5 étoiles, B, C

Bolitho, tome 01 – Cap sur la gloire

Bolitho, tome 01 – Cap sur la gloire d’Alexander Kent

Éditions Phébus, 2000, 377 pages

Premier tome de la série « Bolitho » d’Alexander Kent paru initialement en 1968 sous le titre « To Glory We Steer ».

En 1782, à l’âge de 26 ans, le capitaine Richard Bolitho est nommé à la barre de la frégate la « Phalarope ». Un magnifique navire pratiquement neuf et disposant de nouvelles pièces d’artillerie extrêmement efficaces. Ce bâtiment appartient à la flotte du roi d’Angleterre mais il a la réputation d’être maudit. L’équipage est visiblement incompétent et est au bord de la mutinerie car l’ancien capitaine par son inaptitude à diriger a utilisé la cruauté comme moyen de soumission. Il a instauré un système de sous-alimentation et de châtiments cruels allant jusqu’à la mort pour donner l’exemple. La mission du « Phalarope » est de rejoindre la mer des Caraïbes pour porter main-forte dans la guerre des Antilles et dans la Révolution américaine. Mais en réalité, son premier défi sera de reconstruire la réputation du navire. Il devra faire renaître la confiance de l’équipage, qui n’attend qu’un faux-pas pour se révolter à nouveau, et celle de l’état-major envers la « Phalarope ». Le chemin va se révéler difficile. Réussira-t-il à contrôler cet équipage retors ?

Un roman d’aventures maritimes captivant. Utilisant comme trame de font la bataille des Saintes de 1782, l’auteur nous propulse avec brio dans la dure réalité des navires anglais de l’époque. Le rythme de ce roman est essoufflant, le texte enchaîne les aventures les unes après les autres et ce de façon très convaincante. Durant cette lecture, on constate que la vie de marin de l’époque était très difficile et que la gloire était chèrement payée. Les membres de l’équipage devaient survivre aux durs travaux nécessaires sur le navire, aux batailles, aux mutineries ou simplement à la traversé de l’océan. L’auteur a un talent indéniable pour les descriptions des scènes de batailles qui sont très réalistes et qui laissent transparaître de belle façon ses connaissances du domaine maritime. La construction de tous les personnages est aussi très bien réussie, l’auteur ne tombe pas dans la facilité ni dans la caricature. Richard Bolitho est le personnage le plus attachant, car l’auteur nous donne accès à ses réflexions ce qui le rend très humain malgré son rôle difficile de Capitaine. Pour apprécier ce roman, le lecteur n’a pas besoin d’être un grand spécialiste du domaine maritime. Une connaissance sommaire des termes nautiques est amplement suffisant. Une lecture passionnante qui tient le lecteur en haleine du début à la fin. On ne s’ennuie pas une minute avec les aventures et les retournements de situation. Un excellent roman dans son genre, bravo M. Kent et vivement la lecture du deuxième tome.

La note : 5 étoiles

Lecture terminée le 7 juillet 2017

La littérature dans ce roman:

  • « Il se mit à lire le parchemin et sa voix portait clair pardessus le bruit du vent et les claquements rythmés des étais et du gréement.
    L’ordre de mission était adressé à Richard Bolitho, Esquire, et lui enjoignait d’embarquer sur-le-champ et de prendre la responsabilité et le commandement de la Phalarope, frégate de Sa Majesté britannique. Il acheva sa lecture, puis roula le parchemin au creux de sa main tout en jetant un coup d’oeil sur les visages rassemblés en bas. »  Page 24
  • « Il reprit calmement : « Je viens d’étudier les rapports et les livres. J’estime que cette tentative de mutinerie…» il laissa sa voix s’attarder sur le dernier mot, « était due tout autant à la négligence qu’à d’autres causes. »
    Vibart répondit vivement : « Le capitaine Pomfret faisait confiance à ses officiers, Monsieur. » Il montra du doigt les livres sur la table. « Vous pourrez voir dans les livres que le navire a toujours fait tout ce que l’on pouvait attendre de lui. »
    Bolitho tira un livre de sous la pile et surprit chez Vibart un instant de confusion.
    « J’ai souvent constaté que ce livre des punitions était un meilleur juge de l’efficacité d’un navire. » Il tournait les pages tranquillement, cachant à grand-peine le dégoût ressenti lors de son premier examen. »  Pages 28 et 29
  • « Le lieutenant Okes dit prudemment : « J’ai souvent lu le récit de vos exploits dans la Gazette, Monsieur. » »  Page 29
  • « Bolitho s’assit devant ses piles de livres et de papiers. »  Page 30
  • « Le capitaine ajouta : « D’après le livre de bord, vous étiez officier de quart lorsque les ennuis ont commencé. »  Page 37
  • « Bolitho revit la note brève et prosaïque portée sur le livre par Pomfret. Les matelots mécontents avaient envahi la dunette et abattu à coups de pistolet le quartier-maître et le second maître d’équipage. »  Page 39
  • « Il lui fallait toute sa maîtrise de soi pour rester immobile et calme tandis qu’il considérait ce que Farquhar, surgi tout à coup, venait de lui raconter. Bolitho était alors plongé dans les livres de bord. »  Page 63
  • « Alors qu’Evans pivotait pour suivre l’enseigne, Bolitho ajouta, très calme : « Oh ! à propos, monsieur Evans, je crois inutile de mentionner votre négligence sur le livre de bord. » Il vit que le commis l’observait, mi-reconnaissant, mi-inquiet. « A condition, poursuivit-il, que je puisse montrer que vous aviez acheté ces viandes pour votre usage personnel. Pour votre table, par exemple. » »  Page 66
  • « « J’ai lu tous les livres et tous les rapports qui se trouvent à bord de ce navire, monsieur Vibart. Malgré mon expérience limitée, je n’ai jamais connu un seul navire aussi peu disposé à combattre l’ennemi, aussi incapable de remplir son devoir. » »  Page 67
  • « De petites boules noires montaient vers l’extrémité des vergues du navire et se déployaient dans le vent.
    Vibart s’appuya à l’habitacle et gronda à l’intention de Maynard : « Allons, lisez ! »
    Maynard essuya ses yeux humides d’embruns et feuilleta rapidement son livre. « Il a envoyé son numéro, capitaine, c’est l’Andiron, trente-huit canons, capitaine Masterman. » »  Page 77
  • « Bolitho observait les signaleurs de Maynard qui envoyaient le numéro de la Phalarope. Il se demanda ce que dirait Masterman lorsqu’il découvrirait quel était son nouveau capitaine. Les livres de signaux devaient encore parler du capitaine Pomfret. »  Page 78
  • « Il se souvint du pont désert dans le jour faiblissant, tandis que, debout près des corps, il lisait les phrases éternelles du service des morts. L’enseigne Farquhar tenait une lanterne au-dessus du livre de prières et le capitaine avait remarqué que sa main était ferme, immobile. »  Page 112
  • « « Je viens de lire vos rapports, Bolitho. » Ses yeux parcoururent rapidement le visage du jeune capitaine, puis revinrent à son bureau. « Je n’ai pas encore exactement compris votre combat avec l’Andiron. » »  Page 119
  • « Richard Bolitho avait été accueilli avec les formalités voulues à la coupée du navire amiral et le capitaine du Cassius lui avait souhaité la bienvenue très courtoisement. Il semblait mal à l’aise et inquiet, ce qui n’avait rien d’étonnant, pensa Bolitho, avec un homme comme sir Robert à son bord. La première fausse note était venue ensuite. On l’avait introduit dans une cabine voisine des appartements de l’amiral, en le priant d’attendre que celui-ci veuille bien le recevoir. Son livre de bord et tous ses rapports avaient été emportés et il était resté près d’une heure à se ronger dans cette cabine sans air. »  Page 119
  • « « Je ne veux pas de querelles à bord de mon navire, monsieur Herrick. Encore la moindre chose et je vous signale au livre de bord ! » »  Page 182
  • « Vibart se renversa sur sa chaise. « Dites « Monsieur « quand vous vous adressez à moi, monsieur Herrick ! » Il fronça les sourcils. « Je ne comprends pas pourquoi vous vous acharnez ainsi à aggraver votre position ! » Il poursuivit froidement : « Faites une note au livre de bord, monsieur Herrick ; punition demain matin dès qu’on aura piqué huit coups. Deux douzaines de coups de fouet chacun. » »  Page 183
  • « Jusqu’au dernier instant, même lorsque Vibart avait refermé le Règlement de Discipline en temps de guerre et annoncé d’une voix rude : « Quatre douzaines, monsieur Quintal ! » Herrick doutait fort que Kirk eût entendu le moindre mot. »  Page 206
  • « « Kirk est mort », dit-il sans préambule. « Je l’ai fait coudre dans son hamac bien proprement. »
    Herrick répondit : « Très bien, je vais le marquer au livre. » L’haleine du chirurgien était chargée de rhum. Le lieutenant se demanda comment cet homme pouvait accomplir ses fonctions.
    « Vous pourrez aussi écrire sur le livre, poursuivit Ellice, que j’en ai plus qu’assez de ce navire et de son maudit équipage. » »  Page 210
  • « Bolitho aperçut le livre des punitions et il ressentit à nouveau cette bouffée de colère lasse. Tandis qu’il était prisonnier de son propre frère, le mal avait repris à bord, punition après punition. »  Page 242
  • « « C’est moi, bougre, qui te couperai en pièces ! » La bonne humeur de Onslow s’effaça un instant, puis il ajouta, plus calme : « À présent, écoutez-moi bien, vous tous. Il nous faut attendre encore un peu pour que les gars soient bien inquiets. Et puis, quand le moment sera venu, je vous dirai ce que je veux. Ce crétin de Ferguson continuera à surveiller le livre de bord pour moi, pour que je sache exactement où nous sommes. Quand on s’approchera un peu de la terre, je serai prêt. » »  Page 273
  • « Il se retourna vers Allday. « Étant donné votre comportement depuis que vous avez embarqué, j’avais pour vous de grands espoirs, Allday. M. Herrick m’avait parlé en votre faveur, mais cette fois, je ne peux trouver de raisons d’indulgence. » Il fit une pause. « D’après le Règlement de la discipline en temps de guerre, je pourrais vous faire pendre immédiatement, mais j’entends que vous soyez jugé en cour martiale, dès que ce sera possible. » »  Page 288
  • « Malgré tous ses efforts, il ne pouvait écarter de son esprit la pensée de Allday et du commis assassiné. Il aurait dû être capable de se dire que tout cela était terminé. Une simple ligne dans le livre de bord dont on parlerait quelque temps avant de l’oublier. »  Page 289
  • « « Tu avais raison, pour Onslow, c’est un mauvais. » Il frissonna. « Je pensais qu’il voulait simplement être gentil avec moi. Je lui ai dit des choses que j’avais vues sur le livre du capitaine, sur ce que le navire faisait. » »  Page 307
  • « « Je m’en vais aller à bord du Cassius pour parler à l’amiral. » Il se tourna vers la pile de rapports proprement rangés sur sa table. « Il y a tant de choses que sir Robert voudra savoir. » Quelle formule banale, se dit-il avec amertume. Comme les phrases du livre de bord, vides de tout sentiment ou de toute vie. Comment pourrait-il décrire l’atmosphère du pont principal lorsqu’il avait dit une prière avant que l’on n’immerge les corps cousus dans leurs toiles ? »  Page 319
  • « Il avait attendu, bouillant d’impatience, dans une cabine voisine, tandis que l’amiral lisait ses rapports. »  Page 325
  • « La voix de Bolitho vint interrompre les pensées de Herrick. « Notez au livre de bord, monsieur Proby : nous avons engagé le combat. » »  Page 356
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2,5 étoiles, B

Bonbons assortis

 

Bonbons assortis de Michel Tremblay.

Éditions Leméac / Actes Sud; publié en 2002; 179 pages

Récit de Michel Tremblay paru initialement en 2002..

bonbons assortis

Michel Tremblay vient d’une famille catholique de condition sociale peu avantageuse. Ils vivaient à dix dans un appartement de sept pièces sur la rue Fabre à Montréal. En plus de ses parents et ses frères, il y avait avec eux sa grand-mère Tremblay et la famille de sa tante Robertine. Michel raconte huit anecdotes, toutes tirées de son quotidien dans les années 1940 alors qu’il avait environ 5 ans. Il décrit surtout ce que c’était d’être enfant dans ce milieu. La mère de Michel, comme la majorité des femmes de cette époque, règne dans son foyer. Elle met tout en œuvre pour transmettre à ses enfants le désir de vivre dans la dignité. Elle organise leur quotidien et les évènements importants pour son petit monde pour qu’ils soient tous heureux. Il y a les préparatifs des fêtes de Noël et de la première communion de Michel ou tâche plus ardue, trouver un cadeau de mariage pour la petite voisine. Mais, le crêpage de chignons est inévitable dans ce microcosme surpeuplé. Quand la tension monte, tous doivent mettre de l’eau dans leur vin pour atténuer les conséquences.

Dans ce récit Michel Tremblay nous présente les membres de sa grande famille. Il se plaît à montrer leur générosité et leurs travers qui sont amplifiés par l’exiguïté du logement habité par dix personnes. Il raconte quelques scènes de sa petite enfance, toutes emplies de délicatesse, d’humour et de sensibilité. C’est avec talent que Michel Tremblay décrit le bonheur familial, qui faisait l’envie des voisins. De quelques traits, il peint les portraits des siens. Par contre, ceux-ci sont beaucoup trop superficiels pour qu’on puisse vraiment s’attacher aux membres de sa famille. La personne la mieux décrite est sans contredit sa mère adorée, au coeur tendre mais à la rigueur de fer. Celui qui est le moins décrit est son père. Ce qui est dommage car lorsqu’il est présent, on a l’impression que c’est un type gentil et solide. Malheureusement, ces petites histoires sont trop décousues, sans lien entre elles pour arriver à nous captiver.

La note :2,5 étoiles

Lecture terminée le 27 juillet 2013

La littérature dans ce roman :

 

  • « – Le mot pet est pas vulgaire, madame Tremblay, c’est celui qui le fait qui l’est, pis laissez-moi vous dire que vous êtes pas mal spécialiste dans le sujet !
    Sans ajouter un mot, ma grand-mère se drapa dans sa dignité et quitta la salle à manger pour aller se réfugier dans sa minuscule chambre où l’attendait le dernier Henry Bordeaux ou le nouveau Hervé Bazin, ses consolations à tout, surtout aux vérités qu’elle refusait de voir parce qu’elles ne faisaient pas son affaire. »  Page 33
  • « T’as pas été leur dire ça ! T’as pas été leur dire ça ! Mais t’as pas de tête su’es épaules, mon pauvre enfant ! Comprends-tu au moins ce que t’as faite ? J’pourrai pus jamais regarder c’te monde-là en face ! Pis eux autres non plus ! On pourra même pus se saluer sur le parvis de l’église ! Chaque fois qu’on va se voir, y va y avoir un plat de pinottes qui va flotter entre nous autres ! Lise voudra pus voir ta cousine Hélène ! Madame Allard voudra pus prêter de livres à ta grand-mère Tremblay ! Pis quand je passe devant chez eux pour me rendre au restaurant de Marie-Sylvia, comme ça m’arrive quasiment tou’es jours, l’été, madame Allard va-tu me tendre mon beau plat de pinottes avec de la moutarde dedans pour rire de moi ? Pis de notre pauvreté ! Non, c’est vrai, c’est pas elle qui va l’avoir, y va être chez Lise… Mais entéka ! On est trop pauvre pour acheter des cadeaux de noces, c’est vrai, mais c’tait pas nécessaire d’aller leur en faire la démonstration ! »  Pages 44 et 45
  • « La fameuse légende de la foudre qui traverse la maison d’un bout à l’autre pendant un orage en laissant derrière elle une trace noire sur le plancher et une odeur de roussi, annonciatrice de malheurs et de cataclysmes, a accompagné toute ma petit enfance. C’est ma grand-mère Tremblay qui la racontait, les yeux ronds, la voix rauque, le geste menaçant, comme à la fin du Petit Chaperon rouge quand le grand méchant loup prend la parole pour régler son cas à la petite niaiseuse. »  Page 51
  • « « L’hiver y fait trop frette, pis l’été y fait trop chaud. Moé, j’me contenterais du mois de mai ou ben du mois de septembre à l’année ! Y paraît qu’au Paradis terrestre, là, c’était le mois de septembre à l’année ! Y avait tout le temps des fruits, pis tout le temps des légumes ! Y pouvait en manger du frais à l’année, les chanceux ! Tiens, ça veut même dire, Nana, que quand t’es venue au monde, un 2 septembre, y faisait la même température qu’au Paradis terrestre ! »
    Ma mère avait posé ses deux mains sur ses hanches comme lorsque j’avais fait un mauvais coup et que le ciel allait me tomber sur la tête.
    « Madame Tremblay ! Franchement vous lisez trop pour croire des niaiseries pareilles ! Qui c’est qui est allé tchéker ça ? Hein ? Y avait-tu ne météorologue au Paradis terrestre ? C’es-tu dans la Bible, coudonc ? Dieu inventa le mois de septembre et vit que c’était bon ? Vous êtes trop intelligente pour croire ça ! »  Pages 56 et 57
  • « Le Père Noël rit beaucoup, vraiment beaucoup, et je fronce un peu les sourcils : ce rire un peu niaiseux ne m’est pas tout à fait inconnu, on dirait…
    « Vous êtes pas après boire de la bière, là, toujours ? Vous risez comme quand mon mononcle boivent trop !
    – Pantoute ! chus sobre comme Job avant qu’y parde sa job. Coudonc, c’tait-tu Job qui était sobre ? En tout cas, chus sobre comme celui qui était sobre dans la Bible ! Pis je travaille comme un démon. »  Page 92
  • « « Y en a pas de cheminée, ici, on chauffe au charbon… y a même pas de foyer. Pis les tuyaux se promènent en dessous du plafond dans toute la maison pour apporter de la chaleur partout, y pourrait se perdre… Par où c’est qu’y passe, donc, le père Noël, pour venir porter les jouets ? »
    À l’épaisseur du silence qui était alors tombé dans la salle à manger, j’ai compris que je venais de soulever là une important question : on aurait pu le couper en portions et en laisser une au père Noël.
    Quelques personnes préventes avaient balbutié des débuts d’explications, toutes plus farfelues les unes que les autres et qui n’allaient jamais très loin, et c’est Jacques, en fin de compte, comme c’était souvent le cas, qui avait mis fin au malaise en disant qu’il se renseignerait, le lendemain, qu’il fouillerait dans des livres, qu’il poserait des questions au collège Sainte-Marie, où il achevait ses études classiques, pour trouver la réponse, qu’il la trouverait sûrement… »  Pages 105 et 106
  • « « J’ai trouvé ça après-midi dans la biographie du père Noël publiée en France, l’année passée… Imagine-toi donc que pour les maisons de ville comme ici où y a pas de cheminée pour qu’y se glisse jusque dans le salon, le père Noël aurait en sa possession… tiens-toi ben, mon p’tit gars… Y aurait en sa possession une brique magique qui le fait rapetisser pis grandir comme y veut ! »  Page 108
  • « – Comment ça marche ?
    – J’peux pas te dire, comment ça marche, tu comprends, c’est de la magie, ça doit être un secret bien gardé, mais j’peux te dire comment y s’en sert, par exemple… Le biographe dit que…
    – C’est quoi, ça, un bilographe ?
    – C’est un monsieur qui écrit la vie de quelqu’un après sa mort.
    – LE PÈRE NOËL EST MORT ?
    – Non, non, non, aie pas peur, y est pas mort, mais y ont déjà publié sa biographie parce que le monde la demandait… Y ont pas attendu qu’y soit mort, lui…
    – Tu vas-tu me le montrer, le livre ?
    Jacques fronça les sourcils, lança un drôle de regard vers maman qui vint aussitôt à sa rescousse.
    « Tu sais pas encore lire, hein, Michel ?
    – Tu le sais ben, moman, je rentre à l’école juste l’année prochaine…
    Mon frère enchaîna aussitôt :
    « Ah oui, c’est vrai. Ben, je peux te l’apporter tu-suite demain, si tu veux… Tu pourras le consulter…
    – Vas-tu me le lire ?
    – Ben… Euh… Pas toute, y a des bouts ben plates… Mais j’t’en lirai un chapitre ou deux, si tu veux… Mais tu l’aimeras pas beaucoup, ce livre-là, Michel, parce qu’y a pas d’images dedans… »  Pages 109 et 110
  • « – Michel va brailler tant qu’on le fera pas…
    – Du chantage, en plus ! T’oses faire chanter ta propre mère ! Comme dans les mauvais romans français ! T’as pas de cœur, Bernard Tremblay ? »  Page 118
  • « Ma mère lui gardait une assiette au chaud ou mettait son steak de côté en nous défendant même de le regarder.
    « C’est pour Jacques. Pauvre lui, y travaille toute la journée au collège, y compte ensuite l’argent de toutes les caisses de Dupuis et Frères, pis y passe ses soirée le nez dans ses livres de devoirs ! Y peut ben être pâle ! » »  Page 130
3,5 étoiles, B

La Ballade de Lila K

La Ballade de Lila K de Blandine Le Callet

Éditions Le Livre de Poche; publié en 2012; 354 pages

Deuxième roman de Blandine Le Callet paru initialement en 2010.

La ballade de Lila K

Paris au XXIIème siècle est ultra sécurisée, soumise au conformisme et à la censure des dirigeants. Chaque citoyen est contrôlé de la naissance à la mort. Bien sûr le moindre écart est sanctionné. À 6 ans, Lila fut enlevé à sa mère parce qu’elle était victime de maltraitance. Vivant dans la Zone, Lila passait ses journées enfermée dans un placard négligée par sa mère droguée et prostituée. Pour sa protection, l’État la place dans un centre pour la soigner et ce jusqu’à sa majorité. Des spécialistes vont la rééduquer : lui réapprendre à parler, à marcher mais aussi à penser selon la ligne directrice. Avec l’aide des gens qui l’entourent, elle traverse les épreuves et doit trouver un sens à sa vie. Lila accepte ces contraintes pour une seule raison : elle veut retrouver sa mère qui a été déchue de tout droit parental. Elle espère que celle-ci lui expliquera pourquoi elles ont été séparées.

Roman futuriste dont le thème principal est la maltraitance des enfants, leur reconstruction et leurs liens émotifs envers leur parent-bourreau. Au début, on a du mal à embarquer car la présentation de ce nouveau monde est faite par bride. C’est finalement sans surprise que l’on découvre un régime totalitaire. Les quartiers intra-muros sont sous haute surveillance et sécurisés mais la Zone, extra-muros, est sale, puante et dangereuse. Le personnage de Lila est très attachant et très bien amené. On découvre au fil de la lecture qu’elle est plus traumatisée par les soins qu’on lui prodigue que par les maltraitances qu’elle a subit. Ce texte est sensible et très original mais surtout très proche d’une déroute possible de notre société. Malgré une écriture sans relief particulier, c’est avec un certain intérêt que l’on parcoure cet ouvrage. Le récit des aventures de Lila est certes bouleversant mais la fin est assez décevante et laisse énormément de questions en suspens.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 5 avril 2013

Lecture de mon Baby Challenge 2013Contemporain

Baby challenge contemporain

La littérature dans ce roman :

  • « Il s’est mis à me réciter des poèmes, chaque matin. Toutes sortes de vers, libres ou réguliers – il n’était pas sectaire. Je devais fermer les yeux – M. Kauffmann assurait qu’on entend mieux les yeux fermés. Lorsqu’il avait fini, je lui disais souvent :
    – Je n’ai pas tout compris.
    – Encore heureux, fillette ! Allez, maintenant, tu m’apprends ça par cœur.
    Je ne voyais pas trop l’intérêt, mais M. Kauffmann avait l’air d’y tenir : On ne sait jamais, cela pourrait servir à l’occasion. Alors j’obéissais : chaque jour, j’apprenais un poème, parfois deux. » Page 40
  • « Continue à apprendre ces poèmes, Lila. Je te promets que tu finiras par comprendre à quoi ils servent. Tu finiras par le sentir. » Page 40
  • « Un jour que j’étais sur le toit, à penser à ma mère en regardant la pluie qui tombait sur la ville, un poème m’est soudain revenu en mémoire. Il parlait de tristesse, et il était parfait – je veux dire, il convenait parfaitement à l’instant : la pluie et mon chagrin, et la ville à mes pieds. C’était la première fois que cela arrivait.
    Je me suis avancée jusqu’au bord du toit. J’ai dit : Écoute-moi, maman : Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville. C’était comme si les mots m’appartenaient. Comme si le poème était à moi, tout entier. Comme si je venais de l’inventer. Je l’ai murmuré très lentement, plusieurs fois, pour ma mère, où qu’elle soit. » Pages 40 et 41
  • « Les mots me venaient au bord des lèvres sans que j’aie à y penser. Les poèmes fleurissaient dans mon crâne avec mes émotions, et même dans plusieurs longues, car M. Kauffmann tenait mordicus à ce que je sois polyglotte. » Page 41
  • « Souvent, je parlais à ma mère. Je lui récitais des poèmes de tristesse et d’amour en essayant de me persuader qu’elle pouvait les entendre. » Page 47
  • « – Viens donc voir, fillette !
    Je me suis approchée.
    – On appelle ça des livres. Tu vas voir, tu n’en reviendras pas.
    J’ai levé un sourcil sceptique. Il avait beau dire, ça ne » Page 53
  • « – Viens donc voir, fillette !
    Je me suis approchée.
    – On appelle ça des livres. Tu vas voir, tu n’en reviendras pas.
    J’ai levé un sourcil sceptique. Il avait beau dire, ça ne payait pas de mine. Mais lui semblait très excité. Il s’est emparé d’un volume, puis il l’a soulevé à hauteur de mes yeux.
    – Regarde bien, Lila
    J’ai soudain vu le livre s’ouvrir entre ses mains, éclater en feuillets, minces souples et mobiles. C’était comme une fleur brutalement éclose, un oiseau qui déploie ses ailes.
    – Ça t’en bouche un coin, n’est-ce pas ?
    Je n’ai pas répondu. Je regardais ses doigts qui feuilletaient les pages, couvertes de signes noirs et de taches colorées.
    – Eh bien, tu as perdu ta langue ?
    – Comment dites-vous que ça s’appelle ?
    – Un livre. C’est ce qu’on avait, avant les grammabooks.
    – et… qu’est ce qu’il y a écrit là-dedans ?
    – Cela dépend du livre.
    J’ai ouvert des yeux ronds. Je n’y comprenais rien.
    – Laisse-moi t’expliquer : tu vois, avec un grammabook, on n’a qu’un écran vierge sur lequel vient s’inscrire le texte de ton choix. Un livre, lui, est composé de pages imprimées. Une fois que le texte est là. On ne peut plus rien changer. Les mots sont incrustés à la surface. Tiens, touche.
    J’ai posé la main sur la feuille. J’ai palpé, puis j’ai gratté les lettres, légèrement, de l’index. M. Kauffmann disait vrai : elles étaient comme prises dans la matière.
    – Ça ne peut pas s’effacer ?
    – Non, c’est inamovible. Indélébile. Là réside tout l’intérêt : avec le livre, tu possèdes le texte. Tu le possèdes vraiment. Il reste avec toi, sans que personne ne puisse le modifier à ton insu. Par les temps qui courent, ce n’est pas un mince avantage, crois-moi, a-t-il ajouté à voix basse, Ex libris veritas, fillette. La vérité sort des livres. Souviens-toi de ça : Ex libris veritas. » Pages 53 et 54
  • « D’un geste, il a montré les livres empilés dans la caisse.
    – Je t’ai préparé là une petite sélection qui devrait t’intéresser. » Page 55
  • « Hé hé, fillette, comme tu ne tarderas pas à t’en rendre compte, les livres sont bien plus confortables que les grammabooks. On peut les lire des heures durant sans avoir mal aux yeux. Ça non plus, ce n’est pas un mince avantage.
    J’ai pioché au hasard un des livres sur le dessus de la caisse, et feuilleté quelques pages. J’allais le refermer, lorsque j’ai vu l’encart au verso de la couverture : Le papier imprimé peut contenir des substances toxiques et des micro-organismes susceptibles de déclencher chez les sujets fragiles de graves allergies, entraînant lésions cutanées et difficultés respiratoires. Il doit être manié avec précaution. Il doit être tenu hors de portée des enfants. Je vous fais grâce de la suite, cous connaissez mieux que moi l’avertissement du Ministère. » Pages 55 et 56
  • « À compter de ce jour, je n’ai plus lâché mes livres. J’avais toujours dans la poche un petit in-quarto protégé par sa housse transparente réglementaire. Je m’y plongeais dès que j’avais quelques instants de liberté. J’y consacrais toutes mes heures perdues, ces heures de solitude où le temps, parfois, me semblait si lourd que je n’aurais rien trouvé d’autre à faire que retenir mes larmes, si je n’avais pas eu la lecture. » Pages 56 et 57
  • « Quand j’ai eu terminé tous les livres contenus dans la caisse – des contes, des romans, des albums illustrés, plusieurs essais d’histoire et de sociologie, des poèmes en latin, et un traité d’architecture -, M. Kauffmann les a remportés, et m’en a prêté d’autres. Je les ai dévorés avec le même plaisir, la même frénésie. » Page 57
  • « Je me moquais un peu du contenu des livres. Ce que je recherchais, surtout, c’est le pouvoir qu’ils m’accordaient. J’arrivais grâce à eux à m’abstraire de ma vie. » Page 57
  • « Je crois que ce sont les livres qui ont tout déclenché. Les étroits n’ont pas apprécié, à cause des dangers potentiels pour ma santé.
    C’était l’époque où le gouvernement venait de lancer la première grande collecte d’ouvrages détenus par les particuliers, vous devez vous en souvenir. Ces cul serrés ont prétendu que l’initiative de M. Kauffmann risquait de passer pour de la provocation aux yeux du Ministère, et ils lui ont demandé de reprendre ses livres dans les meilleurs délais. » Pages 57 et 58
  • « La troisième année de son protocole s’est achevée sans qu’il cède d’un pouce, pour les livres. La Commission a réitéré ses réserves. » Page 59
  • « M. Kauffmann estimait qu’on ne doit pas s’encombrer avec la tristesse : Profitons des moments que nous passons ensemble, fillette, sans nous mettre la rate au court-bouillon. On a fit ce qu’il disait : on a savouré chaque minute. Il m’apportait des livres, me jouait du violoncelle. On montait parfois sur le toit pour réciter des vers aux quatre vents. » Pages 61 et 62
  • « Je n’ouvrais la bouche que pour bâiller aussi bruyamment que possible. Ou alors, je me plongeais dans un livre, que je levais bien haut pour masquer mon visage. Lui, faisait semblant de rien : il me parlait de la pluie, du beau temps, puis encore de la pluie. En un mot, il meublait le silence. Parfois, il faisait mine de s’intéresser à mes livres, qu’il feuilletait non sans avoir pris soin d’enfiler une paire de gants de protection. » Page 62
  • « – Bon, on s’occupe d’ouvrir ton cadeau? a-t-il proposé, comme s’il était pressé de passer à autre chose.
    J’ai posé le paquet sur le bureau. n m’a aidée à déchirer l’opercule. C’était un dictionnaire ancien, énorme, le plus lourd que j’aie jamais eu entre les mains.
    – Je voulais t’en offrir un plus récent, mais il devient de plus en plus difficile de trouver des éditions papier de qualité acceptable. Celui-ci date du début du siècle dernier. il fera très bien l’affaire. Et tu noteras, fillette, la qualité de la couverture ! Du galuchat. Très beau. Très cher. Je l’ai f ait poser spécialement, afin de personnaliser l’ouvrage.
    J’ai effleuré le dictionnaire du bout des doigts. C’était doux, et ça m’a fait venir les larmes aux yeux. J’ai tout de suite chaussé mes lunettes de soleil- ce n’était pas le moment de se laisser aller. » Page 65
  • « – Prends bien soin de ce dictionnaire, Lila. Il y a tout là-dedans. Tous ce dont tu as besoin. Et n’oublie par : il est à toi. Personne n’a le droit de te l’enlever. » Page 66
  • « TI m’a tout raconté- enfin, assez pour que je comprenne en gros ce qui s’était passé : la motion de défiance votée fin août par les membres de la Commission, puis la convocation devant le Grand Conseil début septembre, puis la révocation.
    – Pourquoi vous ne m’avez rien dit ?
    – Il ne voulait pas qu’on t’en parle. Il m’avait fait promettre.
    – Tout ça, c’est à cause de mot ? À cause des livres ?
    Il a secoué la tête.
    – C’est bien plus compliqué. » Pages 67 et 68
  • « Le soir, j’ai sorti du tiroir la belle écharpe en soie, et je l’ai cachée dans la housse de mon oreiller, bien à plat, insoupçonnable. Je voulais éviter qu’on la trouve, afin de ne pas risquer de me la faire confisquer. Cela n’aurait pas été juste, car elle était à moi. Il me l’avait offerte, je le comprenais enfin : avec le dictionnaire, elle était son cadeau d’adieu. » Page 68
  • « – Que venez-vous faire ici?
    Il a hésité un moment, avant de murmurer, passablement gêné :
    – Je suis venu reprendre les livres de l’ancien directeur. Ordre de la Commission.
    Puis il s’est dirigé vers la bibliothèque, et il a entrepris de ramasser les volumes alignés sur les étagères.
    Il y a des moments où il faut savoir surmonter son dégoût. Accepter le corps-à-corps, quand la cause l’exige. Cogner, mordre, frapper. C’est ce que j’ai fait : je me suis jetée sur lui ; bec et ongles, j’ai défendu mes livres. » Page 70
  • « Tandis qu’il entassait les livres dans le caisson, je gueulais tout mon soûl en le traitant de salopard, d’ordure, de crevard et j’en passe. Ça ne me soulageait même as. Lui, continuait d’entasser les livres. » Page 71
  • « – Il en reste un, là-bas.
    Il pointait le dictionnaire sur la table de nuit. J’ai crié en me débattant de plus belle :
    – Celui-là, il est à moi ! Vous n’avez pas le droit de me le prendre ! » Page 71
  • « – Monsieur, je vous en prie, laissez-moi le dictionnaire. Il est à moi. C’est un cadeau que m’a fait monsieur Kauffmann pour mon anniversaire. » Page 72
  • « – Et le livre, tu le prends pas? lui ont crié les autres.
    – Elle dit qu’il est à elle.
    – Qu’est-ce que ça peut faire ?
    – J’ai ordre de récupérer les livres de l’ancien directeur.
    – Et alors ?
    – Alors, elle dit que celui-ci lui appartient. Donc, je le prends pas. » Pages 72 et 73
  • « – La bonne nouvelle, c’est que la Commission t’autorise à conserver le dictionnaire. Ils ne voulaient pas en entendre parler, au début, mais je les ai menacés de demander une enquête sur la façon dont s’étaient comportés avec toiles hommes de la Sécurité. Ça les a bien calmés. Voilà. Tu gardes le dictionnaire. » Page 73
  • « Toute la nuit, j’ai rêvé, de M. Kauffmann, de Lucienne. Nous étions sur le toit. M. Kauffmann jouait du violoncelle. Le sol était jonché de livres dont les pages s’envolaient avec la musique. Et Lucienne riait. Moi aussi. Au matin, je n’étais plus en colère. » Page 91
  • « Alors, je suis restée avec mon obsession, me contentant, à chacune de mes visites, d’aller faire un tour en cuisine pour humer au passage l’assiette de Pacha, ou grappiller quand je le pouvais quelques miettes restées collées à la paroi d’une boîte tramant sur la paillasse. Je rejouais à ma façon, secrète et solitaire, une version insolite du supplice de Tantale. » Pages 100 et 101
  • « J’ai écrasé la boîte contre le sol. Le métal s’est aplati sans peine sous ma paume. J’ai tout dissimulé sous la couverture cartonnée de mon gros dictionnaire. C’était le dernier endroit où ils iraient fouiller. Ils avaient bien trop peur des livres. » Page 106
  • « Ensuite, je me mettais à déclamer des vers, à burler des insanités, comme autrefois avec M. Kauffmann. Ça faisait un bien fou, tous ces putain d’Adèle et ces bordel à cul, au milieu des alexandrins. Revenue dans ma chambre, je passais des heures à lire le dictionnaire, choisissant les termes les plus rares et les plus compliqués, dont j’apprenais par coeur la définition. » Page 123
  • « En désespoir de cause, je me suis mise à feuilleter le dictionnaire. J’avais toujours trouvé cela très apaisant, parce que cela m’aidait à sentir sa présence, un peu comme si son âme était déposée là, et qu’à chaque page tournée, il s’en libérait un fragment. J’ai repensé au jour où il m’avait fait ce cadeau. » Page 126
  • « Il y a tout là-dedans. Tout ce dont tu as besoin. C’est ce qu’il m’avait dit en me donnant le dictionnaire. Tout ce dont j’avais besoin.
    Mon sang n’a fait qu’un tour, et mon cœur a suivi, diastole, systole, à toute volée, j’en avais presque mal. Je me suis mise à feuilleter les pages avec frénésie .Il ya tout là-dedans. C’était cela, l’indice. Tout ce dont tu as besoin. Les renseignements sur ma mère devaient se trouver là. C’était forcément ça. » Pages 126 et 127
  • « De toute façon, si ce dictionnaire avait contenu la moindre information relative à ma mère, je m’en serais rendu compte depuis un bon moment. Tant de fois je l’avais parcouru en tous sens.
    J’ai refermé le dictionnaire, et je suis restée là, à le regarder bêtement. » Page 127
  • « Durant quelques instants, j’ai contemplé le dictionnaire posé devant moi. Mon trésor. Puis, avec précaution, j’ai entrepris de décoller la belle couverture. M. Kauffmann avait raison : il suffisait de faire fonctionner sa cervelle. » Page 127
  • « Un simple bout de papier soigneuse plié, sur lequel j’ai tout de suite reconnu son écriture belle, fine et penchée :
    Buc. 4,60 – Parve puer risu
    En. 4,1.86.L’88 – et magnas territat urbes tan ficti pravique tenax quam
    124º est ex libris veritas
    Un message codé. » Page 128
  • « Est ex libris veritas ne m’a pas posé de problème. M. Kauffmann me l’avait répété assez souvent, que la vérité sort des livres.
    Quant aux indications Buc. 4,60 et En. 4,186.188, je connaissais suffisamment mes classiques pour savoir qu’il s’agissait de références à des vers de Virgile : Bucoliques, livre IV, vers 60 ; Énéide, livre IV, vers 186 à 188. M. Kauffmann disait que Virgile était un grand génie. Il m’avait fait apprendre par cœur tous ses poèmes. Cinq ans après, je les savais encore. Le vers des Bucoliques disait :
    Incipe, parve puer, risu cognoscere matrem.
    « Petit enfant, apprends à reconnaître ta mère à son sourire. »
    Le passage de l’Énéide émit une description de la Renommé, un monstre malfaisant parti pour dénoncer à l’univers entier le scandale des amours de Didon et Énée :
    Luce sedet custos aut summi culmine tecti
    Aut turribus altis, et magnas territat urbes
    Tam ficti pravique tenax quam nuntia veri.
    « Le jour, elle guette, postée au sommet d’un toit ou sur de hautes tours, et sème la terreur dans les grandes cités, en répandant sans cesse autant d’inventions et de calomnies que de vérités. » » Page 129
  • « Ex libris veritas. C’était si simple, si évident. Dès le début j’aurais dû deviner.
  • Tout là-bas se dressaient’ comme de grands livres à ciel ouvert, les trois immenses tours de la Grande Bibliothèque. » Page 132
  • « * Est-ce que vous croyez que je pourrais travailler dans un endroit comme la Grande Bibliothèque, par exemple ? Les livres, c’est tranquille…
    – Les livres, bien sûr, a-t-il murmuré en regardant le dictionnaire sur le bureau. J’aurais dû m’y attendre.
    – Est-ce que… est-ce que vous pensez que cela poserait un problème ?
    – Les livres… Tu n’ignores pas que c’est un domaine sensible. » Page 135
  • « Désemparée, j’ai ouvert le dictionnaire, et je me suis mise à le feuilleter au hasard. Tous ces mots défilant sous mes yeux, imbattable, imbécile, imbriqué, imbroglio, sans queue ni tête, manomètre, manouche, manquement, mansuétude, sans rime ni raison. Pour aboutir à quoi ? Lila Breloque, Lila Brucellose, Lila Barbiturique… Absurde. J’ai refermé brusquement le dictionnaire » Page 138
  • « – Pas d’affolement, a-t-il répété avec calme. Prends quelques jours pour réfléchir. Quelques semaines, si besoin. Ne t’inquiète pas, ça viendra. Dès que tu auras trouvé, préviens-moi.
    J’ai hoché la tête, pensivement, les yeux toujours fixés sur le dictionnaire. Je me suis mise à caresser la couverture, machinalement. » Page 139
  • « – Jules César a dit : Alea jacta est. Le sort en est jeté. Eh bien voilà, Fernand, j’ai décidé de franchir mon Rubicon : je vais ouvrir ce dictionnaire au hasard, et choisir pour nom de famille le premier mot de la page de droite. Ensuite l’affaire sera réglée, on n’en parlera plus ! » Page 139
  • « Sans me soucier plus longtemps de sa mine consternée, j’ai fermé les yeux, et, prenant une grande inspiration, j’ai ouvert le dictionnaire en criant : Alea jacta est ! » Page 140
  • « Enfin, je me suis décidée. Et j’ai vu. Le dictionnaire était ouvert à la lettre K. Elle s’étalait en rouge sur une demi-page. K. » Page 140
  • « – Pas du tout, Fernand ! Le dictionnaire compte 3729 pages. J’avais annoncé que mon choix porterait sur une page de droite. Il y avait donc une chance sur 1865. » Pages 140 et 141
  • « Après son départ, je suis restée assise en face du dictionnaire, à contempler la lettre rouge sang. Lila K, Lila K, Lila K, cela résonnait en moi comme une évidence joyeuse. J’ai posé la joue sur la page. Elle était douce et tiède comme une peau vivante. » Page 141
  • « Ex libris veritas. » Page 160
  • « J’ai passé le reste de la journée à ranger les objets que j’avais emportés : mon grammabook, le dictionnaire, le kaléidoscope, le stylo, la boussole, la ramette de papier et la bouteille d’encre, dont les scellés étaient encore intacts. » Page 161
  • « – Cela me conviendra tout à fait, Copland a fait mine de consulter le grammabook posé sur son bureau. » Page 166
  • « Les consignes figurent sur la lamelle que vous remettra mademoiselle Garcia, Vous voudrez bien les lire attentivement, signer au bas du document, et nous le renvoyer dans les meilleurs délais. » Pages 166 et 167
  • « – Fernand Jublin m’a expliqué que vous aviez disposé de livres anciens, plusieurs années durant.
    – C’est exact, monsieur.
    – Ces consignes doivent donc déjà vous être familières.
    – C’est-à-dire que… non. Je ne prenais pas de précautions particulières, à vrai dire. Je manipulais les livres à mains nues.
    Il m’a regardée, effaré. » Page 167
  • « – Les documents sont conservés en réserve, au sous-sol. Les employés chargés de la numérisation n’y ont pas accès. Ce sont les magasiniers qui assurent le transport. Un magasinier par étage. Pour le nôtre, c’est Scarface.
    – Scarface?
    – En fait, il s’appelle Justinien, mais ici, tout le monde l’appelle Scarface. Je vous préviens tout de suite, ça n’est pas un cadeau ! Mais c’est le protégé de monsieur Templeton, alors on est bien obligé de le supporter.
    – Scarface.
    Elle a eu un petit rire.
    – Vous verrez, vous ne serez pas déçue.
    Je n’ai pas vraiment compris ce qu’elle voulait dire, et je n’ai pas eu envie de le lui demander. Je n’avais pas besoin d’en apprendre davantage pour savoir que ce Scarface était d’ores et déjà pour moi la personne la plus importante de cette bibliothèque, celle sur laquelle devraient se concentrer tous mes efforts. » Page 171
  • « C’était peut-être de me retrouver tous les jours au coeur de la Grande Bibliothèque qui me donnait cette force. Sentir ces livres autour de moi, dans étages et les profondeurs du sous-sol, tous ces signes alignés, ces mots, ces phrases, avec au milieu d’eux, la vérité-ou du moins, un fragment – qui me conduirai à ma mère. » Page 178
  • « Je continuais à rêver, chaque matin, devant les portraits tristes du grand bureau désert. De temps en temps, je notais un changement : une pile de documents déposée sur le bureau, enveloppée dans sa housse, ou bien l’installation d’une vitrine supplémentaire, bourrée de livres anciens. » Page 190
  • « Maintenant, je peux bien l’avouer : dès le début, vous m’avez attirée- dès le début, je veux dire, avant même notre rencontre. À cause des livres dans votre bureau, des stylos sur la console, des portraits accrochés aux murs. » Page 211
  • « – J’aime beaucoup votre bureau.
    Je vous ai vu lever un sourcil étonné qui a accentué les rides sur votre front.
    – C’est.., c’est à cause des livres, ai-je ajouté, comme pour me justifier.
    – Les livres, bien sûr. J’ai lu votre dossier.
    Vous m’avez dévisagée longuement, en silence, puis vous m’avez soudain demandé :
    – Je viens justement de récupérer un ouvrage ancien, assez intéressant. Cela vous plairait-il de venir y jeter un coup d’oeil ?
    – C’est très gentil à vous… j’ai beaucoup de travail en retard, et il faut absolument que j’aie le temps de tout rattraper avant 9 heures, et …
    – Cela ne prendra que quelques minutes, vous savez. Si vous aimez les livres…
    Je vous ai regardé, indécise. C’était tellement tentant. Et puis, comment refuser sans paraitre grossière ?
    Alors, j’ai accepté, et vous avez souri.
    Le livre était sur le bureau, enveloppé dans sa housse hermétique. Je m’en suis lentement approchée. Soudain, c’était comme autrefois, lorsque M. Kauffmann arrivait dans ma chambre en poussant devant lui son caisson à roulettes, la même excitation en découvrant le titre – San Francisco Museum of Art, th Complete Collections -, la même fébrilité en défaisant la housse, le même trouble, quand ma main s’est posée sur la couverture. » Pages 213 et 214
  • « Je me suis mise à feuilleter les pages, aussi émue par la beauté des planches que par le simple fait d’effleurer le papier.
    – Alors, comment le trouvez-vous ?
    – Magnifique. Et c’est si étrange de penser que la plupart de ces oeuvres n’existent plus.
    Vous avez hoché la tête en silence. J’ai continué à regarder le livre. » Page 215
  • « J’ai pris quelques minutes, encore, pour admirer l’ouvrage, puis je l’ai refermé à contrecœur.
    – Vraiment extraordinaire. Je peux vous demander où vous l’avez trouvé ?
    – Dans la Zone, mademoiselle, comme tous les documents que vous voyez ici.
    – Dans la Zone ! Ils ont des livres, là-bas ?
    – Ce ne sont pas des sauvages, vous savez, malgré ce que certains peuvent raconter. Toutes tes bibliothèques n’ont pas brûlé lors des émeutes de 91.
  • – Vous voulez dire qu’on lit encore sur documents papier, au-delà de la frontière ?
    – Oui, la plupart du temps. À quelques rares exceptions près, rien n’a été numérise. C’est précisément cela l’objet de mes grandes missions, comme dit monsieur Copland : faire un état des lieux et proposer un plan de numérisation.
    – Tous ces livres papier, en libre accès ! Je n’imaginais pas…
    – Ça ne va pas durer. D’ici quatre ou cinq ans, le gouvernement aura équipé l’ensemble de la population en grammabooks, et collecté les livres demeurés en circulation. Question de santé publique. » Pages 215 et 216
  • « – Je vais vous quitter, maintenant. Merci de m’avoir permis de regarder le livre. » Page 217
  • « Alors, j’ai pris mes précautions : je vous ai évité, comme dans les premiers temps, comme s’il n’y avait jamais eu cette conversation entre nous, ce livre que vous m’aviez laissé feuilleter, les portraits, votre bienveillance polie, comme si tout cela n’avait pas existé » Page 221
  • « Chaque jour, je lisais les articles avec attention, et la même frénésie qu’autrefois les livres, dans ma chambre du Centre. Je gardais tout en mémoire – textes, dates, photos. » Page 243
  • « – Alors, vous êtes prêt à témoigner en ma faveur ?
    – Oui, Lila, à une condition : que tu ne retournes pas à la Bibliothèque.
    – Vous ne pouvez pas me demander une chose pareille !
    – Non seulement je le peux, mais je le fais. La Bibliothèque, c’est de là que vient tout le mal. Ces livres, ces articles qui t’ont tourné la tête.
    – Oh, Fernand, par pitié, n’accusez pas les livres ! Ayez un peu de courage : dites clairement que c’est à Milo que vous en voulez ! » Page 284
  • « Parfois, je repense aux portraits dans votre bureau, à ce que vous m’avez raconté sur la Zone, à ces bibliothèques où les gens peuvent encore lire à livre ouvert, et je me dis que, peut-être, il ferait bon y vivre, malgré la crasse et l’insécurité. » Page 352 
4,5 étoiles, B

Beignets de tomates vertes

Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg

Éditions J’ai Lu; Publié en 2009; 474 pages

Roman de Fannie Flagg paru initialement en 1988 sous le titre « Fried Green Tomatoes at the Whistle Stop Cafe ».

Beignets de tomates vertes

Evelyn Couch est en pleine crise de la quarantaine et ne sait plus très bien où elle en est. Tous les dimanches, elle doit accompagner son mari à la maison de retraite Rose Terrace pour visiter sa belle-mère. Par ennui, elle leur fausse compagnie et se réfugie dans le salon des visiteurs. C’est là quelle rencontre une charmante octogénaire, Ninny Threadgoode. Un rituel s’établi entre les deux femmes : à chaque semaine, Ninny lui raconte un pan de sa vie. Elle se remémore ainsi les moments marquants de sa vie qu’elle a passée en compagnie de Ruth Jamison et d’Idgie Threadgoode à Whistle Stop en Alabama. Elle lui parle de la crise économique de 1929 où l’argent se faisait rare et de la ségrégation la plus idiote qui existait à cette époque. Mais surtout, elle lui raconte les histoires incroyables du café populaire le « Whistle Stop Café ». Ces rencontres entre Evelyn et Ninny redonneront-elles un nouveau souffle à la vie d’Evelyn ?

Dans ce roman Fannie Flagg nous présente le Sud des États-Unis des années 1920 à 1960 avec son lot de difficultés. Elle met bien en lumière la dureté de la vie et les contrecoups du krach boursier. Le point fort du roman est la découverte de la solidarité des gens dans la misère et leurs efforts pour rendre leur vie agréable. C’est aussi un livre qui dénonce les travers de cette époque : le Ku Klux Klan, la haine raciale et ses inégalités. Par contre, elle ne fait qu’effleurer le sujet de l’orientation sexuelle bien que l’histoire aurait permis une exploitation plus approfondit de ce sujet. Les personnages sont convaincants mais surtout attachants particulièrement ceux d’Idgie et de Ruth. Cette lecture fut un pur moment de bonheur et qui a permis d’adoucir la perception que j’avais de cette époque dans le Sud des États-Unis.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 23 mars 2013

Lecture de mon Baby Challenge 2013Contemporain

Baby challenge contemporain

La littérature dans ce roman :

  • « C’est bizarre, les cheveux, vous ne trouvez pas ? La plupart des gens sont fous avec leurs cheveux. Après tout, ça vient de loin, cette obsession. Regardez la Bible : Samson, la reine de Saba et cette fille qui a lavé avec sa chevelure les pieds de Jésus… » Page 42
  • « Evelyn avait du mal à concevoir qu’une Barbara Walters puisse tout abandonner pour un Ed Couch, mais elle n’en essaya pas moins de se conformer au petit livre de La Femme Parfaite. » Page 52
  • « — Bien sûr. Oh! C’est pire qu’une balançoire… un coup en haut, un coup en bas… et puis, vous n’allez pas me dire que vous avez envie d’être maigre! Regardez donc tous ces pauvres bougres ici, ils n’ont que la peau sur les os. Allez donc visiter le pavillon des cancéreux à l’hôpital baptiste, et vous verrez comme ça leur ferait plaisir à tous ces malheureux d’avoir quelques kilos en trop. Aussi arrêtez un peu de vous tracasser pour votre poids et remerciez plutôt le Ciel d’être en bonne santé ! Ce dont vous avez besoin, c’est de lire chaque jour votre bible, surtout le psaume 90. Cela vous aidera comme cela m’a aidée. » Page 80
  • « La Société dramatique de Whistle Stop a donné vendredi soir sa représentation annuelle, et j’ai envie de dire : « Bravo, les filles ! » La pièce s’appelait Hamlet ; c’est un Anglais qui l’a écrite, un certain William Shakespeare, qui n’est plus un étranger à Whistle Stop, car c’est également lui l’auteur de la pièce jouée l’an passé.
    C’est Earl Adcock Jr. qui interprétait le rôle d’Hamlet, et Mary Bess, la nièce du Dr. Hadley, est venue expressément de la ville pour jouer le rôle de sa petite chérie. Au cas où vous auriez manqué l’unique représentation, je vous avise qu’elle se tue à la fin. Je dois avouer que j’ai eu le plus grand mal à comprendre ce que Mary Bess disait. A mon avis, elle est encore trop jeune non seulement pour faire du théâtre mais encore pour voyager.
    Le révérend Scroggins et Vesta Adcock, présidente de la Société dramatique de Whistle Stop et maman d’Earl Jr., incarnaient le père et la mère d’Hamlet. » Pages 83 et 84
  • « — Oui, ma chère, et on ne peut pas être plus noir que ça ! Et ensuite est arrivé Willie Boy, couleur noix de pecan et les yeux verts de sa maman. A l’état civil, son prénom était Wonderful Counselor, comme dans la Bible mais on l’appelait Willie Boy.
    — Woderful Conselor? Je ne me souviens pas de ça. Vous êtes certaine que c’est dans la Bible?
    — Bien sur que oui. Onzell nous a montré le verset : « Et il porteras le nom de Conseiller Extraordinaire. »Onzell etait très croyante. Elle disait que dès qu’elle sentait venir le cafard, elle n’avait qu’a penser au doux Jésus pour sentir son moral gonfler comme c’est biscuits à la crème de lait qu’elle enfournait. Après Willie Boy, elle a mis au monde une fille, Naughty Bird, qui était aussi noire que son père, avec ces drôles de cheveux comme de l’étoupe, mais elle n’avait pas les gencives bleus…
    — Ne me dites pas que ce prénom là venait de la Bible! » Pages 85 et 86
  • « La section féminine de l’E.B.E.B. (Études Bibliques de l’Église Baptiste) de Whistle Stop s’est réunie la semaine dernière, au domicile de Mrs. Vesta Adcock, pour s’entretenir de la manière d’étudier la Bible et de rendre sa compréhension plus facile. Le sujet du jour était : « L’Arche de Noé », et la question : « Pourquoi Noé a-t-il embarqué deux serpents avec lui sur son bateau alors qu’il avait là une belle occasion de s’en débarrasser une bonne fois pour toutes?» Si quelqu’un a une explication, qu’il en fasse part à Vesta. » Page 91
  • « — Alors, dans ce cas, je mourrais pour toi. Qu’est-ce que tu dis de ça? Ne crois-tu pas qu’on puisse mourir par amour ?
    — Non.
    — Pourtant Jésus est bien mort pour ça, non ? C’est écrit dans la Bible ! » Pages 101 et 102
  • « C’est qu’il se prend pour un don Juan, le bougre ! » Page 153
  • « Le lendemain, Smokey trouva deux gars qu’il connaissait et ils enterrèrent le môme au cimetière des vagabonds, dans les environs de Chicago. Elmo Williams sortit le petit bouquin à la couverture rouge qui ne le quittait jamais, un recueil de cantiques de l’Armée du Salut, et il lut d’une voix que le vent froid emportait :
    Réjouissons-nous pour le compagnon disparu
    Car sa misère ici-bas est félicitée là-haut
    Et son âme s’en est allée à bride abattue
    Galoper parmi les prairies du Très-Haut. » Page : 158
  • « C’est pas dans ma nature de me vanter, mais c’est vrai que mon Cleo en avait dans le crâne. Je l’appelais mon dictionnaire. Si jamais j’hésitais sur l’orthographe d’un mot, quand j’écrivais une lettre, je lui demandais : « Hé, Daddy, comment tu écris ce mot-là ?” Et il me le disait. » Page 162
  • « Stump lui en voulut de tant d’exactitude, qui le dispensait de pousser son cri de la caille. L’idée lui en était venue après la lecture du Crime mystérieux des hirondelles qui parlaient. Et puis il avait passé la nuit à imiter le cri en question, jusqu’à ce qu’Idgie le menace de lui envoyer une décharge de plombs dans les fesses s’il continuait à se prendre pour une caille. » Page 190
  • « Comme il est dit dans la Bible: « Il y a beaucoup de maisons dans la maison de Dieu, et je suis prête à y aller”…
    «Mais tout ce que je demande, mon Dieu, c’est qu’il n’y ait pas de linoléum dans la mienne. » Page 202
  • « M’ma, qui était en train d’écosser des petits pois à ce moment-là, lui a simplement désigné la lettre sur la table, sans un mot. Idgie l’a ouverte, mais le plus drôle, c’est que ce n’était pas une lettre du tout, c’était juste une page arrachée de la Bible, le Livre de Ruth, chapitre 1, 16-20:
    Et Ruth dit: Tu auras beau me supplier de ne pas te suivre ou de m’en retourner d’où je viens, j’irai partout où tu iras, j’habiterai où tu habiteras, ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. » Page 211
  • « Elle prit d’autres mesures de salubrité publique : les auteurs de tags et autres graffiti seraient plongés dans un bain d’encre indélébile ; les enfants de parents célèbres n’auraient plus le droit de nous conter leur enfance pas comme les autres dans de prétendus romans ; tous les bons et honnêtes travailleurs auraient droit à un voyage à Hawaii, ainsi qu’à un canot automobile. » Page 263
  • « — Oh, c’est général, ma bonne. La fin du monde est proche. Je ne suis pas certaine qu’on puisse voir l’an 2000. Les bons prédicateurs, ceux qui ne vous hurlent pas dans les oreilles, eh bien, ils disent tous qu’on n’en a plus pour longtemps. C’est écrit dans la Bible. Bien entendu, ils n’en sont pas certains. Seul Dieu sait vraiment ce qui nous pend au nez. » Page 273
  • « Je lui ai dit : “Ma chérie, vous regardez trop la télé, et il ne faut plus que vous pensiez des choses pareilles ! Et puis ce n’est pas à nous de juger les autres. C’est écrit dans la Bible, qu’il y a un jour prévu pour ça, un jour où Jésus redescendra sur Terre pour juger les vivants et les morts.” » Page 280
  • « Comme elle raccrochait, elle se demanda si elle n’irait pas jurer sur la Bible devant le révérend Scroggins que plus jamais elle ne mentirait à Ruth. » Page 283
  • Elle était de nouveau prisonnière et, pour la première fois de sa vie, au milieu d’une foule de Noirs.
    La seule tache pâle était celle de son visage, seule page blanche d’un livre en couleurs, seule fleur anémiée de tout le jardin. » Page 334
  • « — On était en pleine crise et il y avait ce bonhomme qu’on appelait Railroad Bill qui volait dans les trains transportant des denrées destinées aux réserves gouvernementales pour les donner aux gens de couleur qui souffraient de la famine. Il balançait tout ce qu’il pouvait sur la voie et disparaissait avant que les surveillants puissent lui tomber dessus. Ça a duré des années, et Railroad Bill était devenu un personnage de légende pour tous les Noirs du pays. C’était leur Robin des Bois; » Page 359
  • « — Votre nom, je vous prie, demanda le juge.
    — Révérend Herbert Scroggins.
    — Profession ?
    — Pasteur de l’Église Baptiste de Whistle Stop.
    — Placez votre main droite sur la Bible.
    Le révérend Scroggins informa le juge qu’il avait apporté sa bible personnelle, sur laquelle il posa sa main en jurant de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. » Pages 369 et 370
  • « — Ma foi, monsieur, en tant que chrétien, je ne saurais vous dire si elle a menti ou pas. Je crois plutôt qu’elle s’est trompée de date. (Il ouvrit sa bible à une page qu’il avait marquée d’un signet.) J’ai pris l’habitude, voyez-vous, de mentionner dans ma bible les dates exactes des activités de notre paroisse et, en la consultant l’autre soir, j’ai constaté que le soir du 13 décembre a eu lieu notre réunion annuelle pour le renouveau de la foi, et sœur Threadgoode était là, ainsi que son homme à tout faire, George Peavey, qui tenait le stand des rafraîchissements — comme il le faisait chaque année depuis vingt ans. » Page 371
  • « Le juge, l’Honorable Curtis Smoote, savait pertinemment qu’il n’y avait jamais eu de réunion pour le renouveau de la foi au mois de décembre. Et de son siège, il avait également vu que ce n’était pas une bible qu’avait le révérend à l’intérieur de sa liseuse en cuir. » Page : 372 
4 étoiles, B, M

La Saga Malaussène, tome 1 : Au bonheur des ogres

La Saga Malaussène, tome 1 : Au bonheur des ogres de Daniel Pennac

Folio; Publié en 1997; 286 pages

Deuxième roman de Daniel Pennac paru initialement en 1985 et qui est la première partie de la saga Malaussène.

Au bonheur des ogres

Benjamin Malaussène est bouc émissaire professionnel dans un grand magasin. Officiellement, il est contrôleur technique. Dans les faits, lorsqu’un client se présente au bureau des réclamations son patron le convoque pour lui faire prendre le blâme de façon sauvage. Invariablement le client prend pitié et retire sa plainte. Il est aussi le frère aîné d’une famille peu ordinaire. Il y tient le rôle du père car leur mère est sans cesse en cavale amoureuse. Toutefois le bonheur règne dans cette famille atypique lorsque Benjamin leur raconte une parodie des évènements de sa journée. Quand les bombes commencent à exploser partout où il passe dans le magasin, son emploi de bouc émissaire fera de lui le meilleur suspect. Il attire les regards soupçonneux des enquêteurs de la police et de ses collègues de travail. Afin de s’affranchir de tous soupçons, il va mener sa propre enquête avec deux de ses amis.

Roman très divertissant dont l’histoire allie comédie et enquête policière. Le récit est plein d’humour malgré l’aspect très sombre de l’intrigue. Pennac s’est amusé à exagérer les personnages et les situations et c’est réussit. Les personnages sont tous attachants, surtout les membres de la fratrie Malaussène. Benjamin est l’anti-héros par excellence avec ses malchances, son imagination débordante et son rôle de bouc émissaire. Lors de ses récits aux enfants, Ben nous entraine de façon brillante dans un univers surréaliste et déjanté. Le style du roman est fluide, simple et familier avec une touche d’ironie et d’autodérision qui font sourire à plusieurs reprises. L’histoire, bien qu’un peu tirée par les cheveux, est drôle et le suspense est prenant. Par contre, certaines parties du récit sont répétitive, surtout les nombreuses accusations envers Benjamin. J’ai passé un excellent moment avec ce roman.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 22 février 2013

Lecture de mon Baby Challenge 2013Contemporain

Baby challenge contemporain

La littérature dans ce roman :

  • « Réponse habile, qui satisfait tout le monde : le Petit a eu son histoire d’ogre, Jérémy son récit de guerre, Clara sa dose d’humour ; quant à Thérèse, raide comme un greffier derrière sa table de travail, elle sténographie comme d’habitude l’intégrale de mon récit, digressions comprises. C’est un excellent entraînement pour son école de secrétariat En deux années d’exercices nocturnes, elle a déjà recopié les Frères Karamazov, Moby Dick, Fantasia chez les Ploucs, Gosta Boërling, Asphalt Jungle, plus deux ou trois produits de ma propre cave mentale. » Page 17
  • « Thérèse sténographie absolument tout ce qui se dit, sans distinction, comme si cela entrait dans un même et gigantesque roman. » Pages 36 et 37
  • « Bizarrement, c’est à cet instant que je prends conscience du décor. Il est de style empire, le bureau du commissaire divisionnaire Coudrier. Des tape-culs d’allure pseudo-romaine sur lesquels nous sommes assis, jusqu’au service à café frappé de l’impériale majuscule N, en glissant sur le divan Récamier qui scintille doucement près de la bibliothèque d’acajou, tout baigne dans la végétale lumière d’un tissu mural épinard constellé de petites abeilles d’or. En cherchant mieux, je dégoterais certainement le mini-buste du mini-Corse, une réplique de son mini-galure, et le Mémorial de Las Cases dans la bibliothèque. » Page 55
  • « Je les connais comme je et connais les quelque vingt-quatre mille vignettes des albums de Tintin, leurs vingt-quatre mille bulles, mémoire homéopathique qui fait l’admiration exclamative de Jérémy et du Petit. » Page 59
  • « — Dites-moi, Sainclair, dans quel Tintin un personnage sort-il d’une pièce en déclarant, à propos d’un autre personnage « il me le paiera cher, ce vieil hibou » ?
    Sainclair me répond avec un beau sourire d’enfant :
    — Le professeur Müller dans Le Pays de l’Or Noir. » Page : 74
  • « Julius est égal à lui-même, couché sur le flanc, les pattes parallèles, rigide comme une bonbonne.
    Pourtant son cœur bat. Il résonne dans une cage vide. Un cœur greffé par Edgar Pœ. » Page 75
  • « — Ne te raconte pas d’histoires, Thérèse, l’épilepsie est une maladie courante, bénigne, qui s’attaque aux gens très bien, regarde Dostoïevski… » Page 76
  • « L’atmosphère me semble un peu plus nerveuse que d’habitude. Et en effet, à peine me suis-je fait cette réflexion qu’une lame jaillit au bout d’un poing tendu, pendant que l’autre main rafle les mises. La lame vibre tout contre le bide d’un Noir monumental qui devient gris, comme dans les livres. » Page 78
  • « Côté fiction, Pat les Pattes et Jib la Hyène mènent leur enquête dans les égouts de Paris (merci mon vieux Sue), des fois qu’ils déboucheraient au cœur du Magasin (merci Gaston Leroux). Chemin faisant, ils rencontrent un python neurasthénique qu’ils adoptent incontinent pour meubler leur solitude d’homo-urbanus (merci Ajar). » Page 79
  • « C’est un mois de février tout ce qu’il y a d’hivernal avec une clientèle tout ce qu’il y a de morose. Khomeyni envoie les nouveau-nés au casse-pipe, l’Armée Rouge défend les petits frères afghans jusqu’au dernier, la Pologne change de pogrom, Pinochet tue (Pinochétue), Reagan éponge, la Droite dit que c’est la Gauche, la Gauche dit que c’est la Crise, un poivrot affirme, preuves à l’appui, que c’est la merde, Caroline ne veut pas avouer qu’elle est enceinte, le Secrétaire général du parti communiste souffle dans le ballon à sondages et récolte un alcootest, mais moi, moi, Ubu Roi, « citadelle vivante », je biche tellement que je ne vois pas passer les stations qui me séparent d’Actuel, le mensuel de tous les « moi ». » Page 83
  • « Il n’alla pas passer son concours, et pendant un an ils ne quittèrent pas leur chambre. Je leur apportais des petits paniers de bouffe et de bouquins (parce qu’ils mangeaient, tout de même. Ils avaient même un certain appétit. Et entre leurs voyages interstellaires, ils se faisaient la lecture, parfois même pendant, comme quoi ce n’est pas incompatible.) Dites voir, mesdames, lequel de vos époux cinquante carats vous a sacrifié un grand concours, une pleine année d’études, un an de manque à gagner, comme ça, pour l’Amour, et pour le Roman, hein ? » Page 90
  • « Avec son ossature noueuse pour une maigreur gigantesque, sa chevelure tous azimuts, son regard d’enfant saisi par la surprise adulte, on dirait une créature approximative et beaucoup trop bonne, sortie de la cervelle d’un Frankenstein sous acide pour être lancée sans défense dans un monde qui ne lui fera que des ennuis. » Pages 90 et 91
  • « Tout y passe : « Laissez venir à moi les petits enfants, le chameau, le riche et le trou de l’aiguille, heureux les simples, la première pierre à qui n’a pas péché », pour finir par cette phrase, tirée de Saint Thomas ou d’un autre : « Mieux vaut naître malsain et contrefait que de ne naître point. » » Page 91
  • « Et je lui balance un uppercut au foie, un vrai, avec tout le poids de mon corps. (J’ai appris ça dans les livres.) » Page 92
  • « Ils arrivent gonflés à bloc de légitime indignation et repartent, persuadés, quoi qu’ils aient vécu, vivent ou vivront, d’avoir, ce jour-là, côtoyé le pire : le malheur fait homme – comme dans un conte d’Hoffmann remis au goût du jour. » Page 94
  • « Mais le vieux a la tremblote, il a dû fausser deux ou trois pas de vis. D’où l’excès d’huile pour tenter la « décrispation ». La couverture du beau livre est maculée d’auréoles brunes. (N’avaient qu’à nettoyer leurs armes, avant de les photographier…). Ce soir, Théo éliminera discrètement les cadavres – livre et robinets. » Page 100
  • « Il me trouve les yeux fermés ce que je lui demande : la réédition en collection de poche de ce bon vieux Gadda : L’AFFREUX PASTIS DE LA RUE DES MERLES. N’ayant rien de plus beau à espérer, je me plonge dans les délices de la première page. Que je connais par cœur.
    « Etourdissant d’ubiquité, omniprésent à chaque ténébreuse affaire. Tous désormais l’appelaient don Ciccio, de son vrai nom Francesco Ingravallo, détaché à la « mobile », un des plus jeunes fonctionnaires du bureau des enquêtes, et des plus jalousés, Dieu sait pourquoi ! » Page 100
  • « Même qu’en passant devant moi (qui lève stupidement les yeux de mon livre, pardon Gadda) il me lance un regard chargé de tout le mépris des consciences militantes. » Page 101
  • « — Le Petit ne rêve plus d’ogres Noël ?
    — Il a trouvé dans mon Robert la reproduction de Goya : Saturne dévorant ses enfants, ça lui plaît beaucoup. » Page 103
  • « Hurlements de tibias, bruit mou d’une grosse chute, piaillements divers, et de nouveau le bâton du diable, qui ne me rate pas, cette fois, explosion de mon pauvre crâne, adieu la vie, adieu le jour, adieu la nuit, même cette foutue nuit de merde, adieu…
    « Etourdissant d’ubiquité, omniprésent à chaque ténébreuse affaire…»
    Si le paradis, ou si l’enfer, ou si le néant, c’est retrouver Carlo Emilio Gadda, vivent le néant, le paradis et l’enfer !
    — Elisabeth, un peu de café, je vous prie. Oui, l’inspecteur Ingravallo (mais pourquoi diable l’appelaiton don Ciccio ?) tombé en service commandé sur le trottoir de la rue des Merles a bien besoin d’un petit café.
    — Je crois qu’il nous revient tout doucement.
    Oh ! doucement, s’il vous plaît, tout doucement revenir, le plus doucement possible, je viens de faire la connaissance de la Douleur. Carlo, ne m’abandonne pas, ne me laisse pas remonter, Carlo Emilio, je ne veux pas te quitter !
    — Que dit-il ?
    — Il dit qu’il ne veut pas quitter un certain Carlo Emilio Gadda, et franchement, je le comprends. »
    — Un Italien ?
    — Le plus italien de tous, Elisabeth, doucement avec le café, vous allez l’étouffer.
    L’inspecteur Ingravallo trempait sa plume dans le capuccino, d’où la tranquille nervosité de sa langue… » Pages 105 et 106
  • « — Qui est donc ce Julius, monsieur Malaussène ? Gadda, je connais, mais Julius… » Page 107
  • « Debout devant sa bibliothèque, le commissaire Coudrier récite :
    — « Etourdissant d’ubiquité, omniprésent à chaque ténébreuse affaire…»
    — Gadda.
    — Gadda et vous, monsieur Malaussène. » Page 108
  • « Du temps où j’avais des amis, ils le faisaient à ma place, troquant l’amitié pour la solidarité, le flipper pour la ronéo, les soirées zexquises pour les permanences responsables, le clair de lune pour l’éclat du pavé, Gadda pour Gramci. » Page 110
  • « — Ben !
    Il y a ce cri. Puis, plus rien d’autre. Cri de douleur poussé par une des frangines en me voyant. Laquelle ? Louna a plaqué ses deux mains contre sa bouche. Thérèse, assise derrière son bureau, me regarde comme si j’étais un revenant. (J’en suis un.) Et Clara, debout, laisse ses yeux se remplir de larmes. Puis sa main tâtonnant derrière elle, trouve le Leica qu’elle porte à son œil droit, FLASH ! Voilà l’horreur endiguée, ma tronche assurée de ne pas atteindre les proportions d’Elephant-man. » Pages 114 et 115
  • « — Lui ! hurle-t-elle en me tendant un livre qu’elle vient d’arracher à sa bibliothèque :
    — Aleister Crowley ! (Ah ! oui, Aleister Crowley, le fameux mage anglais, grand copain de Belzébuth : Leamington 1875 – Hastings 1947, je connais…)
    Le livre est ouvert sur une photographie qui est en tout point semblable à la première des quatre photos de Léonard. En tout cas, très ressemblante. Sous la photo, cette légende : La Bête, 666, Aleister Crowley.
    Et, sur la page voisine, ce texte, aux relents sulfureux : « La seule loi est : Fay ce que voudras. Car chaque homme est une étoile. Mais la plupart ne le savent pas. Les athées les plus endurcis sont eux-mêmes des bâtards du christianisme. Le seul qui a osé dire : « Je suis Dieu » est mort fou, bercé par sa chère Maman armée d’un crucifix. Il s’appelait Friedrich Nietzsche. Les autres, les humanoïdes de notre xxe siècle, ont remplacé Jésus-Christ par Mammon, et les fêtes par les guerres mondiales. Ils ne sont pas peu fiers d’être tombés plus bas que leurs prédécesseurs. Après les sublimes avortons, les sordides avortons. Après le règne de l’humain trop humain, la dictature de l’infrahumain…» Page 121
  • « Je me lève posément, le livre de Crowley à la main, c’est un machin recouvert de maroquin vert frappé d’un signe d’or, genre bibliothèque de l’en-deçà (j’ai laissé Thérèse en empiler des tonnes sur ses étagères – « éducateur », tu parles !), je le déchire sans un mot et envoie valser les deux moitiés à travers l’appartement. » Page : 122
  • « Et, comme si ça ne suffisait pas, je me rue sur sa bibliothèque, balayant tout des deux mains : bouquins, grigris et statuettes de tous poils passent en sifflant au-dessus de Julius et finissent en explosion de plâtre polychrome contre les murs de la boutique, jusqu’à ce que la Yemanja des travelots elle-même rende son âme bahianaise aux pieds de Thérèse pétrifiée. » Page 122
  • « En redescendant de chez Lehmann, je passe par la librairie où je dégote un exemplaire de la vie d’Aleister Crowley identique à celui que j’ai déchiré. » Page 127
  • « Voilà le genre de questions que continue de se poser Benjamin Marlowe ou Sherlock Malaussène, ma pomme, en laissant rêveusement glisser son froc à ses pieds. » Page 133
  • « Il a rencontré Dosto dans son voyage en Epilepsie, et Fédor Mikhaïlovitch lui a tout expliqué. » Page 134
  • « Clara qui a grimpé sur nos talons, sous prétexte de me cuisiner à propos d’un sonnet de Baudelaire qu’elle ne comprend pas très bien, s’excuse en souriant. — Il y avait trop longtemps qu’on n’avait pas fait le ménage, Ben, j’ai profité d’un trou dans mes horaires. » Page 143
  • « — Qu’est-ce que Julius peut bien foutre sur cette photo ?
    — Ce n’est pas Julius, bien sûr, c’est un autre chien, Ben, mais dans le même état que Julius à l’époque de sa paralysie ! Il y a du Sherlock Holmes cocaïné dans l’excitation de ma petite sœur, maintenant. » Page 146
  • « — Et puis, je vais te dire, les flics ne vont pas tarder à le coincer, notre vengeur. Ils ne sont pas idiots, ils ont des moyens, ils n’ont pas dû marcher longtemps sur la fausse piste du hasard. C’est une course de vitesse. Zorro n’a plus qu’une demi-longueur d’avance, peut-être même pas. » Page 152
  • « J’ai continué à farfouiller, feuilleter, bref légitimer sa fierté. J’ai fait un petit tour dans la « Mort de Virgile », j’ai glissé sur une édition reliée du « Manuscrit trouvé à Saragosse », et puis, j’ai demandé :
    — Combien avez-vous vendu de Gadda, depuis la réédition en poche ?
    — L’Affreux pastis de la rue des Merles ? Aucun.
    — Eh ! bien vous venez d’en vendre un, j’ai un cadeau à faire. Sa belle tête blanche a fait une moue d’approbation, genre « juste et sévère».
    — A la bonne heure, ça c’est un livre ! C’est mieux que vos élucubrations sur Aleister Crowley ! » Page 153
  • « (Dire que jusqu’ici, je trouvais cette vieille ordure délicieusement sympathique, le grand-père que je n’ai pas eu, et toute cette salade nostalgique…)
    Je lui ai pris mon pauvre Gadda des mains, en me promettant de le désinfecter, et j’ai dit :
    — Merci infiniment, monsieur Risson, à l’occasion je reviendrai causer avec vous. » Page 154
  • « Bordel de Dieu, comment avec un tel paquet de merde en guise de cerveau cette déjection humaine peut-elle aimer Gadda, Broch, Potocki et se trouver d’accord avec moi sur Aleister Crowley ? » Page 155
  • « L’un était planqué derrière le présentoir des cuirs fins, c’était le gros, et l’autre, mister Hyde, à quinze mètres de là, en train de bouffer une religieuse au chocolat derrière des dentelles de dame. J’étais tellement scié que je ne pouvais plus les quitter des yeux. » Page 155
  • « Deux minutes plus tard, toujours aussi sourdingue, j’étais plongé dans les eaux profondes du sous-sol, naviguant à la recherche de Gimini Cricket. Gimini Cricket, c’est ça ! il avait exactement la bonne bouille marrante, camuse et toute lisse à force d’archivieillesse de Gimini Cricket ! » Pages 156 et 157
  • « Théo était occupé à conseiller une grande bonne femme, style Castafiore, dans le coin des papiers peints. » Page 157
  • « — Marinette, est-ce que tu pourrais aller m’acheter un bouquin, hein ? Tu me feras la lecture, quand celui-là sera parti. Je ne sais pas si elle s’appelle vraiment Marinette, mais elle se lève docilement et je l’accompagne jusqu’à la porte. » Page 162
  • « Je vis je meurs je me brûle et me noie
    J’ai chaud extrême en endurant froidure
    La vie m’est et trop molle et trop dure
    J’ai grands ennuis entremêlés de joie
    — Clara, quand tu récites, marque donc les temps. En poésie, les silences jouent le même rôle qu’en musique. Ils sont une respiration, mais ils sont aussi l’ombre des mots, ou leur rayonnement, c’est selon. » Page 165
  • « Et moi je pense à Clara, qui va passer son bac demain et qui ne semble pas avoir compris grand chose à ce sonnet de Louise Labé.
    — Louise Labé, ma chérie, revenons à Louise Labé, récite la deuxième strophe, et tâche de respecter les silences, l’examinateur t’en sera reconnaissant.
    Tout à un coup je ris et je larmoie
    Et en plaisir maint grief tourment j’endure
    Mon bien s’en va et à jamais il dure
    Tout en un coup je sèche et je verdoie
    — D’après toi, de quoi parle-t-elle, Clara ? Qu’est-ce que c’est que ce tremblement de tous les nerfs, ce séisme, ces courtscircuits ?
    — On dirait qu’elle est inquiète, inquiète et en même temps très sûre d’elle-même.
    — Inquiétude et certitude, oui, tu y es presque, récite le vers suivant, rien que le suivant.
    Ainsi Amour inconstamment me mène.
    — L’Amour, ma Clarinette, c’est l’Amour qui nous met dans cet état, regarde ta sœur, par exemple. » Pages 165 et 166
  • « — Qui était-elle, au juste, Louise ? Je veux dire par rapport aux autres de son époque, les Ronsard, les Du Bellay ?
    — Elle était l’être le plus accompli de la Renaissance, la poésie la plus subtile et la barbarie musculaire la plus radicale. Elle maniait l’épée et se déguisait en homme pour participer à des tournois. Elle est même montée à l’assaut des murailles, au siège de Perpignan. Après quoi, elle taillait sa plume d’oie le plus fin possible pour écrire ça, qui enfonce toute la poésie de son temps.
    — Il y a des portraits d’elle ? Elle était belle ?
    — On l’appelait la Belle Cordière.
    Ainsi se poursuit notre promenade, Clara photographiant, moi disséquant pour elle le sonnet sublime, elle me jetant des regards éblouis, et moi pensant, comme le Cassidy de Crosby, que si j’étais prof j’aimerais ce métier pour toutes sortes de mauvaises raisons, dont mon goût immodéré pour cette admiration naïve.
    Après la tombe de Victor Noir c’est au tour du mausolée d’Oscar Wilde d’être bombardé. Théo en veut un agrandissement pour sa chambre à coucher. Foi de Clara, il l’aura. Une fois Oscar Wilde mis en boîte, fin de la promenade, il est temps d’aller chercher le Petit à l’école. Dernière vision sur le chemin du retour : trois ou quatre vieilles marmonnant de sombres incantations sur la tombe d’Allan Kardek. » Pages 166 et 167
  • « Et c’est alors que je craque. Tant pis pour Théo. Tant pis pour le Zorro de service. » Page 175
  • « — Vous faites une tâche déprimante, monsieur Malaussène, et pour tout dire, c’est un miracle que vous ayez tenu si longtemps. D’ici peu, nous vous trouverons une autre affectation. Tenez, la surveillance du rez-de-chaussée, cela vous irait ? Nous songeons à nous séparer de M. Cazeneuve.
    Pourquoi le vieux Gimini Cricket a-t-il disparu ? » Pages 178
  • « Non, Gimini Cricket n’avait pas rempli son contrat. » Page 181
  • « — Oui, des chiffres symboliques, jeune homme, des bêtises. La pire des monstruosités ressortit toujours à l’enfantillage. Bien. Revenons à la surprise, tout de même. Il s’est donc assis en face de moi, Gimini le criquet. Il a placé son index sur ses lèvres pour que je ne laisse pas échapper le cri de ma surprise. » Page 181
  • « Mais six mois qui conduisirent, bien sûr, à la gueule béante des crématoires : « l’Histoire a tranché », comme disait ce faux cul de Risson planqué derrière la muraille de ses livres. » Page 182
  • « — Vous le savez comme moi. Six individus d’horizons divers, rassemblés dans le même mépris pour ce que Aleister Crowley appelait les « sordides avortons du XXe siècle », mais bien résolus à jouir le plus complètement possible du bouleversement de la fourmilière.
    — Le Professeur Léonard en faisait partie ?
    — Il en était. C’est lui, surtout, qui se réclamait d’Aleister Crowley. Un autre s’apparentait à Gilles de Rays, et ainsi de suite, tous rassemblés dans un syncrétisme démoniaque qu’ils prétendaient être l’âme de leur temps. C’est cela, jeune homme, ils étaient l’âme de leur époque, une âme qui se nourrissait de chair vive. » Page 183
  • « — En temps de famine, Gilles de Rays ouvrait ses celliers pour attirer les enfants. Eux leur offraient le Royaume des Jouets. » Page 184
  • « Il nous a fait changer six fois de métro, mon Gimini. » Page 184
  • « Si jamais mon vieux Zorro à Légion d’honneur lisait ça, il lui faudrait réviser mes saintes mensurations. » Page 186
  • « Voilà ce que c’est. On se prépare à la jouissance du siècle, et, le moment venu, elle a un goût de Fernet Branca. » Page 189
  • « Tout cela avec le procès de Sainclair qui se profile, la ruine à l’horizon, la prison peut-être, le déshonneur en tout cas, et (à moi, Zola !) la déchéance alcoolisée. » Page 190
  • « — Entre nous, nous l’appelons familièrement la Reine Zabo. (Va pour la Reine Zabo, nous sommes entre nous.) » Page 194
  • « Une demi-heure que j’attends l’apparition de la Reine Zabo. Je me suis d’abord dit que les bouquins me tiendraient compagnie, j’ai modestement fait face à la bibliothèque, j’ai tendu la main avec respect, j’ai tiré un volume avec précaution : couverture vide.
    Pas de bouquin à l’intérieur.
    J’ai essayé ailleurs : idem. Il n’y a pas un seul livre dans la pièce !
    Rien que cet étalage de jaquettes peinturlurées. Pas de doute, tu es bien chez un éditeur, Malaussène. » Page 194
  • « C’est cet instant de bonheur que choisit la Reine Zabo pour faire son entrée. La Reine Zabo ! » Page 195
  • « — Ah ! non, monsieur Malaussène, pas de malentendu entre nous, ce n’est pas pour votre livre que je vous ai fait venir, nous n’éditons pas ce genre de fadaises ! » Page 195
  • « — Ecoutez, monsieur Malaussène, ce n’est pas un livre, ça, il n’y a aucun projet esthétique, là-dedans, ça part dans tous les sens et ça ne mène nulle part. Et vous ne ferez jamais mieux. Renoncez tout de suite, mon vieux, là n’est pas votre vocation !
    Le Page Gauthier aimerait être invisible. Moi, elle commence à m’animer les intérieurs, la Reine Zabo.. » Page 195
  • « Elle me fait l’effet d’une petite fille surdouée de cinquante balais, qui n’en revient pas encore de la vivacité de son intelligence, la Reine Zabo. » Page 196
  • « Ça y est, j’ai compris ce qui cloche, chez elle.
    C’était un être sensible, dans le temps, la Reine Zabo, une petite fille qui souffrait des maux de l’humanité entière. » Page 197
  • « L’autre Ecouteur a tout de suite pigé que l’humanité la gênait aux entournures, cette enfant vive, et, patiemment, canapé après canapé, il en a extirpé jusqu’à la plus petite racine, et il a planté du social à la place. Voilà ce que c’est, la Reine Zabo. » Page 197
  • « Et je réalise que je n’ai pas cessé une seconde de penser à ce moment depuis notre randonnée souterraine, l’autre nuit, avec Gimini le Criquet. » Page 198
  • « Il est dix-sept heures trente. Gimini n’est pas encore arrivé. » Page 198
  • « Sa copine la belette est occupée à remettre en ordre les étalages bouleversés par les mômes durant la marée de quatre heures. Gimini n’est pas là. » Page 198
  • « Mon petit vieux a eu un gentil sourire : « Lisez-vous des romans, parfois ? » J’ai répondu que oui, et plus que parfois. « Alors vous savez qu’il ne faut pas croquer d’un coup toutes les surprises de la fiction. » J’ai pensé que « croquer » était bien un verbe de son âge. Mais j’ai pensé aussi : fiction ? « Fiction ? » « Parfaitement, imaginez-vous quelque part dans un roman, cela vous aidera à combattre votre peur. » Il a ajouté : « Peut être même à en jouir. » C’est là que j’ai commencé à ne plus le trouver tout à fait net. Et à avoir la trouille. Une pétoche larvée qui ne m’a plus lâché d’une seconde. Avec effets secondaires liquéfiants. « Vézarde », dirait Rabelais. (Chiasse, quoi.) » Pages 198 et 199
  • « Il est à l’autre extrémité du rayon. Il tripote le King Kong robotisé qui, avec cette femme évanouie dans ses bras, avait achevé de me saper le moral après l’arnaque du plongeur sous-marin. » Pages 199 et 200
  • « Fais ton boulot de flic ! Ramasse Zorro et sa proie ! » Page 200
  • « Gimini m’a vu. Il me sourit. » Page 200
  • « Il suffisait que je connaisse l’heure et le lieu pour être la sainte caution de cet assassinat ! Zorro s’est bien contenté de la présence de Thérèse, la dernière fois. » Page 201
  • « Et tout à coup, je vois ses yeux à lui, l’autre, là-bas, Gimini, qui me regarde. » Page 201
  • « — Pourquoi ?
    Pourquoi moi ?
    Pourquoi m’avoir refilé le chapeau à moi ?
    Gimini n’est plus là pour me répondre. » Page 204
  • « J’ai décroché mon téléphone et j’ai appelé la Reine Zabo. » Page 211 
2,5 étoiles, B

Bonne nuit, mon amour

Bonne nuit, mon amour d’Inger Frimansson.

Éditions Le Livre de Poche (Thriller) ~ Publié en 2011 ~ 411 pages

Roman d’Inger Frimansson publié initialement en 1998 sous le titre « God natt min älskade ».

Justine revient d’un voyage éprouvant. Son conjoint, Nathan, a disparu en pleine jungle et une des participantes a été assassinée. De retour en Suède, elle tente de reprendre sa vie. Ses souvenirs l’assaillent : la mort de sa mère, les abus de sa belle-mère, la vie avec Nathan ainsi que les moqueries de ses camarades de classe. Pour meubler ses journées, elle rend visite à Flora, sa belle-mère. Elle vit maintenant dans une clinique, paralysée et muette suite à une attaque cérébrale. Berit, une ancienne « camarade », lui rend quelques fois visite. Celle-ci est à un tournant de sa vie, son emploie doit être délocalisé et ses fils viennent de quitter le nid. Il y a aussi Hans Peter, le nouvel ami de Justine, qu’elle a rencontré lors d’une sortie de jogging qui prend soin d’elle. Malgré les bons soins de ses amis, le malheur s’acharne sur Justine car d’autres décès surviennent dans son entourage.

Roman tout en longueur, l’intrigue est présentée par les événements de la vie quotidienne. Avec un sentiment de malaise diffus, on s’interroge, puisqu’il n’y a ni mort violente, ni enquête effrénée dans ce thriller. A mesure que se dévoile le personnage de Justine, l’angoisse surgit sporadiquement. Pour venir à bout de la première partie on doit s’armer de patience et ces efforts ne seront que faiblement récompensés. S’il y a bien une accélération du récit vers la fin, cela n’a pas suffi à compenser l’ennui que j’ai éprouvé pendant la majeure partie de cette lecture. Je n’ai pas vraiment été tenaillé par l’angoisse qui aurait dû découler des faits décrits. Plus encore, la fin laisse la situation en suspens car ce roman est le premier volet d’un diptyque dont la suite s’intitule L’ombre dans l’eau. J’ai été déçue par ce thriller psychologique et ne lirai assurément pas la suite.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 12 février 2012

Lecture en tant que juré pour les Éditions Le livre de poche – Polar 2012 :

La littérature dans ce roman :

  • « Elle nouait un mouchoir autour de ses cheveux et enfilait sa vieille jupe démodée qui avait perdu des boutons. C’était une sorte de transformation en Cendrillon inversée, et ses doigts laissaient des marques humides sur les joues de Justine. » Page 32
  • « Des cartons à moitié remplis jonchaient le couloir, et elle distinguait plus loin le sol du séjour recouvert de livres comme si quelqu’un, dans un accès de rage, avait jeté par terre le contenu des bibliothèques. » Page 51
  • « Elle était chargée d’éditer un livre sur la navigation à voile, un sujet qu’elle était loin de maîtriser. » Page 59
  • « Il avait fondé la société au milieu des années 1970 ; il appartenait à la jeune opposition, les gamins qui s’étaient battus sur les barricades. À l’époque, il publiait de la littérature underground et des romans de critique sociale. » Page 63
  • « Ils avaient encore une véritable auteure de best-sellers, Sonja Karlberg, qui écrivait des romans à l’eau de rose démodés qui, assez bizarrement, séduisaient des lecteurs contemporains. C’était une vieille dame en apparence douce et fluette, mais Annie, son éditrice, commençait à se sentir mal à l’aise à la minute où Sonja Karlberg appelait pour annoncer sa visite. Elle pouvait piquer des crises de rage pour une simple erreur de correction et elle avait un jour jeté un livre sur le clavier d’Annie avec une telle violence que les deux avaient été détruits. » Page 68
  • « Une idée lui traversa l’esprit : produire un livre sur cette petite fille. La convaincre d’écrire un journal couvrant sa terrible période d’emprisonnement. Elle s’étonna que Melin & Gartner ne l’aient pas encore fait, puisqu’ils étaient généralement les premiers à publier des textes de ce style. Criminels et victimes, individus suspects, c’était leur filon. » Page 73
  • « Il disposait de temps en abondance. Il l’employait à faire du sport et à lire. Un jour, au verso d’un magasine américain, il avait découpé une liste des classiques de la littérature les plus importants et il s’était mis en tête de tous les lire, depuis L’Iliade et l’Odyssée jusqu’au Capital de Karl Marx. » Page 90
  • « L’atmosphère régnant à l’intérieur de la grande salle circulaire était réellement lugubre sans qu’il parvienne à déterminer pourquoi. Ces gens qui manipulaient des livres jour après jour et rencontraient au quotidien des emprunteurs affamés de textes ne devraient-ils pas être plus positifs ? » Page 90
  • « Même dans son enfance, emprunter des livres se révélait compliqué. Un jour, il en avait choisi une pile, et la bibliothécaire l’avait informé qu’il pouvait au plus en sortir trois à la fois. » Page 91
  • « Pour le moment, il lisait le Don Juan de Lord Byron dans la traduction de C.V.A. Standberg. C’était un livre en vers épais et remarquablement drôle qu’il avait déniché chez un bouquiniste. Il avait été publié par la maison d’édition Fritzes en 1919, et un ex-libris était collé à l’intérieur de la jaquette, selon lequel la personne qui l’avait possédé s’appelait Axel Hedman.
    De telles informations suscitaient la curiosité d’Hans Peter. Il se lança immédiatement dans des recherches pour deviner qui était ce Hedman et, à l’issue d’un travail d’enquête approfondi, il finit par apprendre qu’Axel Hedman était un professeur de latin condamné pour le meurtre de sa gouvernante quelques années après la publication du roman. » Page 91
  • « Le professeur avait peut-être lu ce Don Juan dans sa cellule de Långholmen. À cet instant précis, Hans Peter était au bureau de la réception, le livre ouvert derrière un journal, qu’il utilisait pour le dissimuler dès que quelqu’un arrivait et requérait ses services. » Page 92
  • « – Vous autres, les rats de bibliothèque, disait-il en visant également sa sœur, la bibliothécaire.
    Lui n’était pas très porté sur la lecture.
    – Des histoires inventées de toutes pièces, quel intérêt ? Des gens qu’un mec a juste sortis de son chapeau… Est-ce que ce n’est pas mieux de s’intéresser aux vraies personnes dans la vraie vie ?
    – L’un n’exclut pas nécessairement l’autre, si ?
    – Je me le demande, moi. Si ça serait pas plus sympa pour toi si tu sortais pour te dégotter une nouvelle petite femme avec laquelle te mettre en ménage ?
    Il venait parfois chez Hans Peter et restait ébahi devant ses bibliothèques. Il caressait les tranches des livres et voulait savoir combien il y en avait. » Page 93
  • « Il était arrivé au septième chant de Don Juan qu’il s’apprêtait à lire quand la porte extérieure s’ouvrit et qu’une bourrasque de neige s’engouffra à l’intérieur. » Page 97
  • « – Tu ne peux pas lancer ta propre maison d’édition ? On a toujours besoin de livres, non ? » Page 129
  • « Sa chambre au deuxième étage ressemblait à la mienne. Un lit, un bureau, des livres. » Page 149
  • « Il grimpa jusqu’au sommet où se dressait le pavillon particulier, avec ses colonnes dignes d’un temple tout droit sorti des Mille et Une Nuits. » Page 163
  • « Il monta l’escalier raide situé dans le couloir. Deux affiches encadrées des années 1940 étaient suspendues au mur. Il s’agissait de publicités pour des pastilles. Au sommet, le hall donnait sur une grande pièce remplie de livres. Il jeta un œil aux titres sans oser s’attarder. » Page 168
  • « Ils s’étaient installés dans la grande pièce du haut, celle avec les livres. » Page 169
  • « Il fit le tour de la pièce pour examiner les livres.
    – Vous aimez lire ? demanda-t-elle.
    – Oui, dans ma prochaine vie, je serai bouquiniste. » Pages 169 et 170
  • « Il continuait à observer les rayonnages de livres. » Page 170
  • « – C’est vrai ? Tiens, je vois que vous avez Bernard Malamud ? Connaissez-vous son œuvre ?
    – Oui et non. Je l’ai lu il y a des années et j’aimais ce qu’il écrivait. Je crois que j’ai trois ou quatre de ses livres.
    – J’aime également son style. En fait, je n’ai lu que L’Assistant. Mais il m’a touché droit au cœur.
    – Je vous permets d’en emprunter si vous voulez. » Page 171
  • « Elle l’enfermait à la cave avec ses livres d’école, mais elle n’avait plus la force de l’obliger à rentrer dans la cuve. » Page 184
  • « Elle voyait l’autre homme, l’ami du Chasseur, penché au-dessus de la femme. Elle le voyait comme sur la jaquette d’un roman-photo. Les cheveux de la femme coupés au carré, noirs et soyeux qui se répandaient sur le banc. » Page 189
  • « Mark sortit un livre de la poche de sa veste. Il le feuilleta, s’arrêta à une page et le lui présenta. Les lettres étaient minuscules et s’enchevêtraient presque.
    – Lis-moi ce passage en anglais. Après, je t’interrogerai sur le vocabulaire. » Page 194
  • « – Commence à lire ton livre. Maintenant, Je ne suis pas payé pour bavarder.
    – C’est beaucoup trop difficile. Je n’y arrive pas.
    – Lis !
    – The new man stands looking a minute, to get the set-up of the day room. (Vol au-dessus d’un nid de coucou de Ken Kesey) » Page 209
  • « – C’est un livre remarquable, Justine, mais tu es peut-être trop jeune. Malheureusement. Tu es bien trop jeune, tu rates tellement de choses. » Page 209
  • « Que peut-on offrir à un homme aussi âgé ? Son père n’avait jamais été attiré par les livres. » Page 232
  • « Hans Peter transportait le livre dans sa sacoche, celui qu’il avait emprunté à Justine. Dès qu’Ariadne serait partie, il y jetterait un œil. Il était impatient de le tenir entre ses mains. Une sensation étrange l’avait submergé, une sensation de solennité. Il l’avait rangé avec des gestes délicats. Il avait achevé sa lecture en quelques jours à peine et il pensait à la manière dont il allait le restituer. Il voulait rallonger le temps pendant lequel il le possédait, pour pouvoir fantasmer sur le moment où il le lui rendrait.
    L’ouvrage lui avait procuré une émotion particulière. Il racontait l’histoire d’un homme d’âge moyen, Dubin, auteur de biographies qui, un jour, se mettait à observer sa propre vie. La ressemblance existant entre Dubin et lui l’inquiétait. Comme s’il n’avait jamais vécu pour de vrai, comme si la vie s’apprêtait à lui échapper sans qu’il puisse l’empêcher. Il avait hâte de discuter du livre avec Justine. » Page 238
  • « – Je pensais que … ce livre.
    – Oui ? Vous l’avez fini ?
    – Oui.
    – L’histoire vous a-t-elle plu ?
    – J’aurais aimé… en parler avec vous. Surtout avec vous et… comment dire… en tête à tête. » Pages 240 et 241
  • « – J’étais tellement folle de rage que j’aurais été capable de la tuer. J’aurais jeté du poison dans son verre si j’avais su comment on s’en procure. Peut-on entrer dans une boutique, s’il vous plaît, je voudrais acheter de la strychnine ? C’est bien ce qu’ils font dans les romans policiers ? » Page 285
  • « Justine avait attrapé un livre sur la bibliothèque, un Dostoïevski, elle se servit du coin pour frapper l’arête du nez de Berit. » Page 366
  • « Dans le couloir du haut, elle en vit un autre, un grand fourre-tout en toile bleu marine, avec l’inscription « Éditions Lüding » et leur logo de livres alignés. » Page 371
  • « Au sommet, un mouchoir en tissu avec de vagues traces de rouge à lèvres, puis le reste, qu’elle ne voulait pas voir tout en y étant obligée, les objets personnels qui ramenaient l’image de Berit dans la maison : un portefeuille, usé aux coutures, une pochette contenant une ca rte bancaire, la carte en plastique blanc du conseil régional, une American Express, une ca rte d’un club du livre, expirée depuis longtemps, et une de pharmacie. » Page 373
  • « – D’après son mari, elle n’avait jamais agi de cette manière auparavant.
    – Nora Helmer dans Une maison de poupée n’avait jamais rien fait de tel avant le jour où elle quitta son mari et sa famille.
    – Je ne l’ai pas lu.
    – Ibsen.
    – Je sais. » Page 387
  • « Elle n’était pas venue ici depuis longtemps. La bibliothèque était en cours de rénovation ; le personnel et les livres avaient été déplacés pour la durée des travaux. » Page 391
3,5 étoiles, A, B, M

L’Avare, Le Misanthrope et Le bourgeois gentilhomme

L’Avare, Le Misanthrope et Le bourgeois gentilhomme de Molière

L‘Avare est une comédie écrite en 1668. Harpagon est un avare de la pire espèce. Il a deux enfants : une fille et un garçon qui sont à l’âge du mariage. Les enfants ont choisi leur destiné avec les yeux de leur cœur. Harpagon voie la chose d’un autre œil : celui de l’argent. C’est une belle métaphore qu’il ne faut pas confondre le moyen et la finalité. Molière s’en amuse à travers Harpagon que l’avidité pour l’argent rend pitoyable.

Le Misanthrope est une comédie en alexandrins écrite en 1666. Alceste est affligé par l’hypocrisie de la société mondaine. Pour son grand malheur, il est amoureux d’une jeune veuve reine des salons qui adore médire de ses semblables. J’ai été déçu par cette histoire au départ prometteur. Mais, c’est en lisant une pièce comme celle-ci que l’on se rend compte que les temps changent mais que les situations restent les mêmes.

Le Bourgeois gentilhomme est une comédie-ballet écrite en 1670. M. Jourdain, drapier commun, veut se donner de grands airs de noblesse. Il décide ainsi de s’adjoindre les services de différents maîtres afin d’apprendre musique, danse, armes et philosophie. Ce qui le plonge dans des situations, pour lui, grotesques sans qu’il s’en rende compte. Molière dénonce de façon très drôle la vanité et l’ambition. Il ridiculise un homme dont les défauts et la nature le rendent aveugle.

La note : 3.5 étoiles

Lecture terminée le 1 janvier 2011