3,5 étoiles, A, F

La famille Waverley, tome 1 : Amours et autres enchantements

La famille Waverley, tome 1 : Amours et autres enchantements de Sarah Addison Allen.

Éditions Pocket, publié en 2013, 308 pages

Premier tome de la série de romans « La famille Waverley » de Sarah Addison Allen paru initialement en 2007 sous le titre « Garden Spells ».

Dans la petite ville de Bascom, en Caroline du Nord, tout le monde connaît la famille Waverley. Les membres de cette famille ont toujours été considérés comme des parias et ce depuis plusieurs générations. De nombreuses légendes circulent sur cette famille, elles font allusion à des faits étranges, à de la magie ainsi qu’à un pommier qui prédirait l’avenir. Mais de cette famille, il ne reste que trois femmes : Evanelle, Claire et Sydney. Claire et Evanelle sont restée à Bascom mais Sydney, la soeur cadette de Claire, a préféré fuir la ville et la demeure familiale il y de ça dix ans. Claire assume sa part de magie à travers différents plats qu’elle concocte en tant que traiteur. Avec les années et les abandons dont elle a été victime, elle s’est forgée une carapace et a décidé de ne plus s’attacher à rien ni à personne pour ne plus souffrir. Mais le retour de sa sœur avec sa petite fille chamboulera sa vie bien rangée et solitaire. Acceptera-t-elle de laisser entrer dans sa vie cette famille sur laquelle elle avait tiré un trait ?

Un roman émouvant avec une petite touche de magie. Une histoire simple et agréable qui traite des relations fraternelles, de la perception des gens et de l’amour. L’atmosphère créée par l’auteur est très réussie, elle nous transporte dans le quotidien de ces deux sœurs blessées et dans un monde doux et agréable. Le fait d’introduire une petite touche de magie comme les fleurs ayant des vertus spéciales, nous emmène gentiment à la limite du possible. Les personnages sont tous attachants malgré leurs caractères, leurs désirs et leurs problèmes. Une mention spéciale pour celui d’Evanelle qui est adorable, cette vieille dame qui offre des objets insolites aux gens en anticipant leur besoin. Malheureusement, la fin de certaines histoires sont un peu faciles ou précipitées. C’est un roman idéal pour se vider l’esprit et découvrir un monde où tous les problèmes se résolvent invariablement.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 9 mai 2015

La littérature dans ce roman :

  • « Sydney quitta Bay, mais au lieu de redescendre pour aller chercher les sacs et les caisses dans la voiture, elle se dirigea vers son ancienne chambre. Quand elle était enfant, elle aimait y rester des après-midis entiers, s’imaginant parfois qu’elle était prisonnière d’une méchante sœur, comme dans un conte de fées. »  Pages 56 et 57
  • « Il s’appuya d’une main sur le véhicule, près de son épaule. Elle pourrait partir bien sûr., Filer et lui tourner le dos encore une fois. Mais il baissa la tête et elle put apercevoir le minuscule réseau de rides autour de ses yeux. On aurait dit aussi qu’il avait eu l’oreille percée autrefois. Tout cela racontait des histoires sur lui, des contes, et Claire écoutait, bercée par cette mélopée. »  Page 183
  • « Pour Fred, ces trente années étaient passées aussi rapidement qu’un livre que l’on feuillette, sauf que la fin était différente de ce qu’il avait imaginé. Il regrettait de ne pas avoir prêté davantage attention à l’histoire.
    Et à celui qui la racontait. »  Page 217
    « Les yeux de Sydney se portèrent immédiatement là où Claire semblait passer le plus de temps : la confortable banquette sous la fenêtre. Une pile de livres se trouvait sur le sol juste à côté. »  Page 240
  • « Elle lâcha soudain ses sacs en voyant Hunter John, assis dans le canapé, qui feuilletait un gros livre posé sur la table basse. »  Page 167
  • « Discuter. Parler. Rompre. Non. Elle tendit la main vers son livre pour le distraire.
    – Qu’est-ce que tu regardes ?
    – Notre album de l’année de terminale, dit-il, et le cœur d’Emma se serra. »  Page 268
  • « Abandonnant sacs et paquets, elle alla s’asseoir à côté de lui gentiment, doucement, de peur qu’il ne s’enfuie si elle allait trop vite. Le livre était ouvert à une double page de clichés instantanés. Sydney, Emme et Hunter John figuraient presque sur toutes. »  Page 268
  • « – Non ! coupa-t-il avec rudesse en la lâchant. Non. Ne recommence pas. Qu’ai-je bien pu faire pour que tu croies qu’je regrettais de t’avoir choisie ? J’ai passé des jours à essayer de deviner comment j’aurais pu empêcher cela d’arriver, mais tu sais ce que j’ai compris ? Il ne s’agit pas d’une histoire entre toi et moi. Mais entre toi et Sydney. Je soupçonne aussi que ta mère a un rôle là-dedans. Je t’aime, je n’aime pas Sydney. Je veux passer ma vie avec toi, pas avec elle. Nous ne sommes plus les mêmes personnes, conclut-il en refermant l’album du lycée, le livre des rêves enfantins de célébrité et de voyage sac au dos à travers la France. En tout cas, moi, je ne suis plus la même personne. »  Pages 270 et 271
2,5 étoiles, A

Une autre vie

Une autre vie de Danielle Steel

Éditions Le Livre de Poche, publié en 1990, 509 pages

Roman d’amour de Danielle Steel paru initialement en 1983 sous le titre « Changes ».

Mélanie a une vie bien remplie. Elle est présentatrice de nouvelles à la télé newyorkaise et mère monoparentale de jumelle. Dans le cadre de son travail, elle se rend à Los Angeles pour faire un reportage sur une jeune fille qui a besoin d’une transplantation cardiaque. Sur place, elle est mise en contact avec Peter, le renommé chirurgien cardiaque qui doit faire l’opération. Mélanie est très impressionnée par le travail de Peter et par son côté humain dans ses relations avec ses patients. Elle constate que lui aussi a une vie bien remplie, en plus de son travail, il est veuf et père de 3 enfants. Tranquillement une liaison s’installe entre les deux. Mais, une relation durable est-elle possible avec les milliers de kilomètres qui les séparent, leurs enfants et leur carrière respective ?

Un roman d’amour classique où sans grande surprise une femme s’expatrie pour l’amour d’un homme. La trame de l’histoire est assez convenue pour ce type de roman. Il s’agit d’une relation compliquée entre une femme autonome et un homme attirant qui évolue dans un autre milieu qu’elle. Les remises en question de l’héroïne sur ses sentiments, son futur, ses enfants, sa carrière sont au premier plan. De plus, l’auteur a alourdi la fin avec une pseudo attaque contre celle-ci qui manque totalement de crédibilité. Le personnage de Mélanie est aussi convenu, elle est belle, intelligente, indépendante et elle est une femme rendue forte par les événements. Au final, une romance qui ressemble étrangement à toutes les autres et qui est divertissante sans plus.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 4 décembre 2014

La littérature dans ce roman :

  • « Il fallait hurler par-dessus le vacarme. À l’intérieur de la chambre, une grande fille aux cheveux roux, allongée sur son lit, se retourna. Des livres de classe étaient répandus tout autour d’elle. Elle tenait le récepteur du téléphone collé à son oreille. »  Page 33
  • « Le Bistrot Gardens était un restaurant luxueux dans le style arts déco. Une végétation exubérante bordait l’allée conduisant à un patio. Une activité débordante régnait et, à toutes les tables, Mélanie aperçut des figures connues, des stars de cinéma, une vieille fofolle de la télévision, un écrivain célèbre qui accumulait best-seller après best-seller. »  Page 71
  • « – Comme d’habitude à Martha’s Vineyard, une petite île en face de Newport.
    – Je la connais de réputation. Est-elle aussi agréable qu’on le prétend?
    – On a l’impression de retomber en enfance ou de jouer à Robinson Crusoé. Vous restez pieds nus et en short toute la journée, les enfants grenouillent sur la plage et les maisons ressemblent aux demeures vieillottes de nos grand-mère. »  Page 76
  • « Le cabinet était tapissé de livres médicaux sur deux murs et recouvert de boiseries d’une chaude teinte rosée sur les autres. »  Page 84
  • « – Oui, je me repose toujours lorsque je reviens chez moi et que je retrouve mes enfants.
    Mélanie ne peut s’empêcher de rire à cette remarque.
    – Comment pouvez-vous me dire une chose pareille ! Pour moi, c’est tout le contraire. Après une journée exténuante de huit heures, je me traîne chez moi et je tombe sur Val qui doit absolument me raconter comment elle se trouve écartelée entre deux garçons, et Jess qui veut me faire lire une thèse de cinquante pages sur un sujet scientifique. »  Page 90
  • « Venait ensuite une superbe bibliothèque dont la teinte dominante était le vert foncé. Cette pièce relevait évidemment du domaine de Peter. Des centaines de livres en tapissaient les murs, et certains d’entre eux s’empilaient sur le bureau. »  Page 101
  • « Quelques minutes plus tard Matthew déboula dans la pièce avec deux livres qu’il donna à Mel pour qu’elle les lise à haute voix. »  Page 157
  • « Ce n’était pas la jalousie mais la crainte qui agitait Jess. Pourtant, elle avait elle aussi ses amourettes, comme le lui rappela discrètement sa mère après que Val fut sortie de la pièce pour aller chercher ses livres de classe. »  Page 171
  • « – Ah… mais attendez un peu avec Matt! s’exclama-t-elle gaiement. Ce sera un don Juan redoutable. »  Page 176
  • « – C’est exact. Lorsque je serai bien vieille et toute ridée qu’il faudra que je prenne ma retraite, je me demande bien ce que je ferai de moi.
    – Je suis sûr que vous trouverez à vous occuper.
    – Ouais… je ferai peut-être de la chirurgie du cerveau.
    Tous deux se mirent à rire. Mélanie s’assit, ses velléités d’achats chez Bloomingdale complètement évanouies.
    – Ou bien j’écrirai un livre.
    – Sur quel sujet ?
    – Mes Mémoires, dit-elle pour le taquiner.
    – Non, vraiment ?
    Elle n’avait pas souvent l’occasion de confier ses rêves à quelqu’un, mais avec Peter c’était facile.
    – Je ne sais pas très bien, mais je crois que j’aimerais écrire un livre sur la profession de journaliste pour une femme. Les débuts sont terriblement difficiles, ensuite les difficultés s’aplanissent. Mais ce travail est à la fois enthousiasmant et exaspérant. Moi, j’ai beaucoup aimé d’avoir à me débrouiller par mes propres moyens pour arriver, et j’aurais beaucoup à dire sur mes débuts à la télévision. Parce que l’important n’est pas que l’on choisisse une branche comme la mienne ou une autre, ce qu’il faut savoir, c’est que le terrain est glissant, surtout lorsqu’on arrive au sommet. Je sais de quoi je parle… Oui, j’ai envie de raconter ce qui arrive dès qu’on met un pied dans le journalisme.
    – Je sens que vous écrirez un best-seller.
    – Je ne crois pas, mais j’aimerais essayer.
    – J’ai toujours voulu expliquer dans un livre en quoi consiste la chirurgie du cœur, et ce à l’intention des profanes. Ils devraient connaître les grandes lignes de l’intervention et les risques qu’ils courent, mais aussi savoir ce qu’il faut demander au chirurgien, et les dangers que présente chaque cas spécifique. Je ne sais pas si ce sujet peut intéresser grand monde. Mais trop de malades sont totalement ignorants dans ce domaine et se noient dans les explications de leurs médecins.
    – Je crois que vous tenez là un excellent sujet.
    L’intérêt d’un ouvrage tel que celui-là était évident, et elle se demanda comment Peter s’en tirerait.
    – Nous devrions filer tous deux dans le Pacifique Sud et rédiger nos livres, dit-il, lorsque les enfants auront grandi. »  Pages 191 et 192
  • « Ses vacances devaient s’écouler paisiblement avec ses filles, et c’était tout. Mais à condition qu’elles se décident à arriver dans le hall, se dit-elle en piétinant devant la porte d’entrée. Enfin, les jumelles dévalèrent l’escalier, les bras chargés d’affaires inutiles, de livres et de paquets. »  Page 253
  • « L’énorme petit déjeuner arrivait.
    – Grands dieux, Mark, qu’est-ce que c’est que ce repas pantagruélique? »  Page 299
  • « Elle resta collée à son hublot pendant la moitié du voyage, puis elle se plongea dans un livre jusqu’à l’arrivée du plateau du déjeuner. »  Page 302
  • « Ses amis au studio avaient voulu lui offrir un verre d’adieu, mais elle avait refusé. Elle n’aurait pu le supporter. Ses nerfs étaient encore à vif. Elle promit de revenir un jour et de présenter Peter à tout le monde. Pour tous ses amis, c’était un peu comme un conte de fées qui lui arrivait. Elle était allée interviewer le beau chirurgien, et ils étaient tombés amoureux l’un de l’autre. Mais quel déchirement de les quitter tous, de vendre la maison, d’abandonner New York… »  Page 364
  • « L’opération avait été remarquablement effectuée, et la vie de Val ainsi que celle de ses futurs enfants avaient été préservées. Celle de Mark peut-être aussi. Cet accident allait-il interrompre le roman d’amour entre les deux jeunes gens, ou au contraire les rapprocher encore plus ? »  Pages 429 et 430
  • « Mel remarqua qu’au premier dîner qui les réunit tous, Val se comportait avec Mark plutôt comme une sœur et qu’il acceptait sans problème ce comportement. Leurs relations s’étaient modifiées, et d’une façon satisfaisante. Peter le remarqua également et en fit part à sa femme le soir même.
    – En effet, dit-elle, et je crois que leur roman est terminé. »  Page 436
  • « Pour une fois tout allait bien pour tout le monde. Avec un sourire heureux, elle déclara à son mari :
    – Enfin « à l’Ouest rien de nouveau ».
    Elle lui donna le détail de cette information, et il en parut satisfait. »  Pages 441 et 442
  • « – Allô ?
    Elle devina qu’il n’était pas encore couché. Le temps d’un battement de cœur, elle ne put prononcer le moindre son. Puis elle émit un petit grognement à peine audible.
    – Mel ?
    – Non, c’est Blanche-Neige…! Oui… c’est moi. »  Pages 476 et 477
3,5 étoiles, A

Arsène Lupin contre Herlock Sholmès

 Arsène Lupin contre Herlock Sholmès de Maurice Leblanc.

Éditions Bibliothèque Électronique du Québec, publié en 2007, 357 pages

Deuxième tome de la série Arsène Lupin de Maurice Leblanc paru initialement en 1908 et comprenant deux histoires « La dame blonde » et « La lampe juive ».

 

Arsène Lupin contre Herlock Sholmès

Dans « La dame blonde » M. Gerbois achète un secrétaire pour sa fille Suzanne. Un inconnu lui offre de lui racheter mais il refuse. Peu de temps après, le secrétaire est volé au grand désespoir de M. Gerbois car il y avait rangé son billet de loterie gagnant. Une proposition est faite par Lupin à M. Gerbois pour partager le montant de la loterie en deux. Peu de temps après, le baron d’Hautrec est assassiné et son précieux diamant bleu est volé. La police piétine dans les 2 cas. Les victimes décident d’appeler le plus grand détective anglais, Herlock Sholmès pour résoudre les 2 enquêtes. Dans « La lampe juive », Herlock Sholmès reçoit deux lettres, une lettre du baron d’Imblevalle lui demandant son aide pour retrouver une lampe qu’on lui a volé et une d’Arsène Lupin lui demandant de ne pas accepter l’affaire proposée par le baron. Sholmès n’en tient aucun compte de la lettre de Lupin et se rend à Paris avec Wilson. M. d’Imblevalle est heureux que Sholmès accepte et l’informe qu’à l’intérieur de la lampe était caché un bijou de très grande valeur.

Ce roman policier met en vedette le plus célèbre cambrioleur français et le meilleur détective britannique, rien de moins. Les affrontements entre ces deux personnages donnent des duels épiques. Par contre, les intrigues manquent de profondeur et quelques fois de vraisemblance comme si l’auteur était tombé dans la facilité. Ces deux textes nous transportent littéralement dans la France du début du vingtième siècle et dépeint un tableau de la société de l’époque. Les personnages bien que caricaturaux sont bien rendus et intéressants. Celui d’Arsène Lupin est très (trop) intelligent, habile à se déguiser et capable de se sortir de tous les impasses. Ceux de Herlock Sholmès et de Wilson sont quant à eux plus des parodies que des caricatures du célèbre Sherlock Holmes et de Watson. Le point fort des textes est l’humour qu’ils contiennent bref une lecture d’été qui passe bien.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 27 septembre 2014

La littérature dans ce roman :

  • « À l’entrée du boulevard Malesherbes, l’automobile était arrêtée, en panne, et M. Gerbois en descendait. »  Page 34
  • « – Et le second client, demanda Folenfant, quelle adresse a-t-il donnée ? – Aucune adresse… « Boulevard Malesherbes… »  Page 34
  • « Mais il ne voulait pas se l’avouer. Non, mille fois non, un homme et une femme ne s’évanouissent pas ainsi que les mauvais génies des contes d’enfants. »  Page 53
  • « Ganimard n’est pas un de ces policiers de grande envergure dont les procédés font école et dont le nom restera dans les annales judiciaires. Il lui manque ces éclairs de génie qui illuminent les Dupin, les Lecoq et les Sherlock Holmes. »  Pages 63 et 64
  • « – Et puis… il y a autre chose… je crois bien que le couteau… celui que je n’ai pas revu la seconde fois… lui appartenait… Elle s’en servait pour couper les pages des livres. »  Pages 66 et 67
  • « – Il est un homme, un seul après vous, selon moi, qui serait capable de combattre Lupin et de le réduire à merci. Monsieur Ganimard, vous serait-il désagréable que nous sollicitions l’aide d’Herlock Sholmès ? »  Page 92
  • « – Vous avez raison, madame, prononça l’inspecteur avec une loyauté qui n’était pas sans quelque mérite, vous avez raison ; le vieux Ganimard n’est pas de force à lutter contre Arsène Lupin. Herlock Sholmès y réussira-t-il ? Je le souhaite, car j’ai pour lui la plus grande admiration… Cependant… il est peu probable…
    – Il est peu probable qu’il aboutisse ?
    – C’est mon avis. Je considère qu’un duel entre Herlock Sholmès et Arsène Lupin est une chose réglée d’avance. L’Anglais sera battu.
    – En tout cas, peut-il compter sur vous ?
    – Entièrement, madame. Mon concours lui est assuré sans réserves.
    – Vous connaissez son adresse ?
    – Oui, Parker street, 219. Le soir même, M. et Mme de Crozon se désistaient de leur plainte contre le consul Bleichen, et une lettre collective était adressée à Herlock Sholmès. »  Page 93
  • « – Herlock Sholmès a dû traverser la Manche cet après-midi et arriver vers six heures. »  Page 97
  • « – Sholmès ? Oh ! j’avoue que celui-ci est de taille. Mais c’est justement ce qui me passionne et ce pour quoi vous me voyez de si joyeuse humeur. D’abord, question d’amour-propre : on juge que ce n’est pas de trop du célèbre Anglais pour avoir raison de moi. Ensuite, pensez au plaisir que doit éprouver un lutteur de ma sorte à l’idée d’un duel avec Herlock Sholmès. Enfin ! je vais être obligé de m’employer à fond ! car, je le connais, le bonhomme, il ne reculera pas d’une semelle. »  Pages 98 et 99
  • « – Arsène Lupin contre Herlock Sholmès… La France contre l’Angleterre… Enfin, Trafalgar sera vengé !… Ah ! le malheureux… il ne se doute pas que je suis préparé… et un Lupin averti… »  Page 99
  • « – Celui-là… pour des raisons personnelles, je préfère… dehors je vous expliquerai..
    – Mais qui est-ce donc ?
    – Herlock Sholmès. »  Page 100
  • « Herlock Sholmès est un homme… comme on en rencontre tous les jours. Âgé d’une cinquantaine d’années, il ressemble à un brave bourgeois qui aurait passé sa vie, devant un bureau, à tenir des livres de comptabilité. »  Page 104
  • « Et puis, c’est Herlock Sholmès, c’est-à-dire une sorte de phénomène d’intuition, d’observation, de clairvoyance et d’ingéniosité. On croirait que la nature s’est amusée à prendre les deux types de policier les plus extraordinaires que l’imagination ait produits, le Dupin d’Edgar Poe, et le Lecoq de Gaboriau, pour en construire un à sa manière, plus extraordinaire encore et plus irréel. Et l’on se demande vraiment, quand on entend le récit de ces exploits qui l’ont rendu célèbre dans l’univers entier, on se demande si lui-même, ce Herlock Sholmès, n’est pas un personnage légendaire, un héros sorti vivant du cerveau d’un grand romancier, d’un Conan Doyle, par exemple. »  Page 104
  • « – Bah ! fit Herlock Sholmès, en froissant le journal, des gamineries ! C’est le seul reproche que j’adresse à Lupin… un peu trop d’enfantillages… La galerie compte trop pour lui… Il y a du gavroche dans cet homme ! »  Page 133
  • « – Destange… Lucien Destange… ce nom ne m’est pas inconnu.
    Ayant aperçu un cabinet de lecture, il consulta un dictionnaire de biographie moderne et copia la note consacrée à Lucien Destange, né en 1840, Grand-Prix de Rome, officier de la Légion d’honneur, auteur d’ouvrages très appréciés sur l’architecture… etc. »  Page 144
  • « Le domestique toisa l’individu auquel il venait d’ouvrir la porte de l’hôtel – le magnifique hôtel qui fait le coin de la place Malesherbes et de la rue Montchanin – et à l’aspect de ce petit homme à cheveux gris, mal rasé, et dont la longue redingote noire, d’une propreté douteuse, se conformait aux bizarreries d’un corps que la nature avait singulièrement disgracié, il répondit avec le dédain qui convenait :
    – M. Destange est ici, ou n’y est pas. Ça dépend. Monsieur a sa carte ? »  Page 148
  • « Il fut donc introduit dans une immense pièce en rotonde qui occupe une des ailes de l’hôtel et dont les murs étaient recouverts de livres, et l’architecte lui dit :
    – Vous êtes monsieur Stickmann ?
     – Oui, monsieur.
    – Mon secrétaire m’annonce qu’il est malade et vous envoie pour continuer le catalogue général des livres qu’il a commencé sous ma direction, et plus spécialement le catalogue des livres allemands. Vous avez l’habitude de ces sortes de travaux ? »  Pages 148 et149
  • « Comme renseignement il savait ceci : M. Destange, de santé médiocre et désireux de repos, s’était retiré des affaires et vivait parmi les collections de livres qu’il a réunies sur l’architecture. Nul plaisir ne l’intéressait, hors le spectacle et le maniement des vieux tomes poudreux.
    Quant à sa fille Clotilde, elle passait pour originale. Toujours enfermée, comme son père, mais dans une autre partie de l’hôtel, elle ne sortait jamais.
    « Tout cela, se disait-il, en inscrivant sur un registre des titres de livres que M. Destange lui dictait, tout cela n’est pas encore décisif, mais quel pas en avant ! Il est possible que je ne découvre point la solution d’un de ces problèmes passionnants : M. Destange est-il l’associé d’Arsène Lupin ? »  Pages 149 et 150
  • « À deux heures, il aperçut pour la première fois Clotilde Destange qui venait chercher un livre dans la bibliothèque. »  Page 151
  • « Très calmement, elle tourna le bouton de l’électricité et livra passage à son père. Ils s’assirent l’un près de l’autre. Elle prit un volume qu’elle avait apporté et se mit à lire. »  Page 152
  • « Dehors, Sholmès s’assura qu’il n’y avait ni automobile, ni fiacre en station, et s’éloigna en boitillant par le boulevard Malesherbes. »  Page 155
  • « Une heure plus tard, l’Anglais fit fonctionner le ressort de sa lanterne et se dirigea vers l’armoire.
    Comme il le savait, elle contenait les anciens papiers de l’architecte, dossiers, devis, livres de comptabilité. »  Page 183
  • « – Voici justement un livre que Mlle Destange m’a prié de lui apporter dès que je mettrais la main dessus. »  Page 186
  • « Dans la rotonde, par la baie grande ouverte, on apercevait M. Destange qui maniait ses livres avec des gestes mesurés. »  Page 189
3 étoiles, A

Axiomatique

Axiomatique de Greg Egan.

Éditions Le Livre de Poche (Science-fiction), publié en 2006, 394 pages

Recueil de nouvelles de Greg Egan paru initialement en 1995 sous le titre « Axiomatic ».

Recueil de 18 nouvelles de science-fiction du genre « hard science-fiction » donc l’aspect scientifique est mis en avant plan. Plusieurs thèmes sont abordés dans cette sélection de textes tel des drogues qui brouillent la réalité, des animaux génétiquement améliorés, l’élaboration de chimères, des personnes qui accueillent dans leur ventre le cerveau d’une autre personne le temps de reconstruire leur corps, l’invention de virus sélectifs et des implants cérébraux altérant la personnalité…

Cette lecture, c’est dix-huit pistes de réflexions sur la nature humaine et sur l’utilisation de la technologie. Comme la majorité des recueils de nouvelles, la qualité des textes est inégale et certaines histoires sont plus intéressantes que d’autres. Le point fort de ce recueil c’est la crédibilité des textes, car ils sont basés sur des préoccupations actuelles. Le niveau de complexité scientifique est très variable d’une histoire à l’autre. Certaines nouvelles sont donc plus difficiles d’accès pour les novices de la hard science-fiction ou pour ceux qui n’ont pas une formation en science. Par contre, il ne faut pas se laisser décourager par la lecture de la première nouvelle « L’Assassin infini » car elle est la plus difficile d’accès. Malheureusement, les textes manquent de profondeur au niveau émotif des personnages, ce que fait que le lecteur est moins investi dans l’univers proposé. Il faut faire une mention spéciale au texte « Le coffre-fort » qui est l’histoire la plus surprenante et la plus accrocheuse du recueil. Un bon moment de lecture de science-fiction.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 28 août 2014

La littérature dans ce roman :

  • « Les rêves au S ne sont ni surréalistes ni euphoriques. Ils ne ressemblent pas non plus à des voyages en simulateur : des fantaisies vides, des contes de fées absurdes pleins de richesses illimitées et d’indescriptible béatitude. »  Page 9
  • « L’Académie Nobel, plutôt conservatrice, avait fait preuve d’une rare audace en lui attribuant le Prix Nobel de la Paix avec trois ans d’avance sur les efforts qui le lui vaudraient. Je ne me rappelais pas bien les détails, et appelai donc à l’écran le Livre de l’année. Les troupes seraient reparties le 3 août, avec des pertes peu importantes. Dûment réconforté, je repris le cours de ma vie. »  Page 42
  • « De sorte que quand Pria m’annonça solennellement qu’une guerre à grande échelle avait éclaté au Cachemire et que les gens étaient massacrés par milliers, je lui répondis : « C’est ça. Et Maura a eu le Nobel en récompense d’un génocide. »
    Il haussa les épaules. « As-tu déjà entendu parler de Henry Kissinger ? » Je dus admettre que non. »  Page 42
  • « Cook leur avait assuré qu’ils n’avaient pas à s’inquiéter de l’éducation du jeune génie. Il pouvait organiser une inscription prioritaire dans la meilleure université pour bébés de Californie où, parmi les prodiges MGD Nobel & Nobel, Eugène pourrait faire de la gymnastique d’éveil pour premier âge, au son de Kant sur un air de Beethoven, et apprendre la Théorie du Champ Unifié de façon subliminale pendant ses siestes de l’après-midi. »  Page 62
  • « Il entra dans le Livre des Records pour avoir implanté et accouché les premiers quintuplés fivettes de troisième génération. Mais son projet de super-bébé, ainsi que ceux d’autres eugénistes dans le monde, semblait maudit : les mécènes se retiraient sans raison apparente, les appareils ne fonctionnaient pas, les laboratoires prenaient feu. »  Page 65
  • « L’étage était sens dessus dessous. Des vêtements éparpillés dans la chambre. Des livres, des CD, des papiers, des tiroirs retournés, étalés sur le sol du bureau.  Des textes médicaux. Dans un coin, des piles de CD périodiques se détachaient du fouillis par leurs pochettes toutes semblables : The New England Journal of Medicine, Nature, Clinical Biochemistry et Laboratory Embryology. »  Page 67
  • « L’odeur m’a pris à la gorge, mais c’est sa force, sa concentration qui m’a accablé car, en elle-même, elle n’était pas particulièrement fétide. À l’étage, en voyant les livres de médecine, j’avais pensé à des cobayes, des rats et des souris, mais ce n’était pas une puanteur de rongeurs en cage qui pénétrait mes narines. »  Page 68
  • « Ils ont diffusé les spéculations de Muriel Beatty Ŕ toujours à partir de mes enregistrements. Avant de passer la parole à un duo d’experts grand public qui ont débattu sur les points de détail du processus de chimérisation, pendant qu’un journaliste faisait de son mieux pour glisser des références douteuses à tout et à n’importe quoi, de la mythologie grecque à L’île du docteur Moreau. »  Page 75
  • « Par curiosité, j’ai visionné certains des appels. Les premiers ne m’en ont pas appris beaucoup plus que le résumé. Puis un homme a présenté un livre ouvert à l’objectif de la caméra. La lueur d’une ampoule électrique, reflétée par le papier glacé, en rendait certaines parties presque invisibles. Le tout était un peu flou, mais ce que je parvenais à distinguer m’a intrigué.
    Un léopard à tête de femme était accroupi près du bord d’une surface plane et surélevée. Un jeune homme mince, nu jusqu’à la taille, était debout à ses côtés. Il se tenait appuyé contre la surface, joue contre joue avec la chimère Ŕ elle pressait une patte avant contre l’abdomen de l’homme, en un geste d’embrassade maladroit. Lui regardait droit devant, impassible, la bouche figée dans une expression compassée qui lui donnait un air de détachement un peu efféminé. Ses yeux à elle étaient presque fermés et plus je la fixais, moins son expression me paraissait facile à définir : peut-être était-ce un contentement placide et rêveur, peut-être était-ce une extase érotique. Les deux personnages avaient des cheveux auburn. »  Pages 79 et 80
  • « J’ai aussitôt appelé une Britannica en ligne et ai prononcé « Lindhquistisme ».
    Andréas Lindhquist, 1961-2030, était un artiste suisse, spécialisé dans les « performances » en public. »  Pages 80 et 81
  • « J’ai tout d’abord été stupéfait de n’avoir jamais entendu parler de ce dingue, ne serait-ce qu’une fois. À elle seule, son extravagance avait dû lui valoir une certaine notoriété. Mais il y a des millions d’excentriques dans le monde et des milliers d’entre eux sont des gens très riches. De plus, je n’avais que cinq ans en 2030 à la mort de Lindhquist d’une crise cardiaque. Il laissa sa fortune à son fils alors âgé de neuf ans. Quant à ses disciples, Britannica en signalait une douzaine, dispersés dans toute l’Europe de l’Est Ŕ c’est là qu’il semblait avoir suscité le plus de respect. Tous paraissaient avoir complètement abandonné ses pires excès. Ils se contentaient de rédiger des volumes entiers de théories esthétiques justifiant l’utilisation de contreplaqué peint et de mimes portant des masques stylisés. En fait, la plupart se limitaient à proposer les bouquins, sans s’encombrer eux-mêmes de tout ça. »  Pages 82 et 83
  • « Pour d’obscures histoires de copyright, on trouve peu d’œuvres d’art visuel dans les bases de données accessibles au public. J’ai donc profité de ma pause-déjeuner pour sortir acheter un livre sur les peintres symbolistes contenant une reproduction en couleurs de La Caresse. »  Page 83
  • « Le moindre changement dans les conditions d’observation suffisait à imposer une réinterprétation complète. S’il s’agissait là de l’effet que Khnopff avait eu l’intention de produire, c’était une incontestable réussite. Je ne pouvais cependant m’empêcher de trouver le phénomène extrêmement frustrant. Ce qu’en disait le livre ne m’aida pas beaucoup : il louait « la composition parfaitement équilibrée du tableau et sa délicieuse ambiguïté thématique » et suggérait que la tête du léopard avait été « basée, de façon perverse, sur la sœur de l’artiste, dont la beauté l’obsédait nuit et jour ». »  Page 83
  • « Quelqu’un vient juste d’essayer de nous tuer tous les trois, et vous continuez à vous comporter comme si rien de spécial n’était arrivé. Comme un personnage de bande dessinée. Qu’est-ce qu’on ressent ? »  Page 91
  • « Elle avait stérilisé l’aiguille dans la flamme, puis avait enlevé la couche de suie avec un mouchoir et de la salive. Nous avions pressé les minuscules plaies collantes l’une contre l’autre, récité un serment ridicule tiré d’un roman pour enfants de série Z, et Paula avait soufflé la bougie. »  Page 104
  • « Nous allions survivre toutes les deux, ou toutes les deux nous allions mourir. Les jours qui suivirent, cette réflexion se mit à m’obséder. C’était comme du vaudou, comme une malédiction de conte de fées… ou l’accomplissement des paroles qu’elle avait prononcées, la nuit où nous étions devenues « sœurs de sang ». »  Page 115
  • « Chaque étagère portait une étiquette : PSYCHÉDÉLIQUES, MÉDITATION ET GUÉRISON, MOTIVATION ET SUCCÈS, LANGAGE ET SAVOIR-FAIRE. Les implants ne mesuraient pas plus d’un millimètre de largeur, mais ils étaient présentés dans des emballages de la taille d’un livre à l’ancienne mode. »  Page 129
  • « J’ai rapidement appris à lire vite – si je ne finissais pas un livre le jour où je l’avais commencé, je savais que je ne pourrais peut-être plus mettre la main dessus pendant des semaines, voire des mois. J’ai dévoré des centaines d’histoires pleines de héros et d’héroïnes qui avaient des amis, des frères et des sœurs, et même des animaux familiers qui restaient avec eux, jour après jour. Chaque livre me faisait un peu plus mal, mais je ne pouvais m’empêcher de lire. Je ne pouvais abandonner l’espoir que le prochain volume que j’ouvrirais commencerait par ces mots : « Un beau matin, un petit garçon s’éveilla, et se demanda quel était son nom. »
    Un jour, j’ai vu mon père consulter un plan de la ville et, en dépit de ma timidité, je lui ai demandé ce que c’était. J’avais vu des globes terrestres et des cartes du pays à l’école, mais pas de plans de ce genre. Il me montra notre maison, mon école, son lieu de travail, à la fois dans les pages qui détaillaient les quartiers, et sur la carte récapitulative qui occupait les pages de garde.
    À cette époque, tous les guides des rues étaient produits par la même maison d’édition. Chaque famille en avait un. »  Pages 157 et 158
  • « Je savais que je ne pourrais jamais avoir une carrière scientifique. Quant à comprendre la nature de ma situation, il me paraissait clair que la réponse ne se trouvait pas dans un quelconque manuel de neurobiologie. »  Page 160
  • « Et en ce qui concerne ce que moi je sais d’eux… Je vois parfois de l’amour et du respect dans le regard de leur famille ou de leurs collègues, il y a quelques fois des manifestations physiques de réalisations que je peux admirer (l’un d’entre eux a écrit un roman plein d’humour noir sur son expérience au Vietnam, que j’ai lu et apprécié ; un autre construit des télescopes en amateur : il en a réalisé un magnifique, de type Newtonien, avec un réflecteur de trente centimètres de diamètre, qui m’a permis d’observer la comète de Halley) mais ils sont bien trop nombreux. »  Page 161
  • « J’achète un plan de la ville – de la marque qui m’est familière depuis que je suis petit, celle qui comporte une carte récapitulative sur les pages de garde – ainsi qu’une boîte de cinq feutres. »  Pages 170 et 171
  • « Je fais mes excuses à Laura (son nom est sur ses livres d’école). Elle ne pleure plus mais on dirait qu’elle l’a fait pendant des heures. »  Page 172
  • « Nous détenons votre femme, déclara le ¨jeune homme¨. Transférez un demi-million de dollars/Sur ce compte/Si vous ne voulez pas qu’elle/Souffre ». Je ne pouvais m’empêcher de l’entendre comme ça ; le rythme peu naturel du discours, l’articulation claire de chaque mot, évoquaient un artiste hyperbranché lisant de la mauvaise poésie. L’œuvre s’intitule « Demande de rançon »… »  Page 196
  • « Ils traitaient de Platon, de Descartes et de Marx, ils parlaient aussi de Saint Augustin et, lorsqu’ils se sentaient tout particulièrement modernes et aventureux, de Sartre, mais s’ils avaient entendu parler de Gödel, de Turing, de Hamsun ou de Kim, ils refusaient de l’admettre. Ma frustration était telle que dans une dissertation sur Descartes, je suggérai que la notion de conscience humaine considérée comme un « logiciel » pouvant fonctionner aussi bien dans un cerveau organique que dans un cristal optique, remontait en fait au dualisme Cartésien : à la place de « logiciel », il fallait comprendre « âme ». »  Page 223
  • « Est-ce que tu sais combien d’échantillons nous traitons chaque jour ? Je ne peux pas épiloguer sur tous les prélèvements qui ne donnent pas des résultats en parfaite concordance avec le manuel. »  Page 244
  • « Je regarde vers le haut, une seule fois, vers le ciel vide et stupide, et je refuse de réceptionner le flot de souvenirs liés dans ma mémoire à ce même bleu incroyable. Tout cela est fini, envolé. Pas de réminiscences proustiennes pour moi, ni de va- et-vient temporels à la Billy Pilgrim. »  Page 259
  • « Mais j’ai lu quelque part qu’un scientifique plein d’astuce a découvert que des chiens dont on a enlevé le cerveau peuvent encore exécuter les mouvements nécessaires à la copulation. De toute évidence, la moelle épinière suffit. Eh bien, en fin de compte, la mienne a fait son travail, et le terminal a fait clignoter un BIEN JOUÉ ! sarcastique. J’aurais dû l’écrabouiller d’un bon coup de poing. J’aurais dû découper la Boîte noire à la hache et courir autour de la pièce en hurlant des poèmes sans queue ni tête. »  Page 276
  • « Une fois en congé, j’ai occupé mes journées à regarder la télévision et à lire des livres de puériculture. »  Page 277
  • « Je fixe le plan en essayant de le graver dans ma mémoire. Ce n’est pas que je n’y aurai plus accès, une fois à l’intérieur, mais c’est toujours plus rapide de savoir directement ce qu’il en est. Quand je ferme les yeux pour voir où j’en suis de ma mémorisation, le motif dans ma tête ressemble surtout à un de ces labyrinthes qu’on trouve dans les livres de jeux. »  Pages 286 et 287
  • « En termes de masse, j’étais enceinte de cinq mois. En termes de poids, de sept. Pendant deux ans. Si Kafka avait été une femme… »  Page 323
  • « Sur le chemin du traiteur, il passa comme toujours devant la fameuse librairie. Un nouveau poster criard attira son attention : un jeune homme nu langoureusement allongé sur un lit dans une pose post-coïtale, le sexe à peine recouvert par un coin de drap. Le titre du livre s’étalait sur le haut de l’affiche, imitant une brillante enseigne au néon rouge : Sexe sans risque pour nuit torride. »  Page 333
  • « En 1981, Matthew Shawcross avait acheté une minuscule station de télévision par câble dans la Bible Belt, assez décrépite et qui avait jusqu’alors partagé son temps d’antenne entre de vieux clips rayés en noir et blanc des chanteurs de gospel des années cinquante, et des attractions locales, comme des montreurs de serpents (protégés par leur foi, et par l’ablation opportune des glandes à venin de leurs protégés) ou des enfants épileptiques (encouragés par les prières de leurs parents, et par une suppression soigneusement calculée de leurs médicaments pour que l’esprit saint les anime). »  Pages 333 et 334
  • « À une époque où le mot miracle faisait partie du vocabulaire de la médecine et de la science, voilà qu’arrivait un fléau sortant en droite ligne de l’Ancien Testament, qui détruisait les méchants et épargnait les justes (à quelques hémophiles et transfusés près), établissant pour Shawcross la preuve indubitable que les pécheurs pouvaient être punis dans cette vie comme dans la suivante. »  Page 334
  • « Il ne fallait pas se demander pourquoi tout le monde se moquait de la vérité, quand tous les films, tous les livres, tous les magazines, toutes les chansons de rock encourageaient encore et toujours la promiscuité et la perversion, les présentant comme normales et bonnes. »  Page 335
  • « Il avait besoin d’être guidé ! Il alluma la lampe de chevet et prit sa Bible sur la table de nuit. Les yeux clos, il ouvrit le livre au hasard. Il reconnut le passage au premier coup d’œil. C’était la moindre des choses ; il l’avait lu et relu cent fois, le connaissait presque par cœur. La destruction de Sodome et de Gomorrhe. »  Page 336
  • « Le virus de Shawcross allait être un chef-d’œuvre de mécanisme biologique (comme William Paley n’aurait jamais pu en imaginer Ŕ et qu’un évolutionniste impie n’oserait pas attribuer à « l’architecte aveugle » du hasard). »  Page 339
  • « Je n’avais jamais pu me convaincre tout à fait qu’une œuvre littéraire, une poésie ou une pièce de théâtre, m’ouvrait une fenêtre sur l’âme de l’auteur, même quand j’y avais trouvé un important degré de résonance personnelle. »  Page 353
  • « Quand une image ou une métaphore sonnait juste à mes oreilles, cela prouvait seulement que je partageais avec l’auteur un ensemble de définitions, une liste d’associations de mots résultant de notre culture. Après tout, beaucoup d’éditeurs utilisaient couramment des programmes informatiques (des algorithmes hautement spécialisés mais pas si sophistiqués que cela, dépourvus en tout cas de la moindre parcelle de conscience d’eux-mêmes) pour produire de la littérature, aussi bien que de la critique littéraire, parfaitement indiscernable d’un écrit d’origine humaine. Et pas uniquement des âneries préformatées ; à plusieurs reprises, j’avais été profondément affecté par des œuvres dont je n’avais que plus tard découvert qu’elles avaient été produites par un logiciel non conscient. Cela ne prouvait pas que la littérature humaine ne communiquait rien de la vie interne de son auteur, mais laissait assez clairement une bonne place pour le doute. »  Page 354
  • « Se voir mourir les uns les autres, observer la décrépitude progressive de leurs corps, devait avoir convaincu les humains de l’ère pré-Ndoli de leur humanité commune ; en tout cas, la littérature regorgeait de références au pouvoir égalisateur de la mort. »  Pages 354 et 355
  • « Je l’amenai à une représentation d’En attendant Godot par des perroquets génétiquement améliorés. »  Page 355
  • « Même à la manière ridicule et rudimentaire d’un romancier prétendant « exposer » un personnage, je n’aurais pas pu expliquer Sian. »  Page 357
  • « Je fis une copie du fichier pour Sian. Elle l’examina attentivement avant de dire : « Les limaces sont hermaphrodites, non ? Elles restent suspendues en plein air sur un fil de bave. Je suis sûre qu’il y a même quelque chose dans Shakespeare sur le spectacle somptueux des limaces en train de copuler. Imagine un peu ça : toi et moi, faisant l’amour comme des limaces. »
    Je me roulai par terre de rire.
    Et m’arrêtai soudain. « Où ça, dans Shakespeare ? Je ne pensais même pas que tu avais lu Shakespeare. » »  Pages 361 et 362
  • « Puis un mélange enivrant de nostalgie et de déjà vu m’assaille à la vision de la flèche de la cathédrale surplombant toute cette misère. En dépit de tout, une partie de moi-même se sent comme un vrai Fils Prodigue, de retour à la maison pour la première fois – pas simplement de passage pour la cinquantième. »  Page 382
  • « Pourquoi devrait-elle offrir une vue si imparfaite et confuse de la place de l’humanité dans l’univers ?
    Des erreurs factuelles ? Il avait fallu choisir des métaphores cohérentes avec la vision du monde de l’époque ; Dieu aurait-il dû laisser l’auteur de la Genèse perplexe devant les détails du Big Bang et de la nucléosynthèse primordiale ? Contradiction ? Des tests de la foi Ŕ et de l’humilité. Comment puis-je être arrogant au point de comparer mes misérables capacités de raisonnement au Verbe du Tout-Puissant ? Dieu transcende tout, y compris la logique.
    Surtout la logique.
    Ça ne va pas. Des naissances virginales ? Des miracles avec des petits pains et des poissons ? La résurrection ? De simples fables poétiques, qui ne doivent pas être prises littéralement ? Si c’est le cas, néanmoins, que reste-t-il à part quelques homélies bien intentionnées et beaucoup d’effets théâtraux pompeux ? Si Dieu s’est vraiment fait homme, a souffert, est mort puis a ressuscité pour me sauver, alors je Lui dois tout Ŕ mais si c’est simplement une belle histoire, alors je peux aimer mon prochain avec ou sans doses régulières de pain et de vin. »  Page 383
4 étoiles, A, N

L’assassin royal, tome 03 : La nef du crépuscule

L’Assassin royal, tome 03 : La nef du crépuscule  de Robin Hobb

Éditions BAAM; Publié en 2010; 412 pages

Troisième tome de la série L’assassin royal. Il s’agit de la deuxième moitié du livre paru initialement en 1996 sous le titre « The Farseer Trilogy, book 2 : Royal Assassin ».

La nef du crépuscule

Malgré les efforts de Fitz et de Vérité pour défendre le royaume, les Pirates continuent de ravager le pays. Constatant son impuissance, Vérité décide de partir à la chercher des Anciens. Selon la légende, ils sont les seuls à pouvoir sauver le royaume. Royal profite de son absence pour prendre le contrôle de Castelcerf. Les finances de l’empire sont au plus bas et il dilapide les fonds en organisant de grands banquets. Alors qu’une attaque des Pirates s’organise, Royal affirme qu’il ne peut pas intervenir par manque de fonds. Kettricken décide alors de partir avec l’armée pour combattre. La bataille est violente mais elle parvient à s’en sortir indemne. Cependant, deux nouvelles gâchent ce succès : des rumeurs courent que Fitz combat avec un loup à ses côtés et que Vérité est mort durant son expédition. Fitz et Kettricken réussiront-ils à sauver le royaume des griffes des Pirates et de Royal ?

Ce troisième tome est plus excitant que le deuxième sans toutefois être exceptionnel. Il y a beaucoup plus d’action, dès le début on est plongé dans les combats navals entre les Pirates et la flotte royale. Les intrigues y sont aussi plus denses et complexes. Dans cet ouvrage, les personnages sont toujours aussi attachants et leur évolution est plus touchante. Particulièrement les relations de Fitz avec Molly et Burrich qui se dégradent et le côté machiavélique de Royal qui devient de plus en plus efficace. L’auteur sait nous rendre les méchants détestables et les bons attachants. Malgré le rythme un peu lent du récit, il faut reconnaitre que l’auteur sait captiver l’attention grâce à son style soigné. La finale est accrocheuse et crève cœur à la fois. Un tome qui s’achève bien et qui met le royaume en déroute. Il invite tout naturellement à enchaîner sur le tome suivant.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 20 décembre 2012

L’Assassin royal : tome 01, tome 02

La littérature dans ce roman :

  • « Plus tard, je découvris mention du bateau blanc dans un manuscrit qui traitait de vieilles légendes ; là, il s’agissait d’un navire maudit sur lequel l’âme des marins noyés indignes de la mer travaillait pour l’éternité sous la férule d’un capitaine impitoyable. » Page 32
  • « « Un messager est arrivé hier soir, dépêché par le duc Brondy de Béarns. Il apportait les rapports des moissons et d’autres missives semblables, la plupart pour Royal. Mais Célérité, la fille de Brondy, a également envoyé ce manuscrit. Il est pour toi. »
    Il me tendit l’objet, un petit rouleau fermé par un ruban jaune et scellé par un cachet de cire verte. » Page 40
  • « « Elle m’envoie, avec ses salutations, une copie d’un manuscrit qu’elle a trouvé dans les bibliothèques de Castellonde, ou, plus précisément, une copie des parties encore lisibles. D’après l’étui, elle pense qu’il concerne les Anciens. Elle a remarqué l’intérêt que je leur portais lors de ma visite chez son père ; à première vue, selon moi, le texte traite plutôt de philosophie, ou de poésie, peut-être. »
    Je rendis les rouleaux à Subtil. Au bout d’un moment, il les prit. Il déroula le premier et le tint devant lui à bout de bras, puis il plissa le front, eut une expression mécontente et reposa le parchemin sur ses genoux. « Parfois, le matin, j’ai la vue brouillée », dit-il. Il réenroula les manuscrits l’un dans l’autre, avec minutie, comme s’il s’agissait d’une tâche difficile. « Tu lui enverras une lettre séante de remerciement. » » Pages 40 et 41
  • « J’avais envie de me croiser les bras pour calmer leur agitation, mais je les maintins le long de mon corps en essayant de ne pas froisser le petit manuscrit que je tenais. » Page 43
  • « Je la remerciai pour le manuscrit, et puis je lui racontai mon été : l’aviron à manœuvrer sur le Rurisk jour après jour, ma maladresse à l’épée qui avait fait de la hache mon arme ; je lui narrai notre première bataille sans lui faire grâce des détails et lui avouai la nausée que j’en avais ressentie par la suite ; j’évoquai les instants où j’étais resté pétrifié de terreur sur mon banc tandis qu’un Pirate rouge nous attaquait, mais je passai sous silence le navire blanc . » Page 44
  • « C’est à peine désormais si je sentais sa présence ; pourtant, je crus percevoir un tressaillement lorsque Kettricken, occupée à nouer un bout de ficelle autour d’une plante emmaillotée de paille, me demanda ce que je savais des Anciens.
    « Bien peu, ma reine, répondis-je avec franchise, en me promettant encore une fois d’étudier les manuscrits et les rouleaux que je négligeais depuis si longtemps. » Page 58
  • « Allons-y, dans ce cas. Mais… je vous demanderai d’abord de m’attendre devant mes appartements. Je voudrais y prendre plusieurs manuscrits que je tiens à lui montrer ; je n’en aurai que pour un petit moment. » Page 61
  • « Romarin vint se placer auprès de moi, les bras toujours chargés de manuscrits que je soupçonnais le fou d’avoir chapardés chez moi. Mais, tout en expliquant le motif de sa venue à Vérité, Kettricken prit les rouleaux l’un après l’autre, à chaque fois pour illustrer son raisonnement. » Page 63
  • « Le roi Sagesse, vous vous le rappelez peut-être, a été le premier noble des Six Duchés à se présenter chez nous… au pays des Montagnes sans intentions belliqueuses ; c’est pourquoi notre tradition conserve bon souvenir de lui. Ces manuscrits, copies de textes d’époque, parlent de ses actions et de ses voyages à l’intérieur du royaume des Montagnes, et, par conséquent, indirectement, des Anciens. » Page 63
  • « J’étais dans ma chambre, occupé à étudier, bien tardivement, les manuscrits et les tablettes qui s’y trouvaient encore, lorsqu’un page se présenta à ma porte dans l’après-midi. « Vous êtes mandé aux appartements du roi à l’heure suivant le dîner » ; tel fut le message qu’il me délivra. » Page 65
  • « Résolument, je déroulai un des manuscrits sur les Anciens et m’efforçai de le lire, mais en vain : je ne voyais que Molly. » Page 66
  • « Le manuscrit des Anciens tomba de mes doigts sans vigueur ; ma chambre me paraissait soudain suffocante. Je repoussai les tablettes et les parchemins que j’essayais en vain d’étudier et, à l’heure avant le dîner, je me rendis aux appartements de Patience. » Page 67
  • « Je n’avais pas remarqué le page silencieux qui les accompagnait, tout de noir vêtu, les bras chargés de manuscrits et de tablettes. » Page 71
  • « Les manuscrits de Kettricken furent déroulés un à un, et Vérité en lut à haute voix les passages pertinents, après quoi ils étudièrent longuement l’ancienne carte. » Page 74
  • « Néanmoins, il tenait maintenant les manuscrits plus loin de ses yeux quand il lisait et il évitait de lever les bras au-dessus de sa tête pour attraper tel ou tel ustensile. » Page 88
  • « Dame Célérité, je dois vous remercier encore une fois du manuscrit que vous m’avez fait parvenir », déclarai-je gauchement. » Page 145
  • « En milieu de matinée, je fus introduit dans la chambre à coucher de la reine, porteur de quelques manuscrits sur les simples. » Page 307
  • « Elle paraissait à peine mieux que la veille au soir, mais je la saluai chaleureusement et entrepris de lui désigner chaque plante des manuscrits avec moult péroraisons sur les bienfaits de chacune ; je réussis ainsi bientôt à faire fuir la plupart des dames de compagnie et Kettricken envoya les trois dernières chercher du thé, lui trouver d’autres oreillers et récupérer un autre manuscrit sur les simples censé se trouver dans le bureau de Vérité. » Page 307
  • « La reine Kettricken me pria de lui laisser les manuscrits, car son dos la faisait toujours souffrir ; elle avait décidé de se retirer tôt ce soir et peut-être leur lecture l’aiderait-elle à passer le temps avant de dormir. » Page 308
  • « L’âtre était froid, la pièce sentait le renfermé et il flottait une forte odeur de souris ; je formai le vœu que les manuscrits dans lesquels elles nichaient ne fussent pas irremplaçables, bien que j’eusse la quasi-certitude d’avoir transporté chez Umbre ceux auxquels Vérité tenait. » Page 309
  • « Tout ne se passa pas aussi bien qu’il l’avait prévu : le roi Subtil eut un moment d’hésitation, puis regarda d’un air perplexe le manuscrit qu’on lui avait donné à lire ; pour finir, Kettricken prit le rouleau de ses mains tremblantes et Subtil lui sourit tandis qu’elle commençait à lire les mots qui devaient lui fendre le cœur. » Page 333
  • « Cet homme n’existait plus, il avait été arraché à cette pièce ; la pagaille d’un homme actif, le tendeur à bottes, les épées, les manuscrits éparpillés avaient été remplacés par des brûloirs à herbes et des tasses collantes où restait un fond de thé drogué. » Page 337
4 étoiles, A

L’assassin royal, tome 02 : L’assassin du roi

L’Assassin royal, tome 02 : L’assassin du roi de Robin Hobb

Éditions BAAM; Publié en 2009; 363 pages

Deuxième tome de la série L’assassin royal. Il s’agit de la première moitié du livre paru initialement en 1996 sous le titre « The Farseer Trilogy, Book 2 : Royal Assassin ». L'assassin du roi Fitz devait assassiner le beau-frère du roi-servant Vérité à la demande du roi. Mais sa mission ne s’est pas très bien déroulée. Victime des manigances de son oncle Royal, il fut empoisonné à deux reprises. Les deux fois, il a réussi à échapper à la mort. Mais les effets sur sa santé sont désastreux. De retour à Castelcerf, affaibli, il doit découvrir ce qui se trame au château. Ce qu’il découvre est troublant. Entre autre, il remarque que Vérité s’épuise afin de repousser les attaques des Pirates rouges des côtes du royaume. Des suites de ces attaques, les forgisés prolifèrent et convergent vers Castelcerf. Il découvre aussi que Royal manigance pour s’emparer du trône. Afin d’aider Vérité, Fitz part en guerre contre les forgisés pour en éliminer le plus possible. Cependant, contre Royal, il ne peut rien entreprendre sans trahir la couronne. Il comprend maintenant que sa vie ne tient qu’à un fil et qu’il aura besoin de tous ses atouts pour survivre.

Après un premier tome passionnant, celui-ci s’avère être un peu décevant et moins intéressant. Il y a très peu d’action comparativement au premier tome. À certain moment la lecture est un peu ennuyeuse. Les intrigues tournent en rond et sont répétitives. Mais ce tome n’est pas totalement inintéressant car il sert vraisemblablement à placer les marques pour la suite. L’histoire demeure fascinante malgré le rythme auquel elle évolue. Les personnages sont toujours aussi vivants et attachants. Les personnages les plus captivants dans ce tome sont à mon avis ceux du fou et de
Molly. Le fou permet par ses discours en paraboles de maintenir un peu de mystère dans l’histoire. Molly, par sa touche féminine, apporte un côté plus humain à l’histoire. L’auteur par son écriture fluide a su nous replonger dans ce monde fascinant dépeint avec un réalisme étonnant.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 12 novembre 2012

L’Assassin royal : tome 01

La littérature dans ce roman :

  • « Pourquoi nous est-il interdit de rédiger une étude détaillée des différentes magies ? Peut-être parce que nous craignons qu’un tel savoir ne tombe entre des mains incompétentes ; et, de fait, il existe depuis toujours un système d’apprentissage destiné à garantir la transmission d’une connaissance approfondie de la magie aux seuls individus formés et jugés dignes de la recevoir. »  Page 4
  •  « La plus ancienne référence connue concernant les Anciens se trouve dans un manuscrit en mauvais état de la bibliothèque de Castelcerf. Les vagues différences de couleur du vélin suggèrent qu’il provient d’un animal bigarré, dont aucun de nos chasseurs ne reconnaît le dessin de la robe. L’encre est un mélange de fluide d’encornet et d’extrait de racine de campagne ; elle a fort bien résisté au temps, beaucoup mieux que les encres teintées employées pour les illustrations et les enluminures du texte, qui ont non seulement pâli et bavé, mais également, en de nombreux endroits, attisé l’appétit de certaine mite ; à force de mâcher le parchemin souple, l’insecte l’a rendu rigide et certaines parties en sont désormais trop cassantes pour être déroulées.
    Par malheur, les dommages se sont surtout portés sur les parties centrales du rouleau, où sont contés des épisodes de la quête du roi Sagesse, introuvables dans aucune autre archive. »  Page 58
  • « De la tête, je saluai le serviteur de Vérité, qui non seulement ne sembla pas surpris de me voir, mais avait en outre ajouté à la commande de Vérité un certain type de pain aux épices que j’avais toujours particulièrement apprécié. Son apparition fut de courte durée ; mine de rien, il rangea deux ou trois objets tout en ôtant quelques livres et parchemins d’un fauteuil pour me faire de la place, puis il s’éclipsa. »  Page 65
  • « Le Vif rend sensible à cette affinité et ouvre la conscience à l’esprit de tous les animaux, mais la tradition affirme que la plupart des pratiquants du Vif contractent un lien avec un animal particulier ; on raconte qu’ils prennent au bout d’un certain temps les habitudes de la bête à laquelle ils sont attachés, puis, pour finir, son apparence. Cependant, on peut ranger ces allégations, à mon avis, dans la catégorie des simples contes d’épouvante destinés à décourager les enfants de se frotter à la magie des Bêtes. »  Page 85
  • « Tous les jours, en début de soirée, je devais me rendre chez dame Patience. Elle et Brodette prenaient ces visites très au sérieux ; aux yeux de Patience, j’étais entièrement à sa disposition, comme si j’étais encore son page, et elle ne se gênait pas pour me demander de copier un antique manuscrit sur son précieux papier de roseau, ni pour exiger de constater mes progrès dans la pratique de la cornemuse de mer. »  Page 128
  • « A Castellonde, dans la Baie aux Phoques, se trouvait un vieux manuscrit dont Vérité désirait une copie et qui dressait la liste de tous les ressortissants de Béarns qui avaient servi le roi par l’Art, en tant que membres d’un clan ; l’on disait aussi que Castellonde abritait une relique du temps où les Anciens avaient défendu la cité. Subtil voulait me voir partir le lendemain matin pour la Baie aux Phoques, où je devais copier le manuscrit, examiner la relique, après quoi je reviendrais lui faire mon rapport. »  Pages 135 et 136
  • « Ses bibliothèques étaient à ma disposition, ainsi que les services de son scribe subalterne. Sa dernière fille, Célérité, partageait même sa timide société avec moi et je l’entretenais du manuscrit qui m’amenait chez son père, agréablement étonné de l’intelligence dont elle faisait preuve et de la discrétion avec laquelle elle la manifestait. »  Page 139
  • « Le repas se poursuivit sans incident, des ménestrels chantèrent, et je passai les jours suivants à recopier le manuscrit destiné à Vérité ; je vis également la relique des Anciens, qui ne m’évoqua rien tant qu’une fiole de verre constituée de très fines écailles de poisson. »  Page141
  • « Je pris en bandoulière mes fontes qui contenaient les manuscrits laborieusement recopiés et me mis en route vers le château. »  Page 147
  • « Il me demanda ensuite si le duc Brondy de Béarns paraissait en bonne santé et content de la paix qui régnait en son duché ; je répondis que c’était le cas à mon départ, et Subtil hocha la tête. Puis il voulut voir les manuscrits que j’avais copiés ; je les déroulai devant lui et il me complimenta pour l’élégance de mon travail. Il m’ordonna de les porter à la salle des cartes de Vérité et de veiller à ce que le prince les sût là. Avais-je vu la relique des Anciens ? Je la lui décrivis en détail. Pendant ce temps, le fou, perché sur les pierres du foyer, nous observait en silence, telle une chouette. Sous son œil vigilant, le roi termina sa soupe et son pain tandis que je lisais tout haut le manuscrit. Après la dernière bouchée, Subtil poussa un soupir et se radossa. « Eh bien, voyons ton œuvre », me dit-il ; interloqué, je lui tendis à nouveau les rouleaux. Encore une fois, il les étudia soigneusement, puis les réenroula. « Tu as le coup de pinceau gracieux, mon garçon, fit-il en me les rendant. C’est bien calligraphié, c’est excellent. Porte-les à la chambre aux cartes de Vérité et veille à ce qu’il le sache. »  Pages 163 et 164
  • « On peut apprendre certaines choses d’une page de livre, mais il est des savoir-faire qui s’acquièrent d’abord par la main et le cœur, et ensuite seulement par la tête. J’en suis convaincu depuis que j’ai vu Congremât mettre en place le bloc de bois en forme de poisson – d’où il tire son nom – dans le premier navire de Vérité ; son œil avait vu cette pièce avant qu’elle n’existe et il avait ordonné à ses mains de créer ce que son cœur connaissait d’avance. Voilà qui est impossible à apprendre d’une feuille de papier. »  Page 200
  •  « Du coup, Vérité s’absentait d’autant plus de Castelcerf et Kettricken, lorsque j’allais la voir, était plus abattue que jamais. C’est en vain que je lui proposais livres et sorties ; elle passait le plus clair de son temps assise à son métier à tisser auquel elle touchait à peine, chaque jour un peu plus pâle et apathique. »  Page 228
  •  « Alors, réponds à celle-ci : Qu’est-ce qui a des ailes dans le manuscrit de Subtil, une langue de feu dans le livre de Vérité, des yeux d’argent dans les vélins de Rell et des écailles d’or dans ta chambre ?
    – C’est une devinette ? »
    Il me regarda d’un air navré. « Non ; une devinette, c’est ce que je viens de te poser. C’est un Ancien. » » Page : 229
  • « Et les Anciens ? demandai-je enfin.
    – C’est une énigme d’un autre genre. A l’époque où remontent les documents que nous avons sur eux, les Anciens étaient monnaie courante ; c’est ce que je suppose. Tu aurais le même problème si tu te mettais en quête d’un manuscrit expliquant précisément ce qu’est un cheval : tu en trouverais d’innombrables mentions, dont quelques-unes sur l’art de ferrer ou sur le pedigree de tel ou tel étalon. Mais qui parmi nous verrait l’intérêt de consacrer son temps et son énergie à décrire un cheval sous toutes ses coutures ?
    – Je vois. »  Page 264
  •  « Il y a une petite armoire dans ma chambre, dit-il d’une voix lente. J’y ai réuni tous les manuscrits que j’ai pu trouver où l’on parlait, même fugitivement, des Anciens. Il y en a d’autres sur l’Art ; tu as la permission de les consulter. Demande du bon papier à Geairepu et note tout ce que tu découvriras. Cherche des schémas, des relations dans tes notes et apporte-les-moi, disons tous les mois. »  Page 264
  •  « Je pris une brassée des manuscrits que renfermait l’armoire ; il y en avait plus que je ne m’y attendais. Je les rapportai dans ma chambre et les déposai sur mon coffre à vêtements, puis préparai du feu et jetai un coup d’œil à mon pansement au cou. »  Page 275
  •  « J’ajoutai du bois sur le feu et triai les manuscrits, couverts d’une écriture en pattes-de-mouche et d’illustrations passées. »  Page 276
  •  « Je n’étais plus, pour tout le monde, qu’un outil ; restait-il quelqu’un qui s’intéressât à moi, à moi personnellement ? Brusquement, je ne me supportai plus ; je posai le manuscrit que j’étudiais et sortis. »  Page 276
  •  « Nous n’avions eu aucun contact depuis la chanson moqueuse qu’il m’avait infligée. Cependant, penser à lui me remit ses paroles en mémoire et, revenu dans ma chambre, je feuilletai à nouveau les manuscrits de Vérité. Au bout d’un moment, je sentis l’assoupissement me gagner : même diluée, la dose de valériane dans mon thé restait forte et la léthargie m’envahissait. Je repoussai les rouleaux, qui ne m’avaient rien appris de neuf, et réfléchis à d’autres possibilités. »  Page 316 et 317
  •  «  Je m’éveillai. J’étais à plat ventre dans mon lit au milieu des manuscrits éparpillés. »  Page : 318
  •  « N’ayant pas prévu de dormir, je n’avais pas verrouillé la porte. Je restai immobile en me demandant qui entrait chez moi aussi discrètement dans l’espoir de me surprendre. A moins qu’on pensât trouver ma chambre vide, qu’on en eût après les manuscrits, par exemple ? »  Page 318
  •  « Je demeurai sans bouger, les yeux clos, et la laissai approcher de mon lit. J’entendis une exclamation étouffée de désapprobation suivie du bruissement des manuscrits qu’elle rassemblait, puis déposait sur la table. D’un geste hésitant, elle me toucha la joue. »  Page 318
  •  « J’atteignis enfin ma chambre, m’y faufilai et refermai résolument la porte derrière moi. « Déjà de retour ? » Le fou était accroupi près de la cheminée au milieu d’un demi-cercle de parchemins. Apparemment, il était en train de les classer.
    Je le considérai sans pouvoir cacher ma consternation. Et soudain la colère me prit. « Pourquoi ne m’as-tu pas averti de l’état du roi ? » Un instant, il examina un manuscrit, puis le posa sur le tas à sa droite. »  Page 344
  •  « – Cela t’effraie ? Moi, cela m’épouvante. Toi, au moins, tu auras un autre roi quand celui-ci aura été soufflé. » Il jeta encore un manuscrit sur la pile.
    « Comme tout le monde, observai-je. »  Page 344
  • « Mon roi s’achemine vers la meilleure partie de la journée, pour lui. Je serai à ses côtés pour l’aider dans la mesure de mes modestes moyens. »
    Il sortit d’un pas précautionneux de son enceinte de manuscrits et de tablettes. »  Page 345
4 étoiles, A

Alex

Alex de Pierre Lemaitre

Éditions Albin Michel ~ Publié en 2011 ~ 321 pages 

Quatrième roman de Pierre Lemaitre paru initialement en 2011.

Alex, une jolie jeune femme, est enlevée en pleine rue parisienne à la sortie d’un restaurant. Jetée dans une camionnette elle est conduite dans un hangar désaffecté où elle est séquestrée et torturée. Le ravisseur a tout organisé. Elle se retrouve dans une petite cage suspendue à deux mètres du sol, incapable de bouger, nue et en présence de rats. Son ravisseur lui rend visite pour la nourrir de croquettes pour animaux et pour lui dire qu’il va la regarder crever. Pourquoi infliger cette souffrance à Alex ? Le commandant Verhoeven est bien malgré lui chargé de l’enquête. Celle-ci lui fait revivre l’enlèvement de sa femme et le drame qui en a résulté. Il n’y a pas beaucoup de piste ni d’éléments de preuve et il sera très difficile d’identifier et de localiser le ravisseur. Parallèlement à l’enquête, Alex fait tout son possible pour survivre à cette captivité. Quand la police trouve enfin l’endroit de la séquestration c’est pour constater que la jeune femme n’est plus là. Où est-elle ? Que lui est-il arrivé ?

Dans l’ensemble, c’est un thriller agréable à lire. L’intrigue est palpitante et bien ficelée. L’angoisse et l’horreur sont présentes du début à la fin. Le texte est articulé en trois tableaux où Alex est dépeinte sous différents angles. La grande force de ce roman est de présenter Alex sous des aspects différents de sa personnalité suivant l’évolution de l’histoire. Les personnages sont forts et attachants. La victime est déterminée, voir même systématique tandis que l’enquêteur est brisé par son passé que cette enquête vient raviver fortement. La psychologie des personnages est très bien amenée et prend une place prépondérante dans l’ambiance du roman. Malheureusement, le style d’écriture de l’auteur m’a dérangé. Ses textes manquent de subtilité et de profondeur. Il décrit les actes de violence d’une façon crue et souvent injustifiée à l’histoire.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 10 juin 2012

Lecture en tant que juré pour les Éditions Le livre de poche – Polar 2012 :

La littérature dans ce roman :

  • « Elle sort son livre et demande une fourchette supplémentaire pour tenir les pages ouvertes pendant qu’elle dîne. » Page 9

  • « Il sentait que cet appartement le plongeait dans le désespoir mais il n’avait pas le courage de l’abandonner. Il a interrogé son père (lui, de toute manière, pour répondre clairement aux questions…), puis Louis, qui a répondu : « Pour tenir, il faut lâcher. » Il paraît que ça vient du Tao. Camille n’était pas certain d’avoir bien compris la réponse.
    – C’est Le Chêne et le Roseau, si vous préférez. Camille préférait. » Page 45

  • « Par un concours de circonstances, personne ne s’est étonné de n’avoir plus de nouvelles de lui pendant plus de cinq ans. Il a disparu administrativement sans qu’on se pose de questions, eau coupée, électricité coupée. Depuis 1996, la concierge le croyait à l’hôpital dont il était revenu sans que personne s’en aperçoive. On a trouvé son corps chez lui en 2001.
    – J’ai lu ça dans…
    Le titre lui échappe.
    – Edgar Morin, un truc genre La Pensée… quelque chose.
    – Pour une politique de civilisation, dit sobrement Louis. Il remonte sa mèche de la main gauche. Traduire : désolé… » Page 62

  • « Verhœven jette d’abord un œil circulaire. Appartement modeste, pièces propres, la vaisselle plutôt bien rangée, les outils alignés comme dans la vitrine d’un magasin de bricolage et des réserves de bière impressionnantes. De quoi torcher le Nicaragua. À part ça, pas un papier, pas un livre, ni un carnet, l’appartement d’un analphabète. » Page 83

  • « On a vu sa chambre dans l’appartement du père. Platine de jeux vidéo, posters de foot et Internet clairement orienté « sites de cul ». Si on excepte les dizaines de canettes de bière vides sous le plumard, une vraie chambre d’adolescent. Dans ce cas-là, dans les romans, quand on a peur de ne pas être bien compris, après « adolescent », on ajoute « attardé ». » Page 93

  • « On peut chercher des heures dans le dictionnaire, « malhonnête » est vraiment le mot qui convient pour qualifier l’attitude de Camille. Parce que, pour lui, aucun doute, ce garçon est aussi mort qu’on peut l’être. Ce chantage au fils est une manœuvre assez immorale mais dont il ne rougit pas parce qu’il peut encore permettre de retrouver quelqu’un de vivant. » Page 105

  • « Mentir à une autorité est un exercice très ambitieux qui réclame toutes ces qualités mais à un niveau supérieur. Alors, mentir à la police, vous imaginez… Et Roseline Bruneau n’est pas taillée pour ce genre d’exercice. Elle essaye de toutes ses forces mais maintenant qu’elle a baissé sa garde, Camille lit en elle à livre ouvert. » Page 108

  • « Elle dit quand même le reste, la cafetière électrique, la théière en forme de vache, le récupérateur, les livres de Marguerite Duras, on aurait dit qu’elle ne lisait que ça, elle avait quasiment l’œuvre complète.
    Le jeune a dit :
    – Nathalie Granger… C’est le nom d’un personnage de Duras, je crois.
    – Ah oui ? a demandé l’autre. Dans quoi ?
    Le jeune a répondu, embarrassé :
    – Un film intitulé… Nathalie Granger.
    Le nain s’est frappé le front d’un air de dire, que je suis bête, mais de l’avis de Sandrine, c’était du flan. » Page 116

  • « Elle ne semble pas avoir jamais eu beaucoup de personnalité, on dirait un peu une chambre d’hôtel, une chambre d’hôte. Quelques chromos de guingois sur les murs, une commode dont il manque un pied, on a glissé un livre à la place. » Page 121

  • « – Tu me fais chier, Camille, soupire Le Guen.
    – Bah oui, mon divisionnaire, je te comprends. Mais qu’est-ce que tu veux, comme disait Danton : « Les faits sont têtus ! » Et les faits sont là !
    – Lénine, dit Louis.
    Camille se retourne, agacé.
    – Quoi, Lénine ? Louis remonte sa mèche, main droite.– « Les faits sont têtus », risque Louis, embarrassé, c’est Lénine, pas Danton.
    – Et ça change quoi ? » Page 128

  • « Il est vraiment furieux, sa voix tonne sur la terrasse mais les colères shakespeariennes de Le Guen n’impressionnent que les autres consommateurs. Camille, lui, modeste, regarde sobrement ses pieds ballotter à quinze centimètres du bitume.
    – Pas dix ans, mon commissaire, onze.
    C’est un reproche qu’on pourrait lui faire, entre autres, à Camille, de temps en temps, il a la retenue un peu théâtrale, un peu racinienne, si on veut. » Page 128

  • « Au-dessus d’elle, la planche cède. C’est comme si le ciel s’ouvrait tout entier, telle la mer Rouge dans la Bible. » Page 135

  • « Au début, de ne pas conserver une seule de ces toiles, il s’en est fait tout un roman, il a inventé des théories. La plus impressionnante raconte que disperser toute l’œuvre de sa mère, c’est lui rendre hommage. « Moi-même, pour voir une de ses toiles, je devrai aller au musée », expliquait-il alors avec une satisfaction mêlée de gravité. Bien sûr, c’est une connerie. » page 142

  • « Elle en a profité pour faire un peu de nettoyage par le vide, surtout des bouquins. Hormis quelques classiques, elle jette régulièrement. En quittant la porte de Clignancourt, elle a jeté tout Blixen, tout Forster, en partant de la rue du Commerce, ç’a été le tour de Zweig et Pirandello. Quand elle a quitté Champigny, elle a balancé tout Duras. Elle a des engouements, comme ça, quand elle aime, elle lit tout (sa mère dit qu’elle n’a pas de mesure), et après, ça pèse des tonnes dans les déménagements… » Page 160

  • « Bon, il faudrait bazarder tout ça, ça ne sert à rien, c’est même dangereux de conserver ça, des tickets de cinéma, des pages arrachées à des romans… Un jour, elle jettera tout. » Page 161

  • « Elle prend son temps pour partir, oublie son livre sur la table, revient sur ses pas, le type n’est plus avec ses amis, il est debout, en train d’enfiler sa veste, ses copains font des plaisanteries lourdingues sur ce départ précipité, il est derrière elle quand elle quitte le restaurant, elle sent son regard sur ses fesses, Alex a un très beau cul et sensible comme une parabolique. » Page 163

  • « Si les nuages n’ont pas encore l’aspect farouche du Déluge de Géricault, il y a tout de même plus qu’une menace dans l’air. Il faut se méfier, pense Camille, dans nos petites vies, la fin du monde n’aura pas grande allure, ça pourrait bien commencer comme ça, bêtement. » Page 178

  • « Côté vestimentaire, nickel, le juge. Costume sobre, gris, cravate sobre, grise, l’élégance efficace qui incarne la Justice réfléchie. À voir le costume, tchékhovien, Camille devine que Vidard va la jouer théâtral. » Page 196

  • « Des livres, presque deux cartons. Des poches, exclusivement. Céline, Proust, Gide, Dostoïevski, Rimbaud. Camille lit les titres, Voyage au bout de la nuit, Un amour de Swann, Les Faux-Monnayeurs, mais Louis reste songeur.
    – Quoi ? demande Camille.
    Louis ne répond pas tout de suite. Les Liaisons dangereuses, Le Lys dans la vallée, Le Rouge et le Noir, Gatsby, L’Étranger.
    – On dirait l’étagère d’une lycéenne.
    En effet, le choix semble appliqué, exemplaire. Tous les livres ont été lus et souvent relus, certains tombent littéralement en charpie, des passages entiers sont soulignés, jusqu’à la dernière page parfois. On trouve des points d’exclamation, d’interrogation, des croix grandes, petites, le plus souvent au stylo bleu, parfois l’encre a presque entièrement passé.
    – Elle lit ce qu’il faut lire, elle veut bien faire, elle est appliquée, renchérit Camille. Immature ?
    – Je ne sais pas. Régressive peut-être.
    Camille, lui, les finasseries de Louis, il s’y perd un peu mais il saisit le message essentiel. La fille n’est pas entière. Ou pas finie.
    – Elle parle un peu d’italien, un peu d’anglais. Elle a commencé des classiques étrangers mais ne les a pas terminés.
    Camille a noté ça aussi. Les Fiancés, L’Amant sans domicile fixe, Le Nom de la rose ainsi que Alice, Dorian Gray, Portrait de femme ou Emma sont en langue originale. » Pages 218 et 219

  • « Elle a acheté un rouleau de sacs-poubelle. Elle ouvre le coffre de sa voiture. Des larmes montent qu’elle ne veut pas voir. Elle ouvre les deux petits cartons marqués PERSONNEL et, s’interdisant de réfléchir, elle empoigne tout ce qui s’y trouve, sans regarder, des sanglots se pressent qu’elle ne veut pas entendre, elle fourre tout ce qui lui tombe sous la main dans les sacs-poubelle, les cahiers de collège, les lettres, les morceaux de journal intime, les pièces de monnaie mexicaines, de temps en temps elle s’essuie les yeux du revers de sa manche, renifle mais elle ne veut pas s’arrêter, elle ne peut plus, c’est impossible, il faut aller au bout, quitter tout ça, les bijoux fantaisie, les photos, tout abandonner, sans compter, sans se souvenir, les pages de romans, tout jeter, tout, la petite tête de nègre en bois noir, la mèche de cheveux blonds serrée dans un élastique rouge, le porte-clés, c’est un cœur avec « Daniel » imprimé dessus, son premier grand amour à l’école primaire, l’inscription est presque effacée, enfin, voilà, Alex ferme le troisième sac avec la ligature blanche mais tout ça est un peu trop pour elle, trop fort, trop violent, alors elle se tourne, s’assoit pesamment, s’effondre quasiment sur le coffre ouvert de la voiture et prend sa tête dans ses mains.» Page 234

  • « Camille la trouve étrangement ressemblante à La Victime de Fernand Pelez ; l’effet sidérant que fait la mort quand elle s’abat. » Page 250

  • « – Pourquoi elle gardait toutes ces saloperies, d’abord ? Vous êtes sûr que c’est à elle ?
    Camille écarte les bras. Il met cette réaction au rang des défenses devant la violence de la situation, on rencontre souvent ça, chez les gens choqués, une certaine brutalité.
    – Remarquez, reprend-elle, oui, ça, c’est bien à elle.
    Elle désigne la petite tête de nègre en bois noir. Elle va pour raconter l’histoire mais elle renonce. Puis les pages des romans.
    – Elle lisait beaucoup. Tout le temps. » Page 260

  • « Quand Louis arrive enfin, il est presque quatorze heures. Il commence par les feuillets. Demain dans la bataille pense à moi. Anna Karénine. Des passages sont soulignés à l’encre violette. Middlemarch, Le Docteur Jivago. Louis les a tous lus, Aurélien, Les Buddenbrook, on avait parlé de Duras, des œuvres complètes, mais dans le lot, il n’y a qu’une page ou deux de La Douleur. Louis ne fait pas de rapprochements entre les titres, il y a pas mal de romantisme dans tout ça, on s’y attendait, les jeunes filles sentimentales et les grandes meurtrières sont des êtres au cœur fragile. » Page 260