3 étoiles, H

L’homme du Vatican

L’homme du Vatican de Geneviève Moll

Éditions Tchou, 1978, 369 pages

Roman écrit par Geneviève Moll et paru initialement en 1978.

Très tôt le matin du 7 juillet, Sa Sainteté le Pape Clément XV a disparu. Nul ne le trouve à l’intérieur des murs du Palais du Vatican. Guiseppe Facci, le bras droit du Pape, doit gérer la situation. Une recherche intensive est mise en place pour retrouver le Souverain Pontife. Guiseppe hésite à informer la police et les fidèles. Doit-il les aviser immédiatement ou attendre et poursuivre les recherches ? Vers dix heures du matin, un billet est livré au Vatican sur lequel est inscrit « Nous avons enlevé le Pape ». Ce billet provient d’un groupe d’anarchistes nommé les Indiens Métropolitains. Ce groupe prône un changement radical de la société italienne. Ils sont prêts à tout pour faire valoir leurs points, même la violence. Dès l’annonce de la disparition du Pape aux nouvelles, un vent de folie et de violence se soulève dans la population italienne. Cette panique se propage tout autour de globe. Pour gérer la crise, les partis politiques italiens font front commun. Un gouvernement de coalition est formé et Maria Misselli est promue ministre de la Justice pour faire l’enquête sur la disparition du Pape et dompter le chaos qui s’est installé à Rome.

Un roman trop froid pour être une bonne lecture. Le point fort du roman est que l’auteur permet au lecteur de faire une incursion très intéressante dans les rouages du Vatican. Elle nous y présente avec brio les guerres de pouvoirs internes de la fin des années 1970 à la suite du Deuxième concile œcuménique du Vatican (Vatican II). Cependant, le récit est très inégal, l’histoire commence réellement à être captivante que dépassé la moitié du roman. Le manque de personnage principal à proprement parler avant le dernier tier de texte nuit au lecteur car il ne peut s’attacher à aucun des nombreux personnages. La première moitié du roman est centrée sur la présentation dans les moindres détails des personnages. L’auteur nous présentes les nombreux membres des différents groupes impliqués de près ou de loin à la disparition du Pape (Église, Vatican, police romaine, politiciens italiens et français…), ce qui alourdi inutilement le texte. De plus, le personnage de Maria Misselli manque de crédibilité surtout lorsqu’elle assomme ses deux fils pour les faire taire. Malheureusement, ces présentations superflues font passer l’enquête au second plan. Le dernier tier, là où l’enquête commence réellement est très intéressant et passionnant, dommage que le roman complet n’a pas eu droit à ce rythme soutenu. Malheureusement l’auteur, qui est une journaliste d’enquête, n’a pas su en faire un roman palpitant par ses longues présentations froides. Trop de détails inutiles pour en faire une histoire palpitante.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 14 février 2019

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3 étoiles, H

Les Heures lointaines

Les Heures lointaines de Kate Morton

Éditions France Loisirs, 2011, 903 pages

Roman écrit par Kate Morton et paru initialement en 2010 sous le titre anglais « The Distant Hours ».

En 1992, Meredith reçoit une lettre qui lui a été postée il y a une cinquantaine d’années et en est bouleversée. Sa fille Édith est témoin de son émoi. Qui a bien pu envoyer cette lettre à sa mère et que contient-elle pour l’ébranler autant ? Meredith n’a jamais parlé de son passé avec sa fille. À fin de répondre à toutes ses questions, Edith fait sa petite enquête aidée de son père en convalescence. Elle apprend entre autres que sa mère faisait partie des enfants londoniens qui ont été envoyés à la campagne pour les protéger lors de la seconde guerre mondiale. À l’époque, Meredith a été recueilli au château Milderhurst par la famille de Raymond Blythe, écrivain. Travaillant dans le milieu de l’édition, Edith se rend dans le Kent au château de Milderhurst pour rencontrer la famille Blythe. Elle utilise comme motif de sa visite un projet de réédition d’un roman de Raymond Blythe. Elle y rencontre les trois filles de Raymond soit les jumelles Percy et Saffy et Juniper. Durant les entretiens et les visites du château, elle essaye de découvrir et comprendre la vie qu’a été celle de sa mère lorsqu’elle habitait avec eux. Réussira-t-elle à découvrir le passé secret de sa mère?

Un pavé au rythme très inégal. Kate Morton nous présente dans ce roman deux histoires, celle d’Edith et celle de sa mère Meredith. Ces deux histoires malheureusement ne provoquent pas le même intérêt pour le lecteur. La vie d’Edith est insipide et sans intérêt comparativement à celle de Meredith à l’époque de la seconde guerre mondiale. Sa vie est remplie de secrets d’amour, d’amitié et de leurs conséquences. De plus, l’atmosphère gothique que l’auteur a su donner au château et à ses couloirs plonge le lecteur directement à cette époque. Malheureusement le personnage principal d’Edith est sans intérêt mais ceux de Meredith et de la famille Blythe sont particulièrement attachants malgré leurs défauts qui sont très réalistes. La plume de Morton est exceptionnelle lors qu’elle décrit les paysages et le château, le lecteur peut visualiser avec facilité le décor ainsi mis en place. Le point le plus déplaisant de ce roman est le nombre de référence au roman « L’Homme de boue » écrit par Raymond Blythe qui est tout à fait faramineux : Prend-t-on le lecteur pour un simple d’esprit qui après 3 pages aurait oublié la fameuse référence? Une lecture inégale mais intéressante qui est parfaite comme lecture de vacances.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 29 janvier 2019

4,5 étoiles, H, M

Hercule Poirot – Le Meurtre de Roger Ackroyd

Hercule Poirot – Le Meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie

Éditions Hachette (Agatha Christie), 2004, 333 pages

Roman de la série « Hercule Poirot » écrit par Agatha Christie et publié initialement en 1926 sous le titre anglais « The Murder of Roger Ackroyd ».

Dans le petit village paisible de King’s Abbot, trois décès ont eu lieu en peu de temps. Il y a eu monsieur et madame Ferrars à quelques mois d’intervalle et maintenant Roger Ackroyd. Les ragots vont bon train. On dit que Mme Ferrars aurait assassiné son mari pour vivre son amour avec Roger Ackroyd et prise de remord se serait suicidée. Mais qui a tué Roger Ackroyd que l’on a retrouvé poignardé dans son bureau fermé à clé ? Heureusement pour la famille Ackroyd et la petite communauté, Hercule Poirot réside maintenant dans le village. Flora, la nièce de la victime, lui demande d’enquêter pour blanchir son amoureux, Ralph Paton le fils adoptif d’Ackroyd, de tout soupçon. Bien qu’il soit à la retraite, il décide de s’occuper de l’affaire. En l’absence d’Hasting pour le seconder, il va s’allier les services de son voisin le Dr Sheppard qui est le médecin du village et un ami d’Ackroyd. Il devient par le fait même le confident et l’allié de Poirot dans l’enquête. Sa sœur Caroline s’amuse quant à elle à tenir au courant le détective de toutes les rumeurs du village.

Un excellent roman policier de style « énigme en chambre close ». Agatha Christie a su créer, avec cette enquête, une histoire passionnante et captivante. L’intrigue est complexe, comme il se doit d’une énigme de chambre close, mais elle est très bien présentée et surtout bien ficelée. Le déroulement de l’enquête est somme toute classique, mais tout de même très agréable à découvrir. La révélation de l’identité du coupable et du subterfuge utilisé par ce dernier est assez surprenante. De plus, ce roman permet au lecteur une immersion dans les us et coutumes britanniques du début du XXème siècle. La plume d’Agatha Christie est toujours aussi efficace et très élégante. Dans ses textes et surtout dans celui-ci, il n’y a pas de place pour la vulgarité, les règles de la bienséance sont respectées même s’il y a eu meurtres. Les personnages aussi sont fort intéressants et très réalistes. Ils sont tous différents les uns des autres. L’auteur nous permet de découvrir leur personnalité ainsi que les soupçons qui planent sur eux dans l’enquête de Poirot. Les personnages du Dr Sheppard et de sa sœur Caroline sont divertissants grâce à l’humour qu’ils apportent avec leurs interactions et leurs dialogues. Ce roman de la Reine du crime est une très bonne lecture malgré quelques longueurs. Un classique à lire absolument.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 29 octobre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Kipling nous dit que la devise de la gente mangouste pourrait se résumer en cette courte phrase : « Pars et va à la découverte! »
    Si jamais Caroline veut se faire faire des armes parlantes, je lui conseillerai d’adopter l’effigie d’une mangouste. »  Page 16
  • « Elle changea même de sujet et me demanda s’il était exact que certains poisons trompassent les recherches.
    « Ah! répondis-je, vous avez lu des histoires de détectives! »
    Elle avoua en avoir lu.
    « Dans toute histoire de détective, dis-je, il y a généralement un poison rare, qui vient, si possible, de l’Amérique du Sud et dont personne n’a jamais entendu parler. La mort est instantanée et la science est impuissante à comprendre.
    – Existe-t-il vraiment des poisons de cette sorte ?
    Je secouai la tête…
    « Je crois que non, sauf le curare. » »  Pages 28 et 29
  • « Je n’avais jamais cru Miss Russell capable de s’intéresser à des histoires de détectives.
    Je l’évoquai, avec amusement, sortant de sa chambre pour tancer une servante indocile, puis y retournant vivement pour se plonger dans Le Mystère de la septième mort, ou toute autre œuvre de ce genre! »  Page 29
  • « « Pourquoi avez-vous remarqué Ralph Paton ? Parce qu’il est beau ?
    – Pas seulement à cause de cela, encore qu’il ait un physique particulièrement agréable pour un Anglais; en style de roman, il serait qualifié de dieu grec. Non, il y avait, dans l’attitude du jeune homme, quelque chose que je ne comprenais pas. » »  Page 39
  • « Flora me rejoignit près de la vitrine et exprima des doutes sur l’authenticité du soulier du roi Charles.
    « D’ailleurs, continua-t-elle, il me semble ridicule de s’extasier parce qu’une personne a porté ou employé un objet. La plume avec laquelle George Eliot a écrit Le Moulin sur la Floss, par exemple, n’est, après tout, qu’une plume. Si vous admirez Eliot, mieux vaut acheter son livre et le lire.
    – Je suppose, Miss Flora, que vus ne lisez rien d’aussi démodé ?
    – Vous avez tort, docteur, j’adore Le Moulin sur la Floss. »
    Je fus charmé de l’apprendre, car les livres que lisent les jeunes filles, de nos jours, m’épouvantent positivement. »  Page 48
  • « Le cabinet était une pièce très confortable. Un des côtés était garni de rayons supportant des livres, les chaises étaient recouvertes de cuir bleu et, près de la fenêtre, se trouvait un grand bureau chargé de papiers classés avec soin. »  Pages 52 et 53
  • « Je ne vois pas pourquoi il me supposait absolument dénué de perspicacité; je lis des romans policiers, je lis des journaux et je suis un homme assez cultivé. »  Page 84
  • « « Comment! Mais c’est Hercule Poirot, le détective. On dit qu’il a fait les choses les plus merveilleuses, tout comme les policiers des romans. »  Page 90
  • « « Vous rappelez-vous l’homme qui vendit son âme au diable, en échange de la jeunesse ? On en a fait un opéra.
    – Faust ?
    – Oui. Histoire merveilleuse. Beaucoup d’entre nous agiraient ainsi s’ils le pouvaient. »  Page 123
  • « Je me rappelle Mélisande, continua Blunt, elle avait épousé un homme assez âgé pour être son père. »  Page 127
  • « – Et il lui a sans doute donné une émeraude grosse comme un œuf de pigeon? demandais-je ironiquement.
    – Il ne m’en a rien dit… Pourquoi ?
    – Pour rien; je croyais que c’était classique ! Dans tous les romans policiers, l’incomparable détective reçoit des joyaux de la main de ses clients princiers, éperdus de gratitude. »  Page 157
  • « – Tu sembles avoir inventé un conte de fées; tu lis trop de romans, je te l’ai toujours dit. »  Page 159
  • « – C’est cela, l’impasse qui ne conduit nulle part. Il peut en être de même de ces empreintes, elles peuvent ne vous mener à rien.
    – Je ne vois pas bien comment ce serait possible, dit l’officier de police; je suppose que vous croyez qu’elles sont falsifiées ? J’ai lu des histoires de ce genre, mais je n’ai jamais rein constaté de semblable. D’ailleurs, qu’elles soient vraies ou fausses, nous aboutirons toujours à quelque conclusion. »  Page 165
  • « – Nous devons en remercier la Providence, déclara Mme Ackroyd. Je crois fermement en la Providence, dont nous ressentons l’action bienfaisante jusqu’aux extrémités de notre être, comme dit Shakespeare. »  Page 170
  • « – Mais vous pouviez ne pas me dire la vérité ou bien votre montre pouvait être dérangée. Seulement Parker certifie également que nous avez quitté la maison à neuf heures moins dix; nous acceptons donc cette affirmation et nous passons. À neuf heures vous vous heurtez à un homme à la grille du parc. Ici nous arrivons à ce que nous appellerons le « roman du mystérieux étranger »; qu’est-ce qui me prouve que c’est exact ? »  Page 178
  • « Jusqu’au lundi soir, mon récit aurait donc pu être celui de Poirot lui-même. J’étais le Watson de ce Sherlock Holmes, mais ensuite nos voies divergèrent. »  Page 185
  • « – C’est donc bien vous ?
    – Oui… je… il y avait là un ou deux objets intéressants. Je venais de lire une étude à ce sujet, accompagnée de la photographie d’un bibelot qui avait été payé très cher par Christy et qui me paraissait semblable à l’un de ceux que contenait la vitrine. J’eux l’idée de l’emporter la première fois que je me rendrais à Londres et… de… le faire estimer. Voyez quelle agréable surprise c’eût été pour Roger s’il avait eu une grande valeur ? »  Pages 193 et 194
  • « – Voyons, protestai-je doucement vous ne croyez pas possible qu’une jeune fille comme Flora Ackroyd ait été capable de poignarder son oncle de sang-froid ?
    – Je n’en sais rien, répondit Miss Gannett. Je viens de lire un livre sur les bas-fonds de Paris où l’on dit que les pires criminels sont souvent des jeunes filles au visage angélique. »  Page 214
  • « Elle avait eu ce matin-là des nouvelles de quelqu’un qui s’adonnait aux stupéfiants, elle avait lu l’article et elle était venue vous trouver pour vous poser quelques questions tendancieuses. Elle a parlé de cocaïne parce que l’article en question traitait surtout de la cocaïne. Puis lorsque vous avez paru trop vous intéresser à cette question, elle a vite fait dévier le sujet vers les histoires de détective et de posons qui ne laissent aucune trace. »  Page 270
  • « – Il y a des moments où j’ai le grand désir de voir revenir mon ami Hastings, l’ami dont je vous ai parlé et qui réside maintenant en Argentine. Chaque fois que j’avais un cas sérieux il était auprès de moi et il m’a aidé, oui, il m’a aidé souvent. Il avait le don de découvrir la vérité, sans s’en rendre compte lui-même, bien entendu. Il faisait parfois une flexion saugrenue… qui m’apportait une révélation. Puis il avait l’habitude de rédiger un comte rendu écrit des affaires intéressantes. »  Page 294
  • « – Eh bien, j’ai lu quelques-uns des récits du capitaine Hastings et j’ai voulu l’imiter. Il me semblait dommage de ne pas le faire. Occasion unique… probablement la seule fois où je serai mêlé à une affaire de ce genre. »  Page 294
  • « Encore un peu inquiet toutefois, j’ouvris un tiroir de mon bureau et j’y pris une pile de feuilles manuscrites que je lui tendis. En vue d’une publication possible, j’avais divisé mon récit en chapitres et, le soir précédent, j’avais narré la visite de Miss Russell. Poirot était donc en possession de vingt chapitres. »  Page 295
  • « J’appris que Poirot et ma sœur avaient diné ensemble à sept heures et demie et que le détective s’était rendu dans mon atelier pour y terminer la lecture de mon manuscrit. »  Page 295
  • « Poirot était assis près de la fenêtre et le manuscrit était empilé avec soin sur une chaise à côté de lui. Il posa la main dessus et s’écria :
    « Je vous félicite de votre modestie.
    – Oh ! répondis-je un peu étonné.
    – Et… de votre discrétion », ajouta-t-il.
    Je répétai : « Oh !
    – Hastings n’écrivait pas de cette façon, continua mon ami; à toutes les pages, on retrouvait le mot Je et un exposé de ses pensées et de ses actions; tandis que vous, vous êtes resté à l’arrière-plan et vous ne vous êtes guère mis en scène qu’une ou deux fois dans des tableaux de votre vies domestique, dirions-nous. » »  Page 296
  • « C’est un compte rendu très prévis et très détaillé. Vous avez rapporté tous les faits fidèlement et exactement, bien que vous vous soyez montré trop modeste en ce qui concerne la part que vous y avez prise. »  Page 296
  • « – Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai fait allusion aux réticences de votre manuscrit ? me dit Poirot. Il est parfaitement sincère dans l’exposé des faits qu’il raconte… mais il ne raconte pas tout, n’est-ce pas, mon ami ? »  Page 311
  • « Mais souvenez-vous que, juste devant la fenêtre, se trouvait une table chargée de livres et de journaux. »  Pages 318 et 319
  • « Le Capitaine Ralph Paton doit être disculpé, cela va sans dire, et je vous propose de terminer votre intéressant manuscrit… en renonçant à vos réticences. »  Pages 328 et 329
  • « Étrange fin du récit que je voulais publier quelque jour pour décrire un échec de Poirot. »  Page 331
  • « Je suis assez satisfait de moi comme écrivain. »  Page 332
  • « Lorsque j’aurai fini d’écrire, je mettrai le manuscrit dans une enveloppe que j’adresserai à Poirot.
    Ensuite… que choisirai-je ? Du véronal ? Il y aurait là comme une sorte de justice poétique. »  Page 334
4,5 étoiles, H, L

Harold Fry, tome 01 : La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi…

Harold Fry, tome 01 : La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi… de Rachel Joyce.

Édition France loisirs (Piment), publié en 2013, 415 pages

Premier tome de la série « Harold Fry » de Rachel Joyce paru initialement en 2012 sous le titre anglais « The unlikely pilgrimage of Harold Fry ».

Harold est tout récemment retraité et il ne trouve pas ses marques avec sa femme Maureen qui est la reine de la maison. Un mardi matin, une lettre bouscule leur vie routinière et sans imprévus. Ce mot provient de Queenie, une ancienne collègue de travail d’Harold qu’il a perdu de vue depuis près de vingt ans. Il est bouleversé par ce message car Queenie lui annonce qu’elle se meurt d’un cancer. Que lui répondre ? Que peut-on dire ou écrire à une femme en phase terminale ? Harold ne le sait pas. Il griffonne un petit quelque chose et au moment de poster sa réponse, il passe devant la boîte aux lettres sans s’arrêter. Puis passe aussi son chemin à la deuxième, trouvant sa réponse insignifiante. Et s’il lui apportait cette lettre en mains propres ? Sur un coup de tête, il poursuit son chemin jusqu’à l’autre bout de l’Angleterre soit près de 1000 km à pied dans l’espoir fou que cela puisse sauver Queenie. Ce pèlerinage improvisé va l’obliger à revisiter sa vie.

Une très belle histoire qui nous porte à analyser notre propre cheminement de vie. Ce roman parle surtout des épreuves de la vie, tels que les deuils, les problèmes familiaux, les relations de couples, l’éducation des enfants. Le lecteur apprend à connaitre le personnage d’Harold petit-à-petit à travers son introspection. On le découvre mais surtout on s’attache à cet homme ordinaire qui a peur de déranger. Bien que le cheminement d’Harold soit étoffé, celui de sa femme Maureen, manque un peu de réalisme en étant trop simple et superficiel. Le style d’écriture de Rachel Joyce est fluide avec une touche d’humour malgré le poids de propos traités. L’histoire nous est contée selon deux points de vue, celui de Maureen et celui d’Harold en alternance ce qui permet au lecteur de bien comprendre la dynamique de ce couple. Un très beau récit sur les impacts du passé qui peuvent être douloureux mais aussi heureux. Un roman psychologique fort sympathique, mais un peu long tout de même.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 5 mars 2017

La littérature dans ce roman

  • « Il était parti en retraite un vendredi, avec en guise de souvenir d’une vie passée dans l’entreprise un guide touristique illustré de la Grande-Bretagne et un bon d’achat chez un caviste. Le volume avait été placé dans la « meilleure pièce », à côté des autres objets que personne ne regardait jamais. »  Page 41
  • « Il pourrait planifier son itinéraire sur Internet et commander le nécessaire pour la marche. Peut-être trouverait-il quelques suggestions dans le guide touristique qu’il avait reçu en cadeau pour sa retraite, jamais ouvert depuis ? »  Page 45
  • « Quand il était petit, il rasait les murs, terrifié à l’idée d’attirer l’attention. Il pouvait regarder sa mère se mettre du rouge à lèvres ou lire sa revue de voyages sans qu’elle s’aperçoive de sa présence. »  Page 49
  • « 7 — Harold et le randonneur et la femme qui aimait Jane Austen »  Page 86
  • « — Elle aime Jane Austen, lança le randonneur en riant. Elle a vu tous les films. Moi, je suis plutôt un vrai mâle, si vous voyez ce que je veux dire. »  Page 100
  • « Le cours de ses pensées fut interrompu par ses voisins, qui avaient élevé la voix. Harold avait envie de partir, mais il attendait en vain la plage de silence qui lui permettrait de se lever et de prendre congé.
    La femme qui aimait Jane Austen lança :
    — Tu crois que c’était marrant d’être coincée ici avec une jambe dans le plâtre ? »  Page 101
  • « Et puis il y avait eu les années scolaires de David. Les heures qu’il passait enfermé dans sa chambre, ses notes excellentes, son refus d’être aidé par ses parents.
    — Cela n’a pas d’importance s’il reste tout seul, disait Maureen, il a d’autres centres d’intérêt.
    Après tout, eux-mêmes étaient des solitaires. Une semaine, David voulait un microscope. Une autre, les Œuvres complètes de Dostoïevski. Puis une méthode d’apprentissage de l’allemand. Un bonsaï. Intimidés par sa soif de connaissances, ils achetaient tout. Il avait la chance d’avoir une intelligence et des opportunités qu’ils n’avaient jamais eues et, quoi qu’il arrive, ils ne devaient pas le laisser tomber.
    — Père, disait-il, tu as lu William Blake ? »  Page 112
  • « Il avait quitté Exeter de bonne heure, après avoir acheté un dictionnaire des plantes sauvages d’occasion et un guide de la Grande-Bretagne. Il les avait placés dans son sac en plastique avec les deux cadeaux pour Queenie. »  Page 128
  • « À Brampford Speke, les maisons avaient maintenant des toits de chaume et la brique n’était plus couleur silex, mais d’un rouge chaud. Des branches de spirée ployaient sous les fleurs et des pousses de delphinium pointaient leur nez dans la terre. À l’aide de son livre, Harold identifia des barbes de Jupiter, des langues de cerf, des compagnons rouges, de l’herbe à Robert, des pieds-de-veau et découvrit que les fleurs en forme d’étoile dont la beauté l’avait émerveillé étaient des anémones des bois. Revigoré, il parcourut les quatre kilomètres qui le séparaient encore de Thorverton, le nez plongé dans son dictionnaire des plantes sauvages. »  Pages 130 et 131
  • « Il passa la soirée avec un travailleur social qui voulait devenir poète. »  Page 131
  • « Harold parvint à Bickleigh, où, d’après son guide touristique, il était intéressant de visiter le petit château en brique rouge niché sur la rive de l’Exe. Mais un homme au visage long, vêtu d’un pantalon vert olive, l’informa que le guide n’était pas à jour en ce qui concernait le château, à moins de vouloir le louer pour un mariage luxueux ou y passer un week-end « meurtre et mystère ». »  Page 137
  • « Sa tante Muriel lui écrivait des billets d’excuse : « Harold avait mal à la tête », « Harold n’est pas dans son assiette. » Parfois, elle s’armait d’un dictionnaire et faisait preuve de plus de créativité : « Harold a eu un accès de maladie hépatique mardi vers 18 heures. » Quand il échoua à ses examens, il abandonna complètement l’école. »  Page 138
  • « Curieusement, c’était Mr. Napier qui, à l’époque, avait fait faire équipe à Harold et à Queenie. Il avait convoqué Harold dans son bureau orné de boiseries pour lui dire qu’il chargeait Queenie d’aller vérifier sur place les livres de comptes des pubs. »  Page 154
  • « Queenie s’approcha de sa voiture, agrippée à son sac à main carré, l’air de s’apprêter à faire des courses plutôt que de vérifier les livres de comptes d’un pub. »  Page 156
  • « Tout se ressemblait. Il cessa de consulter ses guides, car leurs informations ne faisaient qu’accentuer son impression de ne rien savoir. »  Page 159
  • « Harold n’avait couché qu’avec une femme, Maureen. Même quand elle avait mis ses livres de cuisine à la poubelle, qu’elle avait fait couper ses cheveux et qu’il l’entendait fermer sa porte à clé le soir, il n’avait pas cherché à en voir une autre. »  Page 167
  • « — Ma mère a quitté la maison un peu avant mes treize ans. Mon père et elle étaient très malheureux. Lui buvait et elle avait envie de voyager. C’est tout ce dont je me souviens. Après son départ, il est allé encore plus mal pendant quelque temps, et puis les voisines ont appris ce qui s’était passé. Elles se sont fait un plaisir de le materner. Du coup, mon père s’est épanoui. Il a ramené une kyrielle de tantes à la maison. C’est devenu une espèce de Casanova. »  Page 186
  • « À quel moment avait-elle trébuché ? Contrairement à lui, elle avait fait des études correctes. Elle avait pris des cours de secrétariat, puis suivi les cours de français par correspondance de l’Université ouverte quand David était à l’école primaire. Elle aimait jardiner. Le moindre carré de leur parcelle de Fossebridge Road produisait des fruits ou des fleurs. Elle avait cuisiné tous les jours, lu les livres de recettes d’Elizabeth David et pris plaisir à rechercher de nouveaux ingrédients. »  Page 194
  • « À l’aide de son livre de botanique, il identifiait les fleurs des haies et apprenait leur usage ; lesquelles portaient des baies, toxiques ou consommables, lesquelles avaient des feuilles aux vertus médicinales. L’ail des ours remplissait l’atmosphère de son odeur âcre. De nouveau, il fut surpris de voir quelles richesses ignorées se trouvaient à ses pieds. »  Page 206
  • « Suivant les instructions de son guide touristique, il s’intéressa au musée de la Chaussure de Street et jeta un coup d’œil à la boutique de Clarks Village tout en restant persuadé qu’il aurait tort d’abandonner ses chaussures de bateau après être allé si loin avec. »  Page 207
  • « Déjà, à cette époque, il avait commencé à mettre de l’argent de côté pour leur avenir. Il avait trouvé un emploi d’éboueur tôt le matin et de receveur de bus l’après-midi. Deux fois par semaine, il travaillait de nuit à l’hôpital et le samedi il était employé à la bibliothèque. Parfois, il était si épuisé qu’il se glissait sous les rayonnages et s’endormait.
    Maureen s’était mise à prendre le bus devant chez elle et elle y restait jusqu’au terminus. Harold délivrait les tickets et sonnait à l’intention du conducteur, mais il ne voyait qu’elle dans son manteau bleu, avec sa peau de porcelaine et ses yeux verts au regard plein de vie. Elle venait aussi à la bibliothèque et feuilletait des livres de cuisine, et il l’observait depuis le bureau principal, vacillant sous l’effet du désir et du manque de sommeil. »  Page 210
  • « — On attend cet acteur célèbre, lui expliqua sa voisine, le visage congestionné et moite à cause de la chaleur. Il signe son dernier livre. Si son regard croise le mien, je tombe dans les pommes.
    Il était difficile d’apercevoir l’acteur célébrissime, et plus encore de croiser son regard, car il était apparemment de petite taille et entouré par une véritable muraille de vendeurs de librairie vêtus de noir. »  Page 221
  • « Dans les toilettes publiques, il se retrouva en train de se laver les mains à côté de l’acteur qui avait signé son livre. »  Page 222
  • « — Pendant des années, j’ai tenu des rôles sérieux. J’ai fait toute une saison au festival théâtral de Pitlochry. Et puis j’ai joué dans un film en costume d’époque et voilà ! Tout le pays trouve original de donner mon nom à son chien. Vous êtes venu à Bath pour mon bouquin ?
    Harold reconnut que non. Il parla de Queenie en donnant un minimum de détails. Mieux valait ne pas raconter qu’il imaginait être applaudi par les infirmières à son arrivée au centre de soins palliatifs. L’acteur semblait l’écouter, ce qui ne l’empêcha pas, lorsque Harold eut terminé son histoire, de lui redemander s’il avait un exemplaire du livre et s’il désirait une signature.
    Harold répondit que oui. Le livre serait sans doute un souvenir parfait pour Queenie ; elle avait toujours aimé lire. Il allait demander à l’acteur s’il voulait bien l’attendre le temps de filer acheter un exemplaire, quand son interlocuteur reprit la parole.
    — Ne vous embêtez pas avec ça. C’est nul. Je n’en ai pas écrit une ligne. Je ne l’ai même pas lu. Je vais vous dire, je suis un baiseur compulsif, complètement accro à la coke. La semaine dernière, quand j’ai voulu lécher une fille, je me suis aperçu qu’elle avait une bite. Ce n’est pas le genre de truc qu’on met dans un bouquin. »  Pages 223 et 224
  • « — Ça ne vous ennuie pas de partager votre table ? dit-elle, sur un ton affirmatif.
    Elle fit signe à un homme qui attendait à la porte et désigna du doigt le siège en face d’Harold. L’homme s’assit en s’excusant et sortit un livre. Il avait un visage aux traits bien dessinés et des cheveux clairs coupés court. Sa chemise blanche avait le col ouvert, révélant un impeccable triangle de peau dorée. Il demanda à Harold de lui passer le menu, et engagea la conversation sur Bath. Lui-même, dit-il, était un Américain qui visitait l’Angleterre. Son amie avait choisi le package Jane Austen. Harold ne savait pas trop de quoi il s’agissait, mais il espérait pour elle que l’acteur célèbre n’en faisait pas partie. »  Page 228
  • « — On n’a pas d’appétit, avec cette chaleur, dit celui-ci. Harold approuva, mais il le regretta aussitôt, car l’Américain se crut obligé de poursuivre la conversation.
    — Bath a l’air d’une jolie ville, déclara-t-il en refermant son livre. Vous êtes en vacances ? »  Page 229
  • « Au petit matin, Harold était déjà en route. Il laissa de côté sa boussole et ses guides pour consacrer toute sa force, toute sa volonté à mettre un pied devant l’autre. Et c’est seulement lorsque trois adolescentes à cheval lui demandèrent comment aller à Shepton Mallet qu’il se rendit compte qu’il avait perdu un jour entier à avancer dans la mauvaise direction.
    Il s’assit au bord de la route, le regard fixé sur un champ de fleurs d’un jaune flamboyant. Il avait oublié leur nom. Tant pis. Il ne se donnerait pas le mal de sortir son guide des plantes sauvages. »  Page 238
  • « À Cheltenham, il offrit sa lessive à un étudiant qui entrait dans la laverie. À Prestbury, il fit cadeau de sa lampe-torche à une femme qui ne retrouvait plus ses clés dans son sac. Le lendemain, il donna ses pansements adhésifs et sa crème antiseptique à la mère d’un enfant qui s’était écorché le genou, ainsi que son peigne pour distraire le petit. À la stupéfaction d’un couple d’Allemands qui cherchaient leur chemin à proximité de Cleeve Hill, il leur remit le guide de Grande-Bretagne et, dans la mesure où il connaissait par cœur son dictionnaire de botanique, il leur suggéra de le prendre également. »  Page 264
  • « Il expliqua à Wilf comment il avait appris a faire la tambouille sur un feu de bois et à reconnaître les plantes à l’aide d’un petit guide qu’il avait acheté à Bath. Il y avait les bons et les mauvais champignons, dit-il, et il fallait apprendre à les différencier. »  Page 291
  • « Rich, qui possédait un manuel de la cueillette en milieu naturel, tint à faire des beignets de berce. »  Page 302
  • « Il revoyait Joan en train d’humecter son doigt pour tourner la page d’un livre ou de lever les yeux au ciel devant le tremblement des mains de son mari au-dessus de sa bouteille du whisky, mais il n’avait aucune image d’elle embrassant son front, ni même lui disant des paroles rassurantes. »  Page 333
  • « — Rex est ici. On a regardé la carte. On a passé quelques coups de fil. Il est allé sur son ordinateur. On a même sorti ton guide routier. »  Page 351
  • « Il voyait l’oncologue, les yeux écarquillés devant la lettre de Queenie, et la femme qui aimait Jane Austen en train de parler dans le vide. »  Page 354
2 étoiles, H, R

Ravenloft, book 4 : Heart of Midnight

Ravenloft, book 4 : Heart of Midnight de J. Robert King

Editions TSR (Ravenloft), publié en 1992, 313 pages

Quatrième tome de la série de contes d’horreur gothique Ravenloft écrit par J. Robert King et paru initialement en 1992.

En Kartakass la musique dirige tout, même le choix des souverains des cités que l’on nomme les Meistersingers. À Harmonia, le jeune Casimir a tout pour réussir, il est beau et doué d’une voix envoûtante qui devrait lui garantir son avenir. Malheureusement, sur le plan personnel, il est obsédé par la vengeance. Sa mère a été assassinée lorsqu’il était enfant et il vit depuis dans un orphelinat miteux. Le plus révoltant pour lui c’est que sa mère a été assassinée par le Meistersinger local et qu’il n’a jamais payé pour ce méfait. Casimir a ourdi son plan de vengeance pendant dix ans et il est maintenant temps de l’exécuter. Il cherche une vengeance glorieuse et pour ce faire, il est prêt à faire appel aux forces obscures et aux malédictions les plus puissantes.

Roman divertissant, sans plus. L’histoire est intéressante surtout dû au monde qui y est présenté, un monde surnaturel axé sur la musique. Par contre, le début est très précipité, les évènements se succèdent trop rapidement, sans explication, et le lecteur n’a pas vraiment le temps de bien comprendre les problématiques soulevées ou d’apprivoiser les personnages. De plus, le texte est alourdi par les paroles de chansons ce qui gêne le lecteur en le faisant décroché de la trame principale. Les personnages manquent cruellement de profondeur et ils ne sont pas ou peu développés. Malheureusement, une lecture monotone et très prévisible.

La note : 2 étoiles

Lecture terminée le 3 janvier 2015

La littérature dans ce roman :

  • « For what is life but fleeting years
    Marked clearly by the scars and tears
    Of time? I peer across my frame,
    So marked and yellowed like a book
    That I can call each hurt by name. »  Page 5
  • « Passing through the doorway, they left the nave and entered a small chapel that seemed to be of later design. The air within smelled of old books and oiled wood rather than musty decay. »  Page 102
  • « Gustav slept amongst a sprawl of books, a flute clutched in his hand. »  Page 117
  • « Julianna shook her head and swallowed. “I thought werewolves were mere fictions… the stuff of huntsmen’s tales.” »  Page 127
  • « He blustered importantly into book-lined study where the jurisconsults were waiting. »  Page 132
  • « ”I’ll need to consult many dark, tattered volumes to remember what I must do,” Gustav observed to no one in particular. “Even so, my powers are meaningless unless you’ve indeed brought back Milil.” He cast a dubious glance toward the pipe organ, then turned again toward Casimir. “Come… let’s go to the temple library and my books. »  Page 163
  • « Thoris and Casimir sat quietly at a table in the temple library, the cool air soaking like a salve into their angry wounds. As they watched, Gustav moved among his countless books, pulling down broad tomes and stacking them in his feeble arms. At last Gustav set his stack on a table and began poring over the cryptic texts. “How long have you been… afflicted?”
    Startled after the long silence, Casimir replied, “As long as I can remember.”
    Gustav looked up. “Then you have killed before?”
    “Yes.” The answer rang cold on the stone.
    Gustav sighed heavily, closing the thick tome. »  Page 163
  • « Gustav rose, holding the book under his arm and moving toward the library’s door. »  Page 164
  • « As they arrived, Gustav began paging through the book. His eyes roved over the symbol-laden page, then found the passage hi sought. »  Page 164
  • « Gustav finally closed the book, setting its dusty bulk on a stand beside the altar. »  Page 165
  • « ”The choirmaster will sing for you, and the organist will play. I’ll deliver your homilies,” Casimir said simply. “You need only learn to pray and perhaps to read so that you’ll know the tales of Milil.” »  Page 185
  • « As he passed the library doors, a sudden chill swept over him. He halted, turning back toward the library. Cautiously cracking the doors, he peered inside. Five robed elders of Milil sat within, two reading books and the other three glancing nervously about the room. »  Page 220
  • « Julianna bit her lip, and Thoris paled. He asked, “But tales say Harkon Lukas doesn’t have a home – he just drifts. How’re you going to find him?” »  Page 231
  • « The clerk was a young and colorless thing. He raised his squinting eyes toward Casimir – eyes visibly thickened by long hours of labor with books. »  Page 234
  • « ”What about sitting in the dining hall ?” Casimir asked.
    I’m sorry, sir,” the clerk said, turning back to his books. “Dining hall’s only for dinner and supper.” »  Page 234
  • « But the sable-haired child had no interest in conversation; her job was to endure that nothing was stolen. The vardo contained all manner of valuable items – jewels, chains of gold, exotic feathers, piles of books. »  Page 302
  • « Gustav’s grave lay along the cliff’s edge, marking the spot where Casimir had jumped off almost two years ago. The statue of Gustav proved a perfect stepping-stone. Thoris’s twisted limbs slowly climbed to the rail as the stone Gustav patiently watched. The statue held a flute in one hand and a book of song in the other. »  Page 311
3 étoiles, H, R

Hunger Games, tome 3 : La révolte

Hunger Games 3 : La révolte de Suzanne Collins.

Éditions Pocket (Jeunesse), publié en 2012, 417 pages

Troisième tome de la trilogie Hunger Games écrit par Suzanne Collins et paru initialement en 2010 sous le titre « Hunger Games : Mockingjay ».

Hunger Games, tome 3

Les 75ièmes Hunger Games se sont terminé par le sauvetage de Katniss par les rebelles. Réfugiée dans le District 13, on lui demande de devenir l’emblème de la rébellion. En échange, elle exige de la Présidente du District, Alma Coin, l’immunité pour tous les vainqueurs des Hunger Games, y compris Peeta. Elle reçoit également le droit de tuer le Président Snow, le chef du Capitole et de Panem lors du soulèvement. Les rebelles devront mettre sur pied un plan pour secourir Peeta ainsi que d’autres tributs capturés par le Capitole. Au prix de grands efforts, ils finiront par les libérer mais le jeune homme a été conditionné afin de voir Katniss comme une ennemie. Tout sera mis en œuvre pour le soigner afin qu’il redevienne lui-même. La souffrance de Katniss est grande durant cette période. Elle assiste à la détresse de Peeta, elle voit des gens mourir pour cette quête et elle en prend toute la responsabilité. Mais les rebelles auront-ils la force et le nombre pour vaincre le Capitole ? Que leur coutera cette guerre en effectif ? Leurs efforts seront-ils suffisants pour faire changer les choses ?

L’intérêt principal de ce troisième tome est les réponses qu’il apporte au lecteur. De plus, il est le tome le plus réaliste des trois. Les affrontements ne sont font plus dans un milieu contrôlé mais dans la population, ce qui est très bien exploité. L’horreur de la guerre est omniprésente incluant les massacres sanglants qui font partie de ce type de confrontation. On ressent la dureté de ce monde. Le personnage de Katniss est beaucoup moins fort que dans les deux premiers tomes et perd de son intérêt. Le point faible de ce tome est l’isolement de Katniss par rapport aux stratégies mises en place pour combattre le Capitole. Comme l’auteur est resté obstinément accroché à la vision unique de Katniss, le lecteur est ainsi brimé d’une compréhension globale des enjeux. Les états d’âme et les incertitudes de Katniss sont répétitifs et sans grand intérêt. L’auteur aurait pu pousser la réflexion plus loin sur plusieurs sujets reliés à une révolution, malheureusement ces filons n’ont pas été exploités. En lieu et place on se retrouve avec la vision d’une adolescente instable qui se morfond sur des sujets futiles considérant la guerre qui fait rage. De plus, cette trilogie finie sans grande surprise, ni sans grand intérêt.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 17 février 2014

La littérature dans ce roman :

  • « Je franchis le seuil à pas de loup, je rechigne à faire du bruit. Je ramasse quelques souvenirs : une photo de mes parents le jour de leur mariage, un ruban bleu de Prim, le livre familial des plantes médicinales et comestibles. Il m’échappe des mains et s’ouvre sur une page ornée de fleurs jaunes ; je le referme aussitôt. C’est Peeta qui a peint ces fleurs. »  Page 18
  • « Ma mère presse sa photo de mariage contre sa poitrine puis la dépose, avec le livre de plantes, sur notre commode réglementaire. »  Page 27
  • « Il tend la main. Fulvia lui remet un grand cahier de croquis relié en cuir noir.
    — Tu as déjà une idée générale de ce que nous attendons de toi, Katniss. Je sais que tu participes à contrecœur. J’espère que ceci nous aidera à te convaincre.
    Plutarch fait glisser le cahier dans ma direction. Je l’observe d’abord avec méfiance. Puis ma curiosité l’emporte. Je soulève la couverture et je découvre un dessin de moi, solidement campée dans un uniforme noir. Je ne connais qu’une seule personne qui ait pu concevoir cette tenue, purement fonctionnelle au premier regard, et qui recèle pourtant toute la finesse d’une œuvre d’art. La courbure du casque, la découpe du plastron, les manches légèrement bouffantes qui dévoilent des plis blancs sous les bras.  Son crayon m’a transformée en geai moqueur une fois de plus.
    — Cinna, dis-je dans un souffle.
    — Oui. Il m’avait fait promettre de ne pas te montrer ce cahier avant que tu aies pris ta décision. J’ai été tenté, crois-moi, dit Plutarch. Vas-y. Jette un coup d’œil au reste.
    Je tourne les pages une à une, en découvrant chaque détail de l’uniforme. Les couches de rembourrage soigneusement coupées, les armes dissimulées dans les bottes et le ceinturon, la plaque de blindage au niveau du cœur. En dernière page, sous un croquis de ma broche, Cinna a griffonné : Je continue à miser sur toi. »  Page 52
  • « Je croise les bras sur le cahier de croquis et me laisse aller à espérer. C’est sûrement la bonne décision. Puisque Cinna le voulait. »  Page 54
  • « De la porte 3908 s’échappe un bruit léger. Une sorte de gémissement. Comme celui qu’un chien craintif pousserait pour, échapper à une correction, sauf qu’il me paraît un peu trop humain et familier. Gale et moi échangeons un bref regard. Nous nous connaissons depuis suffisamment longtemps pour ne pas avoir besoin de plus. Je laisse le cahier de Cinna tomber bruyamment aux pieds du gardien. À l’instant où il se baisse pour le ramasser, Gale se penche à son tour et ils se cognent malencontreusement la tête. »  Pages 55 et 56
  • « — Et si nous gagnons, intervient Gale, qui sera à la tête du gouvernement ?
    — Tout le monde, lui répond Plutarch. Nous constituerons une république, dans laquelle les habitants de chaque district et du Capitole éliront leurs propres représentants pour parler en leur nom dans un gouvernement centralisé. Ne prenez pas cet air méfiant ; ça a déjà fonctionné par le passé.
    — Oui, dans les livres, grommelle Haymitch.
    — Dans les livres d’histoire, précise Plutarch. Et si nos ancêtres ont pu le faire, il n’y a pas de raison que nous en soyons incapables. »  Page 94
  • « Je m’accroupis dos à la paroi pour regarder ce que Gale a pu sauver dans ma besace. Mon livre sur les plantes, le blouson de mon père, la photo de mariage de mes parents et les affaires personnelles que je rangeais dans mon tiroir. »  Page 158
  • « — Vous allez loin, dis-je. Il n’y a vraiment aucune limite pour vous ? (Ils me fixent tous les deux – Beetee avec scepticisme, Gale d’un air hostile.) Je suppose qu’il n’existe pas de manuel qui stipule ce qui est acceptable ou non en temps de guerre.
    — Bien sûr que si. Beetee et moi suivons le même manuel que le président Snow quand il a ordonné le lavage de cerveau de Peeta, rétorque Gale. »  Page 200
  • « Je m’assieds sur mon lit et tente de me fourrer dans la tête les instructions de mon manuel de tactique militaire, sans trop me laisser distraire par le souvenir de mes nuits dans le train avec Peeta. Au bout de vingt minutes environ, Johanna me rejoint et se laisse tomber en travers de mon lit. »  Page 261
  • « Dans le bureau où j’avais pris le thé en compagnie du président Snow, je trouve un carton contenant le vieux blouson de mon père, notre ouvrage sur les plantes, la photo de mariage de mes parents, le bec de collecte que m’avait envoyé Haymitch, et le médaillon que m’avait offert Peeta dans l’arène en horloge. »  Page 406
  • « Peu à peu, au fil des jours, je reviens à la vie. J’essaie de suivre les conseils du Dr Aurelius, de faire les gestes du quotidien sans réfléchir, surprise chaque fois que je redécouvre qu’ils ont un sens. Je lui parle de mon projet de livre, et un grand carton de feuilles parcheminées m’arrive du Capitole par le prochain train.
    J’ai eu cette idée en regardant notre livre familial sur les plantes. Un ouvrage dans lequel consigner tout ce qu’on ne peut pas confier aveuglément à la mémoire. Chaque page débute par le portrait d’une personne. Une photo, quand on peut en dénicher une. Sinon, un dessin ou une peinture de Peeta. Puis je rédige, de ma plus belle écriture, tous les détails qu’il serait criminel d’oublier. Lady en train de lécher la joue de Prim. Le rire de mon père. Le père de Peeta avec ses cookies. La couleur des yeux de Finnick. Ce que Cinna parvenait à sortir d’un simple rouleau de soie. Boggs reprogrammant l’holo pour moi. Rue dressée sur ses orteils, les bras légèrement écartés, comme un oiseau sur le point de s’envoler. Et ainsi de suite. On colle les pages à l’eau salée et on se promet de mener une belle vie afin que leurs morts ne soient pas inutiles. Haymitch se décide à collaborer, en nous parlant des vingt-trois couples de tributs qu’il a dû assister. Les ajouts se font plus modestes. Un vieux souvenir qui ressurgit. Une primevère mise à sécher entre les pages. D’étranges bribes de bonheur, comme cette photo du fils nouveau-né de Finnick et d’Annie. »  Pages 412 et 413
    « Peeta dit que tout ira bien. Nous sommes ensemble. Et nous avons le livre. Nous saurons leur expliquer d’une manière qui les rendra plus courageux. »  Page 416
4 étoiles, E, H

Hunger Games, tome 2 : L’embrasement

 

 Hunger games, tome 2 : L’embrasement de Suzanne Collins.

Éditions Pocket (Jeunesse), publié en 2011; 398 pages

Deuxième tome de la trilogie Hunger Games écrite par Suzanne Collins et paru initialement en 2009 sous le titre « Hunger Games : Catching Fire ».

hunger games, tome 2

Les 74ième Hunger Games ont couronnés exceptionnellement deux gagnants, Katniss et Peeta. La menace que Katniss et Peeta s’empoisonnent à la fin du jeu, pour ne pas s’entretuer, leur a sauvé la vie. Suite à leur victoire controversée, ils doivent effectuer la tournée de tous les districts. Les citoyens sont impatients de les voir mais le Capitole les surveille de près. Katniss, sans le savoir, a lancé un vent de révolte dans tout le pays. Le président craignant un soulèvement, menace Katniss de s’en prendre à ses proches si elle ne désamorce pas la rébellion. Elle devra démontrer à la population que lors de sa menace d’empoisonnement, elle a agi par amour pour Peeta et non par défiance envers le Capitole. Afin d’éliminer Katniss, le président annonce que pour les 75ième jeux, les tributs seront sélectionnés parmi les vainqueurs des jeux précédents. Katniss, seule gagnante de 12ième district, retournera donc dans l’arène.

Ce second tome est plutôt surprenant et plaisant à lire. Le niveau de tension monte régulièrement tout au long de l’histoire. Par contre, il y a beaucoup de rebondissements, les événements s’enchaînent mais que superficiellement et on bascule rapidement d’un environnement à l’autre. Le personnage central de Katniss est encore attachant dans son rôle d’héroïne révoltée qui doit concilier ses envies de rébellion et son désir de protéger ceux qu’elle aime. Ce qui commence à être gênant dans la lecture de cette trilogie c’est la vision des choses par les yeux de Katniss. Ce style de narration coupe le lecteur d’une partie de l’action qui se passe en parallèle. Il nuit à une bonne compréhension des enjeux globaux et ne permet pas d’approfondir l’histoire. Ce fait pourrait expliquer que la fin de ce deuxième tome semble chaotique. Une suite somme toute réussie et intéressante, en espérant que le 3ième tome soit à la hauteur du premier volet.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 2 septembre 2013

La littérature dans ce roman :

  • « Il pousse son livre et tapote le centre du bureau.
    Ma mère pose le plateau à l’endroit indiqué. »  Page 28
  • « – Persuadez-moi.
    Il lâche la serviette et ramasse son livre. »  Page 35
  • « En grimpant à la suite d’Haymitch, nous débouchons dans le dôme de l’hôtel de justice.  L’endroit est immense, encombré de vieux meubles, de piles de livres et d’armes rouillées. »  Page 71
  • « Peeta passe tous les jours m’apporter des petits pains au fromage. Il m’aide aussi à continuer le grand livre familial. C’est un vieil ouvrage, tout en cuir et en parchemin, commencé depuis des siècles par je ne sais quel herboriste du côté de ma mère. Page après page, il aligne des dessins à la plume de plantes médicinales, avec leurs différents usages. Mon père y a ajouté un chapitre sur les plantes comestibles qui m’a beaucoup servi après sa mort. Il y a longtemps que je voulais y consigner mes propres connaissances. Des choses que j’ai découvertes par moi-même, ou que je tiens de Gale, ou encore les petits trucs que j’ai appris aux Jeux lors de mon entraînement. Je ne l’avais jamais fait parce que je ne sais pas dessiner et qu’il est primordial que les dessins soient le plus détaillés possible. C’est là que Peeta intervient. Il connait déjà certaines des plantes ; pour les autres, il se base sur des échantillons séchés, ou bien je les lui décris. Il commence par les esquisser sur un brouillon jusqu’à ce que je me déclare satisfaite, puis il les reporte au propre dans mon livre. Et il ne me reste plus qu’à rédiger le texte d’une écriture soignée.
    C’est une occupation paisible, absorbante, qui m’aide à oublier un peu mes soucis. J’aime regarder les mains de Peeta quand il dessine, quand il fait fleurir une page à grands traits de plume, en ajoutant quelques touches de couleurs à cet ouvrage jauni dont les feuilles, jusque-là, se couvraient exclusivement d’encre noir. »  Pages 169 et 170
  • « – Avec des secrets, répond-il d’une voix douce. (Il incline la tête de telle sorte que ses lèvres sont presque en contact avec les miennes.) Qu’en dis-tu, fille de feu ? Aurais-tu des secrets qui puissent n’intéresser ?
    Bêtement, je ne peux m’empêcher de rougir, mais je m’interdis de battre en retraite.
    – Non, je suis un livre ouvert, lui dis-je dans un souffle. Tout le monde connaît mes secrets, parfois même avant moi. »  Page 217
5 étoiles, H

Hunger Games, tome 1

 Hunger games, tome 1 : Hunger Games de Suzanne Collins.

Éditions Pocket (Jeunesse), publié en 2009; 398 pages

Premier tome de la trilogie Hunger Games écrit par Suzanne Collins et paru initialement en 2008.

hunger games, tome 1

À Panem, le Capitole dirige les 12 districts du pays. Depuis une quinzaine d’années, celui-ci gouverne par la terreur et l’oppression. Ce règne a été instauré suite à une rébellion des districts qui fut réprimée avec une extrême violence. Par châtiment pour son peuple, le Capitole a aussi mis en place un jeu télévisé  annuel qui doit être visionné par tous : les Hunger games. Pour ce jeu chaque district doit fournir une fille et un garçon entre 12 et 18 ans. Les participants sont placés dans une arène où ils doivent s’entretuer. Le survivant reviendra chez lui riche et les habitants du district auront suffisamment de nourriture pour un an. Dans le 12ième district, ce sont Primrose et Peeta qui sont tirés au sort comme tributs. Mais, coup de théâtre, la sœur de Primrose, Katniss, se porte volontaire pour la remplacer. Qui sera le grand gagnant de ce jeu et quel sera le prix à payer pour cette victoire ?

Ce premier tome est bien maîtrisé et pose les bases de la trilogie. Il décrit efficacement une société dictée par la peur, la faim et la cruauté. Les descriptions du district 12, du Capitole et de l’arène sont très réussies et permettent de bien comprendre la suprématie du Capitole. Les personnages sont bien travaillés surtout Katniss avec sa personnalité trempée et ses réactions mi-adulte, mi-enfant. Le fait que Katniss et Peeta se connaissent avant leur sélection apporte une profondeur à l’histoire. On est rapidement emporté dans leurs aventures entourant leur participation à ce jeu cruel. Ce roman invite aussi à réfléchir sur la société actuelle et à ce qu’elle pourrait devenir. Il apporte une critique sur un nombre important de sujets : la politique, la téléréalité, le culte du corps et l’exploitation des pays pauvres en les obligeant à réduire leur type de production. L’histoire est originale, l’idée d’un futur dévasté impressionnante, bref une excellente lecture.

La note : 5 étoiles

Lecture terminée le 22 août 2013

La littérature dans ce roman :

  • « Notre mère possédait un livre qu’elle avait rapporté de la pharmacie. Les pages en parchemin jauni étaient couvertes de dessins de plantes tracés à la plume. Une écriture soignée indiquait leurs noms, où les récolter, l’époque de leur floraison, leur usage médicinal. Mon père avait ajouté des notes de sa main. Concernant des plantes comestibles, et non médicinales. Pissenlits, raisin d’Amérique, oignons sauvages, pignons. Prim et moi avons passé le reste de la soirée à parcourir ces pages. »  Page 56
  • « Après un repas gargantuesque, nous prenons place en silence devant la télévision pour assister à une retransmission de l’interview. »  Page 379
4 étoiles, H, M

Millénium, tome 1 : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Millénium, tome 1 : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes de Stieg Larsson.

Editions Actes Sud (Noir) ~ Publié en 2006 ~ 574 pages

Premier roman de Stieg Larsson publié initialement en 2005 sous le titre « Män som hatar kvinnor ».

Editions Actes Sud (Noir) ~ Publié en 2006 ~ 574 pages

Condamné pour diffamation à l’encontre de l’industriel Hans-Erik Wennerström, le journaliste économique Mickaël Blomkvist doit quitter son travail à la revue Millénium. Il est alors contacté par Henrik Vanger qui lui propose d’écrire la biographie de sa famille. En fait, la véritable mission de Blomkvist sera d’enquêter sur la disparition d’Harriet Vanger. Il y a quarante ans, lors d’une réunion de famille, elle est disparue sans laisser de trace. Les enquêteurs de l’époque n’ont pu élucider cette disparition et ont alors conclu qu’elle avait été assassinée. Mickaël accepte de passer une année sur l’île où a eu lieu la disparition pour reprendre cette enquête. Pour l’aider, Mickaël fera appel à Lisbeth Salander spécialiste d’enquête sur la personne qui possède un don exceptionnel, découvrir par divers moyens des informations inaccessibles. Cette enquête révélera-t-elle l’information recherchée ?.

Premier tome de la trilogie Millénium, ce roman est composé d’une triple intrigue très bien ficelée. La lecture de la première partie est un peu longue mais nécessaire pour permettre la mise en place des trois histoires. Une fois passé cette section, l’enquête devient prenante. L’atmosphère est envoûtante et lugubre. Certains passages sont durs car la violence est décrite froidement. La profondeur des personnages est le point fort du roman. Lisbeth est pour moi la plus intéressante. Elle est marginale et dotée d’une intelligence au-dessus de la moyenne au niveau de informatique. Mickaël et Lisbeth sortent des sentiers battus, avançant dans la violence et la noirceur de notre monde contemporain. C’est un livre bien écrit avec une intrigue captivante mais dont la conclusion manque de fini. Ce premier tome m’a donné envie de continuer la série.

La note : 4,0 étoiles

Lecture terminée le 5 janvier 2012

Lecture commune avec la participation de:

Asuna (organisatrice) – Vozrozhdenyie – Ayma – Crunches – Quaidesamoureux – Caya – Saint Epondyle – Naki2164 – Emisa – Crazyprof – Touloulou

La littérature dans ce roman :

  • « Le texte railleur était de la plume d’une rédactrice d’un certain âge et contenait une douzaine de références au héros des romans jeunesse d’Astrid Lindgren. Il n’avait rien à reprocher à la pauvre Astrid Lindgren – il adorait ses livres et les aventures impliquant le jeune héros détective mais il détestait le surnom. » Page 12
  • « Mikael avait écrit un livre sur le journalisme économique et avait puisé plus d’une citation aberrante dans des articles signés Borg. » Page 15
  • « Il a écrit deux livres. Un sur l’affaire d’Arboga et un sur le journalisme économique intitulé Les Templiers, paru il y a trois ans. Je ne l’ai pas lu, mais à en juger par les critiques, le bouquin est assez controversé et il a suscité pas mal de débats dans les médias. » Pages 53 et 54
  • « Il était en train de trier des papiers et des bouquins pour remplir un carton quand le téléphone sonna. » Page 72
  • « Un jour, Mikael avait écouté une conférence de l’écrivain Karl Alvar Nilsson organisée par l’Université populaire, c’était à l’occasion de l’anniversaire de l’assassinat d’Olof Palme. La conférence était parfaitement sérieuse et dans le public se trouvaient Lennart Bodström et d’autres vieux amis de Palme. » Page 73
  • « Ils entrèrent dans un cabinet de travail tout en longueur, de près de quarante mètres carrés, situé au bout de la maison. Un des murs était dominé par des rayonnages de livres de dix mètres de long, du sol au plafond, un mélange incroyable de romans, biographies, livres d’histoire, manuels de commerce et de pêche et dossiers A4. Les livres étaient rangés sans classement visible mais apparemment consultés régulièrement, et Mikael en tira la conclusion que Henrik Vanger était un homme qui lisait. » Page 83
  • « Un bon journaliste doit raisonnablement posséder ces qualités, et j’ai lu ton livre Les Templiers avec grand intérêt. » Page 89
  • « Je voudrais que tu écrives une chronique ou une biographie de la famille Vanger. Pour simplifier, disons mon autobiographie. Le résultat ne sera pas un texte à lire dans une église, mais une histoire de haine, de disputes familiales et de cupidité incommensurable. » Pages 90 et 91
  • « Je crois que cette histoire-là fera de Shakespeare un agréable divertisseur pour tout public. » Page 91
  • « — Très sincèrement, je me fiche de savoir si le livre sera publié ou pas. Mais je trouve que cette histoire mérite d’être écrite, ne serait-ce qu’en un seul exemplaire que tu transmettras à la Bibliothèque royale. Je veux que mon histoire soit accessible à la postérité quand je serai mort. Ma motivation est la plus simple qu’on puisse imaginer – la vengeance. » Page 91
  • « — OK. Moi non plus, je ne vais pas te mentir. Écrire un tel livre demandera des mois. Je n’ai ni l’envie ni la force de le faire. » Page 92
  • « — Si je souhaite que tu écrives une biographie de la famille Vanger, c’est parce que je veux que tu dresses un panorama des individus avec les yeux d’un journaliste. » Page 92
  • « — Je ne suis pas historien, mais j’ai lu quelques livres. » Page 93
  • « — Je suppose que quelque chose est arrivé à Harriet ici sur l’île et que le nombre de suspects se limite aux personnes qui s’y trouvaient. Une sorte de mystère de la chambre close, version insulaire ?
    Henrik Vanger eut un sourire ironique.
    — Mikael, tu ne sais pas à quel point tu as raison. Moi aussi j’ai lu ma Dorothy Sayers. » Page 100
  • « Lisbeth Salander passa le matin du jour de Noël à lire le livre controversé de Mikael Blomkvist sur le journalisme économique. Le livre comportait deux cent dix pages, il était intitulé Les Templiers et sous-titré Le journalisme économique en question. La couverture, au design très tendance, signée Christer Malm, représentait la Bourse de Stockholm. » Page 106
  • « Le livre était écrit d’une manière directe et engageante, et même des gens non informés des dédales du journalisme économique pouvaient le lire et en tirer bénéfice. Le ton était mordant et sarcastique, mais surtout convaincant.
    Le premier chapitre était une sorte de déclaration de guerre où Blomkvist ne mâchait pas ses mots. Les analystes économiques suédois étaient ces dernières années devenus une équipe de larbins incompétents, imbus de leur propre importance et totalement incapables de la moindre pensée critique. Mikael tirait cette dernière conclusion en montrant à quel point tant de journalistes économiques se contentaient tout le temps et sans la moindre objection de reproduire les affirmations livrées par les directeurs de société et par des spéculateurs en Bourse – même quand ces affirmations étaient manifestement fallacieuses et erronées. De tels journalistes étaient donc soit si naïfs et crédules qu’il aurait fallu les virer de leurs postes, soit, pire encore, des gens qui trahissaient sciemment leur mission journalistique en omettant de procéder à des examens critiques et de fournir au public une information correcte. Blomkvist écrivait qu’il avait souvent honte d’être qualifié de journaliste économique, puisqu’il risquait d’être confondu avec des personnes qu’il ne considérait même pas comme des journalistes.
    Blomkvist comparait les contributions des analystes économiques au travail des journalistes chargés des affaires criminelles ou des correspondants à l’étranger. Il dressait un tableau des protestations qui s’élèveraient si un journaliste juridique d’un grand quotidien se mettait à citer sans la moindre critique les affirmations du procureur, les donnant pour automatiquement véridiques, par exemple dans le procès d’un assassinat, sans se procurer de l’information du côté de la défense et sans interroger la famille de la victime pour se faire une idée de ce qui était plausible et non plausible. Il disait que les mêmes règles devaient s’appliquer aux journalistes économiques.
    Le reste du livre constituait la chaîne de preuves renforçant le discours d’introduction. Un long chapitre passait au crible le rapport sur une start-up dans six quotidiens majeurs ainsi que dans Finanstidningen, Dagens Industri et à A-ekonomi à la télé. Il citait et additionnait ce que les reporters avaient dit et écrit avant de comparer avec la situation réelle. Décrivant le développement de l’entreprise, il citait plusieurs fois des questions simples qu’un journaliste sérieux aurait posées mais que la troupe réunie des spécialistes de l’économie avait omis de poser. Bien joué !
    Un autre chapitre parlait du lancement de la privatisation de Telia – c’était la partie la plus railleuse et ironique du livre, où quelques correspondants économiques nommément cités étaient littéralement taillés en pièces, parmi eux un certain William Borg, contre qui Mikael semblait particulièrement remonté. Un autre chapitre, vers la fin du livre, comparait le niveau de compétence des journalistes économiques suédois et étrangers. Blomkvist décrivait comment des journalistes sérieux du Financial Times, de l’Economist et de quelques journaux économiques allemands avaient rapporté les mêmes sujets dans leurs pays. La comparaison n’était pas à l’avantage des journalistes suédois. Le dernier chapitre contenait une esquisse de proposition pour redresser cette situation lamentable. La conclusion du livre renvoyait à l’introduction :
    Si un reporter au Parlement s’acquittait de sa tâche de la même façon, en soutenant sans la moindre critique chaque motion adoptée, fût-elle totalement insensée, ou si un journaliste politique devait faillir en son jugement d’une façon semblable, alors ce journaliste serait licencié ou au moins muté dans un service où il ou elle ne pourrait pas nuire autant. Dans le monde des journalistes économiques, ce n’est cependant pas la mission journalistique normale qui a cours, à savoir procéder à des examens critiques et faire un rapport objectif des résultats aux lecteurs. Non, ici on célèbre l’escroc qui a le plus réussi. Et c’est ici également qu’est créée la Suède du futur et qu’on sape la dernière confiance qu’on éprouve encore pour les journalistes en tant que corps de métier. » Pages 106 à 108
  • « Même si seul un nombre restreint de journalistes économiques étaient nommés dans le livre, Lisbeth Salander supposait que la branche était suffisamment petite pour que tout le monde comprenne exactement qui était visé quand les différents journaux étaient cités. » Pages 108 et 109
  • « Elle referma le livre et regarda la photo de l’auteur en quatrième de couverture. Mikael Blomkvist était photographié de trois quarts. » Page : 109
  • « Son deuxième bagage était une grosse valise sur roulettes ; il en sortit des livres, des CD et un lecteur de CD, des carnets de notes, un petit dictaphone Sanyo, un appareil photo numérique Minolta et divers autres objets qu’il avait jugés indispensables pour un exil d’un an. Il rangea les livres et les CD dans la bibliothèque de la pièce de travail, à côté de deux classeurs contenant des documents relatifs à son enquête sur Hans-Erik Wennerström. » Pages 143 et 144
  • « Il s’assit sur la banquette de la cuisine et essaya de lire un roman, qui au dire de la quatrième de couverture était le début sensationnel d’une adolescente féministe. Le roman racontait les tentatives de l’auteur pour mettre de l’ordre dans sa vie sexuelle pendant un voyage à Paris, et Mikael se demanda si on l’appellerait féministe si lui-même écrivait un roman avec un vocabulaire de lycéen sur sa propre vie sexuelle. Probablement pas. Une des raisons qui avaient poussé Mikael à acheter le livre était que l’éditeur décrivait la débutante comme « une nouvelle Carina Rydberg ». Il constata bientôt qu’il n’en était rien, ni côté style, ni côté contenu. Il reposa le livre et se mit à lire une nouvelle sur Hopalong Cassidy dans un Rekordmagasinet des années 1950. » Page 145
  • « Il passa s’inscrire à la bibliothèque et emprunta deux romans policiers d’Elizabeth George. » Page 147
  • « En plus de l’enquête de la police, il y avait des dossiers rassemblant des coupures de presse, des albums de photos, des plans, des objets souvenirs, des articles de journaux sur Hedestad et les entreprises Vanger, le journal intime de Harriet Vanger (relativement mince), des livres d’école, des certificats de santé, etc. » Page 148
  • « Un livre sur la famille Vanger avait une valeur en soi – c’était tout simplement un bon sujet. » Page 172
  • « Harald est allé plus loin que ça. En 1937, il a été le coauteur – sous pseudonyme, Dieu soit loué – d’un livre intitulé La Nouvelle Europe des peuples. Je n’ai appris cela que dans les années 1970. J’ai une copie que tu pourras lire. C’est probablement l’un des livres les plus ignobles qui aient été publiés en suédois. » Page 183
  • « Les étagères, au moins dans la partie de la maison que Mikael pouvait voir, étaient soigneusement remplies de l’Encyclopédie nationale et de quelques livres souvenirs du genre que les gens offrent en cadeau de Noël faute d’une meilleure idée. » Page 192
  • « — J’ai compris que vous alliez écrire un livre sur la famille. Je ne suis pas sûre que ce soit une idée qui me plaise, dit-elle. » Page 194
  • « — Vous vous opposez à un livre sur votre famille ? » Page 194
  • « — Ce que je voudrais savoir, c’est si je dois choisir l’exil et émigrer quand le livre sortira. » Page 195
  • « — J’ai pour mission d’écrire un livre qui commence lorsque Alexandre Vangeersad débarque avec Bernadotte et qui se termine aujourd’hui. » Page 195
  • « — Dans quelle mesure ce livre parlera-t-il de Harriet Vanger ? » Page 196
  • « — Tenez-vous à bonne distance de moi. Isabella Vanger tourna les talons et poursuivit vers chez elle. Mikael resta cloué sur place, le visage figé comme s’il venait de rencontrer un personnage de BD en chair et en os. » Page 198
  • « Dans l’imagination de Mikael, Harald Vanger prenait de plus en plus la forme d’un Gollum malveillant espionnant son entourage de derrière les rideaux et s’adonnant à des activités mystérieuses dans son trou fermé à double tour. » Page 203
  • « Elle lisait la Bible et allait régulièrement à l’église. » Page 218
  • « Deux mois plus tard, elle avait quitté la congrégation et s’était mise à lire des livres sur le catholicisme. » Page 218
  • « Elles s’étaient vues au cours de l’été, s’étaient baignées, promenées, avaient parlé de films, de groupes pop et de livres. » Page 219
  • « Ses yeux se portèrent sur quelques manuels scolaires empilés au bord de la table. Tu enseignes toujours, madame le proviseur ? » Page 225
  • « À la bibliothèque de Hedestad, il avait commandé des livres traitant du nazisme à cette époque, entre autres la thèse de doctorat de Hélène Lööw La Croix gammée et la gerbe des wasa. » Page 252
  • « Il jeta un coup d’œil sur son petit poste de télévision qu’il n’allumait presque jamais. Puis il s’installa sur la banquette de la cuisine et ouvrit un polar de Sue Grafton. » Page 260
  • « Elle s’installa alors dans le canapé du salon avec le livre de Gellert Tama sur ce fou qui à Stockholm avait tué onze personnes pour des motifs racistes. Elle ne réussit à lire que quelques pages avant d’être obligée de poser le bouquin. Le sujet l’avait tout de suite fait penser à son père. » Page 261
  • « Par contre, il demanda l’autorisation de conserver son iBook dans sa cellule pour pouvoir continuer à travailler sur le livre qu’il était payé pour écrire. » Page 280
  • « Il trouva les seuls vestiges à caractère intellectuel sur l’étagère murale au-dessus du bureau. Mikael déplaça une chaise et grimpa pour mieux voir. Sur l’étagère d’en bas il y avait de vieux numéros de Se, de Rekordmagasinet, de Tidsfördrivet de Lektyrde la fin des années 1950 et du début des années 1960. Des Bildjournalen de 1965 et 1966, Mitt Livs Novell et quelques magazines de bandes dessinées : 91 : an, Fantomen et Romans. Mikael ouvrit un numéro de Lektyrde 1964 et constata que la pin-up avait l’air relativement innocente.
    Une cinquantaine de livres aussi, dont à peu près la moitié étaient des polars en format poche de la série Manhattan de Wallström : des Mickey Spillane aux titres évocateurs tels qu’Aucune pitié à espérer, sur les couvertures classiques de Bertil Hegland. Il trouva aussi six Kitty, quelques Club des Cinq d’Enid Blyton et un volume des Détectives jumeaux de Sivar Ahlrud – Le Mystère dans le métro. Mikael sourit avec nostalgie. Trois livres d’Astrid Lindgren : Nous, les enfants de Bullerbyn, Super Blomkvist et Rasmus et Fifi Brindacier. Sur l’étagère d’en haut il y avait une radio ondes courtes, deux livres d’astronomie, un livre sur les oiseaux, un livre intitulé L’Empire du mal qui parlait de l’Union soviétique, un livre sur la guerre d’Hiver en Finlande, le Catéchisme de Luther, le livre d’hymnes de l’Eglise suédoise ainsi qu’une Bible.
    Mikael ouvrit la Bible et lut à l’intérieur de la couverture : Harriet Vanger, 12-05-1963 — La Bible de confirmation de Harriet. Découragé, il remit le livre en place. » Page 295
  • « Dans les polars anglais, cela s’appelait new évidence, ce qui avait plus de poids encore qu’une « nouvelle donnée ». » Page 302
  • « Il était en train de quitter les lieux quand il entendit une voix.
    — Ta putain n’est pas là.
    Le Gollum venait de sortir de sa caverne. » Page 314
  • « Il regarda autour de lui. Puis il se souvint où il pourrait trouver une Bible. » Page 320
  • « Ses mains tremblaient presque quand il prit la Bible de Harriet sur l’étagère. » Page 320
  • « Les chiffres indiquaient des chapitres et des versets du Lévitique, le troisième livre du Pentateuque. » Page 321
  • « Chaque citation était soigneusement soulignée dans la Bible de Harriet. » Page 321
  • « Peu avant 1 heure du matin, il était encore assis à sa table de cuisine en train de lire dans la Bible de Harriet quand il entendit le bruit d’une voiture qui traversait le pont à grande vitesse. » Page 323
  • « Et, troisièmement, je voudrais remonter les citations de la Bible. Nous avons fait le lien entre une des citations et un assassinat particulièrement horrible. » Page 326
  • « Lisbeth Salander regarda Mikael Blomkvist par l’entrebâillement de la porte. Il contemplait ses CD et sortait des livres des étagères, et il venait de trouver un flacon de médicament marron sans étiquette qu’il brandissait vers la lumière avec curiosité. » Page 337
  • « — J’ai identifié RJ, Rebecka Jacobsson, et j’ai fait la connexion entre elle et une citation de la Bible qui parle des sacrifices par immolation. » Page 339
  • « Le plus grave était une petite chemise en plastique au milieu du bureau où il avait mis la liste de numéros de téléphone et une copie au propre des citations de la Bible auxquelles ils se référaient. Celui qui avait fouillé la pièce de travail savait maintenant qu’il avait décrypté le code de la Bible. » Page 344
  • « — Dans ton cas, j’ai mis une sourdine. J’aurais pu écrire un livre sur ta vie sexuelle. » Page 348
  • « Mais Mikael s’était soudain remémoré une strophe d’un abécédaire rimé de Lennart Hyland, qu’on avait republié dans les années 1960 pour la quête humanitaire de la radio et que pour une raison incompréhensible il avait mémorisée quand il apprenait à lire et à écrire. C’était la lettre E : L’Elan solitaire sous la bruine contemple bêtement la forêt en ruine. » Page 352
  • « Il se versa une rasade d’aquavit et se porta un toast. Puis il ouvrit un polar intitulé Le Chant des sirènes, de Val McDermid. » Page 355
  • « Un instant plus tard, Mikael se versa un nouveau verre d’aquavit et reprit le Val McDermid. » Page 357
  • « Il attendit jusqu’à 22 heures avant d’abandonner et de retourner à Norsjö, où il dîna tard, puis monta se coucher pour lire la fin du polar de Val McDermid. » Page 367
  • « Lisbeth Salander n’était pas une lectrice de la Bible – elle n’en possédait même pas – mais au cours de la soirée elle se rendit à l’église de Högalid et, après qu’elle eut insisté un peu, on lui prêta une Bible. Elle s’installa sur un banc dans le parc devant l’église et lut le Lévitique. En arrivant au chapitre XII, verset 8, elle leva les sourcils. Le chapitre XII parlait de la purification de la femme accouchée. » Page 368
  • « Mikael garda le silence avant d’ouvrir la Bible à l’endroit indiqué, le vingtième chapitre du Lévitique, verset 18. « L’homme qui couche avec une femme pendant ses règles et découvre sa nudité : il a mis à nu la source de son sang, elle-même a découvert la source de son sang, aussi tous deux seront retranchés du milieu de leur peuple.» Page 378
  • « — La Bible dit que si une femme s’accouple avec un animal, tous deux seront mis à mort. » Page 379
  • « — Que tu n’aies pas trouvé de citation biblique exacte ne veut pas dire grand-chose. Il ne s’agit pas de citations mais d’une parodie grotesque de ce que dit la Bible – ce sont plutôt des associations à des versets épars. » Page 381
  • « — Entre 1949 et 1966, et peut-être aussi avant et après. Il y aurait donc eu un fou furieux de meurtrier sadique qui a rôdé avec une Bible sous le bras et tué des femmes pendant dix-sept ans sans que personne ait fait le rapprochement entre les meurtres. » Pages 381 et 382
  • « Mais aucun enquêteur de la police n’a apparemment interprété les meurtres en partant de la Bible. » Page 382
  • « — Je crois que tu te trompes. Ce n’est pas un tueur en série malade qui a trop lu la Bible. » Page 385
  • « Millenium était décrit comme un « journal d’agitation » peu crédible et le livre de Mikael sur le journalisme économique était présenté comme un ramassis d’affirmations visant à dénigrer des journalistes respectés. » Page 387
  • « Premièrement il était pasteur, et les pasteurs sont bien placés pour avoir un rapport particulier avec la Bible. » Page 395
  • « Mikael était couché et avait ouvert un roman de Sara Paretsky quand il entendit la poignée de porte, puis il leva les yeux sur Lisbeth Salander. » Page 399
  • « Elle s’approcha de lui, prit son livre et le posa sur la table de nuit. » Page 400
  • « C’était juste après que j’ai percé le code de la Bible et découvert les photos de la rue de la Gare. » Page 404
  • « — Tout cela reste pour ainsi dire de l’ordre des dogmes fondateurs. C’est en gros la base de l’Église et ça n’a rien d’extraordinaire. Il a simplement dit : Lis la Bible – elle donne suffisamment de connaissance et garantit la foi pure. » Page 409
  • « — Le pasteur Falk a affirmé que cette personne avait un engouement pour des sources ésotériques, plus précisément pour les apocryphes. Le mot apokryphos veut dire « caché » et les apocryphes sont donc les livres cachés que certains contestent fortement et que d’autres considèrent comme devant faire partie de l’Ancien Testament. Ce sont les livres de Tobie, Judith, Esther, Baruch, Sirach, les Maccabées et deux ou trois autres.
    — Pardonne mon ignorance. J’ai entendu parler des apocryphes mais je ne les ai jamais lus. Qu’est-ce qu’ils ont de particulier ?
    — En fait ils n’ont rien de particulier, à part qu’ils ont été écrits un peu plus tard que le reste de l’Ancien Testament. C’est pour cela que les apocryphes ont été rayés de la Bible hébraïque – non pas que les docteurs de la loi se soient méfiés de leur contenu mais simplement parce qu’ils ont été écrits après l’époque où l’oeuvre de révélation de Dieu a été terminée. En revanche, les apocryphes figurent dans la vieille traduction grecque de la Bible. » Pages 409 et 410
  • « À l’époque de la Réforme, les théologiens cherchaient à s’approcher au plus près de la vieille Bible hébraïque. Martin Luther a retiré les apocryphes de la Bible de la Réforme, et plus tard Calvin a soutenu que les apocryphes ne devaient en aucun cas servir de base pour des confessions de foi. Ils contiennent donc des affirmations qui contredisent claritas Scripturae – la clarté des Ecritures.
    — Autrement dit, des livres censurés.
    — Exactement. Les apocryphes soutiennent par exemple qu’on peut pratiquer la magie, que le mensonge est autorisé dans certains cas et ce genre d’affirmations, qui évidemment indignent les exégètes dogmatiques des Ecritures.
    — Je vois. Si quelqu’un éprouve un engouement pour la religion, il n’est pas impossible que les apocryphes apparaissent sur sa liste de lecture, au grand dam d’un homme comme le pasteur Falk.
    — Tout à fait. On est presque inévitablement confronté aux apocryphes si on s’intéresse à la Bible ou au catholicisme, et il est tout aussi probable que quelqu’un qui s’intéresse à l’ésotérisme d’une manière générale les lise.
    — Est-ce que par hasard tu aurais un exemplaire des apocryphes ? Elle rit une nouvelle fois. Un rire lumineux, amical.
    — Bien entendu. Les apocryphes ont été édités par la commission biblique dans les années 1980 dans le cadre d’une étude nationale. » Page 410
  • « Elle avait fait le lien entre un certain nombre de citations bibliques et une série de meurtres, et ensuite elle avait lu avec application non seulement la Bible mais aussi les apocryphes et s’était intéressée au catholicisme. » Page 413
  • « Mikael tapota la Bible de Harriet. » Page 425
  • « Lisbeth Salander se pencha en arrière et regarda l’église tout en citant la Bible d’un air pensif. On aurait dit qu’elle parlait toute seule.
    — « Puis il immolera le taureau devant Iahvé, et les fils d’Aaron, les prêtres, offriront le sang. Ils le feront couler sur le pourtour de l’autel qui se trouve à Ventrée de la Tente du Rendez-vous. Il écorchera ensuite la victime, la dépècera par quartiers. » » Page 425
  • « Il ouvrit la Bible au début du Lévitique.
    — Tu connais le verset 12 aussi ? Lisbeth se tut.
    — Puis il le…, commença Mikael en hochant la tête pour l’inciter à continuer.
    — « Puis il le dépècera par quartiers et le prêtre disposera ceux-ci, ainsi que la tête et la graisse, au-dessus du bois placé sur le feu de l’autel. « Sa voix était glaciale. » Page 425
  • « — J’étais en train de formuler une pensée… on se disait que tout est une parodie de la Bible. » Page 427
  • « Une autre photo de Sandhamn montrait Fredrik Vanger et sa femme Ulrika en compagnie du peintre Anders Zorn et de l’écrivain Albert Engström autour d’une table avec des bouteilles débouchées. » Page 433
  • « Quelques individus, ils sont rares, se retrouvent dans les livres d’histoire. La plus grande partie succombent et disparaissent sans laisser de traces. » Page 453
  • « Harriet avait noté les noms des victimes de Gottfried et les avait associés à des citations bibliques, mais son intérêt pour la Bible ne s’était manifesté que la dernière année, alors que Gottfried était déjà mort » Page 474
  • « — Et elle s’est mise à étudier la Bible. » Page 474
  • « Il citait la Bible. » Page 493
  • « — Parce qu’on n’est pas dans un polar. » Page 499
  • « Lisbeth passait la plus grande partie de la journée au lit, où soit elle lisait des livres, soit elle surfait sur le Net via le modem ADSL de Mikael. » Page 536
  • « Est-ce que tu peux : (1) créer une structure d’édition au nom de Millenium, (2) te faire attribuer un numéro ISBN, (3) demander à Christer de pondre un joli logo pour notre nouvelle maison d’édition et (4) trouver une bonne imprimerie qui pourrait sortir un format poche rapidos et pas cher. Et, au fait, on aura besoin de capital pour le coût de la fab de notre premier livre. » Page 537
  • « Elle leva la tête de son livre, Mikael venait de dire quelque chose qu’elle n’avait pas entendu, elle le fit répéter. » Page 540
  • « Cinq jours après que Millenium avait tiré la première salve de canon, le livre de Mikael Blomkvist, Le Banquier de la mafia, fut distribué en librairie. Le livre avait été écrit au cours des jours fébriles à Sandhamn en septembre et octobre, et avait été imprimé à la hâte et dans le plus grand secret chez Hallvigs Reklam à Morgongåva, habituel imprimeur de dépliants publicitaires. Ce fut le premier livre publié chez un tout nouvel éditeur portant le logo de Millenium. La dédicace était mystérieuse : À Sally, qui m’a démontré les bienfaits du golf. Il s’agissait d’un pavé de six cent quinze pages en format poche. » Page 565
  • « Deux tiers du livre étaient constitués d’annexés qui étaient des copies directes de la documentation provenant de l’ordinateur de Wennerström. En même temps que la publication du livre, Millenium présenta sur son site des extraits de ces pages sous forme de données à télécharger en format PDF. » Page 565
  • « Pour le lancement du livre, par contre, Mikael se montra dans une interview exclusive réalisée par la Fille de Tv4, qui put ainsi une nouvelle fois dégommer la télévision publique. » Page 566
  • « Erika Berger constata que le livre sur Wennerström était ce que Mikael avait jamais écrit de mieux. Le contenu était inégal du point de vue du style et la langue était même très mauvaise par moments – il n’avait pas eu le temps de soigner son écriture – mais Mikael rendait la monnaie de sa pièce et tout le livre était animé d’une rage que n’importe quel lecteur ressentait forcément. » Page 569
  • « Deux jours après que le livre de Mikael Blomkvist avait été distribué, une rumeur tenace commença à faire valoir que Wennerström avait quitté la Suède. » Page 570
  • « Mikael reçut une cravate de la part de Monica et un polar d’Åke Edwardson de la part de sa fille. » Page 574
  • « Mikael avait toujours des vêtements, des livres et quelques affaires personnelles dans la maison des invités depuis que lui et Lisbeth avaient précipitamment quitté Hedeby. » Page 576
3 étoiles, H

L’hôtel New Hampshire

L’hôtel New Hampshire de John Irving

Editions du Seuil ~ Publié en 1982 ~ 473 pages

Cinquième roman de John Irving paru initialement en 1981 sous le titre « The Hotel New Hampshire ».

John Berry nous raconte les mille et une péripéties de la vie de sa famille. Celle-ci, un peu excentrique, est composée de son grand-père, de ses parents, de ses quatre frères et soeurs (Frank et Franny, ses deux aînés, et Lilly et Egg, ses deux cadets), du chien, d’un ours ainsi que des employés qui gravitent autour d’eux. Le père est un rêveur qui décide de réaliser ses ambitions. À chaque fois qu’il entreprend un nouveau projet, il entraîne sa famille dans l’aventure. Son grand rêve est de tenir un hôtel digne de ce nom. Il décide donc d’ouvrir l’Hôtel New Hampshire dans l’ancienne école de filles de Dairy. Mais en fait, il y aura trois hôtels du même nom, deux aux États-Unis et un à Vienne en Autriche, dans lesquelles la famille vivra selon le rêve du père qui cherche sans fin son idéal.

Ce roman est une succession d’anecdotes toutes plus loufoques les unes que les autres. Il est très coloré, très surprenant et absurde. C’est à la fois drôle, triste, dur et émouvant. On s’attache facilement aux personnages, on se demande à chaque page ce qui va bien pouvoir leur arriver. La plupart des personnages sont très haut en couleurs, certains sympathiques, d’autres pas du tout. Il y a toujours un « je ne sais quoi » qui rend l’histoire étrange, décalée et toujours contrastée. Les sujets abordés sont souvent durs. Deux de ceux-ci sont le viol et comment survivre après un tel drame et l’amour incestueux. Par contre, il y a toujours une dose d’humour caustique qui rend l’histoire drôle. Mon plus grand reproche est que ce roman part dans tous les sens, ce qui nous laisse l’impression que certains sujets n’ont pas été exploités à leur maximum et nous laisse sur notre faim.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 31 octobre 2011

Vingtième lecture de mon défi 26 livres – 26 auteurs édition 2011

La littérature dans ce roman :

  • « Môme, je peux lire en toi comme dans un livre, me disait encore Franny. » Page 140
  • « Le couple du New Jersey lisait au lit, du moins l’un d’eux : le bruit des pages qui tournaient lentement, le souffle court de l’insomniaque. » Page 144
  • « Frank, du moins l’imaginai-je, était resté dehors à boire la bière froide stockée près de l’entrée de service, ou sirotait ses Pepsi-Cola à la réception, ou encore devant la console de l’interphone – en écoutant Sabrina Jones qui lisait un livre et fredonnait avec sa bouche merveilleuse. » Page 195
  • « Son hurlement me figea net entre le lit et la porte de la salle de bains. Même Doris Wales, qui trois étages plus bas …, dut entendre. Sabrina Jones me dit plus tard que son livre lui avait échappé des mains. » Page 197
  • « – Il n’y aura pas de gangs ! s’écria Frank. Seulement de la musique ! Et des pâtisseries ! Et des gens qui n’arrêtent pas de faire des courbettes et qui s’habillent d’une drôle de façon !
    Nous le regardions avec des yeux ronds, mais nous le savions, il avait lu un tas de trucs sur Vienne ; il avait plongé tête baissée dans les livres que mon père ne cessait de ramener à la maison. » Page 212
  • « Nous nous plongeâmes avec ardeur dans les livres que notre père ramenait de la bibliothèque, et les brochures de l’agence de voyages. » Page 214
  • « Notre père, qui avait lu un livre sur l’antisémitisme en Autriche, se demandait si Freud avait été bien avisé de baptiser son hôtel la Gasthaus Freud; notre père se demandait même, en fait, si, à vrai dire, les Viennois aimaient l’autre Freud. » Page 215
  • « – Qui était Jeannette Heger ? demanda Franny
    – La « tendre amie » de Schnitzler, dit Frank en piquant un fard.

    – Et combien de fois Schnitzler et sa « tendre amie » ont-ils fait l’amour entre 1888 et 1889 ? demanda Franny.
    – Seigneur, dit Frank. Beaucoup ! J’ai oublié.
    Quatre cent soixante-quatre, s’écria Max Urick, qui avait suivi toutes les leçons d’histoire, et avait la mémoire des détails.

    Ronda avait un petit jardin secret, dans sa mémoire et dans son cœur, pour les tendres amies.
    – Moi, je suis une tendre amie, pas vrai ? m’avait-elle demandé, le jour où Frank nous avait expliqué la vie et l’œuvre d’Arthur Schnitzler. » Page 218
  • « – Quelle est la dernière personne à avoir touché Schubert ? demandai-je à Frank.
    Il prit un air méfiant.
    – Que veux-tu dire ?
    – Rien de plus. Quelle est la dernière personne à avoir touché Schubert ?
    Franny éclata de rire ; cette histoire était un petit secret entre nous, et il me paraissait peu probable que Frank la connaisse – j’avais arraché les pages dans le livre de Frank. » Page 219
  • « Il était trop tard pour aller faire un tour de piste – et Franny dormait, donc je ne pouvais aller soulever mes poids dans sa chambre. Sorrow n’avait provisoirement dégoûté de mon lit, aussi essayai-je de lire un livre sur l’épidémie de grippe de 1918 – et tous les gens plus ou moins célèbres qui avaient été emportés. Une des périodes les plus tristes de l’histoire de Vienne, me semblait-il. Gustav Klimt, qui jadis avait qualifié son ouvre de « merde » était mort ; il avait jadis été le maître de Schiele. La femme de Schiele – Edith – était morte, puis Schiele lui-même, encore dans la fleur de l’âge. Je lus tout un chapitre sur les tableaux qu’aurait peut-être peints Schiele s’il avait survécu. À moitié assoupi, je commençais à me dire que le livre tout entier n’était qu’une évocation de ce qu’aurait pu devenir Vienne sans la grippe qui avait ravagé la ville, quand Lilly me tira de ma torpeur… » Pages 236 et 237
  • « Franny et mes haltères reposaient paisiblement dans la chambre de Franny ; Frank – qu’il fût en train de lire, d’étudier l’allemand ou de se documenter sur Vienne – était enfermé dans son monde à lui. » Page 239
  • « Frank s’était déjà plongé dans son dictionnaire allemand, et papa – qui n’était pas homme à regarder en arrière – était assis à l’avant avec Fritz et discutait avec entrain de choses et d’autres. » Page 245
  • « Sa grossesse lui avait inspiré un livre, puis elle avait choisi de se faire avorter et avait écrit un autre livre – une sorte de suite au premier. Lorsqu’elle s’était trouvée enceinte, elle avait arboré sur sa poitrine une inscription en caractères rouge vif, qui proclamait « enceinte » – SCHWANGER ! – avec, dessous, en lettres de même grosseur, la question suivante : « SERIEZ-VOUS LE PÈRE ? » Ce qui avait également inspiré une extraordinaire jaquette pour son livre, dont elle avait abandonné tous les droits d’auteur à diverses causes extrémistes. Elle avait alors choisi de se faire avorter – et d’écrire un nouveau livre, qui avait fait d’elle un célèbre objet de controverse ; elle demeurait capable d’attirer les foules quand elle faisait une conférence et continuait loyalement à faire don de ses gains. Le livre de Schwanger sur l’avortement – publié en 1955, au moment même où l,Occupation touchait à sa fin – avait transformé l’expulsion de cet enfant non désiré en un symbole de la libération de l’Autriche qui, enfin, échappait au joug des puissances occupantes. » Pages 271 et 272
  • « Quant à la jeune Fraulein Fehlgeburt, étudiante en littérature américaine à l’université de Vienne, elle adorait Schwanger. Nous pensions qu’en fait elle était fière de son nom de code « Fausse Couche », peut-être parce qu’à notre idée, en allemand, Fehlgeburt signifiait aussi « avortement ». C’est faux, bien sur, mais dans le dictionnaire de Frank, du moins, il n’existait qu’un seul mot pour « fausse couche » et « avortement » : Fehlgeburt – ce qui symbolise à merveille notre déphasage par rapport aux extrémistes, notre incapacité à jamais les comprendre. Au coeur de tout malentendu se trouve toujours une carence de langage. » Page 273
  • « Ce fut de la bouche de Fraulein Fehlgeburt, dans la Gasthaus Freud – alors que notre père se trouvait en France, et que l’on arrachait notre mère et Egg a l’océan glacé (a la verticale de Sorrow dont le cadavre flottait comme une bouée) -, que nous entendîmes pour la première fois en entier l’histoire de Gatsby le Magnifique; et ce fut le dénouement, ponctué par l’accent autrichien mélodieux de Miss Fausse Couche, qui bouleversa le coeur de Lilly.
    – « Gatsby croyait en la lumière verte, l’avenir orgiaque qui d’année en année s’éloigne davantage de nous. Il nous échappe, mais c’est sans importance », lisait avec enthousiasme la voix de Fehlgeburt, « demain nous courrons plus vite, ouvrirons plus grand nos bras… », lisait Miss Fausse Couche. « Et un beau matin… »
    Fehlgeburt observait une pause, et on aurait dit que, sur ses grands yeux ronds, passait le reflet de cette lumière verte que voyait Gatsby et peut être aussi de cet avenir orgiaque.
    – Quoi ? fit Lilly, le souffle court.
    Un petit écho de Egg se glissa parmi nous.
    -« Aussi, inlassablement, allons-nous de l’avant, conclut Fehlgeburt, proue contre le courant, refoulés sans trêve dans le passé. »
    – C’est tout ? demanda Frank. C’est fini ?
    Il louchait à force de plisser les paupières.
    – Bien sûr que c’est fini, Frank, dit Franny. Comment, tu ne sais pas reconnaître un dénouement ? » Pages 273 et 274
  • « Bien sûr, nous disions-nous, ce n’est pas le livre qui l’a bouleversée à ce point – c’est ce petit passage, « refoulés sans trêve dans le passé ». c’est notre passé qui la bouleverse, c’est maman, c’est Egg, et l’idée que jamais nous ne parviendrons à les oublier. Mais quand nous l’eûmes enfin calmée, Lilly lâcha tout à coup que c’était à la pensée de papa qu’elle pleurait :
    – Papa est un Gatsby, s’écria-t-elle. C’est vrai ! Je le sais !
    Tous ensemble, nous entreprîmes alors de la calmer :
    – Lilly, dit Frank, tu ne dois pas te laisser impressionner par cette histoire d’avenir orgiaque. Ce n’est pas tout à fait ça que voulait dire Iowa Bob quand il répétait que papa vit dans l’avenir.
    – Et puis, il s’agit d’un avenir passablement différent, Lilly, dis-je.
    – Lilly, fit Franny. Tu sais ce que c’est que la « lumière verte » ? Je veux dire, pour papa : sa lumière verte à lui, tu sais ce que c’est, Lilly ?
    – Tu comprends, Lilly, renchérit Frank, comme si tout cela l’ennuyait à mourir, Gatsby était amoureux de l’idée qu’il était amoureux de Daisy; et puis ce n’était même pas de Daisy qu’il était amoureux, il ne l’était plus. Et papa, lui, n’a pas de Daisy, Lilly, poursuivit Frank, en s’étranglant une fraction de seconde.
    Sans doute l’idée venait-elle de l’effleurer que, par ailleurs, papa n’avait plus de femme.
    Mais Lily revint à la charge :
    – C’est l’homme en smoking blanc, c’est papa; papa est un Gatsby. « Il nous échappe alors, mais c’est sans importance… » cita Lilly. Vous ne voyer donc pas ? hurla-t-elle. Il y aura toujours un Il – et cet Il, il nous échappera toujours. Toujours, il réussira à fuir. Et papa ne s’arrêtera jamais. Il continuera à partir à sa poursuite, mais lui, le Il, il continuera toujours à fuir. Oh, je e maudits ! Trépigna-t-elle. Je le maudis ! Je le maudis ! » Pages 274 et 275
  • « Frank avait dix-sept ans quand il traduisit à notre intention la pornographie de Ernst; Franny avait seize ans, moi quinze, Lilly, qui en avait onze, était trop jeune pour écouter. Mais Lilly protestait, si elle avait l’âge d’écouter Fehlgeburt lire Gatsby le Magnifique, elle avait ‘âge d’écouter Frank traduire Ernst. (Avec une hypocrisie typique, Annie la Gueularde refusait de laisser sa fille, Dark Inge, en écouter un mot.)
    « Ernst » était son nom de code à la Gasthaus Freud, bien sûr. Dans le milieu de la pornographie, il prenait un tas d’autres noms. Je n’aime pas décrire la pornographie en détail. Susie l’ourse nous raconta qu’à l’université, Ernst avait donné un cours intitulé « Histoire de l’érotisme dans la littérature », mais la pornographie de Ernst n’avait rien d’érotique. Fehlgeburt, qui avait elle aussi suivi le cours de littérature érotique de Ernst, était la première à reconnaître que l’œuvre de Ernst n’avait rien de commun avec l’authentique érotisme, qui n’a jamais rien de pornographique.
    La pornographie de Ernst nous valait d’avoir des migraines et la gorge sèche. Frank prétendait même que ses yeux devenaient secs quand il lisait la prose de Ernst… Car la pornographie de Ernst n’avait aucun rapport avec le sexe : son domaine était la souffrance, la souffrance sans espoir, la mort, une mort dépouillée du moindre souvenir. … et Frank jeta un jour son livre – les Enfants en route pour Singapour – à la tête du mannequin (comme si le mannequin en était l’auteur.) » Pages 284 et 285
  • « Ce sont les timides qui vont se sentir attirés, prédit Schwanger, comme si elle concoctait un nouveau livre sur la grossesse et l’avortement. « Hôtel New Hampshire », le nom aura quelque chose de familier – quelque chose qui leur rappellera le pays. » Page 296
  • « Je réfléchissais, bien sûr : puisque Frank se savait homosexuel, et puisque Franny avait maintenant une histoire avec Susie l’ourse, peut-être Lilly et moi ne tarderions-nous plus à découvrir la vérité sur nos penchants respectifs Mais, comme toujours, Franny lisait en moi comme dans un livre ouvert. » Pages 296 et 297
  • « Pendant ce temps, Fehlgeburt, encouragée par l’accueil que nous avions réservé à Gatsby le Magnifique, entreprit de nous lire Moby Dick. Après ce qui était arrivé à maman et à Egg, il nous parut tout d’abord difficile d’entendre parler de l’océan, mais nous prîmes bientôt le dessus ; notre intérêt se concentrait sur la baleine, et davantage encore sur les harponneurs (chacun de nous avait son favori), et nous ne cessions de guetter Lilly, nous attendant à la voir identifier papa avec Achab – « à moins qu’elle ne se fourre en tête que Frank est la baleine blanche », chuchota Franny. » Page 297
  • « Et, quelques instants, nous eûmes tous l‘impression d’être dans l’entrepont, sur nos couchettes de marins, prêtant l’oreille au martèlement de la jambe artificielle de Achab qui arpentait nerveusement le pont au-dessus de nos têtes. Un claquement de bois, un bruit sourd d’os. » Page 297
  • « La lecture de Moby Dick se révéla une entreprise tellement monstrueuse que Fehlgeburt prit l’habitude de veiller très tard. » Page 298
  • « Moby Dick coulerait le Pequod et l’unique survivant serait Ishmael qui, inlassablement, raconterait son histoire à Fehlgeburt, qui à son tour nous la raconterait. Pendant mes années d’université, j’essayai souvent de convaincre Fehlgeburt de mon désir de l’entendre lire Moby Dick à haute voix, tout exprès pour moi.
    – Ce livre, je n’arrive jamais à le lire tout seul, l’implorais-je. Il faut que je l’entende de ta bouche. » Page 327
  • « Ce fut dans sa chambre que, une nuit, pour la première fois, j’embrassai Fehlgeburt. Elle venait de terminer le passage dans lequel Achab refuse d’aider le capitaine du Rachel à retrouver son fils disparu. Fehlgeburt n’avait aucun meuble dans sa chambre; en revanche, il y avait trop de livres, et un matelas posé à même le plancher – un matelas à une place – et une lampe de chevet, une seule, elle aussi posée à même le plancher. Une pièce sans joie, aussi ingrate et bourrée qu’un dictionnaire, aussi morne que la logique de Ernst, ce qui pourtant ne m’empêcha pas de le laisser aller sur li lit peu accueillant et d’embrasser Fehlgeburt sur la bouche » Page 328
  • « Se redressant, elle entreprit de se dévêtir; de la façon dont elle marquait d’habitude sa page dans Moby Dick – d’un air indifférent. » Page 328
  • « Elle était aussi mince qu’un recueil de nouvelles, à peine plus grosse que certaines des courtes nouvelles dont elle avait souvent fait la lecture à Lilly. A croire que tous les livres qui encombraient sa chambre s’étaient nourris d’elle, l’avaient consumée – au lieu de l’alimenter. » Pages 328 et 329
  • « Si j’avais voulu qu’elle me lise Moby Dick, si les extrémistes l’avaient choisi pour conduire leur voiture, c’était en fait pour les mêmes raisons. Nous savions, eux comme moi, qu’elle accepterait; rien ne pourrait l’arrêter. » Page 332
  • « Je rassemblai en hâte mes vêtements, vis qu’elle n’avait pas pris la peine de marquer dans Moby Dick l’endroit où elle avait interrompu sa lecture; moi non plus, je n’en pris pas la peine. » Page 332
  • « Je n’avais pas envie de me laisser une fois de plus entraîner dans un débat sur le Quatuor d’Alexandrie – quel était le meilleur ou le pire des romans en question, et pourquoi ? Je n’avais pas envie d’apprendre qui – de Henry Miller ou de Lawrence Durrell – avait tiré le plus grand profit de leur correspondance, Je n’avais même pas envie de parler de Die Blechtrommel, le plus passionnants de tous les sujets de conversation pourtant – peut-être de tous les temps. » Page 332
  • « A ce sujet, Lilly avait adressé à un éditeur de New York le fruit de ses efforts. Il était hors de question qu’elle nous en parle, mais elle avait été contrainte d’emprunter à Franny de quoi payer les frais d’expédition.
    – C’est un roman, dit Lilly, d’une voix humble. Plutôt un peu autobiographique.
    – Un peu ou beaucoup ? lui avait demandé Frank.
    – Eh bien, à dire vrai, il s’agit d’une autobiographie imaginative, dit Lilly.

    – Mais, à mes yeux, vous êtes tous des héros, dit Lilly. C’est pourquoi dans le livres aussi, vous l‘êtes.

    -Comme s’appelle-t-il, ce livre chérie ? avait demandé papa.
    – La volonté de grandir, avait avoué Lilly. » Page 333
  • « Je regrettai que Klimt et Schiele ne fussent pas là pour contredire cet homme, l’homme qui maintenant discourait sur la poésie et la mort de la rime et du mètre ; je ne connaissais pas non plus le poème en question. Et quand il passa au roman, j’estimai qu’il était grand temps pour moi de demander l’addition. Mon serveur était occupé ailleurs, aussi fus-je condamné à subir l’histoire de la mort de l’intrigue et des personnages. Au nombre des victimes de l’hécatombe figurait la sympathie. Je commençais à sentir la sympathie mourir en moi quand enfin mon serveur s’approcha de ma table. La démocratie était la nouvelle victime; elle surgit et disparut avant même que mon serveur ait pu me rendre la monnaie. Et je n’avais pas eu le temps de calculer mon pourboire, que le socialisme avait rendu l’âme.

    – Trotsky, lâcha soudain la jeune fille qui accompagnait le barbu – du ton dont elle eût dit : « Merci ».
    – Trotsky ? fis-je, en me penchant vers leur table, une petite table carrée.

    – Ah, ce bon vieux Trotsky, dis-je. Comme dit ce bon vieux Trotsky : « Si tu rêves d’une bonne petite vie, tu t’es trompé de siècle. » Vous croyez que c’est vrai ? demandai-je au barbu, qui ne répondit rien.

    – Trotsky a été tué à coups de pioche, di le barbu d’une voix morose, en feignant l’indifférence.
    – Mais il n’est pas mort, n’est-ce pas ? demandai-je comme un idiot – avec un grand sourire. Rien n’est jamais vraiment mort. Rien de ce qu’il a dit n’est mort. Les tableaux que nous pouvons voir encore – ils ne sont pas morts. Les personnages des livres que nous lisons – ils ne meurent pas quand nous refermons le livre.

    Et malgré ce qu’avait dit Trotsky, il était mort. » Pages 335 et 336
  • « – Lilly va être publiée !annonça Franny. C’est vrai, un éditeur de New York est prêt à lui acheter son livre. » Page 339
  • « – Combien pouvons-nous espérer tirer du roman, Frank? Demanda papa.
    – C’est le livre de Lilly, dit Franny. Pas le nôtre. » Page 342
  • « – Mais, supposez que nous soyons des héros, dit papa.
    Et tous les yeux se tournèrent vers lui. Oui, voilà qui serait chouette, songeai-je.
    – Comme dans le roman de Lilly ? demanda Frank. » Pages 343 et 344
  • « Bref, des années plus tard, la chère petite Lilly nous envoya par la poste « Les stratagèmes de l’amour », et une nuit, nous devions nous le lire à voix haute au téléphone. » Page 347
  • « Il n’y avait pas la moindre preuve, nous dit-on plus tard, qu’elle eût fait grand-chose après mon départ. Peut-être s’était-elle remise un moment à lire Moby Dick; les policiers avaient fait leur travail, consciencieusement, et constaté qu’elle avait marqué le passage qu’elle lisait. Et moi je savais, bien sûr, qu’au moment de mon départ, l’endroit où elle s’était arrêtée n’était pas maqué. Chose étrange, elle avait mis une marque à l’endroit précis où elle s’était arrêtée de me faire la lecture – comme si elle avait relu la soirée tout entière avant d’opter pour la solution de la fenêtre ouvert. » Page 349
  • « Quant à vous, les enfants, il faudra que vous allés à l’école dit-il. À l’université, ajouta-t-il d’une voix rêveuse.
    Je lui rappelai que nous étions déjà tous allés à l’école et à l’université. Frank, Franny et moi avions même déjà décroché nos diplômes ; et quel besoin avait Lilly de finir ses études en littérature américaine – alors qu’elle avait déjà terminé un roman ? » Page 354
  • « À New York, en 1964, la saison de Metropolitain Opera devait s’ouvrir avec Lucia di Lammermoor, de Donizetti. Je lus cette information dans un des livres de Frank, mais, selon Frank, il est douteux à Vienne, la saison eût pu s’ouvrir avec Lucia. » Page 356
  • « Schanger paraissait figée sur place, comme incapable de choisir entre la grossesse ou l’avortement pour sujet de son prochain livre. » Page 373
  • « Et on ne parla pas assez de Fehlgeburt, de cette façon qu’elle avait de vous briser le cœur en lisant le dénouement de Gatsby le Magnifique. » Page 379
  • « Je me demande souvent si l’éditeur new-yorkais, qui avait offert cinq mille dollars pour le livre de Lilly, aurait prêté attention aux exigences de Frank si nous n’étions pas tous devenus célèbres – si nous n’avions pas sauvé l’Opéra et massacré les terroristes à notre manière, dans la bonne vieille tradition américaine. » Page 380
  • « – L’auteur que je représente s’est déjà attelé à un nouveau livre, dit Frank, l’agent. De plus, en l’occurrence, nous ne sommes nullement pressés. En ce qui concerne la Volonté de grandir, ce qui nous intéresse, c’est la meilleure offre. » Page 381
  • « – Maintenant que je vais être publiée, avait dit Lilly, il est temps que je fasse de vrais progrès. Il faut que je continue à grandir, avait-elle dit, une note de désespoir dans la vois. Mon Dieu, il faudra que le prochain livre soit plus gros que le premier. Et celui d’après, encore plus gros. » Page 382
  • « Comme toujours, Frank charriait une étrange panoplie : ses livres bizarres, ses fringues très particulières, son mannequin de couturière. » Page 383
  • « Frank avait déjà décroché à Lilly un triple contrat. Pour la première édition de la Volonté de grandir, il avait obtenu un tirage de 100 000 exemplaires. Warner Brothers avaient pris une option sur les droits cinématographiques; et il avait conjointement conclu un accord séparé avec Columbia Pictures pour un scénario original des événements qui avaient culminé par l’explosion de la bombe devant le deuxième Hôtel New Hampshire – et l’explosion ratée de la célèbre bombe de l’Opéra. » Pages 389 et 390
  • « Un vrai conte de fées, devait écrire un jour Lilly – de la vie de notre famille.
    Je suis d’accord avec elle ; Iowa Bob lui aussi aurait été d’accord : « Tout est un contre de fées ! » aurait dit Coach Bob. Et même Freud aurait été d’accord – les deux Freud. C’est vrai, tout est un conte de fées. » Page 395
  • « Alors, Franny, qu’est-ce que tu as écrit aujourd’hui ? demanda Lilly.
    – Tous un roman, dit Franny. J’ai trouvé ça terrible, mais c’était indispensable. Quand j’ai eu fini j’ai tout jeté. » Page 396
  • « _Votre confiance me touche, dit Lilly, mais chaque fois que je lis le dénouement de Gatsby le Magnifique, il me vient des doutes. Vous comprenez, c’est tellement beau. Et si je dois ne jamais être capable d’écrire un dénouement aussi parfait, alors, à quoi bon commencer un livre, non ? Il est absurde d’écrire u livre si on ne se croit pas capable d’égaler un jour Gatsby le Magnifique. Bien sûr, tant pis si on n’y arrive pas – si, une fois terminé, le livre n’est en fin de compte pas très bon -, mais il est indispensable de croire qu’il peut être très bon avant de s’y atteler. Et quelquefois, avant même de commencer, je pense à ce sacré dénouement de Gatsby le Magnifique, et ça me démolit, dit Lilly. » Page 397
  • « Frank m’avait fait lire un essai dû à la plume d’un professeur d’histoire de l’université de Vienne – un homme d’une grande sagesse nommé Friedrich Heer. Et c’est précisément ce que dit Heer de la société viennoise à l’époque de Freud (selon moi, cela peut s’expliquer à l’époque des deux Freud!) : « Tous étaient des candidats au suicide sur le point de devenir assassins. » Page 400
  • « À elle seule, cette bonne Susie l’ourse est un vrai conte de fées. » Page 406
  • « Lilly écrivit donc l’indispensable conte de fées, dans lequel, comme prévu, chacun de nous tint son rôle. Et, dans le conte de fées que Lilly écrivit, nous fûmes tous parfaits. » Page 415
  • « Lilly avait fait ses preuves en écrivant un véritable opéra, un authentique conte de fées. » Page 425
  • « Donald Justice devait devenir le héros littéraire de Lilly : il devait même remplacer pour elle le merveilleux dénouement de Gatsby le Magnifique, que Lilly nous avais lu si souvent. Donald Justice avait, avec une éloquence sans rivale, posé la question qui tous nous hante dans notre famille vouée aux hôtels : Comment parler du malheur, et surtout du sien, sinon comme d’une chose parfaitement banale ? » Page 426
  • « – Les rêves ne sont que ‘exaucement déguisé de désirs réprimés, nous déclara notre père à New York, chez Frank, où nous étions tous réunis pour le dîner de Pâques – Pâques 1965.
  • – Te voilà encore à citer Freud, papa, dit Lilly.
    – Quel Freud ? Lança Franny, comme un perroquet.
    – Sigmund, répondit Frank, L’Interprétation des rêves, chapitre quatre. » Page 427
  • « Papa nous avait demandé de lui lire tout Freud » Page 427
  • « Si, comme le dit Freud, un rêve n,est autre chose que l’exaucement d’un désir, dans ce cas – comme le dit aussi Freud – il en va de même des blagues. Une blague est elle aussi l’exaucement d’un désir. » Page 435
  • « Le premier livre de Lilly, la Volonté de grandir, devait rapporter tant d’argent que nous aurions eu les moyens de restaurer l’Arbuthnot-by-the-Sea; et, quand on tourna le film, nous aurions même pu racheter le Gasthaus Freud, par-dessus le marché. » Page 435
  • « Lilly venait souvent, et restait tant qu’elle pouvait y tenir. Mais nous eûmes beau lui offrir l’usage exclusif de tout le premier étage, jamais elle ne s’habitua à travailler dans le bibliothèque.
    – Trop de livres dans cette bibliothèque, disait-elle.
    Lorsqu’elle écrivait, elle avait l’impression que la présence d’autres livres écrasait ses petits efforts. » Page 437
  • « Dans le film inspiré par la Volonté de grandir, Franny décrocha tout simplement le rôle de Franny. » Pages 437 et 438
  • « Pour mon trentième anniversaire, Lilly m’envoya un poème de Donald Justice. Elle en aimait le dénouement et estimait qu’il s’appliquait à mon cas. J’étais à cran à l’époque et envoyai par retour un mot à Lilly : « Qui est ce Donald Justice et comment ce qu’il dit peut-il s’appliquer à nous ? »Mais c’est un beau dénouement qui conviendrait à n’importe quel poème, et je l’admets, c’est ainsi que je me sentais à trente ans. » Page 440.
  • « Et, pour les quarante ans de Frank, je lui envoyai une carte de vœux, accompagnée de cet autre poème de Donald Justice : « Les homme de quarante ans. » Page 440
  • « Quand les foutus critiques s’enthousiasmèrent pour sa Volonté de grandir – quand ils daignèrent enfin lui décerner leurs éloges snobinards – soulignant qu’en dépit de ce qu’elle était, la Lilly Berry de la célèbre famille qui avait sauvé l’Opéra de Vienne, on ne pouvait pas dire qu’elle fût vraiment « un mauvais écrivain », elle avait en fait un talent très « prometteur » – quand ils se mirent à jacasser au sujet de la nouveauté de sa voix, Lilly en conclut simplement qu’elle devait redoubler d’efforts; il fallait maintenant qu’elle s’y mette sérieusement.
    Mais notre petite Lilly avait écrit son premier livre presque par accident; son livre d’était qu’un euphémisme pour sa volonté de grandir, pourtant il la convainquit qu’elle avait un talent d’écrivain, alors qu’elle n’était peut-être qu’une lectrice douée de sensibilité et d’amour, une amoureuse de la littérature qui s’était imaginé qu’elle voulait écrire. … Lorsque grâce au film tiré de la Volonté de grandir, Franny fut devenue célèbre, et lorsque grâce au feuilleton télévisé de Premier Hôtel New Hampshire, le nom de Lilly Berry fut connu de tout le monde, sans doute Lilly eut-elle envie de « se contenter d’écrire », comme disent toujours les écrivains, Sans doute alors, eut-elle simplement envie d’avoir la loisir d’écrire son livre. Seulement, voilà, ce ne fut pas un très bon livre – le deuxième. Elle lui donna pour titre le Crépuscule de l’esprit, titre tiré d’un vers qu’elle vola à son gourou, Donald Justice » Page 441
  • « Peut-être aurait-elle été mieux avisée d’emprunter son titre et son inspiration à un autre vers de Donald Justice : Le temps un arc ployé par son inéluctable échec. Elle aurait pu intituler son livre L’Inéluctable Échec, car c’était bien de cela qu’il s’agissait. » Page 441
  • « C’était un livre courageux, dans la mesure où il s’écartait de tout ce qui était en rapport direct avec la petite autobiographie de Lilly, mais qui s’en écartait pour s’aventurer dans un domaine trop étranger à son esprit pour qu’elle pisse jamais le comprendre; elle écrivit un livre vague qui témoignait à quel point le langage où elle ne faisait que risquer une brève incursion lui était étranger. » Page 442
  • « Selon la théorie de Frank, qui en général ne se trompait jamais au sujet de Lilly, elle éprouva entre autres hontes celle d’avoir écrit un mauvais livre qui fut encensé et qualifié d’« héroïque » par toute une catégorie de mauvais lecteurs passablement influents. Un certain type d’étudiants, tous plus ou moins ignares, furent d’emblée séduits par le côté vague de son Crépuscule de l’esprit; ces étudiants découvrirent avec un immense soulagement que l’obscurité absolue était non seulement publiable, mais encore pouvait donner l’illusion du sérieux. Et, comme le souligna Frank, ce que certains de ces étudiants aimèrent le plus dans son livre était précisément ce qu’elle-même détestai le plus – les introspections qui ne menaient à rien, l’absence d’intrigue, les personnages sans logique ni consistance, l’indigence du récit. » Page 442
  • « L’idée ne lui vint pas de revendiquer un rôle dans le Crépuscule de l’esprit : d’ailleurs, il eût été impossible de tirer un film du livre. » Page 442
  • « Quand il arrive à Franny de boire trop, elle se met en rogne en évoquant l’influence que Donald Justice exerçait sur Lilly; et parfais, Franny se soule au point de blâmer le pauvre Donald Justice pour ce qui est arrivé à Lilly. Mais Frank et moi nous nous hâtons toujours d’assurer à Franny que ce fut sa passion de la qualité qui finit par tuer Lilly; ce fut la fin de Gatsby le Magnifique, qui pourtant n’était pas le dénouement, que choisit Lilly, mais un dénouement dont le sens lui échappait. Et, un jour, Lilly s’exclama : « Après tout, au diable ce foutu Donald Justice ! Tous les bons vers sont de lui ! » Page 444
  • « Frank tomba un jour sur un recueil de poèmes de Donald Justice, Lumière nocturne; c’était l’exemplaire de Lilly, ouvert à la page 20, la page tant de fois cornée, avec, tout en haut, un vers, un seul, entouré de plusieurs cercles – l’un d’eux avec du rouge à lèvres, les autres avec des stylos à bille de couleurs différentes; et même avec un humble crayon. Je ne crois pas que le dénouement puisse jamais être heureux. » Page 444
  • « Au cours de la réunion, le Comité des conférences avait révélé qu’il restait tout juste assez d’argent en caisse pour subventionner soit deux conférenciers, en l’occurrence deux poète d’une notoriété toute relative, soit un seul, mais un écrivain ou poète célèbre, à mois encore de consacrer tout l’argent disponible à satisfaire les exigences financières considérables d’une certaine dame qui parcourait les campus du pays pour « interpréter » Virginia Woolf. Bien que Lilly fût de tout le Département d’anglais la seule à faire étudier certaines des œuvres de Virginia Woolf dans ses cours, elle constata qu’elle était la seule à s’opposer au désir de la majorité d’inviter l’usurpatrice de Virginia Woolf.
    – À mon avis, Virginia Woolf aurait voulu que l’argent aille à un auteur vivant, dit Lilly.  À un véritable écrivain.
    Les membres du Département n’en exigèrent pas moins que tout l’argent soit utilisé pour faire venir la femme qui « interprétait » Virginia Woolf. » Page 454
  • « Un ours avait marqué le début du conte de fées qu’était ma vie; il était parfaitement naturel qu’un ours en marque le terme. » Page 458
  • « Histoire de lui remonter le moral, j’ai essayé de lire au téléphone à Franny un poème de Donald Justice : celui intitulé « À un enfant de dix mois ». » Page 468
  • « – Arrête, m’a couper Franny. Je t’en prie, j’en ai marre de ce foutu Donald Justice. Ses poèmes, je ne peux plus les entendre sans avoir peur de tomber enceinte, ou du moins sans avoir la nausée. Pourtant Donald Justice a raison, comme toujours. Qui h’hésiterait pas à débarquer dans ce monde ? Qui ne repousserait pas le plus possible le début de ce conte de fées ? » Page 468
  • « Comme le savait si bien Lilly, tout est un conte de fées. » Page 473
  • « Ce qui me laisse, bien sûr, seul avec Susie l’ourse – avec son foyer d’aide aux femmes violées et mon hôtel de conte de fées –, ce qui fait que moi aussi je me sens bien. » Page 474