3 étoiles, M

Marie LaFlamme, tome 1 : Marie LaFlamme

Marie LaFlamme, tome 1 : Marie LaFlamme de Chrystine Brouillet.

Éditions Guy Saint-Jean, publié en 2008, 718 pages

Premier tome de la trilogie « Marie LaFlamme » de Chrystine Brouillet paru initialement en 1990.

En 1662 Marie LaFlamme a vingt ans et habite à Nantes avec sa mère Anne. Son père, Pierre, a péri en mer il y a un an. Anne parvient à assurer leur subsistance grâce à ses dons de sage-femme et de guérisseuse. Marie est amoureuse de Simon Perrot mais celui-ci quitte Nantes pour Paris afin de devenir soldat. Elle se langui de son absence et est convaincue qu’il reviendra pour l’épouser. Le malheur tombe sur les deux femmes, elles seront soupçonnées de sorcellerie. Anne et Marie seront faites prisonnières et Anne sera condamnée au bûcher pour avoir pratiqué la médecine avec succès. La médecine étant réservé aux hommes, si elle obtient de bons résultats c’est donc qu’elle est une sorcière. Afin d’éviter la torture et le bûcher à sa fille, Anne la donnera en mariage à l’armateur Geoffroy de Saint-Arnaud. Cependant, ce dernier est cruel, obsédé par l’argent et Marie le déteste. De plus, il est obsédé par un trésor dont Pierre LaFlamme lui a parlé avant de mourir. Marie n’aura pas d’autre choix que de l’épouser mais elle n’entend pas partager le trésor avec lui.

Roman historique dont le premier tome permet une belle incursion au 17ième siècle en France. À la lecture de ce tome, il est manifeste que l’auteure s’est bien informée afin de décrire avec justesse cet époque. Elle réussit à plonger le lecteur dans cette société et de transmettre les façons de penser et les croyances de l’époque. Les deux personnages principaux de Marie et Anne sont très bien rendues, on s’y attache rapidement. L’impétuosité du caractère de la jeune Marie permet aux sentiments du lecteur d’osciller entre l’amour et l’antipathie. Par contre, ce premier tome a un rythme très lent. La lecture en est quelque fois moins excitante car certains passages sont trop clichés. L’histoire manque un peu de fini, de profondeur et surtout de réalisme : c’est beaucoup trop d’événements dans la vie d’une seule personne. En bref, c’est une lecture agréable et captivante malgré les quelques défauts.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 5 février 2016

La littérature dans ce roman :

  • « Si la jeune femme clamait son innocence avec vigueur le lundi, elle avouait le vendredi, brisée par des heures d’interrogatoire. Oui, elle avait assisté une fois, une seule fois, au sabbat.  Citant des sources, les textes des experts Bodin, Boguet et Lancre, ses juges lui firent remarquer que les réunions sataniques étaient hebdomadaires et que toutes les sorcières se devaient d’y paraître. Péronne leur mentait donc. »  Page 34
  • « Elle s’était assise près de la croisée et revivait le moment où Jacques Lecoq était arrivé avec la lettre de son Simon. Marie Perrot. Oui, Marie Perrot. Ça sonnait bien à l’ouïe ! La jeune fille songeuse était sourde à tout autre nom et Anne dut l’appeler par trois fois.
    — Ma petite reine… Tu rêves au Prince charmant ?
    Marie protesta si vivement qu’Anne sourit franchement avant de lui souhaiter plus de chance qu’à la belle Aurore du conte. 
    — J’espère que tu ne vas pas passer un siècle à l’attendre, je doute que tu en aies la patience, dit-elle taquine. »  Pages 80 et 81
  • « Chahinian, amateur de comédie lyrique, avait été, comme tous les spectateurs parisiens du théâtre du Petit-Bourbon, aussi impressionné par la féerie des machines que par la musique, le chant, la danse. II ignorait combien de temps il resterait à Nantes mais peut-être qu’une troupe y était établie ou que des comédiens s’arrêtaient dans la ville? Il aimait ces divertissements et leur moralité didactique car, il ne s’y trompait pas, les auteurs de théâtre dénonçaient les fatuités du monde. Ils avaient, selon l’orfèvre, autant d’influence sur les spectateurs en les faisant rire et pleurer, que les prêtres en chaire qui les terrorisaient.
    Et Guy Chahinian s’en réjouissait; s’il convenait de la grave intelligence de Bossuet, il préférait l’esprit de Molière ou de La Fontaine qui voyaient bien les défauts de l’homme mais ne le vouaient pas aux Enfers… »  Page 85
  • « — Ah! Vous allez rester? s’exclama Germaine Crochet, visiblement ravie. Guy Chahinian lui semblait être un homme sérieux et bien nanti. Il n’avait pas sourcillé en voyant l’écriteau « crédit est mort » et pourtant il savait lire puisqu’il tenait un livre qu’il déposa sur la table après s’être assis au fond de la salle, près de l’âtre. »  Page 90
  • « Si on lui prouvait qu’il avait tort et que l’armateur avait du cœur, le joaillier acceptait qu’une fée le transforme en rat ou en citrouille comme dans les contes du sieur Perrault. De songer à cette littérature le fit éprouver de l’ennui. Il se souvint avec nostalgie des veillées où on lisait les textes de ce commis, licencié en droit qui se plaisait à divertir le Tout-Paris de son talent. Nombre de ses récits avaient été narrés bien avant mais il savait les tourner de la plus jolie manière et leur donner de ce fait un plus vaste public. Chahinian soupira: trouverait-il le temps et la société à Nantes pour goûter quelques feuillets? Il voyait assez bien Henriette Hornet en méchante ogresse et Geoffroy de Saint-Arnaud dans le rôle de Barbe- Bleue. S’il devait désigner la Belle au bois dormant, il serait fort embarrassé car la superbe Marie LaFlamme ne lui faisait guère l’effet d’être une personne posée, même enchantée; elle incarnerait mieux Cendrillon, s’élançant vers le bal. Place Saint-Pierre, elle allait de sa mère à Jacques Lecoq en glissant souplement à travers la foule, tels ces cabris qu’il n’avait jamais vus mais dont un voyageur du Sud lui avait vanté l’agilité. »  Page105
  • « — Ici ? bredouilla Marie. Je croyais que vous ne restiez que quelques… 
    — Eh non… Je suis navré de ne pouvoir jouer pour vous les Hermès, ou les Cupidon, dit-il avec un sourire aimable. »  Page 125
  • « Je veux enrayer la contage, la prévenir même ! Je veux: n’est-ce pas deux mots bien vaniteux? Mais je suis ainsi, ambitieuse. Bien sûr, j’aime mes malades mais surtout, je déteste la mort. Le décès d’un patient m’est comme une offense personnelle… Vous voyez mon orgueil! Qui suis-je pour défier la mort? Qu’une veuve qui a quelque savoir des plantes. Je n’ai pu apprendre qu’en suivant M. Chouart dans sa pratique quotidienne. Mais pour cet homme qui a accepté de m’enseigner, mille autres s’y opposent maintenant. Si je délivre encore des femmes, c’est que le Dr Hornet ne veut pas des pauvres gens. A Paris, la dernière femme à avoir pratiqué une délivrance royale est morte il y a trente ans. C’était une personne remarquable qui a beaucoup écrit sur l’art d’être mère-sage. J’ai pu, du vivant du Dr Chouart, consulter à trois reprises ses ouvrages. Bien des mères lui doivent la vie.
    — Ainsi, constata Guy Chahinian, mi-sérieux, mi-amusé, vous tenez en haute estime les talents de Louise Bourgeois, mais pas les vôtres ? 
    — Vous savez donc de qui je vous entretiens ?
    — Un ami apothicaire à Paris m’en a parlé. »  Pages 144 et 145
  • « L’aumônier doutait de nouveau de l’esprit du marin mais il s’exécuta: Geoffroy de Saint-Arnaud n’aurait qu’à juger lui- même s’il convenait ou non d’entendre Pierre LaFlamme.
    L’armateur se moqua de l’aumônier mais une heure après que celui-ci lui eut présenté la requête du mourant, il se décidait à le visiter : à de telles extrémités, un homme n’a aucune raison d’inventer une fable. »  Page 169
  • « Le jour lui rendait le muscle de vie mais la nuit revenait; son cœur régénéré était de nouveau incendié. Le joaillier travaillait de plus en plus tard chaque soir afin de retarder le cauchemar mais, tel Prométhée, il semblait condamné à revivre éternellement son supplice. Le patron des orfèvres avait le foie dévoré chaque jour par un vautour pour avoir dérobé le feu de l’Olympe; son disciple devait-il être, pour avoir laissé les flammes s’emparer d’une femme, la proie d’une nocturne épouvante ? »  Page 230
  • « Une semaine plus tôt, la baronne s’était arrêtée au couvent où la jeune fille apprenait la musique avec mère Marie-Joseph de l’Epiphanie. Elle l’avait entendue s’essayer à une aria de Jean Mignon, alors qu’elle se recueillait dans sa cellule. S’échappant du cloître, la mélodie qui lui parvenait était d’une telle harmonie qu’elle en avait laissé choir son livre de psaumes. »  Page 238
  • « — C’est merveilleux Michelle ! Un vrai conte de fées ! »  Page 246
  • « Cette journée aurait dû consacrer son triomphe, lui donner prétexte à raconter qu’une dame de qualité s’intéressait assez à sa fille pour l’emmener à Paris. Mauvaise fée, la pluie avait transformé ces heures d’apothéose en désastre, et voilà qu’un monstre lui dévorait sa coiffure. »  Page 251
  • « Afin de signifier à l’échevin Guillec que son zèle était remarqué, le jurisconsulte lui tendit un petit manuel.
    — Lisez-le, cela nous sera fort utile d’être plus nombreux à nous en inspirer.
    Egide Guillec était ravi qu’on l’élève par cette marque de confiance au rang des magistrats instruits. Il savait lire, mais il ne possédait certes pas le savoir de ces juges et palliait son ignorance par une attitude servile. Il prit le traité de démonologie avec des gestes respectueux, hésitant pourtant à dire comme il se trouvait honoré. »  Page 300
  • « — Il faudrait bien que je rencontre votre époux. Il me paraît avisé. Sinon, il ne serait pas échevin et n éclairerait pas de ses lumières les magistrats. Vous les connaissez ?
    — Tous, mentit Juliette Guillec qui n’avait rencontré qu’Alphonse Darveau et Eudes Pijart. Les Darveau portent la robe depuis un siècle au moins. Et la femme d’Eudes Pijart est la sœur du jurisconsulte Darveau. Celui-ci a prêté son guide à mon époux, Le Malheur maléfice, je crois. M. Guillec n’a pas voulu me le montrer, car il contient trop de choses horribles pour une faible femme.
    Guy Chahinian n’écoutait plus:  S’agissait-il du Malleum Maleficarum ? Ils allaient en faire usage ?
    Publié en 1486, ce manuel avait été tiré depuis à des milliers d’exemplaires en petit format, de sorte qu’on pouvait le consulter à tout moment lors d’un procès et s’en inspirer quand un doute surgissait. Guy Chahinian avait lu l’ouvrage des années auparavant mais n’avait rien oublié de son absurde atrocité. »  Page 308
  • « En rejoignant le capitaine, elle lui tendit, le temps de monter en selle, un gros cahier quelle reprit avant de flatter l’encolure de son cheval. »  Page 314
  • « — Je vais laisser ici ce cheval et vous demander d’attendre que le soleil se couche pour regagner la ville. On ne doit pas nous voir ensemble. Monsieur Chahinian, je voudrais que vous vous chargiez de ce cahier. Prenez-en le plus grand soin, c’est la somme de vingt ans de recherche et de pratique. J’en aurai encore besoin. Ainsi que ma fille. »  Page 324
  • « — Nous devons maintenant, dit le jurisconsulte Darveau, rechercher la marque diabolique. Avec les témoignages, nous aurons tous les éléments pour la faire avouer. 
    — Et le bourreau nous y aidera, dit l’échevin Guillec. L’homme avait acquis en très peu de temps une assurance qui le portait à une surenchère de cruauté pour plaire à ses pairs. Il avait prononcé ces derniers mots en guettant l’approbation du jurisconsulte qui lui avait prêté le guide de démonologie. »  Pages 349 et 350
  • « Anne LaFlamme devait mentir pour persuader sa fille de s’unir à l’armateur car Marie, épouvantée par la duplicité de l’homme, n’aurait jamais accepté sa proposition. La rage l’étouffait depuis qu’Anne lui avait rapporté leur entretien. La rage. Et la curiosité: ce trésor l’in-triguait. Elle avait été bien étonnée d’apprendre que son père avait révélé l’existence d’un trésor à Geoffroy de Saint- Arnaud. 
    — C’est un conte ! Ton père ne m’a jamais parlé de ce butin, faillit dire Anne LaFlamme.
    S’il avait possédé ces fameuses pierres, je l’aurais su.  Puis elle songea que si sa fille croyait aussi au trésor, elle ne se trahirait pas devant Saint-Arnaud. L’homme était trop cupide et trop retors pour ne pas tenter de faire parler Marie: elle devait avoir entendu la même fable. Le père Germain lui dirait la vérité en temps voulu. »  Page 365
  • « — Non. Ce balai que vous montrez maintenant ne m’aide pas à voler dans les airs!
    — Sauf si vous l’enduisez d’onguent. J’ai ici la composition de cet enduit maléfique, dit l’échevin Guillec, en se trémoussant dans sa toge noire.  Il buta sur les mots pentaphilon et hyosccyame, mais énuméra plus aisément les autres ingrédients: belladone, sang de chauve-souris, morelle furieuse, ciguë, persil, feuilles de peuplier, pavot, aconit, bave de crapaud. Certains manuels prétendaient que de l’ergot entrait aussi dans la composition de l’onguent. Niait-elle connaître cette plante ? »  Pages 378 et 379
  • « — Les femmes n’ont pas de droit au savoir ! Parce que des hommes comme vous protègent des hommes comme Hornet. 
    — Nous vous protégeons contre vous-même! tonna le jurisconsulte. La nature de la femme est frivole, menteuse, sensuelle. 
    Tapotant le traité de démonologie, il rapporta les précisions de Sprenger:  femina vient de fe, qui veut dire foi, et de minus, qui signifie moindre. 
    — Par sa faiblesse, la femme est donc plus facile à corrompre que l’homme: le Diable le sait. C’est pourquoi il vous offre ce que la loi vous refuse pour votre bien : le pouvoir de guérir. Il connaît la valeur de cet appât. »  Page 384
  • « Il fouilla dans les poches de sa toge, en tira un morceau de coton qu’il déplia devant Anne LaFlamme. Elle reconnut immédiatement la noix de muscade.
    — J’ai pensé que… si vous voulez, vous pourrez. 
    — Ah ! mon ami, murmura la sage-femme bouleversée. C’est pourquoi vous êtes ici? Comment connaissez-vous ce poison? 
    — J’ai cherché dans votre livre. Pour vérifier si ma mémoire était bonne : mon ami Jules Pernelle, l’apothicaire, m’a déjà parlé du danger que représente cette graine. Mais j’arrive trop tard, dit-il en regardant brièvement les mains brisées. »  Page 400
  • « — Je vous trouve bien maigre, vous devriez manger davantage. Vous n’avez jamais eu d’aussi bonnes choses à votre disposition. On m’a pourtant affirmé que vous étiez gourmande…
    Marie ferma les yeux, écœurée: comment aurait-elle pu avoir de l’appétit alors qu’on lui parlait de la mort de sa mère? Elle se traînait de sa chambre au salon, du salon à sa chambre et, avec ses habits sombres, elle ressemblait aux sorcières décrites dans les contes. »  Pages 406 et 407
  • « —  Le trésor, s’esclaffa Martin Le Morhier. Personne n’était plus sage que Pierre. Détourner un butin est passible de mort. Il aimait trop sa femme et sa fille pour tenter pareille chose. De plus, il n’était pas homme à errer dans les rues mal famées des ports étrangers. Il ne buvait pas, n’allait pas voir les filles. Quand aurait-il rencontré ce pirate ? Je me demande ce qui a pu l’inciter à inventer cette fable ! »  Page 416
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