3,5 étoiles, M, T

Malphas tome 2 : Torture, luxure et lecture

Malphas tome 2 : Torture, luxure et lecture de Patrick Senécal.

Éditions du club Québec loisirs, 2012, 498 pages

Deuxième tome de la série « Malpha » écrit par Patrick Senécal et paru initialement en 2012.

Malgré les deux cadavres trouvés dans les casiers, le CÉGEP est toujours ouvert. Aucun changement n’a été fait à l’horaire des cours. Les membres du personnel et les étudiants se remettent tranquillement des terribles événements en essayant de reprendre la routine. Julien est plus motivé que jamais à trouver ce qui se cache dans cette école. Il continu avec son acolyte Gracq à enquêter sur les phénomènes étranges qui se sont déroulés depuis l’ouverture de l’école. Michel Condé, un nouvel enseignant fait son arrivé au département de littérature. Dès son arrivée, celui-ci propose de mettre sur pied et de diriger un club de lecture qui serait ouvert à tous les habitants de Saint-Trailouin. Pour se changer les idées, Julien décide d’y participer. Les réunions du club se tiennent dans une classe récemment rénovée. Étant donné les antécédents de Malphas, plusieurs événements étranges se produisent pendant et après les réunions du club. Même les participants sont affectés et ont des comportements de plus en plus étranges.

Une suite qui fait honneur au premier tome. Patrick Senécal poursuit l’histoire sanglante et humoristique qu’il a commencé dans « Le cas des casiers carnassiers ». Cependant, la mise en place de l’histoire du Club lecture est un peu longue et le lecteur perd de vue l’enquête de Julien. Passé la moitié du roman, l’histoire s’accélère et plonge le lecteur dans l’absurdité et l’horreur des comportements déviants des membres du club. Il est incontestable, à la lecture de cette série, que Senécal a une imagination débordante et tordue. Il conserve son style et sa plume axés sur l’horreur et il entretien bien le côté inquiétant de l’atmosphère du cégep. De plus, il y a une légère amélioration au niveau des personnages qui semblent être moins caricaturaux que dans le premier tome. Ils sont plus réalistes même si l’histoire a une grande part de fantastique. Un petit bémol par contre, l’énumération des connaissances de l’auteur sur la littérature pèse lourd sur l’histoire. Le lecteur s’amuse bien au début des références à la littérature, mais comme on dit trop c’est comme pas assez. Une bonne lecture malgré les défauts, elle est même meilleur que celle du premier tome.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 13 décembre 2018

La littérature dans ce roman :

Note :  Aucune citation ne sera relevée ici pour les auteurs et / ou les titres suivants, car elles sont trop nombreuses :
Baudelaire; Lolita de Nabokov; Les Particules élémentaires de Houellebecq; L’Assommoir de Zola; L’Écume des jours de Boris Vian; Ru de Kim Thuy; Le Secret; Mange, prie, aime; Le Rouge et le Noir de Stendhal; La Petite Fille qui aimait trop les allumettes, de Soucy; Les 150 meilleures blagues du Reader’s Digest; Les Racines du ciel de Gary; Le Horla de Maupassant; Le nom de la rose de Eco; Germinal de Zola; Nelligan; Phèdre de Racine; La Philosophie dans le boudoir, de Sade;Balzac; Rousseau; Diderot; Swift; Voltaire

  • « – Criss, est-ce que quelqu’un sait ce qui arrive avec les craies, dans ce cours?
    J’aurais demandé à mes étudiants de me résumer le Ulysse de Joyce que je n’aurais pas obtenu une plus parfaite absence de réaction. »  Page 11
  • « – OK, sortez votre exemplaire des Fleurs du mal et allez au poème « Une charogne ».
    Je commence invariablement par ce texte délicieusement atroce pour démontrer aux élèves que la poésie n’est pas qu’affaire de ciel bleu et d’idylles naïves et je crée ainsi un effet souvent spectaculaire. Je lis donc les strophes lentement, d’une voix un brin théâtrale, et, après avoir clamé le dernier vers qui me fait toujours autan frissonner de plaisir (Que j’ai gardé la forme et l’essence divine / De mes amours décomposés, je lève la tête en souriant.
    Ma classe réagit avec autant d’enthousiasme que si j’avais récité le mode d’emploi d’un malaxeur à multivitesses.
    — Alors ? Qu’est-ce que vous en pensez ?
    Une main se dresse et je ne m’étonne pas de reconnaître à la base du bras le corps de Limon.
    — Nadine ?
    — C’est génial pis provocateur. Il décrit à sa bien-aimée une carcasse d’animal en décomposition mais avec des mots sublimes. La fusion du beau pis du laid, ça crée une ironie super intéressante. »  Pages 12 et 13
  • « — Mais pourquoi le personnage du poème dépeint-il cette charogne à sa compagne ? Myra, enlève le livre de ta bouche, ça se mange pas… Alors, le narrateur veut-il seulement la choquer ou y a-t-il une intention différente ? »  Page 13
  • « — Alors, Dan, t’as une idée de l’intention de Baudelaire ?
    — Qui ?
    Quelques ricanements. Je le considère un moment, me demandant s’il est sérieux ou si c’est de la simple provocation.
    — Baudelaire. Le mec qui a écrit le poème que tu as sous le nez. »  Pages 13 et 14
  • « — Ben non. C’est poche, de la poésie. Pis Zola aussi, pis tous les osties de livres. »  Page 14
  • « — T’as déjà commencé ?
    — Oui, j’ai eu mon premier groupe ce matin. Un cours de 103 sur la littérature québécoise. Malheureusement, les romans choisis par votre confrère ne sont pas très intéressants… Mais je ne peux pas lui en tenir rigueur, il y a si peu de vrais bons bouquins…
    Merde, ça sent la prétention, odeur dont j’essaie normalement de m’éloigner le plus possible.
    — Parlant de livres, ajoute-t-il, j’imagine que vous avez un club de lecture…
    On se regarde tous comme s’il voulait savoir lequel d’entre nous pratique la zoophilie. Mortafer intervient enfin :
    — Il n’y a jamais eu de club de quoi que ce soit dans cette ville. Sauf il y a dix ans, moment où un regroupement a voulu mettre sur pied le Club Pessimiste, par opposition au Club Optimiste. Personne ne s’est présenté à la première réunion. Même les fondateurs ont affirmé qu’ils n’y avaient jamais vraiment cru.
    — Eh bien, je vais créer un club de lecture. Qu’en dites-vous ?
    À Saint-Trailouin ? M’est avis qu’il aurait plus de chance de succès s’il invitait Laure Waridel dans un McDonald. Mais ma passion pour les livres étant plus forte que mon cynisme, j’annonce tout de go :
    — J’en ferais bien partie, moi. »  Page 22
  • « Je fais quelques pas et constate que le dernier bouquin de son paternel se trouve sur le coin du bureau. Je demande :
    — Vous l’avez lu ?
    — Non.
    — Vous ne lisez pas les livres de votre père ?
    — Plus maintenant. Asseyez-vous, Julien. »  Page 27
  • « — J’étais justement en train d’expliquer à monsieur Bouthot mon projet de club de lecture. Je lui demandais s’il serait possible de se réunir dans la bibliothèque de Malphas. »  Page 32
  • « — J’étais justement en train d’expliquer à monsieur Bouthot mon projet de club de lecture. Je lui demandais s’il serait possible de se réunir dans la bibliothèque de Malphas. »  Page 32
  • « Il attrape alors une craie puis inscrit sur le tableau noir : “Club de lecture de Saint-Trailouin” en grandes lettres raffinées. »  Page 33
  • « — Un club de lecture, quelle bonne idée ! se réjouit Bouthot. Si j’étais pas si occupé, je me joindrais à vous !
    — Je vous comprends, que je dis d’un ton neutre. Le scrapbooking demande tellement d’heures si on veut que ce soit bien fait. »  Page 34
  • « Dans les couloirs déserts du rez-de-chaussée, un battement d’ailes se fait entendre, puis un corbeau, tournant un coin, traverse d’un vol égal et élégant le corridor qui mène jusqu’au local 1814. L’oiseau pénètre dans la classe et se pose sur le bureau. Il pivote vers le tableau noir sur lequel on peut toujours lire « Club de lecture de Saint-Trailouin ». »  Page 40
  • « Nous sommes tous assis derrière les tables, que nous avons placées en rond comme à chaque réunion du département, et nous tournons nos regards vers le bleu, installé entre la Belle et le Bête, c’est-à-dire Rachel et Elmer Davidas. »  Page 43
  • « — Oui, le dramaturge norvégien Slidouz Kvorg a écrit une pièce de théâtre qui met en scène ce Malphas. Il s’agissait bien sûr d’une métaphore de notre société aliénée et aliénante. Je l’ai vue en version originale il y a trois ans à Oslo. Vladasr Crùxh jouait le rôle de Malphas et Rouyna Dvarjd celui du perchoir. Une très bonne pièce, quoique les influences de Bergman y étaient un peu trop évidentes. »  Page 46
  • « Et il présente son club de lecture, qui commencera dès lundi soir, à dix-neuf heures trente, ici même au cégep, dans la classe 1814, et prend soin de préciser que Mortafer, Zazz et votre humble serviteur avons déjà annoncé notre intention de participer. »  Page 51
  • « Junior remonte ses lunettes sur son nez. Fudd poursuit :
    — Ouais, me semble que j’lui ai vendu une couple de livres de sorcellerie… »  Pages 64 et 65
  • « Chapitre quatre
    C’est bien le club de lecture, ici ? »  Page 73
  • « Il n’y aura sans doute pas beaucoup de participants à ce club de lecture, mais au moins ça me permettra de découvrir quelques habitants intéressants de Saint-Trailouin. Quoique, dans une telle ville, je nourris peu d’espoir en ce qui concerne les livres choisis : vais-je devoir me taper le nouveau Marc Lévy ? Ou, pire encore, l’autobiographie de Julie Couillard ? »  Page 73
  • « Il y a Condé et trois femmes que je ne connais pas personnellement mais dont deux, je crois, enseignent au cégep ; il y a aussi une trentenaire que j’ai l’impression d’avoir déjà vue, Poichaux, Mortafer, Zazz et… Enfer et damnation : Davidas ! Mais qu’est-ce qu’il fout ici, cet imbécile patenté ? N’était-il pas évanoui au moment où Condé présentait son club de lecture ? »  Page 74
  • « Qu’est-ce que Davidas va bien nous suggérer comme livre ? Le premier tome de la série Twilight ? »  Page 74
  • « Peu importe, nous nous comprenons et je me dis que ce club de lecture augure plutôt bien. »  Page 75
  • « Une élève qui s’inscrit à un club de lecture, c’est encourageant, non ? »  Page 75
  • « — On va commencer, je pense. Je vous souhaite la bienvenue. Je m’appelle Michel Condé, le fondateur de ce club de lecture… »  Page 75
  • « — Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vais filmer nos rencontres. Elles pourraient me servir pour certains cours de littérature, afin que je montre à mes étudiants des exemples de débats. »  Page 76
  • « Il y a d’abord les deux enseignantes que je ne connais à peu près pas : Céline Fallu, prof de maths dans la quarantaine avec une coupe de cheveux en forme de boule (criss que je trouve ce look atroce ! c’est comme si les femmes qui l’arboraient hurlaient à pleine voix : « Regardez ! Je vieillis ! »), habillée jusqu’au cou comme si elle craignait que l’air ambiant réduise sa peau en cendres, qui semble tellement hautaine qu’elle doit en avoir le vertige, et Mireille Kristin, enseignante d’histoire dans la cinquantaine, tignasse en chignon et lunettes avec cordelette, mais qui paraît plutôt relax et qui nous confie en roulant ses R qu’elle aime parrrticulièrrrement les rrromans noirrrs. »  Pages 76 et 77
  • « Et, bien sûr, il y a mon amante d’une nuit qui, je l’apprends enfin, s’appelle Lucette Picard ; elle est mariée, a deux enfants et travaille comme serveuse de jour dans un café, ce qui, selon elle, explique son besoin d’évasion, par exemple en étant membre de ce club de lecture ou encore, ajoute-t-elle en me fixant dans les yeux, en pratiquant d’autres activités occasionnelles. »  Page 77
  • « Je vous épargne les présentations de mes collègues, mais mention spéciale tout de même à Davidas qui, en deux phrases, réussit à démontrer l’étendue de sa bêtise : « Je m’appelle Elmer Davidas et je transmets ma culture d’homme de lettres aux étudiants de Malphas. Je me joins à ce club parce qu’à mon avis la lecture est un besoin aussi essentiel que de se laver ou de conduire une voiture. » »  Pages 77 et 78
  • « — La réunion d’aujourd’hui sera plutôt courte. Vous avez tous songé à un livre que…
    — C’est bien le club de lecture, ici ?
    Nous nous retournons tous vers la porte. Sur le seuil se tient un dandy. Comment appeler autrement un homme fringué d’une pseudo-redingote, d’une chemise blanche à très grand col ouvert avec boutons presque sculptés, d’un pantalon en nylon noir avec fines fioritures tout le long des jambes et dont la tête est couronnée d’abondants cheveux teints en blond et coiffés à la Oscar Wilde ? »  Page 78
  • « — Bien ! fait Condé qui a hâte de commencer. Chacun d’entre vous a donc choisi un livre. Je vais les noter puis porter la liste à la librairie de la ville. La libraire m’a assuré qu’elle les aurait d’ici cinq ou six jours. Dans une semaine, vous pourrez aller les acheter soit tous d’un coup, soit au fur et à mesure des lectures. »  Pages 79 et 80
  • « — On est un club de lecture, Elmer, pas une salle d’attente de dentiste, que je dis sèchement. On lit des romans. »  Page 83
  • « S’ensuit une courte discussion au bout de laquelle Davidas, penaud, annonce qu’il trouvera un titre d’ici la prochaine rencontre.
    — Est-ce qu’il faut spécifier que ça doit être un roman pour adultes ? que j’ajoute. »  Page 83
  • « — Je pensais que ce serait uniquement des livres récents, glisse Zazz, un brin contrariée. »  Page 83
  • « — De toute façon, avoirrr un ou deux classiques dans la liste, c’est trrrès bien ! approuve Kristin en dodelinant du chignon. Je n’ai rrrien contrrre l’idée de lirrre du Zola, Balzac, Voltairrre, ou même du Tolstoï, pourrrquoi pas ? C’est un peu long, c’est vrrrai, mais… »  Page 84
  • « — Bon. Pour choisir le premier bouquin, je propose un simple tirage au sort, qu’en pensez-vous ? »  Page 85
  • « — ‘ksé vous fètes ‘citte ?
    Coups d’œil perplexes de la part des non-initiés. Je prends sur moi de répondre :
    — On est un club de lecture. »  Pages 85 et 86
  • « — Bien. Les bouquins arriveront en librairie dans à peu près six jours. Si nous nous laissons quinze jours pour lire le livre de Rémi, notre prochain rendez-vous serait dans trois semaines. Et à chaque rencontre, celui qui a choisi le roman pourrait en lire un extrait à haute voix. Qu’en pensez-vous ? »  Page 88
  • « — Crime, il est encore tôt ! J’irais bien prendre un verre, moi. Ça intéresse quelqu’un ?
    Et il observe particulièrement la gent féminine en lançant cette invitation. J’ai envie d’accepter, mais comme l’idée d’être seul avec cette caricature de Casanova ne m’enthousiasme guère, j’attends de voir si d’autres répondront à l’appel. »  Page 88
  • « Et dire que, quelques secondes après la prise de ce cliché, ces oiseaux fondaient sur la foule. Un vrai remake du film d’Hitchcock ! »  Page 89
  • « Elle me lance le genre de clin d’œil qu’une mère n’adresserait jamais à son fils (sauf, peut-être, Jocaste à Œdipe) puis poursuit son chemin vers la sortie. »  Page 89
  • « — C’était bien, ton club de lecture ?
    — Ça s’annonce distrayant, je crois. »  Page 92
  • « Il monte l’escalier, se déshabille, se brosse les dents, puis s’installe en caleçon et camisole dans son lit pour lire un roman de Kundera. Au bout de trois minutes, Monique entre, l’observe un moment et, timidement, demande :
    — Tu veux qu’on fasse l’amour ?
    Il baisse son livre, quelque peu pris au dépourvu. »  Page 93
  • « Il étouffe un bâillement, allume sa lampe de chevet (ce qui n’éveille pas sa femme), attrape le livre de Kundera et se remet à lire. »  Page 96
  • « En tout cas, va falloir que j’aie une petite conversation avec les scénaristes d’Hollywood, car ces images représentent bel et bien vacances et barbecue, ou du moins leur équivalent : les Fudd dans le salon de la cabane (salon un peu plus propre et ordonné, mais pas beaucoup), les Fudd dehors dans les bois, les Fudd autour d’un feu de camp, Mélusine lisant un livre de magie au centre d’un pentacle sous le regard professoral de sa mère, Mélusine avec une bière en main, un peu soûle, sous l’œil cette fois plus sévère de maman… »  Page 103
  • « — Voyons, Aline, c’est pas compliqué ! que je m’exaspère. Ça t’a plu, oui ou non ?
    Elle commence à se frotter le genou droit, affolée, comme si elle se retrouvait dans Sophie’s Choice. »  Page 111
  • « — Et toi, Elmer, as-tu finalement choisi ton roman ?
    — Bien sûr. Ce sera le premier tome de la série Walking Dead.
    La plupart des participants ne connaissent pas, mais moi, si, ce qui me fait réagir :
    — Mais… C’est une BD, ça !
    — Un roman graphique, précise Davidas.
    — Roman graphique, BD, narration imagée, criss ! c’est pas un roman !
    — Tu méprises les bédéistes, Julien ?
    — Tu veux vraiment que je te dise qui je méprise ?
    Condé nous ramène à l’ordre et explique qu’effectivement il serait préférable que ce soit un roman « traditionnel ». Il ne s’agit pas de snober les bandes dessinées, mais de se donner un cadre. Davidas, en soupirant, s’incline et promet de trouver un autre titre d’ici la prochaine rencontre. Tout le monde se lève, replace chaises et tables, et enfile son manteau.
    — Moi, j’ai acheté tous les rrromans, dit le prof d’histoire, mais je remarrrque qu’il manque toujourrrs le tien, Michel. »  Pages 115 et 116
  • « Le joint glisse d’entre ses doigts. Sa bouche s’entrouvre et se fige, son expression devient lointaine. Ça y est, elle va entrer en transe. Je m’assure qu’il n’y a personne dans la ruelle, puis m’approche de ma collègue, plus attentif que jamais. Mais elle ne dit rien, le visage statufié en un masque ébahi.
    — Zoé ?
    — Les livres… Les livres…
    Quoi, les livres ? De quoi parle-t-elle ?
    — Il faut pas les lire…
    Sa voix est légèrement dédoublée, comme la dernière fois.
    — Zoé…
    — Il faut pas les lire !
    Fuck, de quoi elle parle ? Ça m’aide pas pantoute ! J’ai l’impression que je vais devoir la guider un peu. Je demande donc doucement :
    — Zoé, parle-moi de Malphas…
    — Il faut pas lire les livres !
    — Zoé, parle-moi du démon Malphas… De la caverne… Des Archlax, père et fils… Tu vois quelque chose ?
    — Il faut pas les lire à cet endroit !
    Fait chier, avec ses livres ! Je lui attrape le bras et insiste :
    — Zoé, parle-moi de Malphas ! »  Page 136
  • « — Oh non ! J’ai encore eu une de ces transes ridicules, c’est ça ?
    — Heu… Un peu, oui.
    — Pis j’ai raconté quoi ?
    — Rien de… T’as parlé de livres qu’il fallait pas lire quelque part, j’ai rien compris. »  Page 137
  • « Les étudiants sont si peu surprenants, si prévisibles. Comme à peu près tout le reste, d’ailleurs : les discussions, la vie de couple, les livres, le quotidien… »  Page 139
  • « Parfois, je me trouve ridicule de mettre tant de travail dans la préparation d’un cours alors que les deux tiers des étudiants n’y verraient que du feu même si j’improvisais. D’ailleurs, j’ai déjà fait le test. Il y a deux ans, j’avais affirmé en classe qu’une métaphore était un instrument à vent et que Nelligan était un chanteur western de la région de Saint-Tite. Il y en a bien quelques-uns qui m’avaient regardé de travers, mais la grande majorité n’avait pas sourcillé. Un garçon m’avait même demandé d’un air dubitatif : « Vous êtes sûr que Nelligan, c’est pas un rappeur ? » Mais bon, il faut penser aux quelques élèves vraiment motivés. Sinon, on se flingue. »  Pages 172 et 173
  • « Zazz, stupéfaite, demande à notre nouveau collègue :
    — Mais comment tu peux dire à tes étudiants que tu trouves plates les livres que tu leur fais lire ?
    — C’est pas moi qui ai choisi ces romans, c’est votre collègue, Mahanaha. Déjà que je dois leur faire lire des bouquins que je déteste, je ne vais pas prétendre que je les aime ! Je ne suis pas masochiste, quand même ! (Il me voit approcher.) N’est-ce pas, Julien ? »  Pages 173 et 174
  • « — Parfait, dit Condé. Et toi, Elmer, as-tu enfin choisi un livre ?
    — Oui, finalement. J’ai opté pour Le Maître du jeu.
    — Ah, je ne connais pas, fait Condé, intéressé. Qui l’a écrit ?
    — C’est Georges-Hébert Germain, mais, évidemment, Angélil l’a beaucoup aidé.
    Froncements de sourcils de toutes parts. Qu’est-ce qu’Angélil vient foutre là-d’dans ? Tout à coup, Zazz, qui semble comprendre, s’inquiète :
    — Tu parles de la biographie de René Angélil ?
    — Absolument ! Tu l’as lue ? C’est vraiment bon, non ?
    — Elmer ! que je soupire en m’appuyant sur mes genoux. Une biographie, c’est pas un roman !
    — Mais oui ! Dans un cas, c’est une histoire inventée, dans l’autre, c’est une histoire vraie. Mais ce sont des romans.
    Je le scrute en me demandant si je dois rire ou lui sauter dessus. Je fais ni l’un ni l’autre, lève une main et demande lentement :
     — Elmer, rassure-moi et jure-moi que tu déblatères pas ces sornettes à tes étudiants…
    Il cligne des yeux, incertain. Tout le monde lui répète pour la millième fois qu’il faut que ce soit un roman et non pas une biographie. Il grimace, confus :
    — Mais pourquoi pas ? L’histoire de quelqu’un, c’est tout de même une…
    — Un roman, Elmer, criss ! que j’éclate. Une histoire inventée, une œuvre de fiction, qui sort de la tête d’un romancier qui l’a imaginée de toutes pièces ! Ciboire, me semble que c’est clair, ça !
    Davidas se gratte le cuir chevelu, ce qui produit une pluie de pellicules, puis marmonne, un peu boudeur :
    — OK, je vais choisir un « vrai roman », comme vous dites, mais je vous trouve de bien mauvaise foi.
    Tandis que nous remettons les chaises et les tables en place, Fallu s’enquiert :
    — Et toi, Michel, tu as choisi le tien ?
    — Oui, répond notre animateur en rangeant sa caméra, mais je l’ai commandé moi-même et les exemplaires arriveront directement chez moi. Je vous les apporterai quand mon nom sera tiré.
    — Et c’est quoi, le livre ?
    — C’est une surprise. Vous verrez !
    Il me les gonfle, avec ses grands mystères ! Les autres membres aussi semblent trouver ce petit jeu exaspérant.
    — Tu joues pas le jeu, Michel, souligne Picard. On a tous présenté notre livre, pourquoi pas toi ?
    — En tant que fondateur du club, je me permets ce petit caprice, si vous n’y voyez pas d’inconvénient. »  Pages 186 et 187
  • « — J’ai vu que t’as mis tes deux romans avec les autres livres…
    Je hausse une épaule, un peu gêné.
    — Pourquoi pas ? Même si les critiques les ont démolis, ce sont néanmoins des romans, ils ont leur place dans une bibliothèque.
     — T’écris autre chose ?
    — Pas en ce moment.
    Ce qui est faux. Mais pas question de lui dire que je suis en train de compiler les choses bizarres, mystérieuses et complètement folles qui se produisent ici. Plus tard, peut-être, quand il sera plus vieux. Et que j’aurai moi-même compris ce qui se passe.
    — Maintenant que t’as treize ans, je pense que t’es en âge de pouvoir lire mes romans. Si t’en as envie, évidemment.
    — Ouais, peut-être…
    Réponse plus polie que sincère. »  Page 193
  • « Mortafer lui a à peine dit bonjour, sombre et tourmenté, tout comme Ruglas qui, plongée dans la lecture d’une obscure pièce de théâtre, lui a glissé un « enchantée » indifférent du bout des lèvres. »  Page 197 et 198
  • « — J’ai pourtant tout fait pour qu’il vive un bon moment, m’a assuré ma collègue comme si elle craignait que je ne la tienne pour responsable de la défection de mon fils. Je lui ai demandé ce qu’il aimait lire, ce qu’il aimait comme films, je lui ai raconté mes dernières vacances à Sorel, je lui ai proposé une partie de Monopoly que j’étais prête à perdre de la plus humiliante des façons juste pour l’amuser un peu… »  Pages 198 et 199
  • « Le nombre d’heures que nous avons gaspillées à l’urgence aurait sans doute été suffisant pour écrire À la recherche du temps perdu au complet. »  Page 199
  • « — Faut ben faire quelque chose…
    Je ne trouve rien à répliquer à ça, la bouche entrouverte. Je dois ressembler à l’actrice principale de Twilight. »  207
  • « La « patiente », sans nous regarder, quitte la maison, tandis que le médecin, sortant du bureau à son tour, paraît étonné de tomber sur du monde dans sa salle d’attente.
    — Ah ? Je savais pas que j’avais deux aut… Hé ! Julien ? Comment ça va ? J’imagine que t’es pas venu parler littérature !
    Il rigole, en remontant sans aucune discrétion la braguette de son pantalon. »  Page 207
  • « C’est une peinture mettant en scène un beau jeune homme très gandin qui, à son tour, observe avec satisfaction une seconde peinture personnifiant un vieillard au visage malveillant. Sans aucun doute une représentation de Dorian Gray, que je ne m’étonne pas de retrouver ici. N’avais-je pas déjà relevé l’influence d’Oscar Wilde dans le look de Durencroix ? »  Page 211
  • « Durencroix blêmit quelque peu, a un ricanement contrit, puis, pour changer de sujet, indique le tableau du menton en s’approchant :
    — J’imagine que tu reconnais la scène…
    — Dorian Gray, oui…
    Il s’arrête devant la peinture et a un bref soupir mélancolique :
    — Ce serait bien, non ? si on pouvait faire comme Gray…
    — C’est-à-dire ?
    — Que nos vices pis notre vieillesse affectent uniquement un portrait de nous, pour que notre vraie personne reste jeune et pure pour toujours… »  Page 212
  • « — C’est sûr, c’est sûr. Écoute, faut vraiment que j’aille aux toilettes chercher le revolver de Michael Corleone derrière le réservoir… »  Page 217
  • « Je traverse un couloir et, par hasard, passe devant la classe 1814, là où nous avons les rencontres de notre club littéraire. »  Page 229
  • « La jeune Black, plongée dans un livre, est si concentrée qu’elle ne remarque pas ma présence.
    — Allô, Julien.
    — Tu lis ici ?
    — Mais oui ! Je trouve ça stimulant de lire dans notre local de club littéraire, ça me donne un sentiment d’appartenance. »  Page 229
  • « Je travaille depuis une bonne heure lorsque Mortafer, pendant la pause de son cours, vient chercher un livre à son bureau, l’air ailleurs. »  Page 232
  • « — Donc, face à cette situation dramatique, le ministère de l’Éducation propose une série d’actions qui pourraient être mises de l’avant dès la prochaine session. Les voici.
    Sur l’écran apparaissent lesdites actions : 1- prescrire des examens moins complexes ; 2- remplacer les livres du programme par des films ; 3- éviter de leur enseigner des événements antérieurs à 1990 ; 4- ignorer une erreur sur deux durant la correction. Près des trois quarts des personnes présentes dans la salle explosent d’indignation et, cette fois, Valaire grimpe littéralement sur sa chaise, ses cheveux désordonnés hérissés tels les serpents sur la tête de Méduse :
    — Voyons, câlice ! demandez-nous de les faire tous passer tout de suite, ça va être plus clair, ostie ! Tant qu’à y être, voulez-vous qu’on leur donne d’avance les réponses des examens ? »  Page 246
  • « — Moi, je trouve ces idées pas bêtes. Il y a des adaptations cinématographiques de romans qui sont aussi bonnes que les livres originaux, les gens ont tendance à oublier ça. C’est quoi le problème de leur faire voir le dessin animé Le Bossu de Notre-Dame de Walt Disney plutôt que de les obliger à lire le bouquin de Balzac ?
    — C’est Hugo qui l’a écrit ! rigole quelqu’un dans le fond.
    — Hugo, Balzac, c’est le même siècle de toute façon ! Et puis, soyons honnêtes : qui, ici, se rappelle vraiment ce qui s’est passé avant 1990 ? À part l’invention de l’imprimerie, disons, et un ou deux événements du genre… Et on voudrait que nos étudiants le sachent plus que nous ? On vit dans le rêve, franchement ! »  Pages 246 et 247
  • « Au salon se trouve une vieille télé de vingt-six pouces avec écran bombé, mais il y a tout de même un lecteur DVD : Archlax est passéiste mais pas antique. Une grande bibliothèque compte quelques centaines de livres dont je parcours les dos. Quelques bouquins récents d’auteurs acclamés, mais surtout des classiques des siècles précédents : Rabelais, Shakespeare, Molière, Diderot, Gogol, Poe, Hoffmann, Rousseau, Hugo, Balzac, Zola, Tolstoï, Swift, Cervantès, Goethe… Beaucoup de romans d’amour, aussi : Belle du Seigneur, L’Éducation sentimentale, Manon Lescaut, Paul et Virginie… DP, un romantique refoulé ? Je souris en poursuivant mon examen et tombe sur deux rangées remplies d’œuvres de Voltaire. Je lis les titres, impressionné. Bien sûr, j’y retrouve les incontournables, comme Candide, Zadig et Micromégas, mais plus de la moitié me sont parfaitement inconnus, comme Les Deux Consolés, L’Homme aux 40 écus ou Cosi-Sancta. Bref, il y a bien là une cinquantaine de livres, ce qui doit représenter tout près de l’œuvre complète de fiction de l’écrivain. Archlax est manifestement un exégète du célèbre auteur. Le littéraire en moi est tout à coup fasciné et je ne peux m’empêcher d’enlever mes gants, de prendre quelques bouquins du philosophe et de les feuilleter… Je tombe alors sur un exemplaire de L’Ingénu, édition qui comporte en quatrième de couverture un portrait de Voltaire… et je remarque qu’on lui a ajouté, à l’aide d’un crayon-feutre noir, des lunettes, une moustache et une verrue. Sans doute qu’Archlax a déniché ce livre dans une librairie d’occasion et que le visage était déjà barbouillé. Mais j’imagine mal DP acheter un volume qu’on aurait ainsi outragé. Pour en avoir le cœur net, je me mets à la recherche d’autres titres affichant la gueule de Voltaire et en trouve six. Trois des portraits sont intacts, mais les trois autres ont aussi été défigurés.
    C’est donc Archlax qui se serait adonné à ces gamineries ? Pourquoi ridiculiser un auteur que, manifestement, il admire tant ? C’est comme si Stephen Harper gribouillait un gros nez et des dents de lapin sur les photos de la Reine d’Angleterre. À moins qu’Archlax ait acheté tous ces livres d’un même individu qui avait comme passe-temps de ridiculiser les illustrations d’auteurs… On frappe à la porte d’entrée et je sursaute tellement que j’en échappe presque les bouquins. Je fixe la porte, le cœur battant à tout rompre, en remerciant le ciel que les rideaux de la fenêtre avant soient fermés. En vitesse, je replace les livres dans la bibliothèque et me sauve vers l’arrière, mais m’arrête en réalisant que j’ai oublié mes gants. »  Pages 249 et 250
  • « Je fouille dans les tiroirs, convaincus de trouver des magazines pornos. Mais non, que des vêtements. Ça alors, ce type n’a donc vraiment aucun vice ? Même chose dans son armoire : fringues et piles de revues littéraires ou scientifiques. »  Page 252
  • « Je me dirige ensuite vers le bureau, qui ressemble beaucoup à celui du cégep. Dans une petite bibliothèque s’alignent des livres scolaires et pédagogiques desquels je me désintéresse aussi rapidement que s’il s’agissait de l’autobiographie du Prince William. »  Page 253
  • « Finalement, terminons le portrait de ce personnage digne d’habiter l’île du docteur Moreau par les cheveux, rares, rassemblés en quelques touffes disparates qui poussent inégalement et anarchiquement sur cette tête qui a la couleur et, à mon avis, la consistance du granit. »  Page 256
  • « Outre la photo, il y a l’adresse de Clarsain ainsi que ses relevés de notes des deux sessions précédentes. Visiblement, l’adolescent est brillant et, à l’exception d’une ou deux matières, n’a aucune note au-dessous de 90. Ensuite, dans le dernier tiers de la page, des indications à la main ont été ajoutées :
    Lieux à envisager :
    a- chez ses parents, où il habite : presque tous les soirs, mais parents souvent présents
    b- cégep, tous les jours : impossible, bien entendu
    c- bibliothèque municipale : une ou deux fois par semaine, mais jamais mêmes jours
    d- bar « L’ami ne deux faire » : parfois la semaine, presque tous les samedis soirs
    e- chez certains amis : souvent, sans moments fixes ou précis ; trop aléatoires
    Et le point D est entouré. Pas besoin d’avoir étudié la technique de Sherlock Holmes pour en tirer les conclusions qui s’imposent… »  Pages 257 et 258
  • « Je passe devant Le Gourmet Gourmé, le restaurant le plus huppé de la ville. À travers l’une des grandes fenêtres en façade, j’aperçois Archlax junior, seul à une table, en train de manger en lisant un livre. »  Page 264
  • « Repoussant à plus tard ce conflit cornélien, je me contente de dire :
    — Oui, c’est la seule. »  Page 273
  • « Moi, je pourrais bien lui rétorquer qu’un bon polar fait souvent réfléchir (en tout cas, c’est ce que j’ai tenté de faire un peu dans les deux que j’ai écrits, malgré ce qu’en ont pensé les critiques), mais je suis plutôt de mauvaise humeur. »  Page 283
  • « Limon entre à ce moment. Comme c’est souvent le cas, ses cheveux sont attachés en deux nattes, elle est habillée comme un gentil personnage de la comtesse de Ségur, mais un certain désordre émane d’elle. »  Page 284
  • « — Avez-vous remarqué la drôle d’ambiance ? C’est pas la première fois que ça se produit…
    — C’est vrai, approuve Picard. C’est comme si l’air avait la chair de poule…
    Zazz déclenche la sirène de son hilarité, en répétant la formule de Picard entre deux éclats de rire. Durencroix renchérit :
    — Et ça arrive toujours pendant la lecture de l’extrait… Bizarre, non ?
    — Je pense que c’est parce qu’on est tellement passionnés de littérature que lorsqu’on écoute un passage de livre, on entre dans une sorte de transe ! explique l’enseignante de mathématiques. »  Page 289
  • « — Sade, ça me dit quelque chose… marmonne Hamelin. C’est pas lui qui a écrit Huis clos ? »  Page 294
  • « — Comme vous vous entraîniez, vous deviez trop bouger pour vous en rendre compte ! raisonne Poichaux.
    — Quand même, un tremblement de terre, on l’aurait senti, aussi léger soit-il, fait le professeur. Vous êtes sûrs que vous lisiez des livres, dans votre réunion ? que vous en fumiez pas du bon ? »  Page 298
  • « En sortant du cégep, tous les membres du club de lecture se saluent, puis Marie-Josée Hamelin monte dans sa voiture, met le moteur en marche et démarre. »  Page 307
  • « — Je ferais tout pour venger mon père.
    Oh, la-la ! Elle ne gagnera pas un prix littéraire avec ce genre de réplique, c’est certain. »  Page 319
  • « Son air grave et sérieux cède enfin la place à un sourire. Une crise cardiaque terrassant soudainement un voisin d’avion qui me parle tandis que je lis un bouquin ne me procurerait pas plus agréable soulagement. »  Page 320
  • « — Dans le cahier d’examen, il y a l’extrait littéraire que vous devez analyser, l’énoncé de la dissertation, puis une dizaine de feuilles vierges pour la rédaction du plan, du brouillon et du travail final. C’est clair ? Bonne chance à tous. »  Page 332
  • « — Le texte qu’il faut analyser, il est vraiment plate !
    Je jette un œil : c’est un extrait de Bonheur d’occasion. Je soupire intérieurement. Si des extraterrestres recensaient les livres obligatoires lus au cégep, ils en viendraient à la conclusion que Gabrielle Roy est la seule écrivaine québécoise. »  Page 334
  • « — Moi, je vous lirai de la poésie tous les soirs avant que vous vous couchiez ! »  Page 335
  • « Un cri s’élève, puis un deuxième : des jeunes découvrent enfin le manège de Mortafer, ce qui, allez savoir pourquoi, leur fait instantanément oublier Gabrielle Roy. Rachel tente de les calmer, mais en vain, et si une grande majorité d’élèves n’avaient encore rien vu, Valaire remédie à la situation en vociférant :
    — Rémi, câlice ! es-tu viré fou ?
    Mortafer bat des paupières et reluque avec ahurissement son sexe comme si ce n’était pas le sien. Pourtant, il ne s’arrête pas, il se branle de plus belle, même si, visiblement, il trouve ses agissements abominables. »  Pages 336 et 337
  • « Je suis interrompu par une bière qu’on dépose énergiquement devant moi. Incrédule, je dévisage ma consommation un long moment, puis la frôle du bout des doigts, tel Lazare touchant les plaies du Christ. »  Page340
  • « — Moi aussi, il m’a fallu l’histoire avec Kristin pour que je comprenne… Mais maintenant, il ne faut plus lire d’extraits de roman dans ce local, c’est trop dangereux. »  Pages 340 et 341
  • « — C’était pendant un cours de philosophie… Le prof a allumé un feu en plein cours, en brûlant toutes les feuilles et les livres. Les élèves ont pu déguerpir sans problème avant que les flammes ne prennent vraiment, mais le temps que les autorités interviennent, le local y passait. L’enseignant en question a été licencié, il était carrément devenu pyromane.
    — Pourquoi il a mis le feu ? Qu’est-ce qu’il enseignait au moment de l’incendie, tu le sais ?
     — Les étudiants présents en ont évidemment beaucoup parlé dans les semaines qui ont suivi. Il semble que le prof expliquait le courant philosophique du XVIIIe siècle et qu’il lisait à sa classe un extrait d’un bouquin dans lequel on organisait un autodafé. Ce hasard avait vraiment impressionné tout le monde…
    Il me regarde, misérable, serrant son verre avec force.
    — Et là, il nous arrive la même chose ?
    — Sauf que pour nous, ça prend un certain temps avant que l’extrait contamine le lecteur, ça se fait graduellement. Alors qu’avec ce prof de philo, c’est arrivé instantanément, j’ignore pourquoi… (Je réfléchis un moment.) Tu sais qui était l’auteur du passage qu’il lisait ?
     — Je ne me souviens pas. Un philosophe du XVIIIe siècle, sans doute, puisque c’est ce qu’il enseignait…
    — Voltaire ?
    — Peut-être… Pourquoi ?
    Je ne réponds pas, totalement dépassé. Mortafer, après avoir bu une bonne gorgée et s’être lissé les cheveux en soupirant derechef, ajoute :
    — Je sais aussi qu’il s’est produit quelque chose d’autre dans ce local, un prof de français qui a violé une étudiante en plein cours…
    — Quoi ? Mais… Est-ce qu’il lisait un extrait de livre à sa classe ?
    — Je sais pas, ça fait presque vingt ans, je n’étais pas encore à Malphas…
    — Fuck, Rémi ! Tu étais au courant de tout ça et tu nous as laissés tenir un club de lecture dans cette pièce ? »  Pages 341 et 342
  • « — Mais, merde ! elle va quand même pas bouffer des bouquins jusqu’à la fin de ses jours !
    Ça alors, c’est vraiment le festival des phrases ubuesques, cet après-midi! »  Page 343
  • « Ce qu’elle n’a pas dit à Archlax, c’est la pensée qui lui avait traversé l’esprit quelques secondes avant son comportement irrationnel : elle avait observé les cahiers qui s’empilaient devant elle, puis avait songé, tout simplement, qu’elle devait les manger… jusqu’à en crever. »  Page 344
  • « Elle s’arrête devant sa pièce préférée, celle qu’elle se promet d’acheter depuis longtemps : le livre en verre, hommage à Nelligan. »  Page 344
  • « Elle tourne l’une des trois pages sur lesquelles sont gravés en jaune quelques vers du célèbre poète. Quel travail de précision, quel bon goût… Des pages de verre pour symboliser la fragilité de Nelligan… Des pages si belles… »  Page 344
  • « Pendant ce temps, la vendeuse, tout en lisant sa revue, se demande si madame Kristin va enfin se décider et acheter ce satané bouquin de verre sur lequel elle salive depuis un an. »  Pages 344 et 345
  • « La vendeuse croit pendant une seconde qu’elle s’est blessée, mais comprend son erreur en voyant sa cliente porter le livre de verre à ses lèvres et mordre à pleines dents dans la première page déjà à moitié cassée. »  Page 346
  • « Elle avale alors tout le verre qu’elle a mastiqué puis entame la seconde page. »  Page 347
  • « La vendeuse réussit enfin à lui saisir un bras et tente désespérément de lui soutirer le livre. »  Page 347
  • « Chapitre vingt
    Je pense qu’il faut dissoudre le club de lecture »  Page 349
  • « Et dire que Mortafer se figurait que jamais notre collègue n’arriverait à mourir en mangeant un livre… »  Page 350
  • « — Pis comme vous êtes tous les trois dans le club de lecture, que Rémi en faisait partie aussi… ainsi que Mireille Kristin, je pense, non ? »  Page 353
  • « — Tu sais que Mireille est morte en bouffant un livre en verre, non ? »  Page 355
  • « — Je pense qu’il faut dissoudre le club de lecture. »  Page 355
  • « — Mais c’est sûrement juste des hasards ! proteste-t-il en recommençant à déambuler, agacé. Tenez ! Marie-Josée Hamelin ! Elle aussi a lu un extrait de livre et rien ne s’est produit ! »  Page 356
  • « — Pour moi, il n’est pas question que nous sabordions le club de lecture. »  Page 356
  • « Bon Dieu, c’est pire que de la poésie surréaliste !  Mais puisqu’elle est en transe, aussi bien essayer d’en profiter. Je me penche vers elle :
    — Zoé, parle-moi du local 1814…
    — Il ne faut pas lire les livres… Pas dans cet endroit… »  Page 258
  • « Et, franchement, l’histoire de cet autobus m’intéresse autant que la biographie de Justin Bieber. »  Page 259

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3,5 étoiles, R, T

Ravenloft, Book 05 : Tapestry of Dark Souls

Ravenloft, Book 05 : Tapestry of Dark Souls d’Elaine Bergstrom

Editions TSR (Ravenloft), 1993, 310 pages

Cinquième tome de la série « Ravenloft » écrit par Elaine Bergstrom et publié initialement en 1993.

Dans un vieux monastère perché sur une montagne en Markovia, un petit groupe de moines veille et contrôle une tapisserie ensorcelée. Elle est la création d’une magie très ancienne et possède le pouvoir d’envoûter les êtres maléfiques en exacerbant leurs penchants négatifs pour les capturer. Les entités ainsi emprisonnées dans le tissu augmentent son pouvoir. Les Gardiens connaissent la puissance de la tapisserie et doivent l’empêcher d’accomplir son méfait. Malheureusement, les moines sont de plus en plus vieux et moins nombreux et ils se retrouvent dans l’impossibilité de garder leurs emprises sur la tapisserie. Leur salut viendra-t-il d’un jeune bambin né dans le monastère et dont la mère, Leith, a disparue peu de temps après l’accouchement ? Selon les dires de celle-ci, Jonathan serait le fils d’un des êtres captifs dans la tapisserie. Mais, il pourrait aussi être celui qui libérera la tapisserie du contrôle des moines.

Un roman introductif au monde d’horreur-gothique. L’histoire est bâtie en trois sections, chacune étant dédiée à un des personnages principaux. La première partie est consacrée à la découverte du monde étrange de Markovia par Leith. La seconde est dédiée à son fils Jonathan, à sa vie au monastère mais aussi dans la ville de Tepest et à la découverte de ses pouvoirs. La troisième partie est dédiée au père de Jonathan. Cependant les coupures entre les sections sont trop drastiques, le lecteur a l’impression de carrément de changer d’histoire, surtout entre la première et la deuxième section. Le style de l’auteur est très inégal dans ce texte. Il passe d’hyper descriptif à certain moment à trop concis à d’autres, avec un rythme global très lent. Le point fort de l’auteur est sa façon de construire les personnages. Ils sont tous intéressants, crédibles et chacun a un rôle à jouer dans l’histoire. Ce qui est aussi intéressant c’est que le lecteur perçoit l’évolutions des personnages dû à l’envoûtement de la tapisserie tout au long du texte. Une lecture intéressante et divertissante avec un sujet original qui permet de découvrir l’univers des jeux de types « Donjons et Dragons ».

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 19 octobre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « The following tale is told on the oldest scroll preserved by the Order of the Guardians. Its edges are charred, though the tale itself is intact. »  Page 1
  • « He paused. I saw the anguish in his face, but I didn’t ask him to stop the tale. »  Page 50
  • « « There must be some way to destroy it, » I said.
    « There is a prophecy written on one of our few remaining scrolls. One day love will corrupt the cloth. One day corruption from within will destroy it. We don’t understand the words, but they give us hope that the future may be less burdensome than the past. »  Page 51
  • « The main passage led to a long, stone-walled room, which smelled of musty paper and dried herbs. The space was filled with leather-bound books and stacks of scrolls. »  Page 65
  • « As we neared him, I saw that he was making notes in the margins of one of the books. »  Page 65
  • « Dirca left us, and I told him everything.
    « Am I harming my child? » I asked when I had finished.
    He paused long enough to open a book and read a few words. »  Page 65
  • « I asked, the, for some means to set down the story of Vhar and me and the cloth. On this scroll, I have written far more than that, but someday you, my son, must understand the reason for what I now do. »  Page 86
  • « Brother Dominic, head of the Order of the Guardians, sat at a table in the dining hall, his face buried in his open palms. Leith’s legacy to her son lay unrolled in front of him. »  Page 88
  • « Now, far too late to help her, the Guardians had found the scroll she had hidden in their library.
    Now, they understood.
    Though many of their questions had been answered by the scroll of Leith’s tragic account, another, far more serious question had been raised. »  Page 89
  • « « Cast an aura around the child. Green, I think. When I pass my amulet through the aura, brighten it. That should be convincing enough. Afterward, we’ll send the child away. »
    Leo nodded and pulled his spellbook from the library shelf. While Dominic sat, parrying that his decision had been the right one, Leo memorized the words and gestures of a simple spell.
    At length Leo, closed the book, and the pair joined the other Guardians in the dining hall. »  Page 91
  • « Again in the library, Leo placed his hands over the final words of Leith’s account. He recited a simple incantation and Leith’s words blurred, lightened, and vanished. Taking a pen and imitating her painstaking script, he revised her legacy. Afterward, he read through the account, altering any references to Jonathan’s parentage to make him seem clearly Vhar’s son. The rest of the account remained as Leith had written it. He placed the scroll in a carved stone box in the library with the other histories of the tapestry, then locked the box with a complex spell he and Dominic alone could undo. None of the other Guardians could read, but surely others, thieves and necromancers, would find the histories a key to power. »  Page 93
  • « « What’s the use of learning this if I can’t use it? » Jon once complained.
    « For protection. But if you display your power outside theses walls for any reason except to save your life, I’ll burn your spellbook. Do you understand? » »  Page 119
  • « If he assured his teacher of his sincere desire to obey, Leo would continue to allow him to copy the spells he had perfected into his own book. »  Page 119
  • « Jonathan had discovered a spell in one of Leo’s books that he thought would make his teacher obey him. He wished he had the courage to try it. »  Page 138
  • « Finally, on the night the wine was given its final staining and was placed in the aging kegs, Ivar asked the boy to join him in the cave beneath the inn. « And bring your spellbook, » he added.
    Jonathan, nervously holding a book in both hands, followed the white-haired man down the winding stairs. »  Page 155
  • « A half-dozen candles lit the space, amd Jon set the book between them. Before Ivar opened it, he ran his fingers over the leather cover Jon had made for it, examined the braided binding. The boy had done much with his meagre supplies. He clearly loved his chosen craft.
    The fist pages were filled with the intricate directions and incantations even the simplest spells required. Most dealt with fire, a fact that hardly surprised Ivar. « You have so few pages in your book, » Ivar commented. »  Page 155
  • « Your spellbook will be kept here or hidden in your room. You must show it to no one, give strangers no hint it exists. That’s the second part of our pact. »  Page 156
  • « Ivar smiled tightly and turned the book to face his pupil. « Now show me what you know. Take whatever time you need to prepare. »
    Jonathan scanned his spellbook, then collected the materials he needed for casting. »  Page 157
  • « At last, exhausted by his display, he closed his book, dropped his hands to the table and stared at Ivar. »  Page 157
  • « Closing his book, he laid it beside Ivar’s thick tomes and scrolls, doused the fire in the hearth, and blew out the candles. »  Page 160
  • « You’ll begin down there, » he said, pointing down t the cavern. « Among my scrolls are two tied with black ribbons. Before you wander these hills alone, read them both. »  Page 161
  • « Jon usually laid a fire on the hearth for warmth, but the light came from cold, glowing balls that floated above his shoulders, illuminating the scrolls he read. »  Page 180
  • « One night, when Jonathan was placing his most recent reading back on the shelves, a shadow touched a scroll near the bottom of the pile. »  Page 180
  • « A scroll was hidden there. Jon had never read any of the scrolls Ivar forbade him to touch, but this wasn’t one of them. Perhaps Ivar hid this one before Jon came, then forgot about it. He pulled it out and noted that its edges were yellowed and brittle. He untied the twine and unrolled it. With the lights dancing above his shoulders, he began to read, struggling to comprehend the strange dialect, the faded, trembling scrawl of its creator. »  Page 181
  • « Nearly all our order’s scrolls were destroyed; the spell that contains the dark souls on the cloth is known through memory alone. »  Page 184
  • « The account ended as abruptly as it had begun. Jonathan sat and stared at the writing. He recalled Maeve’s mention of the tapestry and knew he had discovered the secret the order guarded. « Thank you, » he whispered to the shadow that had guided him to the scroll. As he returned the scroll to the ledge on which it had been hidden, his attention was drawn to the crevice beyond its resting place. »  Page 184
  • « With precise care, he copied in a second spellbook every incantation he had learned. He had many he had ignored because they couldn’t be worked in the close confines of Ivar’s chamber, and he was forbidden to cast them outside. »  Page 185
  • « As he recited the poetry aloud, he heard the whisper once again. »  Page 186
  • « In the past, he had been allowed to read the scrolls kept in the polished chest of drawers that covered one wall. He would find no secrets there, he knew. »  Page 192
  • « Inside were scrolls written in Leo and Ivar’s familiar hands. He ignored those, seeking one whose parchment seemed newer, whose small script was unfamiliar. »  Page 192
  • « By the time Jon finished his mother’s account, his hands were clenched int fists, white knuckles showing the emotion the rest of him hid. He rolled the scroll, tied it and returned it to its box. »  Pages 192 et 193
  • « He waited with one of the common scrolls unrolled on the table before him until the Guardians began their chant. »  Page 193
  • « I’m the pale man that destroyed the Guardians’ shrine, » he added; the boy had already told him of the scroll he had read. »  Page 210 et 211
  • « More words, a slight shake of Morgoth’s head, and the smoke gradually assumed the shape of a closed book. Its gold cover was decorated with intricate, overlapping circles and runes. As Jon intently listened to the words of the spell, je saw the pattern grow more ornate with each moment. Finally, his father lowered the sphere to his chest and whispered a final word. The sphere vanished and the book opened to a central page.
    Morgoth read the words aloud, the same word he had used to conjure the book. » Pages 212 et 213
  • « He walked to Jon and laid the heavy tome in his hands.
    « Look at it, Morgoth said.
    Jon did. The pages contained small, precise hand=writing. Fire spells. Freezing spells. Spells t summon monsters, to make creatures do the caster’s bidding. « The first spell you will learn will be one to improve your concentrations, » Morgoth said. »  Page 213
  • « Ivar’s scrolls and spellbooks are in a cavern joined to ours. »  Page 214
  • « He thought of the words that Leith had written, the uneven scrawl of her hand.
    Her account had made it seem certain that he was Vhar’s child, conceived well before her night of terror in the shrine. Now hi knew that wasn’t true, that je was Morgoth’s child. Would his mother have taken so much time to put down her story only to lie to him an the end? He knew she wouldn’t. Someone had changed her word, magically erased and reformed them in his mother’s hand. »  Page 214 et 215
  • « Leo went into the library and discovered the unsealed box containing Leith’s legacy to her son. Though it was difficult to be certain, he believed that the seal had been broken for some time.
    « You should’ve shown him his mother’s scroll years ago, » Mattas said. »  Page 237
  • « Ivar opened his spellbook and refreshed his memory of a spell any apprentice could cast. »  Page 247
  • « In the morning, so early that even Dirca wasn’t at her place in the kitchen, Ivar packed his books into a vloth bag, took his staff form the cavern, and began the walk to the fortress. »  Page 247
  • « He watched his father open his gold-covered spellbook, noting with pride the ones Jonathan had already mastered.»  Page 253
  • « Jonathan knew his shift in allegiance endangered them all, but Sondra most of all.  He entered Linde through his cave and hid in Ivar’s cavern until the inn was quiet. He collected the spellbooks, and a bit fo money. »  Page 262
  • « « I take back the power I have given you, Morgoth’s voice whispered. The bundle of spellbooks was ripped from Hon’s belt and disappeared into the flowing fog. »  Page 264
  • « As down broke, he returned to Ivar’s cavern. He took his teacher’s remaining spellbooks from their hiding places and carried them back to the milky cavern. There, with Sondra sleeping nearby, he began to read.
    Hours passed as he memorized spells for his final battle. Je thought often of the prophecy mentioned in his mother’s legacy – One day love will corrupt the cloth. One day corruption from within will destroy it. »  Page 289
  • « He closed the book and waited anxiously for Morgoth to come to him. »  Page 289
  • « Morgoth held his spellbook in one hand. »  Page 289
  • « He laid his spellbook in front of Jon and opened it. « Read this, the go to the fortress, » he said and left Jon string numbly at the page. »  Page 291
4,5 étoiles, T

La Tueuse de dragons, tome 01 – La Tueuse de dragons

La Tueuse de dragons, tome 01 – La Tueuse de dragons de Héloïse Côté

Éditions Alire, 2010, 473 pages

Premier tome de la série « La tueuse de dragons » d’Héloïse Côté paru initialement en 2010.

L’Austrion est un royaume infesté par les dragons. Pour les éliminer, des tueurs de dragons sont formés à la dure et ce dès leur plus jeune âge. La population ne les aime pas, on dit d’eux qu’ils sont des mangeurs de cœur, des drogués et des bâtards. Rejetés par la population, ils vivent comme des parias. Deirdra est probablement la meilleure d’entre eux et elle veut le prouver. Sauvée des griffes d’un minusi alors qu’elle n’était qu’une enfant, elle a été vendue à maître Bradeus qui l’a formé. Elle rêve de dépasser le record d’éliminer neufs dragons avant de mourir. Pour y arriver tous les moyens sont bons : arrogance, isolement, mensonges et drogue. Par un concours de circonstance, elle devra mettre de côté son rêve et se verra dans l’obligation de travailler avec le capitaine Thad de Volter et ses hommes pour analyser une scène de carnage. Depuis quand les soldats font-ils confiance à un tueur de dragons ?

Un très bon roman de fantasy québécois. Une histoire est très bien ficelée avec les chasses aux dragons et les intrigues politiques. Le développement que l’auteur a fait de cet univers est très achevé et fort accrocheur. On est happé par cette histoire et par le personnage de Deirdra. Le point fort de l’auteur est sa façon de construire des personnages qui sont très humains et attachants malgré leurs défauts. Celui de Deirdra est tout sauf ennuyant. Elle est complexe comme un être vivant peut l’être, avec elle pas de faux semblant. Elle est têtue et égoïste. Elle n’a pas sa langue dans sa poche mais elle est très attachante car on découvre en cours de la lecture pourquoi elle est comme elle est. Le personnage de Thad est lui aussi très bien construit et très attachant. Malheureusement, le thème de la misogynie prend beaucoup trop de place dans l’histoire surtout lorsque Deirdra est en formation chez Maitre Bradeus. Malgré quelques longueurs au début pour les mises en situation, ce roman est une très bonne lecture.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 22 juin 2017

La littérature dans ce roman:

  • « L’officier qui avait interrogé Deirdra plus tôt était assis derrière une table sur laquelle des livres et des parchemins étaient proprement empilés autour d’une plume, d’un encrier, d’un bâton de cire, d’un pichet et d’un godet d’argile. »  Page 44
  • « – Ma… dragonne…
    – Tu ne pense décidément qu’à cette cochonnerie! Tiens, la voilà! »
    Le capitaine Thad saisit un objet dissimulé derrière la pile de livres sur sa table et le jeta sur les genoux de la jeune femme. »  Page 46
  • « Thad se dirigea vers la porte, l’ouvrit et adressa un signe à la sentinelle postée à l’extérieur. Deirdra en profita pour finir de fouiller la pièce du regard en quête d’une arme. Elle n’en repéra aucune. Par contre, elle vit son collier de griffes, en partie dissimulé par les piles de parchemins et les livres. »  Page 48
  • « Les fuyards se retrouvèrent dans une salle d’étude au plafond haut. Des livres et des parchemins s’entassaient dans une bibliothèque et des boîtes de verre étaient posées sur des tables. »  Page 97
  • « La troisième dépouille se retrouva à son tour à l’extérieur. Au moment où ils larguaient la quatrième, une volée de flèches déchira l’air et alla se planter dans la reliure des livres en face de la fenêtre. »  Page 97 et 98
  • « Je vous ai réservé la pièce située au sommet de la tour nord. Mes serviteurs y ont apporté tout ce qu’ils ont pu trouver sur les dragons : griffes, dents, peau, livres, venin, os… »  Page 379
  • « « Tu vois cette libellule ? En une nuit, j’ai découvert comment elle se reproduisait. Tu sais de quelles informations je disposais ? De quelques livres sur les insectes, d’une loupe, de deux libellules mortes et de mon intelligence. »  Page 380
  • « Le centre du local était occupé par une table de vois ronde couverte d’un bric-à-brac. Quatre bancs tachés de cire entouraient le meuble. La jeune femme s’avança et fourragea dans le tas d’objets hétéroclites. Elle écarta un livre et découvrit une fiole de venin de minusius. »  Page 382
  • « Elle franchit la pièce au pas de course et vérifia le second battant. Il n’était pas verrouillé. Comme aucun bruit ne lui parvenait de l’autre côté, elle l’écarta. Il donnait sur une pièce occupée par des bibliothèque remplis de livres et par une table de travail. »  Page 416
  • « Avisant une pile de parchemins sur l’étagère de l’une des bibliothèques, Deirdra glissa le pendentif de bois entre les rouleaux et la griffe derrière des livres. »  Page 419
  • « Le panneau vola en éclats et trois soldats apparurent, le visage ruisselant de sueur. Ils repoussèrent les morceaux de planches, enjambèrent la bibliothèque et les livres épars et menacèrent Deirdra de leur épée. »  Page 419
  • « La jeune femme fonça jusqu’à la bibliothèque. La pièce était déserte. Elle écarta frénétiquement les parchemins et les livres et découvrit avec un soulagement intense que l’appeau et la griffe y étaient toujours. »  Page 423
3 étoiles, O, T

Temperance Brennan, tome 6 : Os troubles

Temperance Brennan, tome 6 : Os troubles de Kathy Reichs.

Éditions Pocket (Thriller), publié en 2006, 438 pages

Sixième tome de la série de romans policiers « Temperance Brennan » écrit par Kathy Reichs et paru initialement en 2003 sous le titre « Bare Bones ».

L’anthropologue judiciaire Temperance Brennan pense devoir repousser ses vacances car des ossements carbonisés d’un nourrisson ont été trouvé dans un poêle à bois. L’enquête autour de la famille du bébé mène à des découvertes plus troublantes les unes que les autres. Même Boyd, le fidèle chien de Tempe, s’en mêle en déterrant, lors d’un pique-nique, deux sacs contenant des ossements d’ours mêlés à ceux d’oiseaux et d’humain. Pour compliquer les choses pour Brennan, un Cessna-210 percute une paroi rocheuse et s’embrase. Le pilote et son passager sont retrouvés carbonisés. Elle doit terminer son travail alors que la canicule fait rage. Tous ces dossiers vont porter le coup final au projet de Tempe de partir en vacances avec Ryan.

Un roman policier dans la moyenne, sans plus. L’intrigue débute rapidement avec une disparition et la mort d’un bébé. Malheureusement, il y a trop de détails, de pistes et de dossiers qui font leur apparition, ce qui donnent l’impression que ça part dans tous les sens. De plus, le dénouement des enquêtes manque un peu de réalisme car toutes les pistes se rejoignent en un seul dossier, ce qui est peu probable. Par contre, c’est avec bonheur que l’on retrouve les personnages de cette série : Tempe, sa fille Katy, son collègue Ryan et son chien Boyd. Ils sont fidèles à eux même et finalement Ryan prend plus de place dans la vie de Brennan. Le point fort de ce tome, c’est qu’en plus de l’enquête proprement dit, ce polar est un plaidoyer pour la protection des animaux et l’écologie. Une lecture agréable tout de même.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 18 mars 2015

La littérature dans ce roman :

  • « Conclusion : le sac-poubelle renfermait des restes partiels de trois Ursus americanus. Des ours noirs. Identification de l’espèce grâce à l’ouvrage de Gilbert, Mammalian Osteology, et du Mammal Remains from Archaelogical Sites d’Olsen. »  Page 68
  • « L’avion puait le fuel et la chair carbonisée. Dans cet habitacle imprégné de suie, je me croyais plongée au cœur du Dust Bowl si bien décrit par Steinbeck. »  Page 81
  • « Au centre de la scène, dans l’éclat rougeoyant des lampes de chantier, l’avion mort et l’équipe chargée de la récupération, tels les récitants d’une tragédie antique. Spectacle macabre. Shakespeare dans un champ de maïs. Cauchemar d’une nuit d’été. »  Page 82
  • « — J’en ai pour un instant.
    — Prends tout ton temps.
    Il avait laissé de côté les «Oui, m’dame » traînants, version Autant en emporte le vent. C’était déjà ça.
    Faux espoir. Un «mam’zelle Kitty » m’a quand même rattrapée pendant que je montais l’escalier. »  Page 86
  • « Et maintenant le Don Juan détective avait ses fesses posées sur le canapé de mon salon. »  Page 88
  • « — L’heureux propriétaire de deux clubs de strip-tease à Kannapolis. C’est une petite ville industrielle pas loin d’ici, n’est-ce pas ?
    Hochements de tête autour de la table.
    — » Les Valets de Carreau » et « Les Reines de Cœur »… Ricky Don s’attache à satisfaire les demandes sexuelles en tout genre.
    — Un poète, a décrété Larabee. »  Page 105
  • « — Tu te souviens des os d’animaux dont je t’ai parlé ?
    — Oui.
    — C’est notre Rintintin ici présent qui les a découverts. Ils étaient enterrés dans un bois. J’étais presque sûre qu’il s’agissait d’os d’animaux. Je les avais rapportés au bureau au cas où. Dimanche, déjà, j’ai passé une grande partie de la journée à les examiner. »  Page 112
  • « Boyd n’en avait que faire. La truffe au ras du sol, il frétillait comme hier soir pendant la promenade et m’entraînait d’un chêne enrobé de kudzu à un magnolia à demi étouffé, ou du puits à l’appentis abritant la pompe hydraulique.
    En dehors du creux près de la haie, resté après l’excavation des ours, rien n’a suscité son excitation sauf, bien entendu, quelques écureuils et tamias.
    Boyd de Baskerville. »  Page 129
  • « — On y va ? a lancé Ryan.
    — On y va !
    Voix de contralto digne de Walter Mitty. »  Page 144
  • « Lundi, tôt le matin, trois enfants qui faisaient courir leurs chiens dans un champ, à l’est de l’endroit où l’avion devait s’écraser peu après, avaient cru voir un fantôme battre des ailes au-dessus de la vieille grange à tabac de leur grand-père.
    Une image est passée devant mes yeux : un pilote calciné dont le parachute se soulevait et s’abaissait sous le vent.
    — Sa Majesté des mouches, a dit Ryan, exprimant tout haut ma pensée.
    — Analogie parfaite, a déclaré Sheila Jansen. Se disant que le phénomène avait dû se produire au-dessus de Nehi et Moon Pies, ces petits génies ont décidé d’aller fureter dans le coin. Ils ont découvert un paquet contenant de la poudre blanche au bout d’un parachute. Résultat du vote : ils ont décidé de le cacher, le temps de trouver une meilleure idée. »  Page 158
  • « — À mon avis, nous avons là un cas de lèpre tout ce qu’il y a de plus classique, tel que c’est exposé dans les manuels de radiologie, a constaté Larabee. »  Page 180
  • « Je me suis retournée pour prendre dans ma bibliothèque les programmes des conférences. En dix minutes de temps, j’avais l’info que je cherchais. Douze ans auparavant, un étudiant au doctorat avait fait une communication sur la fréquence des maladies parmi les populations melungeons.
    Tandis que je lisais son rapport, l’embryon de pensée a émergé du magma au fond de mon cerveau et s’en est extrait lourdement jusqu’à devenir une idée à part entière. »  Page 184
  • « J’ai déposé un manuel de pathologie sous ses yeux. Larabee a lu le passage et s’est penché en arrière, le menton dans la main. L’air pas convaincu. »  Page 184
  • « — Une étude génétique récente, menée parallèlement sur des groupes de melungeons du Tennessee et de Virginie et sur des populations établies en Espagne, au Portugal, en Afrique du Nord, à Malte, à Chypre, en Iran, en Irak et dans d’autres pays du Levant, n’a fait apparaître aucune différence significative.
    — Comment vous faites pour vous rappeler des trucs pareils ? s’est écrié Larabee en secouant la tête.
    — Je ne sais pas. J’ai regardé dans un bouquin. Il y a pas mal de sites melungeons sur le Web. »  Page 186
  • « — Beaucoup de caries. En tout cas, sur les dents récupérées.
    — Il en manque beaucoup ?
    — Pas mal.
    — Pauvre petite Boucles d’or !
    — Comment est-ce que je pouvais savoir que tu allais me dire ça ? »  Page 196
  • « D’autres oiseaux, sculptés ou en bas-relief, étaient posés sur le bureau et les commodes à dossiers, et glissaient un œil entre deux livres. »  Page 205
  • « Rachel est allée attraper un grand livre brun sur une des étagères au-dessus de la commode à tiroirs. Après avoir consulté l’index, elle l’a ouvert à la page recherchée et l’a posé à plat sur la paillasse.
    — Et voilà, a-t-elle dit en tapotant une photo de son index potelé. Un ara de Spix.
    L’oiseau représenté avait le corps bleu cobalt et la tête plus claire. Ses pattes étaient sombres, son œil gris, son bec noir et moins crochu que je le croyais.
    — Il fait quelle taille ?
    — Cinquante-cinq, soixante centimètres. Ce n’est ni le plus grand ni le plus petit des aras.
    — Et où aime-t-il traîner ses bottes ? a demandé Ryan.
    — Dans le centre du Brésil, dans la partie aride, à l’est, et aussi au nord de Bahia, le plus souvent.
    — Et c’est une espèce disparue ? Une ex-espèce ?
    Si j’ai pigé la référence de Ryan à Monty Python, pour Rachel, c’est resté lettre morte. »  Pages 212 et 213
  • « — Non. Et la situation a empiré. À la fin de la décennie, pas un seul oiseau n’a été aperçu. En 1990, Tony Juniper, un des meilleurs experts au monde pour les perroquets, s’est rendu au Brésil afin de déterminer si le Spix avait véritablement disparu à l’état sauvage. Après six semaines passées à sillonner la région de Bahia en 4 x 4 en interrogeant tous les gens qu’il croisait sur son chemin, fermiers, prêtres, écoliers et même braconniers, Juniper a fini par localiser un mâle solitaire. Il avait établi son nid dans un cactus en bordure d’une rivière, non loin de Curaçao.
    — Où est-ce ? a demandé Ryan en feuilletant les images de Spix.
    — À deux mille kilomètres au nord de Rio.
    Avec un sourire pincé, Rachel a tiré le livre à elle et l’a refermé. »  Page 213
  • « La tentative n’aboutit pas à redorer le blason de Clo-vay, comme mon amie Anne prononce ce nom, soucieuse elle aussi de lui donner un peu de piquant. Si quelques manufactures fonctionnent encore  – pièces détachées pour les freins et pour les appareils chirurgicaux  –, la bourgade ne brille pas par l’intensité de son activité. Une lecture attentive de la « littérature » publiée par la chambre de commerce locale incite plutôt le voyageur à se rendre ailleurs s’il veut prendre du bon temps : sur les bords du lac Wylie, sur les cimes de Blue Ridge, sur les plages de Caroline, et même à Charlotte s’il aime le baseball (les Knights) ou le football américain (les Carolina Panthers). »  Page 381
  • « Je me suis garée sur le bas-côté en gravier, j’ai coupé le moteur et j’ai traversé la pelouse jusqu’à la porte de la caravane. En passant devant le manège, j’ai reconnu des personnages de contes pour enfants : Little Bo Peep, Dormeur et Simplet. Il y avait aussi une maman cane ouvrant la voie à quatre copies d’elle-même en miniature. »  Page 382
  • « — J’ai dû croire ce que je voulais croire, probablement.
    Je me suis levée.
    — Il faut que j’y aille.
    À la porte, elle m’a posé une dernière question.
    — Vous lisez souvent les Écritures ?
    — Non, madame. »  Page 389
  • « Ryan portait un short de surfeur. Sa roseur après le premier jour de plage disparaissait maintenant sous une couche de crème solaire suffisante pour protéger Moby Dick. Désormais, il se rapprochait du tabac blond.
    Nous passions nos journées à lire ou à bavarder ; Boyd s’amusait à happer les vagues ou bien coursait les mouettes. »  Page 416
  • « Boyd s’est effondré sur le flanc à l’ombre de mon transat. Ryan s’est replongé dans son Terry Pratchett, et moi dans un magazine consacré à l’environnement.
    Mais impossible de me concentrer. Mes pensées revenaient sans cesse à Skinny Slidell. J’ai fini par abandonner ma lecture.
    — Comment Slidell a-t-il découvert où j’étais ?
    Ryan a refermé son livre sur son doigt, pour marquer la page. »  Pages 424 et 425
  • « Nous nous sommes remis à notre lecture. Plus j’avançais dans la mienne, plus je me rendais compte de la naïveté de mes opinions sur le mouvement des Verts. À certains moments, j’étais si révoltée par ce que j’apprenais que je ne pouvais plus me contenir.
    — Tu savais que plus de neuf millions de tortues et de serpents avaient été exportés des États-Unis en 1996 ?
    Ryan a laissé tomber son livre sur sa poitrine. »  Page 426
    « — Écoute ça.
    J’ai cité des passages de l’article que je venais de lire.
    — «En 1996, au Brésil, Hector Ugalde a plaidé coupable de conspiration fédérale dans une affaire de contrebande d’aras jacinthes… Il a été condamné à une peine de prison avec sursis, une mise à l’épreuve et une amende de dix mille dollars. » Tu parles que ça va l’arrêter ! »  Page 427
4 étoiles, S, T

Secrets d’outre-tombe

Temperance Brennan, tome 05 : Secrets d’outre-tombe de Kathy Reichs.

Éditions Pocket Thriller, publié en 2008; 442 pages

Cinquième roman de Kathy Reichs paru initialement en 2002 sous le titre « Grave Secrets ».

secrets d'outre-tombe

Temperance Brennan est au Guatemala pour exhumer les restes de victimes de la guerre civile survenue vingt ans plus tôt. Elle a été mandatée par une organisation humanitaire pour retrouver et identifier les ossements des femmes et des enfants massacrés par l’armée dans le village de Chupan Ya. Malgré les tentatives d’intimidation et la pression des autorités locales, Tempe se jette corps et âme dans cette exhumation. Les recherches sont perturbées lorsque deux membres de l’équipe tombent dans une embuscade. L’enquête établi qu’il y a eu erreur sur la personne et que c’était Temperance qui était la personne visée. De plus, le sergent-détective Galiano de la police civile nationale du Guatemala demande son aide pour identifier des restes trouvés dans une fosse septique d’un hôtel délabré. Pourraient-ils être ceux de l’une des quatre jeunes femmes portées disparues dont la fille de l’ambassadeur du Canada ?

Dans ce roman, il y a beaucoup d’actions et d’intrigues. C’est une double enquête riche en surprises et en rebondissements. Il n’y a pas un instant de répit pour Brennan ni pour le lecteur. Encore une fois, l’auteur réussit à entremêler deux affaires à priori éloignées l’une de l’autre mais qui se rejoignent au final. Malheureusement, ces intrigues ne sont pas toutes bien approfondis et nous laissent sur notre faim. Les descriptions techniques de l’anthropologie judiciaire sont largement mises à contribution et les détails macabres ne sont pas épargnés. Dans ce cinquième tome, il y a un petit développement dans la vie amoureuse de Brennan avec l’entrée en scène du sergent-détective Galiano qui vient brouiller les cartes avec Ryan. Cette histoire nous initie sur l’instabilité politique du Guatemala et sur les massacres qui y ont eu lieu pendant près de 30 ans, un pan de l’histoire qui est peu connu. Malheureusement, le dénouement manque de réalisme, l’auteur a opté pour la facilité.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 29 octobre 2013

La littérature dans ce roman :

  • « Le commissariat central de la police est situé dans un château exotique au croisement de la Calle 14 et de l’Avenida 6. C’est à un pâté de maisons au sud de l’Iglesia de San Francisco, célèbre pour sa sculpture du Sacré-Cœur et pour sa collection de livres à l’Index qui fut retrouvée dans la charpente où des rebelles parmi le clergé les avaient dissimulés, il y a des dizaines d’années de cela. »  Page 51
  • «La salle, d’un gris tristounet, ne devait pas avoir été repeinte depuis l’époque où les padres cachaient leurs livres. »  Page 52
  • « – Un fœtus ? a-t-il dit, ses yeux plantés dans les miens.
    J’ai fait signe que oui.
    – Son âge ?
    – Il faut que je regarde dans le Fazekas et Kósa.
    Je me référais à la Forensic Fetal Osteology, la bible des médecins légistes en matière de développement squelettique prénatal. Parue en Hongrie en 1978 et épuisée depuis des lustres. Les chanceux qui en possèdent un exemplaire ne le prêtent à personne. »  Page 111
  • « Toutes les mesures prises, je les ai comparées une par une avec celle indiquées dans les tableaux du livre d’ostéologie fœtale. »  Page 119
  • « À en croire le Fazekas et Kósa, la fille dans la fosse septique était enceinte de cinq mois. »  Oage 119
  • « — Et moi, je suis un mec sensible.
    — Vraiment ?
    — J’ai lu Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus.
    — Hmm.
    — Et aussi Sur la route de Madison.
    Il a passé le pouce sur le coin de ma bouche. J’ai détourné la tête.
    — Et j’ai pris des notes. »  Pages 207 et 208
  • « J’espérais un message de Ryan, du genre : « Bienvenue, bon retour, heureux de te savoir rentrée. » À la maison, il n’y avait rien sur mon répondeur.
    Coups de fil d’enquêteurs, d’étudiants, de journalistes. Un procureur avait appelé quatre fois. Ryan, pas une.
    Sympa ! Pourtant il savait forcément que j’étais là. Car il avait ses sources, le grand Sherlock. »  Page 230
  • «  Assise, les jambes allongées et les mains enfoncées dans les poches de son gilet en jean, la fille de l’ambassadeur gardait les yeux fixés au sol.
    — Chantal, n’est-ce pas ?
    — Non, c’te conne de Blanche-Neige !
    — Chantal ! »  Page 240
  • «  — La seconde victime n’a pas été identifiée. Nous l’avons trouvée dans une fosse septique, dans la zone 1.
    — Un quartier plutôt louche, vous trouvez pas ?
    Nous en étions maintenant à qui ferait baisser les yeux à l’autre.
    — Essayons un autre nom.
    — Bouton d’or ?
    — Patricia Eduardo. Ça vous dit quelque chose ? Combat d’yeux. Les siens ne cillaient pas. »  Page 245
  • «  — Tu n’as pas déjà un caballero, ici ?
    Vision de Ryan.
    — Pecos Bill nous la joue profil bas. »  Page 253
  • «  À peine ce nom prononcé, j’ai deviné la suite : Katy allait fredonner la comptine qu’elle avait adorée à quatre ans et chantée une année tout entière. Ça n’a pas loupé.
     — Héctor Protecteur a un habit qui gratte
    Héctor Protecteur se goinfre de dattes…
    Je lui ai coupé le sifflet :
    — Héctor Dissecteur est pendu par la rate.
    — Oh, c’est pas bien, ça.
    — C’est juste une première ébauche.
    — Eh bien, tu peux garder la seconde pour toi. Ce n’est pas parce que tu es frustrée que tu dois maltraiter la poésie.
    — Héctor Protecteur n’est quand même pas Coleridge. »  Pages 272 et 273
  • « L’armoire contenait des livres, une télé et une impressionnante collection de CD. J’ai survolé les noms des artistes. Dropkick Murphy’s, Good riddance, Buck-ONine, AFI, Dead Kennedys, Racid, Saves the Day, Face to Face, The Business, Anti-Flag, The Clash, Less than Jake, The Unseen, The Aquabats, The Vandals, NFG, Stiff Little Fingers. Pas mal de NOFX.
    Inconnus au bataillon –  de moi, en tout cas. Je me suis sentie vieille comme le monde.
    Les livres étaient en français et en anglais : Anna Karénine, de Tolstoï ; Le Retour de Merlin, de Deepak Chopra ; le Guide du Routard de la galaxie, de Douglas Adams ; Père manquant, fils manqué, de Guy Corneau ; Anne of Green Gables ; plusieurs Harry Potter.
    Ça m’a un peu remontée. »  Page 288
  • « La chambre n’était pas plus grande qu’une cellule et avait, à peu de chose près, une ambiance identique : propre, fonctionnelle et sans chichis. L’inventaire du mobilier m’a pris trois secondes : lit en fer, armoire vieillotte, commode vieillotte, table de nuit vieillotte, Bible de Gideon. Pas un objet personnel en vue, rien dans la commode ou dans l’armoire. »  Page 322
  • « Il a sorti encore quatre livres du sac. Je les connaissais tous. Guatemala : Getting Away with Murder ; Las Masacres en Rabinal ; State Violence in Guatemala : 1960-1999 ; Guatemala : Never Again. — Finalement, il faisait peut-être vraiment une enquête sur les droits de l’homme. »  Page 324
  • « — Elle devrait se remettre complètement. Avant de quitter le Guatemala, je suis allée la voir à l’hôpital, avec Mateo. Ses souvenirs étaient confus, mais elle croyait se rappeler que les attaquants avaient parlé d’un inspecteur. Mateo et moi, on s’est dit que ça pourrait bien être Specter.
    — Alors là, le poisson ferré n’est même pas une baleine, c’est carrément Moby Dick. »  Page 326
  • « — Tu as trouvé des choses sur Specter ?
    — D’après sa femme, c’est Albert Schweitzer.
    — Tu m’étonnes !
    — D’après les Affaires extérieures, c’est Nelson Mandela. Et… chasse hypergardée.
    — Galiano m’avait prévenue. Et qu’en pense Chantal ?
    — D’après elle, son vieux, c’est le marquis de Sade. (Ryan a secoué la tête.) Elle lui en veut sacrément. »  Pages 341 et 342
  • « — Que veux-tu que je fasse ? ai-je demandé à Ryan.
    — Passe en revue les livres et les papiers pendant que je continue avec les interviews.
    — Je cherche quoi ?
    — Quelque chose.
    J’ai téléphoné à Mateo. Mon retard ne lui posait aucun problème. De plus, il connaissait une Eugenia Sandoval qui travaillait au CEIHS, Centro de Investigaciones de Historia Social. Information que j’ai transmise à Ryan dès que j’ai eu raccroché.
    — Logique, m’a-t-il répondu.
    J’ai rassemblé livres et journaux et me suis installée en face de lui. Certaines publications étaient en espagnol, la plupart en anglais. J’ai commencé par faire une liste.
    The Massacre at El Mazote : A Parable of the Cold War ; Massacres in the Jungle, Ixcán, Guatemala, 19751982 ; Persécution by Proxy : The Civil Patrols in Guatemala, publié par le Robert F. Kennedy Center pour les droits de l’homme ; Harvest of violence : The Maya Indians and the Guatemala Crisis ; un numéro de l’America’s Watch Report, daté du mois d’août 1986 : Civil Patrols in Guatemala. »  Pages 369 et 370
  • « Deux heures plus tard, j’ai enfin péché un indice dans un numéro de La Lucha Maya, parmi une série de portraits et de paysages en couleurs pleine page : maisons à toit de chaume à Santa Clara, jeune garçon en train de pêcher sur le lac Atitlán, baptême à Xeputul, cortège funèbre à Chontalá.
    Au début des années 1980, sur instruction des responsables militaires de la région, des patrouilles civiles avaient exécuté vingt-sept habitants dans ce village. Dix ans plus tard, Clyde Snow avait exhumé leurs restes.
    En face de la page qui représentait ces paysans portant des cercueils jusqu’au cimetière de Chichicastenango, un portrait de groupe d’hommes en armes. Membres des patrouilles civiles à Huehuetenango, disait la légende.
    Ce système de patrouilles civiles avait été mis en place partout dans les campagnes. Participation obligatoire. Résultat, l’agriculture avait perdu des bras et des familles entières avaient sombré dans la misère. Des règles et des valeurs nouvelles, fondées sur la force et les armes, avaient remplacé les modèles d’autorité traditionnelle, ce qui avait semé la zizanie parmi les paysans mayas.
    Ryan a introduit une nouvelle cassette dans l’appareil. Voix de Nordstern, puis la mienne.
    J’ai continué à feuilleter les images. Un vieil homme forcé de quitter sa maison à Chunima, suite aux menaces de mort lancées à son encontre par des patrouilles civiles. Une femme en larmes, portant son bébé dans le dos.
    Page suivante, des patrouilles civiles à Chunima, armes dressées sur fond de montagnes dans la brume. D’après la légende, le chef du groupe avait abattu deux paysans qui refusaient de s’engager comme volontaires. J’ai étudié la photo. Ces jeunes auraient pu former une équipe de football. Une meute de scouts. Une chorale de lycée.
    Soudain, ma voix a retenti dans la pièce. Ma voix racontant à Nordstern le massacre à Chupan Ya.
    — En août 1982, des soldats et des patrouilles civiles sont entrés dans le village…
    À Chupan Ya, les patrouilles civiles avaient apporté leur soutien à l’armée. Soldats et civils avaient violé de concert les femmes et les filles avant de les tuer à l’arme à feu ou à la machette et d’incendier les habitations.
    J’ai tourné une nouvelle page de la revue.
    Xaxaxak, un quartier de Sololá. Des patrouilles civiles défilant comme après une victoire, des armes automatiques leur barrant la poitrine. Il y avait des soldats parmi les spectateurs, certains en tenue de combat, d’autres en uniforme, signe d’un grade supérieur et d’une solde plus élevée.
    Sur la légende, un nom entouré par Nordstern. Mes yeux sont tombés dessus au moment précis où, sur la bande, le journaliste disait :
    — Sous le commandement d’Alejandro Bastos.
    — Cela, je ne le sais pas.
    — Continuez.
    — Vous paraissez en connaître beaucoup plus que moi sur le sujet. (Bruits.) Il se fait tard, monsieur Nordstern. Mon travail m’attend.
    — Chupan Ya ou la fosse septique ?
    — Arrête ! Repasse ce morceau-là !
    Ryan a enclenché le rembobinage. Les derniers mots de l’entretien ont retenti à nouveau. Je lui ai passé mon livre.
    — Regarde ça. Il a étudié la photo et lu la légende.
    — Alejandro Bastos commandait la section locale de l’armée.
    — Et Nordstern l’accuse d’être à l’origine du massacre de Chupan Ya ! me suis-je écriée.
    — À ton avis, pourquoi est-ce qu’il a entouré la tête du type sournois à côté de lui ? a demandé Ryan en retournant le livre vers moi.
    J’ai regardé le visage à l’intérieur du rond.
    — Nom de Dieu ! »  Page 370 à 373
  • « Ryan a tendu le bras pour que je lui repasse le livre. »  Page 374
  • « J’étais restée encore deux ou trois heures avec Ryan à parcourir les livres et les papiers de Nordstern tout en écoutant les enregistrements avant de rentrer à l’hôtel, exténuée. »  Page 378
  • « J’ai fait un rapide inventaire des bouquins. Journaux professionnels habituels. JAMA. Fertility. Bouquins de médecine courants. Un certain nombre sur la biologie cellulaire. Plus encore sur la physiologie de la reproduction et l’embryologie. »  Page 387
  • « Je me suis revue avec Katy enfant, âgée de trois ou quatre ans peut-être, en train de regarder un livre de comptines. »  Page 407
  • « — Je connais mes lettres. C’est juste que parfois j’arrive pas à les mettre ensemble.
    — Oui, c’est dur. Alors prends tout ton temps.
    — Héctor Protecteur a un habit très court.
    Héctor Protecteur se rend à la cour.
    La reine ne l’aime pas.
    Pas plus que le roi.
    Héctor Protecteur est chassé de là-bas.
    Pourquoi ils ne l’aiment pas, Maman ?
    — Je ne sais pas.
    — Parce qu’il est méchant ?
    — Je ne crois pas.
    — Elle s’appelle comment, la reine ?
    — Arabella. Katy éclate de rire.
    — Et le roi ?
    — Charlie Oliver. Elle rit encore plus fort.
    — Tu inventes toujours de drôles de noms, Maman
    — Parce que j’aime bien te voir rire.
    — C’est quoi, le nom de famille d’Héctor Protecteur ?
    — Lucas.
    — Peut-être que ce n’est pas vraiment un protecteur.
    — Peut-être.
    — Alors, un quoi, Maman ?
    — Un amateur ? Elle rit à gorge déployée.
    — Un érecteur.
    Un électeur.
    Un éjecteur.
    Un dissecteur.
    Un inspecteur. »  Pages 407 et 409
  • « — J’ai vu trop de choses dans la vie pour avoir confiance en beaucoup de gens. Je ne crois pas vraiment aux contes de fées. (Je l’ai senti avaler sa salive.) Mais j’en suis venu à croire en toi. »  Page 431
2,5 étoiles, T

Les trois soeurs

Les trois sœurs d’Anton Tchekhov.

La Bibliothèque électronique du Québec; 179 pages

Pièce de théâtre d’Anton Tchekhov parue initialement en 1900 sous le titre Три сестры, Tri sestry.

Les trois soeurs BeQ

La famille Prozorov est composée de trois sœurs, Macha, Olga et Irina et de leur frère Andreï. Ils partagent une maison de campagne dans un village éloigné de Russie. Leur vie est dominée par le deuil du père et l’ennui. Les seuls divertissements permis sont les visites d’officiers venus de la garnison voisine. L’anniversaire d’Irina marque la fin du deuil familiale et une grande fête est organisée pour marquer ces événements. Il y aura pour l’occasion de la musique, on sera gai, on dira des bêtises et parfois des paroles profondes. On discutera du rêve qui habite les trois sœurs : retourner à Moscou, la ville de leur enfance et de tous les espoirs. L’avenir est plein de certitudes heureuses pour les Prozorov. Mais, qu’adviendra-t-il de ces beaux rêves ? La vie répondra-t-elle à leurs attentes ?

Lecture peu intéressante que cette pièce de théâtre. Tchekhov aborde le thème du passage du temps qui détruit les rêves. Pour ce faire, il alterne maladroitement entre des conversations absurdes et de grands débats philosophiques. Dans ce récit, il n’y a pas de héro, très peu d’action et aucune intrigue. Par contre, la torpeur à laquelle était en proie la Russie de la fin du XIXe siècle est très bien dépeinte. Les personnages sont très bien construits, ils sont extrêmement humains. De façon lucide, ils voient leur vie peu à peu s’étioler avec le désespoir de n’avoir rien construit. Pour présenter un récit qui se déroule sur plusieurs années, Tchekhov n’a pas utilisé le bon moteur. Il est très difficile de montrer l’œuvre du temps sur la déchéance de chacun et l’anéantissement des rêves sous forme d’une pièce de théâtre. Cette histoire aurait gagné à être présentée sous forme de roman afin de bien sentir ce passage du temps. Je me suis fort ennuyée durant ma lecture presque autant que les protagonistes de l’histoire.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 2 juin 2013

La littérature dans ce roman :

  • « Macha, qui rêve sur son livre, sifflote doucement une chanson. »  Page 7
  • « TCHÉBOUTYKINE, en riant.
    C’est vrai, je n’ai jamais rien fichu. Depuis que j’ai quitté l’Université, je n’ai pas remué le petit doigt, pas lu un seul livre, rien que des journaux. (Il tire un autre journal de sa poche.) Voilà… Je sais d’après les journaux qu’un certain Dobrolioubov a existé, mais qu’a-t-il écrit ? Aucune idée… Dieu le sait… (On entend frapper au plafond de l’étage inférieur.) Voilà… On m’appelle en bas, quelqu’un m’attend… Je reviens tout de suite… »  Page 14
  • «  KOULYGUINE, s’approchant d’Irina.
    Ma chère sœur, permets-moi de te féliciter, et de te présenter mes vœux sincères et cordiaux de santé et de tout ce que peut désirer une jeune fille de ton âge. Et aussi, de t’offrir ce petit livre. (Il lui tend un livre.) C’est l’histoire de notre lycée depuis cinquante ans. Un livre sans importance, que j’ai écrit par désœuvrement, mais lis-le tout de même. Bonjour tout le monde ! (À Verchinine : ) Koulyguine, professeur au lycée. (À Irina : ) Tu y trouveras la liste de tous ceux qui ont terminé leurs études dans notre lycée, depuis cinquante ans. Feci quod potui, faciant meliora potentes…
    Il embrasse Macha.
    IRINA
     Mais tu m’as donné le même à Pâques !
    KOULYGUINE, en riant.
    Pas possible ? Dans ce cas, rends-le moi, ou non, bien mieux, donne-le au colonel. Tenez, mon colonel. Vous le lirez, quand vous n’aurez rien à faire. »  Pages 38 et 39
  • « ANDRÉ entre, un livre à la main. »  Page 54
  • « NATACHA
    Mais moi j’avais quelque chose… Ah ! oui : Feraponte, du Conseil municipal, il te demande.
    ANDRÉ, bâillant.
    Appelle-le. (Natacha sort. André lit à la lueur de la bougie qu’elle a oubliée. Entre Feraponte ; il est vêtu d’un vieux manteau élimé, au col relevé ; il porte un bandeau sur les oreilles.) Bonjour, ami. Quoi de neuf ?
    FERAPONTE
    Le président vous envoie un livre, et puis des papiers. Voici.
    Il tend à André un livre et des papiers. »  Page 57
  • « ANDRÉ
    Non, rien. (Il regarde le livre.) Demain, vendredi, nous n’avons pas de séance, mais je viendrai tout de même… ça m’occupera. Je m’ennuie à la maison. (Un temps.) Cher vieux, comme la vie change drôlement, comme elle nous trompe ! Aujourd’hui, par ennui, par désœuvrement, j’ai pris ce livre, de vieux cours universitaires, et j’ai eu envie de rire… Mon Dieu, je suis le secrétaire du Conseil du Zemstvo, de ce conseil dont Protopopov est président, et le mieux que je puisse espérer, c’est d’en devenir membre. Moi, membre du Conseil du Zemstvo, moi qui rêve toutes les nuits que je suis professeur de l’Université de Moscou, savant célèbre dont s’enorgueillit la Russie. »  Pages 58 et 59
  • « ANDRÉ
    Des bêtises. (Il lit le livre.) Tu es allé à Moscou, toi ? »  Page 60
  • « MACHA
    Comme dit Gogol : « Il est ennuyeux de vivre en ce monde, messieurs. »
    TOUZENBACH
    Et moi je dirai : « Il est difficile de discuter avec vous, messieurs. » Ça suffit, assez…
    TCHÉBOUTYKINE, lisant le journal.
    Balzac s’est marié à Berditchev. (Irina chantonne doucement.) Ça, il faut le noter. (Il note dans son carnet.) Balzac s’est marié à Berditchev.
    Il reprend sa lecture.
    IRINA, faisant une réussite, rêveuse.
    Balzac s’est marié à Berditchev. »  Page 74
  • « SOLIONY récite.
    « Je suis étrange, qui ne l’est pas ? Ne te fâche pas, Aleco. »
    TOUZENBACH
    Aleco n’a rien à voir là-dedans. »  Page 84
  • « SOLIONY
    Buvons ! (Ils boivent.) Je n’ai jamais rien eu contre vous, baron, mais j’ai le caractère de Lermontov. (Baissant la voix : ) On dit que je lui ressemble même un peu, physiquement… »  Page 85
  • « SOLIONY récite.
    « Ne te fâche pas, Aleco… Oublie, oublie tes rêveries »…
    Pendant la conversation, André entre sans bruit, portant un livre ; il s’assied près d’une bougie. »  Page 85
  • « Au club, avant-hier, on bavardait ; quelqu’un a nommé Shakespeare, Voltaire. Je n’ai rien lu d’eux, rien du tout, mais j’ai fait semblant de les connaître ; et les autres en ont fait autant. Oh misère ! »  Page 111
  • « MACHA
    Ah ! c’est toi qui es bête, Olia. Je l’aime, tel est donc mon destin… Tel est mon sort… Et lui, il m’aime aussi. Ça fait peur, oui ? Ce n’est pas bien ? (Elle prend la main d’Irina et l’attire vers elle.) Oh ! ma chérie… Comment allons-nous vivre, que va-t-on devenir ? Quand on lit un roman, tout paraît si simple, connu d’avance, mais lorsqu’on aime soi-même, on s’aperçoit que personne ne sait rien, que chacun doit décider pour soi… Mes chéries, mes petites sœurs… Je me suis confessée, et maintenant je ne dirai plus rien. Je serai comme le fou de Gogol… Silence… Silence… »  Page 129
  • « Soliony se prend pour Lermontov ; c’est qu’il écrit des vers ! »  Page 150
    « Vous vous rappelez ces vers ? « Et lui, le révolté, il cherche la tempête, comme si dans la tempête, régnait la paix »..
     TCHÉBOUTYKINE
    Oui. « Il n’eut pas le temps de dire oh ! que l’ours lui sautait sur le dos. ». »  Page 155
3,5 étoiles, T

Tu ne te souviendras pas

 Tu ne te souviendras pas de Sebastian Fitzek

Éditions Le Livre de Poche (Thriller) no 32546 ~ Publié en 2012 ~ 401 pages

Troisième roman de Sebastian Fitzek paru initialement en 2008 sous le titre « Das Kind ».

Robert Stern, avocat reconnu, vit seul dans sa grande maison. Il y a 10 ans, son couple a volé en éclats suite à la mort de leur bébé naissant. Contrairement à lui, sa femme a réussit à refaire sa vie. Un soir, Carina son ancienne maîtresse lui donne rendez-vous dans une friche industrielle désaffectée. Infirmière de profession, elle est accompagnée d’un jeune malade âgé de 10 ans, Simon. Celui-ci est convaincu d’avoir commis plusieurs meurtres, le premier remontant à 15 ans. Pour démontrer la justesse de sa conviction, il conduit Robert et Carina au cadavre d’un homme assassiné à coups de hache. Selon les analyses, l’homme serait décédé il y a effectivement 15 ans, donc 5 ans avant la naissance de Simon. De retour à la maison, Robert trouve un DVD dans sa boîte à lettres. Une voix masquée lui annonce que l’enfant qu’il croyait avoir perdu dix ans plus tôt est en réalité bien vivant, images à l’appui. Pour comprendre ce qui s’est passé et savoir où est son fils, Stern va devoir découvrir qui a commis les meurtres dont s’accuse Simon.

Roman intéressant par le sujet traité. Imbriqué dans l’enquête, l’auteur pose les bases d’une réflexion sur les possibilités de la réincarnation. Bien que cette réflexion soit présentée dès le début de l’histoire, celle-ci n’empêche par l’enquête d’être bien menée et solide. Le cheminement psychologie de Robert est très bien amené tout au long de l’histoire. Dès le début, on ressent sa douleur et son désarroi lors du visionnement du DVD, par la possibilité que son fils soit en vie et par les menaces envers les jumelles de son ex-femme. Les personnages sont très attachants, surtout Simon, ce petit garçon malade et sans famille. Pour ce qui est de l’enquête, la fin est surprenante. Par contre, j’aurais aimé avoir plus de développement sur certains évènements. J’ai l’impression que l’histoire de Simon fini en queue de poisson.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 26 avril 2012

Lecture en tant que juré pour les Éditions Le livre de poche – Polar 2012 :

La littérature dans ce roman :

  • « À quatre ans, on l’a enlevé à sa mère, une marginale. On l’avait trouvé dans un appartement à l’abandon, à demi mort de faim dans la baignoire, à côté d’un rat crevé. On l’a alors placé dans un foyer où il n’est pas passé inaperçu, vu qu’il préférait consulter les dictionnaires à se bagarrer avec les gamins de son âge. » Page 19
  • « Pourtant, la vue du garage vide aurait dû le soulager. Pas un meuble. Pas un appareil électrique. Pas un livre. » Page 86
  • « – Veuillez m’excuser. Peut-on aussi entrer par ici dans le cimetière officiel ?
    – Ah, vous ne faites pas partie des proches d’Hannibal ? S’étonna Ahrendt.
    – Hélas non. Nous cherchons la dernière demeure de, euh, eh bien, d’être humains. » Page 137
  • « Vertigo, Fienchen, Mickey, Molly, Vanilla… Les noms inscrits sur les pierres tombales étaient aussi divers que l’aspect des tombes. Sur la plupart il y avait une croix blanche ou une plaque en granit portant une inscription sans enjolivure. » Page 138
  • « L’église était vide et Stern eut du mal à imaginer que des gens puissent trouver du réconfort dans cet environnement dépouillé. Il ôta son manteau trempé et le prit sur le bras. Il le regretta aussitôt. Il faisait froid à l’intérieur et il y avait des courants d’air où se mêlait une odeur de poussière et de vieux livres de cantiques. » Page 142
  • « – Maman ?
    Sophie se retourna brusquement vers la porte où se tenait Frida, pieds nus, une poupée à la main. Le T-shirt Snoopy aux couleurs passées lui descendait au-dessus des genoux.
    – Qu’y a-t-il, ma chérie ? Te devrais être au lit depuis longtemps.
    – Oui, J’y étais. Mais je voulais aussi montrer Cendrillon à Simon.
    – Alors, fais vite. » Page 183
  • « Deux ans plus tôt, le soir précédant son premier examen RMN, Simon avait découvert un dictionnaire en deux volumes dans le réfectoire du son foyer. Il avait extrait le tome I des étagères branlantes et l’avait emporté dans sa chambre. Fasciné par les informations sur l’Afrique, l’Arctique ou l’astronomie, il avait décidé, juste avant de s’endormir, d’apprendre dorénavant un mot nouveau par jour, en procédant par ordre alphabétique. De A à Z. » Page 225
  • « Cette maison n’était pas habitée. Il s’agissait d’une villa témoin, une construction ancienne, luxueusement rénovée et pas encore louée. Aménagée avec goût mais sans touche personnelle. Stern laissa errer son regard et remarqua alors certains détails. Le téléphone sans fil sur le bureau. Les dos des livres en cuir soigneusement alignés sur des rayonnages à demi vides. » Page 233
  • « Son premier article avait donné naissance à une série, la série à un manuscrit qui n’avait d’ailleurs jamais trouvé d’éditeur. Il n’avait plus vu d’utilité à la publication de ces sombres chapitres. Les enfants victimes n’en oublieraient pas pour autant les souffrances endurées. Et aucun criminel ne renoncerait, à cause de ce livre, à ses desseins morbides. » Page 346
  • « – Avec qui es-tu ? Tu travaille pour qui ?
    – Je travaille avec Lui.
    – Qui ? Qui est ton chef ?
    – Celui qui est le tien aussi. Dieu.
    – C’est pas possible, s’étonna Engler. C’est un retraité accro à la Bible qui s’est foutu de notre gueule pendant des années ! » Page 354
  • « Si l’on vous soumettait à une régression, par exemple, monsieur Borchert, il est possible que vous vous rappeliez ce documentaire sur le Moyen Âge et qu’à cause de cela vous vous prendriez pour une sorcière brûlée sur un bûcher. Et vous citeriez même des dates et des lieux exacts, car vous les auriez entendus de la bouche du commentateur.
    – Je n’ai pourtant pas vu d’image.
    – Si, vos propres images imaginaires, souvent bien plus fortes que les impressions réelles. Vous avez peut-être vécu cela à la lecture d’un livre. » Pages 362 et 363
  • « Une douzaine d’employés d’une agence d’événementiel avaient dû travailler toute la nuit pour étaler le sable fin dans le sous-sol de la villa. Puis on avait en toute hâte collé sur les murs et les fenêtres des motifs évoquant les mers du Sud et disposé dans les dunes une armée de faux palmiers et bananiers ainsi que des torches électriques. Même la cheminée remplie de bois flotté évoquait un feu de camp à la Robinson Crusoé. » Page 379
4,5 étoiles, T, V

Voyage fatal

Temperance Brennan, tome 04 : Voyage fatal  de Kathy Reichs

Éditions Pocket (Thriller) ~ Publié en 2004 ~ 495 pages

Roman de Kathy Reichs paru initialement en 2002 sous le titre « Fatal voyage ».

Un avion s’écrase dans les montagnes de Caroline du Nord avec à son bord 88 passagers. L’anthropologue Temperance Brennan est la première sur la scène. Cet accident ne laisse aucun survivant et suscite un questionnement sur son origine : bombe, missile égaré, défaillance technique ou erreur de pilotage. Une équipe est rapidement mise sur pied pour récupérer les restes humains et les identifier. Cette équipe devra aussi aider à découvrir l’origine de l’accident. C’est alors que Tempe découvre un pied qui, après de minutieuses analyses, se révèle n’appartenir à aucun des passagers. Voulant approfondir ses investigations, la tâche de Tempe va sérieusement se compliquer. Ce pied va l’entraîner dans une périlleuse enquête où elle rencontrera intimidation et tentatives de meurtres. Manifestement, quelqu’un veut l’empêcher de continuer ses recherches. Parviendra-t-elle à élucider ce mystère ?

Ce roman est réellement captivant, il se dévore en un rien de temps. On entre facilement dans l’histoire et l’on se prend immédiatement d’affection pour Tempe. Elle est à la fois déterminée et solide pour ce qui concerne son métier. Mais, elle ne reste pas moins un individu fragile. L’anthropologue Kathy Reichs nous dévoile ici quelques facettes de son métier. Sous une rigueur scientifique, elle ne nous épargne aucun détail de procédure. L’ambiance générale du roman est assez inquiétante, les énigmes complexes et le dénouement inattendu. L’intrigue est très soigneusement ficelée et d’un grand réalisme. De plus, l’analyse des indices, les détails de l’enquête et les recherches menées sont passionnants et nous tiennent en haleine jusqu’au dénouement final. Un thriller que je recommande.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 12 décembre 2011

Ving-quatrième lecture de mon défi 26 livres – 26 auteurs édition 2011

La littérature dans ce roman :

  • « – C’est comme ça que tu me remercies, Boucle d’Or ? Ou devrais-je dire Chaperon Rouge, vu les circonstances ? » Page 55
  • « – Précieuse est aux yeux du Seigneur la mort de ses saints, nous dit-il dans le livre des Psaumes. » Page 61
  • « Sur les dessus s’ébattait un trio de statuettes en porcelaine : Annie la petite orpheline avec son chien Sandy, Shirley Temple déguisée en Heidi et un colley qui devait être Lassie, chien fidèle. » Page 62
  • « – La pauvreté guette l’ivrogne et le glouton, ai-je fini par rétorquer en martelant les mots avec la bouteille de ketchup.
    – C’est de qui ?
    – C’est dans le livre des Proverbes.
    – Je déclarerai crime le fait de boire, ne serait-ce qu’une gorgée de bière.
    Le temps, s’était refroidi et Ryan portait un anorak bleu roi, parfaitement coordonné à la couleur de ses yeux. J’ai demandé :
    – C’est Ruby qui t’a dit ça ?
    – Shakespeare. Henry VI.
    – Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
    – Qu’en matière d’autocratie, Ruby n’a rien à envier à ce monarque. » Page 79
  • « Ryan a dû percevoir mon trouble, car il a demandé :
    – Un problème, Boucle d’Or ? » Page 82
  • « – Tu as découvert quelque chose d’intéressant ?
    – Une maison.
    – Habitée ?
    – Par Hansel, Gretel et la méchante sorcière. » Page 105
  • « – Ils se sont emparés de la clef de l’Hadès. Comme il est dit dans le livre de Révélations. » Page 107
  • « Jours de bonheur, jours de contes de fées, à une époque où le rêve américain semblait réel et à portée de la main. » Page 116
  • « Tout à son enthousiasme, Boyd tirait sur la laisse avec la détermination de Croc-Blanc traversant l’Arctique. » Page 145
  • « – Le shérif a recensé trois personnes âgées disparues. De ton côté, du nouveau sur le motel Bates ? » Page 146
  • « – Dites, vous pourriez regarder dans mon livre, j’ai besoin d’un renseignement.
    – La première édition ou la réédition ?
    En 1986, j’avais supervisé la rédaction d’un manuel de médecine légale devenu un classique grâce aux excellents auteurs que j’avais su réunir et à quelques chapitres de ma plume. Huit ans après, j’en avais publié une édition révisée.
    – Celle de 86.
    – Tout de suite.
    Un instant plus tard, elle était de retour.
    – Qu’est-ce qu’il vous faut ?
    Le chapitre traitant de la différenciation des populations sur la base du calcanéum. » Pages 159 et 160
  • « – Je suis allée à la réserve d’Indiens.
    – Tu as rencontré Tonto ?
    – Ça alors, comment ai-je pu deviner que tu me poserais la question ?! » Page 166
  • « Un pied sur le genou, Ryan a entrepris d’enfiler un mocassin sous l’œil stupéfait d’une donzelle au bar, qui en a cessé d’éplucher l’étiquette de sa Coors.
    – Cousu main par Sitting Bull en personne ?
    – Sitting Bull était sioux. Disons plutôt par un illustre inconnu, quelque part en Chine. » Page 166
  • « Elle avait fait ami-ami avec le chien et, justement, l’Évangile du jour glorifiait les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et les animaux que rampaient sur la terre. Le chow-chow, un reptile ? Cela ne valait pas la peine d’entamer un débat. » Page 171
  • « À mesure que nous nous éloignions de la route, les arbres se refermaient sur nous au point de ne plus former qu’un tout unique, où je ne distinguais plus rien. Lucy Crowe déchiffrait comme à livre ouvert les repères que lui avaient indiqués les Wahnetah : le chemin et le petit sentier partant de là. » Page 180
  • « La salle des actes de propriétés jouxtait le bureau des impôts, passé l’angle du couloir. Inévitable comptoir et succession de portes tournantes pour accéder aux archives. Le long des murs s’étiraient des rayonnages et des casiers bourrés de registres annuels, dont certains remontaient à plusieurs centaines d’années. Les plus récents, rouges et carrés, portaient au dos des chiffres dorés tout simples comparés aux arabesques qui ornaient les volumes anciens, reliés en cuir, comme les livres d’autrefois. » Page 209
  • « – Les adeptes de ce mouvement appliquent au pied de la lettre certains passages de la Bible sur la manipulation des serpents.
    – Quels passages ? s’est écrié Ryan d’une voix débordant de mépris.
    – « En mon nom, ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils saisiront des serpents. Et s’ils absorbent un poison mortel, ils n’en souffriront pas. » L’Évangile de saint Marc, chapitre XVI, versets 17 et 18, a répondu McMahon.
    Stupeur de Ryan et de moi.
    – « Voici que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds serpents, scorpions et toute la puissance de l’ennemi, enchaînait McMahon, et rien ne pourra vous nuire. » Luc, chapitre X, verset 19. » Page 235
  • « – Quoi de neuf, Boucle d’Or ?
    – C’était qui ?
    – Le Schtroumpf clouté ? Il a aspiré précautionneusement une petite gorgée. – Eli, le neveu de Ruby. » Page 245
  • « Le pompiste, un jeune d’environ seize ans, avec des cheveux noirs et gras tirés derrière les oreilles et des pellicules éparpillées le long de sa raie, comme des flocons de neige sur des berges boueuses, a posé sa BD pour me dévisager. » Page 264
  • « Cube en brique rouge d’un seul étage, la bibliothèque Black Marianna se trouvait à l’angle des rues Everett et Academy. Le hall était flanqué de deux squelettes en carton, portant chacun un livre à la main. » Page 300
  • « – Notre collection remonte à 1895. C’était le Byrson City Times à l’époque. Un hebdomadaire. Les numéros les plus anciens sont sur microfilm, naturellement. On ne consulte pas les originaux.
    – Ça m’ira très bien.
    Elle s’est mise à empiler des livres ouverts. Tirée à quatre épingles, Mme la bibliothécaire, et les ongles impeccables. » Page 301
  • « – Le district attorney dit qu’il ne veut pas obliger le juge à se perdre en conjectures tant qu’il n’a rien de vraiment solide à lui soumettre.
    – Qu’est-ce qu’ils veulent, à la fin ? Scarlett O’Hara dans la bibliothèque, un bougeoir à la main ? » Page 318
  • « Le juge Henry Arlen Preston tendait un livre à un vieil homme qui partait sans vouloir le prendre. L’autre insistait, se mettait à le suivre. Le vieux se retournait et le juge laissait tomber le livre. Boyd s’en emparait et s’enfuyait sur un chemin qui filait tout droit. Quand j’arrivais enfin à le rattraper et à le lui arracher de la gueule, le livre s’était métamorphosé en pierre tombale où était gravé : Tucker Adams, 1943. L’année où ces deux vieux étaient morts, l’un notable, l’autre obscur citoyen. » Pages 322 et 323
  • « Mes recherche sur Kendall Rollins, le poète mentionné par Mme Veckhoff, a débouché sur deux ou trois références à son œuvre trouvées sur Internet. » Page 351
  • « Nouvelle soirée à grignoter en tête à tête avec moi-même un blanc de poulet cuit par mes soins, en regardant une série à la télé. Après, un peu de lecture. Deux-trois chapitres d’un roman de James Lee Burke. » Page 359
  • « À vrai dire, ma garde-robe aurait fait la fierté de la fée Carabosse, mais j’étais tellement énervée que rester à la maison aurait été bien pire que sortir fagotée comme l’as de pique. » Page 367
  • « J’ai secoué le paquet.
    – Un poseur de bombe n’agirait pas ainsi, j’imagine.
    J’ai déchiré un coin de l’enveloppe et glissé un œil à l’intérieur.
    Un livre.
    J’ai défait le paquet.
    Un journal intime avec une feuille de papier à lettre couleur pêche, scotchée sur la couverture en cuire. » Page 372
  • « À mon arrivée, George aidait McMahon à entasser livres et papiers dans des cartons, tandis que Bobby saupoudrait de la poussière banche le manteau de la cheminée. » Page 395
  • « – Tout ça est passionnant, Tempe, mais moi, j’ai huit macchabées sur les bras et une horde de journalistes qui n’attendent qu’un signe pour me sauter à la gorge. Ces zigotos sont morts depuis des siècles, je ne vois pas en quoi ils nous intéressent, à moins d’avoir un penchant marqué pour l’art et la littérature morbides. » page 430
  • « – Prentice Elmore Dashwood, l’un des nombreux descendants du sieur Frank, a quitté l’Angleterre en 1921 pour se lancer dans la fripe à Albany, État de New York. Confection masculine. Il s’est retiré dans affaires avec des paquets d’argent.
    – C’est tout ?
    – Pendant sa vie ici, il a écrit et publié à compte d’auteur des douzaines d’essais. Dont un sur la vie de son arrière-arrière-arrière quelque chose, Sir Francis Dashwood II.
    – Et les autres ? ai-je demandé, sachant que si je ne le faisais pas, j’en avais pour des heures à tourner autour du pot.
    – Sur tout et n’importe quoi. Les chansons aborigènes australiennes, les traditions orales des Cherokees, le camping, la pêche à la mouche, la mythologie grecque, un précis ethnographique sur les Indiens caraïbes. Un authentique gentilhomme de la Renaissance, ce Prentice. Rien que sur le sentier des Appalaches, il a écrit trois bouquins. Il semble d’ailleurs qu’il se soit révélé un véritable moteur, dans les années 20, quand il s’est agi d’en commencer l’aménagement.
    Le sentier des Appalaches, intéressant… Mecque des randonneurs, ce sentier prend son départ au mont Katahdin dans le Maine et longe la ligne de crête appalachienne jusqu’à la montagne Springer, en Géorgie. Une grande partie traverse les Great Smoky Mountains. En particulier, le comté de Swain.
    – Tu es toujours là ?
    – Oui. Est-ce que ce Dashwood a passé du temps chez nous, en Caroline du Nord ?
    – J’imagine, il a pondu cinq brochures sur les Great Smoky Mountains. – Bruissement de pages qu’on tourne. – Arbres. Fleurs. Faune. Folklore. Géologie.
    Le récit qu’Ann m’avait fait de sa visite des grottes en Angleterre m’est revenu en mémoire. Se pouvait-il que ce Prentice Dashwood dont elle me parlait à présent, ce Prentice apparenté aux Dashwood britanniques, soit l’homme que m’avait mentionné Edward Arthur ? « Le diable en personne », comme il avait dit ? La coïncidence était plus que troublante.
    – Qu’est-ce que tu as appris d’autre sur lui ?
    – Rien, si ce n’est qu’au XVIIIe siècle, le tonton Francis traînait en drôle de compagnie, si tu veux mon avis. Des types qui se donnaient le titre de moines de Medmenham. Je te lis la liste ? Lord Sandwich qui, à un moment, a commandé la marine royale, John Wilkes…
    – L’homme politique ?
    – Lui-même. Le peintre William Hogarth, les poètes Paul Whitehead, Charles Churchill et Robert Lloyd.
    – Impressionnant.
    – N’est-ce pas ? Tous membres du Parlement ou de la Chambre des lords, poètes ou quelque chose encore. Même notre Benjamin Franklin à nous semble avoir fricoté avec eux, bien qu’il n’ait jamais fait partie du groupe, officiellement parlant. » Pages 439 et 440
  • « – Il est gros, ton bouquin ?
    – Dans les trente-quatre pages. » Page 441
  • « Si grande que soit mon impatience d’en savoir davantage sur ce lord Francis du XVIIIe siècle, je me savais trop fatiguée, affamée et énervée pour lire sa biographie avec un minimum d’objectivité. » Page 442
  • « Les étagères étaient remplis de livres; une table et un bureau croulaient sous les paperasses. » Page 483
  • « – Prentice était un lecture insatiable, il avait des connaissances étendues dans les domaines les plus divers. Pas une chose sur terre qui ne l’intéresse. Archéologie, ethnologie, physique, biologie, histoire, Darwin, Lyell, Newton, Mendeleïev, la philosophie, Hobbes, AEnésidème, Baumgarten, Wittgenstein, Lao-Tseu. Il les avait tous lus. » Page 484
  • « – Oui. En vieillissant, ses lectures sur la cosmologie et le cannibalisme dans toutes sortes de cultures l’ont de plus en plus marqué et il a fini par perdre les pédales. » Page 484
  • « _ Ce n’est pas à une archéologue de votre envergure que je vais apprendre combien l’anthropophagie est répandue dans la culture occidentale ! a rétorqué Midkiff. Elle est au cœur de nombreux mythes grecs et romains. L’Ancien Testament tout comme le Rigveda parlent de sacrifice humain. Chez les catholiques, c’est le moment le plus important de la messe. Prenez des livres comme Modeste Proposition de Johnathan Swift ou L’histoire de Sweeney Todd de Tom Prest; des films comme Le soleil vert, Beignets de tomates vertes, Le cuisinier, le voleur, son épouse et son amant, ou même Week-end de Jean-Luc Godard. Jusqu’aux contes pour enfants : Hansel et Gretel, L’homme en pain d’épice, certaines versions de Blanche-Neige ou de Cendrillon. « Grand-mère, que vous avez de grandes dents ! » dit le Petit Chaperon rouge. » Page 486
  • « – Fay ce que voudras, ai-je laissé tomber, me rappelant la citation de Rabelais gravée au-dessus de la porte du tunnel.
    Citation qui ornait également la voûte et les cheminées de l’abbaye de Medmenham, avais-je appris pendant ma convalescence.
    – Fais ce que tu aimes, m’a corrigée Midkiff avec un rire forcé. C’est drôle. Les Feux de l’Enfer y ont eu recours pour autoriser leur conduite licencieuse, alors que Rabelais, lui avait en tête saint Augustin : « Aime Dieu et fais ce que veux. Car, si un homme aime Dieu dans un esprit de sagesse, il ne peut faire que le bien, puisqu’il s’efforce de toujours accomplir la volonté divine… » » Page 487
  • « – Quand j’aurai publié mon livre, les gens comprendront la valeur inestimable de mon travail, a-t-il répondu. » Page 489
5 étoiles, T

La trajectoire du pion

La trajectoire du pion de Michel Jobin

Premier roman de Michel Jobin paru initialement en 2001.

Charles doit écrire un article sur Jean-Louis Vincent, patron de l’écurie de F-1 Procyon. Leur entretien est interrompu par un appel téléphonique. Vincent lui donne un rendez-vous pour le lendemain afin de terminer celui-ci. Or, le soir même, Charles est témoin de l’enlèvement de Vincent. Il se présente tout de même à son rendez-vous et on l’avise que Vincent est en voyage d’affaire. En bon journaliste, il flaire le scoop et se lance à la poursuite de la vérité. C’est le début d’une course effrénée de Montréal à Moscou en passant par l’Italie. Charles retrouve les traces des kidnappeurs, mais à quelle organisation appartiennent-ils ? Dans quel but ont-ils enlevé Vincent ? C’est ce que Charles devra rapidement découvrir s’il veut rester en vie.

J’ai adoré ce livre. Ce roman d’espionnage est bien construit et intéressant à lire. Quand on croit tout savoir, de nouveaux événements surviennent et nous laissent surpris. L’intrigue commence doucement, puis des personnages se rajoutent, des informations surgissent et nous orientent vers de nouvelles hypothèses. Tout au long du roman les personnages s’étoffent et certains changent même de visage. De plus, Jobin prend le temps de bien nous expliquer certains événements historiques de la Russie.

La note : 5 étoiles

Lecture terminée le 9 novembre 2010

3 étoiles, T

Les trois mousquetaires

Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas

Œuvre d’Alexandre Dumas, publiée initialement en feuilleton dans le journal « Le Siècle » de mars à juillet 1844.

D’Artagnan part pour Paris car il veut devenir mousquetaire. Arrivée à destination, il vivra plusieurs aventures dont trois provocations en duel qui le feront se lier d’amitié avec Athos, Porthos et Aramis. Il découvrira l’amour et s’éprendra de Mme de Bonacieux, épouse de son propriétaire et servante de la reine. Elle lui révèlera une intrigue montée par le Cardinal de Richelieu contre la première dame. Les quatre amis, au service du roi, devront combattre le diabolique Cardinal et ses agents, dont la mystérieuse Milady, pour sauver l’honneur de leur souveraine. Ils devront surmonter toutes sortes d’obstacles dont des combats, des trahisons, des complots et l’enlèvement de Mme de Bonacieux. Réussiront-ils à sauver l’honneur de la reine, retrouveront-ils Mme de Bonacieux et survivront-ils à la hargne du Cardinal ?

L‘histoire est plaisante et j’ai aimé l’originalité de Dumas lorsqu’il s’adresse au lecteur. Le début est passionnant, drôle et rythmé. Malheureusement, la dernière partie devient lourde et pénible. La captivité de Milady m’a beaucoup ennuyée. J’ai sauté un chapitre complet et je n’en ai pas souffert dans le reste de ma lecture ! Conclusion : ce roman aurait pu être écrit en beaucoup moins de mots.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 29 septembre 2009