4,5 étoiles, E

Elle s’appelait Sarah

Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay

Éditions Le Livre de Poche, 2010, 336 pages

Roman écrit par Tatiana de Rosnay et publié initialement en 2006 sous le titre anglais « Sarah’s key ».

Julia est une journaliste américaine qui vit à Paris depuis 25 ans avec son conjoint Bertrand, qui est français. Elle reçoit de son employeur le mandat d’écrire un article pour la commémoration des 60 ans de la rafle du Vel d’Hiv qui eut lieu en 1942. Lors de cette rafle, Sarah avait 10 ans et vivait avec ses parents et son petit frère à Paris. Ils portaient tous une étoile jaune sur leurs habits. Une nuit, ils furent réveillés brutalement par des policiers français. Sarah et ses parents furent emmenés au Vélodrome d’Hiver du 15ème arrondissement. Ils y passèrent quelques jours dans des conditions effroyables, avant d’être conduit en train vers les camps de la mort. Mais Sarah a un terrible secret qui l’angoisse et qu’une petite clé dans sa poche lui rappelle constamment. Pour écrire son article, Julia devra faire une enquête sur cet événement important de la Shoah en France. Au cours de ses recherches, elle est confrontée au silence et à la honte qui entourent le sujet. Au fil des témoignages, elle découvre, avec horreur, le calvaire des familles juives raflées et la participation zélée des policiers français. À 60 ans d’écart, les destins de Julia et de Sarah vont se rejoindre.

Émotions et apprentissages sont au rendez-vous dans ce magnifique roman. Apprentissages, car une partie de la trame de fond est la rafle du Vél D’hiv survenu à Paris le 16 juillet 1942 lors de la seconde guerre mondiale. Un événement peu glorieux et très peu connu probablement dû à l’implication peu orthodoxe de la police française dans ce génocide. Émotions, car l’auteur nous fait plonger dans cette tragédie par le biais des yeux d’un enfant de 10 ans, Sarah, qui ne comprend pas ce qui se passe, qui souffre et qui a peur. La compréhension des événements nous vient peu à peu par les trouvailles de Julia au cours de son enquête. Le style de Tatiana de Rosnay dans ce roman est efficace, dynamique et bouleversant. Elle fait vivre une kyrielle d’émotions au lecteur avec ses chapitres courts et qui alternent entre la vie de Julia et celle de Sarah. Une lecture dont on ne sort pas indemne car bien qu’il s’agît d’une fiction, il reste que c’est basé sur des faits réels et surtout cruels de l’histoire de l’humanité. Un excellent roman qui nous tient en haleine, même si la fin se termine à l’eau de rose. Je conseille vivement cette lecture à tous.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 14 décembre 2017

La littérature dans ce roman:

  • « Dans ce placard, ils gardaient une lampe de poche, des coussins, des jouets, des livres et même une carafe d’eau que Maman remplissait tous les jours. Son frère ne sachant pas encore lire, la fillette lui faisait la lecture. Il aimait entendre Un bon petit diable. Il adorait l’histoire de Charles l’orphelin et de la terrifiante Mme Mac’Miche et comment Charles prenait sa revanche sur tant de cruauté. Elle la lui relisait sans cesse.
    La fillette apercevait le visage de son frère qui la fixait dans le noir. Il était accroché à son ours en peluche préféré, il n’avait plus peur. Peut-être serait-il en sécurité, là, après tout. Il y avait de l’eau et la lampe de poche. Il pourrait regarder les images du livre de la comtesse de Ségur, celle qu’il aimait par-dessus tout, la magnifique revanche de Charles. »  Page 14
  • « Ici, l’empreinte de Mamé était partout, même si elle était partie en maison de retraite depuis neuf mois déjà. La grand-mère de mon mari avait vécu là des années. Je me souvenais de notre première rencontre, seize ans auparavant. J’avais été impressionnée par les tableaux anciens, la cheminée de marbre où trônaient des photos de famille dans des cadres d’argent, les meubles à l’élégante et discrète simplicité, les nombreux livres sur les étagères de la bibliothèque, le piano à queue recouvert d’un riche velours rouge. »  Page 17
  • « Il y avait un mois de cela, sa mère avait cousu les étoiles sur tous leurs vêtements. Sauf sur ceux de son petit frère. Quelque temps auparavant, leurs cartes d’identité avaient été tamponnées des mots « Juif » ou « Juive ». Puis il y eut tout un tas de choses qu’ils ne furent plus autorisés à faire. Jouer dans le square. Faire de la bicyclette. Aller au cinéma. Au théâtre. Au restaurant. À la piscine. Emprunter des livres à la bibliothèque. »  Page 34
  • « Cela faisait six ans que j’écrivais pour l’hebdomadaire américain Seine Scenes. Il y avait une édition papier ainsi qu’une version sur le Net. J’écrivais une chronique sur les événements susceptibles d’intéresser les expatriés américains. Je faisais dans la « couleur locale », ce qui pouvait aller de la vie sociale à la vie culturelle – expos, films, restaurants, livres – mais aussi la prochaine élection présidentielle. »  Page 35
  • « J’ai lu tout l’après-midi. Je n’ai rien fait d’autre que lire et enregistrer des informations, rechercher des livres sur l’Occupation et les rafles. Je remarquai que de nombreux ouvrages étaient épuisés. Je me demandai pourquoi. Parce que personne ne voulait lire sur le Vél d’Hiv ? Parce que cela n’intéressait plus personne ? J’appelai quelques librairies. On me répondit qu’il ne serait pas facile de me procurer ce que je cherchais. Faites tout ce que vous pouvez, dis-je. »  Page 39
  • « « Vous ne connaîtriez pas quelqu’un, un voisin, qui pourrait nous parler de la rafle ? » demandai-je. Nous avions déjà interviewé plusieurs survivants. La plupart avaient écrit des livres pour raconter leur expérience, mais nous manquions de témoins. »  Page 75
  • « J’étais sur le chemin du bureau quand mon téléphone sonna. C’était Guillaume. Il avait trouvé quelques-uns des livres épuisés dont j’avais besoin chez sa grand-mère. Il pouvait me les prêter. »  Page 130
  • « Franck Lévy devait avoir dans les soixante-cinq ans. Son visage avait quelque chose de profond, de noble et de las. Je le suivis dans son bureau, une pièce haute de plafond, remplie de livres, de dossiers, d’ordinateurs, de photographies. »  Page 133
  • « Il était mort, là, tout seul, dans le noir, sans eau, sans nourriture, avec son ours et son livre d’histoires. »  Page 138
  • « La chambre où elle avait dormi était spacieuse, simple mais confortable. Près de la porte se trouvait une étagère avec des livres. Elle alla y jeter un œil. Ses livres préférés étaient là, Jules Verne, la comtesse de Ségur. Sur les pages de garde, une main juvénile et scolaire avait écrit : Nicolas Dufaure. Elle se demanda de qui il s’agissait. »  Page 138
  • « La fillette avait des yeux clairs en amande. Bleus ou verts, c’était difficile à dire. Des cheveux blonds aux épaules, légèrement ondulés. Un beau sourire timide. Un visage en forme de cœur. Elle était assise à son pupitre d’écolière, un livre ouvert devant elle. Sur sa poitrine, l’étoile jaune. »  Page 145
  • « Le soir, je retrouvai Guillaume au Select. Nous nous assîmes à l’intérieur, près du bar, loin de la terrasse bruyante. Il avait apporté des livres. J’étais ravie. C’était ceux que je cherchais sans pouvoir mettre la main dessus. Notamment un, sur les camps du Loiret. Je le remerciai chaleureusement. »  Page 148
  • « La fillette suivait des yeux le faisceau orangé d’une lampe torche qui balayait les murs de la cave et s’approchait de sa cachette. Puis elle vit la gigantesque silhouette noire d’un soldat se détacher comme dans un livre d’images. Elle était terrorisée. »  Page 151
  • « Je lui demandai alors s’il y avait beaucoup de visiteurs au Mémorial. Il me répondit que des groupes scolaires venaient et, parfois, des touristes. Nous feuilletâmes le livre d’or. »  Page 156
  • « Nous sortîmes du bâtiment. J’emportais tout un tas de documents, brochures et livres, que le conservateur m’avait donnés. Dans ma tête, tout ce que je savais de Drancy se bousculait, les traitements inhumains de ces années de terreur, les trains qui n’en finissaient pas de transporter des Juifs jusqu’en Pologne. »  Page 157
  • « Quand, à l’aube, le chant du coq la réveilla, son oreiller était trempé de larmes. Elle s’habilla rapidement, se glissant dans les vêtements que Geneviève avait préparés pour elle. De solides habits de garçon, bien propres et passés de mode. Elle se demanda à qui ils avaient appartenu. À ce Nicolas Dufaure qui avait péniblement écrit son nom sur tous ces livres ? »  Page 163
  • « Elle courut dans le long couloir familier, puis tourna à gauche, dans sa chambre. Elle ne remarqua pas le nouveau papier peint, le nouveau lit, les livres, toutes ces choses qui ne lui appartenaient pas. »  Page 186
  • « Je promenais mon regard dans le bureau plein de couleurs de Charla, sur sa table de travail couverte de dossiers et de livres, sur les rideaux rubis en coton léger qui volaient dans la brise. »  Page 258
  • « « Alors, vous êtes journaliste ? À Paris, d’après ce que j’ai vu sur Internet ? »
    Je me mis à tousser nerveusement en tripotant ma montre.
    « Moi aussi, j’ai regardé. Votre dernier livre a l’air fabuleux, Festins toscans. »
    William Rainsferd soupira en se tapotant le ventre.
    « Ah ! Ce livre m’a valu cinq kilos de trop que je n’ai jamais réussi à perdre. » »  Page 270
  • « Je me demandais s’il avait fait des recherches sur le Vél d’Hiv, s’il avait lu des articles, des livres sur les événements de juillet 1942 en plein cœur de Paris. »  Page 285
  • « Je regardai la clef. Puis le dessin. Un portrait maladroit d’un petit garçon avec des cheveux blonds et bouclés, qui semblait être assis dans un placard, avec un livre sur les genoux et un nounours à ses côtés. Au dos, une légende : « Michel, 26, rue de Saintonge. » Je feuilletai le carnet. Aucune date. Des phrases courtes écrites sous forme de poèmes, en français, difficiles à déchiffrer. Quelques mots me sautèrent au visage : le camp, la clef, ne jamais oublier, mourir.
    « L’avez-vous lu ? demandai-je.
    — J’ai essayé. Mais je ne parle pas très bien français. Je ne comprends que des bribes. » »  Page 292
Publicités
4,5 étoiles, A, V

L’Assassin royal – Premier cycle, tome 05 – La voie magique

L’Assassin royal – Premier cycle, tome 05 – La voie magique de Robin Hobb

Éditions Baam!, 2009, 344 pages

Cinquième tome en français du premier cycle de « L’assassin Royal » de Robin Hobb. Il correspond au deuxième tiers de « Assassin’s Quest » paru initialement en 1997.

Fitz doit mettre temporairement de côté son projet de vengeance contre Royal, qui a usurpé le trône du roi en son absence. Lors d’une confrontation, son oncle Vérité a dû l’aider par le biais de sa grande capacité à « artiser ». Il lui a alors ordonné de le rejoindre. L’appel est plus fort que tout. Fitz part donc vers le Royaume des montagnes où il espère dans un premier temps y retrouver son ami le Fou et Kettrichen, la femme de Vérité. Il veut par la suite poursuivre vers le dernier lieu où a été aperçu Vérité dans sa quête des Anciens. Mais cette route vers les montagnes ne sera pas une partie de plaisir pour Fitz car les troupes de Royal sont à sa recherche. De plus, il devra faire le trajet périlleux vers les montages alors que les chemins sont à la veille d’être fermés pour l’hiver. En cours de route, il sera reconnu par deux femmes : Astérie, femme ménestrel, qui veut devenir célèbre en narrant les aventures du Bâtard au Vif et Caudron, une vieille femme mystérieuse qui en sait beaucoup sur le Vif et sur l’Art. Elles feront le chemin avec lui mais seront-elles pour Fitz un aide ou une nuisance dans son cheminement pour retrouver Vérité?

Un tome de transition un peu plus lent que les précédents. Dans ce tome, l’auteur présente avec brio et un grand réalisme le pèlerinage de Fitz sur les chemins des montages avec les difficultés du froid et de la neige. En tant que lecteur, on souffre avec lui. Ce rude voyage est loin d’être monotone car on y retrouve plusieurs rebondissements, de nouvelles connaissances sur les Anciens, l’Art et le Vif et surtout beaucoup d’émotions. Robin Hobb a conservé dans ce cinquième tome son style soigné et fluide qui tient le lecteur en haleine. Elle a aussi su inclure dans son histoire un grand dynamisme. Ce qui est intéressant dans ce tome c’est qu’il y a deux nouveaux protagonistes : Astérie et Caudron. Ces deux personnages sont très bien construits, attachants et énigmatiques à la fois. Bien que quelques longueurs ponctuent ici et là le texte, l’ensemble reste cependant très bon. L’impact d’une coupure du tome original en trois parties et que celui-ci soit le deuxième explique peut-être ces petites longueurs. En espérant que la conclusion fasse honneur à la saga et qu’elle soit aussi passionnante.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 17 août 2017

La littérature dans ce roman:

  • « Astérie se laissa aller contre le dossier de sa chaise. « Mais elle en a fait un si beau conte que j’en avais les larmes aux yeux. Elle a montré au sorcier d’Art la cicatrice que votre coup de griffe lui avait laissée sur la joue, en jurant qu’elle n’a dû son salut qu’à la mort-au-loup qui poussait là où vous vous trouviez.
    — J’ai l’impression que c’est Tassin que vous devriez suivre si vous cherchez une chanson, marmonnai-je, révolté.
    — Ah, mais la fable que je leur ai servie était encore meilleure », fît-elle, puis elle s’interrompit en indiquant de la tête le garçon qui s’approchait. »  Page 28
  • « Pour les contrebandiers, elle chanta une vieille ballade sur Heft le voleur de grand chemin, sans doute de tous les brigands de Cerf celui qui avait eu le plus de panache ; même Nik sourit pendant la chanson, tandis qu’Astérie ne cessait de lui lancer de petites oeillades ; à l’intention des pèlerins, elle chanta un poème qui parlait d’une route qui ramenait les gens chez eux en suivant les méandres d’un fleuve, et elle termina par une berceuse pour les trois enfants du voyage ; mais déjà bon nombre de spectateurs s’étaient allongés sur leurs couvertures. »  Page 66
  • « Dans nombre de légendes et contes d’autrefois qui parlent du Vif, on affirme qu’un usager du Vif finit par acquérir de multiples traits de son animal de lien ; certaines histoires parmi les plus effrayantes soutiennent même qu’un tel individu devient capable, avec le temps, de prendre l’aspect de l’animal en question. »  Page 77
  • « « Savez-vous ce que je transporte dans cette carriole, Tom ? Des livres ; des manuscrits et des rouleaux de parchemins que j’amasse depuis des années ; je me les suis procurés dans de nombreux pays, j’ai appris bien des langues et bien des alphabets, et dans beaucoup de régions j’ai trouvé mention à d’innombrables reprises des Prophètes blancs. Ils apparaissent aux moments critiques de l’Histoire et ils la façonnent ; certains disent qu’ils viennent mettre l’Histoire sur la voie qui doit être la sienne. »  Page 80
  • « « Je crois que l’heure est venue pour l’apparition d’un de ces prophètes ; et mes lectures me conduisent à penser que le Prophète blanc de notre génération se lèvera dans les Montagnes. »  Page 81
  • « Je trouvai Caudron en train d’étudier un manuscrit à la lumière du feu sans prêter la moindre attention à ceux qui essayaient de cuisiner. « Que lisez-vous ? lui demandai-je.
    — Les textes de Cabal le blanc, un prophète de l’époque kimoalienne. » Je haussai les sourcils : tout cela ne m’évoquait rien.
    « Grâce à ses conseils, un traité a été signé qui mettait fin à un siècle de guerre et qui a permis à trois peuples de n’en faire plus qu’un ; le savoir a été partagé, de nombreuses plantes comestibles qui ne poussaient que dans les vallées méridionales du Kimoala sont devenues d’usage courant, tel le gingembre ou l’avoine de kim.
    — Et c’est un seul homme qui a fait tout ça ?
    — Un seul, oui. Ou deux, peut-être, si l’on compte le général qu’il a convaincu de vaincre sans détruire. Tenez, il parle de lui ici : « DarAles fut le catalyseur de son temps, l’homme qui changea les coeurs et les existences. Il vint, non pour être lui-même un héros, mais pour susciter le héros chez les autres ; il vint, non pour accomplir des prophéties, mais pour ouvrir la porte à de nouveaux avenirs. Telle est toujours la tâche du catalyseur. » Plus haut, il écrit que chacun d’entre nous peut être le catalyseur de son temps. Qu’en pensez-vous, Tom ?
    — Que je préfère être berger », répondis-je avec une sincérité non feinte. »  Page 99
  • « — Je refuse de me moquer d’elle, répondit gravement Jofron. Elle a fait un long voyage pour vous voir et elle y a tout perdu sauf la vie. Venez, saint homme, elle attend dehors. Ne voulez-vous pas lui parler, rien qu’un instant ?
    — Saint homme, répéta le fou d’un ton railleur. Vous lisez trop de vieux manuscrits, et elle aussi. Non, Jofron. » »  Page 185
  • « Le fou m’essuya le menton et s’assit par terre près de mon lit, puis s’y accouda ; il orienta son parchemin vers la lumière et reprit sa lecture. »  Page 196
  • « Le fou se remit à lire. « J’en ai assez de rester sur le ventre, dis-je.
    Tu peux toujours te retourner sur le dos », répondit le fou pour le plaisir de me faire grimacer. Puis : « Tu veux que je t’aide à te mettre sur le côté ?
     — Non. J’ai encore plus mal.
    — Préviens-moi si tu changes d’avis. » Il reporta son regard sur le manuscrit.
    « Umbre n’est pas revenu me voir. »
    Il soupira et posa son parchemin. »  Page 197
  • « « Ah, les secrets ! fit-il en soupirant. Un jour, j’écrirai un long traité philosophique sur le pouvoir des secrets, qu’on les garde ou qu’on les révèle. »  Page 198
  • « Caudron venait souvent me voir et me rendait à moitié fou en m’entretenant des manuscrits au sujet du Prophète blanc ; ses connaissances sur eux étaient grandes et ils faisaient trop fréquemment à mon goût référence à un Catalyseur. »  Page 210
  • « Umbre continua de me regarder sans répondre, mais, de son coin de l’âtre où elle se balançait, Caudron dit d’un ton empreint d’une satisfaction béate : « Les Ecrits blancs l’annoncent : « Il aura soif du sang de son propre sang et sa soif jamais ne sera étanchée. Le Catalyseur désirera en vain foyer et enfants, car ses enfants seront ceux d’un autre et celui d’un autre le sien… » 
    — Nul ne peut me forcer à réaliser ces prophéties ! braillai-je. Qui les a écrites, d’abord ? »
    Caudron se balança sans rien dire, et c’est le fou qui répondit, d’un ton mesuré, sans lever les yeux de son ouvrage. « C’est moi, dans mon enfance, à l’époque de mes rêves ; je ne te connaissais pas sauf dans mes songes. »  Page 218
  • « Je m’y assis, puis : « Vous étiez au courant. Vous étiez au courant depuis le début.
    — Au courant de quoi ? me demanda-t-il d’un ton las.
    — De toutes ces histoires de Catalyseur et de Prophète blanc. »
    Il poussa un soupir. « Je ne sais rien de tout cela. Mais c’est vrai, je n’ignorais pas qu’il existait des textes à ce sujet ; n’oublie pas que la situation des Six-Duchés-était beaucoup plus calme avant que ton père abdique ; pendant de longues années, après m’être retiré dans ma tour, je suis resté souvent plusieurs mois sans avoir à me mettre au service de mon roi, et j’avais amplement le temps de lire et de multiples sources pour me procurer des manuscrits. C’est ainsi que je suis tombé sur des récits et des documents venus de l’étranger qui traitaient d’un Catalyseur et d’un Prophète blanc. » Sa voix s’adoucit, comme s’il ne tenait plus compte de la colère qui sous-tendait ma question. « C’est seulement après que le fou est entré à Castelcerf et que j’ai découvert, par des moyens discrets, qu’il s’intéressait fort à ces textes que ma curiosité a été piquée. Toi-même, tu m’as dit une fois qu’il t’avait appelé « catalyseur » ; j’ai donc commencé à me poser des questions… Mais, à la vérité, je n’accorde que peu de foi aux prophéties en général. » »  Page 219
  • « — Qui est Caudron ? répétai-je, surpris.
    — Ça, je viens de le dire, il me semble.
    — Caudron est… » L’étrangeté d’en savoir si peu sur une personne avec qui j’avais si longtemps voyagé me frappa soudain. « Elle est née en Cerf, je crois, puis elle a bourlingué, étudié des manuscrits et des prophéties, et elle est rentrée pour chercher le Prophète blanc. » »  Page 231
  • « Sur ces territoires, nous ne disposons que des fables habituelles qu’engendrent les pays lointains : dragons et géants, anciennes cités en ruines, licornes farouches, trésors et cartes secrètes, rues empoussiérées pavées d’or, vallées où règne un éternel printemps et où l’eau sourd en fumant des entrailles de la terre, sorciers menaçants enfermés par un sortilège dans des cavernes incrustées de diamants et esprits malfaisants emprisonnés de toute éternité dans la pierre. »  Page 243
  • « « Récite-nous quelque chose, dans ce cas, intervint le fou. Ou bien chante. Fais ce qu’il faut pour te concentrer sur ce qui se passe ici. — Bonne idée », fit Astérie, et ce fut mon tour d’adresser un regard noir au fou, mais tous les yeux étaient désormais tournés vers moi. Je pris une inspiration et tâchai de trouver un poème à réciter. Tout le monde ou presque a une histoire préférée ou sait par coeur un bout de poésie –, mais la plus grande partie de l’instruction que j’avais reçue portait sur les plantes toxiques et autres domaines de l’art de l’assassinat. »  Page 300
  • « Kettricken resta silencieuse, presque morose, jusqu’au moment où le fou s’aperçut de son humeur mélancolique et se mit à évoquer Castelcerf avant qu’elle y vînt ; je tendis l’oreille et me trouvai pris dans les souvenirs de l’époque où les Pirates rouges n’étaient encore qu’un conte et où ma vie était, sinon heureuse, du moins sans risque ; peu à peu, la conversation porta sur les divers ménestrels, célèbres ou peu connus, qui avaient joué à Castelcerf, et Astérie harcela le fou de questions à leur sujet. »  Page 303
  • « J’essayai de concevoir un moyen de ne pas révéler la vérité, puis je rejetai violemment cette solution ; carrant les épaules comme si je rendais compte à Vérité en personne, je parlai d’une voix nette : « Nous sommes liés par le Vif ; ce que j’entends, ce que je comprends, il le comprend comme moi ; ce qui l’intéresse, il l’apprend. Je ne prétends pas qu’il saurait lire un manuscrit ni se rappeler une chanson mais, si une chose l’intrigue, il y pense à sa façon – celle d’un loup, la plupart du temps, mais parfois à la façon dont n’importe quel homme s’y… » J’avais du mal à énoncer clairement ce que je ne concevais pas bien moi-même. »  Pages 305 et 306
  • « « Ce n’est pourtant pas compliqué, petit prince. Qui est cette femme qui en sait si long sur ce qui te tourmente, qui tire soudain d’une poche un jeu dont je n’ai trouvé mention qu’une seule fois dans un très vieux manuscrit, qui chante Six Sages s’en sont venus à Jhaampe en y ajoutant deux couplets que je n’ai jamais entendus ? Qui, ô lumière de ma vie, est Caudron et pourquoi une femme aussi antique a-t-elle choisi de passer ses derniers jours à courir les montagnes en notre compagnie ? »  Page 308
  • « — Eh bien, que peut-on supposer sur quelqu’un qui surveille aussi étroitement sa langue ? Qui semble avoir quelques connaissances sur l’Art ? Et sur les anciens jeux de Cerf et la poésie d’autrefois ? Quel âge lui donnes-tu ? » »  Page 308
  • « Une fois la yourte installée, Kettricken se mit à regarder la route, au-dessus de nous, les sourcils froncés, puis elle sortit sa carte ; elle l’examinait à la lumière déclinante du jour quand je lui demandai ce qui n’allait pas.
    Elle tapota le manuscrit du bout de sa moufle, puis indiqua d’un mouvement du bras la pente au pied de laquelle nous nous trouvions. »  Page 314
  •  
4,5 étoiles, T

La Tueuse de dragons, tome 01 – La Tueuse de dragons

La Tueuse de dragons, tome 01 – La Tueuse de dragons de Héloïse Côté

Éditions Alire, 2010, 473 pages

Premier tome de la série « La tueuse de dragons » d’Héloïse Côté paru initialement en 2010.

L’Austrion est un royaume infesté par les dragons. Pour les éliminer, des tueurs de dragons sont formés à la dure et ce dès leur plus jeune âge. La population ne les aime pas, on dit d’eux qu’ils sont des mangeurs de cœur, des drogués et des bâtards. Rejetés par la population, ils vivent comme des parias. Deirdra est probablement la meilleure d’entre eux et elle veut le prouver. Sauvée des griffes d’un minusi alors qu’elle n’était qu’une enfant, elle a été vendue à maître Bradeus qui l’a formé. Elle rêve de dépasser le record d’éliminer neufs dragons avant de mourir. Pour y arriver tous les moyens sont bons : arrogance, isolement, mensonges et drogue. Par un concours de circonstance, elle devra mettre de côté son rêve et se verra dans l’obligation de travailler avec le capitaine Thad de Volter et ses hommes pour analyser une scène de carnage. Depuis quand les soldats font-ils confiance à un tueur de dragons ?

Un très bon roman de fantasy québécois. Une histoire est très bien ficelée avec les chasses aux dragons et les intrigues politiques. Le développement que l’auteur a fait de cet univers est très achevé et fort accrocheur. On est happé par cette histoire et par le personnage de Deirdra. Le point fort de l’auteur est sa façon de construire des personnages qui sont très humains et attachants malgré leurs défauts. Celui de Deirdra est tout sauf ennuyant. Elle est complexe comme un être vivant peut l’être, avec elle pas de faux semblant. Elle est têtue et égoïste. Elle n’a pas sa langue dans sa poche mais elle est très attachante car on découvre en cours de la lecture pourquoi elle est comme elle est. Le personnage de Thad est lui aussi très bien construit et très attachant. Malheureusement, le thème de la misogynie prend beaucoup trop de place dans l’histoire surtout lorsque Deirdra est en formation chez Maitre Bradeus. Malgré quelques longueurs au début pour les mises en situation, ce roman est une très bonne lecture.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 22 juin 2017

La littérature dans ce roman:

  • « L’officier qui avait interrogé Deirdra plus tôt était assis derrière une table sur laquelle des livres et des parchemins étaient proprement empilés autour d’une plume, d’un encrier, d’un bâton de cire, d’un pichet et d’un godet d’argile. »  Page 44
  • « – Ma… dragonne…
    – Tu ne pense décidément qu’à cette cochonnerie! Tiens, la voilà! »
    Le capitaine Thad saisit un objet dissimulé derrière la pile de livres sur sa table et le jeta sur les genoux de la jeune femme. »  Page 46
  • « Thad se dirigea vers la porte, l’ouvrit et adressa un signe à la sentinelle postée à l’extérieur. Deirdra en profita pour finir de fouiller la pièce du regard en quête d’une arme. Elle n’en repéra aucune. Par contre, elle vit son collier de griffes, en partie dissimulé par les piles de parchemins et les livres. »  Page 48
  • « Les fuyards se retrouvèrent dans une salle d’étude au plafond haut. Des livres et des parchemins s’entassaient dans une bibliothèque et des boîtes de verre étaient posées sur des tables. »  Page 97
  • « La troisième dépouille se retrouva à son tour à l’extérieur. Au moment où ils larguaient la quatrième, une volée de flèches déchira l’air et alla se planter dans la reliure des livres en face de la fenêtre. »  Page 97 et 98
  • « Je vous ai réservé la pièce située au sommet de la tour nord. Mes serviteurs y ont apporté tout ce qu’ils ont pu trouver sur les dragons : griffes, dents, peau, livres, venin, os… »  Page 379
  • « « Tu vois cette libellule ? En une nuit, j’ai découvert comment elle se reproduisait. Tu sais de quelles informations je disposais ? De quelques livres sur les insectes, d’une loupe, de deux libellules mortes et de mon intelligence. »  Page 380
  • « Le centre du local était occupé par une table de vois ronde couverte d’un bric-à-brac. Quatre bancs tachés de cire entouraient le meuble. La jeune femme s’avança et fourragea dans le tas d’objets hétéroclites. Elle écarta un livre et découvrit une fiole de venin de minusius. »  Page 382
  • « Elle franchit la pièce au pas de course et vérifia le second battant. Il n’était pas verrouillé. Comme aucun bruit ne lui parvenait de l’autre côté, elle l’écarta. Il donnait sur une pièce occupée par des bibliothèque remplis de livres et par une table de travail. »  Page 416
  • « Avisant une pile de parchemins sur l’étagère de l’une des bibliothèques, Deirdra glissa le pendentif de bois entre les rouleaux et la griffe derrière des livres. »  Page 419
  • « Le panneau vola en éclats et trois soldats apparurent, le visage ruisselant de sueur. Ils repoussèrent les morceaux de planches, enjambèrent la bibliothèque et les livres épars et menacèrent Deirdra de leur épée. »  Page 419
  • « La jeune femme fonça jusqu’à la bibliothèque. La pièce était déserte. Elle écarta frénétiquement les parchemins et les livres et découvrit avec un soulagement intense que l’appeau et la griffe y étaient toujours. »  Page 423
4,5 étoiles, H, L

Harold Fry, tome 01 : La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi…

Harold Fry, tome 01 : La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi… de Rachel Joyce.

Édition France loisirs (Piment), publié en 2013, 415 pages

Premier tome de la série « Harold Fry » de Rachel Joyce paru initialement en 2012 sous le titre anglais « The unlikely pilgrimage of Harold Fry ».

Harold est tout récemment retraité et il ne trouve pas ses marques avec sa femme Maureen qui est la reine de la maison. Un mardi matin, une lettre bouscule leur vie routinière et sans imprévus. Ce mot provient de Queenie, une ancienne collègue de travail d’Harold qu’il a perdu de vue depuis près de vingt ans. Il est bouleversé par ce message car Queenie lui annonce qu’elle se meurt d’un cancer. Que lui répondre ? Que peut-on dire ou écrire à une femme en phase terminale ? Harold ne le sait pas. Il griffonne un petit quelque chose et au moment de poster sa réponse, il passe devant la boîte aux lettres sans s’arrêter. Puis passe aussi son chemin à la deuxième, trouvant sa réponse insignifiante. Et s’il lui apportait cette lettre en mains propres ? Sur un coup de tête, il poursuit son chemin jusqu’à l’autre bout de l’Angleterre soit près de 1000 km à pied dans l’espoir fou que cela puisse sauver Queenie. Ce pèlerinage improvisé va l’obliger à revisiter sa vie.

Une très belle histoire qui nous porte à analyser notre propre cheminement de vie. Ce roman parle surtout des épreuves de la vie, tels que les deuils, les problèmes familiaux, les relations de couples, l’éducation des enfants. Le lecteur apprend à connaitre le personnage d’Harold petit-à-petit à travers son introspection. On le découvre mais surtout on s’attache à cet homme ordinaire qui a peur de déranger. Bien que le cheminement d’Harold soit étoffé, celui de sa femme Maureen, manque un peu de réalisme en étant trop simple et superficiel. Le style d’écriture de Rachel Joyce est fluide avec une touche d’humour malgré le poids de propos traités. L’histoire nous est contée selon deux points de vue, celui de Maureen et celui d’Harold en alternance ce qui permet au lecteur de bien comprendre la dynamique de ce couple. Un très beau récit sur les impacts du passé qui peuvent être douloureux mais aussi heureux. Un roman psychologique fort sympathique, mais un peu long tout de même.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 5 mars 2017

La littérature dans ce roman

  • « Il était parti en retraite un vendredi, avec en guise de souvenir d’une vie passée dans l’entreprise un guide touristique illustré de la Grande-Bretagne et un bon d’achat chez un caviste. Le volume avait été placé dans la « meilleure pièce », à côté des autres objets que personne ne regardait jamais. »  Page 41
  • « Il pourrait planifier son itinéraire sur Internet et commander le nécessaire pour la marche. Peut-être trouverait-il quelques suggestions dans le guide touristique qu’il avait reçu en cadeau pour sa retraite, jamais ouvert depuis ? »  Page 45
  • « Quand il était petit, il rasait les murs, terrifié à l’idée d’attirer l’attention. Il pouvait regarder sa mère se mettre du rouge à lèvres ou lire sa revue de voyages sans qu’elle s’aperçoive de sa présence. »  Page 49
  • « 7 — Harold et le randonneur et la femme qui aimait Jane Austen »  Page 86
  • « — Elle aime Jane Austen, lança le randonneur en riant. Elle a vu tous les films. Moi, je suis plutôt un vrai mâle, si vous voyez ce que je veux dire. »  Page 100
  • « Le cours de ses pensées fut interrompu par ses voisins, qui avaient élevé la voix. Harold avait envie de partir, mais il attendait en vain la plage de silence qui lui permettrait de se lever et de prendre congé.
    La femme qui aimait Jane Austen lança :
    — Tu crois que c’était marrant d’être coincée ici avec une jambe dans le plâtre ? »  Page 101
  • « Et puis il y avait eu les années scolaires de David. Les heures qu’il passait enfermé dans sa chambre, ses notes excellentes, son refus d’être aidé par ses parents.
    — Cela n’a pas d’importance s’il reste tout seul, disait Maureen, il a d’autres centres d’intérêt.
    Après tout, eux-mêmes étaient des solitaires. Une semaine, David voulait un microscope. Une autre, les Œuvres complètes de Dostoïevski. Puis une méthode d’apprentissage de l’allemand. Un bonsaï. Intimidés par sa soif de connaissances, ils achetaient tout. Il avait la chance d’avoir une intelligence et des opportunités qu’ils n’avaient jamais eues et, quoi qu’il arrive, ils ne devaient pas le laisser tomber.
    — Père, disait-il, tu as lu William Blake ? »  Page 112
  • « Il avait quitté Exeter de bonne heure, après avoir acheté un dictionnaire des plantes sauvages d’occasion et un guide de la Grande-Bretagne. Il les avait placés dans son sac en plastique avec les deux cadeaux pour Queenie. »  Page 128
  • « À Brampford Speke, les maisons avaient maintenant des toits de chaume et la brique n’était plus couleur silex, mais d’un rouge chaud. Des branches de spirée ployaient sous les fleurs et des pousses de delphinium pointaient leur nez dans la terre. À l’aide de son livre, Harold identifia des barbes de Jupiter, des langues de cerf, des compagnons rouges, de l’herbe à Robert, des pieds-de-veau et découvrit que les fleurs en forme d’étoile dont la beauté l’avait émerveillé étaient des anémones des bois. Revigoré, il parcourut les quatre kilomètres qui le séparaient encore de Thorverton, le nez plongé dans son dictionnaire des plantes sauvages. »  Pages 130 et 131
  • « Il passa la soirée avec un travailleur social qui voulait devenir poète. »  Page 131
  • « Harold parvint à Bickleigh, où, d’après son guide touristique, il était intéressant de visiter le petit château en brique rouge niché sur la rive de l’Exe. Mais un homme au visage long, vêtu d’un pantalon vert olive, l’informa que le guide n’était pas à jour en ce qui concernait le château, à moins de vouloir le louer pour un mariage luxueux ou y passer un week-end « meurtre et mystère ». »  Page 137
  • « Sa tante Muriel lui écrivait des billets d’excuse : « Harold avait mal à la tête », « Harold n’est pas dans son assiette. » Parfois, elle s’armait d’un dictionnaire et faisait preuve de plus de créativité : « Harold a eu un accès de maladie hépatique mardi vers 18 heures. » Quand il échoua à ses examens, il abandonna complètement l’école. »  Page 138
  • « Curieusement, c’était Mr. Napier qui, à l’époque, avait fait faire équipe à Harold et à Queenie. Il avait convoqué Harold dans son bureau orné de boiseries pour lui dire qu’il chargeait Queenie d’aller vérifier sur place les livres de comptes des pubs. »  Page 154
  • « Queenie s’approcha de sa voiture, agrippée à son sac à main carré, l’air de s’apprêter à faire des courses plutôt que de vérifier les livres de comptes d’un pub. »  Page 156
  • « Tout se ressemblait. Il cessa de consulter ses guides, car leurs informations ne faisaient qu’accentuer son impression de ne rien savoir. »  Page 159
  • « Harold n’avait couché qu’avec une femme, Maureen. Même quand elle avait mis ses livres de cuisine à la poubelle, qu’elle avait fait couper ses cheveux et qu’il l’entendait fermer sa porte à clé le soir, il n’avait pas cherché à en voir une autre. »  Page 167
  • « — Ma mère a quitté la maison un peu avant mes treize ans. Mon père et elle étaient très malheureux. Lui buvait et elle avait envie de voyager. C’est tout ce dont je me souviens. Après son départ, il est allé encore plus mal pendant quelque temps, et puis les voisines ont appris ce qui s’était passé. Elles se sont fait un plaisir de le materner. Du coup, mon père s’est épanoui. Il a ramené une kyrielle de tantes à la maison. C’est devenu une espèce de Casanova. »  Page 186
  • « À quel moment avait-elle trébuché ? Contrairement à lui, elle avait fait des études correctes. Elle avait pris des cours de secrétariat, puis suivi les cours de français par correspondance de l’Université ouverte quand David était à l’école primaire. Elle aimait jardiner. Le moindre carré de leur parcelle de Fossebridge Road produisait des fruits ou des fleurs. Elle avait cuisiné tous les jours, lu les livres de recettes d’Elizabeth David et pris plaisir à rechercher de nouveaux ingrédients. »  Page 194
  • « À l’aide de son livre de botanique, il identifiait les fleurs des haies et apprenait leur usage ; lesquelles portaient des baies, toxiques ou consommables, lesquelles avaient des feuilles aux vertus médicinales. L’ail des ours remplissait l’atmosphère de son odeur âcre. De nouveau, il fut surpris de voir quelles richesses ignorées se trouvaient à ses pieds. »  Page 206
  • « Suivant les instructions de son guide touristique, il s’intéressa au musée de la Chaussure de Street et jeta un coup d’œil à la boutique de Clarks Village tout en restant persuadé qu’il aurait tort d’abandonner ses chaussures de bateau après être allé si loin avec. »  Page 207
  • « Déjà, à cette époque, il avait commencé à mettre de l’argent de côté pour leur avenir. Il avait trouvé un emploi d’éboueur tôt le matin et de receveur de bus l’après-midi. Deux fois par semaine, il travaillait de nuit à l’hôpital et le samedi il était employé à la bibliothèque. Parfois, il était si épuisé qu’il se glissait sous les rayonnages et s’endormait.
    Maureen s’était mise à prendre le bus devant chez elle et elle y restait jusqu’au terminus. Harold délivrait les tickets et sonnait à l’intention du conducteur, mais il ne voyait qu’elle dans son manteau bleu, avec sa peau de porcelaine et ses yeux verts au regard plein de vie. Elle venait aussi à la bibliothèque et feuilletait des livres de cuisine, et il l’observait depuis le bureau principal, vacillant sous l’effet du désir et du manque de sommeil. »  Page 210
  • « — On attend cet acteur célèbre, lui expliqua sa voisine, le visage congestionné et moite à cause de la chaleur. Il signe son dernier livre. Si son regard croise le mien, je tombe dans les pommes.
    Il était difficile d’apercevoir l’acteur célébrissime, et plus encore de croiser son regard, car il était apparemment de petite taille et entouré par une véritable muraille de vendeurs de librairie vêtus de noir. »  Page 221
  • « Dans les toilettes publiques, il se retrouva en train de se laver les mains à côté de l’acteur qui avait signé son livre. »  Page 222
  • « — Pendant des années, j’ai tenu des rôles sérieux. J’ai fait toute une saison au festival théâtral de Pitlochry. Et puis j’ai joué dans un film en costume d’époque et voilà ! Tout le pays trouve original de donner mon nom à son chien. Vous êtes venu à Bath pour mon bouquin ?
    Harold reconnut que non. Il parla de Queenie en donnant un minimum de détails. Mieux valait ne pas raconter qu’il imaginait être applaudi par les infirmières à son arrivée au centre de soins palliatifs. L’acteur semblait l’écouter, ce qui ne l’empêcha pas, lorsque Harold eut terminé son histoire, de lui redemander s’il avait un exemplaire du livre et s’il désirait une signature.
    Harold répondit que oui. Le livre serait sans doute un souvenir parfait pour Queenie ; elle avait toujours aimé lire. Il allait demander à l’acteur s’il voulait bien l’attendre le temps de filer acheter un exemplaire, quand son interlocuteur reprit la parole.
    — Ne vous embêtez pas avec ça. C’est nul. Je n’en ai pas écrit une ligne. Je ne l’ai même pas lu. Je vais vous dire, je suis un baiseur compulsif, complètement accro à la coke. La semaine dernière, quand j’ai voulu lécher une fille, je me suis aperçu qu’elle avait une bite. Ce n’est pas le genre de truc qu’on met dans un bouquin. »  Pages 223 et 224
  • « — Ça ne vous ennuie pas de partager votre table ? dit-elle, sur un ton affirmatif.
    Elle fit signe à un homme qui attendait à la porte et désigna du doigt le siège en face d’Harold. L’homme s’assit en s’excusant et sortit un livre. Il avait un visage aux traits bien dessinés et des cheveux clairs coupés court. Sa chemise blanche avait le col ouvert, révélant un impeccable triangle de peau dorée. Il demanda à Harold de lui passer le menu, et engagea la conversation sur Bath. Lui-même, dit-il, était un Américain qui visitait l’Angleterre. Son amie avait choisi le package Jane Austen. Harold ne savait pas trop de quoi il s’agissait, mais il espérait pour elle que l’acteur célèbre n’en faisait pas partie. »  Page 228
  • « — On n’a pas d’appétit, avec cette chaleur, dit celui-ci. Harold approuva, mais il le regretta aussitôt, car l’Américain se crut obligé de poursuivre la conversation.
    — Bath a l’air d’une jolie ville, déclara-t-il en refermant son livre. Vous êtes en vacances ? »  Page 229
  • « Au petit matin, Harold était déjà en route. Il laissa de côté sa boussole et ses guides pour consacrer toute sa force, toute sa volonté à mettre un pied devant l’autre. Et c’est seulement lorsque trois adolescentes à cheval lui demandèrent comment aller à Shepton Mallet qu’il se rendit compte qu’il avait perdu un jour entier à avancer dans la mauvaise direction.
    Il s’assit au bord de la route, le regard fixé sur un champ de fleurs d’un jaune flamboyant. Il avait oublié leur nom. Tant pis. Il ne se donnerait pas le mal de sortir son guide des plantes sauvages. »  Page 238
  • « À Cheltenham, il offrit sa lessive à un étudiant qui entrait dans la laverie. À Prestbury, il fit cadeau de sa lampe-torche à une femme qui ne retrouvait plus ses clés dans son sac. Le lendemain, il donna ses pansements adhésifs et sa crème antiseptique à la mère d’un enfant qui s’était écorché le genou, ainsi que son peigne pour distraire le petit. À la stupéfaction d’un couple d’Allemands qui cherchaient leur chemin à proximité de Cleeve Hill, il leur remit le guide de Grande-Bretagne et, dans la mesure où il connaissait par cœur son dictionnaire de botanique, il leur suggéra de le prendre également. »  Page 264
  • « Il expliqua à Wilf comment il avait appris a faire la tambouille sur un feu de bois et à reconnaître les plantes à l’aide d’un petit guide qu’il avait acheté à Bath. Il y avait les bons et les mauvais champignons, dit-il, et il fallait apprendre à les différencier. »  Page 291
  • « Rich, qui possédait un manuel de la cueillette en milieu naturel, tint à faire des beignets de berce. »  Page 302
  • « Il revoyait Joan en train d’humecter son doigt pour tourner la page d’un livre ou de lever les yeux au ciel devant le tremblement des mains de son mari au-dessus de sa bouteille du whisky, mais il n’avait aucune image d’elle embrassant son front, ni même lui disant des paroles rassurantes. »  Page 333
  • « — Rex est ici. On a regardé la carte. On a passé quelques coups de fil. Il est allé sur son ordinateur. On a même sorti ton guide routier. »  Page 351
  • « Il voyait l’oncologue, les yeux écarquillés devant la lettre de Queenie, et la femme qui aimait Jane Austen en train de parler dans le vide. »  Page 354
4,5 étoiles, P, R

Pendergast, tome 01: Relic

Pendergast, tome 01: Relic de Douglas Preston et Lincoln Child

Éditions J’ai lu (Thriller), publié en 2010, 456 pages

Premier tome de la série Pendergast de Douglas Preston et Lincoln Child paru initialement en 1995 sous le titre anglais « Relic ».

Septembre 1987, une équipe de scientifiques est massacrée par une bête mystérieuse en pleine jungle amazonienne. Les membres de cette équipe étaient à la recherche d’un ancien peuple, les Kothogas. Seules quelques caisses contenant des artéfacts de l’équipe seront envoyées au Muséum d’histoire naturelle de New York. Malheureusement, les caisses seront rangées et oubliées dans une salle poussiéreuse. En 1995, le muséum organise une grande exposition consacrée aux superstitions des peuples primitifs. Mais, les préparatifs sont troublés par l’assassinat de deux jeunes garçons puis d’un gardien dans les sous-sols du bâtiment. Le lieutenant d’Agosta du NYPD est chargé de l’enquête ainsi que l’agent spécial du FBI Pendergast qui est un expert en crimes rituels. Les premières observations orientent l’enquête vers un meurtrier d’un nature hors de l’ordinaire.

Un roman accrocheur qui nous fait découvrir l’agent spécial Pendergast. Dans cette première enquête, il doit rivaliser avec une créature terrifiante qui semble provenir des limites du monde occulte et tout ça au grand plaisir du lecteur. Les auteurs ont su amalgamer les caractéristiques principales de la science et de l’imaginaire afin de construire un univers crédible. Le point fort de ce texte est le réalisme des différents personnages. Celui de Pendergast est bien trempé et intéressant pas son flegme, sa distinction et ses méthodes d’enquête atypiques. Les personnages secondaires de Margo Green et de William Smithback sont eux très attachants. Le seul petit bémol c’est que le rythme de la première partie est lent dû aux nombreuses descriptions qui ralentissent la lecture. Mais la deuxième partie est très passionnante et fascinante car l’histoire va de rebondissements en rebondissements. Un très bon premier tome qui fournit un bon moment d’évasion et de mystère.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 30 octobre 2016

La littérature dans ce roman

  • « Le contenu de la caisse était enveloppé soigneusement dans les fibres tressées d’une plante locale. Whittlesey en écarta quelques-unes et découvrit les objets d’artisanat qu’elle contenait : un herbier en bois et un carnet de cuir à la couverture tachée. »  Page 4
  • « Ensuite il pourrait partir à la recherche des Kothogas et prouver qu’ils n’avaient pas disparu depuis des siècles. Une telle découverte lui assurerait la célébrité. Un peuple de l’Antiquité, survivant au cœur de l’Amazonie dans une sorte de pureté originelle, celle de l’âge de pierre, et juché sur son plateau au-dessus de la jungle comme dans Le Monde perdu de Conan Doyle. »  Page 10
  • « Smithback avait reçu une subvention pour composer un livre sur le musée, et notamment sur l’exposition Superstition qui devait ouvrir la semaine suivante. »  Page 29
  • « — Un truc pareil, ça donnerait une dimension nouvelle à mon bouquin, c’est sûr. Vous imaginez : l’histoire véridique du carnage causé par le grizzly du musée, par William Smithback Junior. Des bêtes affreuses et voraces qui hantent les couloirs déserts. À moi les gros tirages. »  Page 31
  • « Frock avait entamé sa carrière comme physio-anthropologue. Il avait aussi commencé sa vie dans un fauteuil roulant, à cause d’une polio, et ce qui ne l’avait pas empêché de jouer, sur le terrain, les pionniers de la recherche. Ses travaux se retrouvaient dans les manuels. »  Page 37
  • « Les murs de son bureau étaient couverts de vieilles étagères protégées par une vitrine. Nombre des rayonnages étaient peuplés de vestiges et de curiosités qui provenaient de ses années de terrain. Quant aux livres, ils s’empilaient le long du mur, en colonnes géantes qui chancelaient dangereusement. Deux grandes fenêtres en rotonde surplombaient l’Hudson. Des fauteuils victoriens capitonnés trônaient sur le tapis persan pâli. Sur le bureau, on remarquait plusieurs exemplaires de son dernier livre, L’Évolution fractale.
    À côté des livres, Margo repéra un morceau de grès de couleur grise. Sur sa surface plane, on trouvait une profonde dépression, qui se trouvait étirée d’un côté et qui de l’autre comportait trois larges échancrures. Il s’agissait, à en croire Frock, de l’empreinte fossile d’une créature inconnue des scientifiques à ce jour : la seule preuve tangible qui permette d’étayer sa théorie des aberrations évolutives. »  Page 39
  • « Margo avait appris que c’était Lavinia Rickman, directrice des relations publiques du musée, qui avait fait appel aux services de Smithback pour écrire un livre. Elle avait discuté âprement les avances et les pourcentages. Smithback n’était pas très content du contrat, mais l’exposition qui s’annonçait promettait d’être un tel succès que le livre pourrait se vendre par millions. Finalement l’affaire n’était pas si mauvaise pour Smithback, se dit Margo, surtout si l’on considérait que son précédent ouvrage, celui sur l’aquarium de Boston, avait fait un bide. »  Page 46
  • « — En fait, ce que veut Rickman, c’est un travail qui présente le musée sous un éclairage de conte de fées. Vous et elle ne parlez pas le même langage.
    — Elle me rend dingue, oui. Elle supprime tout ce qui n’est pas absolument carré, elle veut que je m’en remette en tout au responsable de l’expo qui est une moule et qui n’ouvre la bouche que pour exprimer la pensée de son patron, Cuthbert. »  Page 47
  • « — Pas plus tard que la semaine dernière, nous avons retrouvé l’un des deux seuls échantillons d’écriture pictographique yukaghir, là, derrière cette porte. Vous vous rendez compte ? Dès que j’aurai un moment, je vais écrire au JAA pour le leur signaler.
    Margo se mit à sourire. Il était tellement excité qu’on aurait dit qu’il venait de mettre la main sur une pièce inconnue de Shakespeare. De son côté elle était sûre que la question n’aurait pas intéressé plus d’une douzaine de lecteurs du JAA, le Journal of American Anthropology. Mais l’enthousiasme de Moriarty était sympathique. »  Page 56
  • « — La théorie lui monte à la tête, voilà. La théorie est légitime, je n’en disconviens pas, mais il faut qu’elle soit étayée par un travail sur le terrain. Et son acolyte, là, Greg Kawakita, est en train de le pousser dans la voie de l’extrapolation. Je suppose que Kawakita sait ce qu’il fait. Mais c’est triste, vraiment, de voir un esprit aussi brillant s’égarer à ce point. Prenez le dernier livre du Dr Frock, L’Évolution, fractale. Même le titre évoque davantage un jeu électronique qu’un ouvrage scientifique. »  Page 59
  • « Margo empila ses papiers et ses livres sur le canapé, elle avisa la pendule juchée sur la télé : dix heures et quart. Quelle journée dingue, affreuse ! Elle était restée au labo plusieurs heures pour un résultat médiocre : trois paragraphes supplémentaires à son mémoire, et voilà tout. Sans compter qu’elle avait promis à Moriarty de travailler sur ses légendes. Elle poussa un soupir en se disant qu’elle aurait mieux fait de se taire. »  Page 69
  • « Elle se détourna et vint s’asseoir en tailleur devant la machine à écrire, déchiffrant les notes réunies par le conservateur : le catalogue, les différents éléments confiés par Moriarty. Il fallait qu’elle s’occupe de tout cela avant après-demain. L’ennui, c’était que le prochain chapitre de son mémoire devait être remis lundi prochain. »  Page 71
  • « Elle se leva, alluma d’autres lampes. Il fallait préparer le dîner. Demain elle s’enfermerait dans son bureau pour finir ce fameux chapitre. Elle rédigerait ce texte pour les objets camerounais de Moriarty. »  Page 72
  • « Bill Smithback était assis dans un grand fauteuil et il contemplait la figure anguleuse de Lavinia Rickman derrière son bureau plaqué de bouleau. Elle était en train de lire son manuscrit tout corné. Sur le vernis du bureau, deux ongles peints de rouge vif dansaient pendant cette lecture. Smithback savait bien que le manège de ces ongles ne signifiait rien de bon. Dehors régnait la lumière désespérante d’un mardi matin maussade.
    La pièce n’avait rien d’un bureau habituel du musée. Le monceau de papiers, de coupures de journaux, de livres, qui semblait obligatoire dans ce genre d’endroit, était absent ici. »  Page 76
  • « De chaque côté du bureau, on trouvait d’autres bricoles disposées dans une symétrie parfaite comme dans un jardin à la française : un presse-papiers d’agate, un coupe-papier en os, un poignard japonais. Au centre de ce savant agencement trônait Rickman elle-même, penchée avec raideur sur le manuscrit. »  Page 76
  • « — Est-ce que vous pensez vraiment que le musée vous emploie et vous paie pour dresser le constat de ses échecs et retracer l’histoire de ses disputes ?
    — Mais ça fait partie de l’histoire de la science, et qui va lire un livre qui…
    — Beaucoup d’entreprises donnent de l’argent au musée, des compagnies qui peuvent très bien ne pas aimer ce que vous dites, l’interrompit Mme Rickman. Sans compter quelques groupes ethniques très prompts à défendre leur image devant les tribunaux. »  Page 78
  • « — Je dois vous dire, poursuivit-elle, que vous mettez plus de temps que prévu à vous couler dans le moule. Vous n’écrivez pas un livre pour un éditeur commercial en ce moment. Pour mettre les points sur les i, ce que nous souhaitons obtenir dans cette opération, c’est un texte aussi favorable que celui que vous avez livré à l’Aquarium de Boston à l’occasion d’un… contrat précédent.
    Elle se campa bientôt à côté de lui, avec raideur, appuyée sur le bord du bureau, et lui dit :
    — Il y a un certain nombre de choses que nous attendons de vous, et que nous avons le droit d’attendre de vous. Je vous les rappelle— elle compta sur ses doigts : un, pas de vagues, rien qui prête à la polémique ; deux, rien qui soit de nature à heurter la sensibilité d’un groupe ethnique ; trois, rien qui puisse entacher la réputation du musée. Dites-moi franchement, est-ce que vous ne trouvez pas que ce sont des exigences légitimes ?
    Elle avait baissé la voix. Tout en concluant ainsi elle lui serra la main ; la sienne était toute sèche.
    — Je… Si, si.
    Smithback dut résister à une irrépressible envie de lui retirer sa main.
    — Bon, alors nous sommes d’accord.
    Elle repassa derrière le bureau et glissa le manuscrit vers lui. »  Page 79
  • « — En plusieurs endroits du texte, précisa-t-elle, vous citez des propos intéressants de gens que vous dites proches de l’organisation de l’exposition. Mais vous ne dites jamais de qui il s’agit. Ça peut paraître dérisoire, évidemment, mais j’aimerais quand même que vous citiez vos sources, pour ma propre information, rien de plus.
    Elle lui adressa un sourire pour faire passer la chose, mais une sonnette d’alarme se déchaîna dans le subconscient de Smithback et il répondit :
    — Eh bien, ce serait avec plaisir, malheureusement les règles du journalisme m’interdisent de faire une chose pareille.  Il conclut en haussant les épaules :
    — Vous savez ce que c’est…
    Le sourire de Mme Rickman se figea d’un coup ; elle ouvrit la bouche, mais à cet instant, au grand soulagement de Smithback, le téléphone sonna. Il se leva pour s’en aller et rassembla les feuillets de son manuscrit. »  Page 80
  • « — Et vous dites qu’il a refermé la porte après lui ? Donc on peut supposer qu’il est sorti par là, ou qu’il marchait selon cette direction. Bon. La pluie de météorites de la nuit dernière avait été annoncée pour cette heure-là. On peut se demander si Jolley n’était pas un astronome amateur par hasard ; mais ça m’étonnerait.
    Il demeura immobile un instant, le regard aux aguets. Puis il se retourna.
    — Oui, et je vais vous dire pourquoi.
    Mon Dieu, nous voilà en présence d’un vrai petit Sherlock Holmes, se dit D’Agosta.
    — Il est descendu là pour satisfaire un besoin familier, la marijuana. Cette courette est un coin isolé doté d’une bonne ventilation. Superbe endroit pour fumer un pétard. »  Page 88
  • « Margo aurait envoyé une demande écrite de consultation. Elle n’aurait pas eu à subir cette épreuve. Mais il fallait qu’elle voie sans tarder les échantillons de plantes utilisées par les Kiribitu, pour avancer le prochain chapitre de son mémoire. »  Page 92
  • « Pendergast, occupé à contempler un livre de lithographies, était assis dans un fauteuil derrière un bureau. »  Page 98
  • « — Deux heures et demie déjà ! Pendergast, dit-il en soufflant une fumée bleue, où croyez-vous que Wright ait bien pu passer ?
    Pendergast haussa les épaules.
    — Il essaie de nous intimider.
    Puis il tourna un autre page. D’Agosta le regarda un instant.
    — Vous savez, ces pontes des grands musées, ils croient qu’ils peuvent faire attendre tout le monde.
    Il espérait visiblement une réaction. Il reprit :
    — Wright et tous ces gens sortis de la cuisse de Jupiter nous traitent comme des minables depuis hier matin.
    Pendergast tourna une autre page et murmura :
    — Je n’imaginais pas que le musée possédait la collection complète des vues du Forum de Piranèse. »  Page 98
  • « — Vous êtes Pendergast, je suppose. J’essaie de m’y retrouver.
    D’Agosta se rencogna dans son canapé pour mieux apprécier le spectacle.
    Pendant un long moment, Pendergast ne fit rien d’autre que tourner des pages en silence. Wright se redressa et lui dit, furieux :
    — Si vous êtes occupé, nous pouvons toujours revenir un autre jour.
    La figure de Pendergast disparaissait derrière la couverture de son grand livre.
    — Non, non, répondit-il enfin. On va procéder maintenant, c’est mieux.  Il tourna paresseusement une page de plus. Puis une autre encore.
    D’Agosta observait avec amusement le feu qui montait au visage du directeur.
    — Le chef de la sécurité, fit la voix derrière le grand livre, n’est pas indispensable à notre entretien.
    — M. Ippolito est pourtant impliqué dans cette enquête…
    Les yeux de l’agent du FBI l’atteignirent par-dessus la reliure :
    — L’enquête est de mon ressort, docteur Wright, répondit Pendergast avec flegme. À présent, si M. Ippolito avait l’obligeance de nous laisser…
    La figure de Pendergast disparaissait derrière la couverture de son grand livre.
    — Non, non, répondit-il enfin. On va procéder maintenant, c’est mieux.
    Il tourna paresseusement une page de plus. Puis une autre encore.
    D’Agosta observait avec amusement le feu qui montait au visage du directeur.
    — Le chef de la sécurité, fit la voix derrière le grand livre, n’est pas indispensable à notre entretien.
    — M. Ippolito est pourtant impliqué dans cette enquête…
    Les yeux de l’agent du FBI l’atteignirent par-dessus la reliure :
    — L’enquête est de mon ressort, docteur Wright, répondit Pendergast avec flegme. À présent, si M. Ippolito avait l’obligeance de nous laisser…
    Ippolito jeta un regard furieux en direction de Wright qui lui adressa un signe impuissant de la main.
    — Écoutez, monsieur Pendergast, dit Wright dès que la porte fut fermée, je m’occupe de diriger ce musée, c’est une lourde tâche et je n’ai pas tellement de temps. J’espère que nous n’en avons pas pour longtemps.
    Pendergast reposa le livré grand ouvert sur le bureau devant lui.
    — Je me suis souvent dit, commença-t-il d’une voix calme, que ces premiers travaux de Piranèse, si marqués par le classicisme, étaient les meilleurs. Vous n’êtes pas de mon avis ?
    Wright était foudroyé par la surprise.
    — J’avoue que je ne vois pas un instant, balbutia-t-il, ce que cela peut avoir à faire avec…
    — Naturellement ses travaux ultérieurs ne sont pas mal non plus, mais un peu trop fantastiques à mon goût.
    — En vérité, dit alors le directeur d’une voix professorale, j’ai toujours pensé que…
    Pendergast ferma soudain le livre en le faisant claquer. »  Pages 99 et 100
  • « Pendergast se pencha dans sa direction et, lentement, croisa les bras sur le grand livre. »  Page 101
  • « — Vous nous l’avez mis au pas, ce crétin.
    — Vous dites ? demanda Pendergast en se renfonçant dans le fauteuil et en reprenant le grand livre avec le même enthousiasme que tout à l’heure.
    — Allez, Pendergast, dit D’Agosta en adressant un regard rusé à l’agent du FBI, vous savez laisser tomber le ton pincé quand ça vous arrange, hein.
    Pendergast cligna des yeux vers lui avec innocence :
    — Désolé, lieutenant. Les bureaucrates, les gens qui ont avalé leur parapluie, m’obligent parfois à devenir assez abrupt. Je vous prie d’excuser mon comportement s’il vous a choqué.
    Il redressa le grand livre devant lui. »  Page 105
  • « — C’est un honneur pour moi, reprit ce dernier, que de rencontrer un scientifique aussi important. J’espère que j’aurai le temps de lire votre dernier ouvrage.
    Frock hocha la tête.
    — Dites-moi, reprit Pendergast, est-ce que vous appliquez le modèle d’extinction des espèces, qu’on nomme le rameau mort, à votre propre théorie de l’évolution ? Ou bien alors le schéma dit du pari perdu ? Je me suis toujours dit que ce dernier schéma venait assez bien à l’appui de vos thèses. Spécialement si l’on admet que la plupart des genres prennent naissance à côté de la famille qui les englobe.
    Frock se redressa dans son fauteuil roulant.
    — Oui ? Eh bien, il est vrai que je me proposais d’y faire référence dans mon prochain livre. »  Page 115
  • « — Mais, professeur, comment une telle créature…
    Margo s’arrêta en sentant soudain la main de Frock enserrer la sienne. La force de cette main avait quelque chose d’extraordinaire.
    — Ma chère enfant, répondit-il, comme disait Hamlet, il y a toujours à découvrir, sur la terre et dans le ciel. Nous ne sommes pas voués à la seule spéculation. De temps en temps, l’observation ne fait pas de mal. »  Page 125
  • « Mais bientôt, montrer des groupes d’animaux dans leur milieu naturel était passé de mode. Von Oster s’était retrouvé affecté aux insectes. Il avait repoussé toutes les occasions de prendre sa retraite. Désormais il présidait, avec un enthousiasme intact, aux destinées du laboratoire d’ostéologie. Les animaux morts, qu’on lui envoyait principalement des zoos, étaient transformés par ses soins en un tas d’os destinés à l’étude ou à la reconstitution. Il restait toutefois un grand spécialiste de la présentation sur site. C’est pourquoi on avait fait appel à lui pour l’exposition Superstition, où il avait reconstitué une scène de chamanisme dans tous ses détails. C’était ce travail de Romain que Smithback jugeait intéressant à décrire dans son livre. »  Page 127
  • « — Je me demandais si vous pouviez m’en dire un peu plus sur le groupe de chamans dont vous avez fait la reconstitution. Je suis en train d’écrire un livre sur l’expo Superstition, vous vous souvenez, je vous en ai parlé.
    — Ja, ja, bien sûr.
    Il alla vers un bureau et il exhiba quelques dessins. Smithback, pendant ce temps, enclenchait son magnétophone miniature.
    — D’abord, il faut peindre le fond, sur une double surface courbe, pour gommer les coins, vous voyez ? Il s’agit de donner une illusion de perspective.
    Von Oster se lança dans une explication qui rendit sa voix plus aiguë, à cause de l’excitation. Bon, très bon, se dit Smithback, ce type est le sujet rêvé pour un écrivain. »  Page 129
  • « — Il faut que je m’en aille. Merci pour l’entretien ; et ces insectes, c’est vraiment super !
    — Tout le plaisir a été pour moi, dit Von Oster. Vous parlez d’entretien là, mais c’est pour quel livre déjà ?
    Il s’avisait à peine qu’il venait d’être interviewé.
    — C’est pour le musée, répondit Smithback. C’est Rickman qui est en charge du projet. »  Page 130
  • « Margo repensait à sa conversation du matin avec Frock. Si on ne trouvait pas le tueur, les mesures de sécurité pourraient fort bien devenir draconiennes. Peut-être que la présentation de son mémoire serait retardée. »  Pages 133 et 134
  • « Quand ils furent dans la place, Moriarty et Margo durent se réfugier dans une sorte de box pour se protéger de la foule. Margo aperçut plusieurs membres du personnel, dont Bill Smithback. L’écrivain était assis au bar. Il parlait avec conviction à une fille blonde et mince. »  Page 146
  • « — Oh, vous, dans votre pigeonnier, vous n’avez rien à craindre : la Bête du musée n’aime pas les escaliers.
    — Vous êtes d’humeur expansive, ce soir, dit Margo à Smithback ; est-ce que par hasard Rickinan vous aurait sucré encore une partie de votre manuscrit ? »  Page 147
  • « — Vous avez raison, hélas. Ça pourrait offenser la communauté kothoga de New York. Non, en fait, ma vraie raison c’est que Von Oster m’a confié que Rickman devenait folle avec cette histoire. Alors je me suis dit que je pourrais peut-être creuser la question pour remuer un peu la boue qu’il y a autour. Vous comprenez, histoire de me retrouver dans une position favorable face à elle lors de notre prochain entretien. Le genre : « Si vous me sucrez ce chapitre, j’envoie l’histoire de Whittlesey au Smithsonian Magazine. » »  Page 151
  • « II remit son document dans un classeur, avec précaution, puis il se tourna vers le journaliste-écrivain :
    — Alors, comment va votre chef-d’œuvre ? Est-ce que la mère Rickman vous casse toujours les pieds ?
    Smithback se mit à rire.
    — J’ai l’impression que tout le monde est au courant de mes démêlés avec cette virago. À soi seul, ça mériterait un livre. Non, j’étais seulement venu vous parler de Margo. »  Page 170
  • « Toutes les relations avec la presse doivent passer par le bureau des relations publiques. Se garder des commentaires sur la vie du musée, officiels ou non, devant les journalistes ou tout représentant des médias. Toute déclaration, toute information fournie aux personnes préparant interviews, documentaires, articles, livres relatifs à ce musée doit passer par ce bureau. Tout manquement à cette règle sera passible, conformément aux vœux de la direction, de sanctions disciplinaires.
    Merci de votre coopération dans la période difficile que nous traversons.
    — Mon Dieu ! grommela Smithback. Regardez-moi ça, même les gens qui préparent des livres relatifs au musée !
    — Oui, c’est de vous qu’elle parle, Bill, dit Kawakita en riant, alors vous voyez, je n’ai pas beaucoup de latitude pour satisfaire votre curiosité.
    Il sortit un mouchoir de la poche arrière de son pantalon et se moucha en expliquant :
    — Je suis allergique à la poussière d’os.
    — C’est vraiment incroyable, dit Smithback en relisant la feuille.
    Kawakita vint à ses côtés et lui tapota l’épaule.
    — Mon cher Bill, je sais bien que cette affaire serait une fameuse aubaine pour un écrivain ; j’aimerais vous aider à pondre le plus scandaleux, le plus croustillant des bouquins, mais je ne peux pas. Franchement, non. J’ai une carrière à ménager ici, et— sa main se resserra sur son épaule—j’ai l’intention d’y rester un bon moment. Je ne peux pas me permettre ; de faire des vagues en ce moment. Il faudra chercher ailleurs, d’accord ? »  Pages 172 et 173
  • « À la bibliothèque, Smithback déposa ses notes devant l’un des boxes qu’il affectionnait, puis en soupirant profondément se glissa dans l’étroit espace, mit son ordinateur portable sur le bureau et alluma la petite lampe. Quelques mètres à peine le séparaient de la salle de lecture générale avec ses boiseries de chêne, ses chaises couvertes de cuir rouge, sa cheminée de marbre qui semblait n’avoir pas servi depuis un siècle. Mais Smithback préférait les boxes, si étroits fussent-ils. Il aimait surtout ceux qui étaient cachés entre les étagères, où il pouvait consulter documents et manuscrits, c’est-à-dire parfois les parcourir rapidement à l’abri des regards et dans un confort relatif.
    Les collections du musée en matière d’histoire naturelle, ouvrages neufs, anciens ou rares, n’avaient pas d’équivalent ailleurs. Au fil des années, le nombre des legs et des donations avait été tellement important que le catalogue avait toujours un train de retard sur le contenu réel des étagères. »  Page 180
  • « Ensuite il eut l’idée de chercher dans les vieux numéros des revues internes du musée. Il était toujours en quête d’éléments sur l’expédition. Rien non plus. Dans l’édition 1985 de l’annuaire des collaborateurs du musée, il trouva deux lignes de notice biographique sur Whittlesey, mais rien qu’il ne sache déjà.
    Il soupira et songea : Ce gars est plus secret que l’île au Trésor, ma parole !
    Il replaça les volumes consultés sur le chariot. Ensuite il tira leurs fiches d’un carnet de notes pour les présenter à une bibliothécaire. Il examina son visage, elle n’avait jamais eu affaire à lui, c’était ce qu’il fallait. »  Page 180 et 181
  • « — Ouais, et qu’est-ce qu’on a appris ? demanda Smithback. Que dalle. On a ouvert une seule caisse. Le journal de Whittlesey est introuvable.
    Il lui jeta un regard satisfait, puis :
    — D’un autre côté, j’ai foutu la merde, il faut bien l’avouer.
    — Vous devriez mettre ça dans votre bouquin, dit Margo en s’étirant. Peut-être que je le lirai. À supposer que je trouve un exemplaire à la bibliothèque. »  Page 190
  • « — Les êtres humains, monsieur Pendergast ! poursuivit Frock dont la voix monta. Il y a cinq mille ans, nous n’étions que dix millions sur la surface de la terre. Aujourd’hui, six milliards ! Nous représentons la forme de vie la plus évoluée que cette planète ait jamais connue.
    Il frappa de la main l’exemplaire de l’évolution fractale qui se trouvait sur son bureau et reprit :
    — Hier vous m’avez interrogé sur ce que serait mon prochain livre. Ce sera un prolongement de ma théorie sur l’effet Callisto, mais cette fois appliqué à la vie moderne : ma théorie est qu’à tout moment peut se produire une mutation génétique, une créature va apparaître dont là proie favorite sera l’espèce humaine. Je n’ai pas dit qu’elle serait identique à celle qui a tué l’espèce des dinosaures, mais une créature semblable. Regardez donc ces marques encore une fois, elles sont analogues à celles du Mbwun ! On appelle ça l’évolution convergente. Deux créatures se ressemblent non parce qu’elles sont forcément liées, mais parce qu’elles évoluent en fonction des mêmes tâches à accomplir. En l’occurrence, tuer. Il y a trop de correspondances, monsieur Pendergast. »  Page 204
  • « Margo lui raconta la découverte de Moriarty, la suppression du descriptif informatique du carnet de route de Whittlesey. Elle avait été moins précise au sujet de ce qui s’était passé dans le bureau de Frock. Mais il en fut tout réjoui quand même.  Elle l’entendait ricaner à l’autre bout.
    — Alors, j’avais raison sur Mme Rickman, hein ? Elle dissimule des choses. Maintenant je vais pouvoir réorienter le livre dans ma propre direction, ou bien elle va voir.
    — Smithback ! Surtout pas, êtes-vous fou ? dit Margo. Cette histoire n’est pas faite pour servir vos intérêts. En plus on ne sait même pas ce qui s’est passé vraiment avec ce carnet, et en ce moment on n’a pas le temps de chercher. Il faut que nous allions voir ces caisses. Nous n’aurons que quelques minutes pour le faire. »  Page 209
  • « — Bill ?
    Mme Rickman se redressa d’un coup.
    — Oui, c’est ça, dit Cuthbert en se tournant vers la directrice des relations publiques. C’est le nom du type qui écrit le livre sur mon exposition, hein ? C’est vous qui l’avez mis sur le coup, non ? Vous êtes sûre que vous le contrôlez, ce garçon ? J’ai entendu dire qu’il posait beaucoup de questions. »  Pages 217 et 218
  • « Après avoir calmement refermé la porte derrière lui, il s’arrêta un instant au secrétariat, puis, en regardant la porte, il cita ces vers :
    Adieu ! J’aurai reçu sans les avoir volés trois fois les coups de bâton que j’ai donnés.
    La secrétaire de Wright s’arrêta net de mâcher son chewing-gum.
    — Hein ? Qu’est-ce que vous dites ?
    — Rien, c’est du Shakespeare, dit Pendergast en filant vers l’ascenseur. »  Page 221
  • « Une fois seulement, Margo, qui était alors à la recherche d’un antique exemplaire de la revue Science, avait pénétré dans le bureau de Smithback. Désordre indescriptible. Elle se souvenait de tout : la table couverte de photocopies, de lettres inachevées, de menus de fast-food chinois en provenance de tout le quartier, sans parler d’une pile immense de livres et de périodiques après lesquels les différentes bibliothèques du musée devaient courir depuis des semaines. »  Page 222
  • « Dans la salle du ciel étoilé, près de l’entrée ouest où devait se tenir la réception d’ouverture de l’exposition, la rumeur était plus lointaine encore, et résonnait, à l’intérieur de la vaste coupole, comme l’écho d’un rêve qui se dissipe. Et au cœur du bâtiment, à force de laboratoires, de salles de lecture, d’entrepôts, de bureaux aux murs couverts de livres, on n’entendait plus du tout la foule des visiteurs. »  Page 233
  • « — Vous avez fait appel à moi pour écrire un livre, pas pour pondre un dossier de presse de trois cents pages. Il y a eu une série de meurtres atroces une semaine avant l’ouverture de l’une des plus grandes expositions de cette maisoç. Et vous me dites que ça ne fait pas partie du sujet ?
     — Je suis seule compétente pour décider de ce qui doit ou ne doit pas figurer dans ce livre. C’est compris ? »  Page 243
  • « — Vous commencez à me fatiguer. Ou bien vous signez cette feuille, ou bien vous êtes viré.
    — Comme vous y allez ! À l’arme lourde ?
    — Épargnez-moi ce genre de plaisanterie douteuse dans mon bureau. Vous signez là, ou j’accepte votre démission, séance tenante.
    — Parfait, répondit Smithback, je vais aller porter mon manuscrit dans une maison d’édition commerciale. En fait, ce livre, vous en avez autant besoin que moi. D’ailleurs vous savez comme moi que je pourrais obtenir une grosse somme en à-valoir sur un titre qui promet de raconter de l’intérieur l’histoire des meurtres du musée. Et croyez-moi, je la connais vraiment de l’intérieur. Je suis allé au fond des choses »  Page 244
  • « — Ça ne vous dérange pas que je pousse le verrou, juste par précaution ?
    Il alla fermer, puis, le sourire aux lèvres, il tira de la poche de sa veste un petit livre usé dont la couverture de cuir portait deux flèches entrelacées. Il le brandit comme un trophée devant elle.
    La curiosité de Margo tourna vite à l’effarement.
    — Mon Dieu ! mais… ce ne serait pas le carnet de route ?
    Smithback acquiesça avec fierté.
    — Comment avez-vous fait ? Où l’avez-vous trouvé ?
    — Dans le bureau de la mère Rickman. Mais il m’a fallu consentir, pour l’avoir, à un terrible sacrifice. J’ai signé un papier où je lui promets de ne jamais plus vous adresser la parole.
    — C’est une blague ?
    — À moitié seulement. À un moment de cette petite séance, elle a ouvert un tiroir et c’est là que j’ai vu ce livret. Ça ressemblait fort à un journal de bord. Je me suis dit que c’était bizarre qu’elle ait un truc comme ça dans son bureau. Puis je me suis souvenu que vous pensiez qu’elle avait sans doute emprunté ce fameux carnet.
    Il hocha la tête avec satisfaction.
    — Moi aussi, j’en étais sûr. Enfin bref, je le lui ai piqué en sortant.  Il ouvrit le carnet et dit ;
    — Et maintenant, Fleur de lotus, écoutez attentivement. Papa va vous lire une belle histoire.
    Margo écouta. Il commença la lecture du carnet, d’abord lentement puis un peu plus vite à mesure que son regard s’habituait à déchiffrer l’écriture et les nombreuses abréviations qu’elle contenait. »  Pages 246 et 247
  • « Le carnet fournissait une description de leur progression à travers la forêt tropicale. »  Page 247
  • « 7 sept. Depuis la nuit dernière Crocker manque à l’appel. Je crains le pire. Carlos n’en mène pas large. Je vais l’envoyer rejoindre Maxwell qui doit avoir accompli la moitié du chemin vers la rivière à présent. Je ne peux pas me permettre de perdre cet objet que je devine rarissime. De mon côté je vais continuer à chercher Crocker. J’ai remarqué des pistes à travers les bois, ce sont les Kothogas qui les ont tracées, j’en suis sûr. Comment une civilisation peut-elle vivre dans un paysage aussi hostile ? Mais peut-être que les Kothogas finiront par s’en tirer après tout.
    C’était la demière phrase du carnet de route.
    Smithback le referma en pestant. »  Page 247
  • « La liste se poursuivait ainsi sur des pages entières. Un grand nombre de ces éléments semblent être des hormones, pensa Margo, mais quel type d’hormones ?
    Elle repéra dans la pièce une encyclopédie de la biochimie qui semblait là tout exprès pour recueillir la poussière. Elle l’arracha de son étagère pour chercher le mot « Collagène glycotétraglycine » :
    Protéine commune à la plupart des vertébrés. Elle assure la liaison entre le tissu musculaire et le cartilage.
    Elle passa à « Hormone thyrotrope de Weinstein »
    Hormone du thalamus présente chez les mammifères qui accentue le taux de l’épinéphrine en provenance de la glande thyroïde.
    Elle joue un rôle dans le syndrome comportemental bien connu que l’on désigne sous le nom de « combattre ou fuir ». Le cœur accélère, la température du corps s’élève, et sans doute également le taux d’acuité mentale.
    Soudain une terrible pensée vint à Margo. Elle glissa sur la définition suivante, à savoir « Hormone supressine 1,2,3, oxytocine, 4-monoxytocine », et tomba sur ce qui suit :
    Hormone sécrétée par l’hypothalamus humain. Sa fonction n’est pas clairement établie. De récentes études ont révélé qu’elle régulait peut-être le taux de testostérone dans le flux sanguin au cours des épisodes de stress intense. (Bouchard, 1992 ; Dennison, 1991.)
    Margo se renversa sur son siège avec un tressaillement, le livre lui glissa des genoux. Il produisit un bruit sourd en tombant sur le plancher. »  Page 272
  • « — Je ne comprends pas, dit-il, pourquoi ces labos sont toujours installés au diable vauvert. Bon, Margo, alors quel est ce grand mystère et pourquoi m’avez-vous obligé à faire tout ce chemin pour l’entendre ? Les réjouissances ne vont plus tarder. Vous savez que ma présence est requise sur l’estrade. C’est un honneur purement formel, bien entendu, c’est seulement parce que mes livres se vendent bien. Ian Cuthbert ne me l’a pas caché, en m’en parlant dans mon bureau ce matin.
    Une fois de plus, sa voix eut des accents d’amertume et de résignation.
    Rapidement Margo lui expliqua comment elle venait d’analyser les fibres ayant servi à l’empaquetage. Elle lui montra le disque abîmé et la scène de récolte qui s’y trouvait représentée. Elle parla de ses découvertes : du camet de route de Whittlesey, de la lettre, de la discussion qu’elle avait eue avec Jörgensen. Et elle fit mention aussi de cet épisode dans le journal de Whittlesey, où une vieille femme visiblement hors d’elle mettait en garde les membres de l’expédition contre quelque chose qui ne pouvait pas être la figurine, alors qu’elle leur parlait bel et bien du Mbwun. »  Page 276
  • « — Lieutenant ? Ici Henley. Je suis en face des éléphants empaillés, mais je n’arrive pas à trouver la salle des animaux marins. Il me semblait que vous m’aviez dit…
    D’Agosta l’interrompit pour lui répondre, tout en observant une poignée d’ouvriers en train de tester une rampe d’éclairage, probablement la plus vaste jamais construite depuis le tournage d’Autant en emporte le vent. »  Page 284
  • « D’Agosta leva sa lampe vers le sommet de l’escalier. Il compta rapidement le groupe ; trente-huit personnes, lui et Bailey compris.
    — Bon, chuchota-t-il à l’adresse du groupe. Nous sommes au deuxième sous-sol. Je vais passer d’abord, vous me suivez quand je vous le dis.
    Il se retourna et dirigea sa lampe vers la porte. Zut alors, se dit-il, nous voilà en plein dans les Mystères de Londres ! La porte de métal sombre était renforcée par des montants horizontaux. Quand il poussa le battant, un air humide et frais se précipita dans l’escalier. D’Agosta passa le premier. Il entendit un bruit d’eau, fit un pas en arrière, puis braqua sa lampe à ses pieds. »  Pages 358 et 359
  • « — Rien, rien, rien. Ce n’est pas une citation du Roi Lear !  dit Wright. »  Page 367
  • « — Je vois, dit Pendergast.  Il ajouta aussitôt : pas très rassurant, et cita : Celui qui est préparé au combat doit combattre. Pour lui le moment est venu.
    — Ah, dit Frock en hochant la tête. C’est du poète grec Alcée.
    Pendergast fit non de la tête :  
    — C’est Anacréon, docteur. On y va ? »  Page 377
  • « Smithback avait beau être inquiet, il gardait son sang-froid. Tout à l’heure il avait connu une terreur des plus primaires à l’idée que les rumeurs qui couraient sur la fameuse bête du musée n’étaient pas une invention. Mais à présent, trempé et fatigué, plus que la mort elle-même il craignait de succomber avant d’écrire son livre. Il se demandait si c’était de l’héroïsme, de l’égoïsme ou de la stupidité ; toujours est-il qu’il savait que cette aventure équivalait pour lui à une fortune. Signatures, émissions de télé. Personne ne pouvait décrire ce qui se passait en ce moment aussi bien que lui. Personne n’était aux premières loges comme lui l’était. En plus il avait agi en héros. Lui, William Smithback Jr., avait tenu la lampe face au monstre pendant que D’Agosta tirait sur le cadenas. C’était lui, aussi, Smithback en personne, qui avait pensé à bloquer la porte avec sa lampe de poche. Il s’était comporté comme l’adjoint de D’Agosta. »  Page 378
  • « Smithback alluma et soudain devant eux ce fut le grand trou, à une centaine de mètres à peine. Le plafond du tunnel s’abaissait, il devenait une sorte de bouche en arc de cercle où l’eau s’engouffrait pour tomber quelque part là-dessous, dans un bruit de tonnerre, d’où remontait une vapeur qui s’accrochait aux mousses du bord, sous forme de gouttes noires. Smithback regardait cela les dents serrées, comme si soudain tous ses espoirs de best-seller, tous ses rêves, même sa simple volonté de vivre étaient en train de s’échapper par ce siphon. »  Page 408
  • « — Vous savez que ça peut marcher ? C’est d’une simplicité biblique, sans complications inutiles, comme une nature morte de Zurbaran, une symphonie de Bruckner. Si cette créature a dégommé toute une équipe d’intervention de la police, elle doit se dire que les hommes n’auront pas grand-chose à lui opposer. Du coup elle sera moins sur ses gardes. »  Page 411
  • « — Bon, nous avons réussi, dit D’Agosta en riant toujours. C’est fait, Smithback ! Embrassez-moi, petit con de journaliste ! Je vous adore et j’espère que vous allez pondre un best-seller là-dessus ! »  Page 432
  • « — C’est vrai, intervint Kawakita, mais d’un autre côté il faut voir une chose, c’est que vous êtes désormais le mieux placé des candidats pour la direction du musée.
    Je savais qu’il y penserait, se dit Margo.
    — Ça m’étonnerait qu’on me le propose, Gregory, répondit Frock. Une fois que les choses se seront apaisées, on reviendra à des soucis pratiques et je suis trop sujet à controverse dans ce métier. En plus, la direction ne m’intéresse pas. J’ai trop de matière désormais, il faut que je compose mon prochain livre. »  Page 444
  • « — Et vous, Margo, qu’est-ce que vous allez faire ?
    Elle le regarda en face.
    — Rester au musée le temps de finir mon mémoire. »  Page 446
  • « — Au café des Artistes, à sept heures, par exemple. Allez, laissez-vous faire, je suis un écrivain mondialement célèbre ou presque. Ce Champagne est en train de tiédir.
    Il attrapa la bouteille. Tout le monde fit cercle autour de lui, Frock apporta des verres, Smithback brandit la bouteille vers le plafond, le bouchon sauta.
    — À quoi buvons-nous ? demanda D’Agosta quand les verres furent pleins.
    — A mon livre, dit Smithback. »  Page 446

 

4,5 étoiles, A, P

L’Assassin Royal, Premier cycle, tome 04 : Le Poison de la vengeance

L’Assassin Royal, Premier cycle, tome 04 : Le Poison de la vengeance de Robin Hobb.

Éditions Baam!, publié en 2009, 342 pages

Quatrième tome en français du premier cycle de « L’assassin Royal » de Robin Hobb. Il correspond au premier tiers de « Assassin’s Quest » paru initialement en 1997.

Pour les gens de Castelcerf, FitzChevalerie est mort et enterré. Maintenant que Subtil et Fitz sont morts, que Vérité est parti à la recherche des Anciens et que Kettricken se cache dans les montagnes pour enfanter, Royal le Fourbe a maintenant le champ libre pour prendre la couronne. Il a même déplacé la cour à Gué-de-Négoce pour combler son goût du luxe. Il abandonne ainsi le royaume aux attaques des Pirates Rouges et des forgisés. Mais en réalité, le Bâtard a été ramené à la vie par Umbre et Burrich en utilisant entre autres le don du Vif de Fitz. Une longue période de réadaptation début pour lui dont l’esprit a séjourné trop longtemps avec celui d’Oeil-de-Nuit. Avant de revenir à son état normal, Fitz va passer plusieurs mois dans un état mi-homme, mi-loup. Une fois remis sur pied, Fitz se lancera à corps perdu dans son obsession de tuer Royal. Motivé par la haine et la vengeance, il prendra la direction des Duchés de l’Intérieur pour l’assassiner. Son anonymat l’aidera dans cette tâche, mais cela ne durera pas éternellement. Dans un moment de désespoir, il réussira à contacter Vérité par sa faible capacité d’Art. Affolé, Vérité lui ordonnera aussitôt de la rejoindre. Fitz prendra alors le chemin des montagnes, mais la route sera parsemée d’embûches.

Une saga toujours aussi passionnante. Ce tome part en trombe au grand plaisir du lecteur. L’intrigue est pleine de rebondissements et d’action. On y trouve des batailles, des assassinats et des vengeances plus horribles les uns que les autres. L’auteur n’a pas perdu sa capacité à captiver le lecteur grâce à son style soigné et fluide. Dans cet ouvrage, elle dévoile plus en profondeur le personnage de FitzChevalerie. On suit ses pensées lors de ses délires, dans sa fidélité envers Vérité, dans son amour pour Moly et Oeil-de-Nuit et dans son obsession de vengeance contre Royal. Il est un personnage complexe mais tellement humain et réaliste que l’on souffre avec lui. Hobb a su avec cette suite répondre aux attentes des lecteurs autant au niveau de l’histoire que dans la création de personnages forts. C’est un tome passionnant et haletant où une nouvelle vie s’offre à Fitz. Il fait honneur aux tomes précédents, en espérant que la suite soit aussi passionnante.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 2 janvier 2016

La littérature dans ce roman :

  • « Chaque matin, à mon réveil, j’ai de l’encre sur les mains. Parfois je me retrouve le visage appuyé sur ma table de travail au milieu d’un fouillis de parchemins et de papiers. »  Page 5
  • « Ces premières pages constituent une tentative pour rédiger une histoire cohérente des Six-Duchés, mais j’ai du mal, je m’en suis vite aperçu, à garder l’esprit longtemps fixé sur un seul sujet, et je m’amuse donc avec d’autres traités, de moindre portée, sur mes théories de la magie, sur mes observations des structures politiques et sur les réflexions que m’ont inspirées certaines cultures étrangères. Lorsque l’inconfort atteint son apogée et que je suis incapable de trier convenablement mes idées pour les coucher sur le papier, je travaille sur des traductions ou je tente d’exécuter des copies lisibles de documents anciens. »  Page 5
  • « L’écriture joue pour moi le rôle que la cartographie jouait pour Vérité : la minutie et la concentration exigées suffisent presque à faire oublier l’aiguillon de la dépendance et les souffrances résiduelles d’une ancienne intoxication. »  Pages 5 et 6
  • « Ces esclaves apportent avec eux les coutumes et le savoir traditionnels de leur pays d’origine. Un conte m’est ainsi parvenu ; il traite d’une jeune fille qui était vecci, c’est-à-dire douée du Vif. Elle souhaitait quitter la maison de ses parents pour suivre l’homme qu’elle aimait et devenir sa femme ; ses parents le jugeaient indigne et interdirent à leur fille de se marier avec lui. Enfant trop respectueuse pour leur désobéir, elle était aussi femme trop ardente pour vivre sans son bienaimé : elle s’allongea sur son lit et mourut de chagrin. Ses parents accablés l’enterrèrent et se reprochèrent fort de ne lui avoir point permis de suivre son cœur. Mais, à leur insu, elle s’était liée à une ourse par le Vif et, quand elle mourut, l’ourse accueillit son esprit afin qu’il ne s’échappe pas du monde. Trois nuits après l’ensevelissement, la bête creusa dans la tombe et rendit l’esprit de la jeune fille à son corps. Sa résurrection fit d’elle une femme nouvelle qui ne devait plus rien à ses parents ; aussi quitta-t-elle le cercueil fracassé pour se mettre à la recherche de son bien-aimé. Le conte s’achève tristement car, ayant été ourse, elle ne fut plus jamais complètement humaine et son bien-aimé ne voulut pas d’elle. »  Page 10
  • « Il observa un moment les braises de l’âtre, et enfin, à mi-voix, il se remit à parler sans me regarder. On eût dit qu’il racontait un vieux conte à un enfant somnolent. »  Page 57
  • « « Chevalerie a congédié les hommes avec une bourse pour payer les dégâts de la taverne. Assis derrière sa table, un manuscrit inachevé devant lui, il m’a examiné de haut en bas, puis il s’est levé sans un mot et a poussé la table dans un coin. Il a ôté sa chemise et il est allé prendre une pique au râtelier ; j’ai cru qu’il comptait me rouer de coups, mais non : il m’a lancé une autre pique en disant : « Allons, montre-moi comment tu as tenu cinq hommes en respect. » »  Page 61
  • « Sans cesser de cheminer, nous passâmes l’après-midi à écouter Le Sacrifice de Feux-Croisés, long poème sur le clan de la reine Vision dont les membres avaient donné leur vie afin que leur souveraine pût remporter une bataille cruciale. Je l’avais déjà entendu plusieurs fois à Castelcerf, mais à la fin de la journée j’en avais eu les oreilles rebattues plus de quarante fois tant Josh mettait d’infinie méticulosité à ce que Fifre le chantât parfaitement. »  Pages 129 et 130
  • « Tandis que je surveillais la cuisson, Fifre, près de moi, récitait tout bas Le Sacrifice de Feux-Croisés. »  Page 131
  • « – Eh bien, eh bien ! s’exclama Josh, ravi. Avez-vous été formé au métier de Barde, Cob, quand vous étiez petit ? Vous connaissez le phrasé aussi bien que le texte – encore que vous marquiez un peu trop les pauses.
    – Moi ? Non, mais j’ai toujours eu une excellente mémoire. » J’eus du mal à me retenir de sourire devant ses éloges, mais Miel ricana en secouant la tête.
    « Seriez-vous capable de réciter le poème tout entier ? me demanda Josh d’un air de défi. »  Pages 131 et 132
  • « Peut-être avais-je l’habitude trop bien ancrée d’obéir aux vieillards, à moins que ce ne fût l’expression de Miel qui disait clairement qu’elle ne m’en croyait pas capable ; toujours est-il que je m’éclaircis la gorge et me mis à chanter à mi-voix, jusqu’à ce que Josh me fît signe de monter le ton. Tandis que j’avançais dans le poème, il hochait la tête, avec une grimace de temps en temps quand une fausse note m’échappait. J’en avais chanté la moitié lorsque Miel remarqua d’un ton sec : « Le poisson est en train de brûler. » »  Page 132
  • « Nous parlions peu, et, au bout d’un moment, Josh fit réciter Le Sacrifice de Feux-Croisés à Fifre ; quand elle se trompa, je gardai le silence. »  Page 135
  • « Tiraillai-je la conscience fatiguée de Vérité, détournai-je un instant l’attention de Patience des plantes qu’elle triait pour les mettre à sécher sur des plateaux, fis-je froncer les sourcils à Umbre tandis qu’il rangeait un manuscrit ? »  Pages 144 et 145
  • « Je ne connaissais ces créatures que par un vieux bestiaire que possédait Umbre, et j’étais incapable de me rappeler leur nom. »  Page 192
  • « Je dégageai le petit manuscrit de son attache et, en réaction, le faucon se déplaça sur mon bras pour replanter ses serres plus loin dans ma chair. »  Page 201
  • « Je jetai un coup d’œil à mes blessures superficielles mais la curiosité l’emporta et je m’intéressai au petit parchemin. Ce sont les pigeons qui portent les messages, pas les faucons.
    L’écriture, petite, en pattes d’araignée, avait un style vieillot, et l’éclat du soleil n’en facilitait pas la lecture. Je m’assis au bord de la route et, de la main, fis de l’ombre au rouleau pour mieux l’étudier. Les premiers mots me glacèrent le cœur : « Le Lignage salue le Lignage. »
    Le reste était plus difficile à déchiffrer : le parchemin était déchiré, l’orthographe fantasque, les mots aussi peu nombreux que la clarté du texte le permettait. L’avertissement venait de Fragon mais c’était probablement Rolf qui l’avait rédigé : le roi Royal chassait désormais activement le Lignage, et, aux membres qu’il attrapait, il offrait de l’argent s’ils acceptaient de coopérer pour capturer un homme et un loup qui voyageaient de conserve. Rolf et Fragon pensaient qu’il s’agissait d’Œil-de-Nuit et moi. Royal menaçait de mort ceux qui refusaient. Il n’y avait pas grand-chose d’autre dans la missive, à part une invitation à donner mon odeur à d’autres du Lignage et à leur demander toute l’aide possible. La suite du document était trop abîmée pour être lisible ; je coinçai le rouleau dans ma ceinture. »  Page 202
  • « J’approche, me dis-je. Je tombai sur une bibliothèque où étaient réunis plus d’ouvrages en vélin et de manuscrits que je n’imaginais qu’il en existât ; je m’arrêtai aussi un instant dans une salle où des oiseaux au plumage multicolore somnolaient dans des cages extravagantes ; des plaques de marbre blanc enserraient des bassins qui abritaient des poissons vifs et des nénuphars ; des bancs et des chaises garnis de coussins entouraient des tables de jeu ; d’autres tables, plus petites et en merisier, installées çà et là, supportaient des brûloirs à Fumée. »  Page 235
  • « Royal, me dis-je, était capable de se convaincre de tout ce qu’il avait envie. Enivré d’alcool, la tête couronnée de Fumée, il était sans doute déjà persuadé de la véracité de ses fables échevelées. »  Page 276
4,5 étoiles, F

La femme du capitaine

La femme du capitaine de Beth Powning.

Éditions Perce-Neige, publié en 2014, 438 pages

Roman de Beth Powning paru initialement en 2010 sous le titre « The Sea Captain’s Wife ».

Au dix-neuvième siècle, dans le petit village côtier de Whelan’s Cove au Nouveau-Brunswick, Azuba observe sans relâche les navires marchands prendre le large dans la brume de la Baie de Fundy. Depuis qu’elle est enfant, elle rêve de mettre les voiles et de partir à la découverte du monde. Malheureusement pour elle, son mari, le capitaine Bradstock, est un homme solitaire et ne veut pas mettre sa femme et sa fille en danger sur son navire, Le Voyageur. Il veut les garder à l’abris du dur quotidien sur un navire : les longs mois en mer, les orages, les tempêtes, le rationnement ou même les mutineries ou les naufrages. Mais, il suffira d’une rumeur dans le village pour qu’il se résigne à amener Azuba et leur fille avec lui lors de son prochain départ. Un fois en mer, le voyage ne sera pas de tout repos et la femme du capitaine aura grandement le temps de songer à ses choix de vie.

Un merveilleux roman historique sur le milieu maritime. Cette lecture fait voyager le lecteur de la Baie de Fundy à Hong Kong en passant par le dangereux Cap Horne et la belle ville de San Francisco. Dans ce récit, les personnages sont attachants et très crédibles. Celui d’Azuba est très intéressant car il fait découvrir la vie quotidienne des femmes de marins qui partaient en mer pendant des mois, parfois même des années. En suivant sa vie et ses pensées on découvre une jeune femme forte et courageuse. De plus, les descriptions des paysages marins ainsi que le langage utilisé pour les dialogues font voyager littéralement le lecteur sur les navires à voiles de l’époque. Malgré quelques longueurs, un roman très bien écrit et dépaysant qui fait passer de belles heures de lecture.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 21 février 2015

La littérature dans ce roman :

  • « Azuba et Nathaniel étaient allés lui rendre visite au presbytère peu après son arrivée au village. Il leur avait montré son studio, une grande pièce à l’arrière de la maison où se trouvaient un chevalet, des cahiers à dessin et une table, sous une fenêtre, encombrée de trésors ramenés de la côte – plumes, coquillages, crânes.
    Même vieux, pensa-t-elle, il aura cet air fervent et innocent.
    Le soleil entrait à flots par les fenêtres et illuminait les objets dans la pièce – la table recouverte d’un tapis sur laquelle étaient posés une lampe à huile et des livres à reliure de cuir ; un vaisselier en fer blanc laqué; un orgue à soufflerie manuelle. »  Page 24
  • « Je pense à toi qui lisais à voix haute à Carrie et qui m’enseignais à jouer au cribbage. Il nous reste encore la moitié du dernier roman de Dickens à lire. »  Pages 46 et 47
  • « La table vers laquelle elle se tourna débordait d’objets : des bouteilles pleines de pinceaux à poils de martre, des cahiers à croquis, des plateaux d’étain remplis d’outils d’artiste, des créatures préservées dans des bocaux. De os blanchis, des pinces de homard, des squelettes de poissons, des dents, des dollars des sables, des oursins. »  Page 47
  • « Simon était dans son bureau. Il avait quitté sa chaise, derrière son pupitre à cases et ses livres de théologie à dorures. »  Page 48
  • « Il déposa l’os sur une petite soucoupe blanche et ouvrit un carnet de dessins rempli de fleurs travées au crayon de plomb.
    – Cypripedium acaule, dit-il en feuilletant son carnet. Le sabot de la vierge.
    Elle toucha une page du bout du doigt pour l’empêcher de la tourner.
    – Celle-ci. Elle est tellement belle. »  Page 48
  • « Un soir, quelques jours plus tard, il s’était levé, était allé chercher un livre sur une étagère de la bibliothèque et l’avait jeté sur les genoux d’Azuba. Il l’avait ouvert et avait montré du doigt une gravure représentant le cap Horn dans un blizzard. Un navire sombrait, ses voiles en lambeaux, ses mâts parallèles aux flots. Une femme solitaire s’agrippait au bord du canot de sauvetage dans lequel elle était assise.
    – Le cap Horn, avait-il dit.
    – Je sais.
    Elle avait caché l’image de sa main et lui avait adressé un regard perplexe.
    – Je ne veux pas voir ça. J’ai vu ces images. Elles sont horribles.
    Il avait retrié sa main et avait tourné les pages du livre, s’arrêtant sur l’image d’un navire échoué sur des rochers. Des femmes et des enfants étaient amarrés aux mats. Sur la terre ferme, des personnes agenouillées pleuraient, les mains jointes ou recouvrant leur bouche. »  Page 55
  • « Au début juin, Carrie commença à dessiner dans un vieux livre de comptes. Pour y ajouter de la couleur, elle se servait des crayons que lui avait offerts le révérend Walton.
    En haut de la page, elle dessina leur maison. Un sentier tortueux bordé de fleurs traversait la page, et Carrie y plaça trois bonshommes-allumettes : Carrie, Nathaniel et Azuba. Elle coiffa Nathaniel d’un chapeau haut de forme et lui dessina une pipe d’où sortait un nuage de fumée noire.
    Le dessin recouvrait des lettres et des chiffres angulaires tracés à l’encre brune, réduisant à l’état de palimpsestes des données qui, jadis, étaient indispensables.
    Elle posa le livre sur les genoux d’Azuba e l’ouvrit.
    – Ça, c’est un chat. Ça, c’est le canari à Papa. Ça, c’est Papa et moi à la plage. Ça, c’est le cheval de Papa. Il m’emmène chez Mamie Cooper. Ça, c’est le jardin. Et ça, c’est le bateau à Papa avec un drapeau sur le mât. »  Page 63
  • « Mamie Cooper avait offert à Azuba son livre de remèdes. Enfant, Azuba passait quelques jours chez sa mamie tous les mois d’octobre à préparer avec elle les remèdes d’hiver. Une pincée d’alun, de la teinture de rhubarbe; du baume au gingembre à base de beurre contre l’érysipèle. Azuba alignait les petites bouteilles de verre en savourant les mots que prononçait sa mamie : chaire brulée, fièvre de lait. Azuba feuilletait maintenant le petit volume à reliure de cuire en admirant ses pages tachées, déchirées et recouvertes d’annotations de la plume de Mamie. Des notes, des rappels, des conseils, des recettes. Elle sentait sur elle le regard de sa grand-mère. Mal d’oreille. Mal de gorge putride. Mal de dents. Mal de mer. »  Page 89
  • « Elle parcourut des yeux la pièce sombre et mal aérée. Le monde de Nathaniel. C’était comme un salon miniature qui s’inclinait sans cesse : les cadres s’agitaient sur leurs crochets, un livre bougeait sur la table, la cage de bambou et une lampe munie d’un abat-jour se balançaient du plafond. »  Page 98
  • « À côté du secrétaire se dressaient des étagères qui contenaient la collection de livres du navire. Azuba parcourut les titres : des livres sur la navigation, des romans, des recueils de poésie. Ceux que Nathaniel appelait ses « livres de médecine ». Elle en sortit quelques-uns et les feuilleta, vit qu’il avait écrit des notes dans les marge. »  Page 99
  • « Azuba souleva le couvercle de son coffre. Elle avait apporté quatre robes pour un voyage dont elle ne connaissait pas la durée. Deux robes de laine, deux de coton. Des bas de laine, des capes, des jupons, des culottes fendues. Elle sortit ses peignes, sa brosse, une boite d’épingles à cheveux et sa bible et les tendit à Carrie, qui se chargea de tout ranger. »  Pages 100 et 101
  • « À cette heure-là, ses parents devaient être passés ensemble au salon. Son père devait lire des passages de la bible à voix haute pendant que sa mère faisait de la dentelle. »  Page 105
  • « Après douze jours en mer, quand elle fut enfin entièrement remise de son malaise, Azuba passait le temps en examinant le contenu de la bibliothèque de Nathaniel. Assise par terre à côté de son secrétaire, elle étudiait le livret qui accompagnait la trousse de pharmacie : A Companion to the Medical Chest, with Plain Rules for the Taking of Medicines. Elle ouvrait la boite et en sortait les instruments et les divers petits flacons numérotés afin que le capitaine puisse les repérer facilement. Elle comparait les recettes du livret avec celles que lui avait données Mamie.
    En consultant les manuels de navigation de Nathaniel, Azuba assimila toutes sortes de nouvelles connaissances : la navigation à l’estime, la navigation par les astres, les divers usages du sextant. Dans sa cabine, elle ouvrit la boite en bois de rose et comprit en examinant le chronomètre qu’il serait impossible de calculer leur longitude sans cet instrument. Elle apprit les aires de vent. À table, Nathaniel et M. Dennis avaient de longues discussions sur ce qu’ils appelaient « le livre de Maury », alors elle repéra le volume dans la bibliothèque. L’auteur, le lieutenant américain Matthew Maury, s’était intéressé à déchiffrer les caprices de la mer. Les coudes appuyés sur le tapis de table, Azuba se renseigna sur l’origine des vents. Elle apprit que l’air se déplace des cellules de haute pression vers celles de basse pression, que la rotation de la Terre et le changement des saisons ont une incidence sur la direction des vents. Que les courants océaniques sont aussi réguliers qu’une route. Que les déserts et les nappes de glace ont un effet sur les vents et la pluie. Elle constata que Nathaniel et M. Dennis étaient à la fois critiques et admirateurs du Lieutenant Maury. Mais comme ses écrits permettaient aux capitaines de prendre des décisions basées sur la science, on ne pouvait pas les ignorer. La mer, écrivait Maury, n’était pas un espace sauvage et aléatoire. De nouvelles certitudes s’imposaient.
    Après s’être assurée qu’elle n’avait pas laissé de cheveux noirs, des gouttes de thé ou une plume entre ses pages, elle remit le volume à sa place. À table, elle ne dit rien quand les hommes discutaient des conclusions de Maury même si, bien souvent, elle aurait pu fournir des éléments de réponse. »  Pages 110 et 111
  • « Un froid régnait dans le salon. Azuba faisait porter à Carrie une camisole de laine et un gilet épais. Les jours de grande turbulence, elle sentait monter en elle une pointe de regret qui se serait transformée en désespoir si elle avait pris le temps de s’y attarder. En de telle occasion, elle se concentrait sur Londres et lisait à voix haute des passages de son guide de voyage, le Harper’s Guidebook for Travellers. Carrie l’écoutait, et ses poupées de papier devenaient la Reine d’Angleterre, le Prince de Galles et la Princesse Alexandra.
    – Carrie, c’est là que nous allons, disait Azuba en déposant le guide et en reprenant son tricot. Nous allons à Londres ! »  Page 112
  • « Azuba écrivit à ses parents :
    Ne vous inquiétez pas pour nous. Je lis ma bible, et Carrie et moi envoyons nos prières au ciel en pensant à vous. »  Pages 116 et 117
  • « Elle était montée sur une chaise pour accrocher la feutrine devant les portes des chambres d’amis, avait décidé qu’il fallait abattre Dolly; avait dressé chaque jour la liste des tâches à confier à Hannah, versé les salaires, tenu son livre de comptes. »  Page 138
  • « C’est la dernière lettre que je vous enverrai avant d’arriver à Anvers, à moins que nous croisions un navire en mer. Je compte documenter la suite de notre voyage, et je promets de vous envoyer une copie de mon livre de bord. »  Page 144
  • « Nathaniel allait devoir jouer le rôle de sagefemme et de médecin. Il n’y aurait pas de chloroforme, pas de mains fortes et habiles d’une femme. Rien pour l’aider sauf des connaissances livresques. Ou la chance. »  Page 162
  • « Elle aurait souhaité pouvoir leur confier qu’elle étudiait les manuels de navigation de Nathaniel, qu’elle tentait de résoudre des équations, qu’elle écoutait les commandements livrés par son mari et observait ce que faisaient ses hommes pour y répondre, et qu’à l’arrière du livre à reliure de cuir de Mamie elle avait fait un croquis du Voyageur sur lequel elle avait inscrit les noms des voiles, des vergues et des cordages après avoir retourné la pointe de sa plume. »  Pages 169 et 170
  • « Elle allait devoir se passer de la compagnie d’autres femmes pendant des mois. J’aurai besoin de quoi me nourrir l’esprit et l’âme – des livres, des plantes, des projets. »  Page 171
  • « Elle fit du troc avec les autres femmes de capitaine : une pelote de laine bleue contre une bobine de soie à coudre rouge; des conserves en échange de livres; du fil contre des journaux; du gâteau au fruits contre une pièce d’étoffe. »  Page 171
  • « Elle se mit à parler moins fort.
    – Je suis en train de m’initier à la navigation. Toute seule, avec les livres de mon mari. Je lis ses livres de médecine aussi. »  Page 174
  • «  – Prends ton abécédaire, chuchota Azuba.
    Carrie s’était rendue à la lettre O en brodant au fil bleu. »  Page 180
  • « Ce soir-là, Nathaniel lisait le Mariner’s Chronicle et Azuba, chaussons aux pieds, s’était enroulée dans un châle de laine noir avant de s’installer sur le canapé. La petite pièce était plus accueillante depuis qu’elle y avait installé son rosier en pot et son géranium rosat qui dégageait une odeur agréable.
    Azuba examina attentivement le dépliant qui accompagnait la trousse à pharmacie, un texte intitulé Plain Rules for the Taking of Medicines. Puis, elle ouvrit le volume que lui avait offert Mamie Cooper.
    Pour guérir un mal d’oreille : tabac et huile d’ognon rôti, une goutte dans l’oreille.
    Elle de mit à feuilleter li livre à reliure de cuir.
    Comment peindre une ruche
    Recette de bière à la mélasse
    Comment prévenir les infestations de pucerons sur les navets et les choux
    Comment réparer un poêle fissuré
    Comment fabriquer un filet maillant
    Sa grand-mère se dressa devant elle, une petite dame têtue et pleine d’entrain qui la mettait au défi de suivre son exemple.
    – Azuba, écoute ceci.
    Azuba marqua sa page à l’aide d’un bout de papier avant de refermer son livre et prit son tricot.
    Nathaniel se mit à lire à haute voix : Le capitaine cria « Voilà la côte ! Mon Dieu, nous sommes perdus! » Sa femme courut chercher le bébé et l’enveloppa dans un châle chaud avant d’en mettre un sur ses propres épaules. Le capitaine alla à la porte et prit le bébé dans ses bras en disant « Nous sommes perdus, dans deux ou trois minutes, ce sera fini. » Il fit ses adieux à sa femme et entama une prière qu’il interrompit quand la mer déferla sur eux. Le pont céda et ils furent plongés sous les flots. La femme du capitaine se trouva dans l’eau assez longtemps pour nager sur une dizaine de mètres vers l’avant du bateau. Lorsqu’elle remonta à la surface, ses vêtements s’emmêlèrent dans l’épave ; elle les libéra d’un coup ferme et se mit à chercher son mari et son enfant.
    Azuba déposa son tricot et regarda son mari. Ces histoires étaient tellement fascinantes pour lui qu’il semblait en oublier son auditoire tant sa lecture l’absorbait. Contrairement à ce qu’il aurait fait par le passé, il n’essayait pas de la dissuader à prendre la mer avec lui en lui lisant ces récits édifiants.
    Elle vit son mari debout sur le toit du rouf, sans l’enfant. Elle comprit qu’il était blessé. Affolé, il lui fit signe de monter sur le rocher contre lequel le navire s’était échoué. Le second et plusieurs hommes de l’équipage s’y trouvaient et l’enjoignaient en craint de se joindre à eux. Elle courut alors jusqu’au rocher en se frayant un passage parmi les décombres de l’épave. Une fois sur le rivage, ils se réfugièrent dans une masure où ils étendirent le capitaine à côté de son épouse. Avant de rendre son dernier souffle, celui-ci demanda si le petit était sain et sauf.
    Ils restèrent assis en silence. Nathaniel prit sa pipe et en tira quelques bouffées en tournant quelques pages.
    – Celle-ci maintenant. Ça s’est passé dans l’Atlantique Nord. Le navire avait quitté le port de Boston avec un chargement de charbon dans sa cale.
    – Nathaniel ?
    Il leva les yeux, tira sur sa pipe et fixa des yeux la flamme de la lampe à huile. Calmement, il calculait.
    – Pourquoi tu lis ces récits-là, Nathaniel ? Pourquoi tu me les lis à haute voix ?
    – Si ça ne te plait pas de les entendre, je peux les lire pour moi-même.
    – Ce n’est pas ce que je voulais dire. J’aime beaucoup t’entendre me lire des histoires. C’est juste que celles-là sont un peu angoissantes. Elles me font penser à nos familles qui doivent s’inquiéter à notre sujet.
    – Ah bon.
    Il la regarda, souleva un sourcil.
    – Je suppose qu’elles m’intriguent, c’est tout. La mer, c’est mon métier, c’est ma vie. Des éventualités comme celles-là me font réfléchir. J’apprends beaucoup de choses en les lisant. C’est bien de voir combien de gens survivent aux épreuves qu’ils subissent. J’aimerais penser que j’aurais la même présence d’esprit qu’eux, que je serais aussi courageux. »  Page 187 à 190
  • « Azuba remarqua que M. Dennis était devenu méfiant : il plissait les yeux et se contentait de grogner pour signaler son consentement. Épaules tendues, il partait exécuter les ordres de son capitaine. Azuba ne dit rien, mais selon ce qu’elle avait lu en secret dans les livres de Nathaniel, et selon les comptes rendus qu’il lui avait lus à haute voix, selon aussi les réponses qu’il lui avait données à toutes les questions qu’elle avait posées en le voyant tracer leur parcours, et selon ce que lui disaient ses propres observations, elle savait qu’ils se ruaient dans des vents qui soufflaient à quarante nœuds tel un aveugle parti à la course. »  Pages 206 et 207
  • « Nathaniel rangeait ses effets personnels, ses papiers et ses instruments de navigation dans le secrétaire à cylindre qui occupait la majeure partie du mur à l’avant du salon : compas, sextant, encrier, stylo, règle; ses pipes et son tabac; pistolets, munitions, coup-de-poing américain et matraque en cas de mutinerie ou de piraterie. Enfin un carnet de bord personnel, au contenu plus intime que celui qui se trouvait dans la cabine de l’équipage. »  Page 209
  • « Quand il le pouvait, Nathaniel s’installait à son pupitre après le repas du soir pour examiner les cartes marines des vents et des courants de la région et étudier les Explications et instruction nautiques accompagnant la Carte des vents et des courants de Maury, examinant les nouvelles routes et la science sur laquelle elles étaient fondées. »  Pages 209
  • « – Allons se coller dans le lit, dit Azuba. On mangera des craquelins.
    Elles se rendirent au garde-manger et en sortirent la dernière boite de craquelins. Ensuite, elles allèrent au salon chercher des oreillers et des livres. »  Page 213
  • « Elles ouvrirent un livre, Les Mélodies de ma mère l’Oye. Une odeur émanait du papier qui rappelait à Azuba la boutique où elle l’avait trouvé à Londres. C’était avant le cap Horn, avant les iles Chincha. Avant Andrew.
    Sur la page se trouvait le dessin d’un arbre avec des poissons dans son feuillage. Azuba chanta :
    Michaud est monté dans un peuplier,
    Michaud est monté dans un peuplier.
    La branche a cassé, Michaud est tombé.
    Où donc est Michaud ?
    Michaud est su’le dos.
    Ah ! relève, relève, relève,
    Ah ! relève, relève, Michaud.
    Carrie posa son doigt sur un poisson dans l’arbre.
    – Maman, pourquoi il a lâché la corde ? Pourquoi il est tombé ?
    Azuba souleva le doigt de Carrie et tourna la page.
    – Ses mitaines étaient glissantes. Il n’a pas fait exprès. Il a fermé sa main sur la corde mais sa main a glissé.
    – Qui va le dire à sa maman ?
    – Papa lui a écrit une lettre. Il lui a dit que c’était un bon…
    Sa voix lui fit défaut, elle resta silencieuse un instant…
    – Il lui a raconté ce qui s’était passé. Nous donnerons la lettre au prochain navire que nous croiserons, ou bien nous la mettrons à la poste quand nous arriverons à Anvers.
    Carrie traça les lettres de la comptine suivante. »  Pages 213 et 214
  • « Elle prit le livre dans ses mains et se remit à lire à voix haute.
    Carrie suça son pouce et fixa la page sans la voir. »  Page 214
  • « Le lendemain, la tempête redoubla d’ardeur. Le feu dons le poêle s’était éteint, et il faisait si froid dans le salon qu’un nuage de buée sortait de la bouche quand on l’ouvrait. Azuba traversa la pièce en chancelant et s’assura que tous les objets étaient assujettis – les boites à ouvrage, les livres, le papier à dessiner de Carrie. »  Page 215
  • « – La fois où… le dentier à matante est tombé dans le poêle puis qu’on a dû fouiller dans le seau à cendre pour le retrouver. La fois où… le plateau de porcelaine est passé par la fenêtre en même temps que l’eau de vaisselle puis qu’on l’a retrouvé intact dans les œillets de poète… »  Page 215
  • « Elle s’assied en tailleur, un gros livre sur les genoux en guise de tablette, et se mit à écrire. »  Page 230
  • « Azuba et Mme Lattimer s’installèrent avec leur broderie tandis que Carrie s’assit avec un livre et que Lisette se chargea de coucher le bébé dans une des chambres. »  Page 293
  • « – Des pirates les ont livrés à l’Alabama. Puis là, sous leurs yeux, ils ont mis le feu à leur bateau. Tu te souviens comme il était beau. Un vrai péché. Mme Davis a été gardée prisonnière dans les cales du navire sudiste pendant deux semaines sans savoir ce qui était advenu de son mari. Elle l’a finalement retrouvé quand les moins que rien les ont largués au large de l’Espagne.
    Carrie était penchée sur son livre, mais elle avait cessé de tourner les pages. »  Page 295
  • « Ils allèrent au jardin zoologique, où Azuba resta un long moment à admirer la serre tropicale, et où ils virent par hasard un gardien jeter des lapins vivants dans la cage à serpents. Nathaniel lut dans leur guide de voyage que le zoo possédait la plus importante collection de singes bleus de toute l’Europe. »  Page 296
  • « Quand Simon était là, Whelan’s Cove prenait vie; ce n’était plus qu’un rêve ou une image tirée d’un livre. »  Page 314
  • « Simon avait sous le bras deux guides de voyage – le Harper’s Handbook et le Baedeker – mais il affichait une mine soucieuse. »  Page 317
  • « – Bonjour Monsieur Walton. Tu nous emmènes quelque part aujourd’hui ?
    Il baissa les yeux vers les livres qu’il portait.
    – À moins que vous n’ayez prévu autres chose… »  Page 317
  • « Il lisait à voix haute des passages d’un vieux journal ou de David Copperfield. »  Page 348
  • « Angoissée, Azuba posa son livre. »  Page 385
  • « Nathaniel lisait le journal, assis sur le divan. Son désœuvrement, le silence de Carrie remplissaient la pièce. Le bébé, en revanche, babillait, riait, découvrait avec plaisir les livres, la nourriture, sa boule de ficelle. »  Page 387
  • « Le matin, avant de se lever, elle s’était mise à se représenter sa vie depuis sa naissance jusqu’au temps présent. Elle avait l’impression de feuilleter un grand livre illustré où les images se succédaient, lui montrant les constantes de sa vie. »  Page 392
  • « Azuba glissa une languette de cuir bleu dans son livre pour marquer la page avant de refermer le livre qu’elle posa sur une table. »  Page 397
  • « Elle repensa à toutes les discussions qu’avaient eues Nathaniel et M. Dennis à bord du Voyageur sur les écrits de Maury. »  Page 397
  • « Comment aurait-elle pu être heureuse de son sort quand dans son esprit défilait ce que l’avenir réservait à Nathaniel ? Les bureaux poussiéreux, les livres de comptes, la scierie, l’atelier d’assemblage. »  Page 403
  • « Elles aimaient feuilleter ensemble le Godey’s Lady’s Book pour admirer les somptueuses robes à crinoline et les jupons à cerceaux qui s’y trouvaient. »  Page 412
  • « Nathaniel avait décidé de devenir arboriculteur fruitier. Il acheta une grande parcelle de terre derrière la maison avec une déclivité qui servirait d’abri aux arbres qu’il prévoyait planter. Il commanda un manuel d’horticulture, The American Fruit Book : Containing Direction for Raising, Propagating and Managing Fruit Trees, Shrubs, and Plants. Il lut attentivement les chapitres sur le greffage, le bourgeonnement, l’élagage, la gestion des sols, la lutte contre les insectes et les animaux nuisibles, l’irrigation, la mise en marché.
    À son pupitre, le soir, il ne lisait plus son journal de bord. »  Pages 420 et 421
  • « Carrie s’adressait à tout le monde maintenant et était redevenue en apparence la jeune fille qu’elle avait été jadis – brillante, capable, sérieuse. Mais elle regardait sa mère d’un regard sérieux, le même regard qu’elle posait sur les images dans ses livres, la nourriture dans son assiette, une mouche posée sur son doigt – toujours méfiante, semblait-il, à l’affut d’un quelconque danger ou d’une éventuelle trahison. »  Page 427