4,5 étoiles, E

Elle s’appelait Sarah

Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay

Éditions Le Livre de Poche, 2010, 336 pages

Roman écrit par Tatiana de Rosnay et publié initialement en 2006 sous le titre anglais « Sarah’s key ».

Julia est une journaliste américaine qui vit à Paris depuis 25 ans avec son conjoint Bertrand, qui est français. Elle reçoit de son employeur le mandat d’écrire un article pour la commémoration des 60 ans de la rafle du Vel d’Hiv qui eut lieu en 1942. Lors de cette rafle, Sarah avait 10 ans et vivait avec ses parents et son petit frère à Paris. Ils portaient tous une étoile jaune sur leurs habits. Une nuit, ils furent réveillés brutalement par des policiers français. Sarah et ses parents furent emmenés au Vélodrome d’Hiver du 15ème arrondissement. Ils y passèrent quelques jours dans des conditions effroyables, avant d’être conduit en train vers les camps de la mort. Mais Sarah a un terrible secret qui l’angoisse et qu’une petite clé dans sa poche lui rappelle constamment. Pour écrire son article, Julia devra faire une enquête sur cet événement important de la Shoah en France. Au cours de ses recherches, elle est confrontée au silence et à la honte qui entourent le sujet. Au fil des témoignages, elle découvre, avec horreur, le calvaire des familles juives raflées et la participation zélée des policiers français. À 60 ans d’écart, les destins de Julia et de Sarah vont se rejoindre.

Émotions et apprentissages sont au rendez-vous dans ce magnifique roman. Apprentissages, car une partie de la trame de fond est la rafle du Vél D’hiv survenu à Paris le 16 juillet 1942 lors de la seconde guerre mondiale. Un événement peu glorieux et très peu connu probablement dû à l’implication peu orthodoxe de la police française dans ce génocide. Émotions, car l’auteur nous fait plonger dans cette tragédie par le biais des yeux d’un enfant de 10 ans, Sarah, qui ne comprend pas ce qui se passe, qui souffre et qui a peur. La compréhension des événements nous vient peu à peu par les trouvailles de Julia au cours de son enquête. Le style de Tatiana de Rosnay dans ce roman est efficace, dynamique et bouleversant. Elle fait vivre une kyrielle d’émotions au lecteur avec ses chapitres courts et qui alternent entre la vie de Julia et celle de Sarah. Une lecture dont on ne sort pas indemne car bien qu’il s’agît d’une fiction, il reste que c’est basé sur des faits réels et surtout cruels de l’histoire de l’humanité. Un excellent roman qui nous tient en haleine, même si la fin se termine à l’eau de rose. Je conseille vivement cette lecture à tous.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 14 décembre 2017

La littérature dans ce roman:

  • « Dans ce placard, ils gardaient une lampe de poche, des coussins, des jouets, des livres et même une carafe d’eau que Maman remplissait tous les jours. Son frère ne sachant pas encore lire, la fillette lui faisait la lecture. Il aimait entendre Un bon petit diable. Il adorait l’histoire de Charles l’orphelin et de la terrifiante Mme Mac’Miche et comment Charles prenait sa revanche sur tant de cruauté. Elle la lui relisait sans cesse.
    La fillette apercevait le visage de son frère qui la fixait dans le noir. Il était accroché à son ours en peluche préféré, il n’avait plus peur. Peut-être serait-il en sécurité, là, après tout. Il y avait de l’eau et la lampe de poche. Il pourrait regarder les images du livre de la comtesse de Ségur, celle qu’il aimait par-dessus tout, la magnifique revanche de Charles. »  Page 14
  • « Ici, l’empreinte de Mamé était partout, même si elle était partie en maison de retraite depuis neuf mois déjà. La grand-mère de mon mari avait vécu là des années. Je me souvenais de notre première rencontre, seize ans auparavant. J’avais été impressionnée par les tableaux anciens, la cheminée de marbre où trônaient des photos de famille dans des cadres d’argent, les meubles à l’élégante et discrète simplicité, les nombreux livres sur les étagères de la bibliothèque, le piano à queue recouvert d’un riche velours rouge. »  Page 17
  • « Il y avait un mois de cela, sa mère avait cousu les étoiles sur tous leurs vêtements. Sauf sur ceux de son petit frère. Quelque temps auparavant, leurs cartes d’identité avaient été tamponnées des mots « Juif » ou « Juive ». Puis il y eut tout un tas de choses qu’ils ne furent plus autorisés à faire. Jouer dans le square. Faire de la bicyclette. Aller au cinéma. Au théâtre. Au restaurant. À la piscine. Emprunter des livres à la bibliothèque. »  Page 34
  • « Cela faisait six ans que j’écrivais pour l’hebdomadaire américain Seine Scenes. Il y avait une édition papier ainsi qu’une version sur le Net. J’écrivais une chronique sur les événements susceptibles d’intéresser les expatriés américains. Je faisais dans la « couleur locale », ce qui pouvait aller de la vie sociale à la vie culturelle – expos, films, restaurants, livres – mais aussi la prochaine élection présidentielle. »  Page 35
  • « J’ai lu tout l’après-midi. Je n’ai rien fait d’autre que lire et enregistrer des informations, rechercher des livres sur l’Occupation et les rafles. Je remarquai que de nombreux ouvrages étaient épuisés. Je me demandai pourquoi. Parce que personne ne voulait lire sur le Vél d’Hiv ? Parce que cela n’intéressait plus personne ? J’appelai quelques librairies. On me répondit qu’il ne serait pas facile de me procurer ce que je cherchais. Faites tout ce que vous pouvez, dis-je. »  Page 39
  • « « Vous ne connaîtriez pas quelqu’un, un voisin, qui pourrait nous parler de la rafle ? » demandai-je. Nous avions déjà interviewé plusieurs survivants. La plupart avaient écrit des livres pour raconter leur expérience, mais nous manquions de témoins. »  Page 75
  • « J’étais sur le chemin du bureau quand mon téléphone sonna. C’était Guillaume. Il avait trouvé quelques-uns des livres épuisés dont j’avais besoin chez sa grand-mère. Il pouvait me les prêter. »  Page 130
  • « Franck Lévy devait avoir dans les soixante-cinq ans. Son visage avait quelque chose de profond, de noble et de las. Je le suivis dans son bureau, une pièce haute de plafond, remplie de livres, de dossiers, d’ordinateurs, de photographies. »  Page 133
  • « Il était mort, là, tout seul, dans le noir, sans eau, sans nourriture, avec son ours et son livre d’histoires. »  Page 138
  • « La chambre où elle avait dormi était spacieuse, simple mais confortable. Près de la porte se trouvait une étagère avec des livres. Elle alla y jeter un œil. Ses livres préférés étaient là, Jules Verne, la comtesse de Ségur. Sur les pages de garde, une main juvénile et scolaire avait écrit : Nicolas Dufaure. Elle se demanda de qui il s’agissait. »  Page 138
  • « La fillette avait des yeux clairs en amande. Bleus ou verts, c’était difficile à dire. Des cheveux blonds aux épaules, légèrement ondulés. Un beau sourire timide. Un visage en forme de cœur. Elle était assise à son pupitre d’écolière, un livre ouvert devant elle. Sur sa poitrine, l’étoile jaune. »  Page 145
  • « Le soir, je retrouvai Guillaume au Select. Nous nous assîmes à l’intérieur, près du bar, loin de la terrasse bruyante. Il avait apporté des livres. J’étais ravie. C’était ceux que je cherchais sans pouvoir mettre la main dessus. Notamment un, sur les camps du Loiret. Je le remerciai chaleureusement. »  Page 148
  • « La fillette suivait des yeux le faisceau orangé d’une lampe torche qui balayait les murs de la cave et s’approchait de sa cachette. Puis elle vit la gigantesque silhouette noire d’un soldat se détacher comme dans un livre d’images. Elle était terrorisée. »  Page 151
  • « Je lui demandai alors s’il y avait beaucoup de visiteurs au Mémorial. Il me répondit que des groupes scolaires venaient et, parfois, des touristes. Nous feuilletâmes le livre d’or. »  Page 156
  • « Nous sortîmes du bâtiment. J’emportais tout un tas de documents, brochures et livres, que le conservateur m’avait donnés. Dans ma tête, tout ce que je savais de Drancy se bousculait, les traitements inhumains de ces années de terreur, les trains qui n’en finissaient pas de transporter des Juifs jusqu’en Pologne. »  Page 157
  • « Quand, à l’aube, le chant du coq la réveilla, son oreiller était trempé de larmes. Elle s’habilla rapidement, se glissant dans les vêtements que Geneviève avait préparés pour elle. De solides habits de garçon, bien propres et passés de mode. Elle se demanda à qui ils avaient appartenu. À ce Nicolas Dufaure qui avait péniblement écrit son nom sur tous ces livres ? »  Page 163
  • « Elle courut dans le long couloir familier, puis tourna à gauche, dans sa chambre. Elle ne remarqua pas le nouveau papier peint, le nouveau lit, les livres, toutes ces choses qui ne lui appartenaient pas. »  Page 186
  • « Je promenais mon regard dans le bureau plein de couleurs de Charla, sur sa table de travail couverte de dossiers et de livres, sur les rideaux rubis en coton léger qui volaient dans la brise. »  Page 258
  • « « Alors, vous êtes journaliste ? À Paris, d’après ce que j’ai vu sur Internet ? »
    Je me mis à tousser nerveusement en tripotant ma montre.
    « Moi aussi, j’ai regardé. Votre dernier livre a l’air fabuleux, Festins toscans. »
    William Rainsferd soupira en se tapotant le ventre.
    « Ah ! Ce livre m’a valu cinq kilos de trop que je n’ai jamais réussi à perdre. » »  Page 270
  • « Je me demandais s’il avait fait des recherches sur le Vél d’Hiv, s’il avait lu des articles, des livres sur les événements de juillet 1942 en plein cœur de Paris. »  Page 285
  • « Je regardai la clef. Puis le dessin. Un portrait maladroit d’un petit garçon avec des cheveux blonds et bouclés, qui semblait être assis dans un placard, avec un livre sur les genoux et un nounours à ses côtés. Au dos, une légende : « Michel, 26, rue de Saintonge. » Je feuilletai le carnet. Aucune date. Des phrases courtes écrites sous forme de poèmes, en français, difficiles à déchiffrer. Quelques mots me sautèrent au visage : le camp, la clef, ne jamais oublier, mourir.
    « L’avez-vous lu ? demandai-je.
    — J’ai essayé. Mais je ne parle pas très bien français. Je ne comprends que des bribes. » »  Page 292
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