2,5 étoiles, M

Moderato cantabile

Moderato cantabile de Marguerite Duras

Éditions de Minuit, publié en 1980, 64 pages

Roman de Marguerite Duras paru initialement en 1958.

Anne Desbaresdes accompagne son fils à ses cours de piano chez Mademoiselle Giraud comme à chaque semaine. Les leçons ne sont pas de tout repos, Mademoiselle Giraud est exigeante et froide et son fils n’a pas d’intérêt pour la musique. Lors d’une des séances, tous trois perçoivent un tumulte qui vient d’un café proche. Anne par curiosité décide d’aller voir ce qui s’est passé. Elle découvre qu’un homme à assassiner une jeune femme qui serait sa maîtresse. L’homme est couché sur le corps de la jeune femme et lui dit qu’il l’aime. Intriguée et bouleversée par ce crime, Anne se rendra dans ce bar jour après jour, inexplicablement attirée par ce drame passionnel. Elle y rencontrera un certain Chauvin, ils boiront, discuteront et s’interrogeront encore et encore sur ce crime passionnel.

Court roman d’ambiance et d’introspection. Duras nous présente une histoire lente et avec très peu d’action. Elle permet ainsi au personnage d’Anne de se questionner sur sa vie, sur l’amour et sur la mort. Par contre, l’auteur ne va pas jusqu’au bout des pensées et des questionnements des personnages. Elle laisse ainsi au lecteur le soin de déchiffrer et de trouver les réponses et ce qui les motive. Malheureusement, ce style de texte n’est pas pour tous les lecteurs. Le personnage d’Anne est somme tout bien réussi. Une femme fragile, sensible et désabusée. On ressent très bien son mal de vivre, une certaine indifférence pour son fils, sa solitude. Dans ce texte, l’atmosphère créée par la lenteur de l’action, les descriptions des paysages : le vent, les odeurs, les vagues est envoûtante. De plus, on dirait que le temps s’arrête, que l’histoire stagne, mais détrompez-vous, elle évolue. Un roman pour les lecteurs qui sont interpellé par les introspections et non pas l’action.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 25 juin 2016

La littérature dans ce roman :

Aucune citation sur la littérature dans ce roman.

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2,5 étoiles, A

Une autre vie

Une autre vie de Danielle Steel

Éditions Le Livre de Poche, publié en 1990, 509 pages

Roman d’amour de Danielle Steel paru initialement en 1983 sous le titre « Changes ».

Mélanie a une vie bien remplie. Elle est présentatrice de nouvelles à la télé newyorkaise et mère monoparentale de jumelle. Dans le cadre de son travail, elle se rend à Los Angeles pour faire un reportage sur une jeune fille qui a besoin d’une transplantation cardiaque. Sur place, elle est mise en contact avec Peter, le renommé chirurgien cardiaque qui doit faire l’opération. Mélanie est très impressionnée par le travail de Peter et par son côté humain dans ses relations avec ses patients. Elle constate que lui aussi a une vie bien remplie, en plus de son travail, il est veuf et père de 3 enfants. Tranquillement une liaison s’installe entre les deux. Mais, une relation durable est-elle possible avec les milliers de kilomètres qui les séparent, leurs enfants et leur carrière respective ?

Un roman d’amour classique où sans grande surprise une femme s’expatrie pour l’amour d’un homme. La trame de l’histoire est assez convenue pour ce type de roman. Il s’agit d’une relation compliquée entre une femme autonome et un homme attirant qui évolue dans un autre milieu qu’elle. Les remises en question de l’héroïne sur ses sentiments, son futur, ses enfants, sa carrière sont au premier plan. De plus, l’auteur a alourdi la fin avec une pseudo attaque contre celle-ci qui manque totalement de crédibilité. Le personnage de Mélanie est aussi convenu, elle est belle, intelligente, indépendante et elle est une femme rendue forte par les événements. Au final, une romance qui ressemble étrangement à toutes les autres et qui est divertissante sans plus.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 4 décembre 2014

La littérature dans ce roman :

  • « Il fallait hurler par-dessus le vacarme. À l’intérieur de la chambre, une grande fille aux cheveux roux, allongée sur son lit, se retourna. Des livres de classe étaient répandus tout autour d’elle. Elle tenait le récepteur du téléphone collé à son oreille. »  Page 33
  • « Le Bistrot Gardens était un restaurant luxueux dans le style arts déco. Une végétation exubérante bordait l’allée conduisant à un patio. Une activité débordante régnait et, à toutes les tables, Mélanie aperçut des figures connues, des stars de cinéma, une vieille fofolle de la télévision, un écrivain célèbre qui accumulait best-seller après best-seller. »  Page 71
  • « – Comme d’habitude à Martha’s Vineyard, une petite île en face de Newport.
    – Je la connais de réputation. Est-elle aussi agréable qu’on le prétend?
    – On a l’impression de retomber en enfance ou de jouer à Robinson Crusoé. Vous restez pieds nus et en short toute la journée, les enfants grenouillent sur la plage et les maisons ressemblent aux demeures vieillottes de nos grand-mère. »  Page 76
  • « Le cabinet était tapissé de livres médicaux sur deux murs et recouvert de boiseries d’une chaude teinte rosée sur les autres. »  Page 84
  • « – Oui, je me repose toujours lorsque je reviens chez moi et que je retrouve mes enfants.
    Mélanie ne peut s’empêcher de rire à cette remarque.
    – Comment pouvez-vous me dire une chose pareille ! Pour moi, c’est tout le contraire. Après une journée exténuante de huit heures, je me traîne chez moi et je tombe sur Val qui doit absolument me raconter comment elle se trouve écartelée entre deux garçons, et Jess qui veut me faire lire une thèse de cinquante pages sur un sujet scientifique. »  Page 90
  • « Venait ensuite une superbe bibliothèque dont la teinte dominante était le vert foncé. Cette pièce relevait évidemment du domaine de Peter. Des centaines de livres en tapissaient les murs, et certains d’entre eux s’empilaient sur le bureau. »  Page 101
  • « Quelques minutes plus tard Matthew déboula dans la pièce avec deux livres qu’il donna à Mel pour qu’elle les lise à haute voix. »  Page 157
  • « Ce n’était pas la jalousie mais la crainte qui agitait Jess. Pourtant, elle avait elle aussi ses amourettes, comme le lui rappela discrètement sa mère après que Val fut sortie de la pièce pour aller chercher ses livres de classe. »  Page 171
  • « – Ah… mais attendez un peu avec Matt! s’exclama-t-elle gaiement. Ce sera un don Juan redoutable. »  Page 176
  • « – C’est exact. Lorsque je serai bien vieille et toute ridée qu’il faudra que je prenne ma retraite, je me demande bien ce que je ferai de moi.
    – Je suis sûr que vous trouverez à vous occuper.
    – Ouais… je ferai peut-être de la chirurgie du cerveau.
    Tous deux se mirent à rire. Mélanie s’assit, ses velléités d’achats chez Bloomingdale complètement évanouies.
    – Ou bien j’écrirai un livre.
    – Sur quel sujet ?
    – Mes Mémoires, dit-elle pour le taquiner.
    – Non, vraiment ?
    Elle n’avait pas souvent l’occasion de confier ses rêves à quelqu’un, mais avec Peter c’était facile.
    – Je ne sais pas très bien, mais je crois que j’aimerais écrire un livre sur la profession de journaliste pour une femme. Les débuts sont terriblement difficiles, ensuite les difficultés s’aplanissent. Mais ce travail est à la fois enthousiasmant et exaspérant. Moi, j’ai beaucoup aimé d’avoir à me débrouiller par mes propres moyens pour arriver, et j’aurais beaucoup à dire sur mes débuts à la télévision. Parce que l’important n’est pas que l’on choisisse une branche comme la mienne ou une autre, ce qu’il faut savoir, c’est que le terrain est glissant, surtout lorsqu’on arrive au sommet. Je sais de quoi je parle… Oui, j’ai envie de raconter ce qui arrive dès qu’on met un pied dans le journalisme.
    – Je sens que vous écrirez un best-seller.
    – Je ne crois pas, mais j’aimerais essayer.
    – J’ai toujours voulu expliquer dans un livre en quoi consiste la chirurgie du cœur, et ce à l’intention des profanes. Ils devraient connaître les grandes lignes de l’intervention et les risques qu’ils courent, mais aussi savoir ce qu’il faut demander au chirurgien, et les dangers que présente chaque cas spécifique. Je ne sais pas si ce sujet peut intéresser grand monde. Mais trop de malades sont totalement ignorants dans ce domaine et se noient dans les explications de leurs médecins.
    – Je crois que vous tenez là un excellent sujet.
    L’intérêt d’un ouvrage tel que celui-là était évident, et elle se demanda comment Peter s’en tirerait.
    – Nous devrions filer tous deux dans le Pacifique Sud et rédiger nos livres, dit-il, lorsque les enfants auront grandi. »  Pages 191 et 192
  • « Ses vacances devaient s’écouler paisiblement avec ses filles, et c’était tout. Mais à condition qu’elles se décident à arriver dans le hall, se dit-elle en piétinant devant la porte d’entrée. Enfin, les jumelles dévalèrent l’escalier, les bras chargés d’affaires inutiles, de livres et de paquets. »  Page 253
  • « L’énorme petit déjeuner arrivait.
    – Grands dieux, Mark, qu’est-ce que c’est que ce repas pantagruélique? »  Page 299
  • « Elle resta collée à son hublot pendant la moitié du voyage, puis elle se plongea dans un livre jusqu’à l’arrivée du plateau du déjeuner. »  Page 302
  • « Ses amis au studio avaient voulu lui offrir un verre d’adieu, mais elle avait refusé. Elle n’aurait pu le supporter. Ses nerfs étaient encore à vif. Elle promit de revenir un jour et de présenter Peter à tout le monde. Pour tous ses amis, c’était un peu comme un conte de fées qui lui arrivait. Elle était allée interviewer le beau chirurgien, et ils étaient tombés amoureux l’un de l’autre. Mais quel déchirement de les quitter tous, de vendre la maison, d’abandonner New York… »  Page 364
  • « L’opération avait été remarquablement effectuée, et la vie de Val ainsi que celle de ses futurs enfants avaient été préservées. Celle de Mark peut-être aussi. Cet accident allait-il interrompre le roman d’amour entre les deux jeunes gens, ou au contraire les rapprocher encore plus ? »  Pages 429 et 430
  • « Mel remarqua qu’au premier dîner qui les réunit tous, Val se comportait avec Mark plutôt comme une sœur et qu’il acceptait sans problème ce comportement. Leurs relations s’étaient modifiées, et d’une façon satisfaisante. Peter le remarqua également et en fit part à sa femme le soir même.
    – En effet, dit-elle, et je crois que leur roman est terminé. »  Page 436
  • « Pour une fois tout allait bien pour tout le monde. Avec un sourire heureux, elle déclara à son mari :
    – Enfin « à l’Ouest rien de nouveau ».
    Elle lui donna le détail de cette information, et il en parut satisfait. »  Pages 441 et 442
  • « – Allô ?
    Elle devina qu’il n’était pas encore couché. Le temps d’un battement de cœur, elle ne put prononcer le moindre son. Puis elle émit un petit grognement à peine audible.
    – Mel ?
    – Non, c’est Blanche-Neige…! Oui… c’est moi. »  Pages 476 et 477
2,5 étoiles, V

Le vieux qui lisait des romans d’amour

Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda

Éditions Points, publié en 1995, 120 pages

Roman de Luis Sepúlveda paru initialement en espagnol en 1992 sous le titre « Un viejo que leía novelas de amor ».

Le  vieux qui lisait des romans d'amour

Antonio José Bolivar est un vieil homme qui vit seul dans un petit hameau au fond de la jungle amazonienne. Les circonstances de la vie et le vaste plan de colonisation l’ont conduit dans cette région inhospitalière et il en est tombé éperdument amoureux. Depuis qu’il a redécouvert qu’il sait lire, il se procure des romans d’amour qui lui donnent matière à réflexion et à émotion. Comme il n’est jamais sorti de la jungle, il voyage grâce à la lecture. Malheureusement, sa quiétude sera perturbée par un groupe de chasseurs américains. Ils ont abattu une famille de jaguars mais ils ont laissé la femelle en vie. Celle-ci rode et est devenu très agressive, mettant en danger les gens du village. Le maire se tourne vers le vieil homme pour débusquer la bête. Antonio connait la jungle comme sa poche au point de se confondre avec elle. Il sera contraint par le maire et partira avec des hommes du village, pour tuer le félin. Mais, les hommes seront-ils rattrapés par la brutalité de la nature ?

Joli petit roman sans prétention sur la nature de l’homme. Sepúlveda nous entraine par son écriture simple aux confins de la civilisation et nous fait vivre une belle aventure. Il a su, en peu de pages, créer des personnages riches et une histoire intéressante. Il nous fait réfléchir sur la nature humaine, la place de l’homme dans la nature et le sort qu’il lui réserve. L’Amazonie y est décrite avec une telle précision qu’au fil de la lecture on croit sentir les odeurs, la chaleur et l’humidité de la jungle. Les descriptions sont parfois crues et troublantes parce qu’elles décrivent la réalité pure et dure. Malheureusement, trop de sujets sont abordés dans ce texte et ils sont abordés superficiellement et trop rapidement. Bref, il manque de la profondeur à ce texte pour en faire un bon roman. De plus, les romans d’amour du titre semblent avoir pour unique but de nous introduire au personnage principal et pour nous le rendre attachant. Les attentes étaient grandes étant donné les très bonnes critiques sur ce livre et surtout le titre qui fait référence à la littérature. Au final nous avons droit à un joli petit conte sur le respect de la Nature et contre la déforestation.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 24 mai 2014

La littérature dans ce roman :

  • « – Écoute, j’avais complètement oublié, avec cette saloperie de mort :`je t’ai apporter deux livres.
    – Les yeux du vieux s’allumèrent.
    – D’amour ?
    Le dentiste fit signe que oui.
    Antonio José Bolivar Proaño lisait des romans d’amour et le dentiste le ravitaillait en livres à chacun de ses passages.
    – Ils sont tristes ? demandait le vieux.
    – À pleurer, certifiait le dentiste.
    – Avec des gens qui s’aiment pour de bon ?
    – Comme personne ne s’est jamais aimé.
    – Et qui souffrent beaucoup ?
    – J’ai bien cru que je ne pourrais pas le supporter.
    À vrai dire, le docteur Rubincondo Loachamín ne lisait pas les romans.
    Quand le vieux lui avait demandé de lui rendre ce service, en lui indiquant clairement ses préférences pour les souffrances, les amours désespérées et les fins heureuses, le dentiste avait senti que la tâche serait rude.
    Il avait peur de se rendre ridicule en entrant dans un librairie de Guayaquil pour demander : « Donnez-moi un roman d’amour bien triste, avec des souffrances terribles et un happy end… » On le prendrait sûrement pour une vieille tante. Et puis il avait trouvé une solution inespérée dans un bordel du port.
    Le dentiste aimait les négresses, d’abord parce qu’elles étaient capables de dire des choses à remettre sur pied un boxeur K.-O., et ensuite parce qu’elles ne transpiraient pas en faisant l’amour.
    Un soir qu’il s’ébattait avec Josefina, une fille d’Esmeraldas à la peau lisse et sèche comme le cuir d’un tambour, il avait vu un lot de livres rangés sur la commode.
    – Tu lis ? avait-il demandé.
    – Oui, mais lentement.
    – Et quels sont tes livres préférés ?
    – Les romans d’amour, avait répondu Josefina. Elle avait les mêmes gouts qu’Antonio José Bolivar.
    À dater de cette soirée, Josefina avait fait alterner ses devoirs de dame de compagnie et ses talents de critique littéraire. Tous les six mois, elle sélectionnait deux romans particulièrement riches en souffrances indicibles. Et, plus tard, Antonio Josée Bolivar Proaño les lisait dans la solitude de sa cabane, face au Nangaritza.
    Le vieux prit les deux livres, examina les couvertures et déclara qu’ils lui plaisaient. »  Pages 30 à 32
  • « Le vieux resta sur le quai jusqu’à ce que le bateau disparaisse, happé par une boucle du fleuve. Puis il décida qu’il n’adressait plus la parole à personne de la journée : il ôta son dentier, l’enveloppa dans son mouchoir et, serrant les livres sur sa poitrine, se dirigea vers sa cabane. »  Page 33
  • « Il habitait une cabane en bambou d’environ dix mètres carrés meublée sommairement : le hamac de jute, la caisse de bière soutenant le réchaud à kérosène, et une table très haute, parce que, le jour où il avait ressenti pour la première fois des douleurs fois des douleurs dans le dos, il avait compris que les années commençaient à lui tomber dessus et pris la décision de s’assoir le moins possible.
    Il avait donc construit cette table aux longs pieds dont il se servait pour manger debout et pour lire ses romans d’amour. »  Pages 35 et 36
  • « Tant qu’il vécut chez les Shuars, il n’eut pas besoin de romans pour connaître l’amour. »  Page 47
  • « La femme offerte l’emmenait sur la berge du fleuve. Là, tout en entonnant des anents, elle le lavait, le parait et le parfumait, puis ils revenaient à la cabane s’ébattre sur une natte, les pieds en l’air, doucement chauffés par le foyer, sans cesser un instant de chanter les anents, poèmes nasillards qui décrivaient la beauté de leurs corps et la joie du plaisir que la magie de la description augmentait à l’infini. »  Page 47
  • « Ce fut la découverte la plus importante de sa vie. Il savait lire. Il possédait l’antidote contre le redoutable venin de la vieillesse. Il savait lire. Mais il n’avait rien à lire.
    À contrecœur, le maire accepta de lui prêter quelques vieux journaux qu’il conservait ostensiblement comme autant de preuves de ses liens privilégiés avec le pouvoir central, mais Antonio José Bolivar les trouva sans intérêt.
    La reproduction de passages des discours prononcés au Congrès, dans lesquels l’honorable Bucaram prétendait qu’un autre honorable représentant n’avait rien dans son pantalon, l’article qui donnait tous les détails sur la manière dont Artenio Mateluna avait tué son meilleur amis de vingt coups de poignard, mais sans haine, la chronique qui dénonçait l’orgueil délirant des supporters de Manta, lesquels avaient émasculé un arbitre en plein stade, ne lui paraissaient pas des stimulants suffisants pour le convaincre de continuer à lire. Tout ça se passait dans un monde lointain, sans références qui le lui rendent intelligible et sans rien qui lui donne envie de l’imaginer.
    Un beau jour le Sucre débarqua, en même temps que des caisses de bières et les bonbonnes de gaz, un malheureux prêtre expédié en mission par les autorités ecclésiastiques pour baptiser les enfants et mettre fin aux concubinages. Au bout de trois jours, le frère n’avait rencontré personne qui soit disposé à le conduire aux habitations des colons. Anéanti par une telle indifférence de sa clientèle, il était allé s’assoir sur le quai en attendant le départ du bateau qui le tirerait de là. Pour tuer les heures de la canicule, il sortit un vieux livre de sous sa soutane et essaya de lire, mais la torpeur le terrassa.
    Ce livre entre les mains du curé fascina Antonio José Bolivar. Il attendit patiemment que le curé vaincu par le sommeil le laisse échapper.
    C’était une biographie de saint François qu’il feuilleta furtivement avec l’impression de commettre une sorte de larcin.
    Il épela les syllabes, puis sa soif de saisir tout ce qui était contenu dans ces pages le fit répéter à mi-voix les mots ainsi formés.
    Le prêtre se réveilla et observa, amusé, Antonio José Bolivar, le nez dans son livre.
    – C’est intéressant ? demanda-t-il.
    – Excusez-moi, Monseigneur. Mais vous dormiez et je ne voulais pas vous déranger.
    – Ça t’intéresse ? répéta le prêtre.
    – On dirait que ça parle surtout d’animaux, répondit-il timidement
    -Saint François aimait les animaux. Et toutes les créatures de Dieu.
    – Moi aussi je les aime. À ma manière. Vous connaissez saint François ?
    – Non, Dieu ne m’a pas donné cette joie. Saint François est mort il y a très longtemps. Je veux dire qu’il a quitté cette vie terrestre pour aller auprès du Créateur jouir de la vie éternelle.
    – Comment vous le savez ?
    – Parce que j’ai lu le livre. C’est un de ceux que je préfère.
    Le prêtre soulignait ses paroles en caressant le cartonnage usé. Antonio José Bolivar l’écoutait avec ravissement et sentait poindre la morsure de l’envie.
    – Vous avez lu beaucoup de livres ?
    – Un certain nombre. Autrefois, quand j’étais jeune et que mes yeux n’étaient pas fatigués, je dévorais toutes les œuvres que me tombaient sous la main.
    – Tous les livres parlent de saints ?
    – Non. Il y a dans le monde des millions et des millions de livres. Dans toutes les langues et sur tous les sujets, y compris certains que les hommes ne devraient pas connaître.
    Antonio José Bolivar ne comprit pas ce problème de censure. Il continuait à fixer les mains du prêtre, des mains grassouillettes, blanches sur le cartonnage noir.
    – De quoi parlent les autres livres ?
    – Je viens de te le dire. D’un tas de choses. D’aventures, de science, de la vie de personnages vertueux, de technique, d’amour…
    Ce dernier point l’intéressa. L’amour, il n’en connaissait que ce que disent les chansons, particulièrement les pasillos que chantait Julito Jaramillo, dont la voix, issue des quartiers pauvres de Guayaquil, s’échappait parfois d’une radio à piles et rendait les hommes mélancoliques. Ces chansons-là disaient que l’amour était comme la piqûre d’un taon que nul ne voyait mais que tous recherchaient.
    – C’est comment, les livres d’amour ?
    – Ceux-là, je crains de ne pouvoir t’en parler. Je n’en ai pas lu plus de deux.
    – Ça ne fait rien. C’est comment ?
    – Eh bien, ils racontent l’histoire de deux personnes qui se rencontrent, qui s’aiment et qui luttent pour vaincre les difficultés qui les empêchent d’être heureux.
    L’appel du Sucre annonça l’appareillage et il n’osa pas demander au prêtre de lui laisser le livre. Mais ce que celui-ci lui laissa, en revanche, ce fut un désir de lecture plus fort qu’auparavant.
    Il passa toute la saison des pluies à ruminer sa triste condition de lecteur sans livre, se sentant pour la première fois de sa vie assiégée par la bête nommée solitude. Une bête rusée. Guettant le moindre moment d’inattention pour s’approprier sa voix et le condamner à d’interminables conférences sans auditoire.
    Il lui fallait de la lecture, ce qui impliquait qu’il sorte d’El Idilio. Peut-être n’était-il pas nécessaire d’aller très loin, peut-être rencontrerait-il à El Dorado quelqu’un qui possédait des livres, et il se creusait la cervelle pour trouver le moyen de les obtenir. »  Pages 55 à 59
  • « – Mais si tu voulais avoir des livres, pourquoi tu ne m’en as pas chargé ? Je suis sûr que je t’en aurais trouvé à Guayaquil.
    – Merci, docteur. Le problème c’est que je ne sais pas encore quels livres je veux lire. Mais dès que je saurai, je profiterai de votre proposition. »  Page 61
  • « Quand il eut vendu les ouistitis et les perroquets, l’institutrice lui montra sa bibliothèque.
    Il fut ému de voir tant de livres rassemblés. L’institutrice possédait une cinquantaine de volumes rangés sur des étagères et il éprouva un plaisir indicible à les passer en revue en s’aidant de la loupe qu’il venait d’acquérir.
    Cinq mois durant, il put ainsi former et polir ses goûts de lecteur, tout en faisant alterner les doutes et les réponses.
    En parcourant les textes de géométrie, il se demandait si cela valait la peine de savoir lire, et il ne conserva de ces livres qu’une seule longue phrase qu’il sortait dans les moments de mauvaise humeur : « Dans un triangle rectangle, l’hypoténuse est le côté opposé à l’angle droit. » Phrase qui, par la suite, devait produire un effet de stupeur chez les habitants d’El Idilio, qui la recevaient comme une charade absurde ou une franche obscénité.
    Les textes d’histoire lui semblèrent un chapelet de mensonges. Était-il possible que ces petits messieurs pâles, avec leurs gants jusqu’aux coudes et leurs culottes collantes de funambules, aient été capables de gagner des batailles ? Il lui suffisait de voir leurs boucles soigneusement frisées flottant au vent pour comprendre que ces gens-là étaient incapables de tuer une mouche. Ce fut ainsi que les épisodes historiques se trouvèrent exclus de ses goûts de lecteur.
    Edmondo de Amicis et son Cœur occupèrent pratiquement la moitié de son séjour à El Dorado. Là, il était à son affaire. C’était un livre qui lui collait aux mains et aux yeux, qui lui faisait oublier la fatigue pour continuer à lire, encore et toujours, jusqu’à ce qu’un soir, il finisse par se dire qu’il n’était pas possible qu’un seul corps endure tant de souffrances et contienne tant de malchance. Il fallait être vraiment un salaud pour prendre plaisir aux malheurs d’un pauvre garçon tel que le Petit Lombard, et c’est alors, après avoir cherché dans toute la bibliothèque, qu’il trouva enfin ce qui lui convenait vraiment.
    Le Rosaire de Florence Barclay contenait de l’amour, encore de l’amour, toujours de l’amour. Les personnages souffraient et mêlaient félicité et malheur avec tant de beauté que sa loupe en était trempée de larmes.
    L’institutrice, qui ne partageait pas tout à fait ses goûts, lui permit de prendre le livre pour retourner à El Idilio, où il le lut et le relut cent fois devant sa fenêtre, comme il se disposait à le faire maintenant avec les romans que lui avait apportés le dentiste et qui l’attendaient, insinuants et horizontaux, sur la table haute, étrangers au passé désordonné auquel Antonio José Bolivar préférait ne plus penser, laissant béantes les profondeurs de sa mémoire pour les remplir de bonheurs et de tourments d’amour plus éternels que le temps. »  Pages 62 et 63
  • « Antonio José Bolivar dormait peu. Jamais plus de cinq heures par nuit et de deux heures de sieste. Le reste de son temps, il le consacrait à lire les romans, à divaguer sur les mystères de l’amour et à imaginer les lieux où se passaient ces histoires.
    En lisant les noms de Paris, Londres ou Genève, il devait faire un énorme effort de concentration pour se les représenter. La seule grande ville qu’il eût jamais visitée était Ibarra, et il ne se souvenait que confusément des rues pavées, des pâtés de maisons basses, identiques, toutes blanches, et de la Plaza de Armas pleine de gens qui se promenaient devant la cathédrale.
    Là s’arrêtait sa connaissance du monde et, en suivant les intrigues qui se déroulaient dans des villes aux noms lointains et sérieux tels que Prague ou Barcelone, il avait l’impression que le nom d’Ibarra n’était pas celui d’une ville faite pour les amours immenses. »  Page 65
  • « Mais ce qu’il aimait par-dessus tout imaginer, c’était la neige.
    Enfant, il l’avait vue comme une peau de mouton mise à sécher au balcon du volcan Imbabura, et ces personnages de roman qui marchaient dessus sans crainte de la salir lui semblaient parfois d’une extravagance impardonnable. »  Page 66
  • « Après avoir mangé les crabes délicieux, le vieux nettoya méticuleusement son dentier et le rangea dans son mouchoir. Après quoi il débarrassa la table, jeta les restes par la fenêtre, ouvrit une bouteille de Frontera et choisit un roman.
    La pluie qui l’entourait de toutes parts lui ménageait une intimité sans pareille.
    Le roman commençait bien.
    « Paul lui donna un baisser ardent pendant que le gondolier complice des aventures de son ami faisait semblant de regarder ailleurs et que la gondole, garnie de coussins moelleux, glissait paisiblement sur les canaux vénitiens. »
    Il lut la phrase à voix haute et plusieurs fois.
    – Qu’est-ce que ça peut bien être, des gondoles ?
    Ça glissait sur des canaux. Il devait s’agir de barques ou de pirogues. Quant à Paul, il était clair que ce n’était pas un individu recommandable, puisqu’il donnait un « baiser ardent » à la jeune fille en présence d’un ami, complice de surcroît.
    Ce début lui plaisait.
    Il était reconnaissant à l’auteur de désigner les méchants dès le départ. De cette manière, on évitait les malentendus et les sympathies non méritées.
    Restait le baiser – quoi déjà ? – « ardent ». Comment est-ce qu’on pouvait faire ça ?
    Il se souvenait des rares fois où il avait donné un baiser à Dolores Encarnaciòn del Santísimo Sacramento Estupiñán Otavalo. Peut-être, sans qu’il s’en rende compte, l’un de ces baisers avait-il été ardent, comme celui de Paul dans le roman. »  Pages 73 et 74
  • « Abrutie par l’alcool, la malheureuse ne se rendait pas compte de ce qu’on faisait d’elle. Cette fois-là, un aventurier l’avait prise sur la plage et avait cherché à coller sa bouche à la sienne.
    La femme avait réagi comme un animal sauvage. Elle avait fait rouler l’homme couché sur elle, lui avait lancé une poignée de sable dans les yeux et était allé ostensiblement vomir de dégoût.
    Si c’était cela, un baiser ardent, alors le Paul du roman n’était qu’un porc.
    Quand arriva l’heure de la sieste, il avait lu environ quatre pages et réfléchi à leur propos et il était préoccupé de ne pouvoir imaginer Venise en lui prêtant les caractères qu’il avait attribués à d’autres villes, également découvertes dans des romans.
    À Venise, apparemment, les rues étaient inondées et les gens étaient obligés de se déplacer en gondoles.
    Les gondoles. Le mot « gondole » avait fini par le séduire et il pensa que ce serait bien d’appeler ainsi sa pirogue. »  Pages 74 et 75
  • « Plus tard dans l’après-midi, après un nouveau festin de crabes, il voulut poursuivre sa lecture, mais il fut distrait par des cris qui l’obligèrent à sortir la tête sous la pluie. »  Page 75
  • « Tout en faisant frire le foie agrémenté de brins de romarin, il maudit l’incident qui le tirait de sa tranquillité. Impossible désormais de se concentrer sur sa lecture, obligé qu’il était de penser à l’expédition du lendemain avec le maire à sa tête. »  Page 77
  • « Il renta à El Idilio livrer les restes, le maire le laissa tranquille et il fit tout pour sauvegarder cette paix, car c’était d’elle que dépendaient les moments de bonheur passés face au fleuve, debout devant la table haute, à lire lentement les romans d’amour. »  Page 84
  • « Perplexe, son coéquipier le regardait parcourir avec sa loupe les signes réguliers du livre,
    – C’est vrai que tu sais lire, camarade ?
    – Un peu.
    – Et tu lis quoi ?
    – Un roman. Mais tais-toi. Quand tu parles, tu fais bouger la flamme et moi je vois bouger les lettres.
    L’autre s’éloigna pour ne pas le gêner, mais l’attention que le vieux portait au livre était telle qu’il ne supporta pas de rester à l’écart.
    – De quoi ça parle ?
    – De l’amour.
    À cette réponse du vieux, il se rapprocha, très intéressé.
    – Sans blague ? Avec des bonnes femmes riches, chaudes et tout ?
    – Non. Ça parle de l’autre amour. Celui qui fait souffrir.
    L’homme se sentit déçu. Il courba les épaules et s’éloigna de nouveau. Avec ostentation, il but une longue gorgée, alluma un cigare et se mit à affûter sa machette.
    Il passait la pierre, crachait sur le métal, la repassait, puis éprouvait le tranchant du doigt.
    Le vieux s’était replongé dans son livre, sans se laisser distraire par le bruit âpre de la pierre sur l’acier, en marmottant comme s’il priait.
    – Allez, lis un peu plus fort.
    – Sérieusement ? Ça t’intéresse ?
    – Bien sûr que oui. J’ai été une fois au cinéma, à Loja, et j’ai vu un film mexicain, un film d’amour. Comment t’expliquer, camarade ? Qu’est-ce que j’ai pu pleurer.
    – Alors il faut que je te lise depuis le début, comme ça tu sauras qui sont les bons et les méchants.
    Antonio José Bolivar retourna à la première page. À force de la relire, il la savait par cœur.
    « Paul lui donna un baisser ardent pendant que le gondolier complice des aventures de son ami faisait semblant de regarder ailleurs et que la gondole, garnie de coussins moelleux, glissait paisiblement sur les canaux vénitiens. » »  Pages 100 et 101
  • « Antonio José Bolivar ôta son dentier, le rangea dans son mouchoir et sans cesser de maudire le gringo, responsable de la tragédie, le maire, les chercheurs d’or, tous ceux qui souillaient la virginité de son Amazonie, il coupa une grosse branche d’un coup de machette, s’y appuya, et prit la direction d’El Idilio, de sa cabane et de ses romans qui parlaient d’amour avec des mots si beaux que, parfois, ils lui faisaient oublier la barbarie des hommes »  Page 121
2,5 étoiles, P

La poursuite du bonheur

 

La poursuite de bonheur de Douglas Kennedy.

Éditions Belfond; publié en 2001; 773 pages

Quatrième roman de Douglas Kennedy paru initialement en 2001 sous le titre « The Pursuit of Happiness ».

La poursuite du bonheur

À la fin des années 1990, Kate Malone a 44 ans. Elle vit à New York, elle est divorcée et s’occupe de son fils de 7 ans. Lors de l’enterrement de sa mère, une mystérieuse vieille dame attire son attention. Personne ne semble la connaître. Peu de temps après, celle-ci la contacte, elle lui dit s’appeler Sara et qu’elle la connaît depuis son enfance. Elle a fréquenté ses parents à une certaine époque mais Kate n’en a aucun souvenir. Pour lui raconter sa vie, Sara lui remet un manuscrit qui lui apprendra aussi une incroyable histoire sur ses parents. La lecture de Kate la propulsera dans le Manhattan des années 1940 et 50. C’est à cette époque que Sara a rencontré Jack Malone, le père de Kate, la veille de son départ pour la guerre. Cette aventure d’une nuit a été marquante. Le lendemain matin, Jack s’est éclipsé de la vie de Sara mais pas de son cœur. Cette fameuse rencontre a fait basculer leur vie.

Roman au début accrocheur. L’histoire commence avec la vie de Kate. On s’attache rapidement à elle, mais finalement elle a peu de place dans le livre, car l’héroïne principale est Sara. Lorsque l’histoire bascule sur le destin de Sara, on est déstabilisé car la vie de Kate commençait à être intéressante. Celle de Sara par contre manque de réalisme, elle est une suite de tragédies qui s’accumulent les unes après les autres. Une décente aux enfers magistrale dans une merveilleuse[JS1]  reconstitution de New York des années 40 et 50. Une époque qui est peu connu, mais qui a fait bien des ravages. L’auteur nous fait vivre cette période trouble où il valait mieux cacher ses idées et avoir un mode de vie rangé car la chasse aux communistes était bien présente. Malheureusement, l’histoire fini par traîner en longueur, il y a trop de péripéties pour la vie d’une seule femme. De plus, on aurait bien aimé en savoir plus sur Kate.

La note :2,5 étoiles

Lecture terminée le 4 août 2013

Lecture de mon Baby Challenge 2013Contemporain

Baby challenge contemporainLa littérature dans ce roman :

 

  • « Sa voix de garçonnet de sept ans couvrait celle du pasteur épiscopalien qui, en face de la bière, récitait avec solennité un passage de l’Apocalypse :
    Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux,
    Et la mort ne sera plus, ni deuil,
    Ni pleurs, ni souffrance ne seront plus
    Car ce qui est passé s’en est allé. »  Page 14
  • « Entre-temps, le pasteur était passé à ce vieux classique des enterrements, le Psaume XXIII : « Tu dresses la table devant moi, à la face de mes ennemis ; tu parfumes d’huile ma tête, ma coupe est pleine à déborder. » »  Page 15
  • « Crois-moi : il reste le vieux et triste con qu’il a toujours été, Charlie.
    — Meg !
    J’ai montré mon fils du menton. Il était installé à côté de moi, plongé dans une bédé. »  Page 18
  • « — Bravo, mon grand, a approuvé Meg en lui ébouriffant les cheveux.
    — Lis ton livre, chéri. »  Page 18
  •  « — Pas autant qu’à moi de voir cette tête de nœud se mettre à pleurnicher.
    Après avoir vérifié qu’Ethan restait captivé par son livre, j’ai levé les yeux au ciel.
    — Meg !
    — Pardon. Ça m’a échappé, quoi.
    — Je sais aussi ce que ça veut dire, « tête de nœud », a commenté Ethan sans interrompre sa lecture. »  Page 19
  • « Pendant une fraction de seconde, je me suis retrouvée dans l’appartement familial de la 84e Rue, entre Broadway et Amsterdam. Six ans, retour de l’école, avec Annette, Frankie et tous les Mousquetaires sur notre vieille télé Zénith noir et blanc avec son écran en hublot, et ses antennes qui pointaient comme des oreilles de lapin, et ses portes en imitation acajou. »  Page 24 et 25
  • « Je me replonge dans la contemplation des Mousquetaires. »  Page 25
  • « — Ouais, d’accord. Mais la Princesse aurait fini par te convaincre, elle.
    — N’appelle pas Holly comme ça.
    — Et pourquoi pas ? C’est bien Lady Macbeth, dans cette histoire ! »  Page 37
  • « — Heureuse de l’entendre. Je commençais à me demander si tu n’allais pas te transformer en personnage de Tennessee Williams, le genre cinglée du Sud, tu vois ? Qui essaie la robe de mariée de maman, qui picole du bourbon sec et qui sort des machins dans le style : « Il s’appelait Beauregard et c’est le garçon qui a brisé mon cœur »… »  Page 72
  • « « Il s’appelait Beauregard et c’est le garçon qui a brisé mon cœur. » Son nom, c’était Peter, en fait. Peter Harrison. Celui avec qui j’étais avant de rencontrer Matt. Il se trouve qu’il était aussi mon patron. Et qu’il était marié, comme dans les livres… »  Page 73
  • « Le pire, c’était que je m’étais pourtant solennellement juré de ne jamais perdre la tête pour un homme et que j’avais jusqu’alors manifesté très peu de sympathie, pour ne pas dire un mépris affiché, à mes amies ou connaissances qui transformaient une simple rupture en épopée tragique, se jouant un Tristan et Iseut version Manhattan à chaque peine de cœur. »  Page 81
  • « Je me suis particulièrement maudite lorsque j’ai fondu en larmes au beau milieu d’un brunch dominical au restaurant avec ma mère. Barricadée dans les toilettes dames jusqu’à ce que je me tire de ce mélo à la Joan Crawford, j’ai fini par regagner la table. »  Page 81
  • « Au cours des six premiers mois de son existence, il refusait de capoter plus de deux heures d’affilée, ce qui nous a rapidement conduits au bord de l’épuisement complet. Et, à moins d’avoir la vocation d’une Mary Poppins, la fatigue nourrit l’irritabilité qui, dans notre cas, a vite pris les proportions d’une guerre ouverte. »  Page 87
  • « Assise à la table, j’ai ouvert le colis. Une carte, en papier bleu-gris désormais familier. Et voilà, c’était reparti… « Chère Kate, je crois vraiment que vous devriez m’appeler, non ? Sara. » J’ai retiré ensuite un grand livre rectangulaire. Un album-photo, sans doute. Oui. »  Pages 101 et 102
  • « Je l’ai suivie dans une petite entrée dont l’un des murs était entièrement couvert de rayonnages chargés de livres. »  Page 105
  • « La pièce était de taille modeste mais lumineuse avec ses murs blancs, son parquet en bois décoloré, une vaste fenêtre donnant au sud sur une petite cour intérieure. Encore des livres partout, une discothèque de CD classiques bien garnie et une alcôve astucieusement aménagée en coin bureau avec une tablette en pin sur laquelle s’alignaient un ordinateur, un fax et des dossiers. »  Page 106
  • « Moi, je n’avais cessé de lui dire qu’il jugeait beaucoup trop durement son fils, qu’en réalité Eric était plutôt un progressiste à l’ancienne manière doublé d’un romantique désarmant : un admirateur éperdu d’Eugene Debs qui était abonné à The Nation depuis ses seize ans et rêvait de devenir un second Clifford Odets. Parce qu’il écrivait des pièces de théâtre, lui aussi. Sorti de Columbia en 37, il avait été assistant-metteur en scène d’Orson Welles au Mercury Theater, et deux de ses œuvres avaient été montées par des ateliers d’art dramatique à New York. Oui, c’était le temps où le New Deal de Roosevelt subventionnait le théâtre expérimental en Amérique, si bien que les « prolétaires du spectacle », comme Eric aimait se nommer, ne manquaient pas de travail, et puis maintes petites compagnies ne demandaient qu’à donner leur chance à de jeunes auteurs tels que mon frère. Aucune de ses pièces n’avait été un grand succès mais il ne lorgnait pas sur Broadway et ses lumières, de toute façon, répétant que son œuvre voulait « répondre aux attentes et aux besoins de la classe ouvrière ». »  Page : 114
  • « En tant que dramaturge, il avait cependant d’énormes potentiels, mais dans ce genre « engagé » qui apparaissait, hélas, condamné au début des années quarante. Orson Welles est allé à Hollywood, Clifford Odets également. » » Page 115
  • « Enfin, la soirée se déroulait chez Eric. Un appartement-couloir de Sullivan qui pour moi représentait le summum du chic bohème, tout comme son locataire. La baignoire dans la cuisine, des bouteilles de chianti reconverties en pieds de lampe, de vieux coussins fatigués éparpillés sur le sol du salon, et des livres partout, partout. »  Page 115
  • « Nous sommes nés tous les deux à Hartford, dans le Connecticut. Comme Eric aimait à le rappeler, ce coin perdu n’a jamais abrité que deux êtres d’exception : Mark Twain, qui a perdu un tas d’argent dans une maison d’édition locale, et Wallace Stevens, qui fuyait l’ennui d’une vie de courtier d’assurances en écrivant des poèmes d’une modernité rare. »  Page 116
  • « J’avais douze ans quand il m’a déclaré qu’« à part Twain et Stevens personne de notable n’a vécu ici, et puis il y a eu nous deux » »  Page 117
  • « Leurs affrontements étaient homériques. Par exemple quand il avait découvert les Dix jours qui ébranlèrent le monde de John Reed sous le lit de son fils, ou quand Eric lui avait offert un disque de Paul Robeson pour sa fête… »  Page 118
  • « Encore plus maigre qu’avant, il laissait ses cheveux très bruns pousser en tignasse qui, complétée par des lorgnons en acier, son manteau militaire et sa vieille veste en tweed, lui donnait l’allure de Trotski. »  Page 119
  • « À la place, il est allé s’installer Sullivan Street, balayer les planchers pour le compte d’Orson Welles à vingt dollars par semaine et caresser l’ambition d’écrire des œuvres « qui durent » »  Page 119
  • « — Ton « destin » ? a-t-il repris avec une cinglante ironie. Parce que tu crois avoir un « destin », aussi ? Quels romans à l’eau de rose t’ont-ils fait lire, à l’université ? »  Page 122
  • « Dans un court message à notre père, j’ai indiqué que j’acceptais ses desiderata et que la famille pourrait être fière de moi une fois que je serais à New York, une façon discrète de lui certifier que j’allais rester une « fille bien » même dans le Sodome et Gomorrhe qu’était à ses yeux Manhattan. »  Page 131
  • « Une conversation décousue à propos de notre travail, des rumeurs qui commençaient à circuler au sujet de camps de la mort montés par les nazis en Europe de l’Est, des chances que Roosevelt garde Henry Wallace pour second lors de la campagne présidentielle de l’année suivante, de Watch on the Rhine, la pièce de Lillian Hellman qu’Eric, toujours très exigeant, jugeait épouvantable… »  Page 134
  • « Son fantastique anonymat, d’abord : ici, on pouvait devenir invisible, et surtout ne jamais sentir le regard désapprobateur de quiconque dans son dos, un des passe-temps favoris des bonnes gens d’Hartford. On pouvait passer la nuit debout, ou se perdre tout un samedi après-midi dans les kilomètres de livres de ses librairies, ou entendre Ezio Pinza chanter Don Giovanni au Met pour la somme dérisoire de cinquante cents – à condition de faire la queue, évidemment –, ou dîner à trois heures du matin chez Lindy, ou encore se lever à l’aube un dimanche, aller en flânant jusqu’au Lower East Side, acheter des oignons marinés tout droit sortis des tonneaux Delancey Street et s’installer chez Katz devant l’un de ces sandwichs au pastrami dont la dégustation vous conduisait au bord de l’extase mystique. »  Page 140
  • « À la faveur de toutes ces promenades, j’ai appris à voir New York comme un gigantesque roman victorien qui vous oblige à cheminer au sein de sa vaste intrigue et de ses foisonnantes digressions. »  Page 140
  • « Et moi, en lectrice avide, je me laissais chaque fois prendre par son récit, et j’avais hâte de connaître la suite. »  Page 140
  • « Si mes parents trouvaient que c’était un magnifique parti, j’avais mes réserves, moi, tout en lui reconnaissant ses mérites, notamment l’éloquence avec laquelle il parlait des romans d’Henry James et des tableaux de John Singer Sargent, son romancier et son peintre de prédilection. »  Page 143
  • « Eric a aussitôt quitté son travail à la Guilde du théâtre et s’est mis en route pour le Mexique et l’Amérique du Sud, avec sa Remington portable car il comptait passer l’année suivante à écrire une pièce ambitieuse et peut-être l’ébauche d’un journal de voyage sur le subcontinent. Il m’a incitée à l’accompagner mais je n’étais pas du tout prête à abandonner mon poste à Life au bout de sept mois seulement.
  • — Si tu venais avec moi, tu pourrais te concentrer entièrement sur un roman, a-t-il objecté. » Page 145
  • « Bien à contrecœur, il s’était aussi résigné à changer d’allure pour être engagé dans l’équipe de Joe E. Brown. Il s’était coupé les cheveux et avait renoncé à son accoutrement à la Trotski, tristement conscient de la nécessité d’accepter les très strictes normes vestimentaires de l’époque s’il voulait gagner sa vie. »  Page 153
  • « — Quand on commence par se voir comme le nouveau Bertolt Brecht et qu’on finit en écrivant des calembours à la chaîne pour un programme de variétés, on peut légitimement se considérer comme un raté.
    — Tu écriras d’autres pièces importantes.
    Il avait eu un sourire amer.
    — Je n’en ai jamais écrit et tu le sais, S. Même une pièce « passable », je n’en ai pas une seule dans mes cartons. Tu sais ça, aussi. » Page : 153
  •  « — Ah, on est chez vous, ici ? s’est exclamé Jack sans un soupçon d’embarras.
    — Fine déduction, docteur Watson. Vous ne m’en voudrez pas si je vous demande comment vous avez échoué ici ? »  Page 158
  • « — Bien, et maintenant tu dois me parler un peu de toi. À ton tour !
    — Comme quoi ? Ma couleur préférée ? Mon signe astral ? Si je préfère Fitzgerald ou Hemingway ?
    — Qui, alors ?
    — Fitzgerald, de très loin. »  Page 168
  • « — Et peut-on savoir où est passé ton don Juan en uniforme ? »  Page : 186
  • « — Cette idée m’a effleurée, certes… Mais je me demande également comment je vais arriver à travailler toute seule, livrée à moi-même.
    — Tu dis depuis longtemps que tu voudrais t’essayer à un roman. C’est l’occasion rêvée, non ? »  Page 199
  • « — Très drôle. Et puis je ne suis pas seulement un écrivain raté. D’après Leland McGuire, je manque aussi d’esprit d’équipe. »  Page 200
  • « — Si vous voulez mon modeste avis, à votre place je ne ferais ni ne dirais rien. Contentez-vous d’empocher l’argent de Mr Luce pendant les six mois qui viennent et mettez-vous à écrire le roman du siècle, puisque je crois savoir que vous êtes une littéraire. »  Page 204
  • « J’ai jeté de vieux habits et plein de livres dans une malle, et malgré les protestations d’Eric j’ai tenu à emporter ma machine à écrire dans ma bucolique retraite. »  Page 217
  • « Je ne faisais rien, ou presque. Je passais la matinée au lit avec un bon roman, ou bien je me lovais dans le gros fauteuil fatigué devant l’âtre en feuilletant des revues vieilles d’une décade que j’avais découvertes dans le coffre en bois qui servait de table basse. Le soir, j’écoutais la radio, surtout s’il y avait un concert de l’orchestre de la NBC dirigé par Toscanini, et je lisais tard dans la nuit. »  Page  217
  • « Le mercredi 25 avril 1946, il était 16 h 02 à ma montre lorsque cette course s’est arrêtée. Je suis restée un moment les yeux sur la feuille à moitié couverte avant de comprendre ce qui m’arrivait : je venais de terminer ma première nouvelle. »  Page 226
  • « Le lendemain matin, j’ai relu d’une traite ces vingt-quatre pages. Intitulée À quai, la nouvelle était une version romancée de ma rencontre avec Jack, à la différence qu’elle se déroulait en 41 et que la narratrice était une éditrice d’une trentaine d’années, Hannah, une femme seule qui n’avait jamais eu de chance avec les hommes et commençait à croire que l’amour ne croiserait jamais son chemin. Entre en scène Richard Ryan, un lieutenant de vaisseau en permission d’un soir à Manhattan avant de s’embarquer pour le Pacifique. Ils font connaissance dans une soirée, l’attirance est réciproque, ils partent déambuler dans la ville, échangent leur premier baiser, prennent une chambre d’hôtel miteuse et se séparent « courageusement » devant les docks de la Navy à Brooklyn. Il lui a juré sa flamme mais Hannah sait qu’elle ne le reverra plus. Ce n’était pas leur heure, tout simplement. Il s’en va à la guerre, il oubliera vite cette nuit. Reste à la jeune femme la certitude d’avoir trouvé sa destinée par hasard et de l’avoir aussitôt perdue. » Page 226
  • « Dans ma nouvelle, Hannah se sent dépouillée à l’issue de sa fulgurante expérience mais elle a également appris qu’elle pouvait éprouver de l’amour. »  Page 228
  • « — J’attends un exemplaire de votre livre quand il va être publié, Sara. »  Page 228
  • « Une autre enveloppe a immédiatement attiré mon regard parce qu’elle venait du Saturday Night/Sunday Morning, un hebdomadaire avec lequel je n’avais jamais été en contact. Intriguée, je me suis hâtée de l’ouvrir. Nathaniel Hunter, chef de la section littéraire, m’indiquait que ma nouvelle, À quai, avait été retenue pour publication et qu’il l’avait programmée au premier numéro du mois de septembre 1946, avec un versement de droits d’auteur qu’il établissait à cent vingt-cinq dollars. »  Page 229
  • « — De rien. Elle se défend toute seule, ta nouvelle ! Tu es capable d’écrire. »  Page 231
  • « — Vous êtes jeune, libre, sans responsabilités familiales. C’est le moment idéal pour vous mettre sérieusement à un roman. » Page 234
  • « Il n’a pas non plus cherché à apprendre si ma nouvelle comportait des éléments autobiographiques. Non, il s’est contenté de la juger très bonne, et il a eu l’air surpris quand je lui ai avoué que c’était ma première incursion sur le terrain de la fiction.
    — Il y a dix ans, j’étais exactement au même stade que vous, m’a-t-il déclaré. Le New Yorker venait de me prendre une nouvelle et j’avais déjà la moitié d’un roman dont j’étais certain qu’il allait faire de moi le John Marquand de ma génération.
    — Et qui l’a publié, finalement ?
    — Personne. Je ne l’ai jamais terminé, ce damné bouquin ! Et pourquoi ? Parce que je me suis bêtement laissé absorber par des choix tels que d’avoir des enfants, et d’entrer comme éditeur chez Harper pour avoir un salaire qui me permette de les faire vivre, et de passer ensuite à un poste encore mieux payé pour avoir de quoi les envoyer en école privée, prendre un appartement plus grand, louer une maison d’été sur la côte… »  Page 235
  • « — Oui, mais la carte du Casanova n’a pas un peu précipité ta décision ? »  Page 238
  • « Les écrivains réputés se taillaient donc la part du lion, et, certes, l’hebdomadaire pouvait se targuer de publier les plus grands noms littéraires du moment, Hemingway, O’Hara, Steinbeck, Somerset Maugham, Evelyn Waugh, Pearl Buck… »  Page 240
  • « Les soirs où je ne me sentais pas entièrement vidée de mon énergie, je finissais toujours par trouver d’autres occupations, une double séance Howard Hawks dans un cinéma de la 14e, un roman à suspense de William Irish, ou encore le nettoyage de ma salle de bains qui soudain me paraissait indispensable… »  Page 242
  • « — Peut-être, mais c’est vrai. J’ai tout gâché à Life, je n’aurais jamais dû entrer à Saturday/Sunday et maintenant je n’arrive plus à écrire quoi que ce soit. Une petite nouvelle publiée quand j’avais vingt-quatre ans, voilà toute la trace que je laisserai en littérature. »  Page 243
  • « Ainsi qu’Eric l’avait pressenti, Jack Malone n’avait été qu’un poseur, un Casanova en uniforme. »  Page 245
  • « Mais renoncer à ses responsabilités conjugales et paternelles, c’était une conduite antiaméricaine, carrément. Et dans son cas précis aussi immorale qu’incompréhensible, puisque son démon de midi avait choisi une femme qui me rappelait furieusement le personnage de Mrs Danvers dans Rebecca !
    Pendant des mois, j’ai repensé à ce qu’il m’avait dit lors de notre dernière conversation. Cette décision radicale, l’avait-il prise lui aussi « dans l’urgence, guidé par l’instinct et sous l’emprise de la peur » ? La peur de vieillir, peut-être, et de rester en cage, et de ne jamais écrire ce grand roman qu’il s’était juré de donner dans sa jeunesse ?
    Autant que je sache, cependant, celui-ci n’a jamais été publié, retraite bucolique avec Jane Yates ou pas. J’ai entendu dire qu’il avait fini professeur de littérature anglaise dans une obscure école privée près de Franconia, et ce jusqu’à sa mort en 1960, que j’ai apprise par un bref avis de décès dans le New York Times. Il n’avait que cinquante et un ans. »  Page 250
  • « Il se montrait aussi plein de compréhension, notamment sur le terrain de mes débuts d’écrivain restés sans lendemain. »  Page 254
  • « — Attendez ! Le plus chanceux de tous, c’est encore moi. Épouser l’un des écrivains les plus talentueux d’Amérique…
    — Oh, je t’en prie…
    J’étais devenue rouge comme une tomate.
    — Je n’ai été publiée qu’une seule fois. Et rien qu’une nouvelle.
    — Mais quelle nouvelle ! Vous ne pensez pas, Emily ?
    — Et comment ! Au journal, tout le monde trouve qu’elle est parmi les trois ou quatre meilleurs textes que nous avons publiés l’an dernier. Quand on sait que les autres sont de Faulkner, d’Hemingway et de J.T. Farrell… »  Page 256
  • « — Mais quel talent, voyons ? Pour une simple nouvelle, alors qu’il n’y en aura sans doute pas d’autre ? »  Page 257
  • « — Il t’arrive de t’écouter, Sara ? Enfin, tu es un auteur publié, tu es fiancée à un homme qui reconnaît sincèrement ton talent, qui s’engage à tout faire pour que tu puisses t’absorber dans ton art et qui pense que tu es la femme la plus extraordinaire de la planète. Et toi, tout ce que tu trouves à dire, c’est que tu as peur d’être tellement adorée ? Redescends sur terre, je t’en prie ! »  Page 258
  • « — Je parie qu’elle réfléchissait à son roman, a-t-il glissé à Emily. »  Page 260
  • « — Donnez-moi des comptes d’entreprise à vérifier et je peux me plonger dedans quatre heures de suite, aussi captivé que si j’avais un bon livre d’aventures entre les mains. Mais devant une symphonie de Mozart, je suis perdu. Je ne sais pas ce qu’il faut écouter, vraiment. »  Page 260
  • « J’appréciais la lucidité ironique avec laquelle il se considérait. Et j’aimais son empressement à me couvrir de livres, de disques, de soirées au théâtre ou aux concerts du Philharmonic quand bien même je savais qu’un programme Prokofiev était pour lui l’équivalent musical de deux heures sur le fauteuil d’un dentiste. »  Page 261
  •  « Il lisait énormément, lui aussi, mais surtout de gros essais, des tomes et des tomes de témoignages ou de relations factuelles. Je pense que je n’ai connu personne d’autre qui soit vraiment allé jusqu’au bout de La Crise mondiale, la somme de Churchill. Les œuvres romanesques ne l’emballaient guère, ainsi qu’il me l’avait avoué en proposant aussitôt que je lui « apprenne » à en lire, et je lui avais donc offert L’Adieu aux armes. Dès le lendemain, il m’avait appelée au journal.
    — Eh bien, quel livre !
    — Quoi, tu l’as déjà terminé ?
    — Un peu ! Ce type sait raconter une histoire, tu ne crois pas ?
    — Oui. On peut dire que Mr Hemingway a cette capacité.
    — Et tout ce qu’il raconte sur la guerre… Triste.
    — Et la passion de Frederic et Catherine ? Tu n’as pas été bouleversé ?
    — Ah ! Pendant la dernière scène, à l’hôpital, j’ai pleuré comme une fontaine.
    — Très bien, mon amour.
    — Mais quand je l’ai refermé, sais-tu ce que je me suis dit ?
    — Non.
    — Que si elle avait eu un bon médecin américain pour s’occuper d’elle, elle s’en serait sans doute sortie.
    — Euh… Je n’y avais jamais pensé, mais oui, tu as certainement raison.
    — Ce n’est pas pour débiner les toubibs suisses, attention !
    — Je ne crois pas qu’Hemingway ait eu cette intention, lui non plus.
    — Mais bon, maintenant que je l’ai lu, l’idée que tu accouches en Suisse ne me plairait pas du tout. Pas du tout. »  Pages 261 et 262
  • « Et il y était en effet parvenu pendant cette heure passée avec Eric, tout comme il avait réussi à parler avec une étonnante pertinence de ce qui se donnait alors à Broadway et de l’expérience révolue du théâtre subventionné, amenant ainsi mon frère à évoquer quelques-uns de ses souvenirs avec Orson Welles. »  Page 264
  • « J’ai attendu cinq minutes, je me suis levée, j’ai traversé le corridor sur la pointe des pieds et je suis entrée chez lui sans frapper. Il était déjà au lit, avec un livre. »  Page : 272
  • « Aux questions qu’il m’avait posées sur le compte de Jack et sur ce qu’il y avait d’autobiographique dans ma nouvelle j’avais compris qu’il se doutait que je n’étais plus vierge. »  Page 273
  • « — Je comprends que vous ayez décidé d’être écrivain, maintenant. Vous avez l’œil et l’oreille pour tout.
    — Je ne suis pas écrivain.
    — Plaît-il ? Et cette nouvelle que vous avez publiée, alors ?
    — Un texte publié dans une revue ne suffit pas à faire un écrivain.
    — Quelle modestie ! Surtout vu l’immodestie de l’histoire. L’avez-vous réellement aimé, ce marin ?
    — Il s’agit d’une fiction, Mrs Grey, non de souvenirs personnels.
    — Mais oui, ma chère. Les jeunes femmes qui écrivent à vingt-quatre ans s’inventent toujours des contes sur le grand amour de leur vie. »  Page 276
  • « — Eh bien d’accord. Laisse le petit Georgie et ses parents te mener par le bout du nez. Et quand ils en auront fini avec toi, tu seras dans le même état qu’une héroïne d’Ibsen. »  Page 283
  • « Les maisons de Park Avenue étaient résolument Nouvelle-Angleterre, hommages au néogothique à la Edgar Poe avec leurs bardeaux blancs et leurs briques rouges unionistes. »  Page 297
  • « J’avais loué l’appartement meublé, il ne me restait donc qu’à empaqueter mes livres, mon pick-up et mes disques, quelques photos de famille, trois valises de vêtements et ma machine à écrire. »  Page 298
  • « Mis à part ce bref moment que j’ai été la seule à surprendre, il avait été un modèle de tact et de diplomatie depuis le début mais malgré cela, et malgré sa très correcte allure, les parents de George n’avaient cessé de l’observer avec un mélange de dédain et d’inquiétude, comme s’ils s’attendaient à le voir grimper sur la table pour nous lire des extraits du Capital. »  Page 300
  • « — Quel philtre as-tu versé dans leur verre ? Raconte !
    — Aucun. Je leur disais juste à quel point ils me font penser à La Splendeur des Amberson. »  Page 301
  • « — D’après moi, c’est Toulouse-Lautrec, ce Français très petit de taille mais non d’esprit, qui a eu la meilleure réflexion à propos du mariage : « Un repas sans saveur qui commence par le dessert. » Je suis persuadé qu’il n’en sera pas ainsi avec George et Sara. » Page 302
  • « Il a plu pendant trois des cinq jours où nous avons été là mais nous avons réussi à faire quelques promenades sur la plage ; autrement, nous restions au salon, chacun avec un livre. »  Page 304
  • « La cinquantaine, ai-je jugé à sa voix qui était fortement teintée d’accent du Sud et se nuançait d’une déférence qui m’a rappelé le personnage de la nounou noire dans Autant en emporte le vent. »  Page 311
  • « — Quel pervers tu fais, Eric !
    — C’est seulement maintenant que tu t’en aperçois ?
    — Non… Mais peut-être qu’au temps où j’évoluais dans le Sodome et Gomorrhe de Manhattan ton indépendance d’esprit ne me paraissait pas aussi radicale.
    — Tandis que là, en plein territoire cul-bénit… »  Pages 321 et 322
  • « D’ailleurs, il empestait l’anglophile à trois lieues, Dudley Thomson. Une sorte de T.S. Eliot guetté par l’obésité, sinon qu’il n’était pas un poète sous les atours d’un banquier britannique, lui, mais un avocat spécialisé en divorces de chez Potholm, Grey et Connell, le cabinet de Wall Street dont Edwin Grey était l’un des plus influents associés. »  Page 346
  • « Avec sa tolérance coutumière, et son immense patience, celui-ci n’avait pas exprimé la moindre réserve devant cet accès de solipsisme. Alors je me contentais de passer mes journées en puisant dans une réserve de romans policiers et en explorant l’impressionnante discothèque de mon frère. »  Page 347
  • « — Je vais te confier une chose : tout ce que je regrette d’Old Greenwich, c’est la sensation d’avoir un espace ouvert, de ne pas être confinée. Voilà pourquoi je suis sûre de me plaire ici. Je suis à une minute de Riverside Park, j’ai les berges de l’Hudson, j’ai mon jardin, j’ai…
    — Arrête, ou je vais penser que tu es devenue une émule de Thoreau ! »  Page 359
  • « — Ohé, tu es toujours là ? a plaisanté Eric en me tendant un verre du vin pétillant avec lequel nous fêtions mon installation.
    — Je suis un peu abasourdie, c’est tout.
    — De quoi ? D’être la maîtresse de tout ce sur quoi se porte ton regard, pour paraphraser William Cowper ? »  Page 362
  • « — Oui, affreusement impressionnant… Bien, dites-moi, maintenant : quand est-ce que vous allez nous écrire quelque chose ? J’ai retrouvé la première nouvelle que vous avez publiée chez nous. Vraiment bonne, je pense. Et la prochaine, où est-elle ? » Page 366
  • « — Sans problème. Depuis que cette fichue guerre est finie, on dirait que tout le monde s’est mis en tête de devenir écrivain, dans ce pays. Nous sommes submergés de manuscrits ni faits ni à faire. Ce sera un plaisir de vous en repasser une vingtaine par semaine. Trois dollars la note de lecture. »  Page 367
  • « En quatre jours, j’avais essayé des douzaines d’entrées en matière qui toutes m’avaient arraché des cris de désespoir. Je me maudissais de m’être prêtée à cette sinistre farce, moi que l’on disait écrivain quand j’avais été fortuitement visitée par une muse en une seule occasion, puis laissée en tête à tête avec ma nullité ! Le pire, et je le savais parfaitement, c’était que l’inspiration ne comptait que pour moitié environ dans les ingrédients nécessaires à un bon texte : savoir-faire, application et pure volonté faisaient le reste, toutes qualités dont je manquais si clairement. Je n’étais pas assez obstinée ni confiante en moi pour aligner cinq malheureux feuillets à propos de la remise à neuf d’un appartement new-yorkais, alors comment avais-je pu imaginer une seule seconde pouvoir gagner ma vie en écrivant ? »  Page 369
  • « Bien entendu, mes derniers espoirs de tenir son délai de remise étaient partis en fumée dimanche à dix heures du soir, alors que le sol autour de mon bureau faisait penser à un champ de neige artificielle avec toutes ces feuilles rageusement froissées en boule qui s’étaient peu à peu accumulées. Mon esprit était plus que bloqué : congelé, barricadé. En quatre jours, j’avais essayé des douzaines d’entrées en matière qui toutes m’avaient arraché des cris de désespoir. Je me maudissais de m’être prêtée à cette sinistre farce, moi que l’on disait écrivain quand j’avais été fortuitement visitée par une muse en une seule occasion, puis laissée en tête à tête avec ma nullité ! Le pire, et je le savais parfaitement, c’était que l’inspiration ne comptait que pour moitié environ dans les ingrédients nécessaires à un bon texte : savoir-faire, application et pure volonté faisaient le reste, toutes qualités dont je manquais si clairement. Je n’étais pas assez obstinée ni confiante en moi pour aligner cinq malheureux feuillets à propos de la remise à neuf d’un appartement new-yorkais, alors comment avais-je pu imaginer une seule seconde pouvoir gagner ma vie en écrivant ? Je n’avais ni le talent, ni la rigueur, ni le toupet suffisants pour aborder le métier de l’écriture. »  Page 369
  • « Et surtout, j’étais à nouveau capable d’écrire, un constat qui ne laissait pas de me stupéfier et de m’enchanter. Ce n’était pas un roman, ce n’était pas du « grand art », mais j’étais contente de la densité de mes textes et je les trouvais relativement spirituels. »  Page 375
  • « Je ne l’avais rencontré qu’à une occasion, lorsqu’il m’avait invitée à déjeuner en compagnie de miss Woods quelques mois après le lancement de ma nouvelle rubrique. Grand, corpulent, son physique me rappelait beaucoup celui de Charles Laughton. »  Page 377
  • « — Rien ne presse. Mais, quand même, comme Machiavel, tu te poses un peu là ! Tu arrives toujours aussi bien à jouer sur les deux tableaux ? » Page 386
  • « Et, de fait, il semblait transfiguré par son succès, sa réputation professionnelle et sa soudaine prospérité. En l’espace d’un mois, il s’est dépouillé de la dégaine d’écrivain raté qu’il s’était imposée. »  Page 387
  • « Un garçon d’origine cubaine qui avait grandi dans le Bronx, n’avait jamais terminé ses études, avait appris la musique tout seul et trouvait encore le temps de dévorer les livres. Il accompagnait des vedettes telles que Mel Torme ou Rosemary Clooney mais il était aussi capable de parler avec érudition – et avec son accent faubourien – de la poésie d’Eliot. »  Page 388
  • « — Oui, Dorothy. Très Magicien d’Oz, comme nom. Je présume que tu l’as rencontrée dans le Kansas et qu’elle avait Toto le petit chien avec elle, et… Je ferais mieux de m’en aller tout de suite. »  Page 406
  • « Elle m’a raconté plus tard qu’elle s’était imaginée en héroïne d’un livre d’Hemingway, infirmière dans un hôpital volant, et qu’elle s’était retrouvée à faire la secrétaire pour les bureaucrates de l’armée. »  Page 407
  • « Claquemurée dans ma chambre de l’hôtel Ambassador, j’ai consacré ces longues heures à prendre de l’avance dans mes rubriques, à lire et à entretenir ma conviction d’avoir bien agi en envoyant ce télégramme. J’avais l’impression d’avoir échoué dans un mauvais roman russe plutôt que dans le Midwest américain. »  Page 420
  • « J’ai donc passé la nuit dans la voiture-bar, à boire du café noir et à essayer de m’intéresser à la peu crédible crise spirituelle que traversait un banquier bostonien dans le tout dernier roman de J.P. Marquand. »  Page 420
  • « — Quoi ? Quelle histoire ?
    — La nouvelle que tu as écrite sur notre rencontre.
    — Comment es-tu au courant ?
    — Par Dorothy. Elle te l’a dit l’autre jour, c’est une inconditionnelle de ta prose. Et elle achète ton magazine depuis des années. Alors, quand nous sommes ressortis du parc, elle m’a raconté que le premier texte qu’elle avait lu de toi était une nouvelle que tu avais écrite pour Saturday/Sunday. C’était à quel moment ? »  Page 429
  • « — Tu penses vraiment que j’embrasse comme un mioche de quatorze ans ?
    — Non. Mais le garçon de la nouvelle, si.
    — C’est notre histoire !
    — Oui. Et aussi une simple histoire.
    — Superbement écrite, en tout cas.
    — Tu es trop gentil.
    — Non, je ne le dirais pas si je ne le croyais pas. Bon, et les suivantes ?
    — Tu as ici la totalité de mon œuvre littéraire à ce jour. »  Page 430
  • « — La gloire est une abeille. Elle bourdonne. Elle pique. Ah, et elle s’envole, aussi.
    — C’est d’Emily Dickinson, non ? »  Page 431
  • « — Oh, un « arrangement » ? Je vois. Un « cinq à sept », comme disent ces coquins de Parisiens ? Tu connais la littérature française aussi bien que moi, Jack, alors dis-moi : je suis censée être qui ? Une nouvelle Emma Bovary ? »  Page 436
  • « — Ah, tu le reconnais ! Son régime est abominable. Et même si je n’ai que du mépris pour Staline et ses marionnettes nord-coréennes, est-ce que l’Amérique doit vraiment encourager et soutenir des dictatures ?
    — Écoutez-la ! On dirait ces libéraux à la sauce Adlai Stevenson ! »  Page 457
  • « Il a continué son inspection, levant les sourcils devant des pantoufles d’homme près de mon lit ou les livres de poche qui s’empilaient sur la table basse du living.
    — Je ne savais pas que tu aimais ce gros dur de Mike Hammer, a-t-il persiflé en soulevant un roman de Mickey Spillane. »  Page 459
  • « — Désolé, docteur Watson, mais pour moi tout établit la présence d’un individu de sexe masculin ici. Une présence « régulière », je dirais même. »  Page 460
  • « On aurait cru qu’Eric venait de recevoir une gifle. Moi, j’aurais aimé rentrer sous terre. Finalement, il a surmonté sa stupéfaction pour se risquer à une imitation de Scarlett O’Hara :
    — Oh, très cher, mon petit doigt me dit que quelqu’un s’est montré un peu trop volubile quant à mon pittoresque passé. Ce ne serait pas toi, sœurette ? »  Page 466
  • « — Parce que mon cher frère est le pire catholique irlandais qui soit. Il croit vraiment au péché originel, vous savez ! L’exil du paradis, les feux de l’enfer, toutes ces gâteries que nous a données l’Ancien Testament, il y tient dur comme fer. Moi, je lui répète que tout ce moralisme n’est que de la foutaise, que l’important, c’est d’être relativement correct avec les autres. D’après ce que je sais, il l’a plutôt été, avec Dorothy. »  Page 477
  • « Là encore, je me suis retenu de lui répondre que c’était probablement parce que son frérot devait être un brave plouc du Midwest et non un rat de bibliothèque de la côte Est qui avait été assez bête pour lire Marx et croire un instant à ses élucubrations prolétariennes. »  Page 487
  • « Cela prendrait des années, pendant lesquelles vous seriez devenu inemployable, ainsi que l’a indiqué Mr Ross.” Kafka au Rockefeller Center ! J’ai préféré gagner du temps, annoncer que j’allais réfléchir. »  Page 489
  • « — Quel genre d’ami ?”… Oh, tu aurais dû voir son air outragé ! Comme s’il avait à la fois Sodome et Gomorrhe devant lui. »  Page 489
  • « — Ils veulent des noms dans quarante-huit heures. Si vous ne les leur donnez pas, le rouleau compresseur se mettra en marche. Vous n’aurez plus de travail, vous serez convoqué devant la Commission, et à partir de cet instant le Département d’État refusera toute demande de passeport tant que vous n’aurez pas témoigné. Ils l’ont fait à Paul Robeson, donc ils ne vont pas se gêner avec vous. »  Page 499
  • «  “Qu’est-ce que ça signifie ?” Moi : “Vous vouliez des noms, je vous en ai donné ! — Des noms ? Vous appelez ça des noms ?” Il s’est mis à lire à haute voix, enragé : “Dormeur, Grincheux, Timide, Atchoum, Joyeux, Prof, Simplet, et… BN, c’est qui, ça ? — Mais Blanche Neige, voyons…” Ross s’est approché pour regarder la feuille et il m’a dit : “C’est votre hara-kiri professionnel. »  Page 515
  • « Je le dévisageais, éperdue d’étonnement.
    — Tu leur as donné… les Sept Nains ?
    — Eh bien oui, ce sont les premiers communistes qui me soient venus à l’esprit. Parce que, regarde, ils vivaient en collectivité, ils mettaient en commun leurs ressources, ils partageaient même… »  Page 515
  • « — Oh, quelle modestie ! a remarqué Ronnie. Et après avoir balancé les Sept Nains, où tu étais passé, sans indiscrétion ? »  Page 516
  • « — Je n’y penserais même pas, à votre place. Vous avez affaire à plus fort que vous, Sara. Si vous choisissez la confrontation, ils vous mettront à la porte et vous aurez tout perdu. Tandis que là vous gardez la face, et des revenus corrects. Tenez, dites-vous que c’est un congé sabbatique offert par la revue. Partez en Europe. Écrivez un roman. Tout ce que le patron vous demande, c’est… »  Page 525
  • « Je ne demandais qu’à partager son optimisme mais je n’étais pas pour autant prête à me résigner à ce qui était à mes yeux un pacte de Faust, un peu d’argent facile contre leur tranquillité d’esprit. »  Page 531
  • « — Un fou et son argent ne font jamais bon ménage.
    — Attends que je devine de qui c’est. Bud Abbott ? Ou Lou Costello, peut-être ? Ou Abbott et Costello ensemble, dans leur show ? En tout cas ce n’est pas de l’Oscar Wilde.
    — Non, je ne crois pas. Encore que je me sente de plus en plus d’affinités avec ce monsieur. Surtout que j’écrirai moi aussi mes Mémoires de prison, bientôt. Dès que la digne Commission d’enquête m’aura convaincu d’obstruction à la justice. »  Page 532
  • « — Rappelle-toi ce que Nietzsche a dit : il faut vivre dangereusement.
    — Et tu sais ce qu’il lui est arrivé, à Nietzsche ?
    — Quoi ?
    — Il est mort. »  Page 539
  •  « Nous menions une existence de reclus qui nous convenait parfaitement. Nous avons dévoré la pile de romans policiers que quelqu’un avait laissés dans le bungalow. »  Page 553
  • « Mon ministère voudrait sans doute que j’invoque une parole de la Bible pour conclure ces propos. Mais j’appartiens à l’Église unitarienne et de ce fait je peux aussi convoquer la poésie, en l’occurrence ces vers de Swinburne : “Dors/Et si la vie t’a été amère, pardonne/Si elle t’a été douce, rends grâce/Car tu n’as plus à vivre/Et il est bon de rendre grâce comme de pardonner.” »  Page 573
  • « — Je ne m’offusquerais pas pour si peu, a répondu Webb en souriant. Et vous avez raison, en plus. C’est un idéal chrétien, oui, et comme tous les idéaux – surtout les chrétiens, d’ailleurs – il est très difficile à réaliser. Cependant, nous devons essayer.
    — Même quand on est face à la lâcheté la plus totale ? Vous m’excuserez, mais je crois qu’il y a une relation de cause à effet pour chacun de nos actes. Si vous prenez le risque de faire telle chose, appelons-la petit a, telle autre, petit b, se produira forcément. Le problème, c’est que la plupart des gens pensent qu’ils pourront esquiver les conséquences de petit b. Mais ils ne peuvent pas. On est toujours rattrapé au tournant.
    — C’est plutôt Ancien Testament, comme morale. Vous ne trouvez pas ?
    — Mais oui ! Je suis juif, moi ! Sur ce genre de question, je suis totalement dans la ligne de l’Ancien Testament. On fait un choix, on prend une décision, on assume la suite. »  Pages 575 et 576
  • « Ainsi que nous en étions convenus, Roger Webb n’a pas prononcé d’ultime prière ni de bénédiction, se bornant à réciter un passage de l’Apocalypse :
    Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux,
     Et la mort ne sera plus, ni deuil,
    Ni pleurs, ni souffrance ne seront plus
    Car ce qui est passé s’en est allé. »  Pages 576 et 577
  • « Durant ses années au Village, la petite place avait été son bureau en plein air. Il s’asseyait sur un banc avec un livre, ou bien engageait d’interminables parties avec les joueurs d’échecs qui campaient à droite de l’arche. »  Page 579
  • « Et ils publient aussi deux lettres d’information avec des titres tout aussi incroyables, Contre-Attaque et Lignes rouges. Ces torchons n’ont qu’une seule raison d’être : tenir à jour la liste de ceux que la Commission accuse d’être communistes, à huis clos théoriquement ! C’est la bible de la chasse aux sorcières, dans laquelle les patrons puisent leur soi-disant information. »  Page 587
  • « — D’après Marty, il a un cadavre dans le placard, lui aussi. Oh, pas gros, mais par les temps qui courent ils se contentent de ronger quelques os. Juste avant la guerre, Mr Malone a signé un appel d’un certain Comité de soutien aux réfugiés antifascistes. Une de ces organisations qui aidaient les gens ayant fui l’Allemagne nazie, l’Italie, les Balkans… Pour les émules de McCarthy, en tout cas, ça signifiait qu’il était à la solde de Moscou ! Il a juré sur la Bible qu’il n’a jamais appartenu au Parti, qu’il n’avait participé qu’à une ou deux réunions de ce Comité, avec deux amis de Brooklyn qui l’avaient entraîné là-dedans. »  Page 588
  • « — Si, il y en a ! Les Dix d’Hollywood ont préféré aller en prison. Et Arthur Miller : il a refusé de témoigner et il a été poursuivi. Et mon frère aussi, il a eu le choix… et il en est mort ! »  Page 594
  • « — Alors bonne route, où que vous alliez. Je vais encore garder un œil sur le don Juan, juste pour être sûr qu’il ne vous court pas après. »  Page 601
  • « Tolérant ma misanthropie, elle ramassait les listes de courses, ou de livres à prendre à la librairie locale, que je lui laissais sur la table en les accompagnant de quelques phrases d’excuses pour mes manières de sauvage. »  Page : 605
  • « Le lendemain, à mon retour de promenade, j’ai trouvé les emplettes demandées ainsi que trois épais volumes dont j’avais toujours retardé la lecture : La Montagne magique de Thomas Mann, Les Ailes de la colombe d’Henry James et, friandise après cette sérieuse et monumentale littérature, le récit de guerre merveilleusement drolatique de Thomas Heggen, Mister Roberts. »  Page : 606
  • « J’ai eu même de quoi m’acheter une radio, un phonographe et une substantielle provision de livres et de disques. »  Page 616
  • « — Tout dépend de la vie que vous menez, du nombre de gens que vous fréquentez et de ce que vous leur dites. Si vous laissez entendre que vous êtes celle qui écrivait dans Saturday/Sunday, tous les profs de littérature de la région voudront faire votre connaissance. Ici, les nouvelles têtes sont rares, et quand elles sont célèbres, en plus…
    — N’exagérons rien. Je ne suis pas Walter Lippmann, moi. J’écris de petites choses à propos de petites choses. »  Page 618
  • « Avec cinquante dollars par mois, je payais mon loyer et je menais la grande vie. Je traînais des journées entières au Balzar avec un livre… C’est une superbe brasserie, tout près de là où j’habitais. »  Page 634
  • « — Voilà, je finis ce verre et c’est terminé pour ce soir. Autrement vous allez vous croire en pleines Confessions d’un enfant du siècle. »  Page 635
  • « — La morphine me manque.
    — Tiens donc. C’est justement pour cette raison que vous n’en aurez plus. Je n’ai pas envie que vous repartiez d’ici en vous prenant pour une version moderne de Thomas De Quince.
    — Je croyais que c’était l’opium, lui.
    — Attendez ! Je suis médecin, moi, pas critique littéraire. Mais je sais que la morphine provoque une accoutumance. »  Page 650
  • « Tous les livres et disques que j’avais achetés pendant mon séjour dans le Maine sont allés à la bibliothèque municipale. »  Page 665
  • « Je sortais presque tous les soirs, je côtoyais dans les bars des Irwin Shaw, des James Baldwin, des Richard Wright et autres écrivains américains venus vivre à Paris. J’allais écouter Boris Vian chanter dans quelque cave de Saint-Germain-des-Prés et j’ai même eu le privilège d’assister à une lecture donnée par Albert Camus dans une librairie. Beaucoup de jazz, de longs déjeuners entre amis au Balzar, ma brasserie préférée. »  Page : 676
  • « J’avais même participé à une protestation d’ordre vaguement politique, une première pour moi, en l’espèce d’une veillée de deuil devant notre ambassade en France, manifestation à laquelle s’étaient joints trois mille Parisiens à l’appel de célébrités telles que Sartre et Beauvoir. »  Page : 677
  • « Chère Meg,
    Si je ne m’abuse, c’est George Orwell qui a dit que les expressions toutes faites reflètent toujours une vérité première. »  Page 679
  • « Dès qu’un amant s’avisait de prétendre transformer ma vie, me changer, en s’étonnant par exemple que je continue à habiter mon petit atelier ou que je préfère aux toilettes plus féminines les tailleurs-pantalons à la Colette, je lui montrais poliment la porte. »  Page 681
  • « Ce paradoxe n’a pas quitté mon esprit au cours des mois suivants, alors que j’avais laissé un bassiste de jazz danois s’amouracher de moi, que je continuais mon travail au journal, que je passais des après-midi entiers à la Cinémathèque, que chaque matin je m’installais avec un livre pendant une heure au Luxembourg si le temps me le permettait. »  Page 683
  • « Un petit appartement fonctionnel, sans effort de décoration, où livres, magazines et cendriers pleins à ras bord se taillaient la part belle. »  Page 710
  • « Comme toujours, le sol était jonché de livres et de magazines. »  Page 727
  • « — Sacré bouquin, ai-je remarqué en montrant le manuscrit. Je suppose que tu l’as lu ?
    — En effet.
    — Elle t’a demandé d’être son éditrice ?
    — Je l’ai lu en tant qu’amie. »  Page 728
  • « — Une promesse, c’est une promesse. Ta mère m’a fait quasiment jurer sur la Bible de sa chambre d’hôpital que je ne te dirais pas un mot. Je savais que tu n’allais pas me porter dans ton cœur quand Sara aurait réussi à te rencontrer mais… Si mon éducation catholique m’a appris au moins une chose de bien, c’est de savoir garder un secret. »  Page : 732
  • « — Écoute, je pourrais écrire des volumes sur chaque déception à la noix, sur chaque échec que j’ai eu à subir dans ma fichue existence ! Et puis ? Tout le monde a des coups durs. C’est aussi basique que la vie. Mais ce qui l’est tout autant, c’est que tu n’as pas le choix : tu dois continuer. Est-ce que je suis heureuse, moi ? Non, pas spécialement. Et je ne suis pas malheureuse non plus. »  Page 734
  • « Pendant que je renfilais mon manteau, elle a pris le carton du manuscrit.
    — N’oublie pas ton livre.
    — Ce n’est pas « mon » livre. Et si tu le lui rendais, toi ?
    — Oh non ! s’est-elle exclamée en me jetant la boîte dans les bras. Je ne vais pas jouer les coursiers pour toi. »  Page 735
  • « — J’aurais préféré ne pas l’avoir lu, votre livre.
    — Je comprends.
    — Non, vous ne comprenez pas, ai-je répliqué à voix basse. Vous n’imaginez même pas.
    Encore un silence.
    — Le Jack Malone qui est dans ce manuscrit… ce n’est pas le père dont maman me parlait parfois. Pas cet exemple moral, pas l’Irlandais au grand cœur. »  Page 736
  • « — Exactement. Mon passé. Mes choix. Et voulez-vous que je vous dise quelque chose d’assez amusant, en fin de compte ? À ma mort, tout ce passé va disparaître avec moi. C’est la découverte la plus étonnante que l’on fait, en vieillissant : se rendre compte que toutes les souffrances et les joies, tout ce… drame, sont tellement éphémères. Vous les portez en vous et puis vous disparaissez, et plus personne ne se souvient du roman qu’a été votre vie.
    — À moins de l’avoir raconté à quelqu’un. Ou de l’avoir écrit. »  Page 738
  • « Et puis cela avait aussi été ma première sortie du territoire américain en 1976, lors d’une escapade supposément romantique à Québec avec un petit ami de l’époque, Brad Bingham. Avec un nom pareil, je ne pouvais que l’avoir rencontré à Amherst, où il était rédacteur en chef adjoint de la revue littéraire du campus, vouait un culte à Thomas Pynchon et rêvait de s’enfuir au Mexique pour y écrire un gros roman fumeux. »  Page 754
  • « J’ai chipoté quelques feuilles de laitue, vidé le bordeaux, essayé en vain de me plonger dans un roman d’Anne Tyler que j’avais pris avec moi mais les lignes se brouillaient sous mes yeux, alors je me suis contentée de regarder la neige tomber derrière la vitre. »  Page 758
  • « Comme j’avais donné sa tenue d’école à nettoyer à l’hôtel, et qu’il avait ses livres et ses cahiers dans la malle arrière, nous n’avions pas besoin de repasser par chez moi. »  Page 767
2,5 étoiles, B

Bonbons assortis

 

Bonbons assortis de Michel Tremblay.

Éditions Leméac / Actes Sud; publié en 2002; 179 pages

Récit de Michel Tremblay paru initialement en 2002..

bonbons assortis

Michel Tremblay vient d’une famille catholique de condition sociale peu avantageuse. Ils vivaient à dix dans un appartement de sept pièces sur la rue Fabre à Montréal. En plus de ses parents et ses frères, il y avait avec eux sa grand-mère Tremblay et la famille de sa tante Robertine. Michel raconte huit anecdotes, toutes tirées de son quotidien dans les années 1940 alors qu’il avait environ 5 ans. Il décrit surtout ce que c’était d’être enfant dans ce milieu. La mère de Michel, comme la majorité des femmes de cette époque, règne dans son foyer. Elle met tout en œuvre pour transmettre à ses enfants le désir de vivre dans la dignité. Elle organise leur quotidien et les évènements importants pour son petit monde pour qu’ils soient tous heureux. Il y a les préparatifs des fêtes de Noël et de la première communion de Michel ou tâche plus ardue, trouver un cadeau de mariage pour la petite voisine. Mais, le crêpage de chignons est inévitable dans ce microcosme surpeuplé. Quand la tension monte, tous doivent mettre de l’eau dans leur vin pour atténuer les conséquences.

Dans ce récit Michel Tremblay nous présente les membres de sa grande famille. Il se plaît à montrer leur générosité et leurs travers qui sont amplifiés par l’exiguïté du logement habité par dix personnes. Il raconte quelques scènes de sa petite enfance, toutes emplies de délicatesse, d’humour et de sensibilité. C’est avec talent que Michel Tremblay décrit le bonheur familial, qui faisait l’envie des voisins. De quelques traits, il peint les portraits des siens. Par contre, ceux-ci sont beaucoup trop superficiels pour qu’on puisse vraiment s’attacher aux membres de sa famille. La personne la mieux décrite est sans contredit sa mère adorée, au coeur tendre mais à la rigueur de fer. Celui qui est le moins décrit est son père. Ce qui est dommage car lorsqu’il est présent, on a l’impression que c’est un type gentil et solide. Malheureusement, ces petites histoires sont trop décousues, sans lien entre elles pour arriver à nous captiver.

La note :2,5 étoiles

Lecture terminée le 27 juillet 2013

La littérature dans ce roman :

 

  • « – Le mot pet est pas vulgaire, madame Tremblay, c’est celui qui le fait qui l’est, pis laissez-moi vous dire que vous êtes pas mal spécialiste dans le sujet !
    Sans ajouter un mot, ma grand-mère se drapa dans sa dignité et quitta la salle à manger pour aller se réfugier dans sa minuscule chambre où l’attendait le dernier Henry Bordeaux ou le nouveau Hervé Bazin, ses consolations à tout, surtout aux vérités qu’elle refusait de voir parce qu’elles ne faisaient pas son affaire. »  Page 33
  • « T’as pas été leur dire ça ! T’as pas été leur dire ça ! Mais t’as pas de tête su’es épaules, mon pauvre enfant ! Comprends-tu au moins ce que t’as faite ? J’pourrai pus jamais regarder c’te monde-là en face ! Pis eux autres non plus ! On pourra même pus se saluer sur le parvis de l’église ! Chaque fois qu’on va se voir, y va y avoir un plat de pinottes qui va flotter entre nous autres ! Lise voudra pus voir ta cousine Hélène ! Madame Allard voudra pus prêter de livres à ta grand-mère Tremblay ! Pis quand je passe devant chez eux pour me rendre au restaurant de Marie-Sylvia, comme ça m’arrive quasiment tou’es jours, l’été, madame Allard va-tu me tendre mon beau plat de pinottes avec de la moutarde dedans pour rire de moi ? Pis de notre pauvreté ! Non, c’est vrai, c’est pas elle qui va l’avoir, y va être chez Lise… Mais entéka ! On est trop pauvre pour acheter des cadeaux de noces, c’est vrai, mais c’tait pas nécessaire d’aller leur en faire la démonstration ! »  Pages 44 et 45
  • « La fameuse légende de la foudre qui traverse la maison d’un bout à l’autre pendant un orage en laissant derrière elle une trace noire sur le plancher et une odeur de roussi, annonciatrice de malheurs et de cataclysmes, a accompagné toute ma petit enfance. C’est ma grand-mère Tremblay qui la racontait, les yeux ronds, la voix rauque, le geste menaçant, comme à la fin du Petit Chaperon rouge quand le grand méchant loup prend la parole pour régler son cas à la petite niaiseuse. »  Page 51
  • « « L’hiver y fait trop frette, pis l’été y fait trop chaud. Moé, j’me contenterais du mois de mai ou ben du mois de septembre à l’année ! Y paraît qu’au Paradis terrestre, là, c’était le mois de septembre à l’année ! Y avait tout le temps des fruits, pis tout le temps des légumes ! Y pouvait en manger du frais à l’année, les chanceux ! Tiens, ça veut même dire, Nana, que quand t’es venue au monde, un 2 septembre, y faisait la même température qu’au Paradis terrestre ! »
    Ma mère avait posé ses deux mains sur ses hanches comme lorsque j’avais fait un mauvais coup et que le ciel allait me tomber sur la tête.
    « Madame Tremblay ! Franchement vous lisez trop pour croire des niaiseries pareilles ! Qui c’est qui est allé tchéker ça ? Hein ? Y avait-tu ne météorologue au Paradis terrestre ? C’es-tu dans la Bible, coudonc ? Dieu inventa le mois de septembre et vit que c’était bon ? Vous êtes trop intelligente pour croire ça ! »  Pages 56 et 57
  • « Le Père Noël rit beaucoup, vraiment beaucoup, et je fronce un peu les sourcils : ce rire un peu niaiseux ne m’est pas tout à fait inconnu, on dirait…
    « Vous êtes pas après boire de la bière, là, toujours ? Vous risez comme quand mon mononcle boivent trop !
    – Pantoute ! chus sobre comme Job avant qu’y parde sa job. Coudonc, c’tait-tu Job qui était sobre ? En tout cas, chus sobre comme celui qui était sobre dans la Bible ! Pis je travaille comme un démon. »  Page 92
  • « « Y en a pas de cheminée, ici, on chauffe au charbon… y a même pas de foyer. Pis les tuyaux se promènent en dessous du plafond dans toute la maison pour apporter de la chaleur partout, y pourrait se perdre… Par où c’est qu’y passe, donc, le père Noël, pour venir porter les jouets ? »
    À l’épaisseur du silence qui était alors tombé dans la salle à manger, j’ai compris que je venais de soulever là une important question : on aurait pu le couper en portions et en laisser une au père Noël.
    Quelques personnes préventes avaient balbutié des débuts d’explications, toutes plus farfelues les unes que les autres et qui n’allaient jamais très loin, et c’est Jacques, en fin de compte, comme c’était souvent le cas, qui avait mis fin au malaise en disant qu’il se renseignerait, le lendemain, qu’il fouillerait dans des livres, qu’il poserait des questions au collège Sainte-Marie, où il achevait ses études classiques, pour trouver la réponse, qu’il la trouverait sûrement… »  Pages 105 et 106
  • « « J’ai trouvé ça après-midi dans la biographie du père Noël publiée en France, l’année passée… Imagine-toi donc que pour les maisons de ville comme ici où y a pas de cheminée pour qu’y se glisse jusque dans le salon, le père Noël aurait en sa possession… tiens-toi ben, mon p’tit gars… Y aurait en sa possession une brique magique qui le fait rapetisser pis grandir comme y veut ! »  Page 108
  • « – Comment ça marche ?
    – J’peux pas te dire, comment ça marche, tu comprends, c’est de la magie, ça doit être un secret bien gardé, mais j’peux te dire comment y s’en sert, par exemple… Le biographe dit que…
    – C’est quoi, ça, un bilographe ?
    – C’est un monsieur qui écrit la vie de quelqu’un après sa mort.
    – LE PÈRE NOËL EST MORT ?
    – Non, non, non, aie pas peur, y est pas mort, mais y ont déjà publié sa biographie parce que le monde la demandait… Y ont pas attendu qu’y soit mort, lui…
    – Tu vas-tu me le montrer, le livre ?
    Jacques fronça les sourcils, lança un drôle de regard vers maman qui vint aussitôt à sa rescousse.
    « Tu sais pas encore lire, hein, Michel ?
    – Tu le sais ben, moman, je rentre à l’école juste l’année prochaine…
    Mon frère enchaîna aussitôt :
    « Ah oui, c’est vrai. Ben, je peux te l’apporter tu-suite demain, si tu veux… Tu pourras le consulter…
    – Vas-tu me le lire ?
    – Ben… Euh… Pas toute, y a des bouts ben plates… Mais j’t’en lirai un chapitre ou deux, si tu veux… Mais tu l’aimeras pas beaucoup, ce livre-là, Michel, parce qu’y a pas d’images dedans… »  Pages 109 et 110
  • « – Michel va brailler tant qu’on le fera pas…
    – Du chantage, en plus ! T’oses faire chanter ta propre mère ! Comme dans les mauvais romans français ! T’as pas de cœur, Bernard Tremblay ? »  Page 118
  • « Ma mère lui gardait une assiette au chaud ou mettait son steak de côté en nous défendant même de le regarder.
    « C’est pour Jacques. Pauvre lui, y travaille toute la journée au collège, y compte ensuite l’argent de toutes les caisses de Dupuis et Frères, pis y passe ses soirée le nez dans ses livres de devoirs ! Y peut ben être pâle ! » »  Page 130
2,5 étoiles, T

Les trois soeurs

Les trois sœurs d’Anton Tchekhov.

La Bibliothèque électronique du Québec; 179 pages

Pièce de théâtre d’Anton Tchekhov parue initialement en 1900 sous le titre Три сестры, Tri sestry.

Les trois soeurs BeQ

La famille Prozorov est composée de trois sœurs, Macha, Olga et Irina et de leur frère Andreï. Ils partagent une maison de campagne dans un village éloigné de Russie. Leur vie est dominée par le deuil du père et l’ennui. Les seuls divertissements permis sont les visites d’officiers venus de la garnison voisine. L’anniversaire d’Irina marque la fin du deuil familiale et une grande fête est organisée pour marquer ces événements. Il y aura pour l’occasion de la musique, on sera gai, on dira des bêtises et parfois des paroles profondes. On discutera du rêve qui habite les trois sœurs : retourner à Moscou, la ville de leur enfance et de tous les espoirs. L’avenir est plein de certitudes heureuses pour les Prozorov. Mais, qu’adviendra-t-il de ces beaux rêves ? La vie répondra-t-elle à leurs attentes ?

Lecture peu intéressante que cette pièce de théâtre. Tchekhov aborde le thème du passage du temps qui détruit les rêves. Pour ce faire, il alterne maladroitement entre des conversations absurdes et de grands débats philosophiques. Dans ce récit, il n’y a pas de héro, très peu d’action et aucune intrigue. Par contre, la torpeur à laquelle était en proie la Russie de la fin du XIXe siècle est très bien dépeinte. Les personnages sont très bien construits, ils sont extrêmement humains. De façon lucide, ils voient leur vie peu à peu s’étioler avec le désespoir de n’avoir rien construit. Pour présenter un récit qui se déroule sur plusieurs années, Tchekhov n’a pas utilisé le bon moteur. Il est très difficile de montrer l’œuvre du temps sur la déchéance de chacun et l’anéantissement des rêves sous forme d’une pièce de théâtre. Cette histoire aurait gagné à être présentée sous forme de roman afin de bien sentir ce passage du temps. Je me suis fort ennuyée durant ma lecture presque autant que les protagonistes de l’histoire.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 2 juin 2013

La littérature dans ce roman :

  • « Macha, qui rêve sur son livre, sifflote doucement une chanson. »  Page 7
  • « TCHÉBOUTYKINE, en riant.
    C’est vrai, je n’ai jamais rien fichu. Depuis que j’ai quitté l’Université, je n’ai pas remué le petit doigt, pas lu un seul livre, rien que des journaux. (Il tire un autre journal de sa poche.) Voilà… Je sais d’après les journaux qu’un certain Dobrolioubov a existé, mais qu’a-t-il écrit ? Aucune idée… Dieu le sait… (On entend frapper au plafond de l’étage inférieur.) Voilà… On m’appelle en bas, quelqu’un m’attend… Je reviens tout de suite… »  Page 14
  • «  KOULYGUINE, s’approchant d’Irina.
    Ma chère sœur, permets-moi de te féliciter, et de te présenter mes vœux sincères et cordiaux de santé et de tout ce que peut désirer une jeune fille de ton âge. Et aussi, de t’offrir ce petit livre. (Il lui tend un livre.) C’est l’histoire de notre lycée depuis cinquante ans. Un livre sans importance, que j’ai écrit par désœuvrement, mais lis-le tout de même. Bonjour tout le monde ! (À Verchinine : ) Koulyguine, professeur au lycée. (À Irina : ) Tu y trouveras la liste de tous ceux qui ont terminé leurs études dans notre lycée, depuis cinquante ans. Feci quod potui, faciant meliora potentes…
    Il embrasse Macha.
    IRINA
     Mais tu m’as donné le même à Pâques !
    KOULYGUINE, en riant.
    Pas possible ? Dans ce cas, rends-le moi, ou non, bien mieux, donne-le au colonel. Tenez, mon colonel. Vous le lirez, quand vous n’aurez rien à faire. »  Pages 38 et 39
  • « ANDRÉ entre, un livre à la main. »  Page 54
  • « NATACHA
    Mais moi j’avais quelque chose… Ah ! oui : Feraponte, du Conseil municipal, il te demande.
    ANDRÉ, bâillant.
    Appelle-le. (Natacha sort. André lit à la lueur de la bougie qu’elle a oubliée. Entre Feraponte ; il est vêtu d’un vieux manteau élimé, au col relevé ; il porte un bandeau sur les oreilles.) Bonjour, ami. Quoi de neuf ?
    FERAPONTE
    Le président vous envoie un livre, et puis des papiers. Voici.
    Il tend à André un livre et des papiers. »  Page 57
  • « ANDRÉ
    Non, rien. (Il regarde le livre.) Demain, vendredi, nous n’avons pas de séance, mais je viendrai tout de même… ça m’occupera. Je m’ennuie à la maison. (Un temps.) Cher vieux, comme la vie change drôlement, comme elle nous trompe ! Aujourd’hui, par ennui, par désœuvrement, j’ai pris ce livre, de vieux cours universitaires, et j’ai eu envie de rire… Mon Dieu, je suis le secrétaire du Conseil du Zemstvo, de ce conseil dont Protopopov est président, et le mieux que je puisse espérer, c’est d’en devenir membre. Moi, membre du Conseil du Zemstvo, moi qui rêve toutes les nuits que je suis professeur de l’Université de Moscou, savant célèbre dont s’enorgueillit la Russie. »  Pages 58 et 59
  • « ANDRÉ
    Des bêtises. (Il lit le livre.) Tu es allé à Moscou, toi ? »  Page 60
  • « MACHA
    Comme dit Gogol : « Il est ennuyeux de vivre en ce monde, messieurs. »
    TOUZENBACH
    Et moi je dirai : « Il est difficile de discuter avec vous, messieurs. » Ça suffit, assez…
    TCHÉBOUTYKINE, lisant le journal.
    Balzac s’est marié à Berditchev. (Irina chantonne doucement.) Ça, il faut le noter. (Il note dans son carnet.) Balzac s’est marié à Berditchev.
    Il reprend sa lecture.
    IRINA, faisant une réussite, rêveuse.
    Balzac s’est marié à Berditchev. »  Page 74
  • « SOLIONY récite.
    « Je suis étrange, qui ne l’est pas ? Ne te fâche pas, Aleco. »
    TOUZENBACH
    Aleco n’a rien à voir là-dedans. »  Page 84
  • « SOLIONY
    Buvons ! (Ils boivent.) Je n’ai jamais rien eu contre vous, baron, mais j’ai le caractère de Lermontov. (Baissant la voix : ) On dit que je lui ressemble même un peu, physiquement… »  Page 85
  • « SOLIONY récite.
    « Ne te fâche pas, Aleco… Oublie, oublie tes rêveries »…
    Pendant la conversation, André entre sans bruit, portant un livre ; il s’assied près d’une bougie. »  Page 85
  • « Au club, avant-hier, on bavardait ; quelqu’un a nommé Shakespeare, Voltaire. Je n’ai rien lu d’eux, rien du tout, mais j’ai fait semblant de les connaître ; et les autres en ont fait autant. Oh misère ! »  Page 111
  • « MACHA
    Ah ! c’est toi qui es bête, Olia. Je l’aime, tel est donc mon destin… Tel est mon sort… Et lui, il m’aime aussi. Ça fait peur, oui ? Ce n’est pas bien ? (Elle prend la main d’Irina et l’attire vers elle.) Oh ! ma chérie… Comment allons-nous vivre, que va-t-on devenir ? Quand on lit un roman, tout paraît si simple, connu d’avance, mais lorsqu’on aime soi-même, on s’aperçoit que personne ne sait rien, que chacun doit décider pour soi… Mes chéries, mes petites sœurs… Je me suis confessée, et maintenant je ne dirai plus rien. Je serai comme le fou de Gogol… Silence… Silence… »  Page 129
  • « Soliony se prend pour Lermontov ; c’est qu’il écrit des vers ! »  Page 150
    « Vous vous rappelez ces vers ? « Et lui, le révolté, il cherche la tempête, comme si dans la tempête, régnait la paix »..
     TCHÉBOUTYKINE
    Oui. « Il n’eut pas le temps de dire oh ! que l’ours lui sautait sur le dos. ». »  Page 155
2,5 étoiles, F

Le fléau, tome 2

Le fléau, tome 2 de Stephen King

Éditions J’ai Lu no 3312~ Publié en 1992 ~ 505 pages

Deuxième tome de la version augmentée de ce roman de Stephen King paru initialement en 1978 sous le titre « The Stand ».

À la fin du premier tome, les personnages étaient en plein chaos suite aux ravages de la super-grippe. Ils ne savaient où aller. Ils devaient faire face à l’abolition de la civilisation et au retour de la loi de la jungle. Certains d’entre eux rêvent d’une vielle dame noire, qui les appelle vers le Nebraska. D’autres rêvent d’un homme noir qui lui les appelle vers Vegas. Alors va commencer la migration des survivants vers ces deux individus. Stu, Frannie et Nick seront conduit vers mère Abigaël, sorte d’ange gardien du bien. Ce n’est que lorsqu’ils l’auront rejoint qu’ils comprendront que l’horreur n’est pas terminée. Sous la direction de celle-ci, ils devront gagner Boulder au Colorado pour s’installer. Une fois sur place, ils devront prendre les choses en main afin d’organiser leurs vies comme avant. Le groupe de Vegas s’organise beaucoup plus rapidement sous les ordres et la discipline extrêmes de l’homme noir. À leur propre rythme, les deux villes prendront forme.

Contrairement au premier tome, celui-ci est long et sans action. La migration est la partie la plus intéressante du récit. Tout au long des déplacements, nous pouvons découvrir les doutes, les peurs ou même la désinvolture des personnages. L’exode de chacun vers un lieu commun, dans ce monde post-apocalyptique, est très bien décrit. Par contre, l’organisation de la ville, surtout celle de Boulder, est lente et décourageante. L’augmentation de la population avec l’arrivée quotidienne de nouveaux venus, les réunions et les pourparlers pour organiser la ville deviennent redondants. Le deuxième camp est aussi développé mais plus succinctement, et on voit parallèlement se construire une lutte déterminante. Malheureusement avec un si grand nombre de pages, il est difficile de ne pas avoir de longueurs. C’est à mon avis le principal défaut de ce tome.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 4 mai 2012

Le Fléau – Tome 1 – Tome 3

La littérature dans ce roman :

  • « Il préféra se plonger dans son atlas routier. S’ils continuaient à rouler, peut-être feraient-ils comme une boule de neige qui grossit en dévalant une pente. Avec un peu de chance, ils rencontreraient quelques personnes avant d’arriver au Nebraska. En suite » Page 27
  • « Ils campèrent un kilomètre plus loin, sous un château d’eau perché sur d’immenses jambes d’acier, comme un Martien de H. G. Wells. » Page 29
  • « La fille jouait les héroïnes de romans-feuilletons. En étouffant un sanglot, elle se précipita dans les bras de Nick et se colla contre lui comme une sangsue. » Page 35
  • « Les années soixante, ça c’était la grande époque. Les hippies. Flower people. Andy Warhol avec ses lunettes roses et sa saloperie de brillantine. Norman Spinrad, Norman Mailer, Norman Thomas, Norman Rockwell, et ce bon vieux Norman Bates du motel Bates, ha ha ha. Dylan se casse le cou. Barry McGuire croasse The Eve of Destruction. Diana Ross donne la chair de poule à tous les petits Blancs. Et tous ces groupes formidables, pensait Larry dans son brouillard. Ceux de maintenant, vous pouvez bien vous les foutre au cul. Pour le rock, plus rien d’intéressant depuis les années soixante. Ça, c’était de la musique. Airplane avec Grace Slick pour la voix, Norman Mailer à la guitare, et ce bon vieux Norman Bates à la batterie. Les Beatles. Les Who. Morts… » Page 43
  • « Et elle vit Joe, debout devant la véranda grillagée où l’homme dormait. Son slip blanc était d’une blancheur éclatante dans le noir; en fait, le garçon avait la peau si noire qu’on aurait presque cru que son slip tenait tout seul dans le vide, ou qu’il était porté par l’homme invisible de H. G. Wells. » Page 58
  • « Une allée de ciment menait au petit escalier de la véranda. Des deux côtés, le gazon vert cru était haut. A droite, près de la véranda, l’herbe humide de rosée avait été foulée. Lorsque la rosée s’évaporerait, le gazon se redresserait sans doute. Mais, pour le moment, on y voyait clairement des traces de pas. Larry était un homme de la ville. Il n’avait rien d’un homme des bois, d’un James Fenimore Cooper. Mais il aurait fallu être aveugle, pensa-t-il, pour ne pas voir que deux personnes s’étaient trouvées là: une grande et une petite. » Page 62
  • « Amoureux transi ou pas, amateur ou non de chocolat Payday, Larry commençait à éprouver beaucoup de respect pour ce Harold, commençait presque à l’aimer. Il s’en était fait une image. Probablement dans les trente-cinq ans, fermier peut-être, grand, mince, bronzé, pas trop fort sur les livres, mais plein de ressources. » Page 89
  • « John Freemanne faisait semblant de ne pas entendre ces choses et, rendu chez lui, il citait la Bible – ” Heureux les humbles de coeur ” et ” Tu récolteras ce que tu as semé “. Et sa citation favorite, prononcée non pas dans l’humilité du cœur mais dans la folle espérance de celui qui attend ” Les petits hériteront de la terre. “ » Page 113
  • « Le Seigneur Dieu me l’a dit en rêve. Je ne voulais pas l’écouter. Je suis une vieille femme, et tout ce que je veux, c’est mourir sur ce petit bout de terre. La terre de ma famille depuis cent douze ans. Mais il est dit que ce n’est pas là que je mourrai, pas plus que Moïse n’est allé en Canaan avec les enfants d’Israël. » Page 151
  • « – Ces rêves me faisaient peur, tellement peur que je n’en ai jamais parlé à personne. Je me sentais comme Job devait se sentir quand Dieu lui parla dans la tempête. J’ai même voulu croire qu’il ne s’agissait que de rêves, pauvre vieille femme qui fuit son Dieu comme Jonas. Mais le gros poisson nous a avalés quand même vous voyez ! Et si Dieu dit à Abby, tu dois leur dire alors je dois leur dire. » Page 151
  • « – Il n’est pas Satan, dit-elle, mais lui et Satan se connaissent et ils tiennent conseil ensemble depuis longtemps. La Bible ne dit pas ce qui est arrivé à Noé et à sa famille après le déluge. Mais je ne serais pas surprise qu’il y ait eu une terrible bataille pour les âmes de ces quelques personnes – pour leurs âmes, leurs corps, leurs pensées. Et je ne serais pas surprise si c’est exactement ce qui nous attend. » Page 154
  • « Car si Mark avait attrapé maintenant cette saloperie, aucun d’eux n’était à l’abri. Le microbe traînait peut-être encore quelque part. Peut-être une nouvelle mutation. Pour mieux te manger, mon enfant. » Page 171
  • « – Pourquoi nous ? questionna Glen d’une voix hargneuse. Pourquoi pas vous ? Nous n’avons même pas de manuel de médecine, nom de Dieu ! » Page 186
  • « – Ils sont partis à Kunkle. Il y avait sans doute un médecin là-bas, autrefois.
    – Ils vont essayer de trouver des livres, ajouta Perion. Et des… des instruments. » Page 186
  • « Perion se retourna vers Mark pour lui éponger le front, doucement, amoureusement. Frannie se souvint d’une planche en couleurs dans la bible familiale, une image où l’on voyait trois femmes en train d’embaumer le corps de Jésus avec des huiles et des aromates. » Page 188
  • « Stu et Glen revinrent à quatre heures moins le quart avec un grand sac noir rempli d’instruments et de gros livres. » Page 190
  • « Il était quatre heures dix. Stu était à genoux sur une alaise de caoutchouc qu’ils avaient étendue sous l’arbre. La sueur coulait à flots sur son visage. Frannie tenait un livre devant lui, passant d’une planche en couleurs à la suivante, puis revenant à la première quand Stu relevait ses yeux brillants et lui faisait signe. A côté de lui, affreusement blanc, Glen Bateman tenait une bobine de fil blanc. Entre les deux hommes, il y avait une boîte pleine d’instruments en acier inoxydable. La boîte était tachée de sang. » Page 190
  • « – Une explication qui en vaut une autre, a dit Glen, et nous l’avons tous regardé. Si vous regardez les choses d’un point de vue théologique, on dirait bien que nous sommes pris entre l’arbre et l’écorce dans une lutte à finir entre le ciel et l’enfer, vous ne croyez pas ? S’il reste encore des jésuites après la super-grippe, ils s’arrachent sûrement les cheveux.
    Mark a éclaté de rire. Je n’ai pas bien compris mais je n’ai rien dit.
    – Eh bien, moi, je pense que tout cela est parfaitement ridicule, a dit Harold. Bientôt, vous allez vous prendre pour Edgar Cayce et croire à la transmigration des âmes. » Page 195
  • « Avez-vous lu l’étude publiée en 1958 par James D. L. Staunton sur les accidents d’avions et de chemins de fer ? Elle a d’abord paru dans une revue de sociologie, mais la presse à sensation en reparle de temps en temps quand les journalistes ont du mal à pisser de la copie.
    Nous avons tous secoué la tête.
    Vous devriez la lire. James Staunton avait ce que mes étudiants d’il y a vingt ans auraient appelé ” une tête bien faite ” – un sociologue tout à fait bien, très tranquille, qui s’intéressait à l’occulte, son violon d’Ingres si on veut. Il a d’abord écrit une série d’articles, puis il a sauté la barrière pour étudier le sujet par lui-même. » Page 196
  • « Choses dont je veux me souvenir : Récession, crise du pétrole, un prototype Ford qui faisait moins de quatre litres aux cent sur route. Une voiture formidable. C’est tout. J’arrête. Si je continue à écrire autant, ce journal sera aussi long qu’Autant en emporte le vent le jour où le cow-boy solitaire sortira de son ranch (de préférence, pas sur son cheval blanc). Oh oui, encore une chose dont je veux me souvenir. Edgar Cayce. Mais je ne l’oublierai pas. On dit qu’il voyait l’avenir dans ses rêves. » Pages 199 et 200
  • « Harold s’efforce souvent de paraître blasé, glacé – comme un jeune écrivain qui chercherait ce petit bistrot sur la rive gauche où il pourrait passer la journée à parler de Jean-Paul Sartre et à boire un infect tord-boyaux – mais sous la surface, bien caché, Harold est un adolescent qui n’est vraiment pas très mûr. » Page 217
  • « Dans ma tête je ne voyais plus qu’une image idiote de Donald le canard. Donald le canard qui pataugeait dans les ruines de la civilisation occidentale en caquetant, furieux: Qu’est-ce qu’il y a de drôle, hein ? Qu’est-ce qu’il y a de drôle ? Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ? Je me suis pris la figure entre les mains et j’ai ri et j’ai sangloté et j’ai ri encore, tellement que Harold a dû penser que j’étais devenue absolument cinglée. » Page 217
  • « Nous entrons dans la canicule pensa-t-il. La canicule, du 25 juillet au 28 août, disent les vieux dictionnaires. La canicule, ainsi nommée car les chiens enragés étaient particulièrement nombreux à cette période de l’année, dit la légende. » Page 228
  • « Il ouvrit le sac de Frannie et fouilla dedans en s’éclairant avec une minuscule lampe électrique. Frannie murmura dans son sommeil, se retourna. Harold retenait sa respiration. Il trouva finalement ce qu’il cherchait tout au fond, sous trois chemises propres et un atlas routier aux pages cornées. Un petit carnet de notes. » Page 228
  • « Harold referma le carnet et se glissa dans son sac de couchage. Il était redevenu le garçon qu’il avait été autrefois, celui qui avait peu d’amis (il avait été un beau bébé jusque vers l’âge de trois ans, avant de devenir ce petit gros qui faisait rire tout le monde) et tant d’ennemis, le garçon dont ses parents ne s’occupaient pas beaucoup – ils ne pensaient qu’à Amy, la petite Amy qui s’avançait rayonnante sur le chemin de la vie -, le garçon qui avait cherché sa consolation dans les livres, le garçon qui s’était réfugié dans ses rêves parce qu’on ne voulait jamais de lui pour jouer au base-ball… qui devenait Tarzan, tard la nuit sous ses couvertures, la lampe braquée sur la page imprimée, les yeux agrandis, insensible à l’odeur de ses pets; et ce garçon se blottissait maintenant au fond de son sac de couchage pour lire le journal de Frannie à la lumière de sa lampe électrique. » Pages 228 et 229
  • « Il fallut plus de deux heures pour que tous les réservoirs sautent. Quand ce fut fini, la nuit n’était pas noire. C’était une nuit fiévreuse, zébrée de flammes jaunes et orange. Du côté est, tout l’horizon était en flammes. Et il se souvint d’une bande dessinée qu’il avait vue quand il était enfant, une adaptation de La Guerre des mondes de H. G. Wells. Maintenant des années plus tard le petit garçon qui avait feuilleté l’album n’était plus là, mais La Poubelle l’avait remplacé, et La Poubelle possédait le terrible et merveilleux secret du rayon de la mort des Martiens. » Page 238
  • « Il composait dans sa tête un psaume à la louange de l’homme noir. Et il s’était dit qu’il devrait se procurer un gros livre (un Livre) pour noter ce qu’il pensait de lui. Un Livre que les gens liraient plus tard. Les gens qui sentaient la même chose que La Poubelle. » Page 292
  • « Elle s’approcha de lui et vit sa bible ouverte sur ses genoux.
    – Vous allez vous faire mal aux yeux.
    – Pas du tout. La lumière des étoiles est la meilleure pour ce genre de bouquin. Peut-être la seule d’ailleurs. Qu’est-ce que vous pensez de ça ? ” N’est-ce pas un service de soldat que fait le mortel sur terre et ses jours ne sont-ils pas des jours de mercenaire ? Tel un esclave aspirant après l’ombre, et tel un mercenaire attendant son salaire, ainsi ai-je hérité de mois de déception, et des nuits de peine me sont échues. “
    – Super, dit Lucy sans trop d’enthousiasme. Vraiment Joli.
    – Non, ce n’est pas joli. Il n’y a rien de très joli dans le Livre de Job, Lucy, dit le juge en refermant sa bible. ” Des nuits de peine me sont échues. ” C’est le portrait de votre ami, Lucy, le portrait de Larry Underwood. » Page 301
  • « Il avait commencé à se constituer une petite bibliothèque chose qu’il avait toujours voulu faire au cours de ses années d’errance. Il lisait beaucoup à l’époque (depuis quelque temps, il n’avait que rarement le loisir de s’asseoir pour entreprendre une longue conversation avec un livre), et certains de ceux qui s’alignaient sur les étagères encore pratiquement vides étaient de vieux amis, la plupart empruntés dans des bibliothèques publiques pour la somme de deux cents par jour ; ces dernières années, il n’était jamais resté suffisamment longtemps au même endroit pour pouvoir obtenir une carte de lecteur. Les autres volumes étaient des livres qu’il n’avait pas encore lus, mais que ses lectures précédentes lui avaient donné envie de connaître. Et, tandis qu’il était assis dans le petit bureau devant sa feuille de papier et ses deux crayons-feutres, un de ces livres était juste à côté de lui sur la table – Les Confessions de Nat Turner, de William Styron. Il avait marqué l’endroit où il avait interrompu sa lecture avec un billet de dix dollars trouvé dans la rue. Il y avait beaucoup d’argent dans les rues, des billets que le vent balayait dans les caniveaux, et il était encore surpris et amusé de voir combien de gens – dont lui – s’arrêtaient pour les ramasser. Pourquoi ? Les livres ne coûtaient plus rien à présent. » Pages 348 et 349
  • « Le monde, pensait-il, non pas selon Garp, mais selon la super-grippe. » Page 356
  • « – J’avais l’impression de devenir fou. Je pensais toujours que quelque chose allait nous arriver que nous allions nous faire attaquer par une bande de motards, manquer d’eau, n’importe quoi. Ma mère avait un livre qu’elle avait reçu de sa grand-mère, je crois. Dans les pas de Jésus, c’était le titre. Une collection de petites histoires à propos de gens qui se trouvaient dans des situations épouvantables. Des problèmes de morale, la plupart du temps. Et le type qui avait écrit ce livre disait que pour résoudre les problèmes, il suffisait de se demander: ” Que ferait Jésus ? ” Et tout s’arrangeait aussitôt. Vous savez ce que je pense ? Que c’est une question Zen. Pas une question en réalité, mais une manière de faire le vide dans votre tête, comme ces types qui murmurent Om… Om… en se regardant le bout du nez. » Page 367
  • « Il changea de position sur sa chaise. Un livre était posé sur ses genoux, un grand livre relié en similicuir. Chaque fois qu’il sortait de chez lui, il le cachait sous une pierre de la cheminée. Si quelqu’un avait trouvé ce livre sa carrière à Boulder aurait été terminée. Un mot s’étalait en lettres d’or sur la couverture du livre : REGISTRE. C’était le journal qu’il avait commencé à tenir après avoir lu celui de Fran. » Page 372
  • « Il referma le registre, rentra dans la maison cacha le livre dans son trou, replaça soigneusement la grosse pierre. » Page 375
  • « Les coups de foudre, ça existe peut-être dans les livres, mais dans la vie réelle… » Page 395
  • « Comme les gens qui se convertissent à la religion ou qui lisent…
    Elle s’arrêta tout à coup et un éclair de frayeur sembla traverser ses yeux.
    – Qui lisent quoi ?
    – Quelque chose qui change leur vie. Das Kapital. Mein Kampf. Ou des lettres d’amour qui ne leur sont pas adressées. » Page 396
  • « Son bébé était vivant, bien à l’abri et ce qu’elle tenait dans ses mains n’était qu’un livre. De toute façon aucun moyen de savoir si quelqu’un l’avait lu, et même s’il y avait eu un moyen, impossible de savoir si cette personne qui l’avait lu était Harold Lauder.
    Elle ouvrit le livre et commença à le feuilleter lentement, instantanés de son passé récent, comme des photos noir et blanc d’amateur. Instantanés de la mémoire. » Page 402
  • « Fran: Tout ce que tu dis est vrai, Nick. Je ne peux pas dire le contraire. Je sais qu’il est mauvais. Qu’il pourrait même être la créature de Satan, comme dit mère Abigaël. Mais nous tirons sur le même levier que lui pour l’arrêter. Tu te souviens du bouquin d’Orwell Les Animaux ? ” Ils regardèrent les porcs puis les hommes, et ne purent voir la différence. ” Je crois que ce que j’aimerais vraiment t’entendre dire – même si c’est Ralph qui le lit – c’est que si nous devons tirer ce levier pour l’arrêter… si nous le faisons… eh bien, que nous serons capables de le lâcher ensuite. Est-ce que tu peux dire ça ? » Page 416
  • « Il était encore très tôt. Mère Abigaël ne dormait pas. Elle essayait de prier. Elle se leva dans le noir, s’agenouilla dans sa robe de nuit de coton blanc et posa le front sur sa bible ouverte aux Actes des apôtres. La conversion de Saul sur le chemin de Damas. La lumière l’avait aveuglé et les écailles qui recouvraient ses yeux étaient tombées. Les Actes, dernier livre de la Bible, où la doctrine s’appuyait sur des miracles. Et qu’étaient les miracles sinon la divine main de Dieu à l’oeuvre sur terre ? » Page 419
  • « Elle leva la tête et regarda autour d’elle, comme si elle était ivre. Sa bible était tombée par terre. » Page 422
  • « – Non, certainement pas ! s’exclama Stu. Mais nous ne pouvons pas la laisser comme ça se promener toute seule. Elle s’est mis dans la tête qu’elle a offensé Dieu. Et si elle se disait maintenant qu’elle doit aller faire pénitence dans la solitude du désert comme un prophète de l’Ancien Testament ? » Page 424
  • « Fran ne savait pas que mère Abigaël était partie. Elle était restée enfermée toute la matinée à la bibliothèque, en train de feuilleter des ouvrages de jardinage. Elle n’était pas la seule étudiante, d’ailleurs. Deux ou trois autres personnes consultaient des livres sur l’agriculture. Un jeune homme à lunettes d’environ vingt-cinq ans était plongé dans un livre intitulé Sept moyens de faire vous-même votre électricité. Une jolie petite blonde d’environ quatorze ans était absorbée dans la lecture de Six cents recettes faciles. » Page 427
  • « Elle jeta un coup d’oeil autour d’elle. Le sous-sol avait été aménagé en salle de jeu. Un projet dont son père avait toujours parlé mais qu’il n’avait jamais entrepris, pensa-t-elle avec un petit pincement de tristesse. Pin noueux sur les murs. Haut-parleurs quadraphoniques encastrés. Faux plafond insonorisé. Un grand coffre rempli de puzzles et de livres. » Page 431
  • « Il s’assit dans son fauteuil favori et ferma les yeux. Quand les battements de son cœur eurent un peu ralenti, il s’avança vers la cheminée, retira la pierre et prit son REGISTRE. Sa présence le rassura. Un registre, c’est un livre où vous tenez vos comptes tant de prêté, tant de rendu, intérêt et principal. Lé livre où vous finissez par régler tous vos comptes. » Page 444
  • « Il remit le journal à sa place et reposa la pierre. Il était calme. il avait vidé ce qu’il avait en lui. sa terreur et sa fureur habitaient désormais les pages du journal, sa détermination était plus forte que jamais. Et c’était bien ainsi. Parfois, écrire le rendait encore plus nerveux. Il savait alors qu’il n’écrivait pas la vérité, ou qu’il n’écrivait pas avec l’effort nécessaire pour affûter le bord émoussé de la vérité afin de lui donner une arête tranchante – d’en faire une lame capable de faire jaillir le sang. Mais, ce soir, il pouvait ranger son livre, l’esprit serein. La rage, la peur, la frustration avaient trouvé leur exacte transcription dans le livre, le livre qui resterait caché sous sa pierre pendant qu’il dormirait. » Pages 444 et 445
  • « Il s’allongea, résigné à passer une nuit blanche, cherchant une nouvelle cachette. Sous une lame de parquet ? Au fond d’un placard ? Peut-être ce vieux truc: le laisser bien en évidence sur une étagère, un volume parmi d’autres, coincé entre La Femme totale d’un côté et un volume du Reader’s Digest de l’autre ? Non – c’était quand même trop risqué. » Page 447
  • « Stu rentra à neuf heures et quart. Fran était pelotonnée sur le double lit. Elle était vêtue d’une de ses chemises – elle lui arrivait presque jusqu’aux genoux – et lisait un livre, Cinquante plantes utiles. » Page 447
  • « Stu lisait un roman de cow-boys et d’Indiens. Quand il vit Glen, pâle, les yeux hagards, il jeta son livre par terre. » Page 455
  • « A côté du verre, un cendrier avec cinq pipes quelques livres: Le Zen et la Motocyclette, Tout du cru, Macho Pistolet – tous ouverts. Et un sachet de crackers Kraft au fromage. » Page 457
  • « Il jeta un coup d’œil à Glen, mais détourna aussitôt les yeux. Même un vieux sociologue chauve qui lit trois livres d’un seul coup n’aime pas trop qu’on le voie faire de l’eau avec ses yeux. » Page 457
  • « Au verso de son message, la vieille femme avait griffonné deux références bibliques: Proverbes 11: 1-3 et Proverbes 21: 28-31. Le juge Farris avait consulté les textes avec la minutie d’un avocat qui prépare sa plaidoirie et, au début du débat, il s’était levé pour lire les deux citations de sa voix fêlée et apocalyptique de vieil homme. Il commença par la citation du onzième chapitre des Proverbes: La balance fausse est en horreur à Yahvé, mais le poids juste lui est agréable. Si l’orgueil vint viendra aussi l’ignominie; mais la sagesse est avec les humbles. La perfection des hommes droits les guide, mais les détours des perfides les ruinent. La citation du vingt et unième chapitre était de la même veine: Le témoin menteur périra, mais l’homme qui écoute pourra parler toujours. Le méchant prend un air effronté, mais l’homme droit ordonne ses voies. Il n’y a ni sagesse, ni prudence, ni conseil en face de Yahvé. On équipe le cheval pour le jour du combat, mais de Yahvé dépend la victoire.
    Le débat qui avait suivi la déclamation du juge (déclamation, c’était bien le mot juste) avait porté sur de multiples sujets – certains plutôt comiques. Quelqu’un avait fait observer d’une voix lugubre que, si l’on additionnait les numéros des chapitres, on obtenait trente et un, soit le nombre des chapitres de l’Apocalypse. Le juge Farris s’était levé une nouvelle fois pour préciser que l’Apocalypse ne comptait que vingt-deux chapitres, du moins dans sa version de la Bible, et qu’en tout état de cause vingt et un plus onze faisaient trente-deux, et non trente et un. » Pages 476 et 477
  • « …Il n’y avait plus beaucoup de clients une fois que les gens qui travaillaient de huit à onze à la Dixie Paper étaient rentrés chez eux… Il y avait des tas de nuits où pas une seule voiture s’arrêtait entre minuit et trois heures. Alors, j’étais là, en train de lire un livre ou une revue. Et plus d’une fois j’étais à moitié endormi. Tu comprends ?
    – Oui.
    Elle pouvait se l’imaginer, l’homme qui était devenu le sien, quand le moment était venu, quand les événements l’avaient décidé. Cet homme aux larges épaules endormi dans une chaise de plastique de chez Woolco, un livre ouvert sur les genoux. Elle le voyait dormir dans une île de lumière blanche, une île entourée de toutes parts par la grande mer de la nuit du Texas. Elle aimait se l’imaginer ainsi, comme elle aimait le voir dans toutes les images qu’elle se faisait de lui.
    – Eh bien, un soir, il était à peu près deux heures et quart, j’étais assis, les pieds posés sur le bureau de Hap, et je lisais un roman de cow-boys, un roman de Louis L’Amour, ou peut-être de Elmore Leonard. » Page 481
  • « – Les années ont passé, comme on dit dans les livres et chaque fois que je pensais à cette nuit-là-ça m’arrivait de temps en temps – j’étais de plus en plus sûr que ce n’était pas lui finalement. Simplement quelqu’un qui lui ressemblait un peu. » Page 484
  • « – Les esprits ne sont peut-être jamais de bonne humeur, répondit la jument en lui lançant un regard sévère. Ou vous risquez de recevoir un message de votre subconscient que vous n’êtes absolument pas prête à assimiler. La littérature spécialisée parle de très nombreux cas d’expériences d’écriture automatique dégénéré. Les gens sont devenus fous. » Pages 500 et 501