3 étoiles, V

Voyageurs

Voyageurs de Neal Asher.

Éditions Fleuve Noir, publié en 2008, 367 pages

Roman de science-fiction de Neal Asher paru initialement en 2004 sous le titre « Cowl ».

Une guerre sans merci fait rage au sein du système solaire entre les Héliothans et les Umbrathans. Grâce au voyage dans le temps, les Umbrathans ont pu remonter dans le passé afin de faire basculer le conflit. Mais ce faisant, ils ont donné naissance à une monstrueuse créature qui tue tout ce qui la met en danger et menace ainsi de détruire l’humanité. Depuis les origines de la vie sur terre, Cowl cherche à éliminer les futurs possibles où son existence n’est pas probable. Au 22ième siècle, Polly doit faire une transaction en tant que porte-parole pour Nandru avec un super-soldat dénommé Tack. Mais, soudain pendant la rencontre un carnage a lieu perpétré par une bête monstrueuse, Polly est propulsée dans le passé avec Tack à ses trousses. Un objet étrange lui enserre le bras, une sorte d’écaille qui est responsable des bons dans le passé dont Polly est victime. Ils seront entraînés dans un voyage sanglant jusqu’aux origines de l’humanité. Ils se trouvent par le fait même mêlé à cette guerre interplanétaire du futur.

Confusion, confusion, confusion. Dès le premier chapitre, le lecteur est plongé dans l’histoire de Polly qui est très accrocheuse. Par contre, chaque chapitre commence par une introduction qui laisse le lecteur confus. Avant de réaliser que ces préambules sont en fait l’histoire de la guerre du futur, le mal est fait : le lecteur a décroché de ces petits paragraphes en italique. La compréhension pour la suite en est donc compromise. Bien que le style d’écriture de l’auteur soit parfait, il manque cependant de clarté dans le canevas de l’histoire. Heureusement, l’auteur a su rendre les personnages de Polly et de Tack attachants et intéressants malgré leur personnalité limite. Le point fort de ce roman est la description de chacune des époques traversées qui sont très bien rendues, que ce soit l’époque romaine ou l’ère préhistorique. Bien que le roman laisse le lecteur désorienté, l’action est au rendez-vous. Un bon moment de distraction si le lecteur est intéressé par les voyages dans le temps, les mutants, les missiles et les dinosaures.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 15 mars 2016

La littérature dans ce roman :

  • « Polly l’avait déjà vu la semaine passée. À voir son costume, c’était un cadre de TCC, et il trimbalait en bandoulière un ordinateur portable maquillé en vieux livre. »  Page 11
  • « Il tendit la main et ramena le sac banane devant lui. Il examina le contenu du portefeuille, intéressé par les cartes à puce, les billets et pièces d’euros, l’air de plus en plus perplexe.
    Polly comprit ce qui le dérangeait – la monnaie devaient porter des dates.
    Après un moment, il dit :
    — Vos maîtres à Berlin pensent-ils vraiment que nous marcherions dans une ruse aussi simpliste ? Même sans brûler tous les livres de M. Wells, nous sommes capables de faire la différence entre les faits et la fiction.
    — Je ne comprends pas.
    — Moi aussi, j’ai lu La Machine à voyager dans le temps.
    — Je ne comprends toujours pas.
    La Machine à voyager dans le temps était un roman d’un type appelé H. G. Wells. Tu devines de quoi ça parlait, vu le contexte… Mais pour lui, ça reste de la fiction. »  Pages 67 et 68
  • « Un garçon sauvage sans nom et sans langage que Polly sauva de la noyade, et qu’Aconit identifia comme un ressortissant de l’âge terrible du neurovirus. Aconit le guérit de son affliction et augmenta son cerveau par chirurgie pour compenser les ravages de la maladie. Pendant ce temps, Polly, toujours prête à donner un nom, le baptisa Vendredi. »  Page 276
3 étoiles, V

Vingt ans après

Vingt ans après d’Alexandre Dumas.

Tome 1 : La Bibliothèque électronique du Québec, 444 pages
Tome 2 : La Bibliothèque électronique du Québec, 421 pages
Tome 3 : La Bibliothèque électronique du Québec, 414 pages
Tome 4 : La Bibliothèque électronique du Québec, 383 pages

Roman d’Alexandre Dumas paru initialement en 1845.

Il y a vingt ans, d’Artagnan vivait de belles aventures avec ses trois amis mousquetaires. Mais, aujourd’hui, il est le seul à être encore militaire. Il est désabusé et espère une promotion qui tarde à arriver. Le royaume est dirigé par Anne d’Autriche, la mère de Louis XIV qui est encore mineur. Elle est assistée dans cette tâche par le Cardinal Mazarin, qui est peu apprécié par le peuple. Avec les années Athos, Porthos, Aramis et D’Artagnan se sont perdus de vue. Ils ne défendent plus les mêmes intérêts politiques et ont même des objectifs opposés. Le Cardinal mandate d’Artagnan d’aller en Angleterre pour porter une lettre à Cromwell qui est en pleine guerre contre son roi, Charles Ier. Comme la situation est dangereuse tant en France qu’en Angleterre, pour réussir sa mission d’Artagnan a besoin de l’aide de ses amis d’autrefois. Réussira-t-il à réunir ces trois hommes pour l’aider ?

Suite intéressante et réussie du roman « Les Trois Mousquetaires ». L’intrigue est plus complexe et les environnements historique et politique sont plus approfondis dans cette suite. Par contre, l’intrigue met du temps à démarrer entre les explications de mise en contexte et l’incompréhension du froid qui s’est installé entre les quatre protagonistes. Mais le style fluide de Dumas avec ses chapitres courts et sa façon d’interpeller le lecteur dans le récit aide à faire patienter. Une fois passé les explications, l’action est rapide et captivante. Les personnages ont vieilli et le texte nous le fait bien réaliser. Ils sont plus complexes et plus matures mais ils sont toujours aussi attachants. Dumas aborde ici, de façon très intelligente, le thème de l’évolution de l’amitié à travers le temps. Bien que l’auteur prenne quelques libertés avec les faits historiques, l’atmosphère créée est très réaliste et intéressante. Tous les ingrédients pour captiver le lecteur sont présents dans ce roman : actions, humour, émotions et rebondissements. Un roman de cape et d’épée réussi et bien distrayant.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 9 juillet 2015

La littérature dans ce roman :

Tome 1

  • « Dans une chambre du Palais-Cardinal que nous connaissons déjà, près d’une table à coins de vermeil, chargée de papiers et de livres, un homme était assis la tête appuyée dans ses deux mains. »  Page5
  • « Il avait vendu douze brevets de maître des requêtes, et, comme les officiers payaient leurs charges fort cher, et que l’adjonction de ces douze nouveaux confrères devait en faire baisser le prix, les anciens s’étaient réunis, avaient juré sur les Évangiles de ne point souffrir cette augmentation et de résister à toutes les persécutions de la cour, se promettant les uns aux autres qu’au cas où l’un d’eux, par cette rébellion, perdrait sa charge, ils se cotiseraient pour lui en rembourser le prix. »  Pages 9 et 10
  • « Dix minutes après, la petite troupe sortait par la rue des Bons-Enfants, derrière la salle de spectacle qu’avait bâtie le cardinal de Richelieu pour y faire jouer Mirame, et dans laquelle le cardinal Mazarin, plus amateur de musique que de littérature, venait de faire jouer les premiers opéras qui aient été représentés en France. »  Page 25
  • « – Je ne sais pas si c’est l’hôtel de Rambouillet, reprit l’officier, mais ce que je sais, c’est que j’y ai vu entrer force gens de mauvaise mine.
    – Bah ! dit Guitaut en éclatant de rire, ce sont des poètes.
    – Eh bien, Guitaut ! dit Mazarin, veux-tu bien ne pas parler avec une pareille irrévérence de ces messieurs ! tu ne sais pas que j’ai été poète aussi dans ma jeunesse et que je faisais des vers dans le genre de ceux de M. de Benserade. »  Page 32
  • « – Mon cher monsieur de Rochefort, en vérité vous piquez ma curiosité à un point que je ne puis vous dire. Ne pourriez-vous donc me narrer cette histoire ?
    – Non, mais je puis vous dire un conte, un véritable conte de fée, je vous en réponds, monseigneur.
    – Oh ! dites-moi cela, monsieur de Rochefort, j’aime beaucoup les contes. »  Page 67
  • « Anne d’Autriche, assise dans un grand fauteuil, le coude appuyé sur une table et la tête appuyée sur sa main, regardait l’enfant royal, qui, couché sur le tapis, feuilletait un grand livre de bataille. Anne d’Autriche était une reine qui savait le mieux s’ennuyer avec majesté ; elle restait quelquefois des heures ainsi retirée dans sa chambre ou dans son oratoire, sans lire ni prier.
    Quant au livre avec lequel jouait le roi, c’était un Quinte-Curce enrichi de gravures représentant les hauts faits d’Alexandre. »  Page 75
  • « Le roi se leva alors tout à fait, prit son livre, le plia et alla le porter sur la table, près de laquelle il se tint debout pour forcer Mazarin à se tenir debout aussi. »  Page 77
  • « – Il y a, dit-il, que, selon toute probabilité, nous serons forcés de nous quitter bientôt, à moins que vous ne poussiez le dévouement pour moi jusqu’à me suivre en Italie.
    – Et pourquoi cela ? demanda la reine.
    – Parce que, comme dit l’opéra de Thisbé, reprit Mazarin :
    Le monde entier conspire à diviser nos feux.
    – Vous plaisantez, monsieur ! dit la reine en essayant de reprendre un peu de son ancienne dignité.
    – Hélas, non, madame ! dit Mazarin, je ne plaisante pas le moins du monde ; je pleurerais bien plutôt, je vous prie de le croire ; et il y a de quoi, car notez bien que j’ai dit :
    Le monde entier conspire à diviser nos feux. »  Page 80
  • « Hélas ! depuis l’époque où, dans notre roman des Trois Mousquetaires, nous avons quitté d’Artagnan, rue des Fossoyeurs, 12, il s’était passé bien des choses, et surtout bien des années. »  Page107
  • « Tant que ses amis l’avaient entouré, d’Artagnan était resté dans sa jeunesse et sa poésie ; c’était une de ces natures fines et ingénieuses qui s’assimilent facilement les qualités des autres. »  Page 107
  • « Quelque temps le souvenir charmant de Mme Bonacieux avait imprimé à l’esprit du jeune lieutenant une certaine poésie ; mais comme celui de toutes les choses de ce monde, ce souvenir périssable s’était peu à peu effacé ; la vie de garnison est fatale, même aux organisations aristocratiques. »  Page 108
  • « Le garçon, l’hôtesse et toute la maison eurent pour d’Artagnan les égards que l’on aurait pour Hercule s’il revenait sur la terre pour y recommencer ses douze travaux. »  Page 118
  • « Le respect que nous avons pour la vérité nous force même à dire que la chambre était immédiatement au-dessus de la gouttière et au-dessous du toit.
    C’était là sa tente d’Achille. D’Artagnan se renfermait dans cette chambre lorsqu’il voulait, par son absence, punir la belle Madeleine. »  Page 123
  • « Voyons, si j’allais trouver le cardinal et que je lui demandasse un sauf-conduit pour entrer dans tous les couvents possibles, même dans ceux des religieuses ? Ce serait une idée et peut-être le trouverais-je là comme Achille… »  Pages 126 et 127
  • « C’était heureusement une messe basse et qui devait finir promptement. D’Artagnan, qui avait oublié ses prières et qui avait négligé de prendre un livre de messe, utilisa ses loisirs en examinant Bazin. »  Page 139
  • « Or, quand on marche au pas à cheval, par une journée d’hiver, par un temps gris, au milieu d’un paysage sans accident, on n’a guère rien de mieux à faire que ce que fait, comme dit La Fontaine, un lièvre dans son gîte à songer ; d’Artagnan songeait donc, et Planchet aussi. »  Page 155
  • « – Hum ! dit d’Artagnan ; si j’étais frondeur, je frapperais ici et serais sûr d’avoir un bon gîte ; si j’étais moine, je frapperais là-bas et serais sûr d’avoir un bon souper ; tandis qu’au contraire, il est bien possible qu’entre le château et le couvent nous couchions sur la dure, mourant de soif et de faim.
    – Oui, ajouta Planchet, comme le fameux âne de Buridan. En attendant, voulez-vous que je frappe ? »  Pages 162 et 163
  • « – Parce que vous vous croyez toujours votre simarre de bedeau sur les épaules, interrompit Aramis, et que vous passez tout votre temps à lire votre bréviaire. Mais je vous préviens que si, à force de polir toutes les affaires qui sont dans les chapelles, vous désappreniez à fourbir mon épée, j’allume un grand feu de toutes vos images bénites et je vous y fais rôtir. »  Page 179
  • « – Et avec quoi vous faites-vous ces douze mille livres ? dit d’Artagnan ; avec vos poèmes ?
    – Non, j’ai renoncé à la poésie, excepté pour faire de temps en temps quelque chanson à boire, quelque sonnet galant ou quelque épigramme innocent : je fais des sermons, mon cher. »  Page 182
  • « – Moi ! je suis gueux comme Job, et en fouillant poches et coffres, je crois que vous ne trouveriez pas ici cent pistoles.
    « Peste, cent pistoles ! se dit tout bas d’Artagnan, il appelle cela être gueux comme Job ! Si je les avais toujours devant moi, je me trouverais riche comme Crésus. »
    Puis, tout haut :
    – Êtes-vous ambitieux ?
    – Comme Encelade. »  Page 188
  • « – Eh ! mon Dieu ! sans m’en occuper personnellement, je vis dans un monde où l’on s’en occupe. Tout en cultivant la poésie, tout en faisant l’amour, je me suis lié avec M. Sarazin, qui est à M. de Conti ; avec M. Voiture qui est au coadjuteur, et avec M. de Bois-Robert, qui, depuis qu’il n’est plus à M. le cardinal de Richelieu, n’est à personne ou est à tout le monde, comme vous voudrez ; en sorte que le mouvement politique ne m’a pas tout à fait échappé. »  Page 190
  • « – Non. C’est un homme de rien, qui a été domestique du cardinal Bentivoglio, qui s’est poussé par l’intrigue ; un parvenu, un homme sans nom, qui ne fera en France qu’un chemin de partisan. Il entassera beaucoup d’écus, dilapidera fort les revenus du roi, se paiera à lui-même toutes les pensions que feu le cardinal de Richelieu payait à tout le monde, mais ne gouvernera jamais par la loi du plus fort, du plus grand ou du plus honoré. Il paraît en outre qu’il n’est pas gentilhomme de manières et de cœur, ce ministre, et que c’est une espèce de bouffon, de Pulcinella, de Pantalon. »  Page 192
  • « – Avec personne. Je suis prêtre, qu’ai-je affaire de la politique ! je ne lis aucun bréviaire ; j’ai une petite clientèle de coquins d’abbés spirituels et de femmes charmantes ; plus les affaires se troubleront, moins mes escapades feront de bruit ; tout va donc à merveille sans que je m’en mêle ; et décidément, tenez, cher ami, je ne m’en mêlerai pas. »  Page 197
  • « – Ce bon Mousqueton, il ne se connaît plus de joie, dit Porthos du ton que Don Quichotte dut mettre à encourager Sancho à seller son grison pour une dernière campagne. »  Page 246
  • « – Semant l’argent comme le ciel fait de la grêle, continua Planchet, mettant l’épée à la main avec un air royal. Vous souvient-il, monsieur, du duel avec les Anglais dans l’enclos des Carmes ? Ah ! que M. Athos était beau et magnifique ce jour-là, lorsqu’il dit à son adversaire : « Vous avez exigé que je vous dise mon nom, monsieur ; tant pis pour vous, car je vais être forcé de vous tuer ! » J’étais près de lui et je l’ai entendu. Ce sont mot à mot ses propres paroles. Et ce coup d’œil, monsieur, lorsqu’il toucha son adversaire comme il avait dit, et que son adversaire tomba, sans seulement dire ouf. Ah ! monsieur, je le répète, c’était un fier gentilhomme.
    – Oui, dit d’Artagnan, tout cela est vrai comme l’Évangile, mais il aura perdu toutes ces qualités avec un seul défaut. »  Page 252
  • « Athos avait vieilli à peine. Ses beaux yeux, dégagés de ce cercle de bistre que dessinent les veilles et l’orgie, semblaient plus grands et d’un fluide plus pur que jamais ; son visage, un peu allongé, avait gagné en majesté ce qu’il avait perdu d’agitation fébrile ; sa main, toujours admirablement belle et nerveuse, malgré la souplesse des chairs, resplendissait sous une manchette de dentelles, comme certaines mains de Titien et de Van Dick ; il était plus svelte qu’autrefois ; ses épaules, bien effacées et larges, annonçaient une vigueur peu commune ; ses longs cheveux noirs, parsemés à peine de quelques cheveux gris, tombaient élégants sur ses épaules, et ondulés comme par un pli naturel ; sa voix était toujours fraîche comme s’il n’eût eu que vingt-cinq ans, et ses dents magnifiques, qu’il avait conservées blanches et intactes, donnaient un charme inexprimable à son sourire. »  Pages 261 et 262
  • « – Mais que dites-vous de cet amour ?
    – Je ne dis rien, je ris et je me moque de Raoul ; mais ces premiers besoins du cœur sont tellement impérieux, ces épanchements de la mélancolie amoureuse chez les jeunes gens sont si doux et si amers tout ensemble, que cela paraît avoir souvent tous les caractères de la passion. Moi, je me rappelle qu’à l’âge de Raoul j’étais devenu amoureux d’une statue grecque que le bon roi Henri IV avait donnée à mon père, et que je pensai devenir fou de douleur, lorsqu’on me dit que l’histoire de Pygmalion n’était qu’une fable. »  Page 291
  • « En attendant, Mazarin redoublait de surveillance contre M. de Beaufort. Seulement, il était pareil à l’avare de la fable, qui ne pouvait dormir près de son trésor. Bien des fois la nuit il se réveillait en sursaut, rêvant qu’on lui avait volé M. de Beaufort. »  Pages 308 et 309
  • « Comment, elle pense encore à moi après cinq ans de séparation ! Morbleu ! voilà une constance comme on n’en voit que dans L’Astrée. »  Page 351
  • « – Oh ! mon Dieu, oui ! ils ne savent que s’imaginer, ma parole d’honneur, pour tourmenter les honnêtes gens, ces imbéciles de magiciens.
    – Et qu’as-tu répondu à l’illustrissime Éminence ?
    – Que si l’astrologue en question faisait des almanachs, je ne lui conseillerais pas d’en acheter. »  Pages 357 et 358
  • « Le prince rentra chez lui et se coucha ; c’était ce qu’il faisait presque toute la journée depuis qu’on lui avait enlevé ses livres. »  Page 364
  • « Il y avait une grande coquetterie à une femme de l’âge de Mme de Chevreuse à rester dans un pareil boudoir, et surtout comme elle était en ce moment, c’est-à-dire couchée sur une chaise longue et la tête appuyée à la tapisserie.
    Elle tenait à la main un livre entrouvert et avait un coussin pour soutenir le bras qui tenait ce livre. »  Page 389
  • « – Si bien, continua Athos, que le cardinal résolut un beau matin de faire arrêter la pauvre Marie Michon et de la faire conduire au château de Loches. Heureusement que la chose ne put se faire si secrètement que la chose ne transpirât ; le cas était prévu : si Marie Michon était menacée de quelque danger, la reine devait lui faire parvenir un livre d’heures relié en velours vert.
    – C’est cela, monsieur ! vous êtes bien instruit.
    – Un matin le livre vert arriva apporté par le prince de Marcillac. »  Page 396
  • « On y riait tant, chez ce spirituel abbé ; on y débitait tant de nouvelles ; ces nouvelles étaient si vite commentées, déchiquetées et transformées, soit en contes, soit en épigrammes, que chacun voulait aller passer une heure avec le petit Scarron, entendre ce qu’il disait et reporter ailleurs ce qu’il avait dit. »  Page 409
  • « – À propos, dit-elle comme pour chasser les idées qui l’envahissaient malgré elle, comment va ce pauvre Voiture ? Savez-vous, Scarron ?
    – Comment ! M. Voiture est malade ? demanda le seigneur qui avait parlé à Athos dans la rue Saint-Honoré, et qu’a-t-il donc encore ?
    – Il a joué sans avoir eu le soin de faire prendre par son laquais des chemises de rechange, dit le coadjuteur, de sorte qu’il a attrapé un froid et s’en va mourant.
    – Où donc cela ?
    – Eh ! mon Dieu ! chez moi. Imaginez donc que le pauvre Voiture avait fait un vœu solennel de ne plus jouer. Au bout de trois jours il n’y peut plus tenir, et s’achemine vers l’archevêché pour que je le relève de son vœu. Malheureusement, en ce moment-là, j’étais en affaires très sérieuses avec ce bon conseiller Broussel, au plus profond de mon appartement, lorsque Voiture aperçoit le marquis de Laigues à une table et attendant un joueur. Le marquis l’appelle, l’invite à se mettre à table. Voiture répond qu’il ne peut pas jouer que je ne l’aie relevé de son vœu. Laigues s’engage en mon nom, prend le péché pour son compte ; Voiture se met à table, perd quatre cents écus, prend froid en sortant et se couche pour ne plus se relever.
    – Est-il donc si mal que cela, ce cher Voiture ? demanda Aramis à moitié caché toujours derrière son rideau de fenêtre.
    – Hélas ! répondit M. Ménage, il est fort mal, et ce grand homme va peut-être nous quitter, deseret orbem.
    – Bon, dit avec aigreur Mlle Paulet, lui, mourir ! il n’a garde ! il est entouré de sultanes comme un Turc. Mme de Saintot est accourue et lui donne des bouillons. La Renaudot lui chauffe ses draps, et il n’y a pas jusqu’à notre amie, la marquise de Rambouillet, qui ne lui envoie des tisanes.
    – Vous ne l’aimez pas, ma chère Parthénie ! dit en riant Scarron.
    – Oh ! quelle injustice, mon cher malade ! Je le hais si peu que je ferais dire avec plaisir des messes pour le repos de son âme.
    – Vous n’êtes pas nommée Lionne pour rien, ma chère, dit Mme de Chevreuse de sa place, et vous mordez rudement.
    – Vous maltraitez fort un grand poète, ce me semble, madame, hasarda Raoul.
    – Un grand poète, lui ?… Allons, on voit bien, vicomte, que vous arrivez de province, comme vous me le disiez tout à l’heure, et que vous ne l’avez jamais vu. Lui ! un grand poète ? Eh ! il a à peine cinq pieds.
    – Bravo ! bravo ! dit un grand homme sec et noir avec une moustache orgueilleuse et une énorme rapière. Bravo, belle Paulet ! Il est temps enfin de remettre ce petit Voiture à sa place. Je déclare hautement que je crois me connaître en poésie, et que j’ai toujours trouvé la sienne fort détestable.
    – Quel est donc ce capitan, monsieur ? demanda Raoul à Athos.
    – Monsieur de Scudéry.
    – L’auteur de la Clélie et du Grand Cyrus ?
    – Qu’il a composés de compte à demi avec sa sœur, qui cause en ce moment avec cette jolie personne, là-bas, près de M. Scarron. »  Page 423 à 426
  • « – C’est un rondeau de M. Voiture que me débite M. l’abbé, dit Athos à haute voix, et que je trouve incomparable. Raoul demeura quelques instants près d’eux, puis il alla se confondre au groupe de Mme de Chevreuse, dont s’étaient rapprochées Mlle Paulet d’un côté et Mlle de Scudéry de l’autre.
    – Eh bien ! moi, dit le coadjuteur, je me permettrai de n’être pas tout à fait de l’avis de M. de Scudéry ; je trouve au contraire que M. de Voiture est un poète, mais un pur poète. Les idées politiques lui manquent complètement.
    – Ainsi donc ? demanda Athos.
    – C’est demain, dit précipitamment Aramis.
    – À quelle heure ?
    – À six heures.
    – Où cela ?
    – À Saint-Mandé.
    – Qui vous l’a dit ?
    – Le comte de Rochefort.
    Quelqu’un s’approchait.
    – Et les idées philosophiques ? C’étaient celles-là qui lui manquaient à ce pauvre Voiture. Moi je me range à l’avis de monsieur le coadjuteur : pur poète.
    – Oui, certainement, en poésie il était prodigieux, dit Ménage, et toutefois la postérité, tout en l’admirant, lui reprochera une chose, c’est d’avoir amené dans la facture du vers une trop grande licence ; il a tué la poésie sans le savoir.
    – Tué, c’est le mot, dit Scudéry.
    – Mais quel chef-d’œuvre que ses lettres, dit Mme de Chevreuse.
    – Oh ! sous ce rapport, dit Mlle de Scudéry, c’est un illustre complet.
    – C’est vrai, répliqua Mlle Paulet, mais tant qu’il plaisante, car dans le genre épistolaire sérieux il est pitoyable, et s’il ne dit les choses très crûment, vous conviendrez qu’il les dit fort mal.
    – Mais vous conviendrez au moins que dans la plaisanterie il est inimitable.
    – Oui, certainement, reprit Scudéry en tordant sa moustache ; je trouve seulement que son comique est forcé et sa plaisanterie est par trop familière. Voyez sa Lettre de la carpe au brochet.
    – Sans compter, reprit Ménage, que ses meilleures inspirations lui venaient de l’hôtel Rambouillet. Voyez Zélide et Alcidalis.
    – Quant à moi, dit Aramis en se rapprochant du cercle et en saluant respectueusement Mme de Chevreuse, qui lui répondit par un gracieux sourire ; quant à moi, je l’accuserai encore d’avoir été trop libre avec les grands. Il a manqué souvent à Mme la Princesse, à M. le maréchal d’Albert, à M. de Schomberg, à la reine elle-même.
    – Comment, à la reine ? demanda Scudéry en avançant la jambe droite comme pour se mettre en garde. Morbleu ! je ne savais pas cela. Et comment donc a-t-il manqué à Sa Majesté ?
    – Ne connaissez-vous donc pas sa pièce : Je pensais ?
    – Non, dit Mme de Chevreuse.
    – Non, dit Mlle de Scudéry.
    – Non, dit Mlle Paulet.
    – En effet, je crois que la reine l’a communiquée à peu de personnes ; mais moi je la tiens de mains sûres.
    – Et vous la savez ?
    – Je me la rappellerais, je crois.
    – Voyons ! voyons ! dirent toutes les voix.
    – Voici dans quelle occasion la chose a été faite, dit Aramis. M. de Voiture était dans le carrosse de la reine, qui se promenait en tête à tête avec lui dans la forêt de Fontainebleau ; il fit semblant de penser pour que la reine lui demandât à quoi il pensait, ce qui ne manqua point.
    « – À quoi pensez-vous donc, monsieur de Voiture ? demanda Sa Majesté.
    « Voiture sourit, fit semblant de réfléchir cinq secondes pour qu’on crût qu’il improvisait, et répondit :
    Je pensais que la destinée,
    Après tant d’injustes malheurs,
    Vous a justement couronnée
    De gloire, d’éclat et d’honneurs,
    Mais que vous étiez plus heureuse,
    Lorsque vous étiez autrefois,
    Je ne dirai pas amoureuse :
    La rime le veut toutefois.
    Scudéry, Ménage et Mlle Paulet haussèrent les épaules.
    – Attendez, attendez, dit Aramis, il y a trois strophes.
    – Oh ! dites trois couplets, dit Mlle de Scudéry, c’est tout au plus une chanson.
    Je pensais que ce pauvre Amour,
    Qui toujours vous prêta ses armes,
    Est banni loin de votre cour,
    Sans ses traits, son arc et ses charmes ;
    Et de quoi puis-je profiter,
    En pensant près de vous, Marie,
    Si vous pouvez si mal traiter
    Ceux qui vous ont si bien servie ? »  Pages 427 et 432
  • « – Allez, allez, dit Scarron, cela ne me regarde plus : depuis ce matin je ne suis plus son malade.
    – Et le dernier couplet ? dit Mlle de Scudéry, le dernier couplet ? Voyons.
    – Le voici, dit Aramis ; celui-ci a l’avantage de procéder par noms propres, de sorte qu’il n’y a pas à s’y tromper.
    Je pensais (nous autres poètes,
    Nous pensons extravagamment)
    Ce que, dans l’humeur où vous êtes,
    Vous feriez, si dans ce moment
    Vous avisiez en cette place
    Venir le duc de Buckingham ;
    Et lequel serait en disgrâce,
    Du duc ou du père Vincent.
    À cette dernière strophe, il n’y eut qu’un cri sur l’impertinence de Voiture.
    – Mais, dit à demi-voix la jeune fille aux yeux veloutés, mais j’ai le malheur de les trouver charmants, moi, ces vers. »  Pages 432 et 433
  • « On continuait d’abîmer Voiture, tout en le laissant.
    – Monsieur, dit Mlle d’Aubigné en s’adressant à son tour à Scarron comme pour entrer dans la conversation qu’il avait avec le jeune vicomte, n’admirez-vous pas les admirateurs du pauvre Voiture ! Mais écoutez donc comme ils le plument en le couvrant d’éloges. L’un lui ôte le bon sens, l’autre la poésie, l’autre le sérieux, l’autre l’originalité, l’autre le comique, l’autre l’indépendance, l’autre… Eh mais, bon Dieu ! que vont-ils donc lui laisser, à cet illustre complet, comme a dit Mlle de Scudéry ? »  Page 434
  • « – En vérité, mon cher Gondy, dit la duchesse, vous parlez comme l’Apocalypse. Monsieur d’Herblay, ajouta-t-elle en se retournant du côté d’Aramis, voulez-vous bien encore une fois être mon servant ce soir ? »  Page 436
  • « – Vous vous en allez déjà ? dit-il.
    – Je m’en vais une des dernières, comme vous le voyez. Si vous avez des nouvelles de M. de Voiture, et qu’elles soient bonnes surtout, faites-moi la grâce de m’en envoyer demain. »  Page 437
  • « Peu à peu les groupes s’éclaircirent. Scarron ne fit pas semblant de voir que certains de ses hôtes s’étaient parlé mystérieusement, que des lettres étaient venues pour plusieurs, et que sa soirée semblait avoir eu un but mystérieux qui s’écartait de la littérature, dont on avait cependant tant fait de bruit. »  Page 437

Tome 2

  • « Le prince, pour gagner un quart d’heure, prétexta une lecture qui l’intéressait et demanda à finir son chapitre. La Ramée s’approcha, regarda par-dessus son épaule quel était ce livre qui avait sur le prince cette influence de l’empêcher de se mettre à table quand le souper était servi. C’étaient les Commentaires de César, que lui-même, contre les ordonnances de M. de Chavigny, lui avait procurés trois jours auparavant. »  Pages 26 et 27
  • « Il y avait foule dans les rues, car c’était le jour de la Pentecôte, et cette foule regardait passer avec étonnement ces deux cavaliers, dont l’un était si frais qu’il semblait sortir d’une boîte, et l’autre si poudreux qu’on eût dit qu’il quittait un champ de bataille.
    Mousqueton attirait aussi les regards des badauds, et comme le roman de Don Quichotte était alors dans toute sa vogue, quelques-uns disaient que c’était Sancho qui, après avoir perdu son maître, cherchait une nouvelle condition. »  Pages 48 et 49
    « En un moment la foule devint immense ; on arrêta un carrosse pour y mettre le petit conseiller ; mais un homme du peuple ayant fait observer que, dans l’état où était le blessé, le mouvement de la voiture pouvait empirer son mal, des fanatiques proposèrent de le porter à bras, proposition qui fut accueillie avec enthousiasme et acceptée à l’unanimité. Sitôt dit, sitôt fait. Le peuple le souleva, menaçant et doux à la fois, et l’emporta, pareil à ce géant des contes fantastiques qui gronde tout en caressant et en berçant un nain entre ses bras. »  Page 93
  • « L’aspect des objets extérieurs est un mystérieux conducteur, qui correspond aux fibres de la mémoire et va les réveiller quelquefois malgré nous ; une fois ce fil éveillé, comme celui d’Ariane, il conduit dans un labyrinthe de pensées où l’on s’égare en suivant cette ombre du passé qu’on appelle le souvenir. »  Page 134
    « Louis de Bourbon, prince de Condé, que, depuis la mort de Henri de Bourbon, son père, on appelait, par abréviation et selon l’habitude du temps, Monsieur le Prince, était un jeune homme de vingt-six à vingt-sept ans à peine, au regard d’aigle, agl’ occhi grifani, comme dit Dante, au nez recourbé, aux longs cheveux flottant par boucles, à la taille médiocre mais bien prise, ayant toutes les qualités d’un grand homme de guerre, c’est-à-dire coup d’œil, décision rapide, courage fabuleux ; ce qui ne l’empêchait pas d’être en même temps homme d’élégance et d’esprit, si bien qu’outre la révolution qu’il faisait dans la guerre par les nouveaux aperçus qu’il y portait, il avait aussi fait révolution à Paris parmi les jeunes seigneurs de la cour, dont il était le chef naturel, et qu’en opposition aux élégants de l’ancienne cour, dont Bassompierre, Bellegarde et le duc d’Angoulême avaient été les modèles, on appelait les petits-maîtres. »  Page 210
  • « Et il jeta un regard inquiet sur le panneau de son coffre-fort ; il tourna même en dedans le chaton du diamant magnifique dont l’éclat attirait les yeux sur sa main, qu’il avait d’ailleurs blanche et belle. Malheureusement cette bague n’avait pas la vertu de celle de Gygès, qui rendait son maître invisible lorsqu’il faisait ce que venait de faire Mazarin. »  Pages 271 et 272
    « Un sanglot plus fort que la volonté de Mordaunt lui déchira la gorge et fit remonter le sang à son visage livide ; il crispa ses poings, et le visage ruisselant de sueur, les cheveux hérissés sur son front comme ceux d’Hamlet, il s’écria dévoré de fureur :
    – Taisez-vous, monsieur ! c’était ma mère ! »  Page 304
  • « Le lendemain, en ouvrant les yeux, ce fut le comte à son tour qui aperçut Raoul à son chevet. Le jeune homme était tout habillé et lisait un livre nouveau de M. Chapelain. »  Page 320
  • « – Si vous daigniez avoir de l’esprit, Athos, dit Aramis, je crois véritablement que vous en auriez plus que n’en avait ce pauvre M. de Voiture. »  Page 329
  • « – Qu’a donc notre ami ? dit Aramis, il ressemble aux damnés de Dante, à qui Satan a disloqué le cou et qui regardent leurs talons. Que diable a-t-il donc à regarder ainsi derrière lui ? »  Page 354

Tome 2

  • « Le prince, pour gagner un quart d’heure, prétexta une lecture qui l’intéressait et demanda à finir son chapitre. La Ramée s’approcha, regarda par-dessus son épaule quel était ce livre qui avait sur le prince cette influence de l’empêcher de se mettre à table quand le souper était servi. C’étaient les Commentaires de César, que lui-même, contre les ordonnances de M. de Chavigny, lui avait procurés trois jours auparavant. »  Pages 26 et 27
  • « Il y avait foule dans les rues, car c’était le jour de la Pentecôte, et cette foule regardait passer avec étonnement ces deux cavaliers, dont l’un était si frais qu’il semblait sortir d’une boîte, et l’autre si poudreux qu’on eût dit qu’il quittait un champ de bataille.
    Mousqueton attirait aussi les regards des badauds, et comme le roman de Don Quichotte était alors dans toute sa vogue, quelques-uns disaient que c’était Sancho qui, après avoir perdu son maître, cherchait une nouvelle condition. »  Pages 48 et 49
    « En un moment la foule devint immense ; on arrêta un carrosse pour y mettre le petit conseiller ; mais un homme du peuple ayant fait observer que, dans l’état où était le blessé, le mouvement de la voiture pouvait empirer son mal, des fanatiques proposèrent de le porter à bras, proposition qui fut accueillie avec enthousiasme et acceptée à l’unanimité. Sitôt dit, sitôt fait. Le peuple le souleva, menaçant et doux à la fois, et l’emporta, pareil à ce géant des contes fantastiques qui gronde tout en caressant et en berçant un nain entre ses bras. »  Page 93
  • « L’aspect des objets extérieurs est un mystérieux conducteur, qui correspond aux fibres de la mémoire et va les réveiller quelquefois malgré nous ; une fois ce fil éveillé, comme celui d’Ariane, il conduit dans un labyrinthe de pensées où l’on s’égare en suivant cette ombre du passé qu’on appelle le souvenir. »  Page 134
    « Louis de Bourbon, prince de Condé, que, depuis la mort de Henri de Bourbon, son père, on appelait, par abréviation et selon l’habitude du temps, Monsieur le Prince, était un jeune homme de vingt-six à vingt-sept ans à peine, au regard d’aigle, agl’ occhi grifani, comme dit Dante, au nez recourbé, aux longs cheveux flottant par boucles, à la taille médiocre mais bien prise, ayant toutes les qualités d’un grand homme de guerre, c’est-à-dire coup d’œil, décision rapide, courage fabuleux ; ce qui ne l’empêchait pas d’être en même temps homme d’élégance et d’esprit, si bien qu’outre la révolution qu’il faisait dans la guerre par les nouveaux aperçus qu’il y portait, il avait aussi fait révolution à Paris parmi les jeunes seigneurs de la cour, dont il était le chef naturel, et qu’en opposition aux élégants de l’ancienne cour, dont Bassompierre, Bellegarde et le duc d’Angoulême avaient été les modèles, on appelait les petits-maîtres. »  Page 210
  • « Et il jeta un regard inquiet sur le panneau de son coffre-fort ; il tourna même en dedans le chaton du diamant magnifique dont l’éclat attirait les yeux sur sa main, qu’il avait d’ailleurs blanche et belle. Malheureusement cette bague n’avait pas la vertu de celle de Gygès, qui rendait son maître invisible lorsqu’il faisait ce que venait de faire Mazarin. »  Pages 271 et 272
    « Un sanglot plus fort que la volonté de Mordaunt lui déchira la gorge et fit remonter le sang à son visage livide ; il crispa ses poings, et le visage ruisselant de sueur, les cheveux hérissés sur son front comme ceux d’Hamlet, il s’écria dévoré de fureur :
    – Taisez-vous, monsieur ! c’était ma mère ! »  Page 304
  • « Le lendemain, en ouvrant les yeux, ce fut le comte à son tour qui aperçut Raoul à son chevet. Le jeune homme était tout habillé et lisait un livre nouveau de M. Chapelain. »  Page 320
  • « – Si vous daigniez avoir de l’esprit, Athos, dit Aramis, je crois véritablement que vous en auriez plus que n’en avait ce pauvre M. de Voiture. »  Page 329
  • « – Qu’a donc notre ami ? dit Aramis, il ressemble aux damnés de Dante, à qui Satan a disloqué le cou et qui regardent leurs talons. Que diable a-t-il donc à regarder ainsi derrière lui ? »  Page 354

Tome 3

  • « Le rouge monta au visage de la reine, ses beaux yeux bleus parurent prêts à lui sortir de la tête ; ses lèvres de carmin, comparées par tous les poètes du temps à des grenades en fleur, pâlirent et tremblèrent de rage : elle effraya presque Mazarin lui-même, qui pourtant était habitué aux fureurs domestiques de ce ménage tourmenté :
    – Rendre Broussel ! s’écria-t-elle enfin avec un sourire effrayant : le beau conseil, par ma foi ! On voit bien qu’il vient d’un prêtre ! »  Page 41
  • – Endormez-vous bien vite, Louis, dit la reine, car vous serez réveillé de bonne heure.
    – Je ferai de mon mieux pour vous obéir, madame, dit le jeune Louis, mais je n’ai aucune envie de dormir.
    – La Porte, dit tout bas Anne d’Autriche, cherchez quelque livre bien ennuyeux à lire à Sa Majesté, mais ne vous déshabillez pas. »  Page 111
  • « La reine l’arrêta.
    – Comment vous nommez-vous, mon ami ? lui dit-elle.
    Planchet se retourna fort étonné de la question.
    – Oui, dit la reine, je me tiens tout aussi honorée de vous avoir reçu ce soir que si vous étiez un prince, et je désire savoir votre nom.
    « Oui, pensa Planchet, pour me traiter comme un prince, merci ! »
    D’Artagnan frémit que Planchet, séduit comme le corbeau de la fable, ne dît son nom, et que la reine, sachant son nom, ne sût que Planchet lui avait appartenu. »  Page 125
  • « Cromwell resta un instant pensif, regardant ce jeune homme ; puis, avec cette profonde mélancolie que peint si bien Shakespeare :
    – Mordaunt, lui dit-il, vous êtes un terrible serviteur. »  Page 209
  • « – Notre avenir, nos ambitions ! dit d’Artagnan avec une volubilité fiévreuse ; avons-nous besoin de nous occuper de cela, puisque nous sauvons le roi ? Le roi sauvé, nous rassemblons ses amis, nous battons les puritains, nous reconquérons l’Angleterre, nous rentrons dans Londres avec lui, nous le reposons bien carrément sur son trône…
    – Et il nous fait ducs et pairs, dit Porthos, dont les yeux étincelaient de joie, même en voyant cet avenir à travers une fable. »  Page 251
  • « À son chevet, Parry était assis lisant à voix basse, et cependant assez haute pour que Charles, qui l’écoutait les yeux fermés, l’entendît, un chapitre dans une Bible catholique. »  Page 301
  • « Groslow s’avança jusqu’au seuil de la chambre du roi, remit avec affectation sur sa tête le chapeau qu’il avait tenu à la main pour recevoir ses hôtes, regarda un instant avec mépris ce tableau simple et touchant d’un vieux serviteur lisant la Bible à son roi prisonnier, s’assura que chaque homme était bien au poste qu’il lui avait assigné, et, se retournant vers d’Artagnan, il regarda triomphalement le Français comme pour mendier un éloge sur sa tactique. »  Page 301
  • « Parry, de son côté, tressaillit et interrompit la lecture.
    – À quoi songes-tu donc de t’interrompre ? dit le roi, continue, mon bon Parry ; à moins que tu ne sois fatigué, toutefois.
    – Non, sire, dit le valet de chambre. Et il reprit sa lecture. »  Page 302
  • « En ce moment Parry tourna quelques feuillets de sa Bible et lut tout haut ce verset de Jérémie :
    « Dieu dit : Écoutez les paroles des prophètes, mes serviteurs, que je vous ai envoyés avec grand soin, et que j’ai conduits vers vous. » »  Page 303
  • « – Eh bien ! mon cher Athos, vous qui parlez anglais comme John Bull lui-même, vous êtes maître Tom Low, et nous sommes, nous, vos trois compagnons ; comprenez-vous maintenant ? »  Pages 361 et 362

Tome 4

  • « L’entrepont était divisé en trois compartiments : celui dans lequel d’Artagnan descendait et qui pouvait s’étendre du troisième mâtereau à l’extrémité de la poupe, et qui par conséquent était recouvert par le plancher de la chambre dans laquelle Athos, Porthos et Aramis se préparaient à passer la nuit ; le second, qui occupait le milieu du bâtiment, et qui était destiné au logement des domestiques ; le troisième qui s’allongeait sous la proue, c’est-à-dire sous la cabine improvisée par le capitaine et dans laquelle Mordaunt se trouvait caché.
    – Oh ! oh ! dit d’Artagnan, descendant l’escalier de l’écoutille et se faisant précéder de sa lanterne, qu’il tenait étendue de toute la longueur du bras, que de tonneaux ! On dirait la caverne d’Ali-Baba.
    Les Mille et Une Nuits venaient d’être traduites pour la première fois et étaient fort à la mode à cette époque. »  Page 57
  • « Mousqueton était le contraire de la grenouille de la fable qui se croyait plus grosse qu’elle n’était1. Malheureusement, s’il était parvenu à diminuer son nom d’un tiers, il n’en était pas de même de son ventre. Il essaya de passer par l’ouverture pratiquée et vit avec douleur qu’il lui faudrait encore enlever deux ou trois planches au moins pour que l’ouverture fût à sa taille.
    Il poussa un soupir et se retira pour se remettre à l’œuvre.
    Mais Grimaud, qui avait fini ses comptes, s’était levé, et, avec un intérêt profond pour l’opération qui s’exécutait, il s’était approché de ses deux compagnons et avait vu les efforts inutiles tentés par Mousqueton pour atteindre la terre promise.
    – Moi, dit Grimaud.
    Ce mot valait à lui seul tout un sonnet, qui vaut à lui seul, comme on le sait, tout un poème. »  Pages 70 et 71
  • « – Allez, allez, comte, dit Porthos, je n’ai pas besoin de vous.
    Et en effet, d’un coup de jarret vigoureux, Porthos se dressa comme le géant Adamastor1 au-dessus de la lame, et en trois élans il se trouva avoir rejoint ses compagnons. »  Page 90
  • « – Parce que, monsieur, je me rappelais que dans la bibliothèque du château de Bracieux il y a une foule de livres de voyages, et parmi ces livres de voyages ceux de Jean Mocquet, le fameux voyageur du roi Henri IV.
    – Après ?
    – Eh bien ! monsieur, dit Mousqueton, dans ces livres il est fort parlé d’aventures maritimes et d’événements semblables à celui qui nous menace en ce moment !
    – Continuez, Mouston, dit Porthos, cette analogie est pleine d’intérêt.
    – Eh bien, monsieur, en pareil cas, les voyageurs affamés, dit Jean Mocquet, ont l’habitude affreuse de se manger les uns les autres et de commencer par…
    – Par le plus gras ! s’écria d’Artagnan ne pouvant s’empêcher de rire, malgré la gravité de la situation.
    – Oui, monsieur, répondit Mousqueton, un peu abasourdi de cette hilarité, et permettez-moi de vous dire que je ne vois pas ce qu’il peut y avoir de risible là-dedans.
    – C’est le dévouement personnifié que ce brave Mousqueton ! reprit Porthos. Gageons que tu te voyais déjà dépecé et mangé par ton maître ?
    – Oui, monsieur, quoique cette joie que vous devinez en moi ne soit pas, je vous l’avoue, sans quelque mélange de tristesse. Cependant je ne me regretterais pas trop, monsieur, si en mourant j’avais la certitude de vous être utile encore. »  Pages 110 et 111
  • « – Allons donc à Rueil, dit Athos.
    – C’est nous jeter dans la gueule du loup, dit Aramis.
    – Si j’eusse été l’ami de Jonas comme je suis celui de d’Artagnan, dit Athos, je l’eusse suivi jusque dans le ventre de la baleine et vous en feriez autant que moi, Aramis. »  Page 213
  • « Mazarin se sentit frissonner jusqu’au fond du cœur. Son regard si perçant se fixa en vain sur la face moqueuse du Gascon et sur le visage impassible de Porthos. Tous deux étaient cachés dans l’ombre, et la sibylle de Cumes elle-même n’aurait pas su y lire. »  Page 294
  • « Mais avant de partir, il réfléchit que, pour un garçon d’esprit et d’expérience, c’était une singulière position que de marcher à l’incertain en laissant le certain derrière soi.
    « En effet, se dit-il au moment de monter à cheval pour remplir sa dangereuse mission, Athos est un héros de roman pour la générosité ; Porthos, une nature excellente, mais facile à influencer ; Aramis, un visage hiéroglyphique, c’est-à-dire toujours illisible. Que produiront ces trois éléments quand je ne serai plus là pour les relier entre eux ?… la délivrance du cardinal peut-être. Or, la délivrance du cardinal, c’est la ruine de nos espérances, et nos espérances sont jusqu’à présent l’unique récompense de vingt ans de travaux près desquels ceux d’Hercule sont des œuvres de pygmée. » »  Pages 324 et 325
2,5 étoiles, V

Le vieux qui lisait des romans d’amour

Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda

Éditions Points, publié en 1995, 120 pages

Roman de Luis Sepúlveda paru initialement en espagnol en 1992 sous le titre « Un viejo que leía novelas de amor ».

Le  vieux qui lisait des romans d'amour

Antonio José Bolivar est un vieil homme qui vit seul dans un petit hameau au fond de la jungle amazonienne. Les circonstances de la vie et le vaste plan de colonisation l’ont conduit dans cette région inhospitalière et il en est tombé éperdument amoureux. Depuis qu’il a redécouvert qu’il sait lire, il se procure des romans d’amour qui lui donnent matière à réflexion et à émotion. Comme il n’est jamais sorti de la jungle, il voyage grâce à la lecture. Malheureusement, sa quiétude sera perturbée par un groupe de chasseurs américains. Ils ont abattu une famille de jaguars mais ils ont laissé la femelle en vie. Celle-ci rode et est devenu très agressive, mettant en danger les gens du village. Le maire se tourne vers le vieil homme pour débusquer la bête. Antonio connait la jungle comme sa poche au point de se confondre avec elle. Il sera contraint par le maire et partira avec des hommes du village, pour tuer le félin. Mais, les hommes seront-ils rattrapés par la brutalité de la nature ?

Joli petit roman sans prétention sur la nature de l’homme. Sepúlveda nous entraine par son écriture simple aux confins de la civilisation et nous fait vivre une belle aventure. Il a su, en peu de pages, créer des personnages riches et une histoire intéressante. Il nous fait réfléchir sur la nature humaine, la place de l’homme dans la nature et le sort qu’il lui réserve. L’Amazonie y est décrite avec une telle précision qu’au fil de la lecture on croit sentir les odeurs, la chaleur et l’humidité de la jungle. Les descriptions sont parfois crues et troublantes parce qu’elles décrivent la réalité pure et dure. Malheureusement, trop de sujets sont abordés dans ce texte et ils sont abordés superficiellement et trop rapidement. Bref, il manque de la profondeur à ce texte pour en faire un bon roman. De plus, les romans d’amour du titre semblent avoir pour unique but de nous introduire au personnage principal et pour nous le rendre attachant. Les attentes étaient grandes étant donné les très bonnes critiques sur ce livre et surtout le titre qui fait référence à la littérature. Au final nous avons droit à un joli petit conte sur le respect de la Nature et contre la déforestation.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 24 mai 2014

La littérature dans ce roman :

  • « – Écoute, j’avais complètement oublié, avec cette saloperie de mort :`je t’ai apporter deux livres.
    – Les yeux du vieux s’allumèrent.
    – D’amour ?
    Le dentiste fit signe que oui.
    Antonio José Bolivar Proaño lisait des romans d’amour et le dentiste le ravitaillait en livres à chacun de ses passages.
    – Ils sont tristes ? demandait le vieux.
    – À pleurer, certifiait le dentiste.
    – Avec des gens qui s’aiment pour de bon ?
    – Comme personne ne s’est jamais aimé.
    – Et qui souffrent beaucoup ?
    – J’ai bien cru que je ne pourrais pas le supporter.
    À vrai dire, le docteur Rubincondo Loachamín ne lisait pas les romans.
    Quand le vieux lui avait demandé de lui rendre ce service, en lui indiquant clairement ses préférences pour les souffrances, les amours désespérées et les fins heureuses, le dentiste avait senti que la tâche serait rude.
    Il avait peur de se rendre ridicule en entrant dans un librairie de Guayaquil pour demander : « Donnez-moi un roman d’amour bien triste, avec des souffrances terribles et un happy end… » On le prendrait sûrement pour une vieille tante. Et puis il avait trouvé une solution inespérée dans un bordel du port.
    Le dentiste aimait les négresses, d’abord parce qu’elles étaient capables de dire des choses à remettre sur pied un boxeur K.-O., et ensuite parce qu’elles ne transpiraient pas en faisant l’amour.
    Un soir qu’il s’ébattait avec Josefina, une fille d’Esmeraldas à la peau lisse et sèche comme le cuir d’un tambour, il avait vu un lot de livres rangés sur la commode.
    – Tu lis ? avait-il demandé.
    – Oui, mais lentement.
    – Et quels sont tes livres préférés ?
    – Les romans d’amour, avait répondu Josefina. Elle avait les mêmes gouts qu’Antonio José Bolivar.
    À dater de cette soirée, Josefina avait fait alterner ses devoirs de dame de compagnie et ses talents de critique littéraire. Tous les six mois, elle sélectionnait deux romans particulièrement riches en souffrances indicibles. Et, plus tard, Antonio Josée Bolivar Proaño les lisait dans la solitude de sa cabane, face au Nangaritza.
    Le vieux prit les deux livres, examina les couvertures et déclara qu’ils lui plaisaient. »  Pages 30 à 32
  • « Le vieux resta sur le quai jusqu’à ce que le bateau disparaisse, happé par une boucle du fleuve. Puis il décida qu’il n’adressait plus la parole à personne de la journée : il ôta son dentier, l’enveloppa dans son mouchoir et, serrant les livres sur sa poitrine, se dirigea vers sa cabane. »  Page 33
  • « Il habitait une cabane en bambou d’environ dix mètres carrés meublée sommairement : le hamac de jute, la caisse de bière soutenant le réchaud à kérosène, et une table très haute, parce que, le jour où il avait ressenti pour la première fois des douleurs fois des douleurs dans le dos, il avait compris que les années commençaient à lui tomber dessus et pris la décision de s’assoir le moins possible.
    Il avait donc construit cette table aux longs pieds dont il se servait pour manger debout et pour lire ses romans d’amour. »  Pages 35 et 36
  • « Tant qu’il vécut chez les Shuars, il n’eut pas besoin de romans pour connaître l’amour. »  Page 47
  • « La femme offerte l’emmenait sur la berge du fleuve. Là, tout en entonnant des anents, elle le lavait, le parait et le parfumait, puis ils revenaient à la cabane s’ébattre sur une natte, les pieds en l’air, doucement chauffés par le foyer, sans cesser un instant de chanter les anents, poèmes nasillards qui décrivaient la beauté de leurs corps et la joie du plaisir que la magie de la description augmentait à l’infini. »  Page 47
  • « Ce fut la découverte la plus importante de sa vie. Il savait lire. Il possédait l’antidote contre le redoutable venin de la vieillesse. Il savait lire. Mais il n’avait rien à lire.
    À contrecœur, le maire accepta de lui prêter quelques vieux journaux qu’il conservait ostensiblement comme autant de preuves de ses liens privilégiés avec le pouvoir central, mais Antonio José Bolivar les trouva sans intérêt.
    La reproduction de passages des discours prononcés au Congrès, dans lesquels l’honorable Bucaram prétendait qu’un autre honorable représentant n’avait rien dans son pantalon, l’article qui donnait tous les détails sur la manière dont Artenio Mateluna avait tué son meilleur amis de vingt coups de poignard, mais sans haine, la chronique qui dénonçait l’orgueil délirant des supporters de Manta, lesquels avaient émasculé un arbitre en plein stade, ne lui paraissaient pas des stimulants suffisants pour le convaincre de continuer à lire. Tout ça se passait dans un monde lointain, sans références qui le lui rendent intelligible et sans rien qui lui donne envie de l’imaginer.
    Un beau jour le Sucre débarqua, en même temps que des caisses de bières et les bonbonnes de gaz, un malheureux prêtre expédié en mission par les autorités ecclésiastiques pour baptiser les enfants et mettre fin aux concubinages. Au bout de trois jours, le frère n’avait rencontré personne qui soit disposé à le conduire aux habitations des colons. Anéanti par une telle indifférence de sa clientèle, il était allé s’assoir sur le quai en attendant le départ du bateau qui le tirerait de là. Pour tuer les heures de la canicule, il sortit un vieux livre de sous sa soutane et essaya de lire, mais la torpeur le terrassa.
    Ce livre entre les mains du curé fascina Antonio José Bolivar. Il attendit patiemment que le curé vaincu par le sommeil le laisse échapper.
    C’était une biographie de saint François qu’il feuilleta furtivement avec l’impression de commettre une sorte de larcin.
    Il épela les syllabes, puis sa soif de saisir tout ce qui était contenu dans ces pages le fit répéter à mi-voix les mots ainsi formés.
    Le prêtre se réveilla et observa, amusé, Antonio José Bolivar, le nez dans son livre.
    – C’est intéressant ? demanda-t-il.
    – Excusez-moi, Monseigneur. Mais vous dormiez et je ne voulais pas vous déranger.
    – Ça t’intéresse ? répéta le prêtre.
    – On dirait que ça parle surtout d’animaux, répondit-il timidement
    -Saint François aimait les animaux. Et toutes les créatures de Dieu.
    – Moi aussi je les aime. À ma manière. Vous connaissez saint François ?
    – Non, Dieu ne m’a pas donné cette joie. Saint François est mort il y a très longtemps. Je veux dire qu’il a quitté cette vie terrestre pour aller auprès du Créateur jouir de la vie éternelle.
    – Comment vous le savez ?
    – Parce que j’ai lu le livre. C’est un de ceux que je préfère.
    Le prêtre soulignait ses paroles en caressant le cartonnage usé. Antonio José Bolivar l’écoutait avec ravissement et sentait poindre la morsure de l’envie.
    – Vous avez lu beaucoup de livres ?
    – Un certain nombre. Autrefois, quand j’étais jeune et que mes yeux n’étaient pas fatigués, je dévorais toutes les œuvres que me tombaient sous la main.
    – Tous les livres parlent de saints ?
    – Non. Il y a dans le monde des millions et des millions de livres. Dans toutes les langues et sur tous les sujets, y compris certains que les hommes ne devraient pas connaître.
    Antonio José Bolivar ne comprit pas ce problème de censure. Il continuait à fixer les mains du prêtre, des mains grassouillettes, blanches sur le cartonnage noir.
    – De quoi parlent les autres livres ?
    – Je viens de te le dire. D’un tas de choses. D’aventures, de science, de la vie de personnages vertueux, de technique, d’amour…
    Ce dernier point l’intéressa. L’amour, il n’en connaissait que ce que disent les chansons, particulièrement les pasillos que chantait Julito Jaramillo, dont la voix, issue des quartiers pauvres de Guayaquil, s’échappait parfois d’une radio à piles et rendait les hommes mélancoliques. Ces chansons-là disaient que l’amour était comme la piqûre d’un taon que nul ne voyait mais que tous recherchaient.
    – C’est comment, les livres d’amour ?
    – Ceux-là, je crains de ne pouvoir t’en parler. Je n’en ai pas lu plus de deux.
    – Ça ne fait rien. C’est comment ?
    – Eh bien, ils racontent l’histoire de deux personnes qui se rencontrent, qui s’aiment et qui luttent pour vaincre les difficultés qui les empêchent d’être heureux.
    L’appel du Sucre annonça l’appareillage et il n’osa pas demander au prêtre de lui laisser le livre. Mais ce que celui-ci lui laissa, en revanche, ce fut un désir de lecture plus fort qu’auparavant.
    Il passa toute la saison des pluies à ruminer sa triste condition de lecteur sans livre, se sentant pour la première fois de sa vie assiégée par la bête nommée solitude. Une bête rusée. Guettant le moindre moment d’inattention pour s’approprier sa voix et le condamner à d’interminables conférences sans auditoire.
    Il lui fallait de la lecture, ce qui impliquait qu’il sorte d’El Idilio. Peut-être n’était-il pas nécessaire d’aller très loin, peut-être rencontrerait-il à El Dorado quelqu’un qui possédait des livres, et il se creusait la cervelle pour trouver le moyen de les obtenir. »  Pages 55 à 59
  • « – Mais si tu voulais avoir des livres, pourquoi tu ne m’en as pas chargé ? Je suis sûr que je t’en aurais trouvé à Guayaquil.
    – Merci, docteur. Le problème c’est que je ne sais pas encore quels livres je veux lire. Mais dès que je saurai, je profiterai de votre proposition. »  Page 61
  • « Quand il eut vendu les ouistitis et les perroquets, l’institutrice lui montra sa bibliothèque.
    Il fut ému de voir tant de livres rassemblés. L’institutrice possédait une cinquantaine de volumes rangés sur des étagères et il éprouva un plaisir indicible à les passer en revue en s’aidant de la loupe qu’il venait d’acquérir.
    Cinq mois durant, il put ainsi former et polir ses goûts de lecteur, tout en faisant alterner les doutes et les réponses.
    En parcourant les textes de géométrie, il se demandait si cela valait la peine de savoir lire, et il ne conserva de ces livres qu’une seule longue phrase qu’il sortait dans les moments de mauvaise humeur : « Dans un triangle rectangle, l’hypoténuse est le côté opposé à l’angle droit. » Phrase qui, par la suite, devait produire un effet de stupeur chez les habitants d’El Idilio, qui la recevaient comme une charade absurde ou une franche obscénité.
    Les textes d’histoire lui semblèrent un chapelet de mensonges. Était-il possible que ces petits messieurs pâles, avec leurs gants jusqu’aux coudes et leurs culottes collantes de funambules, aient été capables de gagner des batailles ? Il lui suffisait de voir leurs boucles soigneusement frisées flottant au vent pour comprendre que ces gens-là étaient incapables de tuer une mouche. Ce fut ainsi que les épisodes historiques se trouvèrent exclus de ses goûts de lecteur.
    Edmondo de Amicis et son Cœur occupèrent pratiquement la moitié de son séjour à El Dorado. Là, il était à son affaire. C’était un livre qui lui collait aux mains et aux yeux, qui lui faisait oublier la fatigue pour continuer à lire, encore et toujours, jusqu’à ce qu’un soir, il finisse par se dire qu’il n’était pas possible qu’un seul corps endure tant de souffrances et contienne tant de malchance. Il fallait être vraiment un salaud pour prendre plaisir aux malheurs d’un pauvre garçon tel que le Petit Lombard, et c’est alors, après avoir cherché dans toute la bibliothèque, qu’il trouva enfin ce qui lui convenait vraiment.
    Le Rosaire de Florence Barclay contenait de l’amour, encore de l’amour, toujours de l’amour. Les personnages souffraient et mêlaient félicité et malheur avec tant de beauté que sa loupe en était trempée de larmes.
    L’institutrice, qui ne partageait pas tout à fait ses goûts, lui permit de prendre le livre pour retourner à El Idilio, où il le lut et le relut cent fois devant sa fenêtre, comme il se disposait à le faire maintenant avec les romans que lui avait apportés le dentiste et qui l’attendaient, insinuants et horizontaux, sur la table haute, étrangers au passé désordonné auquel Antonio José Bolivar préférait ne plus penser, laissant béantes les profondeurs de sa mémoire pour les remplir de bonheurs et de tourments d’amour plus éternels que le temps. »  Pages 62 et 63
  • « Antonio José Bolivar dormait peu. Jamais plus de cinq heures par nuit et de deux heures de sieste. Le reste de son temps, il le consacrait à lire les romans, à divaguer sur les mystères de l’amour et à imaginer les lieux où se passaient ces histoires.
    En lisant les noms de Paris, Londres ou Genève, il devait faire un énorme effort de concentration pour se les représenter. La seule grande ville qu’il eût jamais visitée était Ibarra, et il ne se souvenait que confusément des rues pavées, des pâtés de maisons basses, identiques, toutes blanches, et de la Plaza de Armas pleine de gens qui se promenaient devant la cathédrale.
    Là s’arrêtait sa connaissance du monde et, en suivant les intrigues qui se déroulaient dans des villes aux noms lointains et sérieux tels que Prague ou Barcelone, il avait l’impression que le nom d’Ibarra n’était pas celui d’une ville faite pour les amours immenses. »  Page 65
  • « Mais ce qu’il aimait par-dessus tout imaginer, c’était la neige.
    Enfant, il l’avait vue comme une peau de mouton mise à sécher au balcon du volcan Imbabura, et ces personnages de roman qui marchaient dessus sans crainte de la salir lui semblaient parfois d’une extravagance impardonnable. »  Page 66
  • « Après avoir mangé les crabes délicieux, le vieux nettoya méticuleusement son dentier et le rangea dans son mouchoir. Après quoi il débarrassa la table, jeta les restes par la fenêtre, ouvrit une bouteille de Frontera et choisit un roman.
    La pluie qui l’entourait de toutes parts lui ménageait une intimité sans pareille.
    Le roman commençait bien.
    « Paul lui donna un baisser ardent pendant que le gondolier complice des aventures de son ami faisait semblant de regarder ailleurs et que la gondole, garnie de coussins moelleux, glissait paisiblement sur les canaux vénitiens. »
    Il lut la phrase à voix haute et plusieurs fois.
    – Qu’est-ce que ça peut bien être, des gondoles ?
    Ça glissait sur des canaux. Il devait s’agir de barques ou de pirogues. Quant à Paul, il était clair que ce n’était pas un individu recommandable, puisqu’il donnait un « baiser ardent » à la jeune fille en présence d’un ami, complice de surcroît.
    Ce début lui plaisait.
    Il était reconnaissant à l’auteur de désigner les méchants dès le départ. De cette manière, on évitait les malentendus et les sympathies non méritées.
    Restait le baiser – quoi déjà ? – « ardent ». Comment est-ce qu’on pouvait faire ça ?
    Il se souvenait des rares fois où il avait donné un baiser à Dolores Encarnaciòn del Santísimo Sacramento Estupiñán Otavalo. Peut-être, sans qu’il s’en rende compte, l’un de ces baisers avait-il été ardent, comme celui de Paul dans le roman. »  Pages 73 et 74
  • « Abrutie par l’alcool, la malheureuse ne se rendait pas compte de ce qu’on faisait d’elle. Cette fois-là, un aventurier l’avait prise sur la plage et avait cherché à coller sa bouche à la sienne.
    La femme avait réagi comme un animal sauvage. Elle avait fait rouler l’homme couché sur elle, lui avait lancé une poignée de sable dans les yeux et était allé ostensiblement vomir de dégoût.
    Si c’était cela, un baiser ardent, alors le Paul du roman n’était qu’un porc.
    Quand arriva l’heure de la sieste, il avait lu environ quatre pages et réfléchi à leur propos et il était préoccupé de ne pouvoir imaginer Venise en lui prêtant les caractères qu’il avait attribués à d’autres villes, également découvertes dans des romans.
    À Venise, apparemment, les rues étaient inondées et les gens étaient obligés de se déplacer en gondoles.
    Les gondoles. Le mot « gondole » avait fini par le séduire et il pensa que ce serait bien d’appeler ainsi sa pirogue. »  Pages 74 et 75
  • « Plus tard dans l’après-midi, après un nouveau festin de crabes, il voulut poursuivre sa lecture, mais il fut distrait par des cris qui l’obligèrent à sortir la tête sous la pluie. »  Page 75
  • « Tout en faisant frire le foie agrémenté de brins de romarin, il maudit l’incident qui le tirait de sa tranquillité. Impossible désormais de se concentrer sur sa lecture, obligé qu’il était de penser à l’expédition du lendemain avec le maire à sa tête. »  Page 77
  • « Il renta à El Idilio livrer les restes, le maire le laissa tranquille et il fit tout pour sauvegarder cette paix, car c’était d’elle que dépendaient les moments de bonheur passés face au fleuve, debout devant la table haute, à lire lentement les romans d’amour. »  Page 84
  • « Perplexe, son coéquipier le regardait parcourir avec sa loupe les signes réguliers du livre,
    – C’est vrai que tu sais lire, camarade ?
    – Un peu.
    – Et tu lis quoi ?
    – Un roman. Mais tais-toi. Quand tu parles, tu fais bouger la flamme et moi je vois bouger les lettres.
    L’autre s’éloigna pour ne pas le gêner, mais l’attention que le vieux portait au livre était telle qu’il ne supporta pas de rester à l’écart.
    – De quoi ça parle ?
    – De l’amour.
    À cette réponse du vieux, il se rapprocha, très intéressé.
    – Sans blague ? Avec des bonnes femmes riches, chaudes et tout ?
    – Non. Ça parle de l’autre amour. Celui qui fait souffrir.
    L’homme se sentit déçu. Il courba les épaules et s’éloigna de nouveau. Avec ostentation, il but une longue gorgée, alluma un cigare et se mit à affûter sa machette.
    Il passait la pierre, crachait sur le métal, la repassait, puis éprouvait le tranchant du doigt.
    Le vieux s’était replongé dans son livre, sans se laisser distraire par le bruit âpre de la pierre sur l’acier, en marmottant comme s’il priait.
    – Allez, lis un peu plus fort.
    – Sérieusement ? Ça t’intéresse ?
    – Bien sûr que oui. J’ai été une fois au cinéma, à Loja, et j’ai vu un film mexicain, un film d’amour. Comment t’expliquer, camarade ? Qu’est-ce que j’ai pu pleurer.
    – Alors il faut que je te lise depuis le début, comme ça tu sauras qui sont les bons et les méchants.
    Antonio José Bolivar retourna à la première page. À force de la relire, il la savait par cœur.
    « Paul lui donna un baisser ardent pendant que le gondolier complice des aventures de son ami faisait semblant de regarder ailleurs et que la gondole, garnie de coussins moelleux, glissait paisiblement sur les canaux vénitiens. » »  Pages 100 et 101
  • « Antonio José Bolivar ôta son dentier, le rangea dans son mouchoir et sans cesser de maudire le gringo, responsable de la tragédie, le maire, les chercheurs d’or, tous ceux qui souillaient la virginité de son Amazonie, il coupa une grosse branche d’un coup de machette, s’y appuya, et prit la direction d’El Idilio, de sa cabane et de ses romans qui parlaient d’amour avec des mots si beaux que, parfois, ils lui faisaient oublier la barbarie des hommes »  Page 121
2 étoiles, V

Les Variations Goldberg

Les variations Goldberg de Nancy Huston.

Éditions Babel; publié en 1994 – 249 pages

Premier roman de Nancy Huston paru initialement en 1981.

Les variations Golberg

Pour cette soirée de la St-Jean, Liliane et son mari ont invité quelques proches à venir écouter Liliane interpréter les Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach. Un concert de chambre intime dans la pièce où elle a l’habitude de travailler. Une réception parfaite, les portes fenêtres qui donnent sur le balcon sont ouvertes et on entend les bruits de Paris. A mesure que s’élèvent les notes, Liliane se laisse emporter par ses pensées. Sa répugnance pour le grand répertoire du piano, son coup de foudre lorsqu’elle a découvert le clavecin pour la première fois, l’exigence de la prestation. Et puis de variation en variation, ce sont les réflexions de ses invités qui font surface, une après l’autre. Le souvenir d’un moment partagé, le passage du temps, les relations, les rancœurs familiales, l’ennui, l’envie obsessionnelle de fumer une cigarette…

L’approche de ce roman est très intéressante : chaque chapitre donne la parole à un personnage différent. Un aria et trente variations pour trente et un portraits en quelques pages. Ce qui est intéressant, c’est qu’au fur et à mesure de la lecture, on entre dans les consciences des auditeurs. Les uns après les autres, on commence à comprend leur lien avec l’artiste et son mari. L’idée est originale mais cela n’est pas suffisant pour en faire un bon roman. Le nombre de personnages est trop grand et la compréhension du contexte en est complexifiée. De plus, le lien qui les uni est trop tenu pour tenir le lecteur en haleine, on s’ennuie par toute cette narration. Par contre, Nancy Huston est capables de décrire la musique avec intelligence et de lui donner vie. En lisant ce texte, on peut donc se familiariser avec l’univers du piano et du clavecin. L’auteur montre une culture musicale appréciable, même si le thème musical est secondaire.

La note : 2 étoiles

Lecture terminée le 16 juin 2013

La littérature dans ce roman :

  • « S’ils veulent se choquer du sang qui coule, ils pourraient faire un peu plus attention aux champs de bataille, non ? Mais ça c’est pas maladif, ça c’est le beau-sang-rouge-de-la-patrie, ça ils veulent bien en voir, ils en redemandent même, et s’il n’y en a pas assez dans les journaux et aux informations télévisées, ils en mettent davantage dans les romans et les films ; ce sang-là, ils en avaleraient des litres tous les jours ! »  Page 37
  • « Au moins les concerts font ça, ils font taire provisoirement. Le reste du grand art non. Les livres ça compte pas, on est seul de toute façon. »  Page 43
  • « Ce soir, la maison ressemble à un château hanté. C’est Mme Kulainn qui l’a voulu ainsi, j’en suis certaine. Et je sais aussi pourquoi le choix des Variations : parce qu’elle-même est comme ça. En fragments. Ses poèmes aussi. Elle n’a jamais écrit que des poèmes. Elle m’a dit une fois qu’elle aurait voulu écrire un livre et je m’en suis étonnée. Mais c’était un livre qui aurait eu du blanc, partout où elle aurait hésité avant d’écrire. Si par exemple il lui fallait dix secondes pour écrire une ligne, alors une minute d’hésitation vaudrait six lignes de blanc. Ainsi de suite. Des pages entières seraient blanches, et comme ça les lecteurs verraient que l’inspiration de l’écrivain ne coulait jamais de source. En plus, ils pourraient écrire eux-mêmes dans les blancs tout ce qu’ils voudraient, à partir des mots qui précédaient ou à partir d’autre chose. Mme Kulainn a ri en me parlant de cela : un tel livre ne se vendrait jamais, ça va de soi. »  Pages 45 et 46
  • « Sa vie à lui était entièrement faite de mot. Les livres, les conférences, les émissions de radio, les interviews ; à chaque instant de sa vie il prenait la parole, on lui donnait la parole. »  Page 46
  • « Parce que ces gens, là, c’est tous des fins idéologues. Ça se peut pas de juste lire un livre ou juste voir un film comme ça, sans arrière-pensée. C’est urgent de la caser dans une de leurs boîtes à –isme : idéalisme, humanisme, manichéisme, romantisme, réalisme et tutti-quantisme. »  Page 52
  • « Puis elle me traîne de-ci, de-là et je me liasse faire, bon ça c’était ton « restau-U », et c’est là que t’as rencontré le soûlard qui t’a raconté ses quatre mariages et qu’il était plus talentueux que Shakespeare, et OK je viendrai avec toi écouter ta chère Liliane ce soir »  Pages 53 et 54
  • « Quand je prends un livre, il me semble toujours que j’aurais dû en prendre un autre ; pour lire Untel il faut d’abord avoir lu Untel, et je commence à flipper parce que je ne vois plus que des lacunes partout. »  Page 67
  • « Je suis la seule à ne pas pouvoir me suffire à moi-même. La seule dont l’intelligence est trouée. Je peux lire n’importe quelle quantité de livres – pendant les vacances j’en consomme deux par jour – et ça ne change strictement rien, les trous restent là, béants. »  Page 68
  • « Il nous menaçait avec un gros fusil de chasse et Bernald m’a dit pendant qu’il faisait demi-tour : « Comment ça se fait qu’on dise « bâtard » pour insulter les gens en anglais et pas en français ? » – alors que moi je pissais dans ma culotte. Il était fasciné par la violence. Pas un truc morbide, simplement ça le préoccupait. Deux de ses bouquins étaient là-dessus. »  Page 73
  • « Il vivait seul à ce moment-là et je venais dans son appartement où il y avait des bouquins partout, même par terre et même dans la cuisine. »  Page 75
  • « On s’amuse plus, je sais pas comment dire. Il me parle de ce qui se passe et j’arrive pas à comprendre pourquoi il écrit plus. C’est pas que je lisais ses bouquins mais c’était quand même sa façon à lui de se bagarrer. »  Page 77
  • « À quoi avait pensé Chopin en écrivant cette valse ? Certainement pas aux malheurs qu’il préparait pour tous les pianistes à venir. Peut-être était-il à Majorque avec George Sand, malade et grelottant dans un château sans chauffage, et écrivait-il la Brillante pour qu’ils soient transportés dans un ailleurs splendide, mirobolant… »  Page 85
  • « Nous avons vieilli. Pas de manière dramatique – ce n’est pas encore la scène finale de la Recherche du temps perdu – mais, enfin, nous vieillissons. »  Page 91
  • « Ainsi, plutôt que la Recherche du temps perdu, ce concert serait la recherche de la perte du temps ? »  Page 95
  • « Je n’admettrais pas qu’on puisse juger, dans le temps, de ma performance, et la comparer à celle de X ou Y. On ne peut pas juger l’écriture comme ça, selon des critères objectifs. Ce qui n’empêche pas, bien sûr, les critiques d’aligner leurs imbécilités. L’autre jour, un article dans le Temps disait que mon dernier livre se situait à mi-chemin entre l’avant-garde et le rétro. En d’autres termes je fais du surplace, je pédale dans le yaourt. Mais au moins ce crétin n’avait pas le droit d’être dans ma chambre, à épier par-dessus mon épaule pendant que j’écrivais… Ce que je souhaiterais par-dessus tout, pour mes livres, c’est que les gens qui s’aiment aient envie de se les lire à haute voix. Comme les contes d’autrefois. Les familles autour d’une cheminée, les amants au lit ; ça, se serait vraiment bien.»  Pages 95 et 96
  • « Il m’a demandé de jouer quelque chose sur ma flûte. Je n’en avais pas encore joué. Je l’ai sortie de son étui, elle me semblait enchantée littéralement, j’avais l’impression que quand les trois morceaux seraient assemblés, ce serait un bâton magique omnipotent. Elle luisait comme si elle était éclairée de l’intérieur, comme si son métal provenait de la caverne d’Aladin. »  Page 102
  • « Elle se mettait au lit toujours vers dix heures et demie, et je restais debout pendant quelque temps encore, à feuilleter des livres dans l’appartement silencieux. »  Pages 115 et 116
  • « J’apporte avec moi plusieurs partitions de la bibliothèque. Elles sont rangées parmi les autres livres par ordre chronologique ; les auteurs vivants sont dans le couloir ; je ne me résigne pas à installer des étagères dans la chambre de ma mère. »  Page 116
  • « Lorsque j’émerge exténué de la pièce à musique, la blancheur de l’aube est déjà perceptible. Je range les partitions dans la bibliothèque, ainsi que les livres que j’ai consultés plus tôt dans la soirée. »  Page 117
  • « Quand je t’ai rencontré tu n’enlevais même pas ton pantalon pour baiser, tu le baissais jusqu’aux genoux. C’était ça ton habitude, monsieur Don Juan : tirer un coup et puis salut. »  Page 122
  • « Tu as choisi le 24 juin, la nuit de la Saint-Jean, la nuit des sorts. Tu as cherché à créer, pour eux tous, le songe d’une nuit d’été. »  Page 126
  • « Quand j’écrivais, le même dilemme était constamment présent. Le souci de ne pas faire avec des mots des murs, mais plutôt des constructions ajourées, me faisait craindre la chute à travers une des ouvertures que j’avais moi-même pratiquées. Alors tu me parlais des portes qui ne pouvaient être ni ouvertes ni fermées – t’en  souviens-tu ? -, mais entrouvertes ; on essayait d’imaginer d’autres choix possibles que celui, occidental à outrance, de « faire le plein », et celui, oriental à outrance, de « faire le vide ». Mais j’étais persuadé – je le suis encore- qu’ici et maintenant l’écriture ne peut pas illustrer ce choix ; qu’elle sera toujours pleine jusqu’à l’écœurement ; qu’elle ne peut éviter d’être détournée en enseignement (savais-tu que Blanchot et Duras sont désormais inscrits au programme du bac ?).  Page 127
  • « On l’avait invité pour parler de son dernier livre qui traitait des idéologies de la guerre. Les autres invités étaient des historiens et des philosophes qui s’occupaient de sujets voisins – on avait même dégotté un légionnaire qui venait de publier ses mémoires, histoire d’ajouter un peu de sel à la soirée-, mais enfin l’émission était une sorte de cadeau de reconnaissance à Bernald Thorer, un vote de confiance, pourrait-on dire. »  Page 136
  • « Mais ils ont peur. Ils aiment pas l’électronique. Ça les fait penser à 1984. À Watergate. Les calculs froids de la machine froide. »  Page 147
  • « Quant à moi, ce n’est même pas la peine de lui raconter que j’ai assisté avec enthousiasme au séminaire de Franz Blau cette année, « La psychanalyse de l’opéra ». Je sais que ça le ferait rire. Pourtant, ce séminaire est la seule chose qui me rend la vie vivable en ce moment. Tout le reste m’ennuie. Les journaux, les livres, les revues n’arrêtent pas de sortir et c’est toujours la même chose. Les discours politiques, c’est encore pire. Blau, au moins, s’aventure sur un terrain inexploré. C’est fantastique. Sa théorie de l’opéra comme familialisme musical. Le père, la mère, le fils, la fille : basse, soprano, ténor alto. La soprano serait donc la mère… Ça me fait réfléchir. J’avais lu une fois l’étude clinique d’une actrice professionnelle. Elle avait une façon très singulière de parler de sa voix. »  Pages 154 et 155
  • « Il suffisait que je batte un rythme sur une casserole pour qu’ils se regroupent autour de moi, les yeux grands comme des soucoupe. Et quand je chantais, c’était littéralement l’enchantement, j’étais comme le joueur de flûte d’Hamelin. »  Page 164
  • « Et pourquoi, me dirait en ce moment mon gentil réanimateur, vous mettez-vous toujours dans des situations où vous vous sentez inférieure ? Si vous étiez restée chez vous ce soir avec un livre, vous auriez pu écouter les Variations Goldberg sans douleur. »  Page 185
  • « « Pourquoi avez-vous toujours besoin de vivre par procuration ? Souvenez-vous de Don Giovanni – » Oui. Mais là, je n’avais guère le choix, c’était pour ma thèse. Il fallait que j’aille voir toutes les représentations de la pièce et de l’opéra, il fallait que j’écoute les différentes versions musicales à longueur de journée, il fallait que je lise les dizaines de variantes de l’histoire ainsi que les analyses critiques, au moins les plus importantes d’entre elles ; sinon ce n’aurait pas été du travail sérieux. C’est vrai que le film m’a chamboulée quand même. Moi qui croyais tout savoir sur le personnage de don Juan, il m’était resté une question essentielle à résoudre, dont j’avais discuté à deux ou trois reprises avec Thorer, dans qu’il y apporte une réponse véritable : pourquoi mil e tre ? Et, dans le film, j’ai enfin compris. Evidemment, ce qu’on dit toujours c’est que s’il faut à don Juan la multiplicité, le nombre excessif des conquêtes amoureuses, ce n’est nullement pour en jouir – du début jusqu’à la fin de l’histoire il n’éprouve pas un seul instant de vrai plaisir – mais plutôt pour les écrire, c’est-à-dire pour allonger sa lista. En ce sens il ressemble aux libertins de Sade (et le « donjuanisme » est aussi dilué par rapport à don Juan que l’est le « sadisme » par rapport aux personnages sadiens), car dans les deux cas le sens des actes érotiques s’épuise dans le récit qu’on peut en faire. Mais le parallèle s’arrête là, car les victimes de don Juan sont par définition consentantes : elles doivent l’aimer, éperdument ; leur souffrance doit provenir exclusivement du fait qu’elles sont mil e tre, et jamais des sévices qu’elles auraient subis des mains de leur amant.
    Mais pourquoi don Giovanni aime-t-il les femmes ? Car il les aime…toutes : jeunes et vieilles, belles et laides, vierges et matrones. Il les flaire comme le ferait un animal ; il dit : « Je sens la femme. » « La femme », tout comme « la boisson » (Vivant le femmine ! Viva il buon vino !), représente pour lui le moyen par excellence de bafouer la morale des honnêtes gens. Celle-ci n’est même pas la morale chrétienne : elle repose sur la raison, le respect d’autrui, les convenances bien sûr, mais il y a aussi beaucoup de jeu : infidélités, frivolités et fêtes : en un mot, tout ce que don Juan abhorre. De l’origine de son refus catégorique des valeurs de ce monde et de son adhésion inébranlable à l’Enfer, nous ne savons rien. Nous savons seulement que, d’un pas ferme et résolu, il s’avance vers sa mort.
    Aucune femme d’aucune mythologie n’atteint cette grandeur-là. Aucune femme n’est aussi pénétrée de la terrible nécessité de son destin. Lorsque les femmes font preuve d’une détermination et d’une force comparables – Médés, Antigone – c’est toujours par réaction : parce qu’elles ont été mortellement blessés par des hommes. Les femmes ne possèdent pas d’emblée la capacité de mener une action, pour elle-même, jusqu’au bout. C’est ça que le film a montré avec une lucidité impitoyable. Donna Anna et donna Elvira pouvaient bien être splendides dans leur douleur ; elles étaient méprisables parce que dépourvues de volonté propre ; pas un instant elles n’avaient l’initiative. Anna devient fière et mensongère, Elvira oscille entre le désir de sauver son âme et l’espoir d’être à nouveau aimé de don Juan ; Zerlina trahit son fiancé et use de « ruse féminines » pour le récupérer lorsqu’elle constate que ses chances auprès du maître sont très minces…
    C’est Zerlina qui adresse, sur un mode parodique et à Masetto impuissant, les paroles que toutes les femmes adressent à don Giovanni : « Arrache-moi les yeux, bats-moi, et je baiserai la main qui me bat. » Les femmes tournoient autour de l’homme, poussent des cris, se mettent dans tous leurs états : ce sont elles qui sont en proie aux émotions bassement humaines, provoquées par un être surhumain ou inhumain. Dire son désir : voilà le sens de la vie de don Juan : voilà le sens de la vie de don Juan ; voilà aussi ce qui le rend supérieur aux femmes, qui sont réduites, comme partout et comme toujours, à répondre à ce désir par oui ou non. »  Pages 186 à 189
  • « Le soir même, j’ai envoyé ma lettre à Thorer. C’était simplement une citation de Des Forêts, dont j’avais lu le Bavard quelques jours auparavant. « Imaginez un prestidigitateur qui, las d’abuser de la crédulité de la foule qu’il avait entretenue jusque-là dans une illusion mensongère, se propose un beau jour de substituer à son plaisir d’enchanter celui de désenchanter ». Ce sont presque les mots exacts, j’avais recopié la citation dans mon cahier parce qu’elle m’avait plu ».  Page 191
  • « En bibliothèque, je comprends que ce soit interdit – s’agit pas de voir la collection de la Nationale flamber à cause d’un petit thésard négligent – encore que j’aie été dans des bibliothèques où c’était pas interdit – quel délice – c’est comme lire dans son propre fauteuil chez soi – l’idéal, quoi. Si on pouvait fumer à la bibliothèque Nationale, j’installerais un lit de camp dans la salle des imprimés – le long de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert – je sortirais que pour pisser. Dans l’état actuel des choses, il faut que je sorte au moins une fois par heure, c’est chiant – je m’efforce de lire cent pages avant d’aller dans la cour – parfois c’est difficile justement à cause de ce que je suis en train de lire. Tu sais de quoi je parle, hein, Bernald ? Giordano Bruno, par exemple, j’allumerais bien une clope toutes les pages. »  Pages 193 et 194
  • « Ça faisait peut-être quinze ans que je le voyais à la BN – on était pas des copains, mais on bavardait de temps en temps – on s’était vu vieillir au milieu de nos piles de bouquins – lui venait pas aussi souvent que moi, plutôt par période – mais il prenait toujours une place près de la porte, comme moi – je sais pas pourquoi, puisqu’il sortait pas tous les quart d’heure pour fumer. »  Page 194
  • « Il se construisait une sorte de forteresse avec ses bouquins – il mettait la tête là-dedans et en ressortait pas avant huit heures du soir. Je l’avais taquiné là-dessus – je lui disais qu’il allait devenir comme ces vieux pépés qu’on voyait –penché à quatre-vingt-dix degrés depuis la taille à force d’avoir passé soixante ans le nez dans les bouquins – ils pouvaient plus se relever – comme s’ils voulaient être tout prêts avec leur révérence, le jour de l’entrée à l’Académie. »  Page 195
  • « Il disait bonjour aux employés – même la bonne femme du vestiaire – il échangeait des potins avec le conservateur – et il me semblait qu’on lui apportait ses bouquins plus vite que ceux des autres, mais peut-être que je me trompe. »  Page 195
  • « Moi je me sens pas très à l’aise – d’accord, il lit quelque chose de drôle – je comprends pas quand même, pourquoi il rit tout haut – ça lui ressemble pas, c’est pas normal. Il a plus ri de toute la matinée – nous prenons un sandwich ensemble à midi, je lui demande ce qu’il était en train de lire tout à l’heure – il me répond Hérodote. D’abord je suis interloqué – j’avais jamais pensé à Hérodote comme à quelqu’un de spécialement folichon – mais Bernald me raconte une ou deux histoires, c’est vrai qu’elles sont désopilantes – surtout qu’il raconte très bien – à la fin on a les larmes aux yeux à force de rire. »  Pages 196 et 197
  • « Vers trois heures, je me remets à bosser – j’avais pour ainsi dire oublié l’incident du matin – quand j’entends une sorte de sanglot. C’est pas vrai, je me dis – il va se mettre à pleurnicher maintenant ? Toujours à cause d’Hérodote ? »  Page 197
  • « Au bout de quelque mois on a commenté à rééditer ses vieux bouquins  – on parlait de lui dans les journaux comme s’il venait de mourir – je trouvais ça scandaleux, mais il y avait rien à faire. »  Page 198
  • « Quand même, il a pas l’air mort du tout – il a plutôt meilleure mine qu’avant. S’il s’est trouvé une épouse charmante et cultivée, tant mieux pour lui. Vaut mieux que ça soit elle qui fasse rigoler et pleurnicher, plutôt qu’Hérodote. »  Page 198
  • « A par papa – avec sa philosophie – son amour de la science, comme il disait. C’est vrai qu’il était amoureux d’elle – il emmenait dans son lit des tomes gros comme ça – maman devait les enlever le matin quand elle faisait le lit – ça c’est un philosophe. Moi j’ai pas un seul bouquin dans ma chambre – il y a rien, à part le lit et le cendrier. Je trouvais ça dégoutant comme il lisait tout le temps, papa – au lit, à table, aux chiotte pendant des heures – quand je voulais lui demander quelque chose il y avait toujours un bouquin entre sa gueule et moi – c’est pas possible. Et à quoi ça a servi ? Maintenant mes livres se vendent bien – ça le fait enrager, que la physique puisse être aussi courue que la métaphysique – et je m’en contrefous.
  • « Maintenant que maman est pas là, il y a plus personne pour enlever ses bouquins du lit – on va le retrouver étouffé sous les œuvres complètes d’Aristote, un de ces beaux jours. »  Page 199
  • « « Quelle fourberie ! Tu détestes les interruptions du téléphone quand tu travailles. Ou, plutôt, quand tu fais semblant de travailler. » Comment ça, je fais semblant ? Je fais une vraie traduction d’un vrai bouquin, ne t’en déplaise. Pour une vraie maison d’édition en plus, et avec un vrai contrat. Qu’est-ce qu’il y a de faire semblant là-dedans ? Ça explose de rire à l’intérieur de ma tête. »  Page 210
  • « Claude ! C’est toi qui as déchiré le livre de ta petite sœur ? Pas de dîner pour toi ce soir. »  Page 213
  • « Elle descend l’escalier sans faire de bruit, une Lady Macbeth dans sa chemise de nuit blanche en dentelle, elle flotte jusqu’à la cuisine et ouvre un paquet de petits gâteaux, de préférence de ces cigares russes qu’on sert avec le champagne, elle les compte, il y en a 8 par rangée et 3 rangées en tout, il ne faudrait pas qu’elle mange le tout parce que ça ferait 24, un chiffre réellement redoutable tellement il se subdivise, il suffirait donc qu’elle s’arrête après 7 mais ça laisserait 1 dans la première rangée, alors peut-être 13 mais ça ferait pas exactement la moitié, alors elle continue, elle mange lentement et sans faim, elle ne fait que compter et se demander quel serait le meilleur moment pour s’arrêter, elle pourrait s’arrêter après 17, par exemple, parce que l’après-midi elle a mangé 17 cerises, et la deuxième transgression pourrait ainsi annuler la première ; finalement c’est mieux de les manger tous parce que comme ça elle pourra faire disparaître le paquet et ses parents ne sauront pas, après elle se précipite dans la salle de bains pour se pencher sur le lavabo, c’est mieux que les cabinets parce que l’eau du robinet fait moins de bruit que l’eau de la chasse, souvent elle n’a même pas besoin d’enfoncer les doigts dans la gorge, ça remonte tout seul, comme maintenant je sens le champagne remonter dans mon gosier, et comme un de ces jours je sentirai le sang gargouiller encore dans mon vagin, sortir par bulles et ruisseler entre mes cuisse : quand je le voudrai bien. »  Pages 221 et 222
  • « Quand je prépare, après dîner, ce breuvage épais et foncé avec la cafetière italienne, et que je m’installe à la table pour renouer contact avec Gramsci, ou Benjamin, ou Adorno, c’est comme si j’étais véritablement en train de dialoguer avec eux dans un café. »  Page 224
  • « Au XXe siècle, en France, seuls les riches avaient le droit d’écouter cette musique-là. Souvent même était-elle composée à la commande du roi, tout comme le théâtre de Molière. »  Page 224
  • « Manuel. Manny. Mon petit homme. Il y a des choses qui échappent aux carreaux de ta grille. Quand tu m’embrasses les seins, comment penser aux conditions économiques de ce qui se produit là : l’amour ? Mais même sur ça tu voudrais avoir prise : tu écris sur les rapports sexuels sous le capitalisme, tu analyses la phallocratie comme rejeton des valeurs bourgeoises, tu me donnes à lire Engels, l’Origine de la famille, et les freudo-marxistes modernes… »  page 231
  • « Nous pourrons dire qu’au lieu de lire un livre ou d’aller voir un film, nous avons écouté un concert. »  Page 245
  • « La roue a fait un tour complet et j’en suis sortie indemne. Quelques courbatures, ce n’est pas un prix trop fort à payer pour ce qu’il m’a été donné de comprendre. Songe d’une nuit d’été, comme je l’avais dit à Bernald : mais, contre toute attente c’est sur moi-même que le sort a été jeté. »  Page 249
4,5 étoiles, V

Voyage fatal

Voyage fatal de Kathy Reichs

Éditions Pocket (Thriller) ~ Publié en 2004 ~ 495 pages

Roman de Kathy Reichs paru initialement en 2002 sous le titre « Fatal voyage ».

Un avion s’écrase dans les montagnes de Caroline du Nord avec à son bord 88 passagers. L’anthropologue Temperance Brennan est la première sur la scène. Cet accident ne laisse aucun survivant et suscite un questionnement sur son origine : bombe, missile égaré, défaillance technique ou erreur de pilotage. Une équipe est rapidement mise sur pied pour récupérer les restes humains et les identifier. Cette équipe devra aussi aider à découvrir l’origine de l’accident. C’est alors que Tempe découvre un pied qui, après de minutieuses analyses, se révèle n’appartenir à aucun des passagers. Voulant approfondir ses investigations, la tâche de Tempe va sérieusement se compliquer. Ce pied va l’entraîner dans une périlleuse enquête où elle rencontrera intimidation et tentatives de meurtres. Manifestement, quelqu’un veut l’empêcher de continuer ses recherches. Parviendra-t-elle à élucider ce mystère ?

Ce roman est réellement captivant, il se dévore en un rien de temps. On entre facilement dans l’histoire et l’on se prend immédiatement d’affection pour Tempe. Elle est à la fois déterminée et solide pour ce qui concerne son métier. Mais, elle ne reste pas moins un individu fragile. L’anthropologue Kathy Reichs nous dévoile ici quelques facettes de son métier. Sous une rigueur scientifique, elle ne nous épargne aucun détail de procédure. L’ambiance générale du roman est assez inquiétante, les énigmes complexes et le dénouement inattendu. L’intrigue est très soigneusement ficelée et d’un grand réalisme. De plus, l’analyse des indices, les détails de l’enquête et les recherches menées sont passionnants et nous tiennent en haleine jusqu’au dénouement final. Un thriller que je recommande.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 12 décembre 2011

Ving-quatrième lecture de mon défi 26 livres – 26 auteurs édition 2011

La littérature dans ce roman :

  • « – C’est comme ça que tu me remercies, Boucle d’Or ? Ou devrais-je dire Chaperon Rouge, vu les circonstances ? » Page 55
  • « – Précieuse est aux yeux du Seigneur la mort de ses saints, nous dit-il dans le livre des Psaumes. » Page 61
  • « Sur les dessus s’ébattait un trio de statuettes en porcelaine : Annie la petite orpheline avec son chien Sandy, Shirley Temple déguisée en Heidi et un colley qui devait être Lassie, chien fidèle. » Page 62
  • « – La pauvreté guette l’ivrogne et le glouton, ai-je fini par rétorquer en martelant les mots avec la bouteille de ketchup.
    – C’est de qui ?
    – C’est dans le livre des Proverbes.
    – Je déclarerai crime le fait de boire, ne serait-ce qu’une gorgée de bière.
    Le temps, s’était refroidi et Ryan portait un anorak bleu roi, parfaitement coordonné à la couleur de ses yeux. J’ai demandé :
    – C’est Ruby qui t’a dit ça ?
    – Shakespeare. Henry VI.
    – Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
    – Qu’en matière d’autocratie, Ruby n’a rien à envier à ce monarque. » Page 79
  • « Ryan a dû percevoir mon trouble, car il a demandé :
    – Un problème, Boucle d’Or ? » Page 82
  • « – Tu as découvert quelque chose d’intéressant ?
    – Une maison.
    – Habitée ?
    – Par Hansel, Gretel et la méchante sorcière. » Page 105
  • « – Ils se sont emparés de la clef de l’Hadès. Comme il est dit dans le livre de Révélations. » Page 107
  • « Jours de bonheur, jours de contes de fées, à une époque où le rêve américain semblait réel et à portée de la main. » Page 116
  • « Tout à son enthousiasme, Boyd tirait sur la laisse avec la détermination de Croc-Blanc traversant l’Arctique. » Page 145
  • « – Le shérif a recensé trois personnes âgées disparues. De ton côté, du nouveau sur le motel Bates ? » Page 146
  • « – Dites, vous pourriez regarder dans mon livre, j’ai besoin d’un renseignement.
    – La première édition ou la réédition ?
    En 1986, j’avais supervisé la rédaction d’un manuel de médecine légale devenu un classique grâce aux excellents auteurs que j’avais su réunir et à quelques chapitres de ma plume. Huit ans après, j’en avais publié une édition révisée.
    – Celle de 86.
    – Tout de suite.
    Un instant plus tard, elle était de retour.
    – Qu’est-ce qu’il vous faut ?
    Le chapitre traitant de la différenciation des populations sur la base du calcanéum. » Pages 159 et 160
  • « – Je suis allée à la réserve d’Indiens.
    – Tu as rencontré Tonto ?
    – Ça alors, comment ai-je pu deviner que tu me poserais la question ?! » Page 166
  • « Un pied sur le genou, Ryan a entrepris d’enfiler un mocassin sous l’œil stupéfait d’une donzelle au bar, qui en a cessé d’éplucher l’étiquette de sa Coors.
    – Cousu main par Sitting Bull en personne ?
    – Sitting Bull était sioux. Disons plutôt par un illustre inconnu, quelque part en Chine. » Page 166
  • « Elle avait fait ami-ami avec le chien et, justement, l’Évangile du jour glorifiait les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et les animaux que rampaient sur la terre. Le chow-chow, un reptile ? Cela ne valait pas la peine d’entamer un débat. » Page 171
  • « À mesure que nous nous éloignions de la route, les arbres se refermaient sur nous au point de ne plus former qu’un tout unique, où je ne distinguais plus rien. Lucy Crowe déchiffrait comme à livre ouvert les repères que lui avaient indiqués les Wahnetah : le chemin et le petit sentier partant de là. » Page 180
  • « La salle des actes de propriétés jouxtait le bureau des impôts, passé l’angle du couloir. Inévitable comptoir et succession de portes tournantes pour accéder aux archives. Le long des murs s’étiraient des rayonnages et des casiers bourrés de registres annuels, dont certains remontaient à plusieurs centaines d’années. Les plus récents, rouges et carrés, portaient au dos des chiffres dorés tout simples comparés aux arabesques qui ornaient les volumes anciens, reliés en cuir, comme les livres d’autrefois. » Page 209
  • « – Les adeptes de ce mouvement appliquent au pied de la lettre certains passages de la Bible sur la manipulation des serpents.
    – Quels passages ? s’est écrié Ryan d’une voix débordant de mépris.
    – « En mon nom, ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils saisiront des serpents. Et s’ils absorbent un poison mortel, ils n’en souffriront pas. » L’Évangile de saint Marc, chapitre XVI, versets 17 et 18, a répondu McMahon.
    Stupeur de Ryan et de moi.
    – « Voici que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds serpents, scorpions et toute la puissance de l’ennemi, enchaînait McMahon, et rien ne pourra vous nuire. » Luc, chapitre X, verset 19. » Page 235
  • « – Quoi de neuf, Boucle d’Or ?
    – C’était qui ?
    – Le Schtroumpf clouté ? Il a aspiré précautionneusement une petite gorgée. – Eli, le neveu de Ruby. » Page 245
  • « Le pompiste, un jeune d’environ seize ans, avec des cheveux noirs et gras tirés derrière les oreilles et des pellicules éparpillées le long de sa raie, comme des flocons de neige sur des berges boueuses, a posé sa BD pour me dévisager. » Page 264
  • « Cube en brique rouge d’un seul étage, la bibliothèque Black Marianna se trouvait à l’angle des rues Everett et Academy. Le hall était flanqué de deux squelettes en carton, portant chacun un livre à la main. » Page 300
  • « – Notre collection remonte à 1895. C’était le Byrson City Times à l’époque. Un hebdomadaire. Les numéros les plus anciens sont sur microfilm, naturellement. On ne consulte pas les originaux.
    – Ça m’ira très bien.
    Elle s’est mise à empiler des livres ouverts. Tirée à quatre épingles, Mme la bibliothécaire, et les ongles impeccables. » Page 301
  • « – Le district attorney dit qu’il ne veut pas obliger le juge à se perdre en conjectures tant qu’il n’a rien de vraiment solide à lui soumettre.
    – Qu’est-ce qu’ils veulent, à la fin ? Scarlett O’Hara dans la bibliothèque, un bougeoir à la main ? » Page 318
  • « Le juge Henry Arlen Preston tendait un livre à un vieil homme qui partait sans vouloir le prendre. L’autre insistait, se mettait à le suivre. Le vieux se retournait et le juge laissait tomber le livre. Boyd s’en emparait et s’enfuyait sur un chemin qui filait tout droit. Quand j’arrivais enfin à le rattraper et à le lui arracher de la gueule, le livre s’était métamorphosé en pierre tombale où était gravé : Tucker Adams, 1943. L’année où ces deux vieux étaient morts, l’un notable, l’autre obscur citoyen. » Pages 322 et 323
  • « Mes recherche sur Kendall Rollins, le poète mentionné par Mme Veckhoff, a débouché sur deux ou trois références à son œuvre trouvées sur Internet. » Page 351
  • « Nouvelle soirée à grignoter en tête à tête avec moi-même un blanc de poulet cuit par mes soins, en regardant une série à la télé. Après, un peu de lecture. Deux-trois chapitres d’un roman de James Lee Burke. » Page 359
  • « À vrai dire, ma garde-robe aurait fait la fierté de la fée Carabosse, mais j’étais tellement énervée que rester à la maison aurait été bien pire que sortir fagotée comme l’as de pique. » Page 367
  • « J’ai secoué le paquet.
    – Un poseur de bombe n’agirait pas ainsi, j’imagine.
    J’ai déchiré un coin de l’enveloppe et glissé un œil à l’intérieur.
    Un livre.
    J’ai défait le paquet.
    Un journal intime avec une feuille de papier à lettre couleur pêche, scotchée sur la couverture en cuire. » Page 372
  • « À mon arrivée, George aidait McMahon à entasser livres et papiers dans des cartons, tandis que Bobby saupoudrait de la poussière banche le manteau de la cheminée. » Page 395
  • « – Tout ça est passionnant, Tempe, mais moi, j’ai huit macchabées sur les bras et une horde de journalistes qui n’attendent qu’un signe pour me sauter à la gorge. Ces zigotos sont morts depuis des siècles, je ne vois pas en quoi ils nous intéressent, à moins d’avoir un penchant marqué pour l’art et la littérature morbides. » page 430
  • « – Prentice Elmore Dashwood, l’un des nombreux descendants du sieur Frank, a quitté l’Angleterre en 1921 pour se lancer dans la fripe à Albany, État de New York. Confection masculine. Il s’est retiré dans affaires avec des paquets d’argent.
    – C’est tout ?
    – Pendant sa vie ici, il a écrit et publié à compte d’auteur des douzaines d’essais. Dont un sur la vie de son arrière-arrière-arrière quelque chose, Sir Francis Dashwood II.
    – Et les autres ? ai-je demandé, sachant que si je ne le faisais pas, j’en avais pour des heures à tourner autour du pot.
    – Sur tout et n’importe quoi. Les chansons aborigènes australiennes, les traditions orales des Cherokees, le camping, la pêche à la mouche, la mythologie grecque, un précis ethnographique sur les Indiens caraïbes. Un authentique gentilhomme de la Renaissance, ce Prentice. Rien que sur le sentier des Appalaches, il a écrit trois bouquins. Il semble d’ailleurs qu’il se soit révélé un véritable moteur, dans les années 20, quand il s’est agi d’en commencer l’aménagement.
    Le sentier des Appalaches, intéressant… Mecque des randonneurs, ce sentier prend son départ au mont Katahdin dans le Maine et longe la ligne de crête appalachienne jusqu’à la montagne Springer, en Géorgie. Une grande partie traverse les Great Smoky Mountains. En particulier, le comté de Swain.
    – Tu es toujours là ?
    – Oui. Est-ce que ce Dashwood a passé du temps chez nous, en Caroline du Nord ?
    – J’imagine, il a pondu cinq brochures sur les Great Smoky Mountains. – Bruissement de pages qu’on tourne. – Arbres. Fleurs. Faune. Folklore. Géologie.
    Le récit qu’Ann m’avait fait de sa visite des grottes en Angleterre m’est revenu en mémoire. Se pouvait-il que ce Prentice Dashwood dont elle me parlait à présent, ce Prentice apparenté aux Dashwood britanniques, soit l’homme que m’avait mentionné Edward Arthur ? « Le diable en personne », comme il avait dit ? La coïncidence était plus que troublante.
    – Qu’est-ce que tu as appris d’autre sur lui ?
    – Rien, si ce n’est qu’au XVIIIe siècle, le tonton Francis traînait en drôle de compagnie, si tu veux mon avis. Des types qui se donnaient le titre de moines de Medmenham. Je te lis la liste ? Lord Sandwich qui, à un moment, a commandé la marine royale, John Wilkes…
    – L’homme politique ?
    – Lui-même. Le peintre William Hogarth, les poètes Paul Whitehead, Charles Churchill et Robert Lloyd.
    – Impressionnant.
    – N’est-ce pas ? Tous membres du Parlement ou de la Chambre des lords, poètes ou quelque chose encore. Même notre Benjamin Franklin à nous semble avoir fricoté avec eux, bien qu’il n’ait jamais fait partie du groupe, officiellement parlant. » Pages 439 et 440
  • « – Il est gros, ton bouquin ?
    – Dans les trente-quatre pages. » Page 441
  • « Si grande que soit mon impatience d’en savoir davantage sur ce lord Francis du XVIIIe siècle, je me savais trop fatiguée, affamée et énervée pour lire sa biographie avec un minimum d’objectivité. » Page 442
  • « Les étagères étaient remplis de livres; une table et un bureau croulaient sous les paperasses. » Page 483
  • « – Prentice était un lecture insatiable, il avait des connaissances étendues dans les domaines les plus divers. Pas une chose sur terre qui ne l’intéresse. Archéologie, ethnologie, physique, biologie, histoire, Darwin, Lyell, Newton, Mendeleïev, la philosophie, Hobbes, AEnésidème, Baumgarten, Wittgenstein, Lao-Tseu. Il les avait tous lus. » Page 484
  • « – Oui. En vieillissant, ses lectures sur la cosmologie et le cannibalisme dans toutes sortes de cultures l’ont de plus en plus marqué et il a fini par perdre les pédales. » Page 484
  • « _ Ce n’est pas à une archéologue de votre envergure que je vais apprendre combien l’anthropophagie est répandue dans la culture occidentale ! a rétorqué Midkiff. Elle est au cœur de nombreux mythes grecs et romains. L’Ancien Testament tout comme le Rigveda parlent de sacrifice humain. Chez les catholiques, c’est le moment le plus important de la messe. Prenez des livres comme Modeste Proposition de Johnathan Swift ou L’histoire de Sweeney Todd de Tom Prest; des films comme Le soleil vert, Beignets de tomates vertes, Le cuisinier, le voleur, son épouse et son amant, ou même Week-end de Jean-Luc Godard. Jusqu’aux contes pour enfants : Hansel et Gretel, L’homme en pain d’épice, certaines versions de Blanche-Neige ou de Cendrillon. « Grand-mère, que vous avez de grandes dents ! » dit le Petit Chaperon rouge. » Page 486
  • « – Fay ce que voudras, ai-je laissé tomber, me rappelant la citation de Rabelais gravée au-dessus de la porte du tunnel.
    Citation qui ornait également la voûte et les cheminées de l’abbaye de Medmenham, avais-je appris pendant ma convalescence.
    – Fais ce que tu aimes, m’a corrigée Midkiff avec un rire forcé. C’est drôle. Les Feux de l’Enfer y ont eu recours pour autoriser leur conduite licencieuse, alors que Rabelais, lui avait en tête saint Augustin : « Aime Dieu et fais ce que veux. Car, si un homme aime Dieu dans un esprit de sagesse, il ne peut faire que le bien, puisqu’il s’efforce de toujours accomplir la volonté divine… » » Page 487
  • « – Quand j’aurai publié mon livre, les gens comprendront la valeur inestimable de mon travail, a-t-il répondu. » Page 489
4 étoiles, E, V

La vallée des chevaux

Les Enfants de la Terre, tome 2 : la vallée des chevaux de Jean M. Auel

Deuxième tome de la saga Les enfants de la terre publié initialement en 1982 sous le titre «Earth’s Children – The Valley of Horses».

Ayla, bannie de sa tribu, part afin de trouver son peuple. Pour son premier hiver, elle s’abrite dans une caverne et y élira domicile. Pour lui tenir compagnie, elle adoptera une jument et un lionceau. Pendant ce temps, deux frères entament un Voyage initiatique qui les mènera à la mer. Ayla croisera leur chemin lors d’une chasse et devra les secourir. Ils seront son premier contact avec «les Autres». Mais un seul des frères survivra. Blessé sévèrement, elle l’amène à sa caverne. Pendant sa convalescence, celui-ci apprendra à Ayla son langage et son histoire.

C‘est un livre passionnant qui nous transporte et nous amène à vivre les joies et les peines de l’héroïne. L’histoire est très différente du premier tome ce qui permet de garder l’intérêt. Pendant la première partie de l’ouvrage, les chapitres alternent entre la vie d’Ayla, seule dans sa vallée et le voyage de Jondalar. On y découvre : les différents peuples Cro-Magnon, la maîtrise du feu, la domestication des animaux et les relations violentes entre les néandertaliens et les Cro-Magnon. Bien que les descriptions détaillées et les retours sur le premier tome permettent de créer un climat envoûtant, ils sont quelque fois un peu lourds.

La note:  4 étoiles

Lecture terminée le 25 juin 2011

Lecture commune avec la participation de:

La littérature dans ce roman :

  • Aucune citation sur la littérature dans ce roman.
2,5 étoiles, V

Les visages

Les visages de Jesse Kellerman

Premier roman de Jesse Kellerman paru initialement en 2008 sous le titre « The Genius ».

Ethan Muller, jeune marchand d’art, met la main sur une série de dessins d’une qualité exceptionnelle. Il sait qu’il va enfin pouvoir se faire un nom avec ceux-ci. Mais le mystérieux auteur de ces dessins, Victor Cracke, a disparu après avoir vécu reclus près de quarante ans à New York dans un appartement miteux. Dès que les dessins sont rendus publics, un flic à la retraite contact Ethan. Il lui indique qu’il reconnaît sur les dessins certains visages d’enfants. Ces jeunes ont été assassinés dans les années 70 par un tueur en série qui n’a jamais été identifié. Ethan se lance alors dans une enquête pour découvrir qui est Cracke et s’il est l’assassin. Cette enquête va bien vite virer à l’obsession.

L‘idée de départ est originale mais mal exécuté. L’intrigue est faible, peu crédible et la fin est prévisible. Nous sommes loin du thriller habituel, à grand renforts d’actions et de rebondissements incessants. Ce roman présente quand même des facettes qui font passer sur certaines longueurs. En effet, on se sent rapidement proche des protagonistes de cette intrigue et les allers-retours entre l’histoire des Muller et l’enquête d’Ethan sont une réussite. Malheureusement, vers la fin du roman, les écrits s’étirent en longueur.

La note: 2,5 étoiles

Lecture terminée le 21 juillet 2010