4,5 étoiles, S

Sauver sa peau

Sauver sa peau de Lisa Gardner.

Éditions Le Livre de Poche (Thriller) no 32328 ~ Publié en 2011 ~ 502 pages

Roman de Lisa Gardner paru initialement en 2007 sous le titre « Hide ».

Tanya retourne à Boston après une enfance d’errance avec ses parents. Depuis qu’elle a 7 ans, ils n’ont cessé de fuir. À tous les 18 mois, ils changeaient d’identité et déménageaient dans une nouvelle ville. Pourquoi la fuite, on ne lui a jamais expliqué. Son père lui a seulement appris à se méfier de tout. Depuis que ses parents sont décédés, elle s’interroge sur les mystères entourant sa famille et sur les causes des changements d’identité. De son côté, la police de Boston fait une découverte macabre sur le terrain de l’ancien asile psychiatrique. Les corps momifiés de six fillettes sont retrouvés dans une chambre souterraine. L’une d’elles porte un médaillon au nom d’Annabelle Granger. Décidant de sortir de l’ombre Tanya révèle sa vraie identité à la police de Boston car elle est Annabelle Granger. S’en suit une enquête menée par la commandant D.D. Warren et l’agent Bobby Dodge. Le résultat de l’enquête fournira-t-il à Annabelle les réponses à ses questions ?

Très bien orchestré, ce roman policier est mené de main de maître. L’intrigue est subtilement mise en place dès les premières pages et les faits se développent de façon magistrale. Les pistes sont nombreuses mais cohérentes et on se laisse aisément prendre au jeu. L’écriture est rythmée et dynamique, donnant une légèreté à l’histoire qui en fait ne l’est pas. De plus, il y a assez de rebondissements pour nous tenir en haleine tout au long du livre. Les personnages sont crédibles à l’exception peut-être de la trop caricaturale D.D. Warren. C’est le genre de femme qui se donne tout les droits parce qu’elle est une femme dans un milieu d’homme et qu’elle doit (se) prouver qu’elle est meilleure qu’eux. Les traits psychologiques des personnages principaux sont bien décrits par contre pour une meilleure compréhension ceux des personnages secondaires auraient pu être plus élaborés. Ceci-dit, c’est un très bon roman policier.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 25 février 2012

Lecture en tant que juré pour les Éditions Le livre de poche – Polar 2012 :

La littérature dans ce roman :

  • « Mes doigts qui effleuraient le bureau couvert d’autocollants, rebondissaient sur les photos encadrées de mes grands-parents, survolaient ma brosse argentée ciselée et mon immense miroir à main. Je fis l’impasse sur mes livres. » Page 8
  • « – Je ne sais pas, répondis-je en me frottant les tempes. Un cadeau. Devant notre porte. Emballé dans une BD de Snoopy. » Page 61
  • « Sortie du magasin, je rangeai le mug dans mon dac à dos à côté de mes livres de classe et regagnai la cour de l’école. » Page 79
  • « – Oh, merdre, dit D.D. Le médaillon. Emballé dans un BD de Snoopy, c’est bien ce qu’à dit Annabelle ? » Page 112
  • « J’avais trouvé sur Internet des informations sur le site de l’hôpital psychiatrique. Je savais qu’il avait été fondé sous le nom d’Asile pour aliénés de Boston en 1839, avant de devenir l’Hôpital public de Boston en 1908. À l’origine, l’établissement accueillait quelques centaines de patients et fonctionnait davantage comme une ferme en autarcie que comme un modèle pour Vol au-dessus d’un nid de coucou. » Page 149
  • « Pourquoi lire Bonsoir lune à son enfant quand on peut lui lire Monstres du vingt et unième siècle ? » Page 158
  • « Je venais le dimanche, je lui lisais des livres pour enfants, on chantait des comptines idiotes. » Page 178
  • « Elle est obsédée par l’idée que j’ai piégé Bobby pour qu’il tue mon mari. Je crois qu’elle lit trop de romans policiers. » Page 238
  • « Il se prenait pour Roméo et nous avions banni sa Juliette. » Page 308
  • « Quelque chose de petit, rectangulaire et soigneusement emballé dans du papier de couleur vive, la BD du dimanche… » Page 381
  • « Un paquet plat rectangulaire. Snoopy, perché sur sa niche rouge, souriait sur le dessus. » Page 382
  • « Ils se rapprochaient de l’épicentre de la catastrophe, une petite boîte rectangulaire de dix centimètres sur quinze, soigneusement emballée dans les bandes dessinées, qui attendait devant ma porte. » Page 384
  • « Au moins vue de l’extérieur, la boite me rappelle les cadeaux reçus quand j’étais petite. Il les emballait toujours dans des bandes dessinées. » Page 385
  • « Un instant plus tard, le faux doudou devint une pièce à conviction. Ensuite ce fut le tour de la boîte et du papier de soie. Puis des bandes dessinées du dimanche. » Page 388
  • « Je n’arrivais pas à faire remonter quoi que ce soit. Pas même le souvenir d’un cadeau emballé dans une bande dessinée. » Page 409
  • « Bobby allait demander à un collègue de se renseigner sur l’endroit où se trouvait M. Petracelli la nuit précédente, même si, pour être tout à fait honnête, déposer des cadeaux emballés dans des bandes dessinées était sans doute un poil trop subtil pour quelqu’un qui avait de toute évidence perdu la boule. » Page 412
  • « Première impression de Bobby sur Paul Schuepp : environ cinq centimètres de plus que Yoda et deux ans de moins que Mathusalem. » Page 413
  • « J’ai un agent. Elle pense pouvoir m’obtenir des millions de dollars de la part d’un grand studio d’Hollywood. Et, bien sûr, il va y avoir un livre. Je ne me vois pas raconter mon histoire à la télévision. » Page 492
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4,5 étoiles, F

Le fléau, tome 1

Le fléau, tome 1 de Stephen King.

Éditions J’ai Lu ~ Publié en 1992 ~ 510 pages

Quatrième roman de Stephen King paru initialement en 1978 sous le titre « The stand ». Ce roman a fait l’objet d’une réédition augmentée en 1990.

En 1990, dans un laboratoire de l’armée américaine, un virus mortel est libéré dans les locaux. Un bris dans la sécurité va permettre à Charlie Campion de quitter le bâtiment. Il contaminera en premier lieu les membres de sa famille et tout les gens qu’il croisera dans sa fuite. Le taux de contamination est de 94,4%. Cette Super-grippe décimera par la suite la population d’un bout à l’autre des États-Unis. Les survivants qui semblent être immunisés devront faire face à la disparition de la civilisation. Seul ne sachant que faire, ni où aller les survivants voudront retrouver leurs semblables. Va alors commencer pour ceux-ci un long périple dans lequel ils devront enjamber les cadavres pourrissants. Leurs rêves seront visités soit par le terrifiant Homme noir soit par Mère Abigaël une afro-américaine originaire du Nebraska, âgée de 108 ans.

Ce premier tome met en scène une galerie de personnages plus intéressants les uns que les autres. De ceux-ci quelques-uns seulement vont survivre. La mise en place des personnages est particulièrement efficace, on passe d’une personne à l’autre, d’une histoire à l’autre, d’une ville à l’autre sans perdre le rythme. On devient alors témoin de la propagation inexorable de la maladie. J’ai été prise par l’histoire dès les premières pages et me suis laissée entraîner avec délectation jusqu’à la dernière page. Stephen King n’y va pas dans la dentelle lorsqu’il décrit les cadavres, les agonies et les mesures prises par le gouvernement lors de cette apocalypse. La fin de notre société par la propagation d’un virus semble tellement crédible que c’est saisissant. Vivement la suite.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 25 décembre 2011

Le Fléau – Tome 2 – Tome 3

Ving-sixième lecture de mon défi 26 livres – 26 auteurs édition 2011

La littérature dans ce roman :

  • « Et elle se mit à rire d’elle-même, d’un rire un peu amer. Tu en fais toute une histoire, se dit-elle, comme si le monde entier attendait cette nouvelle. Chapitre six : Hester Prynne annonce au révérend Dimmesdale l’arrivée imminente de Pearl. Non, ce n’était pas Dimmesdale, mais Jess Rider, vingt ans, un an de moins que Notre Héroïne, la jolie Fran. » Page 38
  • « Mais il m’a fait prendre mon sac à dos et n’est-ce pas Robert Frost, le grand poète, qui disait que chez soi, c’est l’endroit où il faut bien qu’on vous ouvre la porte quand vous vous pointez, ou quelque chose de genre ? » Page 81
  • « – Jess veut bien faire, reprit-elle; il est plein de bonnes intentions. Mais… nous sommes allés à un récital de poésie au début de l’année. Un type qui s’appelait Ted Enslin. C’était plein. Tout le monde écoutait très sagement… très attentivement… pour ne pas perdre un mot. Et moi… tu me connais.
    Il lui passa gentiment le bras autour du cou :
    – Franny a eu le fou rire.
    – Exact. Tu me connais vraiment bien.
    – Un peu, en tout cas.
    – Un fou rire juste comme ça, sans aucune raison. Et je me disais : « Il est cradingue, cradingue, on est tous venus là pour écouter un vieux dingue cradingue. » Il y avait du rythme, comme une chanson à la radio. Et j’ai eu le fou rire. Je ne voulais pas. Rien à voir avec les poèmes de Ted Enslin, ils étaient très bons, rien à voir avec son allure. C’était la manière dont les autres le regardaient. » Pages 94 et 95
  • « – Si ! répondit-il brusquement, désemparé tout à coup. Je suis un vieil homme qui essaie de donner un conseil à sa fille, comme un singe qui voudrait apprendre à un ours à se tenir à table. Un ivrogne m’a pris mon fils il y a dix-sept ans et ma femme n’a jamais plus été la même depuis. J’ai toujours vu la question de l’avortement en pensant à Fred. On dirait que je suis incapable de faire autrement comme toi tu étais incapable d’arrêter ton fou rire à ce récital de poésie, Frannie. Ta mère te donnerait toutes les raisons habituelles. Elle te parlerait de morale. Une morale vieille de 2 000 ans. Le droit à la vie. Toute notre morale occidentale est fondée là-dessus. J’ai lu les philosophes. Je fouille dans leurs livres comme ta mère fouille dans les étagères des supermarchés. Ta mère en est restée au Reader’s Digest, mais c’est moi finalement qui argumente avec mon cœur, et elle avec les codes de morale. Je vois Fred, c’est tout. Il était complètement démoli. Aucune chance de s’en sortir. Les cocottes pro-vie brandissent leurs photos de bébés nageant dans de l’eau salée, leurs photos de bouts de bras et de jambes sur des tables d’acier inoxydable. Et puis après ? La fin d’une vie n’est jamais jolie. Moi je vois Fred, couché sur ce lit pendant sept jours, enveloppé dans ses bandes, comme une momie. La vie ne vaut pas cher, et l’avortement la rend encore moins chère. Je lis plus qu’elle, mais c’est elle qui a les idées plus claires en fin de compte. Ce qu’il faut faire, ce qu’il faut dire… tout ça dépend si souvent de jugements arbitraires. Je n’arrive pas à l’accepter. C’est comme un blocage dans ma gorge, coir que toute véritable logique semble procéder de l’irrationalité. De la foi. Tu trouves que j’ai les idées passablement embrouillées, non ? » Pages 97 et 98
  • « Sa pièce favorite avait toujours été l’atelier de son père, dans l’appentis qui reliait la maison à la grange. On y entrait par une petite porte qui faisait à peine un mètre cinquante de haut, presque cachée derrière le vieux poêle à vois de la cuisine. Un excellent début, cette porte : délicieusement petite et dissimulée, comme les portes des contes de fées ou des rêves. Quand elle avait grandi, il lui avait fallu se pencher pour passer, comme le faisait son père – sa mère ne mettait jamais les pieds dans l’atelier, à moins d’y être absolument obligée. C’était une porte comme celles qui s’ouvrent sur un monde de rêve dans Alice aux pays des merveilles. Un temps, elle s’était amusée à croire, sans le dire même à son père, qu’un jour, en l’ouvrant, ce ne serait pas dans le tout l’atelier de Peter Goldshmith qu’elle trouverait, mais un passage souterrain qui la conduirait du pays des merveilles à Hobbiton, un tunnel étroit mais presque douillet avec son plafond tapissé de grosses racines qui vous faisaient une bonne bosse si vous vous cogniez le front. Un tunnel qui sentait non pas la terre humide, les vers et les vilaines bestioles, mais la cannelle et les tartes au pommes, un tunnel qui aboutissait dans l’office où Mr. Bilbo Baggins célébrait son cent onzième anniversaire… » Page 142
  • « Sur la cheminée, au-dessus du vieux fusil de chasse, se trouvait un gros album. Carla était une sorte de généalogiste amateur et toute sa famille se trouvait dans ce livre…au moins jusqu’en 1638, lorsque le premier de ses ancêtres identifiables était sorti suffisamment longtemps de la foule anonyme des Londoniens pour que son nom soit inscrit dans quelque très ancien registre paroissial comme celui de Merton Downs, franc-maçon. » Page 148
  • « L’étalage des livres de poche se renversa. Puis la Schmeisser se trouva à court de munition, et ce fut le silence, assourdissant. L’odeur. Le magasin empestait la poudre. » Page 179
  • « Le livreur lut avec toute la concentration d’un élève studieux qui s’apprête à attaquer Moby-Dick. » Page 195
  • « Il aimait beaucoup la science-fiction et s’achetait parfois de vieux livres à moitié déchirés, découverts sur les étagères poussiéreuses des brocanteurs de campagne. » Page 207
  • « Il transporta la télévision à côté de son lit (« Tu vas attraper une hernie », avait-elle dit en reniflant), lui avait apporté du jus de fruits et un vieux flacon de gouttes contre le rhume. Puis il avait couru chez le marchand de journaux lui acheter quelques livres de poche. » Page 216
  • « – En fait, le médecin pense que c’était peut-être mieux pour ses poumons et ses bronches qu’elle reste assise. Il n’en a pas dit plus. Mais sa femme connaît très bien Carla. Nous savions parfaitement lui et moi que ta mère a un peu couru après cette grippe. Elle est présidente du Comité historique, elle passe vingt heures par semaine à la bibliothèque, elle est secrétaire du Club des femmes et du Club des amateurs de littérature, elle s’occupe des campagnes de charité depuis que ton frère est mort, ou même avant, et l’hiver dernier, comme si ce n’était pas assez, elle a accepté de s’occuper aussi de la Fondation pour les maladies du cœur. » Page 231
  • « – Ma fille m’a donné un recueil de poèmes il y a quelques années. Un certain Yeets. Elle prétend que tous les militaires devraient lire Yeets. Une plaisanterie sans doute. Tu as déjà entendu parler de Yeets, Len ?
    – Je crois que oui, répondit Creighton qui ne jugea pas utile de préciser que le nom du poète s’écrivait Yeats et de prononçait Yates.
    – Je l’ai lu du début jusqu’à la fin, reprit Starkey en contemplant l’écran qui montrait la cafétéria à jamais endormie. Sans doute parce qu’elle s’imaginait que je n’ouvrirais pas son bouquin. Il ne faut jamais être trop prévisible. Je n’ai pas compris grand-chose – ce type était sans doute un fou – mais j’ai lu ses machins. Drôles de poèmes. Pas toujours en vers. Il y en a un qui m’est toujours resté dans la tête. Il y parlait de la vie comme je l’ai toujours vue, sa grandeur, son désespoir. Il disait que tout s’écroule, que le centre ne tient plus. Je crois qu’il voulait dire que le centre se désagrège, Len. Je crois bien que c’est ça. Yeets savait que tôt ou tard les choses se désagrègent complètement. Il avait au moins compris ça.
    – Sans doute, répondit doucement Creighton.
    – La fin du poème m’a donné la chair de poule la première fois que je l’ai lu, et même encore maintenant quand je le relis. Je sais le passage par cœur. « Voici la bête cruelle, son heure enfin venue. Vers Bethléem elle se traîne, bientôt elle va y naître. »
    Creighton ne disait rien. Il n’avait rien à dire.
    – La bête est en marche, reprit Starkey en se retournant.
    Il pleurait, grimaçait un sourire.
    – Elle arrive, et elle est bien plus cruelle que ce Yeets ne l’imaginait. Tout fiche le camp. Notre boulot, c’est de tenir aussi longtemps que nous pourrons. » Pages 239 et 240
  • « Il lirait n’importe quoi en attendant que cuise son repas sur un petit feu de camp dont la fumée resterait invisible : un roman porno aux pages déchirées, sans couverture, Mein Kamps peut-être, une bande dessinée, une déclaration incendiaire de quelque mouvement patriotique réactionnaire. En fait d’imprimés, Flagg n’était pas regardant. » Page 246
  • « Ce Bradenton était un poète qui donnait parfois des cours du soir quand il ne sillonnait pas l’Utah, le Nevada et l’Arizona, faisant des conférences dans les universités où il espérait étonner ces bons petits enfants de bourgeois en leur annonçant que la poésie était toujours vivante – soporifique, sans aucun doute, mais toujours investie d’une certaine hideuse vitalité. » Page 248
  • « Bradenton n’était qu’un maillon de la chaîne. Il y en avait des milliers d’autres – des milliers de ces fous qui parcouraient le pays avec leurs livres et leurs bombes. » Page 248
  • « – Tour vas dépendre du jury. Douze connards. J’aimerais douze braves dames de quarante-deux ans qui connaissent par cœur le Petit Chaperon rouge et qui font des petits enterrements dans leur jardin quand leur perruche crève. » Page 260
  • « Le pasteur, Braceman, était avec elle le 23, quand Nick était arrivé. Il lui lisait la Bible dans le salon, mais il avait l’air nerveux et pressé de s’en aller. » Page 265
  • « Rita Blakemoor souriait et il fut à nouveau frappé par son élégance nonchalante. On aurait dit un personnage d’un roman de Irwin Shaw. Nightwork peut-être, ou celui qu’on avait adapté pour la télévision quand il était tout petit. » page 318
  • « Un citation de l’Évangile, une paraphrase en fait, lui traversa la tête sans aucune raison particulière : Avant de vouloir enlever la paille dans l’œil de ton voisin, occupe-toi de la poutre dans le tien. » Page 322
  • « Comme dans Alice au pays des merveilles, tout devenait de plus en plus curieux. » Page 325
  • « Harold était rédacteur en chef de la revue littéraire du lysée d’Ogunquit. Il écrivait d’étranges nouvelles, toujours au présent et à la deuxième personne du pluriel. Vous descendez le délirant corridor et vous pourrez d’un coup d’épaule la porte fracturé et vous regardez les athlètes – c’était son style. » Page 330
  • « Frannie s’en foutait qu’il se branle, qu’il traîne sa graisse ou qu’il imite cette semaine Wright Morris ou Hubert Selby. » Page 330
  • « Pour nouer sa cravate, elle lui cala la tête avec deux volumes de l’Encyclopédie universelle. » Page 338
  • « Trois ans plus tôt, Stu avait acheté un livre pour un de ses neveux qui habitait Waco. Il avait trouvé une boîte pour l’envoyer par la poste mais, comme détestait emballer les cadeaux encore plus qu’il détestait la lecture, il l’avait ouvert à la première page, croyant qu’il n’allait lire que quelques lignes pour voir de quoi il s’agissait. Mais il avait lu la première page, puis la deuxième… et il avait été incapable de refermer le bouquin. Il était donc resté debout toute la nuit, fumant cigarette sur cigarette, buvant une tasse de café après l’autre, absorbé par sa lecture qui n’avançait pourtant pas très vite car il n’était guère habitué à lire pour son plaisir. Une histoire de lapin, un comble. Le plus stupide des animaux, le plus trouillard… sauf que le type qui avait écrit ce livre en parlait autrement. Vous finissiez par vous sentir de leur bord. Une histoire formidable, et Stu qui lisait avec la lenteur d’un escargot l’avait terminée deux jours plus tard. » Page 342
  • « Puis les deux genoux retombèrent des deux côtés de sa cage thoracique et l’entrejambe des jeans de Richard Fry s’immobilisa à quelques centimètres de sa poitrine, comme une fourche, ses yeux de braise braqués sur Bradenton comme deux torches perçant l’obscurité d’un donjon dans un roman d’épouvante. » Pages 356 et 357
  • « Dans des paysages comme celui-ci, n’importe qui pouvait devenir Iago. » Page 359
  • « Nick Andros lisait un livre qu’il avait été chercher chez le marchand de journaux – l’histoire d’une gouvernante qui se croyait dans un manoir hanté. Il n’était pas encore arrivé à la moitié du roman, mais il savait déjà que le fantôme était en réalité la femme de châtelain, probablement enfermée dans le grenier et folle à lier. » Page 371
  • « Il laissa tomber le livre sur le bureau et sortit dans la rue. » Page 371
  • « C’était la vie, jusqu’à ce qu’il se retrouve un soir dans le vestibule de l’église méthodiste, un bidon de vingt litres d’essence à la main, en train de tout asperger autour de lui – particulièrement les vieux recueils de cantiques entassés dans un coin – et il s’était arrêté. Et il avait pensé : C’est pas bien, c’est pas bien du tout, c’est STUPIDE, ils vont savoir que c’est toi, ils diraient que c’est toi-même si c’était quelqu’un d’autre, et ils vont t’enfermer ; il réfléchissait et l’odeur de l’essence lui remplissait les narines tandis que des voix papillonnaient et tourbillonnaient dans sa tête, comme des chauves-souris dans un beffroi hanté. » Page 383
  • « – Pas du tout. Tu restes assis. Je servais toujours une deuxième tasse à mon mari. Il y tenait. Même si je ne voyais rien d’autre que son crâne au petit déjeuner. Il était toujours caché derrière son Wall Street Journal ou un énorme bouquin très ennuyeux, dans le genre Böll, Camus. Il lisait même Milton ! Avec toi c’est différent. Ce serait dommage de cacher ta jolie gueule derrière un journal. » Page 391
  • « Finalement, il était tombé sur le lit, inconscient, hors d’haleine. Et Fran avait cru que la fin était proche. Mais le lendemain matin, quand elle était allée le voir, Gus était assis dans le lit et lisait un roman de cow-boys qu’il avait trouvé sur une étagère. » Pages 421 et 422
  • « Elle avait préparé une soupe qu’il avait mangée de bon appétit et, quand il s’était plaint d’avoir du mal à lire sans ses lunettes qu’il avait cassées lorsqu’il avait pris son tour de garde à la barricade de la sortie sud de la ville, la semaine précédente, elle avait pris le livre (malgré ses protestations) et lui avait lu quatre chapitres du roman. L’auteur était une femme qui habitait un peu plus au nord, à Haven. Noël sanglant, c’était le titre du livre. Le shérif John Stoner semblait avoir bien des difficultés avec les voyous de Roaring Rock – pire, il ne trouvait pas de cadeau de Noël pour sa jolie et charmante jeune femme. » Page 422
  • « La pelouse des Lauder descendait en pente douce jusqu’à un petit mur de pierres sèches. Au milieu du jardin s’élevait la pergola octogonale où Amy et elle jouaient à la dînette quand elles étaient petites. Frannie s’en souvint tout à coup et cette image lui fit mal. L’époque où elles pleuraient toutes les deux en lisant des romans d’amour, où elles gloussaient en parlant du beau Chuckie Mayo, le plus beau garçon du lycée. » Page 425
  • « Il est effectivement possible de faire quatre États – Connecticut, Rhode Island, Massachusetts et l’extrême sud du Vermont – en vingt-quatre heures, à condition de choisir très bien son itinéraire, mais c’est un peu comme ces devinettes avec des bouts d’allumettes – facile si tu connais la solution, impossible autrement.
    – Mais où as-tu trouvé ça ?
    – Dans le Guiness, le Grand Livre des records, l’inévitable bible du lycée d’Ogunquit. » Page 432
  • « L’après-midi, elle sortit une chaise et s’installa devant la porte d’entrée pour lire son livre. Un livre qui s’intitulait Satan, maître de la planète Terre. Une histoire macabre, mais plutôt amusante. Les pécheurs et les ingrats avaient reçu leur juste punition, comme l’annonçait le livre. Ils étaient tous morts. Sauf quelques hippies qui cherchaient des femmes pour les violer, mais elle saurait quoi faire s’ils venaient par ici. » Page 460
  • « – Tu sais ce que la Bible dit de ces gens-là ? demanda Flagg d’une voix douce. Elle dit que les grands seront abaissés, que les puissants seront abattus, que les orgueilleux seront brisés. Et tu sais ce qu’elle dit des gens comme toi, Lloyd ? Elle dit : Bénis soient les humbles de cœur, car ils hériteront de la terre. Et elle dit encore : Bénis soient les pauvres d’esprit, car ils verront Dieu. » Page 479
4,5 étoiles, T, V

Voyage fatal

Temperance Brennan, tome 04 : Voyage fatal  de Kathy Reichs

Éditions Pocket (Thriller) ~ Publié en 2004 ~ 495 pages

Roman de Kathy Reichs paru initialement en 2002 sous le titre « Fatal voyage ».

Un avion s’écrase dans les montagnes de Caroline du Nord avec à son bord 88 passagers. L’anthropologue Temperance Brennan est la première sur la scène. Cet accident ne laisse aucun survivant et suscite un questionnement sur son origine : bombe, missile égaré, défaillance technique ou erreur de pilotage. Une équipe est rapidement mise sur pied pour récupérer les restes humains et les identifier. Cette équipe devra aussi aider à découvrir l’origine de l’accident. C’est alors que Tempe découvre un pied qui, après de minutieuses analyses, se révèle n’appartenir à aucun des passagers. Voulant approfondir ses investigations, la tâche de Tempe va sérieusement se compliquer. Ce pied va l’entraîner dans une périlleuse enquête où elle rencontrera intimidation et tentatives de meurtres. Manifestement, quelqu’un veut l’empêcher de continuer ses recherches. Parviendra-t-elle à élucider ce mystère ?

Ce roman est réellement captivant, il se dévore en un rien de temps. On entre facilement dans l’histoire et l’on se prend immédiatement d’affection pour Tempe. Elle est à la fois déterminée et solide pour ce qui concerne son métier. Mais, elle ne reste pas moins un individu fragile. L’anthropologue Kathy Reichs nous dévoile ici quelques facettes de son métier. Sous une rigueur scientifique, elle ne nous épargne aucun détail de procédure. L’ambiance générale du roman est assez inquiétante, les énigmes complexes et le dénouement inattendu. L’intrigue est très soigneusement ficelée et d’un grand réalisme. De plus, l’analyse des indices, les détails de l’enquête et les recherches menées sont passionnants et nous tiennent en haleine jusqu’au dénouement final. Un thriller que je recommande.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 12 décembre 2011

Ving-quatrième lecture de mon défi 26 livres – 26 auteurs édition 2011

La littérature dans ce roman :

  • « – C’est comme ça que tu me remercies, Boucle d’Or ? Ou devrais-je dire Chaperon Rouge, vu les circonstances ? » Page 55
  • « – Précieuse est aux yeux du Seigneur la mort de ses saints, nous dit-il dans le livre des Psaumes. » Page 61
  • « Sur les dessus s’ébattait un trio de statuettes en porcelaine : Annie la petite orpheline avec son chien Sandy, Shirley Temple déguisée en Heidi et un colley qui devait être Lassie, chien fidèle. » Page 62
  • « – La pauvreté guette l’ivrogne et le glouton, ai-je fini par rétorquer en martelant les mots avec la bouteille de ketchup.
    – C’est de qui ?
    – C’est dans le livre des Proverbes.
    – Je déclarerai crime le fait de boire, ne serait-ce qu’une gorgée de bière.
    Le temps, s’était refroidi et Ryan portait un anorak bleu roi, parfaitement coordonné à la couleur de ses yeux. J’ai demandé :
    – C’est Ruby qui t’a dit ça ?
    – Shakespeare. Henry VI.
    – Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
    – Qu’en matière d’autocratie, Ruby n’a rien à envier à ce monarque. » Page 79
  • « Ryan a dû percevoir mon trouble, car il a demandé :
    – Un problème, Boucle d’Or ? » Page 82
  • « – Tu as découvert quelque chose d’intéressant ?
    – Une maison.
    – Habitée ?
    – Par Hansel, Gretel et la méchante sorcière. » Page 105
  • « – Ils se sont emparés de la clef de l’Hadès. Comme il est dit dans le livre de Révélations. » Page 107
  • « Jours de bonheur, jours de contes de fées, à une époque où le rêve américain semblait réel et à portée de la main. » Page 116
  • « Tout à son enthousiasme, Boyd tirait sur la laisse avec la détermination de Croc-Blanc traversant l’Arctique. » Page 145
  • « – Le shérif a recensé trois personnes âgées disparues. De ton côté, du nouveau sur le motel Bates ? » Page 146
  • « – Dites, vous pourriez regarder dans mon livre, j’ai besoin d’un renseignement.
    – La première édition ou la réédition ?
    En 1986, j’avais supervisé la rédaction d’un manuel de médecine légale devenu un classique grâce aux excellents auteurs que j’avais su réunir et à quelques chapitres de ma plume. Huit ans après, j’en avais publié une édition révisée.
    – Celle de 86.
    – Tout de suite.
    Un instant plus tard, elle était de retour.
    – Qu’est-ce qu’il vous faut ?
    Le chapitre traitant de la différenciation des populations sur la base du calcanéum. » Pages 159 et 160
  • « – Je suis allée à la réserve d’Indiens.
    – Tu as rencontré Tonto ?
    – Ça alors, comment ai-je pu deviner que tu me poserais la question ?! » Page 166
  • « Un pied sur le genou, Ryan a entrepris d’enfiler un mocassin sous l’œil stupéfait d’une donzelle au bar, qui en a cessé d’éplucher l’étiquette de sa Coors.
    – Cousu main par Sitting Bull en personne ?
    – Sitting Bull était sioux. Disons plutôt par un illustre inconnu, quelque part en Chine. » Page 166
  • « Elle avait fait ami-ami avec le chien et, justement, l’Évangile du jour glorifiait les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et les animaux que rampaient sur la terre. Le chow-chow, un reptile ? Cela ne valait pas la peine d’entamer un débat. » Page 171
  • « À mesure que nous nous éloignions de la route, les arbres se refermaient sur nous au point de ne plus former qu’un tout unique, où je ne distinguais plus rien. Lucy Crowe déchiffrait comme à livre ouvert les repères que lui avaient indiqués les Wahnetah : le chemin et le petit sentier partant de là. » Page 180
  • « La salle des actes de propriétés jouxtait le bureau des impôts, passé l’angle du couloir. Inévitable comptoir et succession de portes tournantes pour accéder aux archives. Le long des murs s’étiraient des rayonnages et des casiers bourrés de registres annuels, dont certains remontaient à plusieurs centaines d’années. Les plus récents, rouges et carrés, portaient au dos des chiffres dorés tout simples comparés aux arabesques qui ornaient les volumes anciens, reliés en cuir, comme les livres d’autrefois. » Page 209
  • « – Les adeptes de ce mouvement appliquent au pied de la lettre certains passages de la Bible sur la manipulation des serpents.
    – Quels passages ? s’est écrié Ryan d’une voix débordant de mépris.
    – « En mon nom, ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils saisiront des serpents. Et s’ils absorbent un poison mortel, ils n’en souffriront pas. » L’Évangile de saint Marc, chapitre XVI, versets 17 et 18, a répondu McMahon.
    Stupeur de Ryan et de moi.
    – « Voici que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds serpents, scorpions et toute la puissance de l’ennemi, enchaînait McMahon, et rien ne pourra vous nuire. » Luc, chapitre X, verset 19. » Page 235
  • « – Quoi de neuf, Boucle d’Or ?
    – C’était qui ?
    – Le Schtroumpf clouté ? Il a aspiré précautionneusement une petite gorgée. – Eli, le neveu de Ruby. » Page 245
  • « Le pompiste, un jeune d’environ seize ans, avec des cheveux noirs et gras tirés derrière les oreilles et des pellicules éparpillées le long de sa raie, comme des flocons de neige sur des berges boueuses, a posé sa BD pour me dévisager. » Page 264
  • « Cube en brique rouge d’un seul étage, la bibliothèque Black Marianna se trouvait à l’angle des rues Everett et Academy. Le hall était flanqué de deux squelettes en carton, portant chacun un livre à la main. » Page 300
  • « – Notre collection remonte à 1895. C’était le Byrson City Times à l’époque. Un hebdomadaire. Les numéros les plus anciens sont sur microfilm, naturellement. On ne consulte pas les originaux.
    – Ça m’ira très bien.
    Elle s’est mise à empiler des livres ouverts. Tirée à quatre épingles, Mme la bibliothécaire, et les ongles impeccables. » Page 301
  • « – Le district attorney dit qu’il ne veut pas obliger le juge à se perdre en conjectures tant qu’il n’a rien de vraiment solide à lui soumettre.
    – Qu’est-ce qu’ils veulent, à la fin ? Scarlett O’Hara dans la bibliothèque, un bougeoir à la main ? » Page 318
  • « Le juge Henry Arlen Preston tendait un livre à un vieil homme qui partait sans vouloir le prendre. L’autre insistait, se mettait à le suivre. Le vieux se retournait et le juge laissait tomber le livre. Boyd s’en emparait et s’enfuyait sur un chemin qui filait tout droit. Quand j’arrivais enfin à le rattraper et à le lui arracher de la gueule, le livre s’était métamorphosé en pierre tombale où était gravé : Tucker Adams, 1943. L’année où ces deux vieux étaient morts, l’un notable, l’autre obscur citoyen. » Pages 322 et 323
  • « Mes recherche sur Kendall Rollins, le poète mentionné par Mme Veckhoff, a débouché sur deux ou trois références à son œuvre trouvées sur Internet. » Page 351
  • « Nouvelle soirée à grignoter en tête à tête avec moi-même un blanc de poulet cuit par mes soins, en regardant une série à la télé. Après, un peu de lecture. Deux-trois chapitres d’un roman de James Lee Burke. » Page 359
  • « À vrai dire, ma garde-robe aurait fait la fierté de la fée Carabosse, mais j’étais tellement énervée que rester à la maison aurait été bien pire que sortir fagotée comme l’as de pique. » Page 367
  • « J’ai secoué le paquet.
    – Un poseur de bombe n’agirait pas ainsi, j’imagine.
    J’ai déchiré un coin de l’enveloppe et glissé un œil à l’intérieur.
    Un livre.
    J’ai défait le paquet.
    Un journal intime avec une feuille de papier à lettre couleur pêche, scotchée sur la couverture en cuire. » Page 372
  • « À mon arrivée, George aidait McMahon à entasser livres et papiers dans des cartons, tandis que Bobby saupoudrait de la poussière banche le manteau de la cheminée. » Page 395
  • « – Tout ça est passionnant, Tempe, mais moi, j’ai huit macchabées sur les bras et une horde de journalistes qui n’attendent qu’un signe pour me sauter à la gorge. Ces zigotos sont morts depuis des siècles, je ne vois pas en quoi ils nous intéressent, à moins d’avoir un penchant marqué pour l’art et la littérature morbides. » page 430
  • « – Prentice Elmore Dashwood, l’un des nombreux descendants du sieur Frank, a quitté l’Angleterre en 1921 pour se lancer dans la fripe à Albany, État de New York. Confection masculine. Il s’est retiré dans affaires avec des paquets d’argent.
    – C’est tout ?
    – Pendant sa vie ici, il a écrit et publié à compte d’auteur des douzaines d’essais. Dont un sur la vie de son arrière-arrière-arrière quelque chose, Sir Francis Dashwood II.
    – Et les autres ? ai-je demandé, sachant que si je ne le faisais pas, j’en avais pour des heures à tourner autour du pot.
    – Sur tout et n’importe quoi. Les chansons aborigènes australiennes, les traditions orales des Cherokees, le camping, la pêche à la mouche, la mythologie grecque, un précis ethnographique sur les Indiens caraïbes. Un authentique gentilhomme de la Renaissance, ce Prentice. Rien que sur le sentier des Appalaches, il a écrit trois bouquins. Il semble d’ailleurs qu’il se soit révélé un véritable moteur, dans les années 20, quand il s’est agi d’en commencer l’aménagement.
    Le sentier des Appalaches, intéressant… Mecque des randonneurs, ce sentier prend son départ au mont Katahdin dans le Maine et longe la ligne de crête appalachienne jusqu’à la montagne Springer, en Géorgie. Une grande partie traverse les Great Smoky Mountains. En particulier, le comté de Swain.
    – Tu es toujours là ?
    – Oui. Est-ce que ce Dashwood a passé du temps chez nous, en Caroline du Nord ?
    – J’imagine, il a pondu cinq brochures sur les Great Smoky Mountains. – Bruissement de pages qu’on tourne. – Arbres. Fleurs. Faune. Folklore. Géologie.
    Le récit qu’Ann m’avait fait de sa visite des grottes en Angleterre m’est revenu en mémoire. Se pouvait-il que ce Prentice Dashwood dont elle me parlait à présent, ce Prentice apparenté aux Dashwood britanniques, soit l’homme que m’avait mentionné Edward Arthur ? « Le diable en personne », comme il avait dit ? La coïncidence était plus que troublante.
    – Qu’est-ce que tu as appris d’autre sur lui ?
    – Rien, si ce n’est qu’au XVIIIe siècle, le tonton Francis traînait en drôle de compagnie, si tu veux mon avis. Des types qui se donnaient le titre de moines de Medmenham. Je te lis la liste ? Lord Sandwich qui, à un moment, a commandé la marine royale, John Wilkes…
    – L’homme politique ?
    – Lui-même. Le peintre William Hogarth, les poètes Paul Whitehead, Charles Churchill et Robert Lloyd.
    – Impressionnant.
    – N’est-ce pas ? Tous membres du Parlement ou de la Chambre des lords, poètes ou quelque chose encore. Même notre Benjamin Franklin à nous semble avoir fricoté avec eux, bien qu’il n’ait jamais fait partie du groupe, officiellement parlant. » Pages 439 et 440
  • « – Il est gros, ton bouquin ?
    – Dans les trente-quatre pages. » Page 441
  • « Si grande que soit mon impatience d’en savoir davantage sur ce lord Francis du XVIIIe siècle, je me savais trop fatiguée, affamée et énervée pour lire sa biographie avec un minimum d’objectivité. » Page 442
  • « Les étagères étaient remplis de livres; une table et un bureau croulaient sous les paperasses. » Page 483
  • « – Prentice était un lecture insatiable, il avait des connaissances étendues dans les domaines les plus divers. Pas une chose sur terre qui ne l’intéresse. Archéologie, ethnologie, physique, biologie, histoire, Darwin, Lyell, Newton, Mendeleïev, la philosophie, Hobbes, AEnésidème, Baumgarten, Wittgenstein, Lao-Tseu. Il les avait tous lus. » Page 484
  • « – Oui. En vieillissant, ses lectures sur la cosmologie et le cannibalisme dans toutes sortes de cultures l’ont de plus en plus marqué et il a fini par perdre les pédales. » Page 484
  • « _ Ce n’est pas à une archéologue de votre envergure que je vais apprendre combien l’anthropophagie est répandue dans la culture occidentale ! a rétorqué Midkiff. Elle est au cœur de nombreux mythes grecs et romains. L’Ancien Testament tout comme le Rigveda parlent de sacrifice humain. Chez les catholiques, c’est le moment le plus important de la messe. Prenez des livres comme Modeste Proposition de Johnathan Swift ou L’histoire de Sweeney Todd de Tom Prest; des films comme Le soleil vert, Beignets de tomates vertes, Le cuisinier, le voleur, son épouse et son amant, ou même Week-end de Jean-Luc Godard. Jusqu’aux contes pour enfants : Hansel et Gretel, L’homme en pain d’épice, certaines versions de Blanche-Neige ou de Cendrillon. « Grand-mère, que vous avez de grandes dents ! » dit le Petit Chaperon rouge. » Page 486
  • « – Fay ce que voudras, ai-je laissé tomber, me rappelant la citation de Rabelais gravée au-dessus de la porte du tunnel.
    Citation qui ornait également la voûte et les cheminées de l’abbaye de Medmenham, avais-je appris pendant ma convalescence.
    – Fais ce que tu aimes, m’a corrigée Midkiff avec un rire forcé. C’est drôle. Les Feux de l’Enfer y ont eu recours pour autoriser leur conduite licencieuse, alors que Rabelais, lui avait en tête saint Augustin : « Aime Dieu et fais ce que veux. Car, si un homme aime Dieu dans un esprit de sagesse, il ne peut faire que le bien, puisqu’il s’efforce de toujours accomplir la volonté divine… » » Page 487
  • « – Quand j’aurai publié mon livre, les gens comprendront la valeur inestimable de mon travail, a-t-il répondu. » Page 489
4,5 étoiles, S

Sous les traits du mensonge

Sous le trait du mensonge d’Iris Johansen

Editions Belfond ~ Publié en 2000 ~ 299 pages

Roman d’Iris Johansen paru initialement en 1998 sous le titre « The Face of Deception ».

Il y a quelques années, Eve a subi une effroyable épreuve. Un tueur en série a enlevé et tué sa fille Bonnie. La Justice a exécuté le tueur sans qu’il révèle où il avait enterré le corps de la fillette. Pour survivre, Eve se consacre entièrement à son travail. À partir d’un crâne d’enfant, non identifié, elle reconstitue le visage afin d’aider à l’identification. Elle préfère se consacrer aux enfants plutôt qu’aux adultes, une façon pour elle de nourrir son espoir qu’un jour la dépouille de Bonnie sera retrouvée. Un jour, elle reçoit la visite de John Logan, patron d’un puissant groupe informatique. Il a besoin de ses talents de sculpteur légiste. Il lui demande de reconstituer le visage d’un crâne qu’il a acheté d’un croque-mort mafieux. Mais qui est cet individu dont la tentative d’identification a des répercutions jusqu’à la Maison-Blanche ? À cause de ce mystérieux crâne, elle sera entraînée dans une course contre la montre pour sauver sa vie.

Ce polar se lit très facilement et est une lecture simple et divertissante. Les personnages sont bien présentés avec assez de finesse et de détails pour qu’ils soient crédibles. Bien que l’héroïne soit une femme blessée, elle ne se laisse pas abattre. De plus, elle est très combative ce qui la rend très attachante. L’intrigue est bien menée et il n’y a pas d’erreur de vraisemblance frappante. Le suspens nous tient en haleine jusqu’à la fin avec quelques bons rebondissements. De plus, les références historiques sont originales et bien utilisées. Un seul bémol, ce roman a été écrit en 1998 et les techniques et la technologie utilisées sont franchement désuètes. Un thriller prenant avec de l’action à chaque page. Un livre que je recommande.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 16 novembre 2011

Ving-et-unième lecture de mon défi 26 livres – 26 auteurs édition 2011

La littérature dans ce roman :

  • « Du sang ! Il y avait du sang partout ! Sur les murs. Sur les étagères. Sur son bureau. La bibliothèque avait été renversée, les livres déchirés, le canapé retourné, les encadrements des photos brisés. » Page 40
  • « Il ne restait pas grand-chose à sauver, en vérité. Les livres avaient été déchirés, le sablier que lui avait offert sa mère était brisé, la colonne du piédestal cassée en deux et …
    Li piédestal. Mandy. » Page 47
  • « Eve regardait d’un œil désabusé ce déploiement de facilités qu’offrait l’argent, et elle s’attendait que le chauffeur surgisse avec l’empressement obséquieux d’un personnage de Wodehouse. » Page 58
  • « – Barrett House ? On se croirait dans un roman de Dickens. » Page 58
  • « Quelques minutes plus tard, elle entrait dans la bibliothèque. Refermant la porte sans bruit, elle fit de la lumière et s’approcha du bureau de Logan. Il n’y avait que des papiers et des carnets d’adresse dans le tiroir de droite. Celui de gauche contenait des livres. Elle les sortit et les posa devant elle.
    Se trouvaient là le rapport de la commission Warren, l’ouvrage de Crenshaw sur l’autopsie de Kennedy et un bouquin aux pages écornées intitulé La Conspiration Kennedy : questions et réponses. » Page 82
  • « – Je ne manquerais ça pour rien au monde. Ça fait une éternité que je n’ai pas joué les fossoyeurs, et ce n’est pas n’importe quel crâne. Il eut un clin d’œil. « Hélas ! pauvre Yorick, je le connaissais, Horatio. »
    Elle sourit. « Voilà une citation appropriée, parce qu’il y a plus de chances que ce crâne appartienne au Yorick de Shakespeare qu’à Kennedy. » » Page 95
  • « Tout cela lui paraissait tellement idiot. Il n’y avait probablement rien d’enterré, et ils se comportaient comme des personnages sortis d’un roman de Stephen King. » Page 97
  • « – Et je devrais vous croire? Vous n’avez fait que ça : mentir. Vous n’avez pas envisagé une seule fois que ce puisse être Kennedy. Don Dieu ! nous avez même simulé votre prétendu intérêt pour lui, glissé ces bouquins dans votre bureau pour m’appâter. » Page 126
  • « – Vous avez vu les cassettes. Il pétille et adore son rôle, répondit Logan. Imaginez que vous ayez passé votre vie à faire tapisserie et que, soudain, on vous offre l’opportunité d’être l’homme le plus puissant du monde. Tous s’inclinent devant vous, tous vous écoutent. C’est Cendrillon en pantalon, et Lisa Chadbourne lui a remis la pantoufle de vair.
    – Une Cendrillon fantoche, commenta Eve. » Page 139
  • « Essaie d’en profiter. Tu as de la lecture ?
    – Margaret a apporté quelques romans policiers, mais tu sais que je lis peu. Enfin, il y a un grand téléviseur. » Page 183
  • « – Oh ! Gary n’est pas un intellectuel ! Je crois plutôt qu’il se prend pour Eliot Ness ou Lancelot. » Page 192
  • « Elle le regarda se diriger vers la maison. Il allait d’un pas alerte, vigoureux et plein de jeunesse. Elle pensa à Ivanhoé s’apprêtant à affronter le Chevalier Noir. » Page 211
  • « Seigneur ! Un nouvel Ivanhoé ! Elle n’aurait jamais pensé cela de Logan avant d’apprendre le drame qu’il avait vécu auprès de sa femme. » Page 213
  • « Vous avez lu Les Misérables ? s’informa-t-il.
    – Oui, et j’imagine très bien Joe volant du pain pour le donner à un enfant affamé. » Page 240
  • « – Ah ! voilà qui est mieux ! Kessler glissa l’enveloppe dans la poche intérieure de sa veste. « Je m’en contenterai, jusqu’à ce que je touche une avance sur mon futur best-seller. » Page 246
  • « – Le problème, c’est que je ne me souviens pas d’avoir jamais fait ce genre de rêve. J’ai toujours pensé que ce n’étaient que des contes de fées sans saveur pour enfants des beaux quartiers. » Page 296
4,5 étoiles, H

L’homme au complet marron

L’homme au complet marron d’Agatha Christie

 Quatrième roman d’Agatha Christie publié initialement en 1924 sous le titre « The Man in the Brown Suit ».

 

Anne est jeune et rêve du grand amour et d’aventures. Quand elle se retrouve orpheline, elle part pour Londres avec moins de 100 livres en poche. Dans le métro, elle est témoin de la mort d’un homme qui est tombé sur la voie ferrée. La victime ayant, selon ses observations, été effrayée par la présence d’un homme mystérieux. Parallèlement, une inconnue est trouvée assassinée dans une maison à louer. Selon Anne, ces deux évènements sont liés. Par une suite de hasards, elle finit par trouver la trace de cet inconnu sur la scène de l’accident. Elle se lance à sa poursuite et se retrouve sur un bateau en direction de l’Afrique du Sud. Elle est, pour son plus grand plaisir, mêlée à une vieille affaire de diamants parsemée de cadavres et de complot.

À mon avis ce roman frôle la perfection. Comme un bon roman d’espionnage, les péripéties se succèdent et s’enchaînent pour notre plus grand plaisir. L’intrigue est bien échafaudée, l’écrit est hilarant. L’histoire d’amour entre Harry et Anne est divertissante même si elle est ficelée de façon grossière. Ce roman est écrit dans un style pétillant et plein d’humour. Anne, l’héroïne est craquante, drôle et fascinante dans le rôle de la mystérieuse femme fatale.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 28 octobre 2010

4,5 étoiles, C

Les Visages de la vengeance

Les Carnets de Francis, tome 2 : Les Visages de la vengeance de François Lévesque

Troisième roman de François Lévesque paru initialement en 2010 et deuxième volet du cycle «Les carnets de Francis».

Sept ans après les sordides événements qui ont marqués son enfance, Francis est de retour dans son village. Ces dernières années, il les a passées dans un institut psychiatrique complètement isolé de la société. Son pédopsychiatre, le considérant prêt à réintégrer la société, lui donne enfin son congé. Mais comment oublier le pire? Il faut dire que sa réinsertion dérange et il en subit les contre-coups. Mais, Francis a une arme secrète, il a appris l’art de la manipulation lors de son internement. Heureusement, Geneviève le considère toujours comme son meilleur ami malgré ce qu’il lui est arrivé. Cependant, comment éviter d’être montré du doigt alors qu’une série de meurtres est commise dès son retour?

Si le premier tome était davantage axé sur la psychologie des personnages, le deuxième opte pour une intrigue dans la tradition du roman «qui a tué?». On se promène aussi entre le roman noir et le roman d’horreur, tout ça avec réalisme. Les personnages sont crédibles et le décor est tout ce qu’il y a de plus québécois. Le suspense est efficace, l’intrigue touffue et sans oublier les références savoureuses aux films d’horreur des années 80. Mon seul bémole, la folie n’explique pas tout, c’est un peu trop facile.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 25 septembre 2010

4,5 étoiles, C

Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates

Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer

Premier et seul roman de Mary Ann Shaffer paru initialement en 2008 sous le titre « The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society »

Janvier 1946, Londres. Juliet cherche un sujet pour son nouveau roman. Elle reçoit alors une lettre de Dawsey, un habitant de l’île de Guernsey. Il n’a pu s’empêcher de lui écrire car elle est l’ex-propriétaire de son livre préféré. Il lui demande si elle peut lui procurer d’autres ouvrages du même auteur. Il lui raconte aussi la vie sous l’occupation et la création du cercle d’amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates. Intéressée, Juliet veut en savoir plus. S’ensuit alors une correspondance entre elle et les membres du club. Trouvera-t-elle dans cette histoire le sujet de son nouveau roman ?

Roman épistolaire très frais, humoristique et léger. Très beau livre sur le pouvoir de la lecture et de l’écriture. Il dépeint bien les diverses facettes de la vie quotidienne sur l’île pendant l’occupation et les séquelles de la guerre. Par contre, au début du livre il faut s’accrocher un peu compte tenu de la diversité des personnages. Après une trentaine de pages on a l’impression d’être bel et bien dans un roman. Le style épistolaire n’est absolument pas lourd. Les personnages sont attachants, on s’intéresse vraiment à ce petit monde à part de Guernsey.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 25 juin 2010