4,5 étoiles, M

La maison de fer

La maison de fer de John Hart.

Éditions France Loisirs, publié en 2012; 625 pages

Quatrième roman de John Hart paru initialement en 2011 sous le titre « Iron house ».

La maison de fer

Michael et son frère Julian ont été élevés dans un orphelinat de la Caroline du Nord. Entourés de violence, Michael s’est efforcé de protéger Julian des persécutions des autres orphelins. Seul Julian sera adopté car Michael fuira l’orphelinat suite à la mort violente d’un pensionnaire. À New York, Michael, ayant été pris en charge par un chef de famille mafieuse, est devenu un tueur efficace. Mais cette réussite ne fait pas le bonheur du fils unique du chef, ni de l’organisation. À la mort du patriarche, l’héritier en titre ainsi que le reste du groupe veulent éliminer Michael. Il sait que sa vie ne tient qu’à un fil. Il fuit et entraîne sa conjointe enceinte avec lui. Son rêve est de pouvoir quitter la mafia pour vivre une vie normale avec Elena. Malgré leur fuite, Julian peut servir de moyen de pression pour l’amener Michael à affronter ses poursuivants. Michael et Julian vont alors se retrouver pour faire face à leur passé.

Un roman noir, puissant et intense. C’est aussi un thriller, avec des poursuites, des morts et des secrets de familles. Il est captivant et bouleversant à bien des égards. Les thèmes de la vie dans un orphelinat, de la violence entre enfants, de l’adoption et de la schizophrénie y sont abordés et bien exploités. Le scénario est complexe mais tout de même crédible. Bien que la mise en place de celui-ci soit un peu lente, vers la fin la lecture est rapide jusqu’au dénouement. Les personnages sont réalistes et attachants, les dialogues sont convaincants. On s’attache particulièrement à Michael qui est le personnage le plus fouillé. On adhère à sa quête de liberté pour lui et Elena. Par contre, il est peut-être un peu trop parfait, ce qui lui enlève un touche de réalisme. Julian est sans contredit le personnage le plus intéressant avec ses démons intérieurs et sa carrière. Malheureusement, il est moins exploité ce qui est frustrant par moment. Un très bon roman à l’intrigue parfaitement construite et une issue surprenante pour les deux frères.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 4 janvier 2014

La littérature dans ce roman :

  • « Un vieux poème lui vint à l’esprit.
    Deux routes divergeaient dans un bois jaune…
    Michael se tenait à un croisement, et tout était question de choix. »  Page 15
  • « La pièce était spacieuse, avec de hautes fenêtres par où la lumière de midi entrait, éclairant le mur tapissé de livres, les beaux meubles, les œuvres d’art originales auxquels il ne jeta pas un regard. »  Page 25
  • « Michael reposa la photo à portée de main du Vieux, puis il se leva pour se diriger côté nord, ver le mur tapissé de livres. Les rayons faisaient toute la largeur de la chambre et contenaient une collection que le Vieux avait mis plus de trente ans à réunir. Tous deux avaient en commun un amour pour les classiques de la littérature américaine, et de nombreux ouvrages étaient des premières éditions d’Hemingway, Faulkner, Fitzgerald. Michael prit Le vieil homme et la mer, puis alla se rasseoir. »  Pages 39 et 40
  • « Michael se dirigea vers la bibliothèque, les yeux fixés sur le rectangle noir qui contenait quelques minutes plus tôt l’exemplaire de la nouvelle d’Hemingway. Au fond, dans le creux derrière les autres livres, il trouva les deux 9 mm qu’il y avait cachés il y a trois mois avec quinze balles dans le chargeur et une engagée dans la chambre. »  Page 45
  • « Michael étendit les bras du Vieux le long de son corps et lissa la couverture sur sa poitrine. Il l’embrassa sur les deux joues ; elles étaient encore tièdes. Quand il se redressa, les larmes lui brûlaient les yeux. Il prit le livre d’Hemingway sur la table de chevet, puis resta un long moment debout, les yeux baissés.
    – Vous avez été bon pour moi, dit-il et, en partant, il emporta le livre. »  Pages 48 et 49
  • « Qu’importe les coups qu’il recevait ou le sang qu’il perdait, Michael se battait en grondant comme une bête en cage. Avec la même sauvagerie que Tarzan. »  Page 75
  • « – C’est un endroit comme un autre, dit-il. Je n’y viens presque jamais.
    Elle toucha un tableau sur le mur, un livre sur l’étagère. »  Page 98
  • « Il avait surmonté les traumatismes de son enfance, la perte de son frère, les cicatrices des longues années passées à Iron Mountain. Il était devenu un artiste et un poète, un auteur de livres pour enfants qui ne devait sa réussite qu’à son talent. »  Page 149
  • « Il était toujours d’une timidité maladive, tellement sur la défensive qu’il faisait une drôle d’impression aux gens qu’il connaissait à peine. Pour encore compliquer les choses, les livres pour enfants qu’il écrivait étaient on ne peut plus sombres. Ils abordaient des thèmes difficiles : la mort, la trahison, la peur, la douleur de la fin de l’enfance. Les critiques remarquaient souvent l’impiété notoire qui caractérisait ses récits, raison pour laquelle certaines communautés conservatrices avaient banni et même brulé ses livres. La puissance de ses talents artistiques était cependant indéniable, au point que peu de gens pouvaient lire son œuvre sans en être profondément ébranlés. Donc, si dans certains milieux il était diabolisé, dans d’autres il était célébré comme un artiste hors pair. Son explication était simple : le monde est cruel, et les enfants peuvent être plus forts qu’ils ne le croient. Pourtant ses livres, comme la vie, ne finissaient pas toujours bien. Des enfants mouraient. Des parents manquaient à leur devoir. Le leur cacher relèverait d’un autre genre de cruauté, se plaisait-il à dire. »  Page 154
  • « – Où va-t-il quand il sort ? Va-t-il voir des amis ? Part-il en vacances ?
    – Non. Pas vraiment. Enfin… il a des amis, bien sûr, mais pas très proches. Surtout d’anciens camarades de classe. Aucun ami intime. Il se rend à New York pour rencontrer ses éditeurs. Occasionnellement, il donne une conférence, fait quelques apparitions publiques lors de colloques littéraires, ce genre de choses. La plupart du temps, il reste ici. Il se promène dans les bois. Écrit ses livres. C’est un jeune homme très renfermé. »  Page 159
  • « Sur le seuil, elle s’arrêta, hésitante. La pièce était tapissée du sol au plafond de livres accumulés depuis vingt ans, avec ça et là sur les rayons de bibliothèque des photographie encadrées. Sur cinq ou six chevalets posés contre le mur le plus éloigné, de grands blocs de dessins étaient ouverts sur les esquisses en cours : un paysage de forêt, un lac à la lueur de la lune, les personnages d’un nouveau livre que Julian avait en projet. Des fusils de chasse et des carabines sur lesquels une fine pellicule de poussière s’était déposée étaient rangés dans des casiers tapissés de velours, cadeaux de son père et d’admirateurs de son père, restés inemployés. Julian n’avait jamais rien tué de sa vie. C’étaient un homme doux, mais un homme néanmoins, et la pièce reflétait cette dualité : sombres tapis et œuvres d’art précieuses, livres pour enfants et armes silencieuses. »  Page 163
  • « Abigail pénétra dans la pièce, passa un doigt sur le dos des livres, souleva une photographie, la reposa. »  Page 164
  • « Elle le regarda partir ; puis se mit à ranger. Elle fit le lit, empila les livres, rassembla les tasses de café. »  Page 166
  • « Il ferma la porte et elle arpenta la pièce, effleura du doigt un ou deux livres, s’assit sur le lit pour se relever aussitôt. »  Pages 206 et 207
  • « Falls sortit une photo de la chemise et la lui tendit. C’était celle d’un livre.
    – Hemingway ? En quoi cela devrait-il m’inquiéter ?
    – Je vous montre juste ce que nous avons trouvé. L’arme. Les vêtements. Le liquide. J’ai gardé les deux meilleures pour la fin, poursuivit-il en sortant une autre photo. »  Page 209
  • « Otto Kaitlin était un gangster de la vieille école, jugé cinq ou six fois et jamais condamné. Il était photogénique, s’exprimait avec distinction, c’était un tueur gentleman à l’aisance décontractée, avec un sourire à la Hollywood. On avait écrit des livres en s’inspirant de son ascension. »  Pages 211 et 212
  • « – Moi aussi, je vais te raconter une histoire, reprit-il. Une histoire drôle. Michael t’a-t-il parlé du jour où le Vieux l’a trouvé ? Comment il se faisait massacrer sous un pont dans Spanish Harlem avant que le Vieux ne le sauve in extremis ? Il te l’a racontée, celle-là ?
    En la voyant hocher la tête malgré elle, Jimmy rigola.
    – Évidemment. C’est sa préférée, elle fait partie de sa mythologie personnelle. Elle semble sortie tout droit de ces romans qu’il affectionne. Dickens. Oliver Twist… Mais le nœud de l’histoire, il l’ignore lui-même, et c’est justement ce qui en fait toute la beauté, ajouta Jimmy avec un geste manière et un sourire condescendant dont Elena sut qu’elle ne l’oublierait jamais. »  Page 256
  • « – Ils étaient sur le lac, dit Abigail. Ils y venaient beaucoup pour canoter, pêcher, nager. Parfois Julian emportait un livre et lui en lisait des passages pendant qu’elle ramait. Il avait dû voir une scène semblable dans un film, et en avait déduit que ça se faisait. Il ne lui lisait pas de poésie ni rien de romantique, mais des nouvelles de science-fiction, des récits d’aventure, ou bien il lui montrait des bandes dessinées… »  Page 279
  • « – Vous avez lu les livres de Julian ?
    – Évidemment.
    – Il s’y passe de drôle de choses.
    – Des choses horribles, renchérit-elle en se touchant la gorge. Même les illustrations sont terrifiantes.
    – Mais ses récits ne se bornent pas à cela, n’est-ce pas ? Oui, ses personnages luttent, ils souffrent, ils sont aux prises avec le mal et la violence. Mais ce sont aussi des éclopés de la vie qui trouvent une façon de dépasser ce qui les a abîmés. Ses livres parlent de choses sombres, mais également de lumière, d’espoir, de sacrifice, d’amour, de confiance, d’un combat pour mieux vivre et devenir meilleur. L’histoire peut être terrible et tourmentée, pourtant ses personnages trouvent des issues, des portes qui leur permettent de traverser ces épreuves et de les dépasser. Ils se débrouillent tant bien que mal pour continuer à avancer…
    Michael chercha ses mots un moment.
    – On peut voir dans ses livres la vie que Julian a choisie, conclut-il.
    – Impuissance et maltraitance ?
    – Non.
    – Fragilité ?
    Sa fragilité à elle suintait par tous les pores de sa peau, et Michael comprit. Julian souffrirait toujours, et ce serait toujours un spectacle pénible à regarder. Mais ce n’est pas ce que lui voyait dans l’œuvre de son frère.
    – Non, ses livres ne finissent pas bien. Ses personnages vivent un enfer et sont bien près d’être anéantis, mais il y a du bon en eux. Une sorte de force les habite quand des choix s’offrent à eux, malgré la peur de la haine qui les entourent, malgré le doute et leur manque de confiance en eux-mêmes. Les personnages qu’il crée sont des êtres blesses, tourmentés, mais c’est cela qui est magique dans son œuvre. C’est justement ce qui en fait l’intérêt.
    – Magique ?
    – Oui. Si les récits de Julian sont si sombres, c’est parce que la lumière qu’il espère transmettre est tellement faible qu’elle n’apparaît que quand tout est noir alentour. Vous l’avez lu : personnages noirs, sombres intrigues, douleur, combat, trahison. Mais la lumière est toujours là. Elle est dans les gens qu’il choisit comme héros de ses histoires, et dans leurs dénouements. Ses livres sont subtils, c’est pourquoi tant d’enseignants et de parents leur jettent l’anathème. Ils voient dans leur impiété l’absence de Dieu, mais la vérité n’est pas là. Chez lui, Dieu est dans les petites choses, dans une dernière lueur d’espoir, un geste de tendresse quand le monde est en cendres. Julian fait surgir la beauté de mondes en ruine en grattant la poussière et la saleté qui la recouvrent, et il le fait d’une façon que les enfants comprennent. Il les emmène au-delà des apparences, leur montre comment, sous la laideur et l’horreur, il existe un chemin difficile, qui permet de survivre si l’on choisit de le prendre. J’ai toujours puisé du réconfort dans les livres de Julian, j’ai toujours cru que lui aussi prenait cette même voie. »  Pages 312 à 314
  • « – Vous croyez que Julian a tué Hennessey ?
    – Peu m’importe au fond, mais oui. Je pense que c’est possible. Surtout, je suis contente que vous voyiez ses livres de cette façon. Je la partage. »  Page 315
  • « – Il fut construit juste après la guerre de Sécession, expliqua Abigail. De nombreux patients étaient d’anciens soldats souffrant de névrose post-traumatique. Évidemment à l’époque, cette maladie n’avait pas de nom. Les gens voulaient traiter les soldats avec bienveillance, mais ils voulaient aussi oublier. La guerre avait durement éprouvé cette État, en engendrant beaucoup de souffrances. L’asile Iron Mountain fut conçu au départ pour accueillir cinq cents patients, mais il fut vite débordé et en abrita quatre fois plus. Puis six fois plus. Des soldats blessés souffrant de graves troubles mentaux, Mais aussi d’affreux criminels, qui avaient profité des ravages de la guerre. Il existe des livres sur cet endroit si vous voulez vous documenter. Des histoires. Des photos… Des choses abominables, conclut-elle en secouant la tête. »  Pages 348 et 349
  • « Il contourna lentement le bâtiment. À l’arrière, il trouva une vieille voiture et des fenêtres obscures. La lumière venait d’une pièce située près de l’entrée. Par les rideaux mal tirés, il eut encore quelques aperçus de l’intérieur. À côté d’un poêle à charbon, une bergère à la tapisserie déchirée, deux livres sur le dessus de cheminée et, sur le plancher, un tapis usé jusqu’à la trame. »  Pages 364 et 365
  • « – Qu’est-ce qui vous a fait croire que j’étais Julian Vane ?
    – J’ai ses livres. Tous. Regardez, continua-t-il en avançant d’un pas vers l’étagère où des livres étaient rangés. Il y a sa photo au dos…
    Quand Michael l’arrêta, il n’était plus qu’à soixante centimètres des livres.
    – Ça suffit.
    Flint avança encore d’un pas, tendit la main, et Michael arma le .45.
    – Rien ne me dit que vous n’avez pas caché une arme derrière ces bouquins. »  Page 367
  • «Par terre, à côté du fauteuil, il vit une bible usée reliée en cuire, remarqua que les ongles de Flint étaient rongés jusqu’au sang, et ses mains veinées couvertes de taches brunes, aussi calleuses que de la peau de crocodile. »  Page 367
  • « – Julian a-t-il de l’argent ?
    – Que voulez-vous dire ?
    – Peut-il disposer de beaucoup d’argent liquide ?
    – Oh, Michael, répondit-elle en riant presque. Avez-vous une idée du nombre de livres que vend votre frère ?
    – Beaucoup, je suppose.
    – Des millions et des millions. Pourquoi me demandez-vous ça ? »  Page 401
  • « – Es-tu obligé de te montrer si infantile ? C’est une artiste. Elle sculpte des os. Un art que sa grand-mère lui a appris. Elle est particulièrement douée, apparemment.
    – Parce que Julian veut la baiser ?
    – Parce que malgré tous ses défauts, Julian est un homme de goût, repartit Abigail d’un ton mordant. S’il décrète qu’elle a du talent, c’est qu’elle en a. Julian a envoyé certaines de ses œuvres à New York. Et il lui a décroché une expo dans l’une des meilleures galeries. Son éditeur veut en faire un livre.
    – Un livre sur des os ?
    – Sur un art en voie de disparition. Sur un enfant illettrée qui réalise ces œuvres exceptionnelles.
    – Artistes. Écrivains… Qu’ai-je fait au bon Dieu pour en arriver là ? se plaignit le sénateur en se levant. Si tu as besoin de moi, je serai avec mes avocats. Ce sont de vrais requins, mais eux au moins, je les comprends »  Pages 444 et 445
  • « Michael ouvrit le coffre et sortit le Hemingway de son sac de marin. Il passa la main sur la couverture, sourit.
    – C’était le livre préféré d’Otto, expliqua-t-il. Il l’a lu tant de fois qu’il pouvait en citer des passages entiers. Vers la fin, comme il était trop faible, je lui en lisais. Encore une chose que nous avions en commun, lui et moi. Un amour pour les classiques.
    Michael ouvrit le livre et lui montra la dédicace écrite en pattes de mouche, de la main d’un moribond.
    Pour Michael, qui me ressemble plus qu’aucun autre…
    Pour Michael, qui est mon fils…
    En souvenir d’un vieil homme…
    Fais-toi une bonne vie…
    – Il a écrit ça huit jours avant de mourir. Le jour où je lui ai dit que je voulais changer de vie.
    – Je ne comprends pas.
    Michael ouvrit le livre par le milieu et feuilleta les pages. Des numéros défilèrent. Des pages et des pages portant des chiffres écrits de la même écriture fine, maladroite.
    – Vingt-neuf comptes off-shore. Dans divers pays. Des banques différentes. Il n’avait jamais écrit les numéros, avant ça. Il les gardait tous en mémoire dans sa tête.
    – Un homme généreux.
    – Je l’aimais
    Michael referma le livre, le porta à son front, puis le posa dans la voiture. Abigail resta un long moment silencieuse. »  Pages 453 et 454
  • « Il regarda une fois encore l’espace à découvert, puis prit le livre qui était posé sur le tableau de bord et avança vers la porte de la grange. »  Page 466
  • « – Et le livre ?
    – C’est celui d’Otto, dit Michael en le brandissant. »  Page 469
  • « Michael observa Jimmy, devinant ce qui lui tournait dans la tête. Il avait envie de prendre le livre, de vérifier les chiffres, mais il avait les mains pleines, au sens littéral du terme. »  Page 469
  • « – C’était dans le coffre, dit-elle, puis elle étala les pistolets de Michael, le .38 de Jessup.
    Elle rapporta en suite le sac bourré de billets, qui contenait aussi le livre d’Hemingway. »  Page 477
  • « Il tira sur le cordon pour éteindre la lumière, puis quitta la salle de bains et entra dans le petit salon qui était depuis vingt ans son lieu de vie et qu’il connaissait dans les moindres détails : l’âtre, les murs tapissés de livres, le coin où il aimait appuyer les cannes qu’Abigail lui avait offertes au fil des ans, et où il s’était déchaussé après sa promenade. »  Page 511
  • « – Ton nom est connu dans quarante pays, remarqua Abigail. Tu as vendu des millions de livres. Je t’ai vu parler devant des milliers d’auditeurs… »  Page 598
  • « – Flint avait tout tes livres, ajouta Michael. Je pense qu’il les lisait à Billy.
    – Ce n’est pas pour ça que je les ai écrits.
    – Je sais bien.
    – Je les ai écrits pour instruire les enfants sur le mal, pas pour que de méchants garçons les lisent. »  Page 610
    « Michael nota quelque chose dans les marges d’un gros livre écorné. »  Page 619
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4,5 étoiles, C

Le Cercle des poètes disparus

Le Cercle des poètes disparus de Nancy H. Kleinbaum

Éditions Le Livre de Poche; publié en 1990; 128 pages

Roman de Nancy Horowitz Kleinbaum paru initialement en 1990 sous le titre « Dead Poets Society ». Ce roman est l’adaptation du film du même titre.

Le Cercle des poètes disparus

Au collège de Welton un nouveau professeur de lettres fait son entrée. Lui-même gradué de cette institution austère, il veut partager son enthousiasme et sa passion pour la vie et la poésie. Il bouleversa les règles établies en prônant le refus du conformisme, l’épanouissement des personnalités et le goût de la liberté. Il va être le premier à donner le droit à ses étudiants de penser par eux-mêmes. Rapidement, les élèves vont apprendre à le connaître et vont se rendre compte que Keating est bien plus qu’un simple professeur. Il les aidera à se découvrir eux-mêmes et à tracer leur propre voie. Les étudiants découvriront que Keating, lors de ses études, faisait partie du « Cercle des poètes disparus ». Les membres de cette organisation secrète avaient comme objectif de « sucer toute la moelle de la vie ». Un petit groupe va redonner vie au Cercle non sans déstabiliser le cours de leur existence.

Ce roman dépeint avec brio l’atmosphère oppressante et euphorique à la fois qui régnait dans le film. C’est en plus un très beau roman sur la poésie et la richesse d’esprit. Les personnages sont réalistes, criant de vérité et attachants. Chacun d’eux est intéressant. Ils ont tous leur propre histoire dans ce milieu strict du début des années 60. Le droit de libre pensée et l’anticonformisme enseignés par Keating sont dépeint avec doigté et finesse. L’impact sur les jeunes et sur leur famille est consternant ou révoltant selon les familles. On ressent très bien que la quête d’identité de ces adolescents est amplifiée par les enseignements de Keating. Seul petit bémol, les trop nombreuses explications de la poésie et la quantité d’extraits de poèmes qui alourdissent le texte. Par contre, cette histoire est très émouvante et est une vraie leçon de vie sur la prise en main de notre destinée.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 11 avril 2013

Lecture de mon Baby Challenge 2013Contemporain

Baby challenge contemporain

La littérature dans ce roman :

  • « — Monsieur Anderson, au vu de vos résultats, obtenus à Balincrest : football, étude de la Bible, annuaire du collège. Y a-t-il un vœu particulier que vous souhaiteriez exprimer ? » Page 11
  • « En pénétrant dans le grand vestibule du dortoir, ils furent happés par un tohu-bohu d’élèves qui allaient en tous sens, les bras chargés de valises et de sacs, de traversins et de couvertures, de livres et de disques. » Page 12
  • « Au premier rang, un professeur au large front dégarni et au nez chaussé de lunettes rondes distribuait d’imposants livres de classe. » Page 18
  • « — En plus des exercices que vous trouverez dans ce manuel, vous choisirez chacun trois expériences parmi la liste que voici et vous me remettrez un rapport toutes les cinq semaines. Les vingt premiers exercices correspondant au chapitre premier sont à remettre… demain.
    Le nez dans son livre de chimie, Charlie Dalton écarquilla les yeux. » Page 18
  • « Peut-être par indifférence, Todd fut le seul à ne pas manifester d’émotion particulière devant la taille imposante du manuel et les consignes qui l’accompagnaient. » Page 18
  • « Lorsque la cloche retentit, les élèves fermèrent prestement livres et cahiers et gagnèrent pour la plupart la classe de Mr. McAllister.
    Mr. McAllister, un quinquagénaire corpulent au visage de bouledogue qui parlait le latin avec une voix de rogomme, ne perdit pas de temps en préambule. Il distribua les manuels et déclencha les hostilités sans crier gare. » Pages 18 et 19
  • « Les manuels attendaient tranquillement les élèves sur le coin supérieur droit de leur pupitre. » Page 19
  • « Ployant sous la somme de travail qui s’amoncelait sur leurs frêles épaules, les garçons entrèrent dans la classe de littérature en traînant des pieds. Ils se délestèrent pesamment de leurs livres et s’écroulèrent à leurs pupitres. » Page 20
  • « — Ô Capitaine ! Mon Capitaine ! déclama-t-il d’une voix puissante. Qui sait d’où ce vers est tiré ? Allons, personne ?
    Son regard perçant allait de l’un à l’autre des garçons. Aucune main ne se leva.
    — Eh bien apprenez, troupeau ignare, que ce vers a été écrit par un certain Walt Whitman en l’honneur d’Abraham Lincoln. Dans cette classe, vous pourrez m’appeler monsieur Keating ou, si vous êtes un tantinet plus hardis, « Ô Capitaine, mon Capitaine ! » Page 21
  • « Prenez votre manuel, messieurs, et suivez-moi dans la salle d’honneur. » Page 21
  • « Les garçons se lancèrent l’un l’autre des regards déconcertés puis ramassèrent leurs livres et prirent le chemin de la salle d’honneur de Welton. » Page 21
  • « — Ouvrez votre livre à la page 542, Pitts, et lisez la première strophe du poème.
    Pitts tourna les pages de son livre.
    — « Aux Vierges, pour qu’elles profitent du temps présent » ? demanda-t-il.
    — Celui-là même, répondit Keating tandis que des gloussements se faisaient entendre.
    Pitts s’éclaircit la voix :
    « Cueillez dès maintenant les roses de la vie
    Car le temps jamais ne suspend son vol
    Et cette fleur qui s’épanouit aujourd’hui
    Demain sera flétrie. » » Page 22
  • « Quelques instants plus tard, ils sortaient dans la cour de l’école, leurs livres sous le bras. » Page 23
  • « Neil prit son paquet de livres sous le bras et quitta le vestiaire. Machinalement, Todd le suivit des yeux puis son regard sembla se perdre dans le vide. Il laça ses chaussures, ramassa ses livres et prit la direction du dortoir. » Page 25
  • « Une fois dans sa chambre, la porte vite refermée, il posa ses livres sur sa table et poussa un long soupir avant de s’asseoir. Ses doigts jouèrent un moment sur la tranche de ses livres de classe.
    — Je ne viendrai jamais à bout de tout ce travail, dit-il. Il ouvrit son manuel de géographie, prit un cahier et resta en arrêt devant la première page blanche. En grosses lettres capitales, il inscrivit sur toute la largeur : PROFITE DU JOUR PRÉSENT.
    — Profiter du jour présent ? C’est bien joli, mais comment ? Avec un nouveau soupir de lassitude, il arracha la page, en fit une boule de papier entre ses mains et la jeta dans la corbeille. Puis, résigné, il se replongea dans son livre de géographie. » Pages 25 et 26
  • « — Virginia ? Viens dire bonjour ! appela Mrs. Danburry.
    Une jeune fille d’une quinzaine d’années, d’une beauté un peu fade, se leva de derrière un divan, dans un coin de la pièce. Des livres et des cahiers remplis d’une écriture appliquée étaient éparpillés par terre autour d’elle. » Page 27
  • « — Salut, lança Chet qui visiblement s’en souciait comme d’une réédition de L’Être et le Néant. » Page 29
  • « — Ginny, tu vas participer à la pièce de Henley Hall ?
    Elle se tourna vers Knox pour expliquer.
    — Cette année, ils montent Le Songe d’une nuit d’été. » Page 29
  • « — Les filles préfèrent les demeurés, c’est bien connu, dit Meeks. Oublie-la. Sors ton livre de trigo et fais-moi plutôt le problème douze ; ça te calmera les nerfs. » Page 30
  • « — Messieurs, dit-il lorsque la cloche eut sonné le début du cours, ouvrez votre recueil de textes à la page vingt et un de l’introduction. Mr. Perry, veuillez lire à voix haute et intelligible le premier paragraphe de la préface intitulée « Comprendre la poésie ».
    Il y eut un bruit de pages qu’on tourne puis tous écoutèrent la lecture de Neil.
    — « Comprendre la poésie », par le professeur J. Evans Pritchard, docteur ès lettres. « Pour bien comprendre la poésie, il faut d’abord se familiariser avec la métrique, le rythme et les figures de style. Il faut ensuite se poser deux questions. Premièrement, le thème du poème a-t-il été traité avec art ? Deuxièmement : quelle est l’importance et l’intérêt de ce thème ? La première question évalue la perfection formelle du poème ; la seconde son intérêt. Quand on aura répondu à ces deux questions, il deviendra relativement aisé de déterminer la qualité globale du poème. Si on note la perfection du poème sur la ligne horizontale d’un graphique et son importance sur la verticale, l’aire ainsi obtenue par le poème nous donne la mesure de sa valeur. Ainsi, un sonnet de Byron pourra obtenir une note élevée sur la verticale, mais une note médiocre sur l’horizontale. Un sonnet de Shakespeare, en revanche, se verra décerner une note très haute aussi bien sur la verticale que sur l’horizontale, couvrant alors une large surface qui démontrera la haute qualité de l’œuvre en question… »
    Pendant que Neil lisait, Mr. Keating, une craie à la main, s’était approché sans bruit du tableau noir où, illustrant le propos de Mr. Pritchard, il s’était mis à tracer un graphique en joignant abscisses et ordonnées pour montrer comment le poème de Shakespeare recouvrait largement le sonnet de Byron. Dans la classe, plusieurs élèves recopiaient avec soin dans leur cahier le diagramme. Neil termina sa lecture :
    « … En lisant les poèmes de ce recueil, mettez en pratique cette méthode. Mieux vous saurez l’évaluer de la sorte, et mieux vous saurez comprendre et donc apprécier la poésie. » Pages 31 et 32
  • « — De l’excrément ! répéta Keating avec plus d’énergie. De l’ordure ! De la foutaise ! De la chienlit ! Voilà ce que je pense de l’essai de monsieur Pritchard ! Messieurs, je vous demande d’arracher cette page de vos livres ! » Page 32
  • « Plus hardi, Charlie finit par arracher la page de son recueil.
    — Merci, monsieur Dalton, fit Keating. Allons, vous autres, un peu de courage. Vous ne rôtirez pas en enfer pour si peu ! Et pendant que vous y êtes, déchirez-moi toute l’introduction ! À la poubelle, le professeur J. E. Pritchard !
    Enfin libérés par l’exemple de Charlie, les élèves s’en donnèrent à cœur joie, arrachant à qui mieux mieux les premières pages de leur manuel et les faisant voler au-dessus de leur tête. » Pages 32 et 33
  • « — Je vois dans l’œil de monsieur Pitts que la littérature du XIXe siècle, c’est peut-être bien joli, mais ça n’est d’aucune utilité pour la médecine ou le commerce. Il pense que nous devrions nous borner à étudier notre Pritchard, ânonner les règles de la métrique et garder notre énergie pour d’autres ambitions plus terre-à-terre. » Page 34
  • « — On écrit et on lit de la poésie non pas parce que c’est joli, mais parce qu’on fait partie de l’humanité. On écrit et on lit de la poésie parce que les hommes sont des êtres de passion. La médecine, le droit, le commerce, sont de nobles activités, toutes nécessaires à nous maintenir en vie. Mais la poésie, l’amour, la beauté, l’aventure ? Voilà notre raison de vivre. Pour citer Whitman :
    O moi ! Ô vie ! Toutes ces questions
    Qui m’assaillent
    Ces cortèges sans fin d’incroyants
    Ces villes peuplées de sots
    Qu’y a-t-il de bon dans tout cela, ô moi ? ô vie ? Réponse
    Que tu es ici – que la vie existe, et l’identité,
    Que le prodigieux spectacle continue,
    Et que, peut-être, tu y contribues par ta rime. » Page 34
  • « — Indiscutablement. Vous prenez un gros risque en les encourageant à devenir des artistes. Quand ils comprendront qu’ils ne sont ni Rembrandt, ni Shakespeare, ni Mozart, alors ils vous en voudront. » Page 35
  • « — Pas un cynique, mon cher, reprit le professeur de latin. Un réaliste ! Montrez-moi un cœur affranchi du vain fardeau des rêves et je vous montrerai un homme heureux !
    — L’homme n’est jamais aussi libre que lorsqu’il rêve, lui répliqua Keating ; cela fut, est et restera la vérité. McAllister fronça les sourcils sous l’effet d’un intense effort de mémoire.
    — C’est du Tennyson ?
    — Non… du Keating. » Page 35
  • « Les autres essayèrent de s’emparer du livre, mais Neil fut plus prompt. » Page 36
  • « — Il y a une photo de groupe dans le bouquin ?
    — Non, aucune, répondit Neil. Ce Cercle des Poètes n’est mentionné nulle part ailleurs. » Page 36
  • « À l’approche du doyen, Neil passa l’annuaire sous la table à Cameron qui, avalant une bouchée de travers, s’empressa de le refiler à Todd qui le regarda un moment sans comprendre avant de dissimuler le livre. » Page 36
  • « Après le dernier cours de la journée, la bande gagnait tranquillement le dortoir lorsqu’ils aperçurent Mr. Keating qui traversait le campus d’un bon pas, vêtu d’un pardessus sombre et d’une écharpe, un paquet de livres sous le bras. » Page 37
  • « — Le Cercle des Poètes Disparus était une société dont les membres se fixaient pour objectif de sucer toute la moelle de la vie. C’est par cette expression de Thoreau que nous ouvrions la séance. Nous étions une poignée à nous réunir dans la vieille grotte indienne et, chacun à notre tour, nous lisions Shelley, Thoreau, Whitman – ou nos propres vers – et, dans l’enchantement du moment, ces poètes exerçaient leur magie sur nous. » Page 37
  • « Neil tourna la page de son livre, voyant approcher le maître d’études qui examinait les deux garçons d’un œil soupçonneux. » Page 40
  • « Neil était déjà parti. Todd plongea le nez dans son livre d’histoire et se remit à griffonner des notes sur son cahier. » Page 40
  • « Comme il étendait la serviette humide sur le dossier de sa chaise, il remarqua sur sa table un livre qu’il était sûr de ne pas y avoir posé.
    Un moment en arrêt, Neil s’empara du livre avec curiosité et en contempla un moment les coins mangés et la reliure fatiguée. Anthologie de la poésie, indiquaient sur la couverture des lettres gravées dont l’or était presque entièrement effacé. Neil la souleva avec précaution et, sur la première page, écrit à la plume à l’encre noire, il découvrit le nom de « J. Keating ». Sous la signature, Neil décrypta à voix haute : « Cercle des Poètes Disparus ; à lire au début de chaque séance. » Il s’allongea sur son lit et se mit à feuilleter le vieux volume pendant que dans le couloir le remue-ménage s’estompait progressivement. » Page 41
  • « — Les séances seront présidées par moi-même ou par un des initiés ici présents, poursuivit Neil. Todd Anderson, qui est dispensé de lecture, tiendra les minutes de chaque réunion. Comme le veut la tradition, je vais lire à présent le manifeste écrit par un de nos distingués membres, Henry David Thoreau.
    Neil ouvrit le livre que lui avait remis Keating et commença à lire. — « Je m’en allai dans les bois parce que je voulais vivre sans hâte. Je voulais vivre intensément et sucer toute la moelle de la vie ! »
    — Bien dit ! l’interrompit Charlie.
    — « Mettre en déroute tout ce qui n’était pas la vie, pour ne pas découvrir, à l’heure de ma mort, que je n’avais pas vécu. » » Page 43
  • « — Novice Overstreet, à vous l’honneur, dit Neil. Il lui tendit le recueil que Knox feuilleta un moment avant de lire :
    — « Celui qui avance avec confiance dans la direction de ses rêves connaîtra un succès inattendu dans la vie ordinaire(2). » Page 43
  • « Charlie se saisit du livre.
    — Knox, on dirait que tu prends ça pour une vulgaire plaisanterie, lui reprocha-t-il avant de s’éclaircir bruyamment la voix.
    Il y a le sublime amour d’une jolie fille
    Et l’amour d’un homme mûr et juste
    Et l’amour d’un enfant sans crainte
    Tous ont existé de tout temps
    Mais le plus merveilleux des amours,
    L’Amour de tous les amours,
    Plus grand encore que l’amour pour la Mère,
    C’est l’amour infini, tendre et passionné,
    D’un ivrogne pour un autre.
    — Auteur anonyme, conclut Charlie en riant. Pitts reçut le livre entre les mains.
    « Ci-gît ma femme ; ne la dérangez pas. Elle repose en paix… Et moi aussi ! » Les garçons s’esclaffèrent.
    — John Dryden, 1631-1700. J’ignorais que ces types avaient le sens de l’humour !
    Pitts tendit le recueil à Todd qui le contempla avec effroi. Neil s’aperçut de son trouble et s’empara rapidement du volume. Charlie le lui subtilisa.
    M’enseigner l’art de l’amour ?
    Il te faudra montrer plus d’esprit :
    Car en la matière je suis érudit
    Et le Dieu de l’Amour, l’improbable Cupidon,
    Tirerait sans doute profit de mes leçons. » Page 44
  • « — Allez, les gars, soyons sérieux, fit Neil. Ce fut au tour de Cameron.
    Nous sommes les faiseurs de musique
    Et les rêveurs de rêves
  • Errant le long des brisants solitaires
    Assis au bord des ruisseaux désolés
    Pauvres hères retirés du monde
    Et sur qui brillera lune pâle :
    Et pourtant nous secouons et ébranlons
    Le monde, à l’infini, semble-t-il
    De chants sublimes et immortels
    Nous élevons les grandes cités du monde
    Et d’un récit fabuleux
    Nous forgeons la gloire d’un empire :
    Un seul homme, fort de son rêve,
    Ira sans peine reconquérir une couronne ;
    Et trois, armés d’un rythme nouveau,
    Peuvent provoquer la chute d’un empire.
    Car c’est nous, au fil des siècles,
    Dans le passé enfoui de la terre
    Qui avons bâti Ninive de nos soupirs
    Et Babel de notre seule allégresse.
    — Amen, murmura une voix.
    — Chut ! firent les autres.
    — Poème d’Arthur O’Shaughnessy, 1844-1881.
    Après un court silence, Meeks prit le livre et tourna quelques pages au hasard.
    — Hé, écoutez celui-là !
    Dans la nuit qui m’enveloppe
    Noire comme l’Enfer d’un pôle à l’autre
  • Je remercie les dieux, quels qu’ils soient,
    De mon âme indomptable.
    — C’était de W.E. Henley, 1849-1903. » Pages 44 et 45
  • Ce fut au tour de Knox de chercher un poème à lire. Il feuilleta un long moment puis poussa un gémissement de bonheur, comme si Chris venait de se matérialiser dans la grotte.
    « Combien je t’aime ? Je t’aime au plus profond de… » Charlie lui arracha le livre des mains.
    — On se calme, Knox !
    Les autres éclatèrent de rire. L’anthologie tomba dans les mains de Neil. Les garçons se rapprochèrent autour du feu qui perdait de sa vigueur.
    Venez mes amis
    Il n’est pas trop tard pour partir en quête
    D’un monde nouveau
    Car j’ai toujours le propos
    De voguer au-delà du soleil couchant
    Et si nous avons perdu cette force
    Qui autrefois remuait la terre et le ciel,
    Ce que nous sommes, nous le sommes ;
    Des cœurs héroïques et d’une même trempe
    Affaiblis par le temps et le destin,
    Mais forts par la volonté
    De chercher, lutter, trouver, et ne rien céder.
    — Extrait du poème Ulysse, de Tennyson, conclut-il. » Page 45
  • « Pitts ouvrit le livre au hasard. Avec deux morceaux de bois, il se mit à battre la mesure.
    J’avais une religion
    J’avais une vision
    Et je vis le Congo
    Serpentin de moire
    Traversant la forêt
    Dans un éclair noir
    Tandis que Pitts lisait, l’imagination de ses auditeurs se laissant emporter par le rythme obsédant du poème. » Page 45
  • « Le livre à la main, Pitts mena la troupe à l’extérieur de la grotte, et la folle sarabande s’enfonça dans la nuit en chantonnant :
    — Et je vis le Congo
    Serpentin de moire
    Traversant la forêt
    Dans un éclair noir. » Page 46
  • « Un éclat de rire secoua la classe. Keating ferma son livre, monta sur l’estrade et souleva une mappemonde qui couvrait en partie le tableau. Une citation écrite à la craie apparut alors, Keating lut à haute voix :
    Croyances et écoles tombées en désuétude
    Quels qu’en soient les risques
    Je permets à la Nature de s’exprimer sans frein
    Avec sa puissance originelle.
    — Encore l’oncle Walt. Ah, mais comme il est difficile d’échapper à ces croyances et à ces écoles, conditionnés comme nous le sommes par nos parents, par nos traditions, par le rouleau compresseur du progrès. Comment dès lors exprimer nos vraies natures, comme nous y invite le père Whitman ? » Page 47
  • « Vous devez vous efforcer de trouver votre voie, messieurs, et plus vous tardez, moins vous avez de chances de parvenir à vos fins. Pour citer Thoreau : « La majorité des hommes mène une vie de calme désespoir. » Page 47
  • « — Messieurs, en plus de vos dissertations sur la notion de romantisme chez Wordsworth, vous allez m’écrire un poème – quelque chose de votre cru – que vous lirez à voix haute devant la classe. Messieurs, à lundi ! » Page 48
  • « Ses livres jetés dans la sacoche fixée sur sa roue arrière, Knox enfourcha sa bicyclette. » Page 49
  • Il tendit un tract à Todd.
    — Le Songe d’une nuit d’été, de William Shakespeare, lut ce dernier. Qu’est-ce que c’est ?
    — Une pièce de théâtre, imbécile.
    — Je sais bien. Mais quel rapport avec toi ?
    — Ils vont la monter à Henley Hall. Tu vois : « auditions ouvertes à tous ».
    — Et alors ?
    — Alors je vais devenir acteur ! cria Neil en bondissant sur son lit. » Page 50
  • « Neil s’assit sur son lit et se mit à lire la pièce de Shakespeare qu’il venait d’emprunter à la bibliothèque. » Page 51
  • « Neil posa son livre et fixa son camarade de classe. » Page 51
  • « — C’est bon, fit-il. Je viendrai.
    — Bien, sourit Neil avant de se plonger dans Shakespeare. » Page 51
  • « — Asseyez-vous, messieurs. Certains fanatiques peuvent bien affirmer que tel ou tel sport est par essence supérieur à tel autre. Pour moi, l’essentiel, dans le sport, c’est le dépassement de soi auquel il nous oblige sans cesse. C’est ainsi que Platon, pourtant si doué naturellement, a pu dire : « C’est la compétition qui a fait de moi un poète et un orateur. » Je vais remettre à chacun d’entre vous un de ces bouts de papier et vous irez vous aligner sur un rang. » Page 54
  • « Le premier des garçons fit un pas en avant et lut à voix haute :
    — « Oh, se battre contre vents et marées, affronter l’ennemi avec un cœur d’airain ! »
    — C’est un cœur de carton, ça ! Faites-moi résonner l’airain !
    — OH, SE BATTRE CONTRE VENTS ET MARÉES, AFFRONTER L’ENNEMI AVEC UN CŒUR D’AIRAIN ! » Page 54
  • « Knox déclama :
    — « Être seul au milieu de tous et éprouver les confins de la résistance ! » » Page 55
  • « Ce fut ensuite au tour de Meeks.
    — « Contempler l’adversité sans ciller, et la torture, et le cachot, et la vindicte populaire ! »
    — « Être enfin un dieu ! » hurla Charlie avant de balancer toute son énergie dans le globe de cuir. » Page 55
  • « — Ça y est ! entendit-il Neil crier dans le couloir. J’ai le rôle ! Je vais jouer Puck !
    La porte s’ouvrit en grand. Neil entra, rayonnant de joie.
    — Todd, j’ai été pris ! Je suis Puck ! » Page 55
  • « Keating gagna le tableau noir en trois enjambées. En lettres capitales, il écrivit et lut :
    JE HURLE MON YAWP BARBARE SUR TOUS LES TOITS DU MONDE. Walt Whitman. » Page 57
  • « — Anderson, vous voyez la photo de Whitman au-dessus du tableau ? À quoi vous fait-il penser ? Vite, sans réfléchir.
    — À un fou. » Page 58
  • « Neil ôta l’abat-jour et découvrit un pied de lampe en forme de statuette peinte. Elle représentait une sorte de génie comme en décrivent les contes arabes, vêtu d’un pantalon bouffant et la tête coiffée d’un turban. Avec son rictus menaçant et son bouc noir, il faisait plutôt songer à un mauvais génie. » Page 59
  • « — Dépêche-toi, Neil. On a besoin de Puck pour répéter ce passage.
    Neil dévala l’allée centrale en direction de la scène, saisit au passage un bâton surmonté d’une tête de bouffon que lui tendait l’accessoiriste et commença impromptu :
    — Rien que trois ? Allons, encore un
    Quatre feront deux couples
    La voici qui vient, maussade
    Cupidon est un mauvais garnement
    De rendre ainsi folles de pauvres femmes.
    Puck posa un genou en terre pour mieux observer Hermia, jouée par Ginny Danburry, qui rampait sur les planches, en proie à la folie, les yeux rougis. » Page 62
  • « — C’est bien, Neil. On a vraiment l’impression que ton Puck est conscient de tirer les ficelles de l’intrigue. Souviens-toi qu’il s’amuse beaucoup de ses manigances.
    Neil hocha la tête et répéta ses derniers vers avec plus d’insolence.
    — Cupidon est un mauvais garnement
    De rendre ainsi folles de pauvres femmes. » Page 62
  • « Ginny rampa sur scène.
    — Jamais si lasse, jamais aussi malheureuse
    Transie par la rosée et déchirée par les ronces,
    Je ne puis me traîner ni aller plus loin… » Page 62
  • « — Quand j’étais enfant, continua Todd, je croyais que les parents aimaient d’instinct leurs enfants. C’est ce qu’on m’enseignait à l’école, c’est ce que je lisais dans mes livres ; j’ai fini par le croire. Mais mes parents, eux, semblent réserver leur amour à mon frère aîné. » Page 64
  • « Cette expérience fort instructive avait pour but d’illustrer la force du conformisme et la difficulté de défendre vos convictions face aux autres. Et dans le cas où certains d’entre vous, je le lis dans leurs yeux, s’imaginent qu’ils auraient continué leur petit bonhomme de chemin sans sourciller, qu’ils se demandent pourquoi ils se sont mis à battre des mains ainsi. Messieurs, nous portons tous en nous ce désir d’être accepté ; mais tâchez d’encourager ce que vous portez d’unique ou de différent, même si vous devez pour cela vous faire taxer d’excentricité. Je cite Frost : “Deux routes se sont offertes à moi ; j’ai choisi la moins fréquentée et cela a fait toute la différence.” » Page 66
  • « — « Je m’en allai dans les bois parce que je voulais vivre sans hâte… Vivre intensément et sucer toute la moelle de la vie… »
    Les yeux de Neil quittèrent soudain la page pour se tourner vers l’ouverture de la grotte. » Page 67
  • « — Enfin quoi, est-ce qu’on fait semblant ici ou est-ce qu’on défend vraiment les idéaux du Cercle ? Parce que si on se réunit seulement pour lire des poèmes à tour de rôle, alors je ne vois pas bien l’intérêt. » Page 71
  • « — C’est bon ! Laisse-moi réfléchir ! Il se tut un moment, puis récita :
    À la sainte union des âmes
    Je n’admets point d’obstacle : amour n’est pas amour
    S’il varie en voyant varier l’autre flamme
    Non plus que, délaissé, s’il délaisse à son tou
    Gloria roucoula de plaisir.
    — N’arrête pas, surtout !
    Charlie continua et les gémissements de Gloria résonnèrent dans la grotte.
    Oh non ! C’est une marque à jamais établie
    Témoin de la tempête, il n’est point ébranlé
    C’est l’astre où toute barque errante se rallie :
    On en prend la hauteur, ignorant son effet. » Page 76
  • « — Messieurs, commença-t-il, nous allons aborder aujourd’hui une spécialité qu’il vous faudra maîtriser si vous voulez réussir à l’université : je veux parler de l’analyse de livres que vous n’avez pas lus.
    La classe éclata de rire.
    — L’université, continua Keating, va probablement mettre à rude épreuve votre amour pour la poésie. Des heures d’analyses fastidieuses et de dissections stériles en viendront certainement à bout. L’université va en outre vous exposer à toutes sortes de littératures – dans leur grande majorité, des chefs-d’œuvre incontournables que vous devrez ingurgiter et absorber ; mais pour une bonne part aussi, des rebuts nauséeux qu’il vous faudra fuir comme la peste.
    Keating posa un pied sur sa chaise et un coude sur sa cuisse.
    — Imaginons que vous ayez choisi de suivre un cours sur le roman moderne. Pendant toute l’année vous avez lu et étudié des chefs-d’œuvre comme Le Père Goriot de Balzac ou Pères et Fils de Tourgueniev ; mais voilà que le jour de l’examen final, vous découvrez avec stupeur que le sujet de la dissertation est le thème de l’amour paternel dans La Jeune Ambitieuse, un roman – le terme est généreux – dont l’auteur n’est autre que votre distingué professeur. » Page 82
  • « — Vous retournez votre Jeune Ambitieuse, passez-moi l’expression, et vous apprenez en lisant la quatrième de couverture que c’est l’histoire d’un certain Frank, vendeur de matériel agricole, qui se saigne aux quatre veines pour offrir à sa fille Christine une entrée dans le grand monde qu’elle désire par-dessus tout. Vous en savez assez : commencez par récuser la nécessité de résumer l’action tout en en distillant suffisamment pour faire croire à votre professeur que vous avez lu son livre.
    « Enchaînez par une phrase pompeuse et passepartout du genre : “On notera avec intérêt qu’il est possible d’établir un parallèle éclairant entre la vision de l’amour paternel de l’auteur et les théories freudiennes : Christine est Électre, son père est Œdipe”.
    « Enfin, ajoutez une pincée d’hermétisme et d’érudition. Par exemple : “On notera avec intérêt qu’il est possible d’établir un parallèle entre ce roman et l’œuvre du célèbre philosophe hindou Avesh Rahesh Non. Rahesh Non a décrit sans complaisance ces enfants qui abandonnent leurs parents au profit de ce qu’il nomme “l’hydre à trois têtes”, une trilogie formée par l’ambition, l’argent et la réussite sociale”. Développez les théories de Rahesh Non sur la façon dont se nourrit le monstre et sur la manière de le décapiter. Concluez en louant le talent d’écrivain de votre professeur et en le remerciant de vous avoir introduit à une œuvre aussi essentielle.
    Meeks leva la main.
    — Capitaine… Et si on ne connaît pas Rahesh Non ?
    — Rahesh Non n’a jamais existé, monsieur Meeks. Inventez-le, donnez-lui un état civil, une biographie. Aucun professeur d’université n’admettra ignorer un auteur d’une telle envergure, et vous vous verrez probablement décerner une note semblable à la mienne.
    Keating saisit une copie sur son bureau et lut à haute voix :
    — « Vos références à Rahesh Non sont pertinentes et pénétrantes. Suis heureux de constater que je ne suis pas le seul à apprécier ce grand penseur indien. Note : 20/20. » Il laissa tomber la feuille sur le bureau.
    — Messieurs, disserter sur des livres insipides que vous n’aurez pas lus sera certainement au programme de vos examens, aussi je vous recommande de vous y entraîner. » Pages 83 et 84
  • « — Les grandes universités sont des Sodome et Gomorrhe qui grouillent de ces créatures appétissantes qui font si cruellement défaut ici. » Page 84
  • « Sanglés dans leurs manteaux à capuche, le cou ceint d’une écharpe, Todd et Neil montaient le long d’un sentier qui serpentait entre les bâtiments du collège. Les hurlements du vent étouffaient presque la voix de Neil qui répétait ses répliques du Songe d’une nuit d’été.
    — Ici, manant, l’épée à la main et en garde. Où es-tu ?
    Neil eut un trou de mémoire.
    — « Je suis à toi, dans l’instant », lui souffla Todd qui tenait le texte entre ses doigts bleuis par le froid.
    — « Suis-moi donc sur un terrain plus égal ! » clama Neil avec fougue. Oh que j’aime ça ! » Page 85
  • « — « Être ou ne pas être, telle est la question ! » Pour la première fois de ma vie, je me sens pleinement exister ! Tu devrais essayer, Todd. » Page 85
  • « — Et il y a des tas de filles, ajouta Neil avec un clin d’œil. Celle qui joue Hermia est fantastique ! » Page 85
  • « Charlie ignora cette mise en garde et poursuivit son investigation. Par terre, près de la porte, il y avait une petite valise bleue. Quelques livres, certains en piteux état, reposaient sur le lit. » Page 88
  • « Resté seul dans la grotte, Knox relisait son poème. Il le glissa dans un livre, souffla la bougie et courut à la poursuite de ses camarades. » Page 92
  • « Les élèves formaient une grappe animée autour du bureau de leur professeur qui les faisait rire à gorge déployée en leur lisant des extraits des Aventures de M. Pickwick. La cloche sonna.
    — C’est tout pour aujourd’hui, messieurs, dit Keating en refermant le livre d’un mouvement sec du poignet. » Page 94
  • « Il prit ses livres sous le bras et prétendit ne pas vouloir se mettre en retard pour le cours suivant. » Page 94
  • « À la nuit tombée, les garçons piétinaient dans le grand vestibule du dortoir, attendant de se rendre en compagnie de Mr. Keating à Henley Hall où devait se jouer Le Songe d’une nuit d’été. » Page 95
  • « — Eh bien ! esprit, où errez-vous ainsi ? commença Neil, en entrant dans la peau de son personnage.
    — Par les collines, par les vallées, à travers les buissons, les ronces, par les parcs, par les haies…, lui répondit une fée.
    — Tu dis vrai : je suis ce rôdeur de nuit. J’amuse Obéron, et je le fais sourire quand je trompe un cheval gras et nourri de fèves en hennissant comme une pouliche coquette. Parfois, je me tapis dans la tasse d’une commère sous la forme exacte d’une pomme cuite ; et lorsqu’elle boit, je me heurte contre ses lèvres, et je répands la bière sur son sein flétri. La matrone la plus sage, contant le conte le plus grave, me prend parfois pour un escabeau à trois pieds ; alors je glisse sous son derrière, elle tombe, assise comme un tailleur, et est prise d’une quinte de toux ; et alors l’assemblée de se tenir les côtes et de pouffer de joie et d’éternuer, et de jurer que jamais on n’a passé de plus gais moments. » Page 97
  • « Les vers coulaient de sa bouche avec, aisance, ses mimiques donnaient corps aux mots. Tour à tour bouffon et railleur, il était Puck. » Page 98
  • « Lysandre et Hermia firent leur entrée. Vêtue d’un costume de feuilles et de brindilles entrelacées, Ginny Danburry était époustouflante en Hermia.
    « Le même gazon nous servira d’oreiller à tous deux.
    Un cœur, un lit ; deux âmes, une seule foi.
    — Non, mon bon Lysandre, pour l’amour de moi Mon cher, couchez-vous plus loin. »
    Charlie feuilleta fébrilement le programme, cherchant le nom de l’artiste qui interprétait Hermia. » Page 98
  • « — « Mais, doux ami, au nom de la courtoisie
    Serrez-moi de moins près ;
    L’humaine modestie exige entre nous la séparation
    Qui sied à un galant vertueux et à une vierge… » » Page 98
  • « Sur scène, Lysandre et Ginny achevaient leur scène.
    « Voici mon lit.
    Que le sommeil t’accorde tout son repos !
    — Qu’il en garde la moitié pour en presser tes yeux. » Page 98
  • « Ils s’allongèrent par terre et s’endormirent. Un interlude musical annonça la réapparition de Puck. » Page 99
  • « Charlie, quant à lui, ne quittait pas des yeux Hermia. » Page 99
  • « Ombres que nous sommes, si nous avons déplu
    Figurez-vous seulement, et tout sera pardonné
    Que vous n’avez fait qu’un somme
    Pendant que ces visions vous apparaissaient.
    Ce thème faible et vain,
    Qui ne contient pas plus qu’un songe,
    Gentils spectateurs, ne le condamnez pas ;
    Nous ferons mieux, si vous pardonnez.
    Oui, foi d’honnête Puck,
    Si nous avons la chance imméritée
    D’échapper aujourd’hui au sifflet du serpent
    Nous ferons mieux avant longtemps
    Ou tenez Puck pour un menteur.
    Bonsoir donc à vous tous.
    Donnez-moi vos mains,
    Si nous sommes amis,
    Et Robin prouvera sa reconnaissance. » Page 99
  • « Il remarqua que Lysandre avait un bras passé autour de la taille de la jeune fille.
  • — Félicitations, Ginny ! fit Lysandre en l’embrassant. » Page 100
  • « — Je m’en allai dans les bois parce que je voulais vivre sans hâte. Je voulais vivre intensément et sucer toute la moelle de la vie ! Mettre en déroute tout ce qui n’était pas la vie. Pour ne pas découvrir, à l’heure de ma mort, que je n’avais pas vécu.
    Il marqua une pause.
    — De E. E. Cummings :
    Plongez à la poursuite de vos rêves
    Où un slogan pourrait vous submerger
    (Les arbres sont leurs racines
    Et le vent est le vent)
    Suivez votre cœur
    Si les eaux prennent feu
    (Et vivez d’amour
    Même si les étoiles avancent à reculons)
    Honorez le passé
    Mais accueillez l’avenir à bras ouverts
    (Et dansez pour chasser la mort
    De ce mariage)
    Qu’importe le monde
    Ses bons et ses méchants
    (Car Dieu aime les filles,
    Les lendemains et la terre)
    Keating se tut et tendit le livre à l’assemblée. » Pages 104 et 105
  • « — Et maintenant, annonça-t-il, Le Général Booth entre au Paradis, de Vachel Lindsay. Quand je m’arrête, vous demandez : « Êtes-vous lavé dans le sang de l’agneau ? » Compris ?
    — Compris, Capitaine !
    Keating se mit à réciter :
    — Booth menait fièrement la marche de son tambour…
    Les autres répondirent en chantonnant :
    — Êtes-vous lavé dans le sang de l’agneau ? » Page 106
  • « Les Saints lui sourirent gravement et dirent : “Il est venu…”
    — Êtes-vous lavé dans le sang de l’agneau ? » répondirent les autres en chœur.
    Le Christ s’approcha lentement
    Vêtu d’une toge, une couronne sur la tête
    Pour Booth le soldat
    Et la foule mit un genou en terre
    Il vit Jésus-Christ. Ils étaient face à face,
    Et il s’agenouilla en pleurs dans ce lieu saint.
    — Êtes-vous lavé dans le sang de l’agneau ? » répéta le chœur. » Page 107
  • « Il s’assit au pupitre de Neil et ouvrit à la première page son vieux volume de poésie. Le murmure de sa voix résonna doucement dans la pièce.
    — Pour ne pas découvrir, à l’heure de ma mort, que je n’avais pas vécu… » Page 110
  • « Keating s’écarta de la fenêtre. Sur l’étagère au-dessus de son bureau, il attrapa ses livres de poésie – Byron, Whitman, Wordsworth. Puis, se ravisant, il les abandonna à leur sort et boucla sa valise. » Page 117
  • « — Je vais reprendre cette classe en main jusqu’aux examens, dit-il en promenant son regard à la ronde. Nous trouverons un professeur titulaire pendant les vacances. Bien. Qui peut me dire où vous en êtes dans le Pritchard ?
    Nolan leva le nez, attendant une réponse qui ne vint pas.
    — Monsieur Anderson ?
    — Dans le… le Pritchard…, répéta Todd, d’une voix à peine audible. Il feuilleta nerveusement son livre. » Page 118
  • « — Prenez vos affaires, monsieur Keating, répondit le doyen avec un geste d’impatience. Messieurs, ouvrez vos livres à la page vingt et un de l’introduction. Monsieur Cameron, veuillez lire, je vous prie, l’excellent avant-propos du professeur Pritchard sur l’appréhension de la poésie.
    — Monsieur Nolan, cette page a été arrachée.
    — Alors empruntez le livre d’un de vos camarades, répliqua le doyen. » Page 118
  • « — « Comprendre la poésie », par le docteur ès lettres J. Evans Pritchard. « Pour bien comprendre la poésie, il faut d’abord se familiariser avec la métrique, le rythme et les figures de style. Il faut ensuite se poser deux questions. Premièrement, le thème est-il traité avec art… »
    Keating s’affairait devant son armoire, dans un coin de la pièce. L’ironie du hasard, qui avait voulu que Mr. Nolan choisît de lire précisément le texte de Pritchard, lui arracha l’ombre d’un sourire. » Page 119 
4,5 étoiles, B

Beignets de tomates vertes

Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg

Éditions J’ai Lu; Publié en 2009; 474 pages

Roman de Fannie Flagg paru initialement en 1988 sous le titre « Fried Green Tomatoes at the Whistle Stop Cafe ».

Beignets de tomates vertes

Evelyn Couch est en pleine crise de la quarantaine et ne sait plus très bien où elle en est. Tous les dimanches, elle doit accompagner son mari à la maison de retraite Rose Terrace pour visiter sa belle-mère. Par ennui, elle leur fausse compagnie et se réfugie dans le salon des visiteurs. C’est là quelle rencontre une charmante octogénaire, Ninny Threadgoode. Un rituel s’établi entre les deux femmes : à chaque semaine, Ninny lui raconte un pan de sa vie. Elle se remémore ainsi les moments marquants de sa vie qu’elle a passée en compagnie de Ruth Jamison et d’Idgie Threadgoode à Whistle Stop en Alabama. Elle lui parle de la crise économique de 1929 où l’argent se faisait rare et de la ségrégation la plus idiote qui existait à cette époque. Mais surtout, elle lui raconte les histoires incroyables du café populaire le « Whistle Stop Café ». Ces rencontres entre Evelyn et Ninny redonneront-elles un nouveau souffle à la vie d’Evelyn ?

Dans ce roman Fannie Flagg nous présente le Sud des États-Unis des années 1920 à 1960 avec son lot de difficultés. Elle met bien en lumière la dureté de la vie et les contrecoups du krach boursier. Le point fort du roman est la découverte de la solidarité des gens dans la misère et leurs efforts pour rendre leur vie agréable. C’est aussi un livre qui dénonce les travers de cette époque : le Ku Klux Klan, la haine raciale et ses inégalités. Par contre, elle ne fait qu’effleurer le sujet de l’orientation sexuelle bien que l’histoire aurait permis une exploitation plus approfondit de ce sujet. Les personnages sont convaincants mais surtout attachants particulièrement ceux d’Idgie et de Ruth. Cette lecture fut un pur moment de bonheur et qui a permis d’adoucir la perception que j’avais de cette époque dans le Sud des États-Unis.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 23 mars 2013

Lecture de mon Baby Challenge 2013Contemporain

Baby challenge contemporain

La littérature dans ce roman :

  • « C’est bizarre, les cheveux, vous ne trouvez pas ? La plupart des gens sont fous avec leurs cheveux. Après tout, ça vient de loin, cette obsession. Regardez la Bible : Samson, la reine de Saba et cette fille qui a lavé avec sa chevelure les pieds de Jésus… » Page 42
  • « Evelyn avait du mal à concevoir qu’une Barbara Walters puisse tout abandonner pour un Ed Couch, mais elle n’en essaya pas moins de se conformer au petit livre de La Femme Parfaite. » Page 52
  • « — Bien sûr. Oh! C’est pire qu’une balançoire… un coup en haut, un coup en bas… et puis, vous n’allez pas me dire que vous avez envie d’être maigre! Regardez donc tous ces pauvres bougres ici, ils n’ont que la peau sur les os. Allez donc visiter le pavillon des cancéreux à l’hôpital baptiste, et vous verrez comme ça leur ferait plaisir à tous ces malheureux d’avoir quelques kilos en trop. Aussi arrêtez un peu de vous tracasser pour votre poids et remerciez plutôt le Ciel d’être en bonne santé ! Ce dont vous avez besoin, c’est de lire chaque jour votre bible, surtout le psaume 90. Cela vous aidera comme cela m’a aidée. » Page 80
  • « La Société dramatique de Whistle Stop a donné vendredi soir sa représentation annuelle, et j’ai envie de dire : « Bravo, les filles ! » La pièce s’appelait Hamlet ; c’est un Anglais qui l’a écrite, un certain William Shakespeare, qui n’est plus un étranger à Whistle Stop, car c’est également lui l’auteur de la pièce jouée l’an passé.
    C’est Earl Adcock Jr. qui interprétait le rôle d’Hamlet, et Mary Bess, la nièce du Dr. Hadley, est venue expressément de la ville pour jouer le rôle de sa petite chérie. Au cas où vous auriez manqué l’unique représentation, je vous avise qu’elle se tue à la fin. Je dois avouer que j’ai eu le plus grand mal à comprendre ce que Mary Bess disait. A mon avis, elle est encore trop jeune non seulement pour faire du théâtre mais encore pour voyager.
    Le révérend Scroggins et Vesta Adcock, présidente de la Société dramatique de Whistle Stop et maman d’Earl Jr., incarnaient le père et la mère d’Hamlet. » Pages 83 et 84
  • « — Oui, ma chère, et on ne peut pas être plus noir que ça ! Et ensuite est arrivé Willie Boy, couleur noix de pecan et les yeux verts de sa maman. A l’état civil, son prénom était Wonderful Counselor, comme dans la Bible mais on l’appelait Willie Boy.
    — Woderful Conselor? Je ne me souviens pas de ça. Vous êtes certaine que c’est dans la Bible?
    — Bien sur que oui. Onzell nous a montré le verset : « Et il porteras le nom de Conseiller Extraordinaire. »Onzell etait très croyante. Elle disait que dès qu’elle sentait venir le cafard, elle n’avait qu’a penser au doux Jésus pour sentir son moral gonfler comme c’est biscuits à la crème de lait qu’elle enfournait. Après Willie Boy, elle a mis au monde une fille, Naughty Bird, qui était aussi noire que son père, avec ces drôles de cheveux comme de l’étoupe, mais elle n’avait pas les gencives bleus…
    — Ne me dites pas que ce prénom là venait de la Bible! » Pages 85 et 86
  • « La section féminine de l’E.B.E.B. (Études Bibliques de l’Église Baptiste) de Whistle Stop s’est réunie la semaine dernière, au domicile de Mrs. Vesta Adcock, pour s’entretenir de la manière d’étudier la Bible et de rendre sa compréhension plus facile. Le sujet du jour était : « L’Arche de Noé », et la question : « Pourquoi Noé a-t-il embarqué deux serpents avec lui sur son bateau alors qu’il avait là une belle occasion de s’en débarrasser une bonne fois pour toutes?» Si quelqu’un a une explication, qu’il en fasse part à Vesta. » Page 91
  • « — Alors, dans ce cas, je mourrais pour toi. Qu’est-ce que tu dis de ça? Ne crois-tu pas qu’on puisse mourir par amour ?
    — Non.
    — Pourtant Jésus est bien mort pour ça, non ? C’est écrit dans la Bible ! » Pages 101 et 102
  • « C’est qu’il se prend pour un don Juan, le bougre ! » Page 153
  • « Le lendemain, Smokey trouva deux gars qu’il connaissait et ils enterrèrent le môme au cimetière des vagabonds, dans les environs de Chicago. Elmo Williams sortit le petit bouquin à la couverture rouge qui ne le quittait jamais, un recueil de cantiques de l’Armée du Salut, et il lut d’une voix que le vent froid emportait :
    Réjouissons-nous pour le compagnon disparu
    Car sa misère ici-bas est félicitée là-haut
    Et son âme s’en est allée à bride abattue
    Galoper parmi les prairies du Très-Haut. » Page : 158
  • « C’est pas dans ma nature de me vanter, mais c’est vrai que mon Cleo en avait dans le crâne. Je l’appelais mon dictionnaire. Si jamais j’hésitais sur l’orthographe d’un mot, quand j’écrivais une lettre, je lui demandais : « Hé, Daddy, comment tu écris ce mot-là ?” Et il me le disait. » Page 162
  • « Stump lui en voulut de tant d’exactitude, qui le dispensait de pousser son cri de la caille. L’idée lui en était venue après la lecture du Crime mystérieux des hirondelles qui parlaient. Et puis il avait passé la nuit à imiter le cri en question, jusqu’à ce qu’Idgie le menace de lui envoyer une décharge de plombs dans les fesses s’il continuait à se prendre pour une caille. » Page 190
  • « Comme il est dit dans la Bible: « Il y a beaucoup de maisons dans la maison de Dieu, et je suis prête à y aller”…
    «Mais tout ce que je demande, mon Dieu, c’est qu’il n’y ait pas de linoléum dans la mienne. » Page 202
  • « M’ma, qui était en train d’écosser des petits pois à ce moment-là, lui a simplement désigné la lettre sur la table, sans un mot. Idgie l’a ouverte, mais le plus drôle, c’est que ce n’était pas une lettre du tout, c’était juste une page arrachée de la Bible, le Livre de Ruth, chapitre 1, 16-20:
    Et Ruth dit: Tu auras beau me supplier de ne pas te suivre ou de m’en retourner d’où je viens, j’irai partout où tu iras, j’habiterai où tu habiteras, ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. » Page 211
  • « Elle prit d’autres mesures de salubrité publique : les auteurs de tags et autres graffiti seraient plongés dans un bain d’encre indélébile ; les enfants de parents célèbres n’auraient plus le droit de nous conter leur enfance pas comme les autres dans de prétendus romans ; tous les bons et honnêtes travailleurs auraient droit à un voyage à Hawaii, ainsi qu’à un canot automobile. » Page 263
  • « — Oh, c’est général, ma bonne. La fin du monde est proche. Je ne suis pas certaine qu’on puisse voir l’an 2000. Les bons prédicateurs, ceux qui ne vous hurlent pas dans les oreilles, eh bien, ils disent tous qu’on n’en a plus pour longtemps. C’est écrit dans la Bible. Bien entendu, ils n’en sont pas certains. Seul Dieu sait vraiment ce qui nous pend au nez. » Page 273
  • « Je lui ai dit : “Ma chérie, vous regardez trop la télé, et il ne faut plus que vous pensiez des choses pareilles ! Et puis ce n’est pas à nous de juger les autres. C’est écrit dans la Bible, qu’il y a un jour prévu pour ça, un jour où Jésus redescendra sur Terre pour juger les vivants et les morts.” » Page 280
  • « Comme elle raccrochait, elle se demanda si elle n’irait pas jurer sur la Bible devant le révérend Scroggins que plus jamais elle ne mentirait à Ruth. » Page 283
  • Elle était de nouveau prisonnière et, pour la première fois de sa vie, au milieu d’une foule de Noirs.
    La seule tache pâle était celle de son visage, seule page blanche d’un livre en couleurs, seule fleur anémiée de tout le jardin. » Page 334
  • « — On était en pleine crise et il y avait ce bonhomme qu’on appelait Railroad Bill qui volait dans les trains transportant des denrées destinées aux réserves gouvernementales pour les donner aux gens de couleur qui souffraient de la famine. Il balançait tout ce qu’il pouvait sur la voie et disparaissait avant que les surveillants puissent lui tomber dessus. Ça a duré des années, et Railroad Bill était devenu un personnage de légende pour tous les Noirs du pays. C’était leur Robin des Bois; » Page 359
  • « — Votre nom, je vous prie, demanda le juge.
    — Révérend Herbert Scroggins.
    — Profession ?
    — Pasteur de l’Église Baptiste de Whistle Stop.
    — Placez votre main droite sur la Bible.
    Le révérend Scroggins informa le juge qu’il avait apporté sa bible personnelle, sur laquelle il posa sa main en jurant de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. » Pages 369 et 370
  • « — Ma foi, monsieur, en tant que chrétien, je ne saurais vous dire si elle a menti ou pas. Je crois plutôt qu’elle s’est trompée de date. (Il ouvrit sa bible à une page qu’il avait marquée d’un signet.) J’ai pris l’habitude, voyez-vous, de mentionner dans ma bible les dates exactes des activités de notre paroisse et, en la consultant l’autre soir, j’ai constaté que le soir du 13 décembre a eu lieu notre réunion annuelle pour le renouveau de la foi, et sœur Threadgoode était là, ainsi que son homme à tout faire, George Peavey, qui tenait le stand des rafraîchissements — comme il le faisait chaque année depuis vingt ans. » Page 371
  • « Le juge, l’Honorable Curtis Smoote, savait pertinemment qu’il n’y avait jamais eu de réunion pour le renouveau de la foi au mois de décembre. Et de son siège, il avait également vu que ce n’était pas une bible qu’avait le révérend à l’intérieur de sa liseuse en cuir. » Page : 372 
4,5 étoiles, E

Un employé modèle

Un employé modèle de Paul Cleave

Éditions Le Livre de Poche (Thriller) no 32326 ~ Publié en 2012 ~ 477 pages

Premier roman de Paul Cleave paru initialement en 2006 sous le titre « The Cleaner ».

Joe Middleton, simple d’esprit, est venu au poste de police à plusieurs reprises pour s’accuser des meurtres sordides commis par Le boucher de Christchurch. Il y a quatre ans, il en sortait heureux. Favorisé par son handicape, on lui avait offert un emploi de technicien de surface. Il peut depuis se servir de sa proximité avec les enquêteurs pour savoir s’il doit s’inquiéter ou non de son éventuelle arrestation. En fait, Joe n’est pas totalement celui qu’il prétend être. Il est un homme très intelligent. Sous sa couverture, personne ne s’inquiète de sa présence dans les locaux de la police et il peut suivre le déroulement de l’enquête sur Le boucher de Christchurch. Tout se déroule à merveille jusqu’au jour où les enquêteurs lui attribuent un crime qu’il n’a pas commis. Joe décide de mener sa propre enquête pour découvrir qui a commis ce crime. Pour cela, il aura accès aux informations récoltées par la police. Mais se sortira-t-il indemne de cette enquête ?

Très bon roman noir avec une touche d’humour sarcastique. L’histoire est originale car on suit les péripéties d’un tueur en série qui se prend pour un enquêteur et qui nous explique les raisons de ses actes sauvages. Par contre, cœur sensible d’abstenir, les descriptions des agressions sont sanglantes et dérangeantes. L’intrigue est captivante et est menée de main de maître. Le personnage principal est loin d’être sympathique et l’auteur a su le rendre très antipathique par moment. Il est convaincu d’être beaucoup plus intelligent que tout le monde y comprit des enquêteurs. Sa relation amour-haine avec sa mère est hilarante. Sa mère est tyrannique et insupportable. Elle a deux obsessions : que son fils adoré continue à venir manger chez elle son fameux pain de viande et qu’il ne devienne pas gay. Bref, j’ai passé un très bon moment en lisant ce roman.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 13 avril 2012

Lecture en tant que juré pour les Éditions Le livre de poche – Polar 2012 :

La littérature dans ce roman :

  • « Je possède un lit une place, une petite télé, un magnétoscope et quelques meubles de base vendu en kit avec des instructions de montage en six langues différentes. Aucun d’eux ne tient bien droit mais, puisque je ne reçois jamais de visite, personne ne s’en plaint. Des romans à l’eau de rose en livre de poche sont étalés sur mon canapé. Les couvertures montrent des types musclés et des femmes fragiles. » Page 26
  • « « Je peux laisser ma mallette sur la table, là, inspecteur Schroder ?
    – Vas-y. Qu’est-ce que tu trimbales là-dedans, d’ailleurs ? »
    Je hausse les épaules. « Oh ! Rien de spécial, inspecteur Schroder, des documents et des trucs.
    -C’est bien ce qu’il me semblait. »
    Connerie. Ce bâtard se figure que j’ai mon déjeuner là-dedans, et à la rigueur une BD pour gamins. » Page 45
  • « Mon personnage de « Joe-le-Lent » était en béton. Alors que je passais d’Hannibal Lecter à Forrest Gump en quelques secondes, j’ai compris que la police n’avait pas le moindre suspect. » Page 56
  • « Soigneusement, comme un archéologue ouvrirait un évangile qu’il vient juste d’exhumer, je soulève la couverture. » Pages 65 et 66
  • « Dans tous les livres que j’ai lus, le serial killer est toujours un policier. Ou le légiste, ou un quelconque expert scientifique. » page 88
  • « « Vous êtes sûr qu’elles ont toutes été tuées par la même personne, inspecteur Schroder ?
    «- Pourquoi cette question, Joe ? Tu deviens Sherlock Holmes ? » Page 119
  • « Je scrute ses yeux, cherchant le mal dont un roman suggérerait la présence, mais je n’en vois aucun. » Page 123
  • « Pendant un moment, il va vivre dans la peur. Tout comme son copain. Et c’est bien mérité – ils n’avaient qu’à pas se moquer de la Bible et de l’humanité avec leurs actes. » Page 160
  • « Je vais profiter de ce week-end pour me délasser, Essayer de me distraire. Passer un bon moment avec Joe. Peut-être regarder mes poissons pendant quelques heures. Peut-être rendre visite à maman. Peut-être lire un autre roman sentimental. » Page 171
  • « J’aime l’espionnage – j’ai l’impression d’être James Bond, me faufilant dans la maison de M. et M. Gay, explorant les box et les bureaux du commissariat. » Page 172
  • « J’aime collectionner tout ce qui a trait à la police. J’ai des dizaines de livres à la maison sur les flics de Nouvelle-Zélande et du reste du monde. » Page 215
  • « J’ai aussi un tas de livres sur les tueurs en série, dit-elle en gardant les yeux fixés sur les miens. » Page 218
  • « Les livres de poche sur le canapé sont des romans à l’eau de rose. Martin ne lisait jamais des choses comme ça. Il ne lisait que des bandes dessinées. Elle trouve ça d’abord bizarre, puis encourageant que Joe aime des livres avec un semblant d’histoire. En prenant les dossiers posés près des livres, le contenu d’une chemise se renverse. » Pages 246 et 247
  • « Une bibliothèque contenant plus de jouets que de livres est coincée contre un des murs. » Page 274
  • « – C’est quoi son nom ?
    – Son nom ? Mais qu’y a-t-il dans un nom ?
    – Tout », je dis, me demandant si elle essaie de citer Shakespeare. Je décide que je ne peux pas lui accorder cette intelligence et je le range dans la case « coupe de chance ». » Page 274
  • « Quand je demande à examiner son registre, il fait pivoter le livre et me dit de faire comme chez moi. » Page 346
  • « Je cherche dans les dates, je guette la chambre que Calhoun a utilisée. Bien sûr, elle ne sera pas à son nom, mais je cherche quand même. Mon doigt descend sur plein de gens appelés John Smith, et d’autres avec des noms comme Ernest Hemingway ou Albert Einstein. » Page 346
  • « Le crime le plus important dans l’agglomération de Christchurch — en dehors de la mode et de l’architecture vieille Angleterre, des sniffs de colle, du trop-plein de verdure, de la conduite dangereuse, du stationnement illicite, du manque de parkings, des piétons errants, des magasins trop chers, du brouillard d’hiver, du brouillard d’été, des mômes en skateboard sur les trottoirs, des mômes en vélo sur les trottoirs, des vieux types hurlant des passages de la Bible à tous les passants, des policiers stupides, des lois stupides, du trop-plein d’ivrognes, du manque de boutiques, des chiens qui aboient, de la musique trop forte, des flaques d’urine devant les magasins le matin, des flaques de vomi dans les caniveaux et du décor grisâtre entre autres choses –, c’est le cambriolage. » Page 377
  • « On dirait bien que ma vie a suivi l’intrigue d’un roman sentimental typique. Je me sens comme un Roméo, et Melissa est ma belle Juliette. » Page 463
4,5 étoiles, E

L’enfant perdu

L’enfant perdu de John Hart.

Éditions Le Livre de Poche (Thriller) no 32329 ~ Publié en 2012 ~ 603 pages

Troisième roman de John Hart paru initialement en 2009 sous le titre « The Last Child ».

Depuis la disparition d’Alyssa, la sœur jumelle de Johnny, la famille Merrimon s’est disloquée. Ils ne font que survivre. Le père a quitté sa famille suite aux nombreux reproches de sa femme. Celle-ci s’est réfugiée dans l’alcool et les médicaments, elle vit sous l’emprise de son ancien copain de lycée. Johnny, 13 ans, joue de malice pour que les services sociaux ne découvrent pas qu’il doit se débrouiller seul. C’est aussi lui qui s’occupe sa mère. La police n’a pas le moindre indice et l’enquête sur la disparition stagne. Convaincu qu’il retrouvera sa sœur, Johnny décide de mener sa propre enquête. Il sèche les cours et sa quête le mène à espionner les pédophiles et délinquants sexuels de sa ville. De son côté, l’inspecteur Hunt est obnubilé par l’affaire. Il n’arrive pas à oublier l’enquête. La disparition d’une fillette un an jour pour jour de la disparition d’Alyssa et plusieurs autres découvertes macabres vont relancer les recherches.

Très bon roman policier. Le début de l’histoire nous permet de bien apprivoiser les personnages et leur petite ville de la Caroline du Nord. Le décor est lourd, chargé de drames et de misère. Les personnages sont plus vrais les uns que les autres et tous attachants à leur manière. Ils introduisent une puissante charge émotive au récit. L’histoire est très sombre et provoque des sentiments de révolte envers certains personnages. L’enquête est particulièrement difficile et embrouillée. Elle nous entraîne sur plusieurs fausses pistes. On se laisse séduire par la quête désespérée de Johnny pour retrouver sa sœur et l’on partage ses espoirs et ses découragements. Par contre, sa progression dans l’enquête parait un peu trop facile pour un jeune adolescent. A la fin du roman les pièces du puzzle se mettent en place et tout s’éclaire. L’histoire est passionnante et merveilleusement bien orchestrée. En résumé, un bon polar qui se lit avec beaucoup de plaisir.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 15 mars 2012

Lecture en tant que juré pour les Éditions Le livre de poche – Polar 2012 :

La littérature dans ce roman :

  • « Le Noir qui tenait une bible froissée, une bouteille de soda calée entre les cuisses, attirait aussi son attention. » Page 10
  • « Elle était allongée sur le côté, les cheveux dans la figure. Revue et livres s’amoncelaient sur la table de chevet. » Page 23
  • « En jetant un coup d’œil par-dessus le rebord de la fenêtre, Johnny l’aperçut. Vautré sur son lit, au milieu d’une foison de bandes dessinées, il lisait en se grattant. » page 131
  • « Il dit quelque chose qui mit son frère en rogne car ce dernier fit voler une bande dessinée avant de le flanquer à la porte en fermant à clé derrière lui. » Page 131
  • « Cette chambre ne ressemblait en rien à celle d’un garçon. Quasi vide. Ni jeux ni jouets, pas la moindre affiche. Un livre ouvert reposait à plat sur le lit. Il y en avait d’autres sur la commode – une longue rangée calée entre deux briques. » Page 164
  • « Il n’y avait rien de simple chez le garçon que Johnny était devenu. Cela sautait aux yeux : dans ses agissements, ses attitudes, cette chambre aux murs vides, y compris dans les livres qu’il possédait. Ce n’étaient pas des bouquins pour enfants. Il y était question d’histoire, de religions anciennes, de quêtes visionnaires, des rites de chasse des Indiens des Plaines. Il y avait un recueil de près de deux kilos sur les druides. Deux autres sur la religion des Cherokee. Ainsi que des ouvrages de la bibliothèque, marqués d’étiquettes blanches, carrées au dos. En examinant celui posé sur le lit, Hunt se rendit compte que Johnny l’avait emprunté quatorze fois de suite. Sans jamais le rapporter en retard. » Page 165
  • « Il lut le titre – Une histoire illustrée du comté de Raven – puis regarda la page où il était resté ouvert. À droite, une lithographie en noir et blanc représentait un vieil homme tiré à quatre épingles. Une barbe blanchâtre couvrait le devant de son col. Des yeux pareils à des éclats de silex. La légende indiquait : John Pandleton Merrimon, médecin et abolitionniste. 1858. » Pages 165 et 166
  • « Il ferma les yeux avant de glisser les deux lanières sur sa tête. Les plumes bruissèrent. La queue de serpent cliqueta contre sa peau. Il sortit alors la bible. Une bible noire, toute écornée. Son nom était gravé sur la couverture, en lettres dorées. » Page 169
  • « Quand il déchira la couverture de la Bible, l’éclat des flammes inonda d’or les lettres de son nom. Il sentit une bouffée de terreur superstitieuse, mais il posa la couverture du livre sur le feu et la regarda brûler. » Page 170
  • « Un ruban rouge ayant appartenu à Alyssa. Il l’attacha autour de son poignet, puis son regard passa des petits fagots à la bible qu’il tenait toujours. Il la souleva, la posa à terre, et les pages se dressèrent dans la chaleur comme si elle savait qu’elles aussi étaient destinées à brûler. » Page 170
  • « C’est là que tout avait commencé : impuissance et sang, des prières vaines et un livre à la tranche dorée qui parlait d’humilité et de soumission. » Page 171
  • « Il répéta les mots qu’il avait appris dans le livre, puis il écrasa des baies de genièvre entre ses mains et se macula la poitrine de jus. » Pages 171 et 172
  • « Enfin il jeta le reste de la bible de son enfance dans le brasier. En une fraction de seconde, il aurait pu tout reprendre, rattraper le livre avec des doigts avides et rentrer chez lui en restant le petit garçon fragile de sa mère. » Page 172
  • « – Tu veux que je t’achète des bonbons, une BD, quelques choses?
    – Des bonbons ?
    – Les enfants aiment ça, non ? » Page 288
  • « – On se calme, Pocahontas ! » Page 299
  • « – Tu te rappelles le bouquin qu’on a lu en cours d’anglais ? Sa Majesté des mouches ? À propos de ces garçons sur une île déserte qui deviennent sauvages sans la présence d’adultes pour leur dire comment faire autrement ? Ils fabriquent des lances, et de la peinture avec du sang. Ils vivent dans la jungle comme des primitifs, chassent le cochon, battent le tambour. Tu t’en souviens ?
    – Ouais. Et alors ?
    – Un jour, ils sont normaux, et le lendemain, les lois n’ont plus aucune importance. Ils en inventent des nouvelles, se créent des croyances. (Il marqua une pause, conscient de la véracité de ce qu’il était sur le point de dire.) Il y a des moments où je me sens comme eux.
    – Ces gosses essayaient de s’entre-tuer. Ils étaient fous, ces mecs !
    – Fous ?
    -Ouais.
    Johnny haussa les épaules.
    – J’ai bien aimé ce bouquin.
    – T’es con.
    – Peut-être bien. » Pages 302 et 303
  • « – Mon père veut pas que je traîne avec toi.
    – Pourquoi pas ?
    – Sa Majesté des mouches, mon vieux ! Il te considère comme dangereux. » Page 304
  • « Il découvrit un couteau de chasse par terre dans le placard de la chambre et un manuel sur le sexe sur une étagère. » Page 316
  • « Ensuite il alla dans sa chambre. Il commença par fourrer des habits dans son sac à dos, ainsi qu’une couverture. Il prit deux vestes dans son placard, une en jean, l’autre en coton. En se tournant vers le lit, il avisa son exemplaire d’Une histoire illustrée du comté de Raven, resté ouvert à la page consacrée à John Pendleton Merrimon, médecin et abolitionniste. Il effleura le portrait de son homonyme, puis il tourna la page. Le titre en gros caractères disait : Manteau de la liberté : premier esclave libéré du comté de Raven. Suivait l’histoire d’Isaac Freemantle, ainsi qu’une carte.
    Sur la carte figuraient la rivière et un sentier.
    Le sentier menait à un endroit précis.
    Johnny referma le livre brusquement et le rangea dans son sac. » Page 332
  • « Le feu démarrait à peine quand Jack trouva le fragment de la bible. En cuir noir, granité ; un morceau du dos, de cinq centimètres de long, carbonisé. On distinguait encore quelques lettres dorées. Jack le garda une longue minute dans sa main, et Johnny sut qu’il avait compris ce que c’était. Il regarda les doigts rabougris de son ami effleurer les lettres, puis il se redressa, lui prit le fragment et le jeta dans le feu. » Page 340
  • « – J’ai été sympa, je l’ai bouclée. À propos de ça. De ce qu’on dit dans le journal. Des choses que tu m’as cachées. Les serpents, les talismans, toutes ces conneries vaudoues. (Il secoua à nouveau la tête.) mais là, tu dépasses les bornes. Tu peux pas brûler la Bible, ça se fait pas. Même moi, je le sais.
    – C’est juste un livre.
    – Retire ce que tu viens de dire.
    – C’est juste un livre, répéta Johnny d’une voix plus forte, et ça ne marche pas. Ça ne change rien à rien. » Page 341
  • « – Viens ici, l’invita Johnny en fouillant dans le sac qu’il avait apporté de chez lui.
    Il en sortit le livre sur le comté de Raven qu’il garda fermé dans sa main. » Page 344
  • « Johnny alluma la torche et ouvrit le livre à la page concernant Isaac Freemantle. » Page 345
  • « Johnny continua à désigner le sentier jusqu’à la lisière du marécage. Deux mots étaient écrits à cet endroit : Hush Arbor.
    – C’est là qu’il allait. C’est là qu’on le trouvera.
    – Je pige pas, vieux.
    Johnny referma le livre.
    – Ça remonte à loin, d’accord. À l’époque des esclaves » Pages 345 et 346
  • « – Ils ne voulaient pas que les esclaves s’instruisent alors.
    – Ça les a pas empêchés. Les esclaves africains, les Indiens. Ils ont appris à lire, y compris la Bible, mais il fallait qu’ils fassent ça discrètement parce que, eux aussi étaient conscients du danger. Ils étaient plus futés que leurs propriétaires le croyaient. Ils savaient qu’ils seraient punis pour leur foi. Vendus. Peut-être même tués. Alors ils s’adonnaient à leur culte dans les bois, dans les marécages. Des endroits secrets. Cachés. Tu me suis ? » Page 346
  • « – Ils étaient trop intelligents pour construire vraiment des églises. Ils savaient bien que quelqu’un finirait par les trouver. Mais la forêt, c’est juste la forêt, et un marécage, ce n’est que de la boue, de l’eau, des serpents, de la merde. Alors c’est là qu’ils allaient. Ils chantaient leurs hymnes à Dieu, dansaient pieds nus, attestant ainsi de leur nouvelle foi.
    – Tout ça c’est marqué dans le livre ? » Page 347
  • « – Ils ont fini par se faire repérer. Trois esclaves furent lynchés dans le havre de silence en question, puis pendus aux arbres qui constituaient leur église. On allait pendre Isaac aussi, mais son propriétaire est intervenu. Un fusil dans une main, la Bible dans l’autre, il a tenu la foule en respect. On raconte qu’il a fait venir Dieu du ciel et menacé d’abattre le premier homme qui s’avançait. Personne n’a osé prendre le risque. C’est comme ça qu’il a saucé la vie de cet esclave. » Page 347
  • « – Comment tu sais tout ça ? Tu m’as dit que ce n’était pas dans le livre.
    – Mon arrière-arrière-grand-père s’appelait John Pendleton Merrimon. Comme moi.
    – Ouais. Et alors.
    – C’était le type avec le fusil et la bible. » Page 348
  • « Johnny fit une halte pour comparer le plan figurant dans son livre avec la carte routière du comté de Raven. » Page 365
  • « – Tu as une bible ?
    – Non. (Johnny se sentait gêné tout à coup.) Mais je connais quelques mots. » Page 412
  • « Johnny repensa aux interminables nuits passées à lire la Bible, aux heures où sa mère s’abîmait dans ses prières, à sa propre quête d’un sens. Il eut un blanc au début, et puis il formula les seuls mots dont il arrivait à se souvenir. » Pages 412 et 413
  • « Hunt actionna l’interrupteur et son regard se posa sur le lit. Faute d’y voir ce qu’il cherchait, il se dirigea vers la rangée de livres posés sur la commode. Il passa les titres en revue.
    – Il n’est pas là.
    – Quoi donc ?
    – Johnny avait un livre d’histoire sur le comté de Raven. À peu près de cette taille-là, ajouta-t-il en lui montrant la forme du livre. Il était sur le lit il y a quelques jours. Ça vous dit quelque chose ? »Pages 497 et 498
  • « Après avoir raccroché, il appela les renseignements pour obtenir le numéro de la bibliothèque du comté de Raven. L’opératrice le lui donna avant de le mettre en relation.
    – Bureau des prêts.
    Une voix d’homme. Hunt lui expliqua ce qu’il voulait ; il entendit le cliquetis des touches d’un clavier.
    – Ce livre est sorti.
    – Je sais. En avez-vous un autre exemplaire ?
    – Je vérifie. Oui, nous en avons un autre.
    – Gardez-le-moi au chaud, dit Hunt. Comment vous appelez-vous ? » Page 499
  • « Freemantle.
    Hunt connaissait ce nom pour l’avoir lu dans le livre de Johnny. » Page 500
  • « Hunt mit son gyrophare. Il dévala Main Street à cent à l’heure et se gara dans le parking de la bibliothèque en laissant tourner le moteur. Deux minutes plus tard, il était de retour, le livre à la main. » Page 500
  • « Hunt compara la carte du livre avec la carte routière qu’il avait sortie de la boîte à gants. » Page 501
  • « Il aperçut l’inspecteur Cross dans le jardin ; ainsi que sa femme et Gerald. Cross hurlait. Sa femme était à genoux, une bible à la main, abîmée dans la prière. » Page 574
4,5 étoiles, S

Sauver sa peau

Sauver sa peau de Lisa Gardner.

Éditions Le Livre de Poche (Thriller) no 32328 ~ Publié en 2011 ~ 502 pages

Roman de Lisa Gardner paru initialement en 2007 sous le titre « Hide ».

Tanya retourne à Boston après une enfance d’errance avec ses parents. Depuis qu’elle a 7 ans, ils n’ont cessé de fuir. À tous les 18 mois, ils changeaient d’identité et déménageaient dans une nouvelle ville. Pourquoi la fuite, on ne lui a jamais expliqué. Son père lui a seulement appris à se méfier de tout. Depuis que ses parents sont décédés, elle s’interroge sur les mystères entourant sa famille et sur les causes des changements d’identité. De son côté, la police de Boston fait une découverte macabre sur le terrain de l’ancien asile psychiatrique. Les corps momifiés de six fillettes sont retrouvés dans une chambre souterraine. L’une d’elles porte un médaillon au nom d’Annabelle Granger. Décidant de sortir de l’ombre Tanya révèle sa vraie identité à la police de Boston car elle est Annabelle Granger. S’en suit une enquête menée par la commandant D.D. Warren et l’agent Bobby Dodge. Le résultat de l’enquête fournira-t-il à Annabelle les réponses à ses questions ?

Très bien orchestré, ce roman policier est mené de main de maître. L’intrigue est subtilement mise en place dès les premières pages et les faits se développent de façon magistrale. Les pistes sont nombreuses mais cohérentes et on se laisse aisément prendre au jeu. L’écriture est rythmée et dynamique, donnant une légèreté à l’histoire qui en fait ne l’est pas. De plus, il y a assez de rebondissements pour nous tenir en haleine tout au long du livre. Les personnages sont crédibles à l’exception peut-être de la trop caricaturale D.D. Warren. C’est le genre de femme qui se donne tout les droits parce qu’elle est une femme dans un milieu d’homme et qu’elle doit (se) prouver qu’elle est meilleure qu’eux. Les traits psychologiques des personnages principaux sont bien décrits par contre pour une meilleure compréhension ceux des personnages secondaires auraient pu être plus élaborés. Ceci-dit, c’est un très bon roman policier.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 25 février 2012

Lecture en tant que juré pour les Éditions Le livre de poche – Polar 2012 :

La littérature dans ce roman :

  • « Mes doigts qui effleuraient le bureau couvert d’autocollants, rebondissaient sur les photos encadrées de mes grands-parents, survolaient ma brosse argentée ciselée et mon immense miroir à main. Je fis l’impasse sur mes livres. » Page 8
  • « – Je ne sais pas, répondis-je en me frottant les tempes. Un cadeau. Devant notre porte. Emballé dans une BD de Snoopy. » Page 61
  • « Sortie du magasin, je rangeai le mug dans mon dac à dos à côté de mes livres de classe et regagnai la cour de l’école. » Page 79
  • « – Oh, merdre, dit D.D. Le médaillon. Emballé dans un BD de Snoopy, c’est bien ce qu’à dit Annabelle ? » Page 112
  • « J’avais trouvé sur Internet des informations sur le site de l’hôpital psychiatrique. Je savais qu’il avait été fondé sous le nom d’Asile pour aliénés de Boston en 1839, avant de devenir l’Hôpital public de Boston en 1908. À l’origine, l’établissement accueillait quelques centaines de patients et fonctionnait davantage comme une ferme en autarcie que comme un modèle pour Vol au-dessus d’un nid de coucou. » Page 149
  • « Pourquoi lire Bonsoir lune à son enfant quand on peut lui lire Monstres du vingt et unième siècle ? » Page 158
  • « Je venais le dimanche, je lui lisais des livres pour enfants, on chantait des comptines idiotes. » Page 178
  • « Elle est obsédée par l’idée que j’ai piégé Bobby pour qu’il tue mon mari. Je crois qu’elle lit trop de romans policiers. » Page 238
  • « Il se prenait pour Roméo et nous avions banni sa Juliette. » Page 308
  • « Quelque chose de petit, rectangulaire et soigneusement emballé dans du papier de couleur vive, la BD du dimanche… » Page 381
  • « Un paquet plat rectangulaire. Snoopy, perché sur sa niche rouge, souriait sur le dessus. » Page 382
  • « Ils se rapprochaient de l’épicentre de la catastrophe, une petite boîte rectangulaire de dix centimètres sur quinze, soigneusement emballée dans les bandes dessinées, qui attendait devant ma porte. » Page 384
  • « Au moins vue de l’extérieur, la boite me rappelle les cadeaux reçus quand j’étais petite. Il les emballait toujours dans des bandes dessinées. » Page 385
  • « Un instant plus tard, le faux doudou devint une pièce à conviction. Ensuite ce fut le tour de la boîte et du papier de soie. Puis des bandes dessinées du dimanche. » Page 388
  • « Je n’arrivais pas à faire remonter quoi que ce soit. Pas même le souvenir d’un cadeau emballé dans une bande dessinée. » Page 409
  • « Bobby allait demander à un collègue de se renseigner sur l’endroit où se trouvait M. Petracelli la nuit précédente, même si, pour être tout à fait honnête, déposer des cadeaux emballés dans des bandes dessinées était sans doute un poil trop subtil pour quelqu’un qui avait de toute évidence perdu la boule. » Page 412
  • « Première impression de Bobby sur Paul Schuepp : environ cinq centimètres de plus que Yoda et deux ans de moins que Mathusalem. » Page 413
  • « J’ai un agent. Elle pense pouvoir m’obtenir des millions de dollars de la part d’un grand studio d’Hollywood. Et, bien sûr, il va y avoir un livre. Je ne me vois pas raconter mon histoire à la télévision. » Page 492
4,5 étoiles, F

Le fléau, tome 1

Le fléau, tome 1 de Stephen King.

Éditions J’ai Lu ~ Publié en 1992 ~ 510 pages

Quatrième roman de Stephen King paru initialement en 1978 sous le titre « The stand ». Ce roman a fait l’objet d’une réédition augmentée en 1990.

En 1990, dans un laboratoire de l’armée américaine, un virus mortel est libéré dans les locaux. Un bris dans la sécurité va permettre à Charlie Campion de quitter le bâtiment. Il contaminera en premier lieu les membres de sa famille et tout les gens qu’il croisera dans sa fuite. Le taux de contamination est de 94,4%. Cette Super-grippe décimera par la suite la population d’un bout à l’autre des États-Unis. Les survivants qui semblent être immunisés devront faire face à la disparition de la civilisation. Seul ne sachant que faire, ni où aller les survivants voudront retrouver leurs semblables. Va alors commencer pour ceux-ci un long périple dans lequel ils devront enjamber les cadavres pourrissants. Leurs rêves seront visités soit par le terrifiant Homme noir soit par Mère Abigaël une afro-américaine originaire du Nebraska, âgée de 108 ans.

Ce premier tome met en scène une galerie de personnages plus intéressants les uns que les autres. De ceux-ci quelques-uns seulement vont survivre. La mise en place des personnages est particulièrement efficace, on passe d’une personne à l’autre, d’une histoire à l’autre, d’une ville à l’autre sans perdre le rythme. On devient alors témoin de la propagation inexorable de la maladie. J’ai été prise par l’histoire dès les premières pages et me suis laissée entraîner avec délectation jusqu’à la dernière page. Stephen King n’y va pas dans la dentelle lorsqu’il décrit les cadavres, les agonies et les mesures prises par le gouvernement lors de cette apocalypse. La fin de notre société par la propagation d’un virus semble tellement crédible que c’est saisissant. Vivement la suite.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 25 décembre 2011

Le Fléau – Tome 2 – Tome 3

Ving-sixième lecture de mon défi 26 livres – 26 auteurs édition 2011

La littérature dans ce roman :

  • « Et elle se mit à rire d’elle-même, d’un rire un peu amer. Tu en fais toute une histoire, se dit-elle, comme si le monde entier attendait cette nouvelle. Chapitre six : Hester Prynne annonce au révérend Dimmesdale l’arrivée imminente de Pearl. Non, ce n’était pas Dimmesdale, mais Jess Rider, vingt ans, un an de moins que Notre Héroïne, la jolie Fran. » Page 38
  • « Mais il m’a fait prendre mon sac à dos et n’est-ce pas Robert Frost, le grand poète, qui disait que chez soi, c’est l’endroit où il faut bien qu’on vous ouvre la porte quand vous vous pointez, ou quelque chose de genre ? » Page 81
  • « – Jess veut bien faire, reprit-elle; il est plein de bonnes intentions. Mais… nous sommes allés à un récital de poésie au début de l’année. Un type qui s’appelait Ted Enslin. C’était plein. Tout le monde écoutait très sagement… très attentivement… pour ne pas perdre un mot. Et moi… tu me connais.
    Il lui passa gentiment le bras autour du cou :
    – Franny a eu le fou rire.
    – Exact. Tu me connais vraiment bien.
    – Un peu, en tout cas.
    – Un fou rire juste comme ça, sans aucune raison. Et je me disais : « Il est cradingue, cradingue, on est tous venus là pour écouter un vieux dingue cradingue. » Il y avait du rythme, comme une chanson à la radio. Et j’ai eu le fou rire. Je ne voulais pas. Rien à voir avec les poèmes de Ted Enslin, ils étaient très bons, rien à voir avec son allure. C’était la manière dont les autres le regardaient. » Pages 94 et 95
  • « – Si ! répondit-il brusquement, désemparé tout à coup. Je suis un vieil homme qui essaie de donner un conseil à sa fille, comme un singe qui voudrait apprendre à un ours à se tenir à table. Un ivrogne m’a pris mon fils il y a dix-sept ans et ma femme n’a jamais plus été la même depuis. J’ai toujours vu la question de l’avortement en pensant à Fred. On dirait que je suis incapable de faire autrement comme toi tu étais incapable d’arrêter ton fou rire à ce récital de poésie, Frannie. Ta mère te donnerait toutes les raisons habituelles. Elle te parlerait de morale. Une morale vieille de 2 000 ans. Le droit à la vie. Toute notre morale occidentale est fondée là-dessus. J’ai lu les philosophes. Je fouille dans leurs livres comme ta mère fouille dans les étagères des supermarchés. Ta mère en est restée au Reader’s Digest, mais c’est moi finalement qui argumente avec mon cœur, et elle avec les codes de morale. Je vois Fred, c’est tout. Il était complètement démoli. Aucune chance de s’en sortir. Les cocottes pro-vie brandissent leurs photos de bébés nageant dans de l’eau salée, leurs photos de bouts de bras et de jambes sur des tables d’acier inoxydable. Et puis après ? La fin d’une vie n’est jamais jolie. Moi je vois Fred, couché sur ce lit pendant sept jours, enveloppé dans ses bandes, comme une momie. La vie ne vaut pas cher, et l’avortement la rend encore moins chère. Je lis plus qu’elle, mais c’est elle qui a les idées plus claires en fin de compte. Ce qu’il faut faire, ce qu’il faut dire… tout ça dépend si souvent de jugements arbitraires. Je n’arrive pas à l’accepter. C’est comme un blocage dans ma gorge, coir que toute véritable logique semble procéder de l’irrationalité. De la foi. Tu trouves que j’ai les idées passablement embrouillées, non ? » Pages 97 et 98
  • « Sa pièce favorite avait toujours été l’atelier de son père, dans l’appentis qui reliait la maison à la grange. On y entrait par une petite porte qui faisait à peine un mètre cinquante de haut, presque cachée derrière le vieux poêle à vois de la cuisine. Un excellent début, cette porte : délicieusement petite et dissimulée, comme les portes des contes de fées ou des rêves. Quand elle avait grandi, il lui avait fallu se pencher pour passer, comme le faisait son père – sa mère ne mettait jamais les pieds dans l’atelier, à moins d’y être absolument obligée. C’était une porte comme celles qui s’ouvrent sur un monde de rêve dans Alice aux pays des merveilles. Un temps, elle s’était amusée à croire, sans le dire même à son père, qu’un jour, en l’ouvrant, ce ne serait pas dans le tout l’atelier de Peter Goldshmith qu’elle trouverait, mais un passage souterrain qui la conduirait du pays des merveilles à Hobbiton, un tunnel étroit mais presque douillet avec son plafond tapissé de grosses racines qui vous faisaient une bonne bosse si vous vous cogniez le front. Un tunnel qui sentait non pas la terre humide, les vers et les vilaines bestioles, mais la cannelle et les tartes au pommes, un tunnel qui aboutissait dans l’office où Mr. Bilbo Baggins célébrait son cent onzième anniversaire… » Page 142
  • « Sur la cheminée, au-dessus du vieux fusil de chasse, se trouvait un gros album. Carla était une sorte de généalogiste amateur et toute sa famille se trouvait dans ce livre…au moins jusqu’en 1638, lorsque le premier de ses ancêtres identifiables était sorti suffisamment longtemps de la foule anonyme des Londoniens pour que son nom soit inscrit dans quelque très ancien registre paroissial comme celui de Merton Downs, franc-maçon. » Page 148
  • « L’étalage des livres de poche se renversa. Puis la Schmeisser se trouva à court de munition, et ce fut le silence, assourdissant. L’odeur. Le magasin empestait la poudre. » Page 179
  • « Le livreur lut avec toute la concentration d’un élève studieux qui s’apprête à attaquer Moby-Dick. » Page 195
  • « Il aimait beaucoup la science-fiction et s’achetait parfois de vieux livres à moitié déchirés, découverts sur les étagères poussiéreuses des brocanteurs de campagne. » Page 207
  • « Il transporta la télévision à côté de son lit (« Tu vas attraper une hernie », avait-elle dit en reniflant), lui avait apporté du jus de fruits et un vieux flacon de gouttes contre le rhume. Puis il avait couru chez le marchand de journaux lui acheter quelques livres de poche. » Page 216
  • « – En fait, le médecin pense que c’était peut-être mieux pour ses poumons et ses bronches qu’elle reste assise. Il n’en a pas dit plus. Mais sa femme connaît très bien Carla. Nous savions parfaitement lui et moi que ta mère a un peu couru après cette grippe. Elle est présidente du Comité historique, elle passe vingt heures par semaine à la bibliothèque, elle est secrétaire du Club des femmes et du Club des amateurs de littérature, elle s’occupe des campagnes de charité depuis que ton frère est mort, ou même avant, et l’hiver dernier, comme si ce n’était pas assez, elle a accepté de s’occuper aussi de la Fondation pour les maladies du cœur. » Page 231
  • « – Ma fille m’a donné un recueil de poèmes il y a quelques années. Un certain Yeets. Elle prétend que tous les militaires devraient lire Yeets. Une plaisanterie sans doute. Tu as déjà entendu parler de Yeets, Len ?
    – Je crois que oui, répondit Creighton qui ne jugea pas utile de préciser que le nom du poète s’écrivait Yeats et de prononçait Yates.
    – Je l’ai lu du début jusqu’à la fin, reprit Starkey en contemplant l’écran qui montrait la cafétéria à jamais endormie. Sans doute parce qu’elle s’imaginait que je n’ouvrirais pas son bouquin. Il ne faut jamais être trop prévisible. Je n’ai pas compris grand-chose – ce type était sans doute un fou – mais j’ai lu ses machins. Drôles de poèmes. Pas toujours en vers. Il y en a un qui m’est toujours resté dans la tête. Il y parlait de la vie comme je l’ai toujours vue, sa grandeur, son désespoir. Il disait que tout s’écroule, que le centre ne tient plus. Je crois qu’il voulait dire que le centre se désagrège, Len. Je crois bien que c’est ça. Yeets savait que tôt ou tard les choses se désagrègent complètement. Il avait au moins compris ça.
    – Sans doute, répondit doucement Creighton.
    – La fin du poème m’a donné la chair de poule la première fois que je l’ai lu, et même encore maintenant quand je le relis. Je sais le passage par cœur. « Voici la bête cruelle, son heure enfin venue. Vers Bethléem elle se traîne, bientôt elle va y naître. »
    Creighton ne disait rien. Il n’avait rien à dire.
    – La bête est en marche, reprit Starkey en se retournant.
    Il pleurait, grimaçait un sourire.
    – Elle arrive, et elle est bien plus cruelle que ce Yeets ne l’imaginait. Tout fiche le camp. Notre boulot, c’est de tenir aussi longtemps que nous pourrons. » Pages 239 et 240
  • « Il lirait n’importe quoi en attendant que cuise son repas sur un petit feu de camp dont la fumée resterait invisible : un roman porno aux pages déchirées, sans couverture, Mein Kamps peut-être, une bande dessinée, une déclaration incendiaire de quelque mouvement patriotique réactionnaire. En fait d’imprimés, Flagg n’était pas regardant. » Page 246
  • « Ce Bradenton était un poète qui donnait parfois des cours du soir quand il ne sillonnait pas l’Utah, le Nevada et l’Arizona, faisant des conférences dans les universités où il espérait étonner ces bons petits enfants de bourgeois en leur annonçant que la poésie était toujours vivante – soporifique, sans aucun doute, mais toujours investie d’une certaine hideuse vitalité. » Page 248
  • « Bradenton n’était qu’un maillon de la chaîne. Il y en avait des milliers d’autres – des milliers de ces fous qui parcouraient le pays avec leurs livres et leurs bombes. » Page 248
  • « – Tour vas dépendre du jury. Douze connards. J’aimerais douze braves dames de quarante-deux ans qui connaissent par cœur le Petit Chaperon rouge et qui font des petits enterrements dans leur jardin quand leur perruche crève. » Page 260
  • « Le pasteur, Braceman, était avec elle le 23, quand Nick était arrivé. Il lui lisait la Bible dans le salon, mais il avait l’air nerveux et pressé de s’en aller. » Page 265
  • « Rita Blakemoor souriait et il fut à nouveau frappé par son élégance nonchalante. On aurait dit un personnage d’un roman de Irwin Shaw. Nightwork peut-être, ou celui qu’on avait adapté pour la télévision quand il était tout petit. » page 318
  • « Un citation de l’Évangile, une paraphrase en fait, lui traversa la tête sans aucune raison particulière : Avant de vouloir enlever la paille dans l’œil de ton voisin, occupe-toi de la poutre dans le tien. » Page 322
  • « Comme dans Alice au pays des merveilles, tout devenait de plus en plus curieux. » Page 325
  • « Harold était rédacteur en chef de la revue littéraire du lysée d’Ogunquit. Il écrivait d’étranges nouvelles, toujours au présent et à la deuxième personne du pluriel. Vous descendez le délirant corridor et vous pourrez d’un coup d’épaule la porte fracturé et vous regardez les athlètes – c’était son style. » Page 330
  • « Frannie s’en foutait qu’il se branle, qu’il traîne sa graisse ou qu’il imite cette semaine Wright Morris ou Hubert Selby. » Page 330
  • « Pour nouer sa cravate, elle lui cala la tête avec deux volumes de l’Encyclopédie universelle. » Page 338
  • « Trois ans plus tôt, Stu avait acheté un livre pour un de ses neveux qui habitait Waco. Il avait trouvé une boîte pour l’envoyer par la poste mais, comme détestait emballer les cadeaux encore plus qu’il détestait la lecture, il l’avait ouvert à la première page, croyant qu’il n’allait lire que quelques lignes pour voir de quoi il s’agissait. Mais il avait lu la première page, puis la deuxième… et il avait été incapable de refermer le bouquin. Il était donc resté debout toute la nuit, fumant cigarette sur cigarette, buvant une tasse de café après l’autre, absorbé par sa lecture qui n’avançait pourtant pas très vite car il n’était guère habitué à lire pour son plaisir. Une histoire de lapin, un comble. Le plus stupide des animaux, le plus trouillard… sauf que le type qui avait écrit ce livre en parlait autrement. Vous finissiez par vous sentir de leur bord. Une histoire formidable, et Stu qui lisait avec la lenteur d’un escargot l’avait terminée deux jours plus tard. » Page 342
  • « Puis les deux genoux retombèrent des deux côtés de sa cage thoracique et l’entrejambe des jeans de Richard Fry s’immobilisa à quelques centimètres de sa poitrine, comme une fourche, ses yeux de braise braqués sur Bradenton comme deux torches perçant l’obscurité d’un donjon dans un roman d’épouvante. » Pages 356 et 357
  • « Dans des paysages comme celui-ci, n’importe qui pouvait devenir Iago. » Page 359
  • « Nick Andros lisait un livre qu’il avait été chercher chez le marchand de journaux – l’histoire d’une gouvernante qui se croyait dans un manoir hanté. Il n’était pas encore arrivé à la moitié du roman, mais il savait déjà que le fantôme était en réalité la femme de châtelain, probablement enfermée dans le grenier et folle à lier. » Page 371
  • « Il laissa tomber le livre sur le bureau et sortit dans la rue. » Page 371
  • « C’était la vie, jusqu’à ce qu’il se retrouve un soir dans le vestibule de l’église méthodiste, un bidon de vingt litres d’essence à la main, en train de tout asperger autour de lui – particulièrement les vieux recueils de cantiques entassés dans un coin – et il s’était arrêté. Et il avait pensé : C’est pas bien, c’est pas bien du tout, c’est STUPIDE, ils vont savoir que c’est toi, ils diraient que c’est toi-même si c’était quelqu’un d’autre, et ils vont t’enfermer ; il réfléchissait et l’odeur de l’essence lui remplissait les narines tandis que des voix papillonnaient et tourbillonnaient dans sa tête, comme des chauves-souris dans un beffroi hanté. » Page 383
  • « – Pas du tout. Tu restes assis. Je servais toujours une deuxième tasse à mon mari. Il y tenait. Même si je ne voyais rien d’autre que son crâne au petit déjeuner. Il était toujours caché derrière son Wall Street Journal ou un énorme bouquin très ennuyeux, dans le genre Böll, Camus. Il lisait même Milton ! Avec toi c’est différent. Ce serait dommage de cacher ta jolie gueule derrière un journal. » Page 391
  • « Finalement, il était tombé sur le lit, inconscient, hors d’haleine. Et Fran avait cru que la fin était proche. Mais le lendemain matin, quand elle était allée le voir, Gus était assis dans le lit et lisait un roman de cow-boys qu’il avait trouvé sur une étagère. » Pages 421 et 422
  • « Elle avait préparé une soupe qu’il avait mangée de bon appétit et, quand il s’était plaint d’avoir du mal à lire sans ses lunettes qu’il avait cassées lorsqu’il avait pris son tour de garde à la barricade de la sortie sud de la ville, la semaine précédente, elle avait pris le livre (malgré ses protestations) et lui avait lu quatre chapitres du roman. L’auteur était une femme qui habitait un peu plus au nord, à Haven. Noël sanglant, c’était le titre du livre. Le shérif John Stoner semblait avoir bien des difficultés avec les voyous de Roaring Rock – pire, il ne trouvait pas de cadeau de Noël pour sa jolie et charmante jeune femme. » Page 422
  • « La pelouse des Lauder descendait en pente douce jusqu’à un petit mur de pierres sèches. Au milieu du jardin s’élevait la pergola octogonale où Amy et elle jouaient à la dînette quand elles étaient petites. Frannie s’en souvint tout à coup et cette image lui fit mal. L’époque où elles pleuraient toutes les deux en lisant des romans d’amour, où elles gloussaient en parlant du beau Chuckie Mayo, le plus beau garçon du lycée. » Page 425
  • « Il est effectivement possible de faire quatre États – Connecticut, Rhode Island, Massachusetts et l’extrême sud du Vermont – en vingt-quatre heures, à condition de choisir très bien son itinéraire, mais c’est un peu comme ces devinettes avec des bouts d’allumettes – facile si tu connais la solution, impossible autrement.
    – Mais où as-tu trouvé ça ?
    – Dans le Guiness, le Grand Livre des records, l’inévitable bible du lycée d’Ogunquit. » Page 432
  • « L’après-midi, elle sortit une chaise et s’installa devant la porte d’entrée pour lire son livre. Un livre qui s’intitulait Satan, maître de la planète Terre. Une histoire macabre, mais plutôt amusante. Les pécheurs et les ingrats avaient reçu leur juste punition, comme l’annonçait le livre. Ils étaient tous morts. Sauf quelques hippies qui cherchaient des femmes pour les violer, mais elle saurait quoi faire s’ils venaient par ici. » Page 460
  • « – Tu sais ce que la Bible dit de ces gens-là ? demanda Flagg d’une voix douce. Elle dit que les grands seront abaissés, que les puissants seront abattus, que les orgueilleux seront brisés. Et tu sais ce qu’elle dit des gens comme toi, Lloyd ? Elle dit : Bénis soient les humbles de cœur, car ils hériteront de la terre. Et elle dit encore : Bénis soient les pauvres d’esprit, car ils verront Dieu. » Page 479