3,5 étoiles, A, F

La famille Waverley, tome 1 : Amours et autres enchantements

La famille Waverley, tome 1 : Amours et autres enchantements de Sarah Addison Allen.

Éditions Pocket, publié en 2013, 308 pages

Premier tome de la série de romans « La famille Waverley » de Sarah Addison Allen paru initialement en 2007 sous le titre « Garden Spells ».

Dans la petite ville de Bascom, en Caroline du Nord, tout le monde connaît la famille Waverley. Les membres de cette famille ont toujours été considérés comme des parias et ce depuis plusieurs générations. De nombreuses légendes circulent sur cette famille, elles font allusion à des faits étranges, à de la magie ainsi qu’à un pommier qui prédirait l’avenir. Mais de cette famille, il ne reste que trois femmes : Evanelle, Claire et Sydney. Claire et Evanelle sont restée à Bascom mais Sydney, la soeur cadette de Claire, a préféré fuir la ville et la demeure familiale il y de ça dix ans. Claire assume sa part de magie à travers différents plats qu’elle concocte en tant que traiteur. Avec les années et les abandons dont elle a été victime, elle s’est forgée une carapace et a décidé de ne plus s’attacher à rien ni à personne pour ne plus souffrir. Mais le retour de sa sœur avec sa petite fille chamboulera sa vie bien rangée et solitaire. Acceptera-t-elle de laisser entrer dans sa vie cette famille sur laquelle elle avait tiré un trait ?

Un roman émouvant avec une petite touche de magie. Une histoire simple et agréable qui traite des relations fraternelles, de la perception des gens et de l’amour. L’atmosphère créée par l’auteur est très réussie, elle nous transporte dans le quotidien de ces deux sœurs blessées et dans un monde doux et agréable. Le fait d’introduire une petite touche de magie comme les fleurs ayant des vertus spéciales, nous emmène gentiment à la limite du possible. Les personnages sont tous attachants malgré leurs caractères, leurs désirs et leurs problèmes. Une mention spéciale pour celui d’Evanelle qui est adorable, cette vieille dame qui offre des objets insolites aux gens en anticipant leur besoin. Malheureusement, la fin de certaines histoires sont un peu faciles ou précipitées. C’est un roman idéal pour se vider l’esprit et découvrir un monde où tous les problèmes se résolvent invariablement.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 9 mai 2015

La littérature dans ce roman :

  • « Sydney quitta Bay, mais au lieu de redescendre pour aller chercher les sacs et les caisses dans la voiture, elle se dirigea vers son ancienne chambre. Quand elle était enfant, elle aimait y rester des après-midis entiers, s’imaginant parfois qu’elle était prisonnière d’une méchante sœur, comme dans un conte de fées. »  Pages 56 et 57
  • « Il s’appuya d’une main sur le véhicule, près de son épaule. Elle pourrait partir bien sûr., Filer et lui tourner le dos encore une fois. Mais il baissa la tête et elle put apercevoir le minuscule réseau de rides autour de ses yeux. On aurait dit aussi qu’il avait eu l’oreille percée autrefois. Tout cela racontait des histoires sur lui, des contes, et Claire écoutait, bercée par cette mélopée. »  Page 183
  • « Pour Fred, ces trente années étaient passées aussi rapidement qu’un livre que l’on feuillette, sauf que la fin était différente de ce qu’il avait imaginé. Il regrettait de ne pas avoir prêté davantage attention à l’histoire.
    Et à celui qui la racontait. »  Page 217
    « Les yeux de Sydney se portèrent immédiatement là où Claire semblait passer le plus de temps : la confortable banquette sous la fenêtre. Une pile de livres se trouvait sur le sol juste à côté. »  Page 240
  • « Elle lâcha soudain ses sacs en voyant Hunter John, assis dans le canapé, qui feuilletait un gros livre posé sur la table basse. »  Page 167
  • « Discuter. Parler. Rompre. Non. Elle tendit la main vers son livre pour le distraire.
    – Qu’est-ce que tu regardes ?
    – Notre album de l’année de terminale, dit-il, et le cœur d’Emma se serra. »  Page 268
  • « Abandonnant sacs et paquets, elle alla s’asseoir à côté de lui gentiment, doucement, de peur qu’il ne s’enfuie si elle allait trop vite. Le livre était ouvert à une double page de clichés instantanés. Sydney, Emme et Hunter John figuraient presque sur toutes. »  Page 268
  • « – Non ! coupa-t-il avec rudesse en la lâchant. Non. Ne recommence pas. Qu’ai-je bien pu faire pour que tu croies qu’je regrettais de t’avoir choisie ? J’ai passé des jours à essayer de deviner comment j’aurais pu empêcher cela d’arriver, mais tu sais ce que j’ai compris ? Il ne s’agit pas d’une histoire entre toi et moi. Mais entre toi et Sydney. Je soupçonne aussi que ta mère a un rôle là-dedans. Je t’aime, je n’aime pas Sydney. Je veux passer ma vie avec toi, pas avec elle. Nous ne sommes plus les mêmes personnes, conclut-il en refermant l’album du lycée, le livre des rêves enfantins de célébrité et de voyage sac au dos à travers la France. En tout cas, moi, je ne suis plus la même personne. »  Pages 270 et 271
3,5 étoiles, A

Arsène Lupin contre Herlock Sholmès

 Arsène Lupin contre Herlock Sholmès de Maurice Leblanc.

Éditions Bibliothèque Électronique du Québec, publié en 2007, 357 pages

Deuxième tome de la série Arsène Lupin de Maurice Leblanc paru initialement en 1908 et comprenant deux histoires « La dame blonde » et « La lampe juive ».

 

Arsène Lupin contre Herlock Sholmès

Dans « La dame blonde » M. Gerbois achète un secrétaire pour sa fille Suzanne. Un inconnu lui offre de lui racheter mais il refuse. Peu de temps après, le secrétaire est volé au grand désespoir de M. Gerbois car il y avait rangé son billet de loterie gagnant. Une proposition est faite par Lupin à M. Gerbois pour partager le montant de la loterie en deux. Peu de temps après, le baron d’Hautrec est assassiné et son précieux diamant bleu est volé. La police piétine dans les 2 cas. Les victimes décident d’appeler le plus grand détective anglais, Herlock Sholmès pour résoudre les 2 enquêtes. Dans « La lampe juive », Herlock Sholmès reçoit deux lettres, une lettre du baron d’Imblevalle lui demandant son aide pour retrouver une lampe qu’on lui a volé et une d’Arsène Lupin lui demandant de ne pas accepter l’affaire proposée par le baron. Sholmès n’en tient aucun compte de la lettre de Lupin et se rend à Paris avec Wilson. M. d’Imblevalle est heureux que Sholmès accepte et l’informe qu’à l’intérieur de la lampe était caché un bijou de très grande valeur.

Ce roman policier met en vedette le plus célèbre cambrioleur français et le meilleur détective britannique, rien de moins. Les affrontements entre ces deux personnages donnent des duels épiques. Par contre, les intrigues manquent de profondeur et quelques fois de vraisemblance comme si l’auteur était tombé dans la facilité. Ces deux textes nous transportent littéralement dans la France du début du vingtième siècle et dépeint un tableau de la société de l’époque. Les personnages bien que caricaturaux sont bien rendus et intéressants. Celui d’Arsène Lupin est très (trop) intelligent, habile à se déguiser et capable de se sortir de tous les impasses. Ceux de Herlock Sholmès et de Wilson sont quant à eux plus des parodies que des caricatures du célèbre Sherlock Holmes et de Watson. Le point fort des textes est l’humour qu’ils contiennent bref une lecture d’été qui passe bien.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 27 septembre 2014

La littérature dans ce roman :

  • « À l’entrée du boulevard Malesherbes, l’automobile était arrêtée, en panne, et M. Gerbois en descendait. »  Page 34
  • « – Et le second client, demanda Folenfant, quelle adresse a-t-il donnée ? – Aucune adresse… « Boulevard Malesherbes… »  Page 34
  • « Mais il ne voulait pas se l’avouer. Non, mille fois non, un homme et une femme ne s’évanouissent pas ainsi que les mauvais génies des contes d’enfants. »  Page 53
  • « Ganimard n’est pas un de ces policiers de grande envergure dont les procédés font école et dont le nom restera dans les annales judiciaires. Il lui manque ces éclairs de génie qui illuminent les Dupin, les Lecoq et les Sherlock Holmes. »  Pages 63 et 64
  • « – Et puis… il y a autre chose… je crois bien que le couteau… celui que je n’ai pas revu la seconde fois… lui appartenait… Elle s’en servait pour couper les pages des livres. »  Pages 66 et 67
  • « – Il est un homme, un seul après vous, selon moi, qui serait capable de combattre Lupin et de le réduire à merci. Monsieur Ganimard, vous serait-il désagréable que nous sollicitions l’aide d’Herlock Sholmès ? »  Page 92
  • « – Vous avez raison, madame, prononça l’inspecteur avec une loyauté qui n’était pas sans quelque mérite, vous avez raison ; le vieux Ganimard n’est pas de force à lutter contre Arsène Lupin. Herlock Sholmès y réussira-t-il ? Je le souhaite, car j’ai pour lui la plus grande admiration… Cependant… il est peu probable…
    – Il est peu probable qu’il aboutisse ?
    – C’est mon avis. Je considère qu’un duel entre Herlock Sholmès et Arsène Lupin est une chose réglée d’avance. L’Anglais sera battu.
    – En tout cas, peut-il compter sur vous ?
    – Entièrement, madame. Mon concours lui est assuré sans réserves.
    – Vous connaissez son adresse ?
    – Oui, Parker street, 219. Le soir même, M. et Mme de Crozon se désistaient de leur plainte contre le consul Bleichen, et une lettre collective était adressée à Herlock Sholmès. »  Page 93
  • « – Herlock Sholmès a dû traverser la Manche cet après-midi et arriver vers six heures. »  Page 97
  • « – Sholmès ? Oh ! j’avoue que celui-ci est de taille. Mais c’est justement ce qui me passionne et ce pour quoi vous me voyez de si joyeuse humeur. D’abord, question d’amour-propre : on juge que ce n’est pas de trop du célèbre Anglais pour avoir raison de moi. Ensuite, pensez au plaisir que doit éprouver un lutteur de ma sorte à l’idée d’un duel avec Herlock Sholmès. Enfin ! je vais être obligé de m’employer à fond ! car, je le connais, le bonhomme, il ne reculera pas d’une semelle. »  Pages 98 et 99
  • « – Arsène Lupin contre Herlock Sholmès… La France contre l’Angleterre… Enfin, Trafalgar sera vengé !… Ah ! le malheureux… il ne se doute pas que je suis préparé… et un Lupin averti… »  Page 99
  • « – Celui-là… pour des raisons personnelles, je préfère… dehors je vous expliquerai..
    – Mais qui est-ce donc ?
    – Herlock Sholmès. »  Page 100
  • « Herlock Sholmès est un homme… comme on en rencontre tous les jours. Âgé d’une cinquantaine d’années, il ressemble à un brave bourgeois qui aurait passé sa vie, devant un bureau, à tenir des livres de comptabilité. »  Page 104
  • « Et puis, c’est Herlock Sholmès, c’est-à-dire une sorte de phénomène d’intuition, d’observation, de clairvoyance et d’ingéniosité. On croirait que la nature s’est amusée à prendre les deux types de policier les plus extraordinaires que l’imagination ait produits, le Dupin d’Edgar Poe, et le Lecoq de Gaboriau, pour en construire un à sa manière, plus extraordinaire encore et plus irréel. Et l’on se demande vraiment, quand on entend le récit de ces exploits qui l’ont rendu célèbre dans l’univers entier, on se demande si lui-même, ce Herlock Sholmès, n’est pas un personnage légendaire, un héros sorti vivant du cerveau d’un grand romancier, d’un Conan Doyle, par exemple. »  Page 104
  • « – Bah ! fit Herlock Sholmès, en froissant le journal, des gamineries ! C’est le seul reproche que j’adresse à Lupin… un peu trop d’enfantillages… La galerie compte trop pour lui… Il y a du gavroche dans cet homme ! »  Page 133
  • « – Destange… Lucien Destange… ce nom ne m’est pas inconnu.
    Ayant aperçu un cabinet de lecture, il consulta un dictionnaire de biographie moderne et copia la note consacrée à Lucien Destange, né en 1840, Grand-Prix de Rome, officier de la Légion d’honneur, auteur d’ouvrages très appréciés sur l’architecture… etc. »  Page 144
  • « Le domestique toisa l’individu auquel il venait d’ouvrir la porte de l’hôtel – le magnifique hôtel qui fait le coin de la place Malesherbes et de la rue Montchanin – et à l’aspect de ce petit homme à cheveux gris, mal rasé, et dont la longue redingote noire, d’une propreté douteuse, se conformait aux bizarreries d’un corps que la nature avait singulièrement disgracié, il répondit avec le dédain qui convenait :
    – M. Destange est ici, ou n’y est pas. Ça dépend. Monsieur a sa carte ? »  Page 148
  • « Il fut donc introduit dans une immense pièce en rotonde qui occupe une des ailes de l’hôtel et dont les murs étaient recouverts de livres, et l’architecte lui dit :
    – Vous êtes monsieur Stickmann ?
     – Oui, monsieur.
    – Mon secrétaire m’annonce qu’il est malade et vous envoie pour continuer le catalogue général des livres qu’il a commencé sous ma direction, et plus spécialement le catalogue des livres allemands. Vous avez l’habitude de ces sortes de travaux ? »  Pages 148 et149
  • « Comme renseignement il savait ceci : M. Destange, de santé médiocre et désireux de repos, s’était retiré des affaires et vivait parmi les collections de livres qu’il a réunies sur l’architecture. Nul plaisir ne l’intéressait, hors le spectacle et le maniement des vieux tomes poudreux.
    Quant à sa fille Clotilde, elle passait pour originale. Toujours enfermée, comme son père, mais dans une autre partie de l’hôtel, elle ne sortait jamais.
    « Tout cela, se disait-il, en inscrivant sur un registre des titres de livres que M. Destange lui dictait, tout cela n’est pas encore décisif, mais quel pas en avant ! Il est possible que je ne découvre point la solution d’un de ces problèmes passionnants : M. Destange est-il l’associé d’Arsène Lupin ? »  Pages 149 et 150
  • « À deux heures, il aperçut pour la première fois Clotilde Destange qui venait chercher un livre dans la bibliothèque. »  Page 151
  • « Très calmement, elle tourna le bouton de l’électricité et livra passage à son père. Ils s’assirent l’un près de l’autre. Elle prit un volume qu’elle avait apporté et se mit à lire. »  Page 152
  • « Dehors, Sholmès s’assura qu’il n’y avait ni automobile, ni fiacre en station, et s’éloigna en boitillant par le boulevard Malesherbes. »  Page 155
  • « Une heure plus tard, l’Anglais fit fonctionner le ressort de sa lanterne et se dirigea vers l’armoire.
    Comme il le savait, elle contenait les anciens papiers de l’architecte, dossiers, devis, livres de comptabilité. »  Page 183
  • « – Voici justement un livre que Mlle Destange m’a prié de lui apporter dès que je mettrais la main dessus. »  Page 186
  • « Dans la rotonde, par la baie grande ouverte, on apercevait M. Destange qui maniait ses livres avec des gestes mesurés. »  Page 189
3,5 étoiles, E

Les Enquêtes d’Hercule Poirot

Les Enquêtes d’Hercule Poirot d’Agatha Christie.

Éditions du Masque, publié en 1991, 136 pages

Recueil de nouvelles d’Agatha Christie paru initialement en 1924 sous le titre « Poirot investigates ».

Ce recueil de nouvelles policières met en scène le détective belge Hercule Poirot et son fidèle assistant et ami le capitaine Hastings. Neuf nouvelles pour neuf intrigues très différentes les unes des autres. Poirot devra élucider quelques mystères tel que des vols, des meurtres, des enlèvements et il devra même trouver un testament caché.

Assortiment de petites enquêtes bien structurées. Un recueil de nouvelles c’est souvent inégal avec des histoires plus intéressantes que d’autres, celui-ci ne fait pas exception. Le style des nouvelles est somme toute classique. Agatha Christie emploi le même schéma qu’elle utilise dans ses romans mettant en vedette Hercule Poirot : scène de crime, fausses pistes, travail des petites cellules grises de l’enquêteur et résolution du mystère. La majorité des intrigues sont fouillées et se terminent avec des résolutions ingénieuses. L’intérêt principal de cet ouvrage est de pouvoir lire rapidement une succession de petites enquêtes menées par Hercule Poirot et d’apprécier son raisonnement logique au travers d’une trame bien ficelée. Cette lecture est bien agréable bien qu’elle devrait être recommandée à ceux qui veulent s’initié au style de Reine du crime et à son fameux détective belge avant de se plonger dans des romans plus denses.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 31 juillet 2014

La littérature dans ce roman :

  • « — L’histoire semble d’un romantisme presque incroyable. Et cependant… qui sait ? Hastings, passez-moi mon almanach, je vous prie.
    Je m’exécutai.
    — Voyons, murmura le petit homme en tournant les pages. Quelle est la date de la pleine lune ? Ah ! vendredi prochain. Dans trois jours. Eh bien, madame, vous souhaitez mon avis ? Je vous le donne. Cette belle, belle histoire, peut être une mauvaise plaisanterie, mais il est permis d’en douter. En ce cas, je vous conseille de placer ce diamant sous ma garde jusqu’après vendredi prochain. Nous pourrons prendre, ensuite, les mesures qu’il vous plaira. »  Page 6
  • « J’allai vers la table placée à l’extrémité de la pièce et rapportai la revue en question. Elle me la prit des mains, chercha l’article, le trouva et lut à haute voix :
    « Parmi les nombreuses pierres célèbres, on compte « l’Étoile de l’Est » un diamant actuellement en possession de la famille Yardly. Un ancêtre de l’actuel Lord Yardly le rapporta de Chine et une histoire romanesque est réputée s’y attacher. La pierre aurait été l’œil droit du dieu d’un temple sacré. Un autre diamant de forme et de dimensions identiques aurait représenté l’œil gauche de ce même dieu et la date de sa disparition est inconnue. Un œil du dieu ira à l’Ouest, et l’autre ira à l’Est jusqu’à ce qu’ils se rencontrent à nouveau et retournent triomphalement à leurs places. Par une curieuse coïncidence, une pierre connue sous le nom d’« Étoile de l’Ouest » correspond parfaitement à la description de « l’Étoile de l’Est ». Elle est actuellement la propriété de la célèbre actrice de cinéma, miss Mary Marvell. Une comparaison entre les deux joyaux serait intéressante. » La lectrice s’interrompit.
    — Épatant, s’exclama Poirot, sans aucun doute, un roman de premier ordre. Et vous n’avez pas peur, madame ? Vous ne redoutez pas de confronter deux sœurs jumelles de crainte qu’un Chinois n’apparaisse et, passez muscade, les remporte à toute allure en Chine ? »  Pages 8 et 9
  • « Je ne sais ce qu’aurait pu ajouter Poirot, car à ce moment, la porte s’ouvrit pour livrer passage à un homme superbe. De sa tête brune et bouclée à la pointe de ses bottes vernies, il représentait le parfait héros de roman. »  Page 9
  • « — Bien, déclara-t-il d’un ton brusque, une étrange expression sur le visage. L’intrigue suit son cours. Passez-moi, je vous prie, le nobiliaire qui se trouve sur cette étagère supérieure. Il en tourna les pages. Ah, voici ! Yardly… 10e vicomte, servit en Afrique du Sud. Tout ça n’a pas d’importance… Épousa en 1907, l’Hon. Maud Stopperton, quatrième fille du troisième baron Cotteril… etc., etc., descendance : deux filles nées en 1908 et 1910… Clubs… Résidences… Voilà. Cela ne nous apprend pas grand-chose, mais demain matin nous verrons ce lord. »  Page 12
  • « — Pas maintenant, je vous prie. Ne brouillons pas notre esprit. Et regardez ce nobiliaire… Comment l’avez-vous rangé ! Ne voyez-vous pas que les livres sont disposés par rang de taille ? De cette manière nous avons de l’ordre, de la méthode, dont, comme je vous l’ai souvent fait remarquer, Hastings…
    — Exactement, coupais-je vivement, remettant le volume à sa place habituelle. »  Page 13
  • « — Absurdités, bredouilla-t-il, il n’y a jamais eu d’histoire romanesque attachée à ce diamant. Je crois savoir qu’à l’origine il est venu de l’Inde, mais je n’ai jamais eu connaissance de ce conte de dieu chinois ! »  Page 13
  • « — Et Mrs. Fergusson ? demanda Parker, quelles sont vos déductions à son sujet. Hastings ?
    — Sans aucun doute, mon cher Watson, répliquai-je d’un ton léger, elle venait d’un autre appartement situé dans le même immeuble ! »  Page 44
  • « — Il y a en bas un monsieur qui veut absolument voir M. Poirot ou vous, capitaine Hastings. Il a très grand air… Voici sa carte.
    Elle me tendit le bristol et je lus : « Monsieur Roger Havering. »
    Poirot dirigea ses regards vers la bibliothèque ; immédiatement je compris ce qu’il voulait et lui tendis le Gotha. Il le feuilleta rapidement :
    « Deuxième fils du cinquième baron Windsor. Épousa en 1913, Zoé, quatrième fille de William Crabb. » »  Page 57
  • « — Ce n’est pas leur air balourd qui me déçoit, mon ami. Je n’espère pas trouver en un directeur de banque, un « financier alerte à l’œil perçant » comme le dépeignent vos romanciers favoris. Non, c’est l’affaire qui me déçoit… C’est trop facile ! »  Page 75
  • « — En somme, ce que vous attendez de moi, c’est que je protège votre fils ? Je ferai tout mon possible pour éviter qu’il lui arrive malheur.
    — Dans des circonstances ordinaires, j’en suis persuadée… Mais que pourriez-vous contre une puissance occulte ?
    — Dans les ouvrages du Moyen Âge, Lady Willard, vous trouverez divers moyens de neutraliser la magie noire. Peut-être étaient-ils plus savants que nous à l’époque, malgré notre science dont nous nous vantons. À présent, venons-en aux faits, afin que je puisse m’orienter. Votre mari a toujours été un égyptologue convaincu, je crois ? »  Page 82
  • « — Voyons Poirot, il y a aussi beaucoup de sable en Belgique, lui rappelai-je, me souvenant de vacances passées à Knokke-leZoute, au milieu des « dunes impeccables », pour reprendre l’expression du guide de la région. »  Page 85
  • « — Voyons, il est impossible que vous ajoutiez foi à… Mais enfin, c’est impensable ! Cela prouverait que vous ne savez rien de l’ancienne Égypte.
    Pour toute réponse, Poirot sortit de sa poche un vieux volume tout déchiré. Il nous montra la couverture où je lus : « La Magie des Égyptiens et des Chaldéens », puis, nous tournant le dos, il sortit de la tente à grands pas. Le docteur me regarda ébahi. »  Page 89
  • « Retournant vers nos compagnons, en proie à une forte émotion, nous trouvâmes Poirot prenant des mesures énergiques pour assurer sa sécurité personnelle. Il traçait fébrilement dans le sable autour de notre tente, des diagrammes et des inscriptions variées. Je reconnus l’étoile pentacle répétée plusieurs fois. Suivant son habitude, Poirot faisait en même temps une dissertation impromptue sur la sorcellerie et la magie en général, la magie blanche qui s’oppose à la magie noire, avec une allusion au Ka et au Livre des morts. »  Page 91
  • « — Nous arrivons juste à temps, ce beau monsieur allait justement partir pour le continent. Bien, messieurs, c’est tout ce que nous pouvons faire ici. C’est une triste affaire qui paraît assez nette.
    En redescendant le Dr Hawker semblait très surexcité.
    — C’est le commencement d’un roman, dit-il, on ne le croirait pas si on le lisait. »  Page 122
  • « — Il vaut mieux que vous soyez franc avec moi. Je ne vous demande pas ce qui vous a amené en Angleterre. Je sais déjà que vous êtes venu uniquement pour voir le comte Foscatini.
    — Il n’était pas comte, grogna l’Italien.
    — J’ai déjà remarqué que son nom ne figurait pas au Gotha. »  Page 124
  • « Lui-même d’une instruction très rudimentaire, compensée par un remarquable bon sens, accordait peu de valeur à ce qu’il appelait « les connaissances livresques ». À son avis, les jeunes filles devaient se contenter d’apprendre à devenir des maîtresses de maison accomplies et perdre le moins de temps possible avec les livres. »  Page 128
3,5 étoiles, M

La quête d’Ewilan tome 1 : D’un monde à l’autre

La quête d’Ewilan tome 1 : D’un monde à l’autre de Pierre Bottero.

Éditions Rageot (Poche), publié en 2006, 198 pages

Premier tome de la trilogie « La quête d’Ewilan » écrit par Pierre Bottero et publié initialement en 2003.

Camille est une jeune fille de 13 ans qui a été adoptée par la famille Duciel. Sa vie suit son cours tranquillement sans réelle implication de sa famille adoptive. Alors qu’elle traverse la rue, sans regarder, un camion fonce sur elle. Elle est convaincue qu’elle va être happer par celui-ci. Soudainement, elle se retrouve dans une forêt de L’Empire de Gwendalavir. Que s’est-il passé ? Comment a-t-elle fait pour se retrouver dans cette forêt ? Après avoir assisté à un combat entre un chevalier et une bête mystérieuse, elle sera de retour sur le trottoir près du camion. Mais suivant son retour, Camille a l’impression que son imagination lui joue des tours en recréant dans la réalité des scènes qu’elle imagine. Lors de ses recherches, elle découvrira qu’en fait elle est native de Gwendalavir et qu’elle est la fille d’une impératrice. Pour les protéger d’une guerre naissante, Camille et son frère ont été envoyés dans un autre monde et leurs souvenirs ont été bloqués. Mais ce qui trouble le plus Camille c’est qu’il semble qu’elle soit l’élue à qui il appartient de sauver L’Empire de Gwendalavir. La défense de l’Empire repose sur des dons particuliers des guerriers : l’Art du dessin et l’imagination. Saura-t-elle en mesure de contrôler ces aptitudes pour sauver l’Empire ?

Ce roman jeunesse est assez original, l’histoire est captivante et intéressante. Le point fort est le mélange des univers moderne et médiévale, des chevaliers et des bêtes fantastiques. Les voyages entre les deux univers ajoutent au plaisir de la lecture. Par contre, le système de magie basé sur le dessin et l’imagination est simpliste. Il utilise à outrance le principe de « la pensée magique » ce qui est très réducteur au niveau de la trame de l’histoire. Les personnages sont bien construits et attachants mais manque de subtilité et de profondeur pour les lecteurs adultes. Le personnage d’Ellana est le plus réussit, mais très peu présent, il est sympathique et intriguant. Le style d’écriture est simple mais entretient le suspense et pousse le lecteur à vouloir connaître la suite. Ce premier tome offre un début d’aventure lent et permet ainsi de se familiariser avec les lieux et les personnages. Espérons que l’histoire gagnera en richesse et en complexité dans les tomes suivants. C’est une petite histoire sans prétention, assez classique, qui se lit très facilement.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 23 juin 2014

La littérature dans ce roman :

  • « — Ewilan, je t’ai appelée Ewilan. J’ai sans doute piqué ça dans un film ou dans une BD, mais si ça te fait cet effet-là, c’est sûr que je ne recommencerai pas ! »  Page 14
  • « Salim s’installa du mieux qu’il put et ouvrit son livre pour essayer de comprendre le théorème de Pythagore. »  Page 23
  • « La bibliothèque est l’âme d’une maison, tous les gens de bonne naissance le savent. Il aurait donc été inconcevable aux yeux des Duciel qu’une demeure comme la leur ne comprenne pas une telle pièce, où les hôtes de marque et le maître des lieux se retirent, après le repas, pour fumer un cigare et boire un verre de cognac.
    Mais une fois la maison achetée, la pièce dédiée, les Duciel s’étaient aperçus qu’ils n’avaient strictement rien à y ranger.
    M. Duciel avait résolu le problème en acquérant aux enchères l’intégralité de la bibliothèque d’un vieux marquis écrasé de dettes. Il avait fait installer les livres dans de beaux rayonnages en bois de noyer et plus personne ne les avait ouverts.
    Lorsque Camille avait émis le désir de les consulter, M. Duciel avait hésité, pour la forme, avant d’accepter.
    N’ayant aucune idée de ce qu’il avait acheté, il était persuadé que sa fille adoptive avait déniché quelques ouvrages pour la jeunesse qu’elle déchiffrait avec peine. Il l’avait longuement sermonnée sur la valeur des livres, le respect qu’on leur devait, puis s’était, à son habitude, désintéressé d’elle et de ses activités.. »  Page 24
  • « Elle avait commencé sa recherche le matin même, à la bibliothèque municipale mais, insatisfaite, la poursuivait chez elle. Elle venait de trouver son bonheur dans un vieux livre en grec ancien d’Aristote. »  Page 25
  • « Ils gagnèrent la salle de français et s’installèrent. Leur professeur, une jeune femme, entra à son tour. Après avoir demandé le silence avec un succès relatif, elle commença son cours. Le texte du jour était une poésie de Jacques Prévert, Le Cancre.
    Des photocopies furent distribuées et tandis que Mlle  Nicolas évoquait la tendresse et l’anticonformisme qui se dégageaient du texte qu’elle s’apprêtait à lire, Camille se renversa en arrière sur sa chaise et ferma à demi les yeux. »  Page 30
  • « Camille sourit. Elle appréciait Prévert, et qu’elle ait déjà lu une bonne partie de son œuvre n’enlevait rien au plaisir qu’elle avait à le rencontrer ce jour-là.
    Elle aurait simplement aimé que la classe soit plus calme afin de savourer le poème en toute quiétude. »  Page 30
  • « Mlle Nicolas, pour motiver ses élèves, essayait de leur faire mettre en correspondance l’image du cancre décrit par Prévert et la réalité de l’école. Devant le peu de succès de son idée, elle décida de lire le texte à haute voix.
    Dès le premier vers, Camille fut happée par la magie de la poésie. Elle adorait entendre lire, surtout avec autant de qualité et de cœur. Elle se prit à imaginer le cancre en butte aux moqueries des autres enfants, à la mesquinerie de l’enseignant et sa formidable réponse :
    … et malgré les menaces du maître
    sous les huées des enfants prodiges
    avec des craies de toutes les couleurs
    sur le tableau noir du malheur
    il dessine le visage du bonheur. »  Page 31
  • « — Non. Il y a une différence et là j’en ai eu conscience. À un moment, j’ai basculé dans une dimension où j’ai imaginé exactement ce qu’il y avait sur le tableau quand j’ai ouvert les yeux !
    — Ça alors, ma vieille, à côté de toi les X-men sont des vieillards gâteux ! »  Page 32
  • « Plus loin, des étalages proposaient une profusion de vieux grimoires reliés de cuir, de bois ou de marbre, mais les plus surprenants présentaient des animaux vivants. »  Page 66
  • « Salim ferma les yeux un instant, tant la lumière était vive. Quand il les rouvrit, il discerna brièvement trois cercles lumineux en mouvement devant son amie puis, soudain, le cristal s’éteignit.
    Lorsque la lumière revint, Duom Nil’ Erg ôta délicatement le masque des yeux de Camille et le reposa sur la table. Ses mains tremblaient légèrement alors qu’il contemplait le résultat du test avec stupéfaction.
    — C’est impossible, marmonna-t-il, cette figure n’existe que dans les livres. »  Page 80
  • « Là, elle se dirigea sans hésiter vers une porte imposante tendue de cuir. Elle n’était pas fermée à clef et ils pénétrèrent dans une pièce spacieuse, aux murs couverts de livres, un bureau sombre trônant en son centre. »  Page 147
  • « — Et si nous demandions l’hospitalité à quelqu’un ?
    — Bonne idée, commenta Camille. Comme ça, on est sûrs de finir la nuit au poste de police et d’être mis dans le train de retour demain matin.
    — Mais…
    — Nous sommes mineurs, Salim, et nous sommes dans la vraie vie, pas dans un film ou dans un roman. »  Page 170
  • « — Si tu veux, proposa-t-il à Camille, on fait un marché. Je vous emmène dans ma planquette et, en échange, tu m’fais la lecture.
    — La lecture ?
    — Qu’est-ce que ça a de drôle, s’emporta-t-il, tu crois qu’il faut porter un costume trois-pièces et rouler en Rolls pour aimer les livres ?
    — Non, pas du tout, affirma Camille. Je suis d’accord pour vous lire ce que vous voulez. »  Page 171
  • « Camille s’était approchée de la paillasse qu’elle contemplait avec convoitise malgré son état de vétusté. Elle jeta un coup d’œil sur la caisse de bois qui était ouverte. Elle était pleine de livres.
    Le clochard se tourna vers elle.
    — Ça, c’est mon trésor. Les plus beaux livres du monde.
    Il haussa les épaules avant de poursuivre :
    — Mais je ne peux pas en profiter.
    — Vous ne savez pas lire ? hasarda Salim. L’homme lui jeta un regard courroucé.
    — J’ai lu plus de livres que tu n’en verras de toute ta vie, morveux. J’aurais aimé continuer jusqu’à ma mort, mais mes yeux n’ont pas été d’accord. J’arrive encore à voir de loin, mais pour ce qui est de lire…
    Sa voix se brisa et, pour lui donner le temps de se reprendre, Camille prit un livre dans la malle. Elle en lut le titre, La Condition humaine.
    — J’ai aimé celui-ci, dit-elle, même si je n’ai peut-être pas tout compris.
    Il la contempla, émerveillé.
    — Tu as lu Malraux, à ton âge ?
    — C’est un phénomène cette fille, expliqua Salim en se rengorgeant. Si c’était une poule, son premier œuf serait l’Encyclopcedia Universalis.
    Camille leva les yeux au ciel.
    — De mieux en mieux, Salim. On peut difficilement faire plus délicat que comparer une fille à une poule.
    Le clochard s’était approché de la caisse.
    — Regarde un peu, fillette, si tu peux me trouver L’Art d’être grand-père de Victor Hugo. Lis-m’en quelques pages et je m’estimerai le plus heureux des hommes.
    Camille farfouilla un moment et finit par dénicher l’ouvrage. Elle s’assit sur la paillasse et le vieil homme prit place à côté d’elle.
    Elle ouvrit le livre avec un étrange sentiment. Un souvenir oublié gagnait lentement la surface de son esprit. Elle se revoyait toute petite, confortablement installée sous un édredon de plumes. À côté d’elle, une jeune femme lui lisait une histoire merveilleuse d’une voix douce en la regardant avec tant d’affection que… »  Page 173 et 174
  • « Elle commença sa lecture. Elle n’avait jamais vraiment apprécié Victor Hugo, mais elle adorait lire et, par reconnaissance pour leur hôte, elle y mit tout son cœur.
    Quand elle eut terminé, de grosses larmes coulaient sur les joues ridées du clochard. »  Page 175
  • « Quand le mercenaire du Chaos arriva dans la salle, elle était vide. Aucune piste ne s’offrait à lui. De rage, il donna un violent coup de pied dans une caisse de bois, faisant tomber un livre dont il lut machinalement le titre, L’Art d’être grand-père. Il ne comprit pas. »  Page 178
  • « Ils s’attendaient à être interpellés par un surveillant ou un professeur, mais ils parvinrent sans encombre à la salle Stratis Andreadis. Une douzaine d’étudiants étaient plongés dans des encyclopédies d’art, des catalogues illustrés ou utilisaient des ordinateurs dernier cri. »  Page 179
  • « Ils marchèrent un peu pour oublier qu’ils mouraient de faim. Ils passèrent un moment à regarder les vieux livres proposés par les bouquinistes, mais Camille ne se détendit pas. »  Page 182
3,5 étoiles, C

Charlie

Charlie de Stephen King

Éditions France Loisirs, publié en 1985, 435 pages

Roman de Stephen King paru initialement en 1980 sous le titre « Firestarter ».

Lorsqu’Andie McGee était étudiant, il était plein d’avenir mais surtout fauché. Pour gagner de l’argent, il participa à des essais menés par les labos de recherche de l’université. C’est lors d’une de ces expériences qu’il rencontra Vicky. Mais cette expérimentation scientifique ultra-secrète du gouvernement sur les pouvoirs psychiques tourna mal. Andie et Vicky n’ont fait qu’un mauvais trip, mais d’autres ont eu des crises d’agressivité intenses et quelques-uns en sont mort. Les deux ont gardé des effets secondaires de cette expérience. Vicky peut désormais faire bouger des objets par la pensée et Andy a la faculté de dominer mentalement les gens en leur implantant des suggestions de pensées. Quelques années plus tard, issue de leur union naitra Charlie. Enfant affecté par l’expérience qu’a subi ses parents. Celle-ci détient un pouvoir aussi étrange que dévastateur : la pyrokinésie. Ceux qui ont supervisé l’expérimentation veulent mettre la main sur Charlie. Sa mère sera assassinée par les agents fédéraux, Charlie n’aura que son père pour la protéger. Une course poursuite s’engage, où les affrontements et les morts violentes jalonneront leur périple.

Très bonne intrigue alliant suspense, phénomènes surnaturels, manipulation d’enfants et critique des services secrets américains. Stephen King prouve encore une fois qu’il est excellent pour décrire les relations humaines et la société américaine avec ses dérives. Dans ce roman, il en profite pour dénoncer les exactions des autorités américaines, lorsqu’il s’agit de mettre à profit une arme révolutionnaire. L’histoire est riche en rebondissements et a un rythme palpitant. L’intrigue est travaillée de façon précise, King a pensé à chaque détail. Malheureusement, il y a quelques longueurs qui font décrocher le lecteur. Les personnages sont bien construits surtout les personnages de Charlie et de son père qui sont les plus attachants. Leur relation père-fille est très émouvante car l’attachement qui les unis est très profond. Entre courses-poursuite, déchainement de feu, détention et manipulation, c’est un bon moment de lecture, Stephen King a su tenir le lecteur en haleine jusqu’au dénouement de l’intrigue.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 18 mai 2014

La littérature dans ce roman :

  • « Une semaine à peine le séparait de la dernière fois – quand l’homme suicidaire s’était pointé à la séance du mardi soir chez Confidence Associates et avait commencé à raconter avec un calme terrible comment Hemingway s’était fait sauter le caisson. »  Page 12
  • « La petite dormait à poings fermés. Ils avaient cavalé tout l’après-midi, depuis le moment où Andy était allé la chercher dans sa classe en bredouillant de vagues excuses à l’intention de la maîtresse…, la grand-mère très malade…, rentrer à la maison…, urgent Avec, derrière tout ça, l’énorme soulagement de ne pas avoir trouvé sa chaise vide en entrant dans la salle de classe, ses livres bien rangés dans le pupitre : non, monsieur McGee…, elle est partie avec vos amis, il y a deux heures de cela…, ils m’ont montré ce mot de vous…, je ne me trompe pas ? »  Page 17
  • « Durant sa première année à Harrisson, Andy avait eu un professeur d’anglais qui reniflait constamment sa cravate tout en dissertant sur William Dean Howell et la montée du réalisme en littérature. »  Page 19
  • « Trois ou quatre minutes plus tard, elle sortit, un livre et des cahiers sous le bras. Elle était vraiment très jolie. »  Page 24
  • « « Comment vous sentez-vous, Andy ? »
    McGee le regarda. C’était le type qui lui avait fiat l’injection – quand ? Une année auparavant ? Il passa la paume de sa main sur sa joue et entendit le crissement de sa barbe naissante.
    « Comme Rip Van Winkle » répondit-il »  Page 49
  • « « Je ne comprends toujours pas comment on pourrait partager une vision identique, enchaîna-t-il, à moins qu’ils n’aient découvert une drogue qui soit à la fois hallucinogène et télépathique. Je sais qu’on en a parlé ces dernières années…, le principe c’est que si les hallucinogènes aiguisent la perception… » Il haussa les épaules, puis sourit. « Carlos Castaneda, pourquoi n’es-tu pas là quand on a besoin de toi ? »  Pages 51 et 52
  • « Deux ou trois personnes quittaient la salle de classe, leurs bouquins sous le bras. »  Page 58
  • « Sur le flanc du véhicule on avait peint une représentation des Mille et Une Nuits : califes, jeunes filles au visage dissimulé sous un masque de tulle, ainsi que l’inévitable tapis volant. Ce dernier était indubitablement rouge, mais à la lueur des lampes à sodium, il prenait la teinte brune du sang séché. »  Page 61
  • « – Mal au crâne, répondit Andy. Migraine.
    – Trop de tension. Je comprends ça. T’as besoin de liquide ? Je peux te filer cinq dollars. J’aimerais te donner plus mais je vais en Californie et je dois faire gaffe. Comme les Joad dans Les Raisins de la colère. »  Pages 62 et 63
  • « Il ouvrit la porte, pénétra dans le hall spacieux. Une jeune femme aux cheveux roux était assise derrière un bureau, un livre d’analyses et de statistiques ouvert devant elle. L’une de ses mains marquait la page, l’autre glissée dans le tiroir de son bureau, effleurait un Smith & Wesson calibre 38. »  Page 76
  • « Albert souffrait d’hémorroïdes et avait déjà subi deux opérations. Il avait refusé la troisième parce qu’elle aurait pu se solder par le port d’un sac colostomique jusqu’à la fin de ses jours. Cap rapprochait ça du conte de fées où il était question d’une sirène qui voulait être femme, et paya cher ses jambes et ses pieds. »  Pages 82 et 83
  • « Elle n’a que sept ans. À cet âge-là, John Milton n’était peut-être qu’un petit garçon peinant pour écrire son nom lisiblement avec un morceau de charbon de bois. L’enfant a grandi. Il a écrit le Paradis perdu. »  Page 96
  • « Wanless était devenu aussi fou que le petit garçon de l’histoire de D. H. Lawrence, celui qui pouvait deviner les gagnants des courses de chevaux. »  Page 101
  • « Elle songea soudain à sa mère. Charlie avait alors cinq ans, presque six. Elle n’aimait pas penser à ça, mais les souvenirs étaient revenus et elle ne pouvait les repousser. Ça s’était passé juste avant que les méchants ne viennent et lui fassent du mal. (avant qu’ils la tuent, tu veux dire. Ils l’ont tuée.) bon d’accord, avant qu’ils la tuent et emmènent Charlie. Papa l’avait prise sur ses genoux pour lui raconter une histoire sauf qu’il n’avait pas les livres habituels qui parlaient de Pooh et de Tigger et de M. Crapaud et de Willie Wonka. Il avait plein de livres très épais et sans image. Elle avait plissé son nez et demandé celui de Pooh.
    « Non, Charlie, avait-il répondu. Je veux te lire d’autres histoires et il faut que tu écoutes. Tu es assez grande maintenant, je crois. Ta mère le pense aussi. Ça te fera certainement un peu peur, mais il le faut. Ce sont de vraies histories. »
    Elle se rappelait les titres des livres parce que ça lui avait vraiment fait peur. Il y en avait un appelé Lo ! par un monsieur Charles Fort. Un autre appelé Plus étrange que la science par monsieur Frank Edwards. Un autre encore appelé la Vérité de la nuit. Et puis un dernier : Pyrokinésie : compte rendu d’un cas, mais maman n’avait pas voulu qu’on lise celui-là. « Plus tard, avait-elle dit, quand elle sera beaucoup plus grande, Andy. » Et le livre avait disparu. Charlie en avait éprouvé du soulagement.
    Les récits étaient terrifiants. Le premier parlait d’un homme qui était mort brûlé dans un parc. Le second d’une femme qui s’était consumée dans le salon de sa maison-caravane. Rien dans la pièce n’avait pris feu excepté la femme et un morceau de la chaise sur laquelle elle était assise, en train de regarder la télé. Charlie n’avait pas compris certaines choses très compliquées mais elle se souvenait du policier qui disait : « Nous n’avons aucune explication. Il ne reste rien de la victime à part des dents et quelque morceaux d’os calcinés. Il aurait fallu au moins un fer à souder pour griller quelqu’un de cette façon. Nous ne comprenons pas pourquoi la caravane entière n’a pas explosé. »
    La troisième histoire concernait un grand garçon – onze ou douze ans – qui avait pris feu sur une plage. Son père l’avait plongé dans l’eau se brûlant gravement au passage, mais le garçon avait continué à se consumer jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Il y avait aussi celle qui parlait d’une adolescente qui s’était enflammée alors qu’elle racontait ses péchés au prêtre dans le confessionnal. Charlie connaissait la confession parce que Deenie la lui avait expliquée. Elle lui avait raconté qu’il fallait avouer au curé tout ce qu’on avait fait de mal durant la semaine.

    Charlie avant parfaitement saisi le pourquoi de ces histoires. Après celle de la fillette dans le confessionnal, elle avait été si effrayée qu’elle s’était mise à pleurer à gros sanglots. »  Pages 104 à 106
  • « Ils n’ont absolument rien à voir avec la CIA, expliqua Andy. La Boîte est en réalité le DSI – Department of Scientific Intelligence. J’ai lu dans un article il y a environ trois ans qu’un petit malin l’avait surnommé la Boîte au début des années soixante d’après un bouquin de science-fiction. Écrit par un type nommé Van Vogt, je crois, mais ça n’a pas beaucoup d’importance. »  Page 128
  • « Les flammes avaient déjà traversé la pelouse et s’attaquaient au treillis, escaladant le lierre avec l’agilité d’un Roméo. »  Page 139
  • « Nous y penserons demain. Comme disait Scarlett, demain est un autre jour. »  Page 146
  • « Adulte également, il était venu, faisant l’amour à sa femme dans le grand lit qui jadis avait appartenu à Granther et à son épouse – cette petite bonne femme silencieuse et quelque peu sinistre, membre de la Confrérie des athées américains, qui pouvait vous expliquer, à la demande, les Trente Illogismes les plus importants de la Bible du roi Jacques ou, si vous le préfériez la Grotesque Erreur de la Théorie de l’Harmonie universelle, le tout avec l’irrévocable et sourde logique d’un prédicateur confirmé. »  Page 160
  • « Tandis que Charlie regardait les livres sur les rayons de la grande salle de séjour, Andy descendit dans le petit cellier situé trois marches au-dessous du garde-manger. »  Page 161
  • « Merveille des merveilles, elle avait découvert tous les contes de Winnie l’Ourson sur les rayons et se trouvait perdue à cet instant quelque part dans la forêt enchantée. »  Page 162
  • « Ils avaient passé, tous les trois, pas mal de temps ici. Une télé encastrée dans le mur, une table de Ping-Pong un énorme jeu de jacquet. D’autre jeux de société appuyés au mur, de grands livres rangés le long d’une table basse que Vicky avait fabriquée avec des planches de grange. Un mur tapissé de livres de poche et sur les autres murs, encadrés et enchevêtrés, des carrés de laine tricotés par Vicky ; elle plaisantait sur le fait qu’elle était très forte pour tricoter des carrés mais n’avait tout bonnement pas le courage d’en faire une couverture. Des livres de Charlie sur une étagère d’enfant, tous rangés selon l’ordre alphabétique qu’Andy lui avait enseigné un soir d’ennui où il neigeait, il y avait de cela deux hivers, et qui la fascinait toujours. »  Page 171
  • « Dix minutes plus tard il était sur l’autoroute et fonçait vers l’est avec un ticket de péage fourré dans l’exemplaire quelque peu défraîchi et annoté du Paradis perdu de Milton posé à côté de lui sur le siège. »  Page 180
  • « Sur leur droite, la jeune mère allaitait le bébé. Son mari lisait un livre de poche. »  Page 187
  • « L’exercice tonifiait son corps. Entre sa peau et ses vêtements se formait une couche de sueur et c’était bon de sentir la transpiration sur son front puis de l’essuyer. Il avait pratiquement oublié cette sensation tandis qu’il enseignait Yeats et Willians et corrigeait des copies. »  Pages 195 et 196
  • « Charlie avait découvert une collection complète de Bomba-l’enfant- de-la-jungle, au grenier, et, lentement mais sûrement, elle les lisait. »  Page 200
  • « Aucun des anciens assis autour du poêle de Jack Rowley dans le magasin général de Bradford Town n’avait beaucoup de sympathie pour les manières des gens du Vermont, avec leurs impôts sur le revenu et leurs grands airs à propos de la loi sur l’alcool et ce putain de Russe fourré dans sa piaule comme un tsar, à écrire des bouquins que personne ne comprenait. »  Page 201
  • « – Je vous l’ai déjà dit, Cap. Rien que votre parole que mon rôle dans cette affaire McGee ne se terminera pas avec le fusil mais ne fera que commencer. Je veux… » L’œil de Rainbird se fit plus sombre, pensif, maussade, introspectif… « Je veux la connaître intimement »
    Cap le considéra, horrifié.
    Rainbird comprit soudain et secoua la tête avec mépris, « Pas comme ça. Pas au sens biblique du terme. Mais je veux la connaître. Elle et moi allons être bons amis, Cap. Si elle détient autant de pouvoirs que les choses semblent le montrer, elle et moi allons devenir de grands amis. »  Page 218
  • « Elle lut quelques-uns des livres qu’on lui donna – ou tout au moins, les feuilleta – et alluma parfois la télé couleur de sa cambre mais pour l’éteindre presque aussitôt. »  Pages 234 et 235
  • « Rainbird pénétra dans la petite baraque en préfabriqué, prit sa carte dans le fichier et pointa. T. B. Norton, le surveillant, leva les yeux de son livre de poche. »  Pages 236 et 237
  • « Un mois plus tôt, juste avant la fête nationale, ils avaient commencé des tests sur des animaux. Andy protesta, faisant observer que pousser un animal était encore plus impossible que de pousser un humain stupide, mais ses protestations demeurèrent sans effet sur Pynchot et son équipe qui n’étaient motivés, à cet égard, que par des recherches scientifiques. C’est ainsi qu’une fois par semaine Andy se retrouva assis dans une pièce avec un chien, un chat ou un singe, se faisant l’effet d’un personnage de roman absurde. »  Page 247
  • « Malgré tout, il avait peur. Soudain lui revinrent en mémoire les histoires d’aventures de son enfance. Dans nombre de ces récits, on trouvait un accident dans une grotte, sans lampes ni bougies. Et il semblait que l’auteur s’étendît toujours sur la description de l’obscurité, qualifiée de « palpable », « absolue », « totale ». On retrouvait même ce vieux cliché d’« obscurité vivante », par exemple : « L’obscurité vivante engloutit Tom et ses amis. » Si l’on voulait impressionner ainsi le jeune Andy McGee, alors âgé de neuf ans, ce fut un échec. En ce qui le concernait, s’il avait envie de se trouver « englouti par l’obscurité vivante », il lui suffisait de s’enfermer dans son placard et de placer une couverture au bas de la porte. »  Page 250
  • « Charlie s’assit dans la salle de bains, porte fermée. Elle l’aurait verrouillée si elle avait pu. Avant que le factotum entre pour nettoyer, elle faisait des exercices simples découverts dans un livre. »  Pages 255 et 256
  • « Elle était une criminelle. Elle avait péché contre le premier des Dix Commandements et était certainement vouée à l’enfer. »  Page 256
  • « Alors que Chuckie avait trois ans, sa mère avait faire frire des pommes de terre et Chuckie s’était renversé l’huile bouillante dessus et avait failli en mourir. Après cela, les autres gamins l’appelaient parfois Chuckie le Steak ou Chuckie Frankenstein et Chuckie pleurait. »  Page 257
  • « Et au travers d’une autre fenêtre il vit Charlie et, de nouveau, il fut persuadé qu’il s’agissait d’un rêve concernant des pirates – un trésor enseveli, yo-ho-ho et tout le reste – car Charlie semblait parler avec Long John Silver. L’homme avait un perroquet perché sur l’épaule et un bandeau sur un œil. Il souriait à Charlie d’un air obséquieux, faussement amical, qui rendit Andy nerveux. Comme pour confirmer cette impression, le pirate borgne entoura de son bras les épaules de Charlie et se mit à crier d’une voix rauque : « On va les avoir, môme ! » »  Page 274
  • « C’était une chose que d’abuser une gosse de huit ans avec des contes de fées sur les oreilles des murs et sur la nécessité de chuchoter pour ne pas être entendu, mais c’en était une autre que de rouler son père avec les mêmes histoires, même s’il avait déjà avalé l’appât, l’hameçon et le bouchon. »  Page 290
  • « Et puis, environ une semaine plus tard, Rainbird changea abruptement de tactique. Il le fit sans raison précise, parce que sa propre intuition lui soufflait qu’il n’irait pas plus loin en argumentant. Il était temps de supplier, comme dans l’histoire d’Oncle Remus, Frère Lapin avait supplié Frère Renard de ne pas le jeter dans un fourré de ronces pour obtenir exactement la chose inverse. »  Page 291
  • « Pour lui, les trois semaines qui venaient de s’écouler depuis la panne avaient été une période de tension et d’efforts presque insupportables entrecoupée d’éclats de gaité teintés de culpabilité. Il se trouvait à même de comprendre aussi bien comment le KGB pouvait inspirer une telle terreur que l’exaltation qu’avait dû ressentir le Winston Smith de George Orwell au cours de sa brève, folle et furtive rébellion. »  Page 297
  • « La nuit, allongé sur son lit dans l’obscurité, il y avait repensé encore et encore : Big Brother regarde. Voilà ce qu’il faut te répéter, garder bien claire dans ton esprit. Ils te retiennent prisonnier dans le cerveau antérieur de Big Brother, et si tu veux vraiment aider Charlie, tu dois continuer à les tromper. »  Page 298
  • « Et s’il sombrait, c’était dans un sommeil fragile, traversé de rêves étrangles (où revenait souvent la silhouette de Long John Silver, le pirate borgne à la jambe de bois). »  Page 298
  • « Histoire de garder un œil sur lui au cas où ses facultés de domination mentale reviendraient et de s’en servir comme d’un atout majeur si des difficultés imprévues surgissaient entre Charlie et eux. À l’issue de quoi surviendrait sans aucun doute un accident, une overdose ou un « suicide ». Et, selon la terminologie d’Orwell, il deviendrait « non existant ». »  Page 301
  • « – Alors, vous comprenez ce que je veux dire. Au cours de la dernière réunion que j’ai eue avec lui, il a tenté de me prévenir. Il avait fait une comparaison – attendez – avec John Milton à l’âge de sept ans, s’appliquant pour gribouiller son nom en lettres lisibles, et le même devenu adulte, composant le Paradis perdu. Il parlait d’elle… de son potentiel de destruction. »  Page 321
  • « Big Brother. C’était le problème. Big Brother.
    Dans son appartement, Andy passa du living-room à la cuisine, s’obligeant à marcher lentement, un sourire vague plaqué sur le visage. »  Page 323
  • « Il ne voulait pas utiliser la poussée dans ses quartiers, car Big Brother écoutait et surveillait sans relâche. »  Page 323
  • « Pour l’amour du Christ, comment s’occuper de Big Brother ? »  Page 323
  • « Là, Andy ressentit la satisfaction malsaine qu’un homme de couleur, pensait-il, doit éprouver quand il vient de faire croire à un Blanc déplaisant qu’il a devant lui un bon nègre, un vrai oncle Tom. »  Page 327
  • « Andy était en nage. Cela les retiendrait-il ? Ou bien sentiraient-ils le coup fourré ? Aucune importance. Comme Willy Loman avait coutume de le bêler, la forêt brûlait. Bon Dieu, pourquoi pensait-il à Willy Loman ? Il devait fou. »  Page 329
  • « Évidemment, tous les manuels de science de quatrième vous diront que n’importe quoi peut brûler à condition d’être assez chaud. Mais c’est une chose de lire ce genre d’information, et une autre que de voir un mur flamber, avec de vraies flammes bleu et jaune. »  Page 337
  • « 3) Toutes les mesures télémétriques du métabolisme restent dans les limites des paramètres normaux. Rien de bizarre, ni de remarquable. C’est comme si elle était en train de lire un livre ou de faire ses devoirs au lieu de créer ce qui, d’après toi, correspond à plus de 16 000 degrés de chaleur centrés en un seul point. »  Page 338
  • « L’un des cadres en mal de dynamisme avait mentionné une envie irrépressible et morbide de pendre son pistolet d’ordonnance dans le placard et de jouer à la roulette russe. Dans son esprit, ce désir était lié à la nouvelle d’Edgar Allan Poe, William Wilson, qu’il avait lue à l’époque où il était encore au collège. Dans les deux cas, Andy avait pu arrêter l’écho avant qu’il ne se transforme en ricochet fatal. Pour le cadre, un homme tranquille aux cheveux blonds qui travaillait dans une banque, il avait suffi d’une seconde poussée suggérant qu’il n’avait jamais lu l’histoire de Poe. »  Page 343
  • « Il avait un visage qui respirait la bonté, la finesse et lui rappelait une illustration d’un de ses livres. Elle l’avait déjà vu quelque part, mais elle ne pouvait dire où. »  Page 354
  • « Quand son père poussait M. Merle, ça lui rappelait un livre qui le rendait malade. Papa disait que le ricochet venait de l’histoire, qui rebondissait dans sa tête comme une balle de tennis. Mais au lieu de s’arrêter, le souvenir devenait de plus en plus fort et M. Merle n’allait pas bien du tout. Papa avait même peur que ça le tue. Alors un soir, il l’avait retenu après le départ des autres. Il l’avait poussé pour lui faire croire qu’il n’avait jamais lu ce livre. »  Page 355
  • « « Salut, Charlie », dit-il.
    Elle était allongée sur le divan, et feuilletait un livre d’image. »  Page 362
  • « – Je n’ai pas bien dormi.
    – Ah ouais ? » Il le savait. Ce débile de Hockstetter en bavait presque parce qu’elle avait fait monter la température de quelques degrés dans son sommeil. « J’en suis désolé. C’est à cause de ton papa ?
    – Sans doute. » Elle ferma son livre et se leva. »  Page 362
  • « Le monde et l’organisation l’avaient projeté hors d’une société fermée, dans le désert, qui aurait pu être son seul salut… ou, à défaut, aurait pu faire de lui Joe l’Indien, brave et inoffensif suceur de méta, pompant de l’essence dans une station-service, ou encore vendant de fausses poupées hopi dans un stand merdeux ou bord de la route, entre Flagstaff et Phoenix. »  Page 374
  • « Ils avaient assassiné sa femme, poursuivi Charlie et lui-même à travers la moitié du pays, pour finir par les kidnapper et les retenir prisonniers. Mais ils voulaient qu’il signe une décharge pour ses effets personnels. Hilarant. Mieux que du Kafka. »  Page 377
  • « Elle était assise sur le divan. Rien d’autre. Pas de livre, pas de télé. On aurait dit une femme attendant le bus. »  Page 381
  • « « Et je me moque aussi de ce qu’elle peut faire. C’est une gamine de huit ans, pas Superwoman. Elle ne peut pas rester cachée longtemps. Je veux qu’on la retrouve et qu’on la tue. » »  Page 416
  • « « Le Lot Six les intéresse, c’est évident. Je dirais que pour le moment l’éclairage est ambré. » Elle se mit à jouer avec ses cheveux longs, épais, d’une belle couleur auburn foncé. « Ajournés pour une durée illimitée signifie jusqu’à ce que nous leur livrions la fille avec une étiquette au gros orteil droit.
    – Je vois, une petite Salomé, murmura l’homme de l’autre côté du bureau. Malheureusement, le plateau est encore vide. »  Page 417
  • « Il acheta des livres scolaires à Albany et entreprit de faire lui-même la classe à Charlie. Elle comprenait vite, mais Irv n’était pas très doué pour l’enseignement. Norma s’en tirait un peu mieux. Certains soirs, pourtant, alors qu’ils étaient assis tous deux à la table de la cuisine, penchés sur un livre d’histoire ou de géographie, Norma le regardait, et ses yeux posaient toujours la même question… celle à laquelle Irv ne pouvait répondre. »  Page 428
    « Le dernier jour d’avril, les agents de la Boîte convergèrent pour la seconde fois sur la ferme Manders. Ils vinrent à l’aube par les champs auréolés d’une brume printanière, pareils à de terrifiants envahisseurs de la Planète X dans leurs éclatantes combinaisons ignifugées. »  Page 434
3,5 étoiles, F, M

La Saga Malaussène, tome 2 : La Fée carabine

La Saga Malaussène, tome 2 : La Fée carabine de Daniel Pennac.

Éditions Folio, publié en 1997, 253 pages

Deuxième volet de la saga Malaussène écrit par Daniel Pennac et paru initialement en1987.

La fée carabine

À Belleville rien ne va plus : les vieilles femmes sont armées jusqu’aux dents, on attaque et torture les femmes et le personnel de l’hôtel de ville drogue les vieux. Que se passe-t-il ? À travers tout cela, Benjamin a toujours à sa charge ses 5 frères et sœurs, son chien épileptique et quelques vieux drogués, qu’il recycle en « grands-pères » d’adoption. Sa belle Julia ne donne pas beaucoup signe de vie car elle travaille sur un papier dangereux, silence de son côté. Suite à tous les crimes commis dans Belleville, plusieurs dossiers d’enquêtes sont ouverts par la police. Les enquêteurs deviennent fous à vouloir les démêler. Par un effet de hasard et de mal chance, Benjamin semble être lié à tous les cas. Il est rapidement identifié comme le suspect idéal aux yeux des policiers. Benjamin Malaussène, bouc émissaire de profession, se retrouve sous haute surveillance et accusé de tous les crimes.

Roman policier absurde, drôle et mettant en vedette une troupe de personnages insolites. L’histoire est relativement bien ficelée par contre il y a un peu trop d’évènements pour garantir la clarté du roman. La dispersion du récit, les invraisemblances ou les cibles faciles tel que les flics corrompus font légion et assomment le lecteur à la longue. Par contre, les malheurs du personnage principal sont assez captivants. C’est un texte qui se lit rapidement car les descriptions sont presque absentes et le style d’écriture est basé sur des dialogues colorés. La richesse du livre provient en grande partie des personnages. Ils sont tous hauts en couleur, particuliers et surtout très attachants. On passe du vieux flic vietnamien qui se travestit pour faire ses enquêtes à l’ancien guerrier yougoslave en passant pour une jeune voyante. Ils sont riches et semblent réels tant l’auteur les fait vivre dans son récit. Par contre certaine frôle la caricatures : les flics sont forcément racistes, violents et corrompus. Daniel Pennac nous présente une fois de plus, un récit où il faut accepter que quelques fois la vraisemblance et les certitudes n’ont pas lieu d’être.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 11 mars 2014

La littérature dans ce roman :

  • « Jérémy, qui redouble sa cinquième, prétend vouloir tout connaître de Molière, et le vieux Risson, son grand-père à lui (un libraire à la retraite) multiplie les indiscrétions biographiques. »  Page 11
  • « Une rame pénétra en même temps qu’eux dans l’antre naturaliste des frères Goncourt. »  Page 22
  • « Pendant ce temps chez les Malaussène, comme on dit dans les bédés belges de mon frère Jérémy, les grands-pères et les enfants ont bouffé, ils ont desservi la table, se sont cogné la vaisselle, ont fait leur toilette, enfilé leurs pyjamas, et maintenant ils sont assis dans leurs plumards superposés, les charentaises dans le vide et les yeux hors de la tête. »  Page 23
  • « L’obus est tombé aux pieds du prince André Bolkonski, lequel se tient là, debout, indécis, à donner l’exemple à ses hommes pendant que son officier d’ordonnance pique du nez dans la bouse. Le prince André se demande si c’est la mort qui tournoie sous ses yeux, et le vieux Risson, qui a lu Guerre et Paix jusqu’au bout, sait bien que c’est la mort. »  Pages 23 et 24
  • « Il ne lui a pas fallu plus d’une séance pour me ravaler au rang de lanterne magique et s’octroyer la dimension cinémascope-panavision-sun-surrounding et tout le tremblement. Et ce n’est pas la Collection Harlequin qu’il leur sert, aux enfants ! mais les plus ambitieux Everest de la littérature, des romans immenses conservés tout vivants dans sa mémoire de libraire passionné. »  Page 24
  • « Les cheveux, les dents, les ongles et le blanc de l’œil étaient jaunes. Plus de lèvres. Mais, le plus impressionnant, c’était qu’à l’intérieur de cette carcasse et au fond de ce regard on sentait une vitalité affreuse, quelque chose de résolument increvable, l’image même de la mort vivante que donne la fringale d’héroïne aux grands camés en état de manque. Dracula soi-même ! »  Page 25
  • « Risson raconte la Guerre et la Paix, et, dans le sifflement empoisonné de la petite bombe, on peut entendre tourner les noms de Natacha Rostov, de Pierre Besoukhov, d’André, d’Hélène, de Napoléon, de Koutouzov… »  Page 28
  • « À croire que toute la flicaille de Paris monte à l’assaut. Il en grimpe de la place Voltaire, il en tombe de la place Gambetta, ils rappliquent de la Nation et de la Goutte d’Or. »  Page 33
  • « Il va bientôt publier dans ma boîte (aux Éditions du Talion) un gros ouvrage sur ses projets parisiens : le genre mégalo-book, papier glacé, photos couleurs, plan dépliable et tout. Opération prestige. Avec de belles phrases d’architectes : de celles qui s’envolent en abstractions lyriques pour retomber en parpaings de béton. C’est parce que la Reine Zabo m’a envoyé chercher son manuscrit que j’ai eu les honneurs de Ponthard-Delmaire, le fossoyeur de Belleville.
    — Pourquoi moi, Majesté ?
    — Parce que s’il y a quelque chose qui merde dans la publication de son livre, Malaussène, c’est vous qui vous ferez engueuler. »  Pages 33 et 34
  • « Un gros qui se déplace comme un gros ; pesamment. Qui se déplace peu, d’ailleurs. Après m’avoir filé son bouquin, il ne s’est pas levé pour me raccompagner. »  Page 34
  • « Ce sont les lieutenants de mon pote Hadouch, fils d’Amar, et condisciple à moi au lycée Voltaire. »  Page 35
  • « Mais il a beau puer de la gueule comme s’il voyageait au fond des enfers, Julius le Chien est vivant. Épilepsie. Ça va durer un certain temps. Plusieurs jours, peutêtre. Aussi longtemps que la vision qui a provoqué cette crise s’accrochera à sa rétine. J’ai l’habitude.
    — Alors, Dostoïevski, qu’est-ce que tu as vu, ce coup-ci ?
    Moi, ce que je vois, après avoir ouvert l’enveloppe kraft de Hadouch, me laisse tout rêveur, et mon dîner, pourtant lointain, me remonte gentiment à la bouche. »  Page 37
  • « — Ma veuve Dolgorouki connaissait parfaitement les écrivains prérévolutionnaires. À vingt ans, elle était communiste, comme moi au sortir de mon couvent. Elle faisait la résistante ici, pendant que je faisais le maquisard en Croatie. Elle savait les poèmes de Maïakovski par cœur, nous nous récitions des scènes entières du Revizor et elle connaissait Bielyï. Oui. »  Pages 87 et 88
  • « On a démonté les meubles planche par planche avant de tout péter. Tous les livres de la bibliothèque gisent écartelés au milieu du massacre. Leurs pages ont été arrachées par poignées. »  Page 104
  • « C’est vrai, Julie, qu’ils n’aillent pas remettre la main sur ces pauvres vieux, « ne me téléphone pas, Ben, ne viens pas me voir, d’ailleurs je vais disparaître pendant quelque temps », mais s’ils viennent, eux, chez moi, pendant que je cours comme un con et si c’était ça, justement, qu’ils voulaient savoir, la planque des grands-pères, et s’ils le savent, maintenant, et s’ils avaient fait le chemin inverse, eux, entrant en force dans la maison pendant que maman est seule avec les enfants et les grands-pères ? flaques, baffes, caniveaux, terreur, je traverse l’avenue au niveau du lycée Voltaire, ça klaxonne, gueule, patine, et froisse de la taule, mais j’ai déjà plongé comme la mouette ivre dans la rue Plichon, traversé celle du Chemin-Vert et je viens de m’écraser contre la porte de la quincaillerie. »  Page 107
  • « De l’eau bouillant sur la cuisinière, le four occupé pour le dîner, mais pas de Clara, pas de Rognon. Le livre d’histoire de Jérémy ouvert sur la table, sans Jérémy. À côté de lui le cahier d’écriture du Petit, un beau pâté au milieu de la page, où est le Petit ? »  Page 114
  • « Pastor pensait à la bibliothèque. Les livres avaient été la seconde passion du Conseiller, après Gabrielle. Leur seconde passion commune. Éditions originales, reliées au fer et signées par leurs auteurs, dès parution. Parfum de cuir, vieille cire aux senteurs de miel, chatoiement des feuilles d’or dans la pénombre. Et pas de musique, surtout ! Pas de gramophone, pas d’électrophone, pas de chaîne hi-fi. « La musique, il y a des squares pour ça », proclamait le Conseiller. Rien que le silence des livres qui, maintenant, dans le souvenir de Pastor, s’accordait aux martèlements de la pluie. On n’ouvrait que rarement ces reliures silencieuses. Au-dessous, la cave de la maison était la réplique exacte de la bibliothèque. Mêmes rayonnages, mêmes auteurs, mêmes titres, à l’exacte verticale de l’exemplaire original qui se trouvait au-dessus, mais en éditions courantes. C’était ceux-là qu’on lisait, les livres de la cave. « Jean-Baptiste, descends donc à la cave nous chercher un bon bouquin. » Pastor s’exécutait, libre dans son choix, plutôt fier de sa mission. »  Pages 122 et 123
  • « — J’ai honte, gamin, je t’ai fait une petite cachotterie.
    — Pas grave, Thian, c’est ta nature perfide d’Asiate. J’ai lu dans un livre que c’était plus fort que vous. »  Page 123
  • « — Alors mon grand, à quoi ressemble-t-il, ce petit ?
    Aussi bien, comme on dit dans les beaux livres, aucun des enfants Malaussène ne peut-il se vanter d’avoir connu les seins de sa mère. »  Page 131
  • « — Elle est belle comme une bouteille de Coca remplie de lait.
    Jérémy a murmuré ça les larmes aux yeux. Risson a froncé ses vieux sourcils dans un effort louable pour donner corps à cette image. Clara a pris une photo. Oui, Jérémy, elle est belle comme une bouteille de Coca-Cola remplie de lait. Je la connais bien, cette beauté-là ! Irrésistible. Le genre Bois Dormant, Vénus sortant de Shell, indicible candeur, naissance à l’amour. Vous connaissez la suite, les enfants ? Le Prince Charmant nous pend au nez. Dès son réveil, maman ne sera plus que disponibilité candide à la passion. Et si par malheur un beau tsigane (ou un gentil comptable, peu importe) passe à ce moment-là… »  Page 132
  • « — Ponthard-Delmaire, vous vous rappelez ?
    — Ponthard-Delmaire, l’architecte ? Le roi des jolis mots coulés dans le béton ? Comme si c’était hier.
    — Eh bien, le bouquin de lui que nous devons éditer est foutu.
    (Ça y est, je commence à piger. Il va falloir que j’aille trouver ce poussah et me prendre une avoine pour une connerie que je n’ai pas faite moi-même.)
    — Le chauffeur qui devait porter la maquette à l’imprimerie a eu un accident. Sa voiture a brûlé et le bouquin avec. »  Page 137
  • « — Avez-vous la moindre idée de la quantité de fric investie dans ce livre, Malaussène ?
    — Probablement dix fois plus qu’il ne vous en rapportera.
    — Erreur, mon garçon. Tout ce que nous pouvons gagner sur ce livre est déjà dans notre caisse. Colossales subventions de la ville de Paris pour promouvoir LE bouquin d’archi qui annonce sans ambiguïté ce que sera le Paris de demain. Substantielle rallonge du ministère des Travaux Publics qui prône une politique de la transparence dans ce domaine. »  Page 137
  • « — Écoutez-moi bien, Malaussène. Il nous faut environ un mois pour recomposer ce foutu livre. Or, Ponthard-Delmaire attend ses épreuves mercredi prochain. Et la sortie du livre a été prévue pour le 10. »  Page 138
  • « Ce doux grand-père aux yeux si creux et aux cheveux si blancs qui s’était timidement approché de Thian au moment où il partait et qui lui avait tendu un petit bouquin rose : « Pour lire, pour être moins seule… »
    Thian sortit le petit livre de sa poche. « Stefan Zweig, Le joueur d’échecs. » Il contempla un long moment la couverture rose et souple. « C’est un livre sur la solitude, avait dit le grandpère, vous verrez… »
    Thian jeta le bouquin sur le lit. « Je demanderai au gamin de me le résumer… » »  Page 143
  • « Des affamés de lecture descendaient quatre à quatre les marches de la librairie. D’autres en remontaient, plus calmes, chargés pour la semaine. Littérature démagnétisée qu’ils liraient, confortablement installés en face. L’un d’eux, gravissant sous le nez de Pastor les trois marches de la sortie, serrait Saint-Simon contre son cœur. Malgré tous ses efforts, Pastor ne put empêcher l’image du Conseiller de faire irruption dans le cadre, ni la voix de Gabrielle de combler tout le volume : « Le duc de la Force, qui mourut dans ce même temps, ne fit pas de regrets… nonobstant sa naissance et sa dignité. » Les inflexions de Gabrielle, qui lisait à voix haute, prêtaient aux lèvres du Conseiller le sourire du vieux duc de Saint-Simon. Ces soirées de lecture… et les oreilles du petit Jean-Baptiste Pastor dressées dans la pénombre…  »  Pages 148 et 149
  • « Comme Saint-Simon tout à l’heure, les blondinets gravirent les trois marches de la sortie, mais obliquant tout à coup à angle droit, ils se dirigèrent vers la table des deux flics. »  Page 149
  • « Il disait : « Ce vieux monde rhumatisant aura de plus en plus besoin de vos drogues, Thian… » Tu sais qui c’était ce type, gamin ?
    Pastor fit non de la tête :
    — Corrençon. Le gouverneur colonial Corrençon. Le père de ta petite Corrençon qui joue les belles au bois dormant à l’Hôpital Saint-Louis. C’était lui. Je l’avais complètement oublié. Mais je le revois maintenant, si droit sur sa chaise, écoutant ma mère lui prédire la fin de l’Indochine française, puis celle de l’Algérie, et je l’entends répondre :
    — Vous avez mille fois raison, Louise : la géographie va retrouver ses droits. »  Pages 164 et 165
  • « — Quelques mois de prison seront insuffisants ; j’aurais besoin, au moins, d’une année complète.
    Les trois flics se regardèrent.
    — Pourquoi ? demanda Pastor.
    Stojilkovicz réfléchit encore, évaluant consciencieusement le temps qui lui était nécessaire, et dit enfin, de sa tranquille voix de basson :
    — J’ai entrepris une traduction de Virgile en serbo-croate ; c’est très long, et assez complexe. »  Page 172
  • « — Mais pourquoi faut-il que je sois viré si je n’obtiens pas ce délai de publication, bordel ?
    — Ne soyez pas grossier. Parce que vous aurez échoué, tout simplement, et qu’une maison d’édition digne de ce nom ne peut pas se permettre de garder des tocards dans son équipe.
    — Mais, vous, Majesté, vous l’Inoxydable, vous avez échoué, non ? En laissant cramer les épreuves du livre dans cette bagnole ! »  Page 176
  • « – J’ai une famille à nourrir ! Je ne passe pas ma vie à m’allonger sur des canapés pour savoir comment fonctionnent mes rouages, moi !
    — Famille, mon œil ! Il y a trente-six façons de nourrir une famille ; à commencer par ne pas la nourrir du tout. Rousseau a très bien su faire ça. Et il était au moins aussi cinglé que vous !
    Engagée sur de pareilles bases, cette conversation aurait pu durer indéfiniment. La Reine Zabo sut lui donner un point final tout ce qu’il y a de professionnel.
    — Vous irez donc demain mercredi chez Ponthard-Delmaire, vous obtiendrez ce délai de publication pour son livre d’architecture, sinon, vous serez viré. J’ai d’ailleurs annoncé votre visite : seize heures précises. »  Page 177
  • « Le grand Bertholet eut un bref sourire à l’adresse de l’inspecteur Pastor, debout là, dans son vieux pull de laine, plutôt timide, flottant dans la lumière ; vaguement mou même ; et, que cette reproduction en latex du Petit Prince ait arraché des aveux à Chabralle, ça, le grand Bertholet n’arrivait toujours pas à le croire. »  Page 184
  • « C’était vrai, il restait Gervaise, la fille laissée sur terre par la géante. Elle n’était pas de Thian, mais tout comme. On lui avait donné un nom rouge, pris dans un livre réputé rouge. Ça ne l’avait pas empêchée d’attraper la Foi, Gervaise. »  Page 197
  • « Mais ce n’était pas Dieu le Père, c’était le plus camé de ses anges déchus ; c’était le vieux Risson, l’ancien libraire que la veuve Hô avait rencontré chez Malaussène.
    — Je suis venu récupérer mon livre, monsieur l’inspecteur. »  Page 198
  • « La façon dont il tenait le revolver, bien calé au creux de sa paume… oui, ce genre d’outils lui était familier.
    — Vous l’avez lu ?
    Il secouait le petit livre rose de Stefan Zweig, Le joueur d’échecs, qui gisait au pied du lit, d’où il était tombé sans que Thian l’eût ouvert.
    — Vous ne l’avez pas lu, n’est-ce pas ?
    Le vieillard secouait une tête désolée. »  Page 199
  • « Il raconta comment Malaussène et les enfants les avaient soignés, et guéris, comment cette incroyable famille leur avait redonné la raison et le goût de la vie, comment lui-même, Risson, s’était senti ressuscité par Thérèse, comment il avait trouvé le bonheur dans cette maison et comme il était transporté le soir, par la joie des enfants, quand il leur racontait des romans.
    — Et c’est aussi pour cela que je vais être obligé de vous tuer, monsieur l’inspecteur. Je vais me faire descendre parce que ce vieux cinglé raconte des romans à des mouflets ? Thian ne comprenait pas.
    — Ces romans dorment dans ma tête. J’ai été libraire toute ma vie, voyez-vous, j’ai beaucoup lu, mais la mémoire n’y est plus tout à fait. Ces romans dorment et il me faut, chaque fois, les réveiller. »  Page 200
  • « — Ce soir, par exemple, continuait le vieux Risson, je vais leur raconter Joyce. Vous connaissez James Joyce, monsieur l’inspecteur ? Non ? Pas même de nom ?
    Le chargeur du Manhurin sous le buffet, et le Manhurin luimême, invisible, derrière le lit…
    — Eh bien, je vais leur raconter Joyce ! Dublin et les enfants de Joyce !
    La voix de Risson était montée d’un cran… il psalmodiait comme un prédicateur…
    — Ils vont faire la connaissance de Flynn, le briseur de calice, ils joueront avec Mahonny autour de l’usine de vitriol, je leur ferai retrouver l’odeur qui planait dans le salon du prêtre mort, ils découvriront Evelyne et sa peur de se noyer dans toutes les mers du monde, je leur offrirai Dublin, enfin, et ils entendront comme moi le Hongrois Villona s’exclamer, debout sur le pont du bateau : « L’aube, messieurs ! » »  Pages 200 et 201
  • « — L’argent de ces vieillardes incultes a tiré de l’oubli des chefs-d’œuvre qui revivent maintenant dans de jeunes cœurs. Grâce à moi ! Le baron Corvo… connaissez-vous le baron Corvo ?
    — Connais pas de baron, fit Mo le Mossi avec sincérité. »  Page 204
  • « — Et connais-tu au moins Imru al Qays, prince de la tribu de Kinda, jeune homme ? Il est de ta culture, celui-là, de ta culture la plus ancienne, l’antéislamique !
    — Connais pas de prince non plus, avoua Mo le Mossi.
    Mais le vieux s’était mis à psalmodier, sans crier gare :
    — Qifa, nabki min dikra habibin oua manzili…
    Simon traduisit pour le Mossi, en repoussant doucement le piston de la seringue. Il souriait.
    — Arrêtons-nous, pleurons au souvenir d’une amante et d’une demeure…
    — Oui ! s’écria le vieillard dans un éclat de rire enthousiaste. Oui, c’est une des traductions possibles. Et dis-moi, toi, connais-tu la poésie de Mutanabbî ? Son dithyrambe de la mère de Saïf al Dawla, tu le connais ?
    — Je le connais, oui, dit Simon en se penchant sur le vieux, mais je veux bien l’entendre encore, s’il te plaît. »  Page 204
  • « — Nouidou l – machraftataoua l – aouali… récita le vieillard.
    Simon enfonça l’aiguille en traduisant :
    — Nous préparons les glaives et les lances…
    Et il récita la suite en pressant sur le piston.
    — Oua taqtoulouna l-manounoubilla qitali.
    Le mélange de salive et de poudre blanche se rua dans la veine. Quand il atteignit le cœur, le vieux fut arraché de son fauteuil, propulsé dans l’espace. Il retomba aux pieds des deux garçons, les os brisés, recroquevillé sur lui-même, pareil à une araignée morte.
    — Traduction ? demanda le Mossi.
    — Et voici que la mort nous tue sans combat, récita le Kabyle. »  Page 204 et 205
  • « Voilà le genre de choses qui m’arrivent à moi : je baise ma belle au bois dormant et c’est ma mère qui se réveille… Car Julia dort toujours, à côté de moi, pas l’ombre d’un doute. »  Page 210
  • « Il y avait quelque danger à s’associer à une pareille cervelle… Place Voltaire, Pastor eut un nouveau gloussement. »  Page 213
  • « À moins que Risson, par nostalgie, ne se soit laissé enfermer vivant dans une bonne grosse librairie, « la Terrasse de Gutenberg », par exemple, et qu’il y ait passé sa nuit à bouquiner. Faudra bien qu’il se ressource un jour où l’autre, non ? Sa culture romanesque n’est pas inépuisable. Il est peut-être en train de se farcir ce dernier bouquin dont on cause, Le parfum, de Süskind, pour le raconter ce soir aux enfants ? »  Page 214
  • « Dans les deux cas, le sentiment final est proche de la pitié ; pitié de l’âme : « Dieu que cet homme est malheureux et que mes problèmes sont dérisoires par rapport aux siens » ou pitié clinique : « Qu’est-ce qui m’a foutu un maso pareil ? N’importe quoi pour ne plus le voir, il me déprime trop. » Et si, entre les deux versions, j’arrive à caser à l’énorme Ponthard que de toute façon les Éditions du Talion restent mieux placées que les autres pour sortir son bouquin vite fait, vu que nous le connaissons par cœur (tellement on l’aime), si j’arrive à lui sortir ça, j’aurai gagné la partie. »  Pages 218 et 219
  • « Je ne connais pas le troisième, un jeune mec dans un grand pull de laine, genre Gaston Lagaffe mais sur le mode tragique, à en juger par son visage ravagé. »  Page 220
  • « Un appartement déchiqueté, avec la même et méthodique sauvagerie que celui de la journaliste Corrençon. Une bibliothèque d’éditions originales jetée à terre, tous les livres écartelés. »  Page 221
  • « Il se saoulait de mots, de rythmes, debout dans l’encadrement de cette porte, comme un adolescent après sa première blessure d’amour. L’une de ces pauvres phrases s’accrocha plus particulièrement à lui : « ILS ONT ASSASSINÉ L’AMOUR. » C’était une phrase étrange, d’un romantisme désuet, comme sortie d’un livre en forme de cœur. « ILS ONT ASSASSINÉ L’AMOUR », mais cela s’était planté dans sa peau comme une ronce, et ça le réveillait la nuit, dans un hurlement rouillé, au bureau, sur son lit de camp : « ILS ONT ASSASSINÉ L’AMOUR ! » »  Page 221
  • « Comme Pastor nous avait pistonnés, on ne l’a pas vu au parloir de la taule, mais direct dans sa cellule : une piaule miniature, encombrée de dictionnaires, au sol crissant de feuilles froissées.
    — Soyez gentils, les enfants, faites passer la consigne : pas de visite au vieux Stojilkovicz.
    Ça sentait l’encre fraîche, la gitane, la double sueur des pinglos et des neurones. Ça sentait le bon boulot de la tête.
    — Pas une minute à moi, mes petits. Publius Vergilius Maro ne se laisse pas traduire en croate comme ça, et je n’en ai pris que pour huit mois.
    Il nous poussait vers la porte.
    — Même les arbres, là, dehors, ça me dérange…
    Dehors, c’était le printemps. Ça bourgeonnait ferme à la fenêtre de Stojil.
    — En huit mois, je n’aurai pas seulement fini de commencer.
    Stojil debout dans sa cellule, des brouillons jusqu’aux genoux, rêvant d’une condamnation à perpète pour pouvoir traduire l’intégral de Virgile…
    Il nous a foutus dehors. »  Page 242
3,5 étoiles, R

Le retour de Jack l’Éventreur

Le retour de Jack l’Éventreur de J. B. Livingstone.

Éditions du Rocher, publié en 1989; 231 pages

Douzième roman de la série « Les dossiers de Scotland Yard » de J. B. Livingstone paru initialement en 1989.

Le retour de Jack L'Éventreur

Un homicide est commis dans le quartier de Whitechapel, plus de cinquante ans après les horribles meurtres non résolus de 1888. Ce qui est perturbant, c’est qu’il est en tout point identique au premier meurtre attribué à Jack L’Éventreur. Le superintendant Scott Marlow est chargé du dossier. Vu la complexité et la nature de l’enquête, il demande à l’ex-inspecteur-chef Higgins de sortir de sa retraite pour l’aider. Quelques semaines plus tard un deuxième meurtre est commis et encore un fois le modus operandi est identique à celui de Jack l’Éventreur. Les similitudes des meurtres sont-ils le fruit du hasard ou sont-ils le résultat d’un imitateur ? Pour commencer leur enquête, Higgins et Marlow établissent une liste des personnes présentes dans le quartier lors des deux meurtres. À leur grande surprise, les huit suspects identifiés apparaissent comme d’inquiétantes réincarnations de ceux de 1888. Mais, cette fois-ci arriveront-ils à identifier le tueur ?

Ce roman est basé sur le cas le plus mystérieux de l’histoire criminelle anglaise : L’affaire Jack L’Éventreur. À partir de 1888, un tueur en série a assassiné une dizaine de femmes de petite vertu dans le quartier de Whitechapel à Londres sans jamais être formellement identifié. Dès le début du roman, on est immergé dans l’ambiance glauque de Whitechapel par la magie de l’écriture de Livingstone. Les personnages d’Higgins et de Marlow sont réalistes, bien que peu approfondis. Mais ce duo finit par devenir ennuyeux avec leurs manies. Malheureusement, ce roman n’est en fait qu’un résumé du cas de 1888 sans vraiment de réel intrigue. La conclusion est basée sur des indices négligeables auxquels on n’attache pas d’importance, heureusement qu’à la fin on nous explique le raisonnement. Si vous vous qualifiez de ripperologue, ce roman n’est pas d’intérêt pour vous. Par contre, si du cas de Jack l’Éventreur vous ne connaissez que le nom, ce roman est une très bonne introduction à l’affaire.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 11 décembre 2013

La littérature dans ce roman :

  • « Vérifiant qu’il n’avait pas été suivi et que personne ne l’observait, Higgins fit pivoter un panneau de bibliothèque où figuraient des éditions reliées des œuvres de William Shakespeare. »  Page 14
  • « – La nature humaine est compliquée et dissimulatrice, mademoiselle. Connaissez-vous les vers délicieux de la poétesse Harriett J. B. Harrenlittlewoodrof : « Quand le mouton se transforme en tigre, il est plus cruel que le chacal »?
    Annabella n’avait même pas lu Shakespeare. »  Page 45
  • « – C’est insensé, Higgins ! Nous croulons sous des centaines de lettres écrites par des déments ! Ils ont tous vu Jack L’Éventreur, de Liverpool à Glasgow en passant par Canterbury ! Quant aux appels téléphoniques, je préfère ne pas en parler. Le standard est saturé en permanence. Il y a même un membre de la Chambre des lords à qui j’ai été obligé d’accorder rendez-vous et qui m’a déclaré, avec le plus grand sérieux, que Jack l’Éventreur était un vampire n’agissant qu’à la pleine lune. Pour preuve de ses dires, il m’a montré un grimoire rempli de formules de sorcellerie ! »  Page 54
  • « Il alluma néanmoins une ampoule électrique dont la clarté fut suffisante pour qu’Higgins examinât les lieux : un étal de boucher, des quartiers de viande accrochés à des esses, un volume du Talmud, des couteaux de tailles diverses. »  Page 60
  • « Watson B. Petticott, relation obligée du Premier ministre et des personnages les plus influents du Royaume0Uni, ressemblait à Sherlock Holmes. »  Page 64
  • « Rarement capharnaüm avait atteint ce point de chaos. Des piles de livres de médecine, effondrées les unes sur les autres, s’entremêlaient avec des dossiers. »  Page 74
  • « L’ex-inspecteur-chef passa une bonne heure dans une librairie de Coptic Streer spécialisée dans les religions anciennes. Il consulta plusieurs gros ouvrages consacrés à la foi hébraïque et aux rites juifs. »  Page 79
  • « – En ce qui concerne les femmes de mauvaise vie… quelle est votre opinion ?
    – Celle du Talmud, bien entendu : il faut mettre à mort les prostituées comme le boucher abat ses bêtes pour le sacrifice. »  Page 80
  • « Au-dessus des bouteilles trônait un sous-verre montrant un paysage portugais surmonté d’un texte d’Albert Thibaudet à la gloire du vin : « Cet or du commerce, il me semblait le connaître, devenu liquide, ambré, savant et chat comme la période de Chateaubriand, dans le porto somptueux des universités britanniques, qui a la densité de ces gazons, la vieillesse de ces collèges de la Renaissance et en qui l’on boit à la fois la tradition anglaise et, puisqu’il est d’outre-mer, la tradition communale. » Higgins jugea la péroraison un peu alambiquée mais loua le ciel de n’être point tombé chez un amateur de thé. »  Page 85
  • « En se dirigeant vers le lounge, la partie aristocratique du pub séparée du public bar où l’on vidait force pintes de Whitebread Pale Ale, plate et tiède, Higgins songea à Samuel Pepys, le fameux écrivain anglais du XVIIe siècle dont le Journal, où il décrivait de manière étonnante la peste et l’incendie de Londres, avait été rédigé en caractère secrets qui n’avaient été déchiffrés qu’au XIXe siècle. Pepys venait souvent à l’Angel Pub, en compagnie d’une accorte servante qu’il honorait de ses faveurs empressées. Sur ce point aussi, il était demeuré très secret, en raison de ses hautes fonctions, secrétaire de l’Amirauté et président de la Royal Society. Mais lui, au moins, n’avait pas été soupçonné d’être Jack l’Éventreur ! »  Page 122
  • « N’était-ce pas sous le porche de Saint Paul que, dans le Pygmalion de Bernard Shaw, Eliza Doolittle avait rencontré le professeur Higgins ? »  Page 135
  • « Cinq minutes plus tard, un autre domestique s’inclina devant l’ex-inspecteur-chef et le guida jusqu’à une vaste pièce où le duc, debout devant une bibliothèque en acajou, consultait un annuaire de la noblesse. »  Page 153
  • « – Là-bas l’eau, ici la terre, dit le duc, rêveur.
    – « La terre mère des créatures », cita Higgins, « est aussi leur tombe. Leur sépulcre est sa matrice même. »
    – Vous aimez Shakespeare… vous avez raison. Dînons, voulez-vous ? »  Page 154
  • « – Mon couteau… vous m’avez rapporté mon couteau ?
    – C’est bien lui, approuva l’ex-inspecteur-chef. Si je vous le rends, à quel usage le destinerez-vous ?
    – Mais… à égorger les bêtes pour le sacrifice !
    – Le Talmud ne donne-t-il pas d’autre prescription ? Ne demande-t-il pas de mettre à mort les prostituées ?
    – Rendez-moi mon couteau, implora le rabbin. Avec lui, je me sentirai moins menacé.
    Higgins se fit sévère.
    – Je vous interdis bien de vous en servir ailleurs que dans votre boucherie.
    Le rabbin baissa la tête, comme un gamin pris en faute.
    – C’est juré, inspecteur. Juré sur le Talmud. »  Page 180
    « À l’issue de cette enquête, Higgins ne jouissait pourtant d’aucun soulagement. Il éprouvait l’insupportable sensation de ne pas avoir atteint la vérité. « Quand les nuages se montrent, avait écrit Shakespeare, les hommes sages mettent leur manteau. Quand les feuilles tombent, c’est que l’hiver approche. Quand le soleil se couche, qui ne s’attend à la nuit ? ». »  Page 225