3,5 étoiles, V

Les Voyageurs malgré eux

Les Voyageurs malgré eux d’Elisabeth Vonarburg

Éditions Alire, 2009, 560 pages

Roman écrit par Élisabeth Vonarburg et paru initialement en 1994.

L’Enclave de Montréal est l’une des trois zones francophones du Nord-Amérique. Les deux autres zones sont la Louisiane et le Royaume des Sags. Catherine est enseignante de littérature au Collège français de Montréal-Enclave. En se promenant à travers les canaux de l’Enclave, Catherine est prise à plusieurs reprises de visions qui lui semblent bien réelles. De plus, elle fait des rêves qui sont aussi étranges que ses visions. Ces deux phénomènes viennent perturber son quotidien et lui font prendre conscience que quelque chose cloche. Lors d’une de ses promenades, elle rencontre une jeune amérindienne qui la met en garde contre le gouvernement et semble savoir ce que sont les visions. Afin de s’aérer l’esprit et ne pas passer la période de Noël seule, elle décide d’aller passer quelques jours à Quebec city chez une amie. Mais son voyage ne fera que la pousser plus en avant dans des problèmes politiques et elle réalisera qu’elle a perdu une bonne partie de sa mémoire. Elle sera soupçonnée par le gouvernement d’être une agente du Nord. Pour survivre, elle sera obligée de fuir vers le Royaume des Sags.

Un roman de « science-fiction philosophique » intéressant et exigeant. L’auteur a créé dans ce roman un univers très complexe avec de multitudes de questions d’ordre philosophique, sociologique et politique. Lors de la lecture, il faut que le lecteur soit très attentif car il doit conceptualiser et comprendre les différents univers proposés (rêves, visions, monde actuel modifié …). Afin de bien poser ces différentes facettes de l’histoire l’auteur a malheureusement créé certaines lourdeurs et longueurs dans le texte. La relecture de certains passages ou chapitres est parfois nécessaire pour bien comprendre la trame et le dénouement de l’histoire. La lecture des nouvelles citées par l’auteur dans les repères bibliographiques aurait-elle faciliter l’immersion dans cet univers ? La question se pose et est très pertinente. Les personnages manquent de finesse, surtout les personnages secondaires qui semblent n’avoir qu’une seule dimension comme la mauvaise foi pour celui de Joanne. Un texte qui fait réfléchir sur plusieurs domaines tel que la spiritualité, les religions, le pouvoir et les gouvernements. Malgré sa complexité et sa lourdeur, une histoire très intéressante et captivante par moments pour les initiés de l’auteur.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 18 janvier 2019

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4 étoiles, C, N

Ce que vivent les hommes, tome 1 : Les Noëls blancs

Ce que vivent les hommes, tome 1 : Les Noëls blancs de Christian Signol

Éditions Albin Michel, 2000, 281 pages

Premier tome de la série « Ce que vivent les hommes » écrit par Christian Signol et paru initialement en 2000.

La vie est dure et exigeante pour la petite famille Barthélémy. Leur survie passe par les maigres récoltes de la ferme logée dans les montagnes du Limousin qui sont enneigées 5 mois par année. En ce matin du 1er janvier 1900, la journée commence comme toutes les autres. François, alors âgé de huit ans, en est bien désappointé. Ses attentes étaient grandes, il était convaincu que « ce matin du nouveau siècle, lui apporterait quelque chose de neuf, d’exceptionnel, quelque chose que nul n’avait jamais connu » mais rien ne semble avoir changé. Les trois enfants Barthélémy sont loin de s’imaginer ce que le XXe siècle va leur apporter. Malgré les sacrifices effectués par Auguste et Élise pour le bonheur de la famille, les trois enfants devront partir gagner leur vie chacun de leur côté. Ils devront alors s’adapter à leur environnement et y évolueront avec forces et caractères. Les aléas de la vie vont les éloigner physiquement les uns des autres mais ils seront toujours liés par un amour filial et une volonté de protection mutuelle. Comme pour tout le monde, leurs vies seront de longues suites de bonheurs et de déboires, de succès et d’échecs, avec leur lot de difficultés.

Une lecture simple et émouvante sur l’amour filial. Christian Signol nous fait découvrir dans ce beau roman la vie d’une famille attachante. Dans un premier temps, il nous fait découvrir les membres de cette famille à travers leurs difficultés, leurs petits bonheurs et surtout à travers la tendresse mutuelle qu’ils ont les uns envers les autres. Dans un deuxième temps, il nous fait découvrir l’histoire de premier tiers du XXe siècle par le biais de leurs quotidiens. La plume de Signol est douce et percutante. Douce, car ses personnages sont tendres et attachants et il dépeint merveilleusement bien la beauté de la nature. Percutante, car son traitement de la guerre est remarquable, il décrit de façon très réaliste les horreurs de la guerre avec ses ravages, ses odeurs de mort et la folie des hommes. Malgré quelques longueurs, cette lecture en est une de qualité. Le lecteur découvre la vie quotidienne menée en France lors de la première guerre mondiale que ce soit celle des militaires ou celle des membres des familles restées à la maison. Une lecture facile et tout en douceur.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 29 décembre 2018

3,5 étoiles, M, T

Malphas tome 2 : Torture, luxure et lecture

Malphas tome 2 : Torture, luxure et lecture de Patrick Senécal.

Éditions du club Québec loisirs, 2012, 498 pages

Deuxième tome de la série « Malpha » écrit par Patrick Senécal et paru initialement en 2012.

Malgré les deux cadavres trouvés dans les casiers, le CÉGEP est toujours ouvert. Aucun changement n’a été fait à l’horaire des cours. Les membres du personnel et les étudiants se remettent tranquillement des terribles événements en essayant de reprendre la routine. Julien est plus motivé que jamais à trouver ce qui se cache dans cette école. Il continu avec son acolyte Gracq à enquêter sur les phénomènes étranges qui se sont déroulés depuis l’ouverture de l’école. Michel Condé, un nouvel enseignant fait son arrivé au département de littérature. Dès son arrivée, celui-ci propose de mettre sur pied et de diriger un club de lecture qui serait ouvert à tous les habitants de Saint-Trailouin. Pour se changer les idées, Julien décide d’y participer. Les réunions du club se tiennent dans une classe récemment rénovée. Étant donné les antécédents de Malphas, plusieurs événements étranges se produisent pendant et après les réunions du club. Même les participants sont affectés et ont des comportements de plus en plus étranges.

Une suite qui fait honneur au premier tome. Patrick Senécal poursuit l’histoire sanglante et humoristique qu’il a commencé dans « Le cas des casiers carnassiers ». Cependant, la mise en place de l’histoire du Club lecture est un peu longue et le lecteur perd de vue l’enquête de Julien. Passé la moitié du roman, l’histoire s’accélère et plonge le lecteur dans l’absurdité et l’horreur des comportements déviants des membres du club. Il est incontestable, à la lecture de cette série, que Senécal a une imagination débordante et tordue. Il conserve son style et sa plume axés sur l’horreur et il entretien bien le côté inquiétant de l’atmosphère du cégep. De plus, il y a une légère amélioration au niveau des personnages qui semblent être moins caricaturaux que dans le premier tome. Ils sont plus réalistes même si l’histoire a une grande part de fantastique. Un petit bémol par contre, l’énumération des connaissances de l’auteur sur la littérature pèse lourd sur l’histoire. Le lecteur s’amuse bien au début des références à la littérature, mais comme on dit trop c’est comme pas assez. Une bonne lecture malgré les défauts, elle est même meilleur que celle du premier tome.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 13 décembre 2018

La littérature dans ce roman :

Note :  Aucune citation ne sera relevée ici pour les auteurs et / ou les titres suivants, car elles sont trop nombreuses :
Baudelaire; Lolita de Nabokov; Les Particules élémentaires de Houellebecq; L’Assommoir de Zola; L’Écume des jours de Boris Vian; Ru de Kim Thuy; Le Secret; Mange, prie, aime; Le Rouge et le Noir de Stendhal; La Petite Fille qui aimait trop les allumettes, de Soucy; Les 150 meilleures blagues du Reader’s Digest; Les Racines du ciel de Gary; Le Horla de Maupassant; Le nom de la rose de Eco; Germinal de Zola; Nelligan; Phèdre de Racine; La Philosophie dans le boudoir, de Sade;Balzac; Rousseau; Diderot; Swift; Voltaire

  • « – Criss, est-ce que quelqu’un sait ce qui arrive avec les craies, dans ce cours?
    J’aurais demandé à mes étudiants de me résumer le Ulysse de Joyce que je n’aurais pas obtenu une plus parfaite absence de réaction. »  Page 11
  • « – OK, sortez votre exemplaire des Fleurs du mal et allez au poème « Une charogne ».
    Je commence invariablement par ce texte délicieusement atroce pour démontrer aux élèves que la poésie n’est pas qu’affaire de ciel bleu et d’idylles naïves et je crée ainsi un effet souvent spectaculaire. Je lis donc les strophes lentement, d’une voix un brin théâtrale, et, après avoir clamé le dernier vers qui me fait toujours autan frissonner de plaisir (Que j’ai gardé la forme et l’essence divine / De mes amours décomposés, je lève la tête en souriant.
    Ma classe réagit avec autant d’enthousiasme que si j’avais récité le mode d’emploi d’un malaxeur à multivitesses.
    — Alors ? Qu’est-ce que vous en pensez ?
    Une main se dresse et je ne m’étonne pas de reconnaître à la base du bras le corps de Limon.
    — Nadine ?
    — C’est génial pis provocateur. Il décrit à sa bien-aimée une carcasse d’animal en décomposition mais avec des mots sublimes. La fusion du beau pis du laid, ça crée une ironie super intéressante. »  Pages 12 et 13
  • « — Mais pourquoi le personnage du poème dépeint-il cette charogne à sa compagne ? Myra, enlève le livre de ta bouche, ça se mange pas… Alors, le narrateur veut-il seulement la choquer ou y a-t-il une intention différente ? »  Page 13
  • « — Alors, Dan, t’as une idée de l’intention de Baudelaire ?
    — Qui ?
    Quelques ricanements. Je le considère un moment, me demandant s’il est sérieux ou si c’est de la simple provocation.
    — Baudelaire. Le mec qui a écrit le poème que tu as sous le nez. »  Pages 13 et 14
  • « — Ben non. C’est poche, de la poésie. Pis Zola aussi, pis tous les osties de livres. »  Page 14
  • « — T’as déjà commencé ?
    — Oui, j’ai eu mon premier groupe ce matin. Un cours de 103 sur la littérature québécoise. Malheureusement, les romans choisis par votre confrère ne sont pas très intéressants… Mais je ne peux pas lui en tenir rigueur, il y a si peu de vrais bons bouquins…
    Merde, ça sent la prétention, odeur dont j’essaie normalement de m’éloigner le plus possible.
    — Parlant de livres, ajoute-t-il, j’imagine que vous avez un club de lecture…
    On se regarde tous comme s’il voulait savoir lequel d’entre nous pratique la zoophilie. Mortafer intervient enfin :
    — Il n’y a jamais eu de club de quoi que ce soit dans cette ville. Sauf il y a dix ans, moment où un regroupement a voulu mettre sur pied le Club Pessimiste, par opposition au Club Optimiste. Personne ne s’est présenté à la première réunion. Même les fondateurs ont affirmé qu’ils n’y avaient jamais vraiment cru.
    — Eh bien, je vais créer un club de lecture. Qu’en dites-vous ?
    À Saint-Trailouin ? M’est avis qu’il aurait plus de chance de succès s’il invitait Laure Waridel dans un McDonald. Mais ma passion pour les livres étant plus forte que mon cynisme, j’annonce tout de go :
    — J’en ferais bien partie, moi. »  Page 22
  • « Je fais quelques pas et constate que le dernier bouquin de son paternel se trouve sur le coin du bureau. Je demande :
    — Vous l’avez lu ?
    — Non.
    — Vous ne lisez pas les livres de votre père ?
    — Plus maintenant. Asseyez-vous, Julien. »  Page 27
  • « — J’étais justement en train d’expliquer à monsieur Bouthot mon projet de club de lecture. Je lui demandais s’il serait possible de se réunir dans la bibliothèque de Malphas. »  Page 32
  • « — J’étais justement en train d’expliquer à monsieur Bouthot mon projet de club de lecture. Je lui demandais s’il serait possible de se réunir dans la bibliothèque de Malphas. »  Page 32
  • « Il attrape alors une craie puis inscrit sur le tableau noir : “Club de lecture de Saint-Trailouin” en grandes lettres raffinées. »  Page 33
  • « — Un club de lecture, quelle bonne idée ! se réjouit Bouthot. Si j’étais pas si occupé, je me joindrais à vous !
    — Je vous comprends, que je dis d’un ton neutre. Le scrapbooking demande tellement d’heures si on veut que ce soit bien fait. »  Page 34
  • « Dans les couloirs déserts du rez-de-chaussée, un battement d’ailes se fait entendre, puis un corbeau, tournant un coin, traverse d’un vol égal et élégant le corridor qui mène jusqu’au local 1814. L’oiseau pénètre dans la classe et se pose sur le bureau. Il pivote vers le tableau noir sur lequel on peut toujours lire « Club de lecture de Saint-Trailouin ». »  Page 40
  • « Nous sommes tous assis derrière les tables, que nous avons placées en rond comme à chaque réunion du département, et nous tournons nos regards vers le bleu, installé entre la Belle et le Bête, c’est-à-dire Rachel et Elmer Davidas. »  Page 43
  • « — Oui, le dramaturge norvégien Slidouz Kvorg a écrit une pièce de théâtre qui met en scène ce Malphas. Il s’agissait bien sûr d’une métaphore de notre société aliénée et aliénante. Je l’ai vue en version originale il y a trois ans à Oslo. Vladasr Crùxh jouait le rôle de Malphas et Rouyna Dvarjd celui du perchoir. Une très bonne pièce, quoique les influences de Bergman y étaient un peu trop évidentes. »  Page 46
  • « Et il présente son club de lecture, qui commencera dès lundi soir, à dix-neuf heures trente, ici même au cégep, dans la classe 1814, et prend soin de préciser que Mortafer, Zazz et votre humble serviteur avons déjà annoncé notre intention de participer. »  Page 51
  • « Junior remonte ses lunettes sur son nez. Fudd poursuit :
    — Ouais, me semble que j’lui ai vendu une couple de livres de sorcellerie… »  Pages 64 et 65
  • « Chapitre quatre
    C’est bien le club de lecture, ici ? »  Page 73
  • « Il n’y aura sans doute pas beaucoup de participants à ce club de lecture, mais au moins ça me permettra de découvrir quelques habitants intéressants de Saint-Trailouin. Quoique, dans une telle ville, je nourris peu d’espoir en ce qui concerne les livres choisis : vais-je devoir me taper le nouveau Marc Lévy ? Ou, pire encore, l’autobiographie de Julie Couillard ? »  Page 73
  • « Il y a Condé et trois femmes que je ne connais pas personnellement mais dont deux, je crois, enseignent au cégep ; il y a aussi une trentenaire que j’ai l’impression d’avoir déjà vue, Poichaux, Mortafer, Zazz et… Enfer et damnation : Davidas ! Mais qu’est-ce qu’il fout ici, cet imbécile patenté ? N’était-il pas évanoui au moment où Condé présentait son club de lecture ? »  Page 74
  • « Qu’est-ce que Davidas va bien nous suggérer comme livre ? Le premier tome de la série Twilight ? »  Page 74
  • « Peu importe, nous nous comprenons et je me dis que ce club de lecture augure plutôt bien. »  Page 75
  • « Une élève qui s’inscrit à un club de lecture, c’est encourageant, non ? »  Page 75
  • « — On va commencer, je pense. Je vous souhaite la bienvenue. Je m’appelle Michel Condé, le fondateur de ce club de lecture… »  Page 75
  • « — Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vais filmer nos rencontres. Elles pourraient me servir pour certains cours de littérature, afin que je montre à mes étudiants des exemples de débats. »  Page 76
  • « Il y a d’abord les deux enseignantes que je ne connais à peu près pas : Céline Fallu, prof de maths dans la quarantaine avec une coupe de cheveux en forme de boule (criss que je trouve ce look atroce ! c’est comme si les femmes qui l’arboraient hurlaient à pleine voix : « Regardez ! Je vieillis ! »), habillée jusqu’au cou comme si elle craignait que l’air ambiant réduise sa peau en cendres, qui semble tellement hautaine qu’elle doit en avoir le vertige, et Mireille Kristin, enseignante d’histoire dans la cinquantaine, tignasse en chignon et lunettes avec cordelette, mais qui paraît plutôt relax et qui nous confie en roulant ses R qu’elle aime parrrticulièrrrement les rrromans noirrrs. »  Pages 76 et 77
  • « Et, bien sûr, il y a mon amante d’une nuit qui, je l’apprends enfin, s’appelle Lucette Picard ; elle est mariée, a deux enfants et travaille comme serveuse de jour dans un café, ce qui, selon elle, explique son besoin d’évasion, par exemple en étant membre de ce club de lecture ou encore, ajoute-t-elle en me fixant dans les yeux, en pratiquant d’autres activités occasionnelles. »  Page 77
  • « Je vous épargne les présentations de mes collègues, mais mention spéciale tout de même à Davidas qui, en deux phrases, réussit à démontrer l’étendue de sa bêtise : « Je m’appelle Elmer Davidas et je transmets ma culture d’homme de lettres aux étudiants de Malphas. Je me joins à ce club parce qu’à mon avis la lecture est un besoin aussi essentiel que de se laver ou de conduire une voiture. » »  Pages 77 et 78
  • « — La réunion d’aujourd’hui sera plutôt courte. Vous avez tous songé à un livre que…
    — C’est bien le club de lecture, ici ?
    Nous nous retournons tous vers la porte. Sur le seuil se tient un dandy. Comment appeler autrement un homme fringué d’une pseudo-redingote, d’une chemise blanche à très grand col ouvert avec boutons presque sculptés, d’un pantalon en nylon noir avec fines fioritures tout le long des jambes et dont la tête est couronnée d’abondants cheveux teints en blond et coiffés à la Oscar Wilde ? »  Page 78
  • « — Bien ! fait Condé qui a hâte de commencer. Chacun d’entre vous a donc choisi un livre. Je vais les noter puis porter la liste à la librairie de la ville. La libraire m’a assuré qu’elle les aurait d’ici cinq ou six jours. Dans une semaine, vous pourrez aller les acheter soit tous d’un coup, soit au fur et à mesure des lectures. »  Pages 79 et 80
  • « — On est un club de lecture, Elmer, pas une salle d’attente de dentiste, que je dis sèchement. On lit des romans. »  Page 83
  • « S’ensuit une courte discussion au bout de laquelle Davidas, penaud, annonce qu’il trouvera un titre d’ici la prochaine rencontre.
    — Est-ce qu’il faut spécifier que ça doit être un roman pour adultes ? que j’ajoute. »  Page 83
  • « — Je pensais que ce serait uniquement des livres récents, glisse Zazz, un brin contrariée. »  Page 83
  • « — De toute façon, avoirrr un ou deux classiques dans la liste, c’est trrrès bien ! approuve Kristin en dodelinant du chignon. Je n’ai rrrien contrrre l’idée de lirrre du Zola, Balzac, Voltairrre, ou même du Tolstoï, pourrrquoi pas ? C’est un peu long, c’est vrrrai, mais… »  Page 84
  • « — Bon. Pour choisir le premier bouquin, je propose un simple tirage au sort, qu’en pensez-vous ? »  Page 85
  • « — ‘ksé vous fètes ‘citte ?
    Coups d’œil perplexes de la part des non-initiés. Je prends sur moi de répondre :
    — On est un club de lecture. »  Pages 85 et 86
  • « — Bien. Les bouquins arriveront en librairie dans à peu près six jours. Si nous nous laissons quinze jours pour lire le livre de Rémi, notre prochain rendez-vous serait dans trois semaines. Et à chaque rencontre, celui qui a choisi le roman pourrait en lire un extrait à haute voix. Qu’en pensez-vous ? »  Page 88
  • « — Crime, il est encore tôt ! J’irais bien prendre un verre, moi. Ça intéresse quelqu’un ?
    Et il observe particulièrement la gent féminine en lançant cette invitation. J’ai envie d’accepter, mais comme l’idée d’être seul avec cette caricature de Casanova ne m’enthousiasme guère, j’attends de voir si d’autres répondront à l’appel. »  Page 88
  • « Et dire que, quelques secondes après la prise de ce cliché, ces oiseaux fondaient sur la foule. Un vrai remake du film d’Hitchcock ! »  Page 89
  • « Elle me lance le genre de clin d’œil qu’une mère n’adresserait jamais à son fils (sauf, peut-être, Jocaste à Œdipe) puis poursuit son chemin vers la sortie. »  Page 89
  • « — C’était bien, ton club de lecture ?
    — Ça s’annonce distrayant, je crois. »  Page 92
  • « Il monte l’escalier, se déshabille, se brosse les dents, puis s’installe en caleçon et camisole dans son lit pour lire un roman de Kundera. Au bout de trois minutes, Monique entre, l’observe un moment et, timidement, demande :
    — Tu veux qu’on fasse l’amour ?
    Il baisse son livre, quelque peu pris au dépourvu. »  Page 93
  • « Il étouffe un bâillement, allume sa lampe de chevet (ce qui n’éveille pas sa femme), attrape le livre de Kundera et se remet à lire. »  Page 96
  • « En tout cas, va falloir que j’aie une petite conversation avec les scénaristes d’Hollywood, car ces images représentent bel et bien vacances et barbecue, ou du moins leur équivalent : les Fudd dans le salon de la cabane (salon un peu plus propre et ordonné, mais pas beaucoup), les Fudd dehors dans les bois, les Fudd autour d’un feu de camp, Mélusine lisant un livre de magie au centre d’un pentacle sous le regard professoral de sa mère, Mélusine avec une bière en main, un peu soûle, sous l’œil cette fois plus sévère de maman… »  Page 103
  • « — Voyons, Aline, c’est pas compliqué ! que je m’exaspère. Ça t’a plu, oui ou non ?
    Elle commence à se frotter le genou droit, affolée, comme si elle se retrouvait dans Sophie’s Choice. »  Page 111
  • « — Et toi, Elmer, as-tu finalement choisi ton roman ?
    — Bien sûr. Ce sera le premier tome de la série Walking Dead.
    La plupart des participants ne connaissent pas, mais moi, si, ce qui me fait réagir :
    — Mais… C’est une BD, ça !
    — Un roman graphique, précise Davidas.
    — Roman graphique, BD, narration imagée, criss ! c’est pas un roman !
    — Tu méprises les bédéistes, Julien ?
    — Tu veux vraiment que je te dise qui je méprise ?
    Condé nous ramène à l’ordre et explique qu’effectivement il serait préférable que ce soit un roman « traditionnel ». Il ne s’agit pas de snober les bandes dessinées, mais de se donner un cadre. Davidas, en soupirant, s’incline et promet de trouver un autre titre d’ici la prochaine rencontre. Tout le monde se lève, replace chaises et tables, et enfile son manteau.
    — Moi, j’ai acheté tous les rrromans, dit le prof d’histoire, mais je remarrrque qu’il manque toujourrrs le tien, Michel. »  Pages 115 et 116
  • « Le joint glisse d’entre ses doigts. Sa bouche s’entrouvre et se fige, son expression devient lointaine. Ça y est, elle va entrer en transe. Je m’assure qu’il n’y a personne dans la ruelle, puis m’approche de ma collègue, plus attentif que jamais. Mais elle ne dit rien, le visage statufié en un masque ébahi.
    — Zoé ?
    — Les livres… Les livres…
    Quoi, les livres ? De quoi parle-t-elle ?
    — Il faut pas les lire…
    Sa voix est légèrement dédoublée, comme la dernière fois.
    — Zoé…
    — Il faut pas les lire !
    Fuck, de quoi elle parle ? Ça m’aide pas pantoute ! J’ai l’impression que je vais devoir la guider un peu. Je demande donc doucement :
    — Zoé, parle-moi de Malphas…
    — Il faut pas lire les livres !
    — Zoé, parle-moi du démon Malphas… De la caverne… Des Archlax, père et fils… Tu vois quelque chose ?
    — Il faut pas les lire à cet endroit !
    Fait chier, avec ses livres ! Je lui attrape le bras et insiste :
    — Zoé, parle-moi de Malphas ! »  Page 136
  • « — Oh non ! J’ai encore eu une de ces transes ridicules, c’est ça ?
    — Heu… Un peu, oui.
    — Pis j’ai raconté quoi ?
    — Rien de… T’as parlé de livres qu’il fallait pas lire quelque part, j’ai rien compris. »  Page 137
  • « Les étudiants sont si peu surprenants, si prévisibles. Comme à peu près tout le reste, d’ailleurs : les discussions, la vie de couple, les livres, le quotidien… »  Page 139
  • « Parfois, je me trouve ridicule de mettre tant de travail dans la préparation d’un cours alors que les deux tiers des étudiants n’y verraient que du feu même si j’improvisais. D’ailleurs, j’ai déjà fait le test. Il y a deux ans, j’avais affirmé en classe qu’une métaphore était un instrument à vent et que Nelligan était un chanteur western de la région de Saint-Tite. Il y en a bien quelques-uns qui m’avaient regardé de travers, mais la grande majorité n’avait pas sourcillé. Un garçon m’avait même demandé d’un air dubitatif : « Vous êtes sûr que Nelligan, c’est pas un rappeur ? » Mais bon, il faut penser aux quelques élèves vraiment motivés. Sinon, on se flingue. »  Pages 172 et 173
  • « Zazz, stupéfaite, demande à notre nouveau collègue :
    — Mais comment tu peux dire à tes étudiants que tu trouves plates les livres que tu leur fais lire ?
    — C’est pas moi qui ai choisi ces romans, c’est votre collègue, Mahanaha. Déjà que je dois leur faire lire des bouquins que je déteste, je ne vais pas prétendre que je les aime ! Je ne suis pas masochiste, quand même ! (Il me voit approcher.) N’est-ce pas, Julien ? »  Pages 173 et 174
  • « — Parfait, dit Condé. Et toi, Elmer, as-tu enfin choisi un livre ?
    — Oui, finalement. J’ai opté pour Le Maître du jeu.
    — Ah, je ne connais pas, fait Condé, intéressé. Qui l’a écrit ?
    — C’est Georges-Hébert Germain, mais, évidemment, Angélil l’a beaucoup aidé.
    Froncements de sourcils de toutes parts. Qu’est-ce qu’Angélil vient foutre là-d’dans ? Tout à coup, Zazz, qui semble comprendre, s’inquiète :
    — Tu parles de la biographie de René Angélil ?
    — Absolument ! Tu l’as lue ? C’est vraiment bon, non ?
    — Elmer ! que je soupire en m’appuyant sur mes genoux. Une biographie, c’est pas un roman !
    — Mais oui ! Dans un cas, c’est une histoire inventée, dans l’autre, c’est une histoire vraie. Mais ce sont des romans.
    Je le scrute en me demandant si je dois rire ou lui sauter dessus. Je fais ni l’un ni l’autre, lève une main et demande lentement :
     — Elmer, rassure-moi et jure-moi que tu déblatères pas ces sornettes à tes étudiants…
    Il cligne des yeux, incertain. Tout le monde lui répète pour la millième fois qu’il faut que ce soit un roman et non pas une biographie. Il grimace, confus :
    — Mais pourquoi pas ? L’histoire de quelqu’un, c’est tout de même une…
    — Un roman, Elmer, criss ! que j’éclate. Une histoire inventée, une œuvre de fiction, qui sort de la tête d’un romancier qui l’a imaginée de toutes pièces ! Ciboire, me semble que c’est clair, ça !
    Davidas se gratte le cuir chevelu, ce qui produit une pluie de pellicules, puis marmonne, un peu boudeur :
    — OK, je vais choisir un « vrai roman », comme vous dites, mais je vous trouve de bien mauvaise foi.
    Tandis que nous remettons les chaises et les tables en place, Fallu s’enquiert :
    — Et toi, Michel, tu as choisi le tien ?
    — Oui, répond notre animateur en rangeant sa caméra, mais je l’ai commandé moi-même et les exemplaires arriveront directement chez moi. Je vous les apporterai quand mon nom sera tiré.
    — Et c’est quoi, le livre ?
    — C’est une surprise. Vous verrez !
    Il me les gonfle, avec ses grands mystères ! Les autres membres aussi semblent trouver ce petit jeu exaspérant.
    — Tu joues pas le jeu, Michel, souligne Picard. On a tous présenté notre livre, pourquoi pas toi ?
    — En tant que fondateur du club, je me permets ce petit caprice, si vous n’y voyez pas d’inconvénient. »  Pages 186 et 187
  • « — J’ai vu que t’as mis tes deux romans avec les autres livres…
    Je hausse une épaule, un peu gêné.
    — Pourquoi pas ? Même si les critiques les ont démolis, ce sont néanmoins des romans, ils ont leur place dans une bibliothèque.
     — T’écris autre chose ?
    — Pas en ce moment.
    Ce qui est faux. Mais pas question de lui dire que je suis en train de compiler les choses bizarres, mystérieuses et complètement folles qui se produisent ici. Plus tard, peut-être, quand il sera plus vieux. Et que j’aurai moi-même compris ce qui se passe.
    — Maintenant que t’as treize ans, je pense que t’es en âge de pouvoir lire mes romans. Si t’en as envie, évidemment.
    — Ouais, peut-être…
    Réponse plus polie que sincère. »  Page 193
  • « Mortafer lui a à peine dit bonjour, sombre et tourmenté, tout comme Ruglas qui, plongée dans la lecture d’une obscure pièce de théâtre, lui a glissé un « enchantée » indifférent du bout des lèvres. »  Page 197 et 198
  • « — J’ai pourtant tout fait pour qu’il vive un bon moment, m’a assuré ma collègue comme si elle craignait que je ne la tienne pour responsable de la défection de mon fils. Je lui ai demandé ce qu’il aimait lire, ce qu’il aimait comme films, je lui ai raconté mes dernières vacances à Sorel, je lui ai proposé une partie de Monopoly que j’étais prête à perdre de la plus humiliante des façons juste pour l’amuser un peu… »  Pages 198 et 199
  • « Le nombre d’heures que nous avons gaspillées à l’urgence aurait sans doute été suffisant pour écrire À la recherche du temps perdu au complet. »  Page 199
  • « — Faut ben faire quelque chose…
    Je ne trouve rien à répliquer à ça, la bouche entrouverte. Je dois ressembler à l’actrice principale de Twilight. »  207
  • « La « patiente », sans nous regarder, quitte la maison, tandis que le médecin, sortant du bureau à son tour, paraît étonné de tomber sur du monde dans sa salle d’attente.
    — Ah ? Je savais pas que j’avais deux aut… Hé ! Julien ? Comment ça va ? J’imagine que t’es pas venu parler littérature !
    Il rigole, en remontant sans aucune discrétion la braguette de son pantalon. »  Page 207
  • « C’est une peinture mettant en scène un beau jeune homme très gandin qui, à son tour, observe avec satisfaction une seconde peinture personnifiant un vieillard au visage malveillant. Sans aucun doute une représentation de Dorian Gray, que je ne m’étonne pas de retrouver ici. N’avais-je pas déjà relevé l’influence d’Oscar Wilde dans le look de Durencroix ? »  Page 211
  • « Durencroix blêmit quelque peu, a un ricanement contrit, puis, pour changer de sujet, indique le tableau du menton en s’approchant :
    — J’imagine que tu reconnais la scène…
    — Dorian Gray, oui…
    Il s’arrête devant la peinture et a un bref soupir mélancolique :
    — Ce serait bien, non ? si on pouvait faire comme Gray…
    — C’est-à-dire ?
    — Que nos vices pis notre vieillesse affectent uniquement un portrait de nous, pour que notre vraie personne reste jeune et pure pour toujours… »  Page 212
  • « — C’est sûr, c’est sûr. Écoute, faut vraiment que j’aille aux toilettes chercher le revolver de Michael Corleone derrière le réservoir… »  Page 217
  • « Je traverse un couloir et, par hasard, passe devant la classe 1814, là où nous avons les rencontres de notre club littéraire. »  Page 229
  • « La jeune Black, plongée dans un livre, est si concentrée qu’elle ne remarque pas ma présence.
    — Allô, Julien.
    — Tu lis ici ?
    — Mais oui ! Je trouve ça stimulant de lire dans notre local de club littéraire, ça me donne un sentiment d’appartenance. »  Page 229
  • « Je travaille depuis une bonne heure lorsque Mortafer, pendant la pause de son cours, vient chercher un livre à son bureau, l’air ailleurs. »  Page 232
  • « — Donc, face à cette situation dramatique, le ministère de l’Éducation propose une série d’actions qui pourraient être mises de l’avant dès la prochaine session. Les voici.
    Sur l’écran apparaissent lesdites actions : 1- prescrire des examens moins complexes ; 2- remplacer les livres du programme par des films ; 3- éviter de leur enseigner des événements antérieurs à 1990 ; 4- ignorer une erreur sur deux durant la correction. Près des trois quarts des personnes présentes dans la salle explosent d’indignation et, cette fois, Valaire grimpe littéralement sur sa chaise, ses cheveux désordonnés hérissés tels les serpents sur la tête de Méduse :
    — Voyons, câlice ! demandez-nous de les faire tous passer tout de suite, ça va être plus clair, ostie ! Tant qu’à y être, voulez-vous qu’on leur donne d’avance les réponses des examens ? »  Page 246
  • « — Moi, je trouve ces idées pas bêtes. Il y a des adaptations cinématographiques de romans qui sont aussi bonnes que les livres originaux, les gens ont tendance à oublier ça. C’est quoi le problème de leur faire voir le dessin animé Le Bossu de Notre-Dame de Walt Disney plutôt que de les obliger à lire le bouquin de Balzac ?
    — C’est Hugo qui l’a écrit ! rigole quelqu’un dans le fond.
    — Hugo, Balzac, c’est le même siècle de toute façon ! Et puis, soyons honnêtes : qui, ici, se rappelle vraiment ce qui s’est passé avant 1990 ? À part l’invention de l’imprimerie, disons, et un ou deux événements du genre… Et on voudrait que nos étudiants le sachent plus que nous ? On vit dans le rêve, franchement ! »  Pages 246 et 247
  • « Au salon se trouve une vieille télé de vingt-six pouces avec écran bombé, mais il y a tout de même un lecteur DVD : Archlax est passéiste mais pas antique. Une grande bibliothèque compte quelques centaines de livres dont je parcours les dos. Quelques bouquins récents d’auteurs acclamés, mais surtout des classiques des siècles précédents : Rabelais, Shakespeare, Molière, Diderot, Gogol, Poe, Hoffmann, Rousseau, Hugo, Balzac, Zola, Tolstoï, Swift, Cervantès, Goethe… Beaucoup de romans d’amour, aussi : Belle du Seigneur, L’Éducation sentimentale, Manon Lescaut, Paul et Virginie… DP, un romantique refoulé ? Je souris en poursuivant mon examen et tombe sur deux rangées remplies d’œuvres de Voltaire. Je lis les titres, impressionné. Bien sûr, j’y retrouve les incontournables, comme Candide, Zadig et Micromégas, mais plus de la moitié me sont parfaitement inconnus, comme Les Deux Consolés, L’Homme aux 40 écus ou Cosi-Sancta. Bref, il y a bien là une cinquantaine de livres, ce qui doit représenter tout près de l’œuvre complète de fiction de l’écrivain. Archlax est manifestement un exégète du célèbre auteur. Le littéraire en moi est tout à coup fasciné et je ne peux m’empêcher d’enlever mes gants, de prendre quelques bouquins du philosophe et de les feuilleter… Je tombe alors sur un exemplaire de L’Ingénu, édition qui comporte en quatrième de couverture un portrait de Voltaire… et je remarque qu’on lui a ajouté, à l’aide d’un crayon-feutre noir, des lunettes, une moustache et une verrue. Sans doute qu’Archlax a déniché ce livre dans une librairie d’occasion et que le visage était déjà barbouillé. Mais j’imagine mal DP acheter un volume qu’on aurait ainsi outragé. Pour en avoir le cœur net, je me mets à la recherche d’autres titres affichant la gueule de Voltaire et en trouve six. Trois des portraits sont intacts, mais les trois autres ont aussi été défigurés.
    C’est donc Archlax qui se serait adonné à ces gamineries ? Pourquoi ridiculiser un auteur que, manifestement, il admire tant ? C’est comme si Stephen Harper gribouillait un gros nez et des dents de lapin sur les photos de la Reine d’Angleterre. À moins qu’Archlax ait acheté tous ces livres d’un même individu qui avait comme passe-temps de ridiculiser les illustrations d’auteurs… On frappe à la porte d’entrée et je sursaute tellement que j’en échappe presque les bouquins. Je fixe la porte, le cœur battant à tout rompre, en remerciant le ciel que les rideaux de la fenêtre avant soient fermés. En vitesse, je replace les livres dans la bibliothèque et me sauve vers l’arrière, mais m’arrête en réalisant que j’ai oublié mes gants. »  Pages 249 et 250
  • « Je fouille dans les tiroirs, convaincus de trouver des magazines pornos. Mais non, que des vêtements. Ça alors, ce type n’a donc vraiment aucun vice ? Même chose dans son armoire : fringues et piles de revues littéraires ou scientifiques. »  Page 252
  • « Je me dirige ensuite vers le bureau, qui ressemble beaucoup à celui du cégep. Dans une petite bibliothèque s’alignent des livres scolaires et pédagogiques desquels je me désintéresse aussi rapidement que s’il s’agissait de l’autobiographie du Prince William. »  Page 253
  • « Finalement, terminons le portrait de ce personnage digne d’habiter l’île du docteur Moreau par les cheveux, rares, rassemblés en quelques touffes disparates qui poussent inégalement et anarchiquement sur cette tête qui a la couleur et, à mon avis, la consistance du granit. »  Page 256
  • « Outre la photo, il y a l’adresse de Clarsain ainsi que ses relevés de notes des deux sessions précédentes. Visiblement, l’adolescent est brillant et, à l’exception d’une ou deux matières, n’a aucune note au-dessous de 90. Ensuite, dans le dernier tiers de la page, des indications à la main ont été ajoutées :
    Lieux à envisager :
    a- chez ses parents, où il habite : presque tous les soirs, mais parents souvent présents
    b- cégep, tous les jours : impossible, bien entendu
    c- bibliothèque municipale : une ou deux fois par semaine, mais jamais mêmes jours
    d- bar « L’ami ne deux faire » : parfois la semaine, presque tous les samedis soirs
    e- chez certains amis : souvent, sans moments fixes ou précis ; trop aléatoires
    Et le point D est entouré. Pas besoin d’avoir étudié la technique de Sherlock Holmes pour en tirer les conclusions qui s’imposent… »  Pages 257 et 258
  • « Je passe devant Le Gourmet Gourmé, le restaurant le plus huppé de la ville. À travers l’une des grandes fenêtres en façade, j’aperçois Archlax junior, seul à une table, en train de manger en lisant un livre. »  Page 264
  • « Repoussant à plus tard ce conflit cornélien, je me contente de dire :
    — Oui, c’est la seule. »  Page 273
  • « Moi, je pourrais bien lui rétorquer qu’un bon polar fait souvent réfléchir (en tout cas, c’est ce que j’ai tenté de faire un peu dans les deux que j’ai écrits, malgré ce qu’en ont pensé les critiques), mais je suis plutôt de mauvaise humeur. »  Page 283
  • « Limon entre à ce moment. Comme c’est souvent le cas, ses cheveux sont attachés en deux nattes, elle est habillée comme un gentil personnage de la comtesse de Ségur, mais un certain désordre émane d’elle. »  Page 284
  • « — Avez-vous remarqué la drôle d’ambiance ? C’est pas la première fois que ça se produit…
    — C’est vrai, approuve Picard. C’est comme si l’air avait la chair de poule…
    Zazz déclenche la sirène de son hilarité, en répétant la formule de Picard entre deux éclats de rire. Durencroix renchérit :
    — Et ça arrive toujours pendant la lecture de l’extrait… Bizarre, non ?
    — Je pense que c’est parce qu’on est tellement passionnés de littérature que lorsqu’on écoute un passage de livre, on entre dans une sorte de transe ! explique l’enseignante de mathématiques. »  Page 289
  • « — Sade, ça me dit quelque chose… marmonne Hamelin. C’est pas lui qui a écrit Huis clos ? »  Page 294
  • « — Comme vous vous entraîniez, vous deviez trop bouger pour vous en rendre compte ! raisonne Poichaux.
    — Quand même, un tremblement de terre, on l’aurait senti, aussi léger soit-il, fait le professeur. Vous êtes sûrs que vous lisiez des livres, dans votre réunion ? que vous en fumiez pas du bon ? »  Page 298
  • « En sortant du cégep, tous les membres du club de lecture se saluent, puis Marie-Josée Hamelin monte dans sa voiture, met le moteur en marche et démarre. »  Page 307
  • « — Je ferais tout pour venger mon père.
    Oh, la-la ! Elle ne gagnera pas un prix littéraire avec ce genre de réplique, c’est certain. »  Page 319
  • « Son air grave et sérieux cède enfin la place à un sourire. Une crise cardiaque terrassant soudainement un voisin d’avion qui me parle tandis que je lis un bouquin ne me procurerait pas plus agréable soulagement. »  Page 320
  • « — Dans le cahier d’examen, il y a l’extrait littéraire que vous devez analyser, l’énoncé de la dissertation, puis une dizaine de feuilles vierges pour la rédaction du plan, du brouillon et du travail final. C’est clair ? Bonne chance à tous. »  Page 332
  • « — Le texte qu’il faut analyser, il est vraiment plate !
    Je jette un œil : c’est un extrait de Bonheur d’occasion. Je soupire intérieurement. Si des extraterrestres recensaient les livres obligatoires lus au cégep, ils en viendraient à la conclusion que Gabrielle Roy est la seule écrivaine québécoise. »  Page 334
  • « — Moi, je vous lirai de la poésie tous les soirs avant que vous vous couchiez ! »  Page 335
  • « Un cri s’élève, puis un deuxième : des jeunes découvrent enfin le manège de Mortafer, ce qui, allez savoir pourquoi, leur fait instantanément oublier Gabrielle Roy. Rachel tente de les calmer, mais en vain, et si une grande majorité d’élèves n’avaient encore rien vu, Valaire remédie à la situation en vociférant :
    — Rémi, câlice ! es-tu viré fou ?
    Mortafer bat des paupières et reluque avec ahurissement son sexe comme si ce n’était pas le sien. Pourtant, il ne s’arrête pas, il se branle de plus belle, même si, visiblement, il trouve ses agissements abominables. »  Pages 336 et 337
  • « Je suis interrompu par une bière qu’on dépose énergiquement devant moi. Incrédule, je dévisage ma consommation un long moment, puis la frôle du bout des doigts, tel Lazare touchant les plaies du Christ. »  Page340
  • « — Moi aussi, il m’a fallu l’histoire avec Kristin pour que je comprenne… Mais maintenant, il ne faut plus lire d’extraits de roman dans ce local, c’est trop dangereux. »  Pages 340 et 341
  • « — C’était pendant un cours de philosophie… Le prof a allumé un feu en plein cours, en brûlant toutes les feuilles et les livres. Les élèves ont pu déguerpir sans problème avant que les flammes ne prennent vraiment, mais le temps que les autorités interviennent, le local y passait. L’enseignant en question a été licencié, il était carrément devenu pyromane.
    — Pourquoi il a mis le feu ? Qu’est-ce qu’il enseignait au moment de l’incendie, tu le sais ?
     — Les étudiants présents en ont évidemment beaucoup parlé dans les semaines qui ont suivi. Il semble que le prof expliquait le courant philosophique du XVIIIe siècle et qu’il lisait à sa classe un extrait d’un bouquin dans lequel on organisait un autodafé. Ce hasard avait vraiment impressionné tout le monde…
    Il me regarde, misérable, serrant son verre avec force.
    — Et là, il nous arrive la même chose ?
    — Sauf que pour nous, ça prend un certain temps avant que l’extrait contamine le lecteur, ça se fait graduellement. Alors qu’avec ce prof de philo, c’est arrivé instantanément, j’ignore pourquoi… (Je réfléchis un moment.) Tu sais qui était l’auteur du passage qu’il lisait ?
     — Je ne me souviens pas. Un philosophe du XVIIIe siècle, sans doute, puisque c’est ce qu’il enseignait…
    — Voltaire ?
    — Peut-être… Pourquoi ?
    Je ne réponds pas, totalement dépassé. Mortafer, après avoir bu une bonne gorgée et s’être lissé les cheveux en soupirant derechef, ajoute :
    — Je sais aussi qu’il s’est produit quelque chose d’autre dans ce local, un prof de français qui a violé une étudiante en plein cours…
    — Quoi ? Mais… Est-ce qu’il lisait un extrait de livre à sa classe ?
    — Je sais pas, ça fait presque vingt ans, je n’étais pas encore à Malphas…
    — Fuck, Rémi ! Tu étais au courant de tout ça et tu nous as laissés tenir un club de lecture dans cette pièce ? »  Pages 341 et 342
  • « — Mais, merde ! elle va quand même pas bouffer des bouquins jusqu’à la fin de ses jours !
    Ça alors, c’est vraiment le festival des phrases ubuesques, cet après-midi! »  Page 343
  • « Ce qu’elle n’a pas dit à Archlax, c’est la pensée qui lui avait traversé l’esprit quelques secondes avant son comportement irrationnel : elle avait observé les cahiers qui s’empilaient devant elle, puis avait songé, tout simplement, qu’elle devait les manger… jusqu’à en crever. »  Page 344
  • « Elle s’arrête devant sa pièce préférée, celle qu’elle se promet d’acheter depuis longtemps : le livre en verre, hommage à Nelligan. »  Page 344
  • « Elle tourne l’une des trois pages sur lesquelles sont gravés en jaune quelques vers du célèbre poète. Quel travail de précision, quel bon goût… Des pages de verre pour symboliser la fragilité de Nelligan… Des pages si belles… »  Page 344
  • « Pendant ce temps, la vendeuse, tout en lisant sa revue, se demande si madame Kristin va enfin se décider et acheter ce satané bouquin de verre sur lequel elle salive depuis un an. »  Pages 344 et 345
  • « La vendeuse croit pendant une seconde qu’elle s’est blessée, mais comprend son erreur en voyant sa cliente porter le livre de verre à ses lèvres et mordre à pleines dents dans la première page déjà à moitié cassée. »  Page 346
  • « Elle avale alors tout le verre qu’elle a mastiqué puis entame la seconde page. »  Page 347
  • « La vendeuse réussit enfin à lui saisir un bras et tente désespérément de lui soutirer le livre. »  Page 347
  • « Chapitre vingt
    Je pense qu’il faut dissoudre le club de lecture »  Page 349
  • « Et dire que Mortafer se figurait que jamais notre collègue n’arriverait à mourir en mangeant un livre… »  Page 350
  • « — Pis comme vous êtes tous les trois dans le club de lecture, que Rémi en faisait partie aussi… ainsi que Mireille Kristin, je pense, non ? »  Page 353
  • « — Tu sais que Mireille est morte en bouffant un livre en verre, non ? »  Page 355
  • « — Je pense qu’il faut dissoudre le club de lecture. »  Page 355
  • « — Mais c’est sûrement juste des hasards ! proteste-t-il en recommençant à déambuler, agacé. Tenez ! Marie-Josée Hamelin ! Elle aussi a lu un extrait de livre et rien ne s’est produit ! »  Page 356
  • « — Pour moi, il n’est pas question que nous sabordions le club de lecture. »  Page 356
  • « Bon Dieu, c’est pire que de la poésie surréaliste !  Mais puisqu’elle est en transe, aussi bien essayer d’en profiter. Je me penche vers elle :
    — Zoé, parle-moi du local 1814…
    — Il ne faut pas lire les livres… Pas dans cet endroit… »  Page 258
  • « Et, franchement, l’histoire de cet autobus m’intéresse autant que la biographie de Justin Bieber. »  Page 259

3,5 étoiles, N

Le naufrage du Titanic

Le naufrage du Titanic de Philippe Masson

Éditions France Loisirs, 1998, 124 pages

Livre écrit par Philippe Masson paru initialement en 1998.

Dans la nuit du 14 avril 1912 lors de son voyage inaugural, le Titanic heurte un iceberg à 23h40 en plein Atlantique Nord. Quatre jours seulement se sont écoulés depuis son départ de Southampton. Malgré sa réputation d’être un paquebot « insubmersible », moins de 3 heures après l’impact le pire se produit, le navire coule. Ce naufrage est l’une des pires catastrophes maritimes car environ 1 500 passagers y sont morts. Cet album survole et analyse quelques faits de l’histoire de cet extraordinaire navire de sa construction à sa découverte en 1985. Une magnifique collection de photos et certains documents illustre la brève vie de ce navire ainsi que celle de sa découverte à 650 km au sud-est de Terre-Neuve et à plus de 3500 mètres de profondeur.

Un très beau livre pour ceux qui veulent s’initier à l’histoire du Titanic. Ce magnifique livre est fort bien documenté et illustré. Il permet d’acquérir les informations de base sur la catastrophe qu’est le naufrage du Titanic. L’auteur présente le paquebot dans son ensemble. En plus de présenter quelques données techniques sur le navire, il dresse l’histoire de quelques personnes qui étaient à son bord lors de la catastrophe. Par son analyse et sa connaissance approfondie du domaine, l’auteur permet au lecteur de comprendre les suites du naufrage soit les procès qui en ont découlé ainsi que la découverte de l’épave. Le style de l’auteur rend cette lecture très facile d’accès sans que le lecteur n’ai besoin de connaissances préalables du drame. Une lecture rapide et intéressante, mais il est dommage que ce texte ne soit pas plus complet et approfondi. De plus, plusieurs erreurs grossières de typographie vers la fin du livre font penser qu’il a été écrit en catastrophe pour profiter de la manne offerte par la sortie du film Titanic de James Cameron en 1998.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 10 décembre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Parmi les passagers privilégiés, on note le major Butt, l’aide de camp du Président des États-Unis William H. Taft, ou encore William Stead, le propriétaire de la revue Pall Mall Gazette. »  Page 24
  • « Les initiés reconnaissent le colonel Jahn Astor, un des hommes les plus riches du monde. Il « vaut » 30 millions de livres. Âgé de quarante-sept ans, Astor est un homme complexe. Auteur d’un roman, bibliophile, excellent yachtman, il affiche une immense curiosité dans les domaines les plus variés de la technique. »  Page 24
  • « Au même niveau, se situe George Widener, le « roi des tramways », amateur de livres rares. Après sa disparition, sa mère fera don de ses livres à la bibliothèque de l’université Harvard qui porte aujourd’hui son nom. »  Page 27
  • « Les passagers de deuxième classe ne sont pas sacrifiés, bien au contraire. La plupart des cabines se trouvent à l’arrière, à l’aplomb des deux dernières cheminées. Elles sont desservies par un escalier et un ascenseur. Elles n’ont plus qu’un lointain rapport avec celle que l’on trouvait encore au milieu du siècle précédent. Dickens, lors de son voyage aux États-Unis, en avait fait la fâcheuse expérience à bord du Britannic considéré pourtant comme une des grandes réussites de l’époque. « Cette cabine ? Un antre impraticable, à peine imaginable, une boîte inconfortable d’apparence repoussante… J’étais assis dans une sorte de box à chevaux fait pour recevoir deux passagers. »  Page 35
  • « Dans le grand salon, le révérend Carter, toujours accompagné de sa femme, célèbre l’office dominical. On change des psaumes. »  Page 40
  • « Rompant ses câbles, la cheminée avant s’abat sur l’aileron tribord de manœuvre, écrasant des dizaines de naufragés. On retrouvera, quelques jours plus tard, le corps de John Astor horriblement mutilé. »  Page 58
  • « Traumatisés par la catastrophe, la plupart des survivants sont hantés par le spectacle que le roman, l’imagerie populaire n’ont cessé de répandre : des grappes de naufragés, le visage torturé par l’angoisse et la haine, s’accrochant aux embarcations et les faisant chavirer en tentant de monter à bord. »  Page 58
  • « Le président de la République française, Armand Fallières, envoie lui aussi un télégramme à George V. « J’ai à cœur d’exprimer personnellement à Votre Majesté la profonde tristesse avec laquelle j’ai appris la terrible catastrophe du Titanic qui met en deuil tant de familles américaines et j’ai à cœur de vous adresser mes très sincères condoléances. Je tiens à dire à Votre Excellence que je prends part à ses angoisses concernant le major Butt. » Le pape Pie X intervient lui aussi. L’aide de camp du président revenait d’une mission auprès du Saint-Siège et Butt était porteur d’une lettre de Sa Sainteté à Taft. »  Page 78
  • « Nombre d’écrivains, de littérateur, de plumitifs ne peuvent résister à la tentation d’évoquer un événement qui bouleverse la conscience humaine. L’académicien Paul Lavedan, au comble de sa réputation et qui bénéficie chaque semaine d’une page entière dans L’Illustration s’efforce, avec un lyrisme devenu aujourd’hui insupportable, de faire revivre la nuit du drame : « L’horreur ne me lâche pas. Je suis hanté du Titanic… Décor : la nuit. La solennelle immensité de la mer. Des étendues infinies et profondes percées de froid, fourrées de brume, occupées et remplies par l’unique et colossal murmure des éléments, l’énorme et doux va-et-vient des flots. Un ciel étoilé, mais sans lune, un ciel noir, gelé, où les astres font l’effet d’une poussière de glace…
    « Et dans ce paysage de désolation majestueuse, je vois un bateau – un seul, un grand, très grand, un gigantesque bateau comme jamais on n’en a vu… ou plutôt non, c’est une maison…. Plus qu’une maison, un quartier! Plus qu’un quartier, une ville! Cette ville inouïe passe, file, suit son chemin. Elle sait ce qu’elle veut, où elle va… Et cependant une montagne de glace est déjà en route… A-t-elle été désignée ? A-t-elle reçu un ordre ? Désignée par qui ? Quel est celui qui aurait donné l’ordre ? Nous ne savons pas, nous n’avons pas à savoir…
    « Ce qui est certain, c’est que la montagne de glace et le bateau géant – mais si petit quand même – qui avaient toutes les raisons, toutes les chances de s’éviter… se sont pourtant rejoints, comme s’ils se cherchaient, comme s’il était écrit qu’ils dussent, à ce moment précis du temps, se rencontrer et se heurter.
    « Et le choc eut lieu. À partir de cette minute, c’est l’incompréhension dans les sentiments, les sensations, la confusion de toutes les idées, de tous les états de l’esprit, du cœur, du corps et de l’âme : des prodiges de raison, de sagesse et de folie, l’apothéose du sang-froid et du courage et puis l’extrême de l’abattement et de la lâcheté; de l’héroïque à côté du bestial; de la révolte en face de la résignation du blasphème, des cris, des pleurs des hurlements, du silence, des baisers et de la prière. »  Pages 78 et 81
  • « Comme le souligne Stéphane Lauzanne dans Le Matin du 17 avril, « Le Titanic constituait l’affirmation la plus formidable de la puissance moderne. Il était le paquebot le plus gigantesque qu’on eût vu à flot depuis que le monde existe. Il était muni des derniers raffinements de la science et de la civilisation. » « Pourtant, il a sombré avec ses appartements d’un luxe inouï, avec sa formidable machinerie, avec ses millionnaires, avec sa télégraphie sans fils… » »  Page 81
  • « Pour d’autres, le drame constitue un sévère avertissement. Il ébranle la confiance illimitée accordée au progrès à l’heure où le positivisme et le scientisme conservent une forte audience au mépris du hasard et des forces profondes. Une remise en cause qui inquiète un Jean Jaurès, toujours adepte fervent d’un progrès nécessaire à « l’émancipation de l’humanité ». »  Page 81
  • « Le publiciste William Stead qui disparaîtra dans le naufrage est, lui aussi, assailli de sombres pressentiments. Au cours d’interminables séances de bridge, il ne cesse de dire et de répéter à ses partenaires que le Titanic peut fort bien disparaître. N’est-il pas l’auteur d’un article paru en 1898 dans la Review of Reviews et intitulé « Du vieux monde au nouveau ». Le récit met en scène un des plus beaux paquebots de la White Star de l’époque, le Majestic, qui sombre, lui aussi, après avoir heurté un iceberg. La conclusion de Stead est prémonitoire : « Les océans parcourus par de rapides paquebots sont jonchés des os blanchis de ceux qui ont embarqué comme nous et ne sont jamais arrivés à bon port. »  Page 82
  • « À la manière des vieux contes populaires, le drame du Titanic fait rapidement l’objet de variations ou même d’affabulation. »  Page 82
  • « La commission d’enquête américaine a toujours eu la conviction qu’il s’agissait du cargo Californian et a lourdement dénoncé la passivité de son commandant, le capitaine Lord.
    Celui-ci a trouvé des défenseurs. Il ne se trouvait pas à mois de 10 milles comme l’ont prétendu les Américains, mais à 20 nautiques comme le confirme son livre de navigation. »  Page 100
  • « La légende du Titanic dépasse largement les premières grandes manifestations de deuil. De nouvelles légendes se tissent. Le drame fait l’objet de romans, de films. »  Page 102
  • « La liste est longue. Des bustes, des statues, des bas-reliefs perpétuent le souvenir du chef d’orchestre William Hartley, dont le corps a été retrouvé quelques jours après le naufrage, du capitaine Smith, des époux Strauss, d’Edith Evans qui avait cédé sa place dans une embarcation à une jeune femme attendue chez elle par son enfant, d’Archibald Batt (Butt), l’aide de camp du président Taft et de l’architecte Thomas Andrews. »  Page 102
  • « Le drame sert de thème à plus de 500 chansons, opérettes, comédies musicales comme The Wreck of the Titanic dont le succès sera considérable en Grande-Bretagne et dans les pays du Commonwealth. Le roman s’en mêle. À de limiter à la production française, le meilleur, et de loin est celui d’Édouard Peisson, paru en 1932, Parti de Liverpool.
    Il met en jeu L’Étoile des mers. Là aussi, c’est le directeur de la compagnie, qui, de son lointain bureau londonien, incite le commandant à battre le record de vitesse sur l’Atlantique nord. Le drame du Titanic se renouvelle. Le paquebot heurte un iceberg en pleine nuit. Le choc est, là encore, à peine perceptible. Mais le nouveau géant des mers se casse progressivement en deux.
    L’évacuation se déroule au milieu d’une effroyable panique. La mise à l’eau des canots par une mer très forte tourne au désastre. Plusieurs embarcations sont écrasées le long de la coque. En fermant le livre, on a cependant la surprise de constater que sur plus de 1 000 passagers, on ne compte que 55 victimes dont le commandant et la plupart des officiers.
    L’œuvre littéraire la lus surprenante est peut-être la saga en trente-trois chants de Hans Magnus Enzesberger, Le Naufrage du Titanic, qui repose sur une parfaite connaissance de tous les détails du drame. »  Pages 102 et 104
  • « Avec Jean Negulesco, Hollywood ne peut s’empêcher de tourner en 1953 son propre Titanic. Le désastre ne sert d’arrière-plan qu’à une banale intrigue. Cinq ans plus tard, intervient le cinéma britannique avec A Night to Remember, Atlantique Latitude 41°. Version honnête, à la limite du documentaire, directement inspirée du livre de Walter Lord et qui n’hésite pas à reprendre une partie des scènes d’évacuation du Titanic de 1943. »  Page 107
  • « Ce trésor, ou plutôt ces trésors, concerneraient des lingots d’or, des diamants de la De Beers, une œuvre rare, comme le Rubbayiat d’Omar Khayam, un recueil de contes persans, à la reliure ornée de rubis, ainsi que des valeurs et des bijoux appartenant à des passagers.
    Il ne s’agit là, en fait, que de pures suppositions. La cargaison n’étai assurée que pour 420 000 dollars. Le Rubbayiat n’était qu’une copie. »  Page 108
  • « Lorsqu’on retrouvera le corps de John Astor, on découvrira dans son portefeuille la coquette somme en billets de 2 440 dollars et 225 livres. »  Page 108
  • « À ce musée, est associé une somme de livres, de brochures, de photos, de films et de vidéos. »  Page 111
  • « Il n’en reste pas moins que rien ne justifie l’incroyable indifférence du (capitaine) Lord et de ses officiers. Rien ne justifie non plus les contradictions du capitaine devant les commissions, ni le fait qu’il ait obligé ses officiers de quart à faire un rapport écrit sur tout ce qu’ils avaient vu pendant la nuit ou encore le silence étrange du livre de navigation, où ne figure aucune note entre 1h30 et 4h30. »  Page 122
  • « Demeurent cependant quelques déceptions. Aucune trace de la momie que le colonel Astor aurait achetée au Caire, au cours de son interminable et scandaleux voyage de noces en Égypte. Pas davantage de trace de la copie du Rubbayiat d’Omar Kayyam. »  Page 125
  • « Le drame de 1912 a donné naissance à un roman de Didier Decoin, La femme de chambre du Titanic, à l’origine d’un film de Bigas Luna, sorti en salle en novembre 1997. »  Page 126
  • « Contrairement à certains ouvrages d’anticipation à succès, comme celui de Clive Cussler, Raise te Titanic (« Renflouez le Titanic »), paru en 1976, le géant des mers ne sera pas relevé. »  Page 127
3,5 étoiles, A, R

L’Assassin royal – Premier cycle, tome 06 : La Reine solitaire

L’Assassin royal – Premier cycle, tome 06 : La Reine solitaire de Robin Hobb

Éditions Baam!, 2009, 327 pages

Sixième et dernier tome en français du premier cycle de « L’Assassin royal » écrit par Robin Hobb. Il correspond au dernier tiers de « The Farseer Trilogy, Book 3 : Assassin’s Quest » paru initialement en 1997.

FitzChevalerie poursuit sa route avec son fidèle compagnon Œil-de-nuit et ses quatre amis pour retrouver Vérité. La fatigue, le découragement et la peur d’être rattrapé par le Clan de Royal minent le moral du groupe. Lors de leur difficile périple sur le Voie magique, Fitz découvre par hasard un bien curieux phénomène. Certains piliers noirs gravés d’étranges hiéroglyphes sont parsemé le long de la voie. Ils permettent à un artiseur d’être transporté dans un autre lieu et à une autre époque. Par le biais d’un des poteaux, Fitz se retrouve dans une ville fantomatique où les dragons y sont honorés. Aurait-il trouvé la ville des Anciens ? Lors de l’exploration de cette cité, il trouve des traces laissées par Vérité qui lui permettent d’ébaucher une carte des environs. De retour avec ses amis, ils décident d’utiliser cette carte en espérant aller à la rencontre de Vérité. Parvenu à la limite de la carte, ils se retrouvent dans une clairière peuplé d’étrange statues. Fitz et Œil-de-nuit ressente à l’aide de leur sens du Vif que ce ne sont pas de simples statues. Pourront-elles les aider à trouver Vérité ?

Une finale qui n’en est pas une et qui traîne en longueur. Dans ce dernier tome, le long voyage de Fitz pour retrouver son oncle arrive à terme. Certaines informations sur l’Art, les Anciens et sur certains personnages sont enfin révélés. Lorsque l’auteur dévoile ces informations, elle capte la curiosité du lecteur et permet à l’intrigue de sorti de sa torpeur descriptive. Le lien particulier qui uni Fitz et le loup est l’élément qui permet au lecteur de rester accroche à cette histoire. Seul le loup semble honnête et respectueux dans sa relation avec Fitz. Le point fort de l’auteure est sa grande maîtrise de l’univers qu’elle a créé avec ses multiples niveaux : humain, géopolitique, historique, magique. Elle a su rendre cet univers complexe très réaliste et intriguant comme l’est la vraie vie. Malheureusement, au court des six tomes, l’auteur n’a pas su se défaire ses travers bien au contraire. On retrouve dans ce sixième tome un texte très inégal dans sa mise-en-place des événements : longueur, répétition et manque d’action à certains moments. Le personnage malmené de Fitz est toujours le plus attachant et le mieux réussit. En revanche, il n’a pas foncièrement évolué au cours de son voyage initiatique durant lequel il est utilisé par tous, on a encore l’impression qu’il a 17 ans. Une épopée réussie qui est parti en lion mais qui s’est essoufflé au cours des tomes pas manque de concision de l’auteur. Une bonne finale qui laisse plusieurs ouvertures pour une suite.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 25 novembre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « « Je pensais trouver la situation améliorée à mon retour, mais c’est trop beau pour être vrai, dans un sens. » C’était la voix d’Umbre ; penché sur une table dans une pièce qu’emplissait la pénombre, il étudiait un manuscrit. »  Page 12
  • « Umbre quitta son manuscrit des yeux, l’air mi-amusé, mi-agacé. « Je réfléchis sérieusement et ce n’est pas dans ton lit que je trouverai la réponse que je cherche. »  Page 12
  • « Un manuscrit à la main, un jeune homme souriant descendait rapidement les marches ; je m’écartai pour éviter de le heurter mais, comme il passait près de moi, je ne perçus rien de son essence, puis je me retournai, interdit : il avait les yeux jaune d’ambre. »  Page 16
  • « Alors que je m’y dirigeais, j’entendis des murmures affairés, et soudain les degrés se peuplèrent de personnages à longue robe qui allaient et venaient ; la plupart tenaient à la main des manuscrits ou d’autres documents et leur ton indiquait la discussion d’affaires graves. »  Page 16
  • « Je défonçai une porte qui donnait sur une pièce intérieure, espérant trouver quelque chose de bien conservé, et découvris des murs garnis de casiers en bois dont chacun contenait un manuscrit. Les parchemins semblaient substantiels, de même que les instruments posés sur la table au milieu de la pièce. Mais, au bout de mes doigts tâtonnants, je ne sentis que des fantômes de documents, secs et fragiles comme des cendres. »  Page 24
  • « Tous les contes que j’avais pu entendre décrivaient les dragons comme des vers, des lézards ou des serpents ; mais, en voyant celui-ci surgir du fleuve et déployer ses ailes dégoulinantes, je me pris à songer à un oiseau ; des images de cormorans gracieux s’élevant de la mer après avoir plongé pour attraper un poisson ou de faisans au plumage vivement coloré me vinrent à l’esprit devant l’émersion de la formidable créature rivalisant en taille avec les navires du port, son envergure géante ridiculisant leur voilure. »  Page 26
  • « Une partie de l’épais mystère qui entoure les Anciens provient de ce que les rares représentations que nous avons d’eux se ressemblent très peu entre elles. Cela est vrai non seulement des tapisseries et des manuscrits, qui sont des copies d’ouvrages plus anciens et peuvent donc contenir des erreurs, mais aussi des quelques images qui ont subsisté depuis l’époque du roi Sagesse. Certaines évoquent une similitude avec les dragons des légendes : on y retrouve les ailes, les serres, la peau écailleuse et les vastes proportions, mais d’autres, non ; sur une tapisserie au moins, l’Ancien est montré sous la forme d’un homme, quoique de très grande taille et avec la peau dorée. Les représentations ne sont même pas d’accord sur le nombre de membres que possédait cette race bienveillante : dans certains cas, on lui voit jusqu’à quatre pattes et deux ailes ; dans d’autres, elle n’a pas d’ailes et marche comme les humains. Une théorie a été avancée, selon laquelle la rareté des écrits sur les Anciens proviendrait de ce qu’autrefois le savoir qu’on en avait était considéré comme allant de soi. De même que nul aujourd’hui n’aurait l’idée de rédiger un manuscrit sur les attributs les plus évidents d’un cheval, car cela n’aurait aucun intérêt, personne à l’époque n’aurait songé qu’un jour les Anciens feraient partie de la légende, et cela se tient jusqu’à un certain point. Mais il suffit de jeter un coup d’œil aux textes et aux tapisseries où apparaissent des chevaux sous l’aspect d’animaux qui appartiennent à la vie courante pour s’apercevoir que cette hypothèse est erronée : si les Anciens avaient été si intimement liés à l’existence des humains, leurs représentations auraient dû au contraire abonder. »  Page 29
  • « – Jetons un coup d’œil à la carte que vous avez copiée. » Je sortis le vélin de mon paquetage tandis qu’elle faisait de même de son côté, et nous comparâmes les deux. Il était difficile d’y trouver des similitudes car les échelles étaient différentes ; mais nous finîmes par juger que la zone représentée par la maquette de la cité avait une certaine ressemblance avec la section de route dessinée sur la carte de Kettricken. »  Pages 31 et 32
  • « – Vient le Catalyseur pour changer la chair en pierre et la pierre en chair. Sous son toucher s’éveilleront les dragons de la terre ; la cité endormie tremblera et s’éveillera sous ses pas. Vient le Catalyseur. » La voix du fou était rêveuse. « Les écrits de Damir le Blanc », ajouta Caudron avec révérence. Elle me regarda et une fugitive expression d’agacement envahit ses traits. « Des siècles de textes et de prophéties, et c’est à vous qu’on aboutit ? »  Page 33
  • « Il avait existé d’autres Prophètes blancs, mais lorsque j’ai voulu leur faire comprendre que j’étais celui de cette génération, ils n’ont pas pu l’accepter. Ils m’ont montré des tonnes de documents pour tenter de me convaincre de mon impudence ; mais, moi, plus je lisais, plus ma certitude grandissait. »  Page 68
  • « Nombre d’anciennes « Prophéties blanches » relatent la trahison du Catalyseur ; voici ce que dit Colum le Blanc de cet épisode : « Par son amour il est trahi et son amour est trahi aussi. » Un scribe et prophète moins connu, Gant le Blanc, y ajoute ces détails : « Le cœur du Catalyseur est à nu devant quelqu’un en qui il a une foi absolue. Toute confiance est donnée et toute confiance est trahie. L’enfant du Catalyseur est remis aux mains de ses ennemis par quelqu’un dont l’amour et la fidélité ne sauraient être mis en question. » Les autres prophéties sont plus ambiguës, mais dans tous les cas il est sous-entendu que le Catalyseur est trahi par une personne qui a sa confiance implicite. » 
  • « « Peut-être ai-je appris en écoutant au lieu de poser sans cesse des questions indiscrètes, répliqua-t-elle d’un ton cassant. Et maintenant, buvez-moi ça », ajouta-t-elle comme si elle considérait le chapitre comme clos. »  Page 122
  • « Des légendes courent chez les Montagnards sur une race ancienne, très douée pour la magie et détentrice d’un savoir aujourd’hui perdu à jamais pour les hommes. Ces légendes, par bien des aspects, ressemblent à celles qui parlent des elfes ou des Anciens dans les Six-Duchés ; dans certains cas, elles sont tellement semblables qu’il s’agit manifestement de la même histoire adaptée par des peuples différents. L’exemple le plus frappant est La Chaise volante du fils de la veuve ; chez les Montagnards, ce conte cervien se retrouve sous le titre du Traîneau volant de l’orphelin. Qui peut dire chez qui il a son origine ? »  Page 148
  • « On parle également de cités anciennes, au fin fond des Montagnes, qui auraient été le lieu de résidence de ces êtres. Mais je n’ai trouvé nulle part, ni dans la littérature ni dans la mémoire orale des Montagnards, d’explication sur la disparition de ces créatures. »  Page 148
  • « – Entends-tu seulement ce que tu dis ? m’exclamai-je. Une pierre va s’élever dans le ciel et défendre les Six-Duchés contre les Pirates rouges ! Et les troupes de Royal et les incidents de frontière avec le royaume des Montagnes ? Ce fameux « dragon » va-t-il y mettre un terme aussi ? » La colère m’envahissait peu à peu. « C’est pour ça que nous avons fait tout ce chemin ? Pour un conte à dormir debout auquel même un enfant ne croirait pas ? » »  Page 177
  • « L’aube grisaillait le ciel et je venais de faire le tour du campement quand il déclara : « Il y avait des livres d’Art dont tu ne sais rien, des livres et des parchemins que Galen a enlevés des appartements de Sollicité alors qu’elle se mourait. Le savoir qu’ils renfermaient était réservé aux seuls maîtres d’Art, et certains étaient même fermés par des verrous astucieux. Galen a disposé de nombreuses années pour les ouvrir ; un verrou ne sert pas seulement à maintenir un honnête homme dans le droit chemin, tu sais. Galen a trouvé dans ces textes bien des choses qu’il n’a pas comprises ; mais il existait aussi des parchemins qui contenaient la liste de tous ceux qui avaient été formés à l’Art. Galen a retrouvé ceux qu’il a pu et les a interrogés, et puis il les a éliminés, de peur que d’autres ne leur posent les mêmes questions. Il a découvert bien du savoir dans ces parchemins : comment vivre longtemps et en bonne santé, comment infliger la douleur par l’Art sans même toucher un homme. Mais, dans les manuscrits les plus anciens, il a décelé des indications sur un grand pouvoir qui attendrait un puissant artiseur dans les Montagnes. »  Page 186
  • « – Non, non. » Le fou secoua la tête. « Ça ne s’est pas passé comme ça. Galen n’avait pas révélé à Royal tout ce qu’il avait appris, car alors il n’aurait plus eu la haute main sur son demi-frère. Mais, sois-en assuré, dès la mort de Galen, Royal s’est aussitôt emparé des manuscrits et des livres pour les étudier. »  Pages 186 et 187
  • « « Il devait y avoir bien des choses dans les livres de Sollicité qu’on ne nous a jamais apprises, à Chevalerie et à moi. »  Page 198
  • « Kettricken m’adressa un coup d’œil amusé. « Vous ne croyez toujours pas que le dragon de Vérité volera quand il sera fini ? Moi, si. Mais, évidemment, il ne me reste plus grand-chose en quoi croire. Vraiment plus grand-chose. » Je m’apprêtais à lui répondre que, pour moi, ces histoires de dragons n’étaient que des contes de ménestrels pour les enfants, mais ses derniers mots scellèrent mes lèvres. »  Page 224
  • « « Vous voulez donc que je me serve du Vif et de l’Art pour réveiller les statues de dragons. Mais comment ? » Vérité haussa les épaules. «Je l’ignore. Malgré tout ce que Crécerelle m’a enseigné, il subsiste d’énormes lacunes dans ma connaissance de l’Art. Galen nous a porté un coup majeur en volant les livres de Sollicité et en interrompant notre formation, à Chevalerie et à moi, et je ne cesse de songer à cet épisode ; tramait-il déjà de donner le trône à son demi-frère, ou bien était-il simplement avide de pouvoir ? Nous n’en saurons jamais rien. » »  Page 227
  • « Depuis la tête reptilienne en forme de coin jusqu’à la queue barbelée, c’était le dragon typique des légendes ; admiratif, je caressai ses écailles luisantes et je sentis le Vif ondoyer paresseusement en lui comme un ruban de fumée ; par un pur effort de volonté, je me forçai à croire qu’il y avait de la vie en lui. »  Page 231
  • « Rien n’empêchait Guillot de former de nouveaux élèves : il avait en sa possession tous les livres et manuscrits de Sollicité ; et si l’aptitude à l’Art n’avait rien de commun, elle n’était pas non plus extrêmement rare. »  Page 233
  • « Il faut dire qu’à la lueur du feu mon roi avait l’air d’un démon sorti tout droit d’un conte d’épouvante, le visage éclaboussé de mouchetures miroitantes, les mains et les avant-bras brillants comme s’ils étaient faits d’argent poli ; avec son visage décharné, ses vêtements en lambeaux et ses yeux d’une noirceur absolue, il aurait terrifié n’importe qui, et je dois reconnaître au crédit du soldat de Royal qu’il ne faiblit pas : il bloqua le premier assaut du roi et le détourna – du moins le crut-il. »  Page 238
  • « Je restai un moment près de lui, immobile, mais il ne daigna même pas s’apercevoir de ma présence et continua son ouvrage sans cesser de fredonner de vieilles comptines et des chansons à boire. »  Pages 246 et 247
  • « « Fou, c’est toi qui dois les guider, sur la femme au dragon. Mène-les jusqu’en Cerf, auprès de Vérité ; ils t’écouteront car tu es de la même meute que nous Ŕ, cela, ils le comprennent.
    – Fitz, c’est impossible. Je ne suis pas fait pour ces massacres ! Je ne suis pas venu voir disparaître des vies ! Je ne l’ai jamais vu dans mes rêves, je n’en ai jamais entendu parler dans un manuscrit. J’ai peur de conduire le temps dans une mauvaise direction. »  Page 303
  • « Au seigneur Umbre, conseiller de la reine, Royal remit tous les manuscrits et grimoires de la maîtresse d’Art Sollicité, en l’implorant de les bien garder car ils renfermaient un savoir qui pouvait servir au mal entre de mauvaises mains. »  Page 319
  • « Les Outrîliens avaient des érudits et des sages, malgré la réputation de barbarie que leur prêtaient les Six-Duchés, et ils étudièrent toutes les mentions de dragons qu’ils purent trouver dans les manuscrits anciens. Bien qu’il soit sans doute difficile d’en apporter la preuve absolue, il ne me paraît pas impossible que certaines copies de manuscrits réunies par les maîtres d’Art de Cerf aient été vendues, avant la menace des Pirates rouges sur nos côtes, à des marchands outrîliens qui payèrent grassement pour ces articles. »  Page 320
  • « Il n’est pas nécessaire de tout dire et tout n’est pas bon à dire. Je prends mon manuscrit et me dirige à pas lents vers l’âtre. J’ai les jambes raides d’être resté assis. Il fait froid et humide, aujourd’hui ; le brouillard venu de l’océan s’est infiltré dans toutes mes vieilles blessures et les a réveillées. C’est toujours celle de la flèche la plus douloureuse. Quand le froid resserre cette cicatrice, j’en sens le tiraillement dans tout le corps. Je jette le vélin sur les charbons ; pour ce faire, je dois enjamber Œil-de-Nuit. »  Page 321
  • « Mais avant que j’aie le temps de l’appeler, mon jeune aide se présente dans la pièce. Il fronce le nez en sentant l’odeur du manuscrit en train de se consumer et me lance un regard mordant. »  Page 322
  • « Parfois, lorsqu’Astérie me fait une visite, elle m’apporte de curieux manuscrits anciens, ainsi que des graines et des racines de plantes singulières ; en d’autres occasions, elle me remet du papier fin et du vélin blanc. »  Page 324
  • « Quand elle se rend chez moi, Astérie me réprimande en affirmant que je suis encore jeune. Que sont devenues, me demande-t-elle avec insistance, mes déclarations selon lesquelles j’aurais un jour une existence à moi ? Je lui réponds que je l’ai trouvée ici, dans ma chaumière, avec mes manuscrits, mon loup et mon garçon. »  Page 325
  • « Mon garçon a appris ce que signifiait ce regard chez moi, et il mesure soigneusement l’écorce elfique pour engourdir ma douleur ; il y ajoute du carryme pour m’aider à dormir, et du gingembre pour masquer l’amertume de l’écorce ; puis il m’apporte du papier, une plume et de l’encre, et me laisse écrire. Il sait qu’au matin il me trouvera la tête sur le bureau, endormi parmi mes manuscrits, Œil-de-Nuit couché à mes pieds. »  Page 326
5 étoiles, M

Morlante

Morlante de Stéphane Dompierre

Éditions Numéro de série, 2016, 148 pages

Roman écrit par Stéphane Dompierre et publié initialement en 2009.

En cette année de 1701, les mers du sud sont le champ de bataille par excellence entre les navires de pirates et ceux des flottes française et britannique. Le Capitaine Johnson a écrit plusieurs romans mettant en scène ces confrontations sanglantes. Il excelle dans la création de romans de piraterie et ils sont très populaires. Mais qui se cache derrière ce pseudonyme ? Les lecteurs seraient bien surpris d’apprendre qu’il s’agit de nul autre que du pirate sanguinaire Morlante. Il est engagé par les anglais pour défendre les navires contre les attaques des armées ennemies ou des pirates. Une brute invincible qui tue rapidement avec ses deux machettes qu’il porte toujours sur lui. Entre deux combats pour passer le temps, Morlante s’enferme dans une cabine, seul, pour écrire ses textes qui sont inspirés par sa propre vie et celles des marins de son entourage.

Une excellente satire d’un roman de pirates. L’histoire de ce récit n’est qu’un prétexte pour plonger le lecteur dans la cruauté du quotidien des pirates : du sang, des gorges tranchées, du sexe, des bateaux qui coulent. Ce roman nous plonge aussi dans un texte qui ne se prend pas au sérieux et qui est très drôle si le lecteur sait apprécier une lecture au deuxième degré. À notre grand plaisir, l’auteur a inséré des références modernes dans le texte, ces anachronismes ajoutent du piquant à la lecture et prouvent qu’il vaut mieux lire cette œuvre avec une grande ouverture d’esprit. Aucun des personnages n’est réaliste, ils sont tous des caricatures et sont loin d’être intelligent. Ils sont tout de même très attachants et intéressants surtout les personnages de Morlante et de Lolly Pop. Le style de Dompierre est percutant, acide mais aussi rempli d’humour noir. Morlante est tout simplement un vent de fraîcheur. Un petit roman qui se lit rapidement et qui est très distrayant.

La note : 5 étoiles

Lecture terminée le 4 novembre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Je ne suis qu’un modeste auteur qui recherche des lieux tranquilles où écrire ses petites histoires de pirates. »  Page 18
  • « À la lueur d’une ou deux bougies, penché sur une table de travail, je remplis des calepins de mon écriture soignée. Le silence et la solitude sont propices à l’invention de ces fables que certains beaux parleurs feront ensuite passer pour véridiques. Ils se les approprieront, les raconteront de mémoire dans les auberges, en se donnant le rôle de l’homme courageux qui a affronté le danger en le regardant droit dans les yeux. Mais ces homme-là sont rares, dans la vie comme dans mes livres. Je dirais même qu’il aura fallu les inventer sur papier pour qu’on en vienne à s’en inspirer dans la vraie vie.
    S’ils existaient ailleurs que dans la littérature, ces héros ont sans doute autre chose à faire que d’étourdir la clientèle des auberges en souhaitant qu’on leur paie à boire. C’est charlatan m’amusent plus qu’ils ne m’énervent; après tout, ça prouve que mes petites histoires réussissent parfois à échauffer les esprits. Procurez-moi les calepins que je préfère, de l’encre, du thé vert brûlant, et je vous offre mes services. »  Pages 18 et 19
  • « Ce n’est pas pour ma plume vive ni pour ma calligraphie impeccable qu’on m’invite à bord. »  Page 19
  • « Quand un navire ennemi passe à l’abordage, que les combats éclatent sur le pont, que ça crie et que ça se tape dessus, je range plume et calepin dans ma veste de cuir noir, je me déplie en m’étirant le dos, souvent après de longues heures passées sans bouger, penché sur mes écrits, et je respire de grandes bouffées d’air pour me secouer un peu. »  Page 19
  • « On ne marque pas son époque en écrivant des livres, mais en tranchant des gorges. »  Page 20
  • « Couvert de sang, l’écrivain aux machettes émerge d’un tas de corps lourds et inanimés. »  Page 23
  • « Il sort son calepin, de l’encre, sa plume, et prend quelques notes en sifflotant.
    C’est comme ça, l’inspiration, ça frappe à tout moment. Inutile de lutter. »  Page 23
  • « Il lui vient tout de même l’envie d’intégrer l’anecdote dans son prochain roman. »  Page 29
  • « Morlante, satisfait de la distance qui le sépare de la flotte de Marshall, se risque à allumer quelques bougies et replonge dans son écriture, sans plus s’occuper des deux rameurs. »  Page 30
  • « Je ne vivais plus la moindre aventure sans me demander dans l’instant comment j’allais la transformer, la transposer dans ma fiction, devenue pour moi plus réelle que la vraie vie. J’interrompais une conversations pour prendre des notes, je devenais écrivain, mes conversations perdaient toute cohérence, les discussions n’avaient plus d’intérêt pour moi; pourquoi perdre mon temps à raconter quoi que ce soit, avec des mots approximatifs, alors que je pouvais m’exprimer plus clairement par écrit, en prenant mon temps, en choisissant le bon ton, en n’étant interrompu par personne ?
    J’ai vite trouvé un éditeur pour publier mes histoires de pirates, de corsaires et de flibustiers. L’entente est simple, et elle n’a pas changé depuis quinze ans : je lui envoie des manuscrits signés du nom de « capitaine Charles Johnson » et lui accumule l’argent de mes droits d’auteur dans une banque en Angleterre. »  Page 32
  • « Plus vieux, je m’achèterai peut-être un modeste bateau pour y finir mes jours, mystérieux écrivain arthritique à la dérive, confiant mes manuscrits terminés à un messager ou l’autre, en souhaitant qu’ils arrivent à bon port. J’ai la chance qu’on n’ait pas découvert encore qui est ce capitaine Johnson. On se doute qu’il s’agit d’un pseudonyme, mais je maquille assez les histoires pour qu’on ne sache pas qu’elles viennent de moi.
    Je ne tiens d’ailleurs qu’un tout petit rôle dans mes romans, rien que de brèves apparitions; la légende de Morlante se transmet beaucoup plus de bouche à oreille que par écrit. »  Page 32
  • « Sur papier, le compte rendu de mes massacres semble exagéré, voire comique. Les gens qui savent lire, pour la plupart des bourgeois qui quittent rarement le confort de leur maison, n’y croient pas un instant. Mais, racontés par un barbu obèse et ivrogne, la nuit, près d’un feu, alors que les ténèbres environnantes sont peuplées de bruits inconnus, les récits de ce tueur sanguinaire vêtu de cuit noir clouent les gens à leur natte, et bien courageux ceux qui osent quitter le cercle lumineux pour aller uriner leur bière plus loin dans les bois. »  Page 33
  • Plusieurs citations dans le chapitre 8
  • « Il ne peut pas concevoir que l’écrivain aux machettes ait eu le temps de le voler alors qu’il était dans le fond de la cale de la Gina, avec pour seule issue une porte verrouillée de l’extérieur. »  Page 39
  • « Le paradoxe de l’écrivain vient du fait qu’il a besoin de solitude pour écrire, mais aussi de la présence des autres pour trouver de quoi raconter. »  Page 41
  • « Marshall, privé de son écrivain aux machettes, ne voit pas d’autre issue : il fait un signe à Gibson, qui s’empresse de faire hisser le pavillon blanc
    Marshall n’en pleut plus de toute cette malchance qui s’abat sur lui et, pour évacuer un peu de cette rage qui le tenaille, il empoigne la première chose qui se trouve à portée de main, un mousse qui passait par là au mauvais moment, et lui fracasse le crâne contre le mât d’artimon jusqu’à ce qu’il n’en reste rien de reconnaissable, en hurlant des insanités qui offenseraient même le grand Belzébuth. »  Page 46
  • « Morlante s’est largement inspiré d’elle pour créer le personnage de Myrtille, la pirate aux mille souliers, dans ses romans Confessions d’une accro du pillage et L’accro du pillage à l’ile de la Tortue, deux de ses livres les plus populaires. »  Page 49
  • « Cette rude vie en mer réveille lentement l’animal en lui, bien que ce ne soit encore qu’une petite bestiole, un écureuil, disons, un furet, peut-être, une loutre au mieux. Il a de moins en moins envie de retourner à ses registres de comptabilité et de plus en plus envie de se battre. »  Page 60
  • « Morlante aimerait prendre des notes pour son prochain roman, mais ces grands monstres le tiennent occupé; il doit parfois s’y prendre à six fois à coup de machettes dans un ventre pour enfin en voir jaillir des entrailles. »  Page 61
  • « – Bof, vous savez, la guerre, c’est comme l’écriture : on grappille quelques idées ici et là, on retravaille, on invente un peu et hop ! L’important, c’est de prendre plaisir à ce qu’on fait. »  Page 64
  • « – Bah. Ils m’ont plumé aux cartes hier, en trichant. Ça leur apprendra. Le crime ne paie pas.
    – C’est bien vrai. S’il fallait retenir une leçon de tout cela, un enseignement à transmettre aux générations futures, en l’immortalisant dans un roman, par exemple, voilà bien ce qu’on pourrait dire : le crime ne paie pas. »  Page 64
  • « Morlante pose sa tasse, sort son calepin, trempe sa plume dans une gorge de pirate fraîchement tranchée où éclatent encore quelques petites bulles, et inscrit, sur une page blanche, pour être certain de ne pas l’oublier : « Le crime ne paie pas. » Voilà la beauté, mais aussi le grand drame de l’écrivain : même avec des machettes aux poings, même en admirant des navires en flammes, même en dégustant un thé vert à petites gorgées, il est toujours au travail. »  Page 65
  • « Elle fut l’inspiration de nombre de mes romans. Je couchai parfois sur papier presque mot à mot les histoires qu’on me racontait à son sujet, retrouvant chaque fois la même lueur admirative dans les yeux des conteurs, à croire qu’il n’y a rien de plus magique que de voir ses compagnons se faire abattre par Lolly Pop. »  Page 71
  • « Myrtille la pirate, Mona Boom, Big Bad Bloody Bosom, tous des personnages de mes romans qui sont nés à la suite des récits de cette dame impitoyablement belle.
    Elle m’a aussi servi de personnage secondaire, sous son vrai nom cette fois, dans quelques histoires plus véridiques, où ce qu’on racontait me semblait plus crédible et était confirmé par plus d’un témoin. »  Page 71
  • « Je tournais en rond dans ma cabine, nerveux, empoignant mon calepin, prêt à lui rendre visite, le reposant sur la table dans un découragement soudain, le cœur battant la chamade, les mains tremblotantes. Si l’homme en moi était intimidé par cette guerrière, il fallait que l’écrivain se lève et l’affronte. »  Page 72
  • « Je décidais de passer outre mes principes, pour le bien de mes romans, et je demandai qu’on m’apporte du rhum. »  Page 72
  • « Mais, en face de cette dame, il se rend bien compte que sa force n’est pas dans la conversation mais plutôt dans l’action ou, mieux, le repli dans ses petits calepins rassurants. »  Page 76
  • « – Je… J’aimerais vous poser quelques questions.
    Il sort sa plume. Son encre et son calepin.
    – Ah non ! Pas un écrivain ! Je déteste les écrivains ! Vous avez lu l’autre taré, là, le capitaine Johnson ? Ce gros con s’est approprié tous mes exploits pour les attribuer à ses personnages fictifs ! On accuse les pirates d’être des pilleurs, ce n’est rien comparé aux écrivains ! Des sauvages !
    – Euh, je ne connais pas ce monsieur Johnson. Je ne fais que tenir un modeste journal… »  Page 76
  • « Marshall a un plaisir fou à exterminer du Français; il se rend compte qu’il avait trop souvent laissé Morlante faire tout le bulot, l’observant de loin en buvant du café, en grignotant des biscuits, prenant du ventre alors que sa réputation de capitaine sanguinaire faiblissait, occultée par les exploits de l’écrivain psychopathe qu’il avait pris à son bord. »  Page 80
  • « Marshall réfléchit à la situation. Incapable de déterminer si l’arrivée de l’écrivain est une bonne ou une mauvaise nouvelle, il profite de la confusion générale pour couper l’ancrage, dans l’espoir que le vent les fera dériver jusqu’à la côte sans qu’on remarque trop vite leur disparition. »  Page 90
  • « Morlante refait son bandage pendant que Lolly Pop parcourt la collection de livres. Elle en sort un de la bibliothèque et s’installe sans un fauteuil pour lire, les deux pieds posés sur la table. Morlante se penche pour en voir le titre. Pavillon rose et longues bottes noires. Il sourit, flatté qu’elle lise un de ses romans, jusqu’à ce qu’elle lance :
    « Il sait vraiment pas de quoi il parle, ce con ! Sûrement un gros bourge qui n’est jamais monté à bord d’un bateau! Et pourquoi il se sert toujours de mes histoires pour les attribuer à ses personnages ? C’est un voleur, un plagiaire et un mal baisé ! » »  Page 107
  • « Lolly Pop hausse les épaules.
    « Au pis aller, je lui fais la peau. »
    Rassuré de voir son détachement, Morlante sort sa plume et ses calepins pour écrire quelques pages en attendant le retour de l’équipage. Lolly Pop replonge dans sa lecture. »  Page 108
  • « Morlante n’a rien écrit de bon dans son calpin. Il a bien griffonné quelques phrases, mais ce ne sont que des banalités qui ne méritent pas qu’on s’y attarde. Incapable de faire avancer son prochain roman, il s’est donc mis en tête de décrire dans ses pages la beauté sauvage de Lolly Pop. Et il se sent bien piètre écrivain. »  Page 115
  • « En ce moment, plus que tout au monde, il a envie de fourrer son nez dans le cou de Lolly Pop et il sait qu’elle le sait. Mais, inébranlable, elle se contente de lui balancer un regard troublant avec un sourire en coin de temps en temps, quand elle lève les yeux de son livre.
    Et puis elle replonge aussitôt dans sa lecture, concentrée, tournant et retournant une mèche de ses cheveux entre ses doigts. Il y a mille questions qu’il aimerait lui poser, pour le bien de ses romans autant que par curiosité personnelle : il aimerait aussi savoir si elle a faim, ou soif, ou froid, ou chaud, mais il a la gorge sèche, il manque de salive et il ignore ce qu’elle eut bien penser de lui.
    Il ne comprend pas ce qui lui arrive et il espère que les sentiments troubles que cette femme fait naître en lui n’iront pas jusqu’à lui inspirer des poèmes. »  Page 116
  • « Morlante range son calepin, content d’avoir enfin de quoi se changer les idées. Lolly Pop referme son livre en prenant soin de corner la page où elle s’est arrêtée, captivée malgré elle par ces histories de femme pirate. »  Page 119
  • « La moitié supérieure de la tête arrachée par une décharge de six pistolets tirés à peu près en même temps : ainsi se termine la très courte carrière de Piratos, qui aura duré à peu près deux heures et demie, sans autres exploits notables que d’avoir tourné en rond tout ce temps dans un tonneau, puis d’avoir commis l’erreur de parler avant de tirer.
    Il y a fort à parier qu’il ne figurera pas dans les livres d’histoire. »  Page 124
  • « Morlante envoie un petit sourire complice à Vox et lui fait signe de continuer de ramer. Il admire sa nouvelle bague, un souvenir d’une grande valeur sentimentale qu’il chérira le reste de ses jours, puis sort encre, plume et calepin pour se remettre à écrire. Les premières lignes d’un tout nouveau roman. Cette fois, pour changer, il aurait envie d’une histoire qui se termine bien. »  Page 148
1,5 étoile, S

Soucoupes violentes

Soucoupes violentes de G. Morris

Éditions Fleuve Noir – Anticipation, 1980, 213 pages

Roman écrit par G. Morris et publié initialement en 1980.

Lorsque Georges a acheté une vielle demeure sur laquelle il était tombé par hasard, il espérait changer sa vie. Il est littéralement tombé amoureux de cette vielle maison à l’abandon et à la pancarte à vendre délavée par le temps. Il veut en faire son nid d’aigle pour peaufiner ses manuscrits afin de les présenter aux éditeurs de Paris. Mais selon les gens du village, cette maison est hantée car il arrive parfois que des phénomènes étranges s’y produisent. Après quelques jours dans sa nouvelle demeure, il descend au village et entend une nouvelle qui attire à peine son attention : des satellites américains et russes qui étaient en orbite autour de la terre ont disparu sans laisser de trace. Mais quelques jours plus tard, son attention est captée par l’annonce qu’un Boeing 747 est disparu en plein vol avec son équipage et les passagers sans laisser de trace lui aussi. Que se passe-t-il dans le monde pour justifier la disparition des satellites et des avions ? Mais il se demande aussi d’où viennent les phénomènes paranormaux dont il est témoins autour de sa nouvelle maison ?

Une histoire à la limite d’une caricature de science-fiction. Le récit présenté a un certain charme, ce n’est pas mauvais, cependant ça manque de rythme. Le début est très lent, trop lent pour vraiment happer le lecteur. En revanche, la fin est intéressante car la motivation qui attire les extra-terrestres autour de la terre est très bien trouvée. Malheureusement, les personnages ne sont pas très attachants car ils sont de vraies caricatures par leurs actions, leurs dialogues et leurs formes, surtout celui de Monika. La super belle fille qui vient frapper à la porte de Georges par hasard et qui satisfait toutes les demandes de celui-ci. De plus, les propos des protagonistes sont très macho et vulgaires. Le lecteur a l’impression de lire un mauvais roman Harlequin à la sauce extra-terrestre. Deux problèmes majeurs pour ce roman, la pauvreté de la construction de l’histoire et un roman qui a très mal vieilli. Malgré ses nombreux défauts, ce roman nous pousse cependant à réfléchir sur les motivations de nos actes et leurs impacts sur les êtres vivants qui cohabitent avec nous sur la terre. Un roman qui semble avoir été écrit à la chaîne qui n’a ni profondeur ni crédibilité dans son histoire.

La note : 1,5 étoiles

Lecture terminée le 1ier novembre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « En bas, ils ne m’appelaient plus autrement que le dingue ou le fada ou le connard de là-haut ou Simplet ou n’importe quoi d’autre, selon leur degré de vacherie. »  Page 15
  • « Un Paris qui ne s’était pas montré tendre avec le talent d’écrivain que je pensais avoir et que j’avais, sans doute, mais aucun éditeur n’était allé jusqu’à me donner ma chance… »  Page 16
  • « J’y affirmerais, j’y confirmerais ma personnalité naissante et le jour où je regagnerais la capitale avec mes manuscrits retravaillés sous le bras, Paris n’aurait qu’à bien se tenir… »  Page 16
  • « Ma maison trônait en vitrine, parmi quelques autres : une photo qui ressemblait à celles que les actrices vieillissantes – ou les femmes de lettres – font envoyer aux journaux par leurs agents de presse. »  Page 16
  • « J’appris, simultanément, qu’il s’agissait là d’une « charmante fermette ancienne à rénover, avec nombreuses dépendances susceptibles d’aménagements ultérieurs », et qu’ils en réclamaient plus d’e millions que mes minables travaux de rewriting et de traduction, mes activités de « nègre » ne m’avaient permis d’en mettre à gauche ! »  Page 17
  • « Et moi qui n’ai jamais su marchander, pas même un vieux bouquin aux Puces de Clignancourt, je m’entendais palabrer comme si je n’avais fait que ça de toute ma vie. »  Page 17
  • « Soupant avec lui au restaurant de la place, le soir de la vente, je lui dis que j’étais écrivain – ma façon à moi de voyager dans l’avenir – et rendus loquace par la bonne bouteille que nous venions de boire en semble, il releva :
    – Romancier, hein ?
    J’approuvai, légèrement éméché moi aussi, sans essayer de lui expliquer la différence. »  Page 19
  • « – Savez que vous pourriez avoir raison ? Que cette histoire de bête étrange pourrait être née d’une analogie… d’une assonance !
    – L’habitude de manier les mots…
    Avec un air entendu, un petit geste grand seigneur. Je m’y voyais déjà, dans le haut de l’affiche ! En tête de la liste des futurs best-sellers ! Combien de chefs-d’œuvre n’allais-je pas écrire, dans mon « nid d’aigle » ! Combien de chefs-d’œuvre n’avais-je pas déjà écrits… en rêve ? »  Page 22
  • « Les copains de Paris, d’abord. Qui se chargèrent de déménager mes possessions terrestres, composées de bouquins à plus de cinquante pour cent, et me les amenèrent de la capitale dans un camion loué pas cher à un autre copain d’école devenu transporteur routier. »  Page 23
  • « Je retrouvai, l’espace d’une soirée, les conversations « bien parisiennes » et les potins de ces cocktails littéraires où tout le monde doit obligatoirement démolir tout le monde sous peine, en cas d’abstention de paraître terne et sans esprit. »  Page 23
  • « À noter que j’avais sur quiconque se fût trouvé à ma place l’avantage de vivre mon expérience sur deux plans. Un, je la vivais et m’efforçais de la vivre pleinement. « Honnêtement ». Deux, je me regardais la vivre et j’en tenais le journal de bord, jour après jour. »  Page 26
  • « Bien loin de me desservir, l’éloignement, le temps durant lequel je n’avais donné de mes nouvelles à personne m’avaient apporté une sorte de plus-value! J’étais bon traducteur, c’est un fait. Bon « rewriteur » et bon « nègre ». Mais je n’avais jamais su, ni me faire mousser, ni partir en claquant la porte lorsque les conditions offertes ne répondaient pas à mes espoirs. »  Page 27
  • « Inutile de dire que tout ça possédait infiniment moins d’importance, à mes yeux, que la rédaction de mon chef-d’œuvre ! Je ne savais pas encore si je l’appellerais « La soif absolu » ou « L’expérience de la solitude » ou si je chercherais un titre plus commercial. Plus « putain », De toute façon, il serait publié tel quel ou pas du tout, je n’autoriserais personne à y changer une seule virgule…
    J’éclatai de rire, tout à trac, en m’apercevant qu’une fois de plus, j’étais en train de me raconter de jolies histoires, et de toutes les chimères que je poursuis éveillé, celle-là est ma favorite! »  Page 28
  • « J’imaginai, follement, des hordes de taupes occupées à miner les fondements de la « Jouvenette »… « Les oiseaux » du père Hitchcock, transportés dans le domaine des espèces rampantes et galopantes… »  Pages 31 et 32
  • « « Se matérialiser » est un verbe abusivement employé, dans la littérature d’action, par des romanciers au vocabulaire au vocabulaire emphatique, pour traduire des faits, des gestes d’une extrêmes vivacité, trop rapides pour que l’œil pût les suivre. « Le pistolet se matérialisa dans son poing » et autres balançoires du même genre. »  Page 58
  • « Je le laissai profiter au maxi d’une expérience dont la rareté faisait la valeur et prêtai l’oreille aux conversations qui s’entrecroisaient autour de nous. Les provinciaux ont en général le verbe assez haut, surtout à mesure qu’on descend vers le midi de la France. On se serait cru dans le plus parisien des cocktails littéraires! »  Page 69
  • « Je pressai la touche « Eject » et sortis la cassette. Elle paraissait intacte. Je la remis dans le bidule, enfonçai la touche « Recording » et récitai n’importe quoi, je crois que c’étaient les premiers vers d’une fable de La Fontaine. »  Page 99
  • « Je travaillais régulièrement à mon futur bouquin, sans négliger pour autant ls boulots alimentaires. »  Page 122
  • « J’avais mon bouquin qui prenait forme et pompait la majeure partie de mon énergie. »  Page 125
  • « Comme dit, je n’étais pas « dépaysé ». Ouvrage et films de science-fiction aidant, l’image que je voyais était par trop « familière ». N’est-ce pas là, du reste, le plus beau compliment que l’on puisse faire à cette « littérature de l’avenir »? Le jour où les fameux « petits hommes verts », sous quelque forme que ce soit, débarqueront sur la Terre, nous serons beaucoup moins pris au dépourvu, grâce à elle… »  Page 128
  • « Cette avance, fusil au poing, ressemblait un peu trop à ce que j’avais vu, au cinéma, dans « La guerre des mondes » et dans « Le jour où la Terre s’arrêta » et d’autres films du même genre. »  Page 129
  • « Mais j’avançais toujours et ne ressentais rien de particulier. Aucun « picotement caractéristique », aucun début de paralysie, aucun symptôme d’aucune sorte. Puisque, faute de mieux, je ne pouvais guère me référer qu’aux expériences imaginaires des héros de science-fiction, je n’éprouvais rien qui rappelât aucune des histoires que j’avais lues… »  Pages 129 et 130
  • « En un éclair, me traversa, une fois encore, le souvenir d’anciennes lectures de romans d’anticipation, avec ce leitmotiv du « subespace » ou de « l’hyperespace » ou de la « brèche dans le continuum espace-temps ». Avec toutes ces descriptions rocambolesques, parfois effrayantes et parfois alléchantes, parfois supplice et parfois nirvana, du passage dans un univers parallèle ou d’une « dimension » dans une autre… »  Page 141
  • « – Mais enfin, nous avons vécu ces choses…
    Je haussai les épaules.
    – Exact ! Donc, pour nous, elles existent. Je crois que c’est Robbe-Grillet qui a écrit quelque part : « Une explication, quelle qu’elle soit, ne peut être qu’en trop face à la présence des choses. » C’est tout le problème de la littérature, Monika. Imagine que tu tournes un film. Tu as besoin d’un certain objet, dans une scène, il te suffit de la planter dans le décor. Il est là, point final ! Essai de décrire la scène, dans un roman. Tu dois nommer l’objet et s’il est insolite, l’attention du lecteur se braquera dessus, aussitôt, même si c’est exactement le contraire de ce que tu désires… alors qu’à l’image, donc à plus forte raison dans la réalité, la présence de l’objet comporte en soi sa propre justification ! »  Page 148
  • « J’étais content de moi, je me prenais pour Superman, c’était bon pour ce que j’avais et donnant donnant, je leur devrais au moins quelque chose… »  Pages 172 et 173
  • « Par un assez joli tour de passe-passe, agents et spécialistes présents en permanence ou de passage à la Jouvenette devinrent instantanément des « occultistes », la « bestiole », un vampire – à nous, comte Dracula – et l’affaire, une « banale histoire » de poltergeists et de maison hantée. »  Page 175
  • « – James Bond, les gadgets, les pépées… c’est pas notre blot ! Notre boulot non plus, d’ailleurs… Tout ça, c’est le cinoche romantique auquel on croit un peu, quand on est jeune et con… mais au fond, qu’est-ce qu’on est ? Des flics. Des fonctionnaires… Qui se débrouillent pas trop mal, quand même, puisque tous ces jobards guettent toujours les fantômes et pas les soucoupes ! »  Page 176
  • « – D’où vient que tu me fasses ces confidences ? C’est pas top-secret, ça aussi ?
    – Tu penses bien que je parle pas sans autorisation ! Je commence à bien te connaître et toi qu’as envie de sortir un best-seller, tu pourrais te laisser tenter par la pub. Mais fais pas ça, fils, ou pas encore… »  Page 177
  • « J’aurais tout donné pour qu’elle soit là, pour que les événements dont cette maison maudite avait été le cadre n’aient jamais eu lieu et simultanément, j’en bénissais les murs d’avoir su héberger, durant des mois, ce paradis qui faisait aujourd’hui mon enfer. Ne me l’avait-on accordé que pour me le reprendre ? Je n’avais pas la philosophie du prophète Job et de ses collègues bibliques ! J’en aurais demandé raison à Dieu en personne, si j’avais pu le rencontrer face à face…
    Je m’aperçus, soudain, que mon cœur cognait à tout rompre, dans ma poitrine oppressée, et que répartis à travers la pièce, les dormeurs s’agitaient dans leur sommeil. L’un d’eux gémissait à voix haute. James Bond ou pas, ces gaillards étaient tout de même censés ne pas être des femmelettes effrayées par leurs cauchemars… »  Page 179
  • « Mon univers vacillait. Patate avait parlé de « science-fiction », la veille. Moi aussi, j’avais lu pas mal de science-fiction. Des histoires insensées où l’un des personnages créait, sans le vouloir, des situations insolites. Juste en y pensant. Et d’autres histoires où les vœux, les souhaits exprimés se réalisaient, comme dans les contes de fées qui n’étaient, finalement, que des histoires de science-fiction où la magie tenait la place des technologies avancées ! Les citrouilles changées en carrosse et le crapaud en prince charmant. Abracadabra. Que la lumière soit et la lumière fut. »  Page 184
  • « Monika lisait dans mon esprit à livre ouvert. »  Page 195
  • « Je ne savais même plus si Monika me parlait ou si, pour gagner du temps, elle implantait directement certaines notions difficiles dans mon cerveau ouvert devant elle comme un livre aux pages presque blanches… »  Page 200
  • « Rares étaient toujours ceux qui, après Teilhard de Chardin et avec les nouveaux gnostiques de Princeton, Jean Charon, Rémy Chauvin, Costa de Beauregard et j’en passe, commençaient à réintégrer l’esprit dans la matière…
    Pour Monika et les siens, la « bionique » avait toujours été la science souveraine. Ils n’avaient jamais séparé l’esprit de la matière, ils avaient toujours sur que « l’esprit », la « lumière nouméenne » de notre bon vieux Newton, était présente dans cette « unité porteuse de psychisme universel » indifféremment nommée éon, holon ou… électron. »  Page 201