4 étoiles, D, M

Dirk Pitt, tome 01 : MayDay!

Dirk Pitt, tome 01 : MayDay! de Clive Cussler

Éditions Le Livre de Poche, publié en 2002, 162 pages

Premier tome de la série Dirk Pitt de Clive Cussler paru initialement en 1973 en anglais sous le titre « The Mediterranean Caper ».

Dirk Pitt est directeur des Projets Spéciaux pour la National Underwater and Marine Agency, il doit se rendre à bord du First Attempt qui mouille au large de la Grèce. Aux commandes de son hydravion, au-dessus de la mer Égée, Pitt n’en croit pas ses oreilles. Il reçoit un signal de détresse de la base aérienne américaine de Brady Field située sur l’île de Thasos. Selon le contrôleur aérien, la base est attaquée par un biplan datant de la Première Guerre mondiale. L’attaque est bien orchestrée car tous les avions au sol sont détruits. Ils ont besoin d’aide et vite. Pitt accompagné de son collègue et ami Giordino vont à la défense de la base armé d’une simple carabine et réussissent à abattre l’antique avion jaune. Une fois au sol, ils sont accueillis à bras ouverts et sont invités à séjourner sur la base pour quelques jours. Leur séjour sera rempli d’action lorsque Pitt se souviendra des origines de l’avion abattu et qu’il côtoiera le baron Von Till.

Un roman d’aventure très agréable. Cussler manie bien la monté du suspense. Il réussit à nous tenir en haleine tout au long de la lecture. Bien que l’intrigue soit un peu tirée par les cheveux, elle est néanmoins très intéressante. L’action ne manque pas et le rythme est rapide. Du suspens, de la séduction et une bonne dose de déduction, on retrouve les ingrédients importants d’un bon roman d’aventure. Le personnage de Pitt est somme toute bien réussi, mais il souffre du passage du temps. Créé dans les années 1970, Pitt est hyper-macho et ses comportements ne sont plus socialement acceptés aujourd’hui. De nos jours, un homme ne gifle pas les femmes pour les ramener à la raison. On est loin du comportement de gentleman de James Bond. Le style d’écriture de Cussler est simple et direct, sans fioriture, il va droit au but. Ce premier opus laisse présager une bonne série pour ceux qui aiment l’aventure, les enquêtes et les mystères. Un très bon moment de lecture pour se changer les idées.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 12 juillet 2016

La littérature dans ce roman :

  • « L’opérateur perd de la puissance, songea Pitt, ou bien il est sérieusement blessé. Il réfléchit une minute, puis se pencha sur sa droite, et secoua la personne endormie sur le siège du copilote. 
    — Réveille-toi, Belle au bois dormant. »  Page 9
  • « — Je n’arrive pas à croire ce que je viens d’entendre, dit Giordino stupéfié.
    Pitt remua la tête.
    — Je n’y arrive pas vraiment non plus, mais il va falloir qu’on donne un coup de main à ces types-là, au sol. Maintenant, dépêche-toi.
    — Je vais le faire, murmura Giordino. Mais je n’arrive toujours pas à avaler ça.
    — Ce n’est pas une raison pour raisonner, mon ami, dit Pitt, citant Shakespeare. »  Pages 12 et 13
  • « — Kurt était un de mes plus chers amis, dit von Till avec nostalgie. De telles choses ne s’oublient pas facilement. Je peux même me souvenir de la date et de l’heure exactes. C’est arrivé le 15 juillet 1918, à neuf heures du matin.
    — Il est étrange que personne ne connaisse l’histoire dans sa totalité, murmura Pitt, en le fixant froidement. Ni les archives de Berlin ni le British Air Muséum à Londres ne possèdent d’informations concernant la mort de Heibert. Tous les livres que j’ai consultés à ce sujet le mentionnent comme disparu dans de mystérieuses conditions, un peu comme ce qui a eu lieu avec d’autres As de l’aviation, comme Albert Bail et Georges Guynemer,
    — Bon Dieu, lança von Till avec exaspération. Les archives allemandes ne rapportent pas les faits parce que le Haut Commandement Impérial ne s’est jamais beaucoup préoccupé de la guerre en Macédoine. Et les Anglais n’accepteront jamais de publier un mot relatif à un acte aussi peu chevaleresque. En outre, l’avion de Kurt se trouvait encore dans les airs lorsqu’ils le virent pour la dernière fois. Les Anglais peuvent seulement jurer que leur plan insidieux a été couronné de succès. »  Pages 73 et 74
  • « — C’est entendu, je vais tout vous raconter du début à la fin, et je vous autorise à me regarder comme si j’étais fou. Je comprendrai.
    Dans la fournaise de cette cabine, dont les parois métalliques étaient presque trop chaudes pour être touchées, Pitt raconta son aventure. Il ne passa rien sous silence, pas même sa faible conviction que Teri ait pu, d’une façon ou d’une autre, le trahir pour aider von Till. Lewis hochait pensivement la tête de temps à autre, mais ne fit aucun commentaire ; son esprit semblait flotter dans l’air, et retrouver sa clarté seulement lorsque Pitt relatait un événement de façon animée. Giordino s’était mis à faire les cent pas dans la cabine, en prenant tout son temps et en suivant le léger roulis du navire.
    Lorsque Pitt eut terminé, nul ne dit mot. Dix secondes passèrent, puis une trentaine. Leur transpiration avait chargé d’humidité l’atmosphère déjà envahie par la fumée des cigares et cigarettes.
    — Je sais, dit Pitt un peu fatigué. Ça ressemble à un conte de fées et ça n’a pas l’air d’avoir beaucoup de sens. Mais c’est exactement ce qui m’est arrivé. Je vous ai tout dit.
    — Daniel dans la fosse aux lions, lança Lewis, d’une voix assurée. Je l’admets, ce que vous venez de nous raconter me semble assez invraisemblable, mais les faits ont parfois des façons bien étranges de vous donner raison. »  Page 109
  • « La température de l’air avait de nouveau grimpé et, pivotant sur son siège, Pitt put apercevoir, illuminé de rayons de soleil, le pic d’Hypsarion, chauve et sans un arbre, qui était le point culminant de l’île. Il se souvint avoir lu quelque part qu’un poète grec avait décrit Thasos comme « le cul d’un âne fou, couvert de bois fou ». Même si cette description datait de deux mille sept cents ans, pensa-t-il, elle n’en restait pas moins valable. »  Page 137
  • « — Seigneur, on dirait que mon crâne est fendu comme un pare-brise éclaté. 
    Pitt jeta un coup d’œil prudent sur Darius. Le géant, le teint plombé et le souffle court, était étendu de tout son long sur le plancher, les deux mains serrées sur son entrejambe. 
    — La fête est finie, dit Pitt en aidant Giordino à se relever. Filons d’ici avant que Frankenstein ait récupéré. »  Page 144
  • « Pitt empoigna la chaîne, levant les yeux vers les anneaux apparemment sans fin qui disparaissaient dans l’obscurité au-dessus de lui. Il se sentit comme Jack escaladant son haricot magique. »  Page 162
  • « Les rideaux étaient tirés dans la salle des cartes qui se trouvait à l’arrière de la timonerie. Il était inconcevable qu’une salle des cartes soit aussi propre. Les cartes étaient rangées dans un ordre parfait, avec leurs étendues de carrés et de chiffres parcourues de fines lignes au crayon tracées avec précision. Pitt replaça le couteau dans sa gaine, dirigea le rayon lumineux vers un exemplaire de l’Almanach Nautique de Brown et examina les marques apparaissant sur les cartes. Le tracé coïncidait exactement avec la route qu’avait dû emprunter le Queen Artemisia depuis Shanghai. Il se rendit compte que celui qui avait effectué les corrections de compas n’avait commis aucune erreur, ni même aucune rature. Le travail était soigné, un peu trop soigné.
    Le livre de bord était ouvert à la dernière entrée : 03 heures 52
    — Balise de Brady Field à 312°, approximativement huit miles. Vent du sud-ouest, 2 nœuds. Dieu protège la Minerva. L’heure inscrite indiquait que cette entrée avait été rédigée moins d’une heure avant qu’il ne s’élance de la plage. Mais où était passé l’équipage ? »  Page 164
  • « — Cale Numéro Trois ».
    La caverne d’Ali Baba n’aurait pas eu l’air aussi terrible que la Cale Numéro Trois. Partout où la lumière de Pitt passait, ce n’était que sacs innombrables entassés dans cette gigantesque grotte d’acier, rangés sur des palettes de bois, sur plusieurs couches, du sol au plafond. L’atmosphère était chargée d’une douceâtre odeur d’encens. Le cacao de Ceylan, présuma Pitt. »  Page 166
  • « — Comment s’est passée ta plongée ? 
    — Robert Southey devait avoir le Queen Artemisia en tête lorsqu’il a écrit : Tu pourrais ajouter que j’ai trouvé quelque chose en ne trouvant rien. »  Page 176
  • « — Qu’est-ce que vous pensez d’un entrepôt abandonné ? lança Giordino.
    Ses yeux étaient clos et il donnait l’impression de dormir, mais Pitt savait de par sa longue expérience qu’il n’avait pas perdu un mot de la conversation.
    Pitt éclata de rire puis ajouta :
    — Tout méchant bandit se promenant dans les environs d’un entrepôt abandonné a tôt ou tard affaire à Sherlock Holmes. Les constructions de bord de mer en premier lieu. Un bâtiment inoccupé ne ferait qu’éveiller instantanément les soupçons. Et en plus, Zac pourrait te le confirmer, un entrepôt serait le premier endroit où un enquêteur irait fourrer le nez. »  Page 186
  • « — Vous pouvez compter sur moi, dit le radio avec un sourire forcé. D’ailleurs, la petite nana que vous avez amenée à bord s’est occupée de moi et m’a dorloté comme une mère poule. Avec ce genre d’attention, comment est-ce que je pourrais encore me sentir mal ?
    Pitt haussa les sourcils.
    — Vous me semblez avoir découvert des facettes de sa personnalité que je ne connaissais pas.
    — C’est pas une mauvaise fille. C’est pas vraiment mon genre, mais elle est bien gentille. En tout cas, elle nous a servi du thé, toute la matinée. Une vraie Florence Nightingale… »  Page 204
  • « — Bon Dieu ! Qu’est-ce que cette eau est claire. C’est plus transparent qu’un bocal à poissons rouges.
    — Oui, j’ai vu, dit Pitt en découvrant la pointe barbelée d’un harpon de près de deux mètres et en contrôlant l’élasticité du caoutchouc accroché à l’autre extrémité.
    — Tu as bien étudié ta leçon ? reprit-il.
    — Cette vieille matière grise, dit Giordino en posant l’index sur sa tempe, contient toutes les réponses rangées et indexées.
    — Comme d’habitude, il est réconfortant de constater à quel point tu es sûr de toi.
    — Sherlock Giordino sait tout et voit tout. Aucun secret ne peut échapper à ma sagacité.
    — Ta sagacité, tu ferais bien de la huiler soigneusement, dit Pitt avec sérieux. Tu vas avoir un programme plutôt chargé. »  Page 214
  • « Huit minutes exactement après qu’ils eurent sauté du First Attempt, le fond commença à remonter, et l’eau se fit légèrement plus trouble, à cause du mouvement des vagues en surface. Un amas de rochers, couvert d’algues se balançant dans l’onde, surgit devant eux, dans la pénombre. Et puis brusquement, ils se trouvèrent face à la base d’une falaise abrupte, qui grimpait verticalement vers la surface miroitante des eaux, selon un angle de 90°, et qui disparaissait ensuite. Tel le Capitaine Nemo et ses compagnons explorant un jardin sous les mers, Pitt enjoignit son équipe de scientifiques à se disperser, pour se mettre à la recherche de la caverne sous-marine. »  Pages 217 et 218
  • « Bruno von Till se tenait sur le pont du sous-marin, souriant comme Fu Manchu avant de jeter une victime à ses crocodiles. »  Page 224
  • « L’air de Fu Manchu, calculateur et fourbe, avait réapparu sur le visage du vieil Allemand, qui ajouta :
    — Personne en possession de toutes ses facultés mentales ne croirait le premier mot de ces ridicules élucubrations. Un modèle réduit de sous-marin  – voilà bien une preuve évidente que Heibert et moi ne faisons qu’un. »  Page 241
  • « — Appelez cela comme vous voulez, répondit Zacynthus. Pour l’heure, une trentaine parmi les plus gros trafiquants de drogue de ce pays attendent de passer en jugement, y compris ceux qui étaient en relation avec la compagnie de transport routier chargée de l’acheminement de la marchandise. Et ce n’est pas tout. En fouillant les bureaux de la conserverie, nous avons mis la main sur un livre qui comportait les noms d’environ deux mille dealers, de New York à Los Angeles. Pour le Bureau, c’est comme si un prospecteur tombait sur une mine d’or. »  Page 264

 

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2,5 étoiles, M

Moderato cantabile

Moderato cantabile de Marguerite Duras

Éditions de Minuit, publié en 1980, 64 pages

Roman de Marguerite Duras paru initialement en 1958.

Anne Desbaresdes accompagne son fils à ses cours de piano chez Mademoiselle Giraud comme à chaque semaine. Les leçons ne sont pas de tout repos, Mademoiselle Giraud est exigeante et froide et son fils n’a pas d’intérêt pour la musique. Lors d’une des séances, tous trois perçoivent un tumulte qui vient d’un café proche. Anne par curiosité décide d’aller voir ce qui s’est passé. Elle découvre qu’un homme à assassiner une jeune femme qui serait sa maîtresse. L’homme est couché sur le corps de la jeune femme et lui dit qu’il l’aime. Intriguée et bouleversée par ce crime, Anne se rendra dans ce bar jour après jour, inexplicablement attirée par ce drame passionnel. Elle y rencontrera un certain Chauvin, ils boiront, discuteront et s’interrogeront encore et encore sur ce crime passionnel.

Court roman d’ambiance et d’introspection. Duras nous présente une histoire lente et avec très peu d’action. Elle permet ainsi au personnage d’Anne de se questionner sur sa vie, sur l’amour et sur la mort. Par contre, l’auteur ne va pas jusqu’au bout des pensées et des questionnements des personnages. Elle laisse ainsi au lecteur le soin de déchiffrer et de trouver les réponses et ce qui les motive. Malheureusement, ce style de texte n’est pas pour tous les lecteurs. Le personnage d’Anne est somme tout bien réussi. Une femme fragile, sensible et désabusée. On ressent très bien son mal de vivre, une certaine indifférence pour son fils, sa solitude. Dans ce texte, l’atmosphère créée par la lenteur de l’action, les descriptions des paysages : le vent, les odeurs, les vagues est envoûtante. De plus, on dirait que le temps s’arrête, que l’histoire stagne, mais détrompez-vous, elle évolue. Un roman pour les lecteurs qui sont interpellé par les introspections et non pas l’action.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 25 juin 2016

La littérature dans ce roman :

Aucune citation sur la littérature dans ce roman.

4 étoiles, E

Éclair de chaleur

Éclair de chaleur de P. G. Wodehouse

Éditions 10/18 (Domaine étranger), publié en 1983, 248 pages

Roman de P. G. Wodehouse paru initialement en 1937 sous le titre « Summer Moonshine ».

Sir Buckstone Abott est baronnet et propriétaire d’un monumental château victorien, le Walsingford Hall. À court de liquidité, il doit louer des chambres à de riches vacanciers pour pouvoir garder sa propriété. La grande lubie de Sir Abott est de publier le récit qu’il a écrit sur ses grandes chasses en Afrique. Malheureusement, il est incapable de trouver un éditeur qui veut investir dans son projet. Pour réaliser son rêve, il s’associe avec l’éditeur J. Mortimer Busby qui lui offre de le publier s’il paye les frais. Sir Abott se fait arnaquer et s’endette encore plus en acceptant cet offre. Jane, sa fille, se voit dans l’obligation de se rendre à Londres pour négocier les dettes de son père avec Busby. C’est dans les bureaux de l’éditeur qu’elle rencontre Joe Vanringham. Celui-ci tombe éperdument amoureux de la jeune femme qui est secrètement fiancée à Adrian Peake. Fidèle à sa parole, Jane repousse les avances de Joe. Mais celui-ci décide de la rejoindre à Walsingford Hall. L’arrivée de Joe va entraîner une cascade d’imbroglios.

Un bon roman très divertissant. L’intrigue principale est dynamique, romantique et drôle à la fois. Dans ce texte, le lecteur a droit à une histoire captivante avec des enchevêtrements de petites histoires, des nombreux personnages associés à des coïncidences incroyables. Dans le jeu de séduction entre les personnages de Jane et Joe, Wodehouse met bien en évidence les contradictions entre les sentiments, la raison et les conventions sociales. Par contre, les événements se déroulent tellement rapidement que le lecteur est parfois perdu entre les nombreux personnages. Bien qu’il y ait un grand nombre de personnages, ceux-ci sont très bien construits. Un bon roman de vacances, drôle et divertissant à souhait.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 21 juin 2016

La littérature dans ce roman :

  • « — Eh bien, pourquoi se traitait-il de tête de lard ?
    — Parce qu’il en est une. Il s’est conduit comme un âne, le pauvre agneau. Je suis furieuse en réalité et s’il n’avait pas été si écrasé et misérable, se déchirant lui-même à coups de couteau comme les prêtres de Baal, je l’aurais secoué d’importance. Cela n’aurait jamais dû lui venir à l’idée de faire une chose pareille quand l’argent est si rare. Imaginez, Tubby ! Alors que les traites impayées le harcèlent et que le loup est pour ainsi dire collé à sa porte, que croyez-vous que Buck fait ? Il publie un livre à son compte.
    — Quel livre ?
    — Le sien, naturellement, idiot !
    Tubby était devenu sérieux, comme quelqu’un qui vient de découvrir une tare dans un caractère jusque là estimable.
    — Je ne savais pas que votre père écrivait des livres.
    — Seulement celui-là. Sur ses chasses aux animaux sauvages d’autrefois.
    — Ah, ce n’est pas un roman ? dit Tubby soulagé.
    — Non, ce n’est pas un roman. Un livre qui a pour titre « Mes Mémoires Sportifs » ; et quand il l’eût fini il se mit à l’envoyer aux éditeurs, qui, d’un commun accord, le refusèrent tous, l’un après l’autre.
    — Attendez, qui donc m’a parlé d’éditeurs l’autre jour ?
    — Après le dixième échec environ, je lui dis qu’il ferait mieux de se réconcilier avec l’idée qu’il n’y avait pas une grande demande pour ce genre de livres et de le ranger dans un tiroir. Mais Buck ne sait pas comprendre quand il est battu. Il dit qu’il voulait tenter sa chance encore une fois.
    — Et allez donc !
    — Oh, nous autres Abbott, sommes comme cela. Britanniques !
    — Et alors ?
    — Alors le dernier monsieur à qui il envoya le manuscrit – un salaud appelé Busby – offrit de le publier si Buck en faisait les frais. Il ne put résister au désir de se voir imprimé. Il réunit deux cent livres – où se les procura-t-il ? je ne saurais l’imaginer – et voilà. Le livre fit son apparition, rouge et or, avec une couverture représentant Buck un fusil à la main, debout, un pied sur un lion.
    — Cela me semble une heureuse fin : « Et le crépuscule descendit », est la manière dont je décrirais cela. »  Pages 7 et 8
  • « La secrétaire était sortie de la maison pour prendre l’air. Apercevant Tubby, elle s’apprêta à rentrer, pensant clairement qu’il ne servait pas à grand-chose de prendre l’air lorsque celui-ci se trouvait pollué. Tubby de son côté serra les poings et retint sa respiration avec un sifflement aigu, tandis que son visage prenait une expression byronienne. »  Page 11
  • « Mr Mortimer Busby, l’audacieux éditeur contre lequel la Société des Auteurs soutient depuis tant d’années une lutte acharnée mais toujours stérile, atteignit son téléphone et décrocha le récepteur. »  Page 20
  • « La sévérité de Mr Busby s’adoucit. Il se souvint alors que Miss Gwenda Gray, auteur à succès et sa meilleure cliente, faisait voile pour l’Amérique aujourd’hui, grossissant ainsi le nombre des conférenciers anglais qui ont fait tant pour maintenir la « crise » dans ce malheureux pays »  Page 20
  • « — Alors voilà ce qui m’a embrouillé. Je ne sais pas si vous vous en êtes aperçu, mais quand vous dites « Waterloo », on comprend « St-Pancras ». C’est un petit défaut de prononciation, certainement, qui pourrait être corrigé par un bon professeur d’élocution. Enfin, je vous avais appelé pour vous demander si je devais manger les fruits.
    — Écoutez-moi, dit Mr Busby d’une voix étranglée. (Miss Gray était une romancière qui faisait vendre régulièrement vingt mille exemplaires par an et qui pouvait devenir irritable si on ne la traitait pas avec toute l’attention requise.) Il est peut-être encore temps. Jetez-vous dans un taxi… »  Pages 21 et 22
  • « Les femmes représentaient une proportion considérable de la clientèle de Mr Busby. Elles payaient pour la publication de leurs oeuvres et étaient enclines, quand les factures leur arrivaient, à se rendre au bureau dans un état d’esprit plutôt agité. »  Page 22
  • « Mais ce qu’il approuvait, c’était la façon étonnante dont il se chargeait des romancières en fureur, leur faisant quelque compliment et leur racontant quelque histoire, avant de les renvoyer chez elles, rayonnantes et amusées, toute animosité oubliée. »  Page 22
  • « — Je répète : avez-vous lu les journaux de ce matin ?
    Mr Busby dit qu’il avait lu le Times. Joe fit la grimace.
    — Une feuille de chou, dit-il. Mais le Times lui-même a dû admettre que c’était réussi.
    — Quoi ?
    — Ma pièce. C’était la première hier soir.
    — Vous avez écrit une pièce ?
    — Et comment ! Quel coup de foudre ! Elle réunit tout.
    — Ah ?
    — Ah ? n’est guère un commentaire. Enfin, passons. Oui. C’était la première de ce chef-d’oeuvre hier soir et Londres en a vu trente-six chandelles. On vit des choses étonnantes : de jolies femmes et des hommes distingués tordus en convulsions, les machinistes eux-mêmes riaient, tandis que des milliers de gens applaudissaient. C’est une oeuvre magnifique. Vous lirai-je les critiques ?
    Un soupçon subit effleura Mr Busby.
    — Quand avez-vous écrit cette pièce ?
    — En dehors des heures de bureau, je vous assure. Abandonnez tout espoir, mon petit Busby, de vous engraisser à mes dépens en m’attaquant sous prétexte qu’elle fut écrite pendant les heures qui vous sont dues. Je n’aurais d’ailleurs jamais essayé de vous rouler, dit Joe avec une franche admiration. J’ai toujours soutenu, et je soutiendrai toujours, que vous êtes unique. Parlez-moi de vos contrats ! Je me représente toujours l’auteur qui a dûment signé sur la ligne pointillée, sursautant lorsqu’il est soudain attaqué à coup de poing américain par quelque petite clause masquée de noir, qui bondit d’une jungle de « tandis que » et « subséquemment à ». Mais cette fois, il n’y a rien à faire, filou ! »  Pages 24 et 25
  • « — Votre prochaine pièce sera un four et, dans un an d’ici, vous reviendrez la queue entre les jambes ; mais vous trouverez la place prise.
    — Si la place d’un homme comme moi peut jamais être occupée. Je n’en suis pas si sûr, dit Joe dubitativement. Mais vous n’avez pas encore entendu les critiques. Je crois que je ferais mieux de vous en donner une idée rapidement. Voyons… « Une satire étincelante… » Daily Mail. « Mordante et satirique… » Daily Telegraph. « Une satire acérée… » Morning Post. « Quelque peu… » Oh non, ça c’est le Times. Vous n’avez pas besoin d’écouter celle-là. Eh bien ! vous comprenez ce que je veux dire en vous parlant de départ. On ne peut guère s’attendre à ce qu’un homme capable de susciter des éloges comme ceux-ci continue à travailler pour un éditeur véreux.
    — Un quoi ? s’écria Mr Busby en sursautant.
    — Un éditeur de livres. Un type qui publie des livres et a un devoir envers son public. Mais je ne peux pas rester à bavarder avec vous toute la matinée. Il faut que j’aille voir votre mystérieuse cliente. Le dernier petit service que je pourrai vous rendre… mon chant du cygne ! J’irai ensuite acheter les journaux du soir. Je pense que ce sera partout le même son de cloche, on se lasse un peu de ces compliments continuels. On a l’impression d’être un de ces monarques orientaux, le jour où le poète de cour est en voix.
    — Que disait le Times ? demanda Mr Busby.
    — Ne vous occupez pas de ce que disait le Times, répliqua Joe avec sévérité. Qu’il vous suffise de savoir que son rédacteur a fait complètement fausse route. Laissez-moi vous décrire les scènes d’enthousiasme effréné à la fin du second acte.
    Mr Busby déclara qu’il n’avait aucune envie qu’on lui décrivit les scènes d’enthousiasme effréné à la fin du second acte.
    — Vous préférez que je vous parle de la fureur déchaînée qui salua le dernier rappel ?
    — Ça non plus, dit Mr Busby. Joe soupira.
    — C’est une étrange mentalité que la vôtre, dit-il. Personnellement, je ne peux pas imaginer une plus agréable façon de passer un matin d’été que de s’asseoir et d’écouter toute l’histoire indéfiniment. Enfin, faites ce qu’il vous plaira. Du moment que vous avez réalisé ce fait primordial de mon départ, je vous laisse. Au revoir, Busby, que Dieu vous bénisse et vous ait en sa Sainte Garde, et quand la Société des Auteurs se jettera sur vous de derrière un buisson, puisse la chance vous favoriser. »  Pages 26 et 27
  • « Beaucoup d’écrivains avaient dit parfois des choses dures sur Mortimer Busby, mais tous avaient dû admettre qu’ils s’étaient trouvés très à l’aise dans sa salle d’attente. »  Page 29
  • « — Ah oui, la facture. Voyons, de quelle facture s’agit-il ?
    — Celle que vous lui avez envoyée pour des faux-frais de bureau. Vous savez bien, ce livre de lui que vous avez publié.
    — Comment cela s’appelait-il ?
    — Mes Mémoires Sportifs. Sur les aventures de sa chasse aux animaux sauvages.
    — Je vois. De la littérature d’outre-mer. Aux postes avancés de l’Empire. Comment j’ai sauvé mon porteur indigène M’bongo du puma blessé. Les habitants paraissaient cordiaux et nous décidâmes de passer la nuit.
    — Un peu ce genre-là, oui. »  Pages 30 et 31
  • « — Non. Il avait compris que l’argent qu’il vous avait versé au début était la totalité et voilà que, maintenant, arrive cette autre facture.
    — Puis-je la voir ?
    — La voici.
    — H’m. Oui.
    — Que voulez-vous dire ? Que vous trouvez que c’est un peu fort ?
    — Je trouve que c’est précipité.
    — Et alors ?
    — La chose est absurde. Elle va être réglée tout de suite.
    — Merci.
    — De rien.
    — Et quand vous dites réglée…
    — Je veux dire annulée. Effacée. Rayée des livres. Rasée depuis les fondations et recouverte de sel. »  Page 31
  • « — Ah, mais j’ai fait des progrès depuis. Je suis un personnage assez brillant maintenant. Pour commencer, j’ai écrit une pièce.
    — Tout le monde en écrit.
    — C’est vrai. Mais là où j’ai la médaille, c’est que la mienne a été jouée et c’est un succès étourdissant. Je vais tout vous dire, voulez-vous ? Ou vous lirai-je les critiques ? Je les ai sur moi. »  Page 37
  • « — Mais je croyais que les baronnets étaient très calés.
    — Pas mon baronnet.
    — Bizarre. Tous ceux des manuscrits soumis à mon ex-patron sont très calés. Et dans ces manuscrits, je vous ferai remarquer, ils ne supportent aucune sottise de la part de soupirants sans le sou. Ils s’arment d’une cravache et leur courent après. Votre père a-t-il montré une activité quelconque dans ce sens ?
    — Non. »  Page 40
  • « — Je dois faire ma cour d’une manière lente, méthodique et suivant les convenances. Il ne doit rien se produire qu’Emily Post puisse désapprouver. Tout d’abord, nous devons tout savoir l’un de l’autre. »  Page 41
  • « — Jusqu’à quel point la connaissez-vous ?
    — Pas très bien.
    Il rit.
    — Si vous voulez la connaître mieux, allez voir ma pièce. Je l’ai mise dedans sous toutes ses faces, avec chacune de ses phrases préférées et les manières affectées qu’elle a, avec ses gigolos et tout et tout… c’est tordant. Dieu merci, elle est – ou plutôt était quand je l’ai connue – folle de théâtre et elle ira certainement la voir quand elle reviendra. Elle va être écorchée vive.
    Jane se sentait refroidie et malheureuse.
    — Vous êtes très amer, dit-elle.
    — Je suis un peu amer. J’aimais mon père. Oui, elle va avoir un choc quand elle verra cette pièce. Je compte que l’effet en sera aussi saisissant que dans Hamlet. C’était un bon dramaturge aussi, à propos, ce Shakespeare. Mais je crains que ce ne soit tout ce que ça lui fasse… lui donner un choc. Cela ne la guérira pas, elle a passé le stade de la guérison. L’époque dont je parle est lointaine, mais elle continue »  Pages 47 et 48
  • « Quelque chose comme de la cordialité brilla dans les yeux d’Adrian Peake. Comme on l’a dit, il avait toujours détesté Joe, mais il le trouva maintenant sympathique et proche de lui.
    — Le pain n’est guère bon non plus, reprit-il.
    — Non, répondit Joe. Mais qu’est-ce que vous faites ici sur une péniche ? Vous écrivez un roman ?
    — Non. Je fais du camping. »  Page 52
  • « La route qui reliait Walsingford Parva à Walsingford Hall était une côte poussiéreuse, mais Joe, quoique le soleil brillât maintenant plus fort que jamais, l’effleurait à peine, tel le dieu Mercure aux pieds ailés, trop occupé de pensées souriantes pour remarquer ce qui aurait découragé un piéton moins ardent. Là où son frère Tubby aurait soufflé, il chantait.
    Seul, l’auteur d’une thèse littéraire aurait pu rendre justice aux émotions qui l’assaillirent tandis qu’il marchait. Roget, par exemple, l’aurait décrit joyeux, heureux, satisfait, enivré, ravi, extasié et transporté et il aurait eu raison. »  Page 58
  • « — Naturellement, continua Joe, je réalise pleinement que dans une institution comme celle-ci, vous deviez maintenir la discipline. Je vous en prie, ne me prenez pas pour un sentimental stupide. Si l’ordre a été donné que la troupe doit jouer au croquet et que le numéro 6408, dirons-nous, désire faire une partie de marelle, naturellement vous devez être ferme, je comprends cela. C’est comme si quelqu’un pendant la croisière sur le Continent essayait de s’échapper vers Naples la Belle quand Mr Cook a décidé qu’on irait à Lucerne la Jolie. Mais la discipline est une chose, la dureté en est une autre. Il y a une différence entre la fermeté et la brutalité. »  Page 72
  • « — Quand Buck la rencontra, elle dansait dans le ballet d’une opérette.
    — Je vois. C’est la même chose. Alors elle a fait du théâtre ?
    — Dans une pièce appelée « La Dame en Rose ».
    Mr Bulpitt était intéressé.
    — Non ? Elle était là-dedans ? Ça, c’était une pièce ! Je n’ai jamais vu la pièce à New-York moi-même parce que je faisais la route avec une cireuse brevetée pendant tout le temps où elle fut à l’affiche. Mais j’ai vu la Compagnie Théâtrale de l’Ouest. Deux fois. Une fois à Kansas-City et une fois à Saint-Louis. Nom d’un chien, c’était de la musique. On n’en entend plus comme cela aujourd’hui. – Il renversa la tête et ferma les yeux. – La… la… la… ravissante dame… Je… Pardon, dit-il en se redressant, vous disiez ?
    — La compagnie de New-York vint à Londres, Buck alla la voir et il tomba amoureux de ma mère du premier coup. Alors, il lui envoya un mot lui demandant de venir souper avec lui – il allait de l’avant en ce temps-là – et ma mère y alla… et à peu près une semaine plus tard ils étaient mariés.
    L’histoire sembla affecter Mr Bulpitt profondément. Dans les années d’apprentissage de sa vie, il avait été à la fois garçon de restaurant et chanteur, et la douceur des ballades mélancoliques qui avaient le don de faire pleurer les auditeurs dans leur verre de bière l’avaient rendu sentimental.
    — Un vrai roman.
    — Oh ! je comprends.
    — Le grand lord anglais et la petite Cendrillon américaine.
    — Sauf que Buck n’est pas un lord et je dois dire que je n’ai jamais trouvé que ma mère ressemblât à une petite Cendrillon, mais c’était touchant, n’est-ce pas ?
    — Vous parlez ! Il n’y a rien de tel qu’un joli roman.
    — Non.
    — C’est l’amour qui fait tourner le monde.
    — Bien dit.
    Mr Bulpitt s’interrompit. Il toussa. Il eut un regard significatif. Sa main bougea légèrement comme s’il était sur le point d’appuyer ses remarques par un bon coup dans les côtes de Jane. Et quoiqu’il laissât retomber sa main sans démonstration physique, Jane n’eut aucune difficulté à deviner ce qui allait suivre. L’intention de son compagnon était d’écarter le sujet des amours des aînés pour toucher celles des jeunes.
    — Et dites-moi, à propos d’amour et de roman…
    — Oui, je sais.
    — Au bord de la rivière hier soir.
    — Oui.
    — Qui est-ce ?
    — Un de mes amis.
    — J’ai bien deviné que ce n’était pas quelqu’un que vous ne pouviez pas voir en peinture. Comment s’appelle-t-il ?
    — Adrian Peake.
    — C’était une belle embrassade que vous lui avez donnée là. »  Pages 81 et 82
  • « — Et c’est une fille épatante que tu as là.
    — Imogen ?
    — Elle s’appelle comme cela ? Je viens de parler avec elle. Elle me racontait ton roman.
    — Ah oui ?
    — Un drôle de roman. Comme un conte de fées. »  Page 86
  • « La voix de Sir Buckstone prit l’intonation de celle d’un des lions rugissant devant le feu de camp dont il avait parlé avec tant de sentiment dans le livre qu’il avait récemment publié « Mes mémoires sportifs » (Mortimer Busby Cie, 15 Shillings). »  Page 88
  • « C’était maintenant le moment le plus radieux de la matinée et le calme jardin ensoleillé était silencieux, chaud et lourd de la senteur des roses et de la glycine de J.B. Attwater. Des choses ailées bourdonnaient et voletaient. De quelque part, hors de vue, parvenait le murmure glougloutant des volailles. Un chien de race indéterminée ronflait doucement à l’ombre des roses trémières. C’était une ambiance qui portait au contentement rêveur et personne n’aurait pu être plus rêveusement content que Joe. Il était dans l’état d’esprit où un homme plus faible se serait mis à écrire de la poésie. »  Page 93
  • « Joe commençait à être inquiet. Il était évident maintenant qu’un ennui quelconque était survenu dans cet Éden. Les baronnets anglais, bien équilibrés, ne se conduisent pas comme des chats sur des briques brûlantes sans avoir de bonnes raisons pour cela.
    — Il est arrivé quelque chose ? demanda-t-il.
    Le soulagement momentané de Sir Buckstone fit place de nouveau à l’horreur et l’anxiété. Il prit un air sinistre. Il ressemblait au fantôme du père d’Hamlet sur le point de dévoiler un mystère effroyable. »  Page 94
  • « Si vous voulez bien prendre dans votre bibliothèque l’exemplaire de « Mes Mémoires Sportifs » par Sir Buckstone Abbott et l’ouvrir à la page 51, vous y trouverez un passage qui décrit en détail les réactions de l’auteur, à ce moment-là encore novice dans son expérience des conditions de vie sur le Continent noir, quand il découvrit, alors qu’il nageait dans la rivière Limpopo, que les bains n’étaient pas pour hommes seuls et que sa trempette était partagée par une paire de jeunes crocodiles. C’est un puissant morceau de littérature, ne laissant aucun doute dans la pensée du lecteur sur le trouble qui avait pris possession du narrateur. Et ce qui avait eu l’air de l’impressionner le plus profondément était le regard au crocodile à sa gauche qu’il décrit comme étant froid, pénétrant et peu amical.
    On aurait pu appliquer à peu près les mêmes adjectifs au regard que Jane Abbott fixait maintenant sur Joe Vanringham.
    Joe de son côté fut momentanément un peu surpris. Il avait escompté que, s’étant introduit à Walsingford Hall, il rencontrerait Jane – en fait, c’était là tout le but – mais la soudaineté de son apparition l’avait fait sursauter ; et quand il rencontra son regard qui était comme un morceau de glace bleu, il se prit à ressentir une émotion similaire, en qualité et en intensité, à celle dont son hôte avait eu l’expérience en plein Limpopo. Sir Buckstone mentionne spécialement qu’à cette occasion tout se mit à tourner autour de lui – pas seulement les crocodiles, mais tout ce qui était visible de l’Afrique à ce moment-là – et pendant un instant tout se mit à tourner devant Joe. »  Pages 106 et 107
  • « Elle trouva Mr Bulpitt assis sur le toit de La Mignonnette. Son visage rose et l’éclair de joie de vivre de ses yeux suggéraient qu’il aimait ses nouveaux quartiers. Il les aimait, en effet. C’était la première fois qu’il se trouvait sur une péniche, mais il s’était mis à la vie nautique avec la faculté d’adaptation d’un homme que les circonstances avaient contraint à passer la plus grande partie de son existence à voleter d’un hôtel à l’autre, au hasard de la province américaine. Son petit bric-à-brac était confortablement distribué dans la cabine, il avait une bonne provision de chewing gum et il lui semblait que la seule chose qui manquait, pour donner l’illusion complète du « home », était une Bible Gideon. »  Pages 113 et 114
  • « — Peux-tu voir un grand cèdre, là-bas ? Dans la ligne de la maison.
    — Je vois un arbre. Je sais celui que tu veux dire. Je l’ai remarqué quand je suis allé te voir.
    — Eh bien, le jeune Vanringham est assis sous cet arbre avec un bon livre et il a l’ordre de ne pas bouger. Alors comment peux-tu penser l’approcher, cela dépasse l’entendement. »  Page 117
  • « La froide indifférence de la Nature envers l’anxiété humaine est devenue tellement proverbiale que de nos jours, même le poète le plus apte à blâmer se donne à peine le mal de la commenter. Dans les milieux littéraires il va presque sans dire que l’instant où l’homme est en deuil, est justement celui que choisit la Nature pour sourire de son plus large sourire. »  Page 119
  • « — Il n’aurait pas laissé échapper par hasard une indication sur ce qu’il avait l’intention de faire ?
    — Non, voyons, on ne peut imaginer qu’il le fasse, n’est-ce pas ? Mais je parie que cette petite belette prépare un coup à sa façon. Je lui ai dit que le jeune Vanringham était assis sous le cèdre avec un livre et ne bougerait pas, mais cela n’a pas eu l’air de le décourager. Il ricana seulement et dit quelque chose à propos de science. Enfin, je pense que tout s’arrangera très bien, termina Lady Abbott calmement. Tout ce que nous devons faire est de guetter. »  Page 122
  • « Le maître d’hôtel était sorti de la maison et allait tranquillement passer à côté d’eux. Son objectif était de toute apparence le cèdre au bout de la terrasse, sous lequel Tubby était assis avec un livre. »  Page 124
  • « Ce qui l’ébranla, ce fut qu’un terme de droit était intervenu et qu’il n’était pas sûr de sa position. Il n’avait peur d’aucun ennemi aux armures brillantes, mais comme tous les Britanniques qui se respectent, il reculait à l’idée d’avoir à faire à la Loi. Plutôt que de courir le risque d’être entraîné à des actions en dommages-intérêts, il préféra rengainer sa cravache.
    Peut-être se consola-t-il comme tant d’autres baronnets bernés dans la littérature et le théâtre des temps révolus, avec la pensée qu’un autre jour viendrait… Quoi qu’il en soit il s’éloigna, fouettant avec humeur les herbes de la cravache dont il avait espéré faire un meilleur usage et Mr Bulpitt, rougissant de sa victoire morale, abaissa sa chaise et ouvrit la porte de la cabine. »  Page 132
  • « — Vous avez dû vous amuser dans ce temps-là, dit-elle.
    — Beaucoup, reprit Mr Bulpitt. J’y pense souvent et me dis que nous nous amusions follement. Mais nous étions toute une bande « dans ce temps-là ». C’est pourquoi nous pouvions monter des coups comme ceux-là. Notre devise était tous pour un et un pour tous, comme les Trois Mousquetaires. On ne peut rien faire de constructif à soi seul. »  Page 137
  • « Tubby Vanringham, assis sous le grand cèdre qui ombrageait le côté ouest de la terrasse de Walsingford Hall, commençait à trouver pénible d’endurer avec patience la vie de captif qui lui avait été assignée. L’humeur plissait son front et son regard, fixé sur la rivière qui scintillait avec fraîcheur au-dessous de lui, était triste comme celui de Moïse au sommet du Mont Pisgah. Il sentait grandir son ennui. La vue des eaux argentées, dans lesquelles il lui tardait de s’ébattre comme un de ces marsouins auxquels il ressemblait, lui était un supplice de Tantale. »  Page 139
  • « Avec l’impression qu’il aurait pu aussi bien se trouver sur une île déserte, Tubby essaya de nouveau de s’intéresser au livre qu’il tenait ouvert sur ses genoux. Le titre en était : « Meurtre à Bilbury Manor » et l’intrigue était du type le plus secret. Tout tournait autour de la question de savoir si un certain personnage, en prenant le train de trois heures quarante-trois à Hilbury et changeant pour le train de quatre heures trente-trois à Milbury aurait pu atteindre Silbury avant cinq heures vingt-sept, ce qui lui aurait juste donné le temps de se déguiser et de jouer du couteau dans le dos de plusieurs personnes à Bilbury à six heures trente-huit.
    Le détective et son ami avaient discuté la question pendant à peu près quarante pages avec une grande animation, mais Tubby était incapable de partager leur ardent enthousiasme. La chose le laissait froid et il était en train de se demander si la solution de tout le problème de savoir comment passer l’après-midi, n’était pas d’aller dormir jusqu’au gong annonçant le dîner, quand Pollen vint lui dire qu’on le demandait au téléphone. »  Pages 139 et 140
  • « — J’espérais que vous seriez libre cet après-midi pour m’aider à faire une statue ou deux. La fascination qu’exerce votre compagnie est la cause que je suis en retard dans mon travail depuis quelque temps. Avant-hier, à la faveur de quelques moments que j’ai pu prendre avant le petit déjeuner, j’ai fait des moustaches jusqu’à la dixième horreur en partant du bout, mais hier a été un jour nul. Toutefois, le travail est avancé.
    — C’est très bien.
    — Je pensais que vous seriez contente. Oui, j’avance bien. Plusieurs d’entre eux – notamment Marc-Aurèle et le dieu Jupiter – ont été plus malins que moi en ce qu’ils étaient déjà barbus jusqu’aux sourcils, mais j’ai eu de bons résultats avec Jules César et Apollon et j’aimerais avoir votre critique. Et maintenant, dit Joe, pour en venir à un sujet plus tendre et sentimental… »  Page 145
  • « — Et n’avez-vous pas remarqué que chaque fois que vous le faites, je vous réponds que je suis fiancée à quelqu’un d’autre ?
    — Cela ne m’a pas échappé, mais je n’y prête pas beaucoup d’attention. Dans les manuscrits que je lisais pour ce cher vieux Busby jusqu’à ce que nos chemins se séparassent, l’héroïne était toujours fiancée avec quelqu’un d’autre au début. Je regrette de n’avoir pas apporté quelques-uns de ces manuscrits.
    — Ils étaient bons ?
    — Formidables. Pour un homme plongé dans leur contenu comme moi, aucune méthode pour asservir le coeur d’une femme n’est cachée. Je sais exactement comme on fait. Je vous sauverais d’une maison en flammes ou d’une noyade, d’un taureau ou de chiens enragés, de vagabonds ou de chevaux échappés. Ou je pourrais sauver votre petit chat. »  Pages 145 et 146
  • « Comme il se mettait en devoir de fixer un bout de cire à la moustache de Néron, il réfléchit sur l’étrangeté de tout cela. Il était bizarre, pensait-il, qu’il fut tombé amoureux de cette façon. C’était vraiment le coup de foudre, comme pour les héros de ces manuscrits auxquels il avait fait allusion dans sa conversation avec Jane. C’était une chose dont il avait entendu parler comme arrivant à des garçons, même en dehors des romans édités aux frais de leurs auteurs par Mortimer Busby, mais il n’avait jamais pensé que cela put lui arriver. Il avait trop de bon sens, avait-il toujours dit. »  Page 149
  • « La chaise était là. « Meurtre au château de Bilbury » était là. Mais pas Tubby. Il avait disparu et Joe se demandait : « Où cela ? ».
    Il était possible, naturellement, que l’absent fut simplement allé jusqu’à là maison pour remplir son étui à cigarettes ou pour chercher dans la bibliothèque un roman policier plus intelligent et passionnant »  Page 149
  • « Le souvenir de cette lettre le rongeait comme un acide corrosif. Une douloureuse agonie torturait son esprit. Depuis la minute historique où Lo, le pauvre Indien, plus riche que toute sa tribu, jeta la perle au loin et vit aussitôt quel imbécile il était, jamais personne n’avait ressenti remords pareil à celui qui consumait maintenant Adrian Peake. Il se sentait comme un homme qui, ayant réussi à se débarrasser de ses actions d’une hasardeuse affaire de mines, lit dans le journal le lendemain matin qu’un nouveau filon a été découvert et que les actions font des bonds affolants. »  Page 156
  • « — Eh bien, qu’est-ce qu’un Américain fait ici, habitant sur une péniche dans un trou aussi mort qu’ici ? Je le lui ai demandé sans ambages, mais il n’a fait que rire et a évité de répondre. J’ai demandé à oncle John s’il le savait, il m’a répondu très sèchement.
    — Ah oui ?
    — Il m’a rabrouée. Il m’a dit de m’occuper de mes affaires et de laisser les clients s’occuper des leurs. Cela m’a donné à penser. Je crois que Mr Bulpitt a quelque chose derrière la tête. Est-ce qu’il serait un de ces espions internationaux qu’on voit dans les livres ? »  Page 159
  • « L’étonnement d’Adrian était extrême. Il semblait que ce fut son lot ce jour-là de rencontrer des excentriques, et dans le cas de celui-ci il n’avait aucune hésitation à rayer le mot « aimable ». En décrivant Tubby Vanringham, c’était le dernier adjectif qu’un puriste comme Gustave Flaubert aurait choisi. »  Page 161
  • « Quand vous gardez un individu dans le genre de Tubby, il n’est pas suffisant de l’envoyer s’asseoir sur une chaise, de lui donner un roman policier et de s’attendre à ce qu’il reste là. Vous devez le garder à vue avec un fusil. »  Page 165
  • « — Mr Vanringham, cet homme a été renversé par une voiture.
    Joe embrassa la situation d’un coup d’oeil. Il était un peu essoufflé mais, même avec son soufflet à réparer, il était galant, prêt à se sacrifier et au demeurant parfait gentleman. Il avait lu un nombre suffisant de romans publiés aux frais de leurs auteurs par Mr Busby pour savoir ce qu’un homme d’honneur fait dans des conditions analogues. Il encaissa, comme Cecil Trevelyan dans « Coeurs Bouleversés » et Lord Fotheringham dans « C’était en Mai ». Après un rapide et intelligent coup d’œil à Mr Bulpitt qui avait l’air maintenant de prendre racine dans les herbes autour de la borne, il attira Jane de côté et lui parla d’une voix basse et tendue. »  Page 168
  • « Jane, libérée de sa présence odieuse, put à loisir concentrer sa pensée sur la soudaine réapparition de son oncle Sam – problème qui, comme eut dit Sherlock Holmes, semblait présenter plusieurs aspects intéressants. »  Page 174
  • « — Il a besoin de moi. Vous avez lu cette lettre. Ne croyez-vous pas qu’il me soit impossible de l’envoyer promener après cela ? Je connais Adrian. Il est faible. Sans défense. Il compte sur moi. Si je le laissais tomber il s’écroulerait. Je l’ai toujours senti. Il est comme cela. Vous êtes différent. Vous êtes un dur à cuire. Vous pouvez vous débrouiller.
    — Non.
    — Mais si. Vous pouvez vivre sans moi.
    — Que voulez-vous dire, vivre ? Je pourrais continuer à respirer, manger et dormir. Je suppose que je pourrais vivre, comme vous dites, sans soleil ou sans musique ou… Jane, pour l’amour du ciel reprenez vos esprits. Vous vous conduisez comme une stupide héroïne d’un roman de Busby pleine d’amour du sacrifice. »  Page 200
  • « Il en était arrivé là quand, des régions inférieures, parvint un bruit vibrant et fort. Sir Buckstone sursauta et cessa d’écouter. Aucun Anglais, quelle que soit l’importance du sujet faisant l’objet de la discussion, ne peut lui prêter son attention quand il entend le gong du dîner.
    — Ah ! s’écria Sir Buckstone d’une voix ressemblant fort à celle de ce personnage biblique qui prononça le même mot au son des trompettes, et il courut à la porte, plus à la manière d’un coureur olympique qu’à celle d’un baronnet. »  Page 214
  • « Un coup d’oeil à la pendule de la cheminée venait de lui dire qu’il était neuf heures moins le quart quand on frappa à la porte et qu’une voix prononça son nom tout bas.
    — Mr Bulpott ?
    Il fut hors de son lit, les lèvres collées à la porte, en un instant et aussitôt l’entrevue à la Pyrame et Thisbée commença.
    — Hello ?
    — Est-ce vous, Mr Bulpott ?
    — …pitt, rectifia Pyrame. Miss Whittaker ?
    — Ou…i. J’ai reçu votre billet.
    — Pouvez-vous me trouver des vêtements ? demanda le pratique Mr Bulpitt. »  Page 216
  • « Pour Adrian Peake, qui n’avait pas eu sa part équitable de la bouteille, et à qui répugnait l’idée de s’aventurer près de Walsingford Hall dans quelque costume que ce fut, le soleil brillait moins. En vérité, c’était seulement la perspective d’être laissé indéfiniment sur la péniche, avec seulement un morceau de sac pour lui tenir chaud, qui lui avait finalement donné le cran d’entreprendre ce voyage périlleux. Mais en fin de compte, il avait accompagné Tubby et s’était maintenant retiré dans le placard de la bibliothèque de Sir Buckstone, attendant le moment où le chef de l’expédition reviendrait avec des vêtements. Assis dans le noir le plus complet sur un volume relié de la Gazette Illustrée du Gentilhomme Campagnard, il espérait que tout irait pour le mieux. »  Page 220
  • « — Ni moustâââche. Et à partir de maintenant, quand je pêcherai dans une assiette de boeuf froid, je dirai que je le mange avec de la sauce tomate.
    Un frisson brusque secoua Tubby. Ces dernières paroles avaient donné naissance à une série de pensées. C’était comme si son estomac avait été la Belle au Bois Dormant et que la plaisanterie sur le boeuf froid avait été le baiser qui l’avait réveillée. »  Page 228
  • « En supposant que sa veillée dans la bibliothèque de Sir Buckstone laisserait Adrian Peake dans un état qu’on pourrait appeler euphorique, Tubby s’était trompé. Il n’était pas là depuis longtemps qu’il avait commencé à avoir l’illusion qu’il était assis sur un volume relié des numéros de la Gazette Illustrée du Gentilhomme Campagnard parus depuis qu’il était enfant. »  Page 231
  • « — Racontez-nous l’histoire comme vous l’avez vue, colonel, dit Mr Billing.
    — Sans omettre aucun détail, aussi petit soit-il, ajouta Mr Profitt qui avait lu un bon nombre de romans policiers. »  Page 235
  • « La Princesse Dwornitzchek prit une longue et sifflante respiration et expira plus lentement. Ses yeux étaient scintillants. Plus d’un maître d’hôtel, dans plus d’un restaurant, les avait vus scintiller de cette manière si quelque chose allait de travers dans le service. Comme disait Jane, la Princesse n’aimait pas beaucoup les jeunes filles pauvres qui travaillent. L’histoire de Cendrillon n’avait jamais été une de ses histoires favorites. »  Page 239
  • « — Il désire la transformer en country-club.
    — C’est ma partie maintenant, vous comprenez Lord Abbott. Boîtes de nuit et clubs. J’ai pris à mon compte les propriétés de feu Elmer Zagorin.
    — Il était millionnaire…
    — Multimillionnaire, rectifia Mr Bulpitt qui aimait l’exactitude dans les paroles. Je vous raconterai son histoire et la façon dont il a eu affaire à moi. C’est tout un roman. »  Page 246
5 étoiles, C

Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre

Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre de Ruta Sepetys

Éditions Gallimard (Scripto), publié en 2011, 424 pages

Roman de Ruta Sepetys paru initialement en 2011 sous le titre « Between Shades of Gray ».

Lina est une jeune lituanienne qui vit à Kaunas avec ses parents et son petit frère Jonas. Très douée pour le dessin, elle a le talent pour intégrer une prestigieuse école d’art à Vilnius. Si elle passe les examens d’entrée, elle pourra étudier avec de grands artistes d’Europe du Nord. Mais une nuit de juin 1941 sa vie bascule, des gardes du NKVD arrêtent tous les membres de sa famille. Les soviétique se livrent à une épuration organisée par Staline : on arrête toute personne ayant une activité intellectuelle et qui serait susceptible de nuire au pouvoir central. Le père de Lina, Kostas, est le doyen de l’université et est dans la mire des dirigeants. Toute la famille sera déportée et persécutée comme une grande partie du peuple lituanien. Les captifs sont conduits à la gare et embarqués dans des wagons à bestiaux : femmes, enfants et vieillards d’un côté et les hommes de l’autres. Kosta est ainsi séparée de sa famille. Lina, sa mère et son frère chemineront plusieurs semaines dans des conditions inhumaines alors que la nourriture est insuffisante. Ils seront déportés en Sibérie sans savoir ce qui arrive à Kostas. Dans le désert gelé des monts de l’Altaï, soumis aux travaux forcés, il leur faudra lutter pour survivre dans des conditions les plus cruelles qui soient. Dans ces camps certains abdiquent, d’autres combattent. Pour résister, Lina s’accroche au dessin, aux enseignements de Munch et à l’amour des siens.

Un très bon roman d’une grande sensibilité. L’auteur décrit dans ce récit la terrible déportation, quasi inconnue, du peuple lituanien lors de la deuxième guerre mondiale. Cette lecture est étonnante car on constate que les conditions de vie dans les camps de détention russes étaient aussi cruelles que dans les camps allemands. Sous les russes, les conditions de détention sont axées sur la torture, physique et psychologique, qui mène progressivement vers la mort mais dans des souffrances atroces. À travers les personnages de la famille Vilkas, l’auteur nous fait vivre la détresse des déportés lituaniens. Le point fort du roman est sans contredit les personnages qui sont pleins d’humanité, de profondeur et de bonté. Malgré cette expérience difficile, ils gardent l’espoir d’un retour à leur vie d’avant. Comme les personnages sont bien étoffés et crédibles, l’histoire en est encore plus prenante et humaine. L’auteure s’est assurée de la véracité des faits en faisant une recherche approfondie et en rencontrant des lituaniens qui ont vécu durant cette période. Un premier roman fort et poignant au sujet terrible. À lire absolument.

La note : 5 étoiles

Lecture terminée le 29 mai 2016

La littérature dans ce roman :

  • « Et elle me jeta mon imperméable d’été, que je passai aussitôt.
    J’enfilai mes sandales et attrapai deux livres, ma brosse à cheveux et une poignée de rubans. Où était donc passé mon carnet de croquis ? »  Page 14
  • « Mme Rimas rassembla les enfants et commença à raconter des histoires. Les jeunes enfants se glissèrent tant bien que mal près de la bibliothécaire. Les deux filles plantèrent là leur grincheuse de mère pour aller s’asseoir avec les autres, fascinés par les contes fantastiques. »  Page 49
  • « Nous étions assis en cercle par terre, dans la bibliothèque. Un des petits suçait son pouce, allongé sur le dos. La bibliothécaire feuilletait le livre d’images tout en lisant l’histoire avec animation. J’écoutais et dessinais au fur et à mesure les personnages du conte dans mon carnet. Tandis que j’esquissai le dragon, mon cœur se mit à battre plus vite. Il était vivant. Je sentais sur moi son souffle enflammé qui rejetait mes cheveux en arrière. Après quoi, je dessinai la princesse en train de courir ; je dessinai sa magnifique chevelure d’or qui descendait tout le long de la montagne… »  Page 49
  • « – Madame la Dame du Livre ? Est-ce que vous allez nous raconter une histoire ? demanda la petite fille à la poupée. »  Page 72
  • « – Lina, puis-je vous parler, s’il vous plaît ?
    Les autres élèves sortirent en rangs de la pièce. Je m’approchai du bureau du professeur.
    – Lina, dit-elle en s’agrippant des deux mains au bureau, il semble que vous préfériez entretenir des relations plutôt qu’étudier.
    Elle ouvrit un sous-main posé devant elle. Mon cœur bondit dans ma poitrine. À l’intérieur, il y avait une série de notes, accompagnées de croquis, que j’avais écrites pour des filles de ma classe. Tout en haut de la pile trônait un nu grec et un portrait de mon beau professeur d’histoire.
    – J’ai trouvé ça dans la corbeille à papier. J’en ai parlé à vos parents.
    Mes mains devinrent moites.
    – J’ai essayé de copier la silhouette dans un livre de la bibliothèque…
    Elle leva la main pour m’interrompre.
    – Outre votre grande aisance en société, vous semblez être une artiste pleine de promesses. Vos portraits sont… (elle s’arrêta et fit tourner le dessin) fascinants. Ils témoignent d’une profondeur de sensibilité qui n’est pas de votre âge »  Pages 74 et 75
  • « – Elle l’est sans aucun doute, dit Papa. Comme tu le sais, elle espère être médecin un jour.
    Je ne l’ignorais pas. Joana parlait souvent de médecine et m’avait fait part à plusieurs reprises de son désir de devenir pédiatre. Quand j’étais en train de dessiner, elle m’interrompait toujours pour faire des commentaires à propos des tendons de mes doigts ou de mes articulations. Et si j’avais le plus petit éternuement, elle débitait aussitôt une liste de maladies infectieuses qui me conduiraient droit dans la tombe au plus tard à la tombée de la nuit.
    L’été précédent, alors que nous étions en vacances à Nida, elle avait fait la rencontre d’un garçon. Dans mon désir d’entendre le récit détaillé de leurs rendez-vous, nuit après nuit, j’étais restée éveillée à l’attendre. Forte de ses dix-sept ans, elle avait une sagesse et une expérience qui me fascinaient tout comme son livre d’anatomie. »  Page 91
  • « Ce jour-là, mes paupières étaient sur le point de se fermer quand, tout à coup, j’entendis une voix de femme pousser des cris perçants :
    – Comment avez-vous pu faire une chose pareille ? Avez-vous perdu la tête ?
    Je me redressai, plissant les yeux dans l’espoir de distinguer ce qui se passait. Mlle Grybas tournicotait autour de Jonas et d’Andrius. J’essayai de m’approcher.
    – Et c’est de Dickens qu’il s’agit ! Comment avez-vous osé ? Ils nous traitent comme des animaux, mais vous êtes précisément en train de devenir ces animaux !
    – Que se passe-t-il ? m’enquis-je.
    – Votre frère et Andrius fument ! beugla-t-elle.
    – Ma mère est au courant, répondis-je.
    – Des livres ! rugit-elle en me jetant à la figure un volume relié.
    – Nous étions à court de cigarettes, expliqua doucement Jonas, mais Andrius avait du tabac.
    – Mademoiselle Grybas, intervint Mère, je vais arranger ça.
    – Les Soviétiques nous ont arrêtés parce que nous sommes des gens cultivés, instruits, des intellectuels. Fumer les pages d’un livre est… est… Qu’en pensez-vous ? demanda Mlle Grybas. Où avez-vous trouvé ce livre ?
    Dickens. J’avais dans ma valise un exemplaire des Aventures de M. Pickwick. Grand-mère me l’avait offert pour Noël – le dernier Noël avant sa mort.
    – Jonas ! m’insurgeai-je. Tu as pris mon livre ! Toi, faire une chose pareille ! Comment est-ce possible ?
    – Lina…, commença Mère.
    – C’est moi qui ai pris ton livre, dit Andrius, et c’est donc moi qui mérite tes reproches.
    – Et vous les méritez amplement, dit Mlle Grybas. Corrompre ainsi ce jeune garçon ! Vous devriez avoir honte !
    Mme Arvydas dormait à l’autre bout du wagon, complètement inconsciente de l’affaire qui venait d’éclater.
    – Tu n’es qu’un idiot ! criai-je à Andrius
    .– Je te trouverai un nouveau livre, répondit-il calmement.
    – Non, tu n’en trouveras pas, on ne peut pas remplacer un cadeau, rétorquai-je avant d’ajouter : Jonas, c’est Grand-mère qui m’avait offert ce livre. »  Pages 94 à 96
  • « Nous fouillâmes dans nos valises, à la recherche de ce qu’il serait éventuellement possible de vendre en cas de besoin. Je feuilletai mon exemplaire des Aventures de M. Pickwick. Les pages 6 à 11 manquaient ; elles avaient été arrachées. Il y avait une tache de boue sur la page 12. »  Page 140
  • « – Je vois bien, Lina, que tu es toute chamboulée. Jonas m’a dit que tu avais été très désagréable avec Andrius. C’est injuste. Certains êtres manifestent leur bonté avec une certaine gaucherie. Mais ils sont beaucoup plus sincères dans leur gaucherie que tous ces hommes distingués dont il est question dans les livres. Ton père était très maladroit. »  Page 191
  • « – Il dit avoir décidé avec quelques amis de visiter un camp d’été, reprit Mme Rimas. Il l’a trouvé très beau. Exactement tel qu’il est décrit dans le psaume CII.
    – Que l’un ou l’autre d’entre vous aille prendre sa bible et cherche le psaume CII ! ordonna Mlle Grybas. Il doit y avoir là une sorte de message.
    Nous aidâmes à décoder le reste de la lettre avec Mme Rimas. »  Page 223
  • « Jonas revint bientôt avec la bible de Mère.
    – Vite ! s’écria quelqu’un. Psaume CII.
    – J’y suis, dit Jonas.
    – Chut ! Laissez-le lire. Entends ma prière, ô Seigneur, et que mon cri vienne jusqu’à toi.
    Ne cache pas ta face loin de moi au jour où l’angoisse me tient ; incline vers moi ton oreille, au jour où je t’appelle, vite, réponds-moi !
    Car mes jours s’en vont en fumée, et mes os comme un brasier brûlent.
    Foulé aux pieds comme l’herbe, mon cœur se flétrit ; j’oublie de manger mon pain.
    À force de crier ma plainte, ma peau s’est collée à mes os…
    Quelqu’un poussa un cri étouffé. La voix de Jonas s’affaiblit. Je me cramponnai au bras d’Andrius.
    – Continue, dit Mme Rimas qui se tordait les mains.
    Dehors, le vent sifflait. Les murs fragiles de la hutte frémirent, et la voix de Jonas devint sourde, à la limite de l’audible.
    Je ressemble au pélican du désert, je suis pareil à la hulotte des ruines.
    Je veille et gémis solitaire, pareil à l’oiseau sur un toit ;
    tout le jour, mes ennemis m’outragent ; et ceux qui me louaient maudissent par moi.
    La cendre est le pain que je mange, je mêle à ma boisson mes larmes […] ;
    mes jours sont comme l’ombre qui décline, et moi comme l’herbe je me flétris. »  Pages 224 et 225
  • « – Scorbut, annonça-t-il après avoir examiné les gencives de Jonas. Ses dents sont en train de devenir bleues. La maladie est déjà avancée. Ne vous faites pas de souci : elle n’est pas contagieuse. Mais vous feriez mieux de donner à ce garçon, si vous pouvez en trouver, un aliment riche en vitamines avant que son organisme ne lâche complètement. Il souffre de malnutrition. Il peut passer d’un instant à l’autre.
    Mon frère était une véritable illustration du psaume CII : « faible et flétri comme l’herbe ». Mère sortit précipitamment dans la neige pour aller mendier quelque chose, me laissant seule avec Jonas. J’appliquai des compresses froides sur son front brûlant ; je plaçai la pierre d’Andrius sous sa main en lui expliquant que les paillettes de quartz et de mica avaient un pouvoir de guérison ; je lui racontai mille et une histoires de notre enfance et lui décrivis notre maison, pièce par pièce ; enfin, je pris la bible de Mère et priai Dieu, lui demandant d’épargner mon frère. »  Page 229
  • « J’attrapai mon écritoire au fond de ma valise et me rassis pour terminer le croquis de la chambre de Jonas. J’eus tout d’abord une conscience aiguë du silence qui pesait sur nous. Un silence lourd, embarrassé, presque insupportable. Puis, à mesure que je dessinais, je glissai dans un autre monde, accaparée tout entière par le souci de rendre à la perfection les plis de la couverture. Il fallait que je représente avec la plus grande justesse possible le bureau et les livres de Jonas, car il les adorait. J’adorais les livres, moi aussi. Ah, comme ils me manquaient ! 
    Je tenais mon cartable dans les bras pour protéger les livres. Je ne pouvais évidemment pas le laisser ballotter et cogner comme à l’ordinaire : Edvard Munch s’y trouvait. Il s’était écoulé deux longs mois d’attente avant que mon professeur reçût les livres. Ils avaient fini par arriver – d’Oslo. »  Page 233
  • « Chère Lina,
    Bonne année ! Je suis désolée de ne pas t’avoir écrit plus tôt. Maintenant que les vacances de Noël sont passées, la vie semble avoir pris un cours plus grave. Mes parents se disputent. Père est constamment de mauvaise humeur et a perdu le sommeil. La nuit, il arpente la maison des heures durant et n’apparaît qu’à l’heure du déjeuner pour prendre le courrier. Il a enfermé dans des cartons la plupart de ses livres, sous prétexte qu’ils occupent trop de place. Il a même essayé de mettre dans les cartons quelques-uns de mes livres de médecine. A-t-il perdu la tête ? Les choses ont bien changé depuis l’annexion de la Lituanie. »  Pages 233 et 234
  • « Nous nous assîmes l’un à côté de l’autre. Le front d’Andrius se plissa. Il avait une expression inquiète, comme s’il doutait de son choix. Je retirai l’étoffe.
    – Je… Je ne sais pas quoi dire, bégayai-je en levant les yeux vers lui.
    – Eh bien, dis que tu l’aimes.
    – Je l’adore !J’adorais vraiment son cadeau. Un livre. Dickens.
    – Ce n’est pas Les Aventures de M. Pickwick. Celui que j’ai fumé, n’est-ce pas ? ajouta-t-il en riant. Non. C’est Dombey et Fils. Le seul Dickens que j’aie pu trouver.
    Il souffla au creux de ses mains gantées, puis les frotta l’une contre l’autre. Son haleine chaude monta en tournoyant dans l’air comme une volute de fumée.
    – C’est parfait, dis-je.
    J’ouvris le livre. C’était une édition russe en caractères cyrilliques.
    – Tu vas être obligée de te mettre au russe, Lina, sinon tu ne pourras pas lire ton livre.
    Je fis mine de prendre un air renfrogné.
    – Où l’as-tu déniché ?
    Il respira à fond et, pour toute réponse, se contenta de secouer la tête.
    – Hum… hum ! fis-je. Et si nous le fumions tout de suite ?
    – Pourquoi pas ? J’ai bien essayé d’en lire quelques pages, mais…
    Et il simula un bâillement.
    Je ris.
    – Eh bien, Dickens peut être quelquefois un peu long à démarrer.
    Je contemplai le livre posé sur mes genoux. La couverture de cuir bordeaux était lisse sous les doigts et bien tendue. Le titre y était gravé en lettres d’or. C’était un beau, un vrai présent, et même le présent idéal. Soudain, j’eus l’impression que c’était vraiment mon anniversaire. »  Pages 274 et 275
  • « Chaque soir, je lisais une demi-page de Dombey et Fils. Je butais contre chaque mot et demandais sans cesse à Mère de traduire.– C’est écrit dans un russe ancien, très académique, dit Mère. Si tu apprends à parler dans ce livre, tu auras l’air d’une érudite. »  Page 278 et 279
  • « – Que fais-tu là ? demanda Andrius en se hâtant de ramasser le dessin.
    – Cache-les, s’il te plaît, garde-les en lieu sûr pour moi, répondis-je en posant mes mains sur les siennes. J’ignore où nous allons. Je ne veux pas qu’ils soient détruits. Il y a tant de moi, de nous, de notre existence à tous dans ces dessins. Peux-tu leur trouver une cachette sûre ?
    Il hocha la tête.
    – Il y a une lame de parquet disjointe sous ma couchette. C’est là que j’avais caché Dombey et Fils. Lina, articula-t-il lentement tout en regardant les dessins, tu dois continuer à dessiner. Ma mère dit que le monde n’a pas la moindre idée de la façon dont les Soviétiques nous traitent. Personne ne sait ce que nos pères ont sacrifié. Si d’autres pays le savaient, ils nous aideraient peut-être.
    – Oui, je continuerai, dis-je. Et j’ai tout noté par écrit. Voilà pourquoi il faut que tu gardes précieusement tous ces feuillets. Cache-les, je t’en prie.
    Il acquiesça.
    – Promets-moi seulement d’être prudente. Plus question de courir sous les trains ou d’aller voler des dossiers secrets – c’est trop stupide.
    Nous échangeâmes un long regard.
    – Plus question non plus de fumer des livres sans moi, d’accord ?
    Je souris. »  Pages 291 et 292
  • « Je cherchai des yeux Andrius. Le livre qu’il m’avait donné, Dombey et Fils, était rangé bien au fond de ma valise, juste à côté de notre photo de famille. »  Page 294
  • « Le grincement des rails s’était enfin tu. Le sol avait enfin cessé de vibrer et de trépider sous moi, et cette soudaine immobilité me procurait une sensation merveilleuse, comme si une main invisible avait arrêté un métronome. J’entourai ma valise de mon bras. J’avais ainsi l’impression d’étreindre Dombey et Fils. Le calme régnait. Je dormis dans mes hardes. »  Page 310
  • « J’écrivais chaque jour à Andrius et je faisais des croquis pour Papa – sur de petits bouts de papier qui risquaient moins d’attirer l’attention et que je cachais ensuite entre les pages de Dombey et Fils. »  Page 314
  • « La pluie tombait à verse. Les tentes de fortune que nous avions dressées sur la berge ne nous abritaient en rien. Je m’allongeai tant bien que mal sur ma valise, m’efforçant de protéger Dombey et Fils, la petite pierre étincelante, mes dessins et notre photo de famille. »  Page 318
  • « Chère Lina,
    Maintenant que les vacances de Noël sont passées, la vie semble avoir pris un cours plus grave. Père a enfermé dans des cartons la plupart de ses livres, sous prétexte qu’ils occupent trop de place. »  Page 350
  • « Et, prenant les reproductions, je m’affalai sur mon lit et sombrai avec délices dans ma couette moelleuse bourrée de duvet d’oie. Un commentaire d’un critique d’art écrit dans la marge disait : « Munch est essentiellement un poète lyrique de la couleur. Il sent les couleurs mais ne les voit pas. Il voit le chagrin, les larmes, le dépérissement. »
    Le chagrin, les larmes, le dépérissement. J’avais perçu tout cela dans Cendres, moi aussi. Je trouvais le tableau génial. »  Page 356
  • « Le soir, je fermais les yeux et pensais à Andrius. Je le revoyais passant les doigts à travers ses cheveux bruns emmêlés ou s’amusant à suivre le dessin de ma joue avec son nez, la veille de notre départ. Je me rappelais le grand sourire qu’il arborait toujours quand il venait me taquiner dans la queue de rationnement, son regard timide lorsqu’il m’avait offert Dombey et Fils, le soir de mon anniversaire, et cette façon qu’il avait eue de me réconforter au moment où le camion démarrait. »  Page 358
  • « Je vis le visage de Jonas se métamorphoser littéralement sous mes yeux, comme s’il remontait le temps. Il semblait soudain avoir son âge, un âge vulnérable. Il n’était plus le jeune homme se battant pour aider sa famille ou fumant les livres ; il était redevenu le petit écolier qui s’était rué dans ma chambre la nuit de notre arrestation. »  Page 362
  • « J’essayai de faire un croquis – en vain. Quand je commençai enfin à dessiner, le crayon se mit à bouger tout seul, indépendamment de ma main, comme propulsé sur la page blanche par quelque hideuse force tapie au fond de moi. Le visage de Papa était déformé. Sa bouche grimaçait de douleur. La peur irradiait de ses yeux. Je me représentai aussi en train de crier à Kretzky : « Je vous hais ! » Ma bouche se tordit, puis s’ouvrit. Trois serpents noirs aux crochets venimeux en jaillirent. Je cachai les dessins entre les pages de Dombey et Fils. »  Pages 364 et 365
  • « 20 novembre. La date de l’anniversaire d’Andrius. J’avais compté les jours avec le plus grand soin. Je lui souhaitai un heureux anniversaire dès mon réveil et pensai à lui toute la journée en transportant bûches et rondins. Le soir, je m’assis près du poêle et, à la lueur du feu, je lus Dombey et Fils. Krassivaïa. Je n’avais toujours pas trouvé la signification de ce mot. Peut-être la découvrirais-je en sautant des pages. Je commençais à feuilleter le livre quand quelque chose attira mon attention. Je retournai en arrière. Il y avait effectivement quelques mots écrits au crayon dans la marge, à la page 278.
    Salut, Lina. Tu es arrivée à la page 278. C’est joliment bien !
    Je poussai un cri étouffé, puis fis mine d’être absorbée dans le livre. J’observai l’écriture d’Andrius et promenai mon index sur les quatre lettres – de hautes lettres déliées – qu’il avait tracées de sa main pour écrire mon nom. Y avait-il d’autres messages ? Sans doute plus avant dans le texte. Brûlant d’impatience de les lire, je feuilletai les pages, examinant les marges avec soin.
    Page 300 :
    Es-tu réellement arrivée à la page 300 ou sautes-tu des pages ?
    Je dus réprimer mon fou rire.
    Page 322 :
    Dombey et Fils est ennuyeux. Avoue-le.
    Page 364 :
    Je pense à toi.
    Page 412 :
    Peut-être es-tu en train de penser à moi ?
    Je fermai les yeux.
    Oui, je pense à toi. Bon anniversaire, Andrius. »  Pages 366 et 367
  • « – Lina, s’il te plaît, ôte ces livres de la table, dit Mère. Je ne supporte pas de voir des images aussi effrayantes, surtout à l’heure du petit déjeuner.
    – Mais ce sont les images qui ont inspiré l’art de Munch ! rétorquai-je. Il ne les voyait pas comme une expression de la mort, bien au contraire ; elles étaient pour lui l’expression même de la vie.
    – Enlève-moi ces livres, répéta Mère.
    Papa riait sous cape derrière son journal.
    – Papa, écoute un peu ce que dit Munch.
    Mon père abaissa son journal.
    Je revins à la page en question.
    – Voici ce qu’il a écrit : « Sur mon corps pourrissant pousseront des fleurs. Je serai dans ces fleurs et connaîtrai ainsi l’éternité. » N’est-ce pas magnifique ?
    Papa me sourit.
    – Tu es magnifique parce que tu comprends la phrase de cette façon.
    – Lina, pour la dernière fois, enlève ces livres de la table, s’il te plaît, dit Mère.
    Mon père m’adressa un clin d’œil. »  Pages 374 et 375
  • « – « Le Seigneur est mon berger, commença-t-elle, je ne manque de rien. »
    – Mère, pleurait Jonas.
    Des larmes ruisselaient le long de mes joues.
    – Elle avait une belle âme, dit l’Homme à la montre.
    Janina me caressait les cheveux.
    – Mère, je t’aime, chuchotai-je. Papa, je t’aime.
    Mme Rimas continuait de réciter le psaume XXIII :
    – « Passerais-je un chemin de ténèbres, je ne craindrais aucun mal ; Près de moi ton bâton, ta houlette sont là qui me consolent. Devant moi tu apprêtes une table, face à mes adversaires ; D’une onction tu me parfumes la tête, ma coupe déborde. Oui, grâce et bonheur me pressent tous les jours de ma vie ; Je séjournerai pour toujours dans la maison du Seigneur. Amen. »
    Ce psaume était parfaitement approprié à Mère. Sa coupe ne débordait-elle pas d’amour pour tout le monde autour d’elle, bêtes, choses et gens, y compris nos ennemis ? »   Page 383
  • « J’ai effectué deux voyages de recherche en Lituanie pour écrire ce livre. J’ai rencontré des membres de ma famille, des gens qui avaient survécu aux déportations ou aux goulags, des psychologues, des historiens et des fonctionnaires du gouvernement. Bien des événements et des situations que je décris dans ce roman m’ont été racontés par des survivants et leurs familles qui ont partagé la même expérience que la plupart des déportés de Sibérie. Si les protagonistes de cette histoire sont imaginaires, il en est un bien réel : le Dr Samodourov, arrivé dans l’Arctique juste à temps pour sauver de nombreuses vies. »  Page 413
3 étoiles, S

Le scandale Modigliani

Le scandale Modigliani de Ken Follett

Éditions Le Livre de Poche, publié en 2011, 220 pages

Roman de Ken Follett paru initialement en 1976 sous le titre « The Modigliani Scandal » et sous le pseudonyme de Zachary Stone.

Dee, une étudiante en histoire de l’art, apprend l’existence d’un Modigliani qui n’a jamais été révélé au grand public. Modigliani aurait créé cette œuvre alors qu’il était sous l’influence de drogue et aurait donné ce tableau de jeunesse à un homme d’église. Elle décide, lors de ses vacances en Europe, de partir à la recherche de cette œuvre perdue. Cette trouvaille pourra être un très bon sujet pour sa thèse de doctorat. Afin de partager sa fébrilité, elle avise son oncle qui est marchant d’art de son projet de recherche. Ce dernier convaincu que sa nièce ne voudra pas vendre l’œuvre si elle la trouve, décide d’envoyer un détective privé pour retrouver le tableau avant elle. Mais cette recherche va aussi susciter l’intérêt de plusieurs personnes peu recommandables qui veulent eux aussi retrouver l’œuvre.

Une lecture de vacances sans plus. L’histoire proposée parait pourtant intéressante et captivante : une course-poursuite à travers l’Europe ayant comme but la découverte d’un nouveau tableau de Modigliani. Malheureusement ce qui est présenté dans ce roman est trop rocambolesque pour être crédible. L’intrigue est longue à démarrer et le rythme général est lent. On suit trop de petites histoires en parallèle et les personnages deviennent trop nombreux pour que cette intrigue soit solide. De nombreux élément sont superflus dans ce texte, comme par exemple l’histoire personnelle des faussaires. Cette partie pourrait être supprimée sans affecter le dénouement de l’histoire. Un roman que Ken Follett a écrit en début de carrière et qui manque de travail. L’intérêt principal de cette lecture est l’apprentissage des jeux de coulisses du marché de l’art. Un roman sympathique et un bon petit moment de lecture tout de même.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 18 avril 2016

La littérature dans ce roman :

  • « Quelle merveille de passer l’été à Paris, de n’avoir aucune obligation ! Pas d’examen à passer, pas de devoirs à rendre, pas de cours à suivre. Strictement rien à faire, sinon batifoler avec Mike et se lever à midi. Après, siroter un bon café en se gavant de pain frais, se plonger dans les livres qu’elle avait toujours eu envie de lire ou admirer des tableaux qu’elle n’avait encore jamais vus ; et, le soir, retrouver des gens passionnants et excentriques. »  Page 10
  • « – Pourtant, l’était du genre mélancolique, Dedo. L’avait toujours sur lui Les Chants de Maldoror. Il pouvait réciter par cœur des tonnes de poésies en français. Il était déjà sur la fin d’sa vie quand le cubisme est apparu. Cette forme, c’était pas son truc. Mais alors, pas du tout. C’est peut-être ça qui l’a tué »  Page 16
  • « Encore une heure avant de pouvoir s’esquiver honorablement. Son épouse avait cessé depuis longtemps d’assister aux réceptions de la galerie, prétextant qu’on s’y ennuyait ferme. Elle avait bien raison. À l’heure qu’il était, Lampeth aurait préféré être chez lui, un verre de porto dans une main, un livre dans l’autre, avachi dans son fauteuil préféré – un siège en vieux cuir et crin de cheval à l’accoudoir brûlé à l’endroit où il posait toujours sa pipe –, son épouse assise en face de lui et Siddons entrant dans la pièce pour préparer une dernière flambée dans la cheminée. »  Page 29
  • « – Anne, nomme un peintre ! ordonna Mitch.
    – Bon. Van Gogh.
    – Un nom de tableau.
    – Humm… Le Fossoyeur.
    – Maintenant, dis : à vos marques, prêt, partez !
    – À vos marques, prêt, partez !
    Les deux hommes se mirent à peindre furieusement. Peter traça la silhouette d’un homme penché sur une pelle, ajouta de l’herbe à ses pieds et entreprit d’habiller son personnage d’une combinaison. Mitch commença par le visage : un visage las et ridé de vieux paysan. Anne regardait, stupéfaite, les deux images se matérialiser sous ses yeux.
    Il leur fallut à tous deux bien plus longtemps que les vingt minutes annoncées. Ils étaient complètement absorbés par leur travail. À un moment donné, Peter alla prendre un livre sur l’étagère et l’ouvrit à une page avec une illustration en couleurs. Le fossoyeur de Mitch s’épuisait à enfoncer du pied la pelle dans la terre dure, son corps lourd et sans grâce plié en deux. Le jeune homme resta plusieurs minutes à fixer son papier, ajoutant des touches par endroits et s’arrêtant pour regarder encore, »  Page 45
  • « En fait, à l’époque où il avait rencontré Sarah, il travaillait déjà. Un livre pour enfants à illustrer que lui avait refilé un copain de classe entré dans l’édition. L’avance touchée pour ce boulot lui avait permis de se faire mousser devant Sarah, de se prétendre un peintre à succès. Le temps que la vérité éclate au grand jour, il avait embobiné sa dulcinée et le papa de celle-ci. Cette victoire s’était soldée par son mariage avec Sarah. Du coup, il avait cru que sa chance lui était revenue. Hélas, ça n’avait pas duré. »  Page 48
  • « À peine entré dans son école d’art, il avait constaté que tout le monde arborait cet air ultra cool de je m’en-foutisme hippie qui lui avait valu tant de succès pendant ses deux dernières années dans son collège huppé. Les étudiants connaissaient tous Muddy Waters et Allen Ginsberg, Kierkegaard et les amphétamines, le Viêtnam et Mao. Pire, ils avaient tous un don plus ou moins marqué pour la peinture. »  Page 49
  • « – Je croyais que tu voulais poursuivre tes études ? Anita se détourna.
    – Une idée ridicule, c’est tout. Un rêve. Je ne peux pas plus aller à l’université que marcher sur la Lune. Qu’est-ce que vous mettez aujourd’hui ? La robe blanche Gatsby ? »  Page 60
  • « La sonnette de l’entrée retentit. Elle regarda par la fenêtre. Le taxi était arrivé. Elle prit son manuscrit et descendit.
    Confortablement assise dans la voiture noire, elle feuilleta le script dont elle allait discuter avec son agent et le producteur du film. Il avait pour titre La Treizième Nuit. Pas du tout vendeur à son avis, mais ça, c’était un détail. Il s’agissait en fait d’une version revisitée de La Nuit des rois de Shakespeare, avec des dialogues originaux. Le scénario faisait ressortir les éléments homosexuels suggérés dans la pièce. Orsino tombait amoureux de Cesario avant de découvrir que celui-ci était une femme sous ses habits d’homme, et Olivia était lesbienne sans le savoir. Samantha était pressentie pour le rôle de Viola, naturellement. »  Page 63
  • « – Tu parles comme si un message était quelque chose de réservé aux pièces d’avant-garde n’ayant aucune chance d’être jouées à Broadway, répliqua-t-elle. Un film qui a quelque chose à dire peut très bien faire un tabac.
    – C’est plutôt rare.
    – Et Qui a peur de Virginia Woolf ? Dans la chaleur de la nuit ? Le Parrain ? Le Dernier Tango à Paris ?
    – Côté recettes, aucun d’eux n’a fait autant que L’Arnaque.
    Samantha s’écarta de la fenêtre en secouant la tête impatiemment.
    – Et alors, on s’en fiche ! C’étaient de bons films. Ils valaient le coup d’être faits »  Page 65
  • « Elle comprit un peu tard que Livourne se disait Leghorn en anglais, que c’était un port important de la Méditerranée et une station balnéaire. De vagues souvenirs glanés dans des livres d’histoire lui revinrent à l’esprit : ce port, modernisé par Mussolini au prix de millions de lires, avait été entièrement détruit quelques années plus tard par les bombardements alliés. Les Médicis avaient contribué à l’essor de la ville, se rappela-t-elle aussi, et au XVIIIe siècle un tremblement de terre l’avait ravagée. »  Page 73
  • « Elle tourna la poignée et pénétra à l’intérieur de la pièce. C’était un salon avec des meubles clinquants d’un mauvais goût parfait. Une radio tourne-disques de forme évasée, vestige des années 1960, ronronnait dans un coin. En revanche, pas un son ne sortait de la bouche du présentateur en gros plan sur l’écran de la télé. Une table basse de style vaguement suédois trônait au centre de la pièce, posée sur un tapis en nylon orange. S’y entassaient des cendriers, des journaux plus ou moins rassemblés en piles et un livre en édition de poche. »  Pages 74 et 75
  • « – Je voudrais voir l’endroit où est né Modigliani. Vous savez où c’est ?
    La femme du propriétaire se posta dans l’encadrement de la porte et apostropha son mari d’une longue tirade agressive. Elle avait un accent trop marqué pour que Dee comprenne de quoi il retournait. L’homme lui répondit sur un ton chagriné. L’épouse repartit.
    – Je disais : l’endroit où est né Modigliani, reprit Dee.
    – Je n’en ai pas la moindre idée. Il retira une seconde fois la cigarette d’entre ses lèvres, ce coup-ci pour la laisser tomber dans le cendrier déjà plein.
    – Mais nous avons en vente plusieurs guides de la ville. Ça pourrait vous aider.
    – Oui. Je vais en prendre un.!  Page 76
  • « De retour, le propriétaire attendit qu’elle raccroche pour lui remettre un petit livre illustré aux bords écornés. Dee régla le prix demandé, tout en se demandant combien de fois ce même exemplaire avait été revendu à un client après avoir été oublié par un autre dans sa chambre. »  Page 76
  • « Elle prit place à une petite table ronde recouverte d’une nappe à carreaux et ouvrit le guide. « Le lazaret San Leopoldo est l’un des plus beaux d’Europe », lut-elle.
    Elle tourna une page. « Aucun visiteur ne devrait manquer d’aller admirer le célèbre bronze Quattro Mori. » Elle feuilleta plus loin. « Modigliani a vécu d’abord via Roma et, plus tard, au 10 de la via Leonardo Cambini. » »  Page 77
  • « Sa mère, assise près d’elle à la vieille table, s’appliquait à tracer de belles rondes au stylo à plume sur une feuille à l’en-tête de Meunier. Quantité de livres fascinants étaient ouverts devant elle : de beaux livres sur l’art, d’épais ouvrages de référence, de petites éditions de poche. Par moments, la langue d’Anne pointait entre ses lèvres, signe de son extrême concentration. »  Page 124
  • « Le trajet lui prit toute une demi-heure en raison des nids-de-poule et de l’absence de panneaux. Enfin, il arriva en vue d’une grande bâtisse de trois étages flanquée de tours. De la même époque que l’église de Poglio. Des créneaux effrités, des fenêtres sales et d’anciennes écuries où l’on apercevait par les portes entrouvertes un très vieux break Citroën et une antique tondeuse à gazon équipée d’un gazogène. Un château sorti tout droit d’un conte de fées. »  Page 134
  • « – Tu sais ce qu’il est dit dans la Bible : « Le Seigneur répand son soleil et sa pluie sur le méchant comme sur le juste. » Ce verset a toujours été pour moi source de grande consolation.
    Il descendit un bon quart de sa chope et reprit :
    – Quant à toi, fiston, tu ne peux pas être tout à fait mauvais si tu payes à boire à un pauvre vieux comme moi.
    Tom porta son verre à ses lèvres.
    – Bonne chance ! La même que celle qui t’a permis de te payer ce costume.
    Tendant le bras par-dessus la table, il palpa le revers de son interlocuteur.
    – Savile Row, je suppose ?
    – Tu supposes bien, gamin. Tu sais ce qu’il est dit aussi dans la Bible : « Tiens-toi à l’écart de toute manifestation du mal. » C’est un excellent précepte. Mais dis-moi : quel est le flic qui voudrait arrêter un vieil adjudant à cheveux courts si bien mis ?
    – Et capable en plus de le noyer sous les citations bibliques. »  Page 168
  • « Ils quittèrent le pub et se dirigèrent vers une Citroën flambant neuve couleur moutarde, garée sous un panneau d’interdiction. Au moment où Wright en ouvrait la portière, un vieux barbu en pardessus taché apparut. Wright lui donna la pièce et monta en voiture.
    – Il surveille la pervenche, expliqua-t-il en démarrant. Tu sais ce qu’il est dit dans la Bible : « Ne muselle pas le bœuf qui mange le maïs. » Les bœufs, c’est les contractuels.
    Drôle de citation. En quoi correspondait-elle à la situation ? Tom se creusa la cervelle pendant tout le trajet. »  Page 169
4 étoiles, V

Viral, tome 1 : Viral

Viral, tome 1 : Viral de Kathy Reichs

Une édition du Club Québec Loisirs, publié en 2011, 410 pages

Premier tome de la série Viral de Kathy Reichs paru initialement en 2010 sous le titre « Virals ».

Victoria Brennan, surnommée Tory et nièce de l’anthropologue judiciaire Temperance Brennan, a perdu sa mère il y a 6 mois. Elle vit désormais avec son père sur une île quasi déserte. Mais vivre avec un inconnu, sur une île où seule une petite communauté de chercheurs et leur famille y habitent, n’est pas chose facile pour elle. Avec le sentiment d’être abandonné à elle-même, elle se lie d’amitié avec trois garçons qui habitent l’île. Pour passer le temps, les quatre adolescents explorent les environs avec un vieux bateau. Sur l’île de Loggerhead qui appartenant à l’université et où travaille le père de Tory, ils découvrent une vieille plaque d’identification militaire ainsi que des restes humains. Ils décident d’essayer d’identifier la victime et c’est là que les ennuis commencent. Dans leur recherche, ils entrent par effraction dans le laboratoire de l’université et enlève en chiot-louveteau atteint d’un virus mortel. Ils ont l’impression qu’il se passe des choses étranges sur cette île et dans les laboratoires de l’université. Ils sont résolus à connaître le fin mot de l’histoire.

Un livre pour adolescents qui est aussi très divertissant pour les adultes. Ce roman conjugue merveilleusement bien une histoire de science-fiction avec une enquête policière. L’histoire est construite de belle façon autour de deux enquêtes dont les éléments s’entrecroisent. On suit les quatre adolescents qui cherchent à identifier une personne assassinée et aussi à comprendre ce qui se trame dans un des laboratoires de l’université. Par contre, l’action met un temps à se mettre en place. Une fois les ossements découverts, le rythme s’accélère au grand plaisir du lecteur. La construction des personnages est très bien réussie. L’auteur a su cerner la nature des adolescents d’aujourd’hui et de le transmettre dans ce texte. Tory ressemble beaucoup à sa tant Temperance : elle est dynamique, elle n’a pas froid aux yeux, et elle est une surdouée des sciences. Elle est aussi très attachante, tout comme ses trois amis. Même si c’est un roman jeunesse, l’écriture de Kathy Reichs garde son style alerte et direct. Plusieurs éléments scientifiques sont expliqués clairement pour les non-initiés à la science et c’est plus accessible que les descriptions scientifiques des romans policiers de la série Temperance Brennan. Une lecture très agréable pour tous.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 28 mars 2016

La littérature dans ce roman :

  • « La découverte de mon lien avec Temperance m’a aidée à mieux me connaître. À comprendre pourquoi j’ai besoin de répondre aux questions et de résoudre les énigmes. Pourquoi je préfère me plonger dans des bouquins sur les dinosaures ou le réchauffement de la planète plutôt que d’aller faire du shopping. »  Page 18
  • « Le coquillage luisait devant moi sur la table. Une coquille ovale tachetée, pourpre à l’intérieur. Dix centimètres de long. Des côtes rayonnantes proéminentes allant de la charnière au bord.
    J’ai pris mon guide de la côte de Caroline du Sud pour confirmer mon intuition. Oui, c’était bien ça. Une bucarde géante. Dinocardium robustum. »  Page 18
  • « Comment m’occuper ? De la daube à la télé, comme d’hab. Aucun bouquin tentant dans ma pile. Ça roupillait sur le Net. Rien de neuf sur Facebook. »  Page 19
  • « Au loin, dans le port, Fort Sumter ressemblait au château des chevaliers de la Table ronde. En plus petit et plus déglingué. J’ai pensé au roi Arthur. À Kit. À la pauvre Guenièvre. »  Page 30
  • « Un peu plus tard, une voix a résonné au-dehors.
    — Quelqu’un a demandé un réparateur ?
    Et Shelton a fait son entrée, un manuel et une chemise en carton bourrée de papiers à la main. »  Page 30
  • « Ben et Shelton ont étalé le manuel et les papiers sur la table et ils n’ont pas tardé à se chamailler sur la nature de la panne et la façon de la réparer. »  Page 31
  • « Loggerhead, c’est le nom anglais d’une tortue marine, la caouanne, qui vient pondre sur le sable, dans la zone est. Les premiers habitants européens de cette île aux tortues ont été des pirates. Considérant que c’était un endroit génial pour échapper aux autorités coloniales, Barbe-Noire et ses potes s’y réfugiaient et y stockaient leur butin entre deux attaques de navires marchands. Ou de confrères. Ou bien ils faisaient la fête avec d’autres pirates. Je ne sais pas trop. » Page 38
  • « Shelton a fait tourner un lasso imaginaire au-dessus de sa tête.
    — Allez, en selle !
    À la queue leu leu, tels les nains de Blanche-Neige, on est sortis par le portail de derrière.
    Heigh-ho, heigh-ho ! » Page 50
  • « Shelton a donné un petit coup de coude dans les côtes de Hi.
    — Trouve le sonicateur.
    Hi s’est dirigé vers le troisième poste de travail de la seconde rangée et a ôté le plastique qui recouvrait une machine.
    — Mon trésor ! s’est-il exclamé en imitant Gollum dans Le Seigneur des anneaux. »  Page 80
  • « — On utilise les sonicateurs pour nettoyer les verres, les bijoux et les objets métalliques, genre des pièces de monnaie ou des montres, et même certaines parties de téléphones portables. Les dentistes, les médecins, le personnel hospitalier s’en servent pour leurs instruments.
    — Les scientifiques aussi.
    Shelton avait la réponse à sa question.
    Satisfait, Hi a tendu la main vers moi, paume ouverte.
    — L’anneau, Frodo.
    Toujours dans le trip Seigneur des anneaux. »  Page 81
  • « Un bloc de feuilles attachées par une pince était suspendu à un crochet près de la paroi de verre. Je l’ai arraché. Cela ressemblait à un dossier médical, en majorité incompréhensible. Mon regard est tombé sur une mention inscrite à la main : « Sujet A ne répond pas au schéma thérapeutique pour parvovirus XPB-19. Programmé pour élimination immédiate. »
    Signé « Dr Marcus E. Karsten ».
    Animée par la fureur, je me suis sentie devenir Comme l’Incroyable Hulk.
    Ce salaud de Karsten projetait de tuer Coop ! »  Page 89
  • « — Je peux vous aider, les enfants ? a demandé sans enthousiasme Face de Rat.
    Il tenait contre sa poitrine un exemplaire du roman de Ron Hubbard, Terre, champ de bataille.
    Allons-y. Passons-lui un peu de pommade.
    — Certainement, monsieur, ai-je répondu d’une voix flûtée. Nous faisons des recherches pour notre travail et le prof a dit que seuls les employés de la bibliothèque municipale étaient assez cultivés pour nous venir en aide.
    Face de Rat s’est rengorgé sous le compliment et j’ai continué dans la même veine.
    — Je sais que votre temps est précieux, mais pourriez-vous nous consacrer quelques instants ?
    Son visage s’est éclairé. Il a posé son livre. »  Pages 117 et 118
  • « — La portion pubienne est longue et l’angle inférieur, là où la droite et la gauche s’articulent, est en forme de U et non pas de V. Ce sont des caractéristiques féminines.
    Me souvenant de ce que j’avais lu dans le livre de Tante Tempe, j’ai cherché l’échancrure sciatique et sans déplacer l’os, j’ai glissé mon pouce à l’intérieur. Il avait largement la place de bouger. »  Page 147
  • « L’un après l’autre, on s’est glissés par l’ouverture. Ben a refermé la fenêtre derrière nous, puis il a allumé une lampe-torche. Nous étions dans une pièce carrée aux murs couverts de rayonnages vides. Au centre, sur une longue table, une douzaine de bouquins étaient posés, à côté d’un gobelet contenant un fond de café dans lequel baignaient des mégots. »  Page 176
  • « — Temperance Brennan est spécialiste des squelettes anciens. Vous l’idolâtrez. Vous lisez ses livres.
    Il s’est penché vers moi, si près que je pouvais sentir l’amidon sur sa blouse de laboratoire et distinguer les pores dilatés de son nez. »  Page 208
  • « Le nouveau téléphone de Hi était posé entre les pages de son bouquin. Sans baisser les yeux, il a tapé un message,
    Avec un naturel parfait, j’ai sorti le mien de mon sac et je l’ai allumé. »  Page 243
  • « Après nous avoir demandé de lire un chapitre sur la poésie du XVIIe siècle, le prof a fait le tour de son bureau. Il a scruté la salle du regard pendant quelques instants, puis il s’est assis, a incliné sa chaise en arrière et s’est attaqué à une grille de mots croisés.
    Tout était calme. Feignant de m’absorber dans la lecture de John Milton, j’ai reporté mon attention sur le cyberespace »  Page 244
  • « La salle de bal semblait sortie d’Autant en emporte le vent. Des rideaux de brocart ornaient les hautes fenêtres et de gigantesques lustres éclairaient des kilomètres de planchers de chêne impeccablement cirés. Autour de la piste de danse étaient disposées des petites tables recouvertes de lin blanc. »  Page 258
  • « Plusieurs fois, pendant le cours, Jason a coulé des regards en direction de mon bureau, mais je gardais la tête basse, les yeux rivés sur mon ordi. Je prenais tellement de notes que j’aurais pu en faire un bouquin. »  Page 271
  • « — Voici ce qui arrive quand je me moque de toi, déclara Hi. Maintenant, j’ai la trouille sans raison.
    Shelton se mit à rire.
    — Eh oui, on n’est pas Jason Bourne, que veux-tu ! »  Page 287
  • « Shelton semblait pétrifié.
    — Pour rien au monde je ne vais là-dedans !
    — C’est la seule issue, ai-je dit.
    — Mais on ne sait pas où ça aboutit ! Si même ça aboutit ! Qui nous dit que ce n’est pas bouché ?
    Devant l’entrée du bunker, la voix a repris.
    — On vous prévient, nous sommes armés. Sortez tout de suite, petits cochonous, ou on va faire comme le grand méchant loup ! »  Page 303
  • « — Ce monstre date de quand ?
    — 1876.
    Shelton avait un bouquin sur les phares de la région.
    — Il a été érigé à la place de celui qui a été détruit pendant la guerre de Sécession. Lequel remplaçait déjà un autre, bâti en 1673.
    — Est-ce que la lanterne marche encore ?
    — Non. Il a cessé de fonctionner en 1962. À l’origine, il était sur la terre ferme, mais le niveau de l’eau a monté depuis. »  Pages 331 et 332
  • « Nous sommes tous montés à la chambre de Hi.
    — Un instant.
    Hi a essayé de nous faire de la place en repoussant les piles de bouquins, les vêtements sales et les assiettes qui encombraient la pièce. »  Page 346
  • « Une vingtaine de mètres plus loin, le mur tournait et protégeait l’arrière du domaine. Un chemin étroit séparait la propriété de celle des voisins, qui avaient planté une haie de sumacs pour dissimuler le mur à leur vue.
    J’ai respiré un bon coup, regardé de tous côtés, puis j’ai emprunté le sentier. Une quinzaine de mètres encore et je suis parvenue à une petite porte de service.
    Exactement là où je m’attendais à la trouver.
    À genoux, j’ai testé les briques en dessous de cette grille. L’une d’elles avait du jeu. J’ai tiré un bon coup et elle s’est soulevée. Une clé gisait dans la poussière.
    J’ai souri. D’une oreille à l’autre, comme le chat du Cheshire. »  Page 354
  • « Une bonne dizaine de mètres plus loin, le couloir tournait à droite et débouchait sur une porte qui ne devait pas mesurer plus d’un mètre vingt de haut.
    Je l’ai entrouverte, avec l’impression d’être Alice au Pays des Merveilles. Devant moi s’étendait le fameux hall d’entrée.
    Le soleil baignait le sol de marbre blanc et se reflétait dans les lustres de cristal accrochés au plafond, à six mètres de hauteur. Sur des consoles ornées de dorures étaient posées des statues, des vases et des sculptures de grande valeur. Une famille de Wookies aurait pu vivre à l’aise dans cet espace. »  Page 356
  • « J’ai jeté un coup d’œil dans le placard. Des uniformes de l’école étaient accrochés en désordre. Par terre, il y avait un amoncellement de chaussures italiennes et des luxueuses cravates en soie étaient roulées en boule sur une étagère.
    Quel flemmard, ce Chance ! Surprise, surprise !
    J’ai regardé les titres des livres. Des documents, pour la plupart.
    Je n’ai pas fouillé dans la commode. J’ai des limites, malgré tout. Et si par hasard, la porte s’ouvrait, je préférais ne pas être surprise un caleçon de Chance à la main.
    Enfin, je suis arrivée devant son bureau. Des câbles attendaient le retour de son ordinateur portable. Des livres et des papiers étaient jetés ici et là. Un scanner était installé à côté d’une imprimante, tous deux débranchés. Dans un pot, il y avait des stylos et des surligneurs. »  Page 358
  • « Hollis Claybourne était un collectionneur. Outre des livres et des photos de lui, les étagères étaient pleines de masques africains, de marionnettes indonésiennes et de sculptures, notamment Inuit. C’était une collection raffinée, l’œuvre d’un homme au jugement éclairé. »  Page 362
  • « Tory Brennan, quatorze ans. Grande. Maigrichonne. Taches de rousseur. Cheveux roux. Yeux vert émeraude.
    L’image a pris corps.
    J’ai ajouté des traits de caractère. La tête sur les épaules. Intelligente. Téméraire. Loyale.
    Là-dessus, j’ai branché des souvenirs. Séances de cinéma en mangeant du pop-corn avec ma mère. Première rencontre gênée avec Kit. Lecture des bouquins de Tante Tempe sur la plage. »  Page 392
3 étoiles, V

Voyageurs

Voyageurs de Neal Asher.

Éditions Fleuve Noir, publié en 2008, 367 pages

Roman de science-fiction de Neal Asher paru initialement en 2004 sous le titre « Cowl ».

Une guerre sans merci fait rage au sein du système solaire entre les Héliothans et les Umbrathans. Grâce au voyage dans le temps, les Umbrathans ont pu remonter dans le passé afin de faire basculer le conflit. Mais ce faisant, ils ont donné naissance à une monstrueuse créature qui tue tout ce qui la met en danger et menace ainsi de détruire l’humanité. Depuis les origines de la vie sur terre, Cowl cherche à éliminer les futurs possibles où son existence n’est pas probable. Au 22ième siècle, Polly doit faire une transaction en tant que porte-parole pour Nandru avec un super-soldat dénommé Tack. Mais, soudain pendant la rencontre un carnage a lieu perpétré par une bête monstrueuse, Polly est propulsée dans le passé avec Tack à ses trousses. Un objet étrange lui enserre le bras, une sorte d’écaille qui est responsable des bons dans le passé dont Polly est victime. Ils seront entraînés dans un voyage sanglant jusqu’aux origines de l’humanité. Ils se trouvent par le fait même mêlé à cette guerre interplanétaire du futur.

Confusion, confusion, confusion. Dès le premier chapitre, le lecteur est plongé dans l’histoire de Polly qui est très accrocheuse. Par contre, chaque chapitre commence par une introduction qui laisse le lecteur confus. Avant de réaliser que ces préambules sont en fait l’histoire de la guerre du futur, le mal est fait : le lecteur a décroché de ces petits paragraphes en italique. La compréhension pour la suite en est donc compromise. Bien que le style d’écriture de l’auteur soit parfait, il manque cependant de clarté dans le canevas de l’histoire. Heureusement, l’auteur a su rendre les personnages de Polly et de Tack attachants et intéressants malgré leur personnalité limite. Le point fort de ce roman est la description de chacune des époques traversées qui sont très bien rendues, que ce soit l’époque romaine ou l’ère préhistorique. Bien que le roman laisse le lecteur désorienté, l’action est au rendez-vous. Un bon moment de distraction si le lecteur est intéressé par les voyages dans le temps, les mutants, les missiles et les dinosaures.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 15 mars 2016

La littérature dans ce roman :

  • « Polly l’avait déjà vu la semaine passée. À voir son costume, c’était un cadre de TCC, et il trimbalait en bandoulière un ordinateur portable maquillé en vieux livre. »  Page 11
  • « Il tendit la main et ramena le sac banane devant lui. Il examina le contenu du portefeuille, intéressé par les cartes à puce, les billets et pièces d’euros, l’air de plus en plus perplexe.
    Polly comprit ce qui le dérangeait – la monnaie devaient porter des dates.
    Après un moment, il dit :
    — Vos maîtres à Berlin pensent-ils vraiment que nous marcherions dans une ruse aussi simpliste ? Même sans brûler tous les livres de M. Wells, nous sommes capables de faire la différence entre les faits et la fiction.
    — Je ne comprends pas.
    — Moi aussi, j’ai lu La Machine à voyager dans le temps.
    — Je ne comprends toujours pas.
    La Machine à voyager dans le temps était un roman d’un type appelé H. G. Wells. Tu devines de quoi ça parlait, vu le contexte… Mais pour lui, ça reste de la fiction. »  Pages 67 et 68
  • « Un garçon sauvage sans nom et sans langage que Polly sauva de la noyade, et qu’Aconit identifia comme un ressortissant de l’âge terrible du neurovirus. Aconit le guérit de son affliction et augmenta son cerveau par chirurgie pour compenser les ravages de la maladie. Pendant ce temps, Polly, toujours prête à donner un nom, le baptisa Vendredi. »  Page 276