3 étoiles, G

Gatsby le magnifique

Gatsby le magnifique de F Scott Fitzgerald

Édition le livre de poche, 2013, 222 pages

Roman écrit par F Scott Fitzgerald et publié initialement en 1925 sous le titre anglais « The Great Gatsby ».

Été 1922, Nick quitte son middle-west natal et aménage à New York pour travailler en tant qu’agent de change. Il réussit à se trouver un petit logement à Long Island, non loin de chez sa cousine Daisy et son mari Tom. Son arrivée dans cette société huppée va lui permettre de découvrir cet étrange milieu qu’est celui des gens riches. Le voisin direct de Nick est Jay Gatsby un milliardaire excentrique aux origines douteuses qui possède une immense maison. Malgré la prohibition, Gatsby réussit à donner de somptueuses réceptions qui attirent tout le gratin new-yorkais et où l’alcool coule à flot. Mais qui est ce Gatsby ? d’où vient-il ? Qu’a-t-il fait pour être aussi riche ? Autant de questions sans réponse, sont suffisantes pour créer toutes sortes de rumeurs sur l’homme. Peu à peu, Nick va se lier d’amitié avec lui et découvrir qui il est réellement.

Une histoire intéressante qui manque toutefois de sentiment et de rythme. Le style descriptif utilisé par l’auteur ne fait malheureusement pas justice aux années 1920 qui sont étiquetées comme étant les années folles et les années de la démesure. Le texte est bien écrit, le style y est élégant mais la rectitude grammaticale n’est pas tout pour créer un bon roman. Les personnages principaux sont intéressants mais il est difficile de s’y attacher car ils ne sont présentés que de façon superficielle et leurs évolutions émotionnelles est quasi absentes. Pour les autres personnages, l’auteur se contente de nous narrer leurs noms et leurs interrelations, sans plus, lorsqu’ils sont présents aux grandes fêtes données par Gatsby. Ce texte se rapproche plus d’une chronique du monde des gens riches et vaniteux de l’époque que d’un roman, malgré une histoire avec un fort potentiel en émotion. Une lecture intéressante et divertissante malgré la froideur de la présentation. Dommage que ce roman ne nous fasse pas vivre l’effervescence des années folles.

La note : 3 étoiles

Lecture terminée le 16 juillet 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Quand je suis revenu de la côte-Est, à l’automne dernier, j’aurais presque souhaité que le monde soit en uniforme et se tiennent à jamais dans une sorte de gardez-vous moral. J’étais saturé de plongées chaotiques et d’aperçus privilégiés à l’intérieur du cœur humain. Seul Gatsby, l’homme qui donne son nom à ce livre, échappait à cette réaction – Gatsby qui présente pourtant tout ce que je méprise le plus sincèrement. »  Page 12
  • « Cette sensibilité n’a rien à voir avec l’émotivité apathiques qu’on nomme pompeusement « tempérament créatif ». C’est un donc prodigieux pour l’espoir, une attitude au romanesque que je n’avais encore rencontrée chez personne, et que je ne pense pas rencontrer de nouveau. »  Page 12 et 13
  • « Alors, grâce au soleil, aux brusques flambées de feuillage qui dévoraient les arbres à la vitesse d’un film en accéléré, j’ai retrouvé cette assurance familière : la vie reprend toujours avec le début de l’été.
  • Je vais tant de livre à lire et tant d’énergie à puiser dans ces effluves de renouveau. J’ai acheté une douzaine d’ouvrage, traitant de la banque, du crédit, des placements boursiers. Alignés sur mon étagère, dans leur reliure rouge et or, ils ressemblaient à une monnaie flambant neuve, frappée à mon intention, pour me permettre d’accéder aux secrets aurifères connus des seuls Midas, Mécène et Morgane. Mais j’étais parfaitement décidé à lire d’autres livres. À l’université, j’étais plutôt un « littéraire » – j’ai même écrit pendant un an quelques éditoriaux définitifs et pontifiants pour le Yale News – et c’était le moment ou jamais de réveiller ce genre d’intérêt, d’en nourrir mon existence, pour devenir le plus restreint de tous les spécialistes, ce qu’on appelle « un homme accompli ». »  Page 15
  • « – En t’écoutant, Daisy, j’ai l’impression d’être un barbare, un paria la civilisation. Pourquoi ne parles-tu pas de mousson ou de chose de cet ordre?
    Je croyais cette remarque anodine, mais Tom la saisie au bond d’une façon imprévue.
    – La civilisation cours à sa ruine! Rugit-il avec virulence. Je suis un affreux pessimisme par rapport à ce qui se passe. As-tu lu the Rising of Coloured Empires, d’un certain Goddard ?
    – N… non, ai-je répondu, stupéfait par son ton de voix.
    – C’est un livre excellent. Tout le monde devrait l’avoir lu. L’idée c’est que la race blanche doit être sur ses gardes, sinon elle finira par… oui, par être engloutie. Une thèse scientifique, fondée sur des preuves irréfutables.
    – Tom réfléchis de plus en plus, soupira Daisy, avec une tristesse inattendue. Il dévore de très gros livres, remplis de mots interminables. Quel était ce mot, déjà, qui…
    – Ce sont des livres scientifiques, répéta Tom, en lui jetant un regard agacé. L’auteur connaît son sujet à fond. Nous sommes la race dominante. Notre devoir est d’interdire aux autres races de prendre le pouvoir. »  Page 25
  • « – Quant à Tom, le fait qu’il ait trouvé « quelqu’un d’autre à New York » me paraissait beaucoup moins surprenant que de le savoir déprimé par la lecture d’un livre. »  Page 34
  • « De vieux numéros du Town Tattle étaient empilés sur une petite table, avec un exemplaire de Simon Called Peter et divers magazines à scandale de Broadway. »  Page 43
  • « Assise sur les genoux de Tom, Mrs Wilson téléphona d’abord à plusieurs personnes; puis les cigarettes vinrent à manquer; je descendis en acheter au drugstore du coin; quand je suis remonté, ils avaient disparu; j’ai donc gagné sans bruit le living-room, et j’ai lu un chapitre du Simon Called Peter. Le texte devait être nul, ou l’alcool déformait tout, mais je n’ai pas compris un mot. »  Page 43
  • « … Plus tard, je me trouve au pied de son lit, lui en sous-vêtements au milieu des draps, et il feuillette un impressionnant portfolio.
    – La belle et la bête… Solitude… Vieux cheval de labour … Brooklyn Bridge… »  Page 53
  • « Nous avons poussé à tout hasard une porte imposante, et nous nous sommes trouvés dans une vaste bibliothèque, style gothique anglais, décorer de panneaux de chêne sculpté, transportés sans doute, un à un, de quelques manoir en ruines du Vieux Continent.
    Un homme bedonnant, dans la cinquantaine, le nez chaussé d’énormes lunettes qui lui donnaient un regard de hibou, était assis, manifestement ivre, sur le coin d’une longue table et regardait les rayonnages avec une application chancelante. Il fit un brusque demi-tour en nous entendante, et toisa Jordan des pieds à la tête.
    – Ça vous dit quoi ? demanda-t-il à brûle pourpoint.
    – Quoi ?
    – Tout ça.
    Il agita la main en direction des rayonnages.
    – Pas la peine d’aller vérifier, faites-moi confiance. J’ai vérifié. Ils sont vrais.
    – Les livres ?
    Il hocha le menton.
    – Tout ce qu’il y a de plus vrai. Avec des pages, et tout. J’ai cru que c’était du trompe-l’œil, de fausses reliures en carton. Avec des pages, et… Attendez Je vous montre…
    Persuadé que nous étions d’un scepticisme irréductible, il plongea vers l’un des rayonnages, et sortit le tome I des Stoddard Lectures.
    – Regardez ! s’écria-t-il avec jubilation. C’est imprimé, c’est authentique. Il m’a eu. Cet homme-là, c’est un grand metteur en scène. Digne de notre Belasko de Broadway. Un triomphe. Quelle conscience professionnelle ! Quel réalisme ! On sait même où il faut s’arrêter. Aux pages qui ne sont pas coupées. Vous cherchez quoi, au fait ? Vous espérez quoi ?
    Il me reprit le livre et le remit en place, en murmurant qu’une seule brique enlevée pouvait faire s’effondrer l’ensemble. »  Pages 61 et 62
  • « – J’ai été amené par une femme qui s’appelle Roosevelt. Mrs Claud Roosevelt. Vous connaissez ? Je l’ai rencontré quelqu’un par, la nuit dernière. Ça fait une semaine que je suis ivre, alors, pour cuvée tranquille, j’ai pensé que m’enfermer dans une bibliothèque, ça aiderait.
    – Ça aide?
    – Ça a l’air. Mais c’est un peu tôt pour savoir. Ça fait une heure que je suis là. Je vous ai dit pour les livres? Ils sont…
    – Vous avez dit. »  Pages 62 et 63
  • « Gatsby, l’œil absent, feuilletait un exemplaire d’Economics, de Henry Clay, sursautait à chaque pas que ma Finlandaise faisait dans la cuisine, et observait de temps en temps mes vitres embuées, comme si d’invisibles et terrifiants événements se déroulaient à l’extérieur. »  Page 107
  • « Je n’avais rien à regarder sous cet arbre, sinon la vaste demeure de Gatsby, ce que je fis pendant une bonne demi-heure, avec une ferveur égale à celle de Kant face à son clocher. »  Page 111
  • « Les rumeurs les plus farfelues s’attachaient à lui comme par réflexe – tel ce « pipe-line souterrain » qui aurait importé en fraude de l’alcool canadien – et l’on répétait avec insistance qu’il n’habitait pas une maison, mais un bateau camouflé en maison, et qu’il cabotait en secret entre les rives de Long Island. Pour quelle raison ce genre de fable comblaient-elles d’aide James Gatz, originaire de Dakota du Nord, n’est pas facile à expliquer. »  Pages 123 et 124
  • « C’est au moment où la curiosité dont il était l’objet devenait la plus vive que Gatsby renonça, un certain samedi soir, à illuminer ses jardins – et sa carrière de Trimalcion prit fin aussi mystérieusement qu’elle avait commencé. »  Page 141
  • « Il semblait hésiter à ranger cette photographie. Il insistait pour que je la regarde. Il a fini par la remettre dans son portefeuille, et il a sorti de sa poche un exemplaire très défraîchi d’un livre intitulé : Hopalong Cassidy.
    – Regardez. Un livre qu’il lisait quand il était tout jeune. Ça éclaire bien des choses.
    Il a ouvert le livre, et m’a montré la dernière page. Elle portait les mots : EMPLOI DU TEMPS, suivis d’une date : 12 septembre 1906. Et en dessous :
    Lever……… 6h00
    Haltères et pieds au mur……….6h15 – 6h30
    Étude électricité etc. ………..7h15 – 8h15
    Travail………. 8h30 – 16h30
    Base-ball et sport……….16h30 – 17h00
    Exercices d’élocution, self-control, maîtrise du maintien……….17h00 – 18h00
    Étude inventions qu’il faudrait encore inventer……….19h00 – 21h00
    RÉSOLUTIONS GÉNÉRALES
    Ne pas perdre mon temps chez Shafters ou [nom illisible]
    Pas fumer ni chiquer
    Bain tous les deux jours
    Lire chaque semaine un livre ou un journal qui enrichit l’esprit
    Économiser chaque semaine 5 [biffé] 3 dollars.
    Être plus gentil avec mes parents
    – J’ai trouvé ce livre par hasard, a dit le vieil homme. Ça éclaire bien les choses, vous ne trouvez pas ?
    – Ça les éclaire très bien.
    – Jimmy voulait toujours se dépasser lui-même. Il prenait sans cesse des résolutions sur un point ou un autre. Vous avez remarqué ce qu’il a noté à propos de s’enrichir l’esprit ? Il a toujours été très fort pour ça. Un jour il m’a dit que je me goinfrais comme un porc, et je l’ai giflé.
    Il hésitait à refermer le livre, relisait chaque phrase à voix haute en me regardant avec insistance. Peut-être attendait-il que je recopie cette liste pour mon usage personnel. »  Pages 213 et 214
  • « Au moment où nous franchissions le portait, j’ai entendu une voiture s’arrêter, et quelqu’un qui pataugeait dans le sol boueux pour nous rejoindre. J’ai tourné la tête. C’était l’homme au regard de hibou que j’avais découvert, trois mois plus tôt, dans la bibliothèque de Gatsby, en extase devant ses livres. »  Page 215
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4 étoiles, B, C

Les contes interdits, tome 05 – Le joueur de flûte d’Hamelin

Les contes interdits, tome 05 – Le joueur de flûte d’Hamelin de Sylvain Johnson

Éditions AdA, 2018, 240 Pages

Cinquième tome de la série « Les contes interdits » écrit par Sylvain Johnson et publié initialement en 2018.

Denis Lebeau vient d’être libéré du pénitencier après avoir purgé une peine de 20 ans. Il a été accusé et jugé coupable, à tort selon ses dires, de meurtre. Pour recommencer sa vie incognito, sans la terrible étiquette de meurtrier, il décide de s’installer dans le Maine aux États-Unis. Il va débarquer dans le petit village côtier de Parc de l’Océan. Mais rien ne se passe comme il le souhaitait. Dès son arrivée, il se brouille avec le shérif, un homme sinistre et alcoolique, et celui-ci découvre son terrible secret. Denis apprend que ce village cache de grands secrets : des disparitions de jeune femme régulièrement depuis 20 ans, la légende de la très belle Marie Dupuis, des cérémonies païennes sur la plage… Le plus troublant est que la police n’est pas en mesure d’élucider le dossier des disparitions. À court de moyen et découragé, le shérif décide de demander l’aide de Denis dans ce dossier. N’est-il pas en tant que meurtrier le mieux placer pour comprendre et démasquer celui qui kidnappe les jeunes femmes ?

Une surprenante réécriture sinistre et moderne du Joueur de flûte de Hamelin. Le but de cette série est d’utilisé le canevas du conte des frères Grimm pour le revisiter dans le genre de l’horreur. Cette adaptation est fidèle au conte original bien que l’histoire se passe de nos jours et qu’elle contienne une grande violence. L’auteur a su incorporer dans le texte une bonne dose de mystère tel que la vie de Denis avant son arrivée au village, de la sorcellerie et la légende de Marie Dupuis qui tiennent le lecteur en haleine. Les flash-backs réguliers permettent de comprendre petit-à-petit Denis mais aussi l’histoire du village de Parc de l’Océan. Ce style permet de tranquillement lever le voile sur ces mystères au grand plaisir du lecteur. Malgré quelques longueurs, l’écriture de Johnson est très dynamique. Il a su créer avec le personnage de Denis un individu attachant malgré son lourd passé criminel ce qui est un exploit en soi. Un petit bémol, pour une meilleure compréhension, il aurait fallu donner plus d’informations sur l’étrange bête qui vit dans l’océan. Une bonne lecture d’horreur divertissante pour public averti.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 8 juillet 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Des taches lumineuses flottaient devant son regard comme autant de fées virevoltant dans un pré enchanté. Sauf qu’elle n’était pas dans un conte pour enfants, mais dans l’horrible réalité des adultes. »  Page 8
  • « Le directeur de la prison était venu en personne pour lui souhaiter bonne chance, sans lui serrer la main tendue. Denis avait été relâché dans un monde qu’il ne connaissait plus que par la télévision, les films et les livres. »  Page 15
  • « Mike, c’était le nom du policier, retira son chapeau en dévoilant un visage plissé, des joues de bouledogue et un regard de faucon aussi perçant qu’un poignard. Sa ressemblance avec le vieil homme (Jud Crandall) dans le film « Cimetière vivant », une adaptation du roman Simetierre de Stephen King, était frappante. Denis ne pouvait détacher son regard du visage familier, troublant en raison de leur présence dans le Maine, lieu de prédilection des histoires du maître de l’horreur américain.
    Le shérif plissa le front de contrariété, avant de lui parler avec lassitude.
    – Je ne veux rien entendre au sujet de ce film, vous avez compris?
    Il n’était donc pas le premier à noter la ressemblance. »  Page 23
  • « Elle avait appris, dès son jeune âge, que tout écart de conduite, toute transgression des lois primordiales de la religion catholique, incluant les précieux commandements bibliques, devaient être purifiés dans la douleur. »  Page 129
  • « Son père lui avait imposé la lecture de la Bible; l’enfant devait mémoriser les psaumes et les réciter avant les repas. La peur de Dieu faisait frémir la gamine, la crainte du Malin rôdant dans la ville ou parcourant la campagne pour s’y nourrir du vice lui donnait des cauchemars. »  Page 130
  • « La petite gamine qu’on avait depuis peu retirée de l’école primaire se mit à redoubler d’intensité dans l’étude de la Bible. »  Page 130
  • « Le reste de l’histoire n’était qu’un cliché d’écrivain en manque d’inspiration. L’enfant et la mère qui tentent de cacher le corps de l’homme dans les bois, laissant une longue traînée de sang sur la neige, s’exténuant dans une tâche trop pénible pour elles. »  Page 132
  • « Les sons humains, s’élevant de la colline formaient une mélodie obscène, peuplée de rires gras, de cris, d’exclamations résultant de querelles, de gémissements sexuels et de pleurs. C’était une scène digne de Sodome et Gomorrhe, de la grande Babylone baignée dans le vice et la déchéance. »  Page 151
  • « Aucune des brutes ne parlait; on aurait dit une armée de zombies prenant la direction du comptoir d’un boucher dégoulinant de sang frais et d’entrailles fumantes. Ne manquaient que Rick et ses coups de feu. »  Page 155
  • « Marie avait fait une terrible découverte dans ses moments de folie. Le mythe honteux véhiculé par les films, les livres et la télévision s’avérait une horrible fausseté. Il n’existait aucun endroit sécuritaire où l’esprit des victimes pouvait se retirer. Aucun refuge loin de la souffrance, de l’humiliation, aucune possibilité de se détacher d’une enveloppe corporelle en plein traumatisme. »  Page 167
  • « Outre l’odeur amplifiée, il émanait une énergie négative presque tangible de cette pièce, comme dans ces endroits maudits où des drames horribles se sont déroulés. Un peu comme le touriste qui explore les camps de concentration nazis, sensible aux millions d’âmes qui hurlent leurs tourments pour une éternité d’errance entre les murs de ces tombeaux érigés à la gloire d’un malade mental. C’était comme découvrir que le salon dans lequel vous faites de la lecture a été le lieu d’un massacre à la Lizzie Borden. »  Page 182
  • « Durant ses années de prison, Denis avait beaucoup lu, en particulier sur la psychologie relative aux criminels, aux tueurs en série notoires. Ce sujet semblait vraiment passionner le public avide de récits macabres, voulant expliquer l’inexplicable nature démoniaque de ces êtres ignobles. Selon le FBI et ses profileurs, les tueurs en série finissaient toujours par commettre une erreur fatidique qui permettait au policier de les capturer. Selon les mêmes experts, la raison en était simple : tous les grands malades meurtriers recherchaient une forme de reconnaissance sociale pour leur œuvre, pour leurs crimes, leurs institutions de folie. »  Page 200
  • « En prison, Denis avait orchestré l’assassinat d’un nouveau venu, considéré comme l’un des plus prolifiques tueurs en série de la province. L’autre paradait en se prenant pour « Hannibal Lecter », recevant l’adoration d’un groupe de détenus facilement influençables. »  Page 206
4 étoiles, B, C

Les contes interdits, tome 01 – Blanche Neige

Les contes interdits, tome 01 – Blanche Neige de L.P. Sicard

Éditions AdA, 2017, 197 Pages

Premier tome de la série « Les contes interdits » écrit par Louis-Pier Sicard et publié initialement en 2017.

Émilie est internée dans un hôpital psychiatrique mais elle ne sait pas pourquoi. Elle n’a aucun souvenir. Qu’a-t-elle fait pour se retrouver dans cet asile ? De quoi souffre-t-elle? Il semble qu’elle aurait commis un crime, mais lequel ? Les seules personnes qu’elle côtoie sont les infirmiers et le médecin qui s’occupent d’elle. Mais quelque chose cloche. Elle est séquestrée dans sa cellule la majorité du temps et le médecin qui est sensé la soigner la drogue et la viole à répétition. Elle réussit à s’évader avec l’aide d’un infirmier qui la trouve très belle et qui a pitié d’elle. Dans sa fuite, elle s’engouffre dans une forêt dense qui semble sans fin et pleine de danger. Elle y passe une première nuit horrible aux prises avec la peur d’être reprise et des hallucinations d’horreur dû probablement au sevrage des médicaments. Égarée dans la forêt elle trouve refuge dans un vieux manoir abandonné. Elle réalisera rapidement que cette demeure est hantée et se joue d’elle avec ses sept habitants. Réussira-t-elle à sortir indemne de ce manoir et de cette forêt ?

Une reprise sanglante du conte de Blanche Neige. L’auteur a utilisé le canevas du conte des frères Grimm pour le revisiter dans le genre de l’horreur. Il a réussi son défi de façon impressionnante. L’histoire n’a rien à voir avec le conte original. Dans cette adaptation, bien que l’on retrouve les éléments importants du conte, l’héroïne souffre de graves problèmes psychologiques. Dès le début, le lecteur est happé et il est plongé dans le monde de la maladie mentale. Le personnage d’Émilie est très intéressant et prend toute la place. L’auteur a su la rendre mystérieuse avec son passé oublié et les nombreuses questions qu’elle se pose. Avec cette approche, il a su créer une atmosphère inquiétante et angoissante. Tout au long de la lecture, il est difficile de départager le vrai du délire et c’est là l’élément accrocheur du texte. En revanche, pour faire monter l’angoisse et démontrer la maltraitance de l’héroïne, l’auteur aurait pu utiliser autre chose que l’abus sexuel. Les scènes de viol sont trop nombreuses, redondantes et non nécessaire dans plusieurs cas. De plus, les scènes de viol sont très détaillées ce qui met le lecteur à l’épreuve. Une lecture perturbante et difficile qui donne des frissons avec son ambiance lugubre. C’est effectivement une lecture pour adulte averti. Un premier tome qui fait honneur à la série des Contes interdits.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 29 mai 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Il m’arrivait fréquemment de me trouver un recoin dans la pièce où je pouvais m’asseoir et m’adonner à la lecture. Il y avait certes peu de livres à notre disposition, mais je savais qu’avec cette vieille bible à la couverture déchirée, j’avais encore bien des années à écouler. »  Page 18
  • « Dans un élan de panique, j’étendis mon bras droit, approchai l’aiguille de sa jambe et la lui plantai rudement sur le côté de la cuisse. Thomas grogna de douleur tandis que le liquide jaunâtre se déversait dans son sang. Je n’avais pas encore retiré la fine tige métallique de sa chair qu’il titubait : après une vaine tentative de maintenir son équilibre en s’appuyant au mur, il s’effondra brusquement au sol, renversant dans sa chute quelques livres qui reposaient sur une table adjacente. »  Page 38
  • « Je posai un premier pied à l’intérieur, faisant craquer le plancher de bois verni. Je ne pus que m’éblouir à nouveau du somptueux décor qui s’offrait à moi : droit devant montait un escalier large aux fines rampes et gardé de deux armures décoratives; à ma gauche se trouvait une bibliothèque dont les murs étaient entièrement recouverts de rangées de livres méticuleusement alignés; à ma droite, ce salon que j’avais naguère observé par la fenêtre. »  Pages 90 et 91
  • « Lorsque chacune des assiettes, chacun des ustensiles et le moindre verre furent propres, je fonçai vers la bibliothèque. Mes vêtements, couverts de sueur, trahissaient la saleté du mon propre corps – ce qui m’entourait était en effet plus propre que moi-même. Suite à cette pièce, je me promis de prendre une pause pour ce jour et de me faire couler un bain chaud. À l’aide d’une lingette humide, je nettoyai toutes les couvertures des livres, en profitant pour étudier les titres qui présentaient les reliures sombres. La plupart m’étaient inconnus, voire incompréhensibles : il y en avait dans différentes langues, dont quelques-unes m’étaient étrangères. Fait curieux : chaque ouvrage avait été savamment étudié. En effet, lorsque j’en ouvrais un au hasard, je notais de multiples annotations, surlignages et marquages en bas de page. Et toujours, quel que fût le bouquin consulté, je revoyais cette même calligraphie, cette même minutie. De toute évidence, un érudit avait jadis habité ces lieux. »  Page 98
  • « Personne dans le salon. Je poursuivis mon enquête dans la même fébrilité. Ce fut lorsque j’arrivai dans la bibliothèque qu’un premier indice s’offrit à moi : au centre le la ^pièce se trouvait un livre ouvert. Il aurait fallu être sot pour croire en un simple courant d’air ayant été à l’origine de la chute de ce livre : la rangée la plus près de sa position était à plus d’un mètre de là. C’était sans équivoque : quelqu’un avait délibérément laissé tomber ce bouquin à cet endroit précis, mais pourquoi ? j’étudiai les multiples étagères. Aucun autre ouvrage ne manquait à l’appel. Il devait s’agir d’un piège ! Dès que je serais penchée vers le livre, on aurait bondi sur moi par-derrière ! »  Pages 106 et 107
  • « Je creusai mes méninges pour extirper de leurs profondeurs les souvenirs qui y dormaient depuis mon arrivée dans ces lieux : il y eut dans un premier temps cette robe dont j’étais habillée, où paraissait une large tache de sang ; il y avait ce lit qui s’était déplacé de lui-même jusqu’au centre de la chambre; ce livre qui était tombé dans la bibliothèque… »  Page 118
  • « Quelles que fussent les gymnastiques de mon imagination, je ne trouvai nulle logique, nul lien ne pouvant rattacher ces faits insolites. Ce fut alors que je me rappelai n’avoir pas lu le titre de ce bouquin que j’avais retrouvés au centre de la pièce. Galvanisée, je m’y rendis presque à la course : il s’y trouvait toujours. Ce livre était ouvert à une certaine page, où paraissait une liste de noms que j’approchai de la lampe la plus près : des noms de filles s’alignaient comme des articles d’épicerie, chacun d’entre eux étant invariablement rayé d’un trait d’encre. Égarée, je refermai sèchement le lourd ouvrage, sans me rendre compte dans l’instant que, petit à petit, le jeu s’éclaircissait : une mère avait ici mis au monde des enfants indésirables, des enfants qui la firent énormément souffrir au point de se tordre sur son grabat – voilà pourquoi le lit se déplaçait de lui-même; voilà le sang sur la robe ! »  Pages 118 et 119
  • « Mon objectif était d’atteindre la fenêtre de la bibliothèque sans attirer l’attention; celle-là était suffisamment grande pour que je pusse m’y glisser. Je contournai quelques étagères débordantes d’ouvrages, prenant grand soin de ne pas buter contre le coin d’un meuble ou quelque objet tombé au sol. »  Page 131
  • « Après avoir longé des mètres de livres alignés, j’atteignis finalement ce que je croyais être un mur. »  Page 131
  • « Il me fallut une dizaine d’essais avant que jaillit la première flamme, tant mes mains tremblaient. Je l’élevai à bout de bras ainsi qu’un minuscule flambeau, mais la lumière fut si faible qu’elle ne me permit pas de distinguer plus qu’une rangée de livres avant de s’éteindre. »  Page 132
  • « Quelque chose attira mon attention sur le dessus du pupitre : un livre y était ouvert à une page où paraissait l’ébauche d’une liste. Arquant le cou pour mieux en discerner les détails, je reconnus ce livre dans lequel s’étaient trouvés les noms féminins rayés, que j’avais remarqués à une certaine page de ce bouquin retrouvé au centre de la bibliothèque au courant de l’après-midi. Cependant, deux faits n’allaient pas : dans un premier temps, quelques noms, tout au bas de cette liste, n’étaient pas encore rayés, ce que je ne parvenais à ‘expliquer. Il y avait, hormis ce détail, une information infiniment plus troublante : le tout dernier nom, au bas de la page, n’était nul autre que le mien ! J’osai tournai les pages précédentes après avoir craqué une autre allumette : des noms de femmes, par centaines, s’y trouvaient biffés ! Qu’est-ce que ce nom pouvait bien y faire ? Et que signifiaient ces ratures ? Je voulus m’assurer qu’il s’agissait du même livre que j’avais aperçu plus tôt, et dans lequel je n’avais a priori pas remarqué la présence de mon nom : à sa couverture, que je revoyais et retouchais, il n’y avait aucune méprise possible. Sous l’emprise d’un bouleversement, je rabattais la couverture si brusquement que l’encrier, sur le coin du pupitre, tomba sur le plancher et éclata bruyamment, éclaboussant le sol de son contenu. »  Pages 134 et 135
  • « Et j’attendais, blottie dans la veste de cet homme ayant saoulé sa vie jusqu’au cœur, rejetant la moindre de mes pensées sombres dès qu’elle surgissait dans ma conscience ainsi qu’on tournerait les pages d’un livre glauque sans en lire un seul mot. »  Page 149
  • « Le dernier désigné n’était nul autre que cet homme à l’écart, qui en entendant son nom prononcé déposa son livre sur le pupitre auquel il était assis. »  Page 170
  • « – Comment une aussi belle jeune femme a-t-elle pu commettre de telles atrocités ? murmura le policier, ému.
    Ces mots auraient sans doute dû être préservées quelque part en son cœur, mail il fut incapable de les retenir plus longtemps.
    – Eh bien…, soupira la docteure en psychologie, n’est-ce pas elle que l’on surnomme Blanche-neige ? Ceci est plutôt ironique… Dans ce conte, l’horrible reine, en contemplant son miroir, ne voit pourtant pas son reflet, mais celui de cette sage et belle jeune fille. »  Page 188
  • « On m’avait écoutée sans n’interrompre une seule fois, ni même me poser de questions supplémentaires. Cela avait été à grand-peine que la psychologue avait daigné me regarder dans les yeux. Et jamais je n’avais senti de compassion, et jamais je n’avais vu de frissons sur sa peau détendue – mon récit aurait bien pu être celui d’un auteur de fiction, rien n’aurait été différent. »  Page 191
  • « J’arrache de mon ongle un lambeau de ma chair
    Comme j’ôtais fillette un pétale d’aster
    Je meurs, je vis, je meurs… Mon bras couvert de sang
    De ce supplice heureux frémit en sévissant
  • À m’effiler le corps trouverai-je peut-être
    Mon cœur désavoué avant de disparaître?
    En écorchant mon sein, chaque fibre crépite,
    Combien de côtes ai-je à rompre sept ou huit ?
  • Ma paume enserre enfin l’organe fixe et froid
    Telle une mère berce éplorée son mort-né,
    – Hypocrite miroir, ce monstre, c’était moi !
  • Ô funèbre vie ! Dis : le destin est morne et
    Railleur ! Ainsi je suis condamnée à souffrir
    L’éternelle douleur de ne rien ressentir
  • Ce qu’il faut de sang pour se maudire
    Émilie
    Poème tiré du recueil à ce jour inexistant « Tout ce que je ne t’aurais pas dit », de Sire Pacius Roild. »  Page 197
2,5 étoiles, L

Lignes de fuite

Lignes de fuite de John Harvey.

Éditions Rivages (Noir), 2015, 303 Pages

Roman écrit par John Harvey et publié initialement en 2012 sous le titre anglais « Good Bait ».

Le corps d’un adolescent est découvert sous la glace d’un étang du parc de Hampstead Heath à Londres. L’inspectrice divisionnaire Karen Shields est appelée sur place. Elle et son équipe devront mener l’enquête afin d’identifier le jeune garçon et le meurtrier. Dans un premier temps, ils réussissent à identifier le corps, il s’agit d’un jeune Moldave dont toutes les traces de son passé ont été effacées. Il sera difficile d’élucider le meurtre en ayant peu ou pas d’information sur la victime. Pendant ce temps à l’autre bout de l’Angleterre, Trevor Cordon, chef de la police de proximité de Penzance, rencontre Maxine Carlin qui lui demande de retrouver sa fille Letitia. Comme il connaît Letitia depuis près de quinze ans, il est le seul à qui sa fille pourrait faire confiance. Maxine lui demande d’aller à Londres pour la retrouver. Avec si peu d’information, Cordon accepte tout de même d’aller à la recherche de la jeune femme qui a été une adolescente plus que rebelle. Par un concours de circonstance, les deux enquêtes vont s’entrecroiser et se complexifier.

Un roman dont les personnages sont travaillés avec brio. L’intrigue se déroule majoritairement à Londres et est alignée sur l’actualité, ce qui permet au lecteur d’être plongé dans la vie trépidante du crime et de la police londonienne de façon très réaliste. Malheureusement, l’auteur a mis en premier plan les enquêtes de Karen et le lecteur s’y perd rapidement par manque de lien entre elles et un très grand nombre de personnages plus que secondaires. L’histoire de Cordon et de Letitia est beaucoup plus intéressante mais viens trop tard dans le texte. Heureusement le style d’écriture de l’auteur est simple et rapide. Conjugué avec des chapitres courts le tout donne beaucoup de dynamisme au texte. Le personnage de Karen est intéressant car il est hors norme, elle est d’origine jamaïcaine et est inspectrice divisionnaire. Heureusement l’auteur la présente sans cliché ni stéréotype. Ce personnage aurait pu être plus étoffé, le lecteur ne fait qu’effleurer sa vie. Ce sont les personnages de Cordon et Letitia qui sont les plus réussit et les plus attachants. Sans ces deux personnages, l’histoire n’aurait aucun intérêt. Ces deux personnages sont crédibles et ont une profondeur psychologie que l’on découvre au fil des chapitres. Une lecture décevante au niveau de l’intrigue car l’auteur semble avoir voulu en mettre plein la vue avec les enquêtes qui font perdre le fil de l’histoire. Une bonne lecture pour la découverte de certains personnages. Finalement, les personnages ne sont pas suffisants pour faire de ce roman une lecture accrocheuse et intéressante.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 12 janvier 2018

La littérature dans ce roman:

  • « Dans l’après-midi, elle mangea devant la télé un repas tout prêt acheté en promotion chez Marks & Spencer, arrosé d’un rouge buvable. Le soir du 31, elle dîna à Exmouth Market avec quatre copines, puis elles allèrent en boîte près du métro Angel. À minuit et demi elle était à la maison et à une heure au lit, avec un livre pour toute compagnie. Ce n’était pourtant pas par manque de propositions. »  Page 11
  • « Chez lui, un repose-pieds sous les jambes, il lisait, écoutait de la musique, buvait du scotch avec parcimonie. Un mélange en ce qui concernait la musique : Mingus et Eric Dolphy à Cornell, les Partitas pour violon seul de Bach, un peu d’Ellington, un peu de blues, le Quatuor à cordes no 2 de Britten. Et la lecture ? Trollope, son préféré du moment. Quelle époque ! Ce type avait tout compris. »  Page 23
  • « Karen se démaquilla et se déshabilla au son de Cry, Baby, Cry et de Good Night des Beatles, dans une reprise de Ramsey Lewis, pianos et cordes. Une fois au lit, au bout de trois pages son livre lui échappa des mains et elle s’endormit. »  Page 44
  • « Il y avait un magasin d’articles d’occasion au profit d’une association caritative en dessous de chez Kiley. Il était plein, des femmes surtout qui cherchaient sur les cintres quelque chose pour leurs enfants, une jupe ou un haut pour elles s’il restait un peu d’argent après. Des piles de livres lus une seule fois, des cassettes vidéo que plus personne ne regardait, et des jeux, cadeaux dédaignés de tatie truc ou tonton machin, ou d’une mamie affectueuse. »  Page 66
  • « Tandis que Kiley s’affairait dans la cuisine, Cordon examina les livres et les CD pêle-mêle sur les étagères. Il en connaissait certains, d’autres non. Junot Diaz. K. C. Constantine. Gerry Mulligan. Ronnie Lane.
    Mulligan, oui.
    Il regardait la liste des titres, lorsque Kiley reparut. »  Page 67
  • « – Je connais ça. Un truc que tu sens dans tes tripes, un pressentiment qui te noue le ventre.
    – Comment est-ce que tu sais ?
    – Je l’ai lu dans le livre.
    – Quel livre ?
    – Dans une centaine de livres. Ce truc qu’il sent dans ses tripes, ce pressentiment qui lui noue le ventre. »  Pages 68 et 69
  • « Elle se fit un thé léger, avec deux sucres, qu’elle but en se déshabillant. Le livre qu’elle était en train de lire posé par terre, un bout de papier en guise de marque-page. Elle le ramassa.
    Marée noire, Attica Locke.
    Houston, au Texas, à la fin des années soixante. Il y a de la révolution dans l’air. Aretha Franklin chante A Change is Gonna Come de Sam Cooke. Lors d’un meeting étudiant, Stokely Carmichael, sur le point de rejoindre les Black Panthers, lance aux quelques Noirs armés de leur diplôme universitaire – leur passeport pour la classe moyenne américaine – que l’intégration n’est pas la solution. Que l’intégration, c’est reconnaître que leur culture et leur mode de vie ne valent rien, qu’ils ne valent pas la peine qu’on s’y accroche. »  Page 99
  • « Elle attendit que ses yeux se ferment tout seuls avant de poser le livre et d’éteindre la lumière. »  Page 100
  • « La boutique était coincée dans un écheveau de ruelles, l’enseigne au-dessus de la porte peinte en violet délavé : Clifford Carlin, Libraire. Antiquités et Occasions. Deux cartons bloquaient en partie l’entrée : Tous les livres à 10 pence. À l’intérieur, des livres du sol au plafond, sur tous les murs. Hautes bibliothèques remplies d’éditions de poche, organisées par genre, formant un dédale de travées.
    Cordon tenta de se repérer et s’approcha d’une importante sélection de romans sur l’Ouest américain : Jubal Cade, Herne the Hunter, Apache, Edge. Comment s’appelait cet auteur que son père aimait tant ? Louis L’Amour ? Toute la collection semblait là. Et il y en avait un autre, il en était sûr. Oakley quelque chose. Oakley Hall ?
    Au fond, près de la fenêtre, se trouvait une section enfants, avec des petites tables et des chaises en plastique, des crayons de couleur dans d’anciennes boîtes à café, des feuilles de papier pour dessiner, des vieux exemplaires de Beano disposés en éventail. Deux ados gothiques examinaient le rayon médecine alternative et psychothérapie, tandis qu’un jeune homme à l’air concentré, la tête inclinée sur le côté, passait en revue les livres sous l’intitulé Science-fiction et Fantasy.
    De la musique s’échappait d’un lecteur de CD en piteux état, perché au sommet d’une tour d’encyclopédies à l’équilibre précaire. »  Page 106
  • « Voyant que le libraire était occupé, Cordon retourna aux romans de western. Il parvint à dénicher un Oakley Hall. Pas Warlock – il se souvenait du titre à présent – que son père avait lu, non pas une, mais plusieurs fois et dont on avait tiré un film, L’Homme aux colts d’or. Non, là, il s’agissait d’un livre de poche de quelque trois cents pages : Separations. Un canyon sur la couverture, des parois abruptes qui plongeaient dans une eau bleu-gris.
    Il l’ouvrit au début et s’arrêta sur la première phrase.
    Lorsque Mary Temple lut dans l’Alta California qu’on avait vu une femme blanche dans un village indien du territoire de l’Arizona, elle sut que c’était sa sœur.
    Tant d’histoires, réelles ou inventées, commençaient ainsi, par une personne qui en cherchait une autre. Une quête. Il referma l’ouvrage et le déposa sur le comptoir. »  Page 107
  • « Il regarda le livre que tenait Cordon.
    – Vous avez besoin d’un sac ou…
    – Non merci, ça ira. »  Page 109
  • « Cordon commanda une pinte de Timothy Taylor’s Landlord et la porta à une table dans un coin, décidé à attendre la fin de l’averse, l’entrée de la librairie à peine visible à travers la vitre sale. Il but deux gorgées, puis sortit le roman et se laissa entraîner dans sa quête, à la recherche de la sœur perdue, de la fille disparue. Il en était au chapitre six, « Eurêka » – une expédition en bateau, une descente de rapides –, lorsque Carlin apparut et entreprit de rentrer les cartons de livres en solde. Puis, un sac sur l’épaule, vêtu d’un imperméable kaki ouvert, il ferma la porte avec un cadenas et s’éloigna vers le centre-ville. Cordon avala la dernière gorgée de sa bière, prit un sous-bock pour marquer sa page et, son roman à la main, se lança à sa poursuite. »  Page 110
  • « Il resta interloqué à la vue de Cordon, mais se ressaisit rapidement.
    – Vous avez décidé de prendre le train suivant ?
    – Quelque chose dans ce genre.
    – C’est le livre ? Vous avez changé d’avis ? Parce que, dans ce cas, repassez au magasin demain matin à 10 heures. On vous rembourse cinquante pour cent si vous le rapportez dans les six jours. Après, vingt-cinq.
    – Ce n’est pas le livre. »  Page 111
  • « Les livres étaient partout : empilés sur le sol, n’importe comment sur la table, rangés sur les rebords des fenêtres, posés sur les chaises. Un recueil de poèmes de Frank O’Hara, des formes géométriques rouges et bleues sur la couverture. Beats, Bohemians and Intellectuals de Jim Burns. »  Page 111
  • « À bord du train, il trouva un siège près de la fenêtre sans difficulté, s’installa confortablement et ouvrit son livre, mais fut incapable d’aller au-delà de quelques lignes. L’auteur n’y était pour rien. Letitia employée dans un hôtel du Lake District, qui accueillait les clients, supervisait peut-être le changement des draps, l’entretien des chambres, réservait les taxis pour la gare, les excursions à la maison de Beatrix Potter ou sur la tombe de William Wordsworth… cherchez l’erreur. »  Page 114
  • « À présent, ils étaient séparés. Clare se battait toujours pour les valeurs auxquelles elle croyait, travaillant avec les réfugiés, tandis que Paul, une fois à Londres, s’était lancé dans les affaires grâce à son réseau. Rien de mal à ça. Sauf qu’il se servait de ses relations pour essayer d’influencer l’enquête de Karen et qu’il avait assez de poids pour obliger un commissaire divisionnaire à se rendre dans le nord de Londres en pleine nuit, comme dans un roman de Len Deighton ou de John le Carré. »  Page 115
  • « Son père avait sorti de son sac à dos des sandwichs de pain complet, coupés avec soin, une Thermos. Les livres sur les oiseaux, sur les plantes, les fleurs sauvages. Annotés, certaines pages marquées. »  Page 137
  • « – Quoi ? Notre rencontre romanesque ? Comment Letitia a fini par trouver le grand amour ? Un riche Ukrainien arrache Cendrillon à sa vie de merde et l’emporte sur son blanc destrier ? »  Page 149
  • « – Pour qui vous vous prenez ? s’était écrié Clifford Carlin. Shane ? Le cow-boy solitaire qui règle son compte aux méchants ? Le défenseur de la veuve et l’orphelin ?
    Un roman de Jack Schaefer. Adapté au cinéma sous le titre L’Homme des vallées perdues, avec Alan Ladd en veste à franges. Un des films préférés de Carlin. De Cordon aussi.
    – Quelque chose dans ce goût-là, avait répondu Cordon. »  Page 165
  • « Un seul café ouvert le long de la promenade, où Letitia lisait les livres de poche qu’elle avait achetés sur le ferry en fumant cigarette sur cigarette, tandis que Cordon et Dan jouaient au foot sur la plage.
    – Soyez patients, avait dit Kiley. Je vous donne des nouvelles dès que possible.
    Détail singulier, il y avait une statue d’Alfred Hitchcock qui contemplait le large, entourée d’oiseaux de pierre. »  Page 166
  • « Lorsqu’elle eut terminé le Martina Cole qu’elle avait acheté sur le bateau, elle s’essaya aux romans oubliés par les propriétaires – Ian McEwan, Rose Tremain, Julian Barnes – avec un succès mitigé. »  Page 168
  • « Un frisson glacé lui donna la chair de poule. Le livre que Letitia lisait était par terre, à côté de sa chaise. Le vélo de Dan gisait dans la pelouse. À l’intérieur, rien n’avait bougé. »  Pages 169 et 170
  • « Amy s’était réfugiée derrière l’un des canapés et serrait contre elle un nounours borgne. Une autre petite fille, plus âgée, était assise en tailleur par terre, un livre sur les genoux. »  Page 188
  • « Ils se garèrent au-dessus de l’étendue de sable de Beg Léguer où Cordon et Danny ramassèrent des crevettes et des crabes minuscules dans les cuvettes entre les rochers, tandis que Letitia relisait à l’abri du vent un Maggie O’Farrell qu’elle avait déniché sur une étagère, planqué derrière des livres d’auteurs masculins, plus arides. »  Page 200
  • « Quelques minutes plus tard, la rame ralentissait et s’immobilisait. En raison d’une panne de signalisation à King’s Cross, ils devaient patienter. La dernière fois, elle s’était retrouvée coincée pendant une bonne trentaine de minutes. Et bien sûr, pas de réseau dans le tunnel. Inutile d’essayer d’appeler, de prévenir qu’elle serait en retard. Irritée, elle sortit un livre de son sac. »  Page 207
  • « Danny était soit assis dans son lit, en train de relire pour la énième fois un de ses livres, soit à plat ventre devant la télé. »  Page 224
  • « – Tu veux me raconter ce qui s’est passé ?
    Kiley déplaça un livre et s’assit au bord du lit. »  Page 236
  • « L’établissement possédait trois piscines, un sauna, un jacuzzi et un spa. Karen se relaxa, se laissa dorloter et lut des mauvais romans, s’efforçant de faire taire le bourdonnement dans sa tête. »  Pages 294 et 295
4,5 étoiles, E

Elle s’appelait Sarah

Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay

Éditions Le Livre de Poche, 2010, 336 pages

Roman écrit par Tatiana de Rosnay et publié initialement en 2006 sous le titre anglais « Sarah’s key ».

Julia est une journaliste américaine qui vit à Paris depuis 25 ans avec son conjoint Bertrand, qui est français. Elle reçoit de son employeur le mandat d’écrire un article pour la commémoration des 60 ans de la rafle du Vel d’Hiv qui eut lieu en 1942. Lors de cette rafle, Sarah avait 10 ans et vivait avec ses parents et son petit frère à Paris. Ils portaient tous une étoile jaune sur leurs habits. Une nuit, ils furent réveillés brutalement par des policiers français. Sarah et ses parents furent emmenés au Vélodrome d’Hiver du 15ème arrondissement. Ils y passèrent quelques jours dans des conditions effroyables, avant d’être conduit en train vers les camps de la mort. Mais Sarah a un terrible secret qui l’angoisse et qu’une petite clé dans sa poche lui rappelle constamment. Pour écrire son article, Julia devra faire une enquête sur cet événement important de la Shoah en France. Au cours de ses recherches, elle est confrontée au silence et à la honte qui entourent le sujet. Au fil des témoignages, elle découvre, avec horreur, le calvaire des familles juives raflées et la participation zélée des policiers français. À 60 ans d’écart, les destins de Julia et de Sarah vont se rejoindre.

Émotions et apprentissages sont au rendez-vous dans ce magnifique roman. Apprentissages, car une partie de la trame de fond est la rafle du Vél D’hiv survenu à Paris le 16 juillet 1942 lors de la seconde guerre mondiale. Un événement peu glorieux et très peu connu probablement dû à l’implication peu orthodoxe de la police française dans ce génocide. Émotions, car l’auteur nous fait plonger dans cette tragédie par le biais des yeux d’un enfant de 10 ans, Sarah, qui ne comprend pas ce qui se passe, qui souffre et qui a peur. La compréhension des événements nous vient peu à peu par les trouvailles de Julia au cours de son enquête. Le style de Tatiana de Rosnay dans ce roman est efficace, dynamique et bouleversant. Elle fait vivre une kyrielle d’émotions au lecteur avec ses chapitres courts et qui alternent entre la vie de Julia et celle de Sarah. Une lecture dont on ne sort pas indemne car bien qu’il s’agît d’une fiction, il reste que c’est basé sur des faits réels et surtout cruels de l’histoire de l’humanité. Un excellent roman qui nous tient en haleine, même si la fin se termine à l’eau de rose. Je conseille vivement cette lecture à tous.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 14 décembre 2017

La littérature dans ce roman:

  • « Dans ce placard, ils gardaient une lampe de poche, des coussins, des jouets, des livres et même une carafe d’eau que Maman remplissait tous les jours. Son frère ne sachant pas encore lire, la fillette lui faisait la lecture. Il aimait entendre Un bon petit diable. Il adorait l’histoire de Charles l’orphelin et de la terrifiante Mme Mac’Miche et comment Charles prenait sa revanche sur tant de cruauté. Elle la lui relisait sans cesse.
    La fillette apercevait le visage de son frère qui la fixait dans le noir. Il était accroché à son ours en peluche préféré, il n’avait plus peur. Peut-être serait-il en sécurité, là, après tout. Il y avait de l’eau et la lampe de poche. Il pourrait regarder les images du livre de la comtesse de Ségur, celle qu’il aimait par-dessus tout, la magnifique revanche de Charles. »  Page 14
  • « Ici, l’empreinte de Mamé était partout, même si elle était partie en maison de retraite depuis neuf mois déjà. La grand-mère de mon mari avait vécu là des années. Je me souvenais de notre première rencontre, seize ans auparavant. J’avais été impressionnée par les tableaux anciens, la cheminée de marbre où trônaient des photos de famille dans des cadres d’argent, les meubles à l’élégante et discrète simplicité, les nombreux livres sur les étagères de la bibliothèque, le piano à queue recouvert d’un riche velours rouge. »  Page 17
  • « Il y avait un mois de cela, sa mère avait cousu les étoiles sur tous leurs vêtements. Sauf sur ceux de son petit frère. Quelque temps auparavant, leurs cartes d’identité avaient été tamponnées des mots « Juif » ou « Juive ». Puis il y eut tout un tas de choses qu’ils ne furent plus autorisés à faire. Jouer dans le square. Faire de la bicyclette. Aller au cinéma. Au théâtre. Au restaurant. À la piscine. Emprunter des livres à la bibliothèque. »  Page 34
  • « Cela faisait six ans que j’écrivais pour l’hebdomadaire américain Seine Scenes. Il y avait une édition papier ainsi qu’une version sur le Net. J’écrivais une chronique sur les événements susceptibles d’intéresser les expatriés américains. Je faisais dans la « couleur locale », ce qui pouvait aller de la vie sociale à la vie culturelle – expos, films, restaurants, livres – mais aussi la prochaine élection présidentielle. »  Page 35
  • « J’ai lu tout l’après-midi. Je n’ai rien fait d’autre que lire et enregistrer des informations, rechercher des livres sur l’Occupation et les rafles. Je remarquai que de nombreux ouvrages étaient épuisés. Je me demandai pourquoi. Parce que personne ne voulait lire sur le Vél d’Hiv ? Parce que cela n’intéressait plus personne ? J’appelai quelques librairies. On me répondit qu’il ne serait pas facile de me procurer ce que je cherchais. Faites tout ce que vous pouvez, dis-je. »  Page 39
  • « « Vous ne connaîtriez pas quelqu’un, un voisin, qui pourrait nous parler de la rafle ? » demandai-je. Nous avions déjà interviewé plusieurs survivants. La plupart avaient écrit des livres pour raconter leur expérience, mais nous manquions de témoins. »  Page 75
  • « J’étais sur le chemin du bureau quand mon téléphone sonna. C’était Guillaume. Il avait trouvé quelques-uns des livres épuisés dont j’avais besoin chez sa grand-mère. Il pouvait me les prêter. »  Page 130
  • « Franck Lévy devait avoir dans les soixante-cinq ans. Son visage avait quelque chose de profond, de noble et de las. Je le suivis dans son bureau, une pièce haute de plafond, remplie de livres, de dossiers, d’ordinateurs, de photographies. »  Page 133
  • « Il était mort, là, tout seul, dans le noir, sans eau, sans nourriture, avec son ours et son livre d’histoires. »  Page 138
  • « La chambre où elle avait dormi était spacieuse, simple mais confortable. Près de la porte se trouvait une étagère avec des livres. Elle alla y jeter un œil. Ses livres préférés étaient là, Jules Verne, la comtesse de Ségur. Sur les pages de garde, une main juvénile et scolaire avait écrit : Nicolas Dufaure. Elle se demanda de qui il s’agissait. »  Page 138
  • « La fillette avait des yeux clairs en amande. Bleus ou verts, c’était difficile à dire. Des cheveux blonds aux épaules, légèrement ondulés. Un beau sourire timide. Un visage en forme de cœur. Elle était assise à son pupitre d’écolière, un livre ouvert devant elle. Sur sa poitrine, l’étoile jaune. »  Page 145
  • « Le soir, je retrouvai Guillaume au Select. Nous nous assîmes à l’intérieur, près du bar, loin de la terrasse bruyante. Il avait apporté des livres. J’étais ravie. C’était ceux que je cherchais sans pouvoir mettre la main dessus. Notamment un, sur les camps du Loiret. Je le remerciai chaleureusement. »  Page 148
  • « La fillette suivait des yeux le faisceau orangé d’une lampe torche qui balayait les murs de la cave et s’approchait de sa cachette. Puis elle vit la gigantesque silhouette noire d’un soldat se détacher comme dans un livre d’images. Elle était terrorisée. »  Page 151
  • « Je lui demandai alors s’il y avait beaucoup de visiteurs au Mémorial. Il me répondit que des groupes scolaires venaient et, parfois, des touristes. Nous feuilletâmes le livre d’or. »  Page 156
  • « Nous sortîmes du bâtiment. J’emportais tout un tas de documents, brochures et livres, que le conservateur m’avait donnés. Dans ma tête, tout ce que je savais de Drancy se bousculait, les traitements inhumains de ces années de terreur, les trains qui n’en finissaient pas de transporter des Juifs jusqu’en Pologne. »  Page 157
  • « Quand, à l’aube, le chant du coq la réveilla, son oreiller était trempé de larmes. Elle s’habilla rapidement, se glissant dans les vêtements que Geneviève avait préparés pour elle. De solides habits de garçon, bien propres et passés de mode. Elle se demanda à qui ils avaient appartenu. À ce Nicolas Dufaure qui avait péniblement écrit son nom sur tous ces livres ? »  Page 163
  • « Elle courut dans le long couloir familier, puis tourna à gauche, dans sa chambre. Elle ne remarqua pas le nouveau papier peint, le nouveau lit, les livres, toutes ces choses qui ne lui appartenaient pas. »  Page 186
  • « Je promenais mon regard dans le bureau plein de couleurs de Charla, sur sa table de travail couverte de dossiers et de livres, sur les rideaux rubis en coton léger qui volaient dans la brise. »  Page 258
  • « « Alors, vous êtes journaliste ? À Paris, d’après ce que j’ai vu sur Internet ? »
    Je me mis à tousser nerveusement en tripotant ma montre.
    « Moi aussi, j’ai regardé. Votre dernier livre a l’air fabuleux, Festins toscans. »
    William Rainsferd soupira en se tapotant le ventre.
    « Ah ! Ce livre m’a valu cinq kilos de trop que je n’ai jamais réussi à perdre. » »  Page 270
  • « Je me demandais s’il avait fait des recherches sur le Vél d’Hiv, s’il avait lu des articles, des livres sur les événements de juillet 1942 en plein cœur de Paris. »  Page 285
  • « Je regardai la clef. Puis le dessin. Un portrait maladroit d’un petit garçon avec des cheveux blonds et bouclés, qui semblait être assis dans un placard, avec un livre sur les genoux et un nounours à ses côtés. Au dos, une légende : « Michel, 26, rue de Saintonge. » Je feuilletai le carnet. Aucune date. Des phrases courtes écrites sous forme de poèmes, en français, difficiles à déchiffrer. Quelques mots me sautèrent au visage : le camp, la clef, ne jamais oublier, mourir.
    « L’avez-vous lu ? demandai-je.
    — J’ai essayé. Mais je ne parle pas très bien français. Je ne comprends que des bribes. » »  Page 292
5 étoiles, D

De l’eau pour les éléphants

De l’eau pour les éléphants de Sara Gruen.

Éditions Le Livre de Poche, 2009, 299 pages

Roman écrit par Sara Gruen et publié initialement en 2006 sous le titre anglais « Water for elephants ».

Jacob Jankowski est un nonagénaire de 90 ou 93 ans, il ne se souvient plus très bien. Il vit dans un centre pour personnes âgées à son grand désespoir. Lorsqu’un cirque s’installe dans la ville près du centre, il se remémore sa jeunesse au début des années 30. À cette époque, il était en dernière année d’étude pour devenir vétérinaire. Il voulait ainsi pouvoir reprendre le bureau de son père. Malheureusement, Jacob n’a pas pu faire les examens finaux car ses parents sont décédés subitement, le laissant sans un sou. N’ayant plus rien, il se fait embaucher par un cirque ambulant pour s’occuper des animaux. Ce cirque voyageait à travers les États-Unis en crise après le krach de 1929 et les effets de la prohibition. À cette époque dans les coulisses du cirque rien n’était rose. Il y découvre des animaux maltraités et sous alimentés, la violence, l’exploitation des hommes, la prostitution et bien d’autres choses peu réjouissantes. Mais c’est aussi à cette époque qu’il a rencontré Marlène, l’amour de sa vie.

Un voyage dans le temps captivant. Dans ce roman, l’auteur a mis en scène deux époques très différentes avec habileté. Elle a su bien décrire les deux atmosphères : les centres de personnes âgées d’aujourd’hui et la vie difficile des années 30. Avec sa belle plume, elle nous fait plonger rapidement et sans retenue dans ces deux univers même si parfois les choses sont décrites de façon très crue. Il est, de plus, très original de sa part d’avoir utilisé le milieu du cirque pour camper son roman. Dès le début de la lecture, on s’attache au personnage du vieux Jankowski tellement il est réaliste. De le présenter en premier lieu à l’âge vénérable de quatre-vingt-dix ans et des poussières est très ingénieux car elle nous le fait apprécier dès le départ. Les personnages de Marlène et de Rosie sont aussi très attachants bien qu’elles ne soient pas aussi présentes que Jacob. Une lecture touchante qui a tout de même une pointe d’humour, surtout dans les scènes qui se déroulent au centre pour personnes âgées. Un très bon roman pour s’évader dans le passé et dans le monde inconnu du cirque.

La note : 5 étoiles

Lecture terminée le 13 novembre 2017

La littérature dans ce roman:

  • « Quelquefois, il m’arrive de penser que, si je devais choisir entre déguster du maïs en épi et faire l’amour, je choisirais le maïs. Certes, je ne serais pas contre une bonne partie de jambes en l’air – je suis encore un homme et certaines choses ont la vie dure – mais rien qu’à imaginer ces petits grains bien sucrés, craquant sous la dent, l’eau me vient à la bouche. Pur fantasme, certes. Rien de tout cela ne risque d’arriver, mais j’aime me confronter à ce dilemme – véritablement cornélien : partie de jambes en l’air contre épi de maïs. Merveilleux dilemme. »  Pages 14 et 15
  • « — Si je reprends la clientèle de mon père et tâche de rembourser le prêt ?
    — Ça ne marche pas ainsi. Vous n’êtes rien dans cette affaire.
    Je dévisage cet homme, son costume luxueux, son bureau cossu, ses livres reliés. »  Page 26
  • « Un nain est couché sur le ventre, un gros livre ouvert devant lui. »  Page 62
  • « Une chemise blanche m’attendait sur le lit de camp de Kinko. J’ôte la mienne et la jette dans le coin, sur la vieille couverture. Avant d’enfiler la propre, je la porte à mes narines pour humer la bonne odeur de propre.
    Je suis en train de la boutonner quand les livres de Kinko attirent mon attention. Ils sont posés sur la caisse, à côté de la lampe à pétrole. Je rentre les pans dans mon pantalon, m’assieds sur le lit, attrape le premier volume de la pile.
    Ce sont les œuvres complètes de Shakespeare. Dessous, il y a une anthologie des poèmes de Wordsworth, une Bible, et le Théâtre d’Oscar Wilde. Quelques BD sont cachées sous la couverture du Shakespeare. Je les reconnais aussitôt. Ce sont des BD pornographiques.
    J’en ouvre une. Une Olive schématiquement dessinée est étendue sur un lit, cuisses écartées, nue mais chaussée. Elle se caresse. Au-dessus de sa tête, Popeye apparaît dans une bulle, avec une érection qui lui arrive jusqu’au menton. Wimpy, qui a un membre tout aussi imposant, regarde par la fenêtre.
    — Qu’est-ce que tu fous ?
    Je lâche l’illustré, puis me penche vivement pour le ramasser. » Page 80
  • « Il parcourt du regard ma chemise, mes joues rasées de frais. Il flanque l’illustré sur son lit. »  Page 80
  • « — Il a dit aussi que tu pouvais fouiller dans mes affaires ?
    — Euh… non.
    Il rassemble ses livres et les remet sur la caisse. »  Page 81
  • « — Fous le camp !
    Il me jette une autre bouteille.
    Je pivote sur moi-même, lâchant mes hardes pour protéger ma tête. J’entends une fermeture Éclair coulisser, et une seconde plus tard les œuvres complètes de Shakespeare s’écrasent contre le mur. »  Page 94
  • « Il plie en deux son oreiller, s’allonge, attrape un livre sur la pile. Queenie se couche à ses pieds, et me surveille. »  Page 135
  • « Kinko – Walter – me réveille quelques heures plus tard.
    — Hé, la Belle au bois dormant ! dit-il en me secouant. On a hissé le drapeau… »  Page 145
  • « — Tiens ! dit-il en me lançant un illustré porno, qui glisse par terre jusqu’à mes pieds. C’est pas Marlène, mais c’est mieux que rien.   
    Une fois tranquille, je le ramasse et le feuillette ; mais, en dépit des caricatures explicites, je n’arrive pas à me passionner pour les ébats du Grand Producteur de Cinéma et de la starlette maigrichonne aux traits chevalins. »  Page 158
  • « C’est la fin d’une longue journée, dans une ville quelconque – vues d’une voie de garage, elles se ressemblent toutes – et l’Escadron Volant se prépare à partir. Je me repose sur mon sac de couchage, à lire Othello pendant que Walter lit du Wordsworth. Queenie est couchée en boule contre lui.
    Elle relève la tête et grogne. Nous nous redressons brusquement, Walter et moi.
    La large tête chauve d’Earl se dessine dans notre champ de vision.
    — Doc ! dit-il en me regardant. Hé, Doc !
    — Salut, Earl. Qu’est-ce qu’il y a ?
    — J’ai besoin de toi.
    — Bon, quel est le problème ? dis-je en reposant mon bouquin. »  Page 164
  • « — Walter, il faut que je te parle, dis-je en faisant irruption dans notre chambrette.
    Queenie redresse la tête, constate que c’est moi et la remet sur ses pattes.
    Walter repose son bouquin. »  Page 173
  • « — Merde…, dis-je.
    Je me frappe le front du plat de la main. Une fois. Deux fois. Trois fois.
    — Hé, arrête ! dit Walter en se redressant, et il ferme son livre. Je suis sérieux. Que ferait-on de lui ? »  Page 174
  • « Dorénavant, Walter lit Shakespeare, tandis que Camel se soûle et devient de plus en plus grognon et insupportable. »  Page 206
  • « — T’as du verre dans les cheveux… Bouge pas.
    Ses doigts palpent mon cuir chevelu, soulèvent et séparent mes cheveux.
    — Et pourquoi est-il devenu fou ? dit-il en déposant des morceaux de verre sur le livre le plus proche. »  Page 223
  • « Lorsque je reprends connaissance, Camel ronfle, affalé sur le lit de camp, tandis que Walter est assis sur la couverture de paddock, dans le coin, la lampe près de lui et un livre sur les genoux. »  Page 224
  • « Je m’effondre sur place, submergé par la peine et les remords. Je jette un livre contre le mur. Je boxe les planches. Je lève le poing contre Dieu et quand, enfin, je m’abandonne à des pleurs convulsifs, Queenie sort de sa cachette et se glisse sur mes genoux. »  Page 263
3,5 étoiles, E, G

Les enfants de la terre, tome 4 : Le grand voyage

Les enfants de la terre, tome 4 : Le grand voyage de Jean M. Auel

Éditions France Loisirs, 2003, 1020 pages

Quatrième tome de la saga « Les enfants de la terre » écrit par Jean M. Auel et publié initialement en 1990 sous le titre « Earth’s Children, Book 4 – The Plains of Passage ».

Ayla et Jondalar accompagné de leurs chevaux et de Loup font le Grand Voyage vers la terre natale de Jondalar. Un itinéraire long de plusieurs milliers de kilomètres et de presqu’un an de marche. Au cours de ce périple, ils évolueront dans un paysage changeant tant aux niveaux de la faune que de la flore. Cette variation d’environnement apportera son lot d’obstacles pour le couple et pour leurs animaux apprivoisés. Sur leur trajet, ils rencontreront aussi plusieurs peuples. Ils profiteront pour faire un arrêt au camp des Sharamudoï qui avaient hébergé Jondalar et son frère Thonolan lors de leur voyage initiatique vers l’est. Malheureusement pour le couple, tous les tribus rencontrées ne seront pas aussi accueillantes que ce peuple ami. Les nombreuses journées de chevauché seront pour Ayla des moments de réflexion sur son passé et d’anticipation sur l’accueil que lui fera la famille de Jondalar. Comment sera-t-elle accueilli par les Zelandonii, le camp d’origine de Jondalar ? Sera-t-elle repoussée dû à sa différence ? Survivront-ils à ce voyage ?

Une saga qui semble s’essouffler avec ce quatrième tome. Dans cet ouvrage, le lecteur a droit à une description exhaustive du voyage, de la faune et de la flore. Les rencontres avec les différents peuples sont les éléments les plus intéressants de l’histoire, malheureusement elles sont en général trop courtes, trop peu nombreuses et noyées dans les descriptions des paysages. À la lecture on constate encore une fois la grande connaissance de l’auteur sur cette période de l’histoire de l’humanité. Elle est très bien documentée et nous y transporte de façon sublime bien qu’elle aurait gagné à alléger le texte. Les personnages d’Ayla et de Jondalar finissent par acquérir une certaine maturité émotionnelle lors du voyage. Ici plus de lamentations sur leur relation tel que le lecteur l’a vécu dans le troisième tome. Cependant, ils manquent encore de réalisme surtout au niveau psychologique. Il est impensable qu’ils n’aient aucune conception de la méchanceté et qu’ils soient décontenancé devant la démonstration de celle-ci. Un élément négatif du texte est que les scènes de sexe sont trop nombreuses et elles manquent généralement de crédibilité. Cette lecture offre tout de même de courts moments d’évasion. L’histoire est captivante lorsqu’il s’agit de découvrir l’évolution des personnages ainsi que les mœurs de nouvelles tribus. Malheureusement les trop longues descriptions alourdissent le texte qui aurait gagné en dynamisme s’il avait été condensé de plusieurs pages. L’histoire devient sans surprise et répétitive. Le suspense et l’intrigue ne sont pas au rendez-vous. Espérons que les prochains tomes seront plus passionnants.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 3 novembre 2017

La littérature dans ce roman:

  • « Ayla était intriguée par la passion de Losaduna pour les contes, légendes et mythes, pour le monde des esprits – tout ce qu’elle n’avait pas le droit de connaître lorsqu’elle vivait parmi le Clan -, et elle en vint à admirer l’étendue de son savoir. »  Page 810