, soupçonneux, brillant. Un homme qu’il avait aimé.
    Quand le Lion vient à loisir
    Boire à l’étang, ah, vois !
    Vois les bêtes timides d’Al-Rassan
    Se disperser telles des feuilles d’automne sous le vent
    Telles des graines aériennes au printemps,
    Telles des nuées grises qui s’entrouvrent
    Pour laisser la première étoile du Seigneur biller sur la terre. »  Page 203
  • « Aux côtés des artisans renommés qui travaillaient l’ivoire, il y avait des poètes, des chanteurs, des peaussiers et des ébénistes, des maçons, des souffleurs de verre, des tailleurs de pierre – passés maîtres dans une stupéfiante diversité de métiers – qui ne se seraient jamais aventurés à l’est de l’autre côté de la chaîne des Serrana au temps où Silvènes était le centre du monde occidental. À présent, depuis la chute retentissante du Khalifat, chaque cité royale avait son contingent d’artisans et d’artistes qui exaltaient et chantaient les vertus de son roi. Si l’on devait en croire la langue de miel des poètes d’Al-Rassan, c’étaient tous des lions.
    Il ne fallait pas le croire, bien entendu. Les poètes, étant des poètes, devaient gagner leur vie. »  Page 208
  • « Il avait cinquante-sept ans cette année-là, il était mince et en bonne santé, avec une abondante chevelure grise sous sa petite calotte kindath bleu pastel : barbe bien entretenue et parfumée, voix méditative et bien modulée, et un esprit capable de passer sans broncher de la poésie à la planification militaire. On pouvait lire aussi, dans ses yeux d’un brun sombre aux lourdes paupières, l’expression bien reconnaissable d’un homme habitué à plaire aux femmes, et qui en tirait du plaisir. »  Page 217
  • « Il souriait sans grande déférence et ne ressemblait guère à un intendant tandis qu’il examinait la cour assemblée du roi Badir ; Rodrigo le vit adresser un signe de tête à un poète.
    Ibn Khairan s’inclina devant le roi de Ragosa. »  Page 227
  • « « Des vers seront présentés au banquet que nous aurons en l’honneur de Dame Zabira et en le vôtre ce soir. J’ai accepté vos termes, en toute franchise, parce que j’acquiers en même temps un poète. »
    Ibn Khairan n’avait pas cessé de regarder Rodrigo pendant le début de ce discours, mais le roi avait ensuite bénéficié de toute son attention courtoise. « Je suis honoré de vous servir en quelque capacité que ce soit, mon seigneur roi. Avez-vous un sujet préféré pour ce soir ?
    – Mais oui, avec la gracieuse permission du roi », dit Mazur ben Avren, en se caressant la barbe de l’index; il fit une pause pour ménager son effet. « Une élégie pour le roi assassiné de Cartada. »
    Jehane n’avait jamais su qu’il pouvait faire preuve de cruauté. C’était ibn Khairan, dans l’appartement de son père, qui l’avait avertie d’être prudente avec Mazur, elle se rendit compte qu’il la regardait; elle se sentit rougir, comme si elle avait été surprise. Avec une expression pensive lui-même, ibn Khairan se tourna de nouveau vers le chancelier.
    « Comme il vous plaira, se contenta-t-il de dire. Le sujet en est digne. » Le poème leur fut présenté cette nuit-là, après qu’on eut débarrassé les tables des plats et des coupes du banquet, et après l’extraordinaire rencontre dans les lices, sous les murailles de la ville, rencontre qui devait faire tout le tour de la péninsule, même par les mauvaises routes hivernales.
    Au printemps venu, ces vers auraient fait pleurer  bien des gens, le plus souvent contre leur gré, dans une dizaine de châteaux et autant de cités et de bourgades, nonobstant le fait qu’Almalik de Cartada avait été l’homme le plus redouté d’Al-Rassan. C’est une vérité de longue date qu’hommes et femmes regrettent souvent l’objet de leur haine autant que celui de leur amour.
    Cette nuit-là, lorsque fut présentée pour la première fois l’élégie funèbre, dans la salle de banquet de Ragosa, pour l’homme qui préférait à tout autre nom celui de poète, on avait déjà décidé qu’il était prématuré d’entrer en guerre avec Cartada, quelles que fussent les ambitions pour ses fils de la femme du roi défunt. »  Pages 238 et 239
  • « À la toute fin d’un jour et d’une nuit extrêmement longs – après la rencontre, après le tournoi, après le banquet, après les vers et les toasts et le dernier verre de vin levé, dans cette salle magnifique où courait un ruisseau, deux hommes étaient encore éveillés, discutant dans les appartements privés du souverain de Ragosa, seuls avec les serviteurs et la lumière des chandeliers. »  Page 240
  • « Les textes d’Ashar étaient très explicites : nul Kindath ou Jaddite ne pouvait détenir une quelconque autorité souveraine sur les Fils des Étoiles ; ils ne pouvaient pas même employer des Asharites. Le châtiment, si l’on observait le code du désert, était la mort par lapidation. »  Page 240
  • « Néanmoins, Mazur ben Avren était le prmier Kindath à commander une armée occidentale depuis cinq cents ans, c’était la simple vérité. Poète, érudit, diplomate, juriste. Et soldat. »  Page 241
  • « « Nous avons entendu un poème admirable, ce soir. »
    La voix du roi, lorsqu’elle s’éleva de nouveau, était mesurée.
    Ben Avren acquiesça : « Je l’ai pensé aussi. »
    Le roi Badir observa un moment son chancelier. « Vous avez fait aussi bien, en votre temps. »
    Mazur secoua la tête : « Merci, mon seigneur, mais je connais mes limites en la matière. » »  Page 242
  • « Que laissait un roi derrière lui ? Que laissait quiconque ? Et cela le ramena aux vers qu’ils avaient entendu dire après le dîner, mollement étendus sur leurs couches dans la salle du banquet au ruisselet apprivoisé qui courait, rapide, un arrière-plan murmurant aux paroles énoncées.
    Que seule la peine parle ce soir.
    Que la peine nomme des lunes
    Que la pâle lumière bleue soit Perte
    Et que la blanche soit Mémoire.
    Que les nuées assombrissent l’éclat
    Des hautes et saintes étoiles,
    Tel un funèbre suaire entourant la rivière
    Où il avait coutume de se désaltérer.
    Là de moins nobles bêtes à présente se rassemblent
    Puisque le Lion jamais n’y reviendra… »  Page 245
  • « Ammar avait commencé, pendant cette discussion sans fioriture, à mieux apprécier l’ingéniosité de Mazur ben Avren ; et à comprendre pourquoi Badir avait tant risqué pour garder son chancelier kindath. Il le connaissait déjà de réputation, bien entendu. L’avait rencontré une fois. Avait échangé des lettres avec lui au cours des années, lu ses habiles poèmes. »  Page 247
  • « Au cours des années, Ammar ibn Khairan en était venu à considérer le monde comme un lieu où il se mouvait seul, menant des hommes au combat quand c’était nécessaire, planifiant et intriguant pour son monarque quand on le lui demandait, polissant ses vers et ses chansons chaque fois que les courants de la vie lui en laissaient le loisir, se liant avec de nombreuses femmes tour à tour, et quelques hommes, pour s’en délier ensuite. »  Page 249
  • « Le vieil homme aveugle avait louangé ses vers de jeunesse. L’avait invité à visiter Silvènes. Un homme âgé, qui n’avait jamais désiré monter sur l’estrade des khalifes. Tout le monde le savait. Comment un poète aveugle aurait-il régné sur l’Al-Rassan? »  Page 250
  • « Elle avait entendu son élégie, ses vers, ce soir. Il avait assassiné un homme qu’elle avait juré d’abattre elle-même, rendant absurde son vain serment enfantin – qui l’avait toujours été. De fait, elle avait presque éprouvé de la peine en entendant les vers cadencés. »  Page 257
  • « Tous ceux de l’Al-Rassan qui étaient venus les trouver au fil des années, wadjis et émissaires, avaient été de grands discoureurs. Ils ne portaient pas de voiles, c’en était peut-être la raison. Poètes, chanteurs, hérauts – les mots coulaient comme de l’eau dans cette contrée; c’était le silence qui y mettait mal à l’aise. Le visiteur ignorait la mort de son père, voilà qui était bien clair à présent. »  Page 274
  • « Cet homme, cet ibn Khairan, avait le tour avec les mots, songea Idar ; puis il se rappela qu’outre tout le reste le Cartadène était un poète. »  Page 328
  • « Elle avait consulté son almanach et consultée les augures des lunes : celles de la naissance de son patient se trouvaient en harmonie acceptable avec celle de la présente journée ; seuls les augures les plus défavorables lui auraient fait retarder la procédure. »  Page 332
  • « Les estaminets jaddites étaient toujours bondés en hiver, malgré les imprécations des wadjis. À la cour, dans les tavernes, dans les maisons les plus aisées, pour se trouver des partons, poètes et musiciens rivalisaient avec des jongleurs, des acrobates et des dompteurs d’animaux, avec des femmes qui prétendaient converser avec les morts, des diseurs de bonne fortune kindath qui lisaient l’avenir dans les lunes ou des artisans itinérants installés pour la saison dans des locaux situés à la périphérie de la cité ; cet hiver, la mode était de faire exécuter son portrait en miniature par un artiste originaire de Séria. »  Page 345
  • « Quelques poètes et musiciens étaient partis vers d’autres cours, d’autres étaient arrivés. Tout cela faisait partie du cours normal des événements. On pouvait se lasser d’un artiste, et un nouveau monarque se devait d’imposer dans bien des domaines la marque de ses goûts. »  Page 347
  • « Tout ce qu’Ammar aurait dû faire, c’était se retirer discrètement quelque part pendant un an, écrire quelques poèmes, aller à un pèlerinage en orient, peut-être, ou même combattre pour la Vraie Foi en Soriyie au cours de l’année, au nom d’Ashar… Puis Almalik l’aurait de nouveau accueilli, un courtisan contrit et assagi qui aurait fait pénitence pendant un intervalle décent. »  Page 352
  • « Elle leva les yeux vers lui. « Ne jouez donc pas tellement les poètes, dit-elle avec aspérité. Je ne me laisse pas distraire par des images. Je vais réfléchir à tout ceci et vous laisserai savoir exactement en la matière. À Rodrigo, en particulier, ajouta-t-elle. C’est lui qui avait promis qu’on me laisserait tranquille. »  Page 371
  • « « Je voulais vous dire, ça va aller mal, dit abruptement la fille. Pour les Kindaths, je veux dire. »
    Éliane se sentit envahie par une appréhension glacée. « Comment cela ? » dit-elle en jetant un regard involontaire par-dessus son épaule vers la portion ensoleillée de la rue, où des gens allaient et venaient, et pouvaient être en train de les écouter.
    « On entend des bavardages, dehors. Des hommes qui viennent nous voir. On a placardé des affiches sur les murailles. Un poème dégoutant. Une… comment ils appellent ça… une allégation. Sur les Kindaths et le Jour de la Douve. Nunaya pense que quelque chose se prépare. Que le gouverneur a peut-être des ordres. »  Page 390
  • « « Qu’avez-vous pensé de la poésie, ce soir ? »
    C’étaient ces vers, justement, le problème. »  Page 419
  • « « Qu’avez-vous pensé de ces vers, vous, mon seigneur ? »
    Cela ne ressemblait pas au chancelier de renvoyer ainsi une question ; Badir haussa un sourcil : « De la circonspection, mon vieil ami ? Avec moi ? »
    Mazur secoua la tête : « Non. De l’incertitude, en réalité. Mes propres aspirations poétiques ne donnent peut-être des préjugés. »  Page 420
  • « Ce que j’en pense ? Je pense que la plupart de ces poèmes étaient sans intérêt. Les images habituelles. Je trouve aussi que notre ai ibn Khairan a trahi dans ses vers, délibérément ou malgré lui, un dilemme qu’il aura préféré garder secret. »  Page 420
  • « Ibn Khairan est un poète trop honnête, mon seigneur, reprit-il enfin. Il peut feindre en actes et en paroles, mais pas avec autant de facilité dans sa poésie. »  Page 420
  • « « C’était un poème vraiment très bref, dit le roi de Ragosa.
    – En effet.
    – Presque… pour la forme.
    – Presque. Mais pas tout à fait. » Le chancelier garda un moment le silence. « Je crois qu’il vous a offert un compliment inhabituel, mon seigneur.
    – Ah. Comment cela ?
    – Il vous a laissé voir qu’il est déchiré. Il ne l’a pas dissimulé derrière un hommage à la fadeur élaborée. »
    Ce fut le tour du roi de garder le silence. « Laissez-moi bien vous comprendre, dit-il enfin ; une trace d’irritation rare perçait dans sa voix ; il était fatigué. « Ammar ibn Khairan, à qui l’on avait demandé un poème pour mon anniversaire de naissance, récite une petite pièce brève sur de l’eau toujours dans un étang ou du vin toujours dans ma coupe. Et c’est tout. Six vers. Et mon chancelier, mon poète, dit qu’on doit le considérer comme un compliment ? »
    Mazur ne broncha point : « Parce qu’il aurait si aisément pu en faire davantage, mon seigneur, ou du moins déclarer que son inspiration n’était pas à la hauteur de la magnitude de l’occasion. Il a trop d’expérience pour ne le point faire, s’il avait éprouvé le moindre besoin de jouer les courtisans. Ce qui signifie qu’il désire vous voir comprendre, et me voir comprendre aussi, je suppose, qu’il est honnête avec nous, et le restera. »  Page 422
  • « « Vous pensez beaucoup de bien de cet homme, dit le roi Badir en contemplant la nuit.
    – Ce que je pense, dit le chancelier, si vous me permettez de poursuivre une fantaisie de poète et d’imaginer des être humain comme des corps célestes, c’est que nous avons ici à Ragosa, ce printemps, les deux plus brillantes comètes de notre ciel. »  Page 423
  • « Après un moment, Badir demanda, déconcerté : « Mais pourquoi l’eau ordinaire d’un étang, Mazur ? Dans ce poème. Pourquoi pas un riche vin rouge ? »
    Et son chancelier le lui expliqua aussi. » Page 424
  • « Plus tard dans la nuit, alors qu’il dérivait vers les rives du sommeil en sentant contre lui la jeune nudité de Zabira, aussi douce qu’un chat, aussi tiède qu’un rêve agréable, Mazur l’entendit lui poser une dernière question : « Le roi a-t-il compris ce qu’ibn Khairan voulait dire par son poème, cette nuit ? À propos de l’eau là où l’on boit ? »  Page 424
  • « Le chancelier de Ragosa resta longtemps éveillé, cependant, à considérer les informations qu’elle lui avait procurées, en les retournant dans sa tête comme une pierre dans la main, ou toutes les conclusions possibles d’un poème. »  Page 425
  • « Pour l’éclatant seigneur de Ragosa,
    Depuis si longtemps sur son trône
    Et bien-aimé, ainsi qu’il le mérite,
    Puisse-t-il y avoir toujours, dans les temps à venir,
    De l’eau fraiche dans l’étang illuminé par les lunes
    Et dans sa coupe, du vin.
    J’aurais peut-être pu dire « seul auprès de l’étang », songea Ammar ibn Khairan ; mais cela aurait eu une saveur de flatterie, si subtile fût-elle, et il n’était pas prêt à en accorder autant à Badir de Ragosa dans un poème – pas si tôt après l’élégie à Almalik.
    C’étaient les lions, bien sûr, qui se trouvaient seuls lorsqu’ils venaient à l’eau pour y boire.
    Il se demanda si le roi avait été offensé par le brièveté de son poème, ce qui aurait été bien dommage. On avait à peine fait silence aux tables du banquet qu’ibn Khairan, à qui on accordait l’honneur d’être le premier à dire ses vers, en avait déjà terminé. Des vers aussi simples que possible, des vœux plus qu’un hommage. Excepté la suggestion… les eaux éclairées par les lunes. Si Badir la comprenait, Ammar en doutait.
    Je suis trop vieux, se dit-il pour se justifier. Trop vieux pour faire un usage abusif de mon talent.
    N’importe lequel de tes talents ?
    La voix intérieure posait toujours des questions épineuses. Il était soldat et diplomate tout autant que poète. C’étaient là les véritables talents qui lui permettaient de vivre à Ragosa, comme il en avait été à Cartada. La poésie ? C’était pour les instant où les vents du monde s’apaisaient.
    Quelles étaient les obligations d’un homme honorable ? À quoi devait-il aspirer ? Était-ce à la tranquillité de l’étang, dont il rêvait, qu’il décrivait, où une seule bête ose venir, sortant des ombres de la forêt, pour s’abreuver sous la lune et les étoiles ?
    Cette immobilité, cette image unique, était la pierre de touche de tout le poème. »  Pages 425 et 426
  • « Il l’avait cherchée ensuite, après le repas, après le concert et tous les poèmes, y compris le sien, mais elle était déjà partie. »  Page 428
  • « Il doutait que le chancelier de Ragosa fût seul, cependant, et doutait plus encore qu’il fût disposé à discuter de subtiles nuances poétiques en cet instant, si tard dans la nuit, avec la ravissante et habile Zabira dans son lit. »  Pages 428 et 429
  • « Il tirait ses plaisirs des livres qu’il pouvait acheter avec l’argent qu’on lui payait ; de son jardin de fines herbes ; de ses correspondants disséminés un peu partout. »  Page 432
  • « Sa première intervention sur la scène plus vaste du monde, sept ans plus tôt, avait été un bref essai respectueux sur la querelle doctrinale qui faisait rage entre les prêtres de Ferrière et ceux de Batiare à propos du sens des éclipses solaires. Cette querelle, et la bataille pour la prééminence qu’elle symbolisait, n’avait toujours pas trouvé de conclusion. Pour autant qu’il pût en juger, on avait ignoré la contribution d’Ibéro. »  Page 433
  • « Il y avait une taverne – Chez Ozra – entre le palais et la Porte de la Rivière, au sud. Là, sous l’œil bienveillant du propriétaire de longue date, se rassemblaient poètes et musiciens de Ragosa, et ceux qui, masqués désiraient être de leur nombre, même pour une unique nuit, afin de s’offrir les uns aux autres poèmes et chansons anonymes, ainsi qu’à ceux qui interrompaient un moment leur course effrénée pour écouter à la porte. »  Page 441
  • « Ozra se retourna vers le lévrier installé entre les chandelles et s’apprêta à écouter. En réalité, il connaissait, lui, l’identité de cet artiste. Un poète, qui se mit à déclamer sans indiquer de titre et sans préambule.
    Nous attarderons-nous à Ragosa, au printemps, parmi les fleurs
    Entre le diamant blanc du lac
    Et le collier bleu de la rivière
    Qui glisse au sud vers la mer
    Telles des perles égrenées par les doigts d’une femme ?
    Nous attarderons-nous à chanter les louanges de la cité ?
    Et ne nous rappellerons-nous pas alors,
    Au temps des lions, Silvènes ?
    Dans les fontaines de l’Al-Fontina, dit-on
    Vingt mille miches de pain nourrissaient les poissons
    Chaque jours, tous les jours
    Dans la Silvènes des khalifes
    Dans les fontaines de l’Al-Fontina.
    Un frémissement passa dans la taverne. Un poème inattendu, dans sa structure comme dans sa tonalité. Le poète, quelle que fût son identité, fit une pause pour boire un peu au verre qui se trouvait près de lui. Il jeta un autre coup d’œil circulaire sur la salle, en attendant le retour du calme, puis il reprit.
    Nous attarderons-nous ici, au cœur de cette beauté fragile
    En admirant l’ivoire caressé par la lumière ?
    Nous demanderons-nous
    Ce qu’il adviendra de l’Al-Rassan
    Bien-aimée d’Ashar et des étoiles ?
    Qu’est-il advenu de Silvènes ?
    Où sont les centres de sagesse, et les maîtres ?
    Où les danseuses aux minces chevilles ?
    Où la musique sous les amandiers ?
    Où est le lieu que les khalifes au si grand renom
    Quittaient dans un bruit de tonnerre avec leur armées ?
    Quelle bêtes sauvages errent maintenant à leur gré
    Entre les piliers effondrés ?
    Sous la lune, on y a vu des loups.
    Un autre frémissement, aussitôt réprimé, car le poète n’avait pas fait de pause, cette fois.
    Demandez à Cartada aux sévères murailles
    Des nouvelles de Silvènes
    Mais demandez ici à Ragosa celles de l’Al-Rassan
    Demandons-nous, entre rivière et lac
    Si nous tolérerons l’extinction des astres.
    Demandez à la rivière, demandez au lac
    Demandez au vin qui coule à flots ce soir
    Entre les torches et les étoiles.
    Le poète se tut. Il se leva sans cérémonie et descendit dans l’estrade. Il ne pouvait éviter les applaudissements, pourtant, une appréciation sincère, ni les regards spéculateurs qui l’accompagnèrent jusqu’au bar.
    Ozra, en accord avec la tradition, lui offrit un verre de son meilleur vin ; d’ordinaire, il l’accompagnait d’une plaisanterie, mais il ne pouvait en imaginer une.
    Demandez au vin qui coule à flots ce soir.
    Ozra di Cozari était rarement ému par ce qu’on récitait ou chantait dans sa taverne, mais il y avait une qualité particulière à ce qu’il venait d’entendre. »  Pages 442 à 444
  • « Très bas, et Ozra fut bien certain qu’il était le seul à l’entendre, le cerf à sept points dit : « ‘’Bien-aimée d’Ashar’’ ? »
    Le poète rit doucement. « Ah, eh bien… Qu’auriez-vous voulu me voir écrire ? »
    Ozra ne comprenait pas, mais il n’était pas censé comprendre.
    « Exactement ce que vous avez écrit, je suppose », dit l’autre ; son masque lui dissimulait complètement les yeux. « C’était très bien. Des pensées plutôt sombres pour un Carnaval.
    – Je sais ». Une hésitation, « Il y a toujours un côté plus sombre aux Carnavals, de mon expérience.
    – Dans la mienne aussi.
    – Allons-nous avoir de vos vers ?
    – Je ne crois pas. Ce que je viens d’entendre m’a rempli d’humilité. » »  Page 444
  • « – Pas pour vous ? N’irez-vous pas vous promener ? Avec moi ? »
    Une autre hésitation. « Merci, non. Je boirai encore un eu de ce bon vin d’Ozra, et j’écouterai encore un peu de poésie et de chansons avant d’aller me coucher. »  Page 445
  • « En versant le vin, il vit la première des femmes qui venaient trouver le poète ; cela aussi arrivait toujours, pendant le Carnaval.
    « Pourrions-nous deviser un moment en privé ? » demanda la lionne d’une voix douce. Le lévrier se retourna pour l’observer. Ozra aussi. Ce n’était pas une voix de femme.
    « Des entrevues privées sont difficiles à arranger, cette nuit, dit le poète. »  Page 445
  • « D’après l’intonation, cet homme déguisé en femme savait exactement qui était le poète, ce qui pouvait impliquer un certain danger. »  Page 445
  • « Ce fut le hors-la-loi, cette fois, qui remplit leurs deux verres. « J’ai entendu votre poème, dit-il. Il m’a semblé, en l’écoutant, que vous étiez déjà au courant. »
    Ben Avren lui rendit son regard : « Non. Une appréhension peut-être. Mon peuple a une coutume – une superstition, en fait. Nous exprimons nos craintes, en guise de talisman : en les rendant explicites, nous espérons les rendre fausses. »  Page 448
  • « « Je suis heureux d’avoir parlé avec vous, dit Mazur. Nous ne sommes jeunes ni l’un ni l’autre. Voilà qui aurait pu ne jamais arriver.
    – Je n’envisage pas d’en finir bientôt, remarqua Ibn Hassan. L’an prochain, peut-être, j’offrirai un poème ici, pendant le Carnaval. »  Page 450
  • « Il connaissait ibn Khairan depuis l’enfance du poète dans cette ville. »  Page 502
  • « Faisant alors écho à un poème, largement placardé et récité plus tôt dans l’année, quelqu’un souligna qu’aucun Kindath n’avait péri le Jour de la Douve, par un seul. Seulement de bon Asharites. »  Pages 506 et 507
  • « En traversant la ville, les tanneurs – en fort grand nombre à ce point – rencontrèrent deux femmes kindaths qui achetaient des châles dans l’allée des Tisserands. L’homme qui avait récité le poème placardé en frappa une au visage ; l’autre femme eut la témérité de la frapper en retour. »  Page 507
  • « La splendide voix s’était faite lyrique, cadencée, apaisante. Un poète, se rappela Alvar, Jehane lui avait dit, un fois, qu’Ibn Khairan se considérait toujours comme tel, avant et par-dessus tout. »  Page 525
  • « – Il est mort ? » demanda de nouveau Fernan, en ignorant, ou en étant incapable de la comprendre, la terrible évidence muette du crâne sanglant et fracassé.
    « Viens, Fernan, dit ibn Khairan avec douceur, de sa voix de poète. Allons jusqu’à la rivière pour nous asseoir un moment. Nous pourrons peut-être prier, chacun à notre manière. Voudras-tu prier avec moi ? » »  Page 564
  • « Il abaissa de nouveau son regard sur l’enfant qu’il tenait. Diégo. Mon petit. Partout, des poètes décrivaient des cœurs brisés d’amour. Savaient-ils vraiment ? »  Page 564
  • « – Le médecin, d’Ignigo, qui a aidé à l’opération de votre fils cette nuit, a pu sauver la reine alors que ses propres médecins en étaient incapables. Il a compris, d’après la nature de la plaie, qu’il y avait eu du poison sur la flèche, et il a procuré le remède.
    – Nous lui devons beaucoup, dans ce cas, dit Rodrigo.
    – Oui. Il dit avoir appris l’existence de ce poison dans les écrits d’un certain médecin kindath de Fézana. »  Page 576
  • « C’était Bernart d’Ignigo, le médecin des forts des tagra, qui avait tout mis en place pour eux, comprenait-elle. Il avait sauvé la reine grâce à sa lecture des écrits d’Ishak, apparemment. »  Pages 585 et 586
  • « – Hélas, c’est vrai. ‘’La guerre se repaît tel un chien sauvage du cœur des hommes braves.’’
    – Je connais cette citation, dit soudain le roi du Vallédo. Ce vers a été écrit par ibn Khairan d’Aljais.
    Ammar se retourna vers lui et Jehane sut qu’il était surpris, même s’il essayait de le dissimuler. « À votre service, mon seigneur. Les vers est plus sonore en asharite. »  Pages 588 et 589
  • « – J’ose dire qu’il n’y a pas d’amour perdu entre eux et lui », murmura le roi Ramiro ; c’était un homme séduisant, de haute taille; il avait aussi reconnu un vers d’un poème d’Ammar. »  Page 589
  • « Je ne suis pas sans savoir les accomplissements de l’Al-Rassan. J’ai lui vos vers et ceux de vos autres poètes. »  Page 592
  • « Les poètes écriraient des vers et des chants, les déclameraient dans les fêtes et les tavernes, ou dans le noir sous les étoiles du désert. »  Page 630
  • « Elle regarda du côté du soleil et vit Rodrigo feinter puis asséner un puissant revers. Ammar para le coup de son épée, aussi souple que la soie de Husari, aussi coulant qu’un vers dans un poème, aussi parfait qu’un bon vin gouté à la fin de la journée. »  Page 632
  • « Mais elle n’avait jamais, jamais entendu Rodrigo parler d’un autre homme, pas même de Raimundo, si longtemps auparavant, comme il avait parlé d’Ammar ibn Khairan pendant le long hiver qui venait de s’achever. Comment cet homme se tenait à cheval, maniait une lame ou un arc, concevait des plans, plaisantait, parlait d’histoire, de géographie, des propriétés d’un bon vin. Et même sa manière d’écrire des vers.
    « De la poésie ?! » Miranda se rappelait avoir ainsi répliqué, de la voix qu’elle réservait au sarcasme le plus cinglant.
    Rodrigo avait un penchant pour la poésie et une oreille pour ce qu’il entendait. Elle non, et il le savait bien ; il usait de ce savoir pour la tourmenter de bribes de poèmes, au lit. Elle se couvrait la tête de ses oreillers. »  Pages 634 et 635
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