3 étoiles, V

Vingt ans après

Vingt ans après d’Alexandre Dumas.

Tome 1 : La Bibliothèque électronique du Québec, 444 pages
Tome 2 : La Bibliothèque électronique du Québec, 421 pages
Tome 3 : La Bibliothèque électronique du Québec, 414 pages
Tome 4 : La Bibliothèque électronique du Québec, 383 pages

Roman d’Alexandre Dumas paru initialement en 1845.

Il y a vingt ans, d’Artagnan vivait de belles aventures avec ses trois amis mousquetaires. Mais, aujourd’hui, il est le seul à être encore militaire. Il est désabusé et espère une promotion qui tarde à arriver. Le royaume est dirigé par Anne d’Autriche, la mère de Louis XIV qui est encore mineur. Elle est assistée dans cette tâche par le Cardinal Mazarin, qui est peu apprécié par le peuple. Avec les années Athos, Porthos, Aramis et D’Artagnan se sont perdus de vue. Ils ne défendent plus les mêmes intérêts politiques et ont même des objectifs opposés. Le Cardinal mandate d’Artagnan d’aller en Angleterre pour porter une lettre à Cromwell qui est en pleine guerre contre son roi, Charles Ier. Comme la situation est dangereuse tant en France qu’en Angleterre, pour réussir sa mission d’Artagnan a besoin de l’aide de ses amis d’autrefois. Réussira-t-il à réunir ces trois hommes pour l’aider ?

Suite intéressante et réussie du roman « Les Trois Mousquetaires ». L’intrigue est plus complexe et les environnements historique et politique sont plus approfondis dans cette suite. Par contre, l’intrigue met du temps à démarrer entre les explications de mise en contexte et l’incompréhension du froid qui s’est installé entre les quatre protagonistes. Mais le style fluide de Dumas avec ses chapitres courts et sa façon d’interpeller le lecteur dans le récit aide à faire patienter. Une fois passé les explications, l’action est rapide et captivante. Les personnages ont vieilli et le texte nous le fait bien réaliser. Ils sont plus complexes et plus matures mais ils sont toujours aussi attachants. Dumas aborde ici, de façon très intelligente, le thème de l’évolution de l’amitié à travers le temps. Bien que l’auteur prenne quelques libertés avec les faits historiques, l’atmosphère créée est très réaliste et intéressante. Tous les ingrédients pour captiver le lecteur sont présents dans ce roman : actions, humour, émotions et rebondissements. Un roman de cape et d’épée réussi et bien distrayant.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 9 juillet 2015

La littérature dans ce roman :

Tome 1

  • « Dans une chambre du Palais-Cardinal que nous connaissons déjà, près d’une table à coins de vermeil, chargée de papiers et de livres, un homme était assis la tête appuyée dans ses deux mains. »  Page5
  • « Il avait vendu douze brevets de maître des requêtes, et, comme les officiers payaient leurs charges fort cher, et que l’adjonction de ces douze nouveaux confrères devait en faire baisser le prix, les anciens s’étaient réunis, avaient juré sur les Évangiles de ne point souffrir cette augmentation et de résister à toutes les persécutions de la cour, se promettant les uns aux autres qu’au cas où l’un d’eux, par cette rébellion, perdrait sa charge, ils se cotiseraient pour lui en rembourser le prix. »  Pages 9 et 10
  • « Dix minutes après, la petite troupe sortait par la rue des Bons-Enfants, derrière la salle de spectacle qu’avait bâtie le cardinal de Richelieu pour y faire jouer Mirame, et dans laquelle le cardinal Mazarin, plus amateur de musique que de littérature, venait de faire jouer les premiers opéras qui aient été représentés en France. »  Page 25
  • « – Je ne sais pas si c’est l’hôtel de Rambouillet, reprit l’officier, mais ce que je sais, c’est que j’y ai vu entrer force gens de mauvaise mine.
    – Bah ! dit Guitaut en éclatant de rire, ce sont des poètes.
    – Eh bien, Guitaut ! dit Mazarin, veux-tu bien ne pas parler avec une pareille irrévérence de ces messieurs ! tu ne sais pas que j’ai été poète aussi dans ma jeunesse et que je faisais des vers dans le genre de ceux de M. de Benserade. »  Page 32
  • « – Mon cher monsieur de Rochefort, en vérité vous piquez ma curiosité à un point que je ne puis vous dire. Ne pourriez-vous donc me narrer cette histoire ?
    – Non, mais je puis vous dire un conte, un véritable conte de fée, je vous en réponds, monseigneur.
    – Oh ! dites-moi cela, monsieur de Rochefort, j’aime beaucoup les contes. »  Page 67
  • « Anne d’Autriche, assise dans un grand fauteuil, le coude appuyé sur une table et la tête appuyée sur sa main, regardait l’enfant royal, qui, couché sur le tapis, feuilletait un grand livre de bataille. Anne d’Autriche était une reine qui savait le mieux s’ennuyer avec majesté ; elle restait quelquefois des heures ainsi retirée dans sa chambre ou dans son oratoire, sans lire ni prier.
    Quant au livre avec lequel jouait le roi, c’était un Quinte-Curce enrichi de gravures représentant les hauts faits d’Alexandre. »  Page 75
  • « Le roi se leva alors tout à fait, prit son livre, le plia et alla le porter sur la table, près de laquelle il se tint debout pour forcer Mazarin à se tenir debout aussi. »  Page 77
  • « – Il y a, dit-il, que, selon toute probabilité, nous serons forcés de nous quitter bientôt, à moins que vous ne poussiez le dévouement pour moi jusqu’à me suivre en Italie.
    – Et pourquoi cela ? demanda la reine.
    – Parce que, comme dit l’opéra de Thisbé, reprit Mazarin :
    Le monde entier conspire à diviser nos feux.
    – Vous plaisantez, monsieur ! dit la reine en essayant de reprendre un peu de son ancienne dignité.
    – Hélas, non, madame ! dit Mazarin, je ne plaisante pas le moins du monde ; je pleurerais bien plutôt, je vous prie de le croire ; et il y a de quoi, car notez bien que j’ai dit :
    Le monde entier conspire à diviser nos feux. »  Page 80
  • « Hélas ! depuis l’époque où, dans notre roman des Trois Mousquetaires, nous avons quitté d’Artagnan, rue des Fossoyeurs, 12, il s’était passé bien des choses, et surtout bien des années. »  Page107
  • « Tant que ses amis l’avaient entouré, d’Artagnan était resté dans sa jeunesse et sa poésie ; c’était une de ces natures fines et ingénieuses qui s’assimilent facilement les qualités des autres. »  Page 107
  • « Quelque temps le souvenir charmant de Mme Bonacieux avait imprimé à l’esprit du jeune lieutenant une certaine poésie ; mais comme celui de toutes les choses de ce monde, ce souvenir périssable s’était peu à peu effacé ; la vie de garnison est fatale, même aux organisations aristocratiques. »  Page 108
  • « Le garçon, l’hôtesse et toute la maison eurent pour d’Artagnan les égards que l’on aurait pour Hercule s’il revenait sur la terre pour y recommencer ses douze travaux. »  Page 118
  • « Le respect que nous avons pour la vérité nous force même à dire que la chambre était immédiatement au-dessus de la gouttière et au-dessous du toit.
    C’était là sa tente d’Achille. D’Artagnan se renfermait dans cette chambre lorsqu’il voulait, par son absence, punir la belle Madeleine. »  Page 123
  • « Voyons, si j’allais trouver le cardinal et que je lui demandasse un sauf-conduit pour entrer dans tous les couvents possibles, même dans ceux des religieuses ? Ce serait une idée et peut-être le trouverais-je là comme Achille… »  Pages 126 et 127
  • « C’était heureusement une messe basse et qui devait finir promptement. D’Artagnan, qui avait oublié ses prières et qui avait négligé de prendre un livre de messe, utilisa ses loisirs en examinant Bazin. »  Page 139
  • « Or, quand on marche au pas à cheval, par une journée d’hiver, par un temps gris, au milieu d’un paysage sans accident, on n’a guère rien de mieux à faire que ce que fait, comme dit La Fontaine, un lièvre dans son gîte à songer ; d’Artagnan songeait donc, et Planchet aussi. »  Page 155
  • « – Hum ! dit d’Artagnan ; si j’étais frondeur, je frapperais ici et serais sûr d’avoir un bon gîte ; si j’étais moine, je frapperais là-bas et serais sûr d’avoir un bon souper ; tandis qu’au contraire, il est bien possible qu’entre le château et le couvent nous couchions sur la dure, mourant de soif et de faim.
    – Oui, ajouta Planchet, comme le fameux âne de Buridan. En attendant, voulez-vous que je frappe ? »  Pages 162 et 163
  • « – Parce que vous vous croyez toujours votre simarre de bedeau sur les épaules, interrompit Aramis, et que vous passez tout votre temps à lire votre bréviaire. Mais je vous préviens que si, à force de polir toutes les affaires qui sont dans les chapelles, vous désappreniez à fourbir mon épée, j’allume un grand feu de toutes vos images bénites et je vous y fais rôtir. »  Page 179
  • « – Et avec quoi vous faites-vous ces douze mille livres ? dit d’Artagnan ; avec vos poèmes ?
    – Non, j’ai renoncé à la poésie, excepté pour faire de temps en temps quelque chanson à boire, quelque sonnet galant ou quelque épigramme innocent : je fais des sermons, mon cher. »  Page 182
  • « – Moi ! je suis gueux comme Job, et en fouillant poches et coffres, je crois que vous ne trouveriez pas ici cent pistoles.
    « Peste, cent pistoles ! se dit tout bas d’Artagnan, il appelle cela être gueux comme Job ! Si je les avais toujours devant moi, je me trouverais riche comme Crésus. »
    Puis, tout haut :
    – Êtes-vous ambitieux ?
    – Comme Encelade. »  Page 188
  • « – Eh ! mon Dieu ! sans m’en occuper personnellement, je vis dans un monde où l’on s’en occupe. Tout en cultivant la poésie, tout en faisant l’amour, je me suis lié avec M. Sarazin, qui est à M. de Conti ; avec M. Voiture qui est au coadjuteur, et avec M. de Bois-Robert, qui, depuis qu’il n’est plus à M. le cardinal de Richelieu, n’est à personne ou est à tout le monde, comme vous voudrez ; en sorte que le mouvement politique ne m’a pas tout à fait échappé. »  Page 190
  • « – Non. C’est un homme de rien, qui a été domestique du cardinal Bentivoglio, qui s’est poussé par l’intrigue ; un parvenu, un homme sans nom, qui ne fera en France qu’un chemin de partisan. Il entassera beaucoup d’écus, dilapidera fort les revenus du roi, se paiera à lui-même toutes les pensions que feu le cardinal de Richelieu payait à tout le monde, mais ne gouvernera jamais par la loi du plus fort, du plus grand ou du plus honoré. Il paraît en outre qu’il n’est pas gentilhomme de manières et de cœur, ce ministre, et que c’est une espèce de bouffon, de Pulcinella, de Pantalon. »  Page 192
  • « – Avec personne. Je suis prêtre, qu’ai-je affaire de la politique ! je ne lis aucun bréviaire ; j’ai une petite clientèle de coquins d’abbés spirituels et de femmes charmantes ; plus les affaires se troubleront, moins mes escapades feront de bruit ; tout va donc à merveille sans que je m’en mêle ; et décidément, tenez, cher ami, je ne m’en mêlerai pas. »  Page 197
  • « – Ce bon Mousqueton, il ne se connaît plus de joie, dit Porthos du ton que Don Quichotte dut mettre à encourager Sancho à seller son grison pour une dernière campagne. »  Page 246
  • « – Semant l’argent comme le ciel fait de la grêle, continua Planchet, mettant l’épée à la main avec un air royal. Vous souvient-il, monsieur, du duel avec les Anglais dans l’enclos des Carmes ? Ah ! que M. Athos était beau et magnifique ce jour-là, lorsqu’il dit à son adversaire : « Vous avez exigé que je vous dise mon nom, monsieur ; tant pis pour vous, car je vais être forcé de vous tuer ! » J’étais près de lui et je l’ai entendu. Ce sont mot à mot ses propres paroles. Et ce coup d’œil, monsieur, lorsqu’il toucha son adversaire comme il avait dit, et que son adversaire tomba, sans seulement dire ouf. Ah ! monsieur, je le répète, c’était un fier gentilhomme.
    – Oui, dit d’Artagnan, tout cela est vrai comme l’Évangile, mais il aura perdu toutes ces qualités avec un seul défaut. »  Page 252
  • « Athos avait vieilli à peine. Ses beaux yeux, dégagés de ce cercle de bistre que dessinent les veilles et l’orgie, semblaient plus grands et d’un fluide plus pur que jamais ; son visage, un peu allongé, avait gagné en majesté ce qu’il avait perdu d’agitation fébrile ; sa main, toujours admirablement belle et nerveuse, malgré la souplesse des chairs, resplendissait sous une manchette de dentelles, comme certaines mains de Titien et de Van Dick ; il était plus svelte qu’autrefois ; ses épaules, bien effacées et larges, annonçaient une vigueur peu commune ; ses longs cheveux noirs, parsemés à peine de quelques cheveux gris, tombaient élégants sur ses épaules, et ondulés comme par un pli naturel ; sa voix était toujours fraîche comme s’il n’eût eu que vingt-cinq ans, et ses dents magnifiques, qu’il avait conservées blanches et intactes, donnaient un charme inexprimable à son sourire. »  Pages 261 et 262
  • « – Mais que dites-vous de cet amour ?
    – Je ne dis rien, je ris et je me moque de Raoul ; mais ces premiers besoins du cœur sont tellement impérieux, ces épanchements de la mélancolie amoureuse chez les jeunes gens sont si doux et si amers tout ensemble, que cela paraît avoir souvent tous les caractères de la passion. Moi, je me rappelle qu’à l’âge de Raoul j’étais devenu amoureux d’une statue grecque que le bon roi Henri IV avait donnée à mon père, et que je pensai devenir fou de douleur, lorsqu’on me dit que l’histoire de Pygmalion n’était qu’une fable. »  Page 291
  • « En attendant, Mazarin redoublait de surveillance contre M. de Beaufort. Seulement, il était pareil à l’avare de la fable, qui ne pouvait dormir près de son trésor. Bien des fois la nuit il se réveillait en sursaut, rêvant qu’on lui avait volé M. de Beaufort. »  Pages 308 et 309
  • « Comment, elle pense encore à moi après cinq ans de séparation ! Morbleu ! voilà une constance comme on n’en voit que dans L’Astrée. »  Page 351
  • « – Oh ! mon Dieu, oui ! ils ne savent que s’imaginer, ma parole d’honneur, pour tourmenter les honnêtes gens, ces imbéciles de magiciens.
    – Et qu’as-tu répondu à l’illustrissime Éminence ?
    – Que si l’astrologue en question faisait des almanachs, je ne lui conseillerais pas d’en acheter. »  Pages 357 et 358
  • « Le prince rentra chez lui et se coucha ; c’était ce qu’il faisait presque toute la journée depuis qu’on lui avait enlevé ses livres. »  Page 364
  • « Il y avait une grande coquetterie à une femme de l’âge de Mme de Chevreuse à rester dans un pareil boudoir, et surtout comme elle était en ce moment, c’est-à-dire couchée sur une chaise longue et la tête appuyée à la tapisserie.
    Elle tenait à la main un livre entrouvert et avait un coussin pour soutenir le bras qui tenait ce livre. »  Page 389
  • « – Si bien, continua Athos, que le cardinal résolut un beau matin de faire arrêter la pauvre Marie Michon et de la faire conduire au château de Loches. Heureusement que la chose ne put se faire si secrètement que la chose ne transpirât ; le cas était prévu : si Marie Michon était menacée de quelque danger, la reine devait lui faire parvenir un livre d’heures relié en velours vert.
    – C’est cela, monsieur ! vous êtes bien instruit.
    – Un matin le livre vert arriva apporté par le prince de Marcillac. »  Page 396
  • « On y riait tant, chez ce spirituel abbé ; on y débitait tant de nouvelles ; ces nouvelles étaient si vite commentées, déchiquetées et transformées, soit en contes, soit en épigrammes, que chacun voulait aller passer une heure avec le petit Scarron, entendre ce qu’il disait et reporter ailleurs ce qu’il avait dit. »  Page 409
  • « – À propos, dit-elle comme pour chasser les idées qui l’envahissaient malgré elle, comment va ce pauvre Voiture ? Savez-vous, Scarron ?
    – Comment ! M. Voiture est malade ? demanda le seigneur qui avait parlé à Athos dans la rue Saint-Honoré, et qu’a-t-il donc encore ?
    – Il a joué sans avoir eu le soin de faire prendre par son laquais des chemises de rechange, dit le coadjuteur, de sorte qu’il a attrapé un froid et s’en va mourant.
    – Où donc cela ?
    – Eh ! mon Dieu ! chez moi. Imaginez donc que le pauvre Voiture avait fait un vœu solennel de ne plus jouer. Au bout de trois jours il n’y peut plus tenir, et s’achemine vers l’archevêché pour que je le relève de son vœu. Malheureusement, en ce moment-là, j’étais en affaires très sérieuses avec ce bon conseiller Broussel, au plus profond de mon appartement, lorsque Voiture aperçoit le marquis de Laigues à une table et attendant un joueur. Le marquis l’appelle, l’invite à se mettre à table. Voiture répond qu’il ne peut pas jouer que je ne l’aie relevé de son vœu. Laigues s’engage en mon nom, prend le péché pour son compte ; Voiture se met à table, perd quatre cents écus, prend froid en sortant et se couche pour ne plus se relever.
    – Est-il donc si mal que cela, ce cher Voiture ? demanda Aramis à moitié caché toujours derrière son rideau de fenêtre.
    – Hélas ! répondit M. Ménage, il est fort mal, et ce grand homme va peut-être nous quitter, deseret orbem.
    – Bon, dit avec aigreur Mlle Paulet, lui, mourir ! il n’a garde ! il est entouré de sultanes comme un Turc. Mme de Saintot est accourue et lui donne des bouillons. La Renaudot lui chauffe ses draps, et il n’y a pas jusqu’à notre amie, la marquise de Rambouillet, qui ne lui envoie des tisanes.
    – Vous ne l’aimez pas, ma chère Parthénie ! dit en riant Scarron.
    – Oh ! quelle injustice, mon cher malade ! Je le hais si peu que je ferais dire avec plaisir des messes pour le repos de son âme.
    – Vous n’êtes pas nommée Lionne pour rien, ma chère, dit Mme de Chevreuse de sa place, et vous mordez rudement.
    – Vous maltraitez fort un grand poète, ce me semble, madame, hasarda Raoul.
    – Un grand poète, lui ?… Allons, on voit bien, vicomte, que vous arrivez de province, comme vous me le disiez tout à l’heure, et que vous ne l’avez jamais vu. Lui ! un grand poète ? Eh ! il a à peine cinq pieds.
    – Bravo ! bravo ! dit un grand homme sec et noir avec une moustache orgueilleuse et une énorme rapière. Bravo, belle Paulet ! Il est temps enfin de remettre ce petit Voiture à sa place. Je déclare hautement que je crois me connaître en poésie, et que j’ai toujours trouvé la sienne fort détestable.
    – Quel est donc ce capitan, monsieur ? demanda Raoul à Athos.
    – Monsieur de Scudéry.
    – L’auteur de la Clélie et du Grand Cyrus ?
    – Qu’il a composés de compte à demi avec sa sœur, qui cause en ce moment avec cette jolie personne, là-bas, près de M. Scarron. »  Page 423 à 426
  • « – C’est un rondeau de M. Voiture que me débite M. l’abbé, dit Athos à haute voix, et que je trouve incomparable. Raoul demeura quelques instants près d’eux, puis il alla se confondre au groupe de Mme de Chevreuse, dont s’étaient rapprochées Mlle Paulet d’un côté et Mlle de Scudéry de l’autre.
    – Eh bien ! moi, dit le coadjuteur, je me permettrai de n’être pas tout à fait de l’avis de M. de Scudéry ; je trouve au contraire que M. de Voiture est un poète, mais un pur poète. Les idées politiques lui manquent complètement.
    – Ainsi donc ? demanda Athos.
    – C’est demain, dit précipitamment Aramis.
    – À quelle heure ?
    – À six heures.
    – Où cela ?
    – À Saint-Mandé.
    – Qui vous l’a dit ?
    – Le comte de Rochefort.
    Quelqu’un s’approchait.
    – Et les idées philosophiques ? C’étaient celles-là qui lui manquaient à ce pauvre Voiture. Moi je me range à l’avis de monsieur le coadjuteur : pur poète.
    – Oui, certainement, en poésie il était prodigieux, dit Ménage, et toutefois la postérité, tout en l’admirant, lui reprochera une chose, c’est d’avoir amené dans la facture du vers une trop grande licence ; il a tué la poésie sans le savoir.
    – Tué, c’est le mot, dit Scudéry.
    – Mais quel chef-d’œuvre que ses lettres, dit Mme de Chevreuse.
    – Oh ! sous ce rapport, dit Mlle de Scudéry, c’est un illustre complet.
    – C’est vrai, répliqua Mlle Paulet, mais tant qu’il plaisante, car dans le genre épistolaire sérieux il est pitoyable, et s’il ne dit les choses très crûment, vous conviendrez qu’il les dit fort mal.
    – Mais vous conviendrez au moins que dans la plaisanterie il est inimitable.
    – Oui, certainement, reprit Scudéry en tordant sa moustache ; je trouve seulement que son comique est forcé et sa plaisanterie est par trop familière. Voyez sa Lettre de la carpe au brochet.
    – Sans compter, reprit Ménage, que ses meilleures inspirations lui venaient de l’hôtel Rambouillet. Voyez Zélide et Alcidalis.
    – Quant à moi, dit Aramis en se rapprochant du cercle et en saluant respectueusement Mme de Chevreuse, qui lui répondit par un gracieux sourire ; quant à moi, je l’accuserai encore d’avoir été trop libre avec les grands. Il a manqué souvent à Mme la Princesse, à M. le maréchal d’Albert, à M. de Schomberg, à la reine elle-même.
    – Comment, à la reine ? demanda Scudéry en avançant la jambe droite comme pour se mettre en garde. Morbleu ! je ne savais pas cela. Et comment donc a-t-il manqué à Sa Majesté ?
    – Ne connaissez-vous donc pas sa pièce : Je pensais ?
    – Non, dit Mme de Chevreuse.
    – Non, dit Mlle de Scudéry.
    – Non, dit Mlle Paulet.
    – En effet, je crois que la reine l’a communiquée à peu de personnes ; mais moi je la tiens de mains sûres.
    – Et vous la savez ?
    – Je me la rappellerais, je crois.
    – Voyons ! voyons ! dirent toutes les voix.
    – Voici dans quelle occasion la chose a été faite, dit Aramis. M. de Voiture était dans le carrosse de la reine, qui se promenait en tête à tête avec lui dans la forêt de Fontainebleau ; il fit semblant de penser pour que la reine lui demandât à quoi il pensait, ce qui ne manqua point.
    « – À quoi pensez-vous donc, monsieur de Voiture ? demanda Sa Majesté.
    « Voiture sourit, fit semblant de réfléchir cinq secondes pour qu’on crût qu’il improvisait, et répondit :
    Je pensais que la destinée,
    Après tant d’injustes malheurs,
    Vous a justement couronnée
    De gloire, d’éclat et d’honneurs,
    Mais que vous étiez plus heureuse,
    Lorsque vous étiez autrefois,
    Je ne dirai pas amoureuse :
    La rime le veut toutefois.
    Scudéry, Ménage et Mlle Paulet haussèrent les épaules.
    – Attendez, attendez, dit Aramis, il y a trois strophes.
    – Oh ! dites trois couplets, dit Mlle de Scudéry, c’est tout au plus une chanson.
    Je pensais que ce pauvre Amour,
    Qui toujours vous prêta ses armes,
    Est banni loin de votre cour,
    Sans ses traits, son arc et ses charmes ;
    Et de quoi puis-je profiter,
    En pensant près de vous, Marie,
    Si vous pouvez si mal traiter
    Ceux qui vous ont si bien servie ? »  Pages 427 et 432
  • « – Allez, allez, dit Scarron, cela ne me regarde plus : depuis ce matin je ne suis plus son malade.
    – Et le dernier couplet ? dit Mlle de Scudéry, le dernier couplet ? Voyons.
    – Le voici, dit Aramis ; celui-ci a l’avantage de procéder par noms propres, de sorte qu’il n’y a pas à s’y tromper.
    Je pensais (nous autres poètes,
    Nous pensons extravagamment)
    Ce que, dans l’humeur où vous êtes,
    Vous feriez, si dans ce moment
    Vous avisiez en cette place
    Venir le duc de Buckingham ;
    Et lequel serait en disgrâce,
    Du duc ou du père Vincent.
    À cette dernière strophe, il n’y eut qu’un cri sur l’impertinence de Voiture.
    – Mais, dit à demi-voix la jeune fille aux yeux veloutés, mais j’ai le malheur de les trouver charmants, moi, ces vers. »  Pages 432 et 433
  • « On continuait d’abîmer Voiture, tout en le laissant.
    – Monsieur, dit Mlle d’Aubigné en s’adressant à son tour à Scarron comme pour entrer dans la conversation qu’il avait avec le jeune vicomte, n’admirez-vous pas les admirateurs du pauvre Voiture ! Mais écoutez donc comme ils le plument en le couvrant d’éloges. L’un lui ôte le bon sens, l’autre la poésie, l’autre le sérieux, l’autre l’originalité, l’autre le comique, l’autre l’indépendance, l’autre… Eh mais, bon Dieu ! que vont-ils donc lui laisser, à cet illustre complet, comme a dit Mlle de Scudéry ? »  Page 434
  • « – En vérité, mon cher Gondy, dit la duchesse, vous parlez comme l’Apocalypse. Monsieur d’Herblay, ajouta-t-elle en se retournant du côté d’Aramis, voulez-vous bien encore une fois être mon servant ce soir ? »  Page 436
  • « – Vous vous en allez déjà ? dit-il.
    – Je m’en vais une des dernières, comme vous le voyez. Si vous avez des nouvelles de M. de Voiture, et qu’elles soient bonnes surtout, faites-moi la grâce de m’en envoyer demain. »  Page 437
  • « Peu à peu les groupes s’éclaircirent. Scarron ne fit pas semblant de voir que certains de ses hôtes s’étaient parlé mystérieusement, que des lettres étaient venues pour plusieurs, et que sa soirée semblait avoir eu un but mystérieux qui s’écartait de la littérature, dont on avait cependant tant fait de bruit. »  Page 437

Tome 2

  • « Le prince, pour gagner un quart d’heure, prétexta une lecture qui l’intéressait et demanda à finir son chapitre. La Ramée s’approcha, regarda par-dessus son épaule quel était ce livre qui avait sur le prince cette influence de l’empêcher de se mettre à table quand le souper était servi. C’étaient les Commentaires de César, que lui-même, contre les ordonnances de M. de Chavigny, lui avait procurés trois jours auparavant. »  Pages 26 et 27
  • « Il y avait foule dans les rues, car c’était le jour de la Pentecôte, et cette foule regardait passer avec étonnement ces deux cavaliers, dont l’un était si frais qu’il semblait sortir d’une boîte, et l’autre si poudreux qu’on eût dit qu’il quittait un champ de bataille.
    Mousqueton attirait aussi les regards des badauds, et comme le roman de Don Quichotte était alors dans toute sa vogue, quelques-uns disaient que c’était Sancho qui, après avoir perdu son maître, cherchait une nouvelle condition. »  Pages 48 et 49
    « En un moment la foule devint immense ; on arrêta un carrosse pour y mettre le petit conseiller ; mais un homme du peuple ayant fait observer que, dans l’état où était le blessé, le mouvement de la voiture pouvait empirer son mal, des fanatiques proposèrent de le porter à bras, proposition qui fut accueillie avec enthousiasme et acceptée à l’unanimité. Sitôt dit, sitôt fait. Le peuple le souleva, menaçant et doux à la fois, et l’emporta, pareil à ce géant des contes fantastiques qui gronde tout en caressant et en berçant un nain entre ses bras. »  Page 93
  • « L’aspect des objets extérieurs est un mystérieux conducteur, qui correspond aux fibres de la mémoire et va les réveiller quelquefois malgré nous ; une fois ce fil éveillé, comme celui d’Ariane, il conduit dans un labyrinthe de pensées où l’on s’égare en suivant cette ombre du passé qu’on appelle le souvenir. »  Page 134
    « Louis de Bourbon, prince de Condé, que, depuis la mort de Henri de Bourbon, son père, on appelait, par abréviation et selon l’habitude du temps, Monsieur le Prince, était un jeune homme de vingt-six à vingt-sept ans à peine, au regard d’aigle, agl’ occhi grifani, comme dit Dante, au nez recourbé, aux longs cheveux flottant par boucles, à la taille médiocre mais bien prise, ayant toutes les qualités d’un grand homme de guerre, c’est-à-dire coup d’œil, décision rapide, courage fabuleux ; ce qui ne l’empêchait pas d’être en même temps homme d’élégance et d’esprit, si bien qu’outre la révolution qu’il faisait dans la guerre par les nouveaux aperçus qu’il y portait, il avait aussi fait révolution à Paris parmi les jeunes seigneurs de la cour, dont il était le chef naturel, et qu’en opposition aux élégants de l’ancienne cour, dont Bassompierre, Bellegarde et le duc d’Angoulême avaient été les modèles, on appelait les petits-maîtres. »  Page 210
  • « Et il jeta un regard inquiet sur le panneau de son coffre-fort ; il tourna même en dedans le chaton du diamant magnifique dont l’éclat attirait les yeux sur sa main, qu’il avait d’ailleurs blanche et belle. Malheureusement cette bague n’avait pas la vertu de celle de Gygès, qui rendait son maître invisible lorsqu’il faisait ce que venait de faire Mazarin. »  Pages 271 et 272
    « Un sanglot plus fort que la volonté de Mordaunt lui déchira la gorge et fit remonter le sang à son visage livide ; il crispa ses poings, et le visage ruisselant de sueur, les cheveux hérissés sur son front comme ceux d’Hamlet, il s’écria dévoré de fureur :
    – Taisez-vous, monsieur ! c’était ma mère ! »  Page 304
  • « Le lendemain, en ouvrant les yeux, ce fut le comte à son tour qui aperçut Raoul à son chevet. Le jeune homme était tout habillé et lisait un livre nouveau de M. Chapelain. »  Page 320
  • « – Si vous daigniez avoir de l’esprit, Athos, dit Aramis, je crois véritablement que vous en auriez plus que n’en avait ce pauvre M. de Voiture. »  Page 329
  • « – Qu’a donc notre ami ? dit Aramis, il ressemble aux damnés de Dante, à qui Satan a disloqué le cou et qui regardent leurs talons. Que diable a-t-il donc à regarder ainsi derrière lui ? »  Page 354

Tome 2

  • « Le prince, pour gagner un quart d’heure, prétexta une lecture qui l’intéressait et demanda à finir son chapitre. La Ramée s’approcha, regarda par-dessus son épaule quel était ce livre qui avait sur le prince cette influence de l’empêcher de se mettre à table quand le souper était servi. C’étaient les Commentaires de César, que lui-même, contre les ordonnances de M. de Chavigny, lui avait procurés trois jours auparavant. »  Pages 26 et 27
  • « Il y avait foule dans les rues, car c’était le jour de la Pentecôte, et cette foule regardait passer avec étonnement ces deux cavaliers, dont l’un était si frais qu’il semblait sortir d’une boîte, et l’autre si poudreux qu’on eût dit qu’il quittait un champ de bataille.
    Mousqueton attirait aussi les regards des badauds, et comme le roman de Don Quichotte était alors dans toute sa vogue, quelques-uns disaient que c’était Sancho qui, après avoir perdu son maître, cherchait une nouvelle condition. »  Pages 48 et 49
    « En un moment la foule devint immense ; on arrêta un carrosse pour y mettre le petit conseiller ; mais un homme du peuple ayant fait observer que, dans l’état où était le blessé, le mouvement de la voiture pouvait empirer son mal, des fanatiques proposèrent de le porter à bras, proposition qui fut accueillie avec enthousiasme et acceptée à l’unanimité. Sitôt dit, sitôt fait. Le peuple le souleva, menaçant et doux à la fois, et l’emporta, pareil à ce géant des contes fantastiques qui gronde tout en caressant et en berçant un nain entre ses bras. »  Page 93
  • « L’aspect des objets extérieurs est un mystérieux conducteur, qui correspond aux fibres de la mémoire et va les réveiller quelquefois malgré nous ; une fois ce fil éveillé, comme celui d’Ariane, il conduit dans un labyrinthe de pensées où l’on s’égare en suivant cette ombre du passé qu’on appelle le souvenir. »  Page 134
    « Louis de Bourbon, prince de Condé, que, depuis la mort de Henri de Bourbon, son père, on appelait, par abréviation et selon l’habitude du temps, Monsieur le Prince, était un jeune homme de vingt-six à vingt-sept ans à peine, au regard d’aigle, agl’ occhi grifani, comme dit Dante, au nez recourbé, aux longs cheveux flottant par boucles, à la taille médiocre mais bien prise, ayant toutes les qualités d’un grand homme de guerre, c’est-à-dire coup d’œil, décision rapide, courage fabuleux ; ce qui ne l’empêchait pas d’être en même temps homme d’élégance et d’esprit, si bien qu’outre la révolution qu’il faisait dans la guerre par les nouveaux aperçus qu’il y portait, il avait aussi fait révolution à Paris parmi les jeunes seigneurs de la cour, dont il était le chef naturel, et qu’en opposition aux élégants de l’ancienne cour, dont Bassompierre, Bellegarde et le duc d’Angoulême avaient été les modèles, on appelait les petits-maîtres. »  Page 210
  • « Et il jeta un regard inquiet sur le panneau de son coffre-fort ; il tourna même en dedans le chaton du diamant magnifique dont l’éclat attirait les yeux sur sa main, qu’il avait d’ailleurs blanche et belle. Malheureusement cette bague n’avait pas la vertu de celle de Gygès, qui rendait son maître invisible lorsqu’il faisait ce que venait de faire Mazarin. »  Pages 271 et 272
    « Un sanglot plus fort que la volonté de Mordaunt lui déchira la gorge et fit remonter le sang à son visage livide ; il crispa ses poings, et le visage ruisselant de sueur, les cheveux hérissés sur son front comme ceux d’Hamlet, il s’écria dévoré de fureur :
    – Taisez-vous, monsieur ! c’était ma mère ! »  Page 304
  • « Le lendemain, en ouvrant les yeux, ce fut le comte à son tour qui aperçut Raoul à son chevet. Le jeune homme était tout habillé et lisait un livre nouveau de M. Chapelain. »  Page 320
  • « – Si vous daigniez avoir de l’esprit, Athos, dit Aramis, je crois véritablement que vous en auriez plus que n’en avait ce pauvre M. de Voiture. »  Page 329
  • « – Qu’a donc notre ami ? dit Aramis, il ressemble aux damnés de Dante, à qui Satan a disloqué le cou et qui regardent leurs talons. Que diable a-t-il donc à regarder ainsi derrière lui ? »  Page 354

Tome 3

  • « Le rouge monta au visage de la reine, ses beaux yeux bleus parurent prêts à lui sortir de la tête ; ses lèvres de carmin, comparées par tous les poètes du temps à des grenades en fleur, pâlirent et tremblèrent de rage : elle effraya presque Mazarin lui-même, qui pourtant était habitué aux fureurs domestiques de ce ménage tourmenté :
    – Rendre Broussel ! s’écria-t-elle enfin avec un sourire effrayant : le beau conseil, par ma foi ! On voit bien qu’il vient d’un prêtre ! »  Page 41
  • – Endormez-vous bien vite, Louis, dit la reine, car vous serez réveillé de bonne heure.
    – Je ferai de mon mieux pour vous obéir, madame, dit le jeune Louis, mais je n’ai aucune envie de dormir.
    – La Porte, dit tout bas Anne d’Autriche, cherchez quelque livre bien ennuyeux à lire à Sa Majesté, mais ne vous déshabillez pas. »  Page 111
  • « La reine l’arrêta.
    – Comment vous nommez-vous, mon ami ? lui dit-elle.
    Planchet se retourna fort étonné de la question.
    – Oui, dit la reine, je me tiens tout aussi honorée de vous avoir reçu ce soir que si vous étiez un prince, et je désire savoir votre nom.
    « Oui, pensa Planchet, pour me traiter comme un prince, merci ! »
    D’Artagnan frémit que Planchet, séduit comme le corbeau de la fable, ne dît son nom, et que la reine, sachant son nom, ne sût que Planchet lui avait appartenu. »  Page 125
  • « Cromwell resta un instant pensif, regardant ce jeune homme ; puis, avec cette profonde mélancolie que peint si bien Shakespeare :
    – Mordaunt, lui dit-il, vous êtes un terrible serviteur. »  Page 209
  • « – Notre avenir, nos ambitions ! dit d’Artagnan avec une volubilité fiévreuse ; avons-nous besoin de nous occuper de cela, puisque nous sauvons le roi ? Le roi sauvé, nous rassemblons ses amis, nous battons les puritains, nous reconquérons l’Angleterre, nous rentrons dans Londres avec lui, nous le reposons bien carrément sur son trône…
    – Et il nous fait ducs et pairs, dit Porthos, dont les yeux étincelaient de joie, même en voyant cet avenir à travers une fable. »  Page 251
  • « À son chevet, Parry était assis lisant à voix basse, et cependant assez haute pour que Charles, qui l’écoutait les yeux fermés, l’entendît, un chapitre dans une Bible catholique. »  Page 301
  • « Groslow s’avança jusqu’au seuil de la chambre du roi, remit avec affectation sur sa tête le chapeau qu’il avait tenu à la main pour recevoir ses hôtes, regarda un instant avec mépris ce tableau simple et touchant d’un vieux serviteur lisant la Bible à son roi prisonnier, s’assura que chaque homme était bien au poste qu’il lui avait assigné, et, se retournant vers d’Artagnan, il regarda triomphalement le Français comme pour mendier un éloge sur sa tactique. »  Page 301
  • « Parry, de son côté, tressaillit et interrompit la lecture.
    – À quoi songes-tu donc de t’interrompre ? dit le roi, continue, mon bon Parry ; à moins que tu ne sois fatigué, toutefois.
    – Non, sire, dit le valet de chambre. Et il reprit sa lecture. »  Page 302
  • « En ce moment Parry tourna quelques feuillets de sa Bible et lut tout haut ce verset de Jérémie :
    « Dieu dit : Écoutez les paroles des prophètes, mes serviteurs, que je vous ai envoyés avec grand soin, et que j’ai conduits vers vous. » »  Page 303
  • « – Eh bien ! mon cher Athos, vous qui parlez anglais comme John Bull lui-même, vous êtes maître Tom Low, et nous sommes, nous, vos trois compagnons ; comprenez-vous maintenant ? »  Pages 361 et 362

Tome 4

  • « L’entrepont était divisé en trois compartiments : celui dans lequel d’Artagnan descendait et qui pouvait s’étendre du troisième mâtereau à l’extrémité de la poupe, et qui par conséquent était recouvert par le plancher de la chambre dans laquelle Athos, Porthos et Aramis se préparaient à passer la nuit ; le second, qui occupait le milieu du bâtiment, et qui était destiné au logement des domestiques ; le troisième qui s’allongeait sous la proue, c’est-à-dire sous la cabine improvisée par le capitaine et dans laquelle Mordaunt se trouvait caché.
    – Oh ! oh ! dit d’Artagnan, descendant l’escalier de l’écoutille et se faisant précéder de sa lanterne, qu’il tenait étendue de toute la longueur du bras, que de tonneaux ! On dirait la caverne d’Ali-Baba.
    Les Mille et Une Nuits venaient d’être traduites pour la première fois et étaient fort à la mode à cette époque. »  Page 57
  • « Mousqueton était le contraire de la grenouille de la fable qui se croyait plus grosse qu’elle n’était1. Malheureusement, s’il était parvenu à diminuer son nom d’un tiers, il n’en était pas de même de son ventre. Il essaya de passer par l’ouverture pratiquée et vit avec douleur qu’il lui faudrait encore enlever deux ou trois planches au moins pour que l’ouverture fût à sa taille.
    Il poussa un soupir et se retira pour se remettre à l’œuvre.
    Mais Grimaud, qui avait fini ses comptes, s’était levé, et, avec un intérêt profond pour l’opération qui s’exécutait, il s’était approché de ses deux compagnons et avait vu les efforts inutiles tentés par Mousqueton pour atteindre la terre promise.
    – Moi, dit Grimaud.
    Ce mot valait à lui seul tout un sonnet, qui vaut à lui seul, comme on le sait, tout un poème. »  Pages 70 et 71
  • « – Allez, allez, comte, dit Porthos, je n’ai pas besoin de vous.
    Et en effet, d’un coup de jarret vigoureux, Porthos se dressa comme le géant Adamastor1 au-dessus de la lame, et en trois élans il se trouva avoir rejoint ses compagnons. »  Page 90
  • « – Parce que, monsieur, je me rappelais que dans la bibliothèque du château de Bracieux il y a une foule de livres de voyages, et parmi ces livres de voyages ceux de Jean Mocquet, le fameux voyageur du roi Henri IV.
    – Après ?
    – Eh bien ! monsieur, dit Mousqueton, dans ces livres il est fort parlé d’aventures maritimes et d’événements semblables à celui qui nous menace en ce moment !
    – Continuez, Mouston, dit Porthos, cette analogie est pleine d’intérêt.
    – Eh bien, monsieur, en pareil cas, les voyageurs affamés, dit Jean Mocquet, ont l’habitude affreuse de se manger les uns les autres et de commencer par…
    – Par le plus gras ! s’écria d’Artagnan ne pouvant s’empêcher de rire, malgré la gravité de la situation.
    – Oui, monsieur, répondit Mousqueton, un peu abasourdi de cette hilarité, et permettez-moi de vous dire que je ne vois pas ce qu’il peut y avoir de risible là-dedans.
    – C’est le dévouement personnifié que ce brave Mousqueton ! reprit Porthos. Gageons que tu te voyais déjà dépecé et mangé par ton maître ?
    – Oui, monsieur, quoique cette joie que vous devinez en moi ne soit pas, je vous l’avoue, sans quelque mélange de tristesse. Cependant je ne me regretterais pas trop, monsieur, si en mourant j’avais la certitude de vous être utile encore. »  Pages 110 et 111
  • « – Allons donc à Rueil, dit Athos.
    – C’est nous jeter dans la gueule du loup, dit Aramis.
    – Si j’eusse été l’ami de Jonas comme je suis celui de d’Artagnan, dit Athos, je l’eusse suivi jusque dans le ventre de la baleine et vous en feriez autant que moi, Aramis. »  Page 213
  • « Mazarin se sentit frissonner jusqu’au fond du cœur. Son regard si perçant se fixa en vain sur la face moqueuse du Gascon et sur le visage impassible de Porthos. Tous deux étaient cachés dans l’ombre, et la sibylle de Cumes elle-même n’aurait pas su y lire. »  Page 294
  • « Mais avant de partir, il réfléchit que, pour un garçon d’esprit et d’expérience, c’était une singulière position que de marcher à l’incertain en laissant le certain derrière soi.
    « En effet, se dit-il au moment de monter à cheval pour remplir sa dangereuse mission, Athos est un héros de roman pour la générosité ; Porthos, une nature excellente, mais facile à influencer ; Aramis, un visage hiéroglyphique, c’est-à-dire toujours illisible. Que produiront ces trois éléments quand je ne serai plus là pour les relier entre eux ?… la délivrance du cardinal peut-être. Or, la délivrance du cardinal, c’est la ruine de nos espérances, et nos espérances sont jusqu’à présent l’unique récompense de vingt ans de travaux près desquels ceux d’Hercule sont des œuvres de pygmée. » »  Pages 324 et 325
3,5 étoiles, A, F

La famille Waverley, tome 1 : Amours et autres enchantements

La famille Waverley, tome 1 : Amours et autres enchantements de Sarah Addison Allen.

Éditions Pocket, publié en 2013, 308 pages

Premier tome de la série de romans « La famille Waverley » de Sarah Addison Allen paru initialement en 2007 sous le titre « Garden Spells ».

Dans la petite ville de Bascom, en Caroline du Nord, tout le monde connaît la famille Waverley. Les membres de cette famille ont toujours été considérés comme des parias et ce depuis plusieurs générations. De nombreuses légendes circulent sur cette famille, elles font allusion à des faits étranges, à de la magie ainsi qu’à un pommier qui prédirait l’avenir. Mais de cette famille, il ne reste que trois femmes : Evanelle, Claire et Sydney. Claire et Evanelle sont restée à Bascom mais Sydney, la soeur cadette de Claire, a préféré fuir la ville et la demeure familiale il y de ça dix ans. Claire assume sa part de magie à travers différents plats qu’elle concocte en tant que traiteur. Avec les années et les abandons dont elle a été victime, elle s’est forgée une carapace et a décidé de ne plus s’attacher à rien ni à personne pour ne plus souffrir. Mais le retour de sa sœur avec sa petite fille chamboulera sa vie bien rangée et solitaire. Acceptera-t-elle de laisser entrer dans sa vie cette famille sur laquelle elle avait tiré un trait ?

Un roman émouvant avec une petite touche de magie. Une histoire simple et agréable qui traite des relations fraternelles, de la perception des gens et de l’amour. L’atmosphère créée par l’auteur est très réussie, elle nous transporte dans le quotidien de ces deux sœurs blessées et dans un monde doux et agréable. Le fait d’introduire une petite touche de magie comme les fleurs ayant des vertus spéciales, nous emmène gentiment à la limite du possible. Les personnages sont tous attachants malgré leurs caractères, leurs désirs et leurs problèmes. Une mention spéciale pour celui d’Evanelle qui est adorable, cette vieille dame qui offre des objets insolites aux gens en anticipant leur besoin. Malheureusement, la fin de certaines histoires sont un peu faciles ou précipitées. C’est un roman idéal pour se vider l’esprit et découvrir un monde où tous les problèmes se résolvent invariablement.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 9 mai 2015

La littérature dans ce roman :

  • « Sydney quitta Bay, mais au lieu de redescendre pour aller chercher les sacs et les caisses dans la voiture, elle se dirigea vers son ancienne chambre. Quand elle était enfant, elle aimait y rester des après-midis entiers, s’imaginant parfois qu’elle était prisonnière d’une méchante sœur, comme dans un conte de fées. »  Pages 56 et 57
  • « Il s’appuya d’une main sur le véhicule, près de son épaule. Elle pourrait partir bien sûr., Filer et lui tourner le dos encore une fois. Mais il baissa la tête et elle put apercevoir le minuscule réseau de rides autour de ses yeux. On aurait dit aussi qu’il avait eu l’oreille percée autrefois. Tout cela racontait des histoires sur lui, des contes, et Claire écoutait, bercée par cette mélopée. »  Page 183
  • « Pour Fred, ces trente années étaient passées aussi rapidement qu’un livre que l’on feuillette, sauf que la fin était différente de ce qu’il avait imaginé. Il regrettait de ne pas avoir prêté davantage attention à l’histoire.
    Et à celui qui la racontait. »  Page 217
    « Les yeux de Sydney se portèrent immédiatement là où Claire semblait passer le plus de temps : la confortable banquette sous la fenêtre. Une pile de livres se trouvait sur le sol juste à côté. »  Page 240
  • « Elle lâcha soudain ses sacs en voyant Hunter John, assis dans le canapé, qui feuilletait un gros livre posé sur la table basse. »  Page 167
  • « Discuter. Parler. Rompre. Non. Elle tendit la main vers son livre pour le distraire.
    – Qu’est-ce que tu regardes ?
    – Notre album de l’année de terminale, dit-il, et le cœur d’Emma se serra. »  Page 268
  • « Abandonnant sacs et paquets, elle alla s’asseoir à côté de lui gentiment, doucement, de peur qu’il ne s’enfuie si elle allait trop vite. Le livre était ouvert à une double page de clichés instantanés. Sydney, Emme et Hunter John figuraient presque sur toutes. »  Page 268
  • « – Non ! coupa-t-il avec rudesse en la lâchant. Non. Ne recommence pas. Qu’ai-je bien pu faire pour que tu croies qu’je regrettais de t’avoir choisie ? J’ai passé des jours à essayer de deviner comment j’aurais pu empêcher cela d’arriver, mais tu sais ce que j’ai compris ? Il ne s’agit pas d’une histoire entre toi et moi. Mais entre toi et Sydney. Je soupçonne aussi que ta mère a un rôle là-dedans. Je t’aime, je n’aime pas Sydney. Je veux passer ma vie avec toi, pas avec elle. Nous ne sommes plus les mêmes personnes, conclut-il en refermant l’album du lycée, le livre des rêves enfantins de célébrité et de voyage sac au dos à travers la France. En tout cas, moi, je ne suis plus la même personne. »  Pages 270 et 271
3 étoiles, O, T

Temperance Brennan, tome 6 : Os troubles

Temperance Brennan, tome 6 : Os troubles de Kathy Reichs.

Éditions Pocket (Thriller), publié en 2006, 438 pages

Sixième tome de la série de romans policiers « Temperance Brennan » écrit par Kathy Reichs et paru initialement en 2003 sous le titre « Bare Bones ».

L’anthropologue judiciaire Temperance Brennan pense devoir repousser ses vacances car des ossements carbonisés d’un nourrisson ont été trouvé dans un poêle à bois. L’enquête autour de la famille du bébé mène à des découvertes plus troublantes les unes que les autres. Même Boyd, le fidèle chien de Tempe, s’en mêle en déterrant, lors d’un pique-nique, deux sacs contenant des ossements d’ours mêlés à ceux d’oiseaux et d’humain. Pour compliquer les choses pour Brennan, un Cessna-210 percute une paroi rocheuse et s’embrase. Le pilote et son passager sont retrouvés carbonisés. Elle doit terminer son travail alors que la canicule fait rage. Tous ces dossiers vont porter le coup final au projet de Tempe de partir en vacances avec Ryan.

Un roman policier dans la moyenne, sans plus. L’intrigue débute rapidement avec une disparition et la mort d’un bébé. Malheureusement, il y a trop de détails, de pistes et de dossiers qui font leur apparition, ce qui donnent l’impression que ça part dans tous les sens. De plus, le dénouement des enquêtes manque un peu de réalisme car toutes les pistes se rejoignent en un seul dossier, ce qui est peu probable. Par contre, c’est avec bonheur que l’on retrouve les personnages de cette série : Tempe, sa fille Katy, son collègue Ryan et son chien Boyd. Ils sont fidèles à eux même et finalement Ryan prend plus de place dans la vie de Brennan. Le point fort de ce tome, c’est qu’en plus de l’enquête proprement dit, ce polar est un plaidoyer pour la protection des animaux et l’écologie. Une lecture agréable tout de même.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 18 mars 2015

La littérature dans ce roman :

  • « Conclusion : le sac-poubelle renfermait des restes partiels de trois Ursus americanus. Des ours noirs. Identification de l’espèce grâce à l’ouvrage de Gilbert, Mammalian Osteology, et du Mammal Remains from Archaelogical Sites d’Olsen. »  Page 68
  • « L’avion puait le fuel et la chair carbonisée. Dans cet habitacle imprégné de suie, je me croyais plongée au cœur du Dust Bowl si bien décrit par Steinbeck. »  Page 81
  • « Au centre de la scène, dans l’éclat rougeoyant des lampes de chantier, l’avion mort et l’équipe chargée de la récupération, tels les récitants d’une tragédie antique. Spectacle macabre. Shakespeare dans un champ de maïs. Cauchemar d’une nuit d’été. »  Page 82
  • « — J’en ai pour un instant.
    — Prends tout ton temps.
    Il avait laissé de côté les «Oui, m’dame » traînants, version Autant en emporte le vent. C’était déjà ça.
    Faux espoir. Un «mam’zelle Kitty » m’a quand même rattrapée pendant que je montais l’escalier. »  Page 86
  • « Et maintenant le Don Juan détective avait ses fesses posées sur le canapé de mon salon. »  Page 88
  • « — L’heureux propriétaire de deux clubs de strip-tease à Kannapolis. C’est une petite ville industrielle pas loin d’ici, n’est-ce pas ?
    Hochements de tête autour de la table.
    — » Les Valets de Carreau » et « Les Reines de Cœur »… Ricky Don s’attache à satisfaire les demandes sexuelles en tout genre.
    — Un poète, a décrété Larabee. »  Page 105
  • « — Tu te souviens des os d’animaux dont je t’ai parlé ?
    — Oui.
    — C’est notre Rintintin ici présent qui les a découverts. Ils étaient enterrés dans un bois. J’étais presque sûre qu’il s’agissait d’os d’animaux. Je les avais rapportés au bureau au cas où. Dimanche, déjà, j’ai passé une grande partie de la journée à les examiner. »  Page 112
  • « Boyd n’en avait que faire. La truffe au ras du sol, il frétillait comme hier soir pendant la promenade et m’entraînait d’un chêne enrobé de kudzu à un magnolia à demi étouffé, ou du puits à l’appentis abritant la pompe hydraulique.
    En dehors du creux près de la haie, resté après l’excavation des ours, rien n’a suscité son excitation sauf, bien entendu, quelques écureuils et tamias.
    Boyd de Baskerville. »  Page 129
  • « — On y va ? a lancé Ryan.
    — On y va !
    Voix de contralto digne de Walter Mitty. »  Page 144
  • « Lundi, tôt le matin, trois enfants qui faisaient courir leurs chiens dans un champ, à l’est de l’endroit où l’avion devait s’écraser peu après, avaient cru voir un fantôme battre des ailes au-dessus de la vieille grange à tabac de leur grand-père.
    Une image est passée devant mes yeux : un pilote calciné dont le parachute se soulevait et s’abaissait sous le vent.
    — Sa Majesté des mouches, a dit Ryan, exprimant tout haut ma pensée.
    — Analogie parfaite, a déclaré Sheila Jansen. Se disant que le phénomène avait dû se produire au-dessus de Nehi et Moon Pies, ces petits génies ont décidé d’aller fureter dans le coin. Ils ont découvert un paquet contenant de la poudre blanche au bout d’un parachute. Résultat du vote : ils ont décidé de le cacher, le temps de trouver une meilleure idée. »  Page 158
  • « — À mon avis, nous avons là un cas de lèpre tout ce qu’il y a de plus classique, tel que c’est exposé dans les manuels de radiologie, a constaté Larabee. »  Page 180
  • « Je me suis retournée pour prendre dans ma bibliothèque les programmes des conférences. En dix minutes de temps, j’avais l’info que je cherchais. Douze ans auparavant, un étudiant au doctorat avait fait une communication sur la fréquence des maladies parmi les populations melungeons.
    Tandis que je lisais son rapport, l’embryon de pensée a émergé du magma au fond de mon cerveau et s’en est extrait lourdement jusqu’à devenir une idée à part entière. »  Page 184
  • « J’ai déposé un manuel de pathologie sous ses yeux. Larabee a lu le passage et s’est penché en arrière, le menton dans la main. L’air pas convaincu. »  Page 184
  • « — Une étude génétique récente, menée parallèlement sur des groupes de melungeons du Tennessee et de Virginie et sur des populations établies en Espagne, au Portugal, en Afrique du Nord, à Malte, à Chypre, en Iran, en Irak et dans d’autres pays du Levant, n’a fait apparaître aucune différence significative.
    — Comment vous faites pour vous rappeler des trucs pareils ? s’est écrié Larabee en secouant la tête.
    — Je ne sais pas. J’ai regardé dans un bouquin. Il y a pas mal de sites melungeons sur le Web. »  Page 186
  • « — Beaucoup de caries. En tout cas, sur les dents récupérées.
    — Il en manque beaucoup ?
    — Pas mal.
    — Pauvre petite Boucles d’or !
    — Comment est-ce que je pouvais savoir que tu allais me dire ça ? »  Page 196
  • « D’autres oiseaux, sculptés ou en bas-relief, étaient posés sur le bureau et les commodes à dossiers, et glissaient un œil entre deux livres. »  Page 205
  • « Rachel est allée attraper un grand livre brun sur une des étagères au-dessus de la commode à tiroirs. Après avoir consulté l’index, elle l’a ouvert à la page recherchée et l’a posé à plat sur la paillasse.
    — Et voilà, a-t-elle dit en tapotant une photo de son index potelé. Un ara de Spix.
    L’oiseau représenté avait le corps bleu cobalt et la tête plus claire. Ses pattes étaient sombres, son œil gris, son bec noir et moins crochu que je le croyais.
    — Il fait quelle taille ?
    — Cinquante-cinq, soixante centimètres. Ce n’est ni le plus grand ni le plus petit des aras.
    — Et où aime-t-il traîner ses bottes ? a demandé Ryan.
    — Dans le centre du Brésil, dans la partie aride, à l’est, et aussi au nord de Bahia, le plus souvent.
    — Et c’est une espèce disparue ? Une ex-espèce ?
    Si j’ai pigé la référence de Ryan à Monty Python, pour Rachel, c’est resté lettre morte. »  Pages 212 et 213
  • « — Non. Et la situation a empiré. À la fin de la décennie, pas un seul oiseau n’a été aperçu. En 1990, Tony Juniper, un des meilleurs experts au monde pour les perroquets, s’est rendu au Brésil afin de déterminer si le Spix avait véritablement disparu à l’état sauvage. Après six semaines passées à sillonner la région de Bahia en 4 x 4 en interrogeant tous les gens qu’il croisait sur son chemin, fermiers, prêtres, écoliers et même braconniers, Juniper a fini par localiser un mâle solitaire. Il avait établi son nid dans un cactus en bordure d’une rivière, non loin de Curaçao.
    — Où est-ce ? a demandé Ryan en feuilletant les images de Spix.
    — À deux mille kilomètres au nord de Rio.
    Avec un sourire pincé, Rachel a tiré le livre à elle et l’a refermé. »  Page 213
  • « La tentative n’aboutit pas à redorer le blason de Clo-vay, comme mon amie Anne prononce ce nom, soucieuse elle aussi de lui donner un peu de piquant. Si quelques manufactures fonctionnent encore  – pièces détachées pour les freins et pour les appareils chirurgicaux  –, la bourgade ne brille pas par l’intensité de son activité. Une lecture attentive de la « littérature » publiée par la chambre de commerce locale incite plutôt le voyageur à se rendre ailleurs s’il veut prendre du bon temps : sur les bords du lac Wylie, sur les cimes de Blue Ridge, sur les plages de Caroline, et même à Charlotte s’il aime le baseball (les Knights) ou le football américain (les Carolina Panthers). »  Page 381
  • « Je me suis garée sur le bas-côté en gravier, j’ai coupé le moteur et j’ai traversé la pelouse jusqu’à la porte de la caravane. En passant devant le manège, j’ai reconnu des personnages de contes pour enfants : Little Bo Peep, Dormeur et Simplet. Il y avait aussi une maman cane ouvrant la voie à quatre copies d’elle-même en miniature. »  Page 382
  • « — J’ai dû croire ce que je voulais croire, probablement.
    Je me suis levée.
    — Il faut que j’y aille.
    À la porte, elle m’a posé une dernière question.
    — Vous lisez souvent les Écritures ?
    — Non, madame. »  Page 389
  • « Ryan portait un short de surfeur. Sa roseur après le premier jour de plage disparaissait maintenant sous une couche de crème solaire suffisante pour protéger Moby Dick. Désormais, il se rapprochait du tabac blond.
    Nous passions nos journées à lire ou à bavarder ; Boyd s’amusait à happer les vagues ou bien coursait les mouettes. »  Page 416
  • « Boyd s’est effondré sur le flanc à l’ombre de mon transat. Ryan s’est replongé dans son Terry Pratchett, et moi dans un magazine consacré à l’environnement.
    Mais impossible de me concentrer. Mes pensées revenaient sans cesse à Skinny Slidell. J’ai fini par abandonner ma lecture.
    — Comment Slidell a-t-il découvert où j’étais ?
    Ryan a refermé son livre sur son doigt, pour marquer la page. »  Pages 424 et 425
  • « Nous nous sommes remis à notre lecture. Plus j’avançais dans la mienne, plus je me rendais compte de la naïveté de mes opinions sur le mouvement des Verts. À certains moments, j’étais si révoltée par ce que j’apprenais que je ne pouvais plus me contenir.
    — Tu savais que plus de neuf millions de tortues et de serpents avaient été exportés des États-Unis en 1996 ?
    Ryan a laissé tomber son livre sur sa poitrine. »  Page 426
    « — Écoute ça.
    J’ai cité des passages de l’article que je venais de lire.
    — «En 1996, au Brésil, Hector Ugalde a plaidé coupable de conspiration fédérale dans une affaire de contrebande d’aras jacinthes… Il a été condamné à une peine de prison avec sursis, une mise à l’épreuve et une amende de dix mille dollars. » Tu parles que ça va l’arrêter ! »  Page 427
4,5 étoiles, F

La femme du capitaine

La femme du capitaine de Beth Powning.

Éditions Perce-Neige, publié en 2014, 438 pages

Roman de Beth Powning paru initialement en 2010 sous le titre « The Sea Captain’s Wife ».

Au dix-neuvième siècle, dans le petit village côtier de Whelan’s Cove au Nouveau-Brunswick, Azuba observe sans relâche les navires marchands prendre le large dans la brume de la Baie de Fundy. Depuis qu’elle est enfant, elle rêve de mettre les voiles et de partir à la découverte du monde. Malheureusement pour elle, son mari, le capitaine Bradstock, est un homme solitaire et ne veut pas mettre sa femme et sa fille en danger sur son navire, Le Voyageur. Il veut les garder à l’abris du dur quotidien sur un navire : les longs mois en mer, les orages, les tempêtes, le rationnement ou même les mutineries ou les naufrages. Mais, il suffira d’une rumeur dans le village pour qu’il se résigne à amener Azuba et leur fille avec lui lors de son prochain départ. Un fois en mer, le voyage ne sera pas de tout repos et la femme du capitaine aura grandement le temps de songer à ses choix de vie.

Un merveilleux roman historique sur le milieu maritime. Cette lecture fait voyager le lecteur de la Baie de Fundy à Hong Kong en passant par le dangereux Cap Horne et la belle ville de San Francisco. Dans ce récit, les personnages sont attachants et très crédibles. Celui d’Azuba est très intéressant car il fait découvrir la vie quotidienne des femmes de marins qui partaient en mer pendant des mois, parfois même des années. En suivant sa vie et ses pensées on découvre une jeune femme forte et courageuse. De plus, les descriptions des paysages marins ainsi que le langage utilisé pour les dialogues font voyager littéralement le lecteur sur les navires à voiles de l’époque. Malgré quelques longueurs, un roman très bien écrit et dépaysant qui fait passer de belles heures de lecture.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 21 février 2015

La littérature dans ce roman :

  • « Azuba et Nathaniel étaient allés lui rendre visite au presbytère peu après son arrivée au village. Il leur avait montré son studio, une grande pièce à l’arrière de la maison où se trouvaient un chevalet, des cahiers à dessin et une table, sous une fenêtre, encombrée de trésors ramenés de la côte – plumes, coquillages, crânes.
    Même vieux, pensa-t-elle, il aura cet air fervent et innocent.
    Le soleil entrait à flots par les fenêtres et illuminait les objets dans la pièce – la table recouverte d’un tapis sur laquelle étaient posés une lampe à huile et des livres à reliure de cuir ; un vaisselier en fer blanc laqué; un orgue à soufflerie manuelle. »  Page 24
  • « Je pense à toi qui lisais à voix haute à Carrie et qui m’enseignais à jouer au cribbage. Il nous reste encore la moitié du dernier roman de Dickens à lire. »  Pages 46 et 47
  • « La table vers laquelle elle se tourna débordait d’objets : des bouteilles pleines de pinceaux à poils de martre, des cahiers à croquis, des plateaux d’étain remplis d’outils d’artiste, des créatures préservées dans des bocaux. De os blanchis, des pinces de homard, des squelettes de poissons, des dents, des dollars des sables, des oursins. »  Page 47
  • « Simon était dans son bureau. Il avait quitté sa chaise, derrière son pupitre à cases et ses livres de théologie à dorures. »  Page 48
  • « Il déposa l’os sur une petite soucoupe blanche et ouvrit un carnet de dessins rempli de fleurs travées au crayon de plomb.
    – Cypripedium acaule, dit-il en feuilletant son carnet. Le sabot de la vierge.
    Elle toucha une page du bout du doigt pour l’empêcher de la tourner.
    – Celle-ci. Elle est tellement belle. »  Page 48
  • « Un soir, quelques jours plus tard, il s’était levé, était allé chercher un livre sur une étagère de la bibliothèque et l’avait jeté sur les genoux d’Azuba. Il l’avait ouvert et avait montré du doigt une gravure représentant le cap Horn dans un blizzard. Un navire sombrait, ses voiles en lambeaux, ses mâts parallèles aux flots. Une femme solitaire s’agrippait au bord du canot de sauvetage dans lequel elle était assise.
    – Le cap Horn, avait-il dit.
    – Je sais.
    Elle avait caché l’image de sa main et lui avait adressé un regard perplexe.
    – Je ne veux pas voir ça. J’ai vu ces images. Elles sont horribles.
    Il avait retrié sa main et avait tourné les pages du livre, s’arrêtant sur l’image d’un navire échoué sur des rochers. Des femmes et des enfants étaient amarrés aux mats. Sur la terre ferme, des personnes agenouillées pleuraient, les mains jointes ou recouvrant leur bouche. »  Page 55
  • « Au début juin, Carrie commença à dessiner dans un vieux livre de comptes. Pour y ajouter de la couleur, elle se servait des crayons que lui avait offerts le révérend Walton.
    En haut de la page, elle dessina leur maison. Un sentier tortueux bordé de fleurs traversait la page, et Carrie y plaça trois bonshommes-allumettes : Carrie, Nathaniel et Azuba. Elle coiffa Nathaniel d’un chapeau haut de forme et lui dessina une pipe d’où sortait un nuage de fumée noire.
    Le dessin recouvrait des lettres et des chiffres angulaires tracés à l’encre brune, réduisant à l’état de palimpsestes des données qui, jadis, étaient indispensables.
    Elle posa le livre sur les genoux d’Azuba e l’ouvrit.
    – Ça, c’est un chat. Ça, c’est le canari à Papa. Ça, c’est Papa et moi à la plage. Ça, c’est le cheval de Papa. Il m’emmène chez Mamie Cooper. Ça, c’est le jardin. Et ça, c’est le bateau à Papa avec un drapeau sur le mât. »  Page 63
  • « Mamie Cooper avait offert à Azuba son livre de remèdes. Enfant, Azuba passait quelques jours chez sa mamie tous les mois d’octobre à préparer avec elle les remèdes d’hiver. Une pincée d’alun, de la teinture de rhubarbe; du baume au gingembre à base de beurre contre l’érysipèle. Azuba alignait les petites bouteilles de verre en savourant les mots que prononçait sa mamie : chaire brulée, fièvre de lait. Azuba feuilletait maintenant le petit volume à reliure de cuire en admirant ses pages tachées, déchirées et recouvertes d’annotations de la plume de Mamie. Des notes, des rappels, des conseils, des recettes. Elle sentait sur elle le regard de sa grand-mère. Mal d’oreille. Mal de gorge putride. Mal de dents. Mal de mer. »  Page 89
  • « Elle parcourut des yeux la pièce sombre et mal aérée. Le monde de Nathaniel. C’était comme un salon miniature qui s’inclinait sans cesse : les cadres s’agitaient sur leurs crochets, un livre bougeait sur la table, la cage de bambou et une lampe munie d’un abat-jour se balançaient du plafond. »  Page 98
  • « À côté du secrétaire se dressaient des étagères qui contenaient la collection de livres du navire. Azuba parcourut les titres : des livres sur la navigation, des romans, des recueils de poésie. Ceux que Nathaniel appelait ses « livres de médecine ». Elle en sortit quelques-uns et les feuilleta, vit qu’il avait écrit des notes dans les marge. »  Page 99
  • « Azuba souleva le couvercle de son coffre. Elle avait apporté quatre robes pour un voyage dont elle ne connaissait pas la durée. Deux robes de laine, deux de coton. Des bas de laine, des capes, des jupons, des culottes fendues. Elle sortit ses peignes, sa brosse, une boite d’épingles à cheveux et sa bible et les tendit à Carrie, qui se chargea de tout ranger. »  Pages 100 et 101
  • « À cette heure-là, ses parents devaient être passés ensemble au salon. Son père devait lire des passages de la bible à voix haute pendant que sa mère faisait de la dentelle. »  Page 105
  • « Après douze jours en mer, quand elle fut enfin entièrement remise de son malaise, Azuba passait le temps en examinant le contenu de la bibliothèque de Nathaniel. Assise par terre à côté de son secrétaire, elle étudiait le livret qui accompagnait la trousse de pharmacie : A Companion to the Medical Chest, with Plain Rules for the Taking of Medicines. Elle ouvrait la boite et en sortait les instruments et les divers petits flacons numérotés afin que le capitaine puisse les repérer facilement. Elle comparait les recettes du livret avec celles que lui avait données Mamie.
    En consultant les manuels de navigation de Nathaniel, Azuba assimila toutes sortes de nouvelles connaissances : la navigation à l’estime, la navigation par les astres, les divers usages du sextant. Dans sa cabine, elle ouvrit la boite en bois de rose et comprit en examinant le chronomètre qu’il serait impossible de calculer leur longitude sans cet instrument. Elle apprit les aires de vent. À table, Nathaniel et M. Dennis avaient de longues discussions sur ce qu’ils appelaient « le livre de Maury », alors elle repéra le volume dans la bibliothèque. L’auteur, le lieutenant américain Matthew Maury, s’était intéressé à déchiffrer les caprices de la mer. Les coudes appuyés sur le tapis de table, Azuba se renseigna sur l’origine des vents. Elle apprit que l’air se déplace des cellules de haute pression vers celles de basse pression, que la rotation de la Terre et le changement des saisons ont une incidence sur la direction des vents. Que les courants océaniques sont aussi réguliers qu’une route. Que les déserts et les nappes de glace ont un effet sur les vents et la pluie. Elle constata que Nathaniel et M. Dennis étaient à la fois critiques et admirateurs du Lieutenant Maury. Mais comme ses écrits permettaient aux capitaines de prendre des décisions basées sur la science, on ne pouvait pas les ignorer. La mer, écrivait Maury, n’était pas un espace sauvage et aléatoire. De nouvelles certitudes s’imposaient.
    Après s’être assurée qu’elle n’avait pas laissé de cheveux noirs, des gouttes de thé ou une plume entre ses pages, elle remit le volume à sa place. À table, elle ne dit rien quand les hommes discutaient des conclusions de Maury même si, bien souvent, elle aurait pu fournir des éléments de réponse. »  Pages 110 et 111
  • « Un froid régnait dans le salon. Azuba faisait porter à Carrie une camisole de laine et un gilet épais. Les jours de grande turbulence, elle sentait monter en elle une pointe de regret qui se serait transformée en désespoir si elle avait pris le temps de s’y attarder. En de telle occasion, elle se concentrait sur Londres et lisait à voix haute des passages de son guide de voyage, le Harper’s Guidebook for Travellers. Carrie l’écoutait, et ses poupées de papier devenaient la Reine d’Angleterre, le Prince de Galles et la Princesse Alexandra.
    – Carrie, c’est là que nous allons, disait Azuba en déposant le guide et en reprenant son tricot. Nous allons à Londres ! »  Page 112
  • « Azuba écrivit à ses parents :
    Ne vous inquiétez pas pour nous. Je lis ma bible, et Carrie et moi envoyons nos prières au ciel en pensant à vous. »  Pages 116 et 117
  • « Elle était montée sur une chaise pour accrocher la feutrine devant les portes des chambres d’amis, avait décidé qu’il fallait abattre Dolly; avait dressé chaque jour la liste des tâches à confier à Hannah, versé les salaires, tenu son livre de comptes. »  Page 138
  • « C’est la dernière lettre que je vous enverrai avant d’arriver à Anvers, à moins que nous croisions un navire en mer. Je compte documenter la suite de notre voyage, et je promets de vous envoyer une copie de mon livre de bord. »  Page 144
  • « Nathaniel allait devoir jouer le rôle de sagefemme et de médecin. Il n’y aurait pas de chloroforme, pas de mains fortes et habiles d’une femme. Rien pour l’aider sauf des connaissances livresques. Ou la chance. »  Page 162
  • « Elle aurait souhaité pouvoir leur confier qu’elle étudiait les manuels de navigation de Nathaniel, qu’elle tentait de résoudre des équations, qu’elle écoutait les commandements livrés par son mari et observait ce que faisaient ses hommes pour y répondre, et qu’à l’arrière du livre à reliure de cuir de Mamie elle avait fait un croquis du Voyageur sur lequel elle avait inscrit les noms des voiles, des vergues et des cordages après avoir retourné la pointe de sa plume. »  Pages 169 et 170
  • « Elle allait devoir se passer de la compagnie d’autres femmes pendant des mois. J’aurai besoin de quoi me nourrir l’esprit et l’âme – des livres, des plantes, des projets. »  Page 171
  • « Elle fit du troc avec les autres femmes de capitaine : une pelote de laine bleue contre une bobine de soie à coudre rouge; des conserves en échange de livres; du fil contre des journaux; du gâteau au fruits contre une pièce d’étoffe. »  Page 171
  • « Elle se mit à parler moins fort.
    – Je suis en train de m’initier à la navigation. Toute seule, avec les livres de mon mari. Je lis ses livres de médecine aussi. »  Page 174
  • «  – Prends ton abécédaire, chuchota Azuba.
    Carrie s’était rendue à la lettre O en brodant au fil bleu. »  Page 180
  • « Ce soir-là, Nathaniel lisait le Mariner’s Chronicle et Azuba, chaussons aux pieds, s’était enroulée dans un châle de laine noir avant de s’installer sur le canapé. La petite pièce était plus accueillante depuis qu’elle y avait installé son rosier en pot et son géranium rosat qui dégageait une odeur agréable.
    Azuba examina attentivement le dépliant qui accompagnait la trousse à pharmacie, un texte intitulé Plain Rules for the Taking of Medicines. Puis, elle ouvrit le volume que lui avait offert Mamie Cooper.
    Pour guérir un mal d’oreille : tabac et huile d’ognon rôti, une goutte dans l’oreille.
    Elle de mit à feuilleter li livre à reliure de cuir.
    Comment peindre une ruche
    Recette de bière à la mélasse
    Comment prévenir les infestations de pucerons sur les navets et les choux
    Comment réparer un poêle fissuré
    Comment fabriquer un filet maillant
    Sa grand-mère se dressa devant elle, une petite dame têtue et pleine d’entrain qui la mettait au défi de suivre son exemple.
    – Azuba, écoute ceci.
    Azuba marqua sa page à l’aide d’un bout de papier avant de refermer son livre et prit son tricot.
    Nathaniel se mit à lire à haute voix : Le capitaine cria « Voilà la côte ! Mon Dieu, nous sommes perdus! » Sa femme courut chercher le bébé et l’enveloppa dans un châle chaud avant d’en mettre un sur ses propres épaules. Le capitaine alla à la porte et prit le bébé dans ses bras en disant « Nous sommes perdus, dans deux ou trois minutes, ce sera fini. » Il fit ses adieux à sa femme et entama une prière qu’il interrompit quand la mer déferla sur eux. Le pont céda et ils furent plongés sous les flots. La femme du capitaine se trouva dans l’eau assez longtemps pour nager sur une dizaine de mètres vers l’avant du bateau. Lorsqu’elle remonta à la surface, ses vêtements s’emmêlèrent dans l’épave ; elle les libéra d’un coup ferme et se mit à chercher son mari et son enfant.
    Azuba déposa son tricot et regarda son mari. Ces histoires étaient tellement fascinantes pour lui qu’il semblait en oublier son auditoire tant sa lecture l’absorbait. Contrairement à ce qu’il aurait fait par le passé, il n’essayait pas de la dissuader à prendre la mer avec lui en lui lisant ces récits édifiants.
    Elle vit son mari debout sur le toit du rouf, sans l’enfant. Elle comprit qu’il était blessé. Affolé, il lui fit signe de monter sur le rocher contre lequel le navire s’était échoué. Le second et plusieurs hommes de l’équipage s’y trouvaient et l’enjoignaient en craint de se joindre à eux. Elle courut alors jusqu’au rocher en se frayant un passage parmi les décombres de l’épave. Une fois sur le rivage, ils se réfugièrent dans une masure où ils étendirent le capitaine à côté de son épouse. Avant de rendre son dernier souffle, celui-ci demanda si le petit était sain et sauf.
    Ils restèrent assis en silence. Nathaniel prit sa pipe et en tira quelques bouffées en tournant quelques pages.
    – Celle-ci maintenant. Ça s’est passé dans l’Atlantique Nord. Le navire avait quitté le port de Boston avec un chargement de charbon dans sa cale.
    – Nathaniel ?
    Il leva les yeux, tira sur sa pipe et fixa des yeux la flamme de la lampe à huile. Calmement, il calculait.
    – Pourquoi tu lis ces récits-là, Nathaniel ? Pourquoi tu me les lis à haute voix ?
    – Si ça ne te plait pas de les entendre, je peux les lire pour moi-même.
    – Ce n’est pas ce que je voulais dire. J’aime beaucoup t’entendre me lire des histoires. C’est juste que celles-là sont un peu angoissantes. Elles me font penser à nos familles qui doivent s’inquiéter à notre sujet.
    – Ah bon.
    Il la regarda, souleva un sourcil.
    – Je suppose qu’elles m’intriguent, c’est tout. La mer, c’est mon métier, c’est ma vie. Des éventualités comme celles-là me font réfléchir. J’apprends beaucoup de choses en les lisant. C’est bien de voir combien de gens survivent aux épreuves qu’ils subissent. J’aimerais penser que j’aurais la même présence d’esprit qu’eux, que je serais aussi courageux. »  Page 187 à 190
  • « Azuba remarqua que M. Dennis était devenu méfiant : il plissait les yeux et se contentait de grogner pour signaler son consentement. Épaules tendues, il partait exécuter les ordres de son capitaine. Azuba ne dit rien, mais selon ce qu’elle avait lu en secret dans les livres de Nathaniel, et selon les comptes rendus qu’il lui avait lus à haute voix, selon aussi les réponses qu’il lui avait données à toutes les questions qu’elle avait posées en le voyant tracer leur parcours, et selon ce que lui disaient ses propres observations, elle savait qu’ils se ruaient dans des vents qui soufflaient à quarante nœuds tel un aveugle parti à la course. »  Pages 206 et 207
  • « Nathaniel rangeait ses effets personnels, ses papiers et ses instruments de navigation dans le secrétaire à cylindre qui occupait la majeure partie du mur à l’avant du salon : compas, sextant, encrier, stylo, règle; ses pipes et son tabac; pistolets, munitions, coup-de-poing américain et matraque en cas de mutinerie ou de piraterie. Enfin un carnet de bord personnel, au contenu plus intime que celui qui se trouvait dans la cabine de l’équipage. »  Page 209
  • « Quand il le pouvait, Nathaniel s’installait à son pupitre après le repas du soir pour examiner les cartes marines des vents et des courants de la région et étudier les Explications et instruction nautiques accompagnant la Carte des vents et des courants de Maury, examinant les nouvelles routes et la science sur laquelle elles étaient fondées. »  Pages 209
  • « – Allons se coller dans le lit, dit Azuba. On mangera des craquelins.
    Elles se rendirent au garde-manger et en sortirent la dernière boite de craquelins. Ensuite, elles allèrent au salon chercher des oreillers et des livres. »  Page 213
  • « Elles ouvrirent un livre, Les Mélodies de ma mère l’Oye. Une odeur émanait du papier qui rappelait à Azuba la boutique où elle l’avait trouvé à Londres. C’était avant le cap Horn, avant les iles Chincha. Avant Andrew.
    Sur la page se trouvait le dessin d’un arbre avec des poissons dans son feuillage. Azuba chanta :
    Michaud est monté dans un peuplier,
    Michaud est monté dans un peuplier.
    La branche a cassé, Michaud est tombé.
    Où donc est Michaud ?
    Michaud est su’le dos.
    Ah ! relève, relève, relève,
    Ah ! relève, relève, Michaud.
    Carrie posa son doigt sur un poisson dans l’arbre.
    – Maman, pourquoi il a lâché la corde ? Pourquoi il est tombé ?
    Azuba souleva le doigt de Carrie et tourna la page.
    – Ses mitaines étaient glissantes. Il n’a pas fait exprès. Il a fermé sa main sur la corde mais sa main a glissé.
    – Qui va le dire à sa maman ?
    – Papa lui a écrit une lettre. Il lui a dit que c’était un bon…
    Sa voix lui fit défaut, elle resta silencieuse un instant…
    – Il lui a raconté ce qui s’était passé. Nous donnerons la lettre au prochain navire que nous croiserons, ou bien nous la mettrons à la poste quand nous arriverons à Anvers.
    Carrie traça les lettres de la comptine suivante. »  Pages 213 et 214
  • « Elle prit le livre dans ses mains et se remit à lire à voix haute.
    Carrie suça son pouce et fixa la page sans la voir. »  Page 214
  • « Le lendemain, la tempête redoubla d’ardeur. Le feu dons le poêle s’était éteint, et il faisait si froid dans le salon qu’un nuage de buée sortait de la bouche quand on l’ouvrait. Azuba traversa la pièce en chancelant et s’assura que tous les objets étaient assujettis – les boites à ouvrage, les livres, le papier à dessiner de Carrie. »  Page 215
  • « – La fois où… le dentier à matante est tombé dans le poêle puis qu’on a dû fouiller dans le seau à cendre pour le retrouver. La fois où… le plateau de porcelaine est passé par la fenêtre en même temps que l’eau de vaisselle puis qu’on l’a retrouvé intact dans les œillets de poète… »  Page 215
  • « Elle s’assied en tailleur, un gros livre sur les genoux en guise de tablette, et se mit à écrire. »  Page 230
  • « Azuba et Mme Lattimer s’installèrent avec leur broderie tandis que Carrie s’assit avec un livre et que Lisette se chargea de coucher le bébé dans une des chambres. »  Page 293
  • « – Des pirates les ont livrés à l’Alabama. Puis là, sous leurs yeux, ils ont mis le feu à leur bateau. Tu te souviens comme il était beau. Un vrai péché. Mme Davis a été gardée prisonnière dans les cales du navire sudiste pendant deux semaines sans savoir ce qui était advenu de son mari. Elle l’a finalement retrouvé quand les moins que rien les ont largués au large de l’Espagne.
    Carrie était penchée sur son livre, mais elle avait cessé de tourner les pages. »  Page 295
  • « Ils allèrent au jardin zoologique, où Azuba resta un long moment à admirer la serre tropicale, et où ils virent par hasard un gardien jeter des lapins vivants dans la cage à serpents. Nathaniel lut dans leur guide de voyage que le zoo possédait la plus importante collection de singes bleus de toute l’Europe. »  Page 296
  • « Quand Simon était là, Whelan’s Cove prenait vie; ce n’était plus qu’un rêve ou une image tirée d’un livre. »  Page 314
  • « Simon avait sous le bras deux guides de voyage – le Harper’s Handbook et le Baedeker – mais il affichait une mine soucieuse. »  Page 317
  • « – Bonjour Monsieur Walton. Tu nous emmènes quelque part aujourd’hui ?
    Il baissa les yeux vers les livres qu’il portait.
    – À moins que vous n’ayez prévu autres chose… »  Page 317
  • « Il lisait à voix haute des passages d’un vieux journal ou de David Copperfield. »  Page 348
  • « Angoissée, Azuba posa son livre. »  Page 385
  • « Nathaniel lisait le journal, assis sur le divan. Son désœuvrement, le silence de Carrie remplissaient la pièce. Le bébé, en revanche, babillait, riait, découvrait avec plaisir les livres, la nourriture, sa boule de ficelle. »  Page 387
  • « Le matin, avant de se lever, elle s’était mise à se représenter sa vie depuis sa naissance jusqu’au temps présent. Elle avait l’impression de feuilleter un grand livre illustré où les images se succédaient, lui montrant les constantes de sa vie. »  Page 392
  • « Azuba glissa une languette de cuir bleu dans son livre pour marquer la page avant de refermer le livre qu’elle posa sur une table. »  Page 397
  • « Elle repensa à toutes les discussions qu’avaient eues Nathaniel et M. Dennis à bord du Voyageur sur les écrits de Maury. »  Page 397
  • « Comment aurait-elle pu être heureuse de son sort quand dans son esprit défilait ce que l’avenir réservait à Nathaniel ? Les bureaux poussiéreux, les livres de comptes, la scierie, l’atelier d’assemblage. »  Page 403
  • « Elles aimaient feuilleter ensemble le Godey’s Lady’s Book pour admirer les somptueuses robes à crinoline et les jupons à cerceaux qui s’y trouvaient. »  Page 412
  • « Nathaniel avait décidé de devenir arboriculteur fruitier. Il acheta une grande parcelle de terre derrière la maison avec une déclivité qui servirait d’abri aux arbres qu’il prévoyait planter. Il commanda un manuel d’horticulture, The American Fruit Book : Containing Direction for Raising, Propagating and Managing Fruit Trees, Shrubs, and Plants. Il lut attentivement les chapitres sur le greffage, le bourgeonnement, l’élagage, la gestion des sols, la lutte contre les insectes et les animaux nuisibles, l’irrigation, la mise en marché.
    À son pupitre, le soir, il ne lisait plus son journal de bord. »  Pages 420 et 421
  • « Carrie s’adressait à tout le monde maintenant et était redevenue en apparence la jeune fille qu’elle avait été jadis – brillante, capable, sérieuse. Mais elle regardait sa mère d’un regard sérieux, le même regard qu’elle posait sur les images dans ses livres, la nourriture dans son assiette, une mouche posée sur son doigt – toujours méfiante, semblait-il, à l’affut d’un quelconque danger ou d’une éventuelle trahison. »  Page 427
2 étoiles, H, R

Ravenloft, book 4 : Heart of Midnight

Ravenloft, book 4 : Heart of Midnight de J. Robert King

Editions TSR (Ravenloft), publié en 1992, 313 pages

Quatrième tome de la série de contes d’horreur gothique Ravenloft écrit par J. Robert King et paru initialement en 1992.

En Kartakass la musique dirige tout, même le choix des souverains des cités que l’on nomme les Meistersingers. À Harmonia, le jeune Casimir a tout pour réussir, il est beau et doué d’une voix envoûtante qui devrait lui garantir son avenir. Malheureusement, sur le plan personnel, il est obsédé par la vengeance. Sa mère a été assassinée lorsqu’il était enfant et il vit depuis dans un orphelinat miteux. Le plus révoltant pour lui c’est que sa mère a été assassinée par le Meistersinger local et qu’il n’a jamais payé pour ce méfait. Casimir a ourdi son plan de vengeance pendant dix ans et il est maintenant temps de l’exécuter. Il cherche une vengeance glorieuse et pour ce faire, il est prêt à faire appel aux forces obscures et aux malédictions les plus puissantes.

Roman divertissant, sans plus. L’histoire est intéressante surtout dû au monde qui y est présenté, un monde surnaturel axé sur la musique. Par contre, le début est très précipité, les évènements se succèdent trop rapidement, sans explication, et le lecteur n’a pas vraiment le temps de bien comprendre les problématiques soulevées ou d’apprivoiser les personnages. De plus, le texte est alourdi par les paroles de chansons ce qui gêne le lecteur en le faisant décroché de la trame principale. Les personnages manquent cruellement de profondeur et ils ne sont pas ou peu développés. Malheureusement, une lecture monotone et très prévisible.

La note : 2 étoiles

Lecture terminée le 3 janvier 2015

La littérature dans ce roman :

  • « For what is life but fleeting years
    Marked clearly by the scars and tears
    Of time? I peer across my frame,
    So marked and yellowed like a book
    That I can call each hurt by name. »  Page 5
  • « Passing through the doorway, they left the nave and entered a small chapel that seemed to be of later design. The air within smelled of old books and oiled wood rather than musty decay. »  Page 102
  • « Gustav slept amongst a sprawl of books, a flute clutched in his hand. »  Page 117
  • « Julianna shook her head and swallowed. “I thought werewolves were mere fictions… the stuff of huntsmen’s tales.” »  Page 127
  • « He blustered importantly into book-lined study where the jurisconsults were waiting. »  Page 132
  • « ”I’ll need to consult many dark, tattered volumes to remember what I must do,” Gustav observed to no one in particular. “Even so, my powers are meaningless unless you’ve indeed brought back Milil.” He cast a dubious glance toward the pipe organ, then turned again toward Casimir. “Come… let’s go to the temple library and my books. »  Page 163
  • « Thoris and Casimir sat quietly at a table in the temple library, the cool air soaking like a salve into their angry wounds. As they watched, Gustav moved among his countless books, pulling down broad tomes and stacking them in his feeble arms. At last Gustav set his stack on a table and began poring over the cryptic texts. “How long have you been… afflicted?”
    Startled after the long silence, Casimir replied, “As long as I can remember.”
    Gustav looked up. “Then you have killed before?”
    “Yes.” The answer rang cold on the stone.
    Gustav sighed heavily, closing the thick tome. »  Page 163
  • « Gustav rose, holding the book under his arm and moving toward the library’s door. »  Page 164
  • « As they arrived, Gustav began paging through the book. His eyes roved over the symbol-laden page, then found the passage hi sought. »  Page 164
  • « Gustav finally closed the book, setting its dusty bulk on a stand beside the altar. »  Page 165
  • « ”The choirmaster will sing for you, and the organist will play. I’ll deliver your homilies,” Casimir said simply. “You need only learn to pray and perhaps to read so that you’ll know the tales of Milil.” »  Page 185
  • « As he passed the library doors, a sudden chill swept over him. He halted, turning back toward the library. Cautiously cracking the doors, he peered inside. Five robed elders of Milil sat within, two reading books and the other three glancing nervously about the room. »  Page 220
  • « Julianna bit her lip, and Thoris paled. He asked, “But tales say Harkon Lukas doesn’t have a home – he just drifts. How’re you going to find him?” »  Page 231
  • « The clerk was a young and colorless thing. He raised his squinting eyes toward Casimir – eyes visibly thickened by long hours of labor with books. »  Page 234
  • « ”What about sitting in the dining hall ?” Casimir asked.
    I’m sorry, sir,” the clerk said, turning back to his books. “Dining hall’s only for dinner and supper.” »  Page 234
  • « But the sable-haired child had no interest in conversation; her job was to endure that nothing was stolen. The vardo contained all manner of valuable items – jewels, chains of gold, exotic feathers, piles of books. »  Page 302
  • « Gustav’s grave lay along the cliff’s edge, marking the spot where Casimir had jumped off almost two years ago. The statue of Gustav proved a perfect stepping-stone. Thoris’s twisted limbs slowly climbed to the rail as the stone Gustav patiently watched. The statue held a flute in one hand and a book of song in the other. »  Page 311
2,5 étoiles, A

Une autre vie

Une autre vie de Danielle Steel

Éditions Le Livre de Poche, publié en 1990, 509 pages

Roman d’amour de Danielle Steel paru initialement en 1983 sous le titre « Changes ».

Mélanie a une vie bien remplie. Elle est présentatrice de nouvelles à la télé newyorkaise et mère monoparentale de jumelle. Dans le cadre de son travail, elle se rend à Los Angeles pour faire un reportage sur une jeune fille qui a besoin d’une transplantation cardiaque. Sur place, elle est mise en contact avec Peter, le renommé chirurgien cardiaque qui doit faire l’opération. Mélanie est très impressionnée par le travail de Peter et par son côté humain dans ses relations avec ses patients. Elle constate que lui aussi a une vie bien remplie, en plus de son travail, il est veuf et père de 3 enfants. Tranquillement une liaison s’installe entre les deux. Mais, une relation durable est-elle possible avec les milliers de kilomètres qui les séparent, leurs enfants et leur carrière respective ?

Un roman d’amour classique où sans grande surprise une femme s’expatrie pour l’amour d’un homme. La trame de l’histoire est assez convenue pour ce type de roman. Il s’agit d’une relation compliquée entre une femme autonome et un homme attirant qui évolue dans un autre milieu qu’elle. Les remises en question de l’héroïne sur ses sentiments, son futur, ses enfants, sa carrière sont au premier plan. De plus, l’auteur a alourdi la fin avec une pseudo attaque contre celle-ci qui manque totalement de crédibilité. Le personnage de Mélanie est aussi convenu, elle est belle, intelligente, indépendante et elle est une femme rendue forte par les événements. Au final, une romance qui ressemble étrangement à toutes les autres et qui est divertissante sans plus.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 4 décembre 2014

La littérature dans ce roman :

  • « Il fallait hurler par-dessus le vacarme. À l’intérieur de la chambre, une grande fille aux cheveux roux, allongée sur son lit, se retourna. Des livres de classe étaient répandus tout autour d’elle. Elle tenait le récepteur du téléphone collé à son oreille. »  Page 33
  • « Le Bistrot Gardens était un restaurant luxueux dans le style arts déco. Une végétation exubérante bordait l’allée conduisant à un patio. Une activité débordante régnait et, à toutes les tables, Mélanie aperçut des figures connues, des stars de cinéma, une vieille fofolle de la télévision, un écrivain célèbre qui accumulait best-seller après best-seller. »  Page 71
  • « – Comme d’habitude à Martha’s Vineyard, une petite île en face de Newport.
    – Je la connais de réputation. Est-elle aussi agréable qu’on le prétend?
    – On a l’impression de retomber en enfance ou de jouer à Robinson Crusoé. Vous restez pieds nus et en short toute la journée, les enfants grenouillent sur la plage et les maisons ressemblent aux demeures vieillottes de nos grand-mère. »  Page 76
  • « Le cabinet était tapissé de livres médicaux sur deux murs et recouvert de boiseries d’une chaude teinte rosée sur les autres. »  Page 84
  • « – Oui, je me repose toujours lorsque je reviens chez moi et que je retrouve mes enfants.
    Mélanie ne peut s’empêcher de rire à cette remarque.
    – Comment pouvez-vous me dire une chose pareille ! Pour moi, c’est tout le contraire. Après une journée exténuante de huit heures, je me traîne chez moi et je tombe sur Val qui doit absolument me raconter comment elle se trouve écartelée entre deux garçons, et Jess qui veut me faire lire une thèse de cinquante pages sur un sujet scientifique. »  Page 90
  • « Venait ensuite une superbe bibliothèque dont la teinte dominante était le vert foncé. Cette pièce relevait évidemment du domaine de Peter. Des centaines de livres en tapissaient les murs, et certains d’entre eux s’empilaient sur le bureau. »  Page 101
  • « Quelques minutes plus tard Matthew déboula dans la pièce avec deux livres qu’il donna à Mel pour qu’elle les lise à haute voix. »  Page 157
  • « Ce n’était pas la jalousie mais la crainte qui agitait Jess. Pourtant, elle avait elle aussi ses amourettes, comme le lui rappela discrètement sa mère après que Val fut sortie de la pièce pour aller chercher ses livres de classe. »  Page 171
  • « – Ah… mais attendez un peu avec Matt! s’exclama-t-elle gaiement. Ce sera un don Juan redoutable. »  Page 176
  • « – C’est exact. Lorsque je serai bien vieille et toute ridée qu’il faudra que je prenne ma retraite, je me demande bien ce que je ferai de moi.
    – Je suis sûr que vous trouverez à vous occuper.
    – Ouais… je ferai peut-être de la chirurgie du cerveau.
    Tous deux se mirent à rire. Mélanie s’assit, ses velléités d’achats chez Bloomingdale complètement évanouies.
    – Ou bien j’écrirai un livre.
    – Sur quel sujet ?
    – Mes Mémoires, dit-elle pour le taquiner.
    – Non, vraiment ?
    Elle n’avait pas souvent l’occasion de confier ses rêves à quelqu’un, mais avec Peter c’était facile.
    – Je ne sais pas très bien, mais je crois que j’aimerais écrire un livre sur la profession de journaliste pour une femme. Les débuts sont terriblement difficiles, ensuite les difficultés s’aplanissent. Mais ce travail est à la fois enthousiasmant et exaspérant. Moi, j’ai beaucoup aimé d’avoir à me débrouiller par mes propres moyens pour arriver, et j’aurais beaucoup à dire sur mes débuts à la télévision. Parce que l’important n’est pas que l’on choisisse une branche comme la mienne ou une autre, ce qu’il faut savoir, c’est que le terrain est glissant, surtout lorsqu’on arrive au sommet. Je sais de quoi je parle… Oui, j’ai envie de raconter ce qui arrive dès qu’on met un pied dans le journalisme.
    – Je sens que vous écrirez un best-seller.
    – Je ne crois pas, mais j’aimerais essayer.
    – J’ai toujours voulu expliquer dans un livre en quoi consiste la chirurgie du cœur, et ce à l’intention des profanes. Ils devraient connaître les grandes lignes de l’intervention et les risques qu’ils courent, mais aussi savoir ce qu’il faut demander au chirurgien, et les dangers que présente chaque cas spécifique. Je ne sais pas si ce sujet peut intéresser grand monde. Mais trop de malades sont totalement ignorants dans ce domaine et se noient dans les explications de leurs médecins.
    – Je crois que vous tenez là un excellent sujet.
    L’intérêt d’un ouvrage tel que celui-là était évident, et elle se demanda comment Peter s’en tirerait.
    – Nous devrions filer tous deux dans le Pacifique Sud et rédiger nos livres, dit-il, lorsque les enfants auront grandi. »  Pages 191 et 192
  • « Ses vacances devaient s’écouler paisiblement avec ses filles, et c’était tout. Mais à condition qu’elles se décident à arriver dans le hall, se dit-elle en piétinant devant la porte d’entrée. Enfin, les jumelles dévalèrent l’escalier, les bras chargés d’affaires inutiles, de livres et de paquets. »  Page 253
  • « L’énorme petit déjeuner arrivait.
    – Grands dieux, Mark, qu’est-ce que c’est que ce repas pantagruélique? »  Page 299
  • « Elle resta collée à son hublot pendant la moitié du voyage, puis elle se plongea dans un livre jusqu’à l’arrivée du plateau du déjeuner. »  Page 302
  • « Ses amis au studio avaient voulu lui offrir un verre d’adieu, mais elle avait refusé. Elle n’aurait pu le supporter. Ses nerfs étaient encore à vif. Elle promit de revenir un jour et de présenter Peter à tout le monde. Pour tous ses amis, c’était un peu comme un conte de fées qui lui arrivait. Elle était allée interviewer le beau chirurgien, et ils étaient tombés amoureux l’un de l’autre. Mais quel déchirement de les quitter tous, de vendre la maison, d’abandonner New York… »  Page 364
  • « L’opération avait été remarquablement effectuée, et la vie de Val ainsi que celle de ses futurs enfants avaient été préservées. Celle de Mark peut-être aussi. Cet accident allait-il interrompre le roman d’amour entre les deux jeunes gens, ou au contraire les rapprocher encore plus ? »  Pages 429 et 430
  • « Mel remarqua qu’au premier dîner qui les réunit tous, Val se comportait avec Mark plutôt comme une sœur et qu’il acceptait sans problème ce comportement. Leurs relations s’étaient modifiées, et d’une façon satisfaisante. Peter le remarqua également et en fit part à sa femme le soir même.
    – En effet, dit-elle, et je crois que leur roman est terminé. »  Page 436
  • « Pour une fois tout allait bien pour tout le monde. Avec un sourire heureux, elle déclara à son mari :
    – Enfin « à l’Ouest rien de nouveau ».
    Elle lui donna le détail de cette information, et il en parut satisfait. »  Pages 441 et 442
  • « – Allô ?
    Elle devina qu’il n’était pas encore couché. Le temps d’un battement de cœur, elle ne put prononcer le moindre son. Puis elle émit un petit grognement à peine audible.
    – Mel ?
    – Non, c’est Blanche-Neige…! Oui… c’est moi. »  Pages 476 et 477
3,5 étoiles, A

Arsène Lupin contre Herlock Sholmès

 Arsène Lupin contre Herlock Sholmès de Maurice Leblanc.

Éditions Bibliothèque Électronique du Québec, publié en 2007, 357 pages

Deuxième tome de la série Arsène Lupin de Maurice Leblanc paru initialement en 1908 et comprenant deux histoires « La dame blonde » et « La lampe juive ».

 

Arsène Lupin contre Herlock Sholmès

Dans « La dame blonde » M. Gerbois achète un secrétaire pour sa fille Suzanne. Un inconnu lui offre de lui racheter mais il refuse. Peu de temps après, le secrétaire est volé au grand désespoir de M. Gerbois car il y avait rangé son billet de loterie gagnant. Une proposition est faite par Lupin à M. Gerbois pour partager le montant de la loterie en deux. Peu de temps après, le baron d’Hautrec est assassiné et son précieux diamant bleu est volé. La police piétine dans les 2 cas. Les victimes décident d’appeler le plus grand détective anglais, Herlock Sholmès pour résoudre les 2 enquêtes. Dans « La lampe juive », Herlock Sholmès reçoit deux lettres, une lettre du baron d’Imblevalle lui demandant son aide pour retrouver une lampe qu’on lui a volé et une d’Arsène Lupin lui demandant de ne pas accepter l’affaire proposée par le baron. Sholmès n’en tient aucun compte de la lettre de Lupin et se rend à Paris avec Wilson. M. d’Imblevalle est heureux que Sholmès accepte et l’informe qu’à l’intérieur de la lampe était caché un bijou de très grande valeur.

Ce roman policier met en vedette le plus célèbre cambrioleur français et le meilleur détective britannique, rien de moins. Les affrontements entre ces deux personnages donnent des duels épiques. Par contre, les intrigues manquent de profondeur et quelques fois de vraisemblance comme si l’auteur était tombé dans la facilité. Ces deux textes nous transportent littéralement dans la France du début du vingtième siècle et dépeint un tableau de la société de l’époque. Les personnages bien que caricaturaux sont bien rendus et intéressants. Celui d’Arsène Lupin est très (trop) intelligent, habile à se déguiser et capable de se sortir de tous les impasses. Ceux de Herlock Sholmès et de Wilson sont quant à eux plus des parodies que des caricatures du célèbre Sherlock Holmes et de Watson. Le point fort des textes est l’humour qu’ils contiennent bref une lecture d’été qui passe bien.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 27 septembre 2014

La littérature dans ce roman :

  • « À l’entrée du boulevard Malesherbes, l’automobile était arrêtée, en panne, et M. Gerbois en descendait. »  Page 34
  • « – Et le second client, demanda Folenfant, quelle adresse a-t-il donnée ? – Aucune adresse… « Boulevard Malesherbes… »  Page 34
  • « Mais il ne voulait pas se l’avouer. Non, mille fois non, un homme et une femme ne s’évanouissent pas ainsi que les mauvais génies des contes d’enfants. »  Page 53
  • « Ganimard n’est pas un de ces policiers de grande envergure dont les procédés font école et dont le nom restera dans les annales judiciaires. Il lui manque ces éclairs de génie qui illuminent les Dupin, les Lecoq et les Sherlock Holmes. »  Pages 63 et 64
  • « – Et puis… il y a autre chose… je crois bien que le couteau… celui que je n’ai pas revu la seconde fois… lui appartenait… Elle s’en servait pour couper les pages des livres. »  Pages 66 et 67
  • « – Il est un homme, un seul après vous, selon moi, qui serait capable de combattre Lupin et de le réduire à merci. Monsieur Ganimard, vous serait-il désagréable que nous sollicitions l’aide d’Herlock Sholmès ? »  Page 92
  • « – Vous avez raison, madame, prononça l’inspecteur avec une loyauté qui n’était pas sans quelque mérite, vous avez raison ; le vieux Ganimard n’est pas de force à lutter contre Arsène Lupin. Herlock Sholmès y réussira-t-il ? Je le souhaite, car j’ai pour lui la plus grande admiration… Cependant… il est peu probable…
    – Il est peu probable qu’il aboutisse ?
    – C’est mon avis. Je considère qu’un duel entre Herlock Sholmès et Arsène Lupin est une chose réglée d’avance. L’Anglais sera battu.
    – En tout cas, peut-il compter sur vous ?
    – Entièrement, madame. Mon concours lui est assuré sans réserves.
    – Vous connaissez son adresse ?
    – Oui, Parker street, 219. Le soir même, M. et Mme de Crozon se désistaient de leur plainte contre le consul Bleichen, et une lettre collective était adressée à Herlock Sholmès. »  Page 93
  • « – Herlock Sholmès a dû traverser la Manche cet après-midi et arriver vers six heures. »  Page 97
  • « – Sholmès ? Oh ! j’avoue que celui-ci est de taille. Mais c’est justement ce qui me passionne et ce pour quoi vous me voyez de si joyeuse humeur. D’abord, question d’amour-propre : on juge que ce n’est pas de trop du célèbre Anglais pour avoir raison de moi. Ensuite, pensez au plaisir que doit éprouver un lutteur de ma sorte à l’idée d’un duel avec Herlock Sholmès. Enfin ! je vais être obligé de m’employer à fond ! car, je le connais, le bonhomme, il ne reculera pas d’une semelle. »  Pages 98 et 99
  • « – Arsène Lupin contre Herlock Sholmès… La France contre l’Angleterre… Enfin, Trafalgar sera vengé !… Ah ! le malheureux… il ne se doute pas que je suis préparé… et un Lupin averti… »  Page 99
  • « – Celui-là… pour des raisons personnelles, je préfère… dehors je vous expliquerai..
    – Mais qui est-ce donc ?
    – Herlock Sholmès. »  Page 100
  • « Herlock Sholmès est un homme… comme on en rencontre tous les jours. Âgé d’une cinquantaine d’années, il ressemble à un brave bourgeois qui aurait passé sa vie, devant un bureau, à tenir des livres de comptabilité. »  Page 104
  • « Et puis, c’est Herlock Sholmès, c’est-à-dire une sorte de phénomène d’intuition, d’observation, de clairvoyance et d’ingéniosité. On croirait que la nature s’est amusée à prendre les deux types de policier les plus extraordinaires que l’imagination ait produits, le Dupin d’Edgar Poe, et le Lecoq de Gaboriau, pour en construire un à sa manière, plus extraordinaire encore et plus irréel. Et l’on se demande vraiment, quand on entend le récit de ces exploits qui l’ont rendu célèbre dans l’univers entier, on se demande si lui-même, ce Herlock Sholmès, n’est pas un personnage légendaire, un héros sorti vivant du cerveau d’un grand romancier, d’un Conan Doyle, par exemple. »  Page 104
  • « – Bah ! fit Herlock Sholmès, en froissant le journal, des gamineries ! C’est le seul reproche que j’adresse à Lupin… un peu trop d’enfantillages… La galerie compte trop pour lui… Il y a du gavroche dans cet homme ! »  Page 133
  • « – Destange… Lucien Destange… ce nom ne m’est pas inconnu.
    Ayant aperçu un cabinet de lecture, il consulta un dictionnaire de biographie moderne et copia la note consacrée à Lucien Destange, né en 1840, Grand-Prix de Rome, officier de la Légion d’honneur, auteur d’ouvrages très appréciés sur l’architecture… etc. »  Page 144
  • « Le domestique toisa l’individu auquel il venait d’ouvrir la porte de l’hôtel – le magnifique hôtel qui fait le coin de la place Malesherbes et de la rue Montchanin – et à l’aspect de ce petit homme à cheveux gris, mal rasé, et dont la longue redingote noire, d’une propreté douteuse, se conformait aux bizarreries d’un corps que la nature avait singulièrement disgracié, il répondit avec le dédain qui convenait :
    – M. Destange est ici, ou n’y est pas. Ça dépend. Monsieur a sa carte ? »  Page 148
  • « Il fut donc introduit dans une immense pièce en rotonde qui occupe une des ailes de l’hôtel et dont les murs étaient recouverts de livres, et l’architecte lui dit :
    – Vous êtes monsieur Stickmann ?
     – Oui, monsieur.
    – Mon secrétaire m’annonce qu’il est malade et vous envoie pour continuer le catalogue général des livres qu’il a commencé sous ma direction, et plus spécialement le catalogue des livres allemands. Vous avez l’habitude de ces sortes de travaux ? »  Pages 148 et149
  • « Comme renseignement il savait ceci : M. Destange, de santé médiocre et désireux de repos, s’était retiré des affaires et vivait parmi les collections de livres qu’il a réunies sur l’architecture. Nul plaisir ne l’intéressait, hors le spectacle et le maniement des vieux tomes poudreux.
    Quant à sa fille Clotilde, elle passait pour originale. Toujours enfermée, comme son père, mais dans une autre partie de l’hôtel, elle ne sortait jamais.
    « Tout cela, se disait-il, en inscrivant sur un registre des titres de livres que M. Destange lui dictait, tout cela n’est pas encore décisif, mais quel pas en avant ! Il est possible que je ne découvre point la solution d’un de ces problèmes passionnants : M. Destange est-il l’associé d’Arsène Lupin ? »  Pages 149 et 150
  • « À deux heures, il aperçut pour la première fois Clotilde Destange qui venait chercher un livre dans la bibliothèque. »  Page 151
  • « Très calmement, elle tourna le bouton de l’électricité et livra passage à son père. Ils s’assirent l’un près de l’autre. Elle prit un volume qu’elle avait apporté et se mit à lire. »  Page 152
  • « Dehors, Sholmès s’assura qu’il n’y avait ni automobile, ni fiacre en station, et s’éloigna en boitillant par le boulevard Malesherbes. »  Page 155
  • « Une heure plus tard, l’Anglais fit fonctionner le ressort de sa lanterne et se dirigea vers l’armoire.
    Comme il le savait, elle contenait les anciens papiers de l’architecte, dossiers, devis, livres de comptabilité. »  Page 183
  • « – Voici justement un livre que Mlle Destange m’a prié de lui apporter dès que je mettrais la main dessus. »  Page 186
  • « Dans la rotonde, par la baie grande ouverte, on apercevait M. Destange qui maniait ses livres avec des gestes mesurés. »  Page 189