2,5 étoiles, P

Paper Money

Paper Money de  Ken Follett

Éditions Le Livre de Poche, 2013, 333 pages

Roman écrit par Ken Follett et publié initialement en 1977 en anglais sous le même titre et le pseudonyme de Zachary Stone.

Beaucoup de choses se passent en vingt-quatre heures dans la ville de Londres. En cette journée de 1970, le directeur de cabinet Tim Fitzperson pour la première fois après quinze ans de mariage commet l’impassible en trompant sa femme avec une belle rousse rencontrée dans un bar. Et si cela se savait, qu’elle serait l’impact sur son projet de se présenter pour devenir Premier ministre ? Derek Hamilton qui est un magnat de l’édition pense à quitter et vendre ses actifs de Hamilton Holdings mais qu’en diront ses garçons à qui il pensait léguer la compagnie ? Que répondre au banquier Felix Laski qui lui a fait une offre d’achat qu’il ne peut refuser ? Tony Cox, un mafieux, rassemble ses hommes pour attaquer un fourgon de transports de fonds. Et si tous ces événements avaient un lien commun ? C’est ce que veut prouver et écrire le jeune journaliste de l’Evening Pos,t Kevin Hart. Selon lui, la presse se doit d’informer ses lecteurs et être indépendante à tout prix mais il est freiné dans son élan par son patron.

Un bel exercice de liaison entre plusieurs faits divers. L’auteur a construit un roman qui plonge le lecteur dans la vie de plusieurs personnages de différentes strates sociales, dont les chemins vont finir par se croiser. Au début, chaque petite histoire capte l’attention du lecteur mais par manque de liens entre elles l’attention s’estompe pour devenir de l’agacement. Le lecteur se demande rapidement où l’auteur veut l’amener. La jeune plume de Ken Follett est simple et son point fort est qu’il décrit bien l’environnements dans lequel évolue ses personnages. Malheureusement comme il n’y a pas de personnage principal on a de la difficulté à enter dans l’histoire. Cependant chacun des personnages créés par Follet est crédible et intéressant. Un roman qui fait découvrir la ville de Londres d’il y a quarante ans selon plusieurs milieux de la société : politique, criminel, journalistique… Finalement, un roman qui se laisse lire si la lecture se fait sur une courte période de temps pour ne pas confondre les personnages.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 13 septembre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Le bureau en bois aurait tout à fait trouvé sa place dans une entreprise, tout comme la vieille télé en noir et blanc, l’armoire à dossiers et les étagères pleines de bouquins de droit ou d’économie et de bulletins Hansard sur les débats du Parlement. »  Page 14
  • « À une époque, il n’avait vécu que pour elle, s’habillant selon ses goûts, lisant le genre de littérature qu’elle aimait – les romans –, trouvant d’autant plus de bonheur à s’engager en politique que les succès qu’il y remportait semblaient la combler. »  Page 20
  • « Il n’avait d’ailleurs pas le souvenir d’avoir un jour connu ce sentiment. La satisfaction, oui. Celle d’avoir écrit un rapport clair et intelligent, par exemple, ou encore d’avoir remporté l’une de ces innombrables petites batailles qui se tiennent au sein d’un comité ou à la Chambre des communes ; celle de lire un grand auteur ou de goûter un bon vin. »  Page 22
  • « — Le fait est qu’entre six heures du soir et minuit, je préfère consacrer mon temps à gagner cinquante mille livres plutôt qu’à regarder des acteurs faire semblant de s’étriper à la télé. »
    Peters sourit, amusé : « Alors, comme ça, l’esprit le plus créatif de la City n’aurait pas d’imagination !…
    — Comment cela ?
    — Vous ne lisez pas de romans non plus ? Et vous n’allez pas davantage au cinéma ?
    — Non.
    — Vous voyez ! Il y a en vous un angle mort : vous ne percevez pas les bienfaits de la fiction. C’est un manque dont souffrent souvent les grands hommes d’affaires, mais qui est compensé par une perspicacité surdéveloppée, semble-t-il. Comme les aveugles, qui ont l’ouïe particulièrement fine. » »  Page 29
  • « Jasper Hamilton était un imprimeur dans l’âme : passionné par les caractères, enthousiasmé par les nouvelles technologies, amoureux des presses et de leur odeur d’huile. Lui était plutôt un homme d’affaires : il avait investi les dividendes dans des affaires aussi diversifiées que l’importation de vin, la grande consommation, l’édition, les fabriques de papier et la publicité radiophonique. En cela, il avait atteint son objectif premier, celui de transformer habilement ses revenus en une véritable fortune, tout en réduisant ses impôts. Il s’était détourné des bibles, affiches et éditions de poche si chères à son père pour ne plus s’intéresser qu’aux liquidités et au rendement. »  Page 57
  • « En conséquence, Tony réglait toujours ses transactions en liquide, et sa mémoire lui tenait lieu de livre de comptes. »  Page 84
  • « « Le bureau, dis-moi, c’est uniquement pour le décor ? Je ne me souviens pas de t’y avoir vu assis !
    — Prends un siège, Derek. Un thé, un café, du sherry ?
    — Un verre de lait, s’il te plaît.
    — Si vous voulez bien faire le nécessaire, Valerie… » Il adressa un petit signe de tête à l’intention de la secrétaire qui s’éclipsa sur-le-champ. « Ce bureau ? Je ne m’en sers jamais. Tu voudrais que je reste assis derrière, comme les employés dans les romans de Dickens ? En fait, je dicte tout mon courrier, et aucun des livres que je lis n’est trop lourd pour que je ne puisse pas le tenir entre mes mains. »  Pages 111 et 112
  • « Max avait toujours rêvé d’être détective, mais ayant raté l’examen d’entrée à la police, il s’était rabattu sur ce boulot dans la sécurité. Grand amateur de romans policiers, il nourrissait l’illusion que la meilleure arme de la police criminelle, c’était la déduction logique. »  Page 120
  • « Son propre bureau était petit, composé d’une table avec trois téléphones, d’un fauteuil pivotant, de deux chaises pour les visiteurs et d’un long canapé en tissu, adossé au mur. À côté du coffre-fort mural, une bibliothèque affichait une quantité impressionnante d’ouvrages sur la législation des entreprises et la fiscalité. »  Page 124
  • « Il choisit ses mots avec soin : « C’est bien la première fois que je m’interroge sur la certitude ou je-ne-sais-quoi de notre relation.
    — Arrête, on croirait entendre un président de société ânonnant son rapport annuel !
    — D’accord, à condition que tu cesses de jouer les héroïnes de roman à l’eau de rose. À propos de rapport annuel, je suppose que c’est la raison de sa déprime ? »  Page 131
  • « Laski se planta devant sa bibliothèque, regardant sans le voir l’Annuaire des directeurs de société. »  Page 132
  • « Les autres collaborateurs entrèrent en groupe : le responsable des illustrations, boudiné dans sa chemise – ses cheveux mi-longs auraient néanmoins fait envie à bon nombre de femmes ; le rédacteur sportif, en veston de tweed et chemise mauve ; le responsable de la partie magazine, avec sa pipe et son demi-sourire perpétuel ; enfin le responsable de la diffusion, en costume gris impeccable. Celui-ci était un type encore tout jeune qui avait débuté en vendant des encyclopédies et s’était hissé à ce poste prestigieux en à peine cinq ans. »  Pages 136 et 137
  • « Il n’était pas question d’échapper à la vigilance du concierge : sa loge se trouvait juste en face de l’ascenseur, au fond du vestibule tout en longueur. À voir ses joues creuses et son teint cadavérique, ce type donnait l’impression d’être enchaîné à son bureau avec interdiction de sortir à la lumière du jour. En apercevant Kevin, il ôta ses lunettes et reposa son livre intitulé Comment gagner son second million.
    « J’aimerais bien gagner mon premier, déclara Kevin en désignant l’ouvrage.
    — Et de neuf ! lâcha le concierge d’un air las.
    — Neuf quoi ?
    — Vous êtes le neuvième à me dire ça.
    — Oh, pardon !
    — Et maintenant, vous allez me demander pourquoi je lis ce bouquin. Je vous répondrai qu’un habitant de l’immeuble me l’a prêté et vous pourrez me rétorquer que vous aimeriez bien être de ses amis. Bon, la question étant réglée, que puis-je faire pour vous ? » »  Page 170
  • « Le concierge avait déjà la main sur le combiné. « La surprise, n’est-ce pas ? » lui lança Kevin. Le concierge reprit son livre en silence. »  Page 171
  • « À ses yeux, la réussite consistait à posséder un yacht d’un million de livres, une villa à Cannes, un terrain de chasse privée et à pouvoir acheter le Picasso qui vous plaisait, au lieu de se contenter de l’admirer dans des livres d’art. »  Page 180
  • « Or, pour Hamilton, rien n’existait en dehors des affaires. Quand bien même il l’aurait voulu, il aurait été incapable de fabriquer une table, d’élever des moutons, de rédiger un manuel ou de tracer les plans d’un immeuble. »  Page 181
  • « Pour la première fois de sa vie, Evan Jones buvait un double whisky avant le déjeuner. Il y avait une raison à cela. C’était aussi la première fois de sa vie qu’il rompait son code d’honneur. Il expliquait cela plutôt confusément à son ami, Arny Matthews, parce que, n’ayant pas l’habitude de boire, l’alcool lui avait déjà embrumé le cerveau.
    « Question d’éducation, tu vois, disait-il avec son accent chantant du pays de Galles. De mon temps, c’était la rigueur avant tout. On suivait la Bible à la lettre. Certes, il arrive qu’on change de code de nos jours, mais l’obéissance, tu vois, c’est quelque chose dont on ne se défait jamais. »  Page 213
  • « « Je suis Tony Cox, lui dit-il. Tu vas garer ma Rolls et me filer une de tes bagnoles long séjour qui ne risque pas d’être utilisée aujourd’hui. »
    Le type fit la moue. Il avait des cheveux frisés mal coiffés et un jean taché de graisse tout effiloché aux fesses. « Je peux pas faire ça, mon pote. »
    Tony tapa du pied avec impatience. « J’aime pas répéter, fiston. Je suis Tony Cox. »
    Le jeune homme rit. Il reposa sa BD et se leva. « Je m’fiche bien de qui tu es, tu… » »  Page 243
  • « Il sourit et dit bonjour.
    « Que puis-je pour vous ? demanda-t-elle, visiblement mal à l’aise.
    — Comment va Sharon ?
    — Très bien, merci. Elle est absente pour le moment. Vous la connaissez ?
    — Oui. » Billy parcourut des yeux la boutique et son assortiment de choses à grignoter, d’outils, de livres, de babioles fantaisie, de tabac et de bonbons. »  Page 269
  • « Neuf coffres en acier étaient rangés à l’arrière du véhicule. Il s’agissait plus exactement de malles en métal avec des poignées sur le côté. Elles étaient toutes fermées par un double cadenas et pesaient un âne mort. Les deux hommes les déchargèrent une par une et les alignèrent au centre de la grange. Tony les contempla avec avidité et son visage trahissait un plaisir immense, presque sensuel. « Putain, c’est comme dans Ali Baba et les quarante voleurs, mon pote ! » »  Page 276
  • « Laski en play-boy et millionnaire, c’était une chose, mais Laski sortant de prison après une faillite, c’en était une autre. Sa relation avec Ellen ne survivrait pas à pareille catastrophe. Jusqu’ici, elle était fondée sur la sensualité et l’hédonisme, et n’avait rien à voir avec la dévotion éternelle dont il est question dans le Livre de la prière commune. »  Page 294
  • « Après avoir regardé les informations et un feuilleton à la télévision, elle avait entrepris de lire un roman historique, qu’elle avait reposé au bout de cinq pages pour ranger des choses qui n’avaient pas besoin de l’être, ici et là dans la maison. »  Page 301
  • « Les jeunes écrivains à la mode mettaient les femmes en garde contre ce genre de promesses qui se soldent par des désillusions. Mais qu’en savaient-ils ? Ils n’avançaient là que des suppositions, comme tout le monde. »  Page 303
  • « Les deux hommes pouvaient très bien se plier à sa volonté – ce qui ne réglerait en rien son problème du choix –, mais ils pouvaient tout aussi bien décider de la quitter. Auquel cas il ne lui resterait plus qu’à être désolée de son sort, comme les héroïnes de Françoise Sagan. Elle savait déjà que cette posture ne lui conviendrait pas. »  Page 304
  • « — Ellen ? C’est toi ?
    — Oui.
    — Peut-on se voir ? J’ai une foule de choses à te dire.
    — Je ne pense pas, balbutia-t-elle.
    — Ne dis pas ça. » Cette voix profonde, shakespearienne, plus douce à l’oreille qu’un violoncelle… « Je veux t’épouser. »  Page 322
  • « Cédant à une impulsion, il s’arrêta devant un magasin à l’angle d’une rue. La boutique, décorée dans un style très contemporain, faisait également dépôt de presse. Le long des murs, des rayonnages flambant neufs s’alignaient, remplis de livres et de magazines. »  Page 326
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2,5 étoiles, L

Lignes de fuite

Lignes de fuite de John Harvey.

Éditions Rivages (Noir), 2015, 303 Pages

Roman écrit par John Harvey et publié initialement en 2012 sous le titre anglais « Good Bait ».

Le corps d’un adolescent est découvert sous la glace d’un étang du parc de Hampstead Heath à Londres. L’inspectrice divisionnaire Karen Shields est appelée sur place. Elle et son équipe devront mener l’enquête afin d’identifier le jeune garçon et le meurtrier. Dans un premier temps, ils réussissent à identifier le corps, il s’agit d’un jeune Moldave dont toutes les traces de son passé ont été effacées. Il sera difficile d’élucider le meurtre en ayant peu ou pas d’information sur la victime. Pendant ce temps à l’autre bout de l’Angleterre, Trevor Cordon, chef de la police de proximité de Penzance, rencontre Maxine Carlin qui lui demande de retrouver sa fille Letitia. Comme il connaît Letitia depuis près de quinze ans, il est le seul à qui sa fille pourrait faire confiance. Maxine lui demande d’aller à Londres pour la retrouver. Avec si peu d’information, Cordon accepte tout de même d’aller à la recherche de la jeune femme qui a été une adolescente plus que rebelle. Par un concours de circonstance, les deux enquêtes vont s’entrecroiser et se complexifier.

Un roman dont les personnages sont travaillés avec brio. L’intrigue se déroule majoritairement à Londres et est alignée sur l’actualité, ce qui permet au lecteur d’être plongé dans la vie trépidante du crime et de la police londonienne de façon très réaliste. Malheureusement, l’auteur a mis en premier plan les enquêtes de Karen et le lecteur s’y perd rapidement par manque de lien entre elles et un très grand nombre de personnages plus que secondaires. L’histoire de Cordon et de Letitia est beaucoup plus intéressante mais viens trop tard dans le texte. Heureusement le style d’écriture de l’auteur est simple et rapide. Conjugué avec des chapitres courts le tout donne beaucoup de dynamisme au texte. Le personnage de Karen est intéressant car il est hors norme, elle est d’origine jamaïcaine et est inspectrice divisionnaire. Heureusement l’auteur la présente sans cliché ni stéréotype. Ce personnage aurait pu être plus étoffé, le lecteur ne fait qu’effleurer sa vie. Ce sont les personnages de Cordon et Letitia qui sont les plus réussit et les plus attachants. Sans ces deux personnages, l’histoire n’aurait aucun intérêt. Ces deux personnages sont crédibles et ont une profondeur psychologie que l’on découvre au fil des chapitres. Une lecture décevante au niveau de l’intrigue car l’auteur semble avoir voulu en mettre plein la vue avec les enquêtes qui font perdre le fil de l’histoire. Une bonne lecture pour la découverte de certains personnages. Finalement, les personnages ne sont pas suffisants pour faire de ce roman une lecture accrocheuse et intéressante.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 12 janvier 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Dans l’après-midi, elle mangea devant la télé un repas tout prêt acheté en promotion chez Marks & Spencer, arrosé d’un rouge buvable. Le soir du 31, elle dîna à Exmouth Market avec quatre copines, puis elles allèrent en boîte près du métro Angel. À minuit et demi elle était à la maison et à une heure au lit, avec un livre pour toute compagnie. Ce n’était pourtant pas par manque de propositions. »  Page 11
  • « Chez lui, un repose-pieds sous les jambes, il lisait, écoutait de la musique, buvait du scotch avec parcimonie. Un mélange en ce qui concernait la musique : Mingus et Eric Dolphy à Cornell, les Partitas pour violon seul de Bach, un peu d’Ellington, un peu de blues, le Quatuor à cordes no 2 de Britten. Et la lecture ? Trollope, son préféré du moment. Quelle époque ! Ce type avait tout compris. »  Page 23
  • « Karen se démaquilla et se déshabilla au son de Cry, Baby, Cry et de Good Night des Beatles, dans une reprise de Ramsey Lewis, pianos et cordes. Une fois au lit, au bout de trois pages son livre lui échappa des mains et elle s’endormit. »  Page 44
  • « Il y avait un magasin d’articles d’occasion au profit d’une association caritative en dessous de chez Kiley. Il était plein, des femmes surtout qui cherchaient sur les cintres quelque chose pour leurs enfants, une jupe ou un haut pour elles s’il restait un peu d’argent après. Des piles de livres lus une seule fois, des cassettes vidéo que plus personne ne regardait, et des jeux, cadeaux dédaignés de tatie truc ou tonton machin, ou d’une mamie affectueuse. »  Page 66
  • « Tandis que Kiley s’affairait dans la cuisine, Cordon examina les livres et les CD pêle-mêle sur les étagères. Il en connaissait certains, d’autres non. Junot Diaz. K. C. Constantine. Gerry Mulligan. Ronnie Lane.
    Mulligan, oui.
    Il regardait la liste des titres, lorsque Kiley reparut. »  Page 67
  • « – Je connais ça. Un truc que tu sens dans tes tripes, un pressentiment qui te noue le ventre.
    – Comment est-ce que tu sais ?
    – Je l’ai lu dans le livre.
    – Quel livre ?
    – Dans une centaine de livres. Ce truc qu’il sent dans ses tripes, ce pressentiment qui lui noue le ventre. »  Pages 68 et 69
  • « Elle se fit un thé léger, avec deux sucres, qu’elle but en se déshabillant. Le livre qu’elle était en train de lire posé par terre, un bout de papier en guise de marque-page. Elle le ramassa.
    Marée noire, Attica Locke.
    Houston, au Texas, à la fin des années soixante. Il y a de la révolution dans l’air. Aretha Franklin chante A Change is Gonna Come de Sam Cooke. Lors d’un meeting étudiant, Stokely Carmichael, sur le point de rejoindre les Black Panthers, lance aux quelques Noirs armés de leur diplôme universitaire – leur passeport pour la classe moyenne américaine – que l’intégration n’est pas la solution. Que l’intégration, c’est reconnaître que leur culture et leur mode de vie ne valent rien, qu’ils ne valent pas la peine qu’on s’y accroche. »  Page 99
  • « Elle attendit que ses yeux se ferment tout seuls avant de poser le livre et d’éteindre la lumière. »  Page 100
  • « La boutique était coincée dans un écheveau de ruelles, l’enseigne au-dessus de la porte peinte en violet délavé : Clifford Carlin, Libraire. Antiquités et Occasions. Deux cartons bloquaient en partie l’entrée : Tous les livres à 10 pence. À l’intérieur, des livres du sol au plafond, sur tous les murs. Hautes bibliothèques remplies d’éditions de poche, organisées par genre, formant un dédale de travées.
    Cordon tenta de se repérer et s’approcha d’une importante sélection de romans sur l’Ouest américain : Jubal Cade, Herne the Hunter, Apache, Edge. Comment s’appelait cet auteur que son père aimait tant ? Louis L’Amour ? Toute la collection semblait là. Et il y en avait un autre, il en était sûr. Oakley quelque chose. Oakley Hall ?
    Au fond, près de la fenêtre, se trouvait une section enfants, avec des petites tables et des chaises en plastique, des crayons de couleur dans d’anciennes boîtes à café, des feuilles de papier pour dessiner, des vieux exemplaires de Beano disposés en éventail. Deux ados gothiques examinaient le rayon médecine alternative et psychothérapie, tandis qu’un jeune homme à l’air concentré, la tête inclinée sur le côté, passait en revue les livres sous l’intitulé Science-fiction et Fantasy.
    De la musique s’échappait d’un lecteur de CD en piteux état, perché au sommet d’une tour d’encyclopédies à l’équilibre précaire. »  Page 106
  • « Voyant que le libraire était occupé, Cordon retourna aux romans de western. Il parvint à dénicher un Oakley Hall. Pas Warlock – il se souvenait du titre à présent – que son père avait lu, non pas une, mais plusieurs fois et dont on avait tiré un film, L’Homme aux colts d’or. Non, là, il s’agissait d’un livre de poche de quelque trois cents pages : Separations. Un canyon sur la couverture, des parois abruptes qui plongeaient dans une eau bleu-gris.
    Il l’ouvrit au début et s’arrêta sur la première phrase.
    Lorsque Mary Temple lut dans l’Alta California qu’on avait vu une femme blanche dans un village indien du territoire de l’Arizona, elle sut que c’était sa sœur.
    Tant d’histoires, réelles ou inventées, commençaient ainsi, par une personne qui en cherchait une autre. Une quête. Il referma l’ouvrage et le déposa sur le comptoir. »  Page 107
  • « Il regarda le livre que tenait Cordon.
    – Vous avez besoin d’un sac ou…
    – Non merci, ça ira. »  Page 109
  • « Cordon commanda une pinte de Timothy Taylor’s Landlord et la porta à une table dans un coin, décidé à attendre la fin de l’averse, l’entrée de la librairie à peine visible à travers la vitre sale. Il but deux gorgées, puis sortit le roman et se laissa entraîner dans sa quête, à la recherche de la sœur perdue, de la fille disparue. Il en était au chapitre six, « Eurêka » – une expédition en bateau, une descente de rapides –, lorsque Carlin apparut et entreprit de rentrer les cartons de livres en solde. Puis, un sac sur l’épaule, vêtu d’un imperméable kaki ouvert, il ferma la porte avec un cadenas et s’éloigna vers le centre-ville. Cordon avala la dernière gorgée de sa bière, prit un sous-bock pour marquer sa page et, son roman à la main, se lança à sa poursuite. »  Page 110
  • « Il resta interloqué à la vue de Cordon, mais se ressaisit rapidement.
    – Vous avez décidé de prendre le train suivant ?
    – Quelque chose dans ce genre.
    – C’est le livre ? Vous avez changé d’avis ? Parce que, dans ce cas, repassez au magasin demain matin à 10 heures. On vous rembourse cinquante pour cent si vous le rapportez dans les six jours. Après, vingt-cinq.
    – Ce n’est pas le livre. »  Page 111
  • « Les livres étaient partout : empilés sur le sol, n’importe comment sur la table, rangés sur les rebords des fenêtres, posés sur les chaises. Un recueil de poèmes de Frank O’Hara, des formes géométriques rouges et bleues sur la couverture. Beats, Bohemians and Intellectuals de Jim Burns. »  Page 111
  • « À bord du train, il trouva un siège près de la fenêtre sans difficulté, s’installa confortablement et ouvrit son livre, mais fut incapable d’aller au-delà de quelques lignes. L’auteur n’y était pour rien. Letitia employée dans un hôtel du Lake District, qui accueillait les clients, supervisait peut-être le changement des draps, l’entretien des chambres, réservait les taxis pour la gare, les excursions à la maison de Beatrix Potter ou sur la tombe de William Wordsworth… cherchez l’erreur. »  Page 114
  • « À présent, ils étaient séparés. Clare se battait toujours pour les valeurs auxquelles elle croyait, travaillant avec les réfugiés, tandis que Paul, une fois à Londres, s’était lancé dans les affaires grâce à son réseau. Rien de mal à ça. Sauf qu’il se servait de ses relations pour essayer d’influencer l’enquête de Karen et qu’il avait assez de poids pour obliger un commissaire divisionnaire à se rendre dans le nord de Londres en pleine nuit, comme dans un roman de Len Deighton ou de John le Carré. »  Page 115
  • « Son père avait sorti de son sac à dos des sandwichs de pain complet, coupés avec soin, une Thermos. Les livres sur les oiseaux, sur les plantes, les fleurs sauvages. Annotés, certaines pages marquées. »  Page 137
  • « – Quoi ? Notre rencontre romanesque ? Comment Letitia a fini par trouver le grand amour ? Un riche Ukrainien arrache Cendrillon à sa vie de merde et l’emporte sur son blanc destrier ? »  Page 149
  • « – Pour qui vous vous prenez ? s’était écrié Clifford Carlin. Shane ? Le cow-boy solitaire qui règle son compte aux méchants ? Le défenseur de la veuve et l’orphelin ?
    Un roman de Jack Schaefer. Adapté au cinéma sous le titre L’Homme des vallées perdues, avec Alan Ladd en veste à franges. Un des films préférés de Carlin. De Cordon aussi.
    – Quelque chose dans ce goût-là, avait répondu Cordon. »  Page 165
  • « Un seul café ouvert le long de la promenade, où Letitia lisait les livres de poche qu’elle avait achetés sur le ferry en fumant cigarette sur cigarette, tandis que Cordon et Dan jouaient au foot sur la plage.
    – Soyez patients, avait dit Kiley. Je vous donne des nouvelles dès que possible.
    Détail singulier, il y avait une statue d’Alfred Hitchcock qui contemplait le large, entourée d’oiseaux de pierre. »  Page 166
  • « Lorsqu’elle eut terminé le Martina Cole qu’elle avait acheté sur le bateau, elle s’essaya aux romans oubliés par les propriétaires – Ian McEwan, Rose Tremain, Julian Barnes – avec un succès mitigé. »  Page 168
  • « Un frisson glacé lui donna la chair de poule. Le livre que Letitia lisait était par terre, à côté de sa chaise. Le vélo de Dan gisait dans la pelouse. À l’intérieur, rien n’avait bougé. »  Pages 169 et 170
  • « Amy s’était réfugiée derrière l’un des canapés et serrait contre elle un nounours borgne. Une autre petite fille, plus âgée, était assise en tailleur par terre, un livre sur les genoux. »  Page 188
  • « Ils se garèrent au-dessus de l’étendue de sable de Beg Léguer où Cordon et Danny ramassèrent des crevettes et des crabes minuscules dans les cuvettes entre les rochers, tandis que Letitia relisait à l’abri du vent un Maggie O’Farrell qu’elle avait déniché sur une étagère, planqué derrière des livres d’auteurs masculins, plus arides. »  Page 200
  • « Quelques minutes plus tard, la rame ralentissait et s’immobilisait. En raison d’une panne de signalisation à King’s Cross, ils devaient patienter. La dernière fois, elle s’était retrouvée coincée pendant une bonne trentaine de minutes. Et bien sûr, pas de réseau dans le tunnel. Inutile d’essayer d’appeler, de prévenir qu’elle serait en retard. Irritée, elle sortit un livre de son sac. »  Page 207
  • « Danny était soit assis dans son lit, en train de relire pour la énième fois un de ses livres, soit à plat ventre devant la télé. »  Page 224
  • « – Tu veux me raconter ce qui s’est passé ?
    Kiley déplaça un livre et s’assit au bord du lit. »  Page 236
  • « L’établissement possédait trois piscines, un sauna, un jacuzzi et un spa. Karen se relaxa, se laissa dorloter et lut des mauvais romans, s’efforçant de faire taire le bourdonnement dans sa tête. »  Pages 294 et 295
2,5 étoiles, C, R

Chroniques des vampires, tome 03 : La reine des damnés

Chroniques des vampires, tome 03 : La reine des damnés d’Anne Rice

Éditions Fleuve (Noir – Thriller fantastique), publié en 2004, 574 pages

Troisième tome de la série Chroniques des vampires d’Anne Rice paru initialement en 1988 sous le titre anglais « Queen of the Damned ».

Lestat, vampire impétueux et rebelle, poursuit sa quête : découvrir l’origine des immortels. Comme il n’a pas de réponse et qu’aucun vampire ne veut lui répondre franchement. Il va provoquer les choses. Pour ce faire, il va enfreindre les règles qui gouvernent le monde des noctambules. Il va dévoiler à l’humanité sa condition de mort vivant en publiant des livres et en devenant chanteur rock. Dans ses chansons, il dévoile aux humains les secrets liés à l’existence des vampires. Les mortels lui font un triomphe, sans concevoir qu’il leur dit la stricte vérité. Ses activités finiront par irriter les membres de la communauté vampirique et il s’attirera les foudres de ses semblables. Ses actions auront même pour effet de réveiller Enkil et Akasha, les premiers vampires. Malheureusement, à son réveil Akasha échafaudera un projet très ambitieux mais surtout très sanglant.

Un roman intéressant mais qui manque de concision pour être efficace. Heureusement, l’intrigue de ce troisième opus est somme toute bien menée. Elle porte surtout sur la vie et les découvertes de Lestat ainsi que sur l’apprentissage de la légende des deux jumelles. Lestat est toujours aussi crédible, il est provocateur à souhait et l’on ressent son désarroi et sa sensibilité. C’est aussi avec plaisir que le lecteur retrouve d’autres personnages comme Louis et Akasha et en découvre de nouveaux comme Jesse et Maharet. Malheureusement, les nombreuses digressions et le style baroque de l’auteur alourdissent le texte et rendent la lecture laborieuse. De plus, les différentes histoires des nombreux personnages font perdre le fil de l’intrigue. Le texte manque aussi cruellement d’émotion. Les deux premiers tomes de cette série sont beaucoup plus passionnants que celui-ci. Une lecture empreinte de redondance.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 20 septembre 2016

La littérature dans ce roman :

  • « Trop de choses inexplicables nous environnent – atrocités, menaces, mystères qui nous attirent, puis inévitablement nous laissent désenchantés. On se réfugie dans la routine et le prévisible. Le prince charmant ne viendra pas, tout le monde le sait, et peut-être la Belle au bois dormant est-elle morte. »  Page 13
  • « Aujourd’hui, les albums ont disparu des magasins et jamais plus je n’écouterai ces chansons. Il reste mon livre, ainsi qu’Entretien avec un Vampire – prudemment travestis en fiction, ce qui est peut-être mieux. »  Page 13
  • « Au cœur de ma solitude, je rêve maintenant de rencontrer une jeune et douce créature dans une chambre éclairée par la lune – une de ces tendres adolescentes qui aurait lu mon livre et écouté mes disques, une de ces belles filles romantiques qui, pendant ma courte et funeste période de gloire, m’écrivaient des missives enflammées sur du papier à lettres parfumé, parlant de poésie et du pouvoir de l’illusion, et de leur désir que je sois vraiment vampire ; je rêve de m’introduire dans sa chambre obscure, où peut-être mon livre repose sur sa table de chevet avec un joli signet de velours pour marquer la page, de toucher son épaule et de sourire quand nos yeux se rencontreront. « Lestat ! J’ai toujours cru en toi. J’ai toujours su que tu viendrais ! » »  Pages 13 et 14
  • « Si vous avez lu mon autobiographie, vous vous demandez certainement de quoi je parle. Quel est ce désastre auquel je fais allusion ?
    Bon, d’accord, reprenons ! Comme je le disais, j’ai écrit le livre et enregistré l’album parce que je désirais être reconnu, être vu tel que je suis, même si ce n’est qu’en termes symboliques. »  Page 15
  • « Nous allons donc nous évader des frontières étroites et lyriques de la première personne du singulier ; nous sauterons, comme des milliers d’écrivains mortels l’ont fait, dans les pensées et l’âme de nombreux personnages. »  Page 17
  • « Pour paraphraser David Copperfield, je ne sais pas si je suis le héros ou la victime de ce conte. »  Page 17
  • « Hélas, ma destinée de Casanova des vampires n’est pas le point essentiel. A plus tard le récit de mes bonnes fortunes. Je tiens à ce que vous sachiez ce qui nous est vraiment arrivé, même si vous ne deviez pas le croire. »  Page 17
  • « Fils des Ténèbres,
    Prenez connaissance de ce qui suit :
    Le Livre I – Entretien avec un Vampire, publié en 1976, relate des faits réels. N’importe qui d’entre nous aurait pu écrire ce récit sur la façon dont nous acquérons nos pouvoirs, sur la détresse et la quête qui sont notre lot. »  Page 21
  • « Louis n’a pas encore renoncé à trouver les voies du salut, bien qu’Armand lui-même, le plus ancien immortel qu’il lui ait été donné de rencontrer, n’ait pu lui fournir aucun renseignement concernant les raisons de notre présence sur cette terre ou le secret de nos origines. Pas très étonnant, hein, les amis ? Après tout, personne n’a jamais rédigé de catéchisme à l’usage des vampires. 
    Ou plutôt, personne ne l’avait fait jusqu’à la publication du :
    Livre II, Lestat le Vampire, sorti cette semaine, avec en sous-titre : « sa jeunesse et ses aventures ». Vous n’y croyez pas ? Allez vérifier chez votre libraire mortel le plus proche. »  Pages 21 et 22
  • « Que nous apprennent ses chansons ? C’est écrit noir sur blanc dans son livre. Outre un catéchisme, il nous a donné une bible. »  Page 22
  • « Un confident bien peu digne de confiance que le vampire Lestat. Dans quel but, tout ce battage – ce livre, cet album, ces clips, ce concert ? »  Page 23
  • « Presque aussitôt, il le vit qui entrait dans un salon vide. Le jeune homme venait d’émerger de l’escalier menant à la cave où il avait dormi toute la journée au fond d’un caveau creusé dans le mur. Il n’avait pas conscience d’être épié. Il traversa à longues enjambées souples la pièce poussiéreuse et s’arrêta devant la fenêtre, contemplant à travers la vitre sale le flot des voitures. La même vieille maison de la rue Divisadero. En fait, peu de changements chez cet être racé et sensuel dont l’histoire dans Entretien avec un Vampire avait suscité quelque émoi. »  Page 30
  • « C’était si bon de se retrouver dans ce décor familier. Les canapés en cuir souple étaient disposés comme à l’ordinaire sur l’épaisse moquette bordeaux. La cheminée était garnie de bûches. Les livres alignés le long des murs. »  Page 36
  • « Elle l’observa qui tripotait maladroitement un livre. Ses mains étaient ses ennemies désormais, répétait-il. A quatre-vingt-onze ans, il avait du mal à tenir un crayon ou tourner une page. »  Page 49
  • « Tous les gens qu’il avait connus étaient morts. Il avait survécu à ses confrères. A ses frères et sœurs. Et même à deux de ses enfants. Plus tragique encore, il avait survécu aux jumelles, puisque plus personne ne lisait son livre. Plus personne ne se souciait de la « légende des jumelles ». »  Page 49
  • « Elle prit le carnet d’adresses et le feuilleta lentement. Tous ces gens avaient disparu depuis longtemps. Les hommes qui avaient travaillé avec son père au cours de ses nombreuses expéditions, le directeur de collection et les photographes qui avaient collaboré à la publication de son ouvrage. »  Page 50
  • « Mais alors qu’elle quittait la pièce, il la rappela d’un de ces gémissements subits qui l’effrayaient tant. Du vestibule illuminé, elle le vit qui désignait du doigt les rayonnages sur le mur du fond. 
    — Apporte-le-moi, dit-il en s’efforçant de s’asseoir.
    — Le livre, papa ? 
    — Les jumelles, les peintures… 
    Elle descendit le vieux bouquin, et le lui posa sur les genoux. »  Pages 50 et 51
  • « Avant de se plonger dans sa lecture, il saisit le crayon, prêt à annoter l’ouvrage comme à son habitude, mais il le laissa tomber, et elle le rattrapa et le plaça sur la table. »  Page 51
  • « Très doucement, elle ouvrit le livre pour lui et s’arrêta sur la première double page ornée de planches en couleurs. 
    Elle connaissait ces peintures par cœur. Elle se rappelait, petite fille, avoir gravi avec son père les pentes du mont Carmel jusqu’à la grotte où il l’avait guidée dans l’obscurité sèche et poussiéreuse, balayant les murs de sa lanterne pour lui montrer les figures taillées dans le rocher. 
    « Là, les deux personnages, tu les vois, ces femmes rousses ? » »  Page 51
  • « Ces dernières années, il n’avait donné que de rares conférences. Il ne parvenait plus à intéresser les étudiants à cette énigme, même en leur montrant le papyrus, le vase, les tablettes. »  Page 54
  • « Elle l’embrassa et le laissa à son livre. »  Page 54
  • « Il mourut pendant la nuit. Quand sa fille entra dans la chambre, son corps était déjà froid. L’infirmière attendait ses directives. Il avait le regard vitreux et à demi voilé des morts. Son crayon était posé sur le dessus-de-lit et sa main droite crispée sur un morceau de papier chiffonné – la page de garde de son livre. »  Page 55
  • « — N’empêche qu’ils ont toutes ces règles, avait ajouté le Tueur, et je vais te dire quelque chose, Bébé Jenks, ils racontent partout qu’ils vont faire la peau au vampire Lestat la nuit de son concert, mais tu sais quoi : ils lisent son livre comme si c’était la Bible. Ils utilisent le même charabia, ils parlent du Don Obscur, de la Transfiguration Obscure, c’est le truc le plus stupide que j’aie jamais vu, ils vont brûler ce type sur un bûcher et ensuite se servir de son bouquin comme si c’était Emily Post ou Miss Bonnes Manières. »  Page 63
  • « Bébé Jenks ne comprenait pas tout dans cette affaire. Elle ignorait qui étaient Emily Post et Miss Bonnes Manières. »  Page 63
  • « Elle avait essayé de lire son livre – toute l’histoire des macchabs depuis la nuit des temps –, mais il y avait trop de mots compliqués et boum, chaque fois, elle piquait du nez. 
    Le Tueur et Davis lui disaient qu’il lui suffisait, de s’y mettre, et elle s’apercevait qu’elle pouvait le lire à toute allure. Ils avaient toujours sur eux un exemplaire du livre de Lestat, et du premier aussi, celui avec le titre dont elle ne parvenait jamais à se souvenir, un truc du genre Le Vampire m’a dit… ou Tout en causant avec le vampire ou Mon rencard avec le vampire. De temps à autre, Davis en lisait des passages à haute voix, mais Bébé Jenks n’y entravait pas grand-chose. C’était super rasoir ! Le type mort, Louis, ou un nom comme ça, avait été transformé en macchab à La Nouvelle-Orléans, et le bouquin était plein de grandes phrases sur les feuilles de bananier, les rampes en fer forgé et la mousse d’Espagne. »  Pages 63 et 64
  • « Cette histoire de bouquins mise à part, Bébé Jenks adorait la musique du vampire Lestat, elle ne se lassait pas d’écouter ses chansons : surtout celle sur Ceux Qu’il Faut Garder – le Roi et la Reine d’Égypte – quoique, pour être franche, tout ça était du chinois pour elle jusqu’à ce que le Tueur lui explique. »  Page 64
  • « Il y avait une foule tout autour, des gens vêtus de longues tuniques, à la façon des personnages dans la Bible. »  Page 68
  • « Il n’avait pas un sou en poche, seulement le vieux chèque tout chiffonné de ses droits d’auteur sur le livre Entretien avec un Vampire, « écrit » sous un pseudonyme, il y avait plus de douze ans. »  Page 94
  • « Lestat avait une bonne formule dans son autobiographie pour décrire les types de son espèce : « L’un de ces mortels assommants qui ont vu des esprits…» C’est moi tout craché !
    Où avait-il fourré ce bouquin, Lestat, le Vampire ? Ah oui, on le lui avait volé cet après-midi sur le banc dans le parc, pendant qu’il dormait. Bah, qu’ils le gardent. Lui-même l’avait fauché, et il l’avait déjà lu trois fois. »  Page 94
  • « Il s’était replongé dans l’autobiographie de Lestat, tout en jetant un coup d’œil de temps à autre sur les clips qui défilaient sur l’écran de la télé en noir et blanc qu’on vous fourguait dans ce genre de piaule. »  Page 96
  • « Mais il connaissait bien Armand, pour ça oui, il avait observé chaque centimètre de son corps et de son visage d’éphèbe. Ah, quel plaisir de découvrir que Lestat parlait de lui dans son bouquin. »  Page 96
  • « Médusé, Daniel avait regardé ce clip où Armand était dépeint comme le grand maître des vampires, officiant sous les cimetières de Paris et présidant aux cérémonies démoniaques jusqu’à ce que Lestat, l’iconoclaste du XVIIIe siècle, eût bousculé les Rites Anciens.
    Armand avait dû détester ce déballage, sa vie privée étalée en une succession d’images indécentes, tellement plus frustes que le portrait relativement circonspect du livre. »  Page 96
  • « Et tout ce ramdam à l’adresse des foules – comme la publication en édition de poche du rapport d’un anthropologue, initié aux pratiques les plus occultes, qui vend les secrets de la tribu pour être cité sur la liste des bestsellers.
    Laissons donc les dieux démoniaques guerroyer entre eux. Ce mortel est grimpé au sommet de la montagne où ils croisent le fer. Et il a été renvoyé.
    Mais Daniel, assis dans son lit, le livre sur ses genoux, avait oublié ce conseil de prudence aussitôt ses yeux fermés. »  Pages 96 et 97
  • « Il se raidit, traversa au feu rouge avec le flot des passants et s’arrêta devant la devanture de la librairie où se trouvait exposé Lestat le Vampire.
    Armand l’avait sûrement lu, de cette façon mystérieuse et inquiétante qu’il avait de dévorer les livres, tournant les pages à toute allure jusqu’à ce que le bouquin soit terminé et qu’il le jette au loin. »  Pages 101 et 102
  • « — Tu mens, ordure. Avoue que tu voulais que je revienne. Tu me harcèleras jusqu’à la fin de mes jours, hein, et ensuite tu me regarderas mourir, et tu trouveras ça intéressant, pas vrai ? Louis avait raison. Tu observes l’agonie de tes esclaves mortels, ils ne comptent pas pour toi. Tu observeras mon visage changer de couleur quand je rendrai mon dernier soupir.
    — Ce sont les phrases de Louis, répondait patiemment Armand. Je t’en prie, ne me récite pas ce livre. Je préférerais mourir moi-même que de te voir mourir, Daniel. »  Page 104
  • « Fiévreux, parfois pris de délire, il avait été incapable de parcourir plus de cent cinquante kilomètres par jour. Dans les motels bon marché où il s’arrêtait au bord de la route, se forçant à avaler un peu de nourriture, il avait repiqué une à une les bandes de l’interview et en avait envoyé les copies à un éditeur new-yorkais, si bien que le livre était en cours de fabrication avant même qu’il ne débarque devant la grille de la maison de Lestat.
    Mais cette publication n’avait qu’une importance secondaire – un simple épisode rattaché aux valeurs d’un monde désormais lointain et estompé. »  105
  • « Il n’avait sur lui qu’une petite lampe de poche. Mais la lune brillait haut dans le ciel et versait sa blanche clarté entre les branches du chêne. Il avait vu distinctement les rangées de livres empilés qui dissimulaient entièrement les murs de chacune des pièces. Jamais un humain n’aurait pu ni voulu procéder à un rangement aussi maniaque et méthodique. »  Page 105
  • « Il parlait posément, sans colère.
    — Va-t’en et emporte tes cassettes. Elles sont à côté de toi. Je suis au courant pour ton livre. Personne n’en croira un mot. Maintenant, va-t’en et débarrasse-moi de ça. »  Page 108
  • « — Vois toutes les inventions foudroyantes qui deviennent inutiles et tombent dans l’oubli en quelques décennies – le bateau à vapeur, le chemin de fer, par exemple ; et néanmoins tu te rends compte de ce qu’elles signifiaient après six mille ans à s’échiner sur les rames d’une galère et à dos de cheval ? Et maintenant les filles dans les dancings achètent des produits chimiques pour détruire la semence de leurs amants, et elles vivent jusqu’à soixante-quinze ans dans des pièces pleines de gadgets qui refroidissent l’air et dévorent la poussière. Pourtant, malgré tous les films en costumes d’époque et les livres d’histoire à grand tirage qu’on nous vend dans les drugstores, plus personne ne se souvient de rien avec précision ; chaque problème social est étudié en fonction de « normes » qui en fait n’ont jamais existé, les gens s’imaginent « privés » d’un luxe, d’une paix et d’une tranquillité qui en réalité n’ont jamais été l’apanage d’aucune civilisation. »  Pages 113 et 114
  • « Ils suivaient des cours du soir de littérature, philosophie, histoire de l’art et sciences politiques. Ils étudiaient la biologie, achetaient des microscopes, accumulaient les préparations sur lamelle. Ils potassaient des bouquins d’astronomie et montaient des télescopes géants sur les toits des immeubles où ils élisaient successivement domicile pour quelques jours, un mois au maximum. »  Page 119
  • « On pouvait acheter n’importe quoi dans l’île de Nuit – des diamants, un Coca-Cola, des livres, un piano, des perroquets, des vêtements haute couture, des poupées de porcelaine. »  Page 125
  • « Des tableaux de la Renaissance et des tapis persans décoraient les appartements de Daniel. Les artistes les plus célèbres de l’école vénitienne veillaient sur Armand dans son cabinet de travail moquetté de blanc et truffé d’ordinateurs, d’interphones et d’écrans de contrôle. Livres, revues et journaux leur parvenaient du monde entier. »  Page 125
  • « Armand le redressa doucement et le serra contre lui. La voiture avançait en tanguant délicieusement. C’était si bon de pouvoir enfin se reposer dans les bras d’Armand. Mais il avait tant de choses à lui raconter, à propos du rêve, du livre. »  Page 131
  • « Tous les objets étaient faits de matière synthétique, durs et polis comme les os d’une créature préhistorique. Le cercle se refermait-il ? La technologie avait recréé la chambre de Jonas dans le ventre de la baleine.

    Et le ronronnement des moteurs faisait comme un immense silence, le souffle de la baleine quand elle fend l’océan.

    Armand était assis à une petite table, près du hublot, la paupière en plastique blanc tirée sur l’œil de la baleine. »  Page 134
  • « De la tête à la pointe de ses chaussures vernies, il était aussi impeccable qu’un cadavre préparé pour la mise en bière. Un spectacle sinistre. Quelqu’un allait se mettre à lire le psaume XXIII.  Par pitié, qu’il troque cet accoutrement contre ses habits blancs.
    — Tu vas mourir, annonça doucement Armand.
    — « Dans la vallée de l’ombre, je ne crains pas la mort car je suis avec toi », et caetera, murmura Daniel. »  Page 134
  • « Ce n’était pas seulement le ronronnement des moteurs, mais aussi le curieux mouvement de l’avion, comme si l’appareil suivait dans les airs un chemin accidenté, cahotant sur des bosses, franchissant des écueils, montant et descendant, telle la baleine filant son chemin de baleine, comme chantait Beowulf. »  Page 135
  • « — Nous sommes une aberration de la nature, tu sais ça, continua Armand. Pas besoin de lire le bouquin de Lestat pour le comprendre. N’importe lequel d’entre nous aurait pu te dire que ce fut une abomination, une fusion démoniaque…
    — Alors c’est vrai ce qu’a écrit Lestat.
    Un démon prenant possession des souverains égyptiens. Un esprit, en tout cas. Ils l’appelaient démon dans ce temps-là.
    — Peu importe que ce soit vrai ou non. Le commencement n’a plus d’intérêt. Ce qui compte, c’est que la fin est peut-être toute proche. »  Page 136
  • « Armand revint vers lui et lui prit le bras. L’odeur de la terre fraîchement retournée montait des parterres. Ah, comme j’aimerais mourir ici !
    — Oui, dit Armand. Et c’est ici que tu mourras. Ce que je vais faire, je ne l’ai jamais fait auparavant. Je n’ai cessé de te le répéter, mais tu ne voulais pas me croire. Pourtant, Lestat l’a écrit dans son livre. Je ne l’ai jamais fait. Tu me crois ? »  Page 140
  • « Il aimait les bibliothèques où il trouvait des reproductions photographiques de monuments anciens dans de grands livres aux couvertures patinées et odorantes. Il prenait lui-même des photos des cités modernes qu’il traversait et parfois des images du passé se juxtaposaient à celles imprimées sur le papier. »  Page 149
  • « Il appréciait tant l’intelligence des gens de cette époque. Leur savoir était immense. Qu’un chef d’État soit assassiné en Inde, et dans l’heure qui suivait, le monde entier pleurait sa disparition. Catastrophes, inventions, miracles médicaux venaient alourdir la somme de connaissances du commun des mortels. La réalité côtoyait la fiction. Des serveuses écrivaient la nuit des romans à succès. »  Page 154
  • « Ah, comme il aurait aimé être humain. Mais qu’était-il donc ? Et les autres, à quoi ressemblaient-ils ? – ceux dont il faisait taire les voix. Ils n’étaient pas du Premier Sang, de ça il était sûr. Ceux du Premier Sang ne pouvaient pas communiquer entre eux par la pensée. Mais que diable signifiait ce terme ? Il n’arrivait pas à se le rappeler ! Il fut pris de panique. « Ne pense pas à ces choses. » Il écrivait des poèmes dans un cahier – des poèmes qu’on disait modernes et dépouillés, mais dont le style, il le savait, lui était depuis toujours familier. »  Pages 154 et 155
  • « A Paris ; il était allé voir des films de vampires, et il se demandait quelle était la part de la vérité et celle de l’imagination. Certains détails lui semblaient familiers, mais l’ensemble était plutôt niais. Lestat le vampire s’était d’ailleurs inspiré, pour sa tenue, de ces vieux films en noir et blanc. La plupart des « créatures de la nuit » portaient le même costume : cape noire, chemise blanche empesée, habit queue-de-pie.
    Idiotie que tout ça, mais combien rassurante. Après tout, c’étaient bien des buveurs de sang, des êtres qui parlaient courtoisement, aimaient la poésie et qui pourtant n’arrêtaient pas de tuer des mortels.
    Il acheta des bandes dessinées de vampires et y découpa de beaux princes buveurs de sang comme Lestat. Peut-être devrait-il adopter ce si joli costume. Ce serait une nouvelle source de réconfort, il aurait l’impression d’appartenir à une communauté, même si cette communauté n’était qu’imaginaire. »  Page 156
  • « Les mortels qu’il invitait dans son appartement trouvaient le décor génial ! Il leur servait du vin rouge sang dans des verres en cristal, leur récitait La ballade du vieux marin ou chantait des chansons dans des langues étranges qu’ils adoraient. Quelquefois il leur lisait ses poèmes. »  Page 158
  • « Je comprends la fascination que ce Lestat exerce sur toi. Même à Rio, on joue sa musique. J’ai déjà lu les livres que tu m’as envoyés. »  Page 172
  • « Maharet et elle, dans la bibliothèque, au coin du feu. Et les innombrables volumes de l’histoire de la famille qui la fascinaient, l’émerveillaient. La lignée de « la Grande Famille », comme disait Maharet, « le fil auquel nous nous accrochons dans le labyrinthe de la vie ». Avec quelle ferveur elle avait descendu les livres pour Jesse, sorti les vieux parchemins des coffrets où ils étaient enfermés. »  Page 175
  • « Elle aimait se promener dans la forêt, pousser jusqu’au bourg pour acheter des journaux ou des romans. »  Page 189
  • « Bien sûr, le plus formidable pour elle avait été de découvrir ses origines – l’histoire de toutes les branches de la Grande Famille retracée depuis des siècles dans d’innombrables volumes reliés en cuir. Avec émotion, elle avait feuilleté des centaines d’albums de photos, fouillé dans des malles pleines de portraits, de miniatures ovales, de toiles poussiéreuses. »  Page 189
  • « Mael lisait merveilleusement la poésie. Maharet jouait parfois du piano, très lentement, absorbée dans ses rêveries. »  Page 193
  • « Elle logeait dans une vieille maison de Chelsea, non loin de celle où avait vécu Oscar Wilde. James McNeill Whistler avait habité dans les parages, de même que Bram Stoker, l’auteur de Dracula. »  Page 199
  • « Mais ce furent les bibliothèques qui la subjuguèrent, la ramenant à cet été tragique où un lieu semblable et les trésors qu’il contenait lui avaient été interdits. Ici, d’innombrables volumes consignaient procès en sorcellerie, apparitions, manifestations de spiritisme, cas de possession, de télékinésie, de réincarnation et autres. »  Page 202
  • « Jesse avait lu les œuvres des grands investigateurs du surnaturel, des médiums et des aliénistes. Elle étudiait tout ce qui se rapportait aux sciences occultes. »  Page 209
  • « L’organisation proposait à Jesse une mission d’un genre tout nouveau. Il lui tendit un livre intitulé Entretien avec un Vampire en la priant de le lire.
    — Mais je l’ai déjà lu, rétorqua Jesse, surprise. Il y a deux ans, je crois. En quoi ce roman peut-il nous intéresser ?
    Jesse se souvenait avoir choisi au hasard un livre de poche dans un aéroport et l’avoir dévoré au cours d’un long vol transcontinental. L’histoire, censément racontée par un vampire à un jeune journaliste dans le San Francisco d’aujourd’hui, lui avait laissé une impression cauchemardesque. Elle n’était pas sûre de l’avoir aimé. De fait, elle avait jeté le bouquin à l’arrivée, plutôt que de le laisser sur une banquette, de crainte qu’un voyageur non prévenu ne l’ouvre.
    Les héros de ce récit – des immortels plutôt séduisants, ; à dire vrai – avaient formé une petite famille diabolique dans La Nouvelle-Orléans d’avant la guerre de Sécession, où pendant plus de cinquante ans ils avaient fait des lavages dans la population. Lestat, l’âme damnée de la bande, conduisait les opérations. Louis, son sous-fifre angoissé, narrait l’aventure. Claudia, leur délicieuse « fille » vampire, qui vieillissait d’année en année tout en conservant un corps d’enfant, était tragiquement dépeinte. Les remords stériles de Louis constituaient manifestement le thème central du livre, mais la haine de Claudia pour ces deux êtres qui l’avait faite vampire, et son anéantissement final, avaient autrement bouleversé Jesse.
    — Ce livre n’est pas une fiction, se contenta d’expliquer David. Cependant, nous ne savons pas exactement dans quel but il a été écrit. Et sa publication, même sous le couvert d’un roman, n’est pas sans nous alarmer.
    — Pas une fiction ? s’exclama Jesse. Je ne comprends pas.
    — Le nom de l’auteur est un pseudonyme, et les droits vont à un jeune homme vagabond qui élude toute rencontre avec nous. Il a cependant été journaliste, un peu comme le garçon qui conduit l’interview dans le roman. Mais là n’est pas le propos, pour le moment. Votre travail consisterait à vous rendre à La Nouvelle-Orléans pour vous documenter sur les événements qui se déroulent dans le roman avant la guerre de Sécession.
    — Une seconde. Vous êtes en train de me dire que les vampires existent ? Que ces personnages – Louis, Lestat et la petite Claudia – sont réels !
    — Exactement, répondit David. Sans compter Armand, le mentor du Théâtre des Vampires à Paris. Vous vous souvenez de ce personnage ?
    Elle ne se souvenait que trop bien d’Armand et du théâtre. Armand, le plus ancien des immortels dans le livre, possédait un visage et un corps d’adolescent. Quant au théâtre, c’était un lieu d’épouvante où l’on massacrait sur scène des êtres humains devant des spectateurs qui croyaient à une mise en scène grand-guignolesque.
    La répulsion qu’elle avait ressentie à la lecture du livre lui remontait à la mémoire. Les épisodes où apparaissait Claudia l’avaient surtout horrifiée. L’enfant était morte dans ce théâtre. Le phalanstère, sous les ordres d’Armand, l’avait éliminée.
    — David, si je comprends bien vos paroles, vous affirmez que ces créatures existent pour de bon ?
    — Absolument, répondit David. Nous les observons depuis la fondation de Talamasca. À dire vrai, c’est même la raison pour laquelle cette organisation a été créée, mais ceci est une autre histoire. Selon toute probabilité, aucun de ces personnages n’est imaginaire, et vous auriez pour tâche de rechercher des documents prouvant l’existence de chacun des membres de ce phalanstère – Claudia, Louis, Lestat. »  Pages 211 et 212
  • « Elle avait rarement, si ce n’est jamais, entendu prononcer le mot « dangereux » à Talamasca. Elle ne l’avait vu écrit que dans les dossiers sur les familles sorcières. »  Page 213
  • « Alors qu’elle descendait en compagnie de David l’escalier qui menait aux caves, elle retrouva subitement l’atmosphère de Sonoma. Même le long couloir avec ses rares ampoules lui rappelait ses expéditions dans les sous-sols de Maharet. Elle n’en était que plus fébrile.
    À la suite de David, elle traversa en silence une enfilade de salles. Elle aperçut des livres, un crâne sur une étagère, un monceau de ce qui lui parut être de vieux vêtements entassés sur le sol, des meubles, des tableaux, des malles, des coffres-forts et beaucoup de poussière. »  Page 213
  • « — L’ordre l’a achetée il y a plusieurs siècles. Notre émissaire à Venise l’a récupérée dans les ruines calcinées d’un palais sur le Grand Canal. Au fait, ces vampires sont continuellement mêlés à des histoires d’incendie. C’est l’une des armes dont ils disposent les uns contre les autres. Les brasiers se multiplient autour d’eux. Il y a plusieurs incendies dans Entretien avec un Vampire, si vous vous rappelez. Louis met le feu à une maison à La Nouvelle-Orléans quand il essaye d’éliminer Lestat, son créateur et mentor. Et il fait de même avec le Théâtre des Vampires, après la mort de Claudia. »  Page 215
  • « — L’article parle de lui et de son Théâtre des Vampires. Voici également une revue anglaise datée de l’année 1789, c’est-à-dire antérieure d’au moins huit décennies, j’imagine. Vous y trouverez cependant une description minutieuse de l’établissement et de notre jeune homme.  — Le Théâtre des Vampires… (Jesse fixa de nouveau le garçon auburn agenouillé dans le tableau : ) Mais alors, c’est Armand, le personnage du roman !
    — Exactement. Il paraît affectionner ce nom. Il s’appelait peut-être Amadeo du temps où il hantait l’Italie, mais il a troqué ce prénom contre Armand aux alentours du XVIIIe siècle et s’y est tenu depuis.
    — Pas si vite, je vous en prie, l’interrompit Jesse. Le Théâtre des Vampires aurait donc été surveillé par nos services ?
    — Avec la plus grande attention. Le dossier est énorme. D’innombrables rapports retracent l’histoire du théâtre. Nous possédons en outre les titres de propriété. Ce qui nous amène à une autre corrélation entre nos investigations et ce petit roman. L’homme qui acheta le théâtre en 1789 s’appelait Lestat de Lioncourt. Et l’immeuble qui l’a remplacé depuis appartient aujourd’hui à un individu du même nom. »  Pages 216 et 217
  • « — Toutes les pièces sont dans le dossier. Les photocopies des actes anciens et récents. Vous pouvez examiner la signature de Lestat, si vous voulez. Il a la folie des grandeurs. Les jambages de sa signature majestueuse couvrent la moitié de la page. Nous en avons de multiples exemplaires. Nous voulons que vous emportiez ces documents avec vous à La Nouvelle-Orléans. Il y a, entre autres, un article sur l’incendie qui détruisit le théâtre, en tous points identique au récit qu’en fait Louis. La date correspond également. Vous devez étudier à fond ce dossier, bien sûr. Et par la même occasion, relire attentivement le roman. »  Page 217
  • « Avant la fin de la semaine, Jesse prenait l’avion pour La Nouvelle-Orléans. Après avoir annoté le livre et en avoir souligné les passages clés, elle devait se mettre en quête de tous éléments – titres de propriété, actes de cession, journaux et revues de l’époque – susceptibles de corroborer la réalité des personnages et des faits.
    Elle n’en continuait pas moins à être sceptique. Sans aucun doute, il y avait anguille sous roche, mais ce mystère ne relevait-il pas plutôt de la mystification ? Selon toute probabilité, un romancier futé était tombé sur des archives intéressantes à partir desquelles il avait bâti une histoire fictive. Après tout, des billets de théâtre, des actes notariés et autres découvertes de la même eau, ne prouvaient en rien l’existence de suceurs de sang immortels.  Quant aux règles à respecter, elles étaient proprement grotesques. »  Page 217
  • « — Si vous doutez réellement de ce que je dis, pourquoi voulez-vous enquêter sur ce livre ?
    Elle avait réfléchi un moment.
    — Ce roman a un côté malsain. La vie de ces créatures y est dépeinte sous un jour séduisant. On ne s’en rend pas compte tout de suite. D’abord, c’est comme un cauchemar auquel on ne peut échapper. Puis, tout à coup, on s’y sent à l’aise, et on ne le lâche plus. Même l’histoire atroce de Claudia ne détruit pas vraiment le sortilège.
    — Et alors ?
    — Je veux prouver que ces personnages sont inventés de toutes pièces.
    Le mobile était suffisant pour Talamasca, surtout venant d’une enquêtrice confirmée.
    Mais durant le long vol jusqu’à New York, Jesse comprit qu’il y avait autre chose, quelque chose qu’elle ne pouvait pas confier à David. Elle-même n’en avait conscience que maintenant. Entretien avec un Vampire, elle ne savait trop pourquoi, lui « rappelait » cet été lointain avec Maharet. Perdue dans ses pensées, elle interrompait sans cesse sa lecture. Une foule de détails lui remontaient à la mémoire. Au point qu’elle se laissait aller de nouveau à rêver de cette parenthèse dans son existence. Pure coïncidence, essayait-elle de se convaincre. Pourtant, il existait un lien – une correspondance dans le climat du roman, le caractère des personnages, même leur comportement – et la façon dont certains événements vous apparaissaient pour finalement se révéler tout autres. Jesse n’arrivait pas à analyser cette impression. Curieusement, sa raison, de même que sa mémoire, se refusait à fonctionner. »  Pages 218 et 219
  • « Elle appréciait le luxe divin de son hôtel gratte-ciel de Bâton Rouge. Mais elle ne pouvait se détacher de la douceur nonchalante de La Nouvelle-Orléans. Chaque matin, elle se réveillait vaguement consciente d’avoir rêvé des personnages du roman. »  Page 219
  • « Puis, le quatrième jour, une série de découvertes la fit se précipiter sur le téléphone. Un certain Lestat avait manifestement figuré sur le rôle d’impôt de la Louisiane. En fait, il avait acheté en 1862 un hôtel particulier de la rue Royale à Louis de Pointe du Lac, son associé. Ce Pointe du Lac possédait à l’époque sept domaines en Louisiane, dont la plantation décrite dans Entretien avec un Vampire. Jesse était tout à la fois sidérée et ravie.
    Mais là n’était pas son unique trouvaille. Quelqu’un dénommé Lestat de Lioncourt était aujourd’hui propriétaire de plusieurs immeubles dans la ville. Et sa signature, qui apparaissait sur des titres datant de 1895 et de 1910, était identique à celles du XVIIIe siècle. »  Pages 219 et 220
  • « Bien sûr, Jesse ne se départissait pas de son scepticisme, mais les personnages du livre devenaient étrangement réels. »  Page 221
  • « Elle leva sa torche électrique. Un placard garni de cèdre : Et il y avait des choses dedans. Un petit livre relié de cuir blanc ! Un rosaire, lui sembla-t-il, et une poupée, une très vieille poupée de porcelaine. »  Page 222
  • « Les épisodes dramatiques d’Entretien avec un Vampire revinrent. »  Page 224
  • « Elle saisit le livre.
    Un carnet intime ! Les pages étaient abîmées, piquées de taches de moisissure. Mais la calligraphie désuète à l’encre sépia était encore lisible, surtout à présent que toutes les lampes à huile étaient allumées et que la chambre avait un air coquet, presque confortable. Jesse lut sans effort le texte français. Le journal commençait le 21 septembre 1836 :
    Louis m’a offert ce carnet pour mon anniversaire. J’en ferai ce que je veux, m’a-t-il dit. Mais peut-être aimerais-je y recopier les poèmes qui me plaisent, et les lui lire de temps à autre ?
    Je ne sais pas trop ce qu’on entend par anniversaire. Suis-je née un 21 septembre, ou est-ce à cette date que j’ai quitté le monde des humains pour devenir ce que je suis ?
    Messieurs mes parents sont peu disposés à m’éclairer sur ce point. A croire qu’il est de mauvais goût d’aborder pareil sujet. Louis prend un air étonné, puis pitoyable, avant de se replonger dans son journal. Quant à Lestat, il me joue quelques mesures de Mozart, puis répond avec un haussement d’épaules : « C’est le jour où tu es née pour nous. » »  Page 224
  • « Il était hors de lui. J’ai pensé qu’il allait me repousser, éclater de rire, me servir ses discours habituels. Au lieu de quoi, il est tombé à mes genoux et m’a saisi les mains. Il m’a embrassée brutalement sur la bouche.
    « Je t’aime », a-t-il soufflé. « Oui, je t’aime ! »
    Puis il m’a récité ce poème, cette strophe ancienne :   
    Recouvrez son visage
    Mes yeux sont aveuglés
    Elle est morte jeune.   
    C’est de Marlowe, je crois. L’un de ces drames dont raffole Lestat. Je me demande si Louis apprécierait ce petit poème. Pourquoi pas ? Il n’a que trois vers, mais il est ravissant.
    Jesse referma lentement le journal. »  Page 226
  • « Il ne fallait pas qu’elle s’évanouisse ici. Il fallait qu’elle se lève. Qu’elle prenne le livre, la poupée, le rosaire, et qu’elle s’en aille. »  Page 226
  • « D’autres fois, elle croyait apercevoir dans les rues de la ville des êtres insolites au visage blême qui ressemblaient aux héros d’Entretien avec un Vampire. »  Page 232
  • « Deux semaines après son arrivée à New York, elle aperçut dans la devanture d’un libraire Lestat, le Vampire. Un instant, elle crut s’être trompée. C’était impossible. Mais le livre était bien là. Le vendeur lui parla de l’album de disques du même nom, et du concert prochain à San Francisco. Jesse acheta un billet en même temps que l’album chez un disquaire.
    Toute la journée, elle resta étendue sur son lit à lire le roman. C’était comme si le cauchemar d’Entretien avec un Vampire recommençait et qu’elle ne pouvait s’en échapper. Pourtant, elle ne parvenait pas à s’arracher à sa lecture. Oui, vous êtes bien réels, j’en suis sûre. Le récit s’enchevêtrait et rebondissait, remontant dans le temps jusqu’au phalanstère romain de Santino, à l’île où Marius avait trouvé refuge, à la forêt celte de Mael. Et enfin à Ceux Qu’il Faut Garder toujours en vie sous leur blanche enveloppe marmoréenne. »  Pages 232 et 233
  • « Ses yeux se fermèrent de sommeil et Maharet lui apparut sur la terrasse de Sonoma. La lune brillait haut dans le ciel au-dessus de la cime des séquoias. Inexplicablement, la nuit semblait pleine de promesses et de menaces. Éric et Mael étaient là. Ainsi que d’autres dont elle ne connaissait l’existence qu’à travers les pages de Lestat. Tous du même clan ; les yeux incandescents, les cheveux flamboyants, la peau lisse, comme phosphorescente. Des milliers de fois elle avait suivi du doigt sur son bracelet en argent les symboles séculaires figurant les divinités celtes que les druides imploraient dans des forêts semblables à celle où Marius avait été jadis emprisonné. Combien d’indices lui fallait-il donc pour établir le lien entre ces romans et l’été inoubliable ? »  Page 233
  • « New York. Elle était allongée sur son lit, le livre à la main. »  Page 234
  • « Le matin, elle avait envoyé à Maharet une lettre par exprès, accompagnée des deux romans. Elle lui expliquait qu’elle avait quitté Talamasca, qu’elle partait assister au concert du vampire Lestat et qu’elle désirait s’arrêter en chemin à Sonoma. »  Page 235
  • « Et en effet, les gamines en jeans avaient surgi d’une petite porte, hypnotisées, comme les enfants de Hamelin, par le joueur de flûte. »  Page 242
  • « C’était si répugnant de manipuler ces cadavres. Une seconde, il s’était demandé qui étaient leurs victimes. Deux épaves. Plus maintenant, elles avaient touché la rive. Et la petite fugueuse de la nuit dernière ? Quelqu’un la recherchait-il ? Il s’était soudain remis à pleurer. Il avait entendu son sanglot, puis touché les larmes qui lui coulaient sur les joues.
    — Que t’imaginais-tu ? Vivre un petit roman à sensation ? avait persiflé Armand en l’obligeant à l’aider. Si tu veux te nourrir, tu dois être capable de brouiller les pistes. »  Page 243
  • « Khayman se faufila jusque tout en haut de la salle. Jusqu’au siège en bois qu’il avait précédemment occupé. Il s’installa confortablement, écartant du pied les deux livres de vampires qui se trouvaient toujours là.
    Quelques heures plus tôt, il avait dévoré ces récits. Le testament de Louis (« voyage dans le néant »). Et l’histoire de Lestat (« bavardages et ragots que tout cela »). Cette lecture avait clarifié bien des points. Et ses pressentiments quant aux intentions de Lestat en avaient été confirmés. Mais du mystère des jumelles, il n’était pas question, bien évidemment. »  Page 249
  • « Khayman, quant à lui, avait été frappé par ce nom, l’associant immédiatement au Mael du livre de Lestat. C’était sans aucun doute le même personnage – le druide qui avait attiré Marius dans la forêt sacrée où le dieu du sang l’avait métamorphosé en l’un des leurs et envoyé en Égypte à la recherche de la Mère et du Père. »  Page 254
  • « Armand séduisit immédiatement Khayman. Il était sûrement le complice que Louis et Lestat décrivaient dans leurs récits – l’immortel à jamais adolescent. »  Page 255
  • « Khayman avait le sentiment de comprendre et d’aimer Armand. Quand leurs yeux se rencontrèrent une seconde fois, il eut l’impression que tout ce qu’il avait lu sur cette créature dans les deux livres se trouvait confirmé en même temps que justifié par la simplicité foncière du jeune garçon. »  Page 255
  • « Daniel avait fini par s’écarter d’Armand. Après tout, nul ne pouvait lui faire de mal. Pas même le personnage de pierre qu’il avait vu luire dans la pénombre, celui si vieux et dur qu’il ressemblait au Golem de la légende. Quelle vision de cauchemar, cette statue de pierre penchée sur la mortelle qui gisait, les vertèbres cervicales broyées, la rousse qui lui rappelait les jumelles du rêve.
     Un humain avait dû commettre cet acte stupide, lui briser la nuque. Et le vampire blond, vêtu de peau de daim, qui les avait bousculés en se précipitant vers la pauvre forme disloquée, lui aussi était terrifiant, avec ses veines qui saillaient comme des cordes. Armand avait regardé les hommes emporter la femme rousse, une expression inhabituelle sur son visage, comme s’il hésitait à intervenir ; à moins que ce ne fût ce Golem qui éveillait sa méfiance. »  Pages 278 et 279
  • « Des milliers de feuilles volaient dans la tempête – des pages de parchemins, de vieux livres. À présent, la neige tombait à légers flocons dans le salon dévasté. »  Page 303
  • « — Tout était écrit, finit-elle par répondre. Ces interminables années passées à affermir mes pouvoirs. A me forger une puissance telle que personne… personne ne puisse m’égaler. (Une seconde, son assurance parut vaciller, mais elle se ressaisit : ) Il n’était plus qu’une masse inerte, mon pauvre époux bien-aimé, mon compagnon de supplice. Son esprit avait cessé de fonctionner. Je ne l’ai pas détruit, pas vraiment. J’ai pris en moi ce qui restait de lui. Il m’est arrivé parfois d’être aussi vide que lui, aussi silencieuse, incapable même de rêver. Seulement lui était pétrifié à jamais. Plus aucune image ne pénétrait son cerveau. Il était désormais inutile. Sa mort a été celle d’un dieu, et elle m’a rendue plus forte. Tout était écrit, mon prince. Écrit du début jusqu’à la fin.
    — Mais comment ? Par qui ?
    — Par qui ? (Elle sourit encore une fois : ) Tu ne comprends toujours pas ? Tu n’as plus à chercher qui est à l’origine de quoi. J’étais le livre, désormais je suis aussi la plume… Personne ni rien ne peut plus m’arrêter. (Son visage se durcit ; l’hésitation réapparut : ) Les vieilles malédictions n’ont plus aucun sens. Dans mon isolement, je me suis élevée à une telle puissance que plus aucune force au monde ne peut m’atteindre. Même Ceux du Premier Sang en sont incapables bien qu’ils complotent contre moi. Il était écrit que ces millénaires devaient s’écouler avant que tu ne paraisses. »  Page 312
  • « Un petit rire salua cette résolution. Un rire amical, étouffé, un peu exalté cependant, le rire d’un gamin écervelé. Il sourit en retour, lançant un coup d’œil à l’impertinent, à Daniel. Daniel, l’auteur anonyme d’Entretien avec un Vampire. »  Page 329
  • « Quant aux esprits eux-mêmes, je sais que vous êtes curieux de leur nature et de leurs attributs, et que beaucoup d’entre vous n’ont pas cru ce que Lestat raconte dans son livre sur la métamorphose de la Mère et du Père. Je ne suis pas sûre que Marius lui-même n’ait pas été sceptique quand on lui a relaté cette histoire ancienne, et même quand il l’a transmise à Lestat. »  Pages 365 et 366
  • « La lenteur avec laquelle ce genre de progrès pénètre une civilisation est étonnante. Il se peut que l’on ait, des générations durant, tenu les archives des impôts avant que quiconque consigne sur une tablette d’argile les mots d’un poème. »  Page 375
  • « Akasha m’avait expliqué comment son esprit pouvait se dégager de son enveloppe charnelle. Et les mortels avaient de tout temps vécu ce genre d’expériences, du moins le prétendaient-ils, à en juger par les tonnes de récits qu’ils avaient écrits sur ces périples invisibles. »  Page 431
  • « Un instant, je songeai même que ce serait une bénédiction si elle pouvait vraiment croire à cette fable. »  Page 483
  • « Vous avez lu dans le livre de Lestat – dans ces pages où Marius lui relate le récit tel qu’il lui fut conté – comment les dieux du sang créés par la Mère et le Père sacrifiaient les condamnés dans des sanctuaires dissimulés sur les pentes des collines d’Égypte. »  Page 492
  • « Cette légende fut même transcrite à une époque ultérieure par les scribes égyptiens. »  Page 492
  • « Et elle m’enseignait les rythmes et les passions de chaque ère ; elle m’entraînait dans des contrées où je ne me serais peut-être jamais aventurée seule ; elle m’ouvrait à des domaines artistiques que je n’aurais sans doute pas osé aborder autrement. Elle était mon mentor à travers le temps et l’espace. Mon professeur, le livre de l’existence. »  Page 503
  • « — Et toi, mon prince, qui as pénétré dans la salle du trône comme si j’étais la Belle au bois dormant, qui m’as réveillée par ton baiser passionné. Ne reviendras-tu pas sur ta décision ? Par amour pour moi ! (Elle avait de nouveau les larmes aux yeux : ) Dois-tu te joindre à eux contre moi ? (Elle se pencha et me prit le visage entre ses mains : ) Comment peux-tu trahir un tel rêve ? Les autres sont paresseux, fourbes, malfaisants. Mais ton cœur était pur. Ton courage plus fort que la réalité. Tu forgeais des rêves, toi aussi ! »  Page 529
  • « Vraisemblablement, les gens ne croiraient pas plus à Talamasca qu’en notre existence. A moins que David Talbot ou Aaron Lightner ne les contactent comme ils l’avaient fait pour elle.
    Quant à la Grande Famille, il était peu probable que quiconque la considère autrement qu’imaginaire, avec ici et là un élément de vérité, à condition bien sûr de tomber sur le livre.
    C’était ce que tout le monde avait pensé d’Entretien avec un Vampire et de mon autobiographie, et il en irait de même pour La Reine des Damnés. »  Page 543
  • « Avant de quitter Sonoma, Maharet m’avait surpris par une petite phrase : « Tâche d’être fidèle quand tu raconteras la Légende des Jumelles. »
    Était-ce une autorisation, ou seulement une marque de sa superbe indifférence ? Je n’en sais fichtre rien. Je n’avais parlé à personne du livre. J’en avais seulement rêvé durant ces longues heures atroces où j’étais incapable de le concevoir autrement qu’en termes généraux – comme une succession de chapitres, une carte du mystère, une chronique de la séduction et de la douleur. »  Page 543
  • « Ils avaient fixé les règles de cette communauté naissante. Personne ne devait engendrer d’autres vampires. Personne non plus ne devait écrire de nouveaux livres – et ce en dépit du fait, ils en étaient conscients, que je m’y employais en glanant silencieusement le maximum de renseignements, et nonobstant ma tenace mauvaise volonté à me plier à une quelconque discipline. »  Page 549
  • « — J’aimerais que tu abandonnes ton bouquin et que tu nous rejoignes un moment, dit-il. Tu es claquemuré dans cette pièce depuis plus d’un mois.
    — Il m’arrive d’en sortir.  Ses yeux bleu fluorescent me fascinaient.
    — Ce livre, reprit-il, dans quel but l’écris-tu ? Tu pourrais au moins me l’expliquer.  Je ne répondis pas. Il insista, avec tact toutefois.
    — Les chansons et l’autobiographie ne t’ont pas suffi ?  Je tentai de déterminer ce qui lui donnait un air aussi aimable. Peut-être les minuscules rides qui se dessinaient encore au coin de ses paupières, les petits plis qui apparaissaient et disparaissaient sur son visage quand il parlait.
    Ses yeux, semblables par leur grandeur à ceux de Khayman, étaient également saisissants.
    Je me retournai vers l’écran de mon ordinateur. L’image électronique du langage. Le livre était presque achevé. Et ils étaient tous au courant, ils l’avaient été depuis le début. C’est pourquoi ils m’avaient fourni tant de renseignements, tapant à ma porte, entrant, bavardant un instant avant de se retirer.
    — Alors pourquoi en parler ? dis-je. Je veux consigner ce qui est arrivé. Tu le savais quand tu m’as raconté comment ça c’était passé pour toi.
    — En effet, mais à qui est destiné ce récit ? »  Pages 550 et 551
  • « — Même s’ils ne t’ont jamais cru ? demanda-t-il. Ils te tenaient seulement pour un homme de scène et un parolier génial, comme ils disent ?
    — Ils connaissaient mon nom ! C’était ma voix qu’ils entendaient ! C’était moi qu’ils voyaient sous les feux de la rampe !  Il hocha la tête.
    — Et tu persistes avec ta Reine des Damnés, conclut-il.
    Silence.
    — Viens dans le salon, insista-t-il. Accepte notre compagnie. Parle-nous de ce qui s’est passé. »  Page 553
  • « — Écoute, dis-je, laisse-moi à mes regrets quelque temps encore. Laisse-moi forger mes sombres images, vivre en compagnie des mots. Plus tard, je me joindrai à vous. Peut-être me plierai-je à vos règles. Du moins certaines d’entre elles, qui sait ? A propos, que ferez-vous si je ne m’y soumets pas ?
    Il resta interloqué.
    — Tu es la plus maudite des créatures, souffla-t-il. Tu me fais penser à Alexandre le Grand qui, raconte-t-on, aurait pleuré quand il n’a plus eu d’empires à conquérir. Pleureras-tu, toi aussi, quand tu n’auras plus de règles à enfreindre ?
    — Oh, mais il y en a toujours.
    Il rit en sourdine.
    — Brûle ce livre.
    — Non. »  Page 554
  • « Claudia. Un visage fait pour un médaillon. Ou un petit portrait ovale peint sur porcelaine et conservé avec une boucle de cheveux dorés au fond d’un tiroir. Comme elle aurait détesté cette image, cette image cruelle.
    Claudia qui avait plongé un couteau dans mon cœur et l’avait tourné dans la plaie en regardant le sang couler sur ma chemise. Mourez, Père. J’enfermerai à jamais votre corps dans un cercueil.  Je te tuerai le premier, mon prince.
    L’enfant mortelle m’apparut, allongée au milieu de couvertures souillées, dans l’odeur de la maladie. Puis la Reine aux yeux noirs, immobile sur son trône. Et je les avais toutes deux embrassées, mes Belles au bois dormant ! »  Pages 559 et 560
  • « — Nous pouvons rentrer à la maison maintenant, murmura-t-il.
    La maison. Je souris et touchai les tombes voisines. Puis j’observai le reflet moiré des lumières contre les nuages turbulents.
    — Tu ne vas pas nous quitter ? dit-il tout à coup d’une voix où perçait la panique.
    — Non. (J’aurais tant souhaité pouvoir parler de toutes ces choses que j’avais écrites dans mon livre.) Tu sais, nous nous aimions, elle et moi, comme une femme et un homme mortels. »  Page 563
  • « Une faible lumière venait de l’énorme manoir au milieu du parc. Les étroites et profondes fenêtres à petits carreaux paraissaient construites pour la retenir. Confortable ce lieu, engageant, avec tous ces murs tapissés de livres et les flammes qui dansaient dans les innombrables âtres. »  Page 566
  • « — Une seconde. Tu n’as pas l’intention de t’introduire dans cette maison ?
    — Tu crois ? Ils ont le journal de Claudia et le tableau de Marius dans leurs caves. Tu es au courant, non ? Jesse t’en a parlé ? »  Pages 566 et 567
  • « — Tu vois cette fenêtre, là-haut ? (Je lui encerclai la taille de manière à le maintenir prisonnier : ) David Talbot est dans cette pièce à écrire dans son journal depuis environ une heure. Il est très inquiet. Il ignore ce qui nous est arrivé. Il se doute de quelque chose, sans parvenir à déterminer l’exacte vérité. Bon, nous allons pénétrer dans la chambre voisine par la lucarne à gauche. »  Page 568
  • « Une seconde plus tard, nous atterrissions dans une petite chambre de style élisabéthain, avec des boiseries sombres, de beaux meubles d’époque et un grand feu dans la cheminée.
    Louis était ivre de rage. Il me foudroya du regard, tout en remettant rapidement de l’ordre dans sa tenue. J’aimais cette pièce. Les livres de David Talbot. Son lit. »  Page 568
  • « Nous nous mesurâmes du regard, puis je lui décochai un autre sourire et me levai pour prendre congé. Je jetai un dernier coup d’œil sur la table.
    — Pourquoi n’ai-je pas mon propre dossier ? m’enquis-je.
    Il devint blanc comme un linge, puis se reprit, miraculeusement encore.
    — Vous avez votre livre, répondit-il en désignant Le Vampire Lestat placé sur une étagère.  — En effet, merci de me le rappeler. (J’hésitai une seconde.) N’empêche que vous devriez me faire un dossier, je crois. »  Page 573
2,5 étoiles, M

Moderato cantabile

Moderato cantabile de Marguerite Duras

Éditions de Minuit, publié en 1980, 64 pages

Roman de Marguerite Duras paru initialement en 1958.

Anne Desbaresdes accompagne son fils à ses cours de piano chez Mademoiselle Giraud comme à chaque semaine. Les leçons ne sont pas de tout repos, Mademoiselle Giraud est exigeante et froide et son fils n’a pas d’intérêt pour la musique. Lors d’une des séances, tous trois perçoivent un tumulte qui vient d’un café proche. Anne par curiosité décide d’aller voir ce qui s’est passé. Elle découvre qu’un homme à assassiner une jeune femme qui serait sa maîtresse. L’homme est couché sur le corps de la jeune femme et lui dit qu’il l’aime. Intriguée et bouleversée par ce crime, Anne se rendra dans ce bar jour après jour, inexplicablement attirée par ce drame passionnel. Elle y rencontrera un certain Chauvin, ils boiront, discuteront et s’interrogeront encore et encore sur ce crime passionnel.

Court roman d’ambiance et d’introspection. Duras nous présente une histoire lente et avec très peu d’action. Elle permet ainsi au personnage d’Anne de se questionner sur sa vie, sur l’amour et sur la mort. Par contre, l’auteur ne va pas jusqu’au bout des pensées et des questionnements des personnages. Elle laisse ainsi au lecteur le soin de déchiffrer et de trouver les réponses et ce qui les motive. Malheureusement, ce style de texte n’est pas pour tous les lecteurs. Le personnage d’Anne est somme tout bien réussi. Une femme fragile, sensible et désabusée. On ressent très bien son mal de vivre, une certaine indifférence pour son fils, sa solitude. Dans ce texte, l’atmosphère créée par la lenteur de l’action, les descriptions des paysages : le vent, les odeurs, les vagues est envoûtante. De plus, on dirait que le temps s’arrête, que l’histoire stagne, mais détrompez-vous, elle évolue. Un roman pour les lecteurs qui sont interpellé par les introspections et non pas l’action.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 25 juin 2016

La littérature dans ce roman :

Aucune citation sur la littérature dans ce roman.

2,5 étoiles, A

Une autre vie

Une autre vie de Danielle Steel

Éditions Le Livre de Poche, publié en 1990, 509 pages

Roman d’amour de Danielle Steel paru initialement en 1983 sous le titre « Changes ».

Mélanie a une vie bien remplie. Elle est présentatrice de nouvelles à la télé newyorkaise et mère monoparentale de jumelle. Dans le cadre de son travail, elle se rend à Los Angeles pour faire un reportage sur une jeune fille qui a besoin d’une transplantation cardiaque. Sur place, elle est mise en contact avec Peter, le renommé chirurgien cardiaque qui doit faire l’opération. Mélanie est très impressionnée par le travail de Peter et par son côté humain dans ses relations avec ses patients. Elle constate que lui aussi a une vie bien remplie, en plus de son travail, il est veuf et père de 3 enfants. Tranquillement une liaison s’installe entre les deux. Mais, une relation durable est-elle possible avec les milliers de kilomètres qui les séparent, leurs enfants et leur carrière respective ?

Un roman d’amour classique où sans grande surprise une femme s’expatrie pour l’amour d’un homme. La trame de l’histoire est assez convenue pour ce type de roman. Il s’agit d’une relation compliquée entre une femme autonome et un homme attirant qui évolue dans un autre milieu qu’elle. Les remises en question de l’héroïne sur ses sentiments, son futur, ses enfants, sa carrière sont au premier plan. De plus, l’auteur a alourdi la fin avec une pseudo attaque contre celle-ci qui manque totalement de crédibilité. Le personnage de Mélanie est aussi convenu, elle est belle, intelligente, indépendante et elle est une femme rendue forte par les événements. Au final, une romance qui ressemble étrangement à toutes les autres et qui est divertissante sans plus.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 4 décembre 2014

La littérature dans ce roman :

  • « Il fallait hurler par-dessus le vacarme. À l’intérieur de la chambre, une grande fille aux cheveux roux, allongée sur son lit, se retourna. Des livres de classe étaient répandus tout autour d’elle. Elle tenait le récepteur du téléphone collé à son oreille. »  Page 33
  • « Le Bistrot Gardens était un restaurant luxueux dans le style arts déco. Une végétation exubérante bordait l’allée conduisant à un patio. Une activité débordante régnait et, à toutes les tables, Mélanie aperçut des figures connues, des stars de cinéma, une vieille fofolle de la télévision, un écrivain célèbre qui accumulait best-seller après best-seller. »  Page 71
  • « – Comme d’habitude à Martha’s Vineyard, une petite île en face de Newport.
    – Je la connais de réputation. Est-elle aussi agréable qu’on le prétend?
    – On a l’impression de retomber en enfance ou de jouer à Robinson Crusoé. Vous restez pieds nus et en short toute la journée, les enfants grenouillent sur la plage et les maisons ressemblent aux demeures vieillottes de nos grand-mère. »  Page 76
  • « Le cabinet était tapissé de livres médicaux sur deux murs et recouvert de boiseries d’une chaude teinte rosée sur les autres. »  Page 84
  • « – Oui, je me repose toujours lorsque je reviens chez moi et que je retrouve mes enfants.
    Mélanie ne peut s’empêcher de rire à cette remarque.
    – Comment pouvez-vous me dire une chose pareille ! Pour moi, c’est tout le contraire. Après une journée exténuante de huit heures, je me traîne chez moi et je tombe sur Val qui doit absolument me raconter comment elle se trouve écartelée entre deux garçons, et Jess qui veut me faire lire une thèse de cinquante pages sur un sujet scientifique. »  Page 90
  • « Venait ensuite une superbe bibliothèque dont la teinte dominante était le vert foncé. Cette pièce relevait évidemment du domaine de Peter. Des centaines de livres en tapissaient les murs, et certains d’entre eux s’empilaient sur le bureau. »  Page 101
  • « Quelques minutes plus tard Matthew déboula dans la pièce avec deux livres qu’il donna à Mel pour qu’elle les lise à haute voix. »  Page 157
  • « Ce n’était pas la jalousie mais la crainte qui agitait Jess. Pourtant, elle avait elle aussi ses amourettes, comme le lui rappela discrètement sa mère après que Val fut sortie de la pièce pour aller chercher ses livres de classe. »  Page 171
  • « – Ah… mais attendez un peu avec Matt! s’exclama-t-elle gaiement. Ce sera un don Juan redoutable. »  Page 176
  • « – C’est exact. Lorsque je serai bien vieille et toute ridée qu’il faudra que je prenne ma retraite, je me demande bien ce que je ferai de moi.
    – Je suis sûr que vous trouverez à vous occuper.
    – Ouais… je ferai peut-être de la chirurgie du cerveau.
    Tous deux se mirent à rire. Mélanie s’assit, ses velléités d’achats chez Bloomingdale complètement évanouies.
    – Ou bien j’écrirai un livre.
    – Sur quel sujet ?
    – Mes Mémoires, dit-elle pour le taquiner.
    – Non, vraiment ?
    Elle n’avait pas souvent l’occasion de confier ses rêves à quelqu’un, mais avec Peter c’était facile.
    – Je ne sais pas très bien, mais je crois que j’aimerais écrire un livre sur la profession de journaliste pour une femme. Les débuts sont terriblement difficiles, ensuite les difficultés s’aplanissent. Mais ce travail est à la fois enthousiasmant et exaspérant. Moi, j’ai beaucoup aimé d’avoir à me débrouiller par mes propres moyens pour arriver, et j’aurais beaucoup à dire sur mes débuts à la télévision. Parce que l’important n’est pas que l’on choisisse une branche comme la mienne ou une autre, ce qu’il faut savoir, c’est que le terrain est glissant, surtout lorsqu’on arrive au sommet. Je sais de quoi je parle… Oui, j’ai envie de raconter ce qui arrive dès qu’on met un pied dans le journalisme.
    – Je sens que vous écrirez un best-seller.
    – Je ne crois pas, mais j’aimerais essayer.
    – J’ai toujours voulu expliquer dans un livre en quoi consiste la chirurgie du cœur, et ce à l’intention des profanes. Ils devraient connaître les grandes lignes de l’intervention et les risques qu’ils courent, mais aussi savoir ce qu’il faut demander au chirurgien, et les dangers que présente chaque cas spécifique. Je ne sais pas si ce sujet peut intéresser grand monde. Mais trop de malades sont totalement ignorants dans ce domaine et se noient dans les explications de leurs médecins.
    – Je crois que vous tenez là un excellent sujet.
    L’intérêt d’un ouvrage tel que celui-là était évident, et elle se demanda comment Peter s’en tirerait.
    – Nous devrions filer tous deux dans le Pacifique Sud et rédiger nos livres, dit-il, lorsque les enfants auront grandi. »  Pages 191 et 192
  • « Ses vacances devaient s’écouler paisiblement avec ses filles, et c’était tout. Mais à condition qu’elles se décident à arriver dans le hall, se dit-elle en piétinant devant la porte d’entrée. Enfin, les jumelles dévalèrent l’escalier, les bras chargés d’affaires inutiles, de livres et de paquets. »  Page 253
  • « L’énorme petit déjeuner arrivait.
    – Grands dieux, Mark, qu’est-ce que c’est que ce repas pantagruélique? »  Page 299
  • « Elle resta collée à son hublot pendant la moitié du voyage, puis elle se plongea dans un livre jusqu’à l’arrivée du plateau du déjeuner. »  Page 302
  • « Ses amis au studio avaient voulu lui offrir un verre d’adieu, mais elle avait refusé. Elle n’aurait pu le supporter. Ses nerfs étaient encore à vif. Elle promit de revenir un jour et de présenter Peter à tout le monde. Pour tous ses amis, c’était un peu comme un conte de fées qui lui arrivait. Elle était allée interviewer le beau chirurgien, et ils étaient tombés amoureux l’un de l’autre. Mais quel déchirement de les quitter tous, de vendre la maison, d’abandonner New York… »  Page 364
  • « L’opération avait été remarquablement effectuée, et la vie de Val ainsi que celle de ses futurs enfants avaient été préservées. Celle de Mark peut-être aussi. Cet accident allait-il interrompre le roman d’amour entre les deux jeunes gens, ou au contraire les rapprocher encore plus ? »  Pages 429 et 430
  • « Mel remarqua qu’au premier dîner qui les réunit tous, Val se comportait avec Mark plutôt comme une sœur et qu’il acceptait sans problème ce comportement. Leurs relations s’étaient modifiées, et d’une façon satisfaisante. Peter le remarqua également et en fit part à sa femme le soir même.
    – En effet, dit-elle, et je crois que leur roman est terminé. »  Page 436
  • « Pour une fois tout allait bien pour tout le monde. Avec un sourire heureux, elle déclara à son mari :
    – Enfin « à l’Ouest rien de nouveau ».
    Elle lui donna le détail de cette information, et il en parut satisfait. »  Pages 441 et 442
  • « – Allô ?
    Elle devina qu’il n’était pas encore couché. Le temps d’un battement de cœur, elle ne put prononcer le moindre son. Puis elle émit un petit grognement à peine audible.
    – Mel ?
    – Non, c’est Blanche-Neige…! Oui… c’est moi. »  Pages 476 et 477
2,5 étoiles, V

Le vieux qui lisait des romans d’amour

Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda

Éditions Points, publié en 1995, 120 pages

Roman de Luis Sepúlveda paru initialement en espagnol en 1992 sous le titre « Un viejo que leía novelas de amor ».

Le  vieux qui lisait des romans d'amour

Antonio José Bolivar est un vieil homme qui vit seul dans un petit hameau au fond de la jungle amazonienne. Les circonstances de la vie et le vaste plan de colonisation l’ont conduit dans cette région inhospitalière et il en est tombé éperdument amoureux. Depuis qu’il a redécouvert qu’il sait lire, il se procure des romans d’amour qui lui donnent matière à réflexion et à émotion. Comme il n’est jamais sorti de la jungle, il voyage grâce à la lecture. Malheureusement, sa quiétude sera perturbée par un groupe de chasseurs américains. Ils ont abattu une famille de jaguars mais ils ont laissé la femelle en vie. Celle-ci rode et est devenu très agressive, mettant en danger les gens du village. Le maire se tourne vers le vieil homme pour débusquer la bête. Antonio connait la jungle comme sa poche au point de se confondre avec elle. Il sera contraint par le maire et partira avec des hommes du village, pour tuer le félin. Mais, les hommes seront-ils rattrapés par la brutalité de la nature ?

Joli petit roman sans prétention sur la nature de l’homme. Sepúlveda nous entraine par son écriture simple aux confins de la civilisation et nous fait vivre une belle aventure. Il a su, en peu de pages, créer des personnages riches et une histoire intéressante. Il nous fait réfléchir sur la nature humaine, la place de l’homme dans la nature et le sort qu’il lui réserve. L’Amazonie y est décrite avec une telle précision qu’au fil de la lecture on croit sentir les odeurs, la chaleur et l’humidité de la jungle. Les descriptions sont parfois crues et troublantes parce qu’elles décrivent la réalité pure et dure. Malheureusement, trop de sujets sont abordés dans ce texte et ils sont abordés superficiellement et trop rapidement. Bref, il manque de la profondeur à ce texte pour en faire un bon roman. De plus, les romans d’amour du titre semblent avoir pour unique but de nous introduire au personnage principal et pour nous le rendre attachant. Les attentes étaient grandes étant donné les très bonnes critiques sur ce livre et surtout le titre qui fait référence à la littérature. Au final nous avons droit à un joli petit conte sur le respect de la Nature et contre la déforestation.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 24 mai 2014

La littérature dans ce roman :

  • « – Écoute, j’avais complètement oublié, avec cette saloperie de mort :`je t’ai apporter deux livres.
    – Les yeux du vieux s’allumèrent.
    – D’amour ?
    Le dentiste fit signe que oui.
    Antonio José Bolivar Proaño lisait des romans d’amour et le dentiste le ravitaillait en livres à chacun de ses passages.
    – Ils sont tristes ? demandait le vieux.
    – À pleurer, certifiait le dentiste.
    – Avec des gens qui s’aiment pour de bon ?
    – Comme personne ne s’est jamais aimé.
    – Et qui souffrent beaucoup ?
    – J’ai bien cru que je ne pourrais pas le supporter.
    À vrai dire, le docteur Rubincondo Loachamín ne lisait pas les romans.
    Quand le vieux lui avait demandé de lui rendre ce service, en lui indiquant clairement ses préférences pour les souffrances, les amours désespérées et les fins heureuses, le dentiste avait senti que la tâche serait rude.
    Il avait peur de se rendre ridicule en entrant dans un librairie de Guayaquil pour demander : « Donnez-moi un roman d’amour bien triste, avec des souffrances terribles et un happy end… » On le prendrait sûrement pour une vieille tante. Et puis il avait trouvé une solution inespérée dans un bordel du port.
    Le dentiste aimait les négresses, d’abord parce qu’elles étaient capables de dire des choses à remettre sur pied un boxeur K.-O., et ensuite parce qu’elles ne transpiraient pas en faisant l’amour.
    Un soir qu’il s’ébattait avec Josefina, une fille d’Esmeraldas à la peau lisse et sèche comme le cuir d’un tambour, il avait vu un lot de livres rangés sur la commode.
    – Tu lis ? avait-il demandé.
    – Oui, mais lentement.
    – Et quels sont tes livres préférés ?
    – Les romans d’amour, avait répondu Josefina. Elle avait les mêmes gouts qu’Antonio José Bolivar.
    À dater de cette soirée, Josefina avait fait alterner ses devoirs de dame de compagnie et ses talents de critique littéraire. Tous les six mois, elle sélectionnait deux romans particulièrement riches en souffrances indicibles. Et, plus tard, Antonio Josée Bolivar Proaño les lisait dans la solitude de sa cabane, face au Nangaritza.
    Le vieux prit les deux livres, examina les couvertures et déclara qu’ils lui plaisaient. »  Pages 30 à 32
  • « Le vieux resta sur le quai jusqu’à ce que le bateau disparaisse, happé par une boucle du fleuve. Puis il décida qu’il n’adressait plus la parole à personne de la journée : il ôta son dentier, l’enveloppa dans son mouchoir et, serrant les livres sur sa poitrine, se dirigea vers sa cabane. »  Page 33
  • « Il habitait une cabane en bambou d’environ dix mètres carrés meublée sommairement : le hamac de jute, la caisse de bière soutenant le réchaud à kérosène, et une table très haute, parce que, le jour où il avait ressenti pour la première fois des douleurs fois des douleurs dans le dos, il avait compris que les années commençaient à lui tomber dessus et pris la décision de s’assoir le moins possible.
    Il avait donc construit cette table aux longs pieds dont il se servait pour manger debout et pour lire ses romans d’amour. »  Pages 35 et 36
  • « Tant qu’il vécut chez les Shuars, il n’eut pas besoin de romans pour connaître l’amour. »  Page 47
  • « La femme offerte l’emmenait sur la berge du fleuve. Là, tout en entonnant des anents, elle le lavait, le parait et le parfumait, puis ils revenaient à la cabane s’ébattre sur une natte, les pieds en l’air, doucement chauffés par le foyer, sans cesser un instant de chanter les anents, poèmes nasillards qui décrivaient la beauté de leurs corps et la joie du plaisir que la magie de la description augmentait à l’infini. »  Page 47
  • « Ce fut la découverte la plus importante de sa vie. Il savait lire. Il possédait l’antidote contre le redoutable venin de la vieillesse. Il savait lire. Mais il n’avait rien à lire.
    À contrecœur, le maire accepta de lui prêter quelques vieux journaux qu’il conservait ostensiblement comme autant de preuves de ses liens privilégiés avec le pouvoir central, mais Antonio José Bolivar les trouva sans intérêt.
    La reproduction de passages des discours prononcés au Congrès, dans lesquels l’honorable Bucaram prétendait qu’un autre honorable représentant n’avait rien dans son pantalon, l’article qui donnait tous les détails sur la manière dont Artenio Mateluna avait tué son meilleur amis de vingt coups de poignard, mais sans haine, la chronique qui dénonçait l’orgueil délirant des supporters de Manta, lesquels avaient émasculé un arbitre en plein stade, ne lui paraissaient pas des stimulants suffisants pour le convaincre de continuer à lire. Tout ça se passait dans un monde lointain, sans références qui le lui rendent intelligible et sans rien qui lui donne envie de l’imaginer.
    Un beau jour le Sucre débarqua, en même temps que des caisses de bières et les bonbonnes de gaz, un malheureux prêtre expédié en mission par les autorités ecclésiastiques pour baptiser les enfants et mettre fin aux concubinages. Au bout de trois jours, le frère n’avait rencontré personne qui soit disposé à le conduire aux habitations des colons. Anéanti par une telle indifférence de sa clientèle, il était allé s’assoir sur le quai en attendant le départ du bateau qui le tirerait de là. Pour tuer les heures de la canicule, il sortit un vieux livre de sous sa soutane et essaya de lire, mais la torpeur le terrassa.
    Ce livre entre les mains du curé fascina Antonio José Bolivar. Il attendit patiemment que le curé vaincu par le sommeil le laisse échapper.
    C’était une biographie de saint François qu’il feuilleta furtivement avec l’impression de commettre une sorte de larcin.
    Il épela les syllabes, puis sa soif de saisir tout ce qui était contenu dans ces pages le fit répéter à mi-voix les mots ainsi formés.
    Le prêtre se réveilla et observa, amusé, Antonio José Bolivar, le nez dans son livre.
    – C’est intéressant ? demanda-t-il.
    – Excusez-moi, Monseigneur. Mais vous dormiez et je ne voulais pas vous déranger.
    – Ça t’intéresse ? répéta le prêtre.
    – On dirait que ça parle surtout d’animaux, répondit-il timidement
    -Saint François aimait les animaux. Et toutes les créatures de Dieu.
    – Moi aussi je les aime. À ma manière. Vous connaissez saint François ?
    – Non, Dieu ne m’a pas donné cette joie. Saint François est mort il y a très longtemps. Je veux dire qu’il a quitté cette vie terrestre pour aller auprès du Créateur jouir de la vie éternelle.
    – Comment vous le savez ?
    – Parce que j’ai lu le livre. C’est un de ceux que je préfère.
    Le prêtre soulignait ses paroles en caressant le cartonnage usé. Antonio José Bolivar l’écoutait avec ravissement et sentait poindre la morsure de l’envie.
    – Vous avez lu beaucoup de livres ?
    – Un certain nombre. Autrefois, quand j’étais jeune et que mes yeux n’étaient pas fatigués, je dévorais toutes les œuvres que me tombaient sous la main.
    – Tous les livres parlent de saints ?
    – Non. Il y a dans le monde des millions et des millions de livres. Dans toutes les langues et sur tous les sujets, y compris certains que les hommes ne devraient pas connaître.
    Antonio José Bolivar ne comprit pas ce problème de censure. Il continuait à fixer les mains du prêtre, des mains grassouillettes, blanches sur le cartonnage noir.
    – De quoi parlent les autres livres ?
    – Je viens de te le dire. D’un tas de choses. D’aventures, de science, de la vie de personnages vertueux, de technique, d’amour…
    Ce dernier point l’intéressa. L’amour, il n’en connaissait que ce que disent les chansons, particulièrement les pasillos que chantait Julito Jaramillo, dont la voix, issue des quartiers pauvres de Guayaquil, s’échappait parfois d’une radio à piles et rendait les hommes mélancoliques. Ces chansons-là disaient que l’amour était comme la piqûre d’un taon que nul ne voyait mais que tous recherchaient.
    – C’est comment, les livres d’amour ?
    – Ceux-là, je crains de ne pouvoir t’en parler. Je n’en ai pas lu plus de deux.
    – Ça ne fait rien. C’est comment ?
    – Eh bien, ils racontent l’histoire de deux personnes qui se rencontrent, qui s’aiment et qui luttent pour vaincre les difficultés qui les empêchent d’être heureux.
    L’appel du Sucre annonça l’appareillage et il n’osa pas demander au prêtre de lui laisser le livre. Mais ce que celui-ci lui laissa, en revanche, ce fut un désir de lecture plus fort qu’auparavant.
    Il passa toute la saison des pluies à ruminer sa triste condition de lecteur sans livre, se sentant pour la première fois de sa vie assiégée par la bête nommée solitude. Une bête rusée. Guettant le moindre moment d’inattention pour s’approprier sa voix et le condamner à d’interminables conférences sans auditoire.
    Il lui fallait de la lecture, ce qui impliquait qu’il sorte d’El Idilio. Peut-être n’était-il pas nécessaire d’aller très loin, peut-être rencontrerait-il à El Dorado quelqu’un qui possédait des livres, et il se creusait la cervelle pour trouver le moyen de les obtenir. »  Pages 55 à 59
  • « – Mais si tu voulais avoir des livres, pourquoi tu ne m’en as pas chargé ? Je suis sûr que je t’en aurais trouvé à Guayaquil.
    – Merci, docteur. Le problème c’est que je ne sais pas encore quels livres je veux lire. Mais dès que je saurai, je profiterai de votre proposition. »  Page 61
  • « Quand il eut vendu les ouistitis et les perroquets, l’institutrice lui montra sa bibliothèque.
    Il fut ému de voir tant de livres rassemblés. L’institutrice possédait une cinquantaine de volumes rangés sur des étagères et il éprouva un plaisir indicible à les passer en revue en s’aidant de la loupe qu’il venait d’acquérir.
    Cinq mois durant, il put ainsi former et polir ses goûts de lecteur, tout en faisant alterner les doutes et les réponses.
    En parcourant les textes de géométrie, il se demandait si cela valait la peine de savoir lire, et il ne conserva de ces livres qu’une seule longue phrase qu’il sortait dans les moments de mauvaise humeur : « Dans un triangle rectangle, l’hypoténuse est le côté opposé à l’angle droit. » Phrase qui, par la suite, devait produire un effet de stupeur chez les habitants d’El Idilio, qui la recevaient comme une charade absurde ou une franche obscénité.
    Les textes d’histoire lui semblèrent un chapelet de mensonges. Était-il possible que ces petits messieurs pâles, avec leurs gants jusqu’aux coudes et leurs culottes collantes de funambules, aient été capables de gagner des batailles ? Il lui suffisait de voir leurs boucles soigneusement frisées flottant au vent pour comprendre que ces gens-là étaient incapables de tuer une mouche. Ce fut ainsi que les épisodes historiques se trouvèrent exclus de ses goûts de lecteur.
    Edmondo de Amicis et son Cœur occupèrent pratiquement la moitié de son séjour à El Dorado. Là, il était à son affaire. C’était un livre qui lui collait aux mains et aux yeux, qui lui faisait oublier la fatigue pour continuer à lire, encore et toujours, jusqu’à ce qu’un soir, il finisse par se dire qu’il n’était pas possible qu’un seul corps endure tant de souffrances et contienne tant de malchance. Il fallait être vraiment un salaud pour prendre plaisir aux malheurs d’un pauvre garçon tel que le Petit Lombard, et c’est alors, après avoir cherché dans toute la bibliothèque, qu’il trouva enfin ce qui lui convenait vraiment.
    Le Rosaire de Florence Barclay contenait de l’amour, encore de l’amour, toujours de l’amour. Les personnages souffraient et mêlaient félicité et malheur avec tant de beauté que sa loupe en était trempée de larmes.
    L’institutrice, qui ne partageait pas tout à fait ses goûts, lui permit de prendre le livre pour retourner à El Idilio, où il le lut et le relut cent fois devant sa fenêtre, comme il se disposait à le faire maintenant avec les romans que lui avait apportés le dentiste et qui l’attendaient, insinuants et horizontaux, sur la table haute, étrangers au passé désordonné auquel Antonio José Bolivar préférait ne plus penser, laissant béantes les profondeurs de sa mémoire pour les remplir de bonheurs et de tourments d’amour plus éternels que le temps. »  Pages 62 et 63
  • « Antonio José Bolivar dormait peu. Jamais plus de cinq heures par nuit et de deux heures de sieste. Le reste de son temps, il le consacrait à lire les romans, à divaguer sur les mystères de l’amour et à imaginer les lieux où se passaient ces histoires.
    En lisant les noms de Paris, Londres ou Genève, il devait faire un énorme effort de concentration pour se les représenter. La seule grande ville qu’il eût jamais visitée était Ibarra, et il ne se souvenait que confusément des rues pavées, des pâtés de maisons basses, identiques, toutes blanches, et de la Plaza de Armas pleine de gens qui se promenaient devant la cathédrale.
    Là s’arrêtait sa connaissance du monde et, en suivant les intrigues qui se déroulaient dans des villes aux noms lointains et sérieux tels que Prague ou Barcelone, il avait l’impression que le nom d’Ibarra n’était pas celui d’une ville faite pour les amours immenses. »  Page 65
  • « Mais ce qu’il aimait par-dessus tout imaginer, c’était la neige.
    Enfant, il l’avait vue comme une peau de mouton mise à sécher au balcon du volcan Imbabura, et ces personnages de roman qui marchaient dessus sans crainte de la salir lui semblaient parfois d’une extravagance impardonnable. »  Page 66
  • « Après avoir mangé les crabes délicieux, le vieux nettoya méticuleusement son dentier et le rangea dans son mouchoir. Après quoi il débarrassa la table, jeta les restes par la fenêtre, ouvrit une bouteille de Frontera et choisit un roman.
    La pluie qui l’entourait de toutes parts lui ménageait une intimité sans pareille.
    Le roman commençait bien.
    « Paul lui donna un baisser ardent pendant que le gondolier complice des aventures de son ami faisait semblant de regarder ailleurs et que la gondole, garnie de coussins moelleux, glissait paisiblement sur les canaux vénitiens. »
    Il lut la phrase à voix haute et plusieurs fois.
    – Qu’est-ce que ça peut bien être, des gondoles ?
    Ça glissait sur des canaux. Il devait s’agir de barques ou de pirogues. Quant à Paul, il était clair que ce n’était pas un individu recommandable, puisqu’il donnait un « baiser ardent » à la jeune fille en présence d’un ami, complice de surcroît.
    Ce début lui plaisait.
    Il était reconnaissant à l’auteur de désigner les méchants dès le départ. De cette manière, on évitait les malentendus et les sympathies non méritées.
    Restait le baiser – quoi déjà ? – « ardent ». Comment est-ce qu’on pouvait faire ça ?
    Il se souvenait des rares fois où il avait donné un baiser à Dolores Encarnaciòn del Santísimo Sacramento Estupiñán Otavalo. Peut-être, sans qu’il s’en rende compte, l’un de ces baisers avait-il été ardent, comme celui de Paul dans le roman. »  Pages 73 et 74
  • « Abrutie par l’alcool, la malheureuse ne se rendait pas compte de ce qu’on faisait d’elle. Cette fois-là, un aventurier l’avait prise sur la plage et avait cherché à coller sa bouche à la sienne.
    La femme avait réagi comme un animal sauvage. Elle avait fait rouler l’homme couché sur elle, lui avait lancé une poignée de sable dans les yeux et était allé ostensiblement vomir de dégoût.
    Si c’était cela, un baiser ardent, alors le Paul du roman n’était qu’un porc.
    Quand arriva l’heure de la sieste, il avait lu environ quatre pages et réfléchi à leur propos et il était préoccupé de ne pouvoir imaginer Venise en lui prêtant les caractères qu’il avait attribués à d’autres villes, également découvertes dans des romans.
    À Venise, apparemment, les rues étaient inondées et les gens étaient obligés de se déplacer en gondoles.
    Les gondoles. Le mot « gondole » avait fini par le séduire et il pensa que ce serait bien d’appeler ainsi sa pirogue. »  Pages 74 et 75
  • « Plus tard dans l’après-midi, après un nouveau festin de crabes, il voulut poursuivre sa lecture, mais il fut distrait par des cris qui l’obligèrent à sortir la tête sous la pluie. »  Page 75
  • « Tout en faisant frire le foie agrémenté de brins de romarin, il maudit l’incident qui le tirait de sa tranquillité. Impossible désormais de se concentrer sur sa lecture, obligé qu’il était de penser à l’expédition du lendemain avec le maire à sa tête. »  Page 77
  • « Il renta à El Idilio livrer les restes, le maire le laissa tranquille et il fit tout pour sauvegarder cette paix, car c’était d’elle que dépendaient les moments de bonheur passés face au fleuve, debout devant la table haute, à lire lentement les romans d’amour. »  Page 84
  • « Perplexe, son coéquipier le regardait parcourir avec sa loupe les signes réguliers du livre,
    – C’est vrai que tu sais lire, camarade ?
    – Un peu.
    – Et tu lis quoi ?
    – Un roman. Mais tais-toi. Quand tu parles, tu fais bouger la flamme et moi je vois bouger les lettres.
    L’autre s’éloigna pour ne pas le gêner, mais l’attention que le vieux portait au livre était telle qu’il ne supporta pas de rester à l’écart.
    – De quoi ça parle ?
    – De l’amour.
    À cette réponse du vieux, il se rapprocha, très intéressé.
    – Sans blague ? Avec des bonnes femmes riches, chaudes et tout ?
    – Non. Ça parle de l’autre amour. Celui qui fait souffrir.
    L’homme se sentit déçu. Il courba les épaules et s’éloigna de nouveau. Avec ostentation, il but une longue gorgée, alluma un cigare et se mit à affûter sa machette.
    Il passait la pierre, crachait sur le métal, la repassait, puis éprouvait le tranchant du doigt.
    Le vieux s’était replongé dans son livre, sans se laisser distraire par le bruit âpre de la pierre sur l’acier, en marmottant comme s’il priait.
    – Allez, lis un peu plus fort.
    – Sérieusement ? Ça t’intéresse ?
    – Bien sûr que oui. J’ai été une fois au cinéma, à Loja, et j’ai vu un film mexicain, un film d’amour. Comment t’expliquer, camarade ? Qu’est-ce que j’ai pu pleurer.
    – Alors il faut que je te lise depuis le début, comme ça tu sauras qui sont les bons et les méchants.
    Antonio José Bolivar retourna à la première page. À force de la relire, il la savait par cœur.
    « Paul lui donna un baisser ardent pendant que le gondolier complice des aventures de son ami faisait semblant de regarder ailleurs et que la gondole, garnie de coussins moelleux, glissait paisiblement sur les canaux vénitiens. » »  Pages 100 et 101
  • « Antonio José Bolivar ôta son dentier, le rangea dans son mouchoir et sans cesser de maudire le gringo, responsable de la tragédie, le maire, les chercheurs d’or, tous ceux qui souillaient la virginité de son Amazonie, il coupa une grosse branche d’un coup de machette, s’y appuya, et prit la direction d’El Idilio, de sa cabane et de ses romans qui parlaient d’amour avec des mots si beaux que, parfois, ils lui faisaient oublier la barbarie des hommes »  Page 121
2,5 étoiles, P

La poursuite du bonheur

 

La poursuite de bonheur de Douglas Kennedy.

Éditions Belfond; publié en 2001; 773 pages

Quatrième roman de Douglas Kennedy paru initialement en 2001 sous le titre « The Pursuit of Happiness ».

La poursuite du bonheur

À la fin des années 1990, Kate Malone a 44 ans. Elle vit à New York, elle est divorcée et s’occupe de son fils de 7 ans. Lors de l’enterrement de sa mère, une mystérieuse vieille dame attire son attention. Personne ne semble la connaître. Peu de temps après, celle-ci la contacte, elle lui dit s’appeler Sara et qu’elle la connaît depuis son enfance. Elle a fréquenté ses parents à une certaine époque mais Kate n’en a aucun souvenir. Pour lui raconter sa vie, Sara lui remet un manuscrit qui lui apprendra aussi une incroyable histoire sur ses parents. La lecture de Kate la propulsera dans le Manhattan des années 1940 et 50. C’est à cette époque que Sara a rencontré Jack Malone, le père de Kate, la veille de son départ pour la guerre. Cette aventure d’une nuit a été marquante. Le lendemain matin, Jack s’est éclipsé de la vie de Sara mais pas de son cœur. Cette fameuse rencontre a fait basculer leur vie.

Roman au début accrocheur. L’histoire commence avec la vie de Kate. On s’attache rapidement à elle, mais finalement elle a peu de place dans le livre, car l’héroïne principale est Sara. Lorsque l’histoire bascule sur le destin de Sara, on est déstabilisé car la vie de Kate commençait à être intéressante. Celle de Sara par contre manque de réalisme, elle est une suite de tragédies qui s’accumulent les unes après les autres. Une décente aux enfers magistrale dans une merveilleuse[JS1]  reconstitution de New York des années 40 et 50. Une époque qui est peu connu, mais qui a fait bien des ravages. L’auteur nous fait vivre cette période trouble où il valait mieux cacher ses idées et avoir un mode de vie rangé car la chasse aux communistes était bien présente. Malheureusement, l’histoire fini par traîner en longueur, il y a trop de péripéties pour la vie d’une seule femme. De plus, on aurait bien aimé en savoir plus sur Kate.

La note :2,5 étoiles

Lecture terminée le 4 août 2013

Lecture de mon Baby Challenge 2013Contemporain

Baby challenge contemporainLa littérature dans ce roman :

 

  • « Sa voix de garçonnet de sept ans couvrait celle du pasteur épiscopalien qui, en face de la bière, récitait avec solennité un passage de l’Apocalypse :
    Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux,
    Et la mort ne sera plus, ni deuil,
    Ni pleurs, ni souffrance ne seront plus
    Car ce qui est passé s’en est allé. »  Page 14
  • « Entre-temps, le pasteur était passé à ce vieux classique des enterrements, le Psaume XXIII : « Tu dresses la table devant moi, à la face de mes ennemis ; tu parfumes d’huile ma tête, ma coupe est pleine à déborder. » »  Page 15
  • « Crois-moi : il reste le vieux et triste con qu’il a toujours été, Charlie.
    — Meg !
    J’ai montré mon fils du menton. Il était installé à côté de moi, plongé dans une bédé. »  Page 18
  • « — Bravo, mon grand, a approuvé Meg en lui ébouriffant les cheveux.
    — Lis ton livre, chéri. »  Page 18
  •  « — Pas autant qu’à moi de voir cette tête de nœud se mettre à pleurnicher.
    Après avoir vérifié qu’Ethan restait captivé par son livre, j’ai levé les yeux au ciel.
    — Meg !
    — Pardon. Ça m’a échappé, quoi.
    — Je sais aussi ce que ça veut dire, « tête de nœud », a commenté Ethan sans interrompre sa lecture. »  Page 19
  • « Pendant une fraction de seconde, je me suis retrouvée dans l’appartement familial de la 84e Rue, entre Broadway et Amsterdam. Six ans, retour de l’école, avec Annette, Frankie et tous les Mousquetaires sur notre vieille télé Zénith noir et blanc avec son écran en hublot, et ses antennes qui pointaient comme des oreilles de lapin, et ses portes en imitation acajou. »  Page 24 et 25
  • « Je me replonge dans la contemplation des Mousquetaires. »  Page 25
  • « — Ouais, d’accord. Mais la Princesse aurait fini par te convaincre, elle.
    — N’appelle pas Holly comme ça.
    — Et pourquoi pas ? C’est bien Lady Macbeth, dans cette histoire ! »  Page 37
  • « — Heureuse de l’entendre. Je commençais à me demander si tu n’allais pas te transformer en personnage de Tennessee Williams, le genre cinglée du Sud, tu vois ? Qui essaie la robe de mariée de maman, qui picole du bourbon sec et qui sort des machins dans le style : « Il s’appelait Beauregard et c’est le garçon qui a brisé mon cœur »… »  Page 72
  • « « Il s’appelait Beauregard et c’est le garçon qui a brisé mon cœur. » Son nom, c’était Peter, en fait. Peter Harrison. Celui avec qui j’étais avant de rencontrer Matt. Il se trouve qu’il était aussi mon patron. Et qu’il était marié, comme dans les livres… »  Page 73
  • « Le pire, c’était que je m’étais pourtant solennellement juré de ne jamais perdre la tête pour un homme et que j’avais jusqu’alors manifesté très peu de sympathie, pour ne pas dire un mépris affiché, à mes amies ou connaissances qui transformaient une simple rupture en épopée tragique, se jouant un Tristan et Iseut version Manhattan à chaque peine de cœur. »  Page 81
  • « Je me suis particulièrement maudite lorsque j’ai fondu en larmes au beau milieu d’un brunch dominical au restaurant avec ma mère. Barricadée dans les toilettes dames jusqu’à ce que je me tire de ce mélo à la Joan Crawford, j’ai fini par regagner la table. »  Page 81
  • « Au cours des six premiers mois de son existence, il refusait de capoter plus de deux heures d’affilée, ce qui nous a rapidement conduits au bord de l’épuisement complet. Et, à moins d’avoir la vocation d’une Mary Poppins, la fatigue nourrit l’irritabilité qui, dans notre cas, a vite pris les proportions d’une guerre ouverte. »  Page 87
  • « Assise à la table, j’ai ouvert le colis. Une carte, en papier bleu-gris désormais familier. Et voilà, c’était reparti… « Chère Kate, je crois vraiment que vous devriez m’appeler, non ? Sara. » J’ai retiré ensuite un grand livre rectangulaire. Un album-photo, sans doute. Oui. »  Pages 101 et 102
  • « Je l’ai suivie dans une petite entrée dont l’un des murs était entièrement couvert de rayonnages chargés de livres. »  Page 105
  • « La pièce était de taille modeste mais lumineuse avec ses murs blancs, son parquet en bois décoloré, une vaste fenêtre donnant au sud sur une petite cour intérieure. Encore des livres partout, une discothèque de CD classiques bien garnie et une alcôve astucieusement aménagée en coin bureau avec une tablette en pin sur laquelle s’alignaient un ordinateur, un fax et des dossiers. »  Page 106
  • « Moi, je n’avais cessé de lui dire qu’il jugeait beaucoup trop durement son fils, qu’en réalité Eric était plutôt un progressiste à l’ancienne manière doublé d’un romantique désarmant : un admirateur éperdu d’Eugene Debs qui était abonné à The Nation depuis ses seize ans et rêvait de devenir un second Clifford Odets. Parce qu’il écrivait des pièces de théâtre, lui aussi. Sorti de Columbia en 37, il avait été assistant-metteur en scène d’Orson Welles au Mercury Theater, et deux de ses œuvres avaient été montées par des ateliers d’art dramatique à New York. Oui, c’était le temps où le New Deal de Roosevelt subventionnait le théâtre expérimental en Amérique, si bien que les « prolétaires du spectacle », comme Eric aimait se nommer, ne manquaient pas de travail, et puis maintes petites compagnies ne demandaient qu’à donner leur chance à de jeunes auteurs tels que mon frère. Aucune de ses pièces n’avait été un grand succès mais il ne lorgnait pas sur Broadway et ses lumières, de toute façon, répétant que son œuvre voulait « répondre aux attentes et aux besoins de la classe ouvrière ». »  Page : 114
  • « En tant que dramaturge, il avait cependant d’énormes potentiels, mais dans ce genre « engagé » qui apparaissait, hélas, condamné au début des années quarante. Orson Welles est allé à Hollywood, Clifford Odets également. » » Page 115
  • « Enfin, la soirée se déroulait chez Eric. Un appartement-couloir de Sullivan qui pour moi représentait le summum du chic bohème, tout comme son locataire. La baignoire dans la cuisine, des bouteilles de chianti reconverties en pieds de lampe, de vieux coussins fatigués éparpillés sur le sol du salon, et des livres partout, partout. »  Page 115
  • « Nous sommes nés tous les deux à Hartford, dans le Connecticut. Comme Eric aimait à le rappeler, ce coin perdu n’a jamais abrité que deux êtres d’exception : Mark Twain, qui a perdu un tas d’argent dans une maison d’édition locale, et Wallace Stevens, qui fuyait l’ennui d’une vie de courtier d’assurances en écrivant des poèmes d’une modernité rare. »  Page 116
  • « J’avais douze ans quand il m’a déclaré qu’« à part Twain et Stevens personne de notable n’a vécu ici, et puis il y a eu nous deux » »  Page 117
  • « Leurs affrontements étaient homériques. Par exemple quand il avait découvert les Dix jours qui ébranlèrent le monde de John Reed sous le lit de son fils, ou quand Eric lui avait offert un disque de Paul Robeson pour sa fête… »  Page 118
  • « Encore plus maigre qu’avant, il laissait ses cheveux très bruns pousser en tignasse qui, complétée par des lorgnons en acier, son manteau militaire et sa vieille veste en tweed, lui donnait l’allure de Trotski. »  Page 119
  • « À la place, il est allé s’installer Sullivan Street, balayer les planchers pour le compte d’Orson Welles à vingt dollars par semaine et caresser l’ambition d’écrire des œuvres « qui durent » »  Page 119
  • « — Ton « destin » ? a-t-il repris avec une cinglante ironie. Parce que tu crois avoir un « destin », aussi ? Quels romans à l’eau de rose t’ont-ils fait lire, à l’université ? »  Page 122
  • « Dans un court message à notre père, j’ai indiqué que j’acceptais ses desiderata et que la famille pourrait être fière de moi une fois que je serais à New York, une façon discrète de lui certifier que j’allais rester une « fille bien » même dans le Sodome et Gomorrhe qu’était à ses yeux Manhattan. »  Page 131
  • « Une conversation décousue à propos de notre travail, des rumeurs qui commençaient à circuler au sujet de camps de la mort montés par les nazis en Europe de l’Est, des chances que Roosevelt garde Henry Wallace pour second lors de la campagne présidentielle de l’année suivante, de Watch on the Rhine, la pièce de Lillian Hellman qu’Eric, toujours très exigeant, jugeait épouvantable… »  Page 134
  • « Son fantastique anonymat, d’abord : ici, on pouvait devenir invisible, et surtout ne jamais sentir le regard désapprobateur de quiconque dans son dos, un des passe-temps favoris des bonnes gens d’Hartford. On pouvait passer la nuit debout, ou se perdre tout un samedi après-midi dans les kilomètres de livres de ses librairies, ou entendre Ezio Pinza chanter Don Giovanni au Met pour la somme dérisoire de cinquante cents – à condition de faire la queue, évidemment –, ou dîner à trois heures du matin chez Lindy, ou encore se lever à l’aube un dimanche, aller en flânant jusqu’au Lower East Side, acheter des oignons marinés tout droit sortis des tonneaux Delancey Street et s’installer chez Katz devant l’un de ces sandwichs au pastrami dont la dégustation vous conduisait au bord de l’extase mystique. »  Page 140
  • « À la faveur de toutes ces promenades, j’ai appris à voir New York comme un gigantesque roman victorien qui vous oblige à cheminer au sein de sa vaste intrigue et de ses foisonnantes digressions. »  Page 140
  • « Et moi, en lectrice avide, je me laissais chaque fois prendre par son récit, et j’avais hâte de connaître la suite. »  Page 140
  • « Si mes parents trouvaient que c’était un magnifique parti, j’avais mes réserves, moi, tout en lui reconnaissant ses mérites, notamment l’éloquence avec laquelle il parlait des romans d’Henry James et des tableaux de John Singer Sargent, son romancier et son peintre de prédilection. »  Page 143
  • « Eric a aussitôt quitté son travail à la Guilde du théâtre et s’est mis en route pour le Mexique et l’Amérique du Sud, avec sa Remington portable car il comptait passer l’année suivante à écrire une pièce ambitieuse et peut-être l’ébauche d’un journal de voyage sur le subcontinent. Il m’a incitée à l’accompagner mais je n’étais pas du tout prête à abandonner mon poste à Life au bout de sept mois seulement.
  • — Si tu venais avec moi, tu pourrais te concentrer entièrement sur un roman, a-t-il objecté. » Page 145
  • « Bien à contrecœur, il s’était aussi résigné à changer d’allure pour être engagé dans l’équipe de Joe E. Brown. Il s’était coupé les cheveux et avait renoncé à son accoutrement à la Trotski, tristement conscient de la nécessité d’accepter les très strictes normes vestimentaires de l’époque s’il voulait gagner sa vie. »  Page 153
  • « — Quand on commence par se voir comme le nouveau Bertolt Brecht et qu’on finit en écrivant des calembours à la chaîne pour un programme de variétés, on peut légitimement se considérer comme un raté.
    — Tu écriras d’autres pièces importantes.
    Il avait eu un sourire amer.
    — Je n’en ai jamais écrit et tu le sais, S. Même une pièce « passable », je n’en ai pas une seule dans mes cartons. Tu sais ça, aussi. » Page : 153
  •  « — Ah, on est chez vous, ici ? s’est exclamé Jack sans un soupçon d’embarras.
    — Fine déduction, docteur Watson. Vous ne m’en voudrez pas si je vous demande comment vous avez échoué ici ? »  Page 158
  • « — Bien, et maintenant tu dois me parler un peu de toi. À ton tour !
    — Comme quoi ? Ma couleur préférée ? Mon signe astral ? Si je préfère Fitzgerald ou Hemingway ?
    — Qui, alors ?
    — Fitzgerald, de très loin. »  Page 168
  • « — Et peut-on savoir où est passé ton don Juan en uniforme ? »  Page : 186
  • « — Cette idée m’a effleurée, certes… Mais je me demande également comment je vais arriver à travailler toute seule, livrée à moi-même.
    — Tu dis depuis longtemps que tu voudrais t’essayer à un roman. C’est l’occasion rêvée, non ? »  Page 199
  • « — Très drôle. Et puis je ne suis pas seulement un écrivain raté. D’après Leland McGuire, je manque aussi d’esprit d’équipe. »  Page 200
  • « — Si vous voulez mon modeste avis, à votre place je ne ferais ni ne dirais rien. Contentez-vous d’empocher l’argent de Mr Luce pendant les six mois qui viennent et mettez-vous à écrire le roman du siècle, puisque je crois savoir que vous êtes une littéraire. »  Page 204
  • « J’ai jeté de vieux habits et plein de livres dans une malle, et malgré les protestations d’Eric j’ai tenu à emporter ma machine à écrire dans ma bucolique retraite. »  Page 217
  • « Je ne faisais rien, ou presque. Je passais la matinée au lit avec un bon roman, ou bien je me lovais dans le gros fauteuil fatigué devant l’âtre en feuilletant des revues vieilles d’une décade que j’avais découvertes dans le coffre en bois qui servait de table basse. Le soir, j’écoutais la radio, surtout s’il y avait un concert de l’orchestre de la NBC dirigé par Toscanini, et je lisais tard dans la nuit. »  Page  217
  • « Le mercredi 25 avril 1946, il était 16 h 02 à ma montre lorsque cette course s’est arrêtée. Je suis restée un moment les yeux sur la feuille à moitié couverte avant de comprendre ce qui m’arrivait : je venais de terminer ma première nouvelle. »  Page 226
  • « Le lendemain matin, j’ai relu d’une traite ces vingt-quatre pages. Intitulée À quai, la nouvelle était une version romancée de ma rencontre avec Jack, à la différence qu’elle se déroulait en 41 et que la narratrice était une éditrice d’une trentaine d’années, Hannah, une femme seule qui n’avait jamais eu de chance avec les hommes et commençait à croire que l’amour ne croiserait jamais son chemin. Entre en scène Richard Ryan, un lieutenant de vaisseau en permission d’un soir à Manhattan avant de s’embarquer pour le Pacifique. Ils font connaissance dans une soirée, l’attirance est réciproque, ils partent déambuler dans la ville, échangent leur premier baiser, prennent une chambre d’hôtel miteuse et se séparent « courageusement » devant les docks de la Navy à Brooklyn. Il lui a juré sa flamme mais Hannah sait qu’elle ne le reverra plus. Ce n’était pas leur heure, tout simplement. Il s’en va à la guerre, il oubliera vite cette nuit. Reste à la jeune femme la certitude d’avoir trouvé sa destinée par hasard et de l’avoir aussitôt perdue. » Page 226
  • « Dans ma nouvelle, Hannah se sent dépouillée à l’issue de sa fulgurante expérience mais elle a également appris qu’elle pouvait éprouver de l’amour. »  Page 228
  • « — J’attends un exemplaire de votre livre quand il va être publié, Sara. »  Page 228
  • « Une autre enveloppe a immédiatement attiré mon regard parce qu’elle venait du Saturday Night/Sunday Morning, un hebdomadaire avec lequel je n’avais jamais été en contact. Intriguée, je me suis hâtée de l’ouvrir. Nathaniel Hunter, chef de la section littéraire, m’indiquait que ma nouvelle, À quai, avait été retenue pour publication et qu’il l’avait programmée au premier numéro du mois de septembre 1946, avec un versement de droits d’auteur qu’il établissait à cent vingt-cinq dollars. »  Page 229
  • « — De rien. Elle se défend toute seule, ta nouvelle ! Tu es capable d’écrire. »  Page 231
  • « — Vous êtes jeune, libre, sans responsabilités familiales. C’est le moment idéal pour vous mettre sérieusement à un roman. » Page 234
  • « Il n’a pas non plus cherché à apprendre si ma nouvelle comportait des éléments autobiographiques. Non, il s’est contenté de la juger très bonne, et il a eu l’air surpris quand je lui ai avoué que c’était ma première incursion sur le terrain de la fiction.
    — Il y a dix ans, j’étais exactement au même stade que vous, m’a-t-il déclaré. Le New Yorker venait de me prendre une nouvelle et j’avais déjà la moitié d’un roman dont j’étais certain qu’il allait faire de moi le John Marquand de ma génération.
    — Et qui l’a publié, finalement ?
    — Personne. Je ne l’ai jamais terminé, ce damné bouquin ! Et pourquoi ? Parce que je me suis bêtement laissé absorber par des choix tels que d’avoir des enfants, et d’entrer comme éditeur chez Harper pour avoir un salaire qui me permette de les faire vivre, et de passer ensuite à un poste encore mieux payé pour avoir de quoi les envoyer en école privée, prendre un appartement plus grand, louer une maison d’été sur la côte… »  Page 235
  • « — Oui, mais la carte du Casanova n’a pas un peu précipité ta décision ? »  Page 238
  • « Les écrivains réputés se taillaient donc la part du lion, et, certes, l’hebdomadaire pouvait se targuer de publier les plus grands noms littéraires du moment, Hemingway, O’Hara, Steinbeck, Somerset Maugham, Evelyn Waugh, Pearl Buck… »  Page 240
  • « Les soirs où je ne me sentais pas entièrement vidée de mon énergie, je finissais toujours par trouver d’autres occupations, une double séance Howard Hawks dans un cinéma de la 14e, un roman à suspense de William Irish, ou encore le nettoyage de ma salle de bains qui soudain me paraissait indispensable… »  Page 242
  • « — Peut-être, mais c’est vrai. J’ai tout gâché à Life, je n’aurais jamais dû entrer à Saturday/Sunday et maintenant je n’arrive plus à écrire quoi que ce soit. Une petite nouvelle publiée quand j’avais vingt-quatre ans, voilà toute la trace que je laisserai en littérature. »  Page 243
  • « Ainsi qu’Eric l’avait pressenti, Jack Malone n’avait été qu’un poseur, un Casanova en uniforme. »  Page 245
  • « Mais renoncer à ses responsabilités conjugales et paternelles, c’était une conduite antiaméricaine, carrément. Et dans son cas précis aussi immorale qu’incompréhensible, puisque son démon de midi avait choisi une femme qui me rappelait furieusement le personnage de Mrs Danvers dans Rebecca !
    Pendant des mois, j’ai repensé à ce qu’il m’avait dit lors de notre dernière conversation. Cette décision radicale, l’avait-il prise lui aussi « dans l’urgence, guidé par l’instinct et sous l’emprise de la peur » ? La peur de vieillir, peut-être, et de rester en cage, et de ne jamais écrire ce grand roman qu’il s’était juré de donner dans sa jeunesse ?
    Autant que je sache, cependant, celui-ci n’a jamais été publié, retraite bucolique avec Jane Yates ou pas. J’ai entendu dire qu’il avait fini professeur de littérature anglaise dans une obscure école privée près de Franconia, et ce jusqu’à sa mort en 1960, que j’ai apprise par un bref avis de décès dans le New York Times. Il n’avait que cinquante et un ans. »  Page 250
  • « Il se montrait aussi plein de compréhension, notamment sur le terrain de mes débuts d’écrivain restés sans lendemain. »  Page 254
  • « — Attendez ! Le plus chanceux de tous, c’est encore moi. Épouser l’un des écrivains les plus talentueux d’Amérique…
    — Oh, je t’en prie…
    J’étais devenue rouge comme une tomate.
    — Je n’ai été publiée qu’une seule fois. Et rien qu’une nouvelle.
    — Mais quelle nouvelle ! Vous ne pensez pas, Emily ?
    — Et comment ! Au journal, tout le monde trouve qu’elle est parmi les trois ou quatre meilleurs textes que nous avons publiés l’an dernier. Quand on sait que les autres sont de Faulkner, d’Hemingway et de J.T. Farrell… »  Page 256
  • « — Mais quel talent, voyons ? Pour une simple nouvelle, alors qu’il n’y en aura sans doute pas d’autre ? »  Page 257
  • « — Il t’arrive de t’écouter, Sara ? Enfin, tu es un auteur publié, tu es fiancée à un homme qui reconnaît sincèrement ton talent, qui s’engage à tout faire pour que tu puisses t’absorber dans ton art et qui pense que tu es la femme la plus extraordinaire de la planète. Et toi, tout ce que tu trouves à dire, c’est que tu as peur d’être tellement adorée ? Redescends sur terre, je t’en prie ! »  Page 258
  • « — Je parie qu’elle réfléchissait à son roman, a-t-il glissé à Emily. »  Page 260
  • « — Donnez-moi des comptes d’entreprise à vérifier et je peux me plonger dedans quatre heures de suite, aussi captivé que si j’avais un bon livre d’aventures entre les mains. Mais devant une symphonie de Mozart, je suis perdu. Je ne sais pas ce qu’il faut écouter, vraiment. »  Page 260
  • « J’appréciais la lucidité ironique avec laquelle il se considérait. Et j’aimais son empressement à me couvrir de livres, de disques, de soirées au théâtre ou aux concerts du Philharmonic quand bien même je savais qu’un programme Prokofiev était pour lui l’équivalent musical de deux heures sur le fauteuil d’un dentiste. »  Page 261
  •  « Il lisait énormément, lui aussi, mais surtout de gros essais, des tomes et des tomes de témoignages ou de relations factuelles. Je pense que je n’ai connu personne d’autre qui soit vraiment allé jusqu’au bout de La Crise mondiale, la somme de Churchill. Les œuvres romanesques ne l’emballaient guère, ainsi qu’il me l’avait avoué en proposant aussitôt que je lui « apprenne » à en lire, et je lui avais donc offert L’Adieu aux armes. Dès le lendemain, il m’avait appelée au journal.
    — Eh bien, quel livre !
    — Quoi, tu l’as déjà terminé ?
    — Un peu ! Ce type sait raconter une histoire, tu ne crois pas ?
    — Oui. On peut dire que Mr Hemingway a cette capacité.
    — Et tout ce qu’il raconte sur la guerre… Triste.
    — Et la passion de Frederic et Catherine ? Tu n’as pas été bouleversé ?
    — Ah ! Pendant la dernière scène, à l’hôpital, j’ai pleuré comme une fontaine.
    — Très bien, mon amour.
    — Mais quand je l’ai refermé, sais-tu ce que je me suis dit ?
    — Non.
    — Que si elle avait eu un bon médecin américain pour s’occuper d’elle, elle s’en serait sans doute sortie.
    — Euh… Je n’y avais jamais pensé, mais oui, tu as certainement raison.
    — Ce n’est pas pour débiner les toubibs suisses, attention !
    — Je ne crois pas qu’Hemingway ait eu cette intention, lui non plus.
    — Mais bon, maintenant que je l’ai lu, l’idée que tu accouches en Suisse ne me plairait pas du tout. Pas du tout. »  Pages 261 et 262
  • « Et il y était en effet parvenu pendant cette heure passée avec Eric, tout comme il avait réussi à parler avec une étonnante pertinence de ce qui se donnait alors à Broadway et de l’expérience révolue du théâtre subventionné, amenant ainsi mon frère à évoquer quelques-uns de ses souvenirs avec Orson Welles. »  Page 264
  • « J’ai attendu cinq minutes, je me suis levée, j’ai traversé le corridor sur la pointe des pieds et je suis entrée chez lui sans frapper. Il était déjà au lit, avec un livre. »  Page : 272
  • « Aux questions qu’il m’avait posées sur le compte de Jack et sur ce qu’il y avait d’autobiographique dans ma nouvelle j’avais compris qu’il se doutait que je n’étais plus vierge. »  Page 273
  • « — Je comprends que vous ayez décidé d’être écrivain, maintenant. Vous avez l’œil et l’oreille pour tout.
    — Je ne suis pas écrivain.
    — Plaît-il ? Et cette nouvelle que vous avez publiée, alors ?
    — Un texte publié dans une revue ne suffit pas à faire un écrivain.
    — Quelle modestie ! Surtout vu l’immodestie de l’histoire. L’avez-vous réellement aimé, ce marin ?
    — Il s’agit d’une fiction, Mrs Grey, non de souvenirs personnels.
    — Mais oui, ma chère. Les jeunes femmes qui écrivent à vingt-quatre ans s’inventent toujours des contes sur le grand amour de leur vie. »  Page 276
  • « — Eh bien d’accord. Laisse le petit Georgie et ses parents te mener par le bout du nez. Et quand ils en auront fini avec toi, tu seras dans le même état qu’une héroïne d’Ibsen. »  Page 283
  • « Les maisons de Park Avenue étaient résolument Nouvelle-Angleterre, hommages au néogothique à la Edgar Poe avec leurs bardeaux blancs et leurs briques rouges unionistes. »  Page 297
  • « J’avais loué l’appartement meublé, il ne me restait donc qu’à empaqueter mes livres, mon pick-up et mes disques, quelques photos de famille, trois valises de vêtements et ma machine à écrire. »  Page 298
  • « Mis à part ce bref moment que j’ai été la seule à surprendre, il avait été un modèle de tact et de diplomatie depuis le début mais malgré cela, et malgré sa très correcte allure, les parents de George n’avaient cessé de l’observer avec un mélange de dédain et d’inquiétude, comme s’ils s’attendaient à le voir grimper sur la table pour nous lire des extraits du Capital. »  Page 300
  • « — Quel philtre as-tu versé dans leur verre ? Raconte !
    — Aucun. Je leur disais juste à quel point ils me font penser à La Splendeur des Amberson. »  Page 301
  • « — D’après moi, c’est Toulouse-Lautrec, ce Français très petit de taille mais non d’esprit, qui a eu la meilleure réflexion à propos du mariage : « Un repas sans saveur qui commence par le dessert. » Je suis persuadé qu’il n’en sera pas ainsi avec George et Sara. » Page 302
  • « Il a plu pendant trois des cinq jours où nous avons été là mais nous avons réussi à faire quelques promenades sur la plage ; autrement, nous restions au salon, chacun avec un livre. »  Page 304
  • « La cinquantaine, ai-je jugé à sa voix qui était fortement teintée d’accent du Sud et se nuançait d’une déférence qui m’a rappelé le personnage de la nounou noire dans Autant en emporte le vent. »  Page 311
  • « — Quel pervers tu fais, Eric !
    — C’est seulement maintenant que tu t’en aperçois ?
    — Non… Mais peut-être qu’au temps où j’évoluais dans le Sodome et Gomorrhe de Manhattan ton indépendance d’esprit ne me paraissait pas aussi radicale.
    — Tandis que là, en plein territoire cul-bénit… »  Pages 321 et 322
  • « D’ailleurs, il empestait l’anglophile à trois lieues, Dudley Thomson. Une sorte de T.S. Eliot guetté par l’obésité, sinon qu’il n’était pas un poète sous les atours d’un banquier britannique, lui, mais un avocat spécialisé en divorces de chez Potholm, Grey et Connell, le cabinet de Wall Street dont Edwin Grey était l’un des plus influents associés. »  Page 346
  • « Avec sa tolérance coutumière, et son immense patience, celui-ci n’avait pas exprimé la moindre réserve devant cet accès de solipsisme. Alors je me contentais de passer mes journées en puisant dans une réserve de romans policiers et en explorant l’impressionnante discothèque de mon frère. »  Page 347
  • « — Je vais te confier une chose : tout ce que je regrette d’Old Greenwich, c’est la sensation d’avoir un espace ouvert, de ne pas être confinée. Voilà pourquoi je suis sûre de me plaire ici. Je suis à une minute de Riverside Park, j’ai les berges de l’Hudson, j’ai mon jardin, j’ai…
    — Arrête, ou je vais penser que tu es devenue une émule de Thoreau ! »  Page 359
  • « — Ohé, tu es toujours là ? a plaisanté Eric en me tendant un verre du vin pétillant avec lequel nous fêtions mon installation.
    — Je suis un peu abasourdie, c’est tout.
    — De quoi ? D’être la maîtresse de tout ce sur quoi se porte ton regard, pour paraphraser William Cowper ? »  Page 362
  • « — Oui, affreusement impressionnant… Bien, dites-moi, maintenant : quand est-ce que vous allez nous écrire quelque chose ? J’ai retrouvé la première nouvelle que vous avez publiée chez nous. Vraiment bonne, je pense. Et la prochaine, où est-elle ? » Page 366
  • « — Sans problème. Depuis que cette fichue guerre est finie, on dirait que tout le monde s’est mis en tête de devenir écrivain, dans ce pays. Nous sommes submergés de manuscrits ni faits ni à faire. Ce sera un plaisir de vous en repasser une vingtaine par semaine. Trois dollars la note de lecture. »  Page 367
  • « En quatre jours, j’avais essayé des douzaines d’entrées en matière qui toutes m’avaient arraché des cris de désespoir. Je me maudissais de m’être prêtée à cette sinistre farce, moi que l’on disait écrivain quand j’avais été fortuitement visitée par une muse en une seule occasion, puis laissée en tête à tête avec ma nullité ! Le pire, et je le savais parfaitement, c’était que l’inspiration ne comptait que pour moitié environ dans les ingrédients nécessaires à un bon texte : savoir-faire, application et pure volonté faisaient le reste, toutes qualités dont je manquais si clairement. Je n’étais pas assez obstinée ni confiante en moi pour aligner cinq malheureux feuillets à propos de la remise à neuf d’un appartement new-yorkais, alors comment avais-je pu imaginer une seule seconde pouvoir gagner ma vie en écrivant ? »  Page 369
  • « Bien entendu, mes derniers espoirs de tenir son délai de remise étaient partis en fumée dimanche à dix heures du soir, alors que le sol autour de mon bureau faisait penser à un champ de neige artificielle avec toutes ces feuilles rageusement froissées en boule qui s’étaient peu à peu accumulées. Mon esprit était plus que bloqué : congelé, barricadé. En quatre jours, j’avais essayé des douzaines d’entrées en matière qui toutes m’avaient arraché des cris de désespoir. Je me maudissais de m’être prêtée à cette sinistre farce, moi que l’on disait écrivain quand j’avais été fortuitement visitée par une muse en une seule occasion, puis laissée en tête à tête avec ma nullité ! Le pire, et je le savais parfaitement, c’était que l’inspiration ne comptait que pour moitié environ dans les ingrédients nécessaires à un bon texte : savoir-faire, application et pure volonté faisaient le reste, toutes qualités dont je manquais si clairement. Je n’étais pas assez obstinée ni confiante en moi pour aligner cinq malheureux feuillets à propos de la remise à neuf d’un appartement new-yorkais, alors comment avais-je pu imaginer une seule seconde pouvoir gagner ma vie en écrivant ? Je n’avais ni le talent, ni la rigueur, ni le toupet suffisants pour aborder le métier de l’écriture. »  Page 369
  • « Et surtout, j’étais à nouveau capable d’écrire, un constat qui ne laissait pas de me stupéfier et de m’enchanter. Ce n’était pas un roman, ce n’était pas du « grand art », mais j’étais contente de la densité de mes textes et je les trouvais relativement spirituels. »  Page 375
  • « Je ne l’avais rencontré qu’à une occasion, lorsqu’il m’avait invitée à déjeuner en compagnie de miss Woods quelques mois après le lancement de ma nouvelle rubrique. Grand, corpulent, son physique me rappelait beaucoup celui de Charles Laughton. »  Page 377
  • « — Rien ne presse. Mais, quand même, comme Machiavel, tu te poses un peu là ! Tu arrives toujours aussi bien à jouer sur les deux tableaux ? » Page 386
  • « Et, de fait, il semblait transfiguré par son succès, sa réputation professionnelle et sa soudaine prospérité. En l’espace d’un mois, il s’est dépouillé de la dégaine d’écrivain raté qu’il s’était imposée. »  Page 387
  • « Un garçon d’origine cubaine qui avait grandi dans le Bronx, n’avait jamais terminé ses études, avait appris la musique tout seul et trouvait encore le temps de dévorer les livres. Il accompagnait des vedettes telles que Mel Torme ou Rosemary Clooney mais il était aussi capable de parler avec érudition – et avec son accent faubourien – de la poésie d’Eliot. »  Page 388
  • « — Oui, Dorothy. Très Magicien d’Oz, comme nom. Je présume que tu l’as rencontrée dans le Kansas et qu’elle avait Toto le petit chien avec elle, et… Je ferais mieux de m’en aller tout de suite. »  Page 406
  • « Elle m’a raconté plus tard qu’elle s’était imaginée en héroïne d’un livre d’Hemingway, infirmière dans un hôpital volant, et qu’elle s’était retrouvée à faire la secrétaire pour les bureaucrates de l’armée. »  Page 407
  • « Claquemurée dans ma chambre de l’hôtel Ambassador, j’ai consacré ces longues heures à prendre de l’avance dans mes rubriques, à lire et à entretenir ma conviction d’avoir bien agi en envoyant ce télégramme. J’avais l’impression d’avoir échoué dans un mauvais roman russe plutôt que dans le Midwest américain. »  Page 420
  • « J’ai donc passé la nuit dans la voiture-bar, à boire du café noir et à essayer de m’intéresser à la peu crédible crise spirituelle que traversait un banquier bostonien dans le tout dernier roman de J.P. Marquand. »  Page 420
  • « — Quoi ? Quelle histoire ?
    — La nouvelle que tu as écrite sur notre rencontre.
    — Comment es-tu au courant ?
    — Par Dorothy. Elle te l’a dit l’autre jour, c’est une inconditionnelle de ta prose. Et elle achète ton magazine depuis des années. Alors, quand nous sommes ressortis du parc, elle m’a raconté que le premier texte qu’elle avait lu de toi était une nouvelle que tu avais écrite pour Saturday/Sunday. C’était à quel moment ? »  Page 429
  • « — Tu penses vraiment que j’embrasse comme un mioche de quatorze ans ?
    — Non. Mais le garçon de la nouvelle, si.
    — C’est notre histoire !
    — Oui. Et aussi une simple histoire.
    — Superbement écrite, en tout cas.
    — Tu es trop gentil.
    — Non, je ne le dirais pas si je ne le croyais pas. Bon, et les suivantes ?
    — Tu as ici la totalité de mon œuvre littéraire à ce jour. »  Page 430
  • « — La gloire est une abeille. Elle bourdonne. Elle pique. Ah, et elle s’envole, aussi.
    — C’est d’Emily Dickinson, non ? »  Page 431
  • « — Oh, un « arrangement » ? Je vois. Un « cinq à sept », comme disent ces coquins de Parisiens ? Tu connais la littérature française aussi bien que moi, Jack, alors dis-moi : je suis censée être qui ? Une nouvelle Emma Bovary ? »  Page 436
  • « — Ah, tu le reconnais ! Son régime est abominable. Et même si je n’ai que du mépris pour Staline et ses marionnettes nord-coréennes, est-ce que l’Amérique doit vraiment encourager et soutenir des dictatures ?
    — Écoutez-la ! On dirait ces libéraux à la sauce Adlai Stevenson ! »  Page 457
  • « Il a continué son inspection, levant les sourcils devant des pantoufles d’homme près de mon lit ou les livres de poche qui s’empilaient sur la table basse du living.
    — Je ne savais pas que tu aimais ce gros dur de Mike Hammer, a-t-il persiflé en soulevant un roman de Mickey Spillane. »  Page 459
  • « — Désolé, docteur Watson, mais pour moi tout établit la présence d’un individu de sexe masculin ici. Une présence « régulière », je dirais même. »  Page 460
  • « On aurait cru qu’Eric venait de recevoir une gifle. Moi, j’aurais aimé rentrer sous terre. Finalement, il a surmonté sa stupéfaction pour se risquer à une imitation de Scarlett O’Hara :
    — Oh, très cher, mon petit doigt me dit que quelqu’un s’est montré un peu trop volubile quant à mon pittoresque passé. Ce ne serait pas toi, sœurette ? »  Page 466
  • « — Parce que mon cher frère est le pire catholique irlandais qui soit. Il croit vraiment au péché originel, vous savez ! L’exil du paradis, les feux de l’enfer, toutes ces gâteries que nous a données l’Ancien Testament, il y tient dur comme fer. Moi, je lui répète que tout ce moralisme n’est que de la foutaise, que l’important, c’est d’être relativement correct avec les autres. D’après ce que je sais, il l’a plutôt été, avec Dorothy. »  Page 477
  • « Là encore, je me suis retenu de lui répondre que c’était probablement parce que son frérot devait être un brave plouc du Midwest et non un rat de bibliothèque de la côte Est qui avait été assez bête pour lire Marx et croire un instant à ses élucubrations prolétariennes. »  Page 487
  • « Cela prendrait des années, pendant lesquelles vous seriez devenu inemployable, ainsi que l’a indiqué Mr Ross.” Kafka au Rockefeller Center ! J’ai préféré gagner du temps, annoncer que j’allais réfléchir. »  Page 489
  • « — Quel genre d’ami ?”… Oh, tu aurais dû voir son air outragé ! Comme s’il avait à la fois Sodome et Gomorrhe devant lui. »  Page 489
  • « — Ils veulent des noms dans quarante-huit heures. Si vous ne les leur donnez pas, le rouleau compresseur se mettra en marche. Vous n’aurez plus de travail, vous serez convoqué devant la Commission, et à partir de cet instant le Département d’État refusera toute demande de passeport tant que vous n’aurez pas témoigné. Ils l’ont fait à Paul Robeson, donc ils ne vont pas se gêner avec vous. »  Page 499
  • «  “Qu’est-ce que ça signifie ?” Moi : “Vous vouliez des noms, je vous en ai donné ! — Des noms ? Vous appelez ça des noms ?” Il s’est mis à lire à haute voix, enragé : “Dormeur, Grincheux, Timide, Atchoum, Joyeux, Prof, Simplet, et… BN, c’est qui, ça ? — Mais Blanche Neige, voyons…” Ross s’est approché pour regarder la feuille et il m’a dit : “C’est votre hara-kiri professionnel. »  Page 515
  • « Je le dévisageais, éperdue d’étonnement.
    — Tu leur as donné… les Sept Nains ?
    — Eh bien oui, ce sont les premiers communistes qui me soient venus à l’esprit. Parce que, regarde, ils vivaient en collectivité, ils mettaient en commun leurs ressources, ils partageaient même… »  Page 515
  • « — Oh, quelle modestie ! a remarqué Ronnie. Et après avoir balancé les Sept Nains, où tu étais passé, sans indiscrétion ? »  Page 516
  • « — Je n’y penserais même pas, à votre place. Vous avez affaire à plus fort que vous, Sara. Si vous choisissez la confrontation, ils vous mettront à la porte et vous aurez tout perdu. Tandis que là vous gardez la face, et des revenus corrects. Tenez, dites-vous que c’est un congé sabbatique offert par la revue. Partez en Europe. Écrivez un roman. Tout ce que le patron vous demande, c’est… »  Page 525
  • « Je ne demandais qu’à partager son optimisme mais je n’étais pas pour autant prête à me résigner à ce qui était à mes yeux un pacte de Faust, un peu d’argent facile contre leur tranquillité d’esprit. »  Page 531
  • « — Un fou et son argent ne font jamais bon ménage.
    — Attends que je devine de qui c’est. Bud Abbott ? Ou Lou Costello, peut-être ? Ou Abbott et Costello ensemble, dans leur show ? En tout cas ce n’est pas de l’Oscar Wilde.
    — Non, je ne crois pas. Encore que je me sente de plus en plus d’affinités avec ce monsieur. Surtout que j’écrirai moi aussi mes Mémoires de prison, bientôt. Dès que la digne Commission d’enquête m’aura convaincu d’obstruction à la justice. »  Page 532
  • « — Rappelle-toi ce que Nietzsche a dit : il faut vivre dangereusement.
    — Et tu sais ce qu’il lui est arrivé, à Nietzsche ?
    — Quoi ?
    — Il est mort. »  Page 539
  •  « Nous menions une existence de reclus qui nous convenait parfaitement. Nous avons dévoré la pile de romans policiers que quelqu’un avait laissés dans le bungalow. »  Page 553
  • « Mon ministère voudrait sans doute que j’invoque une parole de la Bible pour conclure ces propos. Mais j’appartiens à l’Église unitarienne et de ce fait je peux aussi convoquer la poésie, en l’occurrence ces vers de Swinburne : “Dors/Et si la vie t’a été amère, pardonne/Si elle t’a été douce, rends grâce/Car tu n’as plus à vivre/Et il est bon de rendre grâce comme de pardonner.” »  Page 573
  • « — Je ne m’offusquerais pas pour si peu, a répondu Webb en souriant. Et vous avez raison, en plus. C’est un idéal chrétien, oui, et comme tous les idéaux – surtout les chrétiens, d’ailleurs – il est très difficile à réaliser. Cependant, nous devons essayer.
    — Même quand on est face à la lâcheté la plus totale ? Vous m’excuserez, mais je crois qu’il y a une relation de cause à effet pour chacun de nos actes. Si vous prenez le risque de faire telle chose, appelons-la petit a, telle autre, petit b, se produira forcément. Le problème, c’est que la plupart des gens pensent qu’ils pourront esquiver les conséquences de petit b. Mais ils ne peuvent pas. On est toujours rattrapé au tournant.
    — C’est plutôt Ancien Testament, comme morale. Vous ne trouvez pas ?
    — Mais oui ! Je suis juif, moi ! Sur ce genre de question, je suis totalement dans la ligne de l’Ancien Testament. On fait un choix, on prend une décision, on assume la suite. »  Pages 575 et 576
  • « Ainsi que nous en étions convenus, Roger Webb n’a pas prononcé d’ultime prière ni de bénédiction, se bornant à réciter un passage de l’Apocalypse :
    Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux,
     Et la mort ne sera plus, ni deuil,
    Ni pleurs, ni souffrance ne seront plus
    Car ce qui est passé s’en est allé. »  Pages 576 et 577
  • « Durant ses années au Village, la petite place avait été son bureau en plein air. Il s’asseyait sur un banc avec un livre, ou bien engageait d’interminables parties avec les joueurs d’échecs qui campaient à droite de l’arche. »  Page 579
  • « Et ils publient aussi deux lettres d’information avec des titres tout aussi incroyables, Contre-Attaque et Lignes rouges. Ces torchons n’ont qu’une seule raison d’être : tenir à jour la liste de ceux que la Commission accuse d’être communistes, à huis clos théoriquement ! C’est la bible de la chasse aux sorcières, dans laquelle les patrons puisent leur soi-disant information. »  Page 587
  • « — D’après Marty, il a un cadavre dans le placard, lui aussi. Oh, pas gros, mais par les temps qui courent ils se contentent de ronger quelques os. Juste avant la guerre, Mr Malone a signé un appel d’un certain Comité de soutien aux réfugiés antifascistes. Une de ces organisations qui aidaient les gens ayant fui l’Allemagne nazie, l’Italie, les Balkans… Pour les émules de McCarthy, en tout cas, ça signifiait qu’il était à la solde de Moscou ! Il a juré sur la Bible qu’il n’a jamais appartenu au Parti, qu’il n’avait participé qu’à une ou deux réunions de ce Comité, avec deux amis de Brooklyn qui l’avaient entraîné là-dedans. »  Page 588
  • « — Si, il y en a ! Les Dix d’Hollywood ont préféré aller en prison. Et Arthur Miller : il a refusé de témoigner et il a été poursuivi. Et mon frère aussi, il a eu le choix… et il en est mort ! »  Page 594
  • « — Alors bonne route, où que vous alliez. Je vais encore garder un œil sur le don Juan, juste pour être sûr qu’il ne vous court pas après. »  Page 601
  • « Tolérant ma misanthropie, elle ramassait les listes de courses, ou de livres à prendre à la librairie locale, que je lui laissais sur la table en les accompagnant de quelques phrases d’excuses pour mes manières de sauvage. »  Page : 605
  • « Le lendemain, à mon retour de promenade, j’ai trouvé les emplettes demandées ainsi que trois épais volumes dont j’avais toujours retardé la lecture : La Montagne magique de Thomas Mann, Les Ailes de la colombe d’Henry James et, friandise après cette sérieuse et monumentale littérature, le récit de guerre merveilleusement drolatique de Thomas Heggen, Mister Roberts. »  Page : 606
  • « J’ai eu même de quoi m’acheter une radio, un phonographe et une substantielle provision de livres et de disques. »  Page 616
  • « — Tout dépend de la vie que vous menez, du nombre de gens que vous fréquentez et de ce que vous leur dites. Si vous laissez entendre que vous êtes celle qui écrivait dans Saturday/Sunday, tous les profs de littérature de la région voudront faire votre connaissance. Ici, les nouvelles têtes sont rares, et quand elles sont célèbres, en plus…
    — N’exagérons rien. Je ne suis pas Walter Lippmann, moi. J’écris de petites choses à propos de petites choses. »  Page 618
  • « Avec cinquante dollars par mois, je payais mon loyer et je menais la grande vie. Je traînais des journées entières au Balzar avec un livre… C’est une superbe brasserie, tout près de là où j’habitais. »  Page 634
  • « — Voilà, je finis ce verre et c’est terminé pour ce soir. Autrement vous allez vous croire en pleines Confessions d’un enfant du siècle. »  Page 635
  • « — La morphine me manque.
    — Tiens donc. C’est justement pour cette raison que vous n’en aurez plus. Je n’ai pas envie que vous repartiez d’ici en vous prenant pour une version moderne de Thomas De Quince.
    — Je croyais que c’était l’opium, lui.
    — Attendez ! Je suis médecin, moi, pas critique littéraire. Mais je sais que la morphine provoque une accoutumance. »  Page 650
  • « Tous les livres et disques que j’avais achetés pendant mon séjour dans le Maine sont allés à la bibliothèque municipale. »  Page 665
  • « Je sortais presque tous les soirs, je côtoyais dans les bars des Irwin Shaw, des James Baldwin, des Richard Wright et autres écrivains américains venus vivre à Paris. J’allais écouter Boris Vian chanter dans quelque cave de Saint-Germain-des-Prés et j’ai même eu le privilège d’assister à une lecture donnée par Albert Camus dans une librairie. Beaucoup de jazz, de longs déjeuners entre amis au Balzar, ma brasserie préférée. »  Page : 676
  • « J’avais même participé à une protestation d’ordre vaguement politique, une première pour moi, en l’espèce d’une veillée de deuil devant notre ambassade en France, manifestation à laquelle s’étaient joints trois mille Parisiens à l’appel de célébrités telles que Sartre et Beauvoir. »  Page : 677
  • « Chère Meg,
    Si je ne m’abuse, c’est George Orwell qui a dit que les expressions toutes faites reflètent toujours une vérité première. »  Page 679
  • « Dès qu’un amant s’avisait de prétendre transformer ma vie, me changer, en s’étonnant par exemple que je continue à habiter mon petit atelier ou que je préfère aux toilettes plus féminines les tailleurs-pantalons à la Colette, je lui montrais poliment la porte. »  Page 681
  • « Ce paradoxe n’a pas quitté mon esprit au cours des mois suivants, alors que j’avais laissé un bassiste de jazz danois s’amouracher de moi, que je continuais mon travail au journal, que je passais des après-midi entiers à la Cinémathèque, que chaque matin je m’installais avec un livre pendant une heure au Luxembourg si le temps me le permettait. »  Page 683
  • « Un petit appartement fonctionnel, sans effort de décoration, où livres, magazines et cendriers pleins à ras bord se taillaient la part belle. »  Page 710
  • « Comme toujours, le sol était jonché de livres et de magazines. »  Page 727
  • « — Sacré bouquin, ai-je remarqué en montrant le manuscrit. Je suppose que tu l’as lu ?
    — En effet.
    — Elle t’a demandé d’être son éditrice ?
    — Je l’ai lu en tant qu’amie. »  Page 728
  • « — Une promesse, c’est une promesse. Ta mère m’a fait quasiment jurer sur la Bible de sa chambre d’hôpital que je ne te dirais pas un mot. Je savais que tu n’allais pas me porter dans ton cœur quand Sara aurait réussi à te rencontrer mais… Si mon éducation catholique m’a appris au moins une chose de bien, c’est de savoir garder un secret. »  Page : 732
  • « — Écoute, je pourrais écrire des volumes sur chaque déception à la noix, sur chaque échec que j’ai eu à subir dans ma fichue existence ! Et puis ? Tout le monde a des coups durs. C’est aussi basique que la vie. Mais ce qui l’est tout autant, c’est que tu n’as pas le choix : tu dois continuer. Est-ce que je suis heureuse, moi ? Non, pas spécialement. Et je ne suis pas malheureuse non plus. »  Page 734
  • « Pendant que je renfilais mon manteau, elle a pris le carton du manuscrit.
    — N’oublie pas ton livre.
    — Ce n’est pas « mon » livre. Et si tu le lui rendais, toi ?
    — Oh non ! s’est-elle exclamée en me jetant la boîte dans les bras. Je ne vais pas jouer les coursiers pour toi. »  Page 735
  • « — J’aurais préféré ne pas l’avoir lu, votre livre.
    — Je comprends.
    — Non, vous ne comprenez pas, ai-je répliqué à voix basse. Vous n’imaginez même pas.
    Encore un silence.
    — Le Jack Malone qui est dans ce manuscrit… ce n’est pas le père dont maman me parlait parfois. Pas cet exemple moral, pas l’Irlandais au grand cœur. »  Page 736
  • « — Exactement. Mon passé. Mes choix. Et voulez-vous que je vous dise quelque chose d’assez amusant, en fin de compte ? À ma mort, tout ce passé va disparaître avec moi. C’est la découverte la plus étonnante que l’on fait, en vieillissant : se rendre compte que toutes les souffrances et les joies, tout ce… drame, sont tellement éphémères. Vous les portez en vous et puis vous disparaissez, et plus personne ne se souvient du roman qu’a été votre vie.
    — À moins de l’avoir raconté à quelqu’un. Ou de l’avoir écrit. »  Page 738
  • « Et puis cela avait aussi été ma première sortie du territoire américain en 1976, lors d’une escapade supposément romantique à Québec avec un petit ami de l’époque, Brad Bingham. Avec un nom pareil, je ne pouvais que l’avoir rencontré à Amherst, où il était rédacteur en chef adjoint de la revue littéraire du campus, vouait un culte à Thomas Pynchon et rêvait de s’enfuir au Mexique pour y écrire un gros roman fumeux. »  Page 754
  • « J’ai chipoté quelques feuilles de laitue, vidé le bordeaux, essayé en vain de me plonger dans un roman d’Anne Tyler que j’avais pris avec moi mais les lignes se brouillaient sous mes yeux, alors je me suis contentée de regarder la neige tomber derrière la vitre. »  Page 758
  • « Comme j’avais donné sa tenue d’école à nettoyer à l’hôtel, et qu’il avait ses livres et ses cahiers dans la malle arrière, nous n’avions pas besoin de repasser par chez moi. »  Page 767