3 étoiles, H

L’homme du Vatican

L’homme du Vatican de Geneviève Moll

Éditions Tchou, 1978, 369 pages

Roman écrit par Geneviève Moll et paru initialement en 1978.

Très tôt le matin du 7 juillet, Sa Sainteté le Pape Clément XV a disparu. Nul ne le trouve à l’intérieur des murs du Palais du Vatican. Guiseppe Facci, le bras droit du Pape, doit gérer la situation. Une recherche intensive est mise en place pour retrouver le Souverain Pontife. Guiseppe hésite à informer la police et les fidèles. Doit-il les aviser immédiatement ou attendre et poursuivre les recherches ? Vers dix heures du matin, un billet est livré au Vatican sur lequel est inscrit « Nous avons enlevé le Pape ». Ce billet provient d’un groupe d’anarchistes nommé les Indiens Métropolitains. Ce groupe prône un changement radical de la société italienne. Ils sont prêts à tout pour faire valoir leurs points, même la violence. Dès l’annonce de la disparition du Pape aux nouvelles, un vent de folie et de violence se soulève dans la population italienne. Cette panique se propage tout autour de globe. Pour gérer la crise, les partis politiques italiens font front commun. Un gouvernement de coalition est formé et Maria Misselli est promue ministre de la Justice pour faire l’enquête sur la disparition du Pape et dompter le chaos qui s’est installé à Rome.

Un roman trop froid pour être une bonne lecture. Le point fort du roman est que l’auteur permet au lecteur de faire une incursion très intéressante dans les rouages du Vatican. Elle nous y présente avec brio les guerres de pouvoirs internes de la fin des années 1970 à la suite du Deuxième concile œcuménique du Vatican (Vatican II). Cependant, le récit est très inégal, l’histoire commence réellement à être captivante que dépassé la moitié du roman. Le manque de personnage principal à proprement parler avant le dernier tier de texte nuit au lecteur car il ne peut s’attacher à aucun des nombreux personnages. La première moitié du roman est centrée sur la présentation dans les moindres détails des personnages. L’auteur nous présentes les nombreux membres des différents groupes impliqués de près ou de loin à la disparition du Pape (Église, Vatican, police romaine, politiciens italiens et français…), ce qui alourdi inutilement le texte. De plus, le personnage de Maria Misselli manque de crédibilité surtout lorsqu’elle assomme ses deux fils pour les faire taire. Malheureusement, ces présentations superflues font passer l’enquête au second plan. Le dernier tier, là où l’enquête commence réellement est très intéressant et passionnant, dommage que le roman complet n’a pas eu droit à ce rythme soutenu. Malheureusement l’auteur, qui est une journaliste d’enquête, n’a pas su en faire un roman palpitant par ses longues présentations froides. Trop de détails inutiles pour en faire une histoire palpitante.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 14 février 2019

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3 étoiles, H

Les Heures lointaines

Les Heures lointaines de Kate Morton

Éditions France Loisirs, 2011, 903 pages

Roman écrit par Kate Morton et paru initialement en 2010 sous le titre anglais « The Distant Hours ».

En 1992, Meredith reçoit une lettre qui lui a été postée il y a une cinquantaine d’années et en est bouleversée. Sa fille Édith est témoin de son émoi. Qui a bien pu envoyer cette lettre à sa mère et que contient-elle pour l’ébranler autant ? Meredith n’a jamais parlé de son passé avec sa fille. À fin de répondre à toutes ses questions, Edith fait sa petite enquête aidée de son père en convalescence. Elle apprend entre autres que sa mère faisait partie des enfants londoniens qui ont été envoyés à la campagne pour les protéger lors de la seconde guerre mondiale. À l’époque, Meredith a été recueilli au château Milderhurst par la famille de Raymond Blythe, écrivain. Travaillant dans le milieu de l’édition, Edith se rend dans le Kent au château de Milderhurst pour rencontrer la famille Blythe. Elle utilise comme motif de sa visite un projet de réédition d’un roman de Raymond Blythe. Elle y rencontre les trois filles de Raymond soit les jumelles Percy et Saffy et Juniper. Durant les entretiens et les visites du château, elle essaye de découvrir et comprendre la vie qu’a été celle de sa mère lorsqu’elle habitait avec eux. Réussira-t-elle à découvrir le passé secret de sa mère?

Un pavé au rythme très inégal. Kate Morton nous présente dans ce roman deux histoires, celle d’Edith et celle de sa mère Meredith. Ces deux histoires malheureusement ne provoquent pas le même intérêt pour le lecteur. La vie d’Edith est insipide et sans intérêt comparativement à celle de Meredith à l’époque de la seconde guerre mondiale. Sa vie est remplie de secrets d’amour, d’amitié et de leurs conséquences. De plus, l’atmosphère gothique que l’auteur a su donner au château et à ses couloirs plonge le lecteur directement à cette époque. Malheureusement le personnage principal d’Edith est sans intérêt mais ceux de Meredith et de la famille Blythe sont particulièrement attachants malgré leurs défauts qui sont très réalistes. La plume de Morton est exceptionnelle lors qu’elle décrit les paysages et le château, le lecteur peut visualiser avec facilité le décor ainsi mis en place. Le point le plus déplaisant de ce roman est le nombre de référence au roman « L’Homme de boue » écrit par Raymond Blythe qui est tout à fait faramineux : Prend-t-on le lecteur pour un simple d’esprit qui après 3 pages aurait oublié la fameuse référence? Une lecture inégale mais intéressante qui est parfaite comme lecture de vacances.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 29 janvier 2019

3,5 étoiles, V

Les Voyageurs malgré eux

Les Voyageurs malgré eux d’Elisabeth Vonarburg

Éditions Alire, 2009, 560 pages

Roman écrit par Élisabeth Vonarburg et paru initialement en 1994.

L’Enclave de Montréal est l’une des trois zones francophones du Nord-Amérique. Les deux autres zones sont la Louisiane et le Royaume des Sags. Catherine est enseignante de littérature au Collège français de Montréal-Enclave. En se promenant à travers les canaux de l’Enclave, Catherine est prise à plusieurs reprises de visions qui lui semblent bien réelles. De plus, elle fait des rêves qui sont aussi étranges que ses visions. Ces deux phénomènes viennent perturber son quotidien et lui font prendre conscience que quelque chose cloche. Lors d’une de ses promenades, elle rencontre une jeune amérindienne qui la met en garde contre le gouvernement et semble savoir ce que sont les visions. Afin de s’aérer l’esprit et ne pas passer la période de Noël seule, elle décide d’aller passer quelques jours à Quebec city chez une amie. Mais son voyage ne fera que la pousser plus en avant dans des problèmes politiques et elle réalisera qu’elle a perdu une bonne partie de sa mémoire. Elle sera soupçonnée par le gouvernement d’être une agente du Nord. Pour survivre, elle sera obligée de fuir vers le Royaume des Sags.

Un roman de « science-fiction philosophique » intéressant et exigeant. L’auteur a créé dans ce roman un univers très complexe avec de multitudes de questions d’ordre philosophique, sociologique et politique. Lors de la lecture, il faut que le lecteur soit très attentif car il doit conceptualiser et comprendre les différents univers proposés (rêves, visions, monde actuel modifié …). Afin de bien poser ces différentes facettes de l’histoire l’auteur a malheureusement créé certaines lourdeurs et longueurs dans le texte. La relecture de certains passages ou chapitres est parfois nécessaire pour bien comprendre la trame et le dénouement de l’histoire. La lecture des nouvelles citées par l’auteur dans les repères bibliographiques aurait-elle faciliter l’immersion dans cet univers ? La question se pose et est très pertinente. Les personnages manquent de finesse, surtout les personnages secondaires qui semblent n’avoir qu’une seule dimension comme la mauvaise foi pour celui de Joanne. Un texte qui fait réfléchir sur plusieurs domaines tel que la spiritualité, les religions, le pouvoir et les gouvernements. Malgré sa complexité et sa lourdeur, une histoire très intéressante et captivante par moments pour les initiés de l’auteur.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 18 janvier 2019

4 étoiles, C, N

Ce que vivent les hommes, tome 1 : Les Noëls blancs

Ce que vivent les hommes, tome 1 : Les Noëls blancs de Christian Signol

Éditions Albin Michel, 2000, 281 pages

Premier tome de la série « Ce que vivent les hommes » écrit par Christian Signol et paru initialement en 2000.

La vie est dure et exigeante pour la petite famille Barthélémy. Leur survie passe par les maigres récoltes de la ferme logée dans les montagnes du Limousin qui sont enneigées 5 mois par année. En ce matin du 1er janvier 1900, la journée commence comme toutes les autres. François, alors âgé de huit ans, en est bien désappointé. Ses attentes étaient grandes, il était convaincu que « ce matin du nouveau siècle, lui apporterait quelque chose de neuf, d’exceptionnel, quelque chose que nul n’avait jamais connu » mais rien ne semble avoir changé. Les trois enfants Barthélémy sont loin de s’imaginer ce que le XXe siècle va leur apporter. Malgré les sacrifices effectués par Auguste et Élise pour le bonheur de la famille, les trois enfants devront partir gagner leur vie chacun de leur côté. Ils devront alors s’adapter à leur environnement et y évolueront avec forces et caractères. Les aléas de la vie vont les éloigner physiquement les uns des autres mais ils seront toujours liés par un amour filial et une volonté de protection mutuelle. Comme pour tout le monde, leurs vies seront de longues suites de bonheurs et de déboires, de succès et d’échecs, avec leur lot de difficultés.

Une lecture simple et émouvante sur l’amour filial. Christian Signol nous fait découvrir dans ce beau roman la vie d’une famille attachante. Dans un premier temps, il nous fait découvrir les membres de cette famille à travers leurs difficultés, leurs petits bonheurs et surtout à travers la tendresse mutuelle qu’ils ont les uns envers les autres. Dans un deuxième temps, il nous fait découvrir l’histoire de premier tiers du XXe siècle par le biais de leurs quotidiens. La plume de Signol est douce et percutante. Douce, car ses personnages sont tendres et attachants et il dépeint merveilleusement bien la beauté de la nature. Percutante, car son traitement de la guerre est remarquable, il décrit de façon très réaliste les horreurs de la guerre avec ses ravages, ses odeurs de mort et la folie des hommes. Malgré quelques longueurs, cette lecture en est une de qualité. Le lecteur découvre la vie quotidienne menée en France lors de la première guerre mondiale que ce soit celle des militaires ou celle des membres des familles restées à la maison. Une lecture facile et tout en douceur.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 29 décembre 2018

3,5 étoiles, M, T

Malphas tome 2 : Torture, luxure et lecture

Malphas tome 2 : Torture, luxure et lecture de Patrick Senécal.

Éditions du club Québec loisirs, 2012, 498 pages

Deuxième tome de la série « Malpha » écrit par Patrick Senécal et paru initialement en 2012.

Malgré les deux cadavres trouvés dans les casiers, le CÉGEP est toujours ouvert. Aucun changement n’a été fait à l’horaire des cours. Les membres du personnel et les étudiants se remettent tranquillement des terribles événements en essayant de reprendre la routine. Julien est plus motivé que jamais à trouver ce qui se cache dans cette école. Il continu avec son acolyte Gracq à enquêter sur les phénomènes étranges qui se sont déroulés depuis l’ouverture de l’école. Michel Condé, un nouvel enseignant fait son arrivé au département de littérature. Dès son arrivée, celui-ci propose de mettre sur pied et de diriger un club de lecture qui serait ouvert à tous les habitants de Saint-Trailouin. Pour se changer les idées, Julien décide d’y participer. Les réunions du club se tiennent dans une classe récemment rénovée. Étant donné les antécédents de Malphas, plusieurs événements étranges se produisent pendant et après les réunions du club. Même les participants sont affectés et ont des comportements de plus en plus étranges.

Une suite qui fait honneur au premier tome. Patrick Senécal poursuit l’histoire sanglante et humoristique qu’il a commencé dans « Le cas des casiers carnassiers ». Cependant, la mise en place de l’histoire du Club lecture est un peu longue et le lecteur perd de vue l’enquête de Julien. Passé la moitié du roman, l’histoire s’accélère et plonge le lecteur dans l’absurdité et l’horreur des comportements déviants des membres du club. Il est incontestable, à la lecture de cette série, que Senécal a une imagination débordante et tordue. Il conserve son style et sa plume axés sur l’horreur et il entretien bien le côté inquiétant de l’atmosphère du cégep. De plus, il y a une légère amélioration au niveau des personnages qui semblent être moins caricaturaux que dans le premier tome. Ils sont plus réalistes même si l’histoire a une grande part de fantastique. Un petit bémol par contre, l’énumération des connaissances de l’auteur sur la littérature pèse lourd sur l’histoire. Le lecteur s’amuse bien au début des références à la littérature, mais comme on dit trop c’est comme pas assez. Une bonne lecture malgré les défauts, elle est même meilleur que celle du premier tome.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 13 décembre 2018

La littérature dans ce roman :

Note :  Aucune citation ne sera relevée ici pour les auteurs et / ou les titres suivants, car elles sont trop nombreuses :
Baudelaire; Lolita de Nabokov; Les Particules élémentaires de Houellebecq; L’Assommoir de Zola; L’Écume des jours de Boris Vian; Ru de Kim Thuy; Le Secret; Mange, prie, aime; Le Rouge et le Noir de Stendhal; La Petite Fille qui aimait trop les allumettes, de Soucy; Les 150 meilleures blagues du Reader’s Digest; Les Racines du ciel de Gary; Le Horla de Maupassant; Le nom de la rose de Eco; Germinal de Zola; Nelligan; Phèdre de Racine; La Philosophie dans le boudoir, de Sade;Balzac; Rousseau; Diderot; Swift; Voltaire

  • « – Criss, est-ce que quelqu’un sait ce qui arrive avec les craies, dans ce cours?
    J’aurais demandé à mes étudiants de me résumer le Ulysse de Joyce que je n’aurais pas obtenu une plus parfaite absence de réaction. »  Page 11
  • « – OK, sortez votre exemplaire des Fleurs du mal et allez au poème « Une charogne ».
    Je commence invariablement par ce texte délicieusement atroce pour démontrer aux élèves que la poésie n’est pas qu’affaire de ciel bleu et d’idylles naïves et je crée ainsi un effet souvent spectaculaire. Je lis donc les strophes lentement, d’une voix un brin théâtrale, et, après avoir clamé le dernier vers qui me fait toujours autan frissonner de plaisir (Que j’ai gardé la forme et l’essence divine / De mes amours décomposés, je lève la tête en souriant.
    Ma classe réagit avec autant d’enthousiasme que si j’avais récité le mode d’emploi d’un malaxeur à multivitesses.
    — Alors ? Qu’est-ce que vous en pensez ?
    Une main se dresse et je ne m’étonne pas de reconnaître à la base du bras le corps de Limon.
    — Nadine ?
    — C’est génial pis provocateur. Il décrit à sa bien-aimée une carcasse d’animal en décomposition mais avec des mots sublimes. La fusion du beau pis du laid, ça crée une ironie super intéressante. »  Pages 12 et 13
  • « — Mais pourquoi le personnage du poème dépeint-il cette charogne à sa compagne ? Myra, enlève le livre de ta bouche, ça se mange pas… Alors, le narrateur veut-il seulement la choquer ou y a-t-il une intention différente ? »  Page 13
  • « — Alors, Dan, t’as une idée de l’intention de Baudelaire ?
    — Qui ?
    Quelques ricanements. Je le considère un moment, me demandant s’il est sérieux ou si c’est de la simple provocation.
    — Baudelaire. Le mec qui a écrit le poème que tu as sous le nez. »  Pages 13 et 14
  • « — Ben non. C’est poche, de la poésie. Pis Zola aussi, pis tous les osties de livres. »  Page 14
  • « — T’as déjà commencé ?
    — Oui, j’ai eu mon premier groupe ce matin. Un cours de 103 sur la littérature québécoise. Malheureusement, les romans choisis par votre confrère ne sont pas très intéressants… Mais je ne peux pas lui en tenir rigueur, il y a si peu de vrais bons bouquins…
    Merde, ça sent la prétention, odeur dont j’essaie normalement de m’éloigner le plus possible.
    — Parlant de livres, ajoute-t-il, j’imagine que vous avez un club de lecture…
    On se regarde tous comme s’il voulait savoir lequel d’entre nous pratique la zoophilie. Mortafer intervient enfin :
    — Il n’y a jamais eu de club de quoi que ce soit dans cette ville. Sauf il y a dix ans, moment où un regroupement a voulu mettre sur pied le Club Pessimiste, par opposition au Club Optimiste. Personne ne s’est présenté à la première réunion. Même les fondateurs ont affirmé qu’ils n’y avaient jamais vraiment cru.
    — Eh bien, je vais créer un club de lecture. Qu’en dites-vous ?
    À Saint-Trailouin ? M’est avis qu’il aurait plus de chance de succès s’il invitait Laure Waridel dans un McDonald. Mais ma passion pour les livres étant plus forte que mon cynisme, j’annonce tout de go :
    — J’en ferais bien partie, moi. »  Page 22
  • « Je fais quelques pas et constate que le dernier bouquin de son paternel se trouve sur le coin du bureau. Je demande :
    — Vous l’avez lu ?
    — Non.
    — Vous ne lisez pas les livres de votre père ?
    — Plus maintenant. Asseyez-vous, Julien. »  Page 27
  • « — J’étais justement en train d’expliquer à monsieur Bouthot mon projet de club de lecture. Je lui demandais s’il serait possible de se réunir dans la bibliothèque de Malphas. »  Page 32
  • « — J’étais justement en train d’expliquer à monsieur Bouthot mon projet de club de lecture. Je lui demandais s’il serait possible de se réunir dans la bibliothèque de Malphas. »  Page 32
  • « Il attrape alors une craie puis inscrit sur le tableau noir : “Club de lecture de Saint-Trailouin” en grandes lettres raffinées. »  Page 33
  • « — Un club de lecture, quelle bonne idée ! se réjouit Bouthot. Si j’étais pas si occupé, je me joindrais à vous !
    — Je vous comprends, que je dis d’un ton neutre. Le scrapbooking demande tellement d’heures si on veut que ce soit bien fait. »  Page 34
  • « Dans les couloirs déserts du rez-de-chaussée, un battement d’ailes se fait entendre, puis un corbeau, tournant un coin, traverse d’un vol égal et élégant le corridor qui mène jusqu’au local 1814. L’oiseau pénètre dans la classe et se pose sur le bureau. Il pivote vers le tableau noir sur lequel on peut toujours lire « Club de lecture de Saint-Trailouin ». »  Page 40
  • « Nous sommes tous assis derrière les tables, que nous avons placées en rond comme à chaque réunion du département, et nous tournons nos regards vers le bleu, installé entre la Belle et le Bête, c’est-à-dire Rachel et Elmer Davidas. »  Page 43
  • « — Oui, le dramaturge norvégien Slidouz Kvorg a écrit une pièce de théâtre qui met en scène ce Malphas. Il s’agissait bien sûr d’une métaphore de notre société aliénée et aliénante. Je l’ai vue en version originale il y a trois ans à Oslo. Vladasr Crùxh jouait le rôle de Malphas et Rouyna Dvarjd celui du perchoir. Une très bonne pièce, quoique les influences de Bergman y étaient un peu trop évidentes. »  Page 46
  • « Et il présente son club de lecture, qui commencera dès lundi soir, à dix-neuf heures trente, ici même au cégep, dans la classe 1814, et prend soin de préciser que Mortafer, Zazz et votre humble serviteur avons déjà annoncé notre intention de participer. »  Page 51
  • « Junior remonte ses lunettes sur son nez. Fudd poursuit :
    — Ouais, me semble que j’lui ai vendu une couple de livres de sorcellerie… »  Pages 64 et 65
  • « Chapitre quatre
    C’est bien le club de lecture, ici ? »  Page 73
  • « Il n’y aura sans doute pas beaucoup de participants à ce club de lecture, mais au moins ça me permettra de découvrir quelques habitants intéressants de Saint-Trailouin. Quoique, dans une telle ville, je nourris peu d’espoir en ce qui concerne les livres choisis : vais-je devoir me taper le nouveau Marc Lévy ? Ou, pire encore, l’autobiographie de Julie Couillard ? »  Page 73
  • « Il y a Condé et trois femmes que je ne connais pas personnellement mais dont deux, je crois, enseignent au cégep ; il y a aussi une trentenaire que j’ai l’impression d’avoir déjà vue, Poichaux, Mortafer, Zazz et… Enfer et damnation : Davidas ! Mais qu’est-ce qu’il fout ici, cet imbécile patenté ? N’était-il pas évanoui au moment où Condé présentait son club de lecture ? »  Page 74
  • « Qu’est-ce que Davidas va bien nous suggérer comme livre ? Le premier tome de la série Twilight ? »  Page 74
  • « Peu importe, nous nous comprenons et je me dis que ce club de lecture augure plutôt bien. »  Page 75
  • « Une élève qui s’inscrit à un club de lecture, c’est encourageant, non ? »  Page 75
  • « — On va commencer, je pense. Je vous souhaite la bienvenue. Je m’appelle Michel Condé, le fondateur de ce club de lecture… »  Page 75
  • « — Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vais filmer nos rencontres. Elles pourraient me servir pour certains cours de littérature, afin que je montre à mes étudiants des exemples de débats. »  Page 76
  • « Il y a d’abord les deux enseignantes que je ne connais à peu près pas : Céline Fallu, prof de maths dans la quarantaine avec une coupe de cheveux en forme de boule (criss que je trouve ce look atroce ! c’est comme si les femmes qui l’arboraient hurlaient à pleine voix : « Regardez ! Je vieillis ! »), habillée jusqu’au cou comme si elle craignait que l’air ambiant réduise sa peau en cendres, qui semble tellement hautaine qu’elle doit en avoir le vertige, et Mireille Kristin, enseignante d’histoire dans la cinquantaine, tignasse en chignon et lunettes avec cordelette, mais qui paraît plutôt relax et qui nous confie en roulant ses R qu’elle aime parrrticulièrrrement les rrromans noirrrs. »  Pages 76 et 77
  • « Et, bien sûr, il y a mon amante d’une nuit qui, je l’apprends enfin, s’appelle Lucette Picard ; elle est mariée, a deux enfants et travaille comme serveuse de jour dans un café, ce qui, selon elle, explique son besoin d’évasion, par exemple en étant membre de ce club de lecture ou encore, ajoute-t-elle en me fixant dans les yeux, en pratiquant d’autres activités occasionnelles. »  Page 77
  • « Je vous épargne les présentations de mes collègues, mais mention spéciale tout de même à Davidas qui, en deux phrases, réussit à démontrer l’étendue de sa bêtise : « Je m’appelle Elmer Davidas et je transmets ma culture d’homme de lettres aux étudiants de Malphas. Je me joins à ce club parce qu’à mon avis la lecture est un besoin aussi essentiel que de se laver ou de conduire une voiture. » »  Pages 77 et 78
  • « — La réunion d’aujourd’hui sera plutôt courte. Vous avez tous songé à un livre que…
    — C’est bien le club de lecture, ici ?
    Nous nous retournons tous vers la porte. Sur le seuil se tient un dandy. Comment appeler autrement un homme fringué d’une pseudo-redingote, d’une chemise blanche à très grand col ouvert avec boutons presque sculptés, d’un pantalon en nylon noir avec fines fioritures tout le long des jambes et dont la tête est couronnée d’abondants cheveux teints en blond et coiffés à la Oscar Wilde ? »  Page 78
  • « — Bien ! fait Condé qui a hâte de commencer. Chacun d’entre vous a donc choisi un livre. Je vais les noter puis porter la liste à la librairie de la ville. La libraire m’a assuré qu’elle les aurait d’ici cinq ou six jours. Dans une semaine, vous pourrez aller les acheter soit tous d’un coup, soit au fur et à mesure des lectures. »  Pages 79 et 80
  • « — On est un club de lecture, Elmer, pas une salle d’attente de dentiste, que je dis sèchement. On lit des romans. »  Page 83
  • « S’ensuit une courte discussion au bout de laquelle Davidas, penaud, annonce qu’il trouvera un titre d’ici la prochaine rencontre.
    — Est-ce qu’il faut spécifier que ça doit être un roman pour adultes ? que j’ajoute. »  Page 83
  • « — Je pensais que ce serait uniquement des livres récents, glisse Zazz, un brin contrariée. »  Page 83
  • « — De toute façon, avoirrr un ou deux classiques dans la liste, c’est trrrès bien ! approuve Kristin en dodelinant du chignon. Je n’ai rrrien contrrre l’idée de lirrre du Zola, Balzac, Voltairrre, ou même du Tolstoï, pourrrquoi pas ? C’est un peu long, c’est vrrrai, mais… »  Page 84
  • « — Bon. Pour choisir le premier bouquin, je propose un simple tirage au sort, qu’en pensez-vous ? »  Page 85
  • « — ‘ksé vous fètes ‘citte ?
    Coups d’œil perplexes de la part des non-initiés. Je prends sur moi de répondre :
    — On est un club de lecture. »  Pages 85 et 86
  • « — Bien. Les bouquins arriveront en librairie dans à peu près six jours. Si nous nous laissons quinze jours pour lire le livre de Rémi, notre prochain rendez-vous serait dans trois semaines. Et à chaque rencontre, celui qui a choisi le roman pourrait en lire un extrait à haute voix. Qu’en pensez-vous ? »  Page 88
  • « — Crime, il est encore tôt ! J’irais bien prendre un verre, moi. Ça intéresse quelqu’un ?
    Et il observe particulièrement la gent féminine en lançant cette invitation. J’ai envie d’accepter, mais comme l’idée d’être seul avec cette caricature de Casanova ne m’enthousiasme guère, j’attends de voir si d’autres répondront à l’appel. »  Page 88
  • « Et dire que, quelques secondes après la prise de ce cliché, ces oiseaux fondaient sur la foule. Un vrai remake du film d’Hitchcock ! »  Page 89
  • « Elle me lance le genre de clin d’œil qu’une mère n’adresserait jamais à son fils (sauf, peut-être, Jocaste à Œdipe) puis poursuit son chemin vers la sortie. »  Page 89
  • « — C’était bien, ton club de lecture ?
    — Ça s’annonce distrayant, je crois. »  Page 92
  • « Il monte l’escalier, se déshabille, se brosse les dents, puis s’installe en caleçon et camisole dans son lit pour lire un roman de Kundera. Au bout de trois minutes, Monique entre, l’observe un moment et, timidement, demande :
    — Tu veux qu’on fasse l’amour ?
    Il baisse son livre, quelque peu pris au dépourvu. »  Page 93
  • « Il étouffe un bâillement, allume sa lampe de chevet (ce qui n’éveille pas sa femme), attrape le livre de Kundera et se remet à lire. »  Page 96
  • « En tout cas, va falloir que j’aie une petite conversation avec les scénaristes d’Hollywood, car ces images représentent bel et bien vacances et barbecue, ou du moins leur équivalent : les Fudd dans le salon de la cabane (salon un peu plus propre et ordonné, mais pas beaucoup), les Fudd dehors dans les bois, les Fudd autour d’un feu de camp, Mélusine lisant un livre de magie au centre d’un pentacle sous le regard professoral de sa mère, Mélusine avec une bière en main, un peu soûle, sous l’œil cette fois plus sévère de maman… »  Page 103
  • « — Voyons, Aline, c’est pas compliqué ! que je m’exaspère. Ça t’a plu, oui ou non ?
    Elle commence à se frotter le genou droit, affolée, comme si elle se retrouvait dans Sophie’s Choice. »  Page 111
  • « — Et toi, Elmer, as-tu finalement choisi ton roman ?
    — Bien sûr. Ce sera le premier tome de la série Walking Dead.
    La plupart des participants ne connaissent pas, mais moi, si, ce qui me fait réagir :
    — Mais… C’est une BD, ça !
    — Un roman graphique, précise Davidas.
    — Roman graphique, BD, narration imagée, criss ! c’est pas un roman !
    — Tu méprises les bédéistes, Julien ?
    — Tu veux vraiment que je te dise qui je méprise ?
    Condé nous ramène à l’ordre et explique qu’effectivement il serait préférable que ce soit un roman « traditionnel ». Il ne s’agit pas de snober les bandes dessinées, mais de se donner un cadre. Davidas, en soupirant, s’incline et promet de trouver un autre titre d’ici la prochaine rencontre. Tout le monde se lève, replace chaises et tables, et enfile son manteau.
    — Moi, j’ai acheté tous les rrromans, dit le prof d’histoire, mais je remarrrque qu’il manque toujourrrs le tien, Michel. »  Pages 115 et 116
  • « Le joint glisse d’entre ses doigts. Sa bouche s’entrouvre et se fige, son expression devient lointaine. Ça y est, elle va entrer en transe. Je m’assure qu’il n’y a personne dans la ruelle, puis m’approche de ma collègue, plus attentif que jamais. Mais elle ne dit rien, le visage statufié en un masque ébahi.
    — Zoé ?
    — Les livres… Les livres…
    Quoi, les livres ? De quoi parle-t-elle ?
    — Il faut pas les lire…
    Sa voix est légèrement dédoublée, comme la dernière fois.
    — Zoé…
    — Il faut pas les lire !
    Fuck, de quoi elle parle ? Ça m’aide pas pantoute ! J’ai l’impression que je vais devoir la guider un peu. Je demande donc doucement :
    — Zoé, parle-moi de Malphas…
    — Il faut pas lire les livres !
    — Zoé, parle-moi du démon Malphas… De la caverne… Des Archlax, père et fils… Tu vois quelque chose ?
    — Il faut pas les lire à cet endroit !
    Fait chier, avec ses livres ! Je lui attrape le bras et insiste :
    — Zoé, parle-moi de Malphas ! »  Page 136
  • « — Oh non ! J’ai encore eu une de ces transes ridicules, c’est ça ?
    — Heu… Un peu, oui.
    — Pis j’ai raconté quoi ?
    — Rien de… T’as parlé de livres qu’il fallait pas lire quelque part, j’ai rien compris. »  Page 137
  • « Les étudiants sont si peu surprenants, si prévisibles. Comme à peu près tout le reste, d’ailleurs : les discussions, la vie de couple, les livres, le quotidien… »  Page 139
  • « Parfois, je me trouve ridicule de mettre tant de travail dans la préparation d’un cours alors que les deux tiers des étudiants n’y verraient que du feu même si j’improvisais. D’ailleurs, j’ai déjà fait le test. Il y a deux ans, j’avais affirmé en classe qu’une métaphore était un instrument à vent et que Nelligan était un chanteur western de la région de Saint-Tite. Il y en a bien quelques-uns qui m’avaient regardé de travers, mais la grande majorité n’avait pas sourcillé. Un garçon m’avait même demandé d’un air dubitatif : « Vous êtes sûr que Nelligan, c’est pas un rappeur ? » Mais bon, il faut penser aux quelques élèves vraiment motivés. Sinon, on se flingue. »  Pages 172 et 173
  • « Zazz, stupéfaite, demande à notre nouveau collègue :
    — Mais comment tu peux dire à tes étudiants que tu trouves plates les livres que tu leur fais lire ?
    — C’est pas moi qui ai choisi ces romans, c’est votre collègue, Mahanaha. Déjà que je dois leur faire lire des bouquins que je déteste, je ne vais pas prétendre que je les aime ! Je ne suis pas masochiste, quand même ! (Il me voit approcher.) N’est-ce pas, Julien ? »  Pages 173 et 174
  • « — Parfait, dit Condé. Et toi, Elmer, as-tu enfin choisi un livre ?
    — Oui, finalement. J’ai opté pour Le Maître du jeu.
    — Ah, je ne connais pas, fait Condé, intéressé. Qui l’a écrit ?
    — C’est Georges-Hébert Germain, mais, évidemment, Angélil l’a beaucoup aidé.
    Froncements de sourcils de toutes parts. Qu’est-ce qu’Angélil vient foutre là-d’dans ? Tout à coup, Zazz, qui semble comprendre, s’inquiète :
    — Tu parles de la biographie de René Angélil ?
    — Absolument ! Tu l’as lue ? C’est vraiment bon, non ?
    — Elmer ! que je soupire en m’appuyant sur mes genoux. Une biographie, c’est pas un roman !
    — Mais oui ! Dans un cas, c’est une histoire inventée, dans l’autre, c’est une histoire vraie. Mais ce sont des romans.
    Je le scrute en me demandant si je dois rire ou lui sauter dessus. Je fais ni l’un ni l’autre, lève une main et demande lentement :
     — Elmer, rassure-moi et jure-moi que tu déblatères pas ces sornettes à tes étudiants…
    Il cligne des yeux, incertain. Tout le monde lui répète pour la millième fois qu’il faut que ce soit un roman et non pas une biographie. Il grimace, confus :
    — Mais pourquoi pas ? L’histoire de quelqu’un, c’est tout de même une…
    — Un roman, Elmer, criss ! que j’éclate. Une histoire inventée, une œuvre de fiction, qui sort de la tête d’un romancier qui l’a imaginée de toutes pièces ! Ciboire, me semble que c’est clair, ça !
    Davidas se gratte le cuir chevelu, ce qui produit une pluie de pellicules, puis marmonne, un peu boudeur :
    — OK, je vais choisir un « vrai roman », comme vous dites, mais je vous trouve de bien mauvaise foi.
    Tandis que nous remettons les chaises et les tables en place, Fallu s’enquiert :
    — Et toi, Michel, tu as choisi le tien ?
    — Oui, répond notre animateur en rangeant sa caméra, mais je l’ai commandé moi-même et les exemplaires arriveront directement chez moi. Je vous les apporterai quand mon nom sera tiré.
    — Et c’est quoi, le livre ?
    — C’est une surprise. Vous verrez !
    Il me les gonfle, avec ses grands mystères ! Les autres membres aussi semblent trouver ce petit jeu exaspérant.
    — Tu joues pas le jeu, Michel, souligne Picard. On a tous présenté notre livre, pourquoi pas toi ?
    — En tant que fondateur du club, je me permets ce petit caprice, si vous n’y voyez pas d’inconvénient. »  Pages 186 et 187
  • « — J’ai vu que t’as mis tes deux romans avec les autres livres…
    Je hausse une épaule, un peu gêné.
    — Pourquoi pas ? Même si les critiques les ont démolis, ce sont néanmoins des romans, ils ont leur place dans une bibliothèque.
     — T’écris autre chose ?
    — Pas en ce moment.
    Ce qui est faux. Mais pas question de lui dire que je suis en train de compiler les choses bizarres, mystérieuses et complètement folles qui se produisent ici. Plus tard, peut-être, quand il sera plus vieux. Et que j’aurai moi-même compris ce qui se passe.
    — Maintenant que t’as treize ans, je pense que t’es en âge de pouvoir lire mes romans. Si t’en as envie, évidemment.
    — Ouais, peut-être…
    Réponse plus polie que sincère. »  Page 193
  • « Mortafer lui a à peine dit bonjour, sombre et tourmenté, tout comme Ruglas qui, plongée dans la lecture d’une obscure pièce de théâtre, lui a glissé un « enchantée » indifférent du bout des lèvres. »  Page 197 et 198
  • « — J’ai pourtant tout fait pour qu’il vive un bon moment, m’a assuré ma collègue comme si elle craignait que je ne la tienne pour responsable de la défection de mon fils. Je lui ai demandé ce qu’il aimait lire, ce qu’il aimait comme films, je lui ai raconté mes dernières vacances à Sorel, je lui ai proposé une partie de Monopoly que j’étais prête à perdre de la plus humiliante des façons juste pour l’amuser un peu… »  Pages 198 et 199
  • « Le nombre d’heures que nous avons gaspillées à l’urgence aurait sans doute été suffisant pour écrire À la recherche du temps perdu au complet. »  Page 199
  • « — Faut ben faire quelque chose…
    Je ne trouve rien à répliquer à ça, la bouche entrouverte. Je dois ressembler à l’actrice principale de Twilight. »  207
  • « La « patiente », sans nous regarder, quitte la maison, tandis que le médecin, sortant du bureau à son tour, paraît étonné de tomber sur du monde dans sa salle d’attente.
    — Ah ? Je savais pas que j’avais deux aut… Hé ! Julien ? Comment ça va ? J’imagine que t’es pas venu parler littérature !
    Il rigole, en remontant sans aucune discrétion la braguette de son pantalon. »  Page 207
  • « C’est une peinture mettant en scène un beau jeune homme très gandin qui, à son tour, observe avec satisfaction une seconde peinture personnifiant un vieillard au visage malveillant. Sans aucun doute une représentation de Dorian Gray, que je ne m’étonne pas de retrouver ici. N’avais-je pas déjà relevé l’influence d’Oscar Wilde dans le look de Durencroix ? »  Page 211
  • « Durencroix blêmit quelque peu, a un ricanement contrit, puis, pour changer de sujet, indique le tableau du menton en s’approchant :
    — J’imagine que tu reconnais la scène…
    — Dorian Gray, oui…
    Il s’arrête devant la peinture et a un bref soupir mélancolique :
    — Ce serait bien, non ? si on pouvait faire comme Gray…
    — C’est-à-dire ?
    — Que nos vices pis notre vieillesse affectent uniquement un portrait de nous, pour que notre vraie personne reste jeune et pure pour toujours… »  Page 212
  • « — C’est sûr, c’est sûr. Écoute, faut vraiment que j’aille aux toilettes chercher le revolver de Michael Corleone derrière le réservoir… »  Page 217
  • « Je traverse un couloir et, par hasard, passe devant la classe 1814, là où nous avons les rencontres de notre club littéraire. »  Page 229
  • « La jeune Black, plongée dans un livre, est si concentrée qu’elle ne remarque pas ma présence.
    — Allô, Julien.
    — Tu lis ici ?
    — Mais oui ! Je trouve ça stimulant de lire dans notre local de club littéraire, ça me donne un sentiment d’appartenance. »  Page 229
  • « Je travaille depuis une bonne heure lorsque Mortafer, pendant la pause de son cours, vient chercher un livre à son bureau, l’air ailleurs. »  Page 232
  • « — Donc, face à cette situation dramatique, le ministère de l’Éducation propose une série d’actions qui pourraient être mises de l’avant dès la prochaine session. Les voici.
    Sur l’écran apparaissent lesdites actions : 1- prescrire des examens moins complexes ; 2- remplacer les livres du programme par des films ; 3- éviter de leur enseigner des événements antérieurs à 1990 ; 4- ignorer une erreur sur deux durant la correction. Près des trois quarts des personnes présentes dans la salle explosent d’indignation et, cette fois, Valaire grimpe littéralement sur sa chaise, ses cheveux désordonnés hérissés tels les serpents sur la tête de Méduse :
    — Voyons, câlice ! demandez-nous de les faire tous passer tout de suite, ça va être plus clair, ostie ! Tant qu’à y être, voulez-vous qu’on leur donne d’avance les réponses des examens ? »  Page 246
  • « — Moi, je trouve ces idées pas bêtes. Il y a des adaptations cinématographiques de romans qui sont aussi bonnes que les livres originaux, les gens ont tendance à oublier ça. C’est quoi le problème de leur faire voir le dessin animé Le Bossu de Notre-Dame de Walt Disney plutôt que de les obliger à lire le bouquin de Balzac ?
    — C’est Hugo qui l’a écrit ! rigole quelqu’un dans le fond.
    — Hugo, Balzac, c’est le même siècle de toute façon ! Et puis, soyons honnêtes : qui, ici, se rappelle vraiment ce qui s’est passé avant 1990 ? À part l’invention de l’imprimerie, disons, et un ou deux événements du genre… Et on voudrait que nos étudiants le sachent plus que nous ? On vit dans le rêve, franchement ! »  Pages 246 et 247
  • « Au salon se trouve une vieille télé de vingt-six pouces avec écran bombé, mais il y a tout de même un lecteur DVD : Archlax est passéiste mais pas antique. Une grande bibliothèque compte quelques centaines de livres dont je parcours les dos. Quelques bouquins récents d’auteurs acclamés, mais surtout des classiques des siècles précédents : Rabelais, Shakespeare, Molière, Diderot, Gogol, Poe, Hoffmann, Rousseau, Hugo, Balzac, Zola, Tolstoï, Swift, Cervantès, Goethe… Beaucoup de romans d’amour, aussi : Belle du Seigneur, L’Éducation sentimentale, Manon Lescaut, Paul et Virginie… DP, un romantique refoulé ? Je souris en poursuivant mon examen et tombe sur deux rangées remplies d’œuvres de Voltaire. Je lis les titres, impressionné. Bien sûr, j’y retrouve les incontournables, comme Candide, Zadig et Micromégas, mais plus de la moitié me sont parfaitement inconnus, comme Les Deux Consolés, L’Homme aux 40 écus ou Cosi-Sancta. Bref, il y a bien là une cinquantaine de livres, ce qui doit représenter tout près de l’œuvre complète de fiction de l’écrivain. Archlax est manifestement un exégète du célèbre auteur. Le littéraire en moi est tout à coup fasciné et je ne peux m’empêcher d’enlever mes gants, de prendre quelques bouquins du philosophe et de les feuilleter… Je tombe alors sur un exemplaire de L’Ingénu, édition qui comporte en quatrième de couverture un portrait de Voltaire… et je remarque qu’on lui a ajouté, à l’aide d’un crayon-feutre noir, des lunettes, une moustache et une verrue. Sans doute qu’Archlax a déniché ce livre dans une librairie d’occasion et que le visage était déjà barbouillé. Mais j’imagine mal DP acheter un volume qu’on aurait ainsi outragé. Pour en avoir le cœur net, je me mets à la recherche d’autres titres affichant la gueule de Voltaire et en trouve six. Trois des portraits sont intacts, mais les trois autres ont aussi été défigurés.
    C’est donc Archlax qui se serait adonné à ces gamineries ? Pourquoi ridiculiser un auteur que, manifestement, il admire tant ? C’est comme si Stephen Harper gribouillait un gros nez et des dents de lapin sur les photos de la Reine d’Angleterre. À moins qu’Archlax ait acheté tous ces livres d’un même individu qui avait comme passe-temps de ridiculiser les illustrations d’auteurs… On frappe à la porte d’entrée et je sursaute tellement que j’en échappe presque les bouquins. Je fixe la porte, le cœur battant à tout rompre, en remerciant le ciel que les rideaux de la fenêtre avant soient fermés. En vitesse, je replace les livres dans la bibliothèque et me sauve vers l’arrière, mais m’arrête en réalisant que j’ai oublié mes gants. »  Pages 249 et 250
  • « Je fouille dans les tiroirs, convaincus de trouver des magazines pornos. Mais non, que des vêtements. Ça alors, ce type n’a donc vraiment aucun vice ? Même chose dans son armoire : fringues et piles de revues littéraires ou scientifiques. »  Page 252
  • « Je me dirige ensuite vers le bureau, qui ressemble beaucoup à celui du cégep. Dans une petite bibliothèque s’alignent des livres scolaires et pédagogiques desquels je me désintéresse aussi rapidement que s’il s’agissait de l’autobiographie du Prince William. »  Page 253
  • « Finalement, terminons le portrait de ce personnage digne d’habiter l’île du docteur Moreau par les cheveux, rares, rassemblés en quelques touffes disparates qui poussent inégalement et anarchiquement sur cette tête qui a la couleur et, à mon avis, la consistance du granit. »  Page 256
  • « Outre la photo, il y a l’adresse de Clarsain ainsi que ses relevés de notes des deux sessions précédentes. Visiblement, l’adolescent est brillant et, à l’exception d’une ou deux matières, n’a aucune note au-dessous de 90. Ensuite, dans le dernier tiers de la page, des indications à la main ont été ajoutées :
    Lieux à envisager :
    a- chez ses parents, où il habite : presque tous les soirs, mais parents souvent présents
    b- cégep, tous les jours : impossible, bien entendu
    c- bibliothèque municipale : une ou deux fois par semaine, mais jamais mêmes jours
    d- bar « L’ami ne deux faire » : parfois la semaine, presque tous les samedis soirs
    e- chez certains amis : souvent, sans moments fixes ou précis ; trop aléatoires
    Et le point D est entouré. Pas besoin d’avoir étudié la technique de Sherlock Holmes pour en tirer les conclusions qui s’imposent… »  Pages 257 et 258
  • « Je passe devant Le Gourmet Gourmé, le restaurant le plus huppé de la ville. À travers l’une des grandes fenêtres en façade, j’aperçois Archlax junior, seul à une table, en train de manger en lisant un livre. »  Page 264
  • « Repoussant à plus tard ce conflit cornélien, je me contente de dire :
    — Oui, c’est la seule. »  Page 273
  • « Moi, je pourrais bien lui rétorquer qu’un bon polar fait souvent réfléchir (en tout cas, c’est ce que j’ai tenté de faire un peu dans les deux que j’ai écrits, malgré ce qu’en ont pensé les critiques), mais je suis plutôt de mauvaise humeur. »  Page 283
  • « Limon entre à ce moment. Comme c’est souvent le cas, ses cheveux sont attachés en deux nattes, elle est habillée comme un gentil personnage de la comtesse de Ségur, mais un certain désordre émane d’elle. »  Page 284
  • « — Avez-vous remarqué la drôle d’ambiance ? C’est pas la première fois que ça se produit…
    — C’est vrai, approuve Picard. C’est comme si l’air avait la chair de poule…
    Zazz déclenche la sirène de son hilarité, en répétant la formule de Picard entre deux éclats de rire. Durencroix renchérit :
    — Et ça arrive toujours pendant la lecture de l’extrait… Bizarre, non ?
    — Je pense que c’est parce qu’on est tellement passionnés de littérature que lorsqu’on écoute un passage de livre, on entre dans une sorte de transe ! explique l’enseignante de mathématiques. »  Page 289
  • « — Sade, ça me dit quelque chose… marmonne Hamelin. C’est pas lui qui a écrit Huis clos ? »  Page 294
  • « — Comme vous vous entraîniez, vous deviez trop bouger pour vous en rendre compte ! raisonne Poichaux.
    — Quand même, un tremblement de terre, on l’aurait senti, aussi léger soit-il, fait le professeur. Vous êtes sûrs que vous lisiez des livres, dans votre réunion ? que vous en fumiez pas du bon ? »  Page 298
  • « En sortant du cégep, tous les membres du club de lecture se saluent, puis Marie-Josée Hamelin monte dans sa voiture, met le moteur en marche et démarre. »  Page 307
  • « — Je ferais tout pour venger mon père.
    Oh, la-la ! Elle ne gagnera pas un prix littéraire avec ce genre de réplique, c’est certain. »  Page 319
  • « Son air grave et sérieux cède enfin la place à un sourire. Une crise cardiaque terrassant soudainement un voisin d’avion qui me parle tandis que je lis un bouquin ne me procurerait pas plus agréable soulagement. »  Page 320
  • « — Dans le cahier d’examen, il y a l’extrait littéraire que vous devez analyser, l’énoncé de la dissertation, puis une dizaine de feuilles vierges pour la rédaction du plan, du brouillon et du travail final. C’est clair ? Bonne chance à tous. »  Page 332
  • « — Le texte qu’il faut analyser, il est vraiment plate !
    Je jette un œil : c’est un extrait de Bonheur d’occasion. Je soupire intérieurement. Si des extraterrestres recensaient les livres obligatoires lus au cégep, ils en viendraient à la conclusion que Gabrielle Roy est la seule écrivaine québécoise. »  Page 334
  • « — Moi, je vous lirai de la poésie tous les soirs avant que vous vous couchiez ! »  Page 335
  • « Un cri s’élève, puis un deuxième : des jeunes découvrent enfin le manège de Mortafer, ce qui, allez savoir pourquoi, leur fait instantanément oublier Gabrielle Roy. Rachel tente de les calmer, mais en vain, et si une grande majorité d’élèves n’avaient encore rien vu, Valaire remédie à la situation en vociférant :
    — Rémi, câlice ! es-tu viré fou ?
    Mortafer bat des paupières et reluque avec ahurissement son sexe comme si ce n’était pas le sien. Pourtant, il ne s’arrête pas, il se branle de plus belle, même si, visiblement, il trouve ses agissements abominables. »  Pages 336 et 337
  • « Je suis interrompu par une bière qu’on dépose énergiquement devant moi. Incrédule, je dévisage ma consommation un long moment, puis la frôle du bout des doigts, tel Lazare touchant les plaies du Christ. »  Page340
  • « — Moi aussi, il m’a fallu l’histoire avec Kristin pour que je comprenne… Mais maintenant, il ne faut plus lire d’extraits de roman dans ce local, c’est trop dangereux. »  Pages 340 et 341
  • « — C’était pendant un cours de philosophie… Le prof a allumé un feu en plein cours, en brûlant toutes les feuilles et les livres. Les élèves ont pu déguerpir sans problème avant que les flammes ne prennent vraiment, mais le temps que les autorités interviennent, le local y passait. L’enseignant en question a été licencié, il était carrément devenu pyromane.
    — Pourquoi il a mis le feu ? Qu’est-ce qu’il enseignait au moment de l’incendie, tu le sais ?
     — Les étudiants présents en ont évidemment beaucoup parlé dans les semaines qui ont suivi. Il semble que le prof expliquait le courant philosophique du XVIIIe siècle et qu’il lisait à sa classe un extrait d’un bouquin dans lequel on organisait un autodafé. Ce hasard avait vraiment impressionné tout le monde…
    Il me regarde, misérable, serrant son verre avec force.
    — Et là, il nous arrive la même chose ?
    — Sauf que pour nous, ça prend un certain temps avant que l’extrait contamine le lecteur, ça se fait graduellement. Alors qu’avec ce prof de philo, c’est arrivé instantanément, j’ignore pourquoi… (Je réfléchis un moment.) Tu sais qui était l’auteur du passage qu’il lisait ?
     — Je ne me souviens pas. Un philosophe du XVIIIe siècle, sans doute, puisque c’est ce qu’il enseignait…
    — Voltaire ?
    — Peut-être… Pourquoi ?
    Je ne réponds pas, totalement dépassé. Mortafer, après avoir bu une bonne gorgée et s’être lissé les cheveux en soupirant derechef, ajoute :
    — Je sais aussi qu’il s’est produit quelque chose d’autre dans ce local, un prof de français qui a violé une étudiante en plein cours…
    — Quoi ? Mais… Est-ce qu’il lisait un extrait de livre à sa classe ?
    — Je sais pas, ça fait presque vingt ans, je n’étais pas encore à Malphas…
    — Fuck, Rémi ! Tu étais au courant de tout ça et tu nous as laissés tenir un club de lecture dans cette pièce ? »  Pages 341 et 342
  • « — Mais, merde ! elle va quand même pas bouffer des bouquins jusqu’à la fin de ses jours !
    Ça alors, c’est vraiment le festival des phrases ubuesques, cet après-midi! »  Page 343
  • « Ce qu’elle n’a pas dit à Archlax, c’est la pensée qui lui avait traversé l’esprit quelques secondes avant son comportement irrationnel : elle avait observé les cahiers qui s’empilaient devant elle, puis avait songé, tout simplement, qu’elle devait les manger… jusqu’à en crever. »  Page 344
  • « Elle s’arrête devant sa pièce préférée, celle qu’elle se promet d’acheter depuis longtemps : le livre en verre, hommage à Nelligan. »  Page 344
  • « Elle tourne l’une des trois pages sur lesquelles sont gravés en jaune quelques vers du célèbre poète. Quel travail de précision, quel bon goût… Des pages de verre pour symboliser la fragilité de Nelligan… Des pages si belles… »  Page 344
  • « Pendant ce temps, la vendeuse, tout en lisant sa revue, se demande si madame Kristin va enfin se décider et acheter ce satané bouquin de verre sur lequel elle salive depuis un an. »  Pages 344 et 345
  • « La vendeuse croit pendant une seconde qu’elle s’est blessée, mais comprend son erreur en voyant sa cliente porter le livre de verre à ses lèvres et mordre à pleines dents dans la première page déjà à moitié cassée. »  Page 346
  • « Elle avale alors tout le verre qu’elle a mastiqué puis entame la seconde page. »  Page 347
  • « La vendeuse réussit enfin à lui saisir un bras et tente désespérément de lui soutirer le livre. »  Page 347
  • « Chapitre vingt
    Je pense qu’il faut dissoudre le club de lecture »  Page 349
  • « Et dire que Mortafer se figurait que jamais notre collègue n’arriverait à mourir en mangeant un livre… »  Page 350
  • « — Pis comme vous êtes tous les trois dans le club de lecture, que Rémi en faisait partie aussi… ainsi que Mireille Kristin, je pense, non ? »  Page 353
  • « — Tu sais que Mireille est morte en bouffant un livre en verre, non ? »  Page 355
  • « — Je pense qu’il faut dissoudre le club de lecture. »  Page 355
  • « — Mais c’est sûrement juste des hasards ! proteste-t-il en recommençant à déambuler, agacé. Tenez ! Marie-Josée Hamelin ! Elle aussi a lu un extrait de livre et rien ne s’est produit ! »  Page 356
  • « — Pour moi, il n’est pas question que nous sabordions le club de lecture. »  Page 356
  • « Bon Dieu, c’est pire que de la poésie surréaliste !  Mais puisqu’elle est en transe, aussi bien essayer d’en profiter. Je me penche vers elle :
    — Zoé, parle-moi du local 1814…
    — Il ne faut pas lire les livres… Pas dans cet endroit… »  Page 258
  • « Et, franchement, l’histoire de cet autobus m’intéresse autant que la biographie de Justin Bieber. »  Page 259

3,5 étoiles, N

Le naufrage du Titanic

Le naufrage du Titanic de Philippe Masson

Éditions France Loisirs, 1998, 124 pages

Livre écrit par Philippe Masson paru initialement en 1998.

Dans la nuit du 14 avril 1912 lors de son voyage inaugural, le Titanic heurte un iceberg à 23h40 en plein Atlantique Nord. Quatre jours seulement se sont écoulés depuis son départ de Southampton. Malgré sa réputation d’être un paquebot « insubmersible », moins de 3 heures après l’impact le pire se produit, le navire coule. Ce naufrage est l’une des pires catastrophes maritimes car environ 1 500 passagers y sont morts. Cet album survole et analyse quelques faits de l’histoire de cet extraordinaire navire de sa construction à sa découverte en 1985. Une magnifique collection de photos et certains documents illustre la brève vie de ce navire ainsi que celle de sa découverte à 650 km au sud-est de Terre-Neuve et à plus de 3500 mètres de profondeur.

Un très beau livre pour ceux qui veulent s’initier à l’histoire du Titanic. Ce magnifique livre est fort bien documenté et illustré. Il permet d’acquérir les informations de base sur la catastrophe qu’est le naufrage du Titanic. L’auteur présente le paquebot dans son ensemble. En plus de présenter quelques données techniques sur le navire, il dresse l’histoire de quelques personnes qui étaient à son bord lors de la catastrophe. Par son analyse et sa connaissance approfondie du domaine, l’auteur permet au lecteur de comprendre les suites du naufrage soit les procès qui en ont découlé ainsi que la découverte de l’épave. Le style de l’auteur rend cette lecture très facile d’accès sans que le lecteur n’ai besoin de connaissances préalables du drame. Une lecture rapide et intéressante, mais il est dommage que ce texte ne soit pas plus complet et approfondi. De plus, plusieurs erreurs grossières de typographie vers la fin du livre font penser qu’il a été écrit en catastrophe pour profiter de la manne offerte par la sortie du film Titanic de James Cameron en 1998.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 10 décembre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Parmi les passagers privilégiés, on note le major Butt, l’aide de camp du Président des États-Unis William H. Taft, ou encore William Stead, le propriétaire de la revue Pall Mall Gazette. »  Page 24
  • « Les initiés reconnaissent le colonel Jahn Astor, un des hommes les plus riches du monde. Il « vaut » 30 millions de livres. Âgé de quarante-sept ans, Astor est un homme complexe. Auteur d’un roman, bibliophile, excellent yachtman, il affiche une immense curiosité dans les domaines les plus variés de la technique. »  Page 24
  • « Au même niveau, se situe George Widener, le « roi des tramways », amateur de livres rares. Après sa disparition, sa mère fera don de ses livres à la bibliothèque de l’université Harvard qui porte aujourd’hui son nom. »  Page 27
  • « Les passagers de deuxième classe ne sont pas sacrifiés, bien au contraire. La plupart des cabines se trouvent à l’arrière, à l’aplomb des deux dernières cheminées. Elles sont desservies par un escalier et un ascenseur. Elles n’ont plus qu’un lointain rapport avec celle que l’on trouvait encore au milieu du siècle précédent. Dickens, lors de son voyage aux États-Unis, en avait fait la fâcheuse expérience à bord du Britannic considéré pourtant comme une des grandes réussites de l’époque. « Cette cabine ? Un antre impraticable, à peine imaginable, une boîte inconfortable d’apparence repoussante… J’étais assis dans une sorte de box à chevaux fait pour recevoir deux passagers. »  Page 35
  • « Dans le grand salon, le révérend Carter, toujours accompagné de sa femme, célèbre l’office dominical. On change des psaumes. »  Page 40
  • « Rompant ses câbles, la cheminée avant s’abat sur l’aileron tribord de manœuvre, écrasant des dizaines de naufragés. On retrouvera, quelques jours plus tard, le corps de John Astor horriblement mutilé. »  Page 58
  • « Traumatisés par la catastrophe, la plupart des survivants sont hantés par le spectacle que le roman, l’imagerie populaire n’ont cessé de répandre : des grappes de naufragés, le visage torturé par l’angoisse et la haine, s’accrochant aux embarcations et les faisant chavirer en tentant de monter à bord. »  Page 58
  • « Le président de la République française, Armand Fallières, envoie lui aussi un télégramme à George V. « J’ai à cœur d’exprimer personnellement à Votre Majesté la profonde tristesse avec laquelle j’ai appris la terrible catastrophe du Titanic qui met en deuil tant de familles américaines et j’ai à cœur de vous adresser mes très sincères condoléances. Je tiens à dire à Votre Excellence que je prends part à ses angoisses concernant le major Butt. » Le pape Pie X intervient lui aussi. L’aide de camp du président revenait d’une mission auprès du Saint-Siège et Butt était porteur d’une lettre de Sa Sainteté à Taft. »  Page 78
  • « Nombre d’écrivains, de littérateur, de plumitifs ne peuvent résister à la tentation d’évoquer un événement qui bouleverse la conscience humaine. L’académicien Paul Lavedan, au comble de sa réputation et qui bénéficie chaque semaine d’une page entière dans L’Illustration s’efforce, avec un lyrisme devenu aujourd’hui insupportable, de faire revivre la nuit du drame : « L’horreur ne me lâche pas. Je suis hanté du Titanic… Décor : la nuit. La solennelle immensité de la mer. Des étendues infinies et profondes percées de froid, fourrées de brume, occupées et remplies par l’unique et colossal murmure des éléments, l’énorme et doux va-et-vient des flots. Un ciel étoilé, mais sans lune, un ciel noir, gelé, où les astres font l’effet d’une poussière de glace…
    « Et dans ce paysage de désolation majestueuse, je vois un bateau – un seul, un grand, très grand, un gigantesque bateau comme jamais on n’en a vu… ou plutôt non, c’est une maison…. Plus qu’une maison, un quartier! Plus qu’un quartier, une ville! Cette ville inouïe passe, file, suit son chemin. Elle sait ce qu’elle veut, où elle va… Et cependant une montagne de glace est déjà en route… A-t-elle été désignée ? A-t-elle reçu un ordre ? Désignée par qui ? Quel est celui qui aurait donné l’ordre ? Nous ne savons pas, nous n’avons pas à savoir…
    « Ce qui est certain, c’est que la montagne de glace et le bateau géant – mais si petit quand même – qui avaient toutes les raisons, toutes les chances de s’éviter… se sont pourtant rejoints, comme s’ils se cherchaient, comme s’il était écrit qu’ils dussent, à ce moment précis du temps, se rencontrer et se heurter.
    « Et le choc eut lieu. À partir de cette minute, c’est l’incompréhension dans les sentiments, les sensations, la confusion de toutes les idées, de tous les états de l’esprit, du cœur, du corps et de l’âme : des prodiges de raison, de sagesse et de folie, l’apothéose du sang-froid et du courage et puis l’extrême de l’abattement et de la lâcheté; de l’héroïque à côté du bestial; de la révolte en face de la résignation du blasphème, des cris, des pleurs des hurlements, du silence, des baisers et de la prière. »  Pages 78 et 81
  • « Comme le souligne Stéphane Lauzanne dans Le Matin du 17 avril, « Le Titanic constituait l’affirmation la plus formidable de la puissance moderne. Il était le paquebot le plus gigantesque qu’on eût vu à flot depuis que le monde existe. Il était muni des derniers raffinements de la science et de la civilisation. » « Pourtant, il a sombré avec ses appartements d’un luxe inouï, avec sa formidable machinerie, avec ses millionnaires, avec sa télégraphie sans fils… » »  Page 81
  • « Pour d’autres, le drame constitue un sévère avertissement. Il ébranle la confiance illimitée accordée au progrès à l’heure où le positivisme et le scientisme conservent une forte audience au mépris du hasard et des forces profondes. Une remise en cause qui inquiète un Jean Jaurès, toujours adepte fervent d’un progrès nécessaire à « l’émancipation de l’humanité ». »  Page 81
  • « Le publiciste William Stead qui disparaîtra dans le naufrage est, lui aussi, assailli de sombres pressentiments. Au cours d’interminables séances de bridge, il ne cesse de dire et de répéter à ses partenaires que le Titanic peut fort bien disparaître. N’est-il pas l’auteur d’un article paru en 1898 dans la Review of Reviews et intitulé « Du vieux monde au nouveau ». Le récit met en scène un des plus beaux paquebots de la White Star de l’époque, le Majestic, qui sombre, lui aussi, après avoir heurté un iceberg. La conclusion de Stead est prémonitoire : « Les océans parcourus par de rapides paquebots sont jonchés des os blanchis de ceux qui ont embarqué comme nous et ne sont jamais arrivés à bon port. »  Page 82
  • « À la manière des vieux contes populaires, le drame du Titanic fait rapidement l’objet de variations ou même d’affabulation. »  Page 82
  • « La commission d’enquête américaine a toujours eu la conviction qu’il s’agissait du cargo Californian et a lourdement dénoncé la passivité de son commandant, le capitaine Lord.
    Celui-ci a trouvé des défenseurs. Il ne se trouvait pas à mois de 10 milles comme l’ont prétendu les Américains, mais à 20 nautiques comme le confirme son livre de navigation. »  Page 100
  • « La légende du Titanic dépasse largement les premières grandes manifestations de deuil. De nouvelles légendes se tissent. Le drame fait l’objet de romans, de films. »  Page 102
  • « La liste est longue. Des bustes, des statues, des bas-reliefs perpétuent le souvenir du chef d’orchestre William Hartley, dont le corps a été retrouvé quelques jours après le naufrage, du capitaine Smith, des époux Strauss, d’Edith Evans qui avait cédé sa place dans une embarcation à une jeune femme attendue chez elle par son enfant, d’Archibald Batt (Butt), l’aide de camp du président Taft et de l’architecte Thomas Andrews. »  Page 102
  • « Le drame sert de thème à plus de 500 chansons, opérettes, comédies musicales comme The Wreck of the Titanic dont le succès sera considérable en Grande-Bretagne et dans les pays du Commonwealth. Le roman s’en mêle. À de limiter à la production française, le meilleur, et de loin est celui d’Édouard Peisson, paru en 1932, Parti de Liverpool.
    Il met en jeu L’Étoile des mers. Là aussi, c’est le directeur de la compagnie, qui, de son lointain bureau londonien, incite le commandant à battre le record de vitesse sur l’Atlantique nord. Le drame du Titanic se renouvelle. Le paquebot heurte un iceberg en pleine nuit. Le choc est, là encore, à peine perceptible. Mais le nouveau géant des mers se casse progressivement en deux.
    L’évacuation se déroule au milieu d’une effroyable panique. La mise à l’eau des canots par une mer très forte tourne au désastre. Plusieurs embarcations sont écrasées le long de la coque. En fermant le livre, on a cependant la surprise de constater que sur plus de 1 000 passagers, on ne compte que 55 victimes dont le commandant et la plupart des officiers.
    L’œuvre littéraire la lus surprenante est peut-être la saga en trente-trois chants de Hans Magnus Enzesberger, Le Naufrage du Titanic, qui repose sur une parfaite connaissance de tous les détails du drame. »  Pages 102 et 104
  • « Avec Jean Negulesco, Hollywood ne peut s’empêcher de tourner en 1953 son propre Titanic. Le désastre ne sert d’arrière-plan qu’à une banale intrigue. Cinq ans plus tard, intervient le cinéma britannique avec A Night to Remember, Atlantique Latitude 41°. Version honnête, à la limite du documentaire, directement inspirée du livre de Walter Lord et qui n’hésite pas à reprendre une partie des scènes d’évacuation du Titanic de 1943. »  Page 107
  • « Ce trésor, ou plutôt ces trésors, concerneraient des lingots d’or, des diamants de la De Beers, une œuvre rare, comme le Rubbayiat d’Omar Khayam, un recueil de contes persans, à la reliure ornée de rubis, ainsi que des valeurs et des bijoux appartenant à des passagers.
    Il ne s’agit là, en fait, que de pures suppositions. La cargaison n’étai assurée que pour 420 000 dollars. Le Rubbayiat n’était qu’une copie. »  Page 108
  • « Lorsqu’on retrouvera le corps de John Astor, on découvrira dans son portefeuille la coquette somme en billets de 2 440 dollars et 225 livres. »  Page 108
  • « À ce musée, est associé une somme de livres, de brochures, de photos, de films et de vidéos. »  Page 111
  • « Il n’en reste pas moins que rien ne justifie l’incroyable indifférence du (capitaine) Lord et de ses officiers. Rien ne justifie non plus les contradictions du capitaine devant les commissions, ni le fait qu’il ait obligé ses officiers de quart à faire un rapport écrit sur tout ce qu’ils avaient vu pendant la nuit ou encore le silence étrange du livre de navigation, où ne figure aucune note entre 1h30 et 4h30. »  Page 122
  • « Demeurent cependant quelques déceptions. Aucune trace de la momie que le colonel Astor aurait achetée au Caire, au cours de son interminable et scandaleux voyage de noces en Égypte. Pas davantage de trace de la copie du Rubbayiat d’Omar Kayyam. »  Page 125
  • « Le drame de 1912 a donné naissance à un roman de Didier Decoin, La femme de chambre du Titanic, à l’origine d’un film de Bigas Luna, sorti en salle en novembre 1997. »  Page 126
  • « Contrairement à certains ouvrages d’anticipation à succès, comme celui de Clive Cussler, Raise te Titanic (« Renflouez le Titanic »), paru en 1976, le géant des mers ne sera pas relevé. »  Page 127
3,5 étoiles, A, R

L’Assassin royal – Premier cycle, tome 06 : La Reine solitaire

L’Assassin royal – Premier cycle, tome 06 : La Reine solitaire de Robin Hobb

Éditions Baam!, 2009, 327 pages

Sixième et dernier tome en français du premier cycle de « L’Assassin royal » écrit par Robin Hobb. Il correspond au dernier tiers de « The Farseer Trilogy, Book 3 : Assassin’s Quest » paru initialement en 1997.

FitzChevalerie poursuit sa route avec son fidèle compagnon Œil-de-nuit et ses quatre amis pour retrouver Vérité. La fatigue, le découragement et la peur d’être rattrapé par le Clan de Royal minent le moral du groupe. Lors de leur difficile périple sur le Voie magique, Fitz découvre par hasard un bien curieux phénomène. Certains piliers noirs gravés d’étranges hiéroglyphes sont parsemé le long de la voie. Ils permettent à un artiseur d’être transporté dans un autre lieu et à une autre époque. Par le biais d’un des poteaux, Fitz se retrouve dans une ville fantomatique où les dragons y sont honorés. Aurait-il trouvé la ville des Anciens ? Lors de l’exploration de cette cité, il trouve des traces laissées par Vérité qui lui permettent d’ébaucher une carte des environs. De retour avec ses amis, ils décident d’utiliser cette carte en espérant aller à la rencontre de Vérité. Parvenu à la limite de la carte, ils se retrouvent dans une clairière peuplé d’étrange statues. Fitz et Œil-de-nuit ressente à l’aide de leur sens du Vif que ce ne sont pas de simples statues. Pourront-elles les aider à trouver Vérité ?

Une finale qui n’en est pas une et qui traîne en longueur. Dans ce dernier tome, le long voyage de Fitz pour retrouver son oncle arrive à terme. Certaines informations sur l’Art, les Anciens et sur certains personnages sont enfin révélés. Lorsque l’auteur dévoile ces informations, elle capte la curiosité du lecteur et permet à l’intrigue de sorti de sa torpeur descriptive. Le lien particulier qui uni Fitz et le loup est l’élément qui permet au lecteur de rester accroche à cette histoire. Seul le loup semble honnête et respectueux dans sa relation avec Fitz. Le point fort de l’auteure est sa grande maîtrise de l’univers qu’elle a créé avec ses multiples niveaux : humain, géopolitique, historique, magique. Elle a su rendre cet univers complexe très réaliste et intriguant comme l’est la vraie vie. Malheureusement, au court des six tomes, l’auteur n’a pas su se défaire ses travers bien au contraire. On retrouve dans ce sixième tome un texte très inégal dans sa mise-en-place des événements : longueur, répétition et manque d’action à certains moments. Le personnage malmené de Fitz est toujours le plus attachant et le mieux réussit. En revanche, il n’a pas foncièrement évolué au cours de son voyage initiatique durant lequel il est utilisé par tous, on a encore l’impression qu’il a 17 ans. Une épopée réussie qui est parti en lion mais qui s’est essoufflé au cours des tomes pas manque de concision de l’auteur. Une bonne finale qui laisse plusieurs ouvertures pour une suite.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 25 novembre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « « Je pensais trouver la situation améliorée à mon retour, mais c’est trop beau pour être vrai, dans un sens. » C’était la voix d’Umbre ; penché sur une table dans une pièce qu’emplissait la pénombre, il étudiait un manuscrit. »  Page 12
  • « Umbre quitta son manuscrit des yeux, l’air mi-amusé, mi-agacé. « Je réfléchis sérieusement et ce n’est pas dans ton lit que je trouverai la réponse que je cherche. »  Page 12
  • « Un manuscrit à la main, un jeune homme souriant descendait rapidement les marches ; je m’écartai pour éviter de le heurter mais, comme il passait près de moi, je ne perçus rien de son essence, puis je me retournai, interdit : il avait les yeux jaune d’ambre. »  Page 16
  • « Alors que je m’y dirigeais, j’entendis des murmures affairés, et soudain les degrés se peuplèrent de personnages à longue robe qui allaient et venaient ; la plupart tenaient à la main des manuscrits ou d’autres documents et leur ton indiquait la discussion d’affaires graves. »  Page 16
  • « Je défonçai une porte qui donnait sur une pièce intérieure, espérant trouver quelque chose de bien conservé, et découvris des murs garnis de casiers en bois dont chacun contenait un manuscrit. Les parchemins semblaient substantiels, de même que les instruments posés sur la table au milieu de la pièce. Mais, au bout de mes doigts tâtonnants, je ne sentis que des fantômes de documents, secs et fragiles comme des cendres. »  Page 24
  • « Tous les contes que j’avais pu entendre décrivaient les dragons comme des vers, des lézards ou des serpents ; mais, en voyant celui-ci surgir du fleuve et déployer ses ailes dégoulinantes, je me pris à songer à un oiseau ; des images de cormorans gracieux s’élevant de la mer après avoir plongé pour attraper un poisson ou de faisans au plumage vivement coloré me vinrent à l’esprit devant l’émersion de la formidable créature rivalisant en taille avec les navires du port, son envergure géante ridiculisant leur voilure. »  Page 26
  • « Une partie de l’épais mystère qui entoure les Anciens provient de ce que les rares représentations que nous avons d’eux se ressemblent très peu entre elles. Cela est vrai non seulement des tapisseries et des manuscrits, qui sont des copies d’ouvrages plus anciens et peuvent donc contenir des erreurs, mais aussi des quelques images qui ont subsisté depuis l’époque du roi Sagesse. Certaines évoquent une similitude avec les dragons des légendes : on y retrouve les ailes, les serres, la peau écailleuse et les vastes proportions, mais d’autres, non ; sur une tapisserie au moins, l’Ancien est montré sous la forme d’un homme, quoique de très grande taille et avec la peau dorée. Les représentations ne sont même pas d’accord sur le nombre de membres que possédait cette race bienveillante : dans certains cas, on lui voit jusqu’à quatre pattes et deux ailes ; dans d’autres, elle n’a pas d’ailes et marche comme les humains. Une théorie a été avancée, selon laquelle la rareté des écrits sur les Anciens proviendrait de ce qu’autrefois le savoir qu’on en avait était considéré comme allant de soi. De même que nul aujourd’hui n’aurait l’idée de rédiger un manuscrit sur les attributs les plus évidents d’un cheval, car cela n’aurait aucun intérêt, personne à l’époque n’aurait songé qu’un jour les Anciens feraient partie de la légende, et cela se tient jusqu’à un certain point. Mais il suffit de jeter un coup d’œil aux textes et aux tapisseries où apparaissent des chevaux sous l’aspect d’animaux qui appartiennent à la vie courante pour s’apercevoir que cette hypothèse est erronée : si les Anciens avaient été si intimement liés à l’existence des humains, leurs représentations auraient dû au contraire abonder. »  Page 29
  • « – Jetons un coup d’œil à la carte que vous avez copiée. » Je sortis le vélin de mon paquetage tandis qu’elle faisait de même de son côté, et nous comparâmes les deux. Il était difficile d’y trouver des similitudes car les échelles étaient différentes ; mais nous finîmes par juger que la zone représentée par la maquette de la cité avait une certaine ressemblance avec la section de route dessinée sur la carte de Kettricken. »  Pages 31 et 32
  • « – Vient le Catalyseur pour changer la chair en pierre et la pierre en chair. Sous son toucher s’éveilleront les dragons de la terre ; la cité endormie tremblera et s’éveillera sous ses pas. Vient le Catalyseur. » La voix du fou était rêveuse. « Les écrits de Damir le Blanc », ajouta Caudron avec révérence. Elle me regarda et une fugitive expression d’agacement envahit ses traits. « Des siècles de textes et de prophéties, et c’est à vous qu’on aboutit ? »  Page 33
  • « Il avait existé d’autres Prophètes blancs, mais lorsque j’ai voulu leur faire comprendre que j’étais celui de cette génération, ils n’ont pas pu l’accepter. Ils m’ont montré des tonnes de documents pour tenter de me convaincre de mon impudence ; mais, moi, plus je lisais, plus ma certitude grandissait. »  Page 68
  • « Nombre d’anciennes « Prophéties blanches » relatent la trahison du Catalyseur ; voici ce que dit Colum le Blanc de cet épisode : « Par son amour il est trahi et son amour est trahi aussi. » Un scribe et prophète moins connu, Gant le Blanc, y ajoute ces détails : « Le cœur du Catalyseur est à nu devant quelqu’un en qui il a une foi absolue. Toute confiance est donnée et toute confiance est trahie. L’enfant du Catalyseur est remis aux mains de ses ennemis par quelqu’un dont l’amour et la fidélité ne sauraient être mis en question. » Les autres prophéties sont plus ambiguës, mais dans tous les cas il est sous-entendu que le Catalyseur est trahi par une personne qui a sa confiance implicite. » 
  • « « Peut-être ai-je appris en écoutant au lieu de poser sans cesse des questions indiscrètes, répliqua-t-elle d’un ton cassant. Et maintenant, buvez-moi ça », ajouta-t-elle comme si elle considérait le chapitre comme clos. »  Page 122
  • « Des légendes courent chez les Montagnards sur une race ancienne, très douée pour la magie et détentrice d’un savoir aujourd’hui perdu à jamais pour les hommes. Ces légendes, par bien des aspects, ressemblent à celles qui parlent des elfes ou des Anciens dans les Six-Duchés ; dans certains cas, elles sont tellement semblables qu’il s’agit manifestement de la même histoire adaptée par des peuples différents. L’exemple le plus frappant est La Chaise volante du fils de la veuve ; chez les Montagnards, ce conte cervien se retrouve sous le titre du Traîneau volant de l’orphelin. Qui peut dire chez qui il a son origine ? »  Page 148
  • « On parle également de cités anciennes, au fin fond des Montagnes, qui auraient été le lieu de résidence de ces êtres. Mais je n’ai trouvé nulle part, ni dans la littérature ni dans la mémoire orale des Montagnards, d’explication sur la disparition de ces créatures. »  Page 148
  • « – Entends-tu seulement ce que tu dis ? m’exclamai-je. Une pierre va s’élever dans le ciel et défendre les Six-Duchés contre les Pirates rouges ! Et les troupes de Royal et les incidents de frontière avec le royaume des Montagnes ? Ce fameux « dragon » va-t-il y mettre un terme aussi ? » La colère m’envahissait peu à peu. « C’est pour ça que nous avons fait tout ce chemin ? Pour un conte à dormir debout auquel même un enfant ne croirait pas ? » »  Page 177
  • « L’aube grisaillait le ciel et je venais de faire le tour du campement quand il déclara : « Il y avait des livres d’Art dont tu ne sais rien, des livres et des parchemins que Galen a enlevés des appartements de Sollicité alors qu’elle se mourait. Le savoir qu’ils renfermaient était réservé aux seuls maîtres d’Art, et certains étaient même fermés par des verrous astucieux. Galen a disposé de nombreuses années pour les ouvrir ; un verrou ne sert pas seulement à maintenir un honnête homme dans le droit chemin, tu sais. Galen a trouvé dans ces textes bien des choses qu’il n’a pas comprises ; mais il existait aussi des parchemins qui contenaient la liste de tous ceux qui avaient été formés à l’Art. Galen a retrouvé ceux qu’il a pu et les a interrogés, et puis il les a éliminés, de peur que d’autres ne leur posent les mêmes questions. Il a découvert bien du savoir dans ces parchemins : comment vivre longtemps et en bonne santé, comment infliger la douleur par l’Art sans même toucher un homme. Mais, dans les manuscrits les plus anciens, il a décelé des indications sur un grand pouvoir qui attendrait un puissant artiseur dans les Montagnes. »  Page 186
  • « – Non, non. » Le fou secoua la tête. « Ça ne s’est pas passé comme ça. Galen n’avait pas révélé à Royal tout ce qu’il avait appris, car alors il n’aurait plus eu la haute main sur son demi-frère. Mais, sois-en assuré, dès la mort de Galen, Royal s’est aussitôt emparé des manuscrits et des livres pour les étudier. »  Pages 186 et 187
  • « « Il devait y avoir bien des choses dans les livres de Sollicité qu’on ne nous a jamais apprises, à Chevalerie et à moi. »  Page 198
  • « Kettricken m’adressa un coup d’œil amusé. « Vous ne croyez toujours pas que le dragon de Vérité volera quand il sera fini ? Moi, si. Mais, évidemment, il ne me reste plus grand-chose en quoi croire. Vraiment plus grand-chose. » Je m’apprêtais à lui répondre que, pour moi, ces histoires de dragons n’étaient que des contes de ménestrels pour les enfants, mais ses derniers mots scellèrent mes lèvres. »  Page 224
  • « « Vous voulez donc que je me serve du Vif et de l’Art pour réveiller les statues de dragons. Mais comment ? » Vérité haussa les épaules. «Je l’ignore. Malgré tout ce que Crécerelle m’a enseigné, il subsiste d’énormes lacunes dans ma connaissance de l’Art. Galen nous a porté un coup majeur en volant les livres de Sollicité et en interrompant notre formation, à Chevalerie et à moi, et je ne cesse de songer à cet épisode ; tramait-il déjà de donner le trône à son demi-frère, ou bien était-il simplement avide de pouvoir ? Nous n’en saurons jamais rien. » »  Page 227
  • « Depuis la tête reptilienne en forme de coin jusqu’à la queue barbelée, c’était le dragon typique des légendes ; admiratif, je caressai ses écailles luisantes et je sentis le Vif ondoyer paresseusement en lui comme un ruban de fumée ; par un pur effort de volonté, je me forçai à croire qu’il y avait de la vie en lui. »  Page 231
  • « Rien n’empêchait Guillot de former de nouveaux élèves : il avait en sa possession tous les livres et manuscrits de Sollicité ; et si l’aptitude à l’Art n’avait rien de commun, elle n’était pas non plus extrêmement rare. »  Page 233
  • « Il faut dire qu’à la lueur du feu mon roi avait l’air d’un démon sorti tout droit d’un conte d’épouvante, le visage éclaboussé de mouchetures miroitantes, les mains et les avant-bras brillants comme s’ils étaient faits d’argent poli ; avec son visage décharné, ses vêtements en lambeaux et ses yeux d’une noirceur absolue, il aurait terrifié n’importe qui, et je dois reconnaître au crédit du soldat de Royal qu’il ne faiblit pas : il bloqua le premier assaut du roi et le détourna – du moins le crut-il. »  Page 238
  • « Je restai un moment près de lui, immobile, mais il ne daigna même pas s’apercevoir de ma présence et continua son ouvrage sans cesser de fredonner de vieilles comptines et des chansons à boire. »  Pages 246 et 247
  • « « Fou, c’est toi qui dois les guider, sur la femme au dragon. Mène-les jusqu’en Cerf, auprès de Vérité ; ils t’écouteront car tu es de la même meute que nous Ŕ, cela, ils le comprennent.
    – Fitz, c’est impossible. Je ne suis pas fait pour ces massacres ! Je ne suis pas venu voir disparaître des vies ! Je ne l’ai jamais vu dans mes rêves, je n’en ai jamais entendu parler dans un manuscrit. J’ai peur de conduire le temps dans une mauvaise direction. »  Page 303
  • « Au seigneur Umbre, conseiller de la reine, Royal remit tous les manuscrits et grimoires de la maîtresse d’Art Sollicité, en l’implorant de les bien garder car ils renfermaient un savoir qui pouvait servir au mal entre de mauvaises mains. »  Page 319
  • « Les Outrîliens avaient des érudits et des sages, malgré la réputation de barbarie que leur prêtaient les Six-Duchés, et ils étudièrent toutes les mentions de dragons qu’ils purent trouver dans les manuscrits anciens. Bien qu’il soit sans doute difficile d’en apporter la preuve absolue, il ne me paraît pas impossible que certaines copies de manuscrits réunies par les maîtres d’Art de Cerf aient été vendues, avant la menace des Pirates rouges sur nos côtes, à des marchands outrîliens qui payèrent grassement pour ces articles. »  Page 320
  • « Il n’est pas nécessaire de tout dire et tout n’est pas bon à dire. Je prends mon manuscrit et me dirige à pas lents vers l’âtre. J’ai les jambes raides d’être resté assis. Il fait froid et humide, aujourd’hui ; le brouillard venu de l’océan s’est infiltré dans toutes mes vieilles blessures et les a réveillées. C’est toujours celle de la flèche la plus douloureuse. Quand le froid resserre cette cicatrice, j’en sens le tiraillement dans tout le corps. Je jette le vélin sur les charbons ; pour ce faire, je dois enjamber Œil-de-Nuit. »  Page 321
  • « Mais avant que j’aie le temps de l’appeler, mon jeune aide se présente dans la pièce. Il fronce le nez en sentant l’odeur du manuscrit en train de se consumer et me lance un regard mordant. »  Page 322
  • « Parfois, lorsqu’Astérie me fait une visite, elle m’apporte de curieux manuscrits anciens, ainsi que des graines et des racines de plantes singulières ; en d’autres occasions, elle me remet du papier fin et du vélin blanc. »  Page 324
  • « Quand elle se rend chez moi, Astérie me réprimande en affirmant que je suis encore jeune. Que sont devenues, me demande-t-elle avec insistance, mes déclarations selon lesquelles j’aurais un jour une existence à moi ? Je lui réponds que je l’ai trouvée ici, dans ma chaumière, avec mes manuscrits, mon loup et mon garçon. »  Page 325
  • « Mon garçon a appris ce que signifiait ce regard chez moi, et il mesure soigneusement l’écorce elfique pour engourdir ma douleur ; il y ajoute du carryme pour m’aider à dormir, et du gingembre pour masquer l’amertume de l’écorce ; puis il m’apporte du papier, une plume et de l’encre, et me laisse écrire. Il sait qu’au matin il me trouvera la tête sur le bureau, endormi parmi mes manuscrits, Œil-de-Nuit couché à mes pieds. »  Page 326