3,5 étoiles, C

Chantier

Chantier de Richard Bachman (Stephen King)

Édition Le livre de poche, publié en 2002, 382 pages

Roman de Richard Bachman (Stepen King) paru initialement en 1981 sous le titre anglais « Roadwork ».

Barton Dawes est un homme ordinaire, à la vie bien rangée. Il travaille à la blanchisserie Ruban Bleu depuis plus de vingt ans. Son travail est toute sa vie. Son employeur lui a même payé sa formation en comptabilité pour le récompenser de sa loyauté. Malheureusement, lorsqu’il apprend que sa maison ainsi que la blanchisserie vont être rasées pour permettre la construction de la route 784, il perd tous ses repères. Bart ne veut pas déménager car il est attaché à sa maison où a grandi son fils unique, trop tôt disparu. Malgré les avis d’expropriation, il ne fait aucune démarche pour trouver une nouvelle résidence ni pour trouver un nouvel emplacement pour la blanchisserie. Son inaction et sa mauvaise foi, dans les deux dossiers, vont créer des tensions avec ses patrons et avec son épouse Mary qui est tenu à l’écart de ses décisions. Alors que le chantier se rapproche, Bart nourrit ses frustrations et bascule dans la violence. Jusqu’où est prêt à aller un homme qui perd tout et qui sombre dans la névrose mais surtout qui veut faire connaitre son point de vu aux autorités ?

Un thriller psychologique perturbant et inquiétant. L’histoire que propose Bachman est simple en apparence mais elle se complexifie lentement au fil des pages. Stephen King caché derrière ce pseudonyme offre un roman psychologique sans une once de fantastique. Il nous présente la descente aux enfers d’un homme qui est repoussé dans ses retranchements les plus sombres par la société. Le personnage de Bart prend toute la place et il est très crédible dans son délire. Il se dévoile tranquillement avec ses zones d’ombre et de lumière aussi. L’évolution de son schème mental est vraiment terrifiant et bien amené. Bachman exploite ici la problématique de l’attachement à des lieux physiques. Il réussit à bien nous décrire les états d’âme de Bart qui nous semblent à première vue complètement désaxés. L’intrigue est menée avec un beau crescendo, un petit bémol cependant certains passages manquent de rythme et n’apporte rien au déroulement. Malgré ce défauts, Chantier est un roman qu’il faut lire pour se plonger dans le monde de Bart mais aussi dans les problématiques sociales des années 1970 en Amériques. Un bon moment de lecture somme toute.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 22 avril 2017

La littérature dans ce roman

  • « Il reconnut aussitôt les cartouches de 22: quand il était petit, dans le Connecticut, il avait un 22 long rifle à un seul coup. Il y avait trois ans qu’il le désirait, mais, quand on le lui offrit enfin, il ne sut trop qu’en faire. Il s’amusa quelque temps à tirer sur des boîtes de conserve vides, puis, un jour, abattit un rollier. L’oiseau n’avait pas été tué sur le coup. Accroupi dans la neige rosie par son sang, il ouvrait et fermait lentement le bec. Après cela, il accrocha son fusil au mur, et n’y toucha plus pendant trois ans. Il finit par le vendre à un gosse du quartier, pour neuf dollars plus un carton de bandes dessinées. »  Page 18
  • « Il y avait trois autres lettres: un rappel de la bibliothèque, concernant Face aux lions, de Tom Wicker. Le mois dernier, Wicker était venu parler au Rotary: le meilleur orateur qu’ils aient eu depuis des années. »  Page 31
  • « Ray me dit alors: mon père et moi voulons que vous repreniez vos études. Je ne demanderais pas mieux, répondis-je, mais je n’en ai pas les moyens ! Il me tendit alors un chèque de deux mille dollars. Je n’en croyais pas mes yeux. Pourquoi, mais pourquoi ? Il ajouta que cela ne suffirait pas, mais qu’il paierait mon inscription, mon logement et mes livres. »  Page 47
  • « Vinnie parti, il resta un moment à fixer la porte fermée. Aïe, je m’en suis vraiment mal tiré, Fred. Mais non, George, plutôt bien à mon avis. Tu as peut-être un peu perdu le contrôle sur la fin, mais ce n’est que dans les livres que les gens trouvent les mots qu’il faut du premier coup. »  Page 50
  • « Il le fit entrer et referma la porte. Des rayonnages pleins de livres tenaient tous les murs. »  Page 58
  • « C’est la vie, comme l’a si astucieusement fait observer Kurt Vonnegut. Il avait lu tous les livres de Kurt Vonnegut. Il les aimait surtout parce qu’ils le faisaient rire. La semaine dernière, il avait entendu aux informations que la commission scolaire d’une ville nommée Drake, dans le Dakota du Nord, avait fait brûler tous les exemplaires du roman de Vonnegut, Abattoir Cinq, qui parlait du bombardement et de l’incendie de Dresde. Ce n’était pas sans humour, à bien y réfléchir. »  Page 72
  • « – Pourquoi les hommes veulent-ils la télé ? Pour regarder les matches du week-end. Et pourquoi les femmes la veulent-elles ? Pour regarder les feuilletons l’après-midi. On peut suivre même en repassant, ou bien s’installer confortablement quand le ménage est terminé. Eh bien, supposons que nous trouvions tous les deux quelque chose à faire-quelque chose qui rapporte-pendant les heures que nous perdons pour rien…
    – Au lieu de lire un livre, par exemple, ou de faire l’amour ? »  Pages 84 et 85
  • « Il suivait maintenant la Nationale 16, bordée des dernières excroissances de la ville: McDonald’s, Shakey’s, Nino’s Grill, puis un glacier et un motel, tous deux fermés pour la saison. Sur la marquise du cinéma drive-in de Norton, les programmes étaient indiqués:
    VEN – JEU – SAM
    RESTLESS WIVES
    SOME CAME RUNNING Classé X
    EIGHT-BALL »  Pages 98 et 99
  • « Il vida les tiroirs de son bureau, et jeta tous ses papiers personnels, sans oublier son livre de comptabilité. Il écrivit une courte lettre de démission au dos d’un imprimé – un bon de commande – et la glissa dans une enveloppe de paie. »  Page 120
  • « Magliore le fixa avec des yeux plus ronds et plus gros que jamais. Cela dura un bon moment. Ensuite, il rejeta la tête en arrière et se mit à rire, d’un énorme rire gras, pantagruélique, qui secouait sa grosse bedaine et faisait tressauter sa boucle de ceinture comme un bateau pris dans la tempête. »  Page 133
  • « Et les émissions du samedi matin, comme « Annie Oakley », qui sauvait toujours son petit frère d’un tas de catastrophes épouvantables.  » Rin-Tin-Tin « , qui était de service à Fort Apache, et  » Sergent Preston « , qui se passait sur le Yukon. »  Page 147
  • « Vous la voyez juste devant vous, dans cette bouteille géante de Southern Comfort, préservée pour la postérité. Parfait, Madame, baissez la tête pour franchir le col, il va bientôt s’élargir. Et nous voici dans la maison de Barton George Dawes, dernier habitant de Crestallen Street West. Oui, regardez par la fenêtre pour mieux voir – attends, fiston, je vais te soulever, hop ! Et voilà George en chair et en os. C’est bien lui, assis devant sa télé couleur Zenith dans son caleçon rayé: il tient un verre à la main et il pleure. Il pleure ? Bien sûr, il pleure ! que ferait-il d’autre au Pays de l’Apitoiement sur Soi-même ? Il pleure sans discontinuer. Le débit de ses larmes est contrôlé par notre ÉQUIPE D’INGÉNIEURS DE RÉPUTATION MONDIALE. Les lundis, où l’affluence est moindre, il se contente de larmoyer un peu. Les autres jours, il pleure nettement plus. Pendant le week-end, il passe en overdrive, et pour Noël, on le verra peut-être se noyer dans des flots de larmes. Je reconnais que c’est un spectacle peu ragoûtant, mais George est tout de même un de nos personnages les plus populaires, au même titre que notre recréation de King Kong sur l’Empire State Building. C’est… »  Page 148
  • « Elle avait un teint très clair, sans doute laiteux en des conditions normales, mais le froid avait rosi ses joues et son front. Le bout de son nez était rouge, et une petite goutte pendait à sa narine gauche. Ses cheveux étaient courts. Une mauvaise coupe, sans doute l’avait-elle faite elle-même. Ils étaient d’une jolie couleur châtain. Dommage de les couper, et encore plus de les couper mal. Comment s’appelait encore ce conte de Noël de O. Henry ? Ah oui ! Le Cadeau des Mages. Pour qui as-tu acheté une chaîne de montre, petit vagabond ? »  Page 153
  • « – Le mieux, c’est de prendre la nationale 7, dit-il. On la rejoint à Westgate – c’est la dernière sortie.  » Après un instant d’hésitation, il ajouta :  » Mais vous feriez mieux de laisser tomber pour aujourd’hui. Il y a un Holiday Inn juste à la sortie. Nous n’y serons guère avant le coucher du soleil, et je ne vous conseille pas de faire du stop sur la 7 la nuit.
    – Pourquoi pas ?  » demanda-t-elle en le regardant. Ses yeux étaient d’un vert déconcertant: une couleur dont on parle dans les livres, mais qu’on ne voit presque jamais. »  Page 154
  • « La voiture qu’ils suivaient transportait un arbre de Noël sur sa galerie. Les yeux verts de la jeune fille étaient grands ouverts, et il se perdit en eux: un de ces moments de parfaite empathie que les humains connaissent en des occasions miséricordieusement fort rares. Il vit que toutes ces voitures allaient en des lieux bien chauffés, où il y avait des affaires à traiter, des amis à accueillir, ou le tissu d’une vie familiale à reprendre et à enjoliver.
    Il vit leur indifférence aux étrangers. Dans un bref et froid éclair de compréhension, il vit ce que Thomas Carlyle appelait la grande locomotive morte du monde, fonçant aveuglément de l’avant. »  Pages 160 et 161
  • « Elle s’amusait avec le gadget spatial; passant sans cesse d’une chaîne à l’autre, la télé faisait étalage de ses merveilles:  » Vrai ou Faux « , neige,  » Le Métier que j’ai choisi « ,  » Je rêve de Jeannie « , neige,  » L’île de Gilligan « , neige,  » J’aime Lucie « , neige, neige, Julia Child confectionnant avec des avocats un machin qui ressemblait à de la pâtée pour chiens,  » Le Prix des choses « , neige, et retour à Garry Moore, qui mettait les jurés au défi de découvrir lequel des trois concurrents était l’auteur d’un livre racontant ce qu’il avait vécu lorsqu’il s’était perdu un mois durant dans les forêts du Saskatchewan. »  Page 168
  • «  » Soit vous êtes fou, soit vous êtes un homme vraiment remarquable.
    – Les gens ne sont remarquables que dans les livres, dit-il. Vous remettez la télé ?  » »  Page 171
  • «  » On a beaucoup exagéré au sujet de toutes ces drogues. Chacun essaie de tirer la couverture à soi. Les straights affirment qu’elles vous tuent. Les freaks disent qu’elles ouvrent toutes les portes. Un tunnel pour accéder au centre de soi-même, à croire que l’âme est un trésor, comme dans les romans de Rider Haggard. Vous connaissez ?
    – J’ai lu She dans ma jeunesse. C’est bien de lui ?
    – Oui. Croyez-vous vraiment que votre âme soit pareille à une émeraude ornant le front d’une idole ?
    – Je ne me suis jamais posé la question.
    – Moi en tout cas, je ne le crois pas. »  Pages 179 et 180
  • « – C’est dingue, cette histoire, dit-il en ralentissant parce qu’ils franchissaient un pont qui était en travaux.
    – Ces produits vous rendent dingue, dit-elle.  Parfois, c’est bien, mais la plupart du temps, pas. En tout cas, on s’était mis à en prendre pas mal. Avez-vous déjà vu un de ces dessins montrant la structure de l’atome, avec les protons, les neutrons et les électrons tournant autour du noyau ?
    – Oui.
    – Eh bien, c’est comme si notre appartement était le noyau, et que tous les gens qui venaient étaient les protons et les électrons. Ils allaient et venaient, entraient, sortaient, d’une façon décousue, anarchique, comme dans Manhattan Transfer.
    – Je ne l’ai pas lu.
    – Vous devriez. Jeff disait toujours que Dos Passos était le premier journaliste gonzo. Un livre bizarre et effrayant. Ouais… Certains soirs on était assis à regarder la télé avec le son coupé en écoutant un disque, tout le monde complètement stone, sans doute un ou deux couples en train de baiser dans la chambre, et on ne savait même plus qui étaient tous ces foutus mecs et nanas. Vous voyez ce que je veux dire ? « 
    Se souvenant de certaines soirées qu’il avait traversées dans les brumes de l’alcool, aussi ébahi qu’Alice au pays des Merveilles, il lui dit qu’il voyait. »  Pages 181 et 182
  • « Comme tous les restaurants du quartier des affaires, Andy’s était victime des fluctuations de la mode. Deux mois auparavant, il aurait pu arriver à midi pile et choisir une des meilleures tables-dans trois mois, il en irait peut-être de même. Pour le moment, le restaurant était  » in « . Pour lui, c’était un des petits mystères de la vie, comme les incidents des livres de Charles Fort ou l’instinct qui ramène toujours les hirondelles à Capistrano. »  Page 193
  • « Depuis qu’il avait garé sa station-wagon à trois rues de là (il avait fait le reste du trajet à pied), il était hanté par une impression inquiétante, dont le sens exact lui échappait. Alors qu’il regardait la grue s’arrêter devant le mur en brique de l’usine tout devint clair. C’était comme dans le dernier chapitre d’un roman d’Ellery queen, où tous les personnages sont réunis pour que le mécanisme du crime soit révélé et le coupable démasqué. Bientôt, quelqu’un – selon toute probabilité Steve Ordner-sortirait de la foule pour le désigner du doigt en criant: C’est lui ! Bart Dawes ! L’assassin du Ruban Bleu! Il sortirait alors son revolver pour réduire son accusateur au silence, mais serait abattu par la police avant d’avoir pu tirer. »  Pages 215 et 216
  • « Il ouvrit la porte du garage et vit que l’allée était déjà couverte de dix centimètres de neige, une neige poudreuse, très légère. Il monta dans la LTD et mit le contact. Le réservoir était encore aux trois quarts plein. Il laissa le moteur chauffer, et, assis au volant dans la lueur mystique du tableau de bord, se mit à penser à Arnie Walker. Juste un bout de tuyau de caoutchouc… Pas mal. Et ensuite, c’est comme si on s’endormait. Il avait lu quelque part que l’intoxication par l’oxyde de carbone produisait cet effet. Cela faisait même affluer le sang aux joues, vous donnant un teint rouge et hâlé, comme si vous éclatiez de santé… »  Page 220
  • « La notion d’absolution lui posait elle aussi des problèmes. Au début, cela paraissait fort simple: si vous commettez un péché mortel, vous êtes damné. Vous aurez beau réciter des Je vous salue Marie jusqu’à ce que la langue vous en tombe, vous irez quand même en enfer. Mais Mary lui avait dit qu’il n’en était pas toujours ainsi. Il y avait la confession le repentir, l’absolution et tout ça. Cela devenait de plus en plus confus. Le Christ avait dit qu’il n’y avait pas de vie éternelle pour un assassin, mais il avait également dit, quiconque croit en moi ne périra point. quiconque. La doctrine biblique semblait aussi pleine de subterfuges qu’une promesse d’achat rédigée par un avocat malhonnête. Sauf, bien entendu, en ce qui concernait le suicide. Impossible pour un suicidé de se confesser ou de se repentir, parce que l’acte lui-même a coupé le cordon d’argent pour vous précipiter dans Dieu sait quelles ténèbres. Et…
    Et pourquoi pensait-il à cela, d’ailleurs ? Il n’avait pas l’intention de tuer qui que ce soit, et certainement pas de mettre fin à ses jours. Il ne pensait même jamais au suicide. Jusqu’à ces tout derniers temps, du moins. »  Pages 224 et 225
  • « Il s’agitait fiévreusement dans son lit, attendant que la lumière bleue d’un gyrophare balaie la fenêtre de la chambre, attendant le moment o˘ une voix désincarnée, kafkaïenne, clamerait: Inutile de résister, ouvrez ! Lorsqu’il s’endormit enfin, il ne s’en aperçut même pas, car ses pensées continuèrent sans transition, passant insensiblement de la rumination consciente aux visions obliques du sommeil, comme la mécanique bien huilée d’une voiture passant de troisième en seconde. »  Pages 232 et 233
  • « Joanna, c’était Joanna St. Claire, une cousine de Jean Calloway, qui habitait le Minnesota. Elles avaient été très proches du temps de leur jeunesse (sans doute lui arrivait-il de penser, pendant ce plaisant intermède séparant la Guerre de 1812 de la naissance de la Confédération des États sécessionnistes), et Joanna avait eu une attaque au mois de juillet. Elle avait bon espoir de se remettre, mais Jean avait confié à Mary que les médecins les avaient prévenus qu’elle était à la merci d’une rechute fatale. Très agréable, pensa-t-il, d’avoir une bombe à retardement au milieu de la tête. Eh, la bombe, c’est pour aujourd’hui ? Non, pas aujourd’hui, s’il te plaît ! Je n’ai pas terminé le dernier roman de Victoria Holt. »  Page 239
  • « – Arrêtez ce trip, mon vieux, vous êtes en plein nombrilisme !
    – Possible, dit-il. Mais sans importance. Tout est en place, et les événements suivront leur cours, dans un sens ou dans l’autre. Un seul truc me tracasse: j’ai parfois l’impression que je suis un personnage dans un mauvais roman, et que l’auteur a déjà décidé comment cela allait se terminer et pourquoi. Mais cela vaut quand même mieux que de rendre Dieu responsable de tout – qu’a-t-il jamais fait pour moi, Dieu, que ce soit en bien ou en mal ? Non, tout est de la faute de ce minable écrivaillon. Il a sacrifié mon fils en lui inventant une tumeur au cerveau – ça, c’était le chapitre un. Suicide ou pas suicide, ça viendra juste avant l’épilogue. Une histoire complètement stupide. »  Page 251
  • « Il aurait voulu voir ce que son fils allait devenir, et s’ils allaient continuer à s’aimer, jusqu’au jour ou un petit tas de cellules de la grosseur d’une noix s’était interposé entre eux, comme une femme ténébreuse et rapace.
    Mary lui avait dit:  » C’est ton fils. « 
    C’était la vérité. Ils semblaient tellement faits l’un pour l’autre, tellement proches, que les noms étaient absurdes, et les pronoms eux-mêmes presque obscènes. Ils étaient devenus George-et-Fred, combinaison un peu comique, unis tels Don Quichotte et Sancho Pança contre le monde entier. »  Pages 264 et 265
  • « Il rangea le petit paquet dans son veston et s’engagea dans la rue de Walter. Des voitures étaient garées à perte de vue. Cela ressemblait bien à Walter. A quoi bon donner une simple soirée pour quelques amis, quand on peut en faire un rassemblement de masse ? Wally appelait cela le Principe de la Poussée du Plaisir. Un jour, proclamait-il, il allait faire breveter l’idée et publier un manuel exposant le mode d’emploi. En soi, le principe était fort simple: il suffit de réunir un nombre suffisant de gens pour être contraint de s’amuser-pour y être poussé. En écoutant un jour Wally exposer sa théorie dans un bar, il avait mentionné les lynchages collectifs effectués par une foule hystérique. »  Pages 266 et 267
  • « Il était entré par la cuisine, qui était tellement pleine de monde qu’on pouvait à peine passer. Il n’était que huit heures et demie: l’Effet de Marée avait à peine commencé. L’Effet de Marée était un autre aspect de la théorie de Walter: au fur et à mesure que la soirée s’avançait, affirmait-il, les invités migraient peu à peu vers les quatre coins de la maison. « Le centre ne tient pas », disait Wally en hochant sentencieusement la tête. « Comme l’a écrit T. S. Eliot. » Une fois, il aurait même vu un type errer dans le grenier dix-huit heures après la fin d’une de ses soirées. »  Page 269
  • « Carrément effrayée maintenant, Mary demanda: « qu’est-ce que tu as pris, Bart ?
    – De la mescaline.
    – O mon Dieu, Bart ! De la drogue ? Mais pourquoi ?
    – Pourquoi pas ? » rétorqua-t-il, pas pour faire le malin, mais parce que c’était la seule réponse qui lui f˚t venue. Les mots défilèrent de nouveau comme des notes de musique, mais cette fois, certaines avaient des drapeaux.
    « Veux-tu que je t’emmène chez un médecin ? »
    Il la regarda avec surprise et examina laborieusement la suggestion de Mary pour déterminer si elle avait des connotations cachées: des échos freudiens sentant l’asile de fous. »  Page 279
  • « – Qui ? demanda-t-elle aussitôt. Qui t’a donné cela? Où as-tu eu ça ? » Son visage changeait, devenait encapuchonné et reptilien. Mary en détective de polar bon marché, dirigeant la lumière de la lampe sur les yeux du suspect – alors, McGonigal, qu’est-ce que tu préfères, la méthode douce ou la méthode dure ? – et, pire encore, elle lui rappela avec un frémissement les histoires de H. P. Lovecraft qu’il avait lues enfant, celles du mythe de Cthullu, où des êtres humains parfaitement normaux se transformaient sur ordre des Anciens en des créatures rampantes et aquatiques. Le visage de Mary prit un aspect écailleux, rappelant vaguement une anguille. »  Page 280
  • « Dans un coin de la pièce, un homme était assis sur une chaise à haut dossier, près de la bibliothèque. De fait, un livre était ouvert sur ses genoux. »  Page 282
  • « – Je suis complètement stone. J’ai pris de la mescaline et oh là là ! » Il regarda en direction de la bibliothèque et vit les livres entrer et sortir du mur. Cela ne lui plut pas du tout. On aurait dit les battements d’un coeur gigantesque. Il en avait assez de voir des trucs comme ça. »  Page 283
  • « – Je vous parle. Répondez-moi.
    – Je ne peux pas. J’ignore ce que deviendra votre « âme » si vous vous suicidez. Je sais par contre ce qui arrivera à votre corps. Il pourrira. »
    Alarmé par cette idée, il regarda de nouveau ses doigts. Docilement, ils commencèrent à s’effriter sous son regard, ce qui le fit penser à L’Étrange Cas de M. Valdemar, de Poe. Quelle nuit ! Poe et Lovecraft. A. Gordon Pym est dans l’assistance ? Et Abdul Allhazred, l’Arabe Fou ? Il releva les yeux, un peu troublé, mais pas vraiment intimidé. »  Pages 285 et 286
  • «  » Mais il y a l’‚me, dit-il à voix haute.
    – Et alors ? demanda Drake avec affabilité.
    – Si on tue le cerveau, on tue le corps, dit-il lentement. Et vice versa. Mais que devient l’âme, dans tout cela ? Voilà l’inconnue, pè… M. Drake.
    – Dans le sommeil de la mort, quels rêves ferons-nous ? Hamlet, M. Dawes. »  Page 286
  • « Il monta sur une chaise et s’y hissa à la force des bras. Il y avait longtemps qu’il n’y avait plus mis les pieds, mais, bien que couverte de poussière et de toiles d’araignées, l’unique ampoule de cent watts fonctionnait toujours.
    Il ouvrit au hasard un carton poussiéreux et découvrit, soigneusement rangés, tous ses agendas de la high school et du college. Ces derniers étaient plus épais, plus luxueusement reliés.
    Il commença par feuilleter les agendas de la high school. Des signatures, des dédicaces, des poèmes (Dans les rues, sur les places / Je suis la fille qui a ruiné ton agenda / En y écrivant la tête en bas.  Signé: Connie.) Des photos de professeurs, assis à leur bureau ou immobilisés au milieu d’un geste, devant le tableau noir, arborant de vagues sourires des portraits de camarades de classe dont il se souvenait à peine, accompagnés de leur classement, des institutions dont ils faisaient partie (Conseil de classe, FIA, Société Poe), de leur surnom et d’une petite devise. Il connaissait le sort de certains (l’armée, mort dans un accident de voiture, sous-directeur de banque), mais la plupart avaient disparu dans les brumes d’un avenir impénétrable.
    Dans l’agenda de terminale, il tomba sur un jeune George Barton Dawes au regard rêveur (photographié par le Studio Cressey). Il fut stupéfait de la totale ignorance de l’avenir dont témoignait cet adolescent, et aussi de sa ressemblance frappante avec le fils dont l’homme qu’il était devenu venait ici chercher les traces. Le garçon de la photo n’avait pas encore fabriqué le sperme qui allait devenir la moitié de son fils. Sous le portrait, un texte:
    BARTON G. DAWES
    « le crack »
    (Club des Randonneurs, Société Poe)
    Bay High School
    Bart, le Clown de la Classe, allège notre fardeau !
    Il remit les annuaires pêle-mêle dans le carton et continua à chercher. »  Pages 298 et 299
  • « À dix heures un quart du matin, on sonna à la porte. Il alla ouvrir et vit un homme portant un costume avec cravate sous son pardessus, l’air aimable et un peu mou. Rasé de près et les cheveux soigneusement coupés, il tenait une mince serviette sous le bras. Il crut d’abord que c’était un représentant amenant des échantillons ou des bulletins de souscription – encyclopédies, magazines… produits ménagers au nom accrocheur-et se prépara à le faire entrer, à écouter attentivement son boniment, et peut-être même à lui acheter quelque chose. »  Page 300
  • « – Vous m’avez aidé. Je traversais un moment très difficile.
    – Ces drogues chimiques ont parfois cet effet-là. Pas toujours, mais parfois. L’été dernier, quelques jeunes m’ont amené un de leurs copains qui avait pris de l’acide dans un parc de la ville. Il était terrorisé parce qu’il s’imaginait que les pigeons allaient le dévorer. Une histoire d’épouvante dans le plus pur style du Reader’s Digest ! »  Page 333
  • « Rentré chez lui, il rangea la batterie et les c‚bles dans le placard, à côté de la caisse. Il pensa à ce qui arriverait si jamais la police débarquait chez lui avec un mandat de perquisition. Des armes dans le garage, des explosifs dans le living, et une grosse somme en liquide dans la cuisine. Bart G. Dawes, le desperado révolutionnaire. L’agent secret X-9, à la solde d’un cartel étranger trop monstrueux pour le nommer. Il s’était abonné au Reader’s Digest, qui était plein d’histoires de ce genre, quand ce n’était pas les éternelles croisades contre le tabac, contre la pornographie, contre le crime… C’était toujours plus effrayant quand le prétendu espion était un petit banlieusard anonyme, un homme comme nous. Des agents du KGB à Willmette, ou Des Moines, collant des microfilms dans les livres de la bibliothèque de prêt du drugstore voisin, préparant la révolution dans des cinémas drive-in, mangeant des Big Macs avec une dent creuse contenant du cyanure. »  Page 339
  • « « Un divorce ? Oui, sans doute.
    – Y as-tu réfléchi ? demanda-t-elle avec gravité, plus comédienne que jamais. Vraiment réfléchi ?
    – Oui, j’y ai beaucoup pensé.
    – Moi aussi. Je crois malheureusement que c’est la seule solution qui nous reste. Mais je ne t’en veux pas, Bart. Je ne suis pas ton ennemie, tu sais. »
    Ciel! Elle a d˚ lire ça dans un roman de gare. »  Pages 345 et 346
  • « Steve Ordner était donc lui aussi vulnérable-un colosse aux pieds d’argile, comme dit le proverbe. A qui Steve le faisait-il penser ? Roulements à billes… glaces volées dans le frigo… Herman Wouk, le capitaine Queeg, oui, c’était cela ! Au cinéma, le rôle était interprété par Humphrey Bogart. »  Page 353
  • « Il chargea le Magnum, en suivant attentivement les instructions du livret, après avoir à plusieurs reprises fait fonctionner le mécanisme à vide. »  Page 355
  • « dit fred tu vas tenir le coup jusqu’à l’arrivée des journalistes pas vrai pour sûr dit george les mots les images le ciné la télé la démolition je sais a pour seul intérêt le fait qu’elle est visible mais freddy as-tu remarqué combien tout cela est solitaire partout dans cette ville et dans le monde entier les gens mangent et chient et baisent et grattent leur eczéma tous les trucs sur lesquels ils écrivent des livres quoi tandis que nous devons faire ceci seul »  Page 363
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4,5 étoiles, H, L

Harold Fry, tome 01 : La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi…

Harold Fry, tome 01 : La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi… de Rachel Joyce.

Édition France loisirs (Piment), publié en 2013, 415 pages

Premier tome de la série « Harold Fry » de Rachel Joyce paru initialement en 2012 sous le titre anglais « The unlikely pilgrimage of Harold Fry ».

Harold est tout récemment retraité et il ne trouve pas ses marques avec sa femme Maureen qui est la reine de la maison. Un mardi matin, une lettre bouscule leur vie routinière et sans imprévus. Ce mot provient de Queenie, une ancienne collègue de travail d’Harold qu’il a perdu de vue depuis près de vingt ans. Il est bouleversé par ce message car Queenie lui annonce qu’elle se meurt d’un cancer. Que lui répondre ? Que peut-on dire ou écrire à une femme en phase terminale ? Harold ne le sait pas. Il griffonne un petit quelque chose et au moment de poster sa réponse, il passe devant la boîte aux lettres sans s’arrêter. Puis passe aussi son chemin à la deuxième, trouvant sa réponse insignifiante. Et s’il lui apportait cette lettre en mains propres ? Sur un coup de tête, il poursuit son chemin jusqu’à l’autre bout de l’Angleterre soit près de 1000 km à pied dans l’espoir fou que cela puisse sauver Queenie. Ce pèlerinage improvisé va l’obliger à revisiter sa vie.

Une très belle histoire qui nous porte à analyser notre propre cheminement de vie. Ce roman parle surtout des épreuves de la vie, tels que les deuils, les problèmes familiaux, les relations de couples, l’éducation des enfants. Le lecteur apprend à connaitre le personnage d’Harold petit-à-petit à travers son introspection. On le découvre mais surtout on s’attache à cet homme ordinaire qui a peur de déranger. Bien que le cheminement d’Harold soit étoffé, celui de sa femme Maureen, manque un peu de réalisme en étant trop simple et superficiel. Le style d’écriture de Rachel Joyce est fluide avec une touche d’humour malgré le poids de propos traités. L’histoire nous est contée selon deux points de vue, celui de Maureen et celui d’Harold en alternance ce qui permet au lecteur de bien comprendre la dynamique de ce couple. Un très beau récit sur les impacts du passé qui peuvent être douloureux mais aussi heureux. Un roman psychologique fort sympathique, mais un peu long tout de même.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 5 mars 2017

La littérature dans ce roman

  • « Il était parti en retraite un vendredi, avec en guise de souvenir d’une vie passée dans l’entreprise un guide touristique illustré de la Grande-Bretagne et un bon d’achat chez un caviste. Le volume avait été placé dans la « meilleure pièce », à côté des autres objets que personne ne regardait jamais. »  Page 41
  • « Il pourrait planifier son itinéraire sur Internet et commander le nécessaire pour la marche. Peut-être trouverait-il quelques suggestions dans le guide touristique qu’il avait reçu en cadeau pour sa retraite, jamais ouvert depuis ? »  Page 45
  • « Quand il était petit, il rasait les murs, terrifié à l’idée d’attirer l’attention. Il pouvait regarder sa mère se mettre du rouge à lèvres ou lire sa revue de voyages sans qu’elle s’aperçoive de sa présence. »  Page 49
  • « 7 — Harold et le randonneur et la femme qui aimait Jane Austen »  Page 86
  • « — Elle aime Jane Austen, lança le randonneur en riant. Elle a vu tous les films. Moi, je suis plutôt un vrai mâle, si vous voyez ce que je veux dire. »  Page 100
  • « Le cours de ses pensées fut interrompu par ses voisins, qui avaient élevé la voix. Harold avait envie de partir, mais il attendait en vain la plage de silence qui lui permettrait de se lever et de prendre congé.
    La femme qui aimait Jane Austen lança :
    — Tu crois que c’était marrant d’être coincée ici avec une jambe dans le plâtre ? »  Page 101
  • « Et puis il y avait eu les années scolaires de David. Les heures qu’il passait enfermé dans sa chambre, ses notes excellentes, son refus d’être aidé par ses parents.
    — Cela n’a pas d’importance s’il reste tout seul, disait Maureen, il a d’autres centres d’intérêt.
    Après tout, eux-mêmes étaient des solitaires. Une semaine, David voulait un microscope. Une autre, les Œuvres complètes de Dostoïevski. Puis une méthode d’apprentissage de l’allemand. Un bonsaï. Intimidés par sa soif de connaissances, ils achetaient tout. Il avait la chance d’avoir une intelligence et des opportunités qu’ils n’avaient jamais eues et, quoi qu’il arrive, ils ne devaient pas le laisser tomber.
    — Père, disait-il, tu as lu William Blake ? »  Page 112
  • « Il avait quitté Exeter de bonne heure, après avoir acheté un dictionnaire des plantes sauvages d’occasion et un guide de la Grande-Bretagne. Il les avait placés dans son sac en plastique avec les deux cadeaux pour Queenie. »  Page 128
  • « À Brampford Speke, les maisons avaient maintenant des toits de chaume et la brique n’était plus couleur silex, mais d’un rouge chaud. Des branches de spirée ployaient sous les fleurs et des pousses de delphinium pointaient leur nez dans la terre. À l’aide de son livre, Harold identifia des barbes de Jupiter, des langues de cerf, des compagnons rouges, de l’herbe à Robert, des pieds-de-veau et découvrit que les fleurs en forme d’étoile dont la beauté l’avait émerveillé étaient des anémones des bois. Revigoré, il parcourut les quatre kilomètres qui le séparaient encore de Thorverton, le nez plongé dans son dictionnaire des plantes sauvages. »  Pages 130 et 131
  • « Il passa la soirée avec un travailleur social qui voulait devenir poète. »  Page 131
  • « Harold parvint à Bickleigh, où, d’après son guide touristique, il était intéressant de visiter le petit château en brique rouge niché sur la rive de l’Exe. Mais un homme au visage long, vêtu d’un pantalon vert olive, l’informa que le guide n’était pas à jour en ce qui concernait le château, à moins de vouloir le louer pour un mariage luxueux ou y passer un week-end « meurtre et mystère ». »  Page 137
  • « Sa tante Muriel lui écrivait des billets d’excuse : « Harold avait mal à la tête », « Harold n’est pas dans son assiette. » Parfois, elle s’armait d’un dictionnaire et faisait preuve de plus de créativité : « Harold a eu un accès de maladie hépatique mardi vers 18 heures. » Quand il échoua à ses examens, il abandonna complètement l’école. »  Page 138
  • « Curieusement, c’était Mr. Napier qui, à l’époque, avait fait faire équipe à Harold et à Queenie. Il avait convoqué Harold dans son bureau orné de boiseries pour lui dire qu’il chargeait Queenie d’aller vérifier sur place les livres de comptes des pubs. »  Page 154
  • « Queenie s’approcha de sa voiture, agrippée à son sac à main carré, l’air de s’apprêter à faire des courses plutôt que de vérifier les livres de comptes d’un pub. »  Page 156
  • « Tout se ressemblait. Il cessa de consulter ses guides, car leurs informations ne faisaient qu’accentuer son impression de ne rien savoir. »  Page 159
  • « Harold n’avait couché qu’avec une femme, Maureen. Même quand elle avait mis ses livres de cuisine à la poubelle, qu’elle avait fait couper ses cheveux et qu’il l’entendait fermer sa porte à clé le soir, il n’avait pas cherché à en voir une autre. »  Page 167
  • « — Ma mère a quitté la maison un peu avant mes treize ans. Mon père et elle étaient très malheureux. Lui buvait et elle avait envie de voyager. C’est tout ce dont je me souviens. Après son départ, il est allé encore plus mal pendant quelque temps, et puis les voisines ont appris ce qui s’était passé. Elles se sont fait un plaisir de le materner. Du coup, mon père s’est épanoui. Il a ramené une kyrielle de tantes à la maison. C’est devenu une espèce de Casanova. »  Page 186
  • « À quel moment avait-elle trébuché ? Contrairement à lui, elle avait fait des études correctes. Elle avait pris des cours de secrétariat, puis suivi les cours de français par correspondance de l’Université ouverte quand David était à l’école primaire. Elle aimait jardiner. Le moindre carré de leur parcelle de Fossebridge Road produisait des fruits ou des fleurs. Elle avait cuisiné tous les jours, lu les livres de recettes d’Elizabeth David et pris plaisir à rechercher de nouveaux ingrédients. »  Page 194
  • « À l’aide de son livre de botanique, il identifiait les fleurs des haies et apprenait leur usage ; lesquelles portaient des baies, toxiques ou consommables, lesquelles avaient des feuilles aux vertus médicinales. L’ail des ours remplissait l’atmosphère de son odeur âcre. De nouveau, il fut surpris de voir quelles richesses ignorées se trouvaient à ses pieds. »  Page 206
  • « Suivant les instructions de son guide touristique, il s’intéressa au musée de la Chaussure de Street et jeta un coup d’œil à la boutique de Clarks Village tout en restant persuadé qu’il aurait tort d’abandonner ses chaussures de bateau après être allé si loin avec. »  Page 207
  • « Déjà, à cette époque, il avait commencé à mettre de l’argent de côté pour leur avenir. Il avait trouvé un emploi d’éboueur tôt le matin et de receveur de bus l’après-midi. Deux fois par semaine, il travaillait de nuit à l’hôpital et le samedi il était employé à la bibliothèque. Parfois, il était si épuisé qu’il se glissait sous les rayonnages et s’endormait.
    Maureen s’était mise à prendre le bus devant chez elle et elle y restait jusqu’au terminus. Harold délivrait les tickets et sonnait à l’intention du conducteur, mais il ne voyait qu’elle dans son manteau bleu, avec sa peau de porcelaine et ses yeux verts au regard plein de vie. Elle venait aussi à la bibliothèque et feuilletait des livres de cuisine, et il l’observait depuis le bureau principal, vacillant sous l’effet du désir et du manque de sommeil. »  Page 210
  • « — On attend cet acteur célèbre, lui expliqua sa voisine, le visage congestionné et moite à cause de la chaleur. Il signe son dernier livre. Si son regard croise le mien, je tombe dans les pommes.
    Il était difficile d’apercevoir l’acteur célébrissime, et plus encore de croiser son regard, car il était apparemment de petite taille et entouré par une véritable muraille de vendeurs de librairie vêtus de noir. »  Page 221
  • « Dans les toilettes publiques, il se retrouva en train de se laver les mains à côté de l’acteur qui avait signé son livre. »  Page 222
  • « — Pendant des années, j’ai tenu des rôles sérieux. J’ai fait toute une saison au festival théâtral de Pitlochry. Et puis j’ai joué dans un film en costume d’époque et voilà ! Tout le pays trouve original de donner mon nom à son chien. Vous êtes venu à Bath pour mon bouquin ?
    Harold reconnut que non. Il parla de Queenie en donnant un minimum de détails. Mieux valait ne pas raconter qu’il imaginait être applaudi par les infirmières à son arrivée au centre de soins palliatifs. L’acteur semblait l’écouter, ce qui ne l’empêcha pas, lorsque Harold eut terminé son histoire, de lui redemander s’il avait un exemplaire du livre et s’il désirait une signature.
    Harold répondit que oui. Le livre serait sans doute un souvenir parfait pour Queenie ; elle avait toujours aimé lire. Il allait demander à l’acteur s’il voulait bien l’attendre le temps de filer acheter un exemplaire, quand son interlocuteur reprit la parole.
    — Ne vous embêtez pas avec ça. C’est nul. Je n’en ai pas écrit une ligne. Je ne l’ai même pas lu. Je vais vous dire, je suis un baiseur compulsif, complètement accro à la coke. La semaine dernière, quand j’ai voulu lécher une fille, je me suis aperçu qu’elle avait une bite. Ce n’est pas le genre de truc qu’on met dans un bouquin. »  Pages 223 et 224
  • « — Ça ne vous ennuie pas de partager votre table ? dit-elle, sur un ton affirmatif.
    Elle fit signe à un homme qui attendait à la porte et désigna du doigt le siège en face d’Harold. L’homme s’assit en s’excusant et sortit un livre. Il avait un visage aux traits bien dessinés et des cheveux clairs coupés court. Sa chemise blanche avait le col ouvert, révélant un impeccable triangle de peau dorée. Il demanda à Harold de lui passer le menu, et engagea la conversation sur Bath. Lui-même, dit-il, était un Américain qui visitait l’Angleterre. Son amie avait choisi le package Jane Austen. Harold ne savait pas trop de quoi il s’agissait, mais il espérait pour elle que l’acteur célèbre n’en faisait pas partie. »  Page 228
  • « — On n’a pas d’appétit, avec cette chaleur, dit celui-ci. Harold approuva, mais il le regretta aussitôt, car l’Américain se crut obligé de poursuivre la conversation.
    — Bath a l’air d’une jolie ville, déclara-t-il en refermant son livre. Vous êtes en vacances ? »  Page 229
  • « Au petit matin, Harold était déjà en route. Il laissa de côté sa boussole et ses guides pour consacrer toute sa force, toute sa volonté à mettre un pied devant l’autre. Et c’est seulement lorsque trois adolescentes à cheval lui demandèrent comment aller à Shepton Mallet qu’il se rendit compte qu’il avait perdu un jour entier à avancer dans la mauvaise direction.
    Il s’assit au bord de la route, le regard fixé sur un champ de fleurs d’un jaune flamboyant. Il avait oublié leur nom. Tant pis. Il ne se donnerait pas le mal de sortir son guide des plantes sauvages. »  Page 238
  • « À Cheltenham, il offrit sa lessive à un étudiant qui entrait dans la laverie. À Prestbury, il fit cadeau de sa lampe-torche à une femme qui ne retrouvait plus ses clés dans son sac. Le lendemain, il donna ses pansements adhésifs et sa crème antiseptique à la mère d’un enfant qui s’était écorché le genou, ainsi que son peigne pour distraire le petit. À la stupéfaction d’un couple d’Allemands qui cherchaient leur chemin à proximité de Cleeve Hill, il leur remit le guide de Grande-Bretagne et, dans la mesure où il connaissait par cœur son dictionnaire de botanique, il leur suggéra de le prendre également. »  Page 264
  • « Il expliqua à Wilf comment il avait appris a faire la tambouille sur un feu de bois et à reconnaître les plantes à l’aide d’un petit guide qu’il avait acheté à Bath. Il y avait les bons et les mauvais champignons, dit-il, et il fallait apprendre à les différencier. »  Page 291
  • « Rich, qui possédait un manuel de la cueillette en milieu naturel, tint à faire des beignets de berce. »  Page 302
  • « Il revoyait Joan en train d’humecter son doigt pour tourner la page d’un livre ou de lever les yeux au ciel devant le tremblement des mains de son mari au-dessus de sa bouteille du whisky, mais il n’avait aucune image d’elle embrassant son front, ni même lui disant des paroles rassurantes. »  Page 333
  • « — Rex est ici. On a regardé la carte. On a passé quelques coups de fil. Il est allé sur son ordinateur. On a même sorti ton guide routier. »  Page 351
  • « Il voyait l’oncologue, les yeux écarquillés devant la lettre de Queenie, et la femme qui aimait Jane Austen en train de parler dans le vide. »  Page 354
4 étoiles, Z

Zone Est

Zone Est de Marin Ledun.

Édition Fleuve (Noir – Thriller), publié en 2011, 362 pages

Roman de science-fiction de Marin Ledun paru initialement en 2010.

Thomas Zigler est un habitant de La Zone Est en Rhône-Alpes. Cette citadelle a été créée il y a vingt ans pour isoler les humains du reste du monde qui a été dévasté par un nanovirus. Les trois millions de survivants et leurs descendants souffrent de différents problèmes de santé entre autres de cécité. Les organes artificiels, les implants oculaires et les prothèses en tous genres sont essentiels pour ces rescapés. Dans cette nouvelle société qui s’y est organisée, Thomas est un chasseur de têtes spécialisé dans l’extraction d’information enfoui dans la mémoire biologique et artificielle des gens. Le doute sur la gouvernance de la cité s’installe en Thomas lors d’une mission où l’individu ciblé a dissimulé dans sa mémoire le souvenir d’un être humain sans prothèse. À partir de ce moment tout bascule dans la tête de Thomas. Il va se lancer à la recherche de la vérité sur l’existence possible d’humain hors zone et sur le but réel de la construction de Zone Est.

Un très bon roman d’anticipation. Ce texte est déroutant et désolant car il propose une vision du futur plus que probable. L’auteur nous plonge dans un univers noir mais bien construit et nous dépeint avec brio les rouages d’une cité isolée du monde et laissé à elle-même. L’existence de cette société permet d’ajouter à l’intrigue toutes les questions que le lecteur se pose sur celle-ci. De plus, le lecteur ne peut faire autrement que de comparer le fonctionnement notre société actuelle à celui de Zone Est et d’y trouver des similitudes. Le style d’écriture est simple et dynamique ce qui donne beaucoup de rythme à l’histoire. En revanche, le début est plus ardu à lire car le texte y est plus technique mais nécessaire afin de mettre en scène cet univers post-apocalyptique. Zone Est est un roman qui dérange par toutes les questions qu’il soulève sur les motivations et les actions de l’être humain. Cette lecture procure cependant un réel plaisir.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 1er février 2017

La littérature dans ce roman

  • « La Zone Est est en réalité une immense zone urbaine et industrielle de deux cent vingt kilomètres du nord au sud, sur à peine quatre-vingts de l’est à l’ouest. Coincée entre les Alpes et le Massif central, elle s’étend sur un territoire recouvrant jadis l’agglomération lyonnaise et la périphérie sud d’Orange, bien que ces villes ne renvoient plus aujourd’hui qu’à des noms fantomatiques tirés des livres d’histoire. »  Page 20
  • « Les micro-puces qui parasitent ma chair signalent ma présence autant qu’elles reçoivent des informations, donc des ordres d’actions potentielles. Autrement dit, sans être un pantin désarticulé qui attend qu’on lui insuffle la vie à coups de baguette magique, ça fait belle lurette que mes gènes font ce qu’ils veulent. Un mélange élaboré des syndromes Pinocchio et Frankenstein. »  Page 70
  • « Together, we’ll fly, chantait Ronnie James Dio. Voler n’est plus le rêve de personne. Les hommes se terrent comme ces créatures honteuses et difformes qui peuplent les récits fantastiques du XXe siècle. Le rêve d’Icare a été oublié. Les drones de surveillance sont désormais les seuls à avoir encore une vue d’ensemble du bourbier dans lequel nous nous enfonçons chaque jour un peu plus. »  Page 123
  • « L’illusoire sentiment de maîtrise de la nature qui a habité les générations qui ont précédé la catastrophe a cédé la place dans nos coeurs à une croyance plus profonde encore. Nous allons tous mourir et nous l’avons mérité. Le reste, c’est-à-dire, dans le meilleur des cas, cinquante ou soixante années d’une vie passée à survivre, au gré des greffes, des campagnes de vaccination, des interventions chirurgicales et d’un quotidien morose, le reste n’est plus qu’une croix à porter pour les erreurs de nos pères. Une machination biblique, coranique, ou ce qu’on voudra, la somme mathématique de tous les mythes apocalyptiques qui ont structuré les civilisations depuis la nuit des temps et agité les cauchemars de générations d’êtres humains. »  Pages 172 et 173
  • « Pas de symptômes ? Dans ce cas, l’organisme pourrait être en train de s’adapter à l’infestation.
    — Les humains biologiques seraient plus résistants.
    — Il semblerait.
    Je pense aux défaillances à répétition des OC-2.0 et à l’arrêt de leur production par Medic’ Corp. Ce qui explique des stocks d’yeux biologiques dans les banques de données de Viacom.
    — Dans la littérature spécialisée disponible, il n’y aurait aucune étiologie ou traitement connus. De plus les critères diagnostics ne seraient pas encore formellement établis. Ce qui est bizarre, c’est que les personnes censées souffrir de cette maladie décrivent un syndrome polysymptomatique tout d’abord caractérisé par des lésions cutanées donnant l’apparence de fibres ou de granules apparaissant sous ou sur la peau. Au niveau subjectif, ils ont l’impression d’être envahis par des insectes, des petites bêtes courant sous la peau. Je me suis demandé s’il ne s’agit pas tout simplement d’un problème mental essentiellement, pouvant aller jusqu’au délire de parasitose. Une dégénérescence cérébrale ou quelque chose d’approchant. Difficile à vérifier avec le matériel dont je dispose… Dans ce cas, l’hypothèse la plus probable, si l’on considère que le nombre de cas augmente à mesure que l’information se développe autour du phénomène par mimétisme ou autosuggestion, serait qu’ils souffrent de troubles psychiques qu’ils extérioriseraient de cette manière. Cependant l’observation princeps de Browne, mentionne bel et bien la sensation de fourmis, sensation que chacun de nous a pu ressentir au cours de son existence et n’incluant en aucun cas la présence de tels insectes dans le corps. Ils relèveraient alors du syndrome de Münchhausen par procuration. L’impression d’insectes courant sous la peau se rencontre dans nombre de pathologies psychiatriques. »  Page 276
  • « Nos cellules nous trahissent.
    Infestées par les biopuces.
    Quelque part dans le bunker, quelqu’un lit dans notre ADN comme on tourne les pages du livre des heures, en rythme avec les insectes qui courent sous ma peau et me rongent l’âme. »  Page 295
  • « À part les contours géographiques du siège de Medic’ Corp, notre attaque est comparable aux premiers pas des hommes sur la lune ou aux coups de lance de Don Quichotte. Ce n’est pas tant l’objectif qui compte que le concept même de conquête. »  Page 299
  • « — C’était l’époque du grand boom des bio et nanotechnologies, précise Sylia. Si tu te souviens de nos manuels d’histoire, l’Europe et le monde essuyaient à ce moment-là deux des plus grandes crises jamais traversées. Une crise financière colossale, qui avait provoqué la faillite des plus grands groupes bancaires et industriels, et la crise de l’énergie, encore plus grave, liée à l’appauvrissement irréversible des sources de pétrole. »  Page 343
3 étoiles, C, E, F

Le chardon et le tartan, tome 7 : L’écho des coeurs lointains, partie 2 : Les fils de la Liberté

Le chardon et le tartan, tome 7 : L’écho des coeurs lointains, partie 2 : Les fils de la Liberté de Diana Gabaldon.

Édition du Club Québec Loisirs, publié en 2011, 614 pages

Septième tome de la série Le chardon et le tartan (Outlander) de Diana Gabaldon paru initialement en 2009 sous le titre anglais « An Echo in the Bone ».

1777, la guerre d’Indépendance bat son plein en Amérique. Jamie et Claise sont toujours engagés dans cette guerre du côté des rebelles contre l’armée Britannique. Malgré le fait que Claire connaît l’issue finale de la confrontation, ils ne seront pas épargnés par cette dure épreuve. Afin de récupérer la presse d’imprimerie de Jamie pour publier de pamphlets pour faire de la propagande, ils décident de rentrer en Écosse. Après plusieurs péripéties et un détour forcé par le Fort Ticonderoga en pleine campagne de Saratoga, ils finiront par quitter le pays. Au XXe siècle, Brianna et son mari Roger ont racheté le manoir de Lallybroch et suivent les aventures de Claire et de Jamie grâce à des lettres que ces derniers leur ont laissées dans un coffre.

Une deuxième partie comparable à la premier et qui conforte le lecteur dans la perception que la saga s’essouffle. Dans cette deuxième partie heureusement les personnages de Claire et Jamie sont ramener en avant plan et on délaisse un peu celui de William. Malheureusement, le tout commence à manquer de réalisme. L’auteur nous dépeint des vies plus grandes que nature qui finissent par ne plus être crédibles. Comment un couple peut se retrouver mêlé à tous les complots et les guerres de l’Europe et de l’Amérique à la fois? Il ne manque plus qu’une rencontre avec l’empereur de Chine pour Claire et Jamie. Le point fort du texte est sans contredit la façon qu’a l’auteur pour faire ressentir les sentiments des personnages. Le lecteur revit littéralement les sentiments en même temps que ceux-ci. Une lecture qui nous fait espérer que les prochains tomes soient plus excitants comme les premiers de la série.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 14 janvier 2017

La littérature dans ce roman

  • « Burgoyne. Il l’avait rencontré une fois, dans un théâtre, où il était venu voir une pièce écrite par le général en personne. Il ne se souvenait pas de la trame car il avait été trop occupé à flirter du regard avec une jeune fille occupant la loge voisine mais il était ensuite allé avec son père féliciter le fringant dramaturge grisé par le triomphe et le champagne. »  Page 13
  • « Qu’oncle Hal semble apprécier John Burgoyne, en revanche, le surprenait davantage. Oncle Hal n’avait guère de patience pour le théâtre et encore moins pour les dramaturges, même si, étrangement, il possédait dans sa bibliothèque les œuvres complètes d’Aphra Behn. Lord John lui avait confié un jour, sous le sceau du secret, que son frère Hal avait été autrefois passionnément attaché à Mme Behn. »  Page 13
  • « Brianna avait refermé le livre mais sa main ne cessait de revenir vers la couverture, comme si elle souhaitait l’ouvrir à nouveau, au cas où le texte serait différent. »  Page 19
  • « Elle l’avait lu trois fois, regarder à nouveau n’y changerait rien. Elle rouvrit néanmoins le livre à la page du portrait de John Burgoyne peint par sir Joshua Reynolds : un bel homme en uniforme, une main sur la garde de son épée, se tenant fièrement devant un ciel d’orage. Sur la page d’en face était écrit noir sur blanc :
    Le 6 juillet, le général Burgoyne attaqua le fort de Ticonderoga avec huit mille soldats de l’armée régulière, plusieurs régiments allemands placés sous le commandement du baron von Riedesel et des troupes indiennes. »  Page 19
  • « Selon le livre de Roger, le général Burgoyne avait quitté le Canada début juin, marchant vers le sud pour rejoindre les troupes du général Howe, coupant pratiquement la colonie en deux. Le 6 juillet 1777, il s’était arrêté pour attaquer Fort Ticonderoga. Que… »  Page 38
  • « — Oui, « ça ». Y a-t-il une « pièce à conviction numéro un » qui entre dans cette note ?
    — Euh… oui, répondit-il à contrecœur. Les cahiers de Geillis Duncan. Le livre de Mme Graham sera la « pièce à conviction numéro deux ». La note 4 concernera les explications de ta mère sur les superstitions liées aux semailles.
    Sentant ses genoux mollir, Brianna se laissa tomber sur une chaise.
    — Tu es sûr que c’est une bonne idée ?
    Elle ignorait où se trouvaient les cahiers de Geillis et ne voulait pas le savoir. Le petit livre que leur avait donné Fionna Graham, la petite-fille de Mme Graham, était à l’abri dans un coffre de la Royal Bank of Scotland à Edimbourg. »  Pages 43 et 44
  • « — Enfin… ça m’étonnerait que cette maison-ci puisse être réduite en cendres.
    Elle regardait la fenêtre derrière Roger, enchâssée dans un mur d’une cinquantaine de centimètres d’épaisseur. Cela le fit sourire.
    — Non, j’en doute aussi. Mais les cahiers de Geillis, eux si. Je pensais les relire pour en extraire les informations principales. Elle avait beaucoup à dire sur les cercles de pierres en activité, ce qui est utile. Pour ce qui est du reste… »  Page 44
  • « — Tu as raison, dit-elle, la mort dans l’âme. Tu pourrais peut-être en faire un résumé et juste mentionner où trouver les cahiers originaux au cas où quelqu’un se montre vraiment curieux.
    — Ce n’est pas une mauvaise idée.Il rangea les feuilles dans son calepin et se leva.
    — J’irai les chercher. Peut-être à la sortie des classes. »  Page 45
  • « — Roger ! Tu n’es pas censé donner ton cours de gaélique à quatorze heures à l’école ?
    Il lança un coup d’œil horrifié à la pendule, attrapa la pile de livres et de papiers sur son bureau et bondit hors de la pièce en déversant un flot de jurons gaéliques des plus éloquents. »  Page 45
  • « Ce n’était ni de la panique ni le trac mais cette sensation de regarder dans un gouffre dont il n’apercevait pas le fond. Il l’avait souvent ressentie à l’époque où il chantait devant un public. Il prit une grande inspiration, posa sa pile de livres sur le bureau, sourit à l’assistance et lança :
    — Feasgar math ! »  Page 46
  • « — Votre grand-mère est-elle encore en vie ? lui demanda Roger. Dans ce cas, vous devriez lui demander de vous l’enseigner puis l’apprendre à vos enfants. Ce genre de tradition ne devrait pas se perdre, vous ne trouvez pas ?
    Encouragé par les murmures d’assentiment, il saisit son vieux livre de cantiques. »  Page 48
  • « — On peut encore entendre une autre forme de ces anciens chants de travail le dimanche dans des églises sur les îles. A Stornaway, par exemple. C’est une manière de chanter les psaumes qui remonte à une époque où peu de gens possédaient des livres et où bon nombre des membres de la congrégation ne savaient pas lire. Il y avait un premier chantre dont la tâche consistait à chanter le psaume, verset par verset, que les fidèles répétaient en chœur. Je tiens ce livre, poursuivit Roger en brandissant le psautier écorné, de mon père, le révérend Wakefield ; certains d’entre vous se souviennent peut-être de lui. Avant cela, il avait appartenu à un autre homme d’Eglise, le révérend Alexander Carmichael…
    Il leur raconta comment, au XIXe siècle, le révérend Carmichael avait sillonné les Highlands et les îles écossaises, parlant aux habitants, leur demandant de lui chanter leurs chants et de lui expliquer leurs coutumes, collectionnant les « hymnes, bénédictions et incantations » de la tradition orale pour les publier ensuite dans un grand ouvrage d’érudition comptant de nombreux tomes intitulé Carmina Gadelica.
    Il avait justement apporté un des volumes du Gadelica qu’il fit circuler dans la classe ainsi qu’un cahier dans lequel il avait recopié une sélection de chants de travail. Pendant ce temps, il leur lut l’une des bénédictions pour la nouvelle lune, la bénédiction pour la rumination, un charme contre l’indigestion, le poème du scarabée et certains passages du « Discours des oiseaux ». »  Pages 48 et 49
  • « Entre la douleur et l’émotion, il fut incapable d’émettre le moindre son pendant quelques minutes. Il se contenta de saluer son auditoire, de sourire, de saluer à nouveau, puis de donner sans un mot sa pile de livres et de dossiers à Jimmy Glassock pour qu’il les fasse circuler dans les rangs tandis que les gens se pressaient pour le féliciter. »  Pages 50 et 51
  • « — En effet. Vous avez des petits-enfants dans cette école ?
    Il indiqua la masse bourdonnante de gamins se bousculant autour d’une vieille dame qui, les joues roses de plaisir, leur expliquait la prononciation de certains mots étranges dans le livre de contes. »  Page 51
  • « Rob saisit un objet posé sur la banquette entre son neveu et lui.
    — C’était parmi les cahiers en gaélique que vous avez fait circuler. Il m’a semblé qu’il était là par erreur, alors je l’ai sorti de la pile. Vous écrivez un roman ?
    Il leur montra le calepin noir intitulé Le Guide du voyageur…. Le cœur de Roger faillit s’arrêter. Il le saisit en silence, le remerciant d’un signe de tête.
    Rob Cameron embraya en première et lança sur un ton désinvolte :
    — J’aimerais bien le lire quand vous l’aurez terminé. J’adore la science-fiction »  Page 53
  • « Plus bas, il aperçut la camionnette de Rob Cameron garée devant la porte. Rob était assis sur le perron à l’arrière de la maison, les enfants regroupés autour de lui, apparemment absorbés par la lecture du livre que tenait l’adulte. »  Page 57
  • « — Le problème, c’est qu’ils ne lisent pas la Bible.
    — Qui ça ? Attends un peu !
    Le major Alexander Lindsay, sixième comte de Balcarres, tendit une main devant lui pour éviter un arbre puis, y prenant appui pour conserver son équilibre, déboutonna maladroitement sa braguette.
    — Les Indiens. »  Page 69
  • « — Je veux dire… Tu sais, le centurion dans la Bible… Il dit à son soldat : « Va », et le soldat va. Si tu dis à un Indien « Va ! », peut-être bien qu’il ira mais peut-être aussi qu’il n’ira pas. Ça dépend de ce dont il a envie.
    Balcarres était tout occupé à reboutonner sa braguette, une opération apparemment ardue.
    — Je veux dire… insista William. Ils n’obéissent pas aux ordres. »  Page 70
  • « — Quel rapport entre le fait d’être écossais et celui de lire la Bible ? Tu me traites de païen ? Ma grand-mère est écossaise et la lit tous les jours. Moi-même je l’ai lue… en partie.
    Il finit son verre d’une traite.
    William le dévisageait, sourcils froncés, se demandant de quoi il parlait.
    — Ah ! fit-il enfin. Je ne te parlais pas de la Bible mais des Indiens. Têtus comme des cochons. Les Ecossais non plus, quand on leur dit « Va ! », ils ne vont pas, enfin pas forcément. Je me demandais si c’était pour ça qu’ils t’écoutaient. »  Pages 70 et 71
  • « Les biens personnels des rebelles jonchaient le sol, comme s’ils les avaient laissés tomber dans leur fuite. Il n’y avait pas que des objets lourds tels que des ustensiles de cuisine, mais également des vêtements, des livres, des couvertures… jusqu’à de l’argent. »  Page 99
  • « — J’ai trouvé son contrat de mariage.
    — Quoi ?
    — Un contrat de mariage entre Amélie Elise LeVigne Beauchamp et Robert-François Quesnay de Saint-Germain. Signé par les deux parties ainsi que par un prêtre. Il se trouvait dans la bibliothèque des Trois Flèches, à l’intérieur d’une bible. Claude et Cécile ne sont guère dévots, j’en ai peur.
    — Et toi, si ?
    Percy se mit à rire. Il savait que Grey connaissait fort bien ses opinions religieuses.
    — Je m’ennuyais.
    — La vie aux Trois Flèches doit effectivement être bien morose pour que tu te mettes à lire la Bible. Le sous-jardinier avait-il démissionné ?
    — Qui ? Ah, Emile ! Non, mais il avait la grippe ce mois-là. A peine s’il pouvait respirer par le nez, le pauvre.
    Grey eut envie de rire à son tour mais se retint et Percy enchaîna :
    — En réalité, je ne la lisais pas. Après tout, je connais déjà par cœur toutes les damnations possibles et imaginables. Je m’intéressais à sa couverture.
    — Pourquoi, elle était incrustée de pierres précieuses ?
    Percy lui jeta un regard légèrement offusqué.
    — Tout n’est pas question d’argent, John, même pour ceux d’entre nous qui n’ont pas la chance d’avoir hérité d’une fortune personnelle.
    — Toutes mes excuses. Pourquoi cette bible, donc ?
    — Tu ignores sans doute que je m’y connais plutôt pas mal en reliure. J’ai même exercé le métier de relieur pour gagner ma vie en Italie après que tu as si galamment sauvé ma vie. A ce propos, je te remercie. »  Page 146
  • « — En effet, c’est un excellent baryton. Et tu as raison au sujet des cartes. Il sait garder un secret, s’il en a envie, mais il ne sait pas mentir. Tu serais surpris par la puissance d’une parfaite sincérité. J’en viens presque à me demander si le huitième commandement n’a pas du bon.
    Marmonnant dans sa barbe, Grey cita Hamlet, « … coutume qu’il est plus honorable de violer que d’observer », puis toussota et implora Percy de continuer. »  Page 147
  • « — Je t’ai apporté un cadeau, Sassenach.
    Jamie déposa sa besace sur la table. Elle émit un bruit sourd fort plaisant et libéra des effluves de sang frais qui me firent aussitôt saliver.
    — C’est quoi ? De la volaille ?
    Ce n’était ni un canard ni une oie. Ces derniers possédaient une odeur caractéristique, mélange musqué de sécrétions huileuses, de plumes et de plantes aquatiques en décomposition. Des perdrix, peut-être, une grouse ou… Je me réjouis d’avance à l’idée de déguster une tourte au pigeon.
    — Non, c’est un livre.
    Il sortit un petit paquet enveloppé dans un vieux morceau de toile cirée et le déposa fièrement entre mes mains.
    — Un livre ? répétai-je.Il acquiesça, m’enjoignant d’ouvrir mon présent.
    — Oui, des mots imprimés sur du papier, tu t’en souviens ? Je sais que ça fait longtemps.
    Je lui lançai un regard torve et, ignorant les grondements de mon estomac, déballai le paquet. C’était un exemplaire usé de Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme… vol. I. En dépit de ma déception d’avoir reçu de la littérature plutôt que de la nourriture, je fus contente. Cela faisait effectivement très longtemps que je n’avais pas mis la main sur un bon roman et, si je connaissais l’histoire de celui-ci, je ne l’avais jamais lu.
    Je le retournai délicatement entre mes mains.
    — Son précédent propriétaire devait l’apprécier.
    Le dos était élimé et la reliure en cuir brillante d’usure. Il me vint soudain un doute.
    — Jamie… tu ne l’as pas récupéré sur un cadavre, hein ?
    Dépouiller les ennemis tombés au combat de leurs armes, leur équipement et leurs vêtements réutilisables n’était pas considéré comme du pillage. C’était une désagréable nécessité mais tout de même…Il secoua la tête tout en fouillant à nouveau dans sa besace.
    — Non, je l’ai trouvé au bord d’un ruisseau. Quelqu’un a dû le laisser tomber dans sa fuite.
    Voilà qui était déjà mieux, même si j’étais certaine que celui qui l’avait perdu regrettait la disparition de son précieux compagnon. J’ouvris le livre au hasard et plissai les yeux. La typographie était minuscule. »  Pages 169 et 170
  • « Il vint se placer près de moi et me prit le livre des mains. Il l’ouvrit au milieu et le tint devant moi.
    — Lis ça.Je me penchai en arrière et il approcha le livre.
    — Arrête ! Comment veux-tu que je lise quelque chose d’aussi près !
    Il l’écarta de mon visage.
    — Dans ce cas, cesse de bouger. Et là, tu arrives à lire ?
    — Non, répondis-je agacée. Recule-le. Encore. Encore !
    Je fus enfin obligée de reconnaître que je ne pouvais distinguer les lettres avec netteté qu’à une cinquantaine de centimètres au moins.
    — Quand même, c’est écrit très petit ! dis-je, déconfite.
    Je m’étais déjà rendu compte que ma vue n’était plus ce qu’elle avait été mais d’être si brutalement confrontée à la preuve que je pouvais désormais rivaliser avec les taupes était assez déprimant.
    Jamie regarda le livre d’un œil d’expert.
    — C’est du Caslon en corps huit. L’interligne laisse à désirer et le blanc de fond n’est ni fait ni à faire. Quoi qu’il en soit…
    Il referma le livre d’un coup sec et me dévisagea en arquant un sourcil.
    — Tu as besoin de lunettes, a nighean, répéta-t-il doucement.
    — Hmph !
    Je lui repris le volume, l’ouvris et le lui présentai.
    — Lis donc, toi. Si tu peux !
    Surpris et sur ses gardes, il saisit le livre et regarda une page. Il éloigna légèrement sa main. Puis encore un peu. J’attendis, ressentant ce même mélange d’amusement et de compassion. Quand il tint finalement le livre à bout de bras, il lut :
    — Ainsi, la vie d’un auteur, quoi qu’il en pût penser lui-même, était plus vouée à la guerre qu’à la composition ; comme pour tout autre militant, son succès devant l’épreuve dépendait moins de son esprit que de sa RÉSISTANCE. »
    Il referma le livre en pinçant les lèvres.
    — Oui, bon… Au moins, je peux encore viser juste. »  Page 171
  • « — J’en doute aussi mais, une fois que nous serons à Edimbourg, je connais l’homme qu’il te faut. Je t’en ferai faire une paire avec une monture en écaille pour tous les jours et une autre en or pour le dimanche.
    — Quoi, c’est pour me faire lire la Bible ?
    — Non, c’est juste pour l’esbroufe. Après tout… »  Page 172
  • « Je reconnus le nom, même si tout ce que je savais sur Daniel Morgan (une note dans un des livres d’histoire de Brianna), c’est qu’il était un célèbre tireur d’élite. »  Page 172
  • « — Tu leur as donc sauvé la vie, dis-je doucement. Combien d’hommes y a-t-il dans une compagnie ?
    — Cinquante. Ils n’auraient peut-être pas tous été tués.
    Sa main glissa et je la rattrapai. Je sentais son souffle chaud à travers mes jupons.
    — Ça m’a fait penser à ce passage de la Bible, dit-il.
    — Ah oui ? Lequel ?
    — Quand Abraham négocie avec l’Eternel pour sauver les Villes de la Plaine. Il lui dit : « Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville ; les ferais-tu donc périr et ne pardonnerais-tu pas à ce lieu à cause de ces cinquante justes qui s’y trouveraient ? » Puis il marchande avec Dieu, de cinquante, il passe à quarante-cinq, puis à trente, puis à vingt, puis à dix.
    Ses paupières étaient mi-closes, sa voix paisible et détachée. »  Pages 201 et 202
  • « On ne savait jamais à l’avance sur quoi on allait tomber. Les illustrations des manuels d’anatomie étaient une chose mais tout chirurgien savait que chaque corps était unique. Un estomac pouvait se trouver plus ou moins où vous l’attendiez mais les nerfs et vaisseaux sanguins qui l’alimentaient pouvaient être n’importe où dans le voisinage, variant en taille et en nombre. »  Pages 204
  • « — Colonel. Votre épouse et moi discutions de la philosophie de l’effort. Qu’en pensez-vous… L’homme sage doit-il connaître ses limites et l’audacieux les ignorer ? Et de quel bord vous situez-vous ?
    Jamie m’adressa un regard perplexe et je haussai discrètement les épaules. Puis il se tourna de nouveau vers le visiteur :
    — A dire vrai, j’ai entendu dire qu’un homme « doit toujours viser plus haut. Sinon, à quoi bon le ciel ? ».
    L’officier le dévisagea un instant avec surprise puis éclata de rire.
    — Votre épouse et vous faites la paire, monsieur ! Des gens comme je les aime ! C’est magnifique. Vous souvenez-vous où vous avez l’entendu ?
    Il l’avait entendu de moi, à plusieurs reprises au fil des ans. Il se contenta de sourire.
    — C’est d’un poète, il me semble. Mais je ne me souviens plus de son nom.
    — Quoi qu’il en soit, c’est un sentiment parfaitement exprimé. Je vais de ce pas l’essayer sur Granny… même si j’imagine qu’il va me regarder sans comprendre à travers ses bésicles puis recommencer à me tanner à propos du ravitaillement. Voilà bien un homme qui connaît ses limites ! Elles sont diablement circonscrites et il ne laisse personne les franchir. Non, le ciel n’est pas pour les hommes comme lui. »  Page 219
  • « — C’est bien l’écriture de votre frère ?
    Il dévora des yeux les lettres tracées avec application, avec une expression où se mêlaient l’avidité, l’espoir et le désespoir. Il ferma les paupières un instant, les rouvrit, puis lut et relut la recette d’un antidiarrhéique comme s’il s’agissait des Evangiles. »  Page 241
  • « Le camp semblait tout droit sorti de L’Enfer de Dante, des silhouettes noires gesticulant devant la lueur des flammes, se bousculant dans la fumée et la confusion, des cris « Au meurtre ! Au meurtre ! » s’élevant de toutes parts. »  Page 286
  • « Rob était venu rapporter un livre prêté par Roger et proposer d’emmener Jem au cinéma avec Bobby le vendredi suivant. »  Page 317
  • « Le temps que Rob prenne congé (ainsi qu’un autre livre) en se confondant en remerciements et en leur rappelant qu’il passerait prendre Jem le vendredi suivant, elle était prête à hisser William Buccleigh hors du trou du curé par la peau du cou, à le conduire droit à Craigh na Dun elle-même et à le pousser à travers les pierres. »  Page 318
  • « Les lettres noires sur le papier devinrent soudain nettes et je lâchai un petit cri de surprise.
    — Ah, nous approchons du but !
    L’opticien, M. Lewis, m’observait par-dessus ses lunettes, le regard pétillant.
    — Essayez donc celles-ci.
    Il retira délicatement la paire de démonstration de mon nez et m’en tendit une autre. Je les chaussai et examinai la page du livre devant moi. »  Page 331
  • « Je m’éloignai pour regarder les tables près de l’entrée. Elles étaient chargées de livres et d’opuscules. J’en saisis un. Sur la couverture était écrit Encyclopædia Britannica et, dessous, Laudanum.
    La teinture d’opium ou opium liquide, également appelée teinture thébaïque, se prépare comme suit : prenez deux onces d’opium préparé, une drachme de cannelle et de clous de girofle, une livre de vin d’Espagne, infusez pendant une semaine à l’abri de la chaleur, filtrez au papier.
    L’opium est actuellement très prisé et un électuaire des plus précieux. En application externe, c’est un émollient, un décontractant, un discutient. Il favorise la suppuration. Laissé longtemps sur la peau, il est dépilatoire et provoque toujours un prurit ; il peut exulcérer et soulever de petites ampoules s’il est appliqué sur des parties sensibles. Toujours en application externe, il peut soulager la douleur et même induire le sommeil. Il ne doit en aucun cas être appliqué sur la tête, surtout sur les sutures du crâne, car il pourrait alors avoir des effets très néfastes, voire mortels. Ingéré, l’opium soigne la mélancolie, soulage la douleur, induit le sommeil et est sudorifique.Pour une dose modérée, on recommande moins d’un grain… Je me tournai vers Jamie, qui lisait, intrigué, les caractères installés dans la forme de la presse.
    — Tu sais ce que signifie « discutient » ?
    — Oui. Cela veut dire « qui dissout ». Pourquoi ?
    — Ah. Ça explique sans doute pourquoi il est préférable de ne pas appliquer du laudanum sur les sutures du crâne.
    Il me lança un regard perplexe.
    — Pourquoi ferait-on une chose pareille ?
    — Je n’en ai pas la moindre idée.
    Fascinée, je repris mon examen. Un autre opuscule intitulé La Matrice contenait d’excellentes gravures du pelvis disséqué d’une femme. Ses organes internes étaient montrés sous différents angles et présentaient également les différentes phases de développement d’un fœtus. Si c’était là l’œuvre de M. Bell, il était à la fois un merveilleux artisan et un fin observateur.
    — Tu n’aurais pas un penny ? J’aimerais acheter celui-ci.
    Jamie fouilla dans son sporran et déposa une pièce sur le comptoir. Il lança un regard vers l’opuscule dans mes mains et recula instinctivement. »  Pages 337 et 338
  • « — Je voudrais qu’il emporte ma presse.
    — Quoi ? Tu confierais ta précieuse chérie à un quasi-inconnu ?
    Il me jeta un regard noir mais acheva de mastiquer son morceau de pain beurré avant de me répondre :
    — Je suis sûr qu’il en prendra le plus grand soin. Après tout, il ne va pas imprimer mille exemplaires de Clarisse Harlowe à bord du navire.
    J’étais très amusée. »  Page 339
  • « — Ah, fit-il.
    Il aperçut un bout de l’opuscule qui dépassait de mon réticule.
    — Je vois que vous êtes passés à l’imprimerie.
    Je sortis le petit livre du sac. J’espérais que Jamie n’avait pas l’intention d’écraser Andy Bell comme un insecte pour avoir pris des libertés avec sa presse. Je venais juste de prendre conscience de sa relation avec « Bonnie » et j’ignorais jusqu’où allait sa possessivité outragée.
    — C’est un ouvrage remarquable, déclarai-je à M. Bell. Dites-moi, combien de spécimens avez-vous utilisés ?
    Il parut surpris mais répondit volontiers et nous nous lançâmes dans une conversation fort intéressante, quoique plutôt macabre, sur les difficultés de la dissection par temps chaud et la différence entre la préservation dans une solution saline ou un bain d’alcool. Nos voisins de table terminèrent leur repas en hâte et se levèrent avec une mine horrifiée. Jamie, lui, était confortablement enfoncé dans sa chaise, l’air affable mais ne quittant pas Andy Bell de son œil implacable.
    L’imprimeur ne semblait pas gêné outre mesure par ce regard de Gorgone et me raconta la réaction qu’avait provoquée sa publication de l’édition reliée de l’Encyclopædia. Le roi était tombé sur les planches du chapitre « Matrice » et avait ordonné que ces pages soient arrachées – ce crétin de Teuton inculte ! »  Page 341
  • « Nouant un chiffon imbibé de térébenthine autour de ma tête et le remontant juste sous mon nez, je citai :
    — Et vit le crâne sous la peau, et des créatures sans seins sous terre se penchèrent en arrière avec un sourire sans lèvres.
    Andy Bell me lança un regard de biais.
    — Je n’aurais su le dire mieux. C’est de vous ?
    — Non, d’un certain Eliot. »  Page 345
  • « J’avais eu l’intention d’attendre que Jamie ait sifflé une pinte ou deux de whisky avant d’aborder le sujet mais le moment semblait opportun. Je me lançai :
    — Pendant que nous œuvrions, je lui ai décrit un peu mon travail. Je lui ai parlé de mes opérations, de cas pathologiques intéressants et de diverses broutilles médicales, tu vois ce que je veux dire.
    J’entendis Ian murmurer « Qui se ressemble s’assemble » mais je ne relevai pas.
    — Oui, et alors ?
    Jamie paraissait sur ses gardes. Il flairait anguille sous roche.
    Je pris une grande inspiration.
    — Eh bien… pour résumer, il a suggéré que j’écrive un livre. Un manuel médical.
    Jamie se contenta de hocher la tête, m’encourageant à continuer.
    — Ce serait un manuel pour monsieur Tout-le-monde, pas un livre pour les médecins. Avec des principes d’hygiène et de nutrition, des conseils pour les maladies les plus communes, des recettes de remèdes simples, des instructions pour soigner les plaies et les dents gâtées, ce genre de choses.
    Il continuait de hocher la tête. Il engloutit le dernier scone puis déclara :
    — En effet, ce serait un livre très utile et tu es la personne tout indiquée pour l’écrire. A-t-il « suggéré » combien cela coûterait de l’imprimer et de le relier ?
    — Ah. Le livre ne devra pas dépasser cent cinquante pages. Il en tirera trois cents exemplaires, reliés en bougran, et les distribuera dans son échoppe. Tout ça en échange des douze ans de loyer qu’il te doit pour ta presse. »  Pages 348 et 349
  • « — Vous n’aviez jamais parlé d’écrire un livre, ma tante, déclara Ian intrigué.
    — Je n’y avais encore jamais réfléchi, répliquai-je, sur la défensive. En outre, cela aurait été très difficile et coûteux tant que nous vivions à Fraser’s Ridge. »  Page 349
  • « — Tu en as vraiment envie, Sassenach ?
    J’acquiesçai vigoureusement et il reposa son verre avec un soupir.
    — D’accord, dit-il, résigné. Mais j’exige aussi une édition spéciale reliée en cuir et dorée sur tranche. Et pas moins de cinq cents exemplaires. Après tout, tu voudras en emporter avec toi en Amérique, non ? »  Page 350
  • « Je me sentais étrangement à mon aise en sa présence mais je ne pouvais y passer la journée. J’avais un livre à écrire. »  Page 353
  • « Et le lieu qu’il habitait ne le connaîtra plus. Ce verset du Livre de Job me revint en mémoire tandis que les hommes prenaient enfin une décision et commençaient à soulever le cercueil hors de ses roues. »  Page 361
  • « — Tu veux entrer dans les ordres ? demanda Claire. Vraiment ?
    — Oui. Cela fait longtemps que je sais que j’ai la vocation mais… c’est… compliqué.
    — Tu m’en diras tant ! s’exclama Jamie. En as-tu parlé à quelqu’un ? Au prêtre ? A ta mère ?
    — A tous les deux.
    — Et qu’ont-ils dit ? s’enquit Claire.
    Elle paraissait fascinée et, adossée au rocher, ne quittait pas la jeune femme des yeux.
    — Ma mère a dit que j’avais perdu la raison à force de lire des livres et que c’était de ta faute, parce que tu m’en avais donné le goût. Elle veut que j’épouse le vieux Geordie McCann mais je préférerais me jeter dans un puits. »  Page 405
  • « — C’est peut-être vrai, j’ai pu influencer les petites avec mes livres. Je leur faisais la lecture parfois le soir. Elles s’asseyaient sur le banc avec moi, une de chaque côté, leur tête contre mon épaule, et je…Il s’interrompit pour me jeter un coup d’œil. Il craignait de me faire de la peine à l’idée qu’il ait pu vivre un moment heureux dans la maison de Laoghaire. Je souris et lui pris le bras.
    — Je suis sûre qu’elles adoraient ça. Mais je doute que tu aies lu à Joan quelque chose qui lui ait donné envie d’entrer dans les ordres.
    Il fit une moue dubitative.
    — Je leur ai lu la Vie des saints. Ah, et aussi Le Livre des martyrs de John Foxe. Sauf que celui-ci traite en grande partie de protestants et que Laoghaire affirmait qu’un protestant ne pouvait être un martyr puisque tous les protestants étaient des hérétiques. Je lui ai répondu qu’on pouvait être martyr et protestant et que… »  Page 409
  • « — Il n’existe pas de terme pour décrire ce qu’elle est. Mais elle a la connaissance des événements à venir. Ecoute-la…
    Ces mots les calmèrent tous et ils devinrent attentifs. Je me raclai la gorge, extrêmement embarrassée par mon rôle de sibylle mais ne pouvant plus reculer. Pour la première fois, je ressentis une affinité avec les prophètes malgré eux de l’Ancien Testament. Je crus comprendre ce qu’avait ressenti Jérémie lorsqu’il avait reçu l’ordre d’annoncer la destruction de Jérusalem. J’espérais seulement que ma prophétie serait mieux accueillie. Il me semblait me souvenir que les habitants l’avaient jeté dans un puits. »  Page 417
  • « Il eut une pensée compatissante pour Claire. Après l’incident dans le poulailler avec Jenny, elle s’était retranchée dans le bureau de Ian. (Il l’avait invitée à s’en servir, ce qui devait agacer Jenny plus que tout.) Elle y passait ses journées à écrire, rédigeant le livre qu’Andy Bell lui avait mis en tête. »  Page 426
  • « — Oui, répondit Roger. Il veut rentrer chez lui de tout son cœur. Comme il a deviné que je savais comment m’y prendre, il voulait me parler. Mais seul un fou aurait frappé à la porte d’un inconnu pour lui poser ce genre de questions, surtout un inconnu que tu as bien failli tuer et d’autant plus un inconnu capable de te foudroyer sur place ou de te transformer en corbeau. Il a donc quitté son travail et nous a épiés. Il voulait peut-être vérifier que nous ne jetions pas des os humains dans la poubelle, ce genre de choses. Un jour, il est tombé sur Jem près du Broch et lui a dit qu’il était le Nuckelavee, en partie pour lui faire peur mais aussi parce que, si Jem m’en parlait, je monterais peut-être là-haut pour faire quelque chose de magique. Auquel cas…Elle acheva à sa place :
    — Auquel cas, il aurait su que tu étais dangereux mais aussi que tu avais le pouvoir de le renvoyer chez lui, comme le Magicien d’Oz.Il hocha la tête.
    — Pourtant, il ne ressemble pas du tout à la petite Dorothée… »  Page 455
  • « — Cameron… il a lu le cahier lui aussi. C’était par accident. Il a fait semblant de croire que c’était un roman, un texte que j’avais écrit comme ça, pour rire. Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait ? »  Page 468
  • « Me sentant un peu comme Alice dégringolant dans le terrier du Lapin blanc (j’étais encore légèrement abrutie par le manque de sommeil et le long voyage), je demandai le chemin jusqu’à Chestnut Street. »  Page 502
  • « Ce matin, alors que je cherchais un café à Saint-Germain-des-Prés, j’ai eu la chance de tomber sur M. Lyle, que j’avais rencontré à Edimbourg. Il m’a salué avec effusion, s’est enquis de ma santé puis, après avoir discuté de tout et de rien, m’a invité à le rejoindre à la réunion d’un cercle dont les membres incluent Voltaire, Diderot et d’autres dont les opinions sont écoutées dans les milieux que je souhaite infiltrer.
    Je me suis donc rendu à quatorze heures à l’adresse indiquée et me suis trouvé dans une demeure grandiose qui n’était autre que la résidence parisienne de M. Beaumarchais. »  Page 520
  • « La joute oratoire avait pour thème : « La plume est-elle plus puissante que l’épée ? » M. Lyle et ses amis défendaient cette proposition, M. Beaumarchais et sa clique arguant du contraire. Le débat fut animé, avec de nombreuses allusions aux œuvres de Rousseau et de Montaigne (non sans quelques attaques personnelles contre le premier du fait de ses opinions amorales concernant le mariage). Finalement, ce fut M. Lyle qui l’emporta. J’envisageai de montrer ma main droite à l’assistance afin de soutenir les arguments de la contre-proposition (un échantillon de ma calligraphie aurait sans doute achevé de les convaincre) mais je m’en abstins, n’étant présent qu’en tant qu’observateur.
    Je trouvai l’occasion plus tard d’aborder M. Beaumarchais et, en guise de plaisanterie, lui fis cette observation. Il fut très impressionné par mon doigt manquant et quand, à sa demande, je lui racontai comment cela m’était arrivé (ou ce que je choisis de lui raconter), il parut aux anges. »  Page 521
  • « Je suis fort satisfait du résultat de cette première incursion et rassuré en me disant que, si l’âge ou une blessure m’empêchent de gagner ma vie par l’épée, la charrue ou la presse à imprimerie, je pourrai toujours devenir un plumitif de romans d’aventures. »  Page 523
  • « Mes chandelles volées sont presque consumées. Mes yeux et ma main sont tellement épuisés que j’ai autant de mal à former mes mots qu’à les déchiffrer. Je ne peux qu’espérer que tu parviendras à lire la dernière partie de cette épître. »  Page 524
  • « Elle saisit le petit serpent, puisant un peu de confort dans sa sinuosité, sa surface lisse. Elle lança un coup d’œil vers le coffret en envisageant de se réfugier dans la compagnie de ses parents, mais déplier des lettres que Roger ne lirait peut-être jamais avec elle… Elle reposa le serpent et fixa d’un regard absent les rangées de livres sur les étagères.
    Près des ouvrages sur la révolution américaine commandés par Roger se trouvaient les livres de son père, ceux qu’elle avait rapportés de son ancien bureau. Sur leur tranche était écrit Franklin W. Randall. Elle en prit un et s’assit, le serrant sur son cœur. »  Page 529
  • « Au moins, l’imprimerie était calme. Deux personnes seulement étaient entrées et seule une d’entre elles lui avait adressé la parole, pour lui demander le chemin de Slip Alley. Elle massa sa nuque raide et ferma les yeux. Marsali ne tarderait plus. Elle pourrait ensuite aller s’allonger avec un linge humide sur le visage et…La sonnette au-dessus de la porte tinta et elle se redressa, un sourire machinal aux lèvres. Quand elle vit le visiteur, il s’effaça aussitôt.
    — Sors !
    Elle descendit de son tabouret en évaluant la distance jusqu’à la porte du logement.
    — Sors tout de suite !
    Si elle parvenait à s’enfuir par la cour…
    — Ne bouge pas, ordonna Arch Bug.
    Sa voix grinçait comme du métal rouillé.
    — Je sais ce que tu veux, répondit-elle en reculant d’un pas. Je comprends ton chagrin, ta colère, mais ce que tu comptes faire est mal, le Seigneur ne veut…
    Il la dévisagea avec une étrange douceur.
    — Tais-toi donc, ma fille. Nous allons rester tranquillement ici et l’attendre.
    — L’attendre ?
    — Oui, lui.
    Il bondit soudain et lui agrippa le bras. Elle hurla et se débattit mais ne parvint pas à lui faire lâcher prise. Il souleva le rabat et la traîna de l’autre côté, la projetant contre une table en faisant tomber des piles de livres. »  Pages 585 et 586
  • « Il avait tourné la tête et tendait l’oreille, sa main sur le manche de sa hache. Il sourit soudain. On entendait un bruit de pas de course.
    — Ian ! N’entre pas !
    Naturellement, il entra. Elle saisit un livre et le lança à la tête du vieillard qui l’esquiva facilement et lui tordit le poignet, sa hache à la main. »  Page 586
4,5 étoiles, P, R

Pendergast, tome 01: Relic

Pendergast, tome 01: Relic de Douglas Preston et Lincoln Child

Éditions J’ai lu (Thriller), publié en 2010, 456 pages

Premier tome de la série Pendergast de Douglas Preston et Lincoln Child paru initialement en 1995 sous le titre anglais « Relic ».

Septembre 1987, une équipe de scientifiques est massacrée par une bête mystérieuse en pleine jungle amazonienne. Les membres de cette équipe étaient à la recherche d’un ancien peuple, les Kothogas. Seules quelques caisses contenant des artéfacts de l’équipe seront envoyées au Muséum d’histoire naturelle de New York. Malheureusement, les caisses seront rangées et oubliées dans une salle poussiéreuse. En 1995, le muséum organise une grande exposition consacrée aux superstitions des peuples primitifs. Mais, les préparatifs sont troublés par l’assassinat de deux jeunes garçons puis d’un gardien dans les sous-sols du bâtiment. Le lieutenant d’Agosta du NYPD est chargé de l’enquête ainsi que l’agent spécial du FBI Pendergast qui est un expert en crimes rituels. Les premières observations orientent l’enquête vers un meurtrier d’un nature hors de l’ordinaire.

Un roman accrocheur qui nous fait découvrir l’agent spécial Pendergast. Dans cette première enquête, il doit rivaliser avec une créature terrifiante qui semble provenir des limites du monde occulte et tout ça au grand plaisir du lecteur. Les auteurs ont su amalgamer les caractéristiques principales de la science et de l’imaginaire afin de construire un univers crédible. Le point fort de ce texte est le réalisme des différents personnages. Celui de Pendergast est bien trempé et intéressant pas son flegme, sa distinction et ses méthodes d’enquête atypiques. Les personnages secondaires de Margo Green et de William Smithback sont eux très attachants. Le seul petit bémol c’est que le rythme de la première partie est lent dû aux nombreuses descriptions qui ralentissent la lecture. Mais la deuxième partie est très passionnante et fascinante car l’histoire va de rebondissements en rebondissements. Un très bon premier tome qui fournit un bon moment d’évasion et de mystère.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 30 octobre 2016

La littérature dans ce roman

  • « Le contenu de la caisse était enveloppé soigneusement dans les fibres tressées d’une plante locale. Whittlesey en écarta quelques-unes et découvrit les objets d’artisanat qu’elle contenait : un herbier en bois et un carnet de cuir à la couverture tachée. »  Page 4
  • « Ensuite il pourrait partir à la recherche des Kothogas et prouver qu’ils n’avaient pas disparu depuis des siècles. Une telle découverte lui assurerait la célébrité. Un peuple de l’Antiquité, survivant au cœur de l’Amazonie dans une sorte de pureté originelle, celle de l’âge de pierre, et juché sur son plateau au-dessus de la jungle comme dans Le Monde perdu de Conan Doyle. »  Page 10
  • « Smithback avait reçu une subvention pour composer un livre sur le musée, et notamment sur l’exposition Superstition qui devait ouvrir la semaine suivante. »  Page 29
  • « — Un truc pareil, ça donnerait une dimension nouvelle à mon bouquin, c’est sûr. Vous imaginez : l’histoire véridique du carnage causé par le grizzly du musée, par William Smithback Junior. Des bêtes affreuses et voraces qui hantent les couloirs déserts. À moi les gros tirages. »  Page 31
  • « Frock avait entamé sa carrière comme physio-anthropologue. Il avait aussi commencé sa vie dans un fauteuil roulant, à cause d’une polio, et ce qui ne l’avait pas empêché de jouer, sur le terrain, les pionniers de la recherche. Ses travaux se retrouvaient dans les manuels. »  Page 37
  • « Les murs de son bureau étaient couverts de vieilles étagères protégées par une vitrine. Nombre des rayonnages étaient peuplés de vestiges et de curiosités qui provenaient de ses années de terrain. Quant aux livres, ils s’empilaient le long du mur, en colonnes géantes qui chancelaient dangereusement. Deux grandes fenêtres en rotonde surplombaient l’Hudson. Des fauteuils victoriens capitonnés trônaient sur le tapis persan pâli. Sur le bureau, on remarquait plusieurs exemplaires de son dernier livre, L’Évolution fractale.
    À côté des livres, Margo repéra un morceau de grès de couleur grise. Sur sa surface plane, on trouvait une profonde dépression, qui se trouvait étirée d’un côté et qui de l’autre comportait trois larges échancrures. Il s’agissait, à en croire Frock, de l’empreinte fossile d’une créature inconnue des scientifiques à ce jour : la seule preuve tangible qui permette d’étayer sa théorie des aberrations évolutives. »  Page 39
  • « Margo avait appris que c’était Lavinia Rickman, directrice des relations publiques du musée, qui avait fait appel aux services de Smithback pour écrire un livre. Elle avait discuté âprement les avances et les pourcentages. Smithback n’était pas très content du contrat, mais l’exposition qui s’annonçait promettait d’être un tel succès que le livre pourrait se vendre par millions. Finalement l’affaire n’était pas si mauvaise pour Smithback, se dit Margo, surtout si l’on considérait que son précédent ouvrage, celui sur l’aquarium de Boston, avait fait un bide. »  Page 46
  • « — En fait, ce que veut Rickman, c’est un travail qui présente le musée sous un éclairage de conte de fées. Vous et elle ne parlez pas le même langage.
    — Elle me rend dingue, oui. Elle supprime tout ce qui n’est pas absolument carré, elle veut que je m’en remette en tout au responsable de l’expo qui est une moule et qui n’ouvre la bouche que pour exprimer la pensée de son patron, Cuthbert. »  Page 47
  • « — Pas plus tard que la semaine dernière, nous avons retrouvé l’un des deux seuls échantillons d’écriture pictographique yukaghir, là, derrière cette porte. Vous vous rendez compte ? Dès que j’aurai un moment, je vais écrire au JAA pour le leur signaler.
    Margo se mit à sourire. Il était tellement excité qu’on aurait dit qu’il venait de mettre la main sur une pièce inconnue de Shakespeare. De son côté elle était sûre que la question n’aurait pas intéressé plus d’une douzaine de lecteurs du JAA, le Journal of American Anthropology. Mais l’enthousiasme de Moriarty était sympathique. »  Page 56
  • « — La théorie lui monte à la tête, voilà. La théorie est légitime, je n’en disconviens pas, mais il faut qu’elle soit étayée par un travail sur le terrain. Et son acolyte, là, Greg Kawakita, est en train de le pousser dans la voie de l’extrapolation. Je suppose que Kawakita sait ce qu’il fait. Mais c’est triste, vraiment, de voir un esprit aussi brillant s’égarer à ce point. Prenez le dernier livre du Dr Frock, L’Évolution, fractale. Même le titre évoque davantage un jeu électronique qu’un ouvrage scientifique. »  Page 59
  • « Margo empila ses papiers et ses livres sur le canapé, elle avisa la pendule juchée sur la télé : dix heures et quart. Quelle journée dingue, affreuse ! Elle était restée au labo plusieurs heures pour un résultat médiocre : trois paragraphes supplémentaires à son mémoire, et voilà tout. Sans compter qu’elle avait promis à Moriarty de travailler sur ses légendes. Elle poussa un soupir en se disant qu’elle aurait mieux fait de se taire. »  Page 69
  • « Elle se détourna et vint s’asseoir en tailleur devant la machine à écrire, déchiffrant les notes réunies par le conservateur : le catalogue, les différents éléments confiés par Moriarty. Il fallait qu’elle s’occupe de tout cela avant après-demain. L’ennui, c’était que le prochain chapitre de son mémoire devait être remis lundi prochain. »  Page 71
  • « Elle se leva, alluma d’autres lampes. Il fallait préparer le dîner. Demain elle s’enfermerait dans son bureau pour finir ce fameux chapitre. Elle rédigerait ce texte pour les objets camerounais de Moriarty. »  Page 72
  • « Bill Smithback était assis dans un grand fauteuil et il contemplait la figure anguleuse de Lavinia Rickman derrière son bureau plaqué de bouleau. Elle était en train de lire son manuscrit tout corné. Sur le vernis du bureau, deux ongles peints de rouge vif dansaient pendant cette lecture. Smithback savait bien que le manège de ces ongles ne signifiait rien de bon. Dehors régnait la lumière désespérante d’un mardi matin maussade.
    La pièce n’avait rien d’un bureau habituel du musée. Le monceau de papiers, de coupures de journaux, de livres, qui semblait obligatoire dans ce genre d’endroit, était absent ici. »  Page 76
  • « De chaque côté du bureau, on trouvait d’autres bricoles disposées dans une symétrie parfaite comme dans un jardin à la française : un presse-papiers d’agate, un coupe-papier en os, un poignard japonais. Au centre de ce savant agencement trônait Rickman elle-même, penchée avec raideur sur le manuscrit. »  Page 76
  • « — Est-ce que vous pensez vraiment que le musée vous emploie et vous paie pour dresser le constat de ses échecs et retracer l’histoire de ses disputes ?
    — Mais ça fait partie de l’histoire de la science, et qui va lire un livre qui…
    — Beaucoup d’entreprises donnent de l’argent au musée, des compagnies qui peuvent très bien ne pas aimer ce que vous dites, l’interrompit Mme Rickman. Sans compter quelques groupes ethniques très prompts à défendre leur image devant les tribunaux. »  Page 78
  • « — Je dois vous dire, poursuivit-elle, que vous mettez plus de temps que prévu à vous couler dans le moule. Vous n’écrivez pas un livre pour un éditeur commercial en ce moment. Pour mettre les points sur les i, ce que nous souhaitons obtenir dans cette opération, c’est un texte aussi favorable que celui que vous avez livré à l’Aquarium de Boston à l’occasion d’un… contrat précédent.
    Elle se campa bientôt à côté de lui, avec raideur, appuyée sur le bord du bureau, et lui dit :
    — Il y a un certain nombre de choses que nous attendons de vous, et que nous avons le droit d’attendre de vous. Je vous les rappelle— elle compta sur ses doigts : un, pas de vagues, rien qui prête à la polémique ; deux, rien qui soit de nature à heurter la sensibilité d’un groupe ethnique ; trois, rien qui puisse entacher la réputation du musée. Dites-moi franchement, est-ce que vous ne trouvez pas que ce sont des exigences légitimes ?
    Elle avait baissé la voix. Tout en concluant ainsi elle lui serra la main ; la sienne était toute sèche.
    — Je… Si, si.
    Smithback dut résister à une irrépressible envie de lui retirer sa main.
    — Bon, alors nous sommes d’accord.
    Elle repassa derrière le bureau et glissa le manuscrit vers lui. »  Page 79
  • « — En plusieurs endroits du texte, précisa-t-elle, vous citez des propos intéressants de gens que vous dites proches de l’organisation de l’exposition. Mais vous ne dites jamais de qui il s’agit. Ça peut paraître dérisoire, évidemment, mais j’aimerais quand même que vous citiez vos sources, pour ma propre information, rien de plus.
    Elle lui adressa un sourire pour faire passer la chose, mais une sonnette d’alarme se déchaîna dans le subconscient de Smithback et il répondit :
    — Eh bien, ce serait avec plaisir, malheureusement les règles du journalisme m’interdisent de faire une chose pareille.  Il conclut en haussant les épaules :
    — Vous savez ce que c’est…
    Le sourire de Mme Rickman se figea d’un coup ; elle ouvrit la bouche, mais à cet instant, au grand soulagement de Smithback, le téléphone sonna. Il se leva pour s’en aller et rassembla les feuillets de son manuscrit. »  Page 80
  • « — Et vous dites qu’il a refermé la porte après lui ? Donc on peut supposer qu’il est sorti par là, ou qu’il marchait selon cette direction. Bon. La pluie de météorites de la nuit dernière avait été annoncée pour cette heure-là. On peut se demander si Jolley n’était pas un astronome amateur par hasard ; mais ça m’étonnerait.
    Il demeura immobile un instant, le regard aux aguets. Puis il se retourna.
    — Oui, et je vais vous dire pourquoi.
    Mon Dieu, nous voilà en présence d’un vrai petit Sherlock Holmes, se dit D’Agosta.
    — Il est descendu là pour satisfaire un besoin familier, la marijuana. Cette courette est un coin isolé doté d’une bonne ventilation. Superbe endroit pour fumer un pétard. »  Page 88
  • « Margo aurait envoyé une demande écrite de consultation. Elle n’aurait pas eu à subir cette épreuve. Mais il fallait qu’elle voie sans tarder les échantillons de plantes utilisées par les Kiribitu, pour avancer le prochain chapitre de son mémoire. »  Page 92
  • « Pendergast, occupé à contempler un livre de lithographies, était assis dans un fauteuil derrière un bureau. »  Page 98
  • « — Deux heures et demie déjà ! Pendergast, dit-il en soufflant une fumée bleue, où croyez-vous que Wright ait bien pu passer ?
    Pendergast haussa les épaules.
    — Il essaie de nous intimider.
    Puis il tourna un autre page. D’Agosta le regarda un instant.
    — Vous savez, ces pontes des grands musées, ils croient qu’ils peuvent faire attendre tout le monde.
    Il espérait visiblement une réaction. Il reprit :
    — Wright et tous ces gens sortis de la cuisse de Jupiter nous traitent comme des minables depuis hier matin.
    Pendergast tourna une autre page et murmura :
    — Je n’imaginais pas que le musée possédait la collection complète des vues du Forum de Piranèse. »  Page 98
  • « — Vous êtes Pendergast, je suppose. J’essaie de m’y retrouver.
    D’Agosta se rencogna dans son canapé pour mieux apprécier le spectacle.
    Pendant un long moment, Pendergast ne fit rien d’autre que tourner des pages en silence. Wright se redressa et lui dit, furieux :
    — Si vous êtes occupé, nous pouvons toujours revenir un autre jour.
    La figure de Pendergast disparaissait derrière la couverture de son grand livre.
    — Non, non, répondit-il enfin. On va procéder maintenant, c’est mieux.  Il tourna paresseusement une page de plus. Puis une autre encore.
    D’Agosta observait avec amusement le feu qui montait au visage du directeur.
    — Le chef de la sécurité, fit la voix derrière le grand livre, n’est pas indispensable à notre entretien.
    — M. Ippolito est pourtant impliqué dans cette enquête…
    Les yeux de l’agent du FBI l’atteignirent par-dessus la reliure :
    — L’enquête est de mon ressort, docteur Wright, répondit Pendergast avec flegme. À présent, si M. Ippolito avait l’obligeance de nous laisser…
    La figure de Pendergast disparaissait derrière la couverture de son grand livre.
    — Non, non, répondit-il enfin. On va procéder maintenant, c’est mieux.
    Il tourna paresseusement une page de plus. Puis une autre encore.
    D’Agosta observait avec amusement le feu qui montait au visage du directeur.
    — Le chef de la sécurité, fit la voix derrière le grand livre, n’est pas indispensable à notre entretien.
    — M. Ippolito est pourtant impliqué dans cette enquête…
    Les yeux de l’agent du FBI l’atteignirent par-dessus la reliure :
    — L’enquête est de mon ressort, docteur Wright, répondit Pendergast avec flegme. À présent, si M. Ippolito avait l’obligeance de nous laisser…
    Ippolito jeta un regard furieux en direction de Wright qui lui adressa un signe impuissant de la main.
    — Écoutez, monsieur Pendergast, dit Wright dès que la porte fut fermée, je m’occupe de diriger ce musée, c’est une lourde tâche et je n’ai pas tellement de temps. J’espère que nous n’en avons pas pour longtemps.
    Pendergast reposa le livré grand ouvert sur le bureau devant lui.
    — Je me suis souvent dit, commença-t-il d’une voix calme, que ces premiers travaux de Piranèse, si marqués par le classicisme, étaient les meilleurs. Vous n’êtes pas de mon avis ?
    Wright était foudroyé par la surprise.
    — J’avoue que je ne vois pas un instant, balbutia-t-il, ce que cela peut avoir à faire avec…
    — Naturellement ses travaux ultérieurs ne sont pas mal non plus, mais un peu trop fantastiques à mon goût.
    — En vérité, dit alors le directeur d’une voix professorale, j’ai toujours pensé que…
    Pendergast ferma soudain le livre en le faisant claquer. »  Pages 99 et 100
  • « Pendergast se pencha dans sa direction et, lentement, croisa les bras sur le grand livre. »  Page 101
  • « — Vous nous l’avez mis au pas, ce crétin.
    — Vous dites ? demanda Pendergast en se renfonçant dans le fauteuil et en reprenant le grand livre avec le même enthousiasme que tout à l’heure.
    — Allez, Pendergast, dit D’Agosta en adressant un regard rusé à l’agent du FBI, vous savez laisser tomber le ton pincé quand ça vous arrange, hein.
    Pendergast cligna des yeux vers lui avec innocence :
    — Désolé, lieutenant. Les bureaucrates, les gens qui ont avalé leur parapluie, m’obligent parfois à devenir assez abrupt. Je vous prie d’excuser mon comportement s’il vous a choqué.
    Il redressa le grand livre devant lui. »  Page 105
  • « — C’est un honneur pour moi, reprit ce dernier, que de rencontrer un scientifique aussi important. J’espère que j’aurai le temps de lire votre dernier ouvrage.
    Frock hocha la tête.
    — Dites-moi, reprit Pendergast, est-ce que vous appliquez le modèle d’extinction des espèces, qu’on nomme le rameau mort, à votre propre théorie de l’évolution ? Ou bien alors le schéma dit du pari perdu ? Je me suis toujours dit que ce dernier schéma venait assez bien à l’appui de vos thèses. Spécialement si l’on admet que la plupart des genres prennent naissance à côté de la famille qui les englobe.
    Frock se redressa dans son fauteuil roulant.
    — Oui ? Eh bien, il est vrai que je me proposais d’y faire référence dans mon prochain livre. »  Page 115
  • « — Mais, professeur, comment une telle créature…
    Margo s’arrêta en sentant soudain la main de Frock enserrer la sienne. La force de cette main avait quelque chose d’extraordinaire.
    — Ma chère enfant, répondit-il, comme disait Hamlet, il y a toujours à découvrir, sur la terre et dans le ciel. Nous ne sommes pas voués à la seule spéculation. De temps en temps, l’observation ne fait pas de mal. »  Page 125
  • « Mais bientôt, montrer des groupes d’animaux dans leur milieu naturel était passé de mode. Von Oster s’était retrouvé affecté aux insectes. Il avait repoussé toutes les occasions de prendre sa retraite. Désormais il présidait, avec un enthousiasme intact, aux destinées du laboratoire d’ostéologie. Les animaux morts, qu’on lui envoyait principalement des zoos, étaient transformés par ses soins en un tas d’os destinés à l’étude ou à la reconstitution. Il restait toutefois un grand spécialiste de la présentation sur site. C’est pourquoi on avait fait appel à lui pour l’exposition Superstition, où il avait reconstitué une scène de chamanisme dans tous ses détails. C’était ce travail de Romain que Smithback jugeait intéressant à décrire dans son livre. »  Page 127
  • « — Je me demandais si vous pouviez m’en dire un peu plus sur le groupe de chamans dont vous avez fait la reconstitution. Je suis en train d’écrire un livre sur l’expo Superstition, vous vous souvenez, je vous en ai parlé.
    — Ja, ja, bien sûr.
    Il alla vers un bureau et il exhiba quelques dessins. Smithback, pendant ce temps, enclenchait son magnétophone miniature.
    — D’abord, il faut peindre le fond, sur une double surface courbe, pour gommer les coins, vous voyez ? Il s’agit de donner une illusion de perspective.
    Von Oster se lança dans une explication qui rendit sa voix plus aiguë, à cause de l’excitation. Bon, très bon, se dit Smithback, ce type est le sujet rêvé pour un écrivain. »  Page 129
  • « — Il faut que je m’en aille. Merci pour l’entretien ; et ces insectes, c’est vraiment super !
    — Tout le plaisir a été pour moi, dit Von Oster. Vous parlez d’entretien là, mais c’est pour quel livre déjà ?
    Il s’avisait à peine qu’il venait d’être interviewé.
    — C’est pour le musée, répondit Smithback. C’est Rickman qui est en charge du projet. »  Page 130
  • « Margo repensait à sa conversation du matin avec Frock. Si on ne trouvait pas le tueur, les mesures de sécurité pourraient fort bien devenir draconiennes. Peut-être que la présentation de son mémoire serait retardée. »  Pages 133 et 134
  • « Quand ils furent dans la place, Moriarty et Margo durent se réfugier dans une sorte de box pour se protéger de la foule. Margo aperçut plusieurs membres du personnel, dont Bill Smithback. L’écrivain était assis au bar. Il parlait avec conviction à une fille blonde et mince. »  Page 146
  • « — Oh, vous, dans votre pigeonnier, vous n’avez rien à craindre : la Bête du musée n’aime pas les escaliers.
    — Vous êtes d’humeur expansive, ce soir, dit Margo à Smithback ; est-ce que par hasard Rickinan vous aurait sucré encore une partie de votre manuscrit ? »  Page 147
  • « — Vous avez raison, hélas. Ça pourrait offenser la communauté kothoga de New York. Non, en fait, ma vraie raison c’est que Von Oster m’a confié que Rickman devenait folle avec cette histoire. Alors je me suis dit que je pourrais peut-être creuser la question pour remuer un peu la boue qu’il y a autour. Vous comprenez, histoire de me retrouver dans une position favorable face à elle lors de notre prochain entretien. Le genre : « Si vous me sucrez ce chapitre, j’envoie l’histoire de Whittlesey au Smithsonian Magazine. » »  Page 151
  • « II remit son document dans un classeur, avec précaution, puis il se tourna vers le journaliste-écrivain :
    — Alors, comment va votre chef-d’œuvre ? Est-ce que la mère Rickman vous casse toujours les pieds ?
    Smithback se mit à rire.
    — J’ai l’impression que tout le monde est au courant de mes démêlés avec cette virago. À soi seul, ça mériterait un livre. Non, j’étais seulement venu vous parler de Margo. »  Page 170
  • « Toutes les relations avec la presse doivent passer par le bureau des relations publiques. Se garder des commentaires sur la vie du musée, officiels ou non, devant les journalistes ou tout représentant des médias. Toute déclaration, toute information fournie aux personnes préparant interviews, documentaires, articles, livres relatifs à ce musée doit passer par ce bureau. Tout manquement à cette règle sera passible, conformément aux vœux de la direction, de sanctions disciplinaires.
    Merci de votre coopération dans la période difficile que nous traversons.
    — Mon Dieu ! grommela Smithback. Regardez-moi ça, même les gens qui préparent des livres relatifs au musée !
    — Oui, c’est de vous qu’elle parle, Bill, dit Kawakita en riant, alors vous voyez, je n’ai pas beaucoup de latitude pour satisfaire votre curiosité.
    Il sortit un mouchoir de la poche arrière de son pantalon et se moucha en expliquant :
    — Je suis allergique à la poussière d’os.
    — C’est vraiment incroyable, dit Smithback en relisant la feuille.
    Kawakita vint à ses côtés et lui tapota l’épaule.
    — Mon cher Bill, je sais bien que cette affaire serait une fameuse aubaine pour un écrivain ; j’aimerais vous aider à pondre le plus scandaleux, le plus croustillant des bouquins, mais je ne peux pas. Franchement, non. J’ai une carrière à ménager ici, et— sa main se resserra sur son épaule—j’ai l’intention d’y rester un bon moment. Je ne peux pas me permettre ; de faire des vagues en ce moment. Il faudra chercher ailleurs, d’accord ? »  Pages 172 et 173
  • « À la bibliothèque, Smithback déposa ses notes devant l’un des boxes qu’il affectionnait, puis en soupirant profondément se glissa dans l’étroit espace, mit son ordinateur portable sur le bureau et alluma la petite lampe. Quelques mètres à peine le séparaient de la salle de lecture générale avec ses boiseries de chêne, ses chaises couvertes de cuir rouge, sa cheminée de marbre qui semblait n’avoir pas servi depuis un siècle. Mais Smithback préférait les boxes, si étroits fussent-ils. Il aimait surtout ceux qui étaient cachés entre les étagères, où il pouvait consulter documents et manuscrits, c’est-à-dire parfois les parcourir rapidement à l’abri des regards et dans un confort relatif.
    Les collections du musée en matière d’histoire naturelle, ouvrages neufs, anciens ou rares, n’avaient pas d’équivalent ailleurs. Au fil des années, le nombre des legs et des donations avait été tellement important que le catalogue avait toujours un train de retard sur le contenu réel des étagères. »  Page 180
  • « Ensuite il eut l’idée de chercher dans les vieux numéros des revues internes du musée. Il était toujours en quête d’éléments sur l’expédition. Rien non plus. Dans l’édition 1985 de l’annuaire des collaborateurs du musée, il trouva deux lignes de notice biographique sur Whittlesey, mais rien qu’il ne sache déjà.
    Il soupira et songea : Ce gars est plus secret que l’île au Trésor, ma parole !
    Il replaça les volumes consultés sur le chariot. Ensuite il tira leurs fiches d’un carnet de notes pour les présenter à une bibliothécaire. Il examina son visage, elle n’avait jamais eu affaire à lui, c’était ce qu’il fallait. »  Page 180 et 181
  • « — Ouais, et qu’est-ce qu’on a appris ? demanda Smithback. Que dalle. On a ouvert une seule caisse. Le journal de Whittlesey est introuvable.
    Il lui jeta un regard satisfait, puis :
    — D’un autre côté, j’ai foutu la merde, il faut bien l’avouer.
    — Vous devriez mettre ça dans votre bouquin, dit Margo en s’étirant. Peut-être que je le lirai. À supposer que je trouve un exemplaire à la bibliothèque. »  Page 190
  • « — Les êtres humains, monsieur Pendergast ! poursuivit Frock dont la voix monta. Il y a cinq mille ans, nous n’étions que dix millions sur la surface de la terre. Aujourd’hui, six milliards ! Nous représentons la forme de vie la plus évoluée que cette planète ait jamais connue.
    Il frappa de la main l’exemplaire de l’évolution fractale qui se trouvait sur son bureau et reprit :
    — Hier vous m’avez interrogé sur ce que serait mon prochain livre. Ce sera un prolongement de ma théorie sur l’effet Callisto, mais cette fois appliqué à la vie moderne : ma théorie est qu’à tout moment peut se produire une mutation génétique, une créature va apparaître dont là proie favorite sera l’espèce humaine. Je n’ai pas dit qu’elle serait identique à celle qui a tué l’espèce des dinosaures, mais une créature semblable. Regardez donc ces marques encore une fois, elles sont analogues à celles du Mbwun ! On appelle ça l’évolution convergente. Deux créatures se ressemblent non parce qu’elles sont forcément liées, mais parce qu’elles évoluent en fonction des mêmes tâches à accomplir. En l’occurrence, tuer. Il y a trop de correspondances, monsieur Pendergast. »  Page 204
  • « Margo lui raconta la découverte de Moriarty, la suppression du descriptif informatique du carnet de route de Whittlesey. Elle avait été moins précise au sujet de ce qui s’était passé dans le bureau de Frock. Mais il en fut tout réjoui quand même.  Elle l’entendait ricaner à l’autre bout.
    — Alors, j’avais raison sur Mme Rickman, hein ? Elle dissimule des choses. Maintenant je vais pouvoir réorienter le livre dans ma propre direction, ou bien elle va voir.
    — Smithback ! Surtout pas, êtes-vous fou ? dit Margo. Cette histoire n’est pas faite pour servir vos intérêts. En plus on ne sait même pas ce qui s’est passé vraiment avec ce carnet, et en ce moment on n’a pas le temps de chercher. Il faut que nous allions voir ces caisses. Nous n’aurons que quelques minutes pour le faire. »  Page 209
  • « — Bill ?
    Mme Rickman se redressa d’un coup.
    — Oui, c’est ça, dit Cuthbert en se tournant vers la directrice des relations publiques. C’est le nom du type qui écrit le livre sur mon exposition, hein ? C’est vous qui l’avez mis sur le coup, non ? Vous êtes sûre que vous le contrôlez, ce garçon ? J’ai entendu dire qu’il posait beaucoup de questions. »  Pages 217 et 218
  • « Après avoir calmement refermé la porte derrière lui, il s’arrêta un instant au secrétariat, puis, en regardant la porte, il cita ces vers :
    Adieu ! J’aurai reçu sans les avoir volés trois fois les coups de bâton que j’ai donnés.
    La secrétaire de Wright s’arrêta net de mâcher son chewing-gum.
    — Hein ? Qu’est-ce que vous dites ?
    — Rien, c’est du Shakespeare, dit Pendergast en filant vers l’ascenseur. »  Page 221
  • « Une fois seulement, Margo, qui était alors à la recherche d’un antique exemplaire de la revue Science, avait pénétré dans le bureau de Smithback. Désordre indescriptible. Elle se souvenait de tout : la table couverte de photocopies, de lettres inachevées, de menus de fast-food chinois en provenance de tout le quartier, sans parler d’une pile immense de livres et de périodiques après lesquels les différentes bibliothèques du musée devaient courir depuis des semaines. »  Page 222
  • « Dans la salle du ciel étoilé, près de l’entrée ouest où devait se tenir la réception d’ouverture de l’exposition, la rumeur était plus lointaine encore, et résonnait, à l’intérieur de la vaste coupole, comme l’écho d’un rêve qui se dissipe. Et au cœur du bâtiment, à force de laboratoires, de salles de lecture, d’entrepôts, de bureaux aux murs couverts de livres, on n’entendait plus du tout la foule des visiteurs. »  Page 233
  • « — Vous avez fait appel à moi pour écrire un livre, pas pour pondre un dossier de presse de trois cents pages. Il y a eu une série de meurtres atroces une semaine avant l’ouverture de l’une des plus grandes expositions de cette maisoç. Et vous me dites que ça ne fait pas partie du sujet ?
     — Je suis seule compétente pour décider de ce qui doit ou ne doit pas figurer dans ce livre. C’est compris ? »  Page 243
  • « — Vous commencez à me fatiguer. Ou bien vous signez cette feuille, ou bien vous êtes viré.
    — Comme vous y allez ! À l’arme lourde ?
    — Épargnez-moi ce genre de plaisanterie douteuse dans mon bureau. Vous signez là, ou j’accepte votre démission, séance tenante.
    — Parfait, répondit Smithback, je vais aller porter mon manuscrit dans une maison d’édition commerciale. En fait, ce livre, vous en avez autant besoin que moi. D’ailleurs vous savez comme moi que je pourrais obtenir une grosse somme en à-valoir sur un titre qui promet de raconter de l’intérieur l’histoire des meurtres du musée. Et croyez-moi, je la connais vraiment de l’intérieur. Je suis allé au fond des choses »  Page 244
  • « — Ça ne vous dérange pas que je pousse le verrou, juste par précaution ?
    Il alla fermer, puis, le sourire aux lèvres, il tira de la poche de sa veste un petit livre usé dont la couverture de cuir portait deux flèches entrelacées. Il le brandit comme un trophée devant elle.
    La curiosité de Margo tourna vite à l’effarement.
    — Mon Dieu ! mais… ce ne serait pas le carnet de route ?
    Smithback acquiesça avec fierté.
    — Comment avez-vous fait ? Où l’avez-vous trouvé ?
    — Dans le bureau de la mère Rickman. Mais il m’a fallu consentir, pour l’avoir, à un terrible sacrifice. J’ai signé un papier où je lui promets de ne jamais plus vous adresser la parole.
    — C’est une blague ?
    — À moitié seulement. À un moment de cette petite séance, elle a ouvert un tiroir et c’est là que j’ai vu ce livret. Ça ressemblait fort à un journal de bord. Je me suis dit que c’était bizarre qu’elle ait un truc comme ça dans son bureau. Puis je me suis souvenu que vous pensiez qu’elle avait sans doute emprunté ce fameux carnet.
    Il hocha la tête avec satisfaction.
    — Moi aussi, j’en étais sûr. Enfin bref, je le lui ai piqué en sortant.  Il ouvrit le carnet et dit ;
    — Et maintenant, Fleur de lotus, écoutez attentivement. Papa va vous lire une belle histoire.
    Margo écouta. Il commença la lecture du carnet, d’abord lentement puis un peu plus vite à mesure que son regard s’habituait à déchiffrer l’écriture et les nombreuses abréviations qu’elle contenait. »  Pages 246 et 247
  • « Le carnet fournissait une description de leur progression à travers la forêt tropicale. »  Page 247
  • « 7 sept. Depuis la nuit dernière Crocker manque à l’appel. Je crains le pire. Carlos n’en mène pas large. Je vais l’envoyer rejoindre Maxwell qui doit avoir accompli la moitié du chemin vers la rivière à présent. Je ne peux pas me permettre de perdre cet objet que je devine rarissime. De mon côté je vais continuer à chercher Crocker. J’ai remarqué des pistes à travers les bois, ce sont les Kothogas qui les ont tracées, j’en suis sûr. Comment une civilisation peut-elle vivre dans un paysage aussi hostile ? Mais peut-être que les Kothogas finiront par s’en tirer après tout.
    C’était la demière phrase du carnet de route.
    Smithback le referma en pestant. »  Page 247
  • « La liste se poursuivait ainsi sur des pages entières. Un grand nombre de ces éléments semblent être des hormones, pensa Margo, mais quel type d’hormones ?
    Elle repéra dans la pièce une encyclopédie de la biochimie qui semblait là tout exprès pour recueillir la poussière. Elle l’arracha de son étagère pour chercher le mot « Collagène glycotétraglycine » :
    Protéine commune à la plupart des vertébrés. Elle assure la liaison entre le tissu musculaire et le cartilage.
    Elle passa à « Hormone thyrotrope de Weinstein »
    Hormone du thalamus présente chez les mammifères qui accentue le taux de l’épinéphrine en provenance de la glande thyroïde.
    Elle joue un rôle dans le syndrome comportemental bien connu que l’on désigne sous le nom de « combattre ou fuir ». Le cœur accélère, la température du corps s’élève, et sans doute également le taux d’acuité mentale.
    Soudain une terrible pensée vint à Margo. Elle glissa sur la définition suivante, à savoir « Hormone supressine 1,2,3, oxytocine, 4-monoxytocine », et tomba sur ce qui suit :
    Hormone sécrétée par l’hypothalamus humain. Sa fonction n’est pas clairement établie. De récentes études ont révélé qu’elle régulait peut-être le taux de testostérone dans le flux sanguin au cours des épisodes de stress intense. (Bouchard, 1992 ; Dennison, 1991.)
    Margo se renversa sur son siège avec un tressaillement, le livre lui glissa des genoux. Il produisit un bruit sourd en tombant sur le plancher. »  Page 272
  • « — Je ne comprends pas, dit-il, pourquoi ces labos sont toujours installés au diable vauvert. Bon, Margo, alors quel est ce grand mystère et pourquoi m’avez-vous obligé à faire tout ce chemin pour l’entendre ? Les réjouissances ne vont plus tarder. Vous savez que ma présence est requise sur l’estrade. C’est un honneur purement formel, bien entendu, c’est seulement parce que mes livres se vendent bien. Ian Cuthbert ne me l’a pas caché, en m’en parlant dans mon bureau ce matin.
    Une fois de plus, sa voix eut des accents d’amertume et de résignation.
    Rapidement Margo lui expliqua comment elle venait d’analyser les fibres ayant servi à l’empaquetage. Elle lui montra le disque abîmé et la scène de récolte qui s’y trouvait représentée. Elle parla de ses découvertes : du camet de route de Whittlesey, de la lettre, de la discussion qu’elle avait eue avec Jörgensen. Et elle fit mention aussi de cet épisode dans le journal de Whittlesey, où une vieille femme visiblement hors d’elle mettait en garde les membres de l’expédition contre quelque chose qui ne pouvait pas être la figurine, alors qu’elle leur parlait bel et bien du Mbwun. »  Page 276
  • « — Lieutenant ? Ici Henley. Je suis en face des éléphants empaillés, mais je n’arrive pas à trouver la salle des animaux marins. Il me semblait que vous m’aviez dit…
    D’Agosta l’interrompit pour lui répondre, tout en observant une poignée d’ouvriers en train de tester une rampe d’éclairage, probablement la plus vaste jamais construite depuis le tournage d’Autant en emporte le vent. »  Page 284
  • « D’Agosta leva sa lampe vers le sommet de l’escalier. Il compta rapidement le groupe ; trente-huit personnes, lui et Bailey compris.
    — Bon, chuchota-t-il à l’adresse du groupe. Nous sommes au deuxième sous-sol. Je vais passer d’abord, vous me suivez quand je vous le dis.
    Il se retourna et dirigea sa lampe vers la porte. Zut alors, se dit-il, nous voilà en plein dans les Mystères de Londres ! La porte de métal sombre était renforcée par des montants horizontaux. Quand il poussa le battant, un air humide et frais se précipita dans l’escalier. D’Agosta passa le premier. Il entendit un bruit d’eau, fit un pas en arrière, puis braqua sa lampe à ses pieds. »  Pages 358 et 359
  • « — Rien, rien, rien. Ce n’est pas une citation du Roi Lear !  dit Wright. »  Page 367
  • « — Je vois, dit Pendergast.  Il ajouta aussitôt : pas très rassurant, et cita : Celui qui est préparé au combat doit combattre. Pour lui le moment est venu.
    — Ah, dit Frock en hochant la tête. C’est du poète grec Alcée.
    Pendergast fit non de la tête :  
    — C’est Anacréon, docteur. On y va ? »  Page 377
  • « Smithback avait beau être inquiet, il gardait son sang-froid. Tout à l’heure il avait connu une terreur des plus primaires à l’idée que les rumeurs qui couraient sur la fameuse bête du musée n’étaient pas une invention. Mais à présent, trempé et fatigué, plus que la mort elle-même il craignait de succomber avant d’écrire son livre. Il se demandait si c’était de l’héroïsme, de l’égoïsme ou de la stupidité ; toujours est-il qu’il savait que cette aventure équivalait pour lui à une fortune. Signatures, émissions de télé. Personne ne pouvait décrire ce qui se passait en ce moment aussi bien que lui. Personne n’était aux premières loges comme lui l’était. En plus il avait agi en héros. Lui, William Smithback Jr., avait tenu la lampe face au monstre pendant que D’Agosta tirait sur le cadenas. C’était lui, aussi, Smithback en personne, qui avait pensé à bloquer la porte avec sa lampe de poche. Il s’était comporté comme l’adjoint de D’Agosta. »  Page 378
  • « Smithback alluma et soudain devant eux ce fut le grand trou, à une centaine de mètres à peine. Le plafond du tunnel s’abaissait, il devenait une sorte de bouche en arc de cercle où l’eau s’engouffrait pour tomber quelque part là-dessous, dans un bruit de tonnerre, d’où remontait une vapeur qui s’accrochait aux mousses du bord, sous forme de gouttes noires. Smithback regardait cela les dents serrées, comme si soudain tous ses espoirs de best-seller, tous ses rêves, même sa simple volonté de vivre étaient en train de s’échapper par ce siphon. »  Page 408
  • « — Vous savez que ça peut marcher ? C’est d’une simplicité biblique, sans complications inutiles, comme une nature morte de Zurbaran, une symphonie de Bruckner. Si cette créature a dégommé toute une équipe d’intervention de la police, elle doit se dire que les hommes n’auront pas grand-chose à lui opposer. Du coup elle sera moins sur ses gardes. »  Page 411
  • « — Bon, nous avons réussi, dit D’Agosta en riant toujours. C’est fait, Smithback ! Embrassez-moi, petit con de journaliste ! Je vous adore et j’espère que vous allez pondre un best-seller là-dessus ! »  Page 432
  • « — C’est vrai, intervint Kawakita, mais d’un autre côté il faut voir une chose, c’est que vous êtes désormais le mieux placé des candidats pour la direction du musée.
    Je savais qu’il y penserait, se dit Margo.
    — Ça m’étonnerait qu’on me le propose, Gregory, répondit Frock. Une fois que les choses se seront apaisées, on reviendra à des soucis pratiques et je suis trop sujet à controverse dans ce métier. En plus, la direction ne m’intéresse pas. J’ai trop de matière désormais, il faut que je compose mon prochain livre. »  Page 444
  • « — Et vous, Margo, qu’est-ce que vous allez faire ?
    Elle le regarda en face.
    — Rester au musée le temps de finir mon mémoire. »  Page 446
  • « — Au café des Artistes, à sept heures, par exemple. Allez, laissez-vous faire, je suis un écrivain mondialement célèbre ou presque. Ce Champagne est en train de tiédir.
    Il attrapa la bouteille. Tout le monde fit cercle autour de lui, Frock apporta des verres, Smithback brandit la bouteille vers le plafond, le bouchon sauta.
    — À quoi buvons-nous ? demanda D’Agosta quand les verres furent pleins.
    — A mon livre, dit Smithback. »  Page 446

 

2,5 étoiles, C, R

Chroniques des vampires, tome 03 : La reine des damnés

Chroniques des vampires, tome 03 : La reine des damnés d’Anne Rice

Éditions Fleuve (Noir – Thriller fantastique), publié en 2004, 574 pages

Troisième tome de la série Chroniques des vampires d’Anne Rice paru initialement en 1988 sous le titre anglais « Queen of the Damned ».

Lestat, vampire impétueux et rebelle, poursuit sa quête : découvrir l’origine des immortels. Comme il n’a pas de réponse et qu’aucun vampire ne veut lui répondre franchement. Il va provoquer les choses. Pour ce faire, il va enfreindre les règles qui gouvernent le monde des noctambules. Il va dévoiler à l’humanité sa condition de mort vivant en publiant des livres et en devenant chanteur rock. Dans ses chansons, il dévoile aux humains les secrets liés à l’existence des vampires. Les mortels lui font un triomphe, sans concevoir qu’il leur dit la stricte vérité. Ses activités finiront par irriter les membres de la communauté vampirique et il s’attirera les foudres de ses semblables. Ses actions auront même pour effet de réveiller Enkil et Akasha, les premiers vampires. Malheureusement, à son réveil Akasha échafaudera un projet très ambitieux mais surtout très sanglant.

Un roman intéressant mais qui manque de concision pour être efficace. Heureusement, l’intrigue de ce troisième opus est somme toute bien menée. Elle porte surtout sur la vie et les découvertes de Lestat ainsi que sur l’apprentissage de la légende des deux jumelles. Lestat est toujours aussi crédible, il est provocateur à souhait et l’on ressent son désarroi et sa sensibilité. C’est aussi avec plaisir que le lecteur retrouve d’autres personnages comme Louis et Akasha et en découvre de nouveaux comme Jesse et Maharet. Malheureusement, les nombreuses digressions et le style baroque de l’auteur alourdissent le texte et rendent la lecture laborieuse. De plus, les différentes histoires des nombreux personnages font perdre le fil de l’intrigue. Le texte manque aussi cruellement d’émotion. Les deux premiers tomes de cette série sont beaucoup plus passionnants que celui-ci. Une lecture empreinte de redondance.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 20 septembre 2016

La littérature dans ce roman :

  • « Trop de choses inexplicables nous environnent – atrocités, menaces, mystères qui nous attirent, puis inévitablement nous laissent désenchantés. On se réfugie dans la routine et le prévisible. Le prince charmant ne viendra pas, tout le monde le sait, et peut-être la Belle au bois dormant est-elle morte. »  Page 13
  • « Aujourd’hui, les albums ont disparu des magasins et jamais plus je n’écouterai ces chansons. Il reste mon livre, ainsi qu’Entretien avec un Vampire – prudemment travestis en fiction, ce qui est peut-être mieux. »  Page 13
  • « Au cœur de ma solitude, je rêve maintenant de rencontrer une jeune et douce créature dans une chambre éclairée par la lune – une de ces tendres adolescentes qui aurait lu mon livre et écouté mes disques, une de ces belles filles romantiques qui, pendant ma courte et funeste période de gloire, m’écrivaient des missives enflammées sur du papier à lettres parfumé, parlant de poésie et du pouvoir de l’illusion, et de leur désir que je sois vraiment vampire ; je rêve de m’introduire dans sa chambre obscure, où peut-être mon livre repose sur sa table de chevet avec un joli signet de velours pour marquer la page, de toucher son épaule et de sourire quand nos yeux se rencontreront. « Lestat ! J’ai toujours cru en toi. J’ai toujours su que tu viendrais ! » »  Pages 13 et 14
  • « Si vous avez lu mon autobiographie, vous vous demandez certainement de quoi je parle. Quel est ce désastre auquel je fais allusion ?
    Bon, d’accord, reprenons ! Comme je le disais, j’ai écrit le livre et enregistré l’album parce que je désirais être reconnu, être vu tel que je suis, même si ce n’est qu’en termes symboliques. »  Page 15
  • « Nous allons donc nous évader des frontières étroites et lyriques de la première personne du singulier ; nous sauterons, comme des milliers d’écrivains mortels l’ont fait, dans les pensées et l’âme de nombreux personnages. »  Page 17
  • « Pour paraphraser David Copperfield, je ne sais pas si je suis le héros ou la victime de ce conte. »  Page 17
  • « Hélas, ma destinée de Casanova des vampires n’est pas le point essentiel. A plus tard le récit de mes bonnes fortunes. Je tiens à ce que vous sachiez ce qui nous est vraiment arrivé, même si vous ne deviez pas le croire. »  Page 17
  • « Fils des Ténèbres,
    Prenez connaissance de ce qui suit :
    Le Livre I – Entretien avec un Vampire, publié en 1976, relate des faits réels. N’importe qui d’entre nous aurait pu écrire ce récit sur la façon dont nous acquérons nos pouvoirs, sur la détresse et la quête qui sont notre lot. »  Page 21
  • « Louis n’a pas encore renoncé à trouver les voies du salut, bien qu’Armand lui-même, le plus ancien immortel qu’il lui ait été donné de rencontrer, n’ait pu lui fournir aucun renseignement concernant les raisons de notre présence sur cette terre ou le secret de nos origines. Pas très étonnant, hein, les amis ? Après tout, personne n’a jamais rédigé de catéchisme à l’usage des vampires. 
    Ou plutôt, personne ne l’avait fait jusqu’à la publication du :
    Livre II, Lestat le Vampire, sorti cette semaine, avec en sous-titre : « sa jeunesse et ses aventures ». Vous n’y croyez pas ? Allez vérifier chez votre libraire mortel le plus proche. »  Pages 21 et 22
  • « Que nous apprennent ses chansons ? C’est écrit noir sur blanc dans son livre. Outre un catéchisme, il nous a donné une bible. »  Page 22
  • « Un confident bien peu digne de confiance que le vampire Lestat. Dans quel but, tout ce battage – ce livre, cet album, ces clips, ce concert ? »  Page 23
  • « Presque aussitôt, il le vit qui entrait dans un salon vide. Le jeune homme venait d’émerger de l’escalier menant à la cave où il avait dormi toute la journée au fond d’un caveau creusé dans le mur. Il n’avait pas conscience d’être épié. Il traversa à longues enjambées souples la pièce poussiéreuse et s’arrêta devant la fenêtre, contemplant à travers la vitre sale le flot des voitures. La même vieille maison de la rue Divisadero. En fait, peu de changements chez cet être racé et sensuel dont l’histoire dans Entretien avec un Vampire avait suscité quelque émoi. »  Page 30
  • « C’était si bon de se retrouver dans ce décor familier. Les canapés en cuir souple étaient disposés comme à l’ordinaire sur l’épaisse moquette bordeaux. La cheminée était garnie de bûches. Les livres alignés le long des murs. »  Page 36
  • « Elle l’observa qui tripotait maladroitement un livre. Ses mains étaient ses ennemies désormais, répétait-il. A quatre-vingt-onze ans, il avait du mal à tenir un crayon ou tourner une page. »  Page 49
  • « Tous les gens qu’il avait connus étaient morts. Il avait survécu à ses confrères. A ses frères et sœurs. Et même à deux de ses enfants. Plus tragique encore, il avait survécu aux jumelles, puisque plus personne ne lisait son livre. Plus personne ne se souciait de la « légende des jumelles ». »  Page 49
  • « Elle prit le carnet d’adresses et le feuilleta lentement. Tous ces gens avaient disparu depuis longtemps. Les hommes qui avaient travaillé avec son père au cours de ses nombreuses expéditions, le directeur de collection et les photographes qui avaient collaboré à la publication de son ouvrage. »  Page 50
  • « Mais alors qu’elle quittait la pièce, il la rappela d’un de ces gémissements subits qui l’effrayaient tant. Du vestibule illuminé, elle le vit qui désignait du doigt les rayonnages sur le mur du fond. 
    — Apporte-le-moi, dit-il en s’efforçant de s’asseoir.
    — Le livre, papa ? 
    — Les jumelles, les peintures… 
    Elle descendit le vieux bouquin, et le lui posa sur les genoux. »  Pages 50 et 51
  • « Avant de se plonger dans sa lecture, il saisit le crayon, prêt à annoter l’ouvrage comme à son habitude, mais il le laissa tomber, et elle le rattrapa et le plaça sur la table. »  Page 51
  • « Très doucement, elle ouvrit le livre pour lui et s’arrêta sur la première double page ornée de planches en couleurs. 
    Elle connaissait ces peintures par cœur. Elle se rappelait, petite fille, avoir gravi avec son père les pentes du mont Carmel jusqu’à la grotte où il l’avait guidée dans l’obscurité sèche et poussiéreuse, balayant les murs de sa lanterne pour lui montrer les figures taillées dans le rocher. 
    « Là, les deux personnages, tu les vois, ces femmes rousses ? » »  Page 51
  • « Ces dernières années, il n’avait donné que de rares conférences. Il ne parvenait plus à intéresser les étudiants à cette énigme, même en leur montrant le papyrus, le vase, les tablettes. »  Page 54
  • « Elle l’embrassa et le laissa à son livre. »  Page 54
  • « Il mourut pendant la nuit. Quand sa fille entra dans la chambre, son corps était déjà froid. L’infirmière attendait ses directives. Il avait le regard vitreux et à demi voilé des morts. Son crayon était posé sur le dessus-de-lit et sa main droite crispée sur un morceau de papier chiffonné – la page de garde de son livre. »  Page 55
  • « — N’empêche qu’ils ont toutes ces règles, avait ajouté le Tueur, et je vais te dire quelque chose, Bébé Jenks, ils racontent partout qu’ils vont faire la peau au vampire Lestat la nuit de son concert, mais tu sais quoi : ils lisent son livre comme si c’était la Bible. Ils utilisent le même charabia, ils parlent du Don Obscur, de la Transfiguration Obscure, c’est le truc le plus stupide que j’aie jamais vu, ils vont brûler ce type sur un bûcher et ensuite se servir de son bouquin comme si c’était Emily Post ou Miss Bonnes Manières. »  Page 63
  • « Bébé Jenks ne comprenait pas tout dans cette affaire. Elle ignorait qui étaient Emily Post et Miss Bonnes Manières. »  Page 63
  • « Elle avait essayé de lire son livre – toute l’histoire des macchabs depuis la nuit des temps –, mais il y avait trop de mots compliqués et boum, chaque fois, elle piquait du nez. 
    Le Tueur et Davis lui disaient qu’il lui suffisait, de s’y mettre, et elle s’apercevait qu’elle pouvait le lire à toute allure. Ils avaient toujours sur eux un exemplaire du livre de Lestat, et du premier aussi, celui avec le titre dont elle ne parvenait jamais à se souvenir, un truc du genre Le Vampire m’a dit… ou Tout en causant avec le vampire ou Mon rencard avec le vampire. De temps à autre, Davis en lisait des passages à haute voix, mais Bébé Jenks n’y entravait pas grand-chose. C’était super rasoir ! Le type mort, Louis, ou un nom comme ça, avait été transformé en macchab à La Nouvelle-Orléans, et le bouquin était plein de grandes phrases sur les feuilles de bananier, les rampes en fer forgé et la mousse d’Espagne. »  Pages 63 et 64
  • « Cette histoire de bouquins mise à part, Bébé Jenks adorait la musique du vampire Lestat, elle ne se lassait pas d’écouter ses chansons : surtout celle sur Ceux Qu’il Faut Garder – le Roi et la Reine d’Égypte – quoique, pour être franche, tout ça était du chinois pour elle jusqu’à ce que le Tueur lui explique. »  Page 64
  • « Il y avait une foule tout autour, des gens vêtus de longues tuniques, à la façon des personnages dans la Bible. »  Page 68
  • « Il n’avait pas un sou en poche, seulement le vieux chèque tout chiffonné de ses droits d’auteur sur le livre Entretien avec un Vampire, « écrit » sous un pseudonyme, il y avait plus de douze ans. »  Page 94
  • « Lestat avait une bonne formule dans son autobiographie pour décrire les types de son espèce : « L’un de ces mortels assommants qui ont vu des esprits…» C’est moi tout craché !
    Où avait-il fourré ce bouquin, Lestat, le Vampire ? Ah oui, on le lui avait volé cet après-midi sur le banc dans le parc, pendant qu’il dormait. Bah, qu’ils le gardent. Lui-même l’avait fauché, et il l’avait déjà lu trois fois. »  Page 94
  • « Il s’était replongé dans l’autobiographie de Lestat, tout en jetant un coup d’œil de temps à autre sur les clips qui défilaient sur l’écran de la télé en noir et blanc qu’on vous fourguait dans ce genre de piaule. »  Page 96
  • « Mais il connaissait bien Armand, pour ça oui, il avait observé chaque centimètre de son corps et de son visage d’éphèbe. Ah, quel plaisir de découvrir que Lestat parlait de lui dans son bouquin. »  Page 96
  • « Médusé, Daniel avait regardé ce clip où Armand était dépeint comme le grand maître des vampires, officiant sous les cimetières de Paris et présidant aux cérémonies démoniaques jusqu’à ce que Lestat, l’iconoclaste du XVIIIe siècle, eût bousculé les Rites Anciens.
    Armand avait dû détester ce déballage, sa vie privée étalée en une succession d’images indécentes, tellement plus frustes que le portrait relativement circonspect du livre. »  Page 96
  • « Et tout ce ramdam à l’adresse des foules – comme la publication en édition de poche du rapport d’un anthropologue, initié aux pratiques les plus occultes, qui vend les secrets de la tribu pour être cité sur la liste des bestsellers.
    Laissons donc les dieux démoniaques guerroyer entre eux. Ce mortel est grimpé au sommet de la montagne où ils croisent le fer. Et il a été renvoyé.
    Mais Daniel, assis dans son lit, le livre sur ses genoux, avait oublié ce conseil de prudence aussitôt ses yeux fermés. »  Pages 96 et 97
  • « Il se raidit, traversa au feu rouge avec le flot des passants et s’arrêta devant la devanture de la librairie où se trouvait exposé Lestat le Vampire.
    Armand l’avait sûrement lu, de cette façon mystérieuse et inquiétante qu’il avait de dévorer les livres, tournant les pages à toute allure jusqu’à ce que le bouquin soit terminé et qu’il le jette au loin. »  Pages 101 et 102
  • « — Tu mens, ordure. Avoue que tu voulais que je revienne. Tu me harcèleras jusqu’à la fin de mes jours, hein, et ensuite tu me regarderas mourir, et tu trouveras ça intéressant, pas vrai ? Louis avait raison. Tu observes l’agonie de tes esclaves mortels, ils ne comptent pas pour toi. Tu observeras mon visage changer de couleur quand je rendrai mon dernier soupir.
    — Ce sont les phrases de Louis, répondait patiemment Armand. Je t’en prie, ne me récite pas ce livre. Je préférerais mourir moi-même que de te voir mourir, Daniel. »  Page 104
  • « Fiévreux, parfois pris de délire, il avait été incapable de parcourir plus de cent cinquante kilomètres par jour. Dans les motels bon marché où il s’arrêtait au bord de la route, se forçant à avaler un peu de nourriture, il avait repiqué une à une les bandes de l’interview et en avait envoyé les copies à un éditeur new-yorkais, si bien que le livre était en cours de fabrication avant même qu’il ne débarque devant la grille de la maison de Lestat.
    Mais cette publication n’avait qu’une importance secondaire – un simple épisode rattaché aux valeurs d’un monde désormais lointain et estompé. »  105
  • « Il n’avait sur lui qu’une petite lampe de poche. Mais la lune brillait haut dans le ciel et versait sa blanche clarté entre les branches du chêne. Il avait vu distinctement les rangées de livres empilés qui dissimulaient entièrement les murs de chacune des pièces. Jamais un humain n’aurait pu ni voulu procéder à un rangement aussi maniaque et méthodique. »  Page 105
  • « Il parlait posément, sans colère.
    — Va-t’en et emporte tes cassettes. Elles sont à côté de toi. Je suis au courant pour ton livre. Personne n’en croira un mot. Maintenant, va-t’en et débarrasse-moi de ça. »  Page 108
  • « — Vois toutes les inventions foudroyantes qui deviennent inutiles et tombent dans l’oubli en quelques décennies – le bateau à vapeur, le chemin de fer, par exemple ; et néanmoins tu te rends compte de ce qu’elles signifiaient après six mille ans à s’échiner sur les rames d’une galère et à dos de cheval ? Et maintenant les filles dans les dancings achètent des produits chimiques pour détruire la semence de leurs amants, et elles vivent jusqu’à soixante-quinze ans dans des pièces pleines de gadgets qui refroidissent l’air et dévorent la poussière. Pourtant, malgré tous les films en costumes d’époque et les livres d’histoire à grand tirage qu’on nous vend dans les drugstores, plus personne ne se souvient de rien avec précision ; chaque problème social est étudié en fonction de « normes » qui en fait n’ont jamais existé, les gens s’imaginent « privés » d’un luxe, d’une paix et d’une tranquillité qui en réalité n’ont jamais été l’apanage d’aucune civilisation. »  Pages 113 et 114
  • « Ils suivaient des cours du soir de littérature, philosophie, histoire de l’art et sciences politiques. Ils étudiaient la biologie, achetaient des microscopes, accumulaient les préparations sur lamelle. Ils potassaient des bouquins d’astronomie et montaient des télescopes géants sur les toits des immeubles où ils élisaient successivement domicile pour quelques jours, un mois au maximum. »  Page 119
  • « On pouvait acheter n’importe quoi dans l’île de Nuit – des diamants, un Coca-Cola, des livres, un piano, des perroquets, des vêtements haute couture, des poupées de porcelaine. »  Page 125
  • « Des tableaux de la Renaissance et des tapis persans décoraient les appartements de Daniel. Les artistes les plus célèbres de l’école vénitienne veillaient sur Armand dans son cabinet de travail moquetté de blanc et truffé d’ordinateurs, d’interphones et d’écrans de contrôle. Livres, revues et journaux leur parvenaient du monde entier. »  Page 125
  • « Armand le redressa doucement et le serra contre lui. La voiture avançait en tanguant délicieusement. C’était si bon de pouvoir enfin se reposer dans les bras d’Armand. Mais il avait tant de choses à lui raconter, à propos du rêve, du livre. »  Page 131
  • « Tous les objets étaient faits de matière synthétique, durs et polis comme les os d’une créature préhistorique. Le cercle se refermait-il ? La technologie avait recréé la chambre de Jonas dans le ventre de la baleine.

    Et le ronronnement des moteurs faisait comme un immense silence, le souffle de la baleine quand elle fend l’océan.

    Armand était assis à une petite table, près du hublot, la paupière en plastique blanc tirée sur l’œil de la baleine. »  Page 134
  • « De la tête à la pointe de ses chaussures vernies, il était aussi impeccable qu’un cadavre préparé pour la mise en bière. Un spectacle sinistre. Quelqu’un allait se mettre à lire le psaume XXIII.  Par pitié, qu’il troque cet accoutrement contre ses habits blancs.
    — Tu vas mourir, annonça doucement Armand.
    — « Dans la vallée de l’ombre, je ne crains pas la mort car je suis avec toi », et caetera, murmura Daniel. »  Page 134
  • « Ce n’était pas seulement le ronronnement des moteurs, mais aussi le curieux mouvement de l’avion, comme si l’appareil suivait dans les airs un chemin accidenté, cahotant sur des bosses, franchissant des écueils, montant et descendant, telle la baleine filant son chemin de baleine, comme chantait Beowulf. »  Page 135
  • « — Nous sommes une aberration de la nature, tu sais ça, continua Armand. Pas besoin de lire le bouquin de Lestat pour le comprendre. N’importe lequel d’entre nous aurait pu te dire que ce fut une abomination, une fusion démoniaque…
    — Alors c’est vrai ce qu’a écrit Lestat.
    Un démon prenant possession des souverains égyptiens. Un esprit, en tout cas. Ils l’appelaient démon dans ce temps-là.
    — Peu importe que ce soit vrai ou non. Le commencement n’a plus d’intérêt. Ce qui compte, c’est que la fin est peut-être toute proche. »  Page 136
  • « Armand revint vers lui et lui prit le bras. L’odeur de la terre fraîchement retournée montait des parterres. Ah, comme j’aimerais mourir ici !
    — Oui, dit Armand. Et c’est ici que tu mourras. Ce que je vais faire, je ne l’ai jamais fait auparavant. Je n’ai cessé de te le répéter, mais tu ne voulais pas me croire. Pourtant, Lestat l’a écrit dans son livre. Je ne l’ai jamais fait. Tu me crois ? »  Page 140
  • « Il aimait les bibliothèques où il trouvait des reproductions photographiques de monuments anciens dans de grands livres aux couvertures patinées et odorantes. Il prenait lui-même des photos des cités modernes qu’il traversait et parfois des images du passé se juxtaposaient à celles imprimées sur le papier. »  Page 149
  • « Il appréciait tant l’intelligence des gens de cette époque. Leur savoir était immense. Qu’un chef d’État soit assassiné en Inde, et dans l’heure qui suivait, le monde entier pleurait sa disparition. Catastrophes, inventions, miracles médicaux venaient alourdir la somme de connaissances du commun des mortels. La réalité côtoyait la fiction. Des serveuses écrivaient la nuit des romans à succès. »  Page 154
  • « Ah, comme il aurait aimé être humain. Mais qu’était-il donc ? Et les autres, à quoi ressemblaient-ils ? – ceux dont il faisait taire les voix. Ils n’étaient pas du Premier Sang, de ça il était sûr. Ceux du Premier Sang ne pouvaient pas communiquer entre eux par la pensée. Mais que diable signifiait ce terme ? Il n’arrivait pas à se le rappeler ! Il fut pris de panique. « Ne pense pas à ces choses. » Il écrivait des poèmes dans un cahier – des poèmes qu’on disait modernes et dépouillés, mais dont le style, il le savait, lui était depuis toujours familier. »  Pages 154 et 155
  • « A Paris ; il était allé voir des films de vampires, et il se demandait quelle était la part de la vérité et celle de l’imagination. Certains détails lui semblaient familiers, mais l’ensemble était plutôt niais. Lestat le vampire s’était d’ailleurs inspiré, pour sa tenue, de ces vieux films en noir et blanc. La plupart des « créatures de la nuit » portaient le même costume : cape noire, chemise blanche empesée, habit queue-de-pie.
    Idiotie que tout ça, mais combien rassurante. Après tout, c’étaient bien des buveurs de sang, des êtres qui parlaient courtoisement, aimaient la poésie et qui pourtant n’arrêtaient pas de tuer des mortels.
    Il acheta des bandes dessinées de vampires et y découpa de beaux princes buveurs de sang comme Lestat. Peut-être devrait-il adopter ce si joli costume. Ce serait une nouvelle source de réconfort, il aurait l’impression d’appartenir à une communauté, même si cette communauté n’était qu’imaginaire. »  Page 156
  • « Les mortels qu’il invitait dans son appartement trouvaient le décor génial ! Il leur servait du vin rouge sang dans des verres en cristal, leur récitait La ballade du vieux marin ou chantait des chansons dans des langues étranges qu’ils adoraient. Quelquefois il leur lisait ses poèmes. »  Page 158
  • « Je comprends la fascination que ce Lestat exerce sur toi. Même à Rio, on joue sa musique. J’ai déjà lu les livres que tu m’as envoyés. »  Page 172
  • « Maharet et elle, dans la bibliothèque, au coin du feu. Et les innombrables volumes de l’histoire de la famille qui la fascinaient, l’émerveillaient. La lignée de « la Grande Famille », comme disait Maharet, « le fil auquel nous nous accrochons dans le labyrinthe de la vie ». Avec quelle ferveur elle avait descendu les livres pour Jesse, sorti les vieux parchemins des coffrets où ils étaient enfermés. »  Page 175
  • « Elle aimait se promener dans la forêt, pousser jusqu’au bourg pour acheter des journaux ou des romans. »  Page 189
  • « Bien sûr, le plus formidable pour elle avait été de découvrir ses origines – l’histoire de toutes les branches de la Grande Famille retracée depuis des siècles dans d’innombrables volumes reliés en cuir. Avec émotion, elle avait feuilleté des centaines d’albums de photos, fouillé dans des malles pleines de portraits, de miniatures ovales, de toiles poussiéreuses. »  Page 189
  • « Mael lisait merveilleusement la poésie. Maharet jouait parfois du piano, très lentement, absorbée dans ses rêveries. »  Page 193
  • « Elle logeait dans une vieille maison de Chelsea, non loin de celle où avait vécu Oscar Wilde. James McNeill Whistler avait habité dans les parages, de même que Bram Stoker, l’auteur de Dracula. »  Page 199
  • « Mais ce furent les bibliothèques qui la subjuguèrent, la ramenant à cet été tragique où un lieu semblable et les trésors qu’il contenait lui avaient été interdits. Ici, d’innombrables volumes consignaient procès en sorcellerie, apparitions, manifestations de spiritisme, cas de possession, de télékinésie, de réincarnation et autres. »  Page 202
  • « Jesse avait lu les œuvres des grands investigateurs du surnaturel, des médiums et des aliénistes. Elle étudiait tout ce qui se rapportait aux sciences occultes. »  Page 209
  • « L’organisation proposait à Jesse une mission d’un genre tout nouveau. Il lui tendit un livre intitulé Entretien avec un Vampire en la priant de le lire.
    — Mais je l’ai déjà lu, rétorqua Jesse, surprise. Il y a deux ans, je crois. En quoi ce roman peut-il nous intéresser ?
    Jesse se souvenait avoir choisi au hasard un livre de poche dans un aéroport et l’avoir dévoré au cours d’un long vol transcontinental. L’histoire, censément racontée par un vampire à un jeune journaliste dans le San Francisco d’aujourd’hui, lui avait laissé une impression cauchemardesque. Elle n’était pas sûre de l’avoir aimé. De fait, elle avait jeté le bouquin à l’arrivée, plutôt que de le laisser sur une banquette, de crainte qu’un voyageur non prévenu ne l’ouvre.
    Les héros de ce récit – des immortels plutôt séduisants, ; à dire vrai – avaient formé une petite famille diabolique dans La Nouvelle-Orléans d’avant la guerre de Sécession, où pendant plus de cinquante ans ils avaient fait des lavages dans la population. Lestat, l’âme damnée de la bande, conduisait les opérations. Louis, son sous-fifre angoissé, narrait l’aventure. Claudia, leur délicieuse « fille » vampire, qui vieillissait d’année en année tout en conservant un corps d’enfant, était tragiquement dépeinte. Les remords stériles de Louis constituaient manifestement le thème central du livre, mais la haine de Claudia pour ces deux êtres qui l’avait faite vampire, et son anéantissement final, avaient autrement bouleversé Jesse.
    — Ce livre n’est pas une fiction, se contenta d’expliquer David. Cependant, nous ne savons pas exactement dans quel but il a été écrit. Et sa publication, même sous le couvert d’un roman, n’est pas sans nous alarmer.
    — Pas une fiction ? s’exclama Jesse. Je ne comprends pas.
    — Le nom de l’auteur est un pseudonyme, et les droits vont à un jeune homme vagabond qui élude toute rencontre avec nous. Il a cependant été journaliste, un peu comme le garçon qui conduit l’interview dans le roman. Mais là n’est pas le propos, pour le moment. Votre travail consisterait à vous rendre à La Nouvelle-Orléans pour vous documenter sur les événements qui se déroulent dans le roman avant la guerre de Sécession.
    — Une seconde. Vous êtes en train de me dire que les vampires existent ? Que ces personnages – Louis, Lestat et la petite Claudia – sont réels !
    — Exactement, répondit David. Sans compter Armand, le mentor du Théâtre des Vampires à Paris. Vous vous souvenez de ce personnage ?
    Elle ne se souvenait que trop bien d’Armand et du théâtre. Armand, le plus ancien des immortels dans le livre, possédait un visage et un corps d’adolescent. Quant au théâtre, c’était un lieu d’épouvante où l’on massacrait sur scène des êtres humains devant des spectateurs qui croyaient à une mise en scène grand-guignolesque.
    La répulsion qu’elle avait ressentie à la lecture du livre lui remontait à la mémoire. Les épisodes où apparaissait Claudia l’avaient surtout horrifiée. L’enfant était morte dans ce théâtre. Le phalanstère, sous les ordres d’Armand, l’avait éliminée.
    — David, si je comprends bien vos paroles, vous affirmez que ces créatures existent pour de bon ?
    — Absolument, répondit David. Nous les observons depuis la fondation de Talamasca. À dire vrai, c’est même la raison pour laquelle cette organisation a été créée, mais ceci est une autre histoire. Selon toute probabilité, aucun de ces personnages n’est imaginaire, et vous auriez pour tâche de rechercher des documents prouvant l’existence de chacun des membres de ce phalanstère – Claudia, Louis, Lestat. »  Pages 211 et 212
  • « Elle avait rarement, si ce n’est jamais, entendu prononcer le mot « dangereux » à Talamasca. Elle ne l’avait vu écrit que dans les dossiers sur les familles sorcières. »  Page 213
  • « Alors qu’elle descendait en compagnie de David l’escalier qui menait aux caves, elle retrouva subitement l’atmosphère de Sonoma. Même le long couloir avec ses rares ampoules lui rappelait ses expéditions dans les sous-sols de Maharet. Elle n’en était que plus fébrile.
    À la suite de David, elle traversa en silence une enfilade de salles. Elle aperçut des livres, un crâne sur une étagère, un monceau de ce qui lui parut être de vieux vêtements entassés sur le sol, des meubles, des tableaux, des malles, des coffres-forts et beaucoup de poussière. »  Page 213
  • « — L’ordre l’a achetée il y a plusieurs siècles. Notre émissaire à Venise l’a récupérée dans les ruines calcinées d’un palais sur le Grand Canal. Au fait, ces vampires sont continuellement mêlés à des histoires d’incendie. C’est l’une des armes dont ils disposent les uns contre les autres. Les brasiers se multiplient autour d’eux. Il y a plusieurs incendies dans Entretien avec un Vampire, si vous vous rappelez. Louis met le feu à une maison à La Nouvelle-Orléans quand il essaye d’éliminer Lestat, son créateur et mentor. Et il fait de même avec le Théâtre des Vampires, après la mort de Claudia. »  Page 215
  • « — L’article parle de lui et de son Théâtre des Vampires. Voici également une revue anglaise datée de l’année 1789, c’est-à-dire antérieure d’au moins huit décennies, j’imagine. Vous y trouverez cependant une description minutieuse de l’établissement et de notre jeune homme.  — Le Théâtre des Vampires… (Jesse fixa de nouveau le garçon auburn agenouillé dans le tableau : ) Mais alors, c’est Armand, le personnage du roman !
    — Exactement. Il paraît affectionner ce nom. Il s’appelait peut-être Amadeo du temps où il hantait l’Italie, mais il a troqué ce prénom contre Armand aux alentours du XVIIIe siècle et s’y est tenu depuis.
    — Pas si vite, je vous en prie, l’interrompit Jesse. Le Théâtre des Vampires aurait donc été surveillé par nos services ?
    — Avec la plus grande attention. Le dossier est énorme. D’innombrables rapports retracent l’histoire du théâtre. Nous possédons en outre les titres de propriété. Ce qui nous amène à une autre corrélation entre nos investigations et ce petit roman. L’homme qui acheta le théâtre en 1789 s’appelait Lestat de Lioncourt. Et l’immeuble qui l’a remplacé depuis appartient aujourd’hui à un individu du même nom. »  Pages 216 et 217
  • « — Toutes les pièces sont dans le dossier. Les photocopies des actes anciens et récents. Vous pouvez examiner la signature de Lestat, si vous voulez. Il a la folie des grandeurs. Les jambages de sa signature majestueuse couvrent la moitié de la page. Nous en avons de multiples exemplaires. Nous voulons que vous emportiez ces documents avec vous à La Nouvelle-Orléans. Il y a, entre autres, un article sur l’incendie qui détruisit le théâtre, en tous points identique au récit qu’en fait Louis. La date correspond également. Vous devez étudier à fond ce dossier, bien sûr. Et par la même occasion, relire attentivement le roman. »  Page 217
  • « Avant la fin de la semaine, Jesse prenait l’avion pour La Nouvelle-Orléans. Après avoir annoté le livre et en avoir souligné les passages clés, elle devait se mettre en quête de tous éléments – titres de propriété, actes de cession, journaux et revues de l’époque – susceptibles de corroborer la réalité des personnages et des faits.
    Elle n’en continuait pas moins à être sceptique. Sans aucun doute, il y avait anguille sous roche, mais ce mystère ne relevait-il pas plutôt de la mystification ? Selon toute probabilité, un romancier futé était tombé sur des archives intéressantes à partir desquelles il avait bâti une histoire fictive. Après tout, des billets de théâtre, des actes notariés et autres découvertes de la même eau, ne prouvaient en rien l’existence de suceurs de sang immortels.  Quant aux règles à respecter, elles étaient proprement grotesques. »  Page 217
  • « — Si vous doutez réellement de ce que je dis, pourquoi voulez-vous enquêter sur ce livre ?
    Elle avait réfléchi un moment.
    — Ce roman a un côté malsain. La vie de ces créatures y est dépeinte sous un jour séduisant. On ne s’en rend pas compte tout de suite. D’abord, c’est comme un cauchemar auquel on ne peut échapper. Puis, tout à coup, on s’y sent à l’aise, et on ne le lâche plus. Même l’histoire atroce de Claudia ne détruit pas vraiment le sortilège.
    — Et alors ?
    — Je veux prouver que ces personnages sont inventés de toutes pièces.
    Le mobile était suffisant pour Talamasca, surtout venant d’une enquêtrice confirmée.
    Mais durant le long vol jusqu’à New York, Jesse comprit qu’il y avait autre chose, quelque chose qu’elle ne pouvait pas confier à David. Elle-même n’en avait conscience que maintenant. Entretien avec un Vampire, elle ne savait trop pourquoi, lui « rappelait » cet été lointain avec Maharet. Perdue dans ses pensées, elle interrompait sans cesse sa lecture. Une foule de détails lui remontaient à la mémoire. Au point qu’elle se laissait aller de nouveau à rêver de cette parenthèse dans son existence. Pure coïncidence, essayait-elle de se convaincre. Pourtant, il existait un lien – une correspondance dans le climat du roman, le caractère des personnages, même leur comportement – et la façon dont certains événements vous apparaissaient pour finalement se révéler tout autres. Jesse n’arrivait pas à analyser cette impression. Curieusement, sa raison, de même que sa mémoire, se refusait à fonctionner. »  Pages 218 et 219
  • « Elle appréciait le luxe divin de son hôtel gratte-ciel de Bâton Rouge. Mais elle ne pouvait se détacher de la douceur nonchalante de La Nouvelle-Orléans. Chaque matin, elle se réveillait vaguement consciente d’avoir rêvé des personnages du roman. »  Page 219
  • « Puis, le quatrième jour, une série de découvertes la fit se précipiter sur le téléphone. Un certain Lestat avait manifestement figuré sur le rôle d’impôt de la Louisiane. En fait, il avait acheté en 1862 un hôtel particulier de la rue Royale à Louis de Pointe du Lac, son associé. Ce Pointe du Lac possédait à l’époque sept domaines en Louisiane, dont la plantation décrite dans Entretien avec un Vampire. Jesse était tout à la fois sidérée et ravie.
    Mais là n’était pas son unique trouvaille. Quelqu’un dénommé Lestat de Lioncourt était aujourd’hui propriétaire de plusieurs immeubles dans la ville. Et sa signature, qui apparaissait sur des titres datant de 1895 et de 1910, était identique à celles du XVIIIe siècle. »  Pages 219 et 220
  • « Bien sûr, Jesse ne se départissait pas de son scepticisme, mais les personnages du livre devenaient étrangement réels. »  Page 221
  • « Elle leva sa torche électrique. Un placard garni de cèdre : Et il y avait des choses dedans. Un petit livre relié de cuir blanc ! Un rosaire, lui sembla-t-il, et une poupée, une très vieille poupée de porcelaine. »  Page 222
  • « Les épisodes dramatiques d’Entretien avec un Vampire revinrent. »  Page 224
  • « Elle saisit le livre.
    Un carnet intime ! Les pages étaient abîmées, piquées de taches de moisissure. Mais la calligraphie désuète à l’encre sépia était encore lisible, surtout à présent que toutes les lampes à huile étaient allumées et que la chambre avait un air coquet, presque confortable. Jesse lut sans effort le texte français. Le journal commençait le 21 septembre 1836 :
    Louis m’a offert ce carnet pour mon anniversaire. J’en ferai ce que je veux, m’a-t-il dit. Mais peut-être aimerais-je y recopier les poèmes qui me plaisent, et les lui lire de temps à autre ?
    Je ne sais pas trop ce qu’on entend par anniversaire. Suis-je née un 21 septembre, ou est-ce à cette date que j’ai quitté le monde des humains pour devenir ce que je suis ?
    Messieurs mes parents sont peu disposés à m’éclairer sur ce point. A croire qu’il est de mauvais goût d’aborder pareil sujet. Louis prend un air étonné, puis pitoyable, avant de se replonger dans son journal. Quant à Lestat, il me joue quelques mesures de Mozart, puis répond avec un haussement d’épaules : « C’est le jour où tu es née pour nous. » »  Page 224
  • « Il était hors de lui. J’ai pensé qu’il allait me repousser, éclater de rire, me servir ses discours habituels. Au lieu de quoi, il est tombé à mes genoux et m’a saisi les mains. Il m’a embrassée brutalement sur la bouche.
    « Je t’aime », a-t-il soufflé. « Oui, je t’aime ! »
    Puis il m’a récité ce poème, cette strophe ancienne :   
    Recouvrez son visage
    Mes yeux sont aveuglés
    Elle est morte jeune.   
    C’est de Marlowe, je crois. L’un de ces drames dont raffole Lestat. Je me demande si Louis apprécierait ce petit poème. Pourquoi pas ? Il n’a que trois vers, mais il est ravissant.
    Jesse referma lentement le journal. »  Page 226
  • « Il ne fallait pas qu’elle s’évanouisse ici. Il fallait qu’elle se lève. Qu’elle prenne le livre, la poupée, le rosaire, et qu’elle s’en aille. »  Page 226
  • « D’autres fois, elle croyait apercevoir dans les rues de la ville des êtres insolites au visage blême qui ressemblaient aux héros d’Entretien avec un Vampire. »  Page 232
  • « Deux semaines après son arrivée à New York, elle aperçut dans la devanture d’un libraire Lestat, le Vampire. Un instant, elle crut s’être trompée. C’était impossible. Mais le livre était bien là. Le vendeur lui parla de l’album de disques du même nom, et du concert prochain à San Francisco. Jesse acheta un billet en même temps que l’album chez un disquaire.
    Toute la journée, elle resta étendue sur son lit à lire le roman. C’était comme si le cauchemar d’Entretien avec un Vampire recommençait et qu’elle ne pouvait s’en échapper. Pourtant, elle ne parvenait pas à s’arracher à sa lecture. Oui, vous êtes bien réels, j’en suis sûre. Le récit s’enchevêtrait et rebondissait, remontant dans le temps jusqu’au phalanstère romain de Santino, à l’île où Marius avait trouvé refuge, à la forêt celte de Mael. Et enfin à Ceux Qu’il Faut Garder toujours en vie sous leur blanche enveloppe marmoréenne. »  Pages 232 et 233
  • « Ses yeux se fermèrent de sommeil et Maharet lui apparut sur la terrasse de Sonoma. La lune brillait haut dans le ciel au-dessus de la cime des séquoias. Inexplicablement, la nuit semblait pleine de promesses et de menaces. Éric et Mael étaient là. Ainsi que d’autres dont elle ne connaissait l’existence qu’à travers les pages de Lestat. Tous du même clan ; les yeux incandescents, les cheveux flamboyants, la peau lisse, comme phosphorescente. Des milliers de fois elle avait suivi du doigt sur son bracelet en argent les symboles séculaires figurant les divinités celtes que les druides imploraient dans des forêts semblables à celle où Marius avait été jadis emprisonné. Combien d’indices lui fallait-il donc pour établir le lien entre ces romans et l’été inoubliable ? »  Page 233
  • « New York. Elle était allongée sur son lit, le livre à la main. »  Page 234
  • « Le matin, elle avait envoyé à Maharet une lettre par exprès, accompagnée des deux romans. Elle lui expliquait qu’elle avait quitté Talamasca, qu’elle partait assister au concert du vampire Lestat et qu’elle désirait s’arrêter en chemin à Sonoma. »  Page 235
  • « Et en effet, les gamines en jeans avaient surgi d’une petite porte, hypnotisées, comme les enfants de Hamelin, par le joueur de flûte. »  Page 242
  • « C’était si répugnant de manipuler ces cadavres. Une seconde, il s’était demandé qui étaient leurs victimes. Deux épaves. Plus maintenant, elles avaient touché la rive. Et la petite fugueuse de la nuit dernière ? Quelqu’un la recherchait-il ? Il s’était soudain remis à pleurer. Il avait entendu son sanglot, puis touché les larmes qui lui coulaient sur les joues.
    — Que t’imaginais-tu ? Vivre un petit roman à sensation ? avait persiflé Armand en l’obligeant à l’aider. Si tu veux te nourrir, tu dois être capable de brouiller les pistes. »  Page 243
  • « Khayman se faufila jusque tout en haut de la salle. Jusqu’au siège en bois qu’il avait précédemment occupé. Il s’installa confortablement, écartant du pied les deux livres de vampires qui se trouvaient toujours là.
    Quelques heures plus tôt, il avait dévoré ces récits. Le testament de Louis (« voyage dans le néant »). Et l’histoire de Lestat (« bavardages et ragots que tout cela »). Cette lecture avait clarifié bien des points. Et ses pressentiments quant aux intentions de Lestat en avaient été confirmés. Mais du mystère des jumelles, il n’était pas question, bien évidemment. »  Page 249
  • « Khayman, quant à lui, avait été frappé par ce nom, l’associant immédiatement au Mael du livre de Lestat. C’était sans aucun doute le même personnage – le druide qui avait attiré Marius dans la forêt sacrée où le dieu du sang l’avait métamorphosé en l’un des leurs et envoyé en Égypte à la recherche de la Mère et du Père. »  Page 254
  • « Armand séduisit immédiatement Khayman. Il était sûrement le complice que Louis et Lestat décrivaient dans leurs récits – l’immortel à jamais adolescent. »  Page 255
  • « Khayman avait le sentiment de comprendre et d’aimer Armand. Quand leurs yeux se rencontrèrent une seconde fois, il eut l’impression que tout ce qu’il avait lu sur cette créature dans les deux livres se trouvait confirmé en même temps que justifié par la simplicité foncière du jeune garçon. »  Page 255
  • « Daniel avait fini par s’écarter d’Armand. Après tout, nul ne pouvait lui faire de mal. Pas même le personnage de pierre qu’il avait vu luire dans la pénombre, celui si vieux et dur qu’il ressemblait au Golem de la légende. Quelle vision de cauchemar, cette statue de pierre penchée sur la mortelle qui gisait, les vertèbres cervicales broyées, la rousse qui lui rappelait les jumelles du rêve.
     Un humain avait dû commettre cet acte stupide, lui briser la nuque. Et le vampire blond, vêtu de peau de daim, qui les avait bousculés en se précipitant vers la pauvre forme disloquée, lui aussi était terrifiant, avec ses veines qui saillaient comme des cordes. Armand avait regardé les hommes emporter la femme rousse, une expression inhabituelle sur son visage, comme s’il hésitait à intervenir ; à moins que ce ne fût ce Golem qui éveillait sa méfiance. »  Pages 278 et 279
  • « Des milliers de feuilles volaient dans la tempête – des pages de parchemins, de vieux livres. À présent, la neige tombait à légers flocons dans le salon dévasté. »  Page 303
  • « — Tout était écrit, finit-elle par répondre. Ces interminables années passées à affermir mes pouvoirs. A me forger une puissance telle que personne… personne ne puisse m’égaler. (Une seconde, son assurance parut vaciller, mais elle se ressaisit : ) Il n’était plus qu’une masse inerte, mon pauvre époux bien-aimé, mon compagnon de supplice. Son esprit avait cessé de fonctionner. Je ne l’ai pas détruit, pas vraiment. J’ai pris en moi ce qui restait de lui. Il m’est arrivé parfois d’être aussi vide que lui, aussi silencieuse, incapable même de rêver. Seulement lui était pétrifié à jamais. Plus aucune image ne pénétrait son cerveau. Il était désormais inutile. Sa mort a été celle d’un dieu, et elle m’a rendue plus forte. Tout était écrit, mon prince. Écrit du début jusqu’à la fin.
    — Mais comment ? Par qui ?
    — Par qui ? (Elle sourit encore une fois : ) Tu ne comprends toujours pas ? Tu n’as plus à chercher qui est à l’origine de quoi. J’étais le livre, désormais je suis aussi la plume… Personne ni rien ne peut plus m’arrêter. (Son visage se durcit ; l’hésitation réapparut : ) Les vieilles malédictions n’ont plus aucun sens. Dans mon isolement, je me suis élevée à une telle puissance que plus aucune force au monde ne peut m’atteindre. Même Ceux du Premier Sang en sont incapables bien qu’ils complotent contre moi. Il était écrit que ces millénaires devaient s’écouler avant que tu ne paraisses. »  Page 312
  • « Un petit rire salua cette résolution. Un rire amical, étouffé, un peu exalté cependant, le rire d’un gamin écervelé. Il sourit en retour, lançant un coup d’œil à l’impertinent, à Daniel. Daniel, l’auteur anonyme d’Entretien avec un Vampire. »  Page 329
  • « Quant aux esprits eux-mêmes, je sais que vous êtes curieux de leur nature et de leurs attributs, et que beaucoup d’entre vous n’ont pas cru ce que Lestat raconte dans son livre sur la métamorphose de la Mère et du Père. Je ne suis pas sûre que Marius lui-même n’ait pas été sceptique quand on lui a relaté cette histoire ancienne, et même quand il l’a transmise à Lestat. »  Pages 365 et 366
  • « La lenteur avec laquelle ce genre de progrès pénètre une civilisation est étonnante. Il se peut que l’on ait, des générations durant, tenu les archives des impôts avant que quiconque consigne sur une tablette d’argile les mots d’un poème. »  Page 375
  • « Akasha m’avait expliqué comment son esprit pouvait se dégager de son enveloppe charnelle. Et les mortels avaient de tout temps vécu ce genre d’expériences, du moins le prétendaient-ils, à en juger par les tonnes de récits qu’ils avaient écrits sur ces périples invisibles. »  Page 431
  • « Un instant, je songeai même que ce serait une bénédiction si elle pouvait vraiment croire à cette fable. »  Page 483
  • « Vous avez lu dans le livre de Lestat – dans ces pages où Marius lui relate le récit tel qu’il lui fut conté – comment les dieux du sang créés par la Mère et le Père sacrifiaient les condamnés dans des sanctuaires dissimulés sur les pentes des collines d’Égypte. »  Page 492
  • « Cette légende fut même transcrite à une époque ultérieure par les scribes égyptiens. »  Page 492
  • « Et elle m’enseignait les rythmes et les passions de chaque ère ; elle m’entraînait dans des contrées où je ne me serais peut-être jamais aventurée seule ; elle m’ouvrait à des domaines artistiques que je n’aurais sans doute pas osé aborder autrement. Elle était mon mentor à travers le temps et l’espace. Mon professeur, le livre de l’existence. »  Page 503
  • « — Et toi, mon prince, qui as pénétré dans la salle du trône comme si j’étais la Belle au bois dormant, qui m’as réveillée par ton baiser passionné. Ne reviendras-tu pas sur ta décision ? Par amour pour moi ! (Elle avait de nouveau les larmes aux yeux : ) Dois-tu te joindre à eux contre moi ? (Elle se pencha et me prit le visage entre ses mains : ) Comment peux-tu trahir un tel rêve ? Les autres sont paresseux, fourbes, malfaisants. Mais ton cœur était pur. Ton courage plus fort que la réalité. Tu forgeais des rêves, toi aussi ! »  Page 529
  • « Vraisemblablement, les gens ne croiraient pas plus à Talamasca qu’en notre existence. A moins que David Talbot ou Aaron Lightner ne les contactent comme ils l’avaient fait pour elle.
    Quant à la Grande Famille, il était peu probable que quiconque la considère autrement qu’imaginaire, avec ici et là un élément de vérité, à condition bien sûr de tomber sur le livre.
    C’était ce que tout le monde avait pensé d’Entretien avec un Vampire et de mon autobiographie, et il en irait de même pour La Reine des Damnés. »  Page 543
  • « Avant de quitter Sonoma, Maharet m’avait surpris par une petite phrase : « Tâche d’être fidèle quand tu raconteras la Légende des Jumelles. »
    Était-ce une autorisation, ou seulement une marque de sa superbe indifférence ? Je n’en sais fichtre rien. Je n’avais parlé à personne du livre. J’en avais seulement rêvé durant ces longues heures atroces où j’étais incapable de le concevoir autrement qu’en termes généraux – comme une succession de chapitres, une carte du mystère, une chronique de la séduction et de la douleur. »  Page 543
  • « Ils avaient fixé les règles de cette communauté naissante. Personne ne devait engendrer d’autres vampires. Personne non plus ne devait écrire de nouveaux livres – et ce en dépit du fait, ils en étaient conscients, que je m’y employais en glanant silencieusement le maximum de renseignements, et nonobstant ma tenace mauvaise volonté à me plier à une quelconque discipline. »  Page 549
  • « — J’aimerais que tu abandonnes ton bouquin et que tu nous rejoignes un moment, dit-il. Tu es claquemuré dans cette pièce depuis plus d’un mois.
    — Il m’arrive d’en sortir.  Ses yeux bleu fluorescent me fascinaient.
    — Ce livre, reprit-il, dans quel but l’écris-tu ? Tu pourrais au moins me l’expliquer.  Je ne répondis pas. Il insista, avec tact toutefois.
    — Les chansons et l’autobiographie ne t’ont pas suffi ?  Je tentai de déterminer ce qui lui donnait un air aussi aimable. Peut-être les minuscules rides qui se dessinaient encore au coin de ses paupières, les petits plis qui apparaissaient et disparaissaient sur son visage quand il parlait.
    Ses yeux, semblables par leur grandeur à ceux de Khayman, étaient également saisissants.
    Je me retournai vers l’écran de mon ordinateur. L’image électronique du langage. Le livre était presque achevé. Et ils étaient tous au courant, ils l’avaient été depuis le début. C’est pourquoi ils m’avaient fourni tant de renseignements, tapant à ma porte, entrant, bavardant un instant avant de se retirer.
    — Alors pourquoi en parler ? dis-je. Je veux consigner ce qui est arrivé. Tu le savais quand tu m’as raconté comment ça c’était passé pour toi.
    — En effet, mais à qui est destiné ce récit ? »  Pages 550 et 551
  • « — Même s’ils ne t’ont jamais cru ? demanda-t-il. Ils te tenaient seulement pour un homme de scène et un parolier génial, comme ils disent ?
    — Ils connaissaient mon nom ! C’était ma voix qu’ils entendaient ! C’était moi qu’ils voyaient sous les feux de la rampe !  Il hocha la tête.
    — Et tu persistes avec ta Reine des Damnés, conclut-il.
    Silence.
    — Viens dans le salon, insista-t-il. Accepte notre compagnie. Parle-nous de ce qui s’est passé. »  Page 553
  • « — Écoute, dis-je, laisse-moi à mes regrets quelque temps encore. Laisse-moi forger mes sombres images, vivre en compagnie des mots. Plus tard, je me joindrai à vous. Peut-être me plierai-je à vos règles. Du moins certaines d’entre elles, qui sait ? A propos, que ferez-vous si je ne m’y soumets pas ?
    Il resta interloqué.
    — Tu es la plus maudite des créatures, souffla-t-il. Tu me fais penser à Alexandre le Grand qui, raconte-t-on, aurait pleuré quand il n’a plus eu d’empires à conquérir. Pleureras-tu, toi aussi, quand tu n’auras plus de règles à enfreindre ?
    — Oh, mais il y en a toujours.
    Il rit en sourdine.
    — Brûle ce livre.
    — Non. »  Page 554
  • « Claudia. Un visage fait pour un médaillon. Ou un petit portrait ovale peint sur porcelaine et conservé avec une boucle de cheveux dorés au fond d’un tiroir. Comme elle aurait détesté cette image, cette image cruelle.
    Claudia qui avait plongé un couteau dans mon cœur et l’avait tourné dans la plaie en regardant le sang couler sur ma chemise. Mourez, Père. J’enfermerai à jamais votre corps dans un cercueil.  Je te tuerai le premier, mon prince.
    L’enfant mortelle m’apparut, allongée au milieu de couvertures souillées, dans l’odeur de la maladie. Puis la Reine aux yeux noirs, immobile sur son trône. Et je les avais toutes deux embrassées, mes Belles au bois dormant ! »  Pages 559 et 560
  • « — Nous pouvons rentrer à la maison maintenant, murmura-t-il.
    La maison. Je souris et touchai les tombes voisines. Puis j’observai le reflet moiré des lumières contre les nuages turbulents.
    — Tu ne vas pas nous quitter ? dit-il tout à coup d’une voix où perçait la panique.
    — Non. (J’aurais tant souhaité pouvoir parler de toutes ces choses que j’avais écrites dans mon livre.) Tu sais, nous nous aimions, elle et moi, comme une femme et un homme mortels. »  Page 563
  • « Une faible lumière venait de l’énorme manoir au milieu du parc. Les étroites et profondes fenêtres à petits carreaux paraissaient construites pour la retenir. Confortable ce lieu, engageant, avec tous ces murs tapissés de livres et les flammes qui dansaient dans les innombrables âtres. »  Page 566
  • « — Une seconde. Tu n’as pas l’intention de t’introduire dans cette maison ?
    — Tu crois ? Ils ont le journal de Claudia et le tableau de Marius dans leurs caves. Tu es au courant, non ? Jesse t’en a parlé ? »  Pages 566 et 567
  • « — Tu vois cette fenêtre, là-haut ? (Je lui encerclai la taille de manière à le maintenir prisonnier : ) David Talbot est dans cette pièce à écrire dans son journal depuis environ une heure. Il est très inquiet. Il ignore ce qui nous est arrivé. Il se doute de quelque chose, sans parvenir à déterminer l’exacte vérité. Bon, nous allons pénétrer dans la chambre voisine par la lucarne à gauche. »  Page 568
  • « Une seconde plus tard, nous atterrissions dans une petite chambre de style élisabéthain, avec des boiseries sombres, de beaux meubles d’époque et un grand feu dans la cheminée.
    Louis était ivre de rage. Il me foudroya du regard, tout en remettant rapidement de l’ordre dans sa tenue. J’aimais cette pièce. Les livres de David Talbot. Son lit. »  Page 568
  • « Nous nous mesurâmes du regard, puis je lui décochai un autre sourire et me levai pour prendre congé. Je jetai un dernier coup d’œil sur la table.
    — Pourquoi n’ai-je pas mon propre dossier ? m’enquis-je.
    Il devint blanc comme un linge, puis se reprit, miraculeusement encore.
    — Vous avez votre livre, répondit-il en désignant Le Vampire Lestat placé sur une étagère.  — En effet, merci de me le rappeler. (J’hésitai une seconde.) N’empêche que vous devriez me faire un dossier, je crois. »  Page 573
4 étoiles, D, M

Dirk Pitt, tome 01 : MayDay!

Dirk Pitt, tome 01 : MayDay! de Clive Cussler

Éditions Le Livre de Poche, publié en 2002, 162 pages

Premier tome de la série Dirk Pitt de Clive Cussler paru initialement en 1973 en anglais sous le titre « The Mediterranean Caper ».

Dirk Pitt est directeur des Projets Spéciaux pour la National Underwater and Marine Agency, il doit se rendre à bord du First Attempt qui mouille au large de la Grèce. Aux commandes de son hydravion, au-dessus de la mer Égée, Pitt n’en croit pas ses oreilles. Il reçoit un signal de détresse de la base aérienne américaine de Brady Field située sur l’île de Thasos. Selon le contrôleur aérien, la base est attaquée par un biplan datant de la Première Guerre mondiale. L’attaque est bien orchestrée car tous les avions au sol sont détruits. Ils ont besoin d’aide et vite. Pitt accompagné de son collègue et ami Giordino vont à la défense de la base armé d’une simple carabine et réussissent à abattre l’antique avion jaune. Une fois au sol, ils sont accueillis à bras ouverts et sont invités à séjourner sur la base pour quelques jours. Leur séjour sera rempli d’action lorsque Pitt se souviendra des origines de l’avion abattu et qu’il côtoiera le baron Von Till.

Un roman d’aventure très agréable. Cussler manie bien la monté du suspense. Il réussit à nous tenir en haleine tout au long de la lecture. Bien que l’intrigue soit un peu tirée par les cheveux, elle est néanmoins très intéressante. L’action ne manque pas et le rythme est rapide. Du suspens, de la séduction et une bonne dose de déduction, on retrouve les ingrédients importants d’un bon roman d’aventure. Le personnage de Pitt est somme toute bien réussi, mais il souffre du passage du temps. Créé dans les années 1970, Pitt est hyper-macho et ses comportements ne sont plus socialement acceptés aujourd’hui. De nos jours, un homme ne gifle pas les femmes pour les ramener à la raison. On est loin du comportement de gentleman de James Bond. Le style d’écriture de Cussler est simple et direct, sans fioriture, il va droit au but. Ce premier opus laisse présager une bonne série pour ceux qui aiment l’aventure, les enquêtes et les mystères. Un très bon moment de lecture pour se changer les idées.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 12 juillet 2016

La littérature dans ce roman :

  • « L’opérateur perd de la puissance, songea Pitt, ou bien il est sérieusement blessé. Il réfléchit une minute, puis se pencha sur sa droite, et secoua la personne endormie sur le siège du copilote. 
    — Réveille-toi, Belle au bois dormant. »  Page 9
  • « — Je n’arrive pas à croire ce que je viens d’entendre, dit Giordino stupéfié.
    Pitt remua la tête.
    — Je n’y arrive pas vraiment non plus, mais il va falloir qu’on donne un coup de main à ces types-là, au sol. Maintenant, dépêche-toi.
    — Je vais le faire, murmura Giordino. Mais je n’arrive toujours pas à avaler ça.
    — Ce n’est pas une raison pour raisonner, mon ami, dit Pitt, citant Shakespeare. »  Pages 12 et 13
  • « — Kurt était un de mes plus chers amis, dit von Till avec nostalgie. De telles choses ne s’oublient pas facilement. Je peux même me souvenir de la date et de l’heure exactes. C’est arrivé le 15 juillet 1918, à neuf heures du matin.
    — Il est étrange que personne ne connaisse l’histoire dans sa totalité, murmura Pitt, en le fixant froidement. Ni les archives de Berlin ni le British Air Muséum à Londres ne possèdent d’informations concernant la mort de Heibert. Tous les livres que j’ai consultés à ce sujet le mentionnent comme disparu dans de mystérieuses conditions, un peu comme ce qui a eu lieu avec d’autres As de l’aviation, comme Albert Bail et Georges Guynemer,
    — Bon Dieu, lança von Till avec exaspération. Les archives allemandes ne rapportent pas les faits parce que le Haut Commandement Impérial ne s’est jamais beaucoup préoccupé de la guerre en Macédoine. Et les Anglais n’accepteront jamais de publier un mot relatif à un acte aussi peu chevaleresque. En outre, l’avion de Kurt se trouvait encore dans les airs lorsqu’ils le virent pour la dernière fois. Les Anglais peuvent seulement jurer que leur plan insidieux a été couronné de succès. »  Pages 73 et 74
  • « — C’est entendu, je vais tout vous raconter du début à la fin, et je vous autorise à me regarder comme si j’étais fou. Je comprendrai.
    Dans la fournaise de cette cabine, dont les parois métalliques étaient presque trop chaudes pour être touchées, Pitt raconta son aventure. Il ne passa rien sous silence, pas même sa faible conviction que Teri ait pu, d’une façon ou d’une autre, le trahir pour aider von Till. Lewis hochait pensivement la tête de temps à autre, mais ne fit aucun commentaire ; son esprit semblait flotter dans l’air, et retrouver sa clarté seulement lorsque Pitt relatait un événement de façon animée. Giordino s’était mis à faire les cent pas dans la cabine, en prenant tout son temps et en suivant le léger roulis du navire.
    Lorsque Pitt eut terminé, nul ne dit mot. Dix secondes passèrent, puis une trentaine. Leur transpiration avait chargé d’humidité l’atmosphère déjà envahie par la fumée des cigares et cigarettes.
    — Je sais, dit Pitt un peu fatigué. Ça ressemble à un conte de fées et ça n’a pas l’air d’avoir beaucoup de sens. Mais c’est exactement ce qui m’est arrivé. Je vous ai tout dit.
    — Daniel dans la fosse aux lions, lança Lewis, d’une voix assurée. Je l’admets, ce que vous venez de nous raconter me semble assez invraisemblable, mais les faits ont parfois des façons bien étranges de vous donner raison. »  Page 109
  • « La température de l’air avait de nouveau grimpé et, pivotant sur son siège, Pitt put apercevoir, illuminé de rayons de soleil, le pic d’Hypsarion, chauve et sans un arbre, qui était le point culminant de l’île. Il se souvint avoir lu quelque part qu’un poète grec avait décrit Thasos comme « le cul d’un âne fou, couvert de bois fou ». Même si cette description datait de deux mille sept cents ans, pensa-t-il, elle n’en restait pas moins valable. »  Page 137
  • « — Seigneur, on dirait que mon crâne est fendu comme un pare-brise éclaté. 
    Pitt jeta un coup d’œil prudent sur Darius. Le géant, le teint plombé et le souffle court, était étendu de tout son long sur le plancher, les deux mains serrées sur son entrejambe. 
    — La fête est finie, dit Pitt en aidant Giordino à se relever. Filons d’ici avant que Frankenstein ait récupéré. »  Page 144
  • « Pitt empoigna la chaîne, levant les yeux vers les anneaux apparemment sans fin qui disparaissaient dans l’obscurité au-dessus de lui. Il se sentit comme Jack escaladant son haricot magique. »  Page 162
  • « Les rideaux étaient tirés dans la salle des cartes qui se trouvait à l’arrière de la timonerie. Il était inconcevable qu’une salle des cartes soit aussi propre. Les cartes étaient rangées dans un ordre parfait, avec leurs étendues de carrés et de chiffres parcourues de fines lignes au crayon tracées avec précision. Pitt replaça le couteau dans sa gaine, dirigea le rayon lumineux vers un exemplaire de l’Almanach Nautique de Brown et examina les marques apparaissant sur les cartes. Le tracé coïncidait exactement avec la route qu’avait dû emprunter le Queen Artemisia depuis Shanghai. Il se rendit compte que celui qui avait effectué les corrections de compas n’avait commis aucune erreur, ni même aucune rature. Le travail était soigné, un peu trop soigné.
    Le livre de bord était ouvert à la dernière entrée : 03 heures 52
    — Balise de Brady Field à 312°, approximativement huit miles. Vent du sud-ouest, 2 nœuds. Dieu protège la Minerva. L’heure inscrite indiquait que cette entrée avait été rédigée moins d’une heure avant qu’il ne s’élance de la plage. Mais où était passé l’équipage ? »  Page 164
  • « — Cale Numéro Trois ».
    La caverne d’Ali Baba n’aurait pas eu l’air aussi terrible que la Cale Numéro Trois. Partout où la lumière de Pitt passait, ce n’était que sacs innombrables entassés dans cette gigantesque grotte d’acier, rangés sur des palettes de bois, sur plusieurs couches, du sol au plafond. L’atmosphère était chargée d’une douceâtre odeur d’encens. Le cacao de Ceylan, présuma Pitt. »  Page 166
  • « — Comment s’est passée ta plongée ? 
    — Robert Southey devait avoir le Queen Artemisia en tête lorsqu’il a écrit : Tu pourrais ajouter que j’ai trouvé quelque chose en ne trouvant rien. »  Page 176
  • « — Qu’est-ce que vous pensez d’un entrepôt abandonné ? lança Giordino.
    Ses yeux étaient clos et il donnait l’impression de dormir, mais Pitt savait de par sa longue expérience qu’il n’avait pas perdu un mot de la conversation.
    Pitt éclata de rire puis ajouta :
    — Tout méchant bandit se promenant dans les environs d’un entrepôt abandonné a tôt ou tard affaire à Sherlock Holmes. Les constructions de bord de mer en premier lieu. Un bâtiment inoccupé ne ferait qu’éveiller instantanément les soupçons. Et en plus, Zac pourrait te le confirmer, un entrepôt serait le premier endroit où un enquêteur irait fourrer le nez. »  Page 186
  • « — Vous pouvez compter sur moi, dit le radio avec un sourire forcé. D’ailleurs, la petite nana que vous avez amenée à bord s’est occupée de moi et m’a dorloté comme une mère poule. Avec ce genre d’attention, comment est-ce que je pourrais encore me sentir mal ?
    Pitt haussa les sourcils.
    — Vous me semblez avoir découvert des facettes de sa personnalité que je ne connaissais pas.
    — C’est pas une mauvaise fille. C’est pas vraiment mon genre, mais elle est bien gentille. En tout cas, elle nous a servi du thé, toute la matinée. Une vraie Florence Nightingale… »  Page 204
  • « — Bon Dieu ! Qu’est-ce que cette eau est claire. C’est plus transparent qu’un bocal à poissons rouges.
    — Oui, j’ai vu, dit Pitt en découvrant la pointe barbelée d’un harpon de près de deux mètres et en contrôlant l’élasticité du caoutchouc accroché à l’autre extrémité.
    — Tu as bien étudié ta leçon ? reprit-il.
    — Cette vieille matière grise, dit Giordino en posant l’index sur sa tempe, contient toutes les réponses rangées et indexées.
    — Comme d’habitude, il est réconfortant de constater à quel point tu es sûr de toi.
    — Sherlock Giordino sait tout et voit tout. Aucun secret ne peut échapper à ma sagacité.
    — Ta sagacité, tu ferais bien de la huiler soigneusement, dit Pitt avec sérieux. Tu vas avoir un programme plutôt chargé. »  Page 214
  • « Huit minutes exactement après qu’ils eurent sauté du First Attempt, le fond commença à remonter, et l’eau se fit légèrement plus trouble, à cause du mouvement des vagues en surface. Un amas de rochers, couvert d’algues se balançant dans l’onde, surgit devant eux, dans la pénombre. Et puis brusquement, ils se trouvèrent face à la base d’une falaise abrupte, qui grimpait verticalement vers la surface miroitante des eaux, selon un angle de 90°, et qui disparaissait ensuite. Tel le Capitaine Nemo et ses compagnons explorant un jardin sous les mers, Pitt enjoignit son équipe de scientifiques à se disperser, pour se mettre à la recherche de la caverne sous-marine. »  Pages 217 et 218
  • « Bruno von Till se tenait sur le pont du sous-marin, souriant comme Fu Manchu avant de jeter une victime à ses crocodiles. »  Page 224
  • « L’air de Fu Manchu, calculateur et fourbe, avait réapparu sur le visage du vieil Allemand, qui ajouta :
    — Personne en possession de toutes ses facultés mentales ne croirait le premier mot de ces ridicules élucubrations. Un modèle réduit de sous-marin  – voilà bien une preuve évidente que Heibert et moi ne faisons qu’un. »  Page 241
  • « — Appelez cela comme vous voulez, répondit Zacynthus. Pour l’heure, une trentaine parmi les plus gros trafiquants de drogue de ce pays attendent de passer en jugement, y compris ceux qui étaient en relation avec la compagnie de transport routier chargée de l’acheminement de la marchandise. Et ce n’est pas tout. En fouillant les bureaux de la conserverie, nous avons mis la main sur un livre qui comportait les noms d’environ deux mille dealers, de New York à Los Angeles. Pour le Bureau, c’est comme si un prospecteur tombait sur une mine d’or. »  Page 264