4,5 étoiles, H, M

Hercule Poirot – Le Meurtre de Roger Ackroyd

Hercule Poirot – Le Meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie

Éditions Hachette (Agatha Christie), 2004, 333 pages

Roman de la série « Hercule Poirot » écrit par Agatha Christie et publié initialement en 1926 sous le titre anglais « The Murder of Roger Ackroyd ».

Dans le petit village paisible de King’s Abbot, trois décès ont eu lieu en peu de temps. Il y a eu monsieur et madame Ferrars à quelques mois d’intervalle et maintenant Roger Ackroyd. Les ragots vont bon train. On dit que Mme Ferrars aurait assassiné son mari pour vivre son amour avec Roger Ackroyd et prise de remord se serait suicidée. Mais qui a tué Roger Ackroyd que l’on a retrouvé poignardé dans son bureau fermé à clé ? Heureusement pour la famille Ackroyd et la petite communauté, Hercule Poirot réside maintenant dans le village. Flora, la nièce de la victime, lui demande d’enquêter pour blanchir son amoureux, Ralph Paton le fils adoptif d’Ackroyd, de tout soupçon. Bien qu’il soit à la retraite, il décide de s’occuper de l’affaire. En l’absence d’Hasting pour le seconder, il va s’allier les services de son voisin le Dr Sheppard qui est le médecin du village et un ami d’Ackroyd. Il devient par le fait même le confident et l’allié de Poirot dans l’enquête. Sa sœur Caroline s’amuse quant à elle à tenir au courant le détective de toutes les rumeurs du village.

Un excellent roman policier de style « énigme en chambre close ». Agatha Christie a su créer, avec cette enquête, une histoire passionnante et captivante. L’intrigue est complexe, comme il se doit d’une énigme de chambre close, mais elle est très bien présentée et surtout bien ficelée. Le déroulement de l’enquête est somme toute classique, mais tout de même très agréable à découvrir. La révélation de l’identité du coupable et du subterfuge utilisé par ce dernier est assez surprenante. De plus, ce roman permet au lecteur une immersion dans les us et coutumes britanniques du début du XXème siècle. La plume d’Agatha Christie est toujours aussi efficace et très élégante. Dans ses textes et surtout dans celui-ci, il n’y a pas de place pour la vulgarité, les règles de la bienséance sont respectées même s’il y a eu meurtres. Les personnages aussi sont fort intéressants et très réalistes. Ils sont tous différents les uns des autres. L’auteur nous permet de découvrir leur personnalité ainsi que les soupçons qui planent sur eux dans l’enquête de Poirot. Les personnages du Dr Sheppard et de sa sœur Caroline sont divertissants grâce à l’humour qu’ils apportent avec leurs interactions et leurs dialogues. Ce roman de la Reine du crime est une très bonne lecture malgré quelques longueurs. Un classique à lire absolument.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 29 octobre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Kipling nous dit que la devise de la gente mangouste pourrait se résumer en cette courte phrase : « Pars et va à la découverte! »
    Si jamais Caroline veut se faire faire des armes parlantes, je lui conseillerai d’adopter l’effigie d’une mangouste. »  Page 16
  • « Elle changea même de sujet et me demanda s’il était exact que certains poisons trompassent les recherches.
    « Ah! répondis-je, vous avez lu des histoires de détectives! »
    Elle avoua en avoir lu.
    « Dans toute histoire de détective, dis-je, il y a généralement un poison rare, qui vient, si possible, de l’Amérique du Sud et dont personne n’a jamais entendu parler. La mort est instantanée et la science est impuissante à comprendre.
    – Existe-t-il vraiment des poisons de cette sorte ?
    Je secouai la tête…
    « Je crois que non, sauf le curare. » »  Pages 28 et 29
  • « Je n’avais jamais cru Miss Russell capable de s’intéresser à des histoires de détectives.
    Je l’évoquai, avec amusement, sortant de sa chambre pour tancer une servante indocile, puis y retournant vivement pour se plonger dans Le Mystère de la septième mort, ou toute autre œuvre de ce genre! »  Page 29
  • « « Pourquoi avez-vous remarqué Ralph Paton ? Parce qu’il est beau ?
    – Pas seulement à cause de cela, encore qu’il ait un physique particulièrement agréable pour un Anglais; en style de roman, il serait qualifié de dieu grec. Non, il y avait, dans l’attitude du jeune homme, quelque chose que je ne comprenais pas. » »  Page 39
  • « Flora me rejoignit près de la vitrine et exprima des doutes sur l’authenticité du soulier du roi Charles.
    « D’ailleurs, continua-t-elle, il me semble ridicule de s’extasier parce qu’une personne a porté ou employé un objet. La plume avec laquelle George Eliot a écrit Le Moulin sur la Floss, par exemple, n’est, après tout, qu’une plume. Si vous admirez Eliot, mieux vaut acheter son livre et le lire.
    – Je suppose, Miss Flora, que vus ne lisez rien d’aussi démodé ?
    – Vous avez tort, docteur, j’adore Le Moulin sur la Floss. »
    Je fus charmé de l’apprendre, car les livres que lisent les jeunes filles, de nos jours, m’épouvantent positivement. »  Page 48
  • « Le cabinet était une pièce très confortable. Un des côtés était garni de rayons supportant des livres, les chaises étaient recouvertes de cuir bleu et, près de la fenêtre, se trouvait un grand bureau chargé de papiers classés avec soin. »  Pages 52 et 53
  • « Je ne vois pas pourquoi il me supposait absolument dénué de perspicacité; je lis des romans policiers, je lis des journaux et je suis un homme assez cultivé. »  Page 84
  • « « Comment! Mais c’est Hercule Poirot, le détective. On dit qu’il a fait les choses les plus merveilleuses, tout comme les policiers des romans. »  Page 90
  • « « Vous rappelez-vous l’homme qui vendit son âme au diable, en échange de la jeunesse ? On en a fait un opéra.
    – Faust ?
    – Oui. Histoire merveilleuse. Beaucoup d’entre nous agiraient ainsi s’ils le pouvaient. »  Page 123
  • « Je me rappelle Mélisande, continua Blunt, elle avait épousé un homme assez âgé pour être son père. »  Page 127
  • « – Et il lui a sans doute donné une émeraude grosse comme un œuf de pigeon? demandais-je ironiquement.
    – Il ne m’en a rien dit… Pourquoi ?
    – Pour rien; je croyais que c’était classique ! Dans tous les romans policiers, l’incomparable détective reçoit des joyaux de la main de ses clients princiers, éperdus de gratitude. »  Page 157
  • « – Tu sembles avoir inventé un conte de fées; tu lis trop de romans, je te l’ai toujours dit. »  Page 159
  • « – C’est cela, l’impasse qui ne conduit nulle part. Il peut en être de même de ces empreintes, elles peuvent ne vous mener à rien.
    – Je ne vois pas bien comment ce serait possible, dit l’officier de police; je suppose que vous croyez qu’elles sont falsifiées ? J’ai lu des histoires de ce genre, mais je n’ai jamais rein constaté de semblable. D’ailleurs, qu’elles soient vraies ou fausses, nous aboutirons toujours à quelque conclusion. »  Page 165
  • « – Nous devons en remercier la Providence, déclara Mme Ackroyd. Je crois fermement en la Providence, dont nous ressentons l’action bienfaisante jusqu’aux extrémités de notre être, comme dit Shakespeare. »  Page 170
  • « – Mais vous pouviez ne pas me dire la vérité ou bien votre montre pouvait être dérangée. Seulement Parker certifie également que nous avez quitté la maison à neuf heures moins dix; nous acceptons donc cette affirmation et nous passons. À neuf heures vous vous heurtez à un homme à la grille du parc. Ici nous arrivons à ce que nous appellerons le « roman du mystérieux étranger »; qu’est-ce qui me prouve que c’est exact ? »  Page 178
  • « Jusqu’au lundi soir, mon récit aurait donc pu être celui de Poirot lui-même. J’étais le Watson de ce Sherlock Holmes, mais ensuite nos voies divergèrent. »  Page 185
  • « – C’est donc bien vous ?
    – Oui… je… il y avait là un ou deux objets intéressants. Je venais de lire une étude à ce sujet, accompagnée de la photographie d’un bibelot qui avait été payé très cher par Christy et qui me paraissait semblable à l’un de ceux que contenait la vitrine. J’eux l’idée de l’emporter la première fois que je me rendrais à Londres et… de… le faire estimer. Voyez quelle agréable surprise c’eût été pour Roger s’il avait eu une grande valeur ? »  Pages 193 et 194
  • « – Voyons, protestai-je doucement vous ne croyez pas possible qu’une jeune fille comme Flora Ackroyd ait été capable de poignarder son oncle de sang-froid ?
    – Je n’en sais rien, répondit Miss Gannett. Je viens de lire un livre sur les bas-fonds de Paris où l’on dit que les pires criminels sont souvent des jeunes filles au visage angélique. »  Page 214
  • « Elle avait eu ce matin-là des nouvelles de quelqu’un qui s’adonnait aux stupéfiants, elle avait lu l’article et elle était venue vous trouver pour vous poser quelques questions tendancieuses. Elle a parlé de cocaïne parce que l’article en question traitait surtout de la cocaïne. Puis lorsque vous avez paru trop vous intéresser à cette question, elle a vite fait dévier le sujet vers les histoires de détective et de posons qui ne laissent aucune trace. »  Page 270
  • « – Il y a des moments où j’ai le grand désir de voir revenir mon ami Hastings, l’ami dont je vous ai parlé et qui réside maintenant en Argentine. Chaque fois que j’avais un cas sérieux il était auprès de moi et il m’a aidé, oui, il m’a aidé souvent. Il avait le don de découvrir la vérité, sans s’en rendre compte lui-même, bien entendu. Il faisait parfois une flexion saugrenue… qui m’apportait une révélation. Puis il avait l’habitude de rédiger un comte rendu écrit des affaires intéressantes. »  Page 294
  • « – Eh bien, j’ai lu quelques-uns des récits du capitaine Hastings et j’ai voulu l’imiter. Il me semblait dommage de ne pas le faire. Occasion unique… probablement la seule fois où je serai mêlé à une affaire de ce genre. »  Page 294
  • « Encore un peu inquiet toutefois, j’ouvris un tiroir de mon bureau et j’y pris une pile de feuilles manuscrites que je lui tendis. En vue d’une publication possible, j’avais divisé mon récit en chapitres et, le soir précédent, j’avais narré la visite de Miss Russell. Poirot était donc en possession de vingt chapitres. »  Page 295
  • « J’appris que Poirot et ma sœur avaient diné ensemble à sept heures et demie et que le détective s’était rendu dans mon atelier pour y terminer la lecture de mon manuscrit. »  Page 295
  • « Poirot était assis près de la fenêtre et le manuscrit était empilé avec soin sur une chaise à côté de lui. Il posa la main dessus et s’écria :
    « Je vous félicite de votre modestie.
    – Oh ! répondis-je un peu étonné.
    – Et… de votre discrétion », ajouta-t-il.
    Je répétai : « Oh !
    – Hastings n’écrivait pas de cette façon, continua mon ami; à toutes les pages, on retrouvait le mot Je et un exposé de ses pensées et de ses actions; tandis que vous, vous êtes resté à l’arrière-plan et vous ne vous êtes guère mis en scène qu’une ou deux fois dans des tableaux de votre vies domestique, dirions-nous. » »  Page 296
  • « C’est un compte rendu très prévis et très détaillé. Vous avez rapporté tous les faits fidèlement et exactement, bien que vous vous soyez montré trop modeste en ce qui concerne la part que vous y avez prise. »  Page 296
  • « – Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai fait allusion aux réticences de votre manuscrit ? me dit Poirot. Il est parfaitement sincère dans l’exposé des faits qu’il raconte… mais il ne raconte pas tout, n’est-ce pas, mon ami ? »  Page 311
  • « Mais souvenez-vous que, juste devant la fenêtre, se trouvait une table chargée de livres et de journaux. »  Pages 318 et 319
  • « Le Capitaine Ralph Paton doit être disculpé, cela va sans dire, et je vous propose de terminer votre intéressant manuscrit… en renonçant à vos réticences. »  Pages 328 et 329
  • « Étrange fin du récit que je voulais publier quelque jour pour décrire un échec de Poirot. »  Page 331
  • « Je suis assez satisfait de moi comme écrivain. »  Page 332
  • « Lorsque j’aurai fini d’écrire, je mettrai le manuscrit dans une enveloppe que j’adresserai à Poirot.
    Ensuite… que choisirai-je ? Du véronal ? Il y aurait là comme une sorte de justice poétique. »  Page 334
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4,5 étoiles, C, P

Les contes interdits, tome 3 – Peter Pan

Les contes interdits, tome 3 – Peter Pan de Simon Rousseau

Éditions AdA, 2017, 230 pages

Troisième tome de la série « Les contes interdits » écrit par Simon Rousseau et publié initialement en 2017.

Jacques Dolan est un enquêteur à la retraite du Service de police de la Ville de Québec depuis qu’un accident de travail lui a fait perdre une main. Ses anciens collègues le surnomment affectueusement Hook à cause de la prothèse en forme de crochet qui remplace sa main. Pour occuper ses journées, Jacques traîne sur les différentes scènes de crime et aide ses anciens collègues. Depuis quelques temps, il y a eu plusieurs suicides où les gens se lance en bas de bâtiment. La rumeur veut que ce soit une nouvelle drogue « la poudre de fée » qui donne l’impression d’être capable de voler. Suicides ou surdose, la question se pose. Sa routine sera chamboulée par l’appel d’une ancienne flamme qui lui demande d’enquêter sur la disparition de ses trois enfants. Ils ont disparu tous les trois le même soir. Fugue ou kidnapping ? Jacques n’a pas d’autre choix que de partir à la recherche de Wendy, Michel et Jean. Au cours de sa carrière, Jacques en a vu de toutes les couleurs, mais rien de tout cela ne l’avait préparé pour affronter ce qui se passe à Neverland.

Une reprise sanglante du roman de James Matthew Barrie « Peter Pan, ou le garçon qui ne voulait pas grandir ». Simon Rousseau a utilisé le canevas du roman pour le revisiter dans le genre de l’horreur. Il offre ainsi une histoire sordide sous forme de roman policier où les liens entre les deux textes se font facilement. Le côté horreur est apporté par des thèmes très lourds, trop lourds vu la grande quantité, tel que la pédophilie, la drogue, la torture, la prostitution juvénile et bien d’autres. L’écriture de Rousseau est très efficace et rapide. Il décrit les scènes d’horreur de façon très réaliste sans tabou, même en décrivant les pires penchants de l’homme. Les personnages sont tous bien campés et surtout très colorés dans leurs travers. Les personnages les plus flamboyants dans l’horreur sont sans contredit ceux de Clochette qui a tous d’une désaxée nymphomane et celui de Peter Pan. Ils sont très loin des personnages créés par Barrie. Une très bonne lecture malgré la présence d’une violence à la limite du soutenable. Cet opus mérite sans contredit sa place dans cette série d’horreur pour public adulte et averti.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 10 octobre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Passionné depuis toujours des récits d’aventures, plus particulièrement de ceux de pirates et de corsaires, il enviait la complète liberté de ces personnages tous plus marginaux les uns que les autres. Il n’avait jamais été un grand lecteur, mais il n’avait pu s’empêcher de relire des dizaines de fois des romans tels que l’Île au trésor, de Robert Louis Stevenson, ou encore Moonfleet, de J.M. Falkner, des récits dépaysants qui l’aidaient à oublier ses repères contemporains. »  Pages 6 et 7
  • « Antoine Smee, début trentaine, devait à peine mesurer 1,60 mètre tout en étant pourvu d’une généreuse bedaine de bière et de membres boursouflés. On ne pouvait quand même pas le qualifier d’obèse, puisque sa corpulence s’avérait juste assez importante pour que, combinée à sa hauteur, on le prenne pour un nain. Non pas un nain comme Tyrion du Trône de Fer, mais plutôt un nain tel que Gimli du Seigneur des Anneaux. »  Pages 54 et 55
  • « – Les deux garçons ont été impliqués dans un trafic de marijuana. Paraitrait même que ce n’était pas la première fois. C’est pour ça qu’ils étaient au Gouvernail. Ils ne te disent rien ?
    Le nain à la Tolkien se gratta la barbe :
    – Désolé, Hook. Jamais vus. Tu sais bien que je ne trempe jamais dans les combines qui impliquent des jeunes… »  Page 57
  • « – T’as vu le film Fight Club ? Bah, ça pourrait ressembler un peu à ça… mais avec quelques petites touches originales. »  Page 58
  • « – Brad Pitt.
    Hook se sentit idiot. Et si Smee ne lui avait pas donné le bon mot de passe ? Après tout, prendre le nom d’un acteur de Fight Club pour une soirée clandestine comme celle-là, fallait être sacrément culotté. »  Page 65
  • « Hook comprit en s’approchant que l’intervenant s’était faufilé jusqu’à des bennes à ordures semblables à celles qui camouflaient l’entrée du « Fight Club » aux passants, sauf que celles-ci étaient adossées à une clôture délimitant la cour de l’ancienne bâtisse industrielle. »  Page 69
  • « L’enquêteur attendit de longues secondes sur place, guettant le moindre bruit de l’autre côté de la porte. Il cogna de nouveau. Son instinct lui dictait que quelqu’un l’observait, attendait… et il avait raison. Un grand homme noir au visage carré, et barraqué comme Hulk, lui ouvrit. »  Page 93
  • « Le gaillard était doté d’un fort accent haïtien et d’étranges tatouages faciaux qui rient frémir Hook. Il l’imaginait aisément participer à de sombre cérémonies vaudoues, rituels endiablés dansants dédiés au Baron Samedi ou à d’autres entités obscures semblables, capables de percer avec plaisir la peau de leurs ennemis à distance comme lui pouvait broyer les os des désagréables clients du bar. Jacques chassa ces pensées stéréotypées – voir racistes – de son esprit et tenta de ne pas se laisser intimider par l’imposante stature du bonhomme qui ressemblait un peu à John Coffey de La Ligne Verte, personnage du film tiré du roman de Stephen King, sans ses pouvoirs guérisseurs ne sa bonté contagieuse. »  Page 94
  • « Lunettes fumées du début des années 2000, long manteau sombre, cheveux lissés vers l’arrière, teint pâle et silhouette svelte; un vrai Keanu Reeves de La Matrice avec une calvitie légèrement plus avancée. »  Page 98
  • « Si Hook préférait la solitude, le cigare, les vêtements de marque, la littérature et vivait dans un luxueux condo, Béliveau avait une famille, un labrador, vivait en banlieue de l’autre côté du fleuve et affectionnait la bière, le hockey, les habits souples et la patches Nicorette. »  Page 128
  • « Il avait un mauvais pressentiment. Il n’aurait jamais dû prendre cet appel. Il aurait dû finir son verre, quitter ce bar, partir fumer un bon cigare chez lui, lire un livre et tout oublier de cette histoire. »  Page 167
  • « – Veux-tu savoir comment j’ai eu ces dents-là?
    Jacques voulut rétorquer qu’il s’en moquait, mais le Crocodile pouffa de rire avant qu’il ne parle.
    – J’te nargue ! J’suis juste un peu trop fan du Joker de Heath Ledger pis de ses cicatrices.
    – C’est drôle, j’étais sûr que tu serais plus du genre à tripper sur Hannibal Lecter…, plaisanta avec mépris le détective.
    – Elle était trop facile, Dolan; je l’ai entendue trop souvent, celle-là… Il est tellement overrated, Hannibal ! Y se fait prendre trop souvent. »  Pages 176 et 177
  • « – J’ai cherché une solution, l’interrompit-il, le regard illuminé. Dans ma tête, je serai jamais un grand, ça, je le sais. Mais mon corps, lui ? Donc, les fois que je suis allé dans le monde des adultes, j’ai fouillé pour trouver des solutions. J’ai fini par découvrir les vampires. Ils me passionnent. Dracula, Lestat, Barnabas Collins… j’ai vu tout ce qu’il y avait à voir sur eux!
    Clochette n’en croyait pas ses oreilles. Était-il possible que Pan soit assez dément pour prendre les propriétés de ces créatures de fiction pour une réalité? Certainement. Après tout ce qu’il avait vécu, comment aurait-il pu distinguer la folie et les rêveries du bon sens ?
    – Ils ne vieillissent jamais, Clochette ! Jamais ! Parce qu’ils boivent du sang. »  Pages 191 et 192
  • « Il pleuvait des cordes, si bien que Hook pénétra dans l’établissement complètement détrempé. À l’intérieur attendaient deux femmes. L’une, plus vieille et surprise de devoir accueillir un visiteur, lisait un bouquin du genre chick lit sur son bureau de réceptionniste. »  Page 198
  • « L’empalement était un processus extrêmement long au cours duquel la victime pouvait demeurer consciente durant des heures avant de s’évanouir ou de trépasser. Une mort atroce. Le manchot ne put s’empêcher de songer aux récits sur Vlad III l’Empaleur, l’homme ayant inspiré Bram Stoker pour son personnage de Dracula, qui vouait une véritable passion pour l’empalement. Certaines sources relataient même qu’il appréciait savourer ses repas devant les pauvres âmes subissant son châtiment. »  Page 203
4,5 étoiles, E

Elle s’appelait Sarah

Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay

Éditions Le Livre de Poche, 2010, 336 pages

Roman écrit par Tatiana de Rosnay et publié initialement en 2006 sous le titre anglais « Sarah’s key ».

Julia est une journaliste américaine qui vit à Paris depuis 25 ans avec son conjoint Bertrand, qui est français. Elle reçoit de son employeur le mandat d’écrire un article pour la commémoration des 60 ans de la rafle du Vel d’Hiv qui eut lieu en 1942. Lors de cette rafle, Sarah avait 10 ans et vivait avec ses parents et son petit frère à Paris. Ils portaient tous une étoile jaune sur leurs habits. Une nuit, ils furent réveillés brutalement par des policiers français. Sarah et ses parents furent emmenés au Vélodrome d’Hiver du 15ème arrondissement. Ils y passèrent quelques jours dans des conditions effroyables, avant d’être conduit en train vers les camps de la mort. Mais Sarah a un terrible secret qui l’angoisse et qu’une petite clé dans sa poche lui rappelle constamment. Pour écrire son article, Julia devra faire une enquête sur cet événement important de la Shoah en France. Au cours de ses recherches, elle est confrontée au silence et à la honte qui entourent le sujet. Au fil des témoignages, elle découvre, avec horreur, le calvaire des familles juives raflées et la participation zélée des policiers français. À 60 ans d’écart, les destins de Julia et de Sarah vont se rejoindre.

Émotions et apprentissages sont au rendez-vous dans ce magnifique roman. Apprentissages, car une partie de la trame de fond est la rafle du Vél D’hiv survenu à Paris le 16 juillet 1942 lors de la seconde guerre mondiale. Un événement peu glorieux et très peu connu probablement dû à l’implication peu orthodoxe de la police française dans ce génocide. Émotions, car l’auteur nous fait plonger dans cette tragédie par le biais des yeux d’un enfant de 10 ans, Sarah, qui ne comprend pas ce qui se passe, qui souffre et qui a peur. La compréhension des événements nous vient peu à peu par les trouvailles de Julia au cours de son enquête. Le style de Tatiana de Rosnay dans ce roman est efficace, dynamique et bouleversant. Elle fait vivre une kyrielle d’émotions au lecteur avec ses chapitres courts et qui alternent entre la vie de Julia et celle de Sarah. Une lecture dont on ne sort pas indemne car bien qu’il s’agît d’une fiction, il reste que c’est basé sur des faits réels et surtout cruels de l’histoire de l’humanité. Un excellent roman qui nous tient en haleine, même si la fin se termine à l’eau de rose. Je conseille vivement cette lecture à tous.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 14 décembre 2017

La littérature dans ce roman:

  • « Dans ce placard, ils gardaient une lampe de poche, des coussins, des jouets, des livres et même une carafe d’eau que Maman remplissait tous les jours. Son frère ne sachant pas encore lire, la fillette lui faisait la lecture. Il aimait entendre Un bon petit diable. Il adorait l’histoire de Charles l’orphelin et de la terrifiante Mme Mac’Miche et comment Charles prenait sa revanche sur tant de cruauté. Elle la lui relisait sans cesse.
    La fillette apercevait le visage de son frère qui la fixait dans le noir. Il était accroché à son ours en peluche préféré, il n’avait plus peur. Peut-être serait-il en sécurité, là, après tout. Il y avait de l’eau et la lampe de poche. Il pourrait regarder les images du livre de la comtesse de Ségur, celle qu’il aimait par-dessus tout, la magnifique revanche de Charles. »  Page 14
  • « Ici, l’empreinte de Mamé était partout, même si elle était partie en maison de retraite depuis neuf mois déjà. La grand-mère de mon mari avait vécu là des années. Je me souvenais de notre première rencontre, seize ans auparavant. J’avais été impressionnée par les tableaux anciens, la cheminée de marbre où trônaient des photos de famille dans des cadres d’argent, les meubles à l’élégante et discrète simplicité, les nombreux livres sur les étagères de la bibliothèque, le piano à queue recouvert d’un riche velours rouge. »  Page 17
  • « Il y avait un mois de cela, sa mère avait cousu les étoiles sur tous leurs vêtements. Sauf sur ceux de son petit frère. Quelque temps auparavant, leurs cartes d’identité avaient été tamponnées des mots « Juif » ou « Juive ». Puis il y eut tout un tas de choses qu’ils ne furent plus autorisés à faire. Jouer dans le square. Faire de la bicyclette. Aller au cinéma. Au théâtre. Au restaurant. À la piscine. Emprunter des livres à la bibliothèque. »  Page 34
  • « Cela faisait six ans que j’écrivais pour l’hebdomadaire américain Seine Scenes. Il y avait une édition papier ainsi qu’une version sur le Net. J’écrivais une chronique sur les événements susceptibles d’intéresser les expatriés américains. Je faisais dans la « couleur locale », ce qui pouvait aller de la vie sociale à la vie culturelle – expos, films, restaurants, livres – mais aussi la prochaine élection présidentielle. »  Page 35
  • « J’ai lu tout l’après-midi. Je n’ai rien fait d’autre que lire et enregistrer des informations, rechercher des livres sur l’Occupation et les rafles. Je remarquai que de nombreux ouvrages étaient épuisés. Je me demandai pourquoi. Parce que personne ne voulait lire sur le Vél d’Hiv ? Parce que cela n’intéressait plus personne ? J’appelai quelques librairies. On me répondit qu’il ne serait pas facile de me procurer ce que je cherchais. Faites tout ce que vous pouvez, dis-je. »  Page 39
  • « « Vous ne connaîtriez pas quelqu’un, un voisin, qui pourrait nous parler de la rafle ? » demandai-je. Nous avions déjà interviewé plusieurs survivants. La plupart avaient écrit des livres pour raconter leur expérience, mais nous manquions de témoins. »  Page 75
  • « J’étais sur le chemin du bureau quand mon téléphone sonna. C’était Guillaume. Il avait trouvé quelques-uns des livres épuisés dont j’avais besoin chez sa grand-mère. Il pouvait me les prêter. »  Page 130
  • « Franck Lévy devait avoir dans les soixante-cinq ans. Son visage avait quelque chose de profond, de noble et de las. Je le suivis dans son bureau, une pièce haute de plafond, remplie de livres, de dossiers, d’ordinateurs, de photographies. »  Page 133
  • « Il était mort, là, tout seul, dans le noir, sans eau, sans nourriture, avec son ours et son livre d’histoires. »  Page 138
  • « La chambre où elle avait dormi était spacieuse, simple mais confortable. Près de la porte se trouvait une étagère avec des livres. Elle alla y jeter un œil. Ses livres préférés étaient là, Jules Verne, la comtesse de Ségur. Sur les pages de garde, une main juvénile et scolaire avait écrit : Nicolas Dufaure. Elle se demanda de qui il s’agissait. »  Page 138
  • « La fillette avait des yeux clairs en amande. Bleus ou verts, c’était difficile à dire. Des cheveux blonds aux épaules, légèrement ondulés. Un beau sourire timide. Un visage en forme de cœur. Elle était assise à son pupitre d’écolière, un livre ouvert devant elle. Sur sa poitrine, l’étoile jaune. »  Page 145
  • « Le soir, je retrouvai Guillaume au Select. Nous nous assîmes à l’intérieur, près du bar, loin de la terrasse bruyante. Il avait apporté des livres. J’étais ravie. C’était ceux que je cherchais sans pouvoir mettre la main dessus. Notamment un, sur les camps du Loiret. Je le remerciai chaleureusement. »  Page 148
  • « La fillette suivait des yeux le faisceau orangé d’une lampe torche qui balayait les murs de la cave et s’approchait de sa cachette. Puis elle vit la gigantesque silhouette noire d’un soldat se détacher comme dans un livre d’images. Elle était terrorisée. »  Page 151
  • « Je lui demandai alors s’il y avait beaucoup de visiteurs au Mémorial. Il me répondit que des groupes scolaires venaient et, parfois, des touristes. Nous feuilletâmes le livre d’or. »  Page 156
  • « Nous sortîmes du bâtiment. J’emportais tout un tas de documents, brochures et livres, que le conservateur m’avait donnés. Dans ma tête, tout ce que je savais de Drancy se bousculait, les traitements inhumains de ces années de terreur, les trains qui n’en finissaient pas de transporter des Juifs jusqu’en Pologne. »  Page 157
  • « Quand, à l’aube, le chant du coq la réveilla, son oreiller était trempé de larmes. Elle s’habilla rapidement, se glissant dans les vêtements que Geneviève avait préparés pour elle. De solides habits de garçon, bien propres et passés de mode. Elle se demanda à qui ils avaient appartenu. À ce Nicolas Dufaure qui avait péniblement écrit son nom sur tous ces livres ? »  Page 163
  • « Elle courut dans le long couloir familier, puis tourna à gauche, dans sa chambre. Elle ne remarqua pas le nouveau papier peint, le nouveau lit, les livres, toutes ces choses qui ne lui appartenaient pas. »  Page 186
  • « Je promenais mon regard dans le bureau plein de couleurs de Charla, sur sa table de travail couverte de dossiers et de livres, sur les rideaux rubis en coton léger qui volaient dans la brise. »  Page 258
  • « « Alors, vous êtes journaliste ? À Paris, d’après ce que j’ai vu sur Internet ? »
    Je me mis à tousser nerveusement en tripotant ma montre.
    « Moi aussi, j’ai regardé. Votre dernier livre a l’air fabuleux, Festins toscans. »
    William Rainsferd soupira en se tapotant le ventre.
    « Ah ! Ce livre m’a valu cinq kilos de trop que je n’ai jamais réussi à perdre. » »  Page 270
  • « Je me demandais s’il avait fait des recherches sur le Vél d’Hiv, s’il avait lu des articles, des livres sur les événements de juillet 1942 en plein cœur de Paris. »  Page 285
  • « Je regardai la clef. Puis le dessin. Un portrait maladroit d’un petit garçon avec des cheveux blonds et bouclés, qui semblait être assis dans un placard, avec un livre sur les genoux et un nounours à ses côtés. Au dos, une légende : « Michel, 26, rue de Saintonge. » Je feuilletai le carnet. Aucune date. Des phrases courtes écrites sous forme de poèmes, en français, difficiles à déchiffrer. Quelques mots me sautèrent au visage : le camp, la clef, ne jamais oublier, mourir.
    « L’avez-vous lu ? demandai-je.
    — J’ai essayé. Mais je ne parle pas très bien français. Je ne comprends que des bribes. » »  Page 292
4,5 étoiles, A, V

L’Assassin royal – Premier cycle, tome 05 – La voie magique

L’Assassin royal – Premier cycle, tome 05 – La voie magique de Robin Hobb

Éditions Baam!, 2009, 344 pages

Cinquième tome en français du premier cycle de « L’assassin Royal » de Robin Hobb. Il correspond au deuxième tiers de « Assassin’s Quest » paru initialement en 1997.

Fitz doit mettre temporairement de côté son projet de vengeance contre Royal, qui a usurpé le trône du roi en son absence. Lors d’une confrontation, son oncle Vérité a dû l’aider par le biais de sa grande capacité à « artiser ». Il lui a alors ordonné de le rejoindre. L’appel est plus fort que tout. Fitz part donc vers le Royaume des montagnes où il espère dans un premier temps y retrouver son ami le Fou et Kettrichen, la femme de Vérité. Il veut par la suite poursuivre vers le dernier lieu où a été aperçu Vérité dans sa quête des Anciens. Mais cette route vers les montagnes ne sera pas une partie de plaisir pour Fitz car les troupes de Royal sont à sa recherche. De plus, il devra faire le trajet périlleux vers les montages alors que les chemins sont à la veille d’être fermés pour l’hiver. En cours de route, il sera reconnu par deux femmes : Astérie, femme ménestrel, qui veut devenir célèbre en narrant les aventures du Bâtard au Vif et Caudron, une vieille femme mystérieuse qui en sait beaucoup sur le Vif et sur l’Art. Elles feront le chemin avec lui mais seront-elles pour Fitz un aide ou une nuisance dans son cheminement pour retrouver Vérité?

Un tome de transition un peu plus lent que les précédents. Dans ce tome, l’auteur présente avec brio et un grand réalisme le pèlerinage de Fitz sur les chemins des montages avec les difficultés du froid et de la neige. En tant que lecteur, on souffre avec lui. Ce rude voyage est loin d’être monotone car on y retrouve plusieurs rebondissements, de nouvelles connaissances sur les Anciens, l’Art et le Vif et surtout beaucoup d’émotions. Robin Hobb a conservé dans ce cinquième tome son style soigné et fluide qui tient le lecteur en haleine. Elle a aussi su inclure dans son histoire un grand dynamisme. Ce qui est intéressant dans ce tome c’est qu’il y a deux nouveaux protagonistes : Astérie et Caudron. Ces deux personnages sont très bien construits, attachants et énigmatiques à la fois. Bien que quelques longueurs ponctuent ici et là le texte, l’ensemble reste cependant très bon. L’impact d’une coupure du tome original en trois parties et que celui-ci soit le deuxième explique peut-être ces petites longueurs. En espérant que la conclusion fasse honneur à la saga et qu’elle soit aussi passionnante.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 17 août 2017

La littérature dans ce roman:

  • « Astérie se laissa aller contre le dossier de sa chaise. « Mais elle en a fait un si beau conte que j’en avais les larmes aux yeux. Elle a montré au sorcier d’Art la cicatrice que votre coup de griffe lui avait laissée sur la joue, en jurant qu’elle n’a dû son salut qu’à la mort-au-loup qui poussait là où vous vous trouviez.
    — J’ai l’impression que c’est Tassin que vous devriez suivre si vous cherchez une chanson, marmonnai-je, révolté.
    — Ah, mais la fable que je leur ai servie était encore meilleure », fît-elle, puis elle s’interrompit en indiquant de la tête le garçon qui s’approchait. »  Page 28
  • « Pour les contrebandiers, elle chanta une vieille ballade sur Heft le voleur de grand chemin, sans doute de tous les brigands de Cerf celui qui avait eu le plus de panache ; même Nik sourit pendant la chanson, tandis qu’Astérie ne cessait de lui lancer de petites oeillades ; à l’intention des pèlerins, elle chanta un poème qui parlait d’une route qui ramenait les gens chez eux en suivant les méandres d’un fleuve, et elle termina par une berceuse pour les trois enfants du voyage ; mais déjà bon nombre de spectateurs s’étaient allongés sur leurs couvertures. »  Page 66
  • « Dans nombre de légendes et contes d’autrefois qui parlent du Vif, on affirme qu’un usager du Vif finit par acquérir de multiples traits de son animal de lien ; certaines histoires parmi les plus effrayantes soutiennent même qu’un tel individu devient capable, avec le temps, de prendre l’aspect de l’animal en question. »  Page 77
  • « « Savez-vous ce que je transporte dans cette carriole, Tom ? Des livres ; des manuscrits et des rouleaux de parchemins que j’amasse depuis des années ; je me les suis procurés dans de nombreux pays, j’ai appris bien des langues et bien des alphabets, et dans beaucoup de régions j’ai trouvé mention à d’innombrables reprises des Prophètes blancs. Ils apparaissent aux moments critiques de l’Histoire et ils la façonnent ; certains disent qu’ils viennent mettre l’Histoire sur la voie qui doit être la sienne. »  Page 80
  • « « Je crois que l’heure est venue pour l’apparition d’un de ces prophètes ; et mes lectures me conduisent à penser que le Prophète blanc de notre génération se lèvera dans les Montagnes. »  Page 81
  • « Je trouvai Caudron en train d’étudier un manuscrit à la lumière du feu sans prêter la moindre attention à ceux qui essayaient de cuisiner. « Que lisez-vous ? lui demandai-je.
    — Les textes de Cabal le blanc, un prophète de l’époque kimoalienne. » Je haussai les sourcils : tout cela ne m’évoquait rien.
    « Grâce à ses conseils, un traité a été signé qui mettait fin à un siècle de guerre et qui a permis à trois peuples de n’en faire plus qu’un ; le savoir a été partagé, de nombreuses plantes comestibles qui ne poussaient que dans les vallées méridionales du Kimoala sont devenues d’usage courant, tel le gingembre ou l’avoine de kim.
    — Et c’est un seul homme qui a fait tout ça ?
    — Un seul, oui. Ou deux, peut-être, si l’on compte le général qu’il a convaincu de vaincre sans détruire. Tenez, il parle de lui ici : « DarAles fut le catalyseur de son temps, l’homme qui changea les coeurs et les existences. Il vint, non pour être lui-même un héros, mais pour susciter le héros chez les autres ; il vint, non pour accomplir des prophéties, mais pour ouvrir la porte à de nouveaux avenirs. Telle est toujours la tâche du catalyseur. » Plus haut, il écrit que chacun d’entre nous peut être le catalyseur de son temps. Qu’en pensez-vous, Tom ?
    — Que je préfère être berger », répondis-je avec une sincérité non feinte. »  Page 99
  • « — Je refuse de me moquer d’elle, répondit gravement Jofron. Elle a fait un long voyage pour vous voir et elle y a tout perdu sauf la vie. Venez, saint homme, elle attend dehors. Ne voulez-vous pas lui parler, rien qu’un instant ?
    — Saint homme, répéta le fou d’un ton railleur. Vous lisez trop de vieux manuscrits, et elle aussi. Non, Jofron. » »  Page 185
  • « Le fou m’essuya le menton et s’assit par terre près de mon lit, puis s’y accouda ; il orienta son parchemin vers la lumière et reprit sa lecture. »  Page 196
  • « Le fou se remit à lire. « J’en ai assez de rester sur le ventre, dis-je.
    Tu peux toujours te retourner sur le dos », répondit le fou pour le plaisir de me faire grimacer. Puis : « Tu veux que je t’aide à te mettre sur le côté ?
     — Non. J’ai encore plus mal.
    — Préviens-moi si tu changes d’avis. » Il reporta son regard sur le manuscrit.
    « Umbre n’est pas revenu me voir. »
    Il soupira et posa son parchemin. »  Page 197
  • « « Ah, les secrets ! fit-il en soupirant. Un jour, j’écrirai un long traité philosophique sur le pouvoir des secrets, qu’on les garde ou qu’on les révèle. »  Page 198
  • « Caudron venait souvent me voir et me rendait à moitié fou en m’entretenant des manuscrits au sujet du Prophète blanc ; ses connaissances sur eux étaient grandes et ils faisaient trop fréquemment à mon goût référence à un Catalyseur. »  Page 210
  • « Umbre continua de me regarder sans répondre, mais, de son coin de l’âtre où elle se balançait, Caudron dit d’un ton empreint d’une satisfaction béate : « Les Ecrits blancs l’annoncent : « Il aura soif du sang de son propre sang et sa soif jamais ne sera étanchée. Le Catalyseur désirera en vain foyer et enfants, car ses enfants seront ceux d’un autre et celui d’un autre le sien… » 
    — Nul ne peut me forcer à réaliser ces prophéties ! braillai-je. Qui les a écrites, d’abord ? »
    Caudron se balança sans rien dire, et c’est le fou qui répondit, d’un ton mesuré, sans lever les yeux de son ouvrage. « C’est moi, dans mon enfance, à l’époque de mes rêves ; je ne te connaissais pas sauf dans mes songes. »  Page 218
  • « Je m’y assis, puis : « Vous étiez au courant. Vous étiez au courant depuis le début.
    — Au courant de quoi ? me demanda-t-il d’un ton las.
    — De toutes ces histoires de Catalyseur et de Prophète blanc. »
    Il poussa un soupir. « Je ne sais rien de tout cela. Mais c’est vrai, je n’ignorais pas qu’il existait des textes à ce sujet ; n’oublie pas que la situation des Six-Duchés-était beaucoup plus calme avant que ton père abdique ; pendant de longues années, après m’être retiré dans ma tour, je suis resté souvent plusieurs mois sans avoir à me mettre au service de mon roi, et j’avais amplement le temps de lire et de multiples sources pour me procurer des manuscrits. C’est ainsi que je suis tombé sur des récits et des documents venus de l’étranger qui traitaient d’un Catalyseur et d’un Prophète blanc. » Sa voix s’adoucit, comme s’il ne tenait plus compte de la colère qui sous-tendait ma question. « C’est seulement après que le fou est entré à Castelcerf et que j’ai découvert, par des moyens discrets, qu’il s’intéressait fort à ces textes que ma curiosité a été piquée. Toi-même, tu m’as dit une fois qu’il t’avait appelé « catalyseur » ; j’ai donc commencé à me poser des questions… Mais, à la vérité, je n’accorde que peu de foi aux prophéties en général. » »  Page 219
  • « — Qui est Caudron ? répétai-je, surpris.
    — Ça, je viens de le dire, il me semble.
    — Caudron est… » L’étrangeté d’en savoir si peu sur une personne avec qui j’avais si longtemps voyagé me frappa soudain. « Elle est née en Cerf, je crois, puis elle a bourlingué, étudié des manuscrits et des prophéties, et elle est rentrée pour chercher le Prophète blanc. » »  Page 231
  • « Sur ces territoires, nous ne disposons que des fables habituelles qu’engendrent les pays lointains : dragons et géants, anciennes cités en ruines, licornes farouches, trésors et cartes secrètes, rues empoussiérées pavées d’or, vallées où règne un éternel printemps et où l’eau sourd en fumant des entrailles de la terre, sorciers menaçants enfermés par un sortilège dans des cavernes incrustées de diamants et esprits malfaisants emprisonnés de toute éternité dans la pierre. »  Page 243
  • « « Récite-nous quelque chose, dans ce cas, intervint le fou. Ou bien chante. Fais ce qu’il faut pour te concentrer sur ce qui se passe ici. — Bonne idée », fit Astérie, et ce fut mon tour d’adresser un regard noir au fou, mais tous les yeux étaient désormais tournés vers moi. Je pris une inspiration et tâchai de trouver un poème à réciter. Tout le monde ou presque a une histoire préférée ou sait par coeur un bout de poésie –, mais la plus grande partie de l’instruction que j’avais reçue portait sur les plantes toxiques et autres domaines de l’art de l’assassinat. »  Page 300
  • « Kettricken resta silencieuse, presque morose, jusqu’au moment où le fou s’aperçut de son humeur mélancolique et se mit à évoquer Castelcerf avant qu’elle y vînt ; je tendis l’oreille et me trouvai pris dans les souvenirs de l’époque où les Pirates rouges n’étaient encore qu’un conte et où ma vie était, sinon heureuse, du moins sans risque ; peu à peu, la conversation porta sur les divers ménestrels, célèbres ou peu connus, qui avaient joué à Castelcerf, et Astérie harcela le fou de questions à leur sujet. »  Page 303
  • « J’essayai de concevoir un moyen de ne pas révéler la vérité, puis je rejetai violemment cette solution ; carrant les épaules comme si je rendais compte à Vérité en personne, je parlai d’une voix nette : « Nous sommes liés par le Vif ; ce que j’entends, ce que je comprends, il le comprend comme moi ; ce qui l’intéresse, il l’apprend. Je ne prétends pas qu’il saurait lire un manuscrit ni se rappeler une chanson mais, si une chose l’intrigue, il y pense à sa façon – celle d’un loup, la plupart du temps, mais parfois à la façon dont n’importe quel homme s’y… » J’avais du mal à énoncer clairement ce que je ne concevais pas bien moi-même. »  Pages 305 et 306
  • « « Ce n’est pourtant pas compliqué, petit prince. Qui est cette femme qui en sait si long sur ce qui te tourmente, qui tire soudain d’une poche un jeu dont je n’ai trouvé mention qu’une seule fois dans un très vieux manuscrit, qui chante Six Sages s’en sont venus à Jhaampe en y ajoutant deux couplets que je n’ai jamais entendus ? Qui, ô lumière de ma vie, est Caudron et pourquoi une femme aussi antique a-t-elle choisi de passer ses derniers jours à courir les montagnes en notre compagnie ? »  Page 308
  • « — Eh bien, que peut-on supposer sur quelqu’un qui surveille aussi étroitement sa langue ? Qui semble avoir quelques connaissances sur l’Art ? Et sur les anciens jeux de Cerf et la poésie d’autrefois ? Quel âge lui donnes-tu ? » »  Page 308
  • « Une fois la yourte installée, Kettricken se mit à regarder la route, au-dessus de nous, les sourcils froncés, puis elle sortit sa carte ; elle l’examinait à la lumière déclinante du jour quand je lui demandai ce qui n’allait pas.
    Elle tapota le manuscrit du bout de sa moufle, puis indiqua d’un mouvement du bras la pente au pied de laquelle nous nous trouvions. »  Page 314
  •  
4,5 étoiles, T

La Tueuse de dragons, tome 01 – La Tueuse de dragons

La Tueuse de dragons, tome 01 – La Tueuse de dragons de Héloïse Côté

Éditions Alire, 2010, 473 pages

Premier tome de la série « La tueuse de dragons » d’Héloïse Côté paru initialement en 2010.

L’Austrion est un royaume infesté par les dragons. Pour les éliminer, des tueurs de dragons sont formés à la dure et ce dès leur plus jeune âge. La population ne les aime pas, on dit d’eux qu’ils sont des mangeurs de cœur, des drogués et des bâtards. Rejetés par la population, ils vivent comme des parias. Deirdra est probablement la meilleure d’entre eux et elle veut le prouver. Sauvée des griffes d’un minusi alors qu’elle n’était qu’une enfant, elle a été vendue à maître Bradeus qui l’a formé. Elle rêve de dépasser le record d’éliminer neufs dragons avant de mourir. Pour y arriver tous les moyens sont bons : arrogance, isolement, mensonges et drogue. Par un concours de circonstance, elle devra mettre de côté son rêve et se verra dans l’obligation de travailler avec le capitaine Thad de Volter et ses hommes pour analyser une scène de carnage. Depuis quand les soldats font-ils confiance à un tueur de dragons ?

Un très bon roman de fantasy québécois. Une histoire est très bien ficelée avec les chasses aux dragons et les intrigues politiques. Le développement que l’auteur a fait de cet univers est très achevé et fort accrocheur. On est happé par cette histoire et par le personnage de Deirdra. Le point fort de l’auteur est sa façon de construire des personnages qui sont très humains et attachants malgré leurs défauts. Celui de Deirdra est tout sauf ennuyant. Elle est complexe comme un être vivant peut l’être, avec elle pas de faux semblant. Elle est têtue et égoïste. Elle n’a pas sa langue dans sa poche mais elle est très attachante car on découvre en cours de la lecture pourquoi elle est comme elle est. Le personnage de Thad est lui aussi très bien construit et très attachant. Malheureusement, le thème de la misogynie prend beaucoup trop de place dans l’histoire surtout lorsque Deirdra est en formation chez Maitre Bradeus. Malgré quelques longueurs au début pour les mises en situation, ce roman est une très bonne lecture.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 22 juin 2017

La littérature dans ce roman:

  • « L’officier qui avait interrogé Deirdra plus tôt était assis derrière une table sur laquelle des livres et des parchemins étaient proprement empilés autour d’une plume, d’un encrier, d’un bâton de cire, d’un pichet et d’un godet d’argile. »  Page 44
  • « – Ma… dragonne…
    – Tu ne pense décidément qu’à cette cochonnerie! Tiens, la voilà! »
    Le capitaine Thad saisit un objet dissimulé derrière la pile de livres sur sa table et le jeta sur les genoux de la jeune femme. »  Page 46
  • « Thad se dirigea vers la porte, l’ouvrit et adressa un signe à la sentinelle postée à l’extérieur. Deirdra en profita pour finir de fouiller la pièce du regard en quête d’une arme. Elle n’en repéra aucune. Par contre, elle vit son collier de griffes, en partie dissimulé par les piles de parchemins et les livres. »  Page 48
  • « Les fuyards se retrouvèrent dans une salle d’étude au plafond haut. Des livres et des parchemins s’entassaient dans une bibliothèque et des boîtes de verre étaient posées sur des tables. »  Page 97
  • « La troisième dépouille se retrouva à son tour à l’extérieur. Au moment où ils larguaient la quatrième, une volée de flèches déchira l’air et alla se planter dans la reliure des livres en face de la fenêtre. »  Page 97 et 98
  • « Je vous ai réservé la pièce située au sommet de la tour nord. Mes serviteurs y ont apporté tout ce qu’ils ont pu trouver sur les dragons : griffes, dents, peau, livres, venin, os… »  Page 379
  • « « Tu vois cette libellule ? En une nuit, j’ai découvert comment elle se reproduisait. Tu sais de quelles informations je disposais ? De quelques livres sur les insectes, d’une loupe, de deux libellules mortes et de mon intelligence. »  Page 380
  • « Le centre du local était occupé par une table de vois ronde couverte d’un bric-à-brac. Quatre bancs tachés de cire entouraient le meuble. La jeune femme s’avança et fourragea dans le tas d’objets hétéroclites. Elle écarta un livre et découvrit une fiole de venin de minusius. »  Page 382
  • « Elle franchit la pièce au pas de course et vérifia le second battant. Il n’était pas verrouillé. Comme aucun bruit ne lui parvenait de l’autre côté, elle l’écarta. Il donnait sur une pièce occupée par des bibliothèque remplis de livres et par une table de travail. »  Page 416
  • « Avisant une pile de parchemins sur l’étagère de l’une des bibliothèques, Deirdra glissa le pendentif de bois entre les rouleaux et la griffe derrière des livres. »  Page 419
  • « Le panneau vola en éclats et trois soldats apparurent, le visage ruisselant de sueur. Ils repoussèrent les morceaux de planches, enjambèrent la bibliothèque et les livres épars et menacèrent Deirdra de leur épée. »  Page 419
  • « La jeune femme fonça jusqu’à la bibliothèque. La pièce était déserte. Elle écarta frénétiquement les parchemins et les livres et découvrit avec un soulagement intense que l’appeau et la griffe y étaient toujours. »  Page 423
4,5 étoiles, H, L

Harold Fry, tome 01 : La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi…

Harold Fry, tome 01 : La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi… de Rachel Joyce.

Édition France loisirs (Piment), publié en 2013, 415 pages

Premier tome de la série « Harold Fry » de Rachel Joyce paru initialement en 2012 sous le titre anglais « The unlikely pilgrimage of Harold Fry ».

Harold est tout récemment retraité et il ne trouve pas ses marques avec sa femme Maureen qui est la reine de la maison. Un mardi matin, une lettre bouscule leur vie routinière et sans imprévus. Ce mot provient de Queenie, une ancienne collègue de travail d’Harold qu’il a perdu de vue depuis près de vingt ans. Il est bouleversé par ce message car Queenie lui annonce qu’elle se meurt d’un cancer. Que lui répondre ? Que peut-on dire ou écrire à une femme en phase terminale ? Harold ne le sait pas. Il griffonne un petit quelque chose et au moment de poster sa réponse, il passe devant la boîte aux lettres sans s’arrêter. Puis passe aussi son chemin à la deuxième, trouvant sa réponse insignifiante. Et s’il lui apportait cette lettre en mains propres ? Sur un coup de tête, il poursuit son chemin jusqu’à l’autre bout de l’Angleterre soit près de 1000 km à pied dans l’espoir fou que cela puisse sauver Queenie. Ce pèlerinage improvisé va l’obliger à revisiter sa vie.

Une très belle histoire qui nous porte à analyser notre propre cheminement de vie. Ce roman parle surtout des épreuves de la vie, tels que les deuils, les problèmes familiaux, les relations de couples, l’éducation des enfants. Le lecteur apprend à connaitre le personnage d’Harold petit-à-petit à travers son introspection. On le découvre mais surtout on s’attache à cet homme ordinaire qui a peur de déranger. Bien que le cheminement d’Harold soit étoffé, celui de sa femme Maureen, manque un peu de réalisme en étant trop simple et superficiel. Le style d’écriture de Rachel Joyce est fluide avec une touche d’humour malgré le poids de propos traités. L’histoire nous est contée selon deux points de vue, celui de Maureen et celui d’Harold en alternance ce qui permet au lecteur de bien comprendre la dynamique de ce couple. Un très beau récit sur les impacts du passé qui peuvent être douloureux mais aussi heureux. Un roman psychologique fort sympathique, mais un peu long tout de même.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 5 mars 2017

La littérature dans ce roman

  • « Il était parti en retraite un vendredi, avec en guise de souvenir d’une vie passée dans l’entreprise un guide touristique illustré de la Grande-Bretagne et un bon d’achat chez un caviste. Le volume avait été placé dans la « meilleure pièce », à côté des autres objets que personne ne regardait jamais. »  Page 41
  • « Il pourrait planifier son itinéraire sur Internet et commander le nécessaire pour la marche. Peut-être trouverait-il quelques suggestions dans le guide touristique qu’il avait reçu en cadeau pour sa retraite, jamais ouvert depuis ? »  Page 45
  • « Quand il était petit, il rasait les murs, terrifié à l’idée d’attirer l’attention. Il pouvait regarder sa mère se mettre du rouge à lèvres ou lire sa revue de voyages sans qu’elle s’aperçoive de sa présence. »  Page 49
  • « 7 — Harold et le randonneur et la femme qui aimait Jane Austen »  Page 86
  • « — Elle aime Jane Austen, lança le randonneur en riant. Elle a vu tous les films. Moi, je suis plutôt un vrai mâle, si vous voyez ce que je veux dire. »  Page 100
  • « Le cours de ses pensées fut interrompu par ses voisins, qui avaient élevé la voix. Harold avait envie de partir, mais il attendait en vain la plage de silence qui lui permettrait de se lever et de prendre congé.
    La femme qui aimait Jane Austen lança :
    — Tu crois que c’était marrant d’être coincée ici avec une jambe dans le plâtre ? »  Page 101
  • « Et puis il y avait eu les années scolaires de David. Les heures qu’il passait enfermé dans sa chambre, ses notes excellentes, son refus d’être aidé par ses parents.
    — Cela n’a pas d’importance s’il reste tout seul, disait Maureen, il a d’autres centres d’intérêt.
    Après tout, eux-mêmes étaient des solitaires. Une semaine, David voulait un microscope. Une autre, les Œuvres complètes de Dostoïevski. Puis une méthode d’apprentissage de l’allemand. Un bonsaï. Intimidés par sa soif de connaissances, ils achetaient tout. Il avait la chance d’avoir une intelligence et des opportunités qu’ils n’avaient jamais eues et, quoi qu’il arrive, ils ne devaient pas le laisser tomber.
    — Père, disait-il, tu as lu William Blake ? »  Page 112
  • « Il avait quitté Exeter de bonne heure, après avoir acheté un dictionnaire des plantes sauvages d’occasion et un guide de la Grande-Bretagne. Il les avait placés dans son sac en plastique avec les deux cadeaux pour Queenie. »  Page 128
  • « À Brampford Speke, les maisons avaient maintenant des toits de chaume et la brique n’était plus couleur silex, mais d’un rouge chaud. Des branches de spirée ployaient sous les fleurs et des pousses de delphinium pointaient leur nez dans la terre. À l’aide de son livre, Harold identifia des barbes de Jupiter, des langues de cerf, des compagnons rouges, de l’herbe à Robert, des pieds-de-veau et découvrit que les fleurs en forme d’étoile dont la beauté l’avait émerveillé étaient des anémones des bois. Revigoré, il parcourut les quatre kilomètres qui le séparaient encore de Thorverton, le nez plongé dans son dictionnaire des plantes sauvages. »  Pages 130 et 131
  • « Il passa la soirée avec un travailleur social qui voulait devenir poète. »  Page 131
  • « Harold parvint à Bickleigh, où, d’après son guide touristique, il était intéressant de visiter le petit château en brique rouge niché sur la rive de l’Exe. Mais un homme au visage long, vêtu d’un pantalon vert olive, l’informa que le guide n’était pas à jour en ce qui concernait le château, à moins de vouloir le louer pour un mariage luxueux ou y passer un week-end « meurtre et mystère ». »  Page 137
  • « Sa tante Muriel lui écrivait des billets d’excuse : « Harold avait mal à la tête », « Harold n’est pas dans son assiette. » Parfois, elle s’armait d’un dictionnaire et faisait preuve de plus de créativité : « Harold a eu un accès de maladie hépatique mardi vers 18 heures. » Quand il échoua à ses examens, il abandonna complètement l’école. »  Page 138
  • « Curieusement, c’était Mr. Napier qui, à l’époque, avait fait faire équipe à Harold et à Queenie. Il avait convoqué Harold dans son bureau orné de boiseries pour lui dire qu’il chargeait Queenie d’aller vérifier sur place les livres de comptes des pubs. »  Page 154
  • « Queenie s’approcha de sa voiture, agrippée à son sac à main carré, l’air de s’apprêter à faire des courses plutôt que de vérifier les livres de comptes d’un pub. »  Page 156
  • « Tout se ressemblait. Il cessa de consulter ses guides, car leurs informations ne faisaient qu’accentuer son impression de ne rien savoir. »  Page 159
  • « Harold n’avait couché qu’avec une femme, Maureen. Même quand elle avait mis ses livres de cuisine à la poubelle, qu’elle avait fait couper ses cheveux et qu’il l’entendait fermer sa porte à clé le soir, il n’avait pas cherché à en voir une autre. »  Page 167
  • « — Ma mère a quitté la maison un peu avant mes treize ans. Mon père et elle étaient très malheureux. Lui buvait et elle avait envie de voyager. C’est tout ce dont je me souviens. Après son départ, il est allé encore plus mal pendant quelque temps, et puis les voisines ont appris ce qui s’était passé. Elles se sont fait un plaisir de le materner. Du coup, mon père s’est épanoui. Il a ramené une kyrielle de tantes à la maison. C’est devenu une espèce de Casanova. »  Page 186
  • « À quel moment avait-elle trébuché ? Contrairement à lui, elle avait fait des études correctes. Elle avait pris des cours de secrétariat, puis suivi les cours de français par correspondance de l’Université ouverte quand David était à l’école primaire. Elle aimait jardiner. Le moindre carré de leur parcelle de Fossebridge Road produisait des fruits ou des fleurs. Elle avait cuisiné tous les jours, lu les livres de recettes d’Elizabeth David et pris plaisir à rechercher de nouveaux ingrédients. »  Page 194
  • « À l’aide de son livre de botanique, il identifiait les fleurs des haies et apprenait leur usage ; lesquelles portaient des baies, toxiques ou consommables, lesquelles avaient des feuilles aux vertus médicinales. L’ail des ours remplissait l’atmosphère de son odeur âcre. De nouveau, il fut surpris de voir quelles richesses ignorées se trouvaient à ses pieds. »  Page 206
  • « Suivant les instructions de son guide touristique, il s’intéressa au musée de la Chaussure de Street et jeta un coup d’œil à la boutique de Clarks Village tout en restant persuadé qu’il aurait tort d’abandonner ses chaussures de bateau après être allé si loin avec. »  Page 207
  • « Déjà, à cette époque, il avait commencé à mettre de l’argent de côté pour leur avenir. Il avait trouvé un emploi d’éboueur tôt le matin et de receveur de bus l’après-midi. Deux fois par semaine, il travaillait de nuit à l’hôpital et le samedi il était employé à la bibliothèque. Parfois, il était si épuisé qu’il se glissait sous les rayonnages et s’endormait.
    Maureen s’était mise à prendre le bus devant chez elle et elle y restait jusqu’au terminus. Harold délivrait les tickets et sonnait à l’intention du conducteur, mais il ne voyait qu’elle dans son manteau bleu, avec sa peau de porcelaine et ses yeux verts au regard plein de vie. Elle venait aussi à la bibliothèque et feuilletait des livres de cuisine, et il l’observait depuis le bureau principal, vacillant sous l’effet du désir et du manque de sommeil. »  Page 210
  • « — On attend cet acteur célèbre, lui expliqua sa voisine, le visage congestionné et moite à cause de la chaleur. Il signe son dernier livre. Si son regard croise le mien, je tombe dans les pommes.
    Il était difficile d’apercevoir l’acteur célébrissime, et plus encore de croiser son regard, car il était apparemment de petite taille et entouré par une véritable muraille de vendeurs de librairie vêtus de noir. »  Page 221
  • « Dans les toilettes publiques, il se retrouva en train de se laver les mains à côté de l’acteur qui avait signé son livre. »  Page 222
  • « — Pendant des années, j’ai tenu des rôles sérieux. J’ai fait toute une saison au festival théâtral de Pitlochry. Et puis j’ai joué dans un film en costume d’époque et voilà ! Tout le pays trouve original de donner mon nom à son chien. Vous êtes venu à Bath pour mon bouquin ?
    Harold reconnut que non. Il parla de Queenie en donnant un minimum de détails. Mieux valait ne pas raconter qu’il imaginait être applaudi par les infirmières à son arrivée au centre de soins palliatifs. L’acteur semblait l’écouter, ce qui ne l’empêcha pas, lorsque Harold eut terminé son histoire, de lui redemander s’il avait un exemplaire du livre et s’il désirait une signature.
    Harold répondit que oui. Le livre serait sans doute un souvenir parfait pour Queenie ; elle avait toujours aimé lire. Il allait demander à l’acteur s’il voulait bien l’attendre le temps de filer acheter un exemplaire, quand son interlocuteur reprit la parole.
    — Ne vous embêtez pas avec ça. C’est nul. Je n’en ai pas écrit une ligne. Je ne l’ai même pas lu. Je vais vous dire, je suis un baiseur compulsif, complètement accro à la coke. La semaine dernière, quand j’ai voulu lécher une fille, je me suis aperçu qu’elle avait une bite. Ce n’est pas le genre de truc qu’on met dans un bouquin. »  Pages 223 et 224
  • « — Ça ne vous ennuie pas de partager votre table ? dit-elle, sur un ton affirmatif.
    Elle fit signe à un homme qui attendait à la porte et désigna du doigt le siège en face d’Harold. L’homme s’assit en s’excusant et sortit un livre. Il avait un visage aux traits bien dessinés et des cheveux clairs coupés court. Sa chemise blanche avait le col ouvert, révélant un impeccable triangle de peau dorée. Il demanda à Harold de lui passer le menu, et engagea la conversation sur Bath. Lui-même, dit-il, était un Américain qui visitait l’Angleterre. Son amie avait choisi le package Jane Austen. Harold ne savait pas trop de quoi il s’agissait, mais il espérait pour elle que l’acteur célèbre n’en faisait pas partie. »  Page 228
  • « — On n’a pas d’appétit, avec cette chaleur, dit celui-ci. Harold approuva, mais il le regretta aussitôt, car l’Américain se crut obligé de poursuivre la conversation.
    — Bath a l’air d’une jolie ville, déclara-t-il en refermant son livre. Vous êtes en vacances ? »  Page 229
  • « Au petit matin, Harold était déjà en route. Il laissa de côté sa boussole et ses guides pour consacrer toute sa force, toute sa volonté à mettre un pied devant l’autre. Et c’est seulement lorsque trois adolescentes à cheval lui demandèrent comment aller à Shepton Mallet qu’il se rendit compte qu’il avait perdu un jour entier à avancer dans la mauvaise direction.
    Il s’assit au bord de la route, le regard fixé sur un champ de fleurs d’un jaune flamboyant. Il avait oublié leur nom. Tant pis. Il ne se donnerait pas le mal de sortir son guide des plantes sauvages. »  Page 238
  • « À Cheltenham, il offrit sa lessive à un étudiant qui entrait dans la laverie. À Prestbury, il fit cadeau de sa lampe-torche à une femme qui ne retrouvait plus ses clés dans son sac. Le lendemain, il donna ses pansements adhésifs et sa crème antiseptique à la mère d’un enfant qui s’était écorché le genou, ainsi que son peigne pour distraire le petit. À la stupéfaction d’un couple d’Allemands qui cherchaient leur chemin à proximité de Cleeve Hill, il leur remit le guide de Grande-Bretagne et, dans la mesure où il connaissait par cœur son dictionnaire de botanique, il leur suggéra de le prendre également. »  Page 264
  • « Il expliqua à Wilf comment il avait appris a faire la tambouille sur un feu de bois et à reconnaître les plantes à l’aide d’un petit guide qu’il avait acheté à Bath. Il y avait les bons et les mauvais champignons, dit-il, et il fallait apprendre à les différencier. »  Page 291
  • « Rich, qui possédait un manuel de la cueillette en milieu naturel, tint à faire des beignets de berce. »  Page 302
  • « Il revoyait Joan en train d’humecter son doigt pour tourner la page d’un livre ou de lever les yeux au ciel devant le tremblement des mains de son mari au-dessus de sa bouteille du whisky, mais il n’avait aucune image d’elle embrassant son front, ni même lui disant des paroles rassurantes. »  Page 333
  • « — Rex est ici. On a regardé la carte. On a passé quelques coups de fil. Il est allé sur son ordinateur. On a même sorti ton guide routier. »  Page 351
  • « Il voyait l’oncologue, les yeux écarquillés devant la lettre de Queenie, et la femme qui aimait Jane Austen en train de parler dans le vide. »  Page 354
4,5 étoiles, P, R

Pendergast, tome 01: Relic

Pendergast, tome 01: Relic de Douglas Preston et Lincoln Child

Éditions J’ai lu (Thriller), publié en 2010, 456 pages

Premier tome de la série Pendergast de Douglas Preston et Lincoln Child paru initialement en 1995 sous le titre anglais « Relic ».

Septembre 1987, une équipe de scientifiques est massacrée par une bête mystérieuse en pleine jungle amazonienne. Les membres de cette équipe étaient à la recherche d’un ancien peuple, les Kothogas. Seules quelques caisses contenant des artéfacts de l’équipe seront envoyées au Muséum d’histoire naturelle de New York. Malheureusement, les caisses seront rangées et oubliées dans une salle poussiéreuse. En 1995, le muséum organise une grande exposition consacrée aux superstitions des peuples primitifs. Mais, les préparatifs sont troublés par l’assassinat de deux jeunes garçons puis d’un gardien dans les sous-sols du bâtiment. Le lieutenant d’Agosta du NYPD est chargé de l’enquête ainsi que l’agent spécial du FBI Pendergast qui est un expert en crimes rituels. Les premières observations orientent l’enquête vers un meurtrier d’un nature hors de l’ordinaire.

Un roman accrocheur qui nous fait découvrir l’agent spécial Pendergast. Dans cette première enquête, il doit rivaliser avec une créature terrifiante qui semble provenir des limites du monde occulte et tout ça au grand plaisir du lecteur. Les auteurs ont su amalgamer les caractéristiques principales de la science et de l’imaginaire afin de construire un univers crédible. Le point fort de ce texte est le réalisme des différents personnages. Celui de Pendergast est bien trempé et intéressant pas son flegme, sa distinction et ses méthodes d’enquête atypiques. Les personnages secondaires de Margo Green et de William Smithback sont eux très attachants. Le seul petit bémol c’est que le rythme de la première partie est lent dû aux nombreuses descriptions qui ralentissent la lecture. Mais la deuxième partie est très passionnante et fascinante car l’histoire va de rebondissements en rebondissements. Un très bon premier tome qui fournit un bon moment d’évasion et de mystère.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 30 octobre 2016

La littérature dans ce roman

  • « Le contenu de la caisse était enveloppé soigneusement dans les fibres tressées d’une plante locale. Whittlesey en écarta quelques-unes et découvrit les objets d’artisanat qu’elle contenait : un herbier en bois et un carnet de cuir à la couverture tachée. »  Page 4
  • « Ensuite il pourrait partir à la recherche des Kothogas et prouver qu’ils n’avaient pas disparu depuis des siècles. Une telle découverte lui assurerait la célébrité. Un peuple de l’Antiquité, survivant au cœur de l’Amazonie dans une sorte de pureté originelle, celle de l’âge de pierre, et juché sur son plateau au-dessus de la jungle comme dans Le Monde perdu de Conan Doyle. »  Page 10
  • « Smithback avait reçu une subvention pour composer un livre sur le musée, et notamment sur l’exposition Superstition qui devait ouvrir la semaine suivante. »  Page 29
  • « — Un truc pareil, ça donnerait une dimension nouvelle à mon bouquin, c’est sûr. Vous imaginez : l’histoire véridique du carnage causé par le grizzly du musée, par William Smithback Junior. Des bêtes affreuses et voraces qui hantent les couloirs déserts. À moi les gros tirages. »  Page 31
  • « Frock avait entamé sa carrière comme physio-anthropologue. Il avait aussi commencé sa vie dans un fauteuil roulant, à cause d’une polio, et ce qui ne l’avait pas empêché de jouer, sur le terrain, les pionniers de la recherche. Ses travaux se retrouvaient dans les manuels. »  Page 37
  • « Les murs de son bureau étaient couverts de vieilles étagères protégées par une vitrine. Nombre des rayonnages étaient peuplés de vestiges et de curiosités qui provenaient de ses années de terrain. Quant aux livres, ils s’empilaient le long du mur, en colonnes géantes qui chancelaient dangereusement. Deux grandes fenêtres en rotonde surplombaient l’Hudson. Des fauteuils victoriens capitonnés trônaient sur le tapis persan pâli. Sur le bureau, on remarquait plusieurs exemplaires de son dernier livre, L’Évolution fractale.
    À côté des livres, Margo repéra un morceau de grès de couleur grise. Sur sa surface plane, on trouvait une profonde dépression, qui se trouvait étirée d’un côté et qui de l’autre comportait trois larges échancrures. Il s’agissait, à en croire Frock, de l’empreinte fossile d’une créature inconnue des scientifiques à ce jour : la seule preuve tangible qui permette d’étayer sa théorie des aberrations évolutives. »  Page 39
  • « Margo avait appris que c’était Lavinia Rickman, directrice des relations publiques du musée, qui avait fait appel aux services de Smithback pour écrire un livre. Elle avait discuté âprement les avances et les pourcentages. Smithback n’était pas très content du contrat, mais l’exposition qui s’annonçait promettait d’être un tel succès que le livre pourrait se vendre par millions. Finalement l’affaire n’était pas si mauvaise pour Smithback, se dit Margo, surtout si l’on considérait que son précédent ouvrage, celui sur l’aquarium de Boston, avait fait un bide. »  Page 46
  • « — En fait, ce que veut Rickman, c’est un travail qui présente le musée sous un éclairage de conte de fées. Vous et elle ne parlez pas le même langage.
    — Elle me rend dingue, oui. Elle supprime tout ce qui n’est pas absolument carré, elle veut que je m’en remette en tout au responsable de l’expo qui est une moule et qui n’ouvre la bouche que pour exprimer la pensée de son patron, Cuthbert. »  Page 47
  • « — Pas plus tard que la semaine dernière, nous avons retrouvé l’un des deux seuls échantillons d’écriture pictographique yukaghir, là, derrière cette porte. Vous vous rendez compte ? Dès que j’aurai un moment, je vais écrire au JAA pour le leur signaler.
    Margo se mit à sourire. Il était tellement excité qu’on aurait dit qu’il venait de mettre la main sur une pièce inconnue de Shakespeare. De son côté elle était sûre que la question n’aurait pas intéressé plus d’une douzaine de lecteurs du JAA, le Journal of American Anthropology. Mais l’enthousiasme de Moriarty était sympathique. »  Page 56
  • « — La théorie lui monte à la tête, voilà. La théorie est légitime, je n’en disconviens pas, mais il faut qu’elle soit étayée par un travail sur le terrain. Et son acolyte, là, Greg Kawakita, est en train de le pousser dans la voie de l’extrapolation. Je suppose que Kawakita sait ce qu’il fait. Mais c’est triste, vraiment, de voir un esprit aussi brillant s’égarer à ce point. Prenez le dernier livre du Dr Frock, L’Évolution, fractale. Même le titre évoque davantage un jeu électronique qu’un ouvrage scientifique. »  Page 59
  • « Margo empila ses papiers et ses livres sur le canapé, elle avisa la pendule juchée sur la télé : dix heures et quart. Quelle journée dingue, affreuse ! Elle était restée au labo plusieurs heures pour un résultat médiocre : trois paragraphes supplémentaires à son mémoire, et voilà tout. Sans compter qu’elle avait promis à Moriarty de travailler sur ses légendes. Elle poussa un soupir en se disant qu’elle aurait mieux fait de se taire. »  Page 69
  • « Elle se détourna et vint s’asseoir en tailleur devant la machine à écrire, déchiffrant les notes réunies par le conservateur : le catalogue, les différents éléments confiés par Moriarty. Il fallait qu’elle s’occupe de tout cela avant après-demain. L’ennui, c’était que le prochain chapitre de son mémoire devait être remis lundi prochain. »  Page 71
  • « Elle se leva, alluma d’autres lampes. Il fallait préparer le dîner. Demain elle s’enfermerait dans son bureau pour finir ce fameux chapitre. Elle rédigerait ce texte pour les objets camerounais de Moriarty. »  Page 72
  • « Bill Smithback était assis dans un grand fauteuil et il contemplait la figure anguleuse de Lavinia Rickman derrière son bureau plaqué de bouleau. Elle était en train de lire son manuscrit tout corné. Sur le vernis du bureau, deux ongles peints de rouge vif dansaient pendant cette lecture. Smithback savait bien que le manège de ces ongles ne signifiait rien de bon. Dehors régnait la lumière désespérante d’un mardi matin maussade.
    La pièce n’avait rien d’un bureau habituel du musée. Le monceau de papiers, de coupures de journaux, de livres, qui semblait obligatoire dans ce genre d’endroit, était absent ici. »  Page 76
  • « De chaque côté du bureau, on trouvait d’autres bricoles disposées dans une symétrie parfaite comme dans un jardin à la française : un presse-papiers d’agate, un coupe-papier en os, un poignard japonais. Au centre de ce savant agencement trônait Rickman elle-même, penchée avec raideur sur le manuscrit. »  Page 76
  • « — Est-ce que vous pensez vraiment que le musée vous emploie et vous paie pour dresser le constat de ses échecs et retracer l’histoire de ses disputes ?
    — Mais ça fait partie de l’histoire de la science, et qui va lire un livre qui…
    — Beaucoup d’entreprises donnent de l’argent au musée, des compagnies qui peuvent très bien ne pas aimer ce que vous dites, l’interrompit Mme Rickman. Sans compter quelques groupes ethniques très prompts à défendre leur image devant les tribunaux. »  Page 78
  • « — Je dois vous dire, poursuivit-elle, que vous mettez plus de temps que prévu à vous couler dans le moule. Vous n’écrivez pas un livre pour un éditeur commercial en ce moment. Pour mettre les points sur les i, ce que nous souhaitons obtenir dans cette opération, c’est un texte aussi favorable que celui que vous avez livré à l’Aquarium de Boston à l’occasion d’un… contrat précédent.
    Elle se campa bientôt à côté de lui, avec raideur, appuyée sur le bord du bureau, et lui dit :
    — Il y a un certain nombre de choses que nous attendons de vous, et que nous avons le droit d’attendre de vous. Je vous les rappelle— elle compta sur ses doigts : un, pas de vagues, rien qui prête à la polémique ; deux, rien qui soit de nature à heurter la sensibilité d’un groupe ethnique ; trois, rien qui puisse entacher la réputation du musée. Dites-moi franchement, est-ce que vous ne trouvez pas que ce sont des exigences légitimes ?
    Elle avait baissé la voix. Tout en concluant ainsi elle lui serra la main ; la sienne était toute sèche.
    — Je… Si, si.
    Smithback dut résister à une irrépressible envie de lui retirer sa main.
    — Bon, alors nous sommes d’accord.
    Elle repassa derrière le bureau et glissa le manuscrit vers lui. »  Page 79
  • « — En plusieurs endroits du texte, précisa-t-elle, vous citez des propos intéressants de gens que vous dites proches de l’organisation de l’exposition. Mais vous ne dites jamais de qui il s’agit. Ça peut paraître dérisoire, évidemment, mais j’aimerais quand même que vous citiez vos sources, pour ma propre information, rien de plus.
    Elle lui adressa un sourire pour faire passer la chose, mais une sonnette d’alarme se déchaîna dans le subconscient de Smithback et il répondit :
    — Eh bien, ce serait avec plaisir, malheureusement les règles du journalisme m’interdisent de faire une chose pareille.  Il conclut en haussant les épaules :
    — Vous savez ce que c’est…
    Le sourire de Mme Rickman se figea d’un coup ; elle ouvrit la bouche, mais à cet instant, au grand soulagement de Smithback, le téléphone sonna. Il se leva pour s’en aller et rassembla les feuillets de son manuscrit. »  Page 80
  • « — Et vous dites qu’il a refermé la porte après lui ? Donc on peut supposer qu’il est sorti par là, ou qu’il marchait selon cette direction. Bon. La pluie de météorites de la nuit dernière avait été annoncée pour cette heure-là. On peut se demander si Jolley n’était pas un astronome amateur par hasard ; mais ça m’étonnerait.
    Il demeura immobile un instant, le regard aux aguets. Puis il se retourna.
    — Oui, et je vais vous dire pourquoi.
    Mon Dieu, nous voilà en présence d’un vrai petit Sherlock Holmes, se dit D’Agosta.
    — Il est descendu là pour satisfaire un besoin familier, la marijuana. Cette courette est un coin isolé doté d’une bonne ventilation. Superbe endroit pour fumer un pétard. »  Page 88
  • « Margo aurait envoyé une demande écrite de consultation. Elle n’aurait pas eu à subir cette épreuve. Mais il fallait qu’elle voie sans tarder les échantillons de plantes utilisées par les Kiribitu, pour avancer le prochain chapitre de son mémoire. »  Page 92
  • « Pendergast, occupé à contempler un livre de lithographies, était assis dans un fauteuil derrière un bureau. »  Page 98
  • « — Deux heures et demie déjà ! Pendergast, dit-il en soufflant une fumée bleue, où croyez-vous que Wright ait bien pu passer ?
    Pendergast haussa les épaules.
    — Il essaie de nous intimider.
    Puis il tourna un autre page. D’Agosta le regarda un instant.
    — Vous savez, ces pontes des grands musées, ils croient qu’ils peuvent faire attendre tout le monde.
    Il espérait visiblement une réaction. Il reprit :
    — Wright et tous ces gens sortis de la cuisse de Jupiter nous traitent comme des minables depuis hier matin.
    Pendergast tourna une autre page et murmura :
    — Je n’imaginais pas que le musée possédait la collection complète des vues du Forum de Piranèse. »  Page 98
  • « — Vous êtes Pendergast, je suppose. J’essaie de m’y retrouver.
    D’Agosta se rencogna dans son canapé pour mieux apprécier le spectacle.
    Pendant un long moment, Pendergast ne fit rien d’autre que tourner des pages en silence. Wright se redressa et lui dit, furieux :
    — Si vous êtes occupé, nous pouvons toujours revenir un autre jour.
    La figure de Pendergast disparaissait derrière la couverture de son grand livre.
    — Non, non, répondit-il enfin. On va procéder maintenant, c’est mieux.  Il tourna paresseusement une page de plus. Puis une autre encore.
    D’Agosta observait avec amusement le feu qui montait au visage du directeur.
    — Le chef de la sécurité, fit la voix derrière le grand livre, n’est pas indispensable à notre entretien.
    — M. Ippolito est pourtant impliqué dans cette enquête…
    Les yeux de l’agent du FBI l’atteignirent par-dessus la reliure :
    — L’enquête est de mon ressort, docteur Wright, répondit Pendergast avec flegme. À présent, si M. Ippolito avait l’obligeance de nous laisser…
    La figure de Pendergast disparaissait derrière la couverture de son grand livre.
    — Non, non, répondit-il enfin. On va procéder maintenant, c’est mieux.
    Il tourna paresseusement une page de plus. Puis une autre encore.
    D’Agosta observait avec amusement le feu qui montait au visage du directeur.
    — Le chef de la sécurité, fit la voix derrière le grand livre, n’est pas indispensable à notre entretien.
    — M. Ippolito est pourtant impliqué dans cette enquête…
    Les yeux de l’agent du FBI l’atteignirent par-dessus la reliure :
    — L’enquête est de mon ressort, docteur Wright, répondit Pendergast avec flegme. À présent, si M. Ippolito avait l’obligeance de nous laisser…
    Ippolito jeta un regard furieux en direction de Wright qui lui adressa un signe impuissant de la main.
    — Écoutez, monsieur Pendergast, dit Wright dès que la porte fut fermée, je m’occupe de diriger ce musée, c’est une lourde tâche et je n’ai pas tellement de temps. J’espère que nous n’en avons pas pour longtemps.
    Pendergast reposa le livré grand ouvert sur le bureau devant lui.
    — Je me suis souvent dit, commença-t-il d’une voix calme, que ces premiers travaux de Piranèse, si marqués par le classicisme, étaient les meilleurs. Vous n’êtes pas de mon avis ?
    Wright était foudroyé par la surprise.
    — J’avoue que je ne vois pas un instant, balbutia-t-il, ce que cela peut avoir à faire avec…
    — Naturellement ses travaux ultérieurs ne sont pas mal non plus, mais un peu trop fantastiques à mon goût.
    — En vérité, dit alors le directeur d’une voix professorale, j’ai toujours pensé que…
    Pendergast ferma soudain le livre en le faisant claquer. »  Pages 99 et 100
  • « Pendergast se pencha dans sa direction et, lentement, croisa les bras sur le grand livre. »  Page 101
  • « — Vous nous l’avez mis au pas, ce crétin.
    — Vous dites ? demanda Pendergast en se renfonçant dans le fauteuil et en reprenant le grand livre avec le même enthousiasme que tout à l’heure.
    — Allez, Pendergast, dit D’Agosta en adressant un regard rusé à l’agent du FBI, vous savez laisser tomber le ton pincé quand ça vous arrange, hein.
    Pendergast cligna des yeux vers lui avec innocence :
    — Désolé, lieutenant. Les bureaucrates, les gens qui ont avalé leur parapluie, m’obligent parfois à devenir assez abrupt. Je vous prie d’excuser mon comportement s’il vous a choqué.
    Il redressa le grand livre devant lui. »  Page 105
  • « — C’est un honneur pour moi, reprit ce dernier, que de rencontrer un scientifique aussi important. J’espère que j’aurai le temps de lire votre dernier ouvrage.
    Frock hocha la tête.
    — Dites-moi, reprit Pendergast, est-ce que vous appliquez le modèle d’extinction des espèces, qu’on nomme le rameau mort, à votre propre théorie de l’évolution ? Ou bien alors le schéma dit du pari perdu ? Je me suis toujours dit que ce dernier schéma venait assez bien à l’appui de vos thèses. Spécialement si l’on admet que la plupart des genres prennent naissance à côté de la famille qui les englobe.
    Frock se redressa dans son fauteuil roulant.
    — Oui ? Eh bien, il est vrai que je me proposais d’y faire référence dans mon prochain livre. »  Page 115
  • « — Mais, professeur, comment une telle créature…
    Margo s’arrêta en sentant soudain la main de Frock enserrer la sienne. La force de cette main avait quelque chose d’extraordinaire.
    — Ma chère enfant, répondit-il, comme disait Hamlet, il y a toujours à découvrir, sur la terre et dans le ciel. Nous ne sommes pas voués à la seule spéculation. De temps en temps, l’observation ne fait pas de mal. »  Page 125
  • « Mais bientôt, montrer des groupes d’animaux dans leur milieu naturel était passé de mode. Von Oster s’était retrouvé affecté aux insectes. Il avait repoussé toutes les occasions de prendre sa retraite. Désormais il présidait, avec un enthousiasme intact, aux destinées du laboratoire d’ostéologie. Les animaux morts, qu’on lui envoyait principalement des zoos, étaient transformés par ses soins en un tas d’os destinés à l’étude ou à la reconstitution. Il restait toutefois un grand spécialiste de la présentation sur site. C’est pourquoi on avait fait appel à lui pour l’exposition Superstition, où il avait reconstitué une scène de chamanisme dans tous ses détails. C’était ce travail de Romain que Smithback jugeait intéressant à décrire dans son livre. »  Page 127
  • « — Je me demandais si vous pouviez m’en dire un peu plus sur le groupe de chamans dont vous avez fait la reconstitution. Je suis en train d’écrire un livre sur l’expo Superstition, vous vous souvenez, je vous en ai parlé.
    — Ja, ja, bien sûr.
    Il alla vers un bureau et il exhiba quelques dessins. Smithback, pendant ce temps, enclenchait son magnétophone miniature.
    — D’abord, il faut peindre le fond, sur une double surface courbe, pour gommer les coins, vous voyez ? Il s’agit de donner une illusion de perspective.
    Von Oster se lança dans une explication qui rendit sa voix plus aiguë, à cause de l’excitation. Bon, très bon, se dit Smithback, ce type est le sujet rêvé pour un écrivain. »  Page 129
  • « — Il faut que je m’en aille. Merci pour l’entretien ; et ces insectes, c’est vraiment super !
    — Tout le plaisir a été pour moi, dit Von Oster. Vous parlez d’entretien là, mais c’est pour quel livre déjà ?
    Il s’avisait à peine qu’il venait d’être interviewé.
    — C’est pour le musée, répondit Smithback. C’est Rickman qui est en charge du projet. »  Page 130
  • « Margo repensait à sa conversation du matin avec Frock. Si on ne trouvait pas le tueur, les mesures de sécurité pourraient fort bien devenir draconiennes. Peut-être que la présentation de son mémoire serait retardée. »  Pages 133 et 134
  • « Quand ils furent dans la place, Moriarty et Margo durent se réfugier dans une sorte de box pour se protéger de la foule. Margo aperçut plusieurs membres du personnel, dont Bill Smithback. L’écrivain était assis au bar. Il parlait avec conviction à une fille blonde et mince. »  Page 146
  • « — Oh, vous, dans votre pigeonnier, vous n’avez rien à craindre : la Bête du musée n’aime pas les escaliers.
    — Vous êtes d’humeur expansive, ce soir, dit Margo à Smithback ; est-ce que par hasard Rickinan vous aurait sucré encore une partie de votre manuscrit ? »  Page 147
  • « — Vous avez raison, hélas. Ça pourrait offenser la communauté kothoga de New York. Non, en fait, ma vraie raison c’est que Von Oster m’a confié que Rickman devenait folle avec cette histoire. Alors je me suis dit que je pourrais peut-être creuser la question pour remuer un peu la boue qu’il y a autour. Vous comprenez, histoire de me retrouver dans une position favorable face à elle lors de notre prochain entretien. Le genre : « Si vous me sucrez ce chapitre, j’envoie l’histoire de Whittlesey au Smithsonian Magazine. » »  Page 151
  • « II remit son document dans un classeur, avec précaution, puis il se tourna vers le journaliste-écrivain :
    — Alors, comment va votre chef-d’œuvre ? Est-ce que la mère Rickman vous casse toujours les pieds ?
    Smithback se mit à rire.
    — J’ai l’impression que tout le monde est au courant de mes démêlés avec cette virago. À soi seul, ça mériterait un livre. Non, j’étais seulement venu vous parler de Margo. »  Page 170
  • « Toutes les relations avec la presse doivent passer par le bureau des relations publiques. Se garder des commentaires sur la vie du musée, officiels ou non, devant les journalistes ou tout représentant des médias. Toute déclaration, toute information fournie aux personnes préparant interviews, documentaires, articles, livres relatifs à ce musée doit passer par ce bureau. Tout manquement à cette règle sera passible, conformément aux vœux de la direction, de sanctions disciplinaires.
    Merci de votre coopération dans la période difficile que nous traversons.
    — Mon Dieu ! grommela Smithback. Regardez-moi ça, même les gens qui préparent des livres relatifs au musée !
    — Oui, c’est de vous qu’elle parle, Bill, dit Kawakita en riant, alors vous voyez, je n’ai pas beaucoup de latitude pour satisfaire votre curiosité.
    Il sortit un mouchoir de la poche arrière de son pantalon et se moucha en expliquant :
    — Je suis allergique à la poussière d’os.
    — C’est vraiment incroyable, dit Smithback en relisant la feuille.
    Kawakita vint à ses côtés et lui tapota l’épaule.
    — Mon cher Bill, je sais bien que cette affaire serait une fameuse aubaine pour un écrivain ; j’aimerais vous aider à pondre le plus scandaleux, le plus croustillant des bouquins, mais je ne peux pas. Franchement, non. J’ai une carrière à ménager ici, et— sa main se resserra sur son épaule—j’ai l’intention d’y rester un bon moment. Je ne peux pas me permettre ; de faire des vagues en ce moment. Il faudra chercher ailleurs, d’accord ? »  Pages 172 et 173
  • « À la bibliothèque, Smithback déposa ses notes devant l’un des boxes qu’il affectionnait, puis en soupirant profondément se glissa dans l’étroit espace, mit son ordinateur portable sur le bureau et alluma la petite lampe. Quelques mètres à peine le séparaient de la salle de lecture générale avec ses boiseries de chêne, ses chaises couvertes de cuir rouge, sa cheminée de marbre qui semblait n’avoir pas servi depuis un siècle. Mais Smithback préférait les boxes, si étroits fussent-ils. Il aimait surtout ceux qui étaient cachés entre les étagères, où il pouvait consulter documents et manuscrits, c’est-à-dire parfois les parcourir rapidement à l’abri des regards et dans un confort relatif.
    Les collections du musée en matière d’histoire naturelle, ouvrages neufs, anciens ou rares, n’avaient pas d’équivalent ailleurs. Au fil des années, le nombre des legs et des donations avait été tellement important que le catalogue avait toujours un train de retard sur le contenu réel des étagères. »  Page 180
  • « Ensuite il eut l’idée de chercher dans les vieux numéros des revues internes du musée. Il était toujours en quête d’éléments sur l’expédition. Rien non plus. Dans l’édition 1985 de l’annuaire des collaborateurs du musée, il trouva deux lignes de notice biographique sur Whittlesey, mais rien qu’il ne sache déjà.
    Il soupira et songea : Ce gars est plus secret que l’île au Trésor, ma parole !
    Il replaça les volumes consultés sur le chariot. Ensuite il tira leurs fiches d’un carnet de notes pour les présenter à une bibliothécaire. Il examina son visage, elle n’avait jamais eu affaire à lui, c’était ce qu’il fallait. »  Page 180 et 181
  • « — Ouais, et qu’est-ce qu’on a appris ? demanda Smithback. Que dalle. On a ouvert une seule caisse. Le journal de Whittlesey est introuvable.
    Il lui jeta un regard satisfait, puis :
    — D’un autre côté, j’ai foutu la merde, il faut bien l’avouer.
    — Vous devriez mettre ça dans votre bouquin, dit Margo en s’étirant. Peut-être que je le lirai. À supposer que je trouve un exemplaire à la bibliothèque. »  Page 190
  • « — Les êtres humains, monsieur Pendergast ! poursuivit Frock dont la voix monta. Il y a cinq mille ans, nous n’étions que dix millions sur la surface de la terre. Aujourd’hui, six milliards ! Nous représentons la forme de vie la plus évoluée que cette planète ait jamais connue.
    Il frappa de la main l’exemplaire de l’évolution fractale qui se trouvait sur son bureau et reprit :
    — Hier vous m’avez interrogé sur ce que serait mon prochain livre. Ce sera un prolongement de ma théorie sur l’effet Callisto, mais cette fois appliqué à la vie moderne : ma théorie est qu’à tout moment peut se produire une mutation génétique, une créature va apparaître dont là proie favorite sera l’espèce humaine. Je n’ai pas dit qu’elle serait identique à celle qui a tué l’espèce des dinosaures, mais une créature semblable. Regardez donc ces marques encore une fois, elles sont analogues à celles du Mbwun ! On appelle ça l’évolution convergente. Deux créatures se ressemblent non parce qu’elles sont forcément liées, mais parce qu’elles évoluent en fonction des mêmes tâches à accomplir. En l’occurrence, tuer. Il y a trop de correspondances, monsieur Pendergast. »  Page 204
  • « Margo lui raconta la découverte de Moriarty, la suppression du descriptif informatique du carnet de route de Whittlesey. Elle avait été moins précise au sujet de ce qui s’était passé dans le bureau de Frock. Mais il en fut tout réjoui quand même.  Elle l’entendait ricaner à l’autre bout.
    — Alors, j’avais raison sur Mme Rickman, hein ? Elle dissimule des choses. Maintenant je vais pouvoir réorienter le livre dans ma propre direction, ou bien elle va voir.
    — Smithback ! Surtout pas, êtes-vous fou ? dit Margo. Cette histoire n’est pas faite pour servir vos intérêts. En plus on ne sait même pas ce qui s’est passé vraiment avec ce carnet, et en ce moment on n’a pas le temps de chercher. Il faut que nous allions voir ces caisses. Nous n’aurons que quelques minutes pour le faire. »  Page 209
  • « — Bill ?
    Mme Rickman se redressa d’un coup.
    — Oui, c’est ça, dit Cuthbert en se tournant vers la directrice des relations publiques. C’est le nom du type qui écrit le livre sur mon exposition, hein ? C’est vous qui l’avez mis sur le coup, non ? Vous êtes sûre que vous le contrôlez, ce garçon ? J’ai entendu dire qu’il posait beaucoup de questions. »  Pages 217 et 218
  • « Après avoir calmement refermé la porte derrière lui, il s’arrêta un instant au secrétariat, puis, en regardant la porte, il cita ces vers :
    Adieu ! J’aurai reçu sans les avoir volés trois fois les coups de bâton que j’ai donnés.
    La secrétaire de Wright s’arrêta net de mâcher son chewing-gum.
    — Hein ? Qu’est-ce que vous dites ?
    — Rien, c’est du Shakespeare, dit Pendergast en filant vers l’ascenseur. »  Page 221
  • « Une fois seulement, Margo, qui était alors à la recherche d’un antique exemplaire de la revue Science, avait pénétré dans le bureau de Smithback. Désordre indescriptible. Elle se souvenait de tout : la table couverte de photocopies, de lettres inachevées, de menus de fast-food chinois en provenance de tout le quartier, sans parler d’une pile immense de livres et de périodiques après lesquels les différentes bibliothèques du musée devaient courir depuis des semaines. »  Page 222
  • « Dans la salle du ciel étoilé, près de l’entrée ouest où devait se tenir la réception d’ouverture de l’exposition, la rumeur était plus lointaine encore, et résonnait, à l’intérieur de la vaste coupole, comme l’écho d’un rêve qui se dissipe. Et au cœur du bâtiment, à force de laboratoires, de salles de lecture, d’entrepôts, de bureaux aux murs couverts de livres, on n’entendait plus du tout la foule des visiteurs. »  Page 233
  • « — Vous avez fait appel à moi pour écrire un livre, pas pour pondre un dossier de presse de trois cents pages. Il y a eu une série de meurtres atroces une semaine avant l’ouverture de l’une des plus grandes expositions de cette maisoç. Et vous me dites que ça ne fait pas partie du sujet ?
     — Je suis seule compétente pour décider de ce qui doit ou ne doit pas figurer dans ce livre. C’est compris ? »  Page 243
  • « — Vous commencez à me fatiguer. Ou bien vous signez cette feuille, ou bien vous êtes viré.
    — Comme vous y allez ! À l’arme lourde ?
    — Épargnez-moi ce genre de plaisanterie douteuse dans mon bureau. Vous signez là, ou j’accepte votre démission, séance tenante.
    — Parfait, répondit Smithback, je vais aller porter mon manuscrit dans une maison d’édition commerciale. En fait, ce livre, vous en avez autant besoin que moi. D’ailleurs vous savez comme moi que je pourrais obtenir une grosse somme en à-valoir sur un titre qui promet de raconter de l’intérieur l’histoire des meurtres du musée. Et croyez-moi, je la connais vraiment de l’intérieur. Je suis allé au fond des choses »  Page 244
  • « — Ça ne vous dérange pas que je pousse le verrou, juste par précaution ?
    Il alla fermer, puis, le sourire aux lèvres, il tira de la poche de sa veste un petit livre usé dont la couverture de cuir portait deux flèches entrelacées. Il le brandit comme un trophée devant elle.
    La curiosité de Margo tourna vite à l’effarement.
    — Mon Dieu ! mais… ce ne serait pas le carnet de route ?
    Smithback acquiesça avec fierté.
    — Comment avez-vous fait ? Où l’avez-vous trouvé ?
    — Dans le bureau de la mère Rickman. Mais il m’a fallu consentir, pour l’avoir, à un terrible sacrifice. J’ai signé un papier où je lui promets de ne jamais plus vous adresser la parole.
    — C’est une blague ?
    — À moitié seulement. À un moment de cette petite séance, elle a ouvert un tiroir et c’est là que j’ai vu ce livret. Ça ressemblait fort à un journal de bord. Je me suis dit que c’était bizarre qu’elle ait un truc comme ça dans son bureau. Puis je me suis souvenu que vous pensiez qu’elle avait sans doute emprunté ce fameux carnet.
    Il hocha la tête avec satisfaction.
    — Moi aussi, j’en étais sûr. Enfin bref, je le lui ai piqué en sortant.  Il ouvrit le carnet et dit ;
    — Et maintenant, Fleur de lotus, écoutez attentivement. Papa va vous lire une belle histoire.
    Margo écouta. Il commença la lecture du carnet, d’abord lentement puis un peu plus vite à mesure que son regard s’habituait à déchiffrer l’écriture et les nombreuses abréviations qu’elle contenait. »  Pages 246 et 247
  • « Le carnet fournissait une description de leur progression à travers la forêt tropicale. »  Page 247
  • « 7 sept. Depuis la nuit dernière Crocker manque à l’appel. Je crains le pire. Carlos n’en mène pas large. Je vais l’envoyer rejoindre Maxwell qui doit avoir accompli la moitié du chemin vers la rivière à présent. Je ne peux pas me permettre de perdre cet objet que je devine rarissime. De mon côté je vais continuer à chercher Crocker. J’ai remarqué des pistes à travers les bois, ce sont les Kothogas qui les ont tracées, j’en suis sûr. Comment une civilisation peut-elle vivre dans un paysage aussi hostile ? Mais peut-être que les Kothogas finiront par s’en tirer après tout.
    C’était la demière phrase du carnet de route.
    Smithback le referma en pestant. »  Page 247
  • « La liste se poursuivait ainsi sur des pages entières. Un grand nombre de ces éléments semblent être des hormones, pensa Margo, mais quel type d’hormones ?
    Elle repéra dans la pièce une encyclopédie de la biochimie qui semblait là tout exprès pour recueillir la poussière. Elle l’arracha de son étagère pour chercher le mot « Collagène glycotétraglycine » :
    Protéine commune à la plupart des vertébrés. Elle assure la liaison entre le tissu musculaire et le cartilage.
    Elle passa à « Hormone thyrotrope de Weinstein »
    Hormone du thalamus présente chez les mammifères qui accentue le taux de l’épinéphrine en provenance de la glande thyroïde.
    Elle joue un rôle dans le syndrome comportemental bien connu que l’on désigne sous le nom de « combattre ou fuir ». Le cœur accélère, la température du corps s’élève, et sans doute également le taux d’acuité mentale.
    Soudain une terrible pensée vint à Margo. Elle glissa sur la définition suivante, à savoir « Hormone supressine 1,2,3, oxytocine, 4-monoxytocine », et tomba sur ce qui suit :
    Hormone sécrétée par l’hypothalamus humain. Sa fonction n’est pas clairement établie. De récentes études ont révélé qu’elle régulait peut-être le taux de testostérone dans le flux sanguin au cours des épisodes de stress intense. (Bouchard, 1992 ; Dennison, 1991.)
    Margo se renversa sur son siège avec un tressaillement, le livre lui glissa des genoux. Il produisit un bruit sourd en tombant sur le plancher. »  Page 272
  • « — Je ne comprends pas, dit-il, pourquoi ces labos sont toujours installés au diable vauvert. Bon, Margo, alors quel est ce grand mystère et pourquoi m’avez-vous obligé à faire tout ce chemin pour l’entendre ? Les réjouissances ne vont plus tarder. Vous savez que ma présence est requise sur l’estrade. C’est un honneur purement formel, bien entendu, c’est seulement parce que mes livres se vendent bien. Ian Cuthbert ne me l’a pas caché, en m’en parlant dans mon bureau ce matin.
    Une fois de plus, sa voix eut des accents d’amertume et de résignation.
    Rapidement Margo lui expliqua comment elle venait d’analyser les fibres ayant servi à l’empaquetage. Elle lui montra le disque abîmé et la scène de récolte qui s’y trouvait représentée. Elle parla de ses découvertes : du camet de route de Whittlesey, de la lettre, de la discussion qu’elle avait eue avec Jörgensen. Et elle fit mention aussi de cet épisode dans le journal de Whittlesey, où une vieille femme visiblement hors d’elle mettait en garde les membres de l’expédition contre quelque chose qui ne pouvait pas être la figurine, alors qu’elle leur parlait bel et bien du Mbwun. »  Page 276
  • « — Lieutenant ? Ici Henley. Je suis en face des éléphants empaillés, mais je n’arrive pas à trouver la salle des animaux marins. Il me semblait que vous m’aviez dit…
    D’Agosta l’interrompit pour lui répondre, tout en observant une poignée d’ouvriers en train de tester une rampe d’éclairage, probablement la plus vaste jamais construite depuis le tournage d’Autant en emporte le vent. »  Page 284
  • « D’Agosta leva sa lampe vers le sommet de l’escalier. Il compta rapidement le groupe ; trente-huit personnes, lui et Bailey compris.
    — Bon, chuchota-t-il à l’adresse du groupe. Nous sommes au deuxième sous-sol. Je vais passer d’abord, vous me suivez quand je vous le dis.
    Il se retourna et dirigea sa lampe vers la porte. Zut alors, se dit-il, nous voilà en plein dans les Mystères de Londres ! La porte de métal sombre était renforcée par des montants horizontaux. Quand il poussa le battant, un air humide et frais se précipita dans l’escalier. D’Agosta passa le premier. Il entendit un bruit d’eau, fit un pas en arrière, puis braqua sa lampe à ses pieds. »  Pages 358 et 359
  • « — Rien, rien, rien. Ce n’est pas une citation du Roi Lear !  dit Wright. »  Page 367
  • « — Je vois, dit Pendergast.  Il ajouta aussitôt : pas très rassurant, et cita : Celui qui est préparé au combat doit combattre. Pour lui le moment est venu.
    — Ah, dit Frock en hochant la tête. C’est du poète grec Alcée.
    Pendergast fit non de la tête :  
    — C’est Anacréon, docteur. On y va ? »  Page 377
  • « Smithback avait beau être inquiet, il gardait son sang-froid. Tout à l’heure il avait connu une terreur des plus primaires à l’idée que les rumeurs qui couraient sur la fameuse bête du musée n’étaient pas une invention. Mais à présent, trempé et fatigué, plus que la mort elle-même il craignait de succomber avant d’écrire son livre. Il se demandait si c’était de l’héroïsme, de l’égoïsme ou de la stupidité ; toujours est-il qu’il savait que cette aventure équivalait pour lui à une fortune. Signatures, émissions de télé. Personne ne pouvait décrire ce qui se passait en ce moment aussi bien que lui. Personne n’était aux premières loges comme lui l’était. En plus il avait agi en héros. Lui, William Smithback Jr., avait tenu la lampe face au monstre pendant que D’Agosta tirait sur le cadenas. C’était lui, aussi, Smithback en personne, qui avait pensé à bloquer la porte avec sa lampe de poche. Il s’était comporté comme l’adjoint de D’Agosta. »  Page 378
  • « Smithback alluma et soudain devant eux ce fut le grand trou, à une centaine de mètres à peine. Le plafond du tunnel s’abaissait, il devenait une sorte de bouche en arc de cercle où l’eau s’engouffrait pour tomber quelque part là-dessous, dans un bruit de tonnerre, d’où remontait une vapeur qui s’accrochait aux mousses du bord, sous forme de gouttes noires. Smithback regardait cela les dents serrées, comme si soudain tous ses espoirs de best-seller, tous ses rêves, même sa simple volonté de vivre étaient en train de s’échapper par ce siphon. »  Page 408
  • « — Vous savez que ça peut marcher ? C’est d’une simplicité biblique, sans complications inutiles, comme une nature morte de Zurbaran, une symphonie de Bruckner. Si cette créature a dégommé toute une équipe d’intervention de la police, elle doit se dire que les hommes n’auront pas grand-chose à lui opposer. Du coup elle sera moins sur ses gardes. »  Page 411
  • « — Bon, nous avons réussi, dit D’Agosta en riant toujours. C’est fait, Smithback ! Embrassez-moi, petit con de journaliste ! Je vous adore et j’espère que vous allez pondre un best-seller là-dessus ! »  Page 432
  • « — C’est vrai, intervint Kawakita, mais d’un autre côté il faut voir une chose, c’est que vous êtes désormais le mieux placé des candidats pour la direction du musée.
    Je savais qu’il y penserait, se dit Margo.
    — Ça m’étonnerait qu’on me le propose, Gregory, répondit Frock. Une fois que les choses se seront apaisées, on reviendra à des soucis pratiques et je suis trop sujet à controverse dans ce métier. En plus, la direction ne m’intéresse pas. J’ai trop de matière désormais, il faut que je compose mon prochain livre. »  Page 444
  • « — Et vous, Margo, qu’est-ce que vous allez faire ?
    Elle le regarda en face.
    — Rester au musée le temps de finir mon mémoire. »  Page 446
  • « — Au café des Artistes, à sept heures, par exemple. Allez, laissez-vous faire, je suis un écrivain mondialement célèbre ou presque. Ce Champagne est en train de tiédir.
    Il attrapa la bouteille. Tout le monde fit cercle autour de lui, Frock apporta des verres, Smithback brandit la bouteille vers le plafond, le bouchon sauta.
    — À quoi buvons-nous ? demanda D’Agosta quand les verres furent pleins.
    — A mon livre, dit Smithback. »  Page 446