3 étoiles, M

Miss Marple, tome 04 – Un meurtre sera commis le…

Miss Marple, tome 04 – Un meurtre sera commis le… de Agatha Christie

Éditions Hachette (Agatha Christie), 2004, 378 pages

Quatrième tome de la série « Miss Marple » écrit par Agatha Christie et publié initialement en 1950 sous le titre anglais « A Murder is Announced ».

Une publication dans la gazette locale attire l’attention de tous les villageois de Chipping Cleghorn. Dans les petites annonces, il y a une invitation a assisté à un meurtre en direct le soir même au cottage Little Paddock, propriété de Letitia Blacklock. L’annonce fait foi de faire-part, tous les intimes sont invités pour 18h30. Letitia est bien surprise de voir cette annonce et se demande qui a bien pu lui faire cette mauvaise plaisanterie. Les amis et les connaissances de la famille se présentent en grand nombre pour assister à ce « Murder Party ». L’excitation est à son comble lorsqu’à l’heure dite ils sont plongés dans le noir. Un individu masqué, revolver au poing entre en trombe dans le salon. Ce dernier leur commande de lever les mains et un coup de feu est tiré. La panique s’empare du groupe. Les invités courent dans tous les sens pour se mettre à l’abris. Lorsque Miss Blacklock rallumée la lumière, le cadavre de l’homme masqué gît au sol. Une enquête complexe se dessine pour les policiers qui doivent en premier lieu identifier la victime. Alors que l’enquête piétine, le responsable rencontre Miss Marple et lui demander son aide.

Une petite enquête bien distrayante. Agatha Christie happe l’attention et la curiosité du lecteur dès le début du roman avec cette étrange annonce. Elle le fait plonger dans l’histoire en lui présentant de façon brève mais dynamique à-peu-près tous les villageois alors qu’ils prennent connaissance de l’annonce. L’action commence immédiatement après cette présentation. L’enquête est bien menée même si l’enquêteur a besoin de l’aide de Miss Marple pour résoudre celle-ci. La plume de l’auteur est toujours aussi belle. Elle sait faire voyager le lecteur dans ces charmantes campagnes anglaises avec leurs codes de vie particuliers et leurs secrets bien gardés. Malheureusement, la technique utilisée par le meurtrier est surutilisée dans l’histoire. L’effet est que ça dénature un peu l’enquête et que le tout perd en crédibilité. Ce roman n’est pas le meilleur d’Agatha Christie mais il n’en reste pas moins très plaisant. Un bon petit roman de vacances.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 15 mars 2019

3,5 étoiles, M, T

Malphas tome 2 : Torture, luxure et lecture

Malphas tome 2 : Torture, luxure et lecture de Patrick Senécal.

Éditions du club Québec loisirs, 2012, 498 pages

Deuxième tome de la série « Malpha » écrit par Patrick Senécal et paru initialement en 2012.

Malgré les deux cadavres trouvés dans les casiers, le CÉGEP est toujours ouvert. Aucun changement n’a été fait à l’horaire des cours. Les membres du personnel et les étudiants se remettent tranquillement des terribles événements en essayant de reprendre la routine. Julien est plus motivé que jamais à trouver ce qui se cache dans cette école. Il continu avec son acolyte Gracq à enquêter sur les phénomènes étranges qui se sont déroulés depuis l’ouverture de l’école. Michel Condé, un nouvel enseignant fait son arrivé au département de littérature. Dès son arrivée, celui-ci propose de mettre sur pied et de diriger un club de lecture qui serait ouvert à tous les habitants de Saint-Trailouin. Pour se changer les idées, Julien décide d’y participer. Les réunions du club se tiennent dans une classe récemment rénovée. Étant donné les antécédents de Malphas, plusieurs événements étranges se produisent pendant et après les réunions du club. Même les participants sont affectés et ont des comportements de plus en plus étranges.

Une suite qui fait honneur au premier tome. Patrick Senécal poursuit l’histoire sanglante et humoristique qu’il a commencé dans « Le cas des casiers carnassiers ». Cependant, la mise en place de l’histoire du Club lecture est un peu longue et le lecteur perd de vue l’enquête de Julien. Passé la moitié du roman, l’histoire s’accélère et plonge le lecteur dans l’absurdité et l’horreur des comportements déviants des membres du club. Il est incontestable, à la lecture de cette série, que Senécal a une imagination débordante et tordue. Il conserve son style et sa plume axés sur l’horreur et il entretien bien le côté inquiétant de l’atmosphère du cégep. De plus, il y a une légère amélioration au niveau des personnages qui semblent être moins caricaturaux que dans le premier tome. Ils sont plus réalistes même si l’histoire a une grande part de fantastique. Un petit bémol par contre, l’énumération des connaissances de l’auteur sur la littérature pèse lourd sur l’histoire. Le lecteur s’amuse bien au début des références à la littérature, mais comme on dit trop c’est comme pas assez. Une bonne lecture malgré les défauts, elle est même meilleur que celle du premier tome.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 13 décembre 2018

La littérature dans ce roman :

Note :  Aucune citation ne sera relevée ici pour les auteurs et / ou les titres suivants, car elles sont trop nombreuses :
Baudelaire; Lolita de Nabokov; Les Particules élémentaires de Houellebecq; L’Assommoir de Zola; L’Écume des jours de Boris Vian; Ru de Kim Thuy; Le Secret; Mange, prie, aime; Le Rouge et le Noir de Stendhal; La Petite Fille qui aimait trop les allumettes, de Soucy; Les 150 meilleures blagues du Reader’s Digest; Les Racines du ciel de Gary; Le Horla de Maupassant; Le nom de la rose de Eco; Germinal de Zola; Nelligan; Phèdre de Racine; La Philosophie dans le boudoir, de Sade;Balzac; Rousseau; Diderot; Swift; Voltaire

  • « – Criss, est-ce que quelqu’un sait ce qui arrive avec les craies, dans ce cours?
    J’aurais demandé à mes étudiants de me résumer le Ulysse de Joyce que je n’aurais pas obtenu une plus parfaite absence de réaction. »  Page 11
  • « – OK, sortez votre exemplaire des Fleurs du mal et allez au poème « Une charogne ».
    Je commence invariablement par ce texte délicieusement atroce pour démontrer aux élèves que la poésie n’est pas qu’affaire de ciel bleu et d’idylles naïves et je crée ainsi un effet souvent spectaculaire. Je lis donc les strophes lentement, d’une voix un brin théâtrale, et, après avoir clamé le dernier vers qui me fait toujours autan frissonner de plaisir (Que j’ai gardé la forme et l’essence divine / De mes amours décomposés, je lève la tête en souriant.
    Ma classe réagit avec autant d’enthousiasme que si j’avais récité le mode d’emploi d’un malaxeur à multivitesses.
    — Alors ? Qu’est-ce que vous en pensez ?
    Une main se dresse et je ne m’étonne pas de reconnaître à la base du bras le corps de Limon.
    — Nadine ?
    — C’est génial pis provocateur. Il décrit à sa bien-aimée une carcasse d’animal en décomposition mais avec des mots sublimes. La fusion du beau pis du laid, ça crée une ironie super intéressante. »  Pages 12 et 13
  • « — Mais pourquoi le personnage du poème dépeint-il cette charogne à sa compagne ? Myra, enlève le livre de ta bouche, ça se mange pas… Alors, le narrateur veut-il seulement la choquer ou y a-t-il une intention différente ? »  Page 13
  • « — Alors, Dan, t’as une idée de l’intention de Baudelaire ?
    — Qui ?
    Quelques ricanements. Je le considère un moment, me demandant s’il est sérieux ou si c’est de la simple provocation.
    — Baudelaire. Le mec qui a écrit le poème que tu as sous le nez. »  Pages 13 et 14
  • « — Ben non. C’est poche, de la poésie. Pis Zola aussi, pis tous les osties de livres. »  Page 14
  • « — T’as déjà commencé ?
    — Oui, j’ai eu mon premier groupe ce matin. Un cours de 103 sur la littérature québécoise. Malheureusement, les romans choisis par votre confrère ne sont pas très intéressants… Mais je ne peux pas lui en tenir rigueur, il y a si peu de vrais bons bouquins…
    Merde, ça sent la prétention, odeur dont j’essaie normalement de m’éloigner le plus possible.
    — Parlant de livres, ajoute-t-il, j’imagine que vous avez un club de lecture…
    On se regarde tous comme s’il voulait savoir lequel d’entre nous pratique la zoophilie. Mortafer intervient enfin :
    — Il n’y a jamais eu de club de quoi que ce soit dans cette ville. Sauf il y a dix ans, moment où un regroupement a voulu mettre sur pied le Club Pessimiste, par opposition au Club Optimiste. Personne ne s’est présenté à la première réunion. Même les fondateurs ont affirmé qu’ils n’y avaient jamais vraiment cru.
    — Eh bien, je vais créer un club de lecture. Qu’en dites-vous ?
    À Saint-Trailouin ? M’est avis qu’il aurait plus de chance de succès s’il invitait Laure Waridel dans un McDonald. Mais ma passion pour les livres étant plus forte que mon cynisme, j’annonce tout de go :
    — J’en ferais bien partie, moi. »  Page 22
  • « Je fais quelques pas et constate que le dernier bouquin de son paternel se trouve sur le coin du bureau. Je demande :
    — Vous l’avez lu ?
    — Non.
    — Vous ne lisez pas les livres de votre père ?
    — Plus maintenant. Asseyez-vous, Julien. »  Page 27
  • « — J’étais justement en train d’expliquer à monsieur Bouthot mon projet de club de lecture. Je lui demandais s’il serait possible de se réunir dans la bibliothèque de Malphas. »  Page 32
  • « — J’étais justement en train d’expliquer à monsieur Bouthot mon projet de club de lecture. Je lui demandais s’il serait possible de se réunir dans la bibliothèque de Malphas. »  Page 32
  • « Il attrape alors une craie puis inscrit sur le tableau noir : “Club de lecture de Saint-Trailouin” en grandes lettres raffinées. »  Page 33
  • « — Un club de lecture, quelle bonne idée ! se réjouit Bouthot. Si j’étais pas si occupé, je me joindrais à vous !
    — Je vous comprends, que je dis d’un ton neutre. Le scrapbooking demande tellement d’heures si on veut que ce soit bien fait. »  Page 34
  • « Dans les couloirs déserts du rez-de-chaussée, un battement d’ailes se fait entendre, puis un corbeau, tournant un coin, traverse d’un vol égal et élégant le corridor qui mène jusqu’au local 1814. L’oiseau pénètre dans la classe et se pose sur le bureau. Il pivote vers le tableau noir sur lequel on peut toujours lire « Club de lecture de Saint-Trailouin ». »  Page 40
  • « Nous sommes tous assis derrière les tables, que nous avons placées en rond comme à chaque réunion du département, et nous tournons nos regards vers le bleu, installé entre la Belle et le Bête, c’est-à-dire Rachel et Elmer Davidas. »  Page 43
  • « — Oui, le dramaturge norvégien Slidouz Kvorg a écrit une pièce de théâtre qui met en scène ce Malphas. Il s’agissait bien sûr d’une métaphore de notre société aliénée et aliénante. Je l’ai vue en version originale il y a trois ans à Oslo. Vladasr Crùxh jouait le rôle de Malphas et Rouyna Dvarjd celui du perchoir. Une très bonne pièce, quoique les influences de Bergman y étaient un peu trop évidentes. »  Page 46
  • « Et il présente son club de lecture, qui commencera dès lundi soir, à dix-neuf heures trente, ici même au cégep, dans la classe 1814, et prend soin de préciser que Mortafer, Zazz et votre humble serviteur avons déjà annoncé notre intention de participer. »  Page 51
  • « Junior remonte ses lunettes sur son nez. Fudd poursuit :
    — Ouais, me semble que j’lui ai vendu une couple de livres de sorcellerie… »  Pages 64 et 65
  • « Chapitre quatre
    C’est bien le club de lecture, ici ? »  Page 73
  • « Il n’y aura sans doute pas beaucoup de participants à ce club de lecture, mais au moins ça me permettra de découvrir quelques habitants intéressants de Saint-Trailouin. Quoique, dans une telle ville, je nourris peu d’espoir en ce qui concerne les livres choisis : vais-je devoir me taper le nouveau Marc Lévy ? Ou, pire encore, l’autobiographie de Julie Couillard ? »  Page 73
  • « Il y a Condé et trois femmes que je ne connais pas personnellement mais dont deux, je crois, enseignent au cégep ; il y a aussi une trentenaire que j’ai l’impression d’avoir déjà vue, Poichaux, Mortafer, Zazz et… Enfer et damnation : Davidas ! Mais qu’est-ce qu’il fout ici, cet imbécile patenté ? N’était-il pas évanoui au moment où Condé présentait son club de lecture ? »  Page 74
  • « Qu’est-ce que Davidas va bien nous suggérer comme livre ? Le premier tome de la série Twilight ? »  Page 74
  • « Peu importe, nous nous comprenons et je me dis que ce club de lecture augure plutôt bien. »  Page 75
  • « Une élève qui s’inscrit à un club de lecture, c’est encourageant, non ? »  Page 75
  • « — On va commencer, je pense. Je vous souhaite la bienvenue. Je m’appelle Michel Condé, le fondateur de ce club de lecture… »  Page 75
  • « — Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vais filmer nos rencontres. Elles pourraient me servir pour certains cours de littérature, afin que je montre à mes étudiants des exemples de débats. »  Page 76
  • « Il y a d’abord les deux enseignantes que je ne connais à peu près pas : Céline Fallu, prof de maths dans la quarantaine avec une coupe de cheveux en forme de boule (criss que je trouve ce look atroce ! c’est comme si les femmes qui l’arboraient hurlaient à pleine voix : « Regardez ! Je vieillis ! »), habillée jusqu’au cou comme si elle craignait que l’air ambiant réduise sa peau en cendres, qui semble tellement hautaine qu’elle doit en avoir le vertige, et Mireille Kristin, enseignante d’histoire dans la cinquantaine, tignasse en chignon et lunettes avec cordelette, mais qui paraît plutôt relax et qui nous confie en roulant ses R qu’elle aime parrrticulièrrrement les rrromans noirrrs. »  Pages 76 et 77
  • « Et, bien sûr, il y a mon amante d’une nuit qui, je l’apprends enfin, s’appelle Lucette Picard ; elle est mariée, a deux enfants et travaille comme serveuse de jour dans un café, ce qui, selon elle, explique son besoin d’évasion, par exemple en étant membre de ce club de lecture ou encore, ajoute-t-elle en me fixant dans les yeux, en pratiquant d’autres activités occasionnelles. »  Page 77
  • « Je vous épargne les présentations de mes collègues, mais mention spéciale tout de même à Davidas qui, en deux phrases, réussit à démontrer l’étendue de sa bêtise : « Je m’appelle Elmer Davidas et je transmets ma culture d’homme de lettres aux étudiants de Malphas. Je me joins à ce club parce qu’à mon avis la lecture est un besoin aussi essentiel que de se laver ou de conduire une voiture. » »  Pages 77 et 78
  • « — La réunion d’aujourd’hui sera plutôt courte. Vous avez tous songé à un livre que…
    — C’est bien le club de lecture, ici ?
    Nous nous retournons tous vers la porte. Sur le seuil se tient un dandy. Comment appeler autrement un homme fringué d’une pseudo-redingote, d’une chemise blanche à très grand col ouvert avec boutons presque sculptés, d’un pantalon en nylon noir avec fines fioritures tout le long des jambes et dont la tête est couronnée d’abondants cheveux teints en blond et coiffés à la Oscar Wilde ? »  Page 78
  • « — Bien ! fait Condé qui a hâte de commencer. Chacun d’entre vous a donc choisi un livre. Je vais les noter puis porter la liste à la librairie de la ville. La libraire m’a assuré qu’elle les aurait d’ici cinq ou six jours. Dans une semaine, vous pourrez aller les acheter soit tous d’un coup, soit au fur et à mesure des lectures. »  Pages 79 et 80
  • « — On est un club de lecture, Elmer, pas une salle d’attente de dentiste, que je dis sèchement. On lit des romans. »  Page 83
  • « S’ensuit une courte discussion au bout de laquelle Davidas, penaud, annonce qu’il trouvera un titre d’ici la prochaine rencontre.
    — Est-ce qu’il faut spécifier que ça doit être un roman pour adultes ? que j’ajoute. »  Page 83
  • « — Je pensais que ce serait uniquement des livres récents, glisse Zazz, un brin contrariée. »  Page 83
  • « — De toute façon, avoirrr un ou deux classiques dans la liste, c’est trrrès bien ! approuve Kristin en dodelinant du chignon. Je n’ai rrrien contrrre l’idée de lirrre du Zola, Balzac, Voltairrre, ou même du Tolstoï, pourrrquoi pas ? C’est un peu long, c’est vrrrai, mais… »  Page 84
  • « — Bon. Pour choisir le premier bouquin, je propose un simple tirage au sort, qu’en pensez-vous ? »  Page 85
  • « — ‘ksé vous fètes ‘citte ?
    Coups d’œil perplexes de la part des non-initiés. Je prends sur moi de répondre :
    — On est un club de lecture. »  Pages 85 et 86
  • « — Bien. Les bouquins arriveront en librairie dans à peu près six jours. Si nous nous laissons quinze jours pour lire le livre de Rémi, notre prochain rendez-vous serait dans trois semaines. Et à chaque rencontre, celui qui a choisi le roman pourrait en lire un extrait à haute voix. Qu’en pensez-vous ? »  Page 88
  • « — Crime, il est encore tôt ! J’irais bien prendre un verre, moi. Ça intéresse quelqu’un ?
    Et il observe particulièrement la gent féminine en lançant cette invitation. J’ai envie d’accepter, mais comme l’idée d’être seul avec cette caricature de Casanova ne m’enthousiasme guère, j’attends de voir si d’autres répondront à l’appel. »  Page 88
  • « Et dire que, quelques secondes après la prise de ce cliché, ces oiseaux fondaient sur la foule. Un vrai remake du film d’Hitchcock ! »  Page 89
  • « Elle me lance le genre de clin d’œil qu’une mère n’adresserait jamais à son fils (sauf, peut-être, Jocaste à Œdipe) puis poursuit son chemin vers la sortie. »  Page 89
  • « — C’était bien, ton club de lecture ?
    — Ça s’annonce distrayant, je crois. »  Page 92
  • « Il monte l’escalier, se déshabille, se brosse les dents, puis s’installe en caleçon et camisole dans son lit pour lire un roman de Kundera. Au bout de trois minutes, Monique entre, l’observe un moment et, timidement, demande :
    — Tu veux qu’on fasse l’amour ?
    Il baisse son livre, quelque peu pris au dépourvu. »  Page 93
  • « Il étouffe un bâillement, allume sa lampe de chevet (ce qui n’éveille pas sa femme), attrape le livre de Kundera et se remet à lire. »  Page 96
  • « En tout cas, va falloir que j’aie une petite conversation avec les scénaristes d’Hollywood, car ces images représentent bel et bien vacances et barbecue, ou du moins leur équivalent : les Fudd dans le salon de la cabane (salon un peu plus propre et ordonné, mais pas beaucoup), les Fudd dehors dans les bois, les Fudd autour d’un feu de camp, Mélusine lisant un livre de magie au centre d’un pentacle sous le regard professoral de sa mère, Mélusine avec une bière en main, un peu soûle, sous l’œil cette fois plus sévère de maman… »  Page 103
  • « — Voyons, Aline, c’est pas compliqué ! que je m’exaspère. Ça t’a plu, oui ou non ?
    Elle commence à se frotter le genou droit, affolée, comme si elle se retrouvait dans Sophie’s Choice. »  Page 111
  • « — Et toi, Elmer, as-tu finalement choisi ton roman ?
    — Bien sûr. Ce sera le premier tome de la série Walking Dead.
    La plupart des participants ne connaissent pas, mais moi, si, ce qui me fait réagir :
    — Mais… C’est une BD, ça !
    — Un roman graphique, précise Davidas.
    — Roman graphique, BD, narration imagée, criss ! c’est pas un roman !
    — Tu méprises les bédéistes, Julien ?
    — Tu veux vraiment que je te dise qui je méprise ?
    Condé nous ramène à l’ordre et explique qu’effectivement il serait préférable que ce soit un roman « traditionnel ». Il ne s’agit pas de snober les bandes dessinées, mais de se donner un cadre. Davidas, en soupirant, s’incline et promet de trouver un autre titre d’ici la prochaine rencontre. Tout le monde se lève, replace chaises et tables, et enfile son manteau.
    — Moi, j’ai acheté tous les rrromans, dit le prof d’histoire, mais je remarrrque qu’il manque toujourrrs le tien, Michel. »  Pages 115 et 116
  • « Le joint glisse d’entre ses doigts. Sa bouche s’entrouvre et se fige, son expression devient lointaine. Ça y est, elle va entrer en transe. Je m’assure qu’il n’y a personne dans la ruelle, puis m’approche de ma collègue, plus attentif que jamais. Mais elle ne dit rien, le visage statufié en un masque ébahi.
    — Zoé ?
    — Les livres… Les livres…
    Quoi, les livres ? De quoi parle-t-elle ?
    — Il faut pas les lire…
    Sa voix est légèrement dédoublée, comme la dernière fois.
    — Zoé…
    — Il faut pas les lire !
    Fuck, de quoi elle parle ? Ça m’aide pas pantoute ! J’ai l’impression que je vais devoir la guider un peu. Je demande donc doucement :
    — Zoé, parle-moi de Malphas…
    — Il faut pas lire les livres !
    — Zoé, parle-moi du démon Malphas… De la caverne… Des Archlax, père et fils… Tu vois quelque chose ?
    — Il faut pas les lire à cet endroit !
    Fait chier, avec ses livres ! Je lui attrape le bras et insiste :
    — Zoé, parle-moi de Malphas ! »  Page 136
  • « — Oh non ! J’ai encore eu une de ces transes ridicules, c’est ça ?
    — Heu… Un peu, oui.
    — Pis j’ai raconté quoi ?
    — Rien de… T’as parlé de livres qu’il fallait pas lire quelque part, j’ai rien compris. »  Page 137
  • « Les étudiants sont si peu surprenants, si prévisibles. Comme à peu près tout le reste, d’ailleurs : les discussions, la vie de couple, les livres, le quotidien… »  Page 139
  • « Parfois, je me trouve ridicule de mettre tant de travail dans la préparation d’un cours alors que les deux tiers des étudiants n’y verraient que du feu même si j’improvisais. D’ailleurs, j’ai déjà fait le test. Il y a deux ans, j’avais affirmé en classe qu’une métaphore était un instrument à vent et que Nelligan était un chanteur western de la région de Saint-Tite. Il y en a bien quelques-uns qui m’avaient regardé de travers, mais la grande majorité n’avait pas sourcillé. Un garçon m’avait même demandé d’un air dubitatif : « Vous êtes sûr que Nelligan, c’est pas un rappeur ? » Mais bon, il faut penser aux quelques élèves vraiment motivés. Sinon, on se flingue. »  Pages 172 et 173
  • « Zazz, stupéfaite, demande à notre nouveau collègue :
    — Mais comment tu peux dire à tes étudiants que tu trouves plates les livres que tu leur fais lire ?
    — C’est pas moi qui ai choisi ces romans, c’est votre collègue, Mahanaha. Déjà que je dois leur faire lire des bouquins que je déteste, je ne vais pas prétendre que je les aime ! Je ne suis pas masochiste, quand même ! (Il me voit approcher.) N’est-ce pas, Julien ? »  Pages 173 et 174
  • « — Parfait, dit Condé. Et toi, Elmer, as-tu enfin choisi un livre ?
    — Oui, finalement. J’ai opté pour Le Maître du jeu.
    — Ah, je ne connais pas, fait Condé, intéressé. Qui l’a écrit ?
    — C’est Georges-Hébert Germain, mais, évidemment, Angélil l’a beaucoup aidé.
    Froncements de sourcils de toutes parts. Qu’est-ce qu’Angélil vient foutre là-d’dans ? Tout à coup, Zazz, qui semble comprendre, s’inquiète :
    — Tu parles de la biographie de René Angélil ?
    — Absolument ! Tu l’as lue ? C’est vraiment bon, non ?
    — Elmer ! que je soupire en m’appuyant sur mes genoux. Une biographie, c’est pas un roman !
    — Mais oui ! Dans un cas, c’est une histoire inventée, dans l’autre, c’est une histoire vraie. Mais ce sont des romans.
    Je le scrute en me demandant si je dois rire ou lui sauter dessus. Je fais ni l’un ni l’autre, lève une main et demande lentement :
     — Elmer, rassure-moi et jure-moi que tu déblatères pas ces sornettes à tes étudiants…
    Il cligne des yeux, incertain. Tout le monde lui répète pour la millième fois qu’il faut que ce soit un roman et non pas une biographie. Il grimace, confus :
    — Mais pourquoi pas ? L’histoire de quelqu’un, c’est tout de même une…
    — Un roman, Elmer, criss ! que j’éclate. Une histoire inventée, une œuvre de fiction, qui sort de la tête d’un romancier qui l’a imaginée de toutes pièces ! Ciboire, me semble que c’est clair, ça !
    Davidas se gratte le cuir chevelu, ce qui produit une pluie de pellicules, puis marmonne, un peu boudeur :
    — OK, je vais choisir un « vrai roman », comme vous dites, mais je vous trouve de bien mauvaise foi.
    Tandis que nous remettons les chaises et les tables en place, Fallu s’enquiert :
    — Et toi, Michel, tu as choisi le tien ?
    — Oui, répond notre animateur en rangeant sa caméra, mais je l’ai commandé moi-même et les exemplaires arriveront directement chez moi. Je vous les apporterai quand mon nom sera tiré.
    — Et c’est quoi, le livre ?
    — C’est une surprise. Vous verrez !
    Il me les gonfle, avec ses grands mystères ! Les autres membres aussi semblent trouver ce petit jeu exaspérant.
    — Tu joues pas le jeu, Michel, souligne Picard. On a tous présenté notre livre, pourquoi pas toi ?
    — En tant que fondateur du club, je me permets ce petit caprice, si vous n’y voyez pas d’inconvénient. »  Pages 186 et 187
  • « — J’ai vu que t’as mis tes deux romans avec les autres livres…
    Je hausse une épaule, un peu gêné.
    — Pourquoi pas ? Même si les critiques les ont démolis, ce sont néanmoins des romans, ils ont leur place dans une bibliothèque.
     — T’écris autre chose ?
    — Pas en ce moment.
    Ce qui est faux. Mais pas question de lui dire que je suis en train de compiler les choses bizarres, mystérieuses et complètement folles qui se produisent ici. Plus tard, peut-être, quand il sera plus vieux. Et que j’aurai moi-même compris ce qui se passe.
    — Maintenant que t’as treize ans, je pense que t’es en âge de pouvoir lire mes romans. Si t’en as envie, évidemment.
    — Ouais, peut-être…
    Réponse plus polie que sincère. »  Page 193
  • « Mortafer lui a à peine dit bonjour, sombre et tourmenté, tout comme Ruglas qui, plongée dans la lecture d’une obscure pièce de théâtre, lui a glissé un « enchantée » indifférent du bout des lèvres. »  Page 197 et 198
  • « — J’ai pourtant tout fait pour qu’il vive un bon moment, m’a assuré ma collègue comme si elle craignait que je ne la tienne pour responsable de la défection de mon fils. Je lui ai demandé ce qu’il aimait lire, ce qu’il aimait comme films, je lui ai raconté mes dernières vacances à Sorel, je lui ai proposé une partie de Monopoly que j’étais prête à perdre de la plus humiliante des façons juste pour l’amuser un peu… »  Pages 198 et 199
  • « Le nombre d’heures que nous avons gaspillées à l’urgence aurait sans doute été suffisant pour écrire À la recherche du temps perdu au complet. »  Page 199
  • « — Faut ben faire quelque chose…
    Je ne trouve rien à répliquer à ça, la bouche entrouverte. Je dois ressembler à l’actrice principale de Twilight. »  207
  • « La « patiente », sans nous regarder, quitte la maison, tandis que le médecin, sortant du bureau à son tour, paraît étonné de tomber sur du monde dans sa salle d’attente.
    — Ah ? Je savais pas que j’avais deux aut… Hé ! Julien ? Comment ça va ? J’imagine que t’es pas venu parler littérature !
    Il rigole, en remontant sans aucune discrétion la braguette de son pantalon. »  Page 207
  • « C’est une peinture mettant en scène un beau jeune homme très gandin qui, à son tour, observe avec satisfaction une seconde peinture personnifiant un vieillard au visage malveillant. Sans aucun doute une représentation de Dorian Gray, que je ne m’étonne pas de retrouver ici. N’avais-je pas déjà relevé l’influence d’Oscar Wilde dans le look de Durencroix ? »  Page 211
  • « Durencroix blêmit quelque peu, a un ricanement contrit, puis, pour changer de sujet, indique le tableau du menton en s’approchant :
    — J’imagine que tu reconnais la scène…
    — Dorian Gray, oui…
    Il s’arrête devant la peinture et a un bref soupir mélancolique :
    — Ce serait bien, non ? si on pouvait faire comme Gray…
    — C’est-à-dire ?
    — Que nos vices pis notre vieillesse affectent uniquement un portrait de nous, pour que notre vraie personne reste jeune et pure pour toujours… »  Page 212
  • « — C’est sûr, c’est sûr. Écoute, faut vraiment que j’aille aux toilettes chercher le revolver de Michael Corleone derrière le réservoir… »  Page 217
  • « Je traverse un couloir et, par hasard, passe devant la classe 1814, là où nous avons les rencontres de notre club littéraire. »  Page 229
  • « La jeune Black, plongée dans un livre, est si concentrée qu’elle ne remarque pas ma présence.
    — Allô, Julien.
    — Tu lis ici ?
    — Mais oui ! Je trouve ça stimulant de lire dans notre local de club littéraire, ça me donne un sentiment d’appartenance. »  Page 229
  • « Je travaille depuis une bonne heure lorsque Mortafer, pendant la pause de son cours, vient chercher un livre à son bureau, l’air ailleurs. »  Page 232
  • « — Donc, face à cette situation dramatique, le ministère de l’Éducation propose une série d’actions qui pourraient être mises de l’avant dès la prochaine session. Les voici.
    Sur l’écran apparaissent lesdites actions : 1- prescrire des examens moins complexes ; 2- remplacer les livres du programme par des films ; 3- éviter de leur enseigner des événements antérieurs à 1990 ; 4- ignorer une erreur sur deux durant la correction. Près des trois quarts des personnes présentes dans la salle explosent d’indignation et, cette fois, Valaire grimpe littéralement sur sa chaise, ses cheveux désordonnés hérissés tels les serpents sur la tête de Méduse :
    — Voyons, câlice ! demandez-nous de les faire tous passer tout de suite, ça va être plus clair, ostie ! Tant qu’à y être, voulez-vous qu’on leur donne d’avance les réponses des examens ? »  Page 246
  • « — Moi, je trouve ces idées pas bêtes. Il y a des adaptations cinématographiques de romans qui sont aussi bonnes que les livres originaux, les gens ont tendance à oublier ça. C’est quoi le problème de leur faire voir le dessin animé Le Bossu de Notre-Dame de Walt Disney plutôt que de les obliger à lire le bouquin de Balzac ?
    — C’est Hugo qui l’a écrit ! rigole quelqu’un dans le fond.
    — Hugo, Balzac, c’est le même siècle de toute façon ! Et puis, soyons honnêtes : qui, ici, se rappelle vraiment ce qui s’est passé avant 1990 ? À part l’invention de l’imprimerie, disons, et un ou deux événements du genre… Et on voudrait que nos étudiants le sachent plus que nous ? On vit dans le rêve, franchement ! »  Pages 246 et 247
  • « Au salon se trouve une vieille télé de vingt-six pouces avec écran bombé, mais il y a tout de même un lecteur DVD : Archlax est passéiste mais pas antique. Une grande bibliothèque compte quelques centaines de livres dont je parcours les dos. Quelques bouquins récents d’auteurs acclamés, mais surtout des classiques des siècles précédents : Rabelais, Shakespeare, Molière, Diderot, Gogol, Poe, Hoffmann, Rousseau, Hugo, Balzac, Zola, Tolstoï, Swift, Cervantès, Goethe… Beaucoup de romans d’amour, aussi : Belle du Seigneur, L’Éducation sentimentale, Manon Lescaut, Paul et Virginie… DP, un romantique refoulé ? Je souris en poursuivant mon examen et tombe sur deux rangées remplies d’œuvres de Voltaire. Je lis les titres, impressionné. Bien sûr, j’y retrouve les incontournables, comme Candide, Zadig et Micromégas, mais plus de la moitié me sont parfaitement inconnus, comme Les Deux Consolés, L’Homme aux 40 écus ou Cosi-Sancta. Bref, il y a bien là une cinquantaine de livres, ce qui doit représenter tout près de l’œuvre complète de fiction de l’écrivain. Archlax est manifestement un exégète du célèbre auteur. Le littéraire en moi est tout à coup fasciné et je ne peux m’empêcher d’enlever mes gants, de prendre quelques bouquins du philosophe et de les feuilleter… Je tombe alors sur un exemplaire de L’Ingénu, édition qui comporte en quatrième de couverture un portrait de Voltaire… et je remarque qu’on lui a ajouté, à l’aide d’un crayon-feutre noir, des lunettes, une moustache et une verrue. Sans doute qu’Archlax a déniché ce livre dans une librairie d’occasion et que le visage était déjà barbouillé. Mais j’imagine mal DP acheter un volume qu’on aurait ainsi outragé. Pour en avoir le cœur net, je me mets à la recherche d’autres titres affichant la gueule de Voltaire et en trouve six. Trois des portraits sont intacts, mais les trois autres ont aussi été défigurés.
    C’est donc Archlax qui se serait adonné à ces gamineries ? Pourquoi ridiculiser un auteur que, manifestement, il admire tant ? C’est comme si Stephen Harper gribouillait un gros nez et des dents de lapin sur les photos de la Reine d’Angleterre. À moins qu’Archlax ait acheté tous ces livres d’un même individu qui avait comme passe-temps de ridiculiser les illustrations d’auteurs… On frappe à la porte d’entrée et je sursaute tellement que j’en échappe presque les bouquins. Je fixe la porte, le cœur battant à tout rompre, en remerciant le ciel que les rideaux de la fenêtre avant soient fermés. En vitesse, je replace les livres dans la bibliothèque et me sauve vers l’arrière, mais m’arrête en réalisant que j’ai oublié mes gants. »  Pages 249 et 250
  • « Je fouille dans les tiroirs, convaincus de trouver des magazines pornos. Mais non, que des vêtements. Ça alors, ce type n’a donc vraiment aucun vice ? Même chose dans son armoire : fringues et piles de revues littéraires ou scientifiques. »  Page 252
  • « Je me dirige ensuite vers le bureau, qui ressemble beaucoup à celui du cégep. Dans une petite bibliothèque s’alignent des livres scolaires et pédagogiques desquels je me désintéresse aussi rapidement que s’il s’agissait de l’autobiographie du Prince William. »  Page 253
  • « Finalement, terminons le portrait de ce personnage digne d’habiter l’île du docteur Moreau par les cheveux, rares, rassemblés en quelques touffes disparates qui poussent inégalement et anarchiquement sur cette tête qui a la couleur et, à mon avis, la consistance du granit. »  Page 256
  • « Outre la photo, il y a l’adresse de Clarsain ainsi que ses relevés de notes des deux sessions précédentes. Visiblement, l’adolescent est brillant et, à l’exception d’une ou deux matières, n’a aucune note au-dessous de 90. Ensuite, dans le dernier tiers de la page, des indications à la main ont été ajoutées :
    Lieux à envisager :
    a- chez ses parents, où il habite : presque tous les soirs, mais parents souvent présents
    b- cégep, tous les jours : impossible, bien entendu
    c- bibliothèque municipale : une ou deux fois par semaine, mais jamais mêmes jours
    d- bar « L’ami ne deux faire » : parfois la semaine, presque tous les samedis soirs
    e- chez certains amis : souvent, sans moments fixes ou précis ; trop aléatoires
    Et le point D est entouré. Pas besoin d’avoir étudié la technique de Sherlock Holmes pour en tirer les conclusions qui s’imposent… »  Pages 257 et 258
  • « Je passe devant Le Gourmet Gourmé, le restaurant le plus huppé de la ville. À travers l’une des grandes fenêtres en façade, j’aperçois Archlax junior, seul à une table, en train de manger en lisant un livre. »  Page 264
  • « Repoussant à plus tard ce conflit cornélien, je me contente de dire :
    — Oui, c’est la seule. »  Page 273
  • « Moi, je pourrais bien lui rétorquer qu’un bon polar fait souvent réfléchir (en tout cas, c’est ce que j’ai tenté de faire un peu dans les deux que j’ai écrits, malgré ce qu’en ont pensé les critiques), mais je suis plutôt de mauvaise humeur. »  Page 283
  • « Limon entre à ce moment. Comme c’est souvent le cas, ses cheveux sont attachés en deux nattes, elle est habillée comme un gentil personnage de la comtesse de Ségur, mais un certain désordre émane d’elle. »  Page 284
  • « — Avez-vous remarqué la drôle d’ambiance ? C’est pas la première fois que ça se produit…
    — C’est vrai, approuve Picard. C’est comme si l’air avait la chair de poule…
    Zazz déclenche la sirène de son hilarité, en répétant la formule de Picard entre deux éclats de rire. Durencroix renchérit :
    — Et ça arrive toujours pendant la lecture de l’extrait… Bizarre, non ?
    — Je pense que c’est parce qu’on est tellement passionnés de littérature que lorsqu’on écoute un passage de livre, on entre dans une sorte de transe ! explique l’enseignante de mathématiques. »  Page 289
  • « — Sade, ça me dit quelque chose… marmonne Hamelin. C’est pas lui qui a écrit Huis clos ? »  Page 294
  • « — Comme vous vous entraîniez, vous deviez trop bouger pour vous en rendre compte ! raisonne Poichaux.
    — Quand même, un tremblement de terre, on l’aurait senti, aussi léger soit-il, fait le professeur. Vous êtes sûrs que vous lisiez des livres, dans votre réunion ? que vous en fumiez pas du bon ? »  Page 298
  • « En sortant du cégep, tous les membres du club de lecture se saluent, puis Marie-Josée Hamelin monte dans sa voiture, met le moteur en marche et démarre. »  Page 307
  • « — Je ferais tout pour venger mon père.
    Oh, la-la ! Elle ne gagnera pas un prix littéraire avec ce genre de réplique, c’est certain. »  Page 319
  • « Son air grave et sérieux cède enfin la place à un sourire. Une crise cardiaque terrassant soudainement un voisin d’avion qui me parle tandis que je lis un bouquin ne me procurerait pas plus agréable soulagement. »  Page 320
  • « — Dans le cahier d’examen, il y a l’extrait littéraire que vous devez analyser, l’énoncé de la dissertation, puis une dizaine de feuilles vierges pour la rédaction du plan, du brouillon et du travail final. C’est clair ? Bonne chance à tous. »  Page 332
  • « — Le texte qu’il faut analyser, il est vraiment plate !
    Je jette un œil : c’est un extrait de Bonheur d’occasion. Je soupire intérieurement. Si des extraterrestres recensaient les livres obligatoires lus au cégep, ils en viendraient à la conclusion que Gabrielle Roy est la seule écrivaine québécoise. »  Page 334
  • « — Moi, je vous lirai de la poésie tous les soirs avant que vous vous couchiez ! »  Page 335
  • « Un cri s’élève, puis un deuxième : des jeunes découvrent enfin le manège de Mortafer, ce qui, allez savoir pourquoi, leur fait instantanément oublier Gabrielle Roy. Rachel tente de les calmer, mais en vain, et si une grande majorité d’élèves n’avaient encore rien vu, Valaire remédie à la situation en vociférant :
    — Rémi, câlice ! es-tu viré fou ?
    Mortafer bat des paupières et reluque avec ahurissement son sexe comme si ce n’était pas le sien. Pourtant, il ne s’arrête pas, il se branle de plus belle, même si, visiblement, il trouve ses agissements abominables. »  Pages 336 et 337
  • « Je suis interrompu par une bière qu’on dépose énergiquement devant moi. Incrédule, je dévisage ma consommation un long moment, puis la frôle du bout des doigts, tel Lazare touchant les plaies du Christ. »  Page340
  • « — Moi aussi, il m’a fallu l’histoire avec Kristin pour que je comprenne… Mais maintenant, il ne faut plus lire d’extraits de roman dans ce local, c’est trop dangereux. »  Pages 340 et 341
  • « — C’était pendant un cours de philosophie… Le prof a allumé un feu en plein cours, en brûlant toutes les feuilles et les livres. Les élèves ont pu déguerpir sans problème avant que les flammes ne prennent vraiment, mais le temps que les autorités interviennent, le local y passait. L’enseignant en question a été licencié, il était carrément devenu pyromane.
    — Pourquoi il a mis le feu ? Qu’est-ce qu’il enseignait au moment de l’incendie, tu le sais ?
     — Les étudiants présents en ont évidemment beaucoup parlé dans les semaines qui ont suivi. Il semble que le prof expliquait le courant philosophique du XVIIIe siècle et qu’il lisait à sa classe un extrait d’un bouquin dans lequel on organisait un autodafé. Ce hasard avait vraiment impressionné tout le monde…
    Il me regarde, misérable, serrant son verre avec force.
    — Et là, il nous arrive la même chose ?
    — Sauf que pour nous, ça prend un certain temps avant que l’extrait contamine le lecteur, ça se fait graduellement. Alors qu’avec ce prof de philo, c’est arrivé instantanément, j’ignore pourquoi… (Je réfléchis un moment.) Tu sais qui était l’auteur du passage qu’il lisait ?
     — Je ne me souviens pas. Un philosophe du XVIIIe siècle, sans doute, puisque c’est ce qu’il enseignait…
    — Voltaire ?
    — Peut-être… Pourquoi ?
    Je ne réponds pas, totalement dépassé. Mortafer, après avoir bu une bonne gorgée et s’être lissé les cheveux en soupirant derechef, ajoute :
    — Je sais aussi qu’il s’est produit quelque chose d’autre dans ce local, un prof de français qui a violé une étudiante en plein cours…
    — Quoi ? Mais… Est-ce qu’il lisait un extrait de livre à sa classe ?
    — Je sais pas, ça fait presque vingt ans, je n’étais pas encore à Malphas…
    — Fuck, Rémi ! Tu étais au courant de tout ça et tu nous as laissés tenir un club de lecture dans cette pièce ? »  Pages 341 et 342
  • « — Mais, merde ! elle va quand même pas bouffer des bouquins jusqu’à la fin de ses jours !
    Ça alors, c’est vraiment le festival des phrases ubuesques, cet après-midi! »  Page 343
  • « Ce qu’elle n’a pas dit à Archlax, c’est la pensée qui lui avait traversé l’esprit quelques secondes avant son comportement irrationnel : elle avait observé les cahiers qui s’empilaient devant elle, puis avait songé, tout simplement, qu’elle devait les manger… jusqu’à en crever. »  Page 344
  • « Elle s’arrête devant sa pièce préférée, celle qu’elle se promet d’acheter depuis longtemps : le livre en verre, hommage à Nelligan. »  Page 344
  • « Elle tourne l’une des trois pages sur lesquelles sont gravés en jaune quelques vers du célèbre poète. Quel travail de précision, quel bon goût… Des pages de verre pour symboliser la fragilité de Nelligan… Des pages si belles… »  Page 344
  • « Pendant ce temps, la vendeuse, tout en lisant sa revue, se demande si madame Kristin va enfin se décider et acheter ce satané bouquin de verre sur lequel elle salive depuis un an. »  Pages 344 et 345
  • « La vendeuse croit pendant une seconde qu’elle s’est blessée, mais comprend son erreur en voyant sa cliente porter le livre de verre à ses lèvres et mordre à pleines dents dans la première page déjà à moitié cassée. »  Page 346
  • « Elle avale alors tout le verre qu’elle a mastiqué puis entame la seconde page. »  Page 347
  • « La vendeuse réussit enfin à lui saisir un bras et tente désespérément de lui soutirer le livre. »  Page 347
  • « Chapitre vingt
    Je pense qu’il faut dissoudre le club de lecture »  Page 349
  • « Et dire que Mortafer se figurait que jamais notre collègue n’arriverait à mourir en mangeant un livre… »  Page 350
  • « — Pis comme vous êtes tous les trois dans le club de lecture, que Rémi en faisait partie aussi… ainsi que Mireille Kristin, je pense, non ? »  Page 353
  • « — Tu sais que Mireille est morte en bouffant un livre en verre, non ? »  Page 355
  • « — Je pense qu’il faut dissoudre le club de lecture. »  Page 355
  • « — Mais c’est sûrement juste des hasards ! proteste-t-il en recommençant à déambuler, agacé. Tenez ! Marie-Josée Hamelin ! Elle aussi a lu un extrait de livre et rien ne s’est produit ! »  Page 356
  • « — Pour moi, il n’est pas question que nous sabordions le club de lecture. »  Page 356
  • « Bon Dieu, c’est pire que de la poésie surréaliste !  Mais puisqu’elle est en transe, aussi bien essayer d’en profiter. Je me penche vers elle :
    — Zoé, parle-moi du local 1814…
    — Il ne faut pas lire les livres… Pas dans cet endroit… »  Page 258
  • « Et, franchement, l’histoire de cet autobus m’intéresse autant que la biographie de Justin Bieber. »  Page 259

5 étoiles, M

Morlante

Morlante de Stéphane Dompierre

Éditions Numéro de série, 2016, 148 pages

Roman écrit par Stéphane Dompierre et publié initialement en 2009.

En cette année de 1701, les mers du sud sont le champ de bataille par excellence entre les navires de pirates et ceux des flottes française et britannique. Le Capitaine Johnson a écrit plusieurs romans mettant en scène ces confrontations sanglantes. Il excelle dans la création de romans de piraterie et ils sont très populaires. Mais qui se cache derrière ce pseudonyme ? Les lecteurs seraient bien surpris d’apprendre qu’il s’agit de nul autre que du pirate sanguinaire Morlante. Il est engagé par les anglais pour défendre les navires contre les attaques des armées ennemies ou des pirates. Une brute invincible qui tue rapidement avec ses deux machettes qu’il porte toujours sur lui. Entre deux combats pour passer le temps, Morlante s’enferme dans une cabine, seul, pour écrire ses textes qui sont inspirés par sa propre vie et celles des marins de son entourage.

Une excellente satire d’un roman de pirates. L’histoire de ce récit n’est qu’un prétexte pour plonger le lecteur dans la cruauté du quotidien des pirates : du sang, des gorges tranchées, du sexe, des bateaux qui coulent. Ce roman nous plonge aussi dans un texte qui ne se prend pas au sérieux et qui est très drôle si le lecteur sait apprécier une lecture au deuxième degré. À notre grand plaisir, l’auteur a inséré des références modernes dans le texte, ces anachronismes ajoutent du piquant à la lecture et prouvent qu’il vaut mieux lire cette œuvre avec une grande ouverture d’esprit. Aucun des personnages n’est réaliste, ils sont tous des caricatures et sont loin d’être intelligent. Ils sont tout de même très attachants et intéressants surtout les personnages de Morlante et de Lolly Pop. Le style de Dompierre est percutant, acide mais aussi rempli d’humour noir. Morlante est tout simplement un vent de fraîcheur. Un petit roman qui se lit rapidement et qui est très distrayant.

La note : 5 étoiles

Lecture terminée le 4 novembre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Je ne suis qu’un modeste auteur qui recherche des lieux tranquilles où écrire ses petites histoires de pirates. »  Page 18
  • « À la lueur d’une ou deux bougies, penché sur une table de travail, je remplis des calepins de mon écriture soignée. Le silence et la solitude sont propices à l’invention de ces fables que certains beaux parleurs feront ensuite passer pour véridiques. Ils se les approprieront, les raconteront de mémoire dans les auberges, en se donnant le rôle de l’homme courageux qui a affronté le danger en le regardant droit dans les yeux. Mais ces homme-là sont rares, dans la vie comme dans mes livres. Je dirais même qu’il aura fallu les inventer sur papier pour qu’on en vienne à s’en inspirer dans la vraie vie.
    S’ils existaient ailleurs que dans la littérature, ces héros ont sans doute autre chose à faire que d’étourdir la clientèle des auberges en souhaitant qu’on leur paie à boire. C’est charlatan m’amusent plus qu’ils ne m’énervent; après tout, ça prouve que mes petites histoires réussissent parfois à échauffer les esprits. Procurez-moi les calepins que je préfère, de l’encre, du thé vert brûlant, et je vous offre mes services. »  Pages 18 et 19
  • « Ce n’est pas pour ma plume vive ni pour ma calligraphie impeccable qu’on m’invite à bord. »  Page 19
  • « Quand un navire ennemi passe à l’abordage, que les combats éclatent sur le pont, que ça crie et que ça se tape dessus, je range plume et calepin dans ma veste de cuir noir, je me déplie en m’étirant le dos, souvent après de longues heures passées sans bouger, penché sur mes écrits, et je respire de grandes bouffées d’air pour me secouer un peu. »  Page 19
  • « On ne marque pas son époque en écrivant des livres, mais en tranchant des gorges. »  Page 20
  • « Couvert de sang, l’écrivain aux machettes émerge d’un tas de corps lourds et inanimés. »  Page 23
  • « Il sort son calepin, de l’encre, sa plume, et prend quelques notes en sifflotant.
    C’est comme ça, l’inspiration, ça frappe à tout moment. Inutile de lutter. »  Page 23
  • « Il lui vient tout de même l’envie d’intégrer l’anecdote dans son prochain roman. »  Page 29
  • « Morlante, satisfait de la distance qui le sépare de la flotte de Marshall, se risque à allumer quelques bougies et replonge dans son écriture, sans plus s’occuper des deux rameurs. »  Page 30
  • « Je ne vivais plus la moindre aventure sans me demander dans l’instant comment j’allais la transformer, la transposer dans ma fiction, devenue pour moi plus réelle que la vraie vie. J’interrompais une conversations pour prendre des notes, je devenais écrivain, mes conversations perdaient toute cohérence, les discussions n’avaient plus d’intérêt pour moi; pourquoi perdre mon temps à raconter quoi que ce soit, avec des mots approximatifs, alors que je pouvais m’exprimer plus clairement par écrit, en prenant mon temps, en choisissant le bon ton, en n’étant interrompu par personne ?
    J’ai vite trouvé un éditeur pour publier mes histoires de pirates, de corsaires et de flibustiers. L’entente est simple, et elle n’a pas changé depuis quinze ans : je lui envoie des manuscrits signés du nom de « capitaine Charles Johnson » et lui accumule l’argent de mes droits d’auteur dans une banque en Angleterre. »  Page 32
  • « Plus vieux, je m’achèterai peut-être un modeste bateau pour y finir mes jours, mystérieux écrivain arthritique à la dérive, confiant mes manuscrits terminés à un messager ou l’autre, en souhaitant qu’ils arrivent à bon port. J’ai la chance qu’on n’ait pas découvert encore qui est ce capitaine Johnson. On se doute qu’il s’agit d’un pseudonyme, mais je maquille assez les histoires pour qu’on ne sache pas qu’elles viennent de moi.
    Je ne tiens d’ailleurs qu’un tout petit rôle dans mes romans, rien que de brèves apparitions; la légende de Morlante se transmet beaucoup plus de bouche à oreille que par écrit. »  Page 32
  • « Sur papier, le compte rendu de mes massacres semble exagéré, voire comique. Les gens qui savent lire, pour la plupart des bourgeois qui quittent rarement le confort de leur maison, n’y croient pas un instant. Mais, racontés par un barbu obèse et ivrogne, la nuit, près d’un feu, alors que les ténèbres environnantes sont peuplées de bruits inconnus, les récits de ce tueur sanguinaire vêtu de cuit noir clouent les gens à leur natte, et bien courageux ceux qui osent quitter le cercle lumineux pour aller uriner leur bière plus loin dans les bois. »  Page 33
  • Plusieurs citations dans le chapitre 8
  • « Il ne peut pas concevoir que l’écrivain aux machettes ait eu le temps de le voler alors qu’il était dans le fond de la cale de la Gina, avec pour seule issue une porte verrouillée de l’extérieur. »  Page 39
  • « Le paradoxe de l’écrivain vient du fait qu’il a besoin de solitude pour écrire, mais aussi de la présence des autres pour trouver de quoi raconter. »  Page 41
  • « Marshall, privé de son écrivain aux machettes, ne voit pas d’autre issue : il fait un signe à Gibson, qui s’empresse de faire hisser le pavillon blanc
    Marshall n’en pleut plus de toute cette malchance qui s’abat sur lui et, pour évacuer un peu de cette rage qui le tenaille, il empoigne la première chose qui se trouve à portée de main, un mousse qui passait par là au mauvais moment, et lui fracasse le crâne contre le mât d’artimon jusqu’à ce qu’il n’en reste rien de reconnaissable, en hurlant des insanités qui offenseraient même le grand Belzébuth. »  Page 46
  • « Morlante s’est largement inspiré d’elle pour créer le personnage de Myrtille, la pirate aux mille souliers, dans ses romans Confessions d’une accro du pillage et L’accro du pillage à l’ile de la Tortue, deux de ses livres les plus populaires. »  Page 49
  • « Cette rude vie en mer réveille lentement l’animal en lui, bien que ce ne soit encore qu’une petite bestiole, un écureuil, disons, un furet, peut-être, une loutre au mieux. Il a de moins en moins envie de retourner à ses registres de comptabilité et de plus en plus envie de se battre. »  Page 60
  • « Morlante aimerait prendre des notes pour son prochain roman, mais ces grands monstres le tiennent occupé; il doit parfois s’y prendre à six fois à coup de machettes dans un ventre pour enfin en voir jaillir des entrailles. »  Page 61
  • « – Bof, vous savez, la guerre, c’est comme l’écriture : on grappille quelques idées ici et là, on retravaille, on invente un peu et hop ! L’important, c’est de prendre plaisir à ce qu’on fait. »  Page 64
  • « – Bah. Ils m’ont plumé aux cartes hier, en trichant. Ça leur apprendra. Le crime ne paie pas.
    – C’est bien vrai. S’il fallait retenir une leçon de tout cela, un enseignement à transmettre aux générations futures, en l’immortalisant dans un roman, par exemple, voilà bien ce qu’on pourrait dire : le crime ne paie pas. »  Page 64
  • « Morlante pose sa tasse, sort son calepin, trempe sa plume dans une gorge de pirate fraîchement tranchée où éclatent encore quelques petites bulles, et inscrit, sur une page blanche, pour être certain de ne pas l’oublier : « Le crime ne paie pas. » Voilà la beauté, mais aussi le grand drame de l’écrivain : même avec des machettes aux poings, même en admirant des navires en flammes, même en dégustant un thé vert à petites gorgées, il est toujours au travail. »  Page 65
  • « Elle fut l’inspiration de nombre de mes romans. Je couchai parfois sur papier presque mot à mot les histoires qu’on me racontait à son sujet, retrouvant chaque fois la même lueur admirative dans les yeux des conteurs, à croire qu’il n’y a rien de plus magique que de voir ses compagnons se faire abattre par Lolly Pop. »  Page 71
  • « Myrtille la pirate, Mona Boom, Big Bad Bloody Bosom, tous des personnages de mes romans qui sont nés à la suite des récits de cette dame impitoyablement belle.
    Elle m’a aussi servi de personnage secondaire, sous son vrai nom cette fois, dans quelques histoires plus véridiques, où ce qu’on racontait me semblait plus crédible et était confirmé par plus d’un témoin. »  Page 71
  • « Je tournais en rond dans ma cabine, nerveux, empoignant mon calepin, prêt à lui rendre visite, le reposant sur la table dans un découragement soudain, le cœur battant la chamade, les mains tremblotantes. Si l’homme en moi était intimidé par cette guerrière, il fallait que l’écrivain se lève et l’affronte. »  Page 72
  • « Je décidais de passer outre mes principes, pour le bien de mes romans, et je demandai qu’on m’apporte du rhum. »  Page 72
  • « Mais, en face de cette dame, il se rend bien compte que sa force n’est pas dans la conversation mais plutôt dans l’action ou, mieux, le repli dans ses petits calepins rassurants. »  Page 76
  • « – Je… J’aimerais vous poser quelques questions.
    Il sort sa plume. Son encre et son calepin.
    – Ah non ! Pas un écrivain ! Je déteste les écrivains ! Vous avez lu l’autre taré, là, le capitaine Johnson ? Ce gros con s’est approprié tous mes exploits pour les attribuer à ses personnages fictifs ! On accuse les pirates d’être des pilleurs, ce n’est rien comparé aux écrivains ! Des sauvages !
    – Euh, je ne connais pas ce monsieur Johnson. Je ne fais que tenir un modeste journal… »  Page 76
  • « Marshall a un plaisir fou à exterminer du Français; il se rend compte qu’il avait trop souvent laissé Morlante faire tout le bulot, l’observant de loin en buvant du café, en grignotant des biscuits, prenant du ventre alors que sa réputation de capitaine sanguinaire faiblissait, occultée par les exploits de l’écrivain psychopathe qu’il avait pris à son bord. »  Page 80
  • « Marshall réfléchit à la situation. Incapable de déterminer si l’arrivée de l’écrivain est une bonne ou une mauvaise nouvelle, il profite de la confusion générale pour couper l’ancrage, dans l’espoir que le vent les fera dériver jusqu’à la côte sans qu’on remarque trop vite leur disparition. »  Page 90
  • « Morlante refait son bandage pendant que Lolly Pop parcourt la collection de livres. Elle en sort un de la bibliothèque et s’installe sans un fauteuil pour lire, les deux pieds posés sur la table. Morlante se penche pour en voir le titre. Pavillon rose et longues bottes noires. Il sourit, flatté qu’elle lise un de ses romans, jusqu’à ce qu’elle lance :
    « Il sait vraiment pas de quoi il parle, ce con ! Sûrement un gros bourge qui n’est jamais monté à bord d’un bateau! Et pourquoi il se sert toujours de mes histoires pour les attribuer à ses personnages ? C’est un voleur, un plagiaire et un mal baisé ! » »  Page 107
  • « Lolly Pop hausse les épaules.
    « Au pis aller, je lui fais la peau. »
    Rassuré de voir son détachement, Morlante sort sa plume et ses calepins pour écrire quelques pages en attendant le retour de l’équipage. Lolly Pop replonge dans sa lecture. »  Page 108
  • « Morlante n’a rien écrit de bon dans son calpin. Il a bien griffonné quelques phrases, mais ce ne sont que des banalités qui ne méritent pas qu’on s’y attarde. Incapable de faire avancer son prochain roman, il s’est donc mis en tête de décrire dans ses pages la beauté sauvage de Lolly Pop. Et il se sent bien piètre écrivain. »  Page 115
  • « En ce moment, plus que tout au monde, il a envie de fourrer son nez dans le cou de Lolly Pop et il sait qu’elle le sait. Mais, inébranlable, elle se contente de lui balancer un regard troublant avec un sourire en coin de temps en temps, quand elle lève les yeux de son livre.
    Et puis elle replonge aussitôt dans sa lecture, concentrée, tournant et retournant une mèche de ses cheveux entre ses doigts. Il y a mille questions qu’il aimerait lui poser, pour le bien de ses romans autant que par curiosité personnelle : il aimerait aussi savoir si elle a faim, ou soif, ou froid, ou chaud, mais il a la gorge sèche, il manque de salive et il ignore ce qu’elle eut bien penser de lui.
    Il ne comprend pas ce qui lui arrive et il espère que les sentiments troubles que cette femme fait naître en lui n’iront pas jusqu’à lui inspirer des poèmes. »  Page 116
  • « Morlante range son calepin, content d’avoir enfin de quoi se changer les idées. Lolly Pop referme son livre en prenant soin de corner la page où elle s’est arrêtée, captivée malgré elle par ces histories de femme pirate. »  Page 119
  • « La moitié supérieure de la tête arrachée par une décharge de six pistolets tirés à peu près en même temps : ainsi se termine la très courte carrière de Piratos, qui aura duré à peu près deux heures et demie, sans autres exploits notables que d’avoir tourné en rond tout ce temps dans un tonneau, puis d’avoir commis l’erreur de parler avant de tirer.
    Il y a fort à parier qu’il ne figurera pas dans les livres d’histoire. »  Page 124
  • « Morlante envoie un petit sourire complice à Vox et lui fait signe de continuer de ramer. Il admire sa nouvelle bague, un souvenir d’une grande valeur sentimentale qu’il chérira le reste de ses jours, puis sort encre, plume et calepin pour se remettre à écrire. Les premières lignes d’un tout nouveau roman. Cette fois, pour changer, il aurait envie d’une histoire qui se termine bien. »  Page 148
4,5 étoiles, H, M

Hercule Poirot – Le Meurtre de Roger Ackroyd

Hercule Poirot – Le Meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie

Éditions Hachette (Agatha Christie), 2004, 333 pages

Roman de la série « Hercule Poirot » écrit par Agatha Christie et publié initialement en 1926 sous le titre anglais « The Murder of Roger Ackroyd ».

Dans le petit village paisible de King’s Abbot, trois décès ont eu lieu en peu de temps. Il y a eu monsieur et madame Ferrars à quelques mois d’intervalle et maintenant Roger Ackroyd. Les ragots vont bon train. On dit que Mme Ferrars aurait assassiné son mari pour vivre son amour avec Roger Ackroyd et prise de remord se serait suicidée. Mais qui a tué Roger Ackroyd que l’on a retrouvé poignardé dans son bureau fermé à clé ? Heureusement pour la famille Ackroyd et la petite communauté, Hercule Poirot réside maintenant dans le village. Flora, la nièce de la victime, lui demande d’enquêter pour blanchir son amoureux, Ralph Paton le fils adoptif d’Ackroyd, de tout soupçon. Bien qu’il soit à la retraite, il décide de s’occuper de l’affaire. En l’absence d’Hasting pour le seconder, il va s’allier les services de son voisin le Dr Sheppard qui est le médecin du village et un ami d’Ackroyd. Il devient par le fait même le confident et l’allié de Poirot dans l’enquête. Sa sœur Caroline s’amuse quant à elle à tenir au courant le détective de toutes les rumeurs du village.

Un excellent roman policier de style « énigme en chambre close ». Agatha Christie a su créer, avec cette enquête, une histoire passionnante et captivante. L’intrigue est complexe, comme il se doit d’une énigme de chambre close, mais elle est très bien présentée et surtout bien ficelée. Le déroulement de l’enquête est somme toute classique, mais tout de même très agréable à découvrir. La révélation de l’identité du coupable et du subterfuge utilisé par ce dernier est assez surprenante. De plus, ce roman permet au lecteur une immersion dans les us et coutumes britanniques du début du XXème siècle. La plume d’Agatha Christie est toujours aussi efficace et très élégante. Dans ses textes et surtout dans celui-ci, il n’y a pas de place pour la vulgarité, les règles de la bienséance sont respectées même s’il y a eu meurtres. Les personnages aussi sont fort intéressants et très réalistes. Ils sont tous différents les uns des autres. L’auteur nous permet de découvrir leur personnalité ainsi que les soupçons qui planent sur eux dans l’enquête de Poirot. Les personnages du Dr Sheppard et de sa sœur Caroline sont divertissants grâce à l’humour qu’ils apportent avec leurs interactions et leurs dialogues. Ce roman de la Reine du crime est une très bonne lecture malgré quelques longueurs. Un classique à lire absolument.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 29 octobre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Kipling nous dit que la devise de la gente mangouste pourrait se résumer en cette courte phrase : « Pars et va à la découverte! »
    Si jamais Caroline veut se faire faire des armes parlantes, je lui conseillerai d’adopter l’effigie d’une mangouste. »  Page 16
  • « Elle changea même de sujet et me demanda s’il était exact que certains poisons trompassent les recherches.
    « Ah! répondis-je, vous avez lu des histoires de détectives! »
    Elle avoua en avoir lu.
    « Dans toute histoire de détective, dis-je, il y a généralement un poison rare, qui vient, si possible, de l’Amérique du Sud et dont personne n’a jamais entendu parler. La mort est instantanée et la science est impuissante à comprendre.
    – Existe-t-il vraiment des poisons de cette sorte ?
    Je secouai la tête…
    « Je crois que non, sauf le curare. » »  Pages 28 et 29
  • « Je n’avais jamais cru Miss Russell capable de s’intéresser à des histoires de détectives.
    Je l’évoquai, avec amusement, sortant de sa chambre pour tancer une servante indocile, puis y retournant vivement pour se plonger dans Le Mystère de la septième mort, ou toute autre œuvre de ce genre! »  Page 29
  • « « Pourquoi avez-vous remarqué Ralph Paton ? Parce qu’il est beau ?
    – Pas seulement à cause de cela, encore qu’il ait un physique particulièrement agréable pour un Anglais; en style de roman, il serait qualifié de dieu grec. Non, il y avait, dans l’attitude du jeune homme, quelque chose que je ne comprenais pas. » »  Page 39
  • « Flora me rejoignit près de la vitrine et exprima des doutes sur l’authenticité du soulier du roi Charles.
    « D’ailleurs, continua-t-elle, il me semble ridicule de s’extasier parce qu’une personne a porté ou employé un objet. La plume avec laquelle George Eliot a écrit Le Moulin sur la Floss, par exemple, n’est, après tout, qu’une plume. Si vous admirez Eliot, mieux vaut acheter son livre et le lire.
    – Je suppose, Miss Flora, que vus ne lisez rien d’aussi démodé ?
    – Vous avez tort, docteur, j’adore Le Moulin sur la Floss. »
    Je fus charmé de l’apprendre, car les livres que lisent les jeunes filles, de nos jours, m’épouvantent positivement. »  Page 48
  • « Le cabinet était une pièce très confortable. Un des côtés était garni de rayons supportant des livres, les chaises étaient recouvertes de cuir bleu et, près de la fenêtre, se trouvait un grand bureau chargé de papiers classés avec soin. »  Pages 52 et 53
  • « Je ne vois pas pourquoi il me supposait absolument dénué de perspicacité; je lis des romans policiers, je lis des journaux et je suis un homme assez cultivé. »  Page 84
  • « « Comment! Mais c’est Hercule Poirot, le détective. On dit qu’il a fait les choses les plus merveilleuses, tout comme les policiers des romans. »  Page 90
  • « « Vous rappelez-vous l’homme qui vendit son âme au diable, en échange de la jeunesse ? On en a fait un opéra.
    – Faust ?
    – Oui. Histoire merveilleuse. Beaucoup d’entre nous agiraient ainsi s’ils le pouvaient. »  Page 123
  • « Je me rappelle Mélisande, continua Blunt, elle avait épousé un homme assez âgé pour être son père. »  Page 127
  • « – Et il lui a sans doute donné une émeraude grosse comme un œuf de pigeon? demandais-je ironiquement.
    – Il ne m’en a rien dit… Pourquoi ?
    – Pour rien; je croyais que c’était classique ! Dans tous les romans policiers, l’incomparable détective reçoit des joyaux de la main de ses clients princiers, éperdus de gratitude. »  Page 157
  • « – Tu sembles avoir inventé un conte de fées; tu lis trop de romans, je te l’ai toujours dit. »  Page 159
  • « – C’est cela, l’impasse qui ne conduit nulle part. Il peut en être de même de ces empreintes, elles peuvent ne vous mener à rien.
    – Je ne vois pas bien comment ce serait possible, dit l’officier de police; je suppose que vous croyez qu’elles sont falsifiées ? J’ai lu des histoires de ce genre, mais je n’ai jamais rein constaté de semblable. D’ailleurs, qu’elles soient vraies ou fausses, nous aboutirons toujours à quelque conclusion. »  Page 165
  • « – Nous devons en remercier la Providence, déclara Mme Ackroyd. Je crois fermement en la Providence, dont nous ressentons l’action bienfaisante jusqu’aux extrémités de notre être, comme dit Shakespeare. »  Page 170
  • « – Mais vous pouviez ne pas me dire la vérité ou bien votre montre pouvait être dérangée. Seulement Parker certifie également que nous avez quitté la maison à neuf heures moins dix; nous acceptons donc cette affirmation et nous passons. À neuf heures vous vous heurtez à un homme à la grille du parc. Ici nous arrivons à ce que nous appellerons le « roman du mystérieux étranger »; qu’est-ce qui me prouve que c’est exact ? »  Page 178
  • « Jusqu’au lundi soir, mon récit aurait donc pu être celui de Poirot lui-même. J’étais le Watson de ce Sherlock Holmes, mais ensuite nos voies divergèrent. »  Page 185
  • « – C’est donc bien vous ?
    – Oui… je… il y avait là un ou deux objets intéressants. Je venais de lire une étude à ce sujet, accompagnée de la photographie d’un bibelot qui avait été payé très cher par Christy et qui me paraissait semblable à l’un de ceux que contenait la vitrine. J’eux l’idée de l’emporter la première fois que je me rendrais à Londres et… de… le faire estimer. Voyez quelle agréable surprise c’eût été pour Roger s’il avait eu une grande valeur ? »  Pages 193 et 194
  • « – Voyons, protestai-je doucement vous ne croyez pas possible qu’une jeune fille comme Flora Ackroyd ait été capable de poignarder son oncle de sang-froid ?
    – Je n’en sais rien, répondit Miss Gannett. Je viens de lire un livre sur les bas-fonds de Paris où l’on dit que les pires criminels sont souvent des jeunes filles au visage angélique. »  Page 214
  • « Elle avait eu ce matin-là des nouvelles de quelqu’un qui s’adonnait aux stupéfiants, elle avait lu l’article et elle était venue vous trouver pour vous poser quelques questions tendancieuses. Elle a parlé de cocaïne parce que l’article en question traitait surtout de la cocaïne. Puis lorsque vous avez paru trop vous intéresser à cette question, elle a vite fait dévier le sujet vers les histoires de détective et de posons qui ne laissent aucune trace. »  Page 270
  • « – Il y a des moments où j’ai le grand désir de voir revenir mon ami Hastings, l’ami dont je vous ai parlé et qui réside maintenant en Argentine. Chaque fois que j’avais un cas sérieux il était auprès de moi et il m’a aidé, oui, il m’a aidé souvent. Il avait le don de découvrir la vérité, sans s’en rendre compte lui-même, bien entendu. Il faisait parfois une flexion saugrenue… qui m’apportait une révélation. Puis il avait l’habitude de rédiger un comte rendu écrit des affaires intéressantes. »  Page 294
  • « – Eh bien, j’ai lu quelques-uns des récits du capitaine Hastings et j’ai voulu l’imiter. Il me semblait dommage de ne pas le faire. Occasion unique… probablement la seule fois où je serai mêlé à une affaire de ce genre. »  Page 294
  • « Encore un peu inquiet toutefois, j’ouvris un tiroir de mon bureau et j’y pris une pile de feuilles manuscrites que je lui tendis. En vue d’une publication possible, j’avais divisé mon récit en chapitres et, le soir précédent, j’avais narré la visite de Miss Russell. Poirot était donc en possession de vingt chapitres. »  Page 295
  • « J’appris que Poirot et ma sœur avaient diné ensemble à sept heures et demie et que le détective s’était rendu dans mon atelier pour y terminer la lecture de mon manuscrit. »  Page 295
  • « Poirot était assis près de la fenêtre et le manuscrit était empilé avec soin sur une chaise à côté de lui. Il posa la main dessus et s’écria :
    « Je vous félicite de votre modestie.
    – Oh ! répondis-je un peu étonné.
    – Et… de votre discrétion », ajouta-t-il.
    Je répétai : « Oh !
    – Hastings n’écrivait pas de cette façon, continua mon ami; à toutes les pages, on retrouvait le mot Je et un exposé de ses pensées et de ses actions; tandis que vous, vous êtes resté à l’arrière-plan et vous ne vous êtes guère mis en scène qu’une ou deux fois dans des tableaux de votre vies domestique, dirions-nous. » »  Page 296
  • « C’est un compte rendu très prévis et très détaillé. Vous avez rapporté tous les faits fidèlement et exactement, bien que vous vous soyez montré trop modeste en ce qui concerne la part que vous y avez prise. »  Page 296
  • « – Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai fait allusion aux réticences de votre manuscrit ? me dit Poirot. Il est parfaitement sincère dans l’exposé des faits qu’il raconte… mais il ne raconte pas tout, n’est-ce pas, mon ami ? »  Page 311
  • « Mais souvenez-vous que, juste devant la fenêtre, se trouvait une table chargée de livres et de journaux. »  Pages 318 et 319
  • « Le Capitaine Ralph Paton doit être disculpé, cela va sans dire, et je vous propose de terminer votre intéressant manuscrit… en renonçant à vos réticences. »  Pages 328 et 329
  • « Étrange fin du récit que je voulais publier quelque jour pour décrire un échec de Poirot. »  Page 331
  • « Je suis assez satisfait de moi comme écrivain. »  Page 332
  • « Lorsque j’aurai fini d’écrire, je mettrai le manuscrit dans une enveloppe que j’adresserai à Poirot.
    Ensuite… que choisirai-je ? Du véronal ? Il y aurait là comme une sorte de justice poétique. »  Page 334
3,5 étoiles, M

Miroirs de sang

Miroirs de sang de Dean Koontz

Éditions Pocket (Terreur), 1998, 169 pages

Roman de Dean Koontz paru initialement en 1977 sous le titre « The Vision ».

Mary Bergen a des dons de clairvoyance, elle se spécialise dans les visions de meurtres. Son pouvoir lui a déjà permis d’élucider et de prévenir plusieurs crimes. Avec l’aide de son frère et de son mari, elle collabore avec la police pour démasquer un tueur en série qui a plusieurs crimes effroyables à son actif. Cette enquête est la plus difficile de sa carrière. Pour la première fois dans ses visions elle n’arrive pas à voir le visage du meurtrier. Chaque fois qu’elle croit y parvenir, elle entend des bruissements d’ailes de chauve-souris et tout bascule dans le noir, ses nerfs sont mis à rude épreuve. Elle doit aussi apprendre à travailler avec ses propres troubles psychologiques qui remontent à son enfance. Elle aurait été agressée, violentée et traumatisée par un voisin. Pendant ce temps, l’assassin continue à sévir et à accumuler les cadavres de jeunes femmes. Ce qui est le plus stressant pour Mary c’est que le tueur semble là connaître.

Un roman policier divertissant qui entremêle le fantastique, le suspense et l’horreur. Dans cette histoire, l’auteur a basé la résolution de l’enquête sur l’utilisation des phénomènes paranormaux tel que la télékinésie, le poltergeist et bien sur la clairvoyance ce qui très intéressant. Malheureusement, bien que l’intrigue tienne la route, son dénouement est très prévisible. Il n’y a pas suffisamment de rebondissement et de suspense, pour en faire un bon thriller, il aurait fallu peaufiner l’intrigue. Les personnages bien qu’attachants manquent toutefois de profondeur pour être totalement crédibles. Le roman est bien écrit et l’action va très vite. Comme ce livre a été publié initialement en 1977, on peut affirmer qu’il a plutôt mal vieilli. Comme le lecteur n’est pas trop étonné du déroulement, ce livre est une bonne lecture de détente surtout s’il est un non-initié aux phénomènes paranormaux.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 23 mai 2017

La littérature dans ce roman:

  • « Mary gagnait bien sa vie en rédigeant des rubriques sur les phénomènes métapsychiques pour une chaîne de journaux, et avait aussi touché pas mal d’argent grâce à trois  » best-sellers  » consacrés à sa carrière. »  Page 16
  • « La maison Tudor de dix-huit pièces dans Bel Air avait une élégante majesté, à l’ombre bienvenue des arbres. Le domaine d’un hectare avait couté à Mary tout ce qu’elle avait gagné grâce à ses deux premiers best-sellers, mais elle n’avait jamais regretté cet achat. »  Page 37
  • « Bientôt, je n’aurais même pas besoin d’une tornade comme Dorothy pour me transporter à Oz, songeait-elle. »  Page 41
  • « Elle l’attendit dans le petit salon du premier, sa pièce favorite, remplie d’armes et de livres. Des fusils anciens, restaurés avec art et présentés dans des coffrets accrochés au mur. Les œuvres complètes en volumes identiquement reliés de Hemingway, Stevenson, Poe, Shaw, Fitzgerald, Dickens. Une paire de Derringers n 3 fabriqués par Colt en 1872, dans un étui doublé de soie et aux coins de bronze. Des romans de John D. MacDonald, Clavell, Bellow, Woolrich, Levin, Vidal: des ouvrages de Gay Talese, Colin Wilson, Hellman. Toland, Shirer. Et puis ailleurs, des fusils de chasse, des carabines, des revolvers, des pistolets automatiques, et encore des livres, Raymond Chandler, Dashiell Hammett, Ross MacDonald, Mary McCarthy, James M. Cain, Jessamyn West.
    Étrange, cette association de livres et d’armes, songeait Mary. Les deux passions de Max… après elle.
    Elle essaya de lire un best-seller qu’elle voulait commencer depuis des semaines, mais son esprit vagabondait. Elle reposa le livre, alla s’asseoir au bureau de Max, sortit un stylo et un bloc du tiroir, et après avoir contemplé un moment la page blanche se mit à écrire: Page 1 questions:
    Pourquoi ai-je ces visions sans les avoir recherchées?
    Pourquoi brusquement pour la première fois suis-je capable de ressentir la douleur physique des victimes de mes visions ?
    Pourquoi aucun autre clairvoyant n’a ressenti jusque-là d’impression physique au cours des visions?
    Comment le tueur dans le salon de coiffure pouvait-il savoir que je l’observais ?
    Pourquoi m’empêcher de voir le visage de ce tueur par l’intervention d’un poltergeist ?
    Qu’est-ce que tout cela signifie ?  »  Page 55
  • « Max se leva brusquement et alla s’adosser aux rayonnages chargés de livres, étudiant attentivement Mary, réfléchissant et cherchant à se faire une opinion sensée. »  Page 60
  • « A dix heures, Max monta dans la chambre. Il était allé dans la bibliothèque chercher un roman, mais revenait avec un épais volume, de toute évidence un ouvrage de documentation.
    – Je viens de parler au docteur Cauvel. dit-il.
    Mary lisait, assise dans son lit et marqua sa page avec un des rabats du couvre-livre. »  Page 61
  • « Elle voulait éviter une dispute, mais n’arrivait pas à se contrôler. L’orientation de la conversation lui faisait peur, sans qu’elle comprenne pourquoi. Quelque part en elle était enfouie une somme d’informations, de détails, qui la terrifiait sans pourtant qu’elle sache de quoi il s’agissait exactement.
    Debout, tenant son livre comme un prêtre une bible, Max lui demanda: – Veux-tu écouter ceci ? »  Page 61
  • « Elle se laissa retomber avec lassitude sur ses oreillers, tandis que Max ouvrait son livre et commençait de lire d’une voix calme mais ferme:
     » La télékinésie est la faculté de déplacer des objets ou de provoquer des modifications dans leur structure par le seul pouvoir de l’esprit. Les cas signalés comme les plus authentiques se produisent le plus souvent dans des situations de crise ou d’extrême tension. On a remarqué, par exemple, des voitures se soulever au-dessus de blessés, et des décombres au-dessus de mourants dans des immeubles en proie aux flammes ou qui s’étaient écroulés. « 
    – Je sais très bien ce qu’est la télékinésie, coupa Mary.
    Ignorant l’interruption, Max poursuivit:
     » La télékinésie est souvent confondue avec les actes de poltergeists, esprits farceurs et maléfiques. L’existence du poltergeist en tant que corps astral fait l’objet de controverses et n’a pas été prouvée. On notera que dans la plupart des maisons o˘ s’est manifesté ce phénomène, résidaient des adolescents souffrant de sérieux problèmes d’identité, ou des personnes soumises à de graves tensions nerveuses. La théorie selon laquelle les actes de poltergeist résultent en général d’une télékinésie inconsciente est digne d’intérêt.  » »  Page 62
  • « Elle rouvrit son livre à la page marquée, et, ignorant sa présence, fit semblant de lire.
    Elle aurait préféré se retrouver infirme plutôt que de se sentir éloignée de Max, même temporairement. Ils se disputaient rarement, mais elle en souffrait beaucoup à chaque fois. Les quelques heures de silence qui suivaient une querelle dont elle était généralement responsable lui paraissaient insupportables.
    Elle passa le reste de la soirée avec un livre de Colin Wilson intitulé Le monde de l’occulte, incapable de se rappeler ce qu’elle venait de lire d’une page à l’autre. De son côté, Max semblait plongé dans un roman, la pipe au coin de la bouche, apparemment à des milliers de kilomètres de là. »  Page 64
  • « Elle détourna les yeux et se replongea dans son livre. Elle n’avait pas voulu relancer la discussion mais au contraire inciter Max à parler… simplement pour entendre le son de sa voix. »  Page 64
  • « Les guides touristiques décrivaient King’s Point comme une ville  » pleine de charme « ,  » originale et pittoresque « , et pour une fois il ne s’agissait pas de publicité racoleuse. »  Page 72
  • « En dehors d’un confortable sofa et de quelques fauteuils, le salon était essentiellement meublé de livres, de revues, de disques et de tableaux. Des piles de livres étaient entassées partout, à côté du sofa, derrière, sous la table basse, et des revues récentes débordaient de rayonnages pourtant conçus pour en accueillir des centaines. Le seul mur sans livres ni disques était recouvert de peintures à l’huile, d’aquarelles et de pastels, signés par des artistes locaux. »  Page 82
  • « L’un des énormes fauteuils, plus avachi et en moins bon état que les autres, était de toute évidence le siège de prédilection de Lou, où il devait se réfugier pour lire une demi-douzaine de livres par semaine, en buvant trop et en écoutant indifféremment des opéras, du Benny Goodman ou du Bach. »  Page 82
  • « – C’est toi l’expert en occultisme, mon cher. Tu as des centaines de bouquins sur le sujet. Et puis tu connais Mary depuis bien plus longtemps que moi. C’est toi qui nous as présentés. Alors, quelle est ton opinion ? »  Page 85
  • « – J’aurais préféré que vous couchiez ici cette nuit.
    – Nous avons vu ta chambre d’amis, dit Max. Des revues, des livres, mais pas de meubles… Nous apprécions ta culture, et les dimensions de ta bibliothèque, mais dormir sur des piles de livres, vois-tu…
    – Je coucherai sur le divan du séjour, et je vous laisserai ma chambre, proposa Lou. »  Page 92
  • « Certains jours, Max l’observait en silence tandis qu’elle se brossait les cheveux et faisait quelques exercices physiques. Il avait même réussi à la faire rougir en trouvant une comparaison entre son voyeurisme et la  » lecture d’une belle poésie « .
    Mais ce matin, Max prenait sa douche, et il n’y avait personne dans leur chambre pour se délecter de la belle poésie exprimée par le corps de Mary. »  Page 96
  • « Une fois installés de nouveau dans le séjour de Lou Pasternak, au milieu des piles de livres, Max demanda: – Et que fait-on maintenant ? »  Page 117
  • « – Il va falloir que je me décide à ranger le placard de cette pièce un de ces jours, remarqua Lou. La planche du oui-ja était littéralement enfouie sous des tas de cochonneries.
    – Littéralement ? plaisanta Max.
    – Littéralement c’est le cas de le dire puisqu’elle se trouvait sous des piles d’une revue littéraire new-yorkaise. »  Page 124
  • « Et il fonça à travers le séjour encombré de livres, en direction de la porte d’entrée. »  Page 150
  • « Les psychologues, eux, semblaient enracinés dans leur conviction que l’explication de toutes les névroses et les psychoses se trouvait dans les travaux de Freud ou de Jung. »  Page 159
4 étoiles, D, M

Dirk Pitt, tome 01 : MayDay!

Dirk Pitt, tome 01 : MayDay! de Clive Cussler

Éditions Le Livre de Poche, publié en 2002, 162 pages

Premier tome de la série Dirk Pitt de Clive Cussler paru initialement en 1973 en anglais sous le titre « The Mediterranean Caper ».

Dirk Pitt est directeur des Projets Spéciaux pour la National Underwater and Marine Agency, il doit se rendre à bord du First Attempt qui mouille au large de la Grèce. Aux commandes de son hydravion, au-dessus de la mer Égée, Pitt n’en croit pas ses oreilles. Il reçoit un signal de détresse de la base aérienne américaine de Brady Field située sur l’île de Thasos. Selon le contrôleur aérien, la base est attaquée par un biplan datant de la Première Guerre mondiale. L’attaque est bien orchestrée car tous les avions au sol sont détruits. Ils ont besoin d’aide et vite. Pitt accompagné de son collègue et ami Giordino vont à la défense de la base armé d’une simple carabine et réussissent à abattre l’antique avion jaune. Une fois au sol, ils sont accueillis à bras ouverts et sont invités à séjourner sur la base pour quelques jours. Leur séjour sera rempli d’action lorsque Pitt se souviendra des origines de l’avion abattu et qu’il côtoiera le baron Von Till.

Un roman d’aventure très agréable. Cussler manie bien la monté du suspense. Il réussit à nous tenir en haleine tout au long de la lecture. Bien que l’intrigue soit un peu tirée par les cheveux, elle est néanmoins très intéressante. L’action ne manque pas et le rythme est rapide. Du suspens, de la séduction et une bonne dose de déduction, on retrouve les ingrédients importants d’un bon roman d’aventure. Le personnage de Pitt est somme toute bien réussi, mais il souffre du passage du temps. Créé dans les années 1970, Pitt est hyper-macho et ses comportements ne sont plus socialement acceptés aujourd’hui. De nos jours, un homme ne gifle pas les femmes pour les ramener à la raison. On est loin du comportement de gentleman de James Bond. Le style d’écriture de Cussler est simple et direct, sans fioriture, il va droit au but. Ce premier opus laisse présager une bonne série pour ceux qui aiment l’aventure, les enquêtes et les mystères. Un très bon moment de lecture pour se changer les idées.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 12 juillet 2016

La littérature dans ce roman :

  • « L’opérateur perd de la puissance, songea Pitt, ou bien il est sérieusement blessé. Il réfléchit une minute, puis se pencha sur sa droite, et secoua la personne endormie sur le siège du copilote. 
    — Réveille-toi, Belle au bois dormant. »  Page 9
  • « — Je n’arrive pas à croire ce que je viens d’entendre, dit Giordino stupéfié.
    Pitt remua la tête.
    — Je n’y arrive pas vraiment non plus, mais il va falloir qu’on donne un coup de main à ces types-là, au sol. Maintenant, dépêche-toi.
    — Je vais le faire, murmura Giordino. Mais je n’arrive toujours pas à avaler ça.
    — Ce n’est pas une raison pour raisonner, mon ami, dit Pitt, citant Shakespeare. »  Pages 12 et 13
  • « — Kurt était un de mes plus chers amis, dit von Till avec nostalgie. De telles choses ne s’oublient pas facilement. Je peux même me souvenir de la date et de l’heure exactes. C’est arrivé le 15 juillet 1918, à neuf heures du matin.
    — Il est étrange que personne ne connaisse l’histoire dans sa totalité, murmura Pitt, en le fixant froidement. Ni les archives de Berlin ni le British Air Muséum à Londres ne possèdent d’informations concernant la mort de Heibert. Tous les livres que j’ai consultés à ce sujet le mentionnent comme disparu dans de mystérieuses conditions, un peu comme ce qui a eu lieu avec d’autres As de l’aviation, comme Albert Bail et Georges Guynemer,
    — Bon Dieu, lança von Till avec exaspération. Les archives allemandes ne rapportent pas les faits parce que le Haut Commandement Impérial ne s’est jamais beaucoup préoccupé de la guerre en Macédoine. Et les Anglais n’accepteront jamais de publier un mot relatif à un acte aussi peu chevaleresque. En outre, l’avion de Kurt se trouvait encore dans les airs lorsqu’ils le virent pour la dernière fois. Les Anglais peuvent seulement jurer que leur plan insidieux a été couronné de succès. »  Pages 73 et 74
  • « — C’est entendu, je vais tout vous raconter du début à la fin, et je vous autorise à me regarder comme si j’étais fou. Je comprendrai.
    Dans la fournaise de cette cabine, dont les parois métalliques étaient presque trop chaudes pour être touchées, Pitt raconta son aventure. Il ne passa rien sous silence, pas même sa faible conviction que Teri ait pu, d’une façon ou d’une autre, le trahir pour aider von Till. Lewis hochait pensivement la tête de temps à autre, mais ne fit aucun commentaire ; son esprit semblait flotter dans l’air, et retrouver sa clarté seulement lorsque Pitt relatait un événement de façon animée. Giordino s’était mis à faire les cent pas dans la cabine, en prenant tout son temps et en suivant le léger roulis du navire.
    Lorsque Pitt eut terminé, nul ne dit mot. Dix secondes passèrent, puis une trentaine. Leur transpiration avait chargé d’humidité l’atmosphère déjà envahie par la fumée des cigares et cigarettes.
    — Je sais, dit Pitt un peu fatigué. Ça ressemble à un conte de fées et ça n’a pas l’air d’avoir beaucoup de sens. Mais c’est exactement ce qui m’est arrivé. Je vous ai tout dit.
    — Daniel dans la fosse aux lions, lança Lewis, d’une voix assurée. Je l’admets, ce que vous venez de nous raconter me semble assez invraisemblable, mais les faits ont parfois des façons bien étranges de vous donner raison. »  Page 109
  • « La température de l’air avait de nouveau grimpé et, pivotant sur son siège, Pitt put apercevoir, illuminé de rayons de soleil, le pic d’Hypsarion, chauve et sans un arbre, qui était le point culminant de l’île. Il se souvint avoir lu quelque part qu’un poète grec avait décrit Thasos comme « le cul d’un âne fou, couvert de bois fou ». Même si cette description datait de deux mille sept cents ans, pensa-t-il, elle n’en restait pas moins valable. »  Page 137
  • « — Seigneur, on dirait que mon crâne est fendu comme un pare-brise éclaté. 
    Pitt jeta un coup d’œil prudent sur Darius. Le géant, le teint plombé et le souffle court, était étendu de tout son long sur le plancher, les deux mains serrées sur son entrejambe. 
    — La fête est finie, dit Pitt en aidant Giordino à se relever. Filons d’ici avant que Frankenstein ait récupéré. »  Page 144
  • « Pitt empoigna la chaîne, levant les yeux vers les anneaux apparemment sans fin qui disparaissaient dans l’obscurité au-dessus de lui. Il se sentit comme Jack escaladant son haricot magique. »  Page 162
  • « Les rideaux étaient tirés dans la salle des cartes qui se trouvait à l’arrière de la timonerie. Il était inconcevable qu’une salle des cartes soit aussi propre. Les cartes étaient rangées dans un ordre parfait, avec leurs étendues de carrés et de chiffres parcourues de fines lignes au crayon tracées avec précision. Pitt replaça le couteau dans sa gaine, dirigea le rayon lumineux vers un exemplaire de l’Almanach Nautique de Brown et examina les marques apparaissant sur les cartes. Le tracé coïncidait exactement avec la route qu’avait dû emprunter le Queen Artemisia depuis Shanghai. Il se rendit compte que celui qui avait effectué les corrections de compas n’avait commis aucune erreur, ni même aucune rature. Le travail était soigné, un peu trop soigné.
    Le livre de bord était ouvert à la dernière entrée : 03 heures 52
    — Balise de Brady Field à 312°, approximativement huit miles. Vent du sud-ouest, 2 nœuds. Dieu protège la Minerva. L’heure inscrite indiquait que cette entrée avait été rédigée moins d’une heure avant qu’il ne s’élance de la plage. Mais où était passé l’équipage ? »  Page 164
  • « — Cale Numéro Trois ».
    La caverne d’Ali Baba n’aurait pas eu l’air aussi terrible que la Cale Numéro Trois. Partout où la lumière de Pitt passait, ce n’était que sacs innombrables entassés dans cette gigantesque grotte d’acier, rangés sur des palettes de bois, sur plusieurs couches, du sol au plafond. L’atmosphère était chargée d’une douceâtre odeur d’encens. Le cacao de Ceylan, présuma Pitt. »  Page 166
  • « — Comment s’est passée ta plongée ? 
    — Robert Southey devait avoir le Queen Artemisia en tête lorsqu’il a écrit : Tu pourrais ajouter que j’ai trouvé quelque chose en ne trouvant rien. »  Page 176
  • « — Qu’est-ce que vous pensez d’un entrepôt abandonné ? lança Giordino.
    Ses yeux étaient clos et il donnait l’impression de dormir, mais Pitt savait de par sa longue expérience qu’il n’avait pas perdu un mot de la conversation.
    Pitt éclata de rire puis ajouta :
    — Tout méchant bandit se promenant dans les environs d’un entrepôt abandonné a tôt ou tard affaire à Sherlock Holmes. Les constructions de bord de mer en premier lieu. Un bâtiment inoccupé ne ferait qu’éveiller instantanément les soupçons. Et en plus, Zac pourrait te le confirmer, un entrepôt serait le premier endroit où un enquêteur irait fourrer le nez. »  Page 186
  • « — Vous pouvez compter sur moi, dit le radio avec un sourire forcé. D’ailleurs, la petite nana que vous avez amenée à bord s’est occupée de moi et m’a dorloté comme une mère poule. Avec ce genre d’attention, comment est-ce que je pourrais encore me sentir mal ?
    Pitt haussa les sourcils.
    — Vous me semblez avoir découvert des facettes de sa personnalité que je ne connaissais pas.
    — C’est pas une mauvaise fille. C’est pas vraiment mon genre, mais elle est bien gentille. En tout cas, elle nous a servi du thé, toute la matinée. Une vraie Florence Nightingale… »  Page 204
  • « — Bon Dieu ! Qu’est-ce que cette eau est claire. C’est plus transparent qu’un bocal à poissons rouges.
    — Oui, j’ai vu, dit Pitt en découvrant la pointe barbelée d’un harpon de près de deux mètres et en contrôlant l’élasticité du caoutchouc accroché à l’autre extrémité.
    — Tu as bien étudié ta leçon ? reprit-il.
    — Cette vieille matière grise, dit Giordino en posant l’index sur sa tempe, contient toutes les réponses rangées et indexées.
    — Comme d’habitude, il est réconfortant de constater à quel point tu es sûr de toi.
    — Sherlock Giordino sait tout et voit tout. Aucun secret ne peut échapper à ma sagacité.
    — Ta sagacité, tu ferais bien de la huiler soigneusement, dit Pitt avec sérieux. Tu vas avoir un programme plutôt chargé. »  Page 214
  • « Huit minutes exactement après qu’ils eurent sauté du First Attempt, le fond commença à remonter, et l’eau se fit légèrement plus trouble, à cause du mouvement des vagues en surface. Un amas de rochers, couvert d’algues se balançant dans l’onde, surgit devant eux, dans la pénombre. Et puis brusquement, ils se trouvèrent face à la base d’une falaise abrupte, qui grimpait verticalement vers la surface miroitante des eaux, selon un angle de 90°, et qui disparaissait ensuite. Tel le Capitaine Nemo et ses compagnons explorant un jardin sous les mers, Pitt enjoignit son équipe de scientifiques à se disperser, pour se mettre à la recherche de la caverne sous-marine. »  Pages 217 et 218
  • « Bruno von Till se tenait sur le pont du sous-marin, souriant comme Fu Manchu avant de jeter une victime à ses crocodiles. »  Page 224
  • « L’air de Fu Manchu, calculateur et fourbe, avait réapparu sur le visage du vieil Allemand, qui ajouta :
    — Personne en possession de toutes ses facultés mentales ne croirait le premier mot de ces ridicules élucubrations. Un modèle réduit de sous-marin  – voilà bien une preuve évidente que Heibert et moi ne faisons qu’un. »  Page 241
  • « — Appelez cela comme vous voulez, répondit Zacynthus. Pour l’heure, une trentaine parmi les plus gros trafiquants de drogue de ce pays attendent de passer en jugement, y compris ceux qui étaient en relation avec la compagnie de transport routier chargée de l’acheminement de la marchandise. Et ce n’est pas tout. En fouillant les bureaux de la conserverie, nous avons mis la main sur un livre qui comportait les noms d’environ deux mille dealers, de New York à Los Angeles. Pour le Bureau, c’est comme si un prospecteur tombait sur une mine d’or. »  Page 264

 

2,5 étoiles, M

Moderato cantabile

Moderato cantabile de Marguerite Duras

Éditions de Minuit, publié en 1980, 64 pages

Roman de Marguerite Duras paru initialement en 1958.

Anne Desbaresdes accompagne son fils à ses cours de piano chez Mademoiselle Giraud comme à chaque semaine. Les leçons ne sont pas de tout repos, Mademoiselle Giraud est exigeante et froide et son fils n’a pas d’intérêt pour la musique. Lors d’une des séances, tous trois perçoivent un tumulte qui vient d’un café proche. Anne par curiosité décide d’aller voir ce qui s’est passé. Elle découvre qu’un homme à assassiner une jeune femme qui serait sa maîtresse. L’homme est couché sur le corps de la jeune femme et lui dit qu’il l’aime. Intriguée et bouleversée par ce crime, Anne se rendra dans ce bar jour après jour, inexplicablement attirée par ce drame passionnel. Elle y rencontrera un certain Chauvin, ils boiront, discuteront et s’interrogeront encore et encore sur ce crime passionnel.

Court roman d’ambiance et d’introspection. Duras nous présente une histoire lente et avec très peu d’action. Elle permet ainsi au personnage d’Anne de se questionner sur sa vie, sur l’amour et sur la mort. Par contre, l’auteur ne va pas jusqu’au bout des pensées et des questionnements des personnages. Elle laisse ainsi au lecteur le soin de déchiffrer et de trouver les réponses et ce qui les motive. Malheureusement, ce style de texte n’est pas pour tous les lecteurs. Le personnage d’Anne est somme tout bien réussi. Une femme fragile, sensible et désabusée. On ressent très bien son mal de vivre, une certaine indifférence pour son fils, sa solitude. Dans ce texte, l’atmosphère créée par la lenteur de l’action, les descriptions des paysages : le vent, les odeurs, les vagues est envoûtante. De plus, on dirait que le temps s’arrête, que l’histoire stagne, mais détrompez-vous, elle évolue. Un roman pour les lecteurs qui sont interpellé par les introspections et non pas l’action.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 25 juin 2016

La littérature dans ce roman :

Aucune citation sur la littérature dans ce roman.

3 étoiles, M

Marie LaFlamme, tome 1 : Marie LaFlamme

Marie LaFlamme, tome 1 : Marie LaFlamme de Chrystine Brouillet.

Éditions Guy Saint-Jean, publié en 2008, 718 pages

Premier tome de la trilogie « Marie LaFlamme » de Chrystine Brouillet paru initialement en 1990.

En 1662 Marie LaFlamme a vingt ans et habite à Nantes avec sa mère Anne. Son père, Pierre, a péri en mer il y a un an. Anne parvient à assurer leur subsistance grâce à ses dons de sage-femme et de guérisseuse. Marie est amoureuse de Simon Perrot mais celui-ci quitte Nantes pour Paris afin de devenir soldat. Elle se langui de son absence et est convaincue qu’il reviendra pour l’épouser. Le malheur tombe sur les deux femmes, elles seront soupçonnées de sorcellerie. Anne et Marie seront faites prisonnières et Anne sera condamnée au bûcher pour avoir pratiqué la médecine avec succès. La médecine étant réservé aux hommes, si elle obtient de bons résultats c’est donc qu’elle est une sorcière. Afin d’éviter la torture et le bûcher à sa fille, Anne la donnera en mariage à l’armateur Geoffroy de Saint-Arnaud. Cependant, ce dernier est cruel, obsédé par l’argent et Marie le déteste. De plus, il est obsédé par un trésor dont Pierre LaFlamme lui a parlé avant de mourir. Marie n’aura pas d’autre choix que de l’épouser mais elle n’entend pas partager le trésor avec lui.

Roman historique dont le premier tome permet une belle incursion au 17ième siècle en France. À la lecture de ce tome, il est manifeste que l’auteure s’est bien informée afin de décrire avec justesse cet époque. Elle réussit à plonger le lecteur dans cette société et de transmettre les façons de penser et les croyances de l’époque. Les deux personnages principaux de Marie et Anne sont très bien rendues, on s’y attache rapidement. L’impétuosité du caractère de la jeune Marie permet aux sentiments du lecteur d’osciller entre l’amour et l’antipathie. Par contre, ce premier tome a un rythme très lent. La lecture en est quelque fois moins excitante car certains passages sont trop clichés. L’histoire manque un peu de fini, de profondeur et surtout de réalisme : c’est beaucoup trop d’événements dans la vie d’une seule personne. En bref, c’est une lecture agréable et captivante malgré les quelques défauts.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 5 février 2016

La littérature dans ce roman :

  • « Si la jeune femme clamait son innocence avec vigueur le lundi, elle avouait le vendredi, brisée par des heures d’interrogatoire. Oui, elle avait assisté une fois, une seule fois, au sabbat.  Citant des sources, les textes des experts Bodin, Boguet et Lancre, ses juges lui firent remarquer que les réunions sataniques étaient hebdomadaires et que toutes les sorcières se devaient d’y paraître. Péronne leur mentait donc. »  Page 34
  • « Elle s’était assise près de la croisée et revivait le moment où Jacques Lecoq était arrivé avec la lettre de son Simon. Marie Perrot. Oui, Marie Perrot. Ça sonnait bien à l’ouïe ! La jeune fille songeuse était sourde à tout autre nom et Anne dut l’appeler par trois fois.
    — Ma petite reine… Tu rêves au Prince charmant ?
    Marie protesta si vivement qu’Anne sourit franchement avant de lui souhaiter plus de chance qu’à la belle Aurore du conte. 
    — J’espère que tu ne vas pas passer un siècle à l’attendre, je doute que tu en aies la patience, dit-elle taquine. »  Pages 80 et 81
  • « Chahinian, amateur de comédie lyrique, avait été, comme tous les spectateurs parisiens du théâtre du Petit-Bourbon, aussi impressionné par la féerie des machines que par la musique, le chant, la danse. II ignorait combien de temps il resterait à Nantes mais peut-être qu’une troupe y était établie ou que des comédiens s’arrêtaient dans la ville? Il aimait ces divertissements et leur moralité didactique car, il ne s’y trompait pas, les auteurs de théâtre dénonçaient les fatuités du monde. Ils avaient, selon l’orfèvre, autant d’influence sur les spectateurs en les faisant rire et pleurer, que les prêtres en chaire qui les terrorisaient.
    Et Guy Chahinian s’en réjouissait; s’il convenait de la grave intelligence de Bossuet, il préférait l’esprit de Molière ou de La Fontaine qui voyaient bien les défauts de l’homme mais ne le vouaient pas aux Enfers… »  Page 85
  • « — Ah! Vous allez rester? s’exclama Germaine Crochet, visiblement ravie. Guy Chahinian lui semblait être un homme sérieux et bien nanti. Il n’avait pas sourcillé en voyant l’écriteau « crédit est mort » et pourtant il savait lire puisqu’il tenait un livre qu’il déposa sur la table après s’être assis au fond de la salle, près de l’âtre. »  Page 90
  • « Si on lui prouvait qu’il avait tort et que l’armateur avait du cœur, le joaillier acceptait qu’une fée le transforme en rat ou en citrouille comme dans les contes du sieur Perrault. De songer à cette littérature le fit éprouver de l’ennui. Il se souvint avec nostalgie des veillées où on lisait les textes de ce commis, licencié en droit qui se plaisait à divertir le Tout-Paris de son talent. Nombre de ses récits avaient été narrés bien avant mais il savait les tourner de la plus jolie manière et leur donner de ce fait un plus vaste public. Chahinian soupira: trouverait-il le temps et la société à Nantes pour goûter quelques feuillets? Il voyait assez bien Henriette Hornet en méchante ogresse et Geoffroy de Saint-Arnaud dans le rôle de Barbe- Bleue. S’il devait désigner la Belle au bois dormant, il serait fort embarrassé car la superbe Marie LaFlamme ne lui faisait guère l’effet d’être une personne posée, même enchantée; elle incarnerait mieux Cendrillon, s’élançant vers le bal. Place Saint-Pierre, elle allait de sa mère à Jacques Lecoq en glissant souplement à travers la foule, tels ces cabris qu’il n’avait jamais vus mais dont un voyageur du Sud lui avait vanté l’agilité. »  Page105
  • « — Ici ? bredouilla Marie. Je croyais que vous ne restiez que quelques… 
    — Eh non… Je suis navré de ne pouvoir jouer pour vous les Hermès, ou les Cupidon, dit-il avec un sourire aimable. »  Page 125
  • « Je veux enrayer la contage, la prévenir même ! Je veux: n’est-ce pas deux mots bien vaniteux? Mais je suis ainsi, ambitieuse. Bien sûr, j’aime mes malades mais surtout, je déteste la mort. Le décès d’un patient m’est comme une offense personnelle… Vous voyez mon orgueil! Qui suis-je pour défier la mort? Qu’une veuve qui a quelque savoir des plantes. Je n’ai pu apprendre qu’en suivant M. Chouart dans sa pratique quotidienne. Mais pour cet homme qui a accepté de m’enseigner, mille autres s’y opposent maintenant. Si je délivre encore des femmes, c’est que le Dr Hornet ne veut pas des pauvres gens. A Paris, la dernière femme à avoir pratiqué une délivrance royale est morte il y a trente ans. C’était une personne remarquable qui a beaucoup écrit sur l’art d’être mère-sage. J’ai pu, du vivant du Dr Chouart, consulter à trois reprises ses ouvrages. Bien des mères lui doivent la vie.
    — Ainsi, constata Guy Chahinian, mi-sérieux, mi-amusé, vous tenez en haute estime les talents de Louise Bourgeois, mais pas les vôtres ? 
    — Vous savez donc de qui je vous entretiens ?
    — Un ami apothicaire à Paris m’en a parlé. »  Pages 144 et 145
  • « L’aumônier doutait de nouveau de l’esprit du marin mais il s’exécuta: Geoffroy de Saint-Arnaud n’aurait qu’à juger lui- même s’il convenait ou non d’entendre Pierre LaFlamme.
    L’armateur se moqua de l’aumônier mais une heure après que celui-ci lui eut présenté la requête du mourant, il se décidait à le visiter : à de telles extrémités, un homme n’a aucune raison d’inventer une fable. »  Page 169
  • « Le jour lui rendait le muscle de vie mais la nuit revenait; son cœur régénéré était de nouveau incendié. Le joaillier travaillait de plus en plus tard chaque soir afin de retarder le cauchemar mais, tel Prométhée, il semblait condamné à revivre éternellement son supplice. Le patron des orfèvres avait le foie dévoré chaque jour par un vautour pour avoir dérobé le feu de l’Olympe; son disciple devait-il être, pour avoir laissé les flammes s’emparer d’une femme, la proie d’une nocturne épouvante ? »  Page 230
  • « Une semaine plus tôt, la baronne s’était arrêtée au couvent où la jeune fille apprenait la musique avec mère Marie-Joseph de l’Epiphanie. Elle l’avait entendue s’essayer à une aria de Jean Mignon, alors qu’elle se recueillait dans sa cellule. S’échappant du cloître, la mélodie qui lui parvenait était d’une telle harmonie qu’elle en avait laissé choir son livre de psaumes. »  Page 238
  • « — C’est merveilleux Michelle ! Un vrai conte de fées ! »  Page 246
  • « Cette journée aurait dû consacrer son triomphe, lui donner prétexte à raconter qu’une dame de qualité s’intéressait assez à sa fille pour l’emmener à Paris. Mauvaise fée, la pluie avait transformé ces heures d’apothéose en désastre, et voilà qu’un monstre lui dévorait sa coiffure. »  Page 251
  • « Afin de signifier à l’échevin Guillec que son zèle était remarqué, le jurisconsulte lui tendit un petit manuel.
    — Lisez-le, cela nous sera fort utile d’être plus nombreux à nous en inspirer.
    Egide Guillec était ravi qu’on l’élève par cette marque de confiance au rang des magistrats instruits. Il savait lire, mais il ne possédait certes pas le savoir de ces juges et palliait son ignorance par une attitude servile. Il prit le traité de démonologie avec des gestes respectueux, hésitant pourtant à dire comme il se trouvait honoré. »  Page 300
  • « — Il faudrait bien que je rencontre votre époux. Il me paraît avisé. Sinon, il ne serait pas échevin et n éclairerait pas de ses lumières les magistrats. Vous les connaissez ?
    — Tous, mentit Juliette Guillec qui n’avait rencontré qu’Alphonse Darveau et Eudes Pijart. Les Darveau portent la robe depuis un siècle au moins. Et la femme d’Eudes Pijart est la sœur du jurisconsulte Darveau. Celui-ci a prêté son guide à mon époux, Le Malheur maléfice, je crois. M. Guillec n’a pas voulu me le montrer, car il contient trop de choses horribles pour une faible femme.
    Guy Chahinian n’écoutait plus:  S’agissait-il du Malleum Maleficarum ? Ils allaient en faire usage ?
    Publié en 1486, ce manuel avait été tiré depuis à des milliers d’exemplaires en petit format, de sorte qu’on pouvait le consulter à tout moment lors d’un procès et s’en inspirer quand un doute surgissait. Guy Chahinian avait lu l’ouvrage des années auparavant mais n’avait rien oublié de son absurde atrocité. »  Page 308
  • « En rejoignant le capitaine, elle lui tendit, le temps de monter en selle, un gros cahier quelle reprit avant de flatter l’encolure de son cheval. »  Page 314
  • « — Je vais laisser ici ce cheval et vous demander d’attendre que le soleil se couche pour regagner la ville. On ne doit pas nous voir ensemble. Monsieur Chahinian, je voudrais que vous vous chargiez de ce cahier. Prenez-en le plus grand soin, c’est la somme de vingt ans de recherche et de pratique. J’en aurai encore besoin. Ainsi que ma fille. »  Page 324
  • « — Nous devons maintenant, dit le jurisconsulte Darveau, rechercher la marque diabolique. Avec les témoignages, nous aurons tous les éléments pour la faire avouer. 
    — Et le bourreau nous y aidera, dit l’échevin Guillec. L’homme avait acquis en très peu de temps une assurance qui le portait à une surenchère de cruauté pour plaire à ses pairs. Il avait prononcé ces derniers mots en guettant l’approbation du jurisconsulte qui lui avait prêté le guide de démonologie. »  Pages 349 et 350
  • « Anne LaFlamme devait mentir pour persuader sa fille de s’unir à l’armateur car Marie, épouvantée par la duplicité de l’homme, n’aurait jamais accepté sa proposition. La rage l’étouffait depuis qu’Anne lui avait rapporté leur entretien. La rage. Et la curiosité: ce trésor l’in-triguait. Elle avait été bien étonnée d’apprendre que son père avait révélé l’existence d’un trésor à Geoffroy de Saint- Arnaud. 
    — C’est un conte ! Ton père ne m’a jamais parlé de ce butin, faillit dire Anne LaFlamme.
    S’il avait possédé ces fameuses pierres, je l’aurais su.  Puis elle songea que si sa fille croyait aussi au trésor, elle ne se trahirait pas devant Saint-Arnaud. L’homme était trop cupide et trop retors pour ne pas tenter de faire parler Marie: elle devait avoir entendu la même fable. Le père Germain lui dirait la vérité en temps voulu. »  Page 365
  • « — Non. Ce balai que vous montrez maintenant ne m’aide pas à voler dans les airs!
    — Sauf si vous l’enduisez d’onguent. J’ai ici la composition de cet enduit maléfique, dit l’échevin Guillec, en se trémoussant dans sa toge noire.  Il buta sur les mots pentaphilon et hyosccyame, mais énuméra plus aisément les autres ingrédients: belladone, sang de chauve-souris, morelle furieuse, ciguë, persil, feuilles de peuplier, pavot, aconit, bave de crapaud. Certains manuels prétendaient que de l’ergot entrait aussi dans la composition de l’onguent. Niait-elle connaître cette plante ? »  Pages 378 et 379
  • « — Les femmes n’ont pas de droit au savoir ! Parce que des hommes comme vous protègent des hommes comme Hornet. 
    — Nous vous protégeons contre vous-même! tonna le jurisconsulte. La nature de la femme est frivole, menteuse, sensuelle. 
    Tapotant le traité de démonologie, il rapporta les précisions de Sprenger:  femina vient de fe, qui veut dire foi, et de minus, qui signifie moindre. 
    — Par sa faiblesse, la femme est donc plus facile à corrompre que l’homme: le Diable le sait. C’est pourquoi il vous offre ce que la loi vous refuse pour votre bien : le pouvoir de guérir. Il connaît la valeur de cet appât. »  Page 384
  • « Il fouilla dans les poches de sa toge, en tira un morceau de coton qu’il déplia devant Anne LaFlamme. Elle reconnut immédiatement la noix de muscade.
    — J’ai pensé que… si vous voulez, vous pourrez. 
    — Ah ! mon ami, murmura la sage-femme bouleversée. C’est pourquoi vous êtes ici? Comment connaissez-vous ce poison? 
    — J’ai cherché dans votre livre. Pour vérifier si ma mémoire était bonne : mon ami Jules Pernelle, l’apothicaire, m’a déjà parlé du danger que représente cette graine. Mais j’arrive trop tard, dit-il en regardant brièvement les mains brisées. »  Page 400
  • « — Je vous trouve bien maigre, vous devriez manger davantage. Vous n’avez jamais eu d’aussi bonnes choses à votre disposition. On m’a pourtant affirmé que vous étiez gourmande…
    Marie ferma les yeux, écœurée: comment aurait-elle pu avoir de l’appétit alors qu’on lui parlait de la mort de sa mère? Elle se traînait de sa chambre au salon, du salon à sa chambre et, avec ses habits sombres, elle ressemblait aux sorcières décrites dans les contes. »  Pages 406 et 407
  • « —  Le trésor, s’esclaffa Martin Le Morhier. Personne n’était plus sage que Pierre. Détourner un butin est passible de mort. Il aimait trop sa femme et sa fille pour tenter pareille chose. De plus, il n’était pas homme à errer dans les rues mal famées des ports étrangers. Il ne buvait pas, n’allait pas voir les filles. Quand aurait-il rencontré ce pirate ? Je me demande ce qui a pu l’inciter à inventer cette fable ! »  Page 416
5 étoiles, F, M

Millénium, tome 2 : La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette

Millénium, tome 2 : La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette de Stieg Larsson.

Éditions Actes Sud (Actes noirs), publié en 2006, 665 pages

Deuxième tome de la trilogie « Millénium » de Stieg Larsson paru initialement en 2005 sous le titre « Flickan som lekte med elden».

Mikael Blomkvist et son associée Erika Berger travaillent d’arrache-pied pour éditer dans leur revue Millenium un dossier percutant sur un réseau de prostitution en Suède. Mais le malheur s’acharne, le journaliste principal qui enquête sur le dossier et sa compagne de vie, dont la thèse de doctorat porte sur le même sujet, sont assassiner. Le lendemain c’est le corps de l’avocat Niels Bjurman, tuteur de Lisbeth Salander, qui est découvert. Les trois meurtres ont été perpétrés avec la même arme et les empreintes de Lisbeth se retrouvent sur celle-ci. La police lance donc un mandat d’arrêt contre elle. Aussitôt rentré d’un voyage d’un an autour du monde, Lisbeth se retrouve traquée par toute la police suédoise. Mikael se refuse d’admettre sa culpabilité malgré les apparences, il débute sa propre enquête pour prouver l’innocence de Lisbeth et faire éclater la vérité.

Surprenamment, une suite plus haletant que le premier tome. Ce roman est passionnant, l’histoire est complexe mais très originale. Au début il y a quelques longueurs qui sont par contre nécessaires à la compréhension des événements. Bien que l’intrigue mette du temps à s’installer et à démarrer, le lecteur est rapidement happé par l’histoire. Certes une nouvelle intrigue nous est proposée mais c’est surtout la suite des vies de Lisbeth et de Mikael qui capte l’attention. Encore une fois tous les personnages sont fascinants, bien ficelés et d’un réalisme stupéfiant. Ce roman permet de découvrir plus en profondeur le personnage de Lisbeth, ses motivations, son histoire et ses origines. Au fil des pages on s’attache de plus en plus à cette fascinante pirate informatique. Le style fluide de l’auteur est toujours aussi plaisant avec un scénario original, une écriture simple et des chapitres courts qui donnent un bon rythme au texte. Un excellent thriller journalistique qui tient le lecteur en haleine du début à la fin.

La note : 5 étoiles

Lecture terminée le 25 novembre 2015

La littérature dans ce roman :

  • « Lisbeth Salander posa son livre sur ses genoux, prit son verre et sirota une gorgée de café avant de se tendre pour attraper le paquet de cigarettes. »  Page 8
  • « Les disputes dans la chambre voisine commençaient rituellement entre 22 et 23 heures, à peu près au moment où Lisbeth se mettait au lit avec un livre sur les mystères des mathématiques. »  Page 10
  • « NEUF MOIS PLUS TÔT, elle avait lu un article dans un Popular Science oublié par quelque passager à l’aéroport Leonardo da Vinci à Rome, et instantanément elle avait développé une fascination totale pour l’astronomie sphérique, sujet ardu s’il en était. Spontanément, elle s’était rendue à la librairie universitaire de Rome et avait acheté quelques-unes des thèses les plus importantes en la matière. Pour comprendre l’astronomie sphérique, elle avait cependant été obligée de se plonger dans les mystères relativement compliqués des mathématiques. Au cours de ces derniers mois, elle avait fait le tour du monde et avait régulièrement rendu visite aux librairies spécialisées pour trouver d’autres livres traitant de ce sujet.
    D’une manière générale, ces livres étaient restés enfouis dans ses bagages, et ses études avaient été peu systématiques et quelque peu velléitaires jusqu’à ce que par hasard elle soit passée à la librairie universitaire de Miami pour en ressortir avec Dimensions in Mathematics du Dr. L. C. Parnault (Harvard University, 1999). Elle avait trouvé ce livre quelques heures avant d’entamer un périple dans les Antilles. »  Page 11
  • « La lecture du Caribbean Traveller lui avait appris que la Grenade était connue comme la Spice lsland, l’île aux épices, et que c’était un des plus gros producteurs au monde de noix muscade. La capitale s’appelait Saint George’s. L’île comptait 120.000 habitants, mais environ 200.000 autres Grenadiens étaient expatriés aux Etats-Unis, au Canada ou en Angleterre, ce qui donnait une bonne idée du marché du travail sur l’île. Le paysage était montagneux autour d’un volcan éteint, Grand Etang.
    Historiquement, la Grenade était une des nombreuses anciennes colonies britanniques insignifiantes où le capitaine Barbe-Noire avait peut-être, ou peut-être pas, débarqué et enterré un trésor. La scène avait le mérite de faire fantasmer. En 1795, la Grenade avait attiré l’attention politique après qu’un ancien esclave libéré du nom de Julian Fedon, s’inspirant de la Révolution française, y avait fomenté une révolte, obligeant la couronne à envoyer des troupes pour hacher menu, pendre, truffer de balles et mutiler un grand nombre de rebelles. Le problème du régime colonial était qu’un certain nombre de Blancs pauvres s’étaient joints à la révolte de Fedon sans la moindre considération pour les hiérarchies ou les frontières raciales. La révolte avait été écrasée mais Fedon ne fut jamais capturé ; réfugié dans le massif du Grand Etang, il était devenu une légende locale façon Robin des Bois.
    Près de deux siècles plus tard, en 1979, l’avocat Maurice Bishop avait démarré une nouvelle révolution inspirée, à en croire le guide, par the communist dictatorship in Cuba and Nicaragua, mais dont Lisbeth Salander s’était rapidement fait une tout autre image après avoir rencontré Philip Campbell – professeur, bibliothécaire et prédicateur baptiste. Elle était descendue dans sa guesthouse pour ses premiers jours sur l’île. On pouvait résumer ainsi l’histoire : Bishop avait été un leader extrêmement populaire qui avait renversé un dictateur fou, fanatique d’ovnis par-dessus le marché et qui dilapidait une partie du maigre budget de l’Etat dans la chasse aux soucoupes volantes. Bishop avait plaidé pour une démocratie économique et introduit les premières lois du pays sur l’égalité des sexes avant d’être assassiné en 1983 par une horde de stalinistes écervelés, qui depuis séjournaient dans la prison de l’île.
    Après l’assassinat, inclus dans un massacre d’environ cent vingt personnes, dont le ministre des Affaires étrangères, le ministre de la Condition féminine et quelques leaders syndicaux importants, les Etats-Unis étaient intervenus en débarquant sur l’île pour y rétablir la démocratie. Conséquence directe pour la Grenade, le chômage était passé de six à près de cinquante pour cent et le trafic de cocaïne était redevenu la source de revenus la plus importante, toutes catégories confondues. Philip Campbell avait secoué la tête en lisant la description dans le guide de Lisbeth et lui avait donné quelques bons conseils concernant les personnes et les quartiers qu’elle devait éviter une fois la nuit tombée. »  Pages 11 à 13
  • « Inquiet et n’arrivant toujours pas à la joindre, il alla chez elle début janvier s’asseoir sur une marche d’escalier devant son appartement. Il avait apporté un livre et il attendit obstinément pendant quatre heures avant qu’elle arrive, peu avant 23 heures.
    – Salut, Lisbeth, fit-il en refermant son livre. »  Page 16
  • « Elle mémorisa une formule mathématique de trois lignes et referma Dimensions in Mathematics, puis attrapa la clé de sa chambre et son paquet de cigarettes sur la table. »  Page 18
  • « Ses yeux passèrent sur elle sans la reconnaître, avant qu’il aille s’asseoir du côté diamétralement opposé de la terrasse, puis il fixa son regard sur l’eau devant le restaurant.
    Lisbeth Salander haussa un sourcil et examina l’homme qu’elle voyait de profil. Il semblait complètement absent et resta immobile pendant sept minutes. Puis il leva soudain son verre et but trois bonnes gorgées. Il reposa le verre et se remit à fixer l’eau. Un moment plus tard, Lisbeth ouvrit son sac et sortit Dimensions in Mathematics. »  Page 23
  • « Mais quand elle avait ouvert Dimensions in Mathematics, un monde totalement nouveau s’était présenté à elle. En fait les mathématiques étaient un puzzle logique avec des variations à l’infini – des énigmes qu’on pouvait résoudre. L’intérêt n’était pas de solutionner des exemples de calcul. Cinq fois cinq donnait toujours vingt-cinq. L’intérêt était d’essayer de comprendre la composition des règles qui permettaient de résoudre n’importe quel problème mathématique.
    Dimensions in Mathematics n’était pas un manuel strict de mathématiques, mais une version poche d’un pavé de mille deux cents pages sur l’histoire des mathématiques depuis l’Antiquité grecque jusqu’aux tentatives contemporaines pour maîtriser l’astronomie sphérique. Le bouquin était considéré comme une bible, comparable à ce qu’avait un jour signifié l’Arithmétique de Diophante, et qu’il signifiait toujours, pour les mathématiciens sérieux. La première fois qu’elle avait ouvert Dimensions, c’était sur la terrasse de l’hôtel à Grand Anse Beach et elle s’était soudain retrouvée dans un monde enchanté de chiffres, dans un livre écrit par un auteur bon pédagogue mais qui savait aussi surprendre le lecteur avec des anecdotes et des problèmes déroutants. Elle avait pu suivre l’évolution des mathématiques d’Archimède jusqu’aux très contemporains Jet Propulsion Laboratories en Californie. Elle comprenait leurs méthodes pour résoudre les problèmes.
    Elle avait vécu la rencontre avec le théorème de Pythagore (x2+y2=z1), formulé environ cinq cents ans avant J.C, comme une sorte de révélation. Brusquement, elle avait compris le sens de ce qu’elle avait mémorisé dès le collège, à un des rares cours auxquels elle avait assisté. Dans un triangle rectangle, le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des côtés de l’angle droit. Elle était fascinée par la découverte d’Euclide vers l’an 300 avant J.C, énonçant qu’un nombre parfait est toujours un multiple de deux nombres, dont l’un est une puissance de 2 et l’autre le même nombre à la puissance suivante de 2 moins 1. C’était une amélioration du théorème de Pythagore et elle comprenait l’infinité de combinaisons possibles.
    6= 21 x (22-1)
    28 = 22 x (23-1)
    496 = 24 x (25-1)
    8 128 = 26 x (27-1)
    Elle pouvait poursuivre indéfiniment sans trouver de nombre qui péchait contre la règle. Il y avait là une logique qui plaisait au sens de l’absolu de Lisbeth Salander. Elle avait rapidement et avec un plaisir manifeste assimilé Archimède, Newton, Martin Gardner et une douzaine d’autres mathématiciens classiques.
    Ensuite, elle était arrivée au chapitre de Pierre de Fermat dont l’énigme mathématique, le théorème de Fermat, l’avait décontenancée pendant sept semaines. Ce qui fut certes un délai raisonnable en considérant que Fermat avait poussé des mathématiciens à la folie pendant près de quatre siècles avant qu’un Anglais du nom d’Andrew Wiles arrive, aussi tard qu’en 1993, à résoudre son puzzle.
    Le théorème de Fermat était un postulat d’une simplicité trompeuse.
    Pierre de Fermat était né en 1601 à Beaumont-de-Lomagne dans le Sud-ouest de la France. Ironie de l’histoire, il n’était même pas mathématicien mais magistrat et se consacrait aux mathématiques comme une sorte de passe-temps bizarre. Pourtant, il était considéré comme un des mathématiciens autodidactes les plus doués de tous les temps. Tout comme Lisbeth Salander, il aimait bien résoudre des puzzles et des énigmes. Ce qui semblait l’amuser par-dessus tout était de se gausser d’autres mathématiciens en construisant des problèmes sans se donner la peine de fournir la solution. Le philosophe René Descartes affubla Fermat d’un tas d’épithètes dégradantes alors que son collègue anglais John Wallis l’appelait « ce fichu Français ».
    Dans les années 1630 était sortie une traduction française de l’Arithmétique de Diophante, qui regroupait la totalité des théories formulées par Pythagore, Euclide et autres mathématiciens de l’Antiquité. C’était en travaillant sur le théorème de Pythagore que Fermat, dans une illumination géniale, avait posé son problème immortel. Il formula une variante du théorème de Pythagore. Au lieu de (x2+y2=z2) Fermat transforma le carré en cube (x3+y3 =z3).
    Le problème était que la nouvelle équation ne semblait pas avoir de solutions avec des nombres entiers. Ainsi, moyennant un petit changement théorique, Fermat avait transformé une formule proposant un nombre infini de solutions parfaites en une impasse qui n’en avait aucune. Son théorème était cela justement – Fermat affirmait que nulle part dans l’univers infini des nombres il n’existait de nombre entier où un cube pouvait s’exprimer comme étant la somme de deux cubes et que ceci était la règle pour tous les nombres qui ont une puissance supérieure à 2, c’est-à-dire justement le théorème de Pythagore.
    Les autres mathématiciens eurent vite fait d’être d’accord. Utilisant la méthode d’essais et erreurs, ils purent constater qu’ils ne trouvaient pas de nombre réfutant l’affirmation de Fermat. Le seul problème était que même s’ils faisaient des calculs jusqu’à la fin des temps, ils ne pourraient vérifier tous les nombres existants, et que par conséquent les mathématiciens ne pouvaient pas affirmer que le nombre suivant n’allait pas infirmer le théorème de Fermat. En mathématiques, les affirmations doivent en effet être démontrables mathématiquement et s’exprimer par une formule générale et scientifiquement correcte. Le mathématicien doit pouvoir monter sur un podium et prononcer les mots « il en est ainsi parce que… ».
    Fermat, selon son habitude, se moqua de ses collègues. Dans la marge de son exemplaire de l’Arithmétique, le génie griffonna des hypothèses et termina avec quelques lignes. Cuius rei demonstrationem mirabilem sane detexi hanc marginis exiquitas non caperet. Soit : J’en ai découvert une démonstration merveilleuse. L’étroitesse de la marge ne la contient pas.
    Si son intention était de pousser ses collègues à la folie, il y réussit parfaitement. Depuis 1637, pratiquement tous les mathématiciens qui se respectent ont consacré du temps, parfois beaucoup de temps, à essayer de démontrer la conjecture de Fermat. Des générations de penseurs s’y sont cassé les dents jusqu’à ce qu’Andrew Wiles fasse la démonstration que tout le monde attendait, en 1993. Cela faisait alors vingt-cinq ans qu’il réfléchissait à l’énigme, et les dix dernières années pratiquement à temps plein.
    Lisbeth Salander était sacrement perplexe.
    En fait, la réponse ne l’intéressait pas du tout. C’était la recherche de la solution qui la tenait en haleine. Quand quelqu’un lui donnait une énigme à résoudre, elle la résolvait. Avant de comprendre le principe des raisonnements, elle mettait du temps à élucider les mystères mathématiques, mais elle arrivait toujours à la réponse correcte avant d’ouvrir le corrigé.
    Elle avait donc sorti un papier et s’était mise à griffonner des chiffres après avoir lu le théorème de Fermat. Et, non sans surprise, elle n’avait pas trouvé la solution de l’énigme.
    S’interdisant de regarder le corrigé, elle avait sauté le passage où était présentée la solution d’Andrew Wiles. A la place, elle avait fini la lecture de Dimensions et constaté qu’aucun des autres problèmes formulés dans le livre ne lui posait de difficultés particulières. Jour après jour ensuite, elle s’était repenchée sur l’énigme de Fermat avec une irritation croissante en se demandant quelle « démonstration merveilleuse » Fermat avait pu trouver. Sans cesse, elle s’enfonçait dans de nouvelles impasses. »  Pages 24 à 28
  • « Comme d’habitude, elle s’installa seule à l’extrémité droite du bar et ouvrit un livre bourré d’étranges formules mathématiques, ce qui aux yeux d’Ella Carmichael était un choix de littérature étrange pour une jeune célibataire de son âge. »  Page 28
  • « Lisbeth resta au bar une dizaine de minutes, le nez dans Dimensions. Avant même son adolescence, elle avait compris qu’elle était dotée d’une mémoire photographique et était par conséquent différente de ses camarades de classe. Elle n’avait jamais révélé cette singularité à personne – sauf à Mikael Blomkvist dans un instant de faiblesse. Elle connaissait déjà par cœur le texte de Dimensions et elle continuait à trimballer le livre surtout parce qu’il constituait un lien visuel vers Fermat, comme si le livre était devenu un talisman. »  Page 30
  • « Finalement, elle ferma le livre, monta dans sa chambre et démarra son PowerBook. »  Page 30
  • « Elle avait fait une longue promenade sur la plage et s’était assise à l’ombre de quelques palmiers pour regarder des enfants qui jouaient au foot au bord de l’eau. Elle avait ouvert Dimensions et elle était plongée dans sa lecture quand il était venu s’asseoir quelques mètres seulement devant elle, apparemment sans remarquer sa présence. Elle l’avait observé en silence. Un jeune Black en sandales, pantalon noir et chemise blanche.
    Comme elle, il avait ouvert un livre et s’était plongé dans la lecture. Comme elle, il étudiait un livre de mathématiques – Basics 4. Apparemment concentré sur le sujet, il commença à griffonner sur les pages d’un cahier. Ce n’est qu’au bout de cinq minutes, quand elle toussota, qu’il remarqua sa présence, et il sursauta, effrayé. Il s’excusa de l’avoir dérangée, ramassa son sac et son livre, et il s’apprêtait à quitter l’endroit quand elle lui demanda s’il trouvait les maths difficiles. »  Page 31
  • « C’était prestigieux d’avoir Mikael Blomkvist comme invité à une réception pour la sortie d’un livre ou une soirée privée. D’où cette avalanche d’invitations et de demandes de participation à tel ou tel événement. »  Page 44
  • « A part le fait que Lisbeth Salander connaissait par cœur le Lévitique – l’année précédente, elle avait été amenée à s’intéresser aux châtiments bibliques -, ses connaissances en histoire des religions étaient modestes. »  Page 58
  • « Elle remarqua soudain qu’un vent croissant secouait les feuillages des palmiers du côté du mur devant la plage. La Grenade se trouvait en bordure de Mathilda. Lisbeth suivit le conseil d’Ella Carmichael et mit dans son fourre-tout en nylon l’ordinateur, Dimensions in Mathematics, quelques affaires personnelles et des vêtements de rechange, et le posa à côté du lit. »  Page 61
  • « A Londres, elle avait loupé la correspondance du dernier vol pour la Suède, et avait dû attendre des heures avant qu’on lui trouve une place dans le premier vol du matin.
    Lisbeth se sentait comme un sac de bananes qu’on aurait oublié au soleil pendant un après-midi entier. Elle n’avait qu’un bagage à main, contenant son PowerBook, Dimensions et quelques vêtements bien comprimés. »  Page 75
  • « – Dag Svensson est venu me voir la semaine dernière avec l’ébauche d’un sujet. Je lui ai demandé d’être présent à cette réunion. Tu l’expliqueras mieux que moi, dit Erika en se tournant vers Dag.
    – Le trafic de femmes, dit Dag Svensson. C’est-à-dire l’exploitation sexuelle des femmes. Dans le cas présent, principalement originaires des pays baltes et de l’Europe de l’Est. Pour tout vous dire, je suis en train d’écrire un livre là-dessus et c’est pour cela que j’ai contacté Erika – vu que vous fonctionnez aussi comme maison d’édition.
    Tout le monde sembla trouver cela assez drôle. Les éditions Millenium n’avaient pour l’instant édité qu’un seul livre, en l’occurrence le pavé datant d’un an de Mikael Blomkvist sur l’empire financier du milliardaire Wennerström. Le livre en était à sa sixième édition en Suède et avait aussi été publié en norvégien, en allemand et en anglais, et il était en cours de traduction en français. Ce succès commercial leur paraissait assez incompréhensible compte tenu que l’histoire était déjà archiconnue et avait été dévoilée dans d’innombrables journaux.
    – Notre production livresque n’est pas des plus consistantes, dit Mikael prudemment. »  Page 90
  • « – Sans aucun doute, dit Erika Berger. Mais ça fait un an qu’on discute pour savoir si on se lance réellement dans l’édition. Nous en avons parlé lors de deux conseils d’administration et tout le monde était positif. L’idée est celle d’une politique d’édition limitée à trois ou quatre livres par an – qui en gros ne seront que des reportages sur différents sujets. Des produits journalistiques typiques, autrement dit. Le livre de Dag s’inscrit parfaitement dans cette optique. »  Page 90
  • « – Ce n’est pas un secret. Le sujet est même loin d’être nouveau. Ce qui est nouveau, par contre, c’est que nous avons interrogé une douzaine de Lilya 4-ever. Pour la plupart, ce sont des filles de quinze à vingt ans, elles croupissent dans la misère sociale des pays de l’Est et on les fait venir ici en leur faisant miroiter diverses promesses de boulot, mais au bout du compte elles se retrouvent entre les mains d’une mafia du sexe totalement dénuée de scrupules. Certaines des expériences qu’ont eues ces filles-là font paraître Lilya 4-ever comme un divertissement familial. Et je ne dis pas ça pour dévaloriser le film de Moodysson – il est excellent. Ce que je veux dire, c’est que ces filles ont vécu des trucs qu’on ne peut simplement pas décrire dans un film.
    – D’accord.
    – C’est pour ainsi dire le noyau de la thèse de Mia. Mais pas de mon livre. »  Pages 91 et 92
  • « – Je travaille sur cette histoire depuis trois ans. Le livre va présenter des études d’exemples de michetons. J’ai au moins trois flics, dont un travaille à la Säpo et un aux Mœurs. J’ai cinq avocats, un procureur et un juge. J’épingle aussi trois journalistes dont un a écrit plusieurs textes sur le commerce du sexe. Dans le privé, il s’adonne à des délires de viol avec une prostituée adolescente de Tallinn… et dans ce cas il ne s’agit pas précisément de goût sexuel partagé. J’ai l’intention de donner les noms. Ma documentation est en béton. »  Pages 92 et 93
  • « – Dag veut qu’on publie aussi le livre, dit Erika Berger.
    – Effectivement – je veux que le livre soit publié. Je veux qu’il arrive comme une bombe, et pour l’instant Millenium est le journal le plus crédible et le plus impertinent de la ville. Je vois mal d’autres maisons d’édition oser publier un livre comme celui-ci.
    – Donc, pas de livre, pas d’article, résuma Mikael.
    – Pour ma part, je trouve que ça colle, dit Malou Eriksson.
    – L’article et le livre sont deux choses distinctes. Dans le cas de l’article dans la revue, c’est Mikael le responsable de la publication. En ce qui concerne le livre, c’est l’auteur qui est le responsable.
    – Je sais, dit Dag Svensson. Ça ne m’inquiète pas. Au moment même de la publication du livre, Mia portera plainte contre tous ceux que je nomme. »  Page 93
  • « – C’est pour ça que je travaille encore ici. Le gérant est bon pour un saut périlleux de temps en temps, dit Monika Nilsson.
    Tout le monde rit, sauf Mikael.
    – Oui, Mikael était bien le seul à être assez bête pour devenir responsable de la publication, dit Erika Berger. On prend ce sujet pour mai. Et ton livre sortira dans la foulée
    – Le livre est prêt ? demanda Mikael.
    – Non. J’ai le synopsis du début à la fin, mais la moitié seulement est rédigée. Si vous êtes d’accord pour le publier et que vous me donnez une avance, je peux m’y mettre à plein temps. Quasiment toute la recherche est terminée. Il ne me reste que quelques petits trucs annexes à compléter – en fait seulement des confirmations de ce que je sais déjà – et il faut que je rencontre les michetons que je vais exposer au grand jour.
    – On fera comme avec le livre de Wennerström. Je n’ai jamais compris pourquoi les éditeurs ordinaires exigent dix-huit mois de délai de production pour sortir quelques centaines de pages. Il faut une semaine pour faire la mise en pages — Christer Malm acquiesça de la tête – et deux semaines pour imprimer. On procédera aux confrontations en mars-avril et on résumera sur quinze pages qui seront les dernières. Il nous faut donc le manuscrit bouclé pour le 15 avril pour qu’on ait le temps de passer toutes les sources en revue. »  Pages 94 et 95
  • « – Je n’ai jamais rédigé de contrat d’édition jusqu’à présent, il faut que je voie ça avec notre avocat. Mais je te propose une embauche pendant quatre mois, de février à mai, le temps que tu boucles le projet. Mais sache que nous ne proposons pas de salaires mirobolants.
    – Ça me va. J’ai besoin d’un salaire de base pour pouvoir me concentrer sur le livre à temps plein.
    – Sinon, la règle, c’est fifty-fifty sur les recettes du livre une fois les dépenses payées. Qu’est-ce que tu en dis ? »  Page 95
  • « – Mikael, je tiens à ce que tu sois l’éditeur de ce livre. Elle regarda Dag Svensson. Mikael ne veut pas l’admettre, mais il écrit remarquablement bien et de plus il s’y connaît en recherche. Il passera le moindre mot de ton livre au microscope. Je suis flattée que tu veuilles publier le livre chez nous, mais sache qu’on a des problèmes assez particuliers à Millenium. On a un certain nombre d’ennemis qui ne souhaitent que de nous voir mettre les pieds dans le plat. Quand on relève la tête et qu’on publie quelque chose, il faut que ça soit impeccable à cent pour cent. On ne peut pas se permettre autre chose. »  Page 96
  • « Ce fut Erika qui finit par orienter la conversation sur le sujet dont ils étaient censés discuter. Mia Bergman alla chercher une copie de sa thèse qu’elle posa sur la table devant Erika. Le titre était pour le moins ironique — Bons baisers de Russie, allusion évidente au 007 classique d’Ian Fleming. Le sous-titre l’était moins : Trafic de femmes, criminalité organisée et mesures prises par les autorités.
    – Faites bien la distinction entre ma thèse et le livre qu’écrit Dag, dit-elle. Le livre de Dag est la version d’un agitateur qui se polarise sur les profiteurs du trafic de femmes. Ma thèse, elle, est constituée de statistiques, d’études sur le terrain, de textes de lois et d’une analyse du comportement de la société et des tribunaux vis-à-vis des victimes. »  Pages 102 et 103
  • « Ensuite, elle ouvrit les cartons qu’elle avait apportés de Lundagatan et tria des livres, des journaux, des coupures et de la doc accumulée dans ses recherches, qu’elle devrait sans doute jeter. »  Page 108
  • « L’assemblée put sans difficulté constater que Millenium avait une assise économique stable comparée à la période de crise qui avait frappé l’entreprise deux ans plus tôt. Le compte de résultat faisait état d’un excédent de 2,1 millions de couronnes, dont 1 million constitué par les recettes du livre de Mikael Blomkvist sur l’affaire Wennerström. »  Page 114
  • « – Depuis le jour de ma naissance, j’ai été propriétaire d’une chose ou d’une autre. Et je passe mes journées à diriger un groupe où il y a plus d’intrigues que dans un roman d’amour grand public. Quand j’ai commencé à siéger dans votre conseil, c’était pour remplir des devoirs auxquels je ne pouvais pas me dérober. Mais je vais vous dire une chose : au cours de ces dix-huit derniers mois j’ai découvert que j’aime mieux siéger dans ce conseil d’administration que dans tous les autres réunis. »  Page 117
  • « Pour la Pentecôte un an auparavant, et après des mois sans y être allé, Mikael avait passé un moment dans sa cabane de Sandhamn rien que pour avoir la paix, s’asseoir face à la mer et lire un polar. »  Page 125
  • « Elle réfléchit un moment, prit ensuite le téléphone et appela son mari.
    – C’est moi. Qu’est-ce que tu fais, mon chéri ?
    – J’écris.
    Lars Beckman n’était pas seulement artiste plasticien ; il était surtout spécialiste en histoire de l’art et auteur de plusieurs livres sur le sujet. Il participait régulièrement au débat public et de grosses sociétés d’architectes le consultaient souvent. Les six derniers mois, il avait travaillé sur l’importance de la décoration artistique des bâtiments et la question du bien-être éprouvé par les gens dans certains bâtiments et pas dans d’autres. Le livre avait pris la tournure d’un pamphlet sur le fonctionnalisme qui, de l’avis d’Erika, allait faire des vagues dans le débat esthétique. »  Page 142
  • « Ils échangèrent des bisous au téléphone puis Erika appela Mikael Blomkvist. Il se trouvait chez Dag Svensson et Mia Bergman à Enskede, ils finissaient de faire le point sur quelques détails pas clairs dans le livre de Dag. »  Page 143
  • « Holger Palmgren avait les blancs, il avait fait une ouverture sicilienne dans les règles. Il avait réfléchi très longuement avant chaque coup. Quels que fussent les handicaps physiques à la suite de son attaque, son acuité intellectuelle fonctionnait en tout cas parfaitement
    Lisbeth Salander était plongée dans un livre sur un sujet aussi saugrenu que le calibrage de fréquence des radiotélescopes en état d’apesanteur. Elle avait mis un coussin sous ses fesses pour arriver à une hauteur acceptable devant la table. Quand Palmgren avait bougé son pion, elle avait levé les yeux et déplacé une pièce apparemment sans la moindre réflexion, puis elle était retournée à son livre. »  Pages 170 et 171
  • « Il regarda sa montre et réalisa qu’il était déjà 21 heures. Mikael Blomkvist fut tout aussi surpris de découvrir quelqu’un à la rédaction.
    – Eh ben, tu fais des heures sup ? Salut Micke. Moi, à force de bosser sur mon livre, je ne vois pas l’heure passer. Qu’est-ce qui t’amène ?
    – Je passe juste chercher un livre que j’ai oublié. Tout se passe comme tu veux ? »  Page 174
  • « Elle tria le disque dur par dates avec les documents les plus anciens en haut, et nota que Mikael avait surtout occupé ses derniers mois à un dossier intitulé [DAGSVENSSON] et qui était manifestement un projet de livre. »  Page 179
  • « Elle ouvrit l’étui à cigarettes que Mimmi lui avait offert, alluma une Marlboro light et consacra le reste de la soirée à la lecture.
    Vers 21 heures elle avait terminé la thèse de Mia Bergman. Elle se mordit pensivement la lèvre inférieure.
    A 22 h 30, elle avait fini le livre de Dag Svensson. »  Page 179
  • « Il maîtrisait son manuscrit mais, pour la première fois depuis qu’il avait initié ce projet, il ressentait un vague doute. Il se demandait s’il aurait pu louper un détail essentiel.
    Zala.
    Jusque-là, il avait été impatient de terminer le manuscrit et de voir le livre publié. »  Page 180
  • « Il avait de nouveau contacté le journaliste Per-Åke Sandström, qu’il avait l’intention de balancer sans états d’âme dans son livre. A ce stade, Sandström avait commencé à comprendre le sérieux de la situation. Il avait supplié Dag Svensson d’avoir pitié de lui. »  Page 181
  • « Elle n’était pas sûre, mais un test de grossesse de la pharmacie trancherait.
    Elle se demandait si c’était vraiment le bon moment.
    Elle allait avoir trente ans. Dans un mois, elle soutiendrait sa thèse. Docteur Bergman ! Elle sourit de nouveau et décida de ne rien dire à Dag avant d’être sûre, et peut-être même d’attendre qu’il ait fini son livre et qu’elle-même fête sa thèse. »  Page 191
  • « On aurait dit une énorme raie manta qui se traînait sur le sol. Elle avait un dard comme un scorpion.
    Une chose était sûre. La créature n’était pas de ce monde. Elle n’était décrite dans aucun livre connu sur la faune. C’était un monstre sorti tout droit des enfers. »  Page 201
  • « Elle venait de sortir un livre en gestation pendant au moins dix ans et qui abordait le curieux sujet de la vision que le monde des médias avait des femmes. »  Page 205
  • « Ce soir, il s’agissait d’une fête privée et les invités étaient avant tout des gens ayant d’une manière ou d’une autre apporté leur contribution au livre. »  Page 205
  • « Dag Svensson ne s’était pas montré. Mikael était seul à peaufiner son manuscrit. Ils avaient fini par déterminer que le livre ferait deux cent quatre-vingt-dix pages en douze chapitres. Dag Svensson avait livré la version finale de neuf des douze, et Mikael Blomkvist avait épluché chaque mot et lui avait retourné les textes pour qu’il les clarifie ou les reformule selon ses indications
    Mikael considérait cependant Dag Svensson comme un écrivain très doué et sa contribution se limitait à des notes dans la marge. Il avait même du mal à trouver des endroits où sévir. Au cours des semaines où la pile du manuscrit avait grandi sur le bureau de Mikael, ils n’avaient été en désaccord total qu’au sujet d’un seul passage d’environ une page, que Mikael voulait supprimer et que Dag avait défendu avec force arguments. »  Page 213
  • « Bref, le livre que Millenium s’apprêtait à envoyer à l’imprimerie était costaud et Mikael était convaincu qu’on allait en parler. »  Page 214
  • « Le livre était plus qu’un reportage – c’était une déclaration de guerre. Mikael sourit calmement. Dag Svensson avait presque quinze ans de moins que lui mais Mikael reconnaissait facilement la passion qu’il avait eue lui-même un jour quand il était parti en croisade contre les journalistes économiques minables et avait pondu un livre à scandale que certaines rédactions ne lui avaient toujours pas pardonné.
    Le problème était que le livre de Dag Svensson devait tenir la route jusqu’au bout. Le journaliste qui redresse ainsi la tête doit être à cent pour cent sûr du terrain sur lequel il s’avance, sinon mieux vaut renoncer à publier. »  Page 214
  • « Il travailla encore trois quarts d’heure avant de rassembler ses feuillets et d’aller poser le chapitre sur le bureau d’Erika afin qu’elle le lise. Dag Svensson avait promis de mailer la version finale des trois chapitres restants le lendemain matin, ce qui donnerait à Mikael la possibilité de les relire pendant le week-end. Une réunion était programmée le mardi après Pâques, où Dag, Erika, Mikael et Malou se retrouveraient pour donner le feu vert à la version finale du livre, mais aussi aux articles de Millenium. »  Page 214
  • « Mikael n’avait même pas lancé d’appel d’offres – il avait décidé de faire confiance une nouvelle fois à Hallvigs Reklam à Morgongåva, l’imprimeur de son livre sur l’affaire Wennerström, qui proposait un prix et un service incomparables dans la branche. »  Page 215
  • « – Merde. J’ai promis de le retrouver à la rédaction demain matin avec les photos et les illustrations qu’on veut mettre dans le livre. Christer devait y jeter un coup d’œil pendant le weekend. Mais Mia vient de décréter qu’elle veut aller voir ses parents en Dalécarlie pour Pâques et leur montrer sa thèse. Ce qui fait qu’on partira tôt demain matin. »  Page 221
  • « – Je bute sur un truc que je voudrais vérifier avant que le livre passe à l’impression. »  Page 222
  • « – Il ne faut jamais mésestimer les petits doigts, dit Mikael. Mais franchement… on ne peut plus repousser la deadline à ce stade. La date a été retenue à l’imprimerie et le livre doit sortir en même temps que Millenium. »  Page 222
  • « – De quoi voudrais-tu parler ? demanda-t-il.
    – Je voudrais te parler du livre que tu as l’intention de publier chez Millenium. »  Page 223
  • « – Et qu’est-ce qui te fait croire que j’ai l’intention de publier un livre chez Millenium ? demanda Dag Svensson. »  Page 223
  • « Annika avait fait son droit et Mikael la considérait comme la plus douée des deux. Elle avait traversé ses études le vent en poupe, passé quelques années dans un tribunal rural et ensuite comme assistante d’un des avocats les plus célèbres de Suède avant de démissionner et d’ouvrir son propre cabinet. Annika s’était spécialisée dans le droit de la famille, ce qui peu à peu s’était transformé en un projet d’égalité. Elle s’était engagée comme avocate de femmes maltraitées, avait écrit un livre sur ce sujet et était devenue un nom respecté parmi les féministes. Pour couronner le tout, elle s’était engagée politiquement au côté des sociaux-démocrates, ce qui amenait Mikael à la taquiner et à la traiter d’opportuniste. »  Page 225
  • « – Le sujet en question parle de trafic de femmes et de violence à l’égard des femmes. Tu travailles sur la violence à l’égard des femmes et tu es avocate. Je sais que tu ne t’occupes pas de la liberté de la presse, mais j’aimerais beaucoup que tu lises le texte avant qu’on imprime. Il s’agit à la fois d’articles dans un numéro du journal et d’un livre, ça fait pas mal de choses à lire. »  Page 226
  • « – D’accord, dit Christer. Mais tu décris ces meurtres comme de véritables exécutions. Si j’ai bien compris ce qu’essaie de dire Dag Svensson dans son livre, il s’agit de types pas particulièrement futés. Sont-ils capables de commettre un double meurtre et de s’en tirer ? »  Pages 241 et 242
  • « – Je crois que Dag aurait voulu qu’on publie son histoire.
    – Et je trouve qu’on devrait le faire. Le livre, sans hésiter. Mais la situation en ce moment est telle que nous devons repousser la publication. »  Page 243
  • « – Tu prévoyais des jours de congé pour Pâques, Malou ? demanda-t-elle. Tu peux les oublier. Voici ce qu’on va faire… Malou, toi, moi et Christer on va cogiter pour pondre un numéro complètement nouveau sans Dag Svensson. On verra si on peut dégager quelques textes qu’on avait prévus pour juin. Mikael… tu disposes de combien de chapitres finis du livre de Dag Svensson ?
    – J’ai la version finale de neuf chapitres sur douze. J’ai l’avant-dernière version des chapitres X et XI. Dag s’apprêtait à m’envoyer par mail les versions finales – je vais vérifier ma boîte – mais je n’ai que des bribes du chapitre XII qui est le dernier. C’est là qu’il devait résumer et tirer des conclusions.
    – Mais toi et Dag, vous aviez discuté de tous les chapitres. – Je sais ce qu’il avait l’intention d’écrire, si c’est ça que tu veux dire
    – Bon, tu vas t’attaquer aux textes – le livre et l’article. Je veux savoir la quantité qui manque et si nous pouvons reconstruire ce que Dag n’a pas eu le temps de livrer. Est-ce que tu peux faire une estimation précise dans la journée ? »  Pages 243 et 244
  • « Pour l’heure, il fallait qu’il réexamine le livre aussi bien que les articles d’un œil nouveau, sachant désormais que l’auteur était mort et ne pouvait plus répondre aux questions pointues.
    Il devait prendre une décision quant à la publication du livre, et déterminer aussi si quelque chose dans le matériau pouvait constituer le mobile du meurtre. »  Pages 260 et 261
  • « Il avait passé l’après-midi à essayer de déterminer le destin du livre inachevé de Dag Svensson. »  Page 277
  • « Dag avait laissé le manuscrit d’un livre au contenu explosif. Il avait bossé plusieurs années à récolter des données et à trier des faits, une tâche dans laquelle il avait investi toute son âme et qu’il n’aurait jamais l’occasion de mener à bien. »  Page 278
  • « C’était maintenant à Mikael et à Erika de terminer le travail de Dag sur le livre, mais aussi de répondre aux questions du qui et du pourquoi
    – Je peux reconstruire le texte, dit Mikael. Malou et moi, on doit reprendre le livre ligne par ligne et y ajouter nos éléments de recherche pour arriver à répondre aux questions. En gros, on n’a qu’à suivre les notes de Dag, mais on a des problèmes dans les chapitres IV et V qui sont principalement basés sur les interviews de Mia, et là, on ignore tout simplement les sources. A quelques exceptions près cependant, je crois qu’on peut utiliser les références dans sa thèse comme source primaire.
    – Il nous manque le dernier chapitre.
    – C’est vrai. Mais j’ai le brouillon de Dag et on en a parlé tant de fois que je sais parfaitement ce qu’il avait l’intention de dire. Je propose qu’on le mette en postscriptum où je commenterai aussi son raisonnement.
    – D’accord. Mais je veux voir avant de valider quoi que ce soit. On ne peut pas lui prêter des paroles comme ça.
    – Ne te fais pas de soucis. J’écris le chapitre comme une réflexion personnelle signée de mon nom. Il sera clair que c’est moi qui écris et pas lui. Je raconterai pour quelle raison il a commencé à travailler sur ce livre et quelle sorte d’homme il était. Et je terminerai en récapitulant ce qu’il m’a dit au cours d’au moins une douzaine d’entretiens ces derniers mois. Je peux aussi citer pas mal de passages de son brouillon. Ça peut devenir quelque chose de très respectable.
    – Merde… c’est dingue l’envie que j’ai de publier ce livre, dit Erika. »  Pages 278 et 279
  • « – Si ce n’est pas l’œuvre d’un dément, il doit y avoir un mobile. Et plus j’y pense, plus j’ai l’impression que ce manuscrit est un putain de mobile.
    Mikael montra la liasse de papiers sur le bureau d’Erika. Erika suivit son regard. Puis leurs yeux se rencontrèrent.
    – Il n’y a pas forcément un lien avec le livre proprement dit. Ils ont peut-être trop fouiné et réussi à… je ne sais pas, moi. Quelqu’un s’est senti menacé.
    – Et a engagé un tueur. Micke, ces choses-là se passent dans les films américains. Ce livre parle des michetons. Il met en cause nommément des flics, des hommes politiques, des journalistes… Ce serait donc l’un d’eux qui a tué Dag et Mia ? »  Page 281
  • « – Comment se fait-il que vous vous soyez rendu chez Svensson et Bergman si tard le soir ?
    – Ce n’est pas un détail, c’est tout un roman, fit Mikael avec un sourire fatigué. »  Pages 281 et 282
  • « Mikael expliqua le contenu du livre à venir de Dag Svensson et le lien éventuel avec les meurtres qu’Erika et lui avaient envisagé. »  Page 282
  • « – Non, répondit Erika Berger. Nous avons consacré la journée à arrêter le travail en cours sur le prochain numéro. Nous publierons très probablement le livre de Dag Svensson, mais uniquement lorsque nous saurons ce qui s’est passé et, dans l’état actuel des choses, le livre doit être retravaillé. »  Page 283
  • « Reste cependant que le contenu du livre de Dag Svensson est secret jusqu’à ce qu’il soit imprimé. Nous ne tenons donc pas à ce que le manuscrit arrive aux mains de la police, surtout que nous nous apprêtons à nommer des policiers. »  Page 283
  • « Ensuite il inspecta les étagères une par une, en sortant des livres et en les feuilletant rapidement, et en vérifiant qu’il n’y avait pas quelque chose de caché derrière. Une bonne demi-heure plus tard, il remit le dernier volume dans la bibliothèque. Sur la table à manger se trouvait maintenant une petite pile de livres qui pour une raison ou une autre l’avaient fait réagir. Il enclencha le dictaphone et parla.
    « De la bibliothèque du séjour. Un livre de Mikael Blomkvist, Le Banquier de la mafia. Un livre en allemand intitulé Der Staat und die Autonomen, un livre en suédois intitulé Terrorisme révolutionnaire ainsi que le livre anglais Islande Jihad. »
    Il ajouta machinalement le livre de Mikael Blomkvist, compte tenu que l’auteur avait été mentionné dans l’enquête préliminaire. Les trois autres semblaient plus obscurs. Jerker Holmberg ignorait totalement si les meurtres avaient une quelconque relation avec une activité politique – il n’avait en sa possession aucun élément indiquant que Dag Svensson et Mia Bergman avaient été politiquement engagés – et ces livres pouvaient simplement exprimer un intérêt général pour la politique ou même s’être trouvés sur les rayons parce que nécessaires à un travail journalistique. En revanche il se dit que s’il y avait deux cadavres dans un appartement avec des bouquins sur le terrorisme politique, il y avait tout lieu de noter le fait. Les livres furent donc fourrés dans le sac de voyage d’objets saisis. »  Pages 295 et 296
  • « Là non plus il ne trouva pas de portable.
    Ce qui était étrange avec le chien, c’est qu’il n’aboyait pas, mon cher Watson.
    Il nota dans le compte rendu de saisie que, pour l’instant, un ordinateur semblait manquer. »  Page 299
  • « Il avait trié le matériel par terre dans le séjour. Le samedi, lui et Malou avaient passé huit heures à passer en revue les e-mails, les notes, les griffonnages dans les blocs-notes et surtout les textes du livre à venir. »  Page 312
  • « La liste de noms était composée exclusivement d’hommes qui étaient soit des clients de prostituées, soit des maquereaux et qui figuraient dans le livre. »  Page 315
  • « Ils avaient aussi discuté de l’aspect purement pratique de la publication du livre de Dag Svensson. »  Page 315
  • « – D’accord, dit Malou. Nous avons le manuscrit sous contrôle. Mais nous n’avons pas trouvé la moindre trace du meurtrier de Dag et Mia.
    – Ça peut être l’un des noms sur le mur, dit Mikael.
    – Ça peut être quelqu’un qui n’a rien à voir avec le livre. Ou ça peut être ta copine. »  Page 316
  • « Il réalisa tout à coup que son iBook était rempli de correspondance avec Dag Svensson, de différentes versions du livre de Dag et en plus d’une copie électronique de la thèse de Mia Bergman. »  Page 321
  • « – Et rien de tout ça ne colle vraiment. C’est Blomkvist qui a avancé la théorie que le couple d’Enskede a été tué à cause du livre que Dag Svensson était en train d’écrire. »  Page 351
  • « MIKAEL BLOMKVIST EUT UNE IMPRESSION de déjà vu en examinant la liste de suspects qu’il avait dressée avec Malou pendant le week-end. Il y avait là trente-sept personnes que Dag Svensson malmenait sans pitié dans son livre. »  Page 355
  • « – Et on fera comment pour les décortiquer ?
    – Je vais me concentrer sur les vingt et un michetons nommément cités dans le livre. Ils ont plus à perdre que les autres. Je vais emboîter le pas à Dag et leur rendre visite un à un. »  Pages 355 et 356
  • « – Non, évidemment pas. On a ses empreintes digitales. Mais jusqu’à maintenant, on a réfléchi à se rendre malade sur un mobile qu’on ne trouve pas. Je voudrais qu’on raisonne sur d’autres pistes éventuelles. Est-ce que d’autres personnes ont pu être mêlées ? Est-ce que ça a malgré tout quelque chose à voir avec le livre sur le commerce du sexe qu’écrivait Dag Svensson ? Blomkvist a raison quand il dit que plusieurs personnes mentionnées dans le livre ont des motifs de tuer. »  Page 382
  • « Elle se souvenait de Miåås comme d’une remplaçante pénible en maths qui s’était entêtée à lui poser une question à laquelle elle avait déjà répondu correctement, mais faux à en croire le manuel. En réalité, le manuel se trompait, ce qui, de l’avis de Lisbeth, aurait dû être évident pour tout le monde. Mais Miåås s’était de plus en plus entêtée et Lisbeth était devenue de moins en moins disposée à discuter la question. Pour finir, elle était restée sans bouger, la bouche formant un mince trait avec la lèvre inférieure poussée en avant jusqu’à ce que Miåås, totalement frustrée, la prenne par l’épaule et la secoue pour attirer son attention. Lisbeth avait riposté en lançant son livre à la tête de Miåås, d’où un certain désordre. »  Pages 410 et 411
  • « Elle fit un tour silencieux au grenier où elle tâtonna entre tous les cadenas jusqu’à ce qu’elle trouve le box de Bjurman. Il avait entreposé là de vieux meubles, une armoire avec des vêtements devenus superflus, des skis, une batterie de voiture, des cartons avec des livres et d’autres vieilleries. »  Page 434
  • « Sonja Modig passa trois heures devant le bureau de Dag Svensson, aidée dans sa tâche par la secrétaire de rédaction Malou Eriksson, d’une part pour comprendre de quoi parlaient le livre et l’article de Dag Svensson, d’autre part pour naviguer dans son matériel de recherche. »  Page 458
  • « SONJA MODIG AVAIT ALLUMÇ l’ordinateur de Dag Svensson et passé la soirée à dresser l’inventaire du contenu du disque dur et des ZIP. Elle resta jusqu’à 22 h 30 à lire le livre de Dag Svensson.
    Elle se rendit compte de deux choses. Premièrement, elle découvrit que Dag Svensson était un brillant écrivain dont la prose était fascinante d’objectivité quand il décrivait les mécanismes du commerce du sexe. »  Page 464
  • « Le livre constituait une raison de tuer. »  Page 464
  • « – D’accord. Qu’est-ce que nous dit l’horaire ? Peu après 20 heures, Dag Svensson appelle Mikael Blomkvist et fixe un rendez-vous pour plus tard dans la soirée. A 21 h 30, Svensson appelle Bjurman. Peu avant la fermeture à 22 heures, Salander achète des cigarettes dans le bureau de tabac d’Enskede. Peu après 23 heures, Mikael Blomkvist et sa sœur arrivent à Enskede et à 23 h 11, il appelle SOS-Secours.
    – C’est bien ça, Miss Marple. »  Page 467
  • « Il avait ressenti une vague de soulagement et d’espoir — Svensson était mort et avec lui peut-être aussi le livre sur le trafic de femmes dans lequel ce type avait l’intention de le dénoncer comme délinquant sexuel. »  Page 471
  • « Si Dag Svensson travaillait sur un livre où il allait être nommé comme violeur avec des tendances pédophiles, alors ce n’était pas invraisemblable que la police commence à fouiner dans ses petits écarts. Bon Dieu… il pourrait être suspecté pour les meurtres. »  Page 471
  • « Il ignorait où en était le travail avec le livre. »  Page 472
  • « – J’ai l’intention de rendre compte de détails du livre sur le commerce du sexe que Dag Svensson était en train de terminer. Le seul micheton que je vais nommer, c’est toi. »  Page 473
  • « Les mecs pouvaient être grands comme des maisons et bâtis en granit, mais leurs couilles étaient toujours au même endroit. Et son coup de pied fut si pur qu’il devrait être noté dans le Livre Guinness des records. »  Page 507
  • « – Il faut aussi que je puisse me regarder dans la glace. Voilà ce qu’on va faire… Vous allez travailler avec notre collaboratrice Malou Eriksson. Elle connaît parfaitement le matériel et elle a la compétence requise pour déterminer où passe la limite. Elle aura pour mission de vous guider dans le livre de Dag Svensson, dont vous avez déjà une copie. Le but sera de faire un inventaire compréhensible des personnes qu’on peut considérer comme des suspects potentiels. »  Page 525
  • « Elle lut le journal intime de Holger Palmgren avec des sentiments très mitigés. Il y avait deux carnets de notes reliés. Il avait commencé ses notes quand elle avait quinze ans et venait de fuguer de sa deuxième famille d’accueil, un couple âgé à Sigtuna dont le mari était sociologue et la femme auteur de livres pour enfants. »  Page 532
  • « – D’accord, dit-il. Je n’ai pas le choix. Tu me promets que mon nom ne sera pas mentionné dans Millenium et je te dis qui est Zala. Et pour cela j’exige d’être protégé, en tant que source.
    Il tendit la main. Mikael la serra. Il venait de promettre de dissimuler une infraction à la loi, ce qui en soi ne lui faisait ni chaud ni froid. Il avait seulement promis que lui-même et le journal Millenium n’écriraient rien sur Björck. Dag Svensson avait déjà écrit toute l’histoire de Björck dans son livre. Et le livre de Dag Svensson serait publié. Mikael était fermement décidé à veiller là-dessus. »  Page 543
  • « Ne tenant pas en place, il chercha quelque chose à lire sur les étagères de Lundin. Malheureusement, la veine intellectuelle de Lundin laissait pas mal à désirer, et il dut se contenter d’une collection de vieilles revues de moto, de magazines pour hommes et de polars malmenés du genre qui ne l’avait jamais fasciné. »  Page 571
  • « – J’ai une grande confiance en sa capacité de retomber sur ses pieds. Elle vit peut-être chichement, mais c’est une battante. Pas tout à fait chichement. Elle a volé près de 3 milliards de couronnes. Elle ne crèvera pas de faim. Tout comme Fifi Brindacier, elle a un coffre plein de pièces d’or. »  Page 585
  • « Il monta l’escalier, en lisant les plaques sur les portes à chaque étage. Aucun nom ne fit écho dans sa tête. Puis il arriva au dernier étage et lut V. Kulla sur la porte.
    Mikael se tapa la main sur le front. Villa Villerkulla, la maison de Fifi Brindacier ! »  Page 603
  • « A Millenium, l’alarme se déclenchait si personne ne pianotait le bon code de quatre chiffres dans les trente secondes, puis débarquaient quelques malabars d’une société de sécurité.
    Sa première impulsion fut de refermer la porte et de quitter rapidement les lieux. Mais il resta comme figé.
    Quatre chiffres. Taper le bon code par hasard était totalement impossible.
    25-24-23-22…
    Foutue Fifi Brinda… »  Page 604
  • « Irene Nesser était maquillée plus discrètement que Lisbeth Salander. Elle avait un collier ridicule et elle lisait Crime et Châtiment, trouvé chez un bouquiniste quelques rues plus au nord. Elle prenait son temps et tournait régulièrement les pages. Elle avait commencé sa surveillance vers midi et elle ignorait complètement à quelle heure la boîte était relevée en général, si c’était quotidiennement ou peut-être toutes les deux semaines, si elle était déjà relevée pour aujourd’hui ou si quelqu’un allait venir. »  Page 620
  • « Dans la marge de son exemplaire de l’Arithmétique, Pierre de Fermat avait griffonné : J’en ai découvert une démonstration merveilleuse. L’étroitesse de la marge ne la contient pas. Le carré s’était transformé en cube (x3 + y3 = z3), et les mathématiciens avaient passé des siècles à essayer de résoudre l’énigme de Fermat. Pour enfin y arriver, à la fin du XX siècle, Andrew Wiles s’était battu pendant dix ans, en utilisant les logiciels les plus performants du monde. »  Page 626
  • « Il lui rappelait beaucoup trop Mikael Blomkvist – un insupportable sauveur du monde qui s’imaginait pouvoir changer les choses en publiant un livre. »  Page 637
3 étoiles, C, M

Malphas, tome 1 : Le cas des casiers carnassiers

Malphas, tome 1 : La cas des casiers carnassiers de Patrick Senécal.

Éditions du club Québec Loisirs, publié en 2012, 337 pages

Premier tome de la série de romans « Malphas » de Patrick Senécal paru initialement en 2011.

Julien Sarkozy, professeur de littérature au collégial ayant quatorze ans d’ancienneté, se retrouve forcé de poursuivre sa carrière au cégep de Malphas, dans une petite ville perdue du Québec. Personne ne décide d’aller à Malphas, ni les professeurs, ni les élèves. Ils s’y retrouvent parce qu’ils n’ont aucun autre choix, c’est le cégep de la dernière chance. Dès la première journée de classe, des événements sordides font réaliser à Julien que Malphas est un cégep différent des autres. Une des étudiantes a trouvé le cadavre de son ex-petit ami dans son casier. Le lendemain se produit un évènement similaire. Pourquoi la direction n’a pas fermé le cegep dès la première journée ? Julien essaie donc d’enquêter sur les évènements et sur son nouvel environnement. Il commence même à se rendre à l’évidence qu’il pourrait y avoir une raison surnaturelle à tout ceci.

Roman d’horreur avec une touche humoristique. Senécal nous présente dans ce roman un univers fantastique déjanté où ont lieu des meurtres plus sanglants les uns que les autres. On y retrouve aussi du suspense, des intrigues tordues et un humour noir et ironique qui n’est pas déplaisant. Les personnages sont aussi colorés que l’univers proposé. Par contre, ils sont trop caricaturaux ce qui détruit toute possibilité pour le lecteur de se cramponner au réel. Le personnage tourmenté de Julien n’échappe pas à la caricature avec sa vulgarité, son cynisme et son obsession du sexe qui finissent par devenir redondants. Malheureusement, le texte manque de fini et de finesse on a l’impression que l’auteur a omis de faire une relecture critique de son texte. Il y a donc place à amélioration pour les autres tomes de cette série. Lecture agréable et intéressante malgré les quelques défauts trouvés.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 12 novembre 2015

La littérature dans ce roman :

  • « Quelques-uns m’observent en marmonnant entre eux : tiens, regarde, un nouveau prof. Eh oui, les jeunes, un autre vieux qui va venir vous faire chier avec le français, les livres et la culture. »  Page 15
  • « – L’ancien bureau de Martial. J’imagine que c’est maintenant le tien. Je me demandais, ce matin, pourquoi il n’y avait aucun des livres de Martial dessus. Là, je comprends : il est parti ! »  Page 25
  • « Je vais dans le classeur général du département et consulte les plans de cours des autres profs qui ont donné le 102. Ça ressemble pas mal à ce qu’on faisait dans les deux autres cégeps où j’ai enseigné. Sauf qu’ici le siècle étudié est le dix-neuvième, ce qui me convient parfaitement, c’est sans doute mon époque littéraire préférée. »  Page 26
  • « Je vais ouvrir la porte du local-dîneur où Zazz et Mortafer discutent toujours.
    – Je veux commander les trois romans de mon cours. Vous pouvez me dire où est la COOP du cégep ? »  Page 28
  • « Elle sourit de nouveau, un sourire malicieux et mystérieux qui, filmé en gros plan, assurerait le succès de tout film porno. Et cette voix ! Éduquée, élégante, mais avec un petit feedback rauque à peine perceptible, une voix à double personnalité : le jour, nous entendons la voix de Jekyll, mais nous imaginons toutes les obscénités proférées la nuit par celle de Hyde… »  Page 29
  • « Je trouve la COOP, qui est tellement en désordre que je me demande comment on peut y trouver quoi que ce soit. Il y a deux comptoirs. Un pour les élèves, l’autre pour les profs. Je vais à celui des profs et commande cent quarante exemplaires des trois romans choisis pour mon cours. »  Page 30
  • « Dimanche, je m’occupe de mon modeste appart, le décore un peu, vide une ou deux boîtes. Je tombe sur mes exemplaires de Bitume mentale et La Vérité qui ment. Je les considère avec une certaine amertume. Sur les couvertures, mon nom est écrit en plus gros caractères que les titres, choix sans doute peu avisé de mon éditeur. En tout cas, cette prétention a donné des munitions supplémentaires aux critiques. Comme si elles en avaient besoin… Surtout Guillaume Bilodeau, ce fumier frustré qui doit éjaculer chaque fois qu’il traîne un écrivain dans la boue. Celui-là, si je le rencontre un jour, je lui botte le cul tellement fort que la merde va lui gicler par les oreilles. Mais ce serait fort improbable que nous nous croisions : je ne me tiens ni dans les cocktails mondains ni dans les saunas gais.
    Après hésitation, je range mes deux livres avec les autres, dans ma grande bibliothèque. On ne sait jamais : si des gens viennent chez moi, ils vont peut-être les voir…
    Je lis toute la soirée et je passe à travers la moitié des Cerfs-volants de Gary. Encore une fois, son talent m’éblouit tellement que j’en ai les larmes aux yeux. Je m’arrête à contrecœur vers onze heures. »  Page 31
  • « — T’es ben con, de pas savoir ça !
    La tête de Turc se lève, furieux :
    — Vous avez pas le droit de rire de moi !
    Et les poings serrés, comme un personnage de BD, il traverse la pièce et sort de la classe en claquant la porte. »  Page 36
  • « — Vous aurez trois livres à lire, comme dans chaque cours de français. Ils devraient être disponibles à la COOP d’ici quelques jours. Je vous écris tout de suite les titres au tableau. »  Page 38
  • « Je vais donc au tableau et écris les trois titres : Le Horla de Maupassant, Germinal de Zola et Les Fleurs du mal de Baudelaire.
    — Je les ai lues, Les Fleurs du mal, la session passée ! soupire quelqu’un.
    — Moi aussi, renchérit un autre chialeux.
    — Eh bien, vous les relirez, que je rétorque. Manifestement, vous les avez pas comprises la première fois puisque vous êtes ici. »  Pages 38 et 39
  • « — Sont-tu longs, ces livres-là ? demande une fille.
    Si on m’avait enlevé un cheveu chaque fois qu’un étudiant m’a posé cette question, je serais chauve depuis belle lurette, moi qui suis pourtant pourvu d’une épaisse crinière.
    — Baudelaire, ce sont des poèmes, nous n’en lirons qu’une trentaine. Le Horla, c’est une nouvelle d’une quarantaine de pages.
    L’espoir embaume l’air, mais je le dissipe rapidement :
    — Germinal, c’est cinq cents pages.
    Exclamations, gémissements et grincements de dents s’unissent en une symphonie que Moussorgski n’aurait pas reniée. »  Page 39
  • « Certes, les manifestations de profond désespoir me sont familières depuis longtemps, mais je trouve tout de même que celles-ci sont un brin excessives. Seule la Black à la queue de cheval inscrit les titres des livres avec un large sourire et un stylo. Si elle aime tant lire, pourquoi a-t-elle échoué le cours l’an passé ? Son français écrit est sans doute catastrophique.
    — Ça y est ? que je dis patiemment, avec un sourire en coin. Vous vous êtes bien exprimés ? Vous m’avez voué, moi et mes descendants, aux feux de l’enfer ? Ne craignez rien, vous allez survivre. Du moins, la plupart d’entre vous. Et si vous vous ouvrez l’esprit, vous allez peut-être même vous surprendre à aimer ce livre, pourquoi pas ? »  Page 39
  • « — T’aurais pas écrit la rédaction de romans, par hasard ?
    La dernière fois que j’ai été si estomaqué, c’est lorsque mon ex-femme m’a avoué qu’elle savait que j’avais couché avec certaines de ses meilleures amies. Après quelques secondes de stupéfaction, je réponds au barbu les mêmes mots que j’avais balbutiés à mon ex :
    — Heu… oui, deux.
    Tout le monde me considère maintenant avec un nouvel intérêt et, ma foi, ce n’est pas désagréable.
    — Ah, c’est ça… Je me rappelais plus le souvenir de ton nom, mais la face de ton visage me disait quelque chose en me le rappelant… J’ai vu tes photos sur l’arrière du dos de tes romans.
    Si ce gars écrit comme il parle, la correction de ses textes s’apparentera à du sport extrême.
    — Ah, bon ? Tu les as lus ?
    — Oui.
    Criss de saperlipopette ! À l’exception de mon ex et de deux ou trois amis, je n’ai jamais rencontré aucun de mes lecteurs ! Il est vrai que les chances de vivre une telle expérience sont minces : quarante-six personnes à travers tout le Québec, c’est assez dispersé. Mon cœur se met à battre comme celui d’un fan qui trouve le premier caleçon de Michael Jackson sur eBay. Mais pas question de montrer mon excitation. C’est donc d’un air détaché au point d’en être décollé que je demande :
    — Ah… Et tu les as trouvés comment ?
    — Poches.
    Il prononce ce bref jugement sans accent d’arrogance ou de moquerie. Il aurait dit le mot « escabeau » sur le même ton. Personne ne bouge, tous attendent ma réaction. Dans toutes les occasions, je peux réagir, répondre, me fâcher, perdre les pédales. Toutes, sauf une : quand on critique mes livres. Quand cela arrive, je rugis intérieurement, mais de l’extérieur, je gèle, pris d’une pudeur tout à fait inhabituelle. Peut-être parce qu’au fond je doute moi-même de la qualité de mes romans… »  Pages 40 et 41
  • « À un moment, la Noire à la queue de cheval se lève, vient déposer sa copie sur la pile et, toute contente, me confie à voix basse :
    — J’ai hâte de lire les livres, je suis sûre que ça va être super bon !
    Je la remercie d’un petit sourire et elle sort. Voilà le genre de commentaire qui redonne foi en notre profession. Je vérifie son nom sur sa copie : Nadine Limon. J’ai hâte de lire sa copie. Si elle est aussi brillante qu’elle est cute… Bon, elle a l’air un peu trop schtroumpfette, du genre qui doit sentir toutes les fleurs qu’elle croise en couinant de bonheur, mais jolie quand même. Et une schtroumpfette noire, c’est pas banal. »  Pages 42 et 43
  • « — J’ai… fini.
    Et il se lève, sac dans une main, copie dans l’autre. Je tente de n’afficher aucune animosité tandis qu’il approche, mais j’ai encore sa brève et assassine critique de mes livres en travers de la gorge. Il dépose la copie en ricanant, embarrassé.
    — J’ai peut-être été un peu heavy dans ma dureté de tout à l’heure…
    — Peut-être. En fait, l’étape suivante dans l’échelle de l’insulte, c’est le crachat, je pense…
    — C’est juste que les romans qui mêlent l’entrecroisement de l’humour pis du genre policier, c’est pas ma tasse de café…
    — Je suis pourtant pas le premier à écrire du roman policier avec une ambiance humoristique.
    — Je le sais. Je parle juste des goûts de mes préférences. Pis moi, je suis comme de même : j’énonce ce qui me traverse l’esprit quand je pense mes idées.| »  Page 43
  • « Julie Thibodeau, ses cahiers sous le bras, marche vers la section des casiers en se plaignant d’un air théâtral.
    — Déjà que philo, c’est plate à mort, mais avec ce prof-là, ça va être trop mortel, j’te jure ! »  Page 53
  • « Elle s’arrête devant son casier puis tend ses cahiers à Fanny, qui comprend tout de suite et prend le tout. Les mains libres, Julie fouille dans son sac à main :
    — Je vais essayer de dîner avec Ben… »  Page 53
  • « — Non, non, approchez pas, personne ! Il faut toucher à rien tant que la police est pas là !
    J’imagine ce que diraient les critiques qui ont assassiné mes deux livres s’ils me voyaient : « À défaut d’écrire de bons romans policiers, l’auteur raté tente de se prendre pour un flic dans la vraie vie. » »  Page 58
  • « Je m’approche de Mortafer qui range des livres dans sa mallette. »  Page 62
  • « — Il s’était beaucoup amélioré dans mon cours.
    Ça, je n’en doute pas une seconde. Elle est sûrement le genre de prof capable de donner envie à ses étudiants de lire toute l’œuvre de Tolstoï. »  Page 65
  • « Le texte le plus hallucinant est l’analyse de Rapides et Dangereux qui tente de démontrer qu’il s’agit d’une métaphore philosophique sur la confusion identitaire des prolétariens à la recherche de sens dans une époque post-marxiste. Je me demande ce que cette élève va bien pouvoir déceler dans Baudelaire : un complot misogyne contre les charmeuses de serpents ? »  Page 67
  • « Puis, je tombe sur le papier de Nadine Limon, la schtroumpfette black qui semble tellement aimer la lecture. »  Page 67
  • « Je marche vers le bar en question et examine l’affiche qui proclame le nom de l’endroit : L’ami ne deux faire. Qu’est-ce que c’est que ce charabia ? Le propriétaire a choisi cinq mots au hasard dans le dictionnaire ou quoi ? Pourquoi pas Le copain te quatre suivre, tant qu’à y être ? Je relis l’affiche six fois et finis par comprendre. Répétez le nom à haute voix… Vous y êtes ? Eh oui : la mine de fer… »  70
  • « — Guillaume est un élève de sciences pures que j’ai eu la session passée en français. On s’est rencontrés par hasard ce soir, pis, heu… On a pris une bière en parlant des livres qu’il a lus dans mon cours… Il les avait bien aimés… Hein, Guillaume ?
    — Oui, oui… Surtout la pièce de théâtre, là, Rhubarbe…
    — Ruy Blas.
    — Ouais, c’est ça… »  Page 78
  • « — Hey, hey, tu te sauves pas, toi là, hein ? s’inquiète Zazz.
    — Non, non, je vais être en d’dans.
    Il disparaît en quelques secondes. Ma collègue se sent encore obligée de se justifier :
    — Je veux pas qu’il se sauve parce qu’on était justement en train de parler de l’œuvre de Hugo, pis c’est tellement rare qu’on a ce genre de conversation avec un étudiant, tu comprends ?
    — Bien sûr. »  Page 78
  • « Elle regarde son joint, en prend une dernière touche et l’écrase sur le mur :
    — Bon, c’est assez pour moi aussi… Je vais retourner dans le bar pour continuer ma discussion avec Guillaume… Notre discussion sur… Victor Hugo, évidemment !
    Elle pouffe de rire, comme l’ado qu’elle était il y a quelques années à peine. »  Page 82
  • « À mon bureau, je mets de l’ordre dans mes affaires en reluquant souvent vers l’entrée du département jusqu’à ce que l’apparition tant attendue daigne enfin se révéler : Rachel entre, suivie de deux adolescents qui portent son sac et ses livres. »  Page 87
  • « Du coin de l’œil, j’observe Zazz qui mange son tofu. Si sa discussion sur Hugo avec son jeune s’est intensifiée au cours de la nuit, elle n’en garde aucune séquelle, à part peut-être une vague fatigue dans le regard. »  Page 89
  • « — On dirait que ça t’allume, ce genre d’histoires…
    Je hausse les épaules avec un petit sourire d’excuse.
    — Ouais… Je suis un grand amateur de littérature policière…
    Je passe à deux auriculaires d’ajouter : « J’en ai même écrit deux ! » mais je me retiens.
    — Les romans policiers, marmonne Davidas. C’est vrai que c’est un divertissement agréable. Bon, c’est pas de la grande littérature, mais quand même…
    Ça y est, un autre lettré qui se pince le nez en parlant de culture populaire. J’ai enduré ces snobs durant tout mon bac en littérature. Ce sont les mêmes qui n’aimaient que les films suédois sous-titrés en turc et qui cruisaient les filles en leur parlant de Sartre. Froidement, je dégaine :
    — Il y a quand même de grands auteurs de romans policiers, on peut pas nier ça…
    — Oui, quelques-uns, comme Dan Brown, mais on parle d’exception, là.
    Je le dévisage, médusé. Il a vraiment dit Dan Brown ? Je me retiens pour ne pas éclater de rire mais remets les pendules à l’heure :
    — Heu… Je pensais surtout à Hammett, Chandler, Simenon ou, plus récents, Ellroy et Lehane…
    — Ellroy… J’ai vu le film Le Dalhia Noir, c’est pas très fort…
    — Mais le roman est vraiment meilleur !
    — Bof, ça revient au même : c’est la même histoire, alors…
    Et il rit, un rire fort mais mou, il rit en regardant tout le monde, comme pour s’assurer qu’il vient de sortir un argument imparable. Mais personne ne rit avec lui. Zazz continue à brouter son tofu, Poichaux a un simple sourire poli et Valaire, sans gêne, lance à son collègue flasque :
    — Voyons, Elmer, pis Poe, c’est qui, un rédacteur de faits divers ? Il a inventé la première vraie histoire policière, ciboire !
    — Oui, j’ai déjà entendu ça, cette rumeur-là…
    Cette rumeur-là ? Mais de quoi il parle ? Il se trouvait dans une file au supermarché quand il a soudain entendu les gens devant lui marmonner : « Hey, vous savez pas quoi ? Il paraît que Poe a inventé la littérature policière ! C’est ma belle-sœur qui m’a dit ça ! » Moi qui croyais, il y a une minute, que Davidas était un hyper-cultivé méprisant, je commence à me rendre compte que la première moitié de mon jugement était sans doute précipitée. Mais Davidas ne s’arrête pas là :
    — De toute façon, Poe, je l’ai juste lu en français. Les traductions, ça donne pas une vraie idée de l’auteur…
    — C’est quand même Baudelaire qui l’a traduit, que je fais remarquer, de plus en plus ouvertement agacé.
    Davidas a une petite moue. Molle, évidemment. Je pense que la seule chose qui pourrait être dure sur lui, c’est mon poing. Il rétorque avec le ton de celui qui avance une évidence littéraire :
    — Un poète qui traduit un auteur de fiction, c’est quand même pas l’idéal. On traduit pas de la fiction comme on écrit des vers, c’est évident. Les gens ont tendance à oublier ça. »  Pages 91 et 92
  • « — Ça, je pense que c’est le numéro du cadenas du casier.
    — Ouais, pis ?
    — Je sais pas, moi ! Vous pourriez au moins noter le numéro !
    Il soupire, comme si on lui avait demandé de recopier le dictionnaire au complet. Il daigne regarder le papier de son œil éteint et, sans me le prendre des mains, note le numéro dans son calepin. »  Page 99
  • « — Pis vous étiez là aussi hier matin à l’endroit sur place, non ?
    Bon, s’il me vouvoie, c’est qu’il a mis son chapeau de journaliste. Ce gars-là a sans doute lu L’Avare dans son cours de français 101 et, depuis, il souffre du syndrome de Maître Jacques.
    — Non, hier, je suis arrivé après, comme tout le monde.
    — Inquiétant, ces deux morts violentes pis semblablement pareilles en deux jours, hein ?
    — Simon, si tu veux une entrevue pour ton journal sur ce sujet, tu perds ton temps.
    — OK, pas d’entrevue comme proprement dite, mais je vais faire l’enclenchement de ma propre enquête. Pis je t’en parle en discutant parce que je le sais que ce genre d’affaires-là qui vient d’arriver t’intéresse. Je t’ai vu agir dans l’action de ce que tu faisais, tout à l’heure, tu te débrouilles comme un poisson qui coule de source. T’as pas écrit la rédaction de deux romans policiers pour rien… »  Pages 100 et 101
  • « Les huit professeurs sont présents et même un neuvième, une femme qu’on me présente : Judith Ruglas. Elle ne donne qu’un seul cours le jeudi matin, le cours de théâtre pour les élèves qui suivent notre programme Lettres, Cinéma et Théâtre. Nous ne risquons donc pas de nous croiser souvent, ce qui ne sera pas une grande perte si j’en juge par son air pincé et hautain qui la fait ressembler à une écrivaine parisienne, son grand foulard autour du cou et son faux accent radio-canadien. »  Page 103
  • « C’est grâce à ton souci de la spécialisation que tu as cru que Racine avait inventé la racinette, ma chouette ? À cette pensée, je me mords la lèvre inférieure pour ne pas éclater de rire. »  Page 105
  • « — Si tu me trouves ce que je te demande, je t’en dirai plus.
    Je ne sais pas si j’ai l’intention ou non de tenir cet engagement, mais je n’ai ni le temps ni l’envie de me livrer moi-même à cette petite enquête qui, par ailleurs, est sans doute inutile. Car une grande partie de moi continue à me répéter que je me fais des idées, que mon imagination d’écrivain, même raté, délire un peu trop. »  Page 131
  • « — Tu es arrivé hier, je suppose ?
    — Exact, le colloque de Paris a été un vif succès. Mais dès mon arrivée, on m’a narré les derniers événements, dit-il en avançant de quelques pas, un bouquin entre les mains. Quelle histoire ! Il faut croire que Cendrars avait raison : « La folie est le propre de l’Homme »… Ces immondes événements doivent émouvoir tout le monde, n’est-ce pas ? On en parle partout. Même toi et monsieur… monsieur ? »  Page 135
  • « — Comment a-t-il pu passer incognito avec un tel fardeau ? me coupe gentiment le vieil homme. Il l’a caché dans sa poche de pantalon ?
    Et il rigole, un ah-ah qui vient plus du cerveau que du ventre, comme un vicomte sorti de la cour de la princesse de Clèves. »  Page 136
  • « Mais papa Archlax ne demeure pas longtemps fâché contre fiston. À nouveau tout sourire, il s’approche du bureau de son fils presque en gambadant et lui tend son bouquin :
    — Bon, je ne vais pas te déranger trop longtemps, je voulais profiter de l’occasion pour t’apporter mon nouveau-né, il est sorti des presses la semaine dernière.
    Comment, il écrit en plus ? Et quoi, encore ? Va-t-il aussi nous annoncer qu’il a été qualifié au ski acrobatique pour les prochains Jeux Olympiques ? Junior prend le livre :
    — Un autre…
    Sa voix exprime autant l’admiration que l’agacement. Deux émotions en même temps chez Archlax junior ! C’est un jour faste ! Il examine le bouquin un moment, le retourne, tandis que son père sort de sa poche un paquet de cigarettes. Fiston s’en rend compte :
    — Père, on ne peut plus fumer dans les établissements publics, tu le sais bien…
    Archlax senior soupire, sa cigarette en main. Le genre de cigarette qu’on ne voit plus, très longue et mince, très aristocratique. Il la range en secouant la tête :
    — Ne pas avoir le droit de fumer dans l’établissement que l’on a fondé soi-même, c’est un comble.
    Junior revient au livre et demande :
    — Et ça parle de quoi, cette fois ?
    Papa, heureux qu’on lui pose la question, répond, en me jetant sournoisement des regards pour s’assurer que j’écoute aussi :
    — Eh bien, c’est un essai qui explique pourquoi l’Homme, tout en cherchant le bonheur, ne finit que par trouver son propre fatum, c’est-à-dire sa finalité inéluctable, celle-là même qui, inconsciemment, le pousse vers cette quête absurde de la félicité. Il traverse ainsi trois étapes qui sont l’aliénation du Ça, la sublimation du Sur-Moi, puis l’intégration du Moi, mais le tout en niant totalement son Lui.
    — Son Lui ? que je m’étonne.
    Sourire du vieux.
    — Un concept que j’ai inventé.
    À nouveau, il réussit à avoir l’air modeste et suffisant à la fois. Cette dichotomie, d’abord amusante, commence à me les gonfler un peu. Je vois bien qu’il attend un commentaire de ma part et je me contente de dire d’une voix ambiguë :
    — Un livre de vacances, quoi…
    Du coin de l’œil, je crois voir Archlax junior pâlir, mais je n’en suis pas convaincu. Archlax senior, lui, tique légèrement. Allons, ma chouette, faut pas m’en vouloir. T’as l’air plutôt sympathique malgré ta propension à étendre ta confiture personnelle sur toutes les tartines humaines qui t’entourent, mais que veux-tu, face à un gars qui se trouve beau, il est tellement tentant de lui rappeler l’existence du furoncle derrière son oreille…
    Mais Archlax reprend rapidement son air sympathique, me salue (En espérant que ce drame terrible ne ternira pas trop l’image que vous vous faites de notre région), salue son fils (J’ai dédicacé le livre, bonne journée, junior. On se voit ce soir ?) puis décrisse. »  Pages 139 et 140
  • « La porte de l’ascenseur s’ouvre et je fais le mouvement d’entrer, mais m’arrête juste à temps, sur le point de percuter un torse. Je lève les yeux : le torse se poursuit sur un bon quinze centimètres avant de se transformer en cou épais et poilu, puis en visage couperosé, ridé et particulièrement laid. Au moment où je me dis que je suis tombé sur l’ogre du Petit Poucet, la vue de la casquette sur le sommet de cette vilaine tête me fait comprendre qu’il s’agit en réalité du gardien de sécurité du cégep, que j’avais à peine entrevu l’autre jour. »  Page 146
  • « Pour la première fois, Judith Ruglas, la prof de théâtre qui ne vient qu’une fois par semaine, bouffe avec nous et ce que j’avais pressenti se confirme : c’est une petite snob connasse qui, tout en commentant les horribles meurtres de cette semaine, réussit à glisser qu’elle a déjà rencontré Wajdi Mouawad et Michel Tremblay et qu’elle adore le théâtre existentialiste turc. »  Page 148
  • « Lorsque je présente les trois romans à lire, j’ai à nouveau droit à un tollé digne de mai 1968. Je les laisse chialer un moment, puis, sourire en coin, je répète ma petite scène habituelle :
    — Ça y est ? Vous m’avez voué, moi et mes descendants, aux feux de l’enfer ? Craignez rien, vous allez survivre…
    — J’en ai lu un, Zola, à l’autre session ! se révolte un gars. Thérèse Raquin ! C’était méga-poche !
    Mon sourire se fissure et mes lèvres s’éparpillent sur le sol, en mettant au jour mes dents acérées. Mes yeux se transforment en viseurs et font un zoom avant sur le blasphémateur : un jeune Yo avec une grotesque casquette de je ne sais quel groupe de musique insipide. Je veux rattraper les mots qui sortent de ma bouche et les ramener, mais trop tard, ils ont déjà atteint leur cible :
    — Toi, si tu dis une autre fois que Zola est poche, je t’enfonce la casquette dans la gorge tellement profond que tu vas devoir aller aux toilettes pour la récupérer.
    Le silence est tel qu’on croirait que les molécules d’air se sont elles-mêmes figées. Tous me dévisagent comme si je venais de sortir un revolver. Le jeune Yo lui-même est aussi blanc que les nombreux kleenex qu’il doit souiller tous les soirs. Je me frotte rapidement les yeux. Du calme, criss ! Me reprendre avant de sauter ma coche… Il faut que je me rappelle ce qui s’est passé la dernière fois que j’ai lâché la bride : le cheval est devenu fou, il a renversé la charrette, je suis tombé… et je me suis relevé ici.
    — Ce que je veux dire, c’est que vous pouvez pas dire que Zola, c’est poche. Vous avez le droit de ne pas aimer ça, mais pas de dire que c’est poche. Et puis, attendez de lire le livre avant de dire quoi que ce soit. OK ? »  Pages 149 et 150
  • « Je lis la première feuille. C’est carrément un rapport sur Guillaume Duval, avec sa date de naissance, son adresse, son code permanent, sa concentration au cégep et son horaire complet de cours. Sur la seconde feuille, on retrouve le même genre d’info, mais sur Mélie Sirois. Il y a même une photo de chacun des deux élèves. J’observe Sherlock Holmes junior, à la fois amusé et impressionné. »  Page 151
  • « Archlax a beau m’avoir prévenu que la clientèle de Malphas ne représente pas tout à fait l’élite de la jeunesse québécoise, je crains que cela soit pire que ce à quoi je m’attendais. Vont-ils vraiment être capables de lire Germinal au complet ? À moins que je dégote une édition illustrée. »  Page 161
  • « Pas très convaincu, je quitte le local. Prudence : la méfiance pathologique de Gracq est en train de me contaminer. Mais je ne peux m’empêcher de me rappeler que les numéros des cadenas de Thibodeau et de Farer correspondent aux codes permanents de Fermont et de Rivard. Bien sûr… et après ? Heureusement que Gracq ne connaît pas cette information : il y aurait sans doute vu la confirmation de la présence d’extraterrestres…
    Je jette les feuilles dans la première poubelle que je croise. Je me répète qu’il est temps que je commence à écrire un nouveau roman : à défaut de m’apporter le succès, ça servira de soupape à mon imagination trop débordante. »  Page 164
  • « En face, Sirois a fini d’ouvrir son cadenas, elle attrape la clenche de la porte, sur le point de l’ouvrir… Criss, j’ai la chair de poule comme si j’entendais quelqu’un se frotter les dents sur un tableau noir ! Sirois ouvre la porte…
    Rien pantoute. Enfin, rien d’anormal. Un manteau, des photos collées sur la paroi intérieure, des livres sur l’étagère supérieure. Pas de sang, de membres arrachés ou de chair gluante. Sirois prend ses cahiers et referme le casier. »  Page 172
  • « Au loin, je vois les policiers qui approchent. Je commence à m’éloigner, la tête bourdonnante, mais Gracq m’agrippe le bras une seconde fois, l’air cette fois très sérieux derrière sa barbe de trotskiste attardé. »  Page 174
  • « — Il y a eu une attaque de corbeaux à l’ouverture de Malphas ?
    Il serre les dents et passe sa main sur son crâne chauve, comme s’il regrettait ce qu’il avait dit.
    — Si ça t’intéresse, tu iras voir ça sur Internet… Où je veux en venir, c’est qu’on est pas des deux de pique à Saint-Trailouin. À c’t’heure que je t’ai tout dit sur l’enquête pis que tu constates qu’on fait notre travail, tu vas peut-être arrêter de m’emmerder pis te remettre à écrire tes petits romans policiers humoristiques.
    Alors là, il m’aurait révélé qu’il avait baisé mon ex-femme que je n’aurais pas été plus pantois. Il hoche sa grosse tête, ravi de son effet.
    — Eh oui, Sarkozy, j’ai fait mes petites recherches sur toi. Deux romans autant boudés par les lecteurs que par les critiques. Faudra que je lise ça un jour.
    Pour ça, faudrait encore que tu saches lire, pauvre carencé cérébral ! »  Pages 183 et 184
  • « Il est vingt-deux heures trente quand je sors de chez moi, assez high pour décortiquer l’œuvre complète de Burroughs. »  Page 185
  • « Une fille seule au bar qui lit un livre. Dans la trentaine. Pas laide du tout. Je m’approche donc, m’assois à ses côtés et, sans préambule :
     — Je t’offre un verre ?
    Elle lève la tête de son livre, d’abord surprise. Elle me jauge rapidement des yeux et sourit enfin.
    — Je sais pas… Je devrais ?
    — « Enivrez-vous… Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre… »
    C’est prétentieux, je le sais, mais ça vient avec l’effet du pot. Certains, quand ils sont ivres ou gelés, veulent se battre ; d’autres pleurent ; d’autres encore sont incohérents ; moi, je cite à tout vent. Comme effet secondaire, on a quand même vu pire. Elle hausse les sourcils, amusée :
    — Tu viens d’inventer ça ?
    Elle ne connaît donc pas Baudelaire et, si je me fie au livre qu’elle est en train de lire (Le Secret), la rencontre n’aura sans doute jamais lieu entre elle et le poète.  Mais je m’en fous. Je fais signe au barman et, quelques minutes plus tard, on boit en rigolant. Je réussis à glisser que j’ai écrit deux romans, ce qui provoque l’effet escompté : elle est impressionnée. »  Pages 187 et 188
  • « — Pas très décoré comme endroit d’appartement…
    — Je viens d’arriver, je te rappelle.
    Il s’approche de ma bibliothèque, examine mes livres et a un sourire narquois.
    — En tout cas, tu as pris le temps d’installer l’important de l’essentiel…
    Il indique du doigt mes deux romans, bien rangés parmi les autres. »  Page 195
  • « Je réalise à quel point ma réaction est puérile et Gracq, en montant dans la voiture, ne peut réprimer un sourire, diverti par mon orgueil ridicule. Mais tant pis : j’ai presque quinze ans de plus que lui, après tout. Et je veux montrer à ce jeune homme qui me considère comme un piètre écrivain de romans policiers que je peux tout de même mener intelligemment une enquête. »  Page 202
  • « — Vous vous invitez à dîner avec moi, Julien ?
    — Non, je suis déjà avec quelqu’un à une autre table. Et si on arrêtait ces vouvoiements ? Après tout, on n’est pas dans un roman de Jane Austen…
    — Oui, j’imagine que tu préférerais être dans un roman d’Anaïs Nin… »  Page 207
  • « — Je parlais surtout des trois meurtres.
    — Oh, ça…
    Elle dépose enfin son livre en replaçant une mèche rousse derrière son oreille, un geste anodin qui, effectué par cette femme, se charge d’une incroyable énergie érotique. »  Pages 207 et 208
  • « — Justement. Avec tout ce que j’avais entendu sur ce cégep, je me disais que le défi serait intéressant. Que j’allais sûrement découvrir plein de choses…
    Elle prononce ces derniers mots avec une expression plus grave, puis elle baisse les yeux sur son livre.
    — Tu lis quoi ? que je demande.
    Je prends le bouquin et découvre avec surprise que l’auteur est Rupert Archlax senior, mais pas son dernier, qu’il m’a montré hier. Le titre en est : Le Bégaiement des siècles. »  Page 209
  • « — Faut admettre que le bonhomme est impressionnant : fondateur de Malphas, premier directeur pédagogique du cégep pendant douze ans ; fondateur et actionnaire principal de la mine de fer de la région ; écrivain… La vie parfaite, quoi. »  Pages 209 et 210
  • « — C’est une histoire connue, tous les gens du coin pourraient te la raconter.
    Je reviens au livre.
    — Il en a pondu combien, au juste ?
    — Une quinzaine. Des essais sur différents sujets, tous très pointus.
    Je parcours rapidement la quatrième de couverture : en gros, l’auteur prétend que l’Histoire ne se répète pas de manière générale mais uniquement sur certains points spécifiques, d’où son bégaiement. Dans le coin supérieur, une photo montre un Archlax souriant et sûr de lui, d’une dizaine d’années plus jeune. Je dépose le livre sur la table :
    C’est bon ?
    — C’est spectaculairement brillant. »  Page 210
  • « Fudd ouvre la porte du fond et entre. Simon la suit et, après une hésitation, je me mets en marche, dépasse la table sur laquelle se dresse le château de cartes (il doit bien faire dix étages !) puis rejoins mon coéquipier. Nous nous retrouvons dans une très vaste pièce, emplie d’étagères, de bibliothèques débordantes de gros bouquins, et de petites tables, elles-mêmes recouvertes de fioles, de bouteilles et de bassines. »  Page 221
  • « Ce qui n’empêche pas Fudd de marcher vers une étagère emplie de bouteilles de bière, d’en saisir une et de la décapsuler. Elle en prend une bonne rasade et j’ai presque envie de lui en demander une, pour me remettre d’aplomb. Mais je n’ai jamais supporté la bière tablette. Elle remet la bouteille sur une table et s’approche d’une bibliothèque en marmonnant de sa voix écorchée :
    — Bon… On va regarder ça… Attends un peu…
    Elle fouille parmi les livres. Gracq attend patiemment, peu impressionné par le décor, qu’il connaît sans doute. J’observe les étagères sur ma gauche : livres, bibelots insolites… »  Page 222
  • « Je me tourne vers la vieille, qui fouille toujours parmi ses livres en toussotant et crachant. »  Page 223
  • « Mais Fudd intervient en brandissant un livre :
    — Bon, je l’ai trouvé, là !
    Elle trottine jusqu’à la table, y dépose le livre, prend une autre bonne gorgée de sa bière, puis feuillette le bouquin. On s’approche un peu, et je me sens curieux malgré moi, même si je n’arrive pas à oublier le cadavre tranquillement assis là-bas. Elle trouve une page, la lit silencieusement et annonce en secouant sa tête de poire ratatinée :
    — Oui, oui… C’est possible… Y a sûrement moyen d’ensorceler un cadenas pour y mettre le numéro qu’on veut…
    Qu’ouïs-je ? Je dévisage Gracq : son hochement de tête satisfait me confirme que j’ai sans doute mal entendu.
    — Excusez-moi : vous allez rire, mais j’ai cru que vous aviez dit « ensorceler ».
    — Vous avez ben entendu. Y faut juste (et elle désigne la page de son livre, se penche pour mieux lire) invoquer un démon qui est autant spécialiste en numérologie qu’en codes secrets, c’est pas si compliqué, ça, là. »  Page 225
  • « Distraitement, je lui donne quinze dollars en marmonnant qu’elle peut garder la monnaie. Elle devient alors très émue, comme si je l’avais demandée en mariage, et, une main sur la poitrine, bredouille :
    — Oh ! Merci… Merci beaucoup… Les gens sont si généreux !… Dieu vous le rendra…
    Et elle s’éloigne d’un pas heureux, telle Dorothée sur le chemin de briques jaunes. »  Page 233
  • « En soupirant, je m’installe devant mon ordinateur et tape « Rupert Archlax » dans Google. J’ignore les quelques rares entrées qui concernent le fils et je m’attarde à celles sur le père. Avec Internet basse vitesse, l’opération est aussi longue et exaspérante qu’un roman de Robbe-Grillet, mais je réalise que l’homme a une certaine notoriété : ses livres ont gagné plusieurs prix, certains même internationaux ; il a participé à plusieurs œuvres caritatives ; sa compagnie de mine de fer, Ax Corp, est souvent citée comme entreprise modèle… »  Page 243
  • « — J’ai cru comprendre qu’il revenait de France, que je précise.
    — C’est possible, fait Poichaux. Grâce à ses livres, il voyage beaucoup. »  Page 272
  • « — Exactement. À mon arrivée, il y a quinze ans, moi et quelques collègues nous sommes amusés à identifier les composantes de cette odeur. On a décelé des fruits pourris, de la sueur, du crottin de cheval, de l’urine, de l’eau de caniveau, de la viande avariée…
    Je m’étonne. Il n’a pas tort, il y a un peu de tout ça, mais de manière subtile, pas trop envahissante. Mortafer poursuit :
     — Tu as lu Le Parfum de Süskind ? Tu te rappelles le fameux passage au début du roman, quand on décrit l’odeur des rues parisiennes d’il y a trois cents ans… C’est exactement ça. »  Pages 273 et 274
  • « À un moment, je vais jeter un œil sur l’exposition de Bouthot et constate avec ahurissement qu’il s’agit de ses scrapbooks. Il y en a une vingtaine, montés sur des petites tables, comme s’il s’agissait de reliques incas. Chacun a son thème : les vacances d’été, Noël, anniversaire de mariage… J’en feuillette deux ou trois, incrédule. Bouthot et sa grosse moitié y sont à l’honneur à chaque page. Je me demande s’il y en a un sur leur nuit de noces, puis me dis que je ne tiens pas à voir ça. À peu près personne d’autre n’admire l’œuvre du maître, sauf Poichaux qui les examine un par un, avec toute la concentration de l’exégète qui plongerait dans un manuscrit inédit de Cervantes. Je demande à ma coordonnatrice si notre DG les expose comme ça chaque année. »  Page 274
  • « Mais non seulement la coke ne me change pas les idées, elle les rend encore plus obsédantes, et malgré le fait que je discute depuis une dizaine de minutes avec une enseignante en psychologie intéressée à m’expliquer concrètement et privément à quel point Tropique du cancer a changé sa vie, je n’arrive pas à effacer Loz de mon esprit, au point d’en éprouver une froide colère dirigée autant contre lui que contre moi-même. »  Pages 275 et 276
  • « Pendant un instant, je jongle entre l’idée de partir tout de suite pour exécuter le plan qui vient juste d’apparaître dans mon esprit électrifié et celle de demeurer auprès de cette enseignante qui en est à me confier que chaque fois qu’elle parle d’Henry Miller, elle ressent une folle envie de baiser avec son interlocuteur. »  Page 277
  • « La coke me donne de l’esprit, certes, mais très peu de jugement. Je continue à marcher, sans attendre sa réaction, mais tout à coup, on me saisit le bras et on me retourne brutalement : je ne savais pas qu’Archlax était capable d’une telle agressivité, j’en demeure sans voix. Il me dévisage, la bouche crispée comme s’il voulait se pulvériser les dents. Même sa voix tremble. On dirait presque Bruce Banner sur le point de se transformer en Hulk. »  Page 277
  • « — Tout va bien, ici ?
    C’est papa Archlax qui approche, un verre de vin à la main, débonnaire. À croire qu’il est le Jiminy Cricket de son fils. »  Page 278
  • « — Vous prenez congé, monsieur Sarkozy ? Comme Mauriac, vous croyez sans doute que « les êtres nous deviennent supportables dès que nous sommes sûrs de pouvoir les quitter »…
    Il se souvient de moi, c’est pas mal. Je l’observe un bref moment, en songeant que cet homme a perdu sa femme et sa fille il y a trente ans mais qu’il a su surmonter cette tragédie en travaillant, en écrivant, en remportant un certain succès auprès de l’élite intellectuelle… »  Page 278
  • « Je perquisitionne partout, en tentant de ne pas trop foutre le bordel : des photos de famille, des livres de cours, des films pornos (ce qui me permet de constater que Shyla Stylez vient de produire une compilation de ses meilleures scènes : je note mentalement), de la bouffe de mauvaise qualité à profusion… mais rien de mystérieux ou de louche.
    Je tombe enfin sur la porte qui mène à la cave. Nouvelle fluctuation : ça fait déjà quinze minutes que je suis ici ; si Loz me trouve dans sa cave, je suis bon pour le renvoi de Malphas dans l’immédiat, la prison pour quelques semaines et les moqueries de Garganruel pour l’éternité. Mais je ne peux pas reculer si près du but. Si but il y a. Je descends.
    L’ampoule du plafond éclaire froidement des étagères emplies de livres. Sur le sol, un pentacle est dessiné et de la poudre charbonneuse est éparpillée en son centre. Le cliché même du parfait petit kit de magie noire. Je vais feuilleter un ou deux livres : ça parle de sorcellerie.
    Je prends une grande respiration. C’est donc vrai ? Tout ce grotesque carnaval grand-guignolesque est vraiment vrai pour vrai ? »  Page 280
  • « — Je me suis assuré que ce serait moi qui m’occuperais de la distribution des cadenas cette session-ci. Avant la fin de la dernière année scolaire, j’ai réussi à trouver les codes permanents de mes quatre victimes. Durant l’été, j’ai ensorcelé les quatre cadenas. Puis, il y a dix jours, ç’a été la rentrée. J’étais prêt. À tous les élèves, je donnais les vrais cadenas, au hasard, mais je conservais à l’écart les quatre ensorcelés, et j’attendais l’arrivée des filles… Je suis même pas sûr qu’elles m’ont reconnu quand je leur ai donné leur cadenas ou, en tout cas, elles m’ont complètement ignoré. Comme tout le monde m’a toujours ignoré…
    Il est vraiment fâché, le Harry Potter des moches. »  Page 285
  • « — Tu sais pas du tout ce qui arrive à tes victimes à minuit ?
    — Juste une vague idée que j’ai pas vraiment envie d’approfondir.
    Je songe à nouveau au délire de Zazz, à sa voix rauque. Malgré la chaleur de la nuit, un long frisson me parcourt tout le corps.
    — On en parle dans les livres, mais pas avec précision, ajoute Loz derrière moi.
    — Quels livres ?
    — Dans ma famille, on est pas, hélas ! sorcier de père en fils. Quand j’ai forgé mon plan, l’année passée, j’avais aucune notion de magie noire. Il a fallu que j’aille voir la vieille Fudd pour avoir des conseils. »  Pages 287 et 288
  • « — C’est pas si simple. Pour être un vrai sorcier, il faut faire partie d’une lignée. Fudd est une fille de sorcière, pas moi. Mais je peux devenir un apprenti respectable, apprendre quelques trucs grâce à des livres. Fudd m’en a donné quelques-uns… enfin, elle me les a vendus pour deux cent quatre dollars et quatre-vingt-six sous. C’est grâce à ces livres que j’ai mis sur pied mon plan des cadenas.
    — C’est tout ce qu’elle a fait ? Tu l’as payée et elle t’a donné des livres ? Ça me paraît trop simple.
    — C’est vrai que ça paraît simple. Quelques livres, et hop ! on apprend la magie. En fait, ça fonctionne seulement si on a l’environnement adéquat, apte à la sorcellerie. Pour ça, Saint-Trailouin est vraiment l’environnement idéal. »  Page 292
  • « La caverne n’est donc pas très loin de chez elle, ce qui n’aide en rien la réputation de la vieille. De plus, c’est elle qui a expliqué à Loz comment se venger… Non, correction : elle lui a vendu des livres de magie, elle n’était pas au courant de ses intentions. »  Page 300
  • « Je me propulse vers elle lorsqu’un bras me retient. Je me retourne brusquement, sur le point d’assommer l’emmerdeur. C’est une jeune Noire, mignonne et souriante avec deux tresses, et je reconnais Nadine Limon, la brillante schtroumpfette black.
    — Bonjour, Julien ! On a un cours dans dix minutes ! J’ai vraiment hâte !
    — Moi aussi, Nadine, moi aussi, je…
    — J’ai déjà lu les trois livres du cours ! C’était tellement bon ! J’ai même acheté tous les Rougon-Macquart ! Je voulais savoir si…
    — Tout à l’heure, Nadine ! »  Page 307
  • « Au milieu d’une rangée, Nadine attend avec enthousiasme, sa pile de romans bien droite devant elle sur son pupitre. »  Page 308
  • « — T’as entendu quoi ?
    Il attend, narquois. Vais-je m’humilier jusqu’à lui parler de ces claquements sinistres ? Et je ne peux pas lui parler des livres de sorcellerie que j’ai vus dans la cave de Loz, ça lui ferait trop plaisir de me coffrer pour intrusion par effraction dans un domicile privé. »  Page 318
  • « — Écoute ben, Sarkozy, j’ai voulu te le faire comprendre poliment l’autre jour, mais faut croire que t’as besoin qu’on te mette les poings pas juste sur les i. Ça fait trente ans que je suis le chef de police de cette ville, tu m’entends ? Trente ans ! Pis j’ai toujours réussi à mener toutes les enquêtes qu’il fallait mener, pis de manière rationnelle ! Fait que c’est pas un écrivain manqué de la grande ville qui va venir me dire comment enquêter, c’est clair ? »  Pages 319 et 320
  • « Oui, je vais rester. Du moins jusqu’à la fin de la session. Il faut que je respecte mon contrat, tout de même, vous ne pensez pas ? Et tant qu’à rester, je vais essayer de comprendre cette ville, ce cégep, ces gens… Pour y arriver, je vais écrire. Écrire ce qui m’est arrivé. Pas pour publication, du moins pas tout de suite. Pour l’instant, j’écrirai pour moi seul, afin de voir clair. Moi qui cherchais une motivation pour me remettre à l’écriture, je ne pourrai sans doute jamais trouver mieux. Voilà, bonne idée, je commence à écrire tout ça ce soir ! »  Pages 330 et 331