Le vieux qui lisait des romans d’amour

Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda

Éditions Points, publié en 1995, 120 pages

Roman de Luis Sepúlveda paru initialement en espagnol en 1992 sous le titre « Un viejo que leía novelas de amor ».

Le  vieux qui lisait des romans d'amour

Antonio José Bolivar est un vieil homme qui vit seul dans un petit hameau au fond de la jungle amazonienne. Les circonstances de la vie et le vaste plan de colonisation l’ont conduit dans cette région inhospitalière et il en est tombé éperdument amoureux. Depuis qu’il a redécouvert qu’il sait lire, il se procure des romans d’amour qui lui donnent matière à réflexion et à émotion. Comme il n’est jamais sorti de la jungle, il voyage grâce à la lecture. Malheureusement, sa quiétude sera perturbée par un groupe de chasseurs américains. Ils ont abattu une famille de jaguars mais ils ont laissé la femelle en vie. Celle-ci rode et est devenu très agressive, mettant en danger les gens du village. Le maire se tourne vers le vieil homme pour débusquer la bête. Antonio connait la jungle comme sa poche au point de se confondre avec elle. Il sera contraint par le maire et partira avec des hommes du village, pour tuer le félin. Mais, les hommes seront-ils rattrapés par la brutalité de la nature ?

Joli petit roman sans prétention sur la nature de l’homme. Sepúlveda nous entraine par son écriture simple aux confins de la civilisation et nous fait vivre une belle aventure. Il a su, en peu de pages, créer des personnages riches et une histoire intéressante. Il nous fait réfléchir sur la nature humaine, la place de l’homme dans la nature et le sort qu’il lui réserve. L’Amazonie y est décrite avec une telle précision qu’au fil de la lecture on croit sentir les odeurs, la chaleur et l’humidité de la jungle. Les descriptions sont parfois crues et troublantes parce qu’elles décrivent la réalité pure et dure. Malheureusement, trop de sujets sont abordés dans ce texte et ils sont abordés superficiellement et trop rapidement. Bref, il manque de la profondeur à ce texte pour en faire un bon roman. De plus, les romans d’amour du titre semblent avoir pour unique but de nous introduire au personnage principal et pour nous le rendre attachant. Les attentes étaient grandes étant donné les très bonnes critiques sur ce livre et surtout le titre qui fait référence à la littérature. Au final nous avons droit à un joli petit conte sur le respect de la Nature et contre la déforestation.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 24 mai 2014

La littérature dans ce roman :

  • « – Écoute, j’avais complètement oublié, avec cette saloperie de mort :`je t’ai apporter deux livres.
    – Les yeux du vieux s’allumèrent.
    – D’amour ?
    Le dentiste fit signe que oui.
    Antonio José Bolivar Proaño lisait des romans d’amour et le dentiste le ravitaillait en livres à chacun de ses passages.
    – Ils sont tristes ? demandait le vieux.
    – À pleurer, certifiait le dentiste.
    – Avec des gens qui s’aiment pour de bon ?
    – Comme personne ne s’est jamais aimé.
    – Et qui souffrent beaucoup ?
    – J’ai bien cru que je ne pourrais pas le supporter.
    À vrai dire, le docteur Rubincondo Loachamín ne lisait pas les romans.
    Quand le vieux lui avait demandé de lui rendre ce service, en lui indiquant clairement ses préférences pour les souffrances, les amours désespérées et les fins heureuses, le dentiste avait senti que la tâche serait rude.
    Il avait peur de se rendre ridicule en entrant dans un librairie de Guayaquil pour demander : « Donnez-moi un roman d’amour bien triste, avec des souffrances terribles et un happy end… » On le prendrait sûrement pour une vieille tante. Et puis il avait trouvé une solution inespérée dans un bordel du port.
    Le dentiste aimait les négresses, d’abord parce qu’elles étaient capables de dire des choses à remettre sur pied un boxeur K.-O., et ensuite parce qu’elles ne transpiraient pas en faisant l’amour.
    Un soir qu’il s’ébattait avec Josefina, une fille d’Esmeraldas à la peau lisse et sèche comme le cuir d’un tambour, il avait vu un lot de livres rangés sur la commode.
    – Tu lis ? avait-il demandé.
    – Oui, mais lentement.
    – Et quels sont tes livres préférés ?
    – Les romans d’amour, avait répondu Josefina. Elle avait les mêmes gouts qu’Antonio José Bolivar.
    À dater de cette soirée, Josefina avait fait alterner ses devoirs de dame de compagnie et ses talents de critique littéraire. Tous les six mois, elle sélectionnait deux romans particulièrement riches en souffrances indicibles. Et, plus tard, Antonio Josée Bolivar Proaño les lisait dans la solitude de sa cabane, face au Nangaritza.
    Le vieux prit les deux livres, examina les couvertures et déclara qu’ils lui plaisaient. »  Pages 30 à 32
  • « Le vieux resta sur le quai jusqu’à ce que le bateau disparaisse, happé par une boucle du fleuve. Puis il décida qu’il n’adressait plus la parole à personne de la journée : il ôta son dentier, l’enveloppa dans son mouchoir et, serrant les livres sur sa poitrine, se dirigea vers sa cabane. »  Page 33
  • « Il habitait une cabane en bambou d’environ dix mètres carrés meublée sommairement : le hamac de jute, la caisse de bière soutenant le réchaud à kérosène, et une table très haute, parce que, le jour où il avait ressenti pour la première fois des douleurs fois des douleurs dans le dos, il avait compris que les années commençaient à lui tomber dessus et pris la décision de s’assoir le moins possible.
    Il avait donc construit cette table aux longs pieds dont il se servait pour manger debout et pour lire ses romans d’amour. »  Pages 35 et 36
  • « Tant qu’il vécut chez les Shuars, il n’eut pas besoin de romans pour connaître l’amour. »  Page 47
  • « La femme offerte l’emmenait sur la berge du fleuve. Là, tout en entonnant des anents, elle le lavait, le parait et le parfumait, puis ils revenaient à la cabane s’ébattre sur une natte, les pieds en l’air, doucement chauffés par le foyer, sans cesser un instant de chanter les anents, poèmes nasillards qui décrivaient la beauté de leurs corps et la joie du plaisir que la magie de la description augmentait à l’infini. »  Page 47
  • « Ce fut la découverte la plus importante de sa vie. Il savait lire. Il possédait l’antidote contre le redoutable venin de la vieillesse. Il savait lire. Mais il n’avait rien à lire.
    À contrecœur, le maire accepta de lui prêter quelques vieux journaux qu’il conservait ostensiblement comme autant de preuves de ses liens privilégiés avec le pouvoir central, mais Antonio José Bolivar les trouva sans intérêt.
    La reproduction de passages des discours prononcés au Congrès, dans lesquels l’honorable Bucaram prétendait qu’un autre honorable représentant n’avait rien dans son pantalon, l’article qui donnait tous les détails sur la manière dont Artenio Mateluna avait tué son meilleur amis de vingt coups de poignard, mais sans haine, la chronique qui dénonçait l’orgueil délirant des supporters de Manta, lesquels avaient émasculé un arbitre en plein stade, ne lui paraissaient pas des stimulants suffisants pour le convaincre de continuer à lire. Tout ça se passait dans un monde lointain, sans références qui le lui rendent intelligible et sans rien qui lui donne envie de l’imaginer.
    Un beau jour le Sucre débarqua, en même temps que des caisses de bières et les bonbonnes de gaz, un malheureux prêtre expédié en mission par les autorités ecclésiastiques pour baptiser les enfants et mettre fin aux concubinages. Au bout de trois jours, le frère n’avait rencontré personne qui soit disposé à le conduire aux habitations des colons. Anéanti par une telle indifférence de sa clientèle, il était allé s’assoir sur le quai en attendant le départ du bateau qui le tirerait de là. Pour tuer les heures de la canicule, il sortit un vieux livre de sous sa soutane et essaya de lire, mais la torpeur le terrassa.
    Ce livre entre les mains du curé fascina Antonio José Bolivar. Il attendit patiemment que le curé vaincu par le sommeil le laisse échapper.
    C’était une biographie de saint François qu’il feuilleta furtivement avec l’impression de commettre une sorte de larcin.
    Il épela les syllabes, puis sa soif de saisir tout ce qui était contenu dans ces pages le fit répéter à mi-voix les mots ainsi formés.
    Le prêtre se réveilla et observa, amusé, Antonio José Bolivar, le nez dans son livre.
    – C’est intéressant ? demanda-t-il.
    – Excusez-moi, Monseigneur. Mais vous dormiez et je ne voulais pas vous déranger.
    – Ça t’intéresse ? répéta le prêtre.
    – On dirait que ça parle surtout d’animaux, répondit-il timidement
    -Saint François aimait les animaux. Et toutes les créatures de Dieu.
    – Moi aussi je les aime. À ma manière. Vous connaissez saint François ?
    – Non, Dieu ne m’a pas donné cette joie. Saint François est mort il y a très longtemps. Je veux dire qu’il a quitté cette vie terrestre pour aller auprès du Créateur jouir de la vie éternelle.
    – Comment vous le savez ?
    – Parce que j’ai lu le livre. C’est un de ceux que je préfère.
    Le prêtre soulignait ses paroles en caressant le cartonnage usé. Antonio José Bolivar l’écoutait avec ravissement et sentait poindre la morsure de l’envie.
    – Vous avez lu beaucoup de livres ?
    – Un certain nombre. Autrefois, quand j’étais jeune et que mes yeux n’étaient pas fatigués, je dévorais toutes les œuvres que me tombaient sous la main.
    – Tous les livres parlent de saints ?
    – Non. Il y a dans le monde des millions et des millions de livres. Dans toutes les langues et sur tous les sujets, y compris certains que les hommes ne devraient pas connaître.
    Antonio José Bolivar ne comprit pas ce problème de censure. Il continuait à fixer les mains du prêtre, des mains grassouillettes, blanches sur le cartonnage noir.
    – De quoi parlent les autres livres ?
    – Je viens de te le dire. D’un tas de choses. D’aventures, de science, de la vie de personnages vertueux, de technique, d’amour…
    Ce dernier point l’intéressa. L’amour, il n’en connaissait que ce que disent les chansons, particulièrement les pasillos que chantait Julito Jaramillo, dont la voix, issue des quartiers pauvres de Guayaquil, s’échappait parfois d’une radio à piles et rendait les hommes mélancoliques. Ces chansons-là disaient que l’amour était comme la piqûre d’un taon que nul ne voyait mais que tous recherchaient.
    – C’est comment, les livres d’amour ?
    – Ceux-là, je crains de ne pouvoir t’en parler. Je n’en ai pas lu plus de deux.
    – Ça ne fait rien. C’est comment ?
    – Eh bien, ils racontent l’histoire de deux personnes qui se rencontrent, qui s’aiment et qui luttent pour vaincre les difficultés qui les empêchent d’être heureux.
    L’appel du Sucre annonça l’appareillage et il n’osa pas demander au prêtre de lui laisser le livre. Mais ce que celui-ci lui laissa, en revanche, ce fut un désir de lecture plus fort qu’auparavant.
    Il passa toute la saison des pluies à ruminer sa triste condition de lecteur sans livre, se sentant pour la première fois de sa vie assiégée par la bête nommée solitude. Une bête rusée. Guettant le moindre moment d’inattention pour s’approprier sa voix et le condamner à d’interminables conférences sans auditoire.
    Il lui fallait de la lecture, ce qui impliquait qu’il sorte d’El Idilio. Peut-être n’était-il pas nécessaire d’aller très loin, peut-être rencontrerait-il à El Dorado quelqu’un qui possédait des livres, et il se creusait la cervelle pour trouver le moyen de les obtenir. »  Pages 55 à 59
  • « – Mais si tu voulais avoir des livres, pourquoi tu ne m’en as pas chargé ? Je suis sûr que je t’en aurais trouvé à Guayaquil.
    – Merci, docteur. Le problème c’est que je ne sais pas encore quels livres je veux lire. Mais dès que je saurai, je profiterai de votre proposition. »  Page 61
  • « Quand il eut vendu les ouistitis et les perroquets, l’institutrice lui montra sa bibliothèque.
    Il fut ému de voir tant de livres rassemblés. L’institutrice possédait une cinquantaine de volumes rangés sur des étagères et il éprouva un plaisir indicible à les passer en revue en s’aidant de la loupe qu’il venait d’acquérir.
    Cinq mois durant, il put ainsi former et polir ses goûts de lecteur, tout en faisant alterner les doutes et les réponses.
    En parcourant les textes de géométrie, il se demandait si cela valait la peine de savoir lire, et il ne conserva de ces livres qu’une seule longue phrase qu’il sortait dans les moments de mauvaise humeur : « Dans un triangle rectangle, l’hypoténuse est le côté opposé à l’angle droit. » Phrase qui, par la suite, devait produire un effet de stupeur chez les habitants d’El Idilio, qui la recevaient comme une charade absurde ou une franche obscénité.
    Les textes d’histoire lui semblèrent un chapelet de mensonges. Était-il possible que ces petits messieurs pâles, avec leurs gants jusqu’aux coudes et leurs culottes collantes de funambules, aient été capables de gagner des batailles ? Il lui suffisait de voir leurs boucles soigneusement frisées flottant au vent pour comprendre que ces gens-là étaient incapables de tuer une mouche. Ce fut ainsi que les épisodes historiques se trouvèrent exclus de ses goûts de lecteur.
    Edmondo de Amicis et son Cœur occupèrent pratiquement la moitié de son séjour à El Dorado. Là, il était à son affaire. C’était un livre qui lui collait aux mains et aux yeux, qui lui faisait oublier la fatigue pour continuer à lire, encore et toujours, jusqu’à ce qu’un soir, il finisse par se dire qu’il n’était pas possible qu’un seul corps endure tant de souffrances et contienne tant de malchance. Il fallait être vraiment un salaud pour prendre plaisir aux malheurs d’un pauvre garçon tel que le Petit Lombard, et c’est alors, après avoir cherché dans toute la bibliothèque, qu’il trouva enfin ce qui lui convenait vraiment.
    Le Rosaire de Florence Barclay contenait de l’amour, encore de l’amour, toujours de l’amour. Les personnages souffraient et mêlaient félicité et malheur avec tant de beauté que sa loupe en était trempée de larmes.
    L’institutrice, qui ne partageait pas tout à fait ses goûts, lui permit de prendre le livre pour retourner à El Idilio, où il le lut et le relut cent fois devant sa fenêtre, comme il se disposait à le faire maintenant avec les romans que lui avait apportés le dentiste et qui l’attendaient, insinuants et horizontaux, sur la table haute, étrangers au passé désordonné auquel Antonio José Bolivar préférait ne plus penser, laissant béantes les profondeurs de sa mémoire pour les remplir de bonheurs et de tourments d’amour plus éternels que le temps. »  Pages 62 et 63
  • « Antonio José Bolivar dormait peu. Jamais plus de cinq heures par nuit et de deux heures de sieste. Le reste de son temps, il le consacrait à lire les romans, à divaguer sur les mystères de l’amour et à imaginer les lieux où se passaient ces histoires.
    En lisant les noms de Paris, Londres ou Genève, il devait faire un énorme effort de concentration pour se les représenter. La seule grande ville qu’il eût jamais visitée était Ibarra, et il ne se souvenait que confusément des rues pavées, des pâtés de maisons basses, identiques, toutes blanches, et de la Plaza de Armas pleine de gens qui se promenaient devant la cathédrale.
    Là s’arrêtait sa connaissance du monde et, en suivant les intrigues qui se déroulaient dans des villes aux noms lointains et sérieux tels que Prague ou Barcelone, il avait l’impression que le nom d’Ibarra n’était pas celui d’une ville faite pour les amours immenses. »  Page 65
  • « Mais ce qu’il aimait par-dessus tout imaginer, c’était la neige.
    Enfant, il l’avait vue comme une peau de mouton mise à sécher au balcon du volcan Imbabura, et ces personnages de roman qui marchaient dessus sans crainte de la salir lui semblaient parfois d’une extravagance impardonnable. »  Page 66
  • « Après avoir mangé les crabes délicieux, le vieux nettoya méticuleusement son dentier et le rangea dans son mouchoir. Après quoi il débarrassa la table, jeta les restes par la fenêtre, ouvrit une bouteille de Frontera et choisit un roman.
    La pluie qui l’entourait de toutes parts lui ménageait une intimité sans pareille.
    Le roman commençait bien.
    « Paul lui donna un baisser ardent pendant que le gondolier complice des aventures de son ami faisait semblant de regarder ailleurs et que la gondole, garnie de coussins moelleux, glissait paisiblement sur les canaux vénitiens. »
    Il lut la phrase à voix haute et plusieurs fois.
    – Qu’est-ce que ça peut bien être, des gondoles ?
    Ça glissait sur des canaux. Il devait s’agir de barques ou de pirogues. Quant à Paul, il était clair que ce n’était pas un individu recommandable, puisqu’il donnait un « baiser ardent » à la jeune fille en présence d’un ami, complice de surcroît.
    Ce début lui plaisait.
    Il était reconnaissant à l’auteur de désigner les méchants dès le départ. De cette manière, on évitait les malentendus et les sympathies non méritées.
    Restait le baiser – quoi déjà ? – « ardent ». Comment est-ce qu’on pouvait faire ça ?
    Il se souvenait des rares fois où il avait donné un baiser à Dolores Encarnaciòn del Santísimo Sacramento Estupiñán Otavalo. Peut-être, sans qu’il s’en rende compte, l’un de ces baisers avait-il été ardent, comme celui de Paul dans le roman. »  Pages 73 et 74
  • « Abrutie par l’alcool, la malheureuse ne se rendait pas compte de ce qu’on faisait d’elle. Cette fois-là, un aventurier l’avait prise sur la plage et avait cherché à coller sa bouche à la sienne.
    La femme avait réagi comme un animal sauvage. Elle avait fait rouler l’homme couché sur elle, lui avait lancé une poignée de sable dans les yeux et était allé ostensiblement vomir de dégoût.
    Si c’était cela, un baiser ardent, alors le Paul du roman n’était qu’un porc.
    Quand arriva l’heure de la sieste, il avait lu environ quatre pages et réfléchi à leur propos et il était préoccupé de ne pouvoir imaginer Venise en lui prêtant les caractères qu’il avait attribués à d’autres villes, également découvertes dans des romans.
    À Venise, apparemment, les rues étaient inondées et les gens étaient obligés de se déplacer en gondoles.
    Les gondoles. Le mot « gondole » avait fini par le séduire et il pensa que ce serait bien d’appeler ainsi sa pirogue. »  Pages 74 et 75
  • « Plus tard dans l’après-midi, après un nouveau festin de crabes, il voulut poursuivre sa lecture, mais il fut distrait par des cris qui l’obligèrent à sortir la tête sous la pluie. »  Page 75
  • « Tout en faisant frire le foie agrémenté de brins de romarin, il maudit l’incident qui le tirait de sa tranquillité. Impossible désormais de se concentrer sur sa lecture, obligé qu’il était de penser à l’expédition du lendemain avec le maire à sa tête. »  Page 77
  • « Il renta à El Idilio livrer les restes, le maire le laissa tranquille et il fit tout pour sauvegarder cette paix, car c’était d’elle que dépendaient les moments de bonheur passés face au fleuve, debout devant la table haute, à lire lentement les romans d’amour. »  Page 84
  • « Perplexe, son coéquipier le regardait parcourir avec sa loupe les signes réguliers du livre,
    – C’est vrai que tu sais lire, camarade ?
    – Un peu.
    – Et tu lis quoi ?
    – Un roman. Mais tais-toi. Quand tu parles, tu fais bouger la flamme et moi je vois bouger les lettres.
    L’autre s’éloigna pour ne pas le gêner, mais l’attention que le vieux portait au livre était telle qu’il ne supporta pas de rester à l’écart.
    – De quoi ça parle ?
    – De l’amour.
    À cette réponse du vieux, il se rapprocha, très intéressé.
    – Sans blague ? Avec des bonnes femmes riches, chaudes et tout ?
    – Non. Ça parle de l’autre amour. Celui qui fait souffrir.
    L’homme se sentit déçu. Il courba les épaules et s’éloigna de nouveau. Avec ostentation, il but une longue gorgée, alluma un cigare et se mit à affûter sa machette.
    Il passait la pierre, crachait sur le métal, la repassait, puis éprouvait le tranchant du doigt.
    Le vieux s’était replongé dans son livre, sans se laisser distraire par le bruit âpre de la pierre sur l’acier, en marmottant comme s’il priait.
    – Allez, lis un peu plus fort.
    – Sérieusement ? Ça t’intéresse ?
    – Bien sûr que oui. J’ai été une fois au cinéma, à Loja, et j’ai vu un film mexicain, un film d’amour. Comment t’expliquer, camarade ? Qu’est-ce que j’ai pu pleurer.
    – Alors il faut que je te lise depuis le début, comme ça tu sauras qui sont les bons et les méchants.
    Antonio José Bolivar retourna à la première page. À force de la relire, il la savait par cœur.
    « Paul lui donna un baisser ardent pendant que le gondolier complice des aventures de son ami faisait semblant de regarder ailleurs et que la gondole, garnie de coussins moelleux, glissait paisiblement sur les canaux vénitiens. » »  Pages 100 et 101
  • « Antonio José Bolivar ôta son dentier, le rangea dans son mouchoir et sans cesser de maudire le gringo, responsable de la tragédie, le maire, les chercheurs d’or, tous ceux qui souillaient la virginité de son Amazonie, il coupa une grosse branche d’un coup de machette, s’y appuya, et prit la direction d’El Idilio, de sa cabane et de ses romans qui parlaient d’amour avec des mots si beaux que, parfois, ils lui faisaient oublier la barbarie des hommes »  Page 121

Charlie

Charlie de Stephen King

Éditions France Loisirs, publié en 1985, 435 pages

Roman de Stephen King paru initialement en 1980 sous le titre « Firestarter ».

Lorsqu’Andie McGee était étudiant, il était plein d’avenir mais surtout fauché. Pour gagner de l’argent, il participa à des essais menés par les labos de recherche de l’université. C’est lors d’une de ces expériences qu’il rencontra Vicky. Mais cette expérimentation scientifique ultra-secrète du gouvernement sur les pouvoirs psychiques tourna mal. Andie et Vicky n’ont fait qu’un mauvais trip, mais d’autres ont eu des crises d’agressivité intenses et quelques-uns en sont mort. Les deux ont gardé des effets secondaires de cette expérience. Vicky peut désormais faire bouger des objets par la pensée et Andy a la faculté de dominer mentalement les gens en leur implantant des suggestions de pensées. Quelques années plus tard, issue de leur union naitra Charlie. Enfant affecté par l’expérience qu’a subi ses parents. Celle-ci détient un pouvoir aussi étrange que dévastateur : la pyrokinésie. Ceux qui ont supervisé l’expérimentation veulent mettre la main sur Charlie. Sa mère sera assassinée par les agents fédéraux, Charlie n’aura que son père pour la protéger. Une course poursuite s’engage, où les affrontements et les morts violentes jalonneront leur périple.

Très bonne intrigue alliant suspense, phénomènes surnaturels, manipulation d’enfants et critique des services secrets américains. Stephen King prouve encore une fois qu’il est excellent pour décrire les relations humaines et la société américaine avec ses dérives. Dans ce roman, il en profite pour dénoncer les exactions des autorités américaines, lorsqu’il s’agit de mettre à profit une arme révolutionnaire. L’histoire est riche en rebondissements et a un rythme palpitant. L’intrigue est travaillée de façon précise, King a pensé à chaque détail. Malheureusement, il y a quelques longueurs qui font décrocher le lecteur. Les personnages sont bien construits surtout les personnages de Charlie et de son père qui sont les plus attachants. Leur relation père-fille est très émouvante car l’attachement qui les unis est très profond. Entre courses-poursuite, déchainement de feu, détention et manipulation, c’est un bon moment de lecture, Stephen King a su tenir le lecteur en haleine jusqu’au dénouement de l’intrigue.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 18 mai 2014

La littérature dans ce roman :

  • « Une semaine à peine le séparait de la dernière fois – quand l’homme suicidaire s’était pointé à la séance du mardi soir chez Confidence Associates et avait commencé à raconter avec un calme terrible comment Hemingway s’était fait sauter le caisson. »  Page 12
  • « La petite dormait à poings fermés. Ils avaient cavalé tout l’après-midi, depuis le moment où Andy était allé la chercher dans sa classe en bredouillant de vagues excuses à l’intention de la maîtresse…, la grand-mère très malade…, rentrer à la maison…, urgent Avec, derrière tout ça, l’énorme soulagement de ne pas avoir trouvé sa chaise vide en entrant dans la salle de classe, ses livres bien rangés dans le pupitre : non, monsieur McGee…, elle est partie avec vos amis, il y a deux heures de cela…, ils m’ont montré ce mot de vous…, je ne me trompe pas ? »  Page 17
  • « Durant sa première année à Harrisson, Andy avait eu un professeur d’anglais qui reniflait constamment sa cravate tout en dissertant sur William Dean Howell et la montée du réalisme en littérature. »  Page 19
  • « Trois ou quatre minutes plus tard, elle sortit, un livre et des cahiers sous le bras. Elle était vraiment très jolie. »  Page 24
  • « « Comment vous sentez-vous, Andy ? »
    McGee le regarda. C’était le type qui lui avait fiat l’injection – quand ? Une année auparavant ? Il passa la paume de sa main sur sa joue et entendit le crissement de sa barbe naissante.
    « Comme Rip Van Winkle » répondit-il »  Page 49
  • « « Je ne comprends toujours pas comment on pourrait partager une vision identique, enchaîna-t-il, à moins qu’ils n’aient découvert une drogue qui soit à la fois hallucinogène et télépathique. Je sais qu’on en a parlé ces dernières années…, le principe c’est que si les hallucinogènes aiguisent la perception… » Il haussa les épaules, puis sourit. « Carlos Castaneda, pourquoi n’es-tu pas là quand on a besoin de toi ? »  Pages 51 et 52
  • « Deux ou trois personnes quittaient la salle de classe, leurs bouquins sous le bras. »  Page 58
  • « Sur le flanc du véhicule on avait peint une représentation des Mille et Une Nuits : califes, jeunes filles au visage dissimulé sous un masque de tulle, ainsi que l’inévitable tapis volant. Ce dernier était indubitablement rouge, mais à la lueur des lampes à sodium, il prenait la teinte brune du sang séché. »  Page 61
  • « – Mal au crâne, répondit Andy. Migraine.
    – Trop de tension. Je comprends ça. T’as besoin de liquide ? Je peux te filer cinq dollars. J’aimerais te donner plus mais je vais en Californie et je dois faire gaffe. Comme les Joad dans Les Raisins de la colère. »  Pages 62 et 63
  • « Il ouvrit la porte, pénétra dans le hall spacieux. Une jeune femme aux cheveux roux était assise derrière un bureau, un livre d’analyses et de statistiques ouvert devant elle. L’une de ses mains marquait la page, l’autre glissée dans le tiroir de son bureau, effleurait un Smith & Wesson calibre 38. »  Page 76
  • « Albert souffrait d’hémorroïdes et avait déjà subi deux opérations. Il avait refusé la troisième parce qu’elle aurait pu se solder par le port d’un sac colostomique jusqu’à la fin de ses jours. Cap rapprochait ça du conte de fées où il était question d’une sirène qui voulait être femme, et paya cher ses jambes et ses pieds. »  Pages 82 et 83
  • « Elle n’a que sept ans. À cet âge-là, John Milton n’était peut-être qu’un petit garçon peinant pour écrire son nom lisiblement avec un morceau de charbon de bois. L’enfant a grandi. Il a écrit le Paradis perdu. »  Page 96
  • « Wanless était devenu aussi fou que le petit garçon de l’histoire de D. H. Lawrence, celui qui pouvait deviner les gagnants des courses de chevaux. »  Page 101
  • « Elle songea soudain à sa mère. Charlie avait alors cinq ans, presque six. Elle n’aimait pas penser à ça, mais les souvenirs étaient revenus et elle ne pouvait les repousser. Ça s’était passé juste avant que les méchants ne viennent et lui fassent du mal. (avant qu’ils la tuent, tu veux dire. Ils l’ont tuée.) bon d’accord, avant qu’ils la tuent et emmènent Charlie. Papa l’avait prise sur ses genoux pour lui raconter une histoire sauf qu’il n’avait pas les livres habituels qui parlaient de Pooh et de Tigger et de M. Crapaud et de Willie Wonka. Il avait plein de livres très épais et sans image. Elle avait plissé son nez et demandé celui de Pooh.
    « Non, Charlie, avait-il répondu. Je veux te lire d’autres histoires et il faut que tu écoutes. Tu es assez grande maintenant, je crois. Ta mère le pense aussi. Ça te fera certainement un peu peur, mais il le faut. Ce sont de vraies histories. »
    Elle se rappelait les titres des livres parce que ça lui avait vraiment fait peur. Il y en avait un appelé Lo ! par un monsieur Charles Fort. Un autre appelé Plus étrange que la science par monsieur Frank Edwards. Un autre encore appelé la Vérité de la nuit. Et puis un dernier : Pyrokinésie : compte rendu d’un cas, mais maman n’avait pas voulu qu’on lise celui-là. « Plus tard, avait-elle dit, quand elle sera beaucoup plus grande, Andy. » Et le livre avait disparu. Charlie en avait éprouvé du soulagement.
    Les récits étaient terrifiants. Le premier parlait d’un homme qui était mort brûlé dans un parc. Le second d’une femme qui s’était consumée dans le salon de sa maison-caravane. Rien dans la pièce n’avait pris feu excepté la femme et un morceau de la chaise sur laquelle elle était assise, en train de regarder la télé. Charlie n’avait pas compris certaines choses très compliquées mais elle se souvenait du policier qui disait : « Nous n’avons aucune explication. Il ne reste rien de la victime à part des dents et quelque morceaux d’os calcinés. Il aurait fallu au moins un fer à souder pour griller quelqu’un de cette façon. Nous ne comprenons pas pourquoi la caravane entière n’a pas explosé. »
    La troisième histoire concernait un grand garçon – onze ou douze ans – qui avait pris feu sur une plage. Son père l’avait plongé dans l’eau se brûlant gravement au passage, mais le garçon avait continué à se consumer jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Il y avait aussi celle qui parlait d’une adolescente qui s’était enflammée alors qu’elle racontait ses péchés au prêtre dans le confessionnal. Charlie connaissait la confession parce que Deenie la lui avait expliquée. Elle lui avait raconté qu’il fallait avouer au curé tout ce qu’on avait fait de mal durant la semaine.

    Charlie avant parfaitement saisi le pourquoi de ces histoires. Après celle de la fillette dans le confessionnal, elle avait été si effrayée qu’elle s’était mise à pleurer à gros sanglots. »  Pages 104 à 106
  • « Ils n’ont absolument rien à voir avec la CIA, expliqua Andy. La Boîte est en réalité le DSI – Department of Scientific Intelligence. J’ai lu dans un article il y a environ trois ans qu’un petit malin l’avait surnommé la Boîte au début des années soixante d’après un bouquin de science-fiction. Écrit par un type nommé Van Vogt, je crois, mais ça n’a pas beaucoup d’importance. »  Page 128
  • « Les flammes avaient déjà traversé la pelouse et s’attaquaient au treillis, escaladant le lierre avec l’agilité d’un Roméo. »  Page 139
  • « Nous y penserons demain. Comme disait Scarlett, demain est un autre jour. »  Page 146
  • « Adulte également, il était venu, faisant l’amour à sa femme dans le grand lit qui jadis avait appartenu à Granther et à son épouse – cette petite bonne femme silencieuse et quelque peu sinistre, membre de la Confrérie des athées américains, qui pouvait vous expliquer, à la demande, les Trente Illogismes les plus importants de la Bible du roi Jacques ou, si vous le préfériez la Grotesque Erreur de la Théorie de l’Harmonie universelle, le tout avec l’irrévocable et sourde logique d’un prédicateur confirmé. »  Page 160
  • « Tandis que Charlie regardait les livres sur les rayons de la grande salle de séjour, Andy descendit dans le petit cellier situé trois marches au-dessous du garde-manger. »  Page 161
  • « Merveille des merveilles, elle avait découvert tous les contes de Winnie l’Ourson sur les rayons et se trouvait perdue à cet instant quelque part dans la forêt enchantée. »  Page 162
  • « Ils avaient passé, tous les trois, pas mal de temps ici. Une télé encastrée dans le mur, une table de Ping-Pong un énorme jeu de jacquet. D’autre jeux de société appuyés au mur, de grands livres rangés le long d’une table basse que Vicky avait fabriquée avec des planches de grange. Un mur tapissé de livres de poche et sur les autres murs, encadrés et enchevêtrés, des carrés de laine tricotés par Vicky ; elle plaisantait sur le fait qu’elle était très forte pour tricoter des carrés mais n’avait tout bonnement pas le courage d’en faire une couverture. Des livres de Charlie sur une étagère d’enfant, tous rangés selon l’ordre alphabétique qu’Andy lui avait enseigné un soir d’ennui où il neigeait, il y avait de cela deux hivers, et qui la fascinait toujours. »  Page 171
  • « Dix minutes plus tard il était sur l’autoroute et fonçait vers l’est avec un ticket de péage fourré dans l’exemplaire quelque peu défraîchi et annoté du Paradis perdu de Milton posé à côté de lui sur le siège. »  Page 180
  • « Sur leur droite, la jeune mère allaitait le bébé. Son mari lisait un livre de poche. »  Page 187
  • « L’exercice tonifiait son corps. Entre sa peau et ses vêtements se formait une couche de sueur et c’était bon de sentir la transpiration sur son front puis de l’essuyer. Il avait pratiquement oublié cette sensation tandis qu’il enseignait Yeats et Willians et corrigeait des copies. »  Pages 195 et 196
  • « Charlie avait découvert une collection complète de Bomba-l’enfant- de-la-jungle, au grenier, et, lentement mais sûrement, elle les lisait. »  Page 200
  • « Aucun des anciens assis autour du poêle de Jack Rowley dans le magasin général de Bradford Town n’avait beaucoup de sympathie pour les manières des gens du Vermont, avec leurs impôts sur le revenu et leurs grands airs à propos de la loi sur l’alcool et ce putain de Russe fourré dans sa piaule comme un tsar, à écrire des bouquins que personne ne comprenait. »  Page 201
  • « – Je vous l’ai déjà dit, Cap. Rien que votre parole que mon rôle dans cette affaire McGee ne se terminera pas avec le fusil mais ne fera que commencer. Je veux… » L’œil de Rainbird se fit plus sombre, pensif, maussade, introspectif… « Je veux la connaître intimement »
    Cap le considéra, horrifié.
    Rainbird comprit soudain et secoua la tête avec mépris, « Pas comme ça. Pas au sens biblique du terme. Mais je veux la connaître. Elle et moi allons être bons amis, Cap. Si elle détient autant de pouvoirs que les choses semblent le montrer, elle et moi allons devenir de grands amis. »  Page 218
  • « Elle lut quelques-uns des livres qu’on lui donna – ou tout au moins, les feuilleta – et alluma parfois la télé couleur de sa cambre mais pour l’éteindre presque aussitôt. »  Pages 234 et 235
  • « Rainbird pénétra dans la petite baraque en préfabriqué, prit sa carte dans le fichier et pointa. T. B. Norton, le surveillant, leva les yeux de son livre de poche. »  Pages 236 et 237
  • « Un mois plus tôt, juste avant la fête nationale, ils avaient commencé des tests sur des animaux. Andy protesta, faisant observer que pousser un animal était encore plus impossible que de pousser un humain stupide, mais ses protestations demeurèrent sans effet sur Pynchot et son équipe qui n’étaient motivés, à cet égard, que par des recherches scientifiques. C’est ainsi qu’une fois par semaine Andy se retrouva assis dans une pièce avec un chien, un chat ou un singe, se faisant l’effet d’un personnage de roman absurde. »  Page 247
  • « Malgré tout, il avait peur. Soudain lui revinrent en mémoire les histoires d’aventures de son enfance. Dans nombre de ces récits, on trouvait un accident dans une grotte, sans lampes ni bougies. Et il semblait que l’auteur s’étendît toujours sur la description de l’obscurité, qualifiée de « palpable », « absolue », « totale ». On retrouvait même ce vieux cliché d’« obscurité vivante », par exemple : « L’obscurité vivante engloutit Tom et ses amis. » Si l’on voulait impressionner ainsi le jeune Andy McGee, alors âgé de neuf ans, ce fut un échec. En ce qui le concernait, s’il avait envie de se trouver « englouti par l’obscurité vivante », il lui suffisait de s’enfermer dans son placard et de placer une couverture au bas de la porte. »  Page 250
  • « Charlie s’assit dans la salle de bains, porte fermée. Elle l’aurait verrouillée si elle avait pu. Avant que le factotum entre pour nettoyer, elle faisait des exercices simples découverts dans un livre. »  Pages 255 et 256
  • « Elle était une criminelle. Elle avait péché contre le premier des Dix Commandements et était certainement vouée à l’enfer. »  Page 256
  • « Alors que Chuckie avait trois ans, sa mère avait faire frire des pommes de terre et Chuckie s’était renversé l’huile bouillante dessus et avait failli en mourir. Après cela, les autres gamins l’appelaient parfois Chuckie le Steak ou Chuckie Frankenstein et Chuckie pleurait. »  Page 257
  • « Et au travers d’une autre fenêtre il vit Charlie et, de nouveau, il fut persuadé qu’il s’agissait d’un rêve concernant des pirates – un trésor enseveli, yo-ho-ho et tout le reste – car Charlie semblait parler avec Long John Silver. L’homme avait un perroquet perché sur l’épaule et un bandeau sur un œil. Il souriait à Charlie d’un air obséquieux, faussement amical, qui rendit Andy nerveux. Comme pour confirmer cette impression, le pirate borgne entoura de son bras les épaules de Charlie et se mit à crier d’une voix rauque : « On va les avoir, môme ! » »  Page 274
  • « C’était une chose que d’abuser une gosse de huit ans avec des contes de fées sur les oreilles des murs et sur la nécessité de chuchoter pour ne pas être entendu, mais c’en était une autre que de rouler son père avec les mêmes histoires, même s’il avait déjà avalé l’appât, l’hameçon et le bouchon. »  Page 290
  • « Et puis, environ une semaine plus tard, Rainbird changea abruptement de tactique. Il le fit sans raison précise, parce que sa propre intuition lui soufflait qu’il n’irait pas plus loin en argumentant. Il était temps de supplier, comme dans l’histoire d’Oncle Remus, Frère Lapin avait supplié Frère Renard de ne pas le jeter dans un fourré de ronces pour obtenir exactement la chose inverse. »  Page 291
  • « Pour lui, les trois semaines qui venaient de s’écouler depuis la panne avaient été une période de tension et d’efforts presque insupportables entrecoupée d’éclats de gaité teintés de culpabilité. Il se trouvait à même de comprendre aussi bien comment le KGB pouvait inspirer une telle terreur que l’exaltation qu’avait dû ressentir le Winston Smith de George Orwell au cours de sa brève, folle et furtive rébellion. »  Page 297
  • « La nuit, allongé sur son lit dans l’obscurité, il y avait repensé encore et encore : Big Brother regarde. Voilà ce qu’il faut te répéter, garder bien claire dans ton esprit. Ils te retiennent prisonnier dans le cerveau antérieur de Big Brother, et si tu veux vraiment aider Charlie, tu dois continuer à les tromper. »  Page 298
  • « Et s’il sombrait, c’était dans un sommeil fragile, traversé de rêves étrangles (où revenait souvent la silhouette de Long John Silver, le pirate borgne à la jambe de bois). »  Page 298
  • « Histoire de garder un œil sur lui au cas où ses facultés de domination mentale reviendraient et de s’en servir comme d’un atout majeur si des difficultés imprévues surgissaient entre Charlie et eux. À l’issue de quoi surviendrait sans aucun doute un accident, une overdose ou un « suicide ». Et, selon la terminologie d’Orwell, il deviendrait « non existant ». »  Page 301
  • « – Alors, vous comprenez ce que je veux dire. Au cours de la dernière réunion que j’ai eue avec lui, il a tenté de me prévenir. Il avait fait une comparaison – attendez – avec John Milton à l’âge de sept ans, s’appliquant pour gribouiller son nom en lettres lisibles, et le même devenu adulte, composant le Paradis perdu. Il parlait d’elle… de son potentiel de destruction. »  Page 321
  • « Big Brother. C’était le problème. Big Brother.
    Dans son appartement, Andy passa du living-room à la cuisine, s’obligeant à marcher lentement, un sourire vague plaqué sur le visage. »  Page 323
  • « Il ne voulait pas utiliser la poussée dans ses quartiers, car Big Brother écoutait et surveillait sans relâche. »  Page 323
  • « Pour l’amour du Christ, comment s’occuper de Big Brother ? »  Page 323
  • « Là, Andy ressentit la satisfaction malsaine qu’un homme de couleur, pensait-il, doit éprouver quand il vient de faire croire à un Blanc déplaisant qu’il a devant lui un bon nègre, un vrai oncle Tom. »  Page 327
  • « Andy était en nage. Cela les retiendrait-il ? Ou bien sentiraient-ils le coup fourré ? Aucune importance. Comme Willy Loman avait coutume de le bêler, la forêt brûlait. Bon Dieu, pourquoi pensait-il à Willy Loman ? Il devait fou. »  Page 329
  • « Évidemment, tous les manuels de science de quatrième vous diront que n’importe quoi peut brûler à condition d’être assez chaud. Mais c’est une chose de lire ce genre d’information, et une autre que de voir un mur flamber, avec de vraies flammes bleu et jaune. »  Page 337
  • « 3) Toutes les mesures télémétriques du métabolisme restent dans les limites des paramètres normaux. Rien de bizarre, ni de remarquable. C’est comme si elle était en train de lire un livre ou de faire ses devoirs au lieu de créer ce qui, d’après toi, correspond à plus de 16 000 degrés de chaleur centrés en un seul point. »  Page 338
  • « L’un des cadres en mal de dynamisme avait mentionné une envie irrépressible et morbide de pendre son pistolet d’ordonnance dans le placard et de jouer à la roulette russe. Dans son esprit, ce désir était lié à la nouvelle d’Edgar Allan Poe, William Wilson, qu’il avait lue à l’époque où il était encore au collège. Dans les deux cas, Andy avait pu arrêter l’écho avant qu’il ne se transforme en ricochet fatal. Pour le cadre, un homme tranquille aux cheveux blonds qui travaillait dans une banque, il avait suffi d’une seconde poussée suggérant qu’il n’avait jamais lu l’histoire de Poe. »  Page 343
  • « Il avait un visage qui respirait la bonté, la finesse et lui rappelait une illustration d’un de ses livres. Elle l’avait déjà vu quelque part, mais elle ne pouvait dire où. »  Page 354
  • « Quand son père poussait M. Merle, ça lui rappelait un livre qui le rendait malade. Papa disait que le ricochet venait de l’histoire, qui rebondissait dans sa tête comme une balle de tennis. Mais au lieu de s’arrêter, le souvenir devenait de plus en plus fort et M. Merle n’allait pas bien du tout. Papa avait même peur que ça le tue. Alors un soir, il l’avait retenu après le départ des autres. Il l’avait poussé pour lui faire croire qu’il n’avait jamais lu ce livre. »  Page 355
  • « « Salut, Charlie », dit-il.
    Elle était allongée sur le divan, et feuilletait un livre d’image. »  Page 362
  • « – Je n’ai pas bien dormi.
    – Ah ouais ? » Il le savait. Ce débile de Hockstetter en bavait presque parce qu’elle avait fait monter la température de quelques degrés dans son sommeil. « J’en suis désolé. C’est à cause de ton papa ?
    – Sans doute. » Elle ferma son livre et se leva. »  Page 362
  • « Le monde et l’organisation l’avaient projeté hors d’une société fermée, dans le désert, qui aurait pu être son seul salut… ou, à défaut, aurait pu faire de lui Joe l’Indien, brave et inoffensif suceur de méta, pompant de l’essence dans une station-service, ou encore vendant de fausses poupées hopi dans un stand merdeux ou bord de la route, entre Flagstaff et Phoenix. »  Page 374
  • « Ils avaient assassiné sa femme, poursuivi Charlie et lui-même à travers la moitié du pays, pour finir par les kidnapper et les retenir prisonniers. Mais ils voulaient qu’il signe une décharge pour ses effets personnels. Hilarant. Mieux que du Kafka. »  Page 377
  • « Elle était assise sur le divan. Rien d’autre. Pas de livre, pas de télé. On aurait dit une femme attendant le bus. »  Page 381
  • « « Et je me moque aussi de ce qu’elle peut faire. C’est une gamine de huit ans, pas Superwoman. Elle ne peut pas rester cachée longtemps. Je veux qu’on la retrouve et qu’on la tue. » »  Page 416
  • « « Le Lot Six les intéresse, c’est évident. Je dirais que pour le moment l’éclairage est ambré. » Elle se mit à jouer avec ses cheveux longs, épais, d’une belle couleur auburn foncé. « Ajournés pour une durée illimitée signifie jusqu’à ce que nous leur livrions la fille avec une étiquette au gros orteil droit.
    – Je vois, une petite Salomé, murmura l’homme de l’autre côté du bureau. Malheureusement, le plateau est encore vide. »  Page 417
  • « Il acheta des livres scolaires à Albany et entreprit de faire lui-même la classe à Charlie. Elle comprenait vite, mais Irv n’était pas très doué pour l’enseignement. Norma s’en tirait un peu mieux. Certains soirs, pourtant, alors qu’ils étaient assis tous deux à la table de la cuisine, penchés sur un livre d’histoire ou de géographie, Norma le regardait, et ses yeux posaient toujours la même question… celle à laquelle Irv ne pouvait répondre. »  Page 428
    « Le dernier jour d’avril, les agents de la Boîte convergèrent pour la seconde fois sur la ferme Manders. Ils vinrent à l’aube par les champs auréolés d’une brume printanière, pareils à de terrifiants envahisseurs de la Planète X dans leurs éclatantes combinaisons ignifugées. »  Page 434

2015 en révision

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2015 de ce blog.

En voici un extrait :

Un métro New-Yorkais contient 1.200 personnes. Ce blog a été visité 3 700 fois en 2015. S’il était un métro New-Yorkais, il faudrait faire 3 voyages pour les déplacer tous.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Orgueil et Préjugés

Orgueil et Préjugés de Jane Austen.

Éditions 10/18 (Domaine étranger), publié en 2006, 379 pages

Deuxième roman écrit par Jane Austen et paru initialement en 1813 sous le titre « Pride and Prejudice ».

Orgueil et Préjugés

Longbourn, comté de Hertfordshire. Les Bennet ont cinq filles et souhaitent les marier le plus rapidement possible. Ils veulent ainsi assurer l’avenir de celles-ci qui est compromis par des dispositions testamentaires. Les sœurs Bennet n’auront rien à la mort de leur père, c’est le cousin Collin qui héritera de tout. Une pointe d’espoir émerge pour les Bennet lorsqu’ils apprennent qu’un riche propriétaire a loué une demeure avoisinant leur propriété. L’arrivée de Mr. Bingley avec son entourage créera une vraie attraction pour toute la haute société de Longbourn. Jane et Elizabeth, les deux ainées se liront d’amitié avec les invités de ce beau monsieur Bingley. Dans ce groupe, il y a entre autre Mr. Darcy, homme ironique et orgueilleux qui exaspère Élisabeth. Ils vont amorcer une étrange relation où les préjugés les induiront en erreur.

Ce roman dépeint avec brio les us et coutumes de la société anglaise du début du XIX siècle. À cette époque, les règles régissant la vie mondaine britannique étaient très strictes. Un faux pas et les sanctions encourues pouvaient aller jusqu’à l’exclusion définitive de la bonne société. Dans ce récit, l’auteur a su mettre en scène des personnages très attachants et intéressants. Ils sont aussi dotés de forte personnalité pour notre grand plaisir. Elle nous donne abondamment de détails psychologiques si bien qu’on peut les voir prendre vie et suivre leur évolution. Les dialogues sont les moments les plus intéressants de la lecture avec ce mélange de modestie et de politesse démesuré de l’époque. Le style est élégant, plaisant et grave à la fois. La lecture du texte est fluide et les descriptions subtiles ce qui fait ressortir la finesse et l’ironie de l’auteur. Jane Austen transporte le lecteur au-delà d’une simple histoire d’amour, elle critique l’aristocratie anglaise de l’époque. Les premières pages sont fort amusantes. Malheureusement, la suite est quelque peu statique et ennuyeuse dû en majeur partie à l’attitude superficielle des personnages dont la richesse, l’apparence et la beauté sont de premières importances. Mais on finit par se laisser prendre par l’histoire et par passé un bon moment de lecture.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 9 avril 2014

La littérature dans ce roman :

  • « – Quel est le sens de cette énergique exclamation ? s’écria son mari. Vise-t-elle les formes protocolaires de la présentation ? Si oui, je ne suis pas tout à fait de votre avis. Qu’en dites-vous, Mary, vous qui êtes une jeune personne réfléchie, toujours plongée dans vos gros livres ? »  Page 25
  • « Elles revinrent donc toutes de très bonne humeur à Longbourn, le petit village dont les Bennet étaient les principaux habitants. Mr. Bennet était encore debout ; avec un livre il ne sentait jamais le temps passer et, pour une fois, il était assez curieux d’entendre le compte rendu d’une soirée qui, à l’avance, avait fait naître tant de magnifiques espérances. »  Page 31
  • « En entrant dans le salon, elle trouva toute la société en train de jouer à la mouche et fut immédiatement priée de se joindre à la partie. Comme elle soupçonnait qu’on jouait gros jeu, elle déclina l’invitation et, donnant comme excuse son rôle de garde-malade, dit qu’elle prendrait volontiers un livre pendant les quelques instants où elle pouvait rester en bas. Mr. Hurst la regarda, stupéfait.
    – Préféreriez-vous la lecture aux cartes ? demanda-t-il. Quel goût singulier !
    – Miss Elizabeth Bennet dédaigne les cartes, répondit miss Bingley, et la lecture est son unique passion.
    – Je ne mérite ni cette louange ni ce reproche, répliqua Elizabeth. Je ne suis point aussi fervente de la lecture que vous l’affirmez, et je prends plaisir à beaucoup d’autres choses. »  Pages 53 et 54
  • « Elizabeth remercia cordialement, puis se dirigea vers une table où elle voyait quelques livres. Bingley aussitôt lui offrit d’aller en chercher d’autres.
    – Pour votre agrément, comme pour ma réputation, je souhaiterais avoir une bibliothèque mieux garnie, mais voilà, je suis très paresseux, et, bien que je possède peu de livres, je ne les ai même pas tous lus.
    – Je suis surprise, dit miss Bingley, que mon père ait laissé si peu de livres. Mais vous, Mr. Darcy, quelle merveilleuse bibliothèque vous avez à Pemberley !
    – Rien d’étonnant à cela, répondit-il, car elle est l’œuvre de plusieurs générations.
    – Et vous-même travaillez encore à l’enrichir. Vous êtes toujours en train d’acheter des livres.
    – Je ne comprends pas qu’on puisse négliger une bibliothèque de famille. »  Page 54
  • « Elizabeth, intéressée par la conversation, se laissa distraire de sa lecture. Elle posa bientôt son livre et, s’approchant de la table, prit place entre Mr. Bingley et sa sœur aînée pour suivre la partie. »  Page 55
  • « Darcy prit un livre, miss Bingley en fit autant ; Mrs. Hurst, occupée surtout à jouer avec ses bracelets et ses bagues, plaçait un mot de temps à autre dans la conversation de son frère et de miss Bennet.
    Miss Bingley était moins absorbée par sa lecture que par celle de Mr. Darcy et ne cessait de lui poser des questions ou d’aller voir à quelle page il en était ; mais ses tentatives de conversation restaient infructueuse; il se contentait de lui répondre brièvement sans interrompre sa lecture. À la fin, lasse de s’intéresser à un livre qu’elle avait pris uniquement parce que c’était le second volume de l’ouvrage choisi par Darcy, elle dit en étouffant un bâillement :
    – Quelle agréable manière de passer une soirée ! Nul plaisir, vraiment, ne vaut la lecture ; on ne s’en lasse jamais tandis qu’on se lasse du reste. Lorsque j’aurai une maison à moi, je serai bien malheureuse si je n’ai pas une très belle bibliothèque.
    Personne n’ayant répondu, elle bâilla encore une fois, mit son livre de côté et jeta les yeux autour d’elle en quête d’une autre distraction. »  Pages 69 et 70
  • « Miss Bingley ne répondit point et, se levant, se mit à se promener à travers le salon. Elle avait une silhouette élégante et marchait avec grâce, mais Darcy dont elle cherchait à attirer l’attention restait inexorablement plongé dans son livre. »  Page 71
  • « Elizabeth, bien que surprise, consentit, et le but secret de miss Bingley fut atteint : Mr. Darcy leva les yeux. Cette sollicitude nouvelle de miss Bingley à l’égard d’Elizabeth le surprenait autant que celle-ci, et, machinalement, il ferma son livre. »  Page 71
  • « Ferme dans sa résolution, c’est à peine s’il adressa la parole à Elizabeth durant toute la journée du samedi et, dans un tête-à-tête d’une demi-heure avec elle, il resta consciencieusement plongé dans son livre sans même lui jeter un regard. »  Page 75
  • « Elles trouvèrent Mary plongée dans ses grandes études et, comme d’habitude, prête à leur lire les derniers extraits de ses lectures accompagnés de réflexions philosophiques peu originales. »  Page 75
  • « Après le thé il lui demanda s’il voulait bien faire la lecture à ces dames. Mr. Collins consentit avec empressement. Un livre lui fut présenté, mais à la vue du titre il eut un léger recul et s’excusa, protestant qu’il ne lisait jamais de romans. Kitty le regarda avec ahurissement et Lydia s’exclama de surprise. D’autres livres furent apportés parmi lesquels il choisit, après quelques hésitations, les sermons de Fordyce. Lydia se mit à bâiller lorsqu’il ouvrit le volume et il n’avait pas lu trois pages d’une voix emphatique et monotone qu’elle l’interrompt en d’écriant :
    – Maman, savez-vous que l’oncle Philips parle de renvoyer Richard et que le colonel Forster serait prêt à le prendre à son service ? J’irai demain à Meryton pour en savoir davantage et demander quand le lieutenant Denny reviendra de Londres.
    Lydia fut priée par ses deux aînées de se taire, mais Mr. Collins, froissé, referma son livre en disant :
    – J’ai souvent remarqué que les jeunes filles ne savent pas s’intéresser aux œuvres sérieuses. Cela me confond, je l’avoue, car rien ne peut leur faire plus de bien qu’une lecture instructive, mais je n’ennuierait pas plus longtemps ma jeune cousine.
    Et, malgré l’insistance de Mrs. Bennet et de ses filles pour qu’il reprît sa lecture, Mr. Collins, tout en protestant qu’il ne gardait nullement rancune à Lydia, se tourna vers Mr. Bennet et lui proposa une partie de trictrac. »  Pages 83 et 84
  • « – Il paraît, miss Elizabeth, que George Wickham a fait votre conquête ? Votre sœur vient de me poser sur lui toutes sortes de questions et j’ai constaté que ce jeune homme avait négligé de vous dire, entre autres choses intéressantes, qu’il était le fils du vieux Wickham, l’intendant de feu Mr. Darcy. Permettez-moi de vous donner un conseil amical : ne recevez pas comme parole d’Évangile tout ce qu’il vous racontera. »  Page 107
  • « Mr. Bennet avait levé les yeux de son livre à l’entrée de sa femme et la fixait avec une indifférence tranquille que l’émotion de celle-ci n’arriva pas à troubler. »  Page 122
  • « Il aimait la campagne, les livres, et ces goûts furent la source de ses principales jouissances. La seule chose dont il fût redevable à sa femme était l’amusement que lui procuraient son ignorance et sa sottise. »  Page 233
  • « Dans la salle à manger, ils furent bientôt rejoints par Mary et Kitty que leurs occupations avaient empêchées de paraître plus tôt. L’une avait été retenue par ses livres, l’autre par sa toilette. »  Pages 276 et 277

Roméo et Juliette

Roméo et Juliette de William Shakespeare.

Éditions Folio (Classique), publié en 2001, 71 pages

Pièce de théâtre écrite par William Shakespeare et paru initialement en 1597 sous le titre « Romeo and Juliet ».

Roméo et Juliette

Les Capulet et les Montague sont deux familles de Vérone qui se haïssent depuis des générations ; on ne semble même plus se rappeler pourquoi d’ailleurs. Ces deux familles sont alimentées par d’anciennes et nouvelles rancunes. Les altercations entre les deux clans sont devenues une tradition dans la ville. Leur rivalité ensanglante toute la cité, au grand désespoir du prince Escalus. Dans ce tumulte construit d’affrontements, où les épées clinquent nuit et jour, deux jeunes laissent parler leurs cœurs. Roméo Montague et Juliette Capulet, tous deux adolescents, succombent au coup de foudre. Que se passera-t-il pour les deux amoureux lorsque les familles découvriront leur terrible secret ? Que feront les deux familles pour faire face à la situation ? Leur union réconciliera-t-il les familles ennemies ou au contraire alimentera-t-il leurs haines mutuelles ?

Une histoire d’amour universelle et intemporelle, probablement l’histoire d’amour la plus connue de la littérature. C’est aussi une histoire sur la bêtise humaine et des gens qui par leur égoïsme gâchent la vie des autres. La tragédie entourant les aventures des deux amants est très bien amenée. Dans ce texte, on mesure le talent de Shakespeare à mettre en scène des personnages accablés et au destin tragique. Malheureusement, le style de Shakespeare n’est pas parfait et le développement des personnages est très mince. Ils ne sont pas assez approfondis pour bien les cerner. On ne connaît pas leur passé, leurs raisons de se détester et on ne comprend pas entièrement les retournements brutaux dans leur caractère. Les tirades d’amour des deux amants sont d’un lyrisme déconcertant. Reste que Roméo et Juliette est une histoire culte tout simplement et une très belle histoire d’amour.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 29 mars 2014

La littérature dans ce roman :

  • « LE VALET. – Dieu vous donne le bonsoir !… Dites-moi, monsieur savez-vous lire ?
    ROMÉO. – Oui, ma propre fortune dans ma misère.
    LE VALET. – Peut-être avez-vous appris ça sans livre (mais, dites-moi, savez-vous lire le premier écrit venu ? »  Page 10
  • « LADY CAPULET. – qu’en dites-vous ? pourriez-vous aimer ce gentilhomme ? Ce soir vous le verrez à notre fête ; lisez alors sur le visage du jeune Pâris, et observez toutes les grâces qu’il a tracées la plume de la beauté ; examinez ces traits si bien mariés, et voyez quel charme chacun prête à l’autre ; si quelque chose reste obscur en cette belle page, vous le trouverez éclairci sur la marge de ses yeux. Ce précieux livre d’amour, cet amant jusqu’ici détaché, pour être parfait, n’a besoin que d’être relié !… Le poisson brille sous la vague, et c’est la splendeur suprême pour le beau extérieur de receler le beau intérieur ; aux yeux de beaucoup, il n’en est que plus magnifique, le livre qui d’un fermoir d’or étreint la légende d’or ! »  Page 13
  • « JULIETTE. – ô coeur reptile caché sous la beauté en fleur ! Jamais dragon occupa-t-il une caverne si splendide ! Gracieux amant ! démon angélique ! corbeau aux plumes de colombe ! agneau ravisseur de loups ! méprisable substance d’une forme divine ! Juste l’opposé de ce que tu sembles être justement, saint damné, noble misérable ! ô nature, à quoi réservais-tu l’enfer quand tu reléguas l’esprit d’un démon dans le paradis mortel d’un corps si exquis ? Jamais livre contenant aussi vile rapsodie fut-il si bien relié ? Oh ! que la perfidie habite un si magnifique palais ! »  Page 42
  • « Il me contait, je crois, que Pâris devait épouser Juliette. M’a-t-il dit cela, ou l’ai-je rêvé ? Ou, en l’entendant parler de Juliette, ai-je eu la folie de m’imaginer cela ? (Prenant le cadavre par le bras.) Oh ! donne-moi ta main, toi que l’âpre adversité a inscrit comme moi sur son livre ! »  Page : 66

La Saga Malaussène, tome 2 : La Fée carabine

La Saga Malaussène, tome 2 : La Fée carabine de Daniel Pennac.

Éditions Folio, publié en 1997, 253 pages

Deuxième volet de la saga Malaussène écrit par Daniel Pennac et paru initialement en1987.

La fée carabine

À Belleville rien ne va plus : les vieilles femmes sont armées jusqu’aux dents, on attaque et torture les femmes et le personnel de l’hôtel de ville drogue les vieux. Que se passe-t-il ? À travers tout cela, Benjamin a toujours à sa charge ses 5 frères et sœurs, son chien épileptique et quelques vieux drogués, qu’il recycle en « grands-pères » d’adoption. Sa belle Julia ne donne pas beaucoup signe de vie car elle travaille sur un papier dangereux, silence de son côté. Suite à tous les crimes commis dans Belleville, plusieurs dossiers d’enquêtes sont ouverts par la police. Les enquêteurs deviennent fous à vouloir les démêler. Par un effet de hasard et de mal chance, Benjamin semble être lié à tous les cas. Il est rapidement identifié comme le suspect idéal aux yeux des policiers. Benjamin Malaussène, bouc émissaire de profession, se retrouve sous haute surveillance et accusé de tous les crimes.

Roman policier absurde, drôle et mettant en vedette une troupe de personnages insolites. L’histoire est relativement bien ficelée par contre il y a un peu trop d’évènements pour garantir la clarté du roman. La dispersion du récit, les invraisemblances ou les cibles faciles tel que les flics corrompus font légion et assomment le lecteur à la longue. Par contre, les malheurs du personnage principal sont assez captivants. C’est un texte qui se lit rapidement car les descriptions sont presque absentes et le style d’écriture est basé sur des dialogues colorés. La richesse du livre provient en grande partie des personnages. Ils sont tous hauts en couleur, particuliers et surtout très attachants. On passe du vieux flic vietnamien qui se travestit pour faire ses enquêtes à l’ancien guerrier yougoslave en passant pour une jeune voyante. Ils sont riches et semblent réels tant l’auteur les fait vivre dans son récit. Par contre certaine frôle la caricatures : les flics sont forcément racistes, violents et corrompus. Daniel Pennac nous présente une fois de plus, un récit où il faut accepter que quelques fois la vraisemblance et les certitudes n’ont pas lieu d’être.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 11 mars 2014

La littérature dans ce roman :

  • « Jérémy, qui redouble sa cinquième, prétend vouloir tout connaître de Molière, et le vieux Risson, son grand-père à lui (un libraire à la retraite) multiplie les indiscrétions biographiques. »  Page 11
  • « Une rame pénétra en même temps qu’eux dans l’antre naturaliste des frères Goncourt. »  Page 22
  • « Pendant ce temps chez les Malaussène, comme on dit dans les bédés belges de mon frère Jérémy, les grands-pères et les enfants ont bouffé, ils ont desservi la table, se sont cogné la vaisselle, ont fait leur toilette, enfilé leurs pyjamas, et maintenant ils sont assis dans leurs plumards superposés, les charentaises dans le vide et les yeux hors de la tête. »  Page 23
  • « L’obus est tombé aux pieds du prince André Bolkonski, lequel se tient là, debout, indécis, à donner l’exemple à ses hommes pendant que son officier d’ordonnance pique du nez dans la bouse. Le prince André se demande si c’est la mort qui tournoie sous ses yeux, et le vieux Risson, qui a lu Guerre et Paix jusqu’au bout, sait bien que c’est la mort. »  Pages 23 et 24
  • « Il ne lui a pas fallu plus d’une séance pour me ravaler au rang de lanterne magique et s’octroyer la dimension cinémascope-panavision-sun-surrounding et tout le tremblement. Et ce n’est pas la Collection Harlequin qu’il leur sert, aux enfants ! mais les plus ambitieux Everest de la littérature, des romans immenses conservés tout vivants dans sa mémoire de libraire passionné. »  Page 24
  • « Les cheveux, les dents, les ongles et le blanc de l’œil étaient jaunes. Plus de lèvres. Mais, le plus impressionnant, c’était qu’à l’intérieur de cette carcasse et au fond de ce regard on sentait une vitalité affreuse, quelque chose de résolument increvable, l’image même de la mort vivante que donne la fringale d’héroïne aux grands camés en état de manque. Dracula soi-même ! »  Page 25
  • « Risson raconte la Guerre et la Paix, et, dans le sifflement empoisonné de la petite bombe, on peut entendre tourner les noms de Natacha Rostov, de Pierre Besoukhov, d’André, d’Hélène, de Napoléon, de Koutouzov… »  Page 28
  • « À croire que toute la flicaille de Paris monte à l’assaut. Il en grimpe de la place Voltaire, il en tombe de la place Gambetta, ils rappliquent de la Nation et de la Goutte d’Or. »  Page 33
  • « Il va bientôt publier dans ma boîte (aux Éditions du Talion) un gros ouvrage sur ses projets parisiens : le genre mégalo-book, papier glacé, photos couleurs, plan dépliable et tout. Opération prestige. Avec de belles phrases d’architectes : de celles qui s’envolent en abstractions lyriques pour retomber en parpaings de béton. C’est parce que la Reine Zabo m’a envoyé chercher son manuscrit que j’ai eu les honneurs de Ponthard-Delmaire, le fossoyeur de Belleville.
    — Pourquoi moi, Majesté ?
    — Parce que s’il y a quelque chose qui merde dans la publication de son livre, Malaussène, c’est vous qui vous ferez engueuler. »  Pages 33 et 34
  • « Un gros qui se déplace comme un gros ; pesamment. Qui se déplace peu, d’ailleurs. Après m’avoir filé son bouquin, il ne s’est pas levé pour me raccompagner. »  Page 34
  • « Ce sont les lieutenants de mon pote Hadouch, fils d’Amar, et condisciple à moi au lycée Voltaire. »  Page 35
  • « Mais il a beau puer de la gueule comme s’il voyageait au fond des enfers, Julius le Chien est vivant. Épilepsie. Ça va durer un certain temps. Plusieurs jours, peutêtre. Aussi longtemps que la vision qui a provoqué cette crise s’accrochera à sa rétine. J’ai l’habitude.
    — Alors, Dostoïevski, qu’est-ce que tu as vu, ce coup-ci ?
    Moi, ce que je vois, après avoir ouvert l’enveloppe kraft de Hadouch, me laisse tout rêveur, et mon dîner, pourtant lointain, me remonte gentiment à la bouche. »  Page 37
  • « — Ma veuve Dolgorouki connaissait parfaitement les écrivains prérévolutionnaires. À vingt ans, elle était communiste, comme moi au sortir de mon couvent. Elle faisait la résistante ici, pendant que je faisais le maquisard en Croatie. Elle savait les poèmes de Maïakovski par cœur, nous nous récitions des scènes entières du Revizor et elle connaissait Bielyï. Oui. »  Pages 87 et 88
  • « On a démonté les meubles planche par planche avant de tout péter. Tous les livres de la bibliothèque gisent écartelés au milieu du massacre. Leurs pages ont été arrachées par poignées. »  Page 104
  • « C’est vrai, Julie, qu’ils n’aillent pas remettre la main sur ces pauvres vieux, « ne me téléphone pas, Ben, ne viens pas me voir, d’ailleurs je vais disparaître pendant quelque temps », mais s’ils viennent, eux, chez moi, pendant que je cours comme un con et si c’était ça, justement, qu’ils voulaient savoir, la planque des grands-pères, et s’ils le savent, maintenant, et s’ils avaient fait le chemin inverse, eux, entrant en force dans la maison pendant que maman est seule avec les enfants et les grands-pères ? flaques, baffes, caniveaux, terreur, je traverse l’avenue au niveau du lycée Voltaire, ça klaxonne, gueule, patine, et froisse de la taule, mais j’ai déjà plongé comme la mouette ivre dans la rue Plichon, traversé celle du Chemin-Vert et je viens de m’écraser contre la porte de la quincaillerie. »  Page 107
  • « De l’eau bouillant sur la cuisinière, le four occupé pour le dîner, mais pas de Clara, pas de Rognon. Le livre d’histoire de Jérémy ouvert sur la table, sans Jérémy. À côté de lui le cahier d’écriture du Petit, un beau pâté au milieu de la page, où est le Petit ? »  Page 114
  • « Pastor pensait à la bibliothèque. Les livres avaient été la seconde passion du Conseiller, après Gabrielle. Leur seconde passion commune. Éditions originales, reliées au fer et signées par leurs auteurs, dès parution. Parfum de cuir, vieille cire aux senteurs de miel, chatoiement des feuilles d’or dans la pénombre. Et pas de musique, surtout ! Pas de gramophone, pas d’électrophone, pas de chaîne hi-fi. « La musique, il y a des squares pour ça », proclamait le Conseiller. Rien que le silence des livres qui, maintenant, dans le souvenir de Pastor, s’accordait aux martèlements de la pluie. On n’ouvrait que rarement ces reliures silencieuses. Au-dessous, la cave de la maison était la réplique exacte de la bibliothèque. Mêmes rayonnages, mêmes auteurs, mêmes titres, à l’exacte verticale de l’exemplaire original qui se trouvait au-dessus, mais en éditions courantes. C’était ceux-là qu’on lisait, les livres de la cave. « Jean-Baptiste, descends donc à la cave nous chercher un bon bouquin. » Pastor s’exécutait, libre dans son choix, plutôt fier de sa mission. »  Pages 122 et 123
  • « — J’ai honte, gamin, je t’ai fait une petite cachotterie.
    — Pas grave, Thian, c’est ta nature perfide d’Asiate. J’ai lu dans un livre que c’était plus fort que vous. »  Page 123
  • « — Alors mon grand, à quoi ressemble-t-il, ce petit ?
    Aussi bien, comme on dit dans les beaux livres, aucun des enfants Malaussène ne peut-il se vanter d’avoir connu les seins de sa mère. »  Page 131
  • « — Elle est belle comme une bouteille de Coca remplie de lait.
    Jérémy a murmuré ça les larmes aux yeux. Risson a froncé ses vieux sourcils dans un effort louable pour donner corps à cette image. Clara a pris une photo. Oui, Jérémy, elle est belle comme une bouteille de Coca-Cola remplie de lait. Je la connais bien, cette beauté-là ! Irrésistible. Le genre Bois Dormant, Vénus sortant de Shell, indicible candeur, naissance à l’amour. Vous connaissez la suite, les enfants ? Le Prince Charmant nous pend au nez. Dès son réveil, maman ne sera plus que disponibilité candide à la passion. Et si par malheur un beau tsigane (ou un gentil comptable, peu importe) passe à ce moment-là… »  Page 132
  • « — Ponthard-Delmaire, vous vous rappelez ?
    — Ponthard-Delmaire, l’architecte ? Le roi des jolis mots coulés dans le béton ? Comme si c’était hier.
    — Eh bien, le bouquin de lui que nous devons éditer est foutu.
    (Ça y est, je commence à piger. Il va falloir que j’aille trouver ce poussah et me prendre une avoine pour une connerie que je n’ai pas faite moi-même.)
    — Le chauffeur qui devait porter la maquette à l’imprimerie a eu un accident. Sa voiture a brûlé et le bouquin avec. »  Page 137
  • « — Avez-vous la moindre idée de la quantité de fric investie dans ce livre, Malaussène ?
    — Probablement dix fois plus qu’il ne vous en rapportera.
    — Erreur, mon garçon. Tout ce que nous pouvons gagner sur ce livre est déjà dans notre caisse. Colossales subventions de la ville de Paris pour promouvoir LE bouquin d’archi qui annonce sans ambiguïté ce que sera le Paris de demain. Substantielle rallonge du ministère des Travaux Publics qui prône une politique de la transparence dans ce domaine. »  Page 137
  • « — Écoutez-moi bien, Malaussène. Il nous faut environ un mois pour recomposer ce foutu livre. Or, Ponthard-Delmaire attend ses épreuves mercredi prochain. Et la sortie du livre a été prévue pour le 10. »  Page 138
  • « Ce doux grand-père aux yeux si creux et aux cheveux si blancs qui s’était timidement approché de Thian au moment où il partait et qui lui avait tendu un petit bouquin rose : « Pour lire, pour être moins seule… »
    Thian sortit le petit livre de sa poche. « Stefan Zweig, Le joueur d’échecs. » Il contempla un long moment la couverture rose et souple. « C’est un livre sur la solitude, avait dit le grandpère, vous verrez… »
    Thian jeta le bouquin sur le lit. « Je demanderai au gamin de me le résumer… » »  Page 143
  • « Des affamés de lecture descendaient quatre à quatre les marches de la librairie. D’autres en remontaient, plus calmes, chargés pour la semaine. Littérature démagnétisée qu’ils liraient, confortablement installés en face. L’un d’eux, gravissant sous le nez de Pastor les trois marches de la sortie, serrait Saint-Simon contre son cœur. Malgré tous ses efforts, Pastor ne put empêcher l’image du Conseiller de faire irruption dans le cadre, ni la voix de Gabrielle de combler tout le volume : « Le duc de la Force, qui mourut dans ce même temps, ne fit pas de regrets… nonobstant sa naissance et sa dignité. » Les inflexions de Gabrielle, qui lisait à voix haute, prêtaient aux lèvres du Conseiller le sourire du vieux duc de Saint-Simon. Ces soirées de lecture… et les oreilles du petit Jean-Baptiste Pastor dressées dans la pénombre…  »  Pages 148 et 149
  • « Comme Saint-Simon tout à l’heure, les blondinets gravirent les trois marches de la sortie, mais obliquant tout à coup à angle droit, ils se dirigèrent vers la table des deux flics. »  Page 149
  • « Il disait : « Ce vieux monde rhumatisant aura de plus en plus besoin de vos drogues, Thian… » Tu sais qui c’était ce type, gamin ?
    Pastor fit non de la tête :
    — Corrençon. Le gouverneur colonial Corrençon. Le père de ta petite Corrençon qui joue les belles au bois dormant à l’Hôpital Saint-Louis. C’était lui. Je l’avais complètement oublié. Mais je le revois maintenant, si droit sur sa chaise, écoutant ma mère lui prédire la fin de l’Indochine française, puis celle de l’Algérie, et je l’entends répondre :
    — Vous avez mille fois raison, Louise : la géographie va retrouver ses droits. »  Pages 164 et 165
  • « — Quelques mois de prison seront insuffisants ; j’aurais besoin, au moins, d’une année complète.
    Les trois flics se regardèrent.
    — Pourquoi ? demanda Pastor.
    Stojilkovicz réfléchit encore, évaluant consciencieusement le temps qui lui était nécessaire, et dit enfin, de sa tranquille voix de basson :
    — J’ai entrepris une traduction de Virgile en serbo-croate ; c’est très long, et assez complexe. »  Page 172
  • « — Mais pourquoi faut-il que je sois viré si je n’obtiens pas ce délai de publication, bordel ?
    — Ne soyez pas grossier. Parce que vous aurez échoué, tout simplement, et qu’une maison d’édition digne de ce nom ne peut pas se permettre de garder des tocards dans son équipe.
    — Mais, vous, Majesté, vous l’Inoxydable, vous avez échoué, non ? En laissant cramer les épreuves du livre dans cette bagnole ! »  Page 176
  • « – J’ai une famille à nourrir ! Je ne passe pas ma vie à m’allonger sur des canapés pour savoir comment fonctionnent mes rouages, moi !
    — Famille, mon œil ! Il y a trente-six façons de nourrir une famille ; à commencer par ne pas la nourrir du tout. Rousseau a très bien su faire ça. Et il était au moins aussi cinglé que vous !
    Engagée sur de pareilles bases, cette conversation aurait pu durer indéfiniment. La Reine Zabo sut lui donner un point final tout ce qu’il y a de professionnel.
    — Vous irez donc demain mercredi chez Ponthard-Delmaire, vous obtiendrez ce délai de publication pour son livre d’architecture, sinon, vous serez viré. J’ai d’ailleurs annoncé votre visite : seize heures précises. »  Page 177
  • « Le grand Bertholet eut un bref sourire à l’adresse de l’inspecteur Pastor, debout là, dans son vieux pull de laine, plutôt timide, flottant dans la lumière ; vaguement mou même ; et, que cette reproduction en latex du Petit Prince ait arraché des aveux à Chabralle, ça, le grand Bertholet n’arrivait toujours pas à le croire. »  Page 184
  • « C’était vrai, il restait Gervaise, la fille laissée sur terre par la géante. Elle n’était pas de Thian, mais tout comme. On lui avait donné un nom rouge, pris dans un livre réputé rouge. Ça ne l’avait pas empêchée d’attraper la Foi, Gervaise. »  Page 197
  • « Mais ce n’était pas Dieu le Père, c’était le plus camé de ses anges déchus ; c’était le vieux Risson, l’ancien libraire que la veuve Hô avait rencontré chez Malaussène.
    — Je suis venu récupérer mon livre, monsieur l’inspecteur. »  Page 198
  • « La façon dont il tenait le revolver, bien calé au creux de sa paume… oui, ce genre d’outils lui était familier.
    — Vous l’avez lu ?
    Il secouait le petit livre rose de Stefan Zweig, Le joueur d’échecs, qui gisait au pied du lit, d’où il était tombé sans que Thian l’eût ouvert.
    — Vous ne l’avez pas lu, n’est-ce pas ?
    Le vieillard secouait une tête désolée. »  Page 199
  • « Il raconta comment Malaussène et les enfants les avaient soignés, et guéris, comment cette incroyable famille leur avait redonné la raison et le goût de la vie, comment lui-même, Risson, s’était senti ressuscité par Thérèse, comment il avait trouvé le bonheur dans cette maison et comme il était transporté le soir, par la joie des enfants, quand il leur racontait des romans.
    — Et c’est aussi pour cela que je vais être obligé de vous tuer, monsieur l’inspecteur. Je vais me faire descendre parce que ce vieux cinglé raconte des romans à des mouflets ? Thian ne comprenait pas.
    — Ces romans dorment dans ma tête. J’ai été libraire toute ma vie, voyez-vous, j’ai beaucoup lu, mais la mémoire n’y est plus tout à fait. Ces romans dorment et il me faut, chaque fois, les réveiller. »  Page 200
  • « — Ce soir, par exemple, continuait le vieux Risson, je vais leur raconter Joyce. Vous connaissez James Joyce, monsieur l’inspecteur ? Non ? Pas même de nom ?
    Le chargeur du Manhurin sous le buffet, et le Manhurin luimême, invisible, derrière le lit…
    — Eh bien, je vais leur raconter Joyce ! Dublin et les enfants de Joyce !
    La voix de Risson était montée d’un cran… il psalmodiait comme un prédicateur…
    — Ils vont faire la connaissance de Flynn, le briseur de calice, ils joueront avec Mahonny autour de l’usine de vitriol, je leur ferai retrouver l’odeur qui planait dans le salon du prêtre mort, ils découvriront Evelyne et sa peur de se noyer dans toutes les mers du monde, je leur offrirai Dublin, enfin, et ils entendront comme moi le Hongrois Villona s’exclamer, debout sur le pont du bateau : « L’aube, messieurs ! » »  Pages 200 et 201
  • « — L’argent de ces vieillardes incultes a tiré de l’oubli des chefs-d’œuvre qui revivent maintenant dans de jeunes cœurs. Grâce à moi ! Le baron Corvo… connaissez-vous le baron Corvo ?
    — Connais pas de baron, fit Mo le Mossi avec sincérité. »  Page 204
  • « — Et connais-tu au moins Imru al Qays, prince de la tribu de Kinda, jeune homme ? Il est de ta culture, celui-là, de ta culture la plus ancienne, l’antéislamique !
    — Connais pas de prince non plus, avoua Mo le Mossi.
    Mais le vieux s’était mis à psalmodier, sans crier gare :
    — Qifa, nabki min dikra habibin oua manzili…
    Simon traduisit pour le Mossi, en repoussant doucement le piston de la seringue. Il souriait.
    — Arrêtons-nous, pleurons au souvenir d’une amante et d’une demeure…
    — Oui ! s’écria le vieillard dans un éclat de rire enthousiaste. Oui, c’est une des traductions possibles. Et dis-moi, toi, connais-tu la poésie de Mutanabbî ? Son dithyrambe de la mère de Saïf al Dawla, tu le connais ?
    — Je le connais, oui, dit Simon en se penchant sur le vieux, mais je veux bien l’entendre encore, s’il te plaît. »  Page 204
  • « — Nouidou l – machraftataoua l – aouali… récita le vieillard.
    Simon enfonça l’aiguille en traduisant :
    — Nous préparons les glaives et les lances…
    Et il récita la suite en pressant sur le piston.
    — Oua taqtoulouna l-manounoubilla qitali.
    Le mélange de salive et de poudre blanche se rua dans la veine. Quand il atteignit le cœur, le vieux fut arraché de son fauteuil, propulsé dans l’espace. Il retomba aux pieds des deux garçons, les os brisés, recroquevillé sur lui-même, pareil à une araignée morte.
    — Traduction ? demanda le Mossi.
    — Et voici que la mort nous tue sans combat, récita le Kabyle. »  Page 204 et 205
  • « Voilà le genre de choses qui m’arrivent à moi : je baise ma belle au bois dormant et c’est ma mère qui se réveille… Car Julia dort toujours, à côté de moi, pas l’ombre d’un doute. »  Page 210
  • « Il y avait quelque danger à s’associer à une pareille cervelle… Place Voltaire, Pastor eut un nouveau gloussement. »  Page 213
  • « À moins que Risson, par nostalgie, ne se soit laissé enfermer vivant dans une bonne grosse librairie, « la Terrasse de Gutenberg », par exemple, et qu’il y ait passé sa nuit à bouquiner. Faudra bien qu’il se ressource un jour où l’autre, non ? Sa culture romanesque n’est pas inépuisable. Il est peut-être en train de se farcir ce dernier bouquin dont on cause, Le parfum, de Süskind, pour le raconter ce soir aux enfants ? »  Page 214
  • « Dans les deux cas, le sentiment final est proche de la pitié ; pitié de l’âme : « Dieu que cet homme est malheureux et que mes problèmes sont dérisoires par rapport aux siens » ou pitié clinique : « Qu’est-ce qui m’a foutu un maso pareil ? N’importe quoi pour ne plus le voir, il me déprime trop. » Et si, entre les deux versions, j’arrive à caser à l’énorme Ponthard que de toute façon les Éditions du Talion restent mieux placées que les autres pour sortir son bouquin vite fait, vu que nous le connaissons par cœur (tellement on l’aime), si j’arrive à lui sortir ça, j’aurai gagné la partie. »  Pages 218 et 219
  • « Je ne connais pas le troisième, un jeune mec dans un grand pull de laine, genre Gaston Lagaffe mais sur le mode tragique, à en juger par son visage ravagé. »  Page 220
  • « Un appartement déchiqueté, avec la même et méthodique sauvagerie que celui de la journaliste Corrençon. Une bibliothèque d’éditions originales jetée à terre, tous les livres écartelés. »  Page 221
  • « Il se saoulait de mots, de rythmes, debout dans l’encadrement de cette porte, comme un adolescent après sa première blessure d’amour. L’une de ces pauvres phrases s’accrocha plus particulièrement à lui : « ILS ONT ASSASSINÉ L’AMOUR. » C’était une phrase étrange, d’un romantisme désuet, comme sortie d’un livre en forme de cœur. « ILS ONT ASSASSINÉ L’AMOUR », mais cela s’était planté dans sa peau comme une ronce, et ça le réveillait la nuit, dans un hurlement rouillé, au bureau, sur son lit de camp : « ILS ONT ASSASSINÉ L’AMOUR ! » »  Page 221
  • « Comme Pastor nous avait pistonnés, on ne l’a pas vu au parloir de la taule, mais direct dans sa cellule : une piaule miniature, encombrée de dictionnaires, au sol crissant de feuilles froissées.
    — Soyez gentils, les enfants, faites passer la consigne : pas de visite au vieux Stojilkovicz.
    Ça sentait l’encre fraîche, la gitane, la double sueur des pinglos et des neurones. Ça sentait le bon boulot de la tête.
    — Pas une minute à moi, mes petits. Publius Vergilius Maro ne se laisse pas traduire en croate comme ça, et je n’en ai pris que pour huit mois.
    Il nous poussait vers la porte.
    — Même les arbres, là, dehors, ça me dérange…
    Dehors, c’était le printemps. Ça bourgeonnait ferme à la fenêtre de Stojil.
    — En huit mois, je n’aurai pas seulement fini de commencer.
    Stojil debout dans sa cellule, des brouillons jusqu’aux genoux, rêvant d’une condamnation à perpète pour pouvoir traduire l’intégral de Virgile…
    Il nous a foutus dehors. »  Page 242

Maudit karma

Maudit karma de David Safier.

Éditions Pocket no 14011, publié en 2010, 342 pages

Premier roman de David Safier paru initialement en 2008 sous le titre « Mieses karma ».

Maudit karma

Kim est une animatrice télé célèbre. Pour arriver au sommet de sa carrière tous les coups lui était permis, même les plus déloyaux. Il semble que ça lui ai réussi car elle va recevoir le Prix de la Télévision allemande dans la catégorie « Meilleure animation d’une émission d’information ». Le soir du gala, elle profite du fait que son conjoint soit resté à la maison avec leur fille pour le tromper avec un de ses confrères. Peu après, elle meurt brutalement heurtée par un déchet de la station spatiale soviétique Photon M3. À son grand désarroi, Kim se retrouve dans le corps d’une fourmi. Bouddha lui explique qu’en raison de son mauvais karma, elle a été réincarnée en insecte. C’est ce qui arrive aux humains qui n’ont pas été bons pour les autres. Si elle veut évoluer dans le règne animal pour pouvoir revêtir forme humaine, il lui faudra accumuler du bon karma. Dans sa nouvelle enveloppe, elle assiste à l’incursion de Nina, son ancienne meilleure amie, qui veut prendre sa place auprès de sa famille. Alors commence pour Kim le ballet des réincarnations dans le but de récupérer sa fille et son mari.

Ce roman est très drôle et divertissant. Du début à la fin sa lecture est un vrai plaisir. L’histoire bien que farfelue est très bien écrite et se rapproche du contre philosophique. L’idée de suivre les différentes réincarnations d’un personnage et son évolution comportementale est originale et bien pensé. Les thèmes de l’au-delà et des questions fondamentales de l’existence y sont abordé de façon ludique. Les personnages de Kim et de Casanova sont très attachants. Par contre, celui de Casanova aurait gagné à être plus développé surtout au niveau de son cheminement psychologique. Le but de l’exercice de réincarnation n’est pas juste d’amasser du bon karma, mais d’évoluer. Pour ces deux personnages, cette démarche reste somme toute très superficielle et le volet de l’évolution est éludé. L’écriture et les dialogues sont familiers ce qui procure du réalisme au récit. Malheureusement, le choix de l’auteur pour la fin gâche ce qu’il a construit tout au long du roman. Le manque de vraisemblance de la fin par rapport à l’histoire est déstabilisant.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 28 février 2014

La littérature dans ce roman :

Dans ce texte il y a un personnage qui est la réincarnation de Cassanova. Les citations sur ce personnage ne sont pas répertoriées ici.

  • « Il aimait parcourir le monde, tandis que je voyageais pour faire plaisir à mon amie Nina. Il adorait Venise. Je trouvais intolérables la canicule, la puanteur des canaux et les moustiques, dignes d’un fléau biblique. »  Pages 27 et 28
  • « À l’instant où il allait toucher mes seins, Alex lui saisit le bras. Il avait surgi de nulle part, tel un chevalier de conte de fées – le genre d’histoire auquel, grâce à mon père, je ne croyais plus depuis un bon moment. Salvatore se planta devant lui, armé d’un couteau, marmonnant un truc en italien que je ne compris pas, mais qui signifiait clairement qu’Alex ferait bien de décamper s’il ne voulait pas avoir le premier rôle dans sa version personnelle de Mort à Venise. »  Pages 28 et 29
  • « Nous aimions les mêmes films (Certains l’aiment chaud. Y a-t-il un flic pour sauver la reine ?, Star Wars) et les mêmes livres (Le seigneur des anneaux, Le petit roi, Calvin et Hobbes), nous détestions les mêmes choses (les profs). »  Page 29
  • « Je revoyais ma douce mignonne se serrer contre moi, le soir dans son lit, parce qu’elle avait peur du sorcier Gargamel, pourtant si nul qu’il n’était même pas capable d’attraper les Schtroumpfs. »  Page 88
  • « Alex arrangea tendrement la couette sur Lilly, puis il se mit à lui lire Fifi Brindacier. Mais, même aux passages les plus désopilants avec Mlle Prysselius, Lilly ne rit pas une seule fois.
    Après avoir lu trois chapitres, Alex éteignit la lumière et se coucha près de la petite jusqu’à ce qu’elle fût endormie. »  Page 110
  • « Au plus fort de sa crise de doute à propos de ses études de biochimie, Alex avait lu un livre sur le bouddhisme. Moi, quand j’étais en crise, je lisais plutôt des livres du genre Mieux s’aimer soi-même, S’aimer encore mieux soi-même ou Ne pensez plus aux autres. »  Page 114
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