1,5 étoile, S

Soucoupes violentes

Soucoupes violentes de G. Morris

Éditions Fleuve Noir – Anticipation, 1980, 213 pages

Roman écrit par G. Morris et publié initialement en 1980.

Lorsque Georges a acheté une vielle demeure sur laquelle il était tombé par hasard, il espérait changer sa vie. Il est littéralement tombé amoureux de cette vielle maison à l’abandon et à la pancarte à vendre délavée par le temps. Il veut en faire son nid d’aigle pour peaufiner ses manuscrits afin de les présenter aux éditeurs de Paris. Mais selon les gens du village, cette maison est hantée car il arrive parfois que des phénomènes étranges s’y produisent. Après quelques jours dans sa nouvelle demeure, il descend au village et entend une nouvelle qui attire à peine son attention : des satellites américains et russes qui étaient en orbite autour de la terre ont disparu sans laisser de trace. Mais quelques jours plus tard, son attention est captée par l’annonce qu’un Boeing 747 est disparu en plein vol avec son équipage et les passagers sans laisser de trace lui aussi. Que se passe-t-il dans le monde pour justifier la disparition des satellites et des avions ? Mais il se demande aussi d’où viennent les phénomènes paranormaux dont il est témoins autour de sa nouvelle maison ?

Une histoire à la limite d’une caricature de science-fiction. Le récit présenté a un certain charme, ce n’est pas mauvais, cependant ça manque de rythme. Le début est très lent, trop lent pour vraiment happer le lecteur. En revanche, la fin est intéressante car la motivation qui attire les extra-terrestres autour de la terre est très bien trouvée. Malheureusement, les personnages ne sont pas très attachants car ils sont de vraies caricatures par leurs actions, leurs dialogues et leurs formes, surtout celui de Monika. La super belle fille qui vient frapper à la porte de Georges par hasard et qui satisfait toutes les demandes de celui-ci. De plus, les propos des protagonistes sont très macho et vulgaires. Le lecteur a l’impression de lire un mauvais roman Harlequin à la sauce extra-terrestre. Deux problèmes majeurs pour ce roman, la pauvreté de la construction de l’histoire et un roman qui a très mal vieilli. Malgré ses nombreux défauts, ce roman nous pousse cependant à réfléchir sur les motivations de nos actes et leurs impacts sur les êtres vivants qui cohabitent avec nous sur la terre. Un roman qui semble avoir été écrit à la chaîne qui n’a ni profondeur ni crédibilité dans son histoire.

La note : 1,5 étoiles

Lecture terminée le 1ier novembre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « En bas, ils ne m’appelaient plus autrement que le dingue ou le fada ou le connard de là-haut ou Simplet ou n’importe quoi d’autre, selon leur degré de vacherie. »  Page 15
  • « Un Paris qui ne s’était pas montré tendre avec le talent d’écrivain que je pensais avoir et que j’avais, sans doute, mais aucun éditeur n’était allé jusqu’à me donner ma chance… »  Page 16
  • « J’y affirmerais, j’y confirmerais ma personnalité naissante et le jour où je regagnerais la capitale avec mes manuscrits retravaillés sous le bras, Paris n’aurait qu’à bien se tenir… »  Page 16
  • « Ma maison trônait en vitrine, parmi quelques autres : une photo qui ressemblait à celles que les actrices vieillissantes – ou les femmes de lettres – font envoyer aux journaux par leurs agents de presse. »  Page 16
  • « J’appris, simultanément, qu’il s’agissait là d’une « charmante fermette ancienne à rénover, avec nombreuses dépendances susceptibles d’aménagements ultérieurs », et qu’ils en réclamaient plus d’e millions que mes minables travaux de rewriting et de traduction, mes activités de « nègre » ne m’avaient permis d’en mettre à gauche ! »  Page 17
  • « Et moi qui n’ai jamais su marchander, pas même un vieux bouquin aux Puces de Clignancourt, je m’entendais palabrer comme si je n’avais fait que ça de toute ma vie. »  Page 17
  • « Soupant avec lui au restaurant de la place, le soir de la vente, je lui dis que j’étais écrivain – ma façon à moi de voyager dans l’avenir – et rendus loquace par la bonne bouteille que nous venions de boire en semble, il releva :
    – Romancier, hein ?
    J’approuvai, légèrement éméché moi aussi, sans essayer de lui expliquer la différence. »  Page 19
  • « – Savez que vous pourriez avoir raison ? Que cette histoire de bête étrange pourrait être née d’une analogie… d’une assonance !
    – L’habitude de manier les mots…
    Avec un air entendu, un petit geste grand seigneur. Je m’y voyais déjà, dans le haut de l’affiche ! En tête de la liste des futurs best-sellers ! Combien de chefs-d’œuvre n’allais-je pas écrire, dans mon « nid d’aigle » ! Combien de chefs-d’œuvre n’avais-je pas déjà écrits… en rêve ? »  Page 22
  • « Les copains de Paris, d’abord. Qui se chargèrent de déménager mes possessions terrestres, composées de bouquins à plus de cinquante pour cent, et me les amenèrent de la capitale dans un camion loué pas cher à un autre copain d’école devenu transporteur routier. »  Page 23
  • « Je retrouvai, l’espace d’une soirée, les conversations « bien parisiennes » et les potins de ces cocktails littéraires où tout le monde doit obligatoirement démolir tout le monde sous peine, en cas d’abstention de paraître terne et sans esprit. »  Page 23
  • « À noter que j’avais sur quiconque se fût trouvé à ma place l’avantage de vivre mon expérience sur deux plans. Un, je la vivais et m’efforçais de la vivre pleinement. « Honnêtement ». Deux, je me regardais la vivre et j’en tenais le journal de bord, jour après jour. »  Page 26
  • « Bien loin de me desservir, l’éloignement, le temps durant lequel je n’avais donné de mes nouvelles à personne m’avaient apporté une sorte de plus-value! J’étais bon traducteur, c’est un fait. Bon « rewriteur » et bon « nègre ». Mais je n’avais jamais su, ni me faire mousser, ni partir en claquant la porte lorsque les conditions offertes ne répondaient pas à mes espoirs. »  Page 27
  • « Inutile de dire que tout ça possédait infiniment moins d’importance, à mes yeux, que la rédaction de mon chef-d’œuvre ! Je ne savais pas encore si je l’appellerais « La soif absolu » ou « L’expérience de la solitude » ou si je chercherais un titre plus commercial. Plus « putain », De toute façon, il serait publié tel quel ou pas du tout, je n’autoriserais personne à y changer une seule virgule…
    J’éclatai de rire, tout à trac, en m’apercevant qu’une fois de plus, j’étais en train de me raconter de jolies histoires, et de toutes les chimères que je poursuis éveillé, celle-là est ma favorite! »  Page 28
  • « J’imaginai, follement, des hordes de taupes occupées à miner les fondements de la « Jouvenette »… « Les oiseaux » du père Hitchcock, transportés dans le domaine des espèces rampantes et galopantes… »  Pages 31 et 32
  • « « Se matérialiser » est un verbe abusivement employé, dans la littérature d’action, par des romanciers au vocabulaire au vocabulaire emphatique, pour traduire des faits, des gestes d’une extrêmes vivacité, trop rapides pour que l’œil pût les suivre. « Le pistolet se matérialisa dans son poing » et autres balançoires du même genre. »  Page 58
  • « Je le laissai profiter au maxi d’une expérience dont la rareté faisait la valeur et prêtai l’oreille aux conversations qui s’entrecroisaient autour de nous. Les provinciaux ont en général le verbe assez haut, surtout à mesure qu’on descend vers le midi de la France. On se serait cru dans le plus parisien des cocktails littéraires! »  Page 69
  • « Je pressai la touche « Eject » et sortis la cassette. Elle paraissait intacte. Je la remis dans le bidule, enfonçai la touche « Recording » et récitai n’importe quoi, je crois que c’étaient les premiers vers d’une fable de La Fontaine. »  Page 99
  • « Je travaillais régulièrement à mon futur bouquin, sans négliger pour autant ls boulots alimentaires. »  Page 122
  • « J’avais mon bouquin qui prenait forme et pompait la majeure partie de mon énergie. »  Page 125
  • « Comme dit, je n’étais pas « dépaysé ». Ouvrage et films de science-fiction aidant, l’image que je voyais était par trop « familière ». N’est-ce pas là, du reste, le plus beau compliment que l’on puisse faire à cette « littérature de l’avenir »? Le jour où les fameux « petits hommes verts », sous quelque forme que ce soit, débarqueront sur la Terre, nous serons beaucoup moins pris au dépourvu, grâce à elle… »  Page 128
  • « Cette avance, fusil au poing, ressemblait un peu trop à ce que j’avais vu, au cinéma, dans « La guerre des mondes » et dans « Le jour où la Terre s’arrêta » et d’autres films du même genre. »  Page 129
  • « Mais j’avançais toujours et ne ressentais rien de particulier. Aucun « picotement caractéristique », aucun début de paralysie, aucun symptôme d’aucune sorte. Puisque, faute de mieux, je ne pouvais guère me référer qu’aux expériences imaginaires des héros de science-fiction, je n’éprouvais rien qui rappelât aucune des histoires que j’avais lues… »  Pages 129 et 130
  • « En un éclair, me traversa, une fois encore, le souvenir d’anciennes lectures de romans d’anticipation, avec ce leitmotiv du « subespace » ou de « l’hyperespace » ou de la « brèche dans le continuum espace-temps ». Avec toutes ces descriptions rocambolesques, parfois effrayantes et parfois alléchantes, parfois supplice et parfois nirvana, du passage dans un univers parallèle ou d’une « dimension » dans une autre… »  Page 141
  • « – Mais enfin, nous avons vécu ces choses…
    Je haussai les épaules.
    – Exact ! Donc, pour nous, elles existent. Je crois que c’est Robbe-Grillet qui a écrit quelque part : « Une explication, quelle qu’elle soit, ne peut être qu’en trop face à la présence des choses. » C’est tout le problème de la littérature, Monika. Imagine que tu tournes un film. Tu as besoin d’un certain objet, dans une scène, il te suffit de la planter dans le décor. Il est là, point final ! Essai de décrire la scène, dans un roman. Tu dois nommer l’objet et s’il est insolite, l’attention du lecteur se braquera dessus, aussitôt, même si c’est exactement le contraire de ce que tu désires… alors qu’à l’image, donc à plus forte raison dans la réalité, la présence de l’objet comporte en soi sa propre justification ! »  Page 148
  • « J’étais content de moi, je me prenais pour Superman, c’était bon pour ce que j’avais et donnant donnant, je leur devrais au moins quelque chose… »  Pages 172 et 173
  • « Par un assez joli tour de passe-passe, agents et spécialistes présents en permanence ou de passage à la Jouvenette devinrent instantanément des « occultistes », la « bestiole », un vampire – à nous, comte Dracula – et l’affaire, une « banale histoire » de poltergeists et de maison hantée. »  Page 175
  • « – James Bond, les gadgets, les pépées… c’est pas notre blot ! Notre boulot non plus, d’ailleurs… Tout ça, c’est le cinoche romantique auquel on croit un peu, quand on est jeune et con… mais au fond, qu’est-ce qu’on est ? Des flics. Des fonctionnaires… Qui se débrouillent pas trop mal, quand même, puisque tous ces jobards guettent toujours les fantômes et pas les soucoupes ! »  Page 176
  • « – D’où vient que tu me fasses ces confidences ? C’est pas top-secret, ça aussi ?
    – Tu penses bien que je parle pas sans autorisation ! Je commence à bien te connaître et toi qu’as envie de sortir un best-seller, tu pourrais te laisser tenter par la pub. Mais fais pas ça, fils, ou pas encore… »  Page 177
  • « J’aurais tout donné pour qu’elle soit là, pour que les événements dont cette maison maudite avait été le cadre n’aient jamais eu lieu et simultanément, j’en bénissais les murs d’avoir su héberger, durant des mois, ce paradis qui faisait aujourd’hui mon enfer. Ne me l’avait-on accordé que pour me le reprendre ? Je n’avais pas la philosophie du prophète Job et de ses collègues bibliques ! J’en aurais demandé raison à Dieu en personne, si j’avais pu le rencontrer face à face…
    Je m’aperçus, soudain, que mon cœur cognait à tout rompre, dans ma poitrine oppressée, et que répartis à travers la pièce, les dormeurs s’agitaient dans leur sommeil. L’un d’eux gémissait à voix haute. James Bond ou pas, ces gaillards étaient tout de même censés ne pas être des femmelettes effrayées par leurs cauchemars… »  Page 179
  • « Mon univers vacillait. Patate avait parlé de « science-fiction », la veille. Moi aussi, j’avais lu pas mal de science-fiction. Des histoires insensées où l’un des personnages créait, sans le vouloir, des situations insolites. Juste en y pensant. Et d’autres histoires où les vœux, les souhaits exprimés se réalisaient, comme dans les contes de fées qui n’étaient, finalement, que des histoires de science-fiction où la magie tenait la place des technologies avancées ! Les citrouilles changées en carrosse et le crapaud en prince charmant. Abracadabra. Que la lumière soit et la lumière fut. »  Page 184
  • « Monika lisait dans mon esprit à livre ouvert. »  Page 195
  • « Je ne savais même plus si Monika me parlait ou si, pour gagner du temps, elle implantait directement certaines notions difficiles dans mon cerveau ouvert devant elle comme un livre aux pages presque blanches… »  Page 200
  • « Rares étaient toujours ceux qui, après Teilhard de Chardin et avec les nouveaux gnostiques de Princeton, Jean Charon, Rémy Chauvin, Costa de Beauregard et j’en passe, commençaient à réintégrer l’esprit dans la matière…
    Pour Monika et les siens, la « bionique » avait toujours été la science souveraine. Ils n’avaient jamais séparé l’esprit de la matière, ils avaient toujours sur que « l’esprit », la « lumière nouméenne » de notre bon vieux Newton, était présente dans cette « unité porteuse de psychisme universel » indifféremment nommée éon, holon ou… électron. »  Page 201
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4,5 étoiles, H, M

Hercule Poirot – Le Meurtre de Roger Ackroyd

Hercule Poirot – Le Meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie

Éditions Hachette (Agatha Christie), 2004, 333 pages

Roman de la série « Hercule Poirot » écrit par Agatha Christie et publié initialement en 1926 sous le titre anglais « The Murder of Roger Ackroyd ».

Dans le petit village paisible de King’s Abbot, trois décès ont eu lieu en peu de temps. Il y a eu monsieur et madame Ferrars à quelques mois d’intervalle et maintenant Roger Ackroyd. Les ragots vont bon train. On dit que Mme Ferrars aurait assassiné son mari pour vivre son amour avec Roger Ackroyd et prise de remord se serait suicidée. Mais qui a tué Roger Ackroyd que l’on a retrouvé poignardé dans son bureau fermé à clé ? Heureusement pour la famille Ackroyd et la petite communauté, Hercule Poirot réside maintenant dans le village. Flora, la nièce de la victime, lui demande d’enquêter pour blanchir son amoureux, Ralph Paton le fils adoptif d’Ackroyd, de tout soupçon. Bien qu’il soit à la retraite, il décide de s’occuper de l’affaire. En l’absence d’Hasting pour le seconder, il va s’allier les services de son voisin le Dr Sheppard qui est le médecin du village et un ami d’Ackroyd. Il devient par le fait même le confident et l’allié de Poirot dans l’enquête. Sa sœur Caroline s’amuse quant à elle à tenir au courant le détective de toutes les rumeurs du village.

Un excellent roman policier de style « énigme en chambre close ». Agatha Christie a su créer, avec cette enquête, une histoire passionnante et captivante. L’intrigue est complexe, comme il se doit d’une énigme de chambre close, mais elle est très bien présentée et surtout bien ficelée. Le déroulement de l’enquête est somme toute classique, mais tout de même très agréable à découvrir. La révélation de l’identité du coupable et du subterfuge utilisé par ce dernier est assez surprenante. De plus, ce roman permet au lecteur une immersion dans les us et coutumes britanniques du début du XXème siècle. La plume d’Agatha Christie est toujours aussi efficace et très élégante. Dans ses textes et surtout dans celui-ci, il n’y a pas de place pour la vulgarité, les règles de la bienséance sont respectées même s’il y a eu meurtres. Les personnages aussi sont fort intéressants et très réalistes. Ils sont tous différents les uns des autres. L’auteur nous permet de découvrir leur personnalité ainsi que les soupçons qui planent sur eux dans l’enquête de Poirot. Les personnages du Dr Sheppard et de sa sœur Caroline sont divertissants grâce à l’humour qu’ils apportent avec leurs interactions et leurs dialogues. Ce roman de la Reine du crime est une très bonne lecture malgré quelques longueurs. Un classique à lire absolument.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 29 octobre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Kipling nous dit que la devise de la gente mangouste pourrait se résumer en cette courte phrase : « Pars et va à la découverte! »
    Si jamais Caroline veut se faire faire des armes parlantes, je lui conseillerai d’adopter l’effigie d’une mangouste. »  Page 16
  • « Elle changea même de sujet et me demanda s’il était exact que certains poisons trompassent les recherches.
    « Ah! répondis-je, vous avez lu des histoires de détectives! »
    Elle avoua en avoir lu.
    « Dans toute histoire de détective, dis-je, il y a généralement un poison rare, qui vient, si possible, de l’Amérique du Sud et dont personne n’a jamais entendu parler. La mort est instantanée et la science est impuissante à comprendre.
    – Existe-t-il vraiment des poisons de cette sorte ?
    Je secouai la tête…
    « Je crois que non, sauf le curare. » »  Pages 28 et 29
  • « Je n’avais jamais cru Miss Russell capable de s’intéresser à des histoires de détectives.
    Je l’évoquai, avec amusement, sortant de sa chambre pour tancer une servante indocile, puis y retournant vivement pour se plonger dans Le Mystère de la septième mort, ou toute autre œuvre de ce genre! »  Page 29
  • « « Pourquoi avez-vous remarqué Ralph Paton ? Parce qu’il est beau ?
    – Pas seulement à cause de cela, encore qu’il ait un physique particulièrement agréable pour un Anglais; en style de roman, il serait qualifié de dieu grec. Non, il y avait, dans l’attitude du jeune homme, quelque chose que je ne comprenais pas. » »  Page 39
  • « Flora me rejoignit près de la vitrine et exprima des doutes sur l’authenticité du soulier du roi Charles.
    « D’ailleurs, continua-t-elle, il me semble ridicule de s’extasier parce qu’une personne a porté ou employé un objet. La plume avec laquelle George Eliot a écrit Le Moulin sur la Floss, par exemple, n’est, après tout, qu’une plume. Si vous admirez Eliot, mieux vaut acheter son livre et le lire.
    – Je suppose, Miss Flora, que vus ne lisez rien d’aussi démodé ?
    – Vous avez tort, docteur, j’adore Le Moulin sur la Floss. »
    Je fus charmé de l’apprendre, car les livres que lisent les jeunes filles, de nos jours, m’épouvantent positivement. »  Page 48
  • « Le cabinet était une pièce très confortable. Un des côtés était garni de rayons supportant des livres, les chaises étaient recouvertes de cuir bleu et, près de la fenêtre, se trouvait un grand bureau chargé de papiers classés avec soin. »  Pages 52 et 53
  • « Je ne vois pas pourquoi il me supposait absolument dénué de perspicacité; je lis des romans policiers, je lis des journaux et je suis un homme assez cultivé. »  Page 84
  • « « Comment! Mais c’est Hercule Poirot, le détective. On dit qu’il a fait les choses les plus merveilleuses, tout comme les policiers des romans. »  Page 90
  • « « Vous rappelez-vous l’homme qui vendit son âme au diable, en échange de la jeunesse ? On en a fait un opéra.
    – Faust ?
    – Oui. Histoire merveilleuse. Beaucoup d’entre nous agiraient ainsi s’ils le pouvaient. »  Page 123
  • « Je me rappelle Mélisande, continua Blunt, elle avait épousé un homme assez âgé pour être son père. »  Page 127
  • « – Et il lui a sans doute donné une émeraude grosse comme un œuf de pigeon? demandais-je ironiquement.
    – Il ne m’en a rien dit… Pourquoi ?
    – Pour rien; je croyais que c’était classique ! Dans tous les romans policiers, l’incomparable détective reçoit des joyaux de la main de ses clients princiers, éperdus de gratitude. »  Page 157
  • « – Tu sembles avoir inventé un conte de fées; tu lis trop de romans, je te l’ai toujours dit. »  Page 159
  • « – C’est cela, l’impasse qui ne conduit nulle part. Il peut en être de même de ces empreintes, elles peuvent ne vous mener à rien.
    – Je ne vois pas bien comment ce serait possible, dit l’officier de police; je suppose que vous croyez qu’elles sont falsifiées ? J’ai lu des histoires de ce genre, mais je n’ai jamais rein constaté de semblable. D’ailleurs, qu’elles soient vraies ou fausses, nous aboutirons toujours à quelque conclusion. »  Page 165
  • « – Nous devons en remercier la Providence, déclara Mme Ackroyd. Je crois fermement en la Providence, dont nous ressentons l’action bienfaisante jusqu’aux extrémités de notre être, comme dit Shakespeare. »  Page 170
  • « – Mais vous pouviez ne pas me dire la vérité ou bien votre montre pouvait être dérangée. Seulement Parker certifie également que nous avez quitté la maison à neuf heures moins dix; nous acceptons donc cette affirmation et nous passons. À neuf heures vous vous heurtez à un homme à la grille du parc. Ici nous arrivons à ce que nous appellerons le « roman du mystérieux étranger »; qu’est-ce qui me prouve que c’est exact ? »  Page 178
  • « Jusqu’au lundi soir, mon récit aurait donc pu être celui de Poirot lui-même. J’étais le Watson de ce Sherlock Holmes, mais ensuite nos voies divergèrent. »  Page 185
  • « – C’est donc bien vous ?
    – Oui… je… il y avait là un ou deux objets intéressants. Je venais de lire une étude à ce sujet, accompagnée de la photographie d’un bibelot qui avait été payé très cher par Christy et qui me paraissait semblable à l’un de ceux que contenait la vitrine. J’eux l’idée de l’emporter la première fois que je me rendrais à Londres et… de… le faire estimer. Voyez quelle agréable surprise c’eût été pour Roger s’il avait eu une grande valeur ? »  Pages 193 et 194
  • « – Voyons, protestai-je doucement vous ne croyez pas possible qu’une jeune fille comme Flora Ackroyd ait été capable de poignarder son oncle de sang-froid ?
    – Je n’en sais rien, répondit Miss Gannett. Je viens de lire un livre sur les bas-fonds de Paris où l’on dit que les pires criminels sont souvent des jeunes filles au visage angélique. »  Page 214
  • « Elle avait eu ce matin-là des nouvelles de quelqu’un qui s’adonnait aux stupéfiants, elle avait lu l’article et elle était venue vous trouver pour vous poser quelques questions tendancieuses. Elle a parlé de cocaïne parce que l’article en question traitait surtout de la cocaïne. Puis lorsque vous avez paru trop vous intéresser à cette question, elle a vite fait dévier le sujet vers les histoires de détective et de posons qui ne laissent aucune trace. »  Page 270
  • « – Il y a des moments où j’ai le grand désir de voir revenir mon ami Hastings, l’ami dont je vous ai parlé et qui réside maintenant en Argentine. Chaque fois que j’avais un cas sérieux il était auprès de moi et il m’a aidé, oui, il m’a aidé souvent. Il avait le don de découvrir la vérité, sans s’en rendre compte lui-même, bien entendu. Il faisait parfois une flexion saugrenue… qui m’apportait une révélation. Puis il avait l’habitude de rédiger un comte rendu écrit des affaires intéressantes. »  Page 294
  • « – Eh bien, j’ai lu quelques-uns des récits du capitaine Hastings et j’ai voulu l’imiter. Il me semblait dommage de ne pas le faire. Occasion unique… probablement la seule fois où je serai mêlé à une affaire de ce genre. »  Page 294
  • « Encore un peu inquiet toutefois, j’ouvris un tiroir de mon bureau et j’y pris une pile de feuilles manuscrites que je lui tendis. En vue d’une publication possible, j’avais divisé mon récit en chapitres et, le soir précédent, j’avais narré la visite de Miss Russell. Poirot était donc en possession de vingt chapitres. »  Page 295
  • « J’appris que Poirot et ma sœur avaient diné ensemble à sept heures et demie et que le détective s’était rendu dans mon atelier pour y terminer la lecture de mon manuscrit. »  Page 295
  • « Poirot était assis près de la fenêtre et le manuscrit était empilé avec soin sur une chaise à côté de lui. Il posa la main dessus et s’écria :
    « Je vous félicite de votre modestie.
    – Oh ! répondis-je un peu étonné.
    – Et… de votre discrétion », ajouta-t-il.
    Je répétai : « Oh !
    – Hastings n’écrivait pas de cette façon, continua mon ami; à toutes les pages, on retrouvait le mot Je et un exposé de ses pensées et de ses actions; tandis que vous, vous êtes resté à l’arrière-plan et vous ne vous êtes guère mis en scène qu’une ou deux fois dans des tableaux de votre vies domestique, dirions-nous. » »  Page 296
  • « C’est un compte rendu très prévis et très détaillé. Vous avez rapporté tous les faits fidèlement et exactement, bien que vous vous soyez montré trop modeste en ce qui concerne la part que vous y avez prise. »  Page 296
  • « – Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai fait allusion aux réticences de votre manuscrit ? me dit Poirot. Il est parfaitement sincère dans l’exposé des faits qu’il raconte… mais il ne raconte pas tout, n’est-ce pas, mon ami ? »  Page 311
  • « Mais souvenez-vous que, juste devant la fenêtre, se trouvait une table chargée de livres et de journaux. »  Pages 318 et 319
  • « Le Capitaine Ralph Paton doit être disculpé, cela va sans dire, et je vous propose de terminer votre intéressant manuscrit… en renonçant à vos réticences. »  Pages 328 et 329
  • « Étrange fin du récit que je voulais publier quelque jour pour décrire un échec de Poirot. »  Page 331
  • « Je suis assez satisfait de moi comme écrivain. »  Page 332
  • « Lorsque j’aurai fini d’écrire, je mettrai le manuscrit dans une enveloppe que j’adresserai à Poirot.
    Ensuite… que choisirai-je ? Du véronal ? Il y aurait là comme une sorte de justice poétique. »  Page 334
3,5 étoiles, R, T

Ravenloft, Book 05 : Tapestry of Dark Souls

Ravenloft, Book 05 : Tapestry of Dark Souls d’Elaine Bergstrom

Editions TSR (Ravenloft), 1993, 310 pages

Cinquième tome de la série « Ravenloft » écrit par Elaine Bergstrom et publié initialement en 1993.

Dans un vieux monastère perché sur une montagne en Markovia, un petit groupe de moines veille et contrôle une tapisserie ensorcelée. Elle est la création d’une magie très ancienne et possède le pouvoir d’envoûter les êtres maléfiques en exacerbant leurs penchants négatifs pour les capturer. Les entités ainsi emprisonnées dans le tissu augmentent son pouvoir. Les Gardiens connaissent la puissance de la tapisserie et doivent l’empêcher d’accomplir son méfait. Malheureusement, les moines sont de plus en plus vieux et moins nombreux et ils se retrouvent dans l’impossibilité de garder leurs emprises sur la tapisserie. Leur salut viendra-t-il d’un jeune bambin né dans le monastère et dont la mère, Leith, a disparue peu de temps après l’accouchement ? Selon les dires de celle-ci, Jonathan serait le fils d’un des êtres captifs dans la tapisserie. Mais, il pourrait aussi être celui qui libérera la tapisserie du contrôle des moines.

Un roman introductif au monde d’horreur-gothique. L’histoire est bâtie en trois sections, chacune étant dédiée à un des personnages principaux. La première partie est consacrée à la découverte du monde étrange de Markovia par Leith. La seconde est dédiée à son fils Jonathan, à sa vie au monastère mais aussi dans la ville de Tepest et à la découverte de ses pouvoirs. La troisième partie est dédiée au père de Jonathan. Cependant les coupures entre les sections sont trop drastiques, le lecteur a l’impression de carrément de changer d’histoire, surtout entre la première et la deuxième section. Le style de l’auteur est très inégal dans ce texte. Il passe d’hyper descriptif à certain moment à trop concis à d’autres, avec un rythme global très lent. Le point fort de l’auteur est sa façon de construire les personnages. Ils sont tous intéressants, crédibles et chacun a un rôle à jouer dans l’histoire. Ce qui est aussi intéressant c’est que le lecteur perçoit l’évolutions des personnages dû à l’envoûtement de la tapisserie tout au long du texte. Une lecture intéressante et divertissante avec un sujet original qui permet de découvrir l’univers des jeux de types « Donjons et Dragons ».

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 19 octobre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « The following tale is told on the oldest scroll preserved by the Order of the Guardians. Its edges are charred, though the tale itself is intact. »  Page 1
  • « He paused. I saw the anguish in his face, but I didn’t ask him to stop the tale. »  Page 50
  • « « There must be some way to destroy it, » I said.
    « There is a prophecy written on one of our few remaining scrolls. One day love will corrupt the cloth. One day corruption from within will destroy it. We don’t understand the words, but they give us hope that the future may be less burdensome than the past. »  Page 51
  • « The main passage led to a long, stone-walled room, which smelled of musty paper and dried herbs. The space was filled with leather-bound books and stacks of scrolls. »  Page 65
  • « As we neared him, I saw that he was making notes in the margins of one of the books. »  Page 65
  • « Dirca left us, and I told him everything.
    « Am I harming my child? » I asked when I had finished.
    He paused long enough to open a book and read a few words. »  Page 65
  • « I asked, the, for some means to set down the story of Vhar and me and the cloth. On this scroll, I have written far more than that, but someday you, my son, must understand the reason for what I now do. »  Page 86
  • « Brother Dominic, head of the Order of the Guardians, sat at a table in the dining hall, his face buried in his open palms. Leith’s legacy to her son lay unrolled in front of him. »  Page 88
  • « Now, far too late to help her, the Guardians had found the scroll she had hidden in their library.
    Now, they understood.
    Though many of their questions had been answered by the scroll of Leith’s tragic account, another, far more serious question had been raised. »  Page 89
  • « « Cast an aura around the child. Green, I think. When I pass my amulet through the aura, brighten it. That should be convincing enough. Afterward, we’ll send the child away. »
    Leo nodded and pulled his spellbook from the library shelf. While Dominic sat, parrying that his decision had been the right one, Leo memorized the words and gestures of a simple spell.
    At length Leo, closed the book, and the pair joined the other Guardians in the dining hall. »  Page 91
  • « Again in the library, Leo placed his hands over the final words of Leith’s account. He recited a simple incantation and Leith’s words blurred, lightened, and vanished. Taking a pen and imitating her painstaking script, he revised her legacy. Afterward, he read through the account, altering any references to Jonathan’s parentage to make him seem clearly Vhar’s son. The rest of the account remained as Leith had written it. He placed the scroll in a carved stone box in the library with the other histories of the tapestry, then locked the box with a complex spell he and Dominic alone could undo. None of the other Guardians could read, but surely others, thieves and necromancers, would find the histories a key to power. »  Page 93
  • « « What’s the use of learning this if I can’t use it? » Jon once complained.
    « For protection. But if you display your power outside theses walls for any reason except to save your life, I’ll burn your spellbook. Do you understand? » »  Page 119
  • « If he assured his teacher of his sincere desire to obey, Leo would continue to allow him to copy the spells he had perfected into his own book. »  Page 119
  • « Jonathan had discovered a spell in one of Leo’s books that he thought would make his teacher obey him. He wished he had the courage to try it. »  Page 138
  • « Finally, on the night the wine was given its final staining and was placed in the aging kegs, Ivar asked the boy to join him in the cave beneath the inn. « And bring your spellbook, » he added.
    Jonathan, nervously holding a book in both hands, followed the white-haired man down the winding stairs. »  Page 155
  • « A half-dozen candles lit the space, amd Jon set the book between them. Before Ivar opened it, he ran his fingers over the leather cover Jon had made for it, examined the braided binding. The boy had done much with his meagre supplies. He clearly loved his chosen craft.
    The fist pages were filled with the intricate directions and incantations even the simplest spells required. Most dealt with fire, a fact that hardly surprised Ivar. « You have so few pages in your book, » Ivar commented. »  Page 155
  • « Your spellbook will be kept here or hidden in your room. You must show it to no one, give strangers no hint it exists. That’s the second part of our pact. »  Page 156
  • « Ivar smiled tightly and turned the book to face his pupil. « Now show me what you know. Take whatever time you need to prepare. »
    Jonathan scanned his spellbook, then collected the materials he needed for casting. »  Page 157
  • « At last, exhausted by his display, he closed his book, dropped his hands to the table and stared at Ivar. »  Page 157
  • « Closing his book, he laid it beside Ivar’s thick tomes and scrolls, doused the fire in the hearth, and blew out the candles. »  Page 160
  • « You’ll begin down there, » he said, pointing down t the cavern. « Among my scrolls are two tied with black ribbons. Before you wander these hills alone, read them both. »  Page 161
  • « Jon usually laid a fire on the hearth for warmth, but the light came from cold, glowing balls that floated above his shoulders, illuminating the scrolls he read. »  Page 180
  • « One night, when Jonathan was placing his most recent reading back on the shelves, a shadow touched a scroll near the bottom of the pile. »  Page 180
  • « A scroll was hidden there. Jon had never read any of the scrolls Ivar forbade him to touch, but this wasn’t one of them. Perhaps Ivar hid this one before Jon came, then forgot about it. He pulled it out and noted that its edges were yellowed and brittle. He untied the twine and unrolled it. With the lights dancing above his shoulders, he began to read, struggling to comprehend the strange dialect, the faded, trembling scrawl of its creator. »  Page 181
  • « Nearly all our order’s scrolls were destroyed; the spell that contains the dark souls on the cloth is known through memory alone. »  Page 184
  • « The account ended as abruptly as it had begun. Jonathan sat and stared at the writing. He recalled Maeve’s mention of the tapestry and knew he had discovered the secret the order guarded. « Thank you, » he whispered to the shadow that had guided him to the scroll. As he returned the scroll to the ledge on which it had been hidden, his attention was drawn to the crevice beyond its resting place. »  Page 184
  • « With precise care, he copied in a second spellbook every incantation he had learned. He had many he had ignored because they couldn’t be worked in the close confines of Ivar’s chamber, and he was forbidden to cast them outside. »  Page 185
  • « As he recited the poetry aloud, he heard the whisper once again. »  Page 186
  • « In the past, he had been allowed to read the scrolls kept in the polished chest of drawers that covered one wall. He would find no secrets there, he knew. »  Page 192
  • « Inside were scrolls written in Leo and Ivar’s familiar hands. He ignored those, seeking one whose parchment seemed newer, whose small script was unfamiliar. »  Page 192
  • « By the time Jon finished his mother’s account, his hands were clenched int fists, white knuckles showing the emotion the rest of him hid. He rolled the scroll, tied it and returned it to its box. »  Pages 192 et 193
  • « He waited with one of the common scrolls unrolled on the table before him until the Guardians began their chant. »  Page 193
  • « I’m the pale man that destroyed the Guardians’ shrine, » he added; the boy had already told him of the scroll he had read. »  Page 210 et 211
  • « More words, a slight shake of Morgoth’s head, and the smoke gradually assumed the shape of a closed book. Its gold cover was decorated with intricate, overlapping circles and runes. As Jon intently listened to the words of the spell, je saw the pattern grow more ornate with each moment. Finally, his father lowered the sphere to his chest and whispered a final word. The sphere vanished and the book opened to a central page.
    Morgoth read the words aloud, the same word he had used to conjure the book. » Pages 212 et 213
  • « He walked to Jon and laid the heavy tome in his hands.
    « Look at it, Morgoth said.
    Jon did. The pages contained small, precise hand=writing. Fire spells. Freezing spells. Spells t summon monsters, to make creatures do the caster’s bidding. « The first spell you will learn will be one to improve your concentrations, » Morgoth said. »  Page 213
  • « Ivar’s scrolls and spellbooks are in a cavern joined to ours. »  Page 214
  • « He thought of the words that Leith had written, the uneven scrawl of her hand.
    Her account had made it seem certain that he was Vhar’s child, conceived well before her night of terror in the shrine. Now hi knew that wasn’t true, that je was Morgoth’s child. Would his mother have taken so much time to put down her story only to lie to him an the end? He knew she wouldn’t. Someone had changed her word, magically erased and reformed them in his mother’s hand. »  Page 214 et 215
  • « Leo went into the library and discovered the unsealed box containing Leith’s legacy to her son. Though it was difficult to be certain, he believed that the seal had been broken for some time.
    « You should’ve shown him his mother’s scroll years ago, » Mattas said. »  Page 237
  • « Ivar opened his spellbook and refreshed his memory of a spell any apprentice could cast. »  Page 247
  • « In the morning, so early that even Dirca wasn’t at her place in the kitchen, Ivar packed his books into a vloth bag, took his staff form the cavern, and began the walk to the fortress. »  Page 247
  • « He watched his father open his gold-covered spellbook, noting with pride the ones Jonathan had already mastered.»  Page 253
  • « Jonathan knew his shift in allegiance endangered them all, but Sondra most of all.  He entered Linde through his cave and hid in Ivar’s cavern until the inn was quiet. He collected the spellbooks, and a bit fo money. »  Page 262
  • « « I take back the power I have given you, Morgoth’s voice whispered. The bundle of spellbooks was ripped from Hon’s belt and disappeared into the flowing fog. »  Page 264
  • « As down broke, he returned to Ivar’s cavern. He took his teacher’s remaining spellbooks from their hiding places and carried them back to the milky cavern. There, with Sondra sleeping nearby, he began to read.
    Hours passed as he memorized spells for his final battle. Je thought often of the prophecy mentioned in his mother’s legacy – One day love will corrupt the cloth. One day corruption from within will destroy it. »  Page 289
  • « He closed the book and waited anxiously for Morgoth to come to him. »  Page 289
  • « Morgoth held his spellbook in one hand. »  Page 289
  • « He laid his spellbook in front of Jon and opened it. « Read this, the go to the fortress, » he said and left Jon string numbly at the page. »  Page 291
4,5 étoiles, C, P

Les contes interdits, tome 3 – Peter Pan

Les contes interdits, tome 3 – Peter Pan de Simon Rousseau

Éditions AdA, 2017, 230 pages

Troisième tome de la série « Les contes interdits » écrit par Simon Rousseau et publié initialement en 2017.

Jacques Dolan est un enquêteur à la retraite du Service de police de la Ville de Québec depuis qu’un accident de travail lui a fait perdre une main. Ses anciens collègues le surnomment affectueusement Hook à cause de la prothèse en forme de crochet qui remplace sa main. Pour occuper ses journées, Jacques traîne sur les différentes scènes de crime et aide ses anciens collègues. Depuis quelques temps, il y a eu plusieurs suicides où les gens se lance en bas de bâtiment. La rumeur veut que ce soit une nouvelle drogue « la poudre de fée » qui donne l’impression d’être capable de voler. Suicides ou surdose, la question se pose. Sa routine sera chamboulée par l’appel d’une ancienne flamme qui lui demande d’enquêter sur la disparition de ses trois enfants. Ils ont disparu tous les trois le même soir. Fugue ou kidnapping ? Jacques n’a pas d’autre choix que de partir à la recherche de Wendy, Michel et Jean. Au cours de sa carrière, Jacques en a vu de toutes les couleurs, mais rien de tout cela ne l’avait préparé pour affronter ce qui se passe à Neverland.

Une reprise sanglante du roman de James Matthew Barrie « Peter Pan, ou le garçon qui ne voulait pas grandir ». Simon Rousseau a utilisé le canevas du roman pour le revisiter dans le genre de l’horreur. Il offre ainsi une histoire sordide sous forme de roman policier où les liens entre les deux textes se font facilement. Le côté horreur est apporté par des thèmes très lourds, trop lourds vu la grande quantité, tel que la pédophilie, la drogue, la torture, la prostitution juvénile et bien d’autres. L’écriture de Rousseau est très efficace et rapide. Il décrit les scènes d’horreur de façon très réaliste sans tabou, même en décrivant les pires penchants de l’homme. Les personnages sont tous bien campés et surtout très colorés dans leurs travers. Les personnages les plus flamboyants dans l’horreur sont sans contredit ceux de Clochette qui a tous d’une désaxée nymphomane et celui de Peter Pan. Ils sont très loin des personnages créés par Barrie. Une très bonne lecture malgré la présence d’une violence à la limite du soutenable. Cet opus mérite sans contredit sa place dans cette série d’horreur pour public adulte et averti.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 10 octobre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Passionné depuis toujours des récits d’aventures, plus particulièrement de ceux de pirates et de corsaires, il enviait la complète liberté de ces personnages tous plus marginaux les uns que les autres. Il n’avait jamais été un grand lecteur, mais il n’avait pu s’empêcher de relire des dizaines de fois des romans tels que l’Île au trésor, de Robert Louis Stevenson, ou encore Moonfleet, de J.M. Falkner, des récits dépaysants qui l’aidaient à oublier ses repères contemporains. »  Pages 6 et 7
  • « Antoine Smee, début trentaine, devait à peine mesurer 1,60 mètre tout en étant pourvu d’une généreuse bedaine de bière et de membres boursouflés. On ne pouvait quand même pas le qualifier d’obèse, puisque sa corpulence s’avérait juste assez importante pour que, combinée à sa hauteur, on le prenne pour un nain. Non pas un nain comme Tyrion du Trône de Fer, mais plutôt un nain tel que Gimli du Seigneur des Anneaux. »  Pages 54 et 55
  • « – Les deux garçons ont été impliqués dans un trafic de marijuana. Paraitrait même que ce n’était pas la première fois. C’est pour ça qu’ils étaient au Gouvernail. Ils ne te disent rien ?
    Le nain à la Tolkien se gratta la barbe :
    – Désolé, Hook. Jamais vus. Tu sais bien que je ne trempe jamais dans les combines qui impliquent des jeunes… »  Page 57
  • « – T’as vu le film Fight Club ? Bah, ça pourrait ressembler un peu à ça… mais avec quelques petites touches originales. »  Page 58
  • « – Brad Pitt.
    Hook se sentit idiot. Et si Smee ne lui avait pas donné le bon mot de passe ? Après tout, prendre le nom d’un acteur de Fight Club pour une soirée clandestine comme celle-là, fallait être sacrément culotté. »  Page 65
  • « Hook comprit en s’approchant que l’intervenant s’était faufilé jusqu’à des bennes à ordures semblables à celles qui camouflaient l’entrée du « Fight Club » aux passants, sauf que celles-ci étaient adossées à une clôture délimitant la cour de l’ancienne bâtisse industrielle. »  Page 69
  • « L’enquêteur attendit de longues secondes sur place, guettant le moindre bruit de l’autre côté de la porte. Il cogna de nouveau. Son instinct lui dictait que quelqu’un l’observait, attendait… et il avait raison. Un grand homme noir au visage carré, et barraqué comme Hulk, lui ouvrit. »  Page 93
  • « Le gaillard était doté d’un fort accent haïtien et d’étranges tatouages faciaux qui rient frémir Hook. Il l’imaginait aisément participer à de sombre cérémonies vaudoues, rituels endiablés dansants dédiés au Baron Samedi ou à d’autres entités obscures semblables, capables de percer avec plaisir la peau de leurs ennemis à distance comme lui pouvait broyer les os des désagréables clients du bar. Jacques chassa ces pensées stéréotypées – voir racistes – de son esprit et tenta de ne pas se laisser intimider par l’imposante stature du bonhomme qui ressemblait un peu à John Coffey de La Ligne Verte, personnage du film tiré du roman de Stephen King, sans ses pouvoirs guérisseurs ne sa bonté contagieuse. »  Page 94
  • « Lunettes fumées du début des années 2000, long manteau sombre, cheveux lissés vers l’arrière, teint pâle et silhouette svelte; un vrai Keanu Reeves de La Matrice avec une calvitie légèrement plus avancée. »  Page 98
  • « Si Hook préférait la solitude, le cigare, les vêtements de marque, la littérature et vivait dans un luxueux condo, Béliveau avait une famille, un labrador, vivait en banlieue de l’autre côté du fleuve et affectionnait la bière, le hockey, les habits souples et la patches Nicorette. »  Page 128
  • « Il avait un mauvais pressentiment. Il n’aurait jamais dû prendre cet appel. Il aurait dû finir son verre, quitter ce bar, partir fumer un bon cigare chez lui, lire un livre et tout oublier de cette histoire. »  Page 167
  • « – Veux-tu savoir comment j’ai eu ces dents-là?
    Jacques voulut rétorquer qu’il s’en moquait, mais le Crocodile pouffa de rire avant qu’il ne parle.
    – J’te nargue ! J’suis juste un peu trop fan du Joker de Heath Ledger pis de ses cicatrices.
    – C’est drôle, j’étais sûr que tu serais plus du genre à tripper sur Hannibal Lecter…, plaisanta avec mépris le détective.
    – Elle était trop facile, Dolan; je l’ai entendue trop souvent, celle-là… Il est tellement overrated, Hannibal ! Y se fait prendre trop souvent. »  Pages 176 et 177
  • « – J’ai cherché une solution, l’interrompit-il, le regard illuminé. Dans ma tête, je serai jamais un grand, ça, je le sais. Mais mon corps, lui ? Donc, les fois que je suis allé dans le monde des adultes, j’ai fouillé pour trouver des solutions. J’ai fini par découvrir les vampires. Ils me passionnent. Dracula, Lestat, Barnabas Collins… j’ai vu tout ce qu’il y avait à voir sur eux!
    Clochette n’en croyait pas ses oreilles. Était-il possible que Pan soit assez dément pour prendre les propriétés de ces créatures de fiction pour une réalité? Certainement. Après tout ce qu’il avait vécu, comment aurait-il pu distinguer la folie et les rêveries du bon sens ?
    – Ils ne vieillissent jamais, Clochette ! Jamais ! Parce qu’ils boivent du sang. »  Pages 191 et 192
  • « Il pleuvait des cordes, si bien que Hook pénétra dans l’établissement complètement détrempé. À l’intérieur attendaient deux femmes. L’une, plus vieille et surprise de devoir accueillir un visiteur, lisait un bouquin du genre chick lit sur son bureau de réceptionniste. »  Page 198
  • « L’empalement était un processus extrêmement long au cours duquel la victime pouvait demeurer consciente durant des heures avant de s’évanouir ou de trépasser. Une mort atroce. Le manchot ne put s’empêcher de songer aux récits sur Vlad III l’Empaleur, l’homme ayant inspiré Bram Stoker pour son personnage de Dracula, qui vouait une véritable passion pour l’empalement. Certaines sources relataient même qu’il appréciait savourer ses repas devant les pauvres âmes subissant son châtiment. »  Page 203
3,5 étoiles, I, Q

La quête d’Ewilan, tome 3 : L’île du destin

La quête d’Ewilan, tome 3 : L’île du destin de Pierre Bottero

Éditions Rageot, 2003, 267 pages

Troisième et dernier tome de la saga « La quête d’Ewilan » écrit par Pierre Bottero et publié initialement en 2003.

Ewilan et sa troupe sont bien heureux d’avoir réussi leur mission de sauver les Sentinelles qui peuvent maintenant défendre l’Empire contre les Ts’liches. Mais pas de répit pour Ewilan, car ses parents sont toujours prisonniers et elle veut les libérer. Cette deuxième mission plus personnelle celle-là ne sera pas sans danger. En premier lieu elle devra découvrir où ses parents sont tenus prisonnier. Elle devra donc affronter la perfide Eléa Ril’ Morienval qui est prêt à tous pour la faire échouer et garder secret l’endroit où sont enfermé les parents d’Ewilan. Elle reprendra la route avec son petit groupe d’amis mais aussi avec de nouveaux venus. Au court du périple elle rencontrera le grand Merwyn qui la convaincra d’aller chercher son frère pour l’aider dans sa quête. Ce sera ainsi l’occasion pour eux de se connaitre et d’en apprendre davantage sur leur passé.

Un dernier tome qui permet de découvrir les origines d’Ewilan. Bottero continu à nous surprendre dans ce dernier tome en nous offrant une nouvelle mission en prolongement de la première. Cette nouvelle quête permet au lecteur de découvrir l’histoire de la famille d’Ewilan et d’Akiro. Dans la continuité des deux premiers tomes, la plume de l’auteur demeure très belle et fluide. Il sait décrire les émotions de façon très réaliste. Le point fort de ce tome est qu’il permet d’approfondir notre connaissance de certains personnages. Chacun ayant évolué et les relations s’étant créés durant les deux premiers tomes et cela se ressent à la lecture du texte. Dans ce troisième tome nous retrouvons les mêmes petits défauts tel que des situations attendues, quelques longueurs dans l’action. Malheureusement le coté moralisateur de ce troisième tome est un peu déconcertant. Que dire de la leçon de féminisme que la jeune frontalière Siam donne à Ewilan en lui disant de « cogner les garçons » pour ce faire respecter. Vraiment c’est le message que l’on veut passer aux jeunes lectrices qu’à toute situation violence est bonne ? Une bonne trilogie fantasy jeunesse qui nous fait voyager dans le merveilleux monde de Gwendalavir.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 22 septembre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Loup du Nord : Mammifère puissant et extrêmement intelligent qui chasse en meute. Il est plus redoutable qu’un ogre et presque autant qu’une goule. Il ne s’intéresse heureusement que très peu aux hommes et à leurs activités. Sauf quand il a faim…
    Encyclopédie du Savoir et du Pouvoir »  Page 13
  • « Quand Edwin la retrouva, agenouillée au centre de la clairière déserte, elle pleurait, et chacune de ses larmes était un poème offert à l’amour perdu de Merwyn. »  Page 29
  • « Une question revenait sans cesse à son esprit : était-il possible que Merwyn ait été le Merlin des légendes de l’autre monde ?
    Pendant de longues soirées solitaires dans la bibliothèque des Duciel, elle s’était passionnée pour les aventures des chevaliers de la Table ronde et de Merlin l’Enchanteur. Elle connaissait parfaitement l’amour éperdu qui liait ce dernier à la fée Viviane. De telles correspondances entre les noms pouvaient-elles être de simples coïncidences ? »  Page 30
  • « — Tu as eu beaucoup de chance. Personne ne connaît avec exactitude les origines de Merwyn, ou du moins, ne se les rappelle. Il est arrivé au moment où l’humanité vivait une de ses périodes les plus noires et il a apporté l’espoir puis la victoire. Rares sont les légendes qui ne l’évoquent pas et, si bien des empereurs sont aujourd’hui oubliés, le souvenir de Merwyn perdure alors qu’il est mort il y a mille cinq cents ans. Tu sais comment il a brisé le verrou ts’lich, mais tu ignores que, peu après avoir été chassés des Spires, les guerriers lézards qui se savaient incapables de vaincre Merwyn dans un affrontement direct ont décidé de se débarrasser de lui par la ruse.  Page 32
  • « — Et Merwyn ? demanda-t-elle. Qu’est-il devenu ?
    — Il a disparu. D’aucuns soutiennent qu’il est devenu fou de chagrin, que ses larmes ont créé le lac Chen, que sa colère a fait jaillir la chaîne du Poll… ce ne sont que des légendes. La seule certitude, c’est qu’il ne s’est plus jamais manifesté. »  Page 34
  • « Il fallut plus d’une heure à Camille pour retrouver sa sérénité. Elle ne regrettait pas d’avoir passé sous silence la légende de Merlin et Viviane. La réalité alavirienne était tellement plus belle… »  Page 34
  • « — Ferme les yeux, lui ordonna-t-elle, et fais-moi confiance. On va essayer différemment.
    — C’est injuste, protesta Salim. Tu sais bien que si tu me prends par les sentiments je suis capable de te suivre comme un aveugle jusqu’au bout du monde. Encore plus loin peut-être…
    — Tu joueras une autre fois au poète, se moqua gentiment Camille. On y va.
    Elle le guida avec douceur et, stupéfait, Salim sentit un premier degré sous ses pieds, puis un deuxième. »  Page 73
  • « — Désolé, ma vieille, mais je ne pige pas un mot à ce que tu racontes…
    — Ça ne fait rien Salim, ça ne fait rien. Cette île s’appelle Avalon.
    — Comme dans la légende d’Arthur ? L’île de Merlin ?
    — Oui… Allez, viens. Continuons. »  Page 76
  • « — Merci Merwyn, ou devrais-je dire Merlin.  L’inconnu éclata d’un rire frais.
    — Bravo, jeune fille. Je suis heureux que la première personne à qui je parle depuis des siècles soit aussi vive que toi. »  Page 77
  • « J’ai connu Arthur, Lancelot et Perceval… mais c’était ailleurs, dans une autre histoire.
    Merwyn Ril’ Avalon. »  Page 80
  • « Siam était là, installée dans un fauteuil, les jambes passées par-dessus un accoudoir. Elle lisait un épais volume relié de cuir qu’elle referma en voyant Camille se redresser dans son lit. »  Page 80
  • « — Bien sûr, à l’époque, ils portaient des noms d’emprunt. Alain et Élise. Dès que nous les avons vus, Bernard et moi avons été séduits. C’étaient les êtres les plus captivants que nous avions jamais eu l’occasion de rencontrer. Leurs connaissances étaient immenses et totalement ouvertes, leurs goûts variés.  Ils étaient attentifs aux autres, les côtoyer était un pur plaisir. Ils avaient en outre un côté mystérieux qui les rendait terriblement attirants. Ils se disaient écrivains, mais refusaient de parler de leurs œuvres et certaines choses pourtant évidentes les laissaient parfois aussi étonnés que des nouveau-nés. Ils possédaient ainsi un savoir sur la musique ou la littérature à faire mourir de jalousie les plus grands spécialistes, puis nous bombardaient de questions naïves sur le fonctionnement de nos institutions politiques… Très vite, nous sommes devenus amis. Nous nous voyions pourtant par intermittence. Le travail de Bernard nous entraînait au loin, pendant des semaines, eux disparaissaient souvent plus longtemps encore sans que nous sachions où. C’est lors d’une soirée chez Hervé qu’Alain et Élise nous ont révélé la vérité. »  Page 106
  • « Ils se matérialisèrent dans la bibliothèque de la Citadelle dont Camille avait soigneusement mémorisé l’apparence. Il avait été convenu qu’à tour de rôle, quelqu’un les y attendrait, au cas où ils auraient besoin d’aide. Siam était là, feuilletant un épais manuscrit relié de cuir. Quand ils apparurent, elle se leva souplement et s’avança vers eux. »  Page 129
  • « Camille soupira de soulagement pendant qu’Ellana regardait le bouquet que Siam tenait à la main.
    — Des fleurs poussent entre les livres de la bibliothèque ? demanda la marchombre, un rien moqueuse. »  Page 132
  • « Pollimage : Le Pollimage est un fleuve démesuré, mais son débit n’explique qu’en partie l’immensité du lac Chen. Un gigantesque réseau hydraulique souterrain alimente le fleuve et le lac, laissant supposer l’existence d’un véritable monde sous la surface de Gwendalavir.
    Encyclopédie du Savoir et du Pouvoir »  Page 165
2,5 étoiles, P

Paper Money

Paper Money de  Ken Follett

Éditions Le Livre de Poche, 2013, 333 pages

Roman écrit par Ken Follett et publié initialement en 1977 en anglais sous le même titre et le pseudonyme de Zachary Stone.

Beaucoup de choses se passent en vingt-quatre heures dans la ville de Londres. En cette journée de 1970, le directeur de cabinet Tim Fitzperson pour la première fois après quinze ans de mariage commet l’impassible en trompant sa femme avec une belle rousse rencontrée dans un bar. Et si cela se savait, qu’elle serait l’impact sur son projet de se présenter pour devenir Premier ministre ? Derek Hamilton qui est un magnat de l’édition pense à quitter et vendre ses actifs de Hamilton Holdings mais qu’en diront ses garçons à qui il pensait léguer la compagnie ? Que répondre au banquier Felix Laski qui lui a fait une offre d’achat qu’il ne peut refuser ? Tony Cox, un mafieux, rassemble ses hommes pour attaquer un fourgon de transports de fonds. Et si tous ces événements avaient un lien commun ? C’est ce que veut prouver et écrire le jeune journaliste de l’Evening Pos,t Kevin Hart. Selon lui, la presse se doit d’informer ses lecteurs et être indépendante à tout prix mais il est freiné dans son élan par son patron.

Un bel exercice de liaison entre plusieurs faits divers. L’auteur a construit un roman qui plonge le lecteur dans la vie de plusieurs personnages de différentes strates sociales, dont les chemins vont finir par se croiser. Au début, chaque petite histoire capte l’attention du lecteur mais par manque de liens entre elles l’attention s’estompe pour devenir de l’agacement. Le lecteur se demande rapidement où l’auteur veut l’amener. La jeune plume de Ken Follett est simple et son point fort est qu’il décrit bien l’environnements dans lequel évolue ses personnages. Malheureusement comme il n’y a pas de personnage principal on a de la difficulté à enter dans l’histoire. Cependant chacun des personnages créés par Follet est crédible et intéressant. Un roman qui fait découvrir la ville de Londres d’il y a quarante ans selon plusieurs milieux de la société : politique, criminel, journalistique… Finalement, un roman qui se laisse lire si la lecture se fait sur une courte période de temps pour ne pas confondre les personnages.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 13 septembre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Le bureau en bois aurait tout à fait trouvé sa place dans une entreprise, tout comme la vieille télé en noir et blanc, l’armoire à dossiers et les étagères pleines de bouquins de droit ou d’économie et de bulletins Hansard sur les débats du Parlement. »  Page 14
  • « À une époque, il n’avait vécu que pour elle, s’habillant selon ses goûts, lisant le genre de littérature qu’elle aimait – les romans –, trouvant d’autant plus de bonheur à s’engager en politique que les succès qu’il y remportait semblaient la combler. »  Page 20
  • « Il n’avait d’ailleurs pas le souvenir d’avoir un jour connu ce sentiment. La satisfaction, oui. Celle d’avoir écrit un rapport clair et intelligent, par exemple, ou encore d’avoir remporté l’une de ces innombrables petites batailles qui se tiennent au sein d’un comité ou à la Chambre des communes ; celle de lire un grand auteur ou de goûter un bon vin. »  Page 22
  • « — Le fait est qu’entre six heures du soir et minuit, je préfère consacrer mon temps à gagner cinquante mille livres plutôt qu’à regarder des acteurs faire semblant de s’étriper à la télé. »
    Peters sourit, amusé : « Alors, comme ça, l’esprit le plus créatif de la City n’aurait pas d’imagination !…
    — Comment cela ?
    — Vous ne lisez pas de romans non plus ? Et vous n’allez pas davantage au cinéma ?
    — Non.
    — Vous voyez ! Il y a en vous un angle mort : vous ne percevez pas les bienfaits de la fiction. C’est un manque dont souffrent souvent les grands hommes d’affaires, mais qui est compensé par une perspicacité surdéveloppée, semble-t-il. Comme les aveugles, qui ont l’ouïe particulièrement fine. » »  Page 29
  • « Jasper Hamilton était un imprimeur dans l’âme : passionné par les caractères, enthousiasmé par les nouvelles technologies, amoureux des presses et de leur odeur d’huile. Lui était plutôt un homme d’affaires : il avait investi les dividendes dans des affaires aussi diversifiées que l’importation de vin, la grande consommation, l’édition, les fabriques de papier et la publicité radiophonique. En cela, il avait atteint son objectif premier, celui de transformer habilement ses revenus en une véritable fortune, tout en réduisant ses impôts. Il s’était détourné des bibles, affiches et éditions de poche si chères à son père pour ne plus s’intéresser qu’aux liquidités et au rendement. »  Page 57
  • « En conséquence, Tony réglait toujours ses transactions en liquide, et sa mémoire lui tenait lieu de livre de comptes. »  Page 84
  • « « Le bureau, dis-moi, c’est uniquement pour le décor ? Je ne me souviens pas de t’y avoir vu assis !
    — Prends un siège, Derek. Un thé, un café, du sherry ?
    — Un verre de lait, s’il te plaît.
    — Si vous voulez bien faire le nécessaire, Valerie… » Il adressa un petit signe de tête à l’intention de la secrétaire qui s’éclipsa sur-le-champ. « Ce bureau ? Je ne m’en sers jamais. Tu voudrais que je reste assis derrière, comme les employés dans les romans de Dickens ? En fait, je dicte tout mon courrier, et aucun des livres que je lis n’est trop lourd pour que je ne puisse pas le tenir entre mes mains. »  Pages 111 et 112
  • « Max avait toujours rêvé d’être détective, mais ayant raté l’examen d’entrée à la police, il s’était rabattu sur ce boulot dans la sécurité. Grand amateur de romans policiers, il nourrissait l’illusion que la meilleure arme de la police criminelle, c’était la déduction logique. »  Page 120
  • « Son propre bureau était petit, composé d’une table avec trois téléphones, d’un fauteuil pivotant, de deux chaises pour les visiteurs et d’un long canapé en tissu, adossé au mur. À côté du coffre-fort mural, une bibliothèque affichait une quantité impressionnante d’ouvrages sur la législation des entreprises et la fiscalité. »  Page 124
  • « Il choisit ses mots avec soin : « C’est bien la première fois que je m’interroge sur la certitude ou je-ne-sais-quoi de notre relation.
    — Arrête, on croirait entendre un président de société ânonnant son rapport annuel !
    — D’accord, à condition que tu cesses de jouer les héroïnes de roman à l’eau de rose. À propos de rapport annuel, je suppose que c’est la raison de sa déprime ? »  Page 131
  • « Laski se planta devant sa bibliothèque, regardant sans le voir l’Annuaire des directeurs de société. »  Page 132
  • « Les autres collaborateurs entrèrent en groupe : le responsable des illustrations, boudiné dans sa chemise – ses cheveux mi-longs auraient néanmoins fait envie à bon nombre de femmes ; le rédacteur sportif, en veston de tweed et chemise mauve ; le responsable de la partie magazine, avec sa pipe et son demi-sourire perpétuel ; enfin le responsable de la diffusion, en costume gris impeccable. Celui-ci était un type encore tout jeune qui avait débuté en vendant des encyclopédies et s’était hissé à ce poste prestigieux en à peine cinq ans. »  Pages 136 et 137
  • « Il n’était pas question d’échapper à la vigilance du concierge : sa loge se trouvait juste en face de l’ascenseur, au fond du vestibule tout en longueur. À voir ses joues creuses et son teint cadavérique, ce type donnait l’impression d’être enchaîné à son bureau avec interdiction de sortir à la lumière du jour. En apercevant Kevin, il ôta ses lunettes et reposa son livre intitulé Comment gagner son second million.
    « J’aimerais bien gagner mon premier, déclara Kevin en désignant l’ouvrage.
    — Et de neuf ! lâcha le concierge d’un air las.
    — Neuf quoi ?
    — Vous êtes le neuvième à me dire ça.
    — Oh, pardon !
    — Et maintenant, vous allez me demander pourquoi je lis ce bouquin. Je vous répondrai qu’un habitant de l’immeuble me l’a prêté et vous pourrez me rétorquer que vous aimeriez bien être de ses amis. Bon, la question étant réglée, que puis-je faire pour vous ? » »  Page 170
  • « Le concierge avait déjà la main sur le combiné. « La surprise, n’est-ce pas ? » lui lança Kevin. Le concierge reprit son livre en silence. »  Page 171
  • « À ses yeux, la réussite consistait à posséder un yacht d’un million de livres, une villa à Cannes, un terrain de chasse privée et à pouvoir acheter le Picasso qui vous plaisait, au lieu de se contenter de l’admirer dans des livres d’art. »  Page 180
  • « Or, pour Hamilton, rien n’existait en dehors des affaires. Quand bien même il l’aurait voulu, il aurait été incapable de fabriquer une table, d’élever des moutons, de rédiger un manuel ou de tracer les plans d’un immeuble. »  Page 181
  • « Pour la première fois de sa vie, Evan Jones buvait un double whisky avant le déjeuner. Il y avait une raison à cela. C’était aussi la première fois de sa vie qu’il rompait son code d’honneur. Il expliquait cela plutôt confusément à son ami, Arny Matthews, parce que, n’ayant pas l’habitude de boire, l’alcool lui avait déjà embrumé le cerveau.
    « Question d’éducation, tu vois, disait-il avec son accent chantant du pays de Galles. De mon temps, c’était la rigueur avant tout. On suivait la Bible à la lettre. Certes, il arrive qu’on change de code de nos jours, mais l’obéissance, tu vois, c’est quelque chose dont on ne se défait jamais. »  Page 213
  • « « Je suis Tony Cox, lui dit-il. Tu vas garer ma Rolls et me filer une de tes bagnoles long séjour qui ne risque pas d’être utilisée aujourd’hui. »
    Le type fit la moue. Il avait des cheveux frisés mal coiffés et un jean taché de graisse tout effiloché aux fesses. « Je peux pas faire ça, mon pote. »
    Tony tapa du pied avec impatience. « J’aime pas répéter, fiston. Je suis Tony Cox. »
    Le jeune homme rit. Il reposa sa BD et se leva. « Je m’fiche bien de qui tu es, tu… » »  Page 243
  • « Il sourit et dit bonjour.
    « Que puis-je pour vous ? demanda-t-elle, visiblement mal à l’aise.
    — Comment va Sharon ?
    — Très bien, merci. Elle est absente pour le moment. Vous la connaissez ?
    — Oui. » Billy parcourut des yeux la boutique et son assortiment de choses à grignoter, d’outils, de livres, de babioles fantaisie, de tabac et de bonbons. »  Page 269
  • « Neuf coffres en acier étaient rangés à l’arrière du véhicule. Il s’agissait plus exactement de malles en métal avec des poignées sur le côté. Elles étaient toutes fermées par un double cadenas et pesaient un âne mort. Les deux hommes les déchargèrent une par une et les alignèrent au centre de la grange. Tony les contempla avec avidité et son visage trahissait un plaisir immense, presque sensuel. « Putain, c’est comme dans Ali Baba et les quarante voleurs, mon pote ! » »  Page 276
  • « Laski en play-boy et millionnaire, c’était une chose, mais Laski sortant de prison après une faillite, c’en était une autre. Sa relation avec Ellen ne survivrait pas à pareille catastrophe. Jusqu’ici, elle était fondée sur la sensualité et l’hédonisme, et n’avait rien à voir avec la dévotion éternelle dont il est question dans le Livre de la prière commune. »  Page 294
  • « Après avoir regardé les informations et un feuilleton à la télévision, elle avait entrepris de lire un roman historique, qu’elle avait reposé au bout de cinq pages pour ranger des choses qui n’avaient pas besoin de l’être, ici et là dans la maison. »  Page 301
  • « Les jeunes écrivains à la mode mettaient les femmes en garde contre ce genre de promesses qui se soldent par des désillusions. Mais qu’en savaient-ils ? Ils n’avançaient là que des suppositions, comme tout le monde. »  Page 303
  • « Les deux hommes pouvaient très bien se plier à sa volonté – ce qui ne réglerait en rien son problème du choix –, mais ils pouvaient tout aussi bien décider de la quitter. Auquel cas il ne lui resterait plus qu’à être désolée de son sort, comme les héroïnes de Françoise Sagan. Elle savait déjà que cette posture ne lui conviendrait pas. »  Page 304
  • « — Ellen ? C’est toi ?
    — Oui.
    — Peut-on se voir ? J’ai une foule de choses à te dire.
    — Je ne pense pas, balbutia-t-elle.
    — Ne dis pas ça. » Cette voix profonde, shakespearienne, plus douce à l’oreille qu’un violoncelle… « Je veux t’épouser. »  Page 322
  • « Cédant à une impulsion, il s’arrêta devant un magasin à l’angle d’une rue. La boutique, décorée dans un style très contemporain, faisait également dépôt de presse. Le long des murs, des rayonnages flambant neufs s’alignaient, remplis de livres et de magazines. »  Page 326
4 étoiles, S

La servante écarlate

La servante écarlate de Margaret Atwood

Éditions Robert Laffont – Pavillons poche, 2015, 521 pages

Roman écrit par Margaret Atwood et publié initialement en 1985 sous le titre anglais « The Handmaid’s Tale ».

Dans un futur proche, les États-Unis d’Amérique ont éclaté dû à une crise politique et environnementale. À la suite des retombés de la pollution seul un petit groupe de femmes sont encore fertiles. Defred vit dans le nouvel état de Gilead qui a été fondé par des fanatiques religieux. La vie dans cette nation est très stricte: aucune liberté, aucune éducation, rationnement en nourriture, déportation de certaines femmes… Cette société est dirigée par les hommes et les femmes sont utilisées et catégorisées par aptitudes. Les règlements y sont très rigides, extrêmement codifiés et sont basés sur certains principes bibliques. La sélection des extraits de la Bible a évidemment été fait en fonctions des besoins des dirigeants et pour opprimer le peuple, particulièrement les femmes. L’adaptation de Defred à cette nouvelle société n’est pas facile, elle qui a connu la vie trépidante de la société d’avant. De plus, elle ne sait pas où se trouve son mari ni sa fille, cependant, elle sait que sa mère, trop vieille, a été déportée. On lui a attribué le rôle de Servante. Elle est dépêchée dans la famille d’un Commandant pour leur permettre d’avoir un enfant, car le rôle de la Servante est d’enfanter en lieu et place de la femme stérile du Commandant.

Une dystopie qui donne froid dans le dos, surtout si on est une femme. L’auteur nous présente dans ce roman les dérives possibles de la société nord-américaine actuelle. Elle a su créer une histoire plus que probable dans cet univers où un petit groupe d’hommes se servant de la religion, de l’ignorance et de la peur s’octroie tous les pouvoirs. Loin de dépeindre que cette facette du pouvoir, elle y présente aussi les failles et la résistance qui se met en place dans les castes assujetties. Ce roman bien que simple dans son style d’écriture et dans sa forme est cependant très complexe dans sa construction. De grands sujets y sont abordés tel que l’intégrisme religieux, la place de la femme et les impacts environnementales de la dérive de la surconsommation. Le déroulement très lent de l’histoire permet au lecteur d’analyser les fondements de cette société plutôt que d’être éboulis par le texte lui-même. L’auteur a créer avec le personnage de Defred, un protagoniste à qui le lecteur (surtout la lectrice) peut s’identifier. Ses réactions pourraient être celles de n’importe quel individu pris dans ce tourbillon de peur et d’ignorance. Le seul bémol est le fait que l’on découvre cet univers que par petites brides. La compréhension de ce monde avec sa hiérarchie et ses codes est donc difficile à acquérir et à maîtriser. Un roman qui nous donne à réfléchir car la situation géopolitique décrite n’est pas impossible. Une lecture troublante qui fait espérer que ce roman soit une dystopie plutôt qu’un roman d’anticipation.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 3 septembre 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Si je tourne la tête pour que les ailes blanches qui m’encadrent le visage dirigent mon regard vers lui, je le vois quand je descends l’escalier, rond, convexe, en trumeau, pareil à un œil de poisson, et moi dedans, ombre déformée, parodie de quelque chose, personnage de conte de fées en cape rouge, descendant vers un moment d’insouciance qui est identique au danger. »  Page 22
  • « Elle avait probablement envie de ma gifler. Elles peuvent nous frapper, il y a des précédents dans les Écritures. »  Page 35
  • « Sur le chemin de la rivière se trouve l’ancienne maison des étudiants, utilisée maintenant à d’autres fins, avec ses tourelles de conte de fées, peintes en blanc, or et bleu. »  Page 59
  • « Je devais remettre un devoir le lendemain. De quoi s’agissait-il? Psychologie, anglais, économie. Nous étudiions de tels sujets, dans ce temps-là. Sur le plancher de la chambre il y avait des livres ouverts la face contre terre, en désordre, à profusion. »  Page 70
  • « C’est cela : elle avait dit que nous allions donner à manger aux canards.
    Mais il y avait là des femmes qui brûlaient des livres, c’était en réalité pour celle qu’elle était venue. Pour voir ses amies ; elle m’avait menti, le samedi était censé être mon jour. »  Page 71
  • « Il y avait quelques hommes aussi, parmi les femmes, et les livres étaient des revues. Ils avaient dû verser de l’essence parce que les flammes jaillissaient haut, puis ils ont commencé à y jeter les revues empilées dans des cartons, pas trop à la fois. »  Page 71
  • « La femme m’a tendu une des revues. Sa couverture représentait une jolie femme, entièrement dévêtue, suspendue au plafond par une chaîne enroulée autour de ses mains. Je la regardais avec intérêts. Cela ne me faisait pas peur. Je croyais qu’elle se balançait, comme Tarzan à une liane, à la télé.
    Ne la laisse pas voir, à dit ma mère. Tiens, jette-la dedans, vite.
    J’ai lancé la revue dans les flammes. »  Pages 71 et 72
  • « Insouciance : j’étais insouciante, dans ces chambres; je pouvais décrocher le téléphone, et des mets apparaîtraient sur un plateau, des plats que j’aurais choisis. Des aliments qui m’étaient déconseillés, dans doute, et des boissons aussi. Il y avait des bibles dans les tiroirs des commodes, placées là par quelque société charitable, que, probablement, personne ne lisait. »  Pages 90 et 91
  • « Inutile d’essayer de travailler, Moira ne le permet pas, elle est comme un chat qui se coule sur la page que l’on essaie de lire. »  Page 98
  • « Autour des années quatre-vingt, on avait inventé des ballons pour cochons, pour les porcs qui étaient engraissés à l’étable. Ces ballons pour cochons étaient de gros ballons colorés; ils les faisaient rouler avec le groin; les éleveurs disaient que cela améliorait leur tonus musculaire, que les cochons éteint curieux, qu’ils aimaient avec une occupation.
    J’avais lu cela dans une Introduction à la Psychologie, et aussi le chapitre sur les rats en cage qui se donnaient des décharges électriques pour s’occuper. Et celui sur les pigeons, dressés à donner du bec sur un bouton, ce qui faisait apparaître un grain de blé. Ils étaient divisés en trois groupes : le premier obtenait un grain par coup de bec, le second un grain tous les deux coups, le troisième, un grain au hasard. Quand l’opérateur les a privés de grain, le premier groupe a renoncé assez vite, le second un peu plus tard. Le troisième groupe n’a jamais abandonné. Ils picoraient jusqu’à en mourir, plutôt que renoncer. Qui sait ce qui les stimulait ? »  Page 120
  • « Il introduit la clef, ouvre le coffret, en extrait la Bible, un exemplaire ordinaire, à couverture noire et pages dorées sur tranche. La Bible est conservée sous clef, à la manière dont les gens gardaient autre fois le thé sous clef, pour que les domestiques n’en volent pas. C’est un engin incendiaire, qui sait ce que nous en ferions, si jamais nous mettions la main dessus. Nous pouvons en subir la lecture à haute voix, la sienne, mais nous ne pouvons pas lire. »  Page 149
  • « Le Commandant s’assied et croise les jambes, sous notre regard. Les signets sont en place. Il ouvre le livre. Il s’éclaircit un peu la gorge, comme gêné. »  Page 149
  • « Le Commandant soupire, tire une paire de lunettes à monture en or de la poche intérieure de sa veste, les chausse. Maintenant il ressemble à un cordonnier dans un vieux livre de contes de fées. »  Page 150
  • « Le Commandant marque une pause, les yeux baissés, à examiner la page. Il prend son temps, comme inconscient de notre présence. »  Page 151
  • « Le Commandant, comme à contrecœur, commence à lire. Il ne le fait pas très bien. Peut-être que cela l’ennuie, tout simplement. C’est l’histoire habituelle, les histoires de toujours. Dieu à Adam, Dieu à Noé; Croissez et multipliez, emplissez la terre. Puis vient la vieille rengaine chancie de Rachel et Léa, qu’on nous serinait au Centre. Donne-moi des fils, ou je meurs. Est-ce Suis-je moi à la place de Dieu, lui qui n’a pas permis à ton sein de porter son fruit ma servante Bilhah. Va vers elle et qu’elle enfante sur mes genoux; d’elle, j’aurai moi aussi un fils. Etc. On nous en faisait la lecture à tous les petits déjeuners, quand nous étions assises dans la cafétéria du lycée à manger du porridge avec de la crème et du sucre roux. »  Page 152
  • « « Et Léa dit : Dieu n’a donné mes gages parce que j’ai donné ma servante à mon époux », dit le Commandant. Il laisse le livre se refermer. Celui-ci fait un bruit d’épuisement, comme une porte capitonnée qui se ferme tout seule, au loin : une bouffée d’air. Ce bruit évoque la douceur des minces pages de papier pelure, le toucher qu’elles avaient sous les doigts. »  Page 154
  • « Je ne verrais pas le tapis, qui est blanc, ni les rideaux à ramages, ni la coiffeuse juponnée avec sa parure brosse et miroir à dos d’argent; seulement le baldaquin qui réussit à évoquer à la fois, par l’inconsistance de son tissu et la lourdeur de sa panse pendante, aussi bien l’éther que la matière.
    Ou la voile d’un navire. Des voiles ventrues, dirait-on dans les poèmes. »  Page 159
  • « Sur le couvercle de mon pupitre il y a des initiales gravées dans le bois, et des dates. Les initiales sont parfois en deux groupes, réunis par le verbe aime : J. H. aime B. P. 1954. O. R. aime L. T. Elles ne font penser aux inscriptions dont parlaient mes livres, gravées sur les parois de pierre de cavernes, ou dessinées avec un mélange de suie et de graisse animale. »  Pages 190 et 191
  • « À l’intérieur du pupitre, on pouvait ranger des choses : livres, cahiers. »  Page 191
  • « Nous avançons en rangs vers la porte, sous le crachin, les Gardiens font le salut militaire. Le grand fourgon Urgo, celui avec les machines et les médecins mobiles, est garé plus loin dans l’allée circulaire. Je me demande ce qu’ils peuvent faire là-dedans, à attendre. Jouer aux cartes, très probablement, ou lire; quelque occupation masculine. »  Page 192
  • « Jadis, ils droguaient les femmes, provoquaient le travail, les ouvraient au scalpel, les recousaient. Fini, cela. Même plus d’anesthésiques. Tante Élisabeth disait que cela valait mieux pour l’enfant, mais aussi : Je multiplierai les peines de ta grossesse, tu enfanteras tes fils dans la douleur. »  Page 193
  • « Tous les Commandants n’ont pas de Servante. Certaines de leurs épouses ont des enfants. À chacun selon ses capacités, dit le slogan. À chacun selon ses besoins. Nous récitions cela, à trois repises, après le dessert. C’est tiré de la Bible, de moins l’affirmaient-ils. Saint-Paul, encore, dans les Actes des Apôtres. »  Page 198
  • « Mais tout autour des murs il y a des rayonnages. Ils sont bourrés de livres. Des livres et des livres et encore des livres, bien en vue, pas de serrure, pas de caisses. Rien d’étonnant que nous n’ayons pas le droit de venir ici. C’est une oasis de l’interdit. J’essaie de ne pas regarder avec trop d’insistance. »  Page 231
  • « D’après ce qu’ils disaient, l’homme s’était montré cruel et brutal. Sa maîtresse – ma mère m’avait expliqué maîtresse, elle était contre les mystifications, j’avais un livre avec des images en relief des organes sexuels dès l’âge de quatre ans -, sa maîtresse avait jadis été très belle. »  Page 244
  • « Le Commandant se montrait patient quand j’hésitais ou lui demandais l’orthographe exact d’un mot. Nous pouvons le chercher dans le dictionnaire, disait-il, il disait nous. »  Page 260
  • « J’ajoute : « Mais je suppose que c’est une espèce de croyance. Comme les moulins à prières tibétains »
    « Qu’est-ce que c’est » demande-t-elle.
    « Je n’en ai vu que dans des livres. C’est le vent qui les faisait tourner. Ils ont tous disparu, maintenant. » »  Page 281
  • « Je travaillais dans une bibliothèque, pas la grande avec la Mort et la Victoire, une plus petite.
    Mon travail consistait à transférer des livres sur des disques d’ordinateur, pour économiser l’espace de rangement et les coûts de remplacement, disait-on. Nous nous appelions des disqueurs. Nous appelions la bibliothèque discothèque, c’était une plaisanterie entre nous. Une fois transférés, les livres étaient censés aller à l’effilocheuse, mais quelquefois je les rapportais à la maison. J’aimais leur toucher, leur aspect. »  Page 288
  • « Cela fait bizarre, maintenant, de penser à avoir un job. Job. C’est un drôle de mot. C’est un job d’homme. Fias ton petit job, disait-on aux enfants, quand on leur apprenait à être propres. Ou, parlant d’un chien : il a fait un vilain job sur le tapis. Il fallait alors le frapper avec un journal roulé, disait ma mère. Je me souviens du temps où il y avait des journaux, mais je n’ai jamais eu de chien, seulement des chats.
    Le Livre de Job.
    Toutes ces femmes qui avaient un job; difficile à imaginer à présent, mais des milliers, des millions de femmes avaient un job. »  Page 289
  • « S’il y a du grabuge, les livres risquent d’être perdus, il y aura de la casse… »  Page 296
  • « À ce moment-là, elle travaillait pour un collectif féminin, au service des publications. Elles éditaient des livres sur la contraception, le viol, des sujets de ce genre, mais il faut reconnaître qu’ils étaient moins demandés maintenant qu’ils ne l’avaient été. »  Page 298
  • « Est-ce que cela le remplit de dégoût, ou est-ce que cela lui fait désirer davantage de ma personne, me désirer davantage? Parce qu’il n’a aucune idée de ce qui se passe réellement là-dedans, parmi les livres. Des actes de perversion, c’est tout ce qu’il sait. Le Commandant et moi, à nous enduire l’un l’autre d’encre, puis à nous débarbouiller avec la langue, ou à faire l’amour sur des piles d’imprimés interdits. Eh bien, il n’est pas tellement loin du compte. »  Page 305
  • « Quant au Commandant, il est décontracté à l’excès, ce soir. Sans veste, les coudes sur la table. Il ne lui manque qu’un cure-dents au coin de la bouche pour être une publicité pour la démocratie rurale comme sur une gravure. Marquée des souillures de mouche, dans un vieux livre brûlé. »  Page 308
  • « « Qu’aimeriez-vous lire ce soir ? » demande-t-il. Cela fait maintenant partie de la routine. Jusqu’à présent j’a parcouru un numéro de Mademoiselle, un vieux Esquire des années quatre-vingt, un Ms., revue dont je me souviens vaguement car elle traînait dans les divers appartements de ma mère quand j’étais petite, et un Reader’s Digest. Il a même des romans. J’ai lu un Raymond Chandler, et j’en suis maintenant à la moitié des Temps difficiles, de Charles Dickens. Je lis vite, avec voracité, presque en diagonale, pour essayer de m’en fourrer autant que je peux dans la tête avant la prochaine famine. »  Page 309
  • « C’est moi qui craque la première : « Eh bien, peut-être pourriez-vous m’expliquer quelque chose qui m’intrigue depuis longtemps. »
    Il manifeste de l’intérêt. « De quoi s’agit-il? »
    Je fonce vers le danger, mais je ne peux pas m’arrêter. « C’est une phrase que j’ai retenue de quelque part. (Mieux vaut ne pas dire où.) Je crois que c’est du latin, et je me disais que peut-être… » Je sais qu’il a un dictionnaire latin. Il a des dictionnaires de différentes sortes, sur l’étagère du haut, à gauche de la cheminée. »  Page 311
  • « Il se lève, va à la bibliothèque, tire un livre de son trésor, mais ce n’est pas le dictionnaire. C’est un vieux livre, un manuel scolaire, aux coins cornés et taché d’encre. Avant de me le montrer, il le feuillette, rêveur, plongé dans ses souvenir. Puis : « Voici », dit-il, en le posant ouvert sur le bureau, devant moi.
    Ce que je vois d’abord c’est une image : la Vénus de Milo, une reproduction en noir et blanc. On lui a maladroitement dessiné une moustache, un soutien-gorge noir et la toison sous les aisselles. Sur la page opposée, il y a le Colisée de Rome, une légende en anglais, et en dessous une conjugaison : sum es est, sumus estis sunt. « Voila », dit-il en me désignant un endroit, et dans la marge je vois, tracé de la même encre que celle qui a dessiné les poils de la Vénus : Nolite te salopardes exterminorum. »  Pages 313 et 314
  • « Mais on n’est pas pendu uniquement parce qu’on est juif. On est pendu si on et un Juif tapageur qui refuse de choisir. Ou si on fait semblant de se convertir. Cela aussi on l’a vu à la télé :  les rafles nocturnes, des trésors secrets d’objets juifs extirpés de sous des lits, Torahs, taleths, étoiles de David. »  Page 334
  • « J’ai du mal à accorder foi à ces chuchotements, ces révélations; et pourtant sur le moment, j’y crois toujours. Mais après coup, ils me semblent improbables, voire puérils, comme quelque chose que l’on ferait pour s’amuser, comme un club de filles, comme des secrets d’écolières. Ou comme les romans d’espionnage que je lisais, le week-end, au lieu de terminer mes devoirs, ou comme les émissions de la nuit à la télévision. »  Page 337
  • « Nous faisons la queue pour être filtrées au poste de contrôle, nos éternels deux par deux en rangs comme une école privée de filles qui, sortie en promenade, se serait attardée trop longtemps. Des années et des années de trop, si bien que tout a grandi démesurément, jambes, corps, robes, tout. Comme enchantées. Un conte de fées, j’aimerais le croire. Mais au lieu de cela, nous nous faisons contrôler, deux par deux, et continuons de marcher. »  Page 355
  • « Sont-elles assez âgées pour se souvenir du temps d’avant, d’avoir joué au base-ball, en jeans et tennis, d’être montées à bicyclette? D’avoir lu des livres, toutes seules? »  Page 365
  • « Sainte-Horreur, dit-elle. Elle me sourit largement. Tu ressembles à la Putain de Babylone. »  Page 404
  • « Je dois être rentrée à la maison avant minuit, autrement je serai transformée en citrouille, où était-ce là le sort du carrosse ? »  Page 424
  • « Je n’ai guère besoin de présenter le professeur Piexoto, car nous le connaissons tous fort bien, sinon personnellement, en tout cas par ses nombreuses publications. Ces dernières comprennent : « Les Lois Somptuaires à Travers les Âges : Analyse de Documents », et l’étude bien connue : « L’Iran et Gilead : Deux Mon théocraties De La Fin Du Vingtième Siècle, Vues À Travers Des Journaux Intimes ». Comme vous le savez également, il est coéditeur, avec le professeur Knotly Wade, qui enseigne lui aussi à Cambridge, et a joué un rôle essentiel dans la transcription, l’annotation et la publication de ce texte. »  Page 489
  • « Je me propose, comme l’indique le titre de ma petite causerie, d’examiner certains des problèmes liés au supposé manuscrit que vous connaissez maintenant tous sous le titre Le Conte de la Servante écarlate. Je dis « supposé », parce que ce que nous avons devant nous n’est pas la pièce sous sa forme originelle. À proprement parler, ce n’était nullement un manuscrit au moment de sa dé ouverte, et cela ne portait pas de titre. L’épigraphe « Le Conte de la Servante » lui a été donnée par le professeur Wade, en partie en hommage au grand Geoffrey Chaucer. »  Page 490
  • « Les besoins de ce que je pourrais appeler des services de natalité était déjà reconnu dans la période prégileadienne, durant laquelle il lui était répondu de façon inadéquate par l’insémination artificielle, les « Cliniques de Fertilité » et l’utilisation des mères porteuses qui étaient louées pour l’occasion. Gilead proscrivit les deux premières méthodes comme étant contraires à la religion, mais légitima et renforça la troisième, considérés comme ayant des précédents bibliques : la polygamie séquentielle courante dans la période prégileadeinne fut remplacée par la forme plus ancienne de polygamie simultanée pratiquée au début de l’Époque de l’Ancien Testament et dans l’ex-État d’Utha au XIXe siècle. »  Pages 498 et 499
  • « Notre auteur, donc, était une personne parmi beaucoup d’autres, et il convient de la voir dans le contexte général du moment historique dont elle a fait partie. Mais que savons-nous d’autre sur son compte, en dehors de son âge, de certaines caractéristiques physiques qui pourraient s’applique à n’importe qui, et de son lieu de résidence? Pas grand-chose. Il s’emble s’agir d’une personne cultivée, dans la mesure où l’on eut considéré qu’un diplômé de l’une quelconque des Universités de l’Amérique du Nord et l’époque fût une personne cultivée. (Rire, quelques murmures.) Mais, comme on dit, ils couraient les rues, donc cet élément ne nous aide pas. Elle ne juge pas utile de nous dévoiler son nom originel, et d’Ailleurs tout document officiel où il aurait figuré aurait été détruit lors de son entrée dans le Centre de Rééducation Rachel et Léa. »  Pages 499 et 500
  • « Judd, quant à lui, semble s’être moins intéressé aux emballages, et s’être davantage préoccupé de tactique. C’est lui qui a suggéré de faire d’Um pamphlet obscur de la C.I.A. sur la déstabilisation des gouvernements étrangers le manuel stratégique des Fils de Jacob; et c’est également lui qui a dressé la première liste noire des « Américains » éminents de l’époque. »  Page 503
  • « Pourtant, ni Judd ni Waterford n’étaient mariés à une femme connue de prées ou de loin sous le nom de « Pam », ou de « Serena Joy »; ce dernier nom semble être une invention quelque peu espiègle de notre auteur. »  Page 506
  • « L’ensemble des éléments de preuve nous fait pencher pour Waterford. Nous savons par exemple que ses jours s’achevèrent, probablement peu après les événements décrits par notre auteur, lors de l’une des premières purges; il fut accusé de tendances libérales, d’être en possession d’une collection substantielle et interdite de matériaux hérétiques pictoriaux et littéraires, et d’héberger un élément subversif. »  Page 507
  • « Si elle a bien atteint l’Angleterre, pourquoi n’a-t-elle pas publié son récit, comme beaucoup l’ont fait à leur arrivée dans le monde extérieur? »  Page 509