3 étoiles, G

Gatsby le magnifique

Gatsby le magnifique de F Scott Fitzgerald

Édition le livre de poche, 2013, 222 pages

Roman écrit par F Scott Fitzgerald et publié initialement en 1925 sous le titre anglais « The Great Gatsby ».

Été 1922, Nick quitte son middle-west natal et aménage à New York pour travailler en tant qu’agent de change. Il réussit à se trouver un petit logement à Long Island, non loin de chez sa cousine Daisy et son mari Tom. Son arrivée dans cette société huppée va lui permettre de découvrir cet étrange milieu qu’est celui des gens riches. Le voisin direct de Nick est Jay Gatsby un milliardaire excentrique aux origines douteuses qui possède une immense maison. Malgré la prohibition, Gatsby réussit à donner de somptueuses réceptions qui attirent tout le gratin new-yorkais et où l’alcool coule à flot. Mais qui est ce Gatsby ? d’où vient-il ? Qu’a-t-il fait pour être aussi riche ? Autant de questions sans réponse, sont suffisantes pour créer toutes sortes de rumeurs sur l’homme. Peu à peu, Nick va se lier d’amitié avec lui et découvrir qui il est réellement.

Une histoire intéressante qui manque toutefois de sentiment et de rythme. Le style descriptif utilisé par l’auteur ne fait malheureusement pas justice aux années 1920 qui sont étiquetées comme étant les années folles et les années de la démesure. Le texte est bien écrit, le style y est élégant mais la rectitude grammaticale n’est pas tout pour créer un bon roman. Les personnages principaux sont intéressants mais il est difficile de s’y attacher car ils ne sont présentés que de façon superficielle et leurs évolutions émotionnelles est quasi absentes. Pour les autres personnages, l’auteur se contente de nous narrer leurs noms et leurs interrelations, sans plus, lorsqu’ils sont présents aux grandes fêtes données par Gatsby. Ce texte se rapproche plus d’une chronique du monde des gens riches et vaniteux de l’époque que d’un roman, malgré une histoire avec un fort potentiel en émotion. Une lecture intéressante et divertissante malgré la froideur de la présentation. Dommage que ce roman ne nous fasse pas vivre l’effervescence des années folles.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 16 juillet 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Quand je suis revenu de la côte-Est, à l’automne dernier, j’aurais presque souhaité que le monde soit en uniforme et se tiennent à jamais dans une sorte de gardez-vous moral. J’étais saturé de plongées chaotiques et d’aperçus privilégiés à l’intérieur du cœur humain. Seul Gatsby, l’homme qui donne son nom à ce livre, échappait à cette réaction – Gatsby qui présente pourtant tout ce que je méprise le plus sincèrement. »  Page 12
  • « Cette sensibilité n’a rien à voir avec l’émotivité apathiques qu’on nomme pompeusement « tempérament créatif ». C’est un donc prodigieux pour l’espoir, une attitude au romanesque que je n’avais encore rencontrée chez personne, et que je ne pense pas rencontrer de nouveau. »  Page 12 et 13
  • « Alors, grâce au soleil, aux brusques flambées de feuillage qui dévoraient les arbres à la vitesse d’un film en accéléré, j’ai retrouvé cette assurance familière : la vie reprend toujours avec le début de l’été.
  • Je vais tant de livre à lire et tant d’énergie à puiser dans ces effluves de renouveau. J’ai acheté une douzaine d’ouvrage, traitant de la banque, du crédit, des placements boursiers. Alignés sur mon étagère, dans leur reliure rouge et or, ils ressemblaient à une monnaie flambant neuve, frappée à mon intention, pour me permettre d’accéder aux secrets aurifères connus des seuls Midas, Mécène et Morgane. Mais j’étais parfaitement décidé à lire d’autres livres. À l’université, j’étais plutôt un « littéraire » – j’ai même écrit pendant un an quelques éditoriaux définitifs et pontifiants pour le Yale News – et c’était le moment ou jamais de réveiller ce genre d’intérêt, d’en nourrir mon existence, pour devenir le plus restreint de tous les spécialistes, ce qu’on appelle « un homme accompli ». »  Page 15
  • « – En t’écoutant, Daisy, j’ai l’impression d’être un barbare, un paria la civilisation. Pourquoi ne parles-tu pas de mousson ou de chose de cet ordre?
    Je croyais cette remarque anodine, mais Tom la saisie au bond d’une façon imprévue.
    – La civilisation cours à sa ruine! Rugit-il avec virulence. Je suis un affreux pessimisme par rapport à ce qui se passe. As-tu lu the Rising of Coloured Empires, d’un certain Goddard ?
    – N… non, ai-je répondu, stupéfait par son ton de voix.
    – C’est un livre excellent. Tout le monde devrait l’avoir lu. L’idée c’est que la race blanche doit être sur ses gardes, sinon elle finira par… oui, par être engloutie. Une thèse scientifique, fondée sur des preuves irréfutables.
    – Tom réfléchis de plus en plus, soupira Daisy, avec une tristesse inattendue. Il dévore de très gros livres, remplis de mots interminables. Quel était ce mot, déjà, qui…
    – Ce sont des livres scientifiques, répéta Tom, en lui jetant un regard agacé. L’auteur connaît son sujet à fond. Nous sommes la race dominante. Notre devoir est d’interdire aux autres races de prendre le pouvoir. »  Page 25
  • « – Quant à Tom, le fait qu’il ait trouvé « quelqu’un d’autre à New York » me paraissait beaucoup moins surprenant que de le savoir déprimé par la lecture d’un livre. »  Page 34
  • « De vieux numéros du Town Tattle étaient empilés sur une petite table, avec un exemplaire de Simon Called Peter et divers magazines à scandale de Broadway. »  Page 43
  • « Assise sur les genoux de Tom, Mrs Wilson téléphona d’abord à plusieurs personnes; puis les cigarettes vinrent à manquer; je descendis en acheter au drugstore du coin; quand je suis remonté, ils avaient disparu; j’ai donc gagné sans bruit le living-room, et j’ai lu un chapitre du Simon Called Peter. Le texte devait être nul, ou l’alcool déformait tout, mais je n’ai pas compris un mot. »  Page 43
  • « … Plus tard, je me trouve au pied de son lit, lui en sous-vêtements au milieu des draps, et il feuillette un impressionnant portfolio.
    – La belle et la bête… Solitude… Vieux cheval de labour … Brooklyn Bridge… »  Page 53
  • « Nous avons poussé à tout hasard une porte imposante, et nous nous sommes trouvés dans une vaste bibliothèque, style gothique anglais, décorer de panneaux de chêne sculpté, transportés sans doute, un à un, de quelques manoir en ruines du Vieux Continent.
    Un homme bedonnant, dans la cinquantaine, le nez chaussé d’énormes lunettes qui lui donnaient un regard de hibou, était assis, manifestement ivre, sur le coin d’une longue table et regardait les rayonnages avec une application chancelante. Il fit un brusque demi-tour en nous entendante, et toisa Jordan des pieds à la tête.
    – Ça vous dit quoi ? demanda-t-il à brûle pourpoint.
    – Quoi ?
    – Tout ça.
    Il agita la main en direction des rayonnages.
    – Pas la peine d’aller vérifier, faites-moi confiance. J’ai vérifié. Ils sont vrais.
    – Les livres ?
    Il hocha le menton.
    – Tout ce qu’il y a de plus vrai. Avec des pages, et tout. J’ai cru que c’était du trompe-l’œil, de fausses reliures en carton. Avec des pages, et… Attendez Je vous montre…
    Persuadé que nous étions d’un scepticisme irréductible, il plongea vers l’un des rayonnages, et sortit le tome I des Stoddard Lectures.
    – Regardez ! s’écria-t-il avec jubilation. C’est imprimé, c’est authentique. Il m’a eu. Cet homme-là, c’est un grand metteur en scène. Digne de notre Belasko de Broadway. Un triomphe. Quelle conscience professionnelle ! Quel réalisme ! On sait même où il faut s’arrêter. Aux pages qui ne sont pas coupées. Vous cherchez quoi, au fait ? Vous espérez quoi ?
    Il me reprit le livre et le remit en place, en murmurant qu’une seule brique enlevée pouvait faire s’effondrer l’ensemble. »  Pages 61 et 62
  • « – J’ai été amené par une femme qui s’appelle Roosevelt. Mrs Claud Roosevelt. Vous connaissez ? Je l’ai rencontré quelqu’un par, la nuit dernière. Ça fait une semaine que je suis ivre, alors, pour cuvée tranquille, j’ai pensé que m’enfermer dans une bibliothèque, ça aiderait.
    – Ça aide?
    – Ça a l’air. Mais c’est un peu tôt pour savoir. Ça fait une heure que je suis là. Je vous ai dit pour les livres? Ils sont…
    – Vous avez dit. »  Pages 62 et 63
  • « Gatsby, l’œil absent, feuilletait un exemplaire d’Economics, de Henry Clay, sursautait à chaque pas que ma Finlandaise faisait dans la cuisine, et observait de temps en temps mes vitres embuées, comme si d’invisibles et terrifiants événements se déroulaient à l’extérieur. »  Page 107
  • « Je n’avais rien à regarder sous cet arbre, sinon la vaste demeure de Gatsby, ce que je fis pendant une bonne demi-heure, avec une ferveur égale à celle de Kant face à son clocher. »  Page 111
  • « Les rumeurs les plus farfelues s’attachaient à lui comme par réflexe – tel ce « pipe-line souterrain » qui aurait importé en fraude de l’alcool canadien – et l’on répétait avec insistance qu’il n’habitait pas une maison, mais un bateau camouflé en maison, et qu’il cabotait en secret entre les rives de Long Island. Pour quelle raison ce genre de fable comblaient-elles d’aide James Gatz, originaire de Dakota du Nord, n’est pas facile à expliquer. »  Pages 123 et 124
  • « C’est au moment où la curiosité dont il était l’objet devenait la plus vive que Gatsby renonça, un certain samedi soir, à illuminer ses jardins – et sa carrière de Trimalcion prit fin aussi mystérieusement qu’elle avait commencé. »  Page 141
  • « Il semblait hésiter à ranger cette photographie. Il insistait pour que je la regarde. Il a fini par la remettre dans son portefeuille, et il a sorti de sa poche un exemplaire très défraîchi d’un livre intitulé : Hopalong Cassidy.
    – Regardez. Un livre qu’il lisait quand il était tout jeune. Ça éclaire bien des choses.
    Il a ouvert le livre, et m’a montré la dernière page. Elle portait les mots : EMPLOI DU TEMPS, suivis d’une date : 12 septembre 1906. Et en dessous :
    Lever……… 6h00
    Haltères et pieds au mur……….6h15 – 6h30
    Étude électricité etc. ………..7h15 – 8h15
    Travail………. 8h30 – 16h30
    Base-ball et sport……….16h30 – 17h00
    Exercices d’élocution, self-control, maîtrise du maintien……….17h00 – 18h00
    Étude inventions qu’il faudrait encore inventer……….19h00 – 21h00
    RÉSOLUTIONS GÉNÉRALES
    Ne pas perdre mon temps chez Shafters ou [nom illisible]
    Pas fumer ni chiquer
    Bain tous les deux jours
    Lire chaque semaine un livre ou un journal qui enrichit l’esprit
    Économiser chaque semaine 5 [biffé] 3 dollars.
    Être plus gentil avec mes parents
    – J’ai trouvé ce livre par hasard, a dit le vieil homme. Ça éclaire bien les choses, vous ne trouvez pas ?
    – Ça les éclaire très bien.
    – Jimmy voulait toujours se dépasser lui-même. Il prenait sans cesse des résolutions sur un point ou un autre. Vous avez remarqué ce qu’il a noté à propos de s’enrichir l’esprit ? Il a toujours été très fort pour ça. Un jour il m’a dit que je me goinfrais comme un porc, et je l’ai giflé.
    Il hésitait à refermer le livre, relisait chaque phrase à voix haute en me regardant avec insistance. Peut-être attendait-il que je recopie cette liste pour mon usage personnel. »  Pages 213 et 214
  • « Au moment où nous franchissions le portait, j’ai entendu une voiture s’arrêter, et quelqu’un qui pataugeait dans le sol boueux pour nous rejoindre. J’ai tourné la tête. C’était l’homme au regard de hibou que j’avais découvert, trois mois plus tôt, dans la bibliothèque de Gatsby, en extase devant ses livres. »  Page 215
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s