3 étoiles, G

Gatsby le magnifique

Gatsby le magnifique de F Scott Fitzgerald

Édition le livre de poche, 2013, 222 pages

Roman écrit par F Scott Fitzgerald et publié initialement en 1925 sous le titre anglais « The Great Gatsby ».

Été 1922, Nick quitte son middle-west natal et aménage à New York pour travailler en tant qu’agent de change. Il réussit à se trouver un petit logement à Long Island, non loin de chez sa cousine Daisy et son mari Tom. Son arrivée dans cette société huppée va lui permettre de découvrir cet étrange milieu qu’est celui des gens riches. Le voisin direct de Nick est Jay Gatsby un milliardaire excentrique aux origines douteuses qui possède une immense maison. Malgré la prohibition, Gatsby réussit à donner de somptueuses réceptions qui attirent tout le gratin new-yorkais et où l’alcool coule à flot. Mais qui est ce Gatsby ? d’où vient-il ? Qu’a-t-il fait pour être aussi riche ? Autant de questions sans réponse, sont suffisantes pour créer toutes sortes de rumeurs sur l’homme. Peu à peu, Nick va se lier d’amitié avec lui et découvrir qui il est réellement.

Une histoire intéressante qui manque toutefois de sentiment et de rythme. Le style descriptif utilisé par l’auteur ne fait malheureusement pas justice aux années 1920 qui sont étiquetées comme étant les années folles et les années de la démesure. Le texte est bien écrit, le style y est élégant mais la rectitude grammaticale n’est pas tout pour créer un bon roman. Les personnages principaux sont intéressants mais il est difficile de s’y attacher car ils ne sont présentés que de façon superficielle et leurs évolutions émotionnelles est quasi absentes. Pour les autres personnages, l’auteur se contente de nous narrer leurs noms et leurs interrelations, sans plus, lorsqu’ils sont présents aux grandes fêtes données par Gatsby. Ce texte se rapproche plus d’une chronique du monde des gens riches et vaniteux de l’époque que d’un roman, malgré une histoire avec un fort potentiel en émotion. Une lecture intéressante et divertissante malgré la froideur de la présentation. Dommage que ce roman ne nous fasse pas vivre l’effervescence des années folles.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 16 juillet 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Quand je suis revenu de la côte-Est, à l’automne dernier, j’aurais presque souhaité que le monde soit en uniforme et se tiennent à jamais dans une sorte de gardez-vous moral. J’étais saturé de plongées chaotiques et d’aperçus privilégiés à l’intérieur du cœur humain. Seul Gatsby, l’homme qui donne son nom à ce livre, échappait à cette réaction – Gatsby qui présente pourtant tout ce que je méprise le plus sincèrement. »  Page 12
  • « Cette sensibilité n’a rien à voir avec l’émotivité apathiques qu’on nomme pompeusement « tempérament créatif ». C’est un donc prodigieux pour l’espoir, une attitude au romanesque que je n’avais encore rencontrée chez personne, et que je ne pense pas rencontrer de nouveau. »  Page 12 et 13
  • « Alors, grâce au soleil, aux brusques flambées de feuillage qui dévoraient les arbres à la vitesse d’un film en accéléré, j’ai retrouvé cette assurance familière : la vie reprend toujours avec le début de l’été.
  • Je vais tant de livre à lire et tant d’énergie à puiser dans ces effluves de renouveau. J’ai acheté une douzaine d’ouvrage, traitant de la banque, du crédit, des placements boursiers. Alignés sur mon étagère, dans leur reliure rouge et or, ils ressemblaient à une monnaie flambant neuve, frappée à mon intention, pour me permettre d’accéder aux secrets aurifères connus des seuls Midas, Mécène et Morgane. Mais j’étais parfaitement décidé à lire d’autres livres. À l’université, j’étais plutôt un « littéraire » – j’ai même écrit pendant un an quelques éditoriaux définitifs et pontifiants pour le Yale News – et c’était le moment ou jamais de réveiller ce genre d’intérêt, d’en nourrir mon existence, pour devenir le plus restreint de tous les spécialistes, ce qu’on appelle « un homme accompli ». »  Page 15
  • « – En t’écoutant, Daisy, j’ai l’impression d’être un barbare, un paria la civilisation. Pourquoi ne parles-tu pas de mousson ou de chose de cet ordre?
    Je croyais cette remarque anodine, mais Tom la saisie au bond d’une façon imprévue.
    – La civilisation cours à sa ruine! Rugit-il avec virulence. Je suis un affreux pessimisme par rapport à ce qui se passe. As-tu lu the Rising of Coloured Empires, d’un certain Goddard ?
    – N… non, ai-je répondu, stupéfait par son ton de voix.
    – C’est un livre excellent. Tout le monde devrait l’avoir lu. L’idée c’est que la race blanche doit être sur ses gardes, sinon elle finira par… oui, par être engloutie. Une thèse scientifique, fondée sur des preuves irréfutables.
    – Tom réfléchis de plus en plus, soupira Daisy, avec une tristesse inattendue. Il dévore de très gros livres, remplis de mots interminables. Quel était ce mot, déjà, qui…
    – Ce sont des livres scientifiques, répéta Tom, en lui jetant un regard agacé. L’auteur connaît son sujet à fond. Nous sommes la race dominante. Notre devoir est d’interdire aux autres races de prendre le pouvoir. »  Page 25
  • « – Quant à Tom, le fait qu’il ait trouvé « quelqu’un d’autre à New York » me paraissait beaucoup moins surprenant que de le savoir déprimé par la lecture d’un livre. »  Page 34
  • « De vieux numéros du Town Tattle étaient empilés sur une petite table, avec un exemplaire de Simon Called Peter et divers magazines à scandale de Broadway. »  Page 43
  • « Assise sur les genoux de Tom, Mrs Wilson téléphona d’abord à plusieurs personnes; puis les cigarettes vinrent à manquer; je descendis en acheter au drugstore du coin; quand je suis remonté, ils avaient disparu; j’ai donc gagné sans bruit le living-room, et j’ai lu un chapitre du Simon Called Peter. Le texte devait être nul, ou l’alcool déformait tout, mais je n’ai pas compris un mot. »  Page 43
  • « … Plus tard, je me trouve au pied de son lit, lui en sous-vêtements au milieu des draps, et il feuillette un impressionnant portfolio.
    – La belle et la bête… Solitude… Vieux cheval de labour … Brooklyn Bridge… »  Page 53
  • « Nous avons poussé à tout hasard une porte imposante, et nous nous sommes trouvés dans une vaste bibliothèque, style gothique anglais, décorer de panneaux de chêne sculpté, transportés sans doute, un à un, de quelques manoir en ruines du Vieux Continent.
    Un homme bedonnant, dans la cinquantaine, le nez chaussé d’énormes lunettes qui lui donnaient un regard de hibou, était assis, manifestement ivre, sur le coin d’une longue table et regardait les rayonnages avec une application chancelante. Il fit un brusque demi-tour en nous entendante, et toisa Jordan des pieds à la tête.
    – Ça vous dit quoi ? demanda-t-il à brûle pourpoint.
    – Quoi ?
    – Tout ça.
    Il agita la main en direction des rayonnages.
    – Pas la peine d’aller vérifier, faites-moi confiance. J’ai vérifié. Ils sont vrais.
    – Les livres ?
    Il hocha le menton.
    – Tout ce qu’il y a de plus vrai. Avec des pages, et tout. J’ai cru que c’était du trompe-l’œil, de fausses reliures en carton. Avec des pages, et… Attendez Je vous montre…
    Persuadé que nous étions d’un scepticisme irréductible, il plongea vers l’un des rayonnages, et sortit le tome I des Stoddard Lectures.
    – Regardez ! s’écria-t-il avec jubilation. C’est imprimé, c’est authentique. Il m’a eu. Cet homme-là, c’est un grand metteur en scène. Digne de notre Belasko de Broadway. Un triomphe. Quelle conscience professionnelle ! Quel réalisme ! On sait même où il faut s’arrêter. Aux pages qui ne sont pas coupées. Vous cherchez quoi, au fait ? Vous espérez quoi ?
    Il me reprit le livre et le remit en place, en murmurant qu’une seule brique enlevée pouvait faire s’effondrer l’ensemble. »  Pages 61 et 62
  • « – J’ai été amené par une femme qui s’appelle Roosevelt. Mrs Claud Roosevelt. Vous connaissez ? Je l’ai rencontré quelqu’un par, la nuit dernière. Ça fait une semaine que je suis ivre, alors, pour cuvée tranquille, j’ai pensé que m’enfermer dans une bibliothèque, ça aiderait.
    – Ça aide?
    – Ça a l’air. Mais c’est un peu tôt pour savoir. Ça fait une heure que je suis là. Je vous ai dit pour les livres? Ils sont…
    – Vous avez dit. »  Pages 62 et 63
  • « Gatsby, l’œil absent, feuilletait un exemplaire d’Economics, de Henry Clay, sursautait à chaque pas que ma Finlandaise faisait dans la cuisine, et observait de temps en temps mes vitres embuées, comme si d’invisibles et terrifiants événements se déroulaient à l’extérieur. »  Page 107
  • « Je n’avais rien à regarder sous cet arbre, sinon la vaste demeure de Gatsby, ce que je fis pendant une bonne demi-heure, avec une ferveur égale à celle de Kant face à son clocher. »  Page 111
  • « Les rumeurs les plus farfelues s’attachaient à lui comme par réflexe – tel ce « pipe-line souterrain » qui aurait importé en fraude de l’alcool canadien – et l’on répétait avec insistance qu’il n’habitait pas une maison, mais un bateau camouflé en maison, et qu’il cabotait en secret entre les rives de Long Island. Pour quelle raison ce genre de fable comblaient-elles d’aide James Gatz, originaire de Dakota du Nord, n’est pas facile à expliquer. »  Pages 123 et 124
  • « C’est au moment où la curiosité dont il était l’objet devenait la plus vive que Gatsby renonça, un certain samedi soir, à illuminer ses jardins – et sa carrière de Trimalcion prit fin aussi mystérieusement qu’elle avait commencé. »  Page 141
  • « Il semblait hésiter à ranger cette photographie. Il insistait pour que je la regarde. Il a fini par la remettre dans son portefeuille, et il a sorti de sa poche un exemplaire très défraîchi d’un livre intitulé : Hopalong Cassidy.
    – Regardez. Un livre qu’il lisait quand il était tout jeune. Ça éclaire bien des choses.
    Il a ouvert le livre, et m’a montré la dernière page. Elle portait les mots : EMPLOI DU TEMPS, suivis d’une date : 12 septembre 1906. Et en dessous :
    Lever……… 6h00
    Haltères et pieds au mur……….6h15 – 6h30
    Étude électricité etc. ………..7h15 – 8h15
    Travail………. 8h30 – 16h30
    Base-ball et sport……….16h30 – 17h00
    Exercices d’élocution, self-control, maîtrise du maintien……….17h00 – 18h00
    Étude inventions qu’il faudrait encore inventer……….19h00 – 21h00
    RÉSOLUTIONS GÉNÉRALES
    Ne pas perdre mon temps chez Shafters ou [nom illisible]
    Pas fumer ni chiquer
    Bain tous les deux jours
    Lire chaque semaine un livre ou un journal qui enrichit l’esprit
    Économiser chaque semaine 5 [biffé] 3 dollars.
    Être plus gentil avec mes parents
    – J’ai trouvé ce livre par hasard, a dit le vieil homme. Ça éclaire bien les choses, vous ne trouvez pas ?
    – Ça les éclaire très bien.
    – Jimmy voulait toujours se dépasser lui-même. Il prenait sans cesse des résolutions sur un point ou un autre. Vous avez remarqué ce qu’il a noté à propos de s’enrichir l’esprit ? Il a toujours été très fort pour ça. Un jour il m’a dit que je me goinfrais comme un porc, et je l’ai giflé.
    Il hésitait à refermer le livre, relisait chaque phrase à voix haute en me regardant avec insistance. Peut-être attendait-il que je recopie cette liste pour mon usage personnel. »  Pages 213 et 214
  • « Au moment où nous franchissions le portait, j’ai entendu une voiture s’arrêter, et quelqu’un qui pataugeait dans le sol boueux pour nous rejoindre. J’ai tourné la tête. C’était l’homme au regard de hibou que j’avais découvert, trois mois plus tôt, dans la bibliothèque de Gatsby, en extase devant ses livres. »  Page 215
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3,5 étoiles, E, G

Les enfants de la terre, tome 4 : Le grand voyage

Les enfants de la terre, tome 4 : Le grand voyage de Jean M. Auel

Éditions France Loisirs, 2003, 1020 pages

Quatrième tome de la saga « Les enfants de la terre » écrit par Jean M. Auel et publié initialement en 1990 sous le titre « Earth’s Children, Book 4 – The Plains of Passage ».

Ayla et Jondalar accompagné de leurs chevaux et de Loup font le Grand Voyage vers la terre natale de Jondalar. Un itinéraire long de plusieurs milliers de kilomètres et de presqu’un an de marche. Au cours de ce périple, ils évolueront dans un paysage changeant tant aux niveaux de la faune que de la flore. Cette variation d’environnement apportera son lot d’obstacles pour le couple et pour leurs animaux apprivoisés. Sur leur trajet, ils rencontreront aussi plusieurs peuples. Ils profiteront pour faire un arrêt au camp des Sharamudoï qui avaient hébergé Jondalar et son frère Thonolan lors de leur voyage initiatique vers l’est. Malheureusement pour le couple, tous les tribus rencontrées ne seront pas aussi accueillantes que ce peuple ami. Les nombreuses journées de chevauché seront pour Ayla des moments de réflexion sur son passé et d’anticipation sur l’accueil que lui fera la famille de Jondalar. Comment sera-t-elle accueilli par les Zelandonii, le camp d’origine de Jondalar ? Sera-t-elle repoussée dû à sa différence ? Survivront-ils à ce voyage ?

Une saga qui semble s’essouffler avec ce quatrième tome. Dans cet ouvrage, le lecteur a droit à une description exhaustive du voyage, de la faune et de la flore. Les rencontres avec les différents peuples sont les éléments les plus intéressants de l’histoire, malheureusement elles sont en général trop courtes, trop peu nombreuses et noyées dans les descriptions des paysages. À la lecture on constate encore une fois la grande connaissance de l’auteur sur cette période de l’histoire de l’humanité. Elle est très bien documentée et nous y transporte de façon sublime bien qu’elle aurait gagné à alléger le texte. Les personnages d’Ayla et de Jondalar finissent par acquérir une certaine maturité émotionnelle lors du voyage. Ici plus de lamentations sur leur relation tel que le lecteur l’a vécu dans le troisième tome. Cependant, ils manquent encore de réalisme surtout au niveau psychologique. Il est impensable qu’ils n’aient aucune conception de la méchanceté et qu’ils soient décontenancé devant la démonstration de celle-ci. Un élément négatif du texte est que les scènes de sexe sont trop nombreuses et elles manquent généralement de crédibilité. Cette lecture offre tout de même de courts moments d’évasion. L’histoire est captivante lorsqu’il s’agit de découvrir l’évolution des personnages ainsi que les mœurs de nouvelles tribus. Malheureusement les trop longues descriptions alourdissent le texte qui aurait gagné en dynamisme s’il avait été condensé de plusieurs pages. L’histoire devient sans surprise et répétitive. Le suspense et l’intrigue ne sont pas au rendez-vous. Espérons que les prochains tomes seront plus passionnants.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 3 novembre 2017

La littérature dans ce roman:

  • « Ayla était intriguée par la passion de Losaduna pour les contes, légendes et mythes, pour le monde des esprits – tout ce qu’elle n’avait pas le droit de connaître lorsqu’elle vivait parmi le Clan -, et elle en vint à admirer l’étendue de son savoir. »  Page 810
5 étoiles, G

Geisha

Geisha d’Arthur Golden.

Éditions Le Livre de Poche no 14794, publié en 2002,  574 pages

Roman d’Arthur Golden paru initialement en 1997 sous le titre « Memoirs of A Geisha ».

1929 au Japon, Chiyo a neuf ans. Elle et sa sœur Satsu sont vendues par leur père et envoyées à Kyoto. Satsu se retrouve dans une maison close alors que Chiyo, avec ses yeux d’un gris translucide, est envoyée dans un okiya où elle y sera formée pour devenir une geisha. Chiyo y apprendra entre autres le maintien, le chant, la danse et la conversation. Sa route sera longue et jonchée de trahisons et d’obstacles. Elle se heurtera à l’hostilité et à la cruauté d’Hatsumomo l’héritière de l’okiya et geisha très en vogue. Tiraillée entre le devoir, l’obéissance, l’argent et la liberté Chiyo va traverser plusieurs épreuves dans cet univers impitoyable pour devenir la geisha Sayuri. De plus, elle devra survivre pendant la seconde guerre mondiale pendant laquelle les salons de thé seront fermés et où l’existence des geishas sera rythmée par le travail en usine.

Magnifique roman, sous forme de mémoire, qui dépeint la dure réalité de la vie des geishas. Cette œuvre nous fait découvrir cet univers secret et particulier tout en nous tenant en haleine du début à la fin. Elle nous amène aussi à vivre un voyage dans le temps et à découvrir la culture japonaise. Mais surtout, elle nous plonge dans l’intimité et dans les pensées d’une jeune femme forte. Le personnage de Chiyo est très réussi, il est tout en nuance ce qui nous le rend très attachant. Nous suivons avec intérêt sa vie à travers les difficultés qui se présentent à elle mais aussi à travers ses déceptions, ses joies et ses peurs. Le point fort, outre l’histoire, est le style littéraire et les belles descriptions d’Arthur Golden, qui nous font voyager dans la vie de Kyoto de la première moitié du vingtième siècle. C’est un livre d’une grande beauté par sa poésie et surtout par l’histoire de cette petite fille qui fait face à son destin.

La note : 5 étoiles

Lecture terminée le 11 juillet 2014

La littérature dans ce roman :

  • « Elle passait sa vie dans cette pièce, assise à la table, généralement avec un livre de comptes. Elle rangeait ces petits livres dans une bibliothèque qui se trouvait devant elle, et dont les portes demeuraient ouvertes. »  Page 78
  • « Je m’attendais à quelque chose de grandiose, mais cet endroit se révéla ne compter que quelques pièces sombres, au deuxième étage de notre école. Il y avait là des tatamis, des bureaux, des livres de comptes. »  Page 91
  • « — Ah oui ! Eh bien moi je ne la trouve pas si jolie. Un jour, j’ai vu un cadavre, qu’on avait repêché dans le fleuve : sa langue était de la même couleur que les yeux de Chiyo.
    — Peut-être es-tu trop jolie pour déceler la beauté chez les autres, dit Awajiumi, qui ouvrait un livre de comptes et prenait son crayon. Enfin, inscrivons cette petite fille. Voyons… Chiyo, c’est ça ? Dis-moi ton nom en entier, Chiyo, et dis-moi où tu es née. »  Page 93
  • « — Quand tu commenceras à travailler en tant que geisha, tu rembourseras ce kimono à l’okiya, avec toutes tes autres dettes : tes repas, tes cours, tes frais médicaux, si tu tombes malade. C’est toi qui paieras tout ça. Pourquoi Mère passe-t-elle ses journées à inscrire des chiffres dans des petits livres, d’après toi ? Tu devras même rembourser l’argent que nous avons dépensé pour faire ton acquisition. »  Page 117
  • « — Tu sais, Chiyo, aller dans la vie en trébuchant n’est pas le meilleur moyen d’avancer. Tu dois savoir agir au bon moment. Une souris qui veut duper un chat ne sort pas de son trou n’importe quand. Tu sais lire ton almanach ?
    Avez-vous déjà vu un almanach ? Ces livres sont remplis de caractères obscurs, de tableaux compliqués. Les geishas sont très superstitieuses, je l’ai dit. Mère, Tatie, la cuisinière, les servantes, prenaient rarement une décision sans consulter leur almanach, même s’il s’agissait d’un acte aussi banal que l’achat d’une paire de chaussures. Quant à moi, je n’avais jamais utilisé d’almanach.
    — Ça ne m’étonne pas qu’il te soit arrivé autant de malheurs, fit observer Mameha. Tu as essayé de t’enfuir sans voir si le jour était propice ou pas, exact ?
    Je lui racontai que ma sœur avait décidé du jour de notre évasion. Mameha voulut savoir si je me souvenais de la date. Je finis par m’en souvenir en regardant l’almanach avec elle. C’était en 1929, le dernier mardi d’octobre, quelques mois après qu’on nous eut arrachées à notre foyer, Satsu et moi.
    Mameha demanda à sa servante d’apporter un almanach de cette année-là. Après m’avoir demandé mon signe – le singe – elle passa un certain temps à vérifier, puis à revérifier des données sur divers tableaux, de même que les aspects généraux concernant mon signe pour le mois en question. Finalement elle me lut les prévisions :
    — « Période particulièrement peu favorable. Ne pas utiliser d’aiguilles, ne consommer que les aliments habituels, ne pas voyager. »
    Elle s’interrompit pour me regarder.
    — Tu as vu ? Voyager. Ensuite il y a la liste des choses que tu dois éviter… Voyons… prendre un bain pendant l’heure du coq, acheter des vêtements, « se lancer dans de nouvelles entreprises » et puis, écoute ça, « changer de lieu de résidence ».
    Là-dessus Mameha referma le livre et me regarda.
    — As-tu pris garde à une seule de ces choses ?
    La plupart des gens ne croient pas à ce genre de prévisions. Mais si j’avais moi-même eu des doutes, ceux-ci eussent été balayés par l’horoscope de Satsu pour la même période. Après m’avoir demandé le signe de ma sœur, Mameha étudia les prévisions la concernant.
    — Bien, dit-elle, au bout d’un petit moment. Voilà ce qu’il y a écrit : « Jour propice à des changements mineurs. » Ce n’est peut-être pas le jour rêvé pour s’évader, mais c’est tout de même la date la plus favorable de cette semaine-là et de la suivante.
    Ensuite venait une nouvelle surprenante.
    — « Un bon jour pour voyager dans le sens de la Chèvre », m’annonça Mameha.
    Elle alla chercher une carte, trouva Yoroido. Mon village était au nord-est de Kyoto, orientation correspondant au signe de la Chèvre. Satsu avait consulté son almanach ! – sans doute pendant les quelques minutes où elle m’avait laissée seule, dans cette pièce, sous l’escalier du Tatsuyo. Elle avait eu raison de le faire, car elle s’était évadée, et moi pas. »  Pages 185 à 187
  • « Mameha consulta à nouveau l’almanach à mon bénéfice. Elle sélectionna plusieurs dates, durant les semaines à venir, propices à des changements notables. »  Page 187
  • « — J’aimerais en savoir un peu plus sur la dette de Chiyo, reprit-elle finalement.
    — Je vais vous chercher les livres de comptes, dit Mère. »  Page 198
  • « Mère écoutait une comédie à la radio. Habituellement, quand je la dérangeais en pareil moment, elle me faisait signe d’entrer et se remettait aussitôt à écouter la radio – tout en étudiant ses livres de comptes et en tirant sur sa pipe. Mais aujourd’hui, à ma grande surprise, elle éteignit la radio et ferma son livre de comptes d’un coup sec dès qu’elle me vit. »  Page 199
  • « Pour clore la matinée, j’étudiais la cérémonie du thé. On a écrit maints ouvrages sur le sujet, aussi ne vais-je pas entrer dans les détails. »  Page 208
  • « Elle servit du saké au grand écrivain allemand Thomas Mann, qui lui conta une longue histoire très ennuyeuse par l’intermédiaire d’un interprète. Elle servit également à boire à Charlie Chaplin, à Sun Yat-sen, et à Hemingway. Ce dernier se soûla et déclara à Mameha : « Vos lèvres rouges dans ce visage blanc me rappellent le sang sur la neige. » »  Page 216
  • « Je ne pense pas qu’une fille de quatorze ans – ni même une femme – puisse faire renverser quelque chose à un jeune homme rien qu’en le regardant. On voit ce genre de scène au cinéma, et dans les romans. »  Page 230
  • « — Mameha, dit-il, qu’est devenu le rouleau qui était dans l’alcôve ? Le dessin à l’encre. Un paysage, je crois. C’était beaucoup mieux que la chose qui le remplace.
    — Le rouleau que vous voyez là, Baron, est un poème calligraphié de la main de Matsudaira Koichi. Il est dans cette alcôve depuis presque quatre ans. »  Page 264
  • « Bien entendu, les geishas ne conservent pas la totalité de leurs gains. Les maisons de thé où elles travaillent prennent un pourcentage. Un pourcentage bien moindre va à l’association des geishas. Elles reversent également une dîme à leur habilleur. Enfin, elles peuvent payer une petite somme à une okiya, qui met leurs livres de comptes à jour et consigne tous leurs engagements. »  Page 270
  • « Elle rentra à l’okiya, me demanda si l’on m’avait réellement donné le rôle. Je le lui confirmai. Elle repartit, aussi stupéfaite que si elle venait de voir son chien Taku ajouter des chiffres dans son livre de comptes. »  Pages 339 et 340
  • « Je m’exposerais alors à devenir une vieille femme aux yeux jaunes, enfermée dans une pièce glauque avec ses livres de comptes. »  Page 380
  • « Dans les fêtes brillantes, à Gion, on rencontrait des artistes célèbres : peintres, écrivains, acteurs de Kabuki. »  Page 396
  • « Le jour où j’avais rencontré Nobu, mon almanach disait : « Un mélange de bonnes et de mauvaises influences peuvent infléchir le cours de votre destinée. » »  Page 400
  • « — Mme Okada a eu la bonté de porter les chiffres sur le papier, répondit Mameha. Je vous serais reconnaissante de les examiner.
    Mme Okada remonta ses lunettes, prit un livre de comptes dans son sac. Mameha et moi restâmes silencieuses, comme elle ouvrait le livre sur la table et expliquait à Mère à quoi correspondaient les colonnes de chiffres. »  Page 408
  • « Je ne voyais pas quel conseil donner à Takazuru. Aussi lui suggérai-je de lire à Nobu un ouvrage historique. Qu’elle en lise un extrait chaque fois, lui dis-je. J’avais moi-même fait cela de temps à autre – certains hommes n’aiment rien tant que s’asseoir, les yeux mi-clos, écouter une voix de femme leur conter une histoire. »  Page 425
  • « — Vous, les geishas ! Je ne connais pas de femmes plus irritantes ! Vous passez votre temps à consulter vos almanachs. « Oh, je ne puis marcher vers l’est, aujourd’hui, cela me porterait malheur ! » Mais quand il s’agit de choses essentielles, qui affectent le cours de votre vie, vous faites n’importe quoi ! »  Page 429
  • « Aussi n’avais-je récolté, au fil des années, que quelques rouleaux, des pierres à encrer, des bols en céramique, une collection de clichés stéréoscopiques de vues célèbres, et un joli stéréoscope en argent, que m’avait donnés l’acteur de Kabuki Onoe Yoegoro XVII. Je déménageai toutes ces choses – avec mon maquillage, mes sous-vêtements, mes livres et mes magazines – dans le coin qui m’était imparti. »  Page 433
  • « — Je ne voulais pas vous le dire, Mère, mais Sayuri avait laissé traîner un cahier sur sa table, et j’essayais de le cacher, pour lui rendre service. J’aurais dû vous l’apporter tout de suite, je sais, mais… Elle tient un journal, vous savez. Elle me l’a montré l’année dernière. Elle a écrit des choses incriminantes sur plusieurs hommes. Et puis il y a des passages sur vous, Mère. »  Page 438
  • « Ne voulant aborder d’emblée le sujet qui m’occupait, nous parlâmes du « Festival des Siècles » – Mameha devait jouer le rôle de Lady Murasaki Shikibu, auteur du « Dit de Genji ». »  Page 444
  • « — Sayuri, me dit-il, je ne sais pas quand nous allons nous revoir, ni dans quel état sera le monde quand nous nous reverrons. Nous aurons peut-être vu des horreurs. Mais chaque fois que j’aurais besoin de me rappeler qu’il y a de la beauté et de la gentillesse en ce monde, je penserai à vous.
    — Nobu-san ! Vous auriez dû être poète !
    — Je n’ai rien d’un poète, vous le savez bien. »  Pages 466 et 467
  • « À l’heure de sa mort, elle lisait une histoire à l’un de ses neveux, dans la propriété de son père, à Denenchofu, un quartier de Tokyo. »  Page 468
  • « Le lendemain, j’étudiais soigneusement mon almanach, dans l’espoir d’y trouver l’indice d’un événement majeur. J’étais si abattue ! Même M. Arashino parut s’en apercevoir : il m’envoya acheter des aiguilles à la mercerie, à trois kilomètres. Sur le chemin du retour, au coucher du soleil, je faillis me faire renverser par un camion de l’armée. C’est la seule fois de ma vie où j’ai frôlé la mort. Je m’aperçus le lendemain que mon almanach me déconseillait de voyager dans la direction du rat – celle de la mercerie. J’avais seulement cherché des signes concernant le président. Je n’avais pas noté cet avertissement. »  Page 472
  • « — Tout va bien. Nobu-san n’a-t-il pas reçu mes lettres ?
    — Vos lettres ! On dirait des poèmes ! Vous parlez du « son cristallin de l’eau », et autres absurdités de ce genre. »  Page 477
  • « Une femme sensée eût sans doute abandonné tout espoir, à ce stade. Pendant un temps, j’allai voir l’astrologue tous les jours, je cherchai dans mon almanach le signe qui m’eût incitée à renoncer. »  Page 514