4 étoiles, B, C

Les contes interdits, tome 01 – Blanche Neige

Les contes interdits, tome 01 – Blanche Neige de L.P. Sicard

Éditions AdA, 2017, 197 Pages

Premier tome de la série « Les contes interdits » écrit par Louis-Pier Sicard et publié initialement en 2017.

Émilie est internée dans un hôpital psychiatrique mais elle ne sait pas pourquoi. Elle n’a aucun souvenir. Qu’a-t-elle fait pour se retrouver dans cet asile ? De quoi souffre-t-elle? Il semble qu’elle aurait commis un crime, mais lequel ? Les seules personnes qu’elle côtoie sont les infirmiers et le médecin qui s’occupent d’elle. Mais quelque chose cloche. Elle est séquestrée dans sa cellule la majorité du temps et le médecin qui est sensé la soigner la drogue et la viole à répétition. Elle réussit à s’évader avec l’aide d’un infirmier qui la trouve très belle et qui a pitié d’elle. Dans sa fuite, elle s’engouffre dans une forêt dense qui semble sans fin et pleine de danger. Elle y passe une première nuit horrible aux prises avec la peur d’être reprise et des hallucinations d’horreur dû probablement au sevrage des médicaments. Égarée dans la forêt elle trouve refuge dans un vieux manoir abandonné. Elle réalisera rapidement que cette demeure est hantée et se joue d’elle avec ses sept habitants. Réussira-t-elle à sortir indemne de ce manoir et de cette forêt ?

Une reprise sanglante du conte de Blanche Neige. L’auteur a utilisé le canevas du conte des frères Grimm pour le revisiter dans le genre de l’horreur. Il a réussi son défi de façon impressionnante. L’histoire n’a rien à voir avec le conte original. Dans cette adaptation, bien que l’on retrouve les éléments importants du conte, l’héroïne souffre de graves problèmes psychologiques. Dès le début, le lecteur est happé et il est plongé dans le monde de la maladie mentale. Le personnage d’Émilie est très intéressant et prend toute la place. L’auteur a su la rendre mystérieuse avec son passé oublié et les nombreuses questions qu’elle se pose. Avec cette approche, il a su créer une atmosphère inquiétante et angoissante. Tout au long de la lecture, il est difficile de départager le vrai du délire et c’est là l’élément accrocheur du texte. En revanche, pour faire monter l’angoisse et démontrer la maltraitance de l’héroïne, l’auteur aurait pu utiliser autre chose que l’abus sexuel. Les scènes de viol sont trop nombreuses, redondantes et non nécessaire dans plusieurs cas. De plus, les scènes de viol sont très détaillées ce qui met le lecteur à l’épreuve. Une lecture perturbante et difficile qui donne des frissons avec son ambiance lugubre. C’est effectivement une lecture pour adulte averti. Un premier tome qui fait honneur à la série des Contes interdits.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 29 mai 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Il m’arrivait fréquemment de me trouver un recoin dans la pièce où je pouvais m’asseoir et m’adonner à la lecture. Il y avait certes peu de livres à notre disposition, mais je savais qu’avec cette vieille bible à la couverture déchirée, j’avais encore bien des années à écouler. »  Page 18
  • « Dans un élan de panique, j’étendis mon bras droit, approchai l’aiguille de sa jambe et la lui plantai rudement sur le côté de la cuisse. Thomas grogna de douleur tandis que le liquide jaunâtre se déversait dans son sang. Je n’avais pas encore retiré la fine tige métallique de sa chair qu’il titubait : après une vaine tentative de maintenir son équilibre en s’appuyant au mur, il s’effondra brusquement au sol, renversant dans sa chute quelques livres qui reposaient sur une table adjacente. »  Page 38
  • « Je posai un premier pied à l’intérieur, faisant craquer le plancher de bois verni. Je ne pus que m’éblouir à nouveau du somptueux décor qui s’offrait à moi : droit devant montait un escalier large aux fines rampes et gardé de deux armures décoratives; à ma gauche se trouvait une bibliothèque dont les murs étaient entièrement recouverts de rangées de livres méticuleusement alignés; à ma droite, ce salon que j’avais naguère observé par la fenêtre. »  Pages 90 et 91
  • « Lorsque chacune des assiettes, chacun des ustensiles et le moindre verre furent propres, je fonçai vers la bibliothèque. Mes vêtements, couverts de sueur, trahissaient la saleté du mon propre corps – ce qui m’entourait était en effet plus propre que moi-même. Suite à cette pièce, je me promis de prendre une pause pour ce jour et de me faire couler un bain chaud. À l’aide d’une lingette humide, je nettoyai toutes les couvertures des livres, en profitant pour étudier les titres qui présentaient les reliures sombres. La plupart m’étaient inconnus, voire incompréhensibles : il y en avait dans différentes langues, dont quelques-unes m’étaient étrangères. Fait curieux : chaque ouvrage avait été savamment étudié. En effet, lorsque j’en ouvrais un au hasard, je notais de multiples annotations, surlignages et marquages en bas de page. Et toujours, quel que fût le bouquin consulté, je revoyais cette même calligraphie, cette même minutie. De toute évidence, un érudit avait jadis habité ces lieux. »  Page 98
  • « Personne dans le salon. Je poursuivis mon enquête dans la même fébrilité. Ce fut lorsque j’arrivai dans la bibliothèque qu’un premier indice s’offrit à moi : au centre le la ^pièce se trouvait un livre ouvert. Il aurait fallu être sot pour croire en un simple courant d’air ayant été à l’origine de la chute de ce livre : la rangée la plus près de sa position était à plus d’un mètre de là. C’était sans équivoque : quelqu’un avait délibérément laissé tomber ce bouquin à cet endroit précis, mais pourquoi ? j’étudiai les multiples étagères. Aucun autre ouvrage ne manquait à l’appel. Il devait s’agir d’un piège ! Dès que je serais penchée vers le livre, on aurait bondi sur moi par-derrière ! »  Pages 106 et 107
  • « Je creusai mes méninges pour extirper de leurs profondeurs les souvenirs qui y dormaient depuis mon arrivée dans ces lieux : il y eut dans un premier temps cette robe dont j’étais habillée, où paraissait une large tache de sang ; il y avait ce lit qui s’était déplacé de lui-même jusqu’au centre de la chambre; ce livre qui était tombé dans la bibliothèque… »  Page 118
  • « Quelles que fussent les gymnastiques de mon imagination, je ne trouvai nulle logique, nul lien ne pouvant rattacher ces faits insolites. Ce fut alors que je me rappelai n’avoir pas lu le titre de ce bouquin que j’avais retrouvés au centre de la pièce. Galvanisée, je m’y rendis presque à la course : il s’y trouvait toujours. Ce livre était ouvert à une certaine page, où paraissait une liste de noms que j’approchai de la lampe la plus près : des noms de filles s’alignaient comme des articles d’épicerie, chacun d’entre eux étant invariablement rayé d’un trait d’encre. Égarée, je refermai sèchement le lourd ouvrage, sans me rendre compte dans l’instant que, petit à petit, le jeu s’éclaircissait : une mère avait ici mis au monde des enfants indésirables, des enfants qui la firent énormément souffrir au point de se tordre sur son grabat – voilà pourquoi le lit se déplaçait de lui-même; voilà le sang sur la robe ! »  Pages 118 et 119
  • « Mon objectif était d’atteindre la fenêtre de la bibliothèque sans attirer l’attention; celle-là était suffisamment grande pour que je pusse m’y glisser. Je contournai quelques étagères débordantes d’ouvrages, prenant grand soin de ne pas buter contre le coin d’un meuble ou quelque objet tombé au sol. »  Page 131
  • « Après avoir longé des mètres de livres alignés, j’atteignis finalement ce que je croyais être un mur. »  Page 131
  • « Il me fallut une dizaine d’essais avant que jaillit la première flamme, tant mes mains tremblaient. Je l’élevai à bout de bras ainsi qu’un minuscule flambeau, mais la lumière fut si faible qu’elle ne me permit pas de distinguer plus qu’une rangée de livres avant de s’éteindre. »  Page 132
  • « Quelque chose attira mon attention sur le dessus du pupitre : un livre y était ouvert à une page où paraissait l’ébauche d’une liste. Arquant le cou pour mieux en discerner les détails, je reconnus ce livre dans lequel s’étaient trouvés les noms féminins rayés, que j’avais remarqués à une certaine page de ce bouquin retrouvé au centre de la bibliothèque au courant de l’après-midi. Cependant, deux faits n’allaient pas : dans un premier temps, quelques noms, tout au bas de cette liste, n’étaient pas encore rayés, ce que je ne parvenais à ‘expliquer. Il y avait, hormis ce détail, une information infiniment plus troublante : le tout dernier nom, au bas de la page, n’était nul autre que le mien ! J’osai tournai les pages précédentes après avoir craqué une autre allumette : des noms de femmes, par centaines, s’y trouvaient biffés ! Qu’est-ce que ce nom pouvait bien y faire ? Et que signifiaient ces ratures ? Je voulus m’assurer qu’il s’agissait du même livre que j’avais aperçu plus tôt, et dans lequel je n’avais a priori pas remarqué la présence de mon nom : à sa couverture, que je revoyais et retouchais, il n’y avait aucune méprise possible. Sous l’emprise d’un bouleversement, je rabattais la couverture si brusquement que l’encrier, sur le coin du pupitre, tomba sur le plancher et éclata bruyamment, éclaboussant le sol de son contenu. »  Pages 134 et 135
  • « Et j’attendais, blottie dans la veste de cet homme ayant saoulé sa vie jusqu’au cœur, rejetant la moindre de mes pensées sombres dès qu’elle surgissait dans ma conscience ainsi qu’on tournerait les pages d’un livre glauque sans en lire un seul mot. »  Page 149
  • « Le dernier désigné n’était nul autre que cet homme à l’écart, qui en entendant son nom prononcé déposa son livre sur le pupitre auquel il était assis. »  Page 170
  • « – Comment une aussi belle jeune femme a-t-elle pu commettre de telles atrocités ? murmura le policier, ému.
    Ces mots auraient sans doute dû être préservées quelque part en son cœur, mail il fut incapable de les retenir plus longtemps.
    – Eh bien…, soupira la docteure en psychologie, n’est-ce pas elle que l’on surnomme Blanche-neige ? Ceci est plutôt ironique… Dans ce conte, l’horrible reine, en contemplant son miroir, ne voit pourtant pas son reflet, mais celui de cette sage et belle jeune fille. »  Page 188
  • « On m’avait écoutée sans n’interrompre une seule fois, ni même me poser de questions supplémentaires. Cela avait été à grand-peine que la psychologue avait daigné me regarder dans les yeux. Et jamais je n’avais senti de compassion, et jamais je n’avais vu de frissons sur sa peau détendue – mon récit aurait bien pu être celui d’un auteur de fiction, rien n’aurait été différent. »  Page 191
  • « J’arrache de mon ongle un lambeau de ma chair
    Comme j’ôtais fillette un pétale d’aster
    Je meurs, je vis, je meurs… Mon bras couvert de sang
    De ce supplice heureux frémit en sévissant
  • À m’effiler le corps trouverai-je peut-être
    Mon cœur désavoué avant de disparaître?
    En écorchant mon sein, chaque fibre crépite,
    Combien de côtes ai-je à rompre sept ou huit ?
  • Ma paume enserre enfin l’organe fixe et froid
    Telle une mère berce éplorée son mort-né,
    – Hypocrite miroir, ce monstre, c’était moi !
  • Ô funèbre vie ! Dis : le destin est morne et
    Railleur ! Ainsi je suis condamnée à souffrir
    L’éternelle douleur de ne rien ressentir
  • Ce qu’il faut de sang pour se maudire
    Émilie
    Poème tiré du recueil à ce jour inexistant « Tout ce que je ne t’aurais pas dit », de Sire Pacius Roild. »  Page 197
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