3,5 étoiles, A, F

La famille Waverley, tome 1 : Amours et autres enchantements

La famille Waverley, tome 1 : Amours et autres enchantements de Sarah Addison Allen.

Éditions Pocket, publié en 2013, 308 pages

Premier tome de la série de romans « La famille Waverley » de Sarah Addison Allen paru initialement en 2007 sous le titre « Garden Spells ».

Dans la petite ville de Bascom, en Caroline du Nord, tout le monde connaît la famille Waverley. Les membres de cette famille ont toujours été considérés comme des parias et ce depuis plusieurs générations. De nombreuses légendes circulent sur cette famille, elles font allusion à des faits étranges, à de la magie ainsi qu’à un pommier qui prédirait l’avenir. Mais de cette famille, il ne reste que trois femmes : Evanelle, Claire et Sydney. Claire et Evanelle sont restée à Bascom mais Sydney, la soeur cadette de Claire, a préféré fuir la ville et la demeure familiale il y de ça dix ans. Claire assume sa part de magie à travers différents plats qu’elle concocte en tant que traiteur. Avec les années et les abandons dont elle a été victime, elle s’est forgée une carapace et a décidé de ne plus s’attacher à rien ni à personne pour ne plus souffrir. Mais le retour de sa sœur avec sa petite fille chamboulera sa vie bien rangée et solitaire. Acceptera-t-elle de laisser entrer dans sa vie cette famille sur laquelle elle avait tiré un trait ?

Un roman émouvant avec une petite touche de magie. Une histoire simple et agréable qui traite des relations fraternelles, de la perception des gens et de l’amour. L’atmosphère créée par l’auteur est très réussie, elle nous transporte dans le quotidien de ces deux sœurs blessées et dans un monde doux et agréable. Le fait d’introduire une petite touche de magie comme les fleurs ayant des vertus spéciales, nous emmène gentiment à la limite du possible. Les personnages sont tous attachants malgré leurs caractères, leurs désirs et leurs problèmes. Une mention spéciale pour celui d’Evanelle qui est adorable, cette vieille dame qui offre des objets insolites aux gens en anticipant leur besoin. Malheureusement, la fin de certaines histoires sont un peu faciles ou précipitées. C’est un roman idéal pour se vider l’esprit et découvrir un monde où tous les problèmes se résolvent invariablement.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 9 mai 2015

La littérature dans ce roman :

  • « Sydney quitta Bay, mais au lieu de redescendre pour aller chercher les sacs et les caisses dans la voiture, elle se dirigea vers son ancienne chambre. Quand elle était enfant, elle aimait y rester des après-midis entiers, s’imaginant parfois qu’elle était prisonnière d’une méchante sœur, comme dans un conte de fées. »  Pages 56 et 57
  • « Il s’appuya d’une main sur le véhicule, près de son épaule. Elle pourrait partir bien sûr., Filer et lui tourner le dos encore une fois. Mais il baissa la tête et elle put apercevoir le minuscule réseau de rides autour de ses yeux. On aurait dit aussi qu’il avait eu l’oreille percée autrefois. Tout cela racontait des histoires sur lui, des contes, et Claire écoutait, bercée par cette mélopée. »  Page 183
  • « Pour Fred, ces trente années étaient passées aussi rapidement qu’un livre que l’on feuillette, sauf que la fin était différente de ce qu’il avait imaginé. Il regrettait de ne pas avoir prêté davantage attention à l’histoire.
    Et à celui qui la racontait. »  Page 217
    « Les yeux de Sydney se portèrent immédiatement là où Claire semblait passer le plus de temps : la confortable banquette sous la fenêtre. Une pile de livres se trouvait sur le sol juste à côté. »  Page 240
  • « Elle lâcha soudain ses sacs en voyant Hunter John, assis dans le canapé, qui feuilletait un gros livre posé sur la table basse. »  Page 167
  • « Discuter. Parler. Rompre. Non. Elle tendit la main vers son livre pour le distraire.
    – Qu’est-ce que tu regardes ?
    – Notre album de l’année de terminale, dit-il, et le cœur d’Emma se serra. »  Page 268
  • « Abandonnant sacs et paquets, elle alla s’asseoir à côté de lui gentiment, doucement, de peur qu’il ne s’enfuie si elle allait trop vite. Le livre était ouvert à une double page de clichés instantanés. Sydney, Emme et Hunter John figuraient presque sur toutes. »  Page 268
  • « – Non ! coupa-t-il avec rudesse en la lâchant. Non. Ne recommence pas. Qu’ai-je bien pu faire pour que tu croies qu’je regrettais de t’avoir choisie ? J’ai passé des jours à essayer de deviner comment j’aurais pu empêcher cela d’arriver, mais tu sais ce que j’ai compris ? Il ne s’agit pas d’une histoire entre toi et moi. Mais entre toi et Sydney. Je soupçonne aussi que ta mère a un rôle là-dedans. Je t’aime, je n’aime pas Sydney. Je veux passer ma vie avec toi, pas avec elle. Nous ne sommes plus les mêmes personnes, conclut-il en refermant l’album du lycée, le livre des rêves enfantins de célébrité et de voyage sac au dos à travers la France. En tout cas, moi, je ne suis plus la même personne. »  Pages 270 et 271
4,5 étoiles, F

La femme du capitaine

La femme du capitaine de Beth Powning.

Éditions Perce-Neige, publié en 2014, 438 pages

Roman de Beth Powning paru initialement en 2010 sous le titre « The Sea Captain’s Wife ».

Au dix-neuvième siècle, dans le petit village côtier de Whelan’s Cove au Nouveau-Brunswick, Azuba observe sans relâche les navires marchands prendre le large dans la brume de la Baie de Fundy. Depuis qu’elle est enfant, elle rêve de mettre les voiles et de partir à la découverte du monde. Malheureusement pour elle, son mari, le capitaine Bradstock, est un homme solitaire et ne veut pas mettre sa femme et sa fille en danger sur son navire, Le Voyageur. Il veut les garder à l’abris du dur quotidien sur un navire : les longs mois en mer, les orages, les tempêtes, le rationnement ou même les mutineries ou les naufrages. Mais, il suffira d’une rumeur dans le village pour qu’il se résigne à amener Azuba et leur fille avec lui lors de son prochain départ. Un fois en mer, le voyage ne sera pas de tout repos et la femme du capitaine aura grandement le temps de songer à ses choix de vie.

Un merveilleux roman historique sur le milieu maritime. Cette lecture fait voyager le lecteur de la Baie de Fundy à Hong Kong en passant par le dangereux Cap Horne et la belle ville de San Francisco. Dans ce récit, les personnages sont attachants et très crédibles. Celui d’Azuba est très intéressant car il fait découvrir la vie quotidienne des femmes de marins qui partaient en mer pendant des mois, parfois même des années. En suivant sa vie et ses pensées on découvre une jeune femme forte et courageuse. De plus, les descriptions des paysages marins ainsi que le langage utilisé pour les dialogues font voyager littéralement le lecteur sur les navires à voiles de l’époque. Malgré quelques longueurs, un roman très bien écrit et dépaysant qui fait passer de belles heures de lecture.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 21 février 2015

La littérature dans ce roman :

  • « Azuba et Nathaniel étaient allés lui rendre visite au presbytère peu après son arrivée au village. Il leur avait montré son studio, une grande pièce à l’arrière de la maison où se trouvaient un chevalet, des cahiers à dessin et une table, sous une fenêtre, encombrée de trésors ramenés de la côte – plumes, coquillages, crânes.
    Même vieux, pensa-t-elle, il aura cet air fervent et innocent.
    Le soleil entrait à flots par les fenêtres et illuminait les objets dans la pièce – la table recouverte d’un tapis sur laquelle étaient posés une lampe à huile et des livres à reliure de cuir ; un vaisselier en fer blanc laqué; un orgue à soufflerie manuelle. »  Page 24
  • « Je pense à toi qui lisais à voix haute à Carrie et qui m’enseignais à jouer au cribbage. Il nous reste encore la moitié du dernier roman de Dickens à lire. »  Pages 46 et 47
  • « La table vers laquelle elle se tourna débordait d’objets : des bouteilles pleines de pinceaux à poils de martre, des cahiers à croquis, des plateaux d’étain remplis d’outils d’artiste, des créatures préservées dans des bocaux. De os blanchis, des pinces de homard, des squelettes de poissons, des dents, des dollars des sables, des oursins. »  Page 47
  • « Simon était dans son bureau. Il avait quitté sa chaise, derrière son pupitre à cases et ses livres de théologie à dorures. »  Page 48
  • « Il déposa l’os sur une petite soucoupe blanche et ouvrit un carnet de dessins rempli de fleurs travées au crayon de plomb.
    – Cypripedium acaule, dit-il en feuilletant son carnet. Le sabot de la vierge.
    Elle toucha une page du bout du doigt pour l’empêcher de la tourner.
    – Celle-ci. Elle est tellement belle. »  Page 48
  • « Un soir, quelques jours plus tard, il s’était levé, était allé chercher un livre sur une étagère de la bibliothèque et l’avait jeté sur les genoux d’Azuba. Il l’avait ouvert et avait montré du doigt une gravure représentant le cap Horn dans un blizzard. Un navire sombrait, ses voiles en lambeaux, ses mâts parallèles aux flots. Une femme solitaire s’agrippait au bord du canot de sauvetage dans lequel elle était assise.
    – Le cap Horn, avait-il dit.
    – Je sais.
    Elle avait caché l’image de sa main et lui avait adressé un regard perplexe.
    – Je ne veux pas voir ça. J’ai vu ces images. Elles sont horribles.
    Il avait retrié sa main et avait tourné les pages du livre, s’arrêtant sur l’image d’un navire échoué sur des rochers. Des femmes et des enfants étaient amarrés aux mats. Sur la terre ferme, des personnes agenouillées pleuraient, les mains jointes ou recouvrant leur bouche. »  Page 55
  • « Au début juin, Carrie commença à dessiner dans un vieux livre de comptes. Pour y ajouter de la couleur, elle se servait des crayons que lui avait offerts le révérend Walton.
    En haut de la page, elle dessina leur maison. Un sentier tortueux bordé de fleurs traversait la page, et Carrie y plaça trois bonshommes-allumettes : Carrie, Nathaniel et Azuba. Elle coiffa Nathaniel d’un chapeau haut de forme et lui dessina une pipe d’où sortait un nuage de fumée noire.
    Le dessin recouvrait des lettres et des chiffres angulaires tracés à l’encre brune, réduisant à l’état de palimpsestes des données qui, jadis, étaient indispensables.
    Elle posa le livre sur les genoux d’Azuba e l’ouvrit.
    – Ça, c’est un chat. Ça, c’est le canari à Papa. Ça, c’est Papa et moi à la plage. Ça, c’est le cheval de Papa. Il m’emmène chez Mamie Cooper. Ça, c’est le jardin. Et ça, c’est le bateau à Papa avec un drapeau sur le mât. »  Page 63
  • « Mamie Cooper avait offert à Azuba son livre de remèdes. Enfant, Azuba passait quelques jours chez sa mamie tous les mois d’octobre à préparer avec elle les remèdes d’hiver. Une pincée d’alun, de la teinture de rhubarbe; du baume au gingembre à base de beurre contre l’érysipèle. Azuba alignait les petites bouteilles de verre en savourant les mots que prononçait sa mamie : chaire brulée, fièvre de lait. Azuba feuilletait maintenant le petit volume à reliure de cuire en admirant ses pages tachées, déchirées et recouvertes d’annotations de la plume de Mamie. Des notes, des rappels, des conseils, des recettes. Elle sentait sur elle le regard de sa grand-mère. Mal d’oreille. Mal de gorge putride. Mal de dents. Mal de mer. »  Page 89
  • « Elle parcourut des yeux la pièce sombre et mal aérée. Le monde de Nathaniel. C’était comme un salon miniature qui s’inclinait sans cesse : les cadres s’agitaient sur leurs crochets, un livre bougeait sur la table, la cage de bambou et une lampe munie d’un abat-jour se balançaient du plafond. »  Page 98
  • « À côté du secrétaire se dressaient des étagères qui contenaient la collection de livres du navire. Azuba parcourut les titres : des livres sur la navigation, des romans, des recueils de poésie. Ceux que Nathaniel appelait ses « livres de médecine ». Elle en sortit quelques-uns et les feuilleta, vit qu’il avait écrit des notes dans les marge. »  Page 99
  • « Azuba souleva le couvercle de son coffre. Elle avait apporté quatre robes pour un voyage dont elle ne connaissait pas la durée. Deux robes de laine, deux de coton. Des bas de laine, des capes, des jupons, des culottes fendues. Elle sortit ses peignes, sa brosse, une boite d’épingles à cheveux et sa bible et les tendit à Carrie, qui se chargea de tout ranger. »  Pages 100 et 101
  • « À cette heure-là, ses parents devaient être passés ensemble au salon. Son père devait lire des passages de la bible à voix haute pendant que sa mère faisait de la dentelle. »  Page 105
  • « Après douze jours en mer, quand elle fut enfin entièrement remise de son malaise, Azuba passait le temps en examinant le contenu de la bibliothèque de Nathaniel. Assise par terre à côté de son secrétaire, elle étudiait le livret qui accompagnait la trousse de pharmacie : A Companion to the Medical Chest, with Plain Rules for the Taking of Medicines. Elle ouvrait la boite et en sortait les instruments et les divers petits flacons numérotés afin que le capitaine puisse les repérer facilement. Elle comparait les recettes du livret avec celles que lui avait données Mamie.
    En consultant les manuels de navigation de Nathaniel, Azuba assimila toutes sortes de nouvelles connaissances : la navigation à l’estime, la navigation par les astres, les divers usages du sextant. Dans sa cabine, elle ouvrit la boite en bois de rose et comprit en examinant le chronomètre qu’il serait impossible de calculer leur longitude sans cet instrument. Elle apprit les aires de vent. À table, Nathaniel et M. Dennis avaient de longues discussions sur ce qu’ils appelaient « le livre de Maury », alors elle repéra le volume dans la bibliothèque. L’auteur, le lieutenant américain Matthew Maury, s’était intéressé à déchiffrer les caprices de la mer. Les coudes appuyés sur le tapis de table, Azuba se renseigna sur l’origine des vents. Elle apprit que l’air se déplace des cellules de haute pression vers celles de basse pression, que la rotation de la Terre et le changement des saisons ont une incidence sur la direction des vents. Que les courants océaniques sont aussi réguliers qu’une route. Que les déserts et les nappes de glace ont un effet sur les vents et la pluie. Elle constata que Nathaniel et M. Dennis étaient à la fois critiques et admirateurs du Lieutenant Maury. Mais comme ses écrits permettaient aux capitaines de prendre des décisions basées sur la science, on ne pouvait pas les ignorer. La mer, écrivait Maury, n’était pas un espace sauvage et aléatoire. De nouvelles certitudes s’imposaient.
    Après s’être assurée qu’elle n’avait pas laissé de cheveux noirs, des gouttes de thé ou une plume entre ses pages, elle remit le volume à sa place. À table, elle ne dit rien quand les hommes discutaient des conclusions de Maury même si, bien souvent, elle aurait pu fournir des éléments de réponse. »  Pages 110 et 111
  • « Un froid régnait dans le salon. Azuba faisait porter à Carrie une camisole de laine et un gilet épais. Les jours de grande turbulence, elle sentait monter en elle une pointe de regret qui se serait transformée en désespoir si elle avait pris le temps de s’y attarder. En de telle occasion, elle se concentrait sur Londres et lisait à voix haute des passages de son guide de voyage, le Harper’s Guidebook for Travellers. Carrie l’écoutait, et ses poupées de papier devenaient la Reine d’Angleterre, le Prince de Galles et la Princesse Alexandra.
    – Carrie, c’est là que nous allons, disait Azuba en déposant le guide et en reprenant son tricot. Nous allons à Londres ! »  Page 112
  • « Azuba écrivit à ses parents :
    Ne vous inquiétez pas pour nous. Je lis ma bible, et Carrie et moi envoyons nos prières au ciel en pensant à vous. »  Pages 116 et 117
  • « Elle était montée sur une chaise pour accrocher la feutrine devant les portes des chambres d’amis, avait décidé qu’il fallait abattre Dolly; avait dressé chaque jour la liste des tâches à confier à Hannah, versé les salaires, tenu son livre de comptes. »  Page 138
  • « C’est la dernière lettre que je vous enverrai avant d’arriver à Anvers, à moins que nous croisions un navire en mer. Je compte documenter la suite de notre voyage, et je promets de vous envoyer une copie de mon livre de bord. »  Page 144
  • « Nathaniel allait devoir jouer le rôle de sagefemme et de médecin. Il n’y aurait pas de chloroforme, pas de mains fortes et habiles d’une femme. Rien pour l’aider sauf des connaissances livresques. Ou la chance. »  Page 162
  • « Elle aurait souhaité pouvoir leur confier qu’elle étudiait les manuels de navigation de Nathaniel, qu’elle tentait de résoudre des équations, qu’elle écoutait les commandements livrés par son mari et observait ce que faisaient ses hommes pour y répondre, et qu’à l’arrière du livre à reliure de cuir de Mamie elle avait fait un croquis du Voyageur sur lequel elle avait inscrit les noms des voiles, des vergues et des cordages après avoir retourné la pointe de sa plume. »  Pages 169 et 170
  • « Elle allait devoir se passer de la compagnie d’autres femmes pendant des mois. J’aurai besoin de quoi me nourrir l’esprit et l’âme – des livres, des plantes, des projets. »  Page 171
  • « Elle fit du troc avec les autres femmes de capitaine : une pelote de laine bleue contre une bobine de soie à coudre rouge; des conserves en échange de livres; du fil contre des journaux; du gâteau au fruits contre une pièce d’étoffe. »  Page 171
  • « Elle se mit à parler moins fort.
    – Je suis en train de m’initier à la navigation. Toute seule, avec les livres de mon mari. Je lis ses livres de médecine aussi. »  Page 174
  • «  – Prends ton abécédaire, chuchota Azuba.
    Carrie s’était rendue à la lettre O en brodant au fil bleu. »  Page 180
  • « Ce soir-là, Nathaniel lisait le Mariner’s Chronicle et Azuba, chaussons aux pieds, s’était enroulée dans un châle de laine noir avant de s’installer sur le canapé. La petite pièce était plus accueillante depuis qu’elle y avait installé son rosier en pot et son géranium rosat qui dégageait une odeur agréable.
    Azuba examina attentivement le dépliant qui accompagnait la trousse à pharmacie, un texte intitulé Plain Rules for the Taking of Medicines. Puis, elle ouvrit le volume que lui avait offert Mamie Cooper.
    Pour guérir un mal d’oreille : tabac et huile d’ognon rôti, une goutte dans l’oreille.
    Elle de mit à feuilleter li livre à reliure de cuir.
    Comment peindre une ruche
    Recette de bière à la mélasse
    Comment prévenir les infestations de pucerons sur les navets et les choux
    Comment réparer un poêle fissuré
    Comment fabriquer un filet maillant
    Sa grand-mère se dressa devant elle, une petite dame têtue et pleine d’entrain qui la mettait au défi de suivre son exemple.
    – Azuba, écoute ceci.
    Azuba marqua sa page à l’aide d’un bout de papier avant de refermer son livre et prit son tricot.
    Nathaniel se mit à lire à haute voix : Le capitaine cria « Voilà la côte ! Mon Dieu, nous sommes perdus! » Sa femme courut chercher le bébé et l’enveloppa dans un châle chaud avant d’en mettre un sur ses propres épaules. Le capitaine alla à la porte et prit le bébé dans ses bras en disant « Nous sommes perdus, dans deux ou trois minutes, ce sera fini. » Il fit ses adieux à sa femme et entama une prière qu’il interrompit quand la mer déferla sur eux. Le pont céda et ils furent plongés sous les flots. La femme du capitaine se trouva dans l’eau assez longtemps pour nager sur une dizaine de mètres vers l’avant du bateau. Lorsqu’elle remonta à la surface, ses vêtements s’emmêlèrent dans l’épave ; elle les libéra d’un coup ferme et se mit à chercher son mari et son enfant.
    Azuba déposa son tricot et regarda son mari. Ces histoires étaient tellement fascinantes pour lui qu’il semblait en oublier son auditoire tant sa lecture l’absorbait. Contrairement à ce qu’il aurait fait par le passé, il n’essayait pas de la dissuader à prendre la mer avec lui en lui lisant ces récits édifiants.
    Elle vit son mari debout sur le toit du rouf, sans l’enfant. Elle comprit qu’il était blessé. Affolé, il lui fit signe de monter sur le rocher contre lequel le navire s’était échoué. Le second et plusieurs hommes de l’équipage s’y trouvaient et l’enjoignaient en craint de se joindre à eux. Elle courut alors jusqu’au rocher en se frayant un passage parmi les décombres de l’épave. Une fois sur le rivage, ils se réfugièrent dans une masure où ils étendirent le capitaine à côté de son épouse. Avant de rendre son dernier souffle, celui-ci demanda si le petit était sain et sauf.
    Ils restèrent assis en silence. Nathaniel prit sa pipe et en tira quelques bouffées en tournant quelques pages.
    – Celle-ci maintenant. Ça s’est passé dans l’Atlantique Nord. Le navire avait quitté le port de Boston avec un chargement de charbon dans sa cale.
    – Nathaniel ?
    Il leva les yeux, tira sur sa pipe et fixa des yeux la flamme de la lampe à huile. Calmement, il calculait.
    – Pourquoi tu lis ces récits-là, Nathaniel ? Pourquoi tu me les lis à haute voix ?
    – Si ça ne te plait pas de les entendre, je peux les lire pour moi-même.
    – Ce n’est pas ce que je voulais dire. J’aime beaucoup t’entendre me lire des histoires. C’est juste que celles-là sont un peu angoissantes. Elles me font penser à nos familles qui doivent s’inquiéter à notre sujet.
    – Ah bon.
    Il la regarda, souleva un sourcil.
    – Je suppose qu’elles m’intriguent, c’est tout. La mer, c’est mon métier, c’est ma vie. Des éventualités comme celles-là me font réfléchir. J’apprends beaucoup de choses en les lisant. C’est bien de voir combien de gens survivent aux épreuves qu’ils subissent. J’aimerais penser que j’aurais la même présence d’esprit qu’eux, que je serais aussi courageux. »  Page 187 à 190
  • « Azuba remarqua que M. Dennis était devenu méfiant : il plissait les yeux et se contentait de grogner pour signaler son consentement. Épaules tendues, il partait exécuter les ordres de son capitaine. Azuba ne dit rien, mais selon ce qu’elle avait lu en secret dans les livres de Nathaniel, et selon les comptes rendus qu’il lui avait lus à haute voix, selon aussi les réponses qu’il lui avait données à toutes les questions qu’elle avait posées en le voyant tracer leur parcours, et selon ce que lui disaient ses propres observations, elle savait qu’ils se ruaient dans des vents qui soufflaient à quarante nœuds tel un aveugle parti à la course. »  Pages 206 et 207
  • « Nathaniel rangeait ses effets personnels, ses papiers et ses instruments de navigation dans le secrétaire à cylindre qui occupait la majeure partie du mur à l’avant du salon : compas, sextant, encrier, stylo, règle; ses pipes et son tabac; pistolets, munitions, coup-de-poing américain et matraque en cas de mutinerie ou de piraterie. Enfin un carnet de bord personnel, au contenu plus intime que celui qui se trouvait dans la cabine de l’équipage. »  Page 209
  • « Quand il le pouvait, Nathaniel s’installait à son pupitre après le repas du soir pour examiner les cartes marines des vents et des courants de la région et étudier les Explications et instruction nautiques accompagnant la Carte des vents et des courants de Maury, examinant les nouvelles routes et la science sur laquelle elles étaient fondées. »  Pages 209
  • « – Allons se coller dans le lit, dit Azuba. On mangera des craquelins.
    Elles se rendirent au garde-manger et en sortirent la dernière boite de craquelins. Ensuite, elles allèrent au salon chercher des oreillers et des livres. »  Page 213
  • « Elles ouvrirent un livre, Les Mélodies de ma mère l’Oye. Une odeur émanait du papier qui rappelait à Azuba la boutique où elle l’avait trouvé à Londres. C’était avant le cap Horn, avant les iles Chincha. Avant Andrew.
    Sur la page se trouvait le dessin d’un arbre avec des poissons dans son feuillage. Azuba chanta :
    Michaud est monté dans un peuplier,
    Michaud est monté dans un peuplier.
    La branche a cassé, Michaud est tombé.
    Où donc est Michaud ?
    Michaud est su’le dos.
    Ah ! relève, relève, relève,
    Ah ! relève, relève, Michaud.
    Carrie posa son doigt sur un poisson dans l’arbre.
    – Maman, pourquoi il a lâché la corde ? Pourquoi il est tombé ?
    Azuba souleva le doigt de Carrie et tourna la page.
    – Ses mitaines étaient glissantes. Il n’a pas fait exprès. Il a fermé sa main sur la corde mais sa main a glissé.
    – Qui va le dire à sa maman ?
    – Papa lui a écrit une lettre. Il lui a dit que c’était un bon…
    Sa voix lui fit défaut, elle resta silencieuse un instant…
    – Il lui a raconté ce qui s’était passé. Nous donnerons la lettre au prochain navire que nous croiserons, ou bien nous la mettrons à la poste quand nous arriverons à Anvers.
    Carrie traça les lettres de la comptine suivante. »  Pages 213 et 214
  • « Elle prit le livre dans ses mains et se remit à lire à voix haute.
    Carrie suça son pouce et fixa la page sans la voir. »  Page 214
  • « Le lendemain, la tempête redoubla d’ardeur. Le feu dons le poêle s’était éteint, et il faisait si froid dans le salon qu’un nuage de buée sortait de la bouche quand on l’ouvrait. Azuba traversa la pièce en chancelant et s’assura que tous les objets étaient assujettis – les boites à ouvrage, les livres, le papier à dessiner de Carrie. »  Page 215
  • « – La fois où… le dentier à matante est tombé dans le poêle puis qu’on a dû fouiller dans le seau à cendre pour le retrouver. La fois où… le plateau de porcelaine est passé par la fenêtre en même temps que l’eau de vaisselle puis qu’on l’a retrouvé intact dans les œillets de poète… »  Page 215
  • « Elle s’assied en tailleur, un gros livre sur les genoux en guise de tablette, et se mit à écrire. »  Page 230
  • « Azuba et Mme Lattimer s’installèrent avec leur broderie tandis que Carrie s’assit avec un livre et que Lisette se chargea de coucher le bébé dans une des chambres. »  Page 293
  • « – Des pirates les ont livrés à l’Alabama. Puis là, sous leurs yeux, ils ont mis le feu à leur bateau. Tu te souviens comme il était beau. Un vrai péché. Mme Davis a été gardée prisonnière dans les cales du navire sudiste pendant deux semaines sans savoir ce qui était advenu de son mari. Elle l’a finalement retrouvé quand les moins que rien les ont largués au large de l’Espagne.
    Carrie était penchée sur son livre, mais elle avait cessé de tourner les pages. »  Page 295
  • « Ils allèrent au jardin zoologique, où Azuba resta un long moment à admirer la serre tropicale, et où ils virent par hasard un gardien jeter des lapins vivants dans la cage à serpents. Nathaniel lut dans leur guide de voyage que le zoo possédait la plus importante collection de singes bleus de toute l’Europe. »  Page 296
  • « Quand Simon était là, Whelan’s Cove prenait vie; ce n’était plus qu’un rêve ou une image tirée d’un livre. »  Page 314
  • « Simon avait sous le bras deux guides de voyage – le Harper’s Handbook et le Baedeker – mais il affichait une mine soucieuse. »  Page 317
  • « – Bonjour Monsieur Walton. Tu nous emmènes quelque part aujourd’hui ?
    Il baissa les yeux vers les livres qu’il portait.
    – À moins que vous n’ayez prévu autres chose… »  Page 317
  • « Il lisait à voix haute des passages d’un vieux journal ou de David Copperfield. »  Page 348
  • « Angoissée, Azuba posa son livre. »  Page 385
  • « Nathaniel lisait le journal, assis sur le divan. Son désœuvrement, le silence de Carrie remplissaient la pièce. Le bébé, en revanche, babillait, riait, découvrait avec plaisir les livres, la nourriture, sa boule de ficelle. »  Page 387
  • « Le matin, avant de se lever, elle s’était mise à se représenter sa vie depuis sa naissance jusqu’au temps présent. Elle avait l’impression de feuilleter un grand livre illustré où les images se succédaient, lui montrant les constantes de sa vie. »  Page 392
  • « Azuba glissa une languette de cuir bleu dans son livre pour marquer la page avant de refermer le livre qu’elle posa sur une table. »  Page 397
  • « Elle repensa à toutes les discussions qu’avaient eues Nathaniel et M. Dennis à bord du Voyageur sur les écrits de Maury. »  Page 397
  • « Comment aurait-elle pu être heureuse de son sort quand dans son esprit défilait ce que l’avenir réservait à Nathaniel ? Les bureaux poussiéreux, les livres de comptes, la scierie, l’atelier d’assemblage. »  Page 403
  • « Elles aimaient feuilleter ensemble le Godey’s Lady’s Book pour admirer les somptueuses robes à crinoline et les jupons à cerceaux qui s’y trouvaient. »  Page 412
  • « Nathaniel avait décidé de devenir arboriculteur fruitier. Il acheta une grande parcelle de terre derrière la maison avec une déclivité qui servirait d’abri aux arbres qu’il prévoyait planter. Il commanda un manuel d’horticulture, The American Fruit Book : Containing Direction for Raising, Propagating and Managing Fruit Trees, Shrubs, and Plants. Il lut attentivement les chapitres sur le greffage, le bourgeonnement, l’élagage, la gestion des sols, la lutte contre les insectes et les animaux nuisibles, l’irrigation, la mise en marché.
    À son pupitre, le soir, il ne lisait plus son journal de bord. »  Pages 420 et 421
  • « Carrie s’adressait à tout le monde maintenant et était redevenue en apparence la jeune fille qu’elle avait été jadis – brillante, capable, sérieuse. Mais elle regardait sa mère d’un regard sérieux, le même regard qu’elle posait sur les images dans ses livres, la nourriture dans son assiette, une mouche posée sur son doigt – toujours méfiante, semblait-il, à l’affut d’un quelconque danger ou d’une éventuelle trahison. »  Page 427
3,5 étoiles, F, M

La Saga Malaussène, tome 2 : La Fée carabine

La Saga Malaussène, tome 2 : La Fée carabine de Daniel Pennac.

Éditions Folio, publié en 1997, 253 pages

Deuxième volet de la saga Malaussène écrit par Daniel Pennac et paru initialement en1987.

La fée carabine

À Belleville rien ne va plus : les vieilles femmes sont armées jusqu’aux dents, on attaque et torture les femmes et le personnel de l’hôtel de ville drogue les vieux. Que se passe-t-il ? À travers tout cela, Benjamin a toujours à sa charge ses 5 frères et sœurs, son chien épileptique et quelques vieux drogués, qu’il recycle en « grands-pères » d’adoption. Sa belle Julia ne donne pas beaucoup signe de vie car elle travaille sur un papier dangereux, silence de son côté. Suite à tous les crimes commis dans Belleville, plusieurs dossiers d’enquêtes sont ouverts par la police. Les enquêteurs deviennent fous à vouloir les démêler. Par un effet de hasard et de mal chance, Benjamin semble être lié à tous les cas. Il est rapidement identifié comme le suspect idéal aux yeux des policiers. Benjamin Malaussène, bouc émissaire de profession, se retrouve sous haute surveillance et accusé de tous les crimes.

Roman policier absurde, drôle et mettant en vedette une troupe de personnages insolites. L’histoire est relativement bien ficelée par contre il y a un peu trop d’évènements pour garantir la clarté du roman. La dispersion du récit, les invraisemblances ou les cibles faciles tel que les flics corrompus font légion et assomment le lecteur à la longue. Par contre, les malheurs du personnage principal sont assez captivants. C’est un texte qui se lit rapidement car les descriptions sont presque absentes et le style d’écriture est basé sur des dialogues colorés. La richesse du livre provient en grande partie des personnages. Ils sont tous hauts en couleur, particuliers et surtout très attachants. On passe du vieux flic vietnamien qui se travestit pour faire ses enquêtes à l’ancien guerrier yougoslave en passant pour une jeune voyante. Ils sont riches et semblent réels tant l’auteur les fait vivre dans son récit. Par contre certaine frôle la caricatures : les flics sont forcément racistes, violents et corrompus. Daniel Pennac nous présente une fois de plus, un récit où il faut accepter que quelques fois la vraisemblance et les certitudes n’ont pas lieu d’être.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 11 mars 2014

La littérature dans ce roman :

  • « Jérémy, qui redouble sa cinquième, prétend vouloir tout connaître de Molière, et le vieux Risson, son grand-père à lui (un libraire à la retraite) multiplie les indiscrétions biographiques. »  Page 11
  • « Une rame pénétra en même temps qu’eux dans l’antre naturaliste des frères Goncourt. »  Page 22
  • « Pendant ce temps chez les Malaussène, comme on dit dans les bédés belges de mon frère Jérémy, les grands-pères et les enfants ont bouffé, ils ont desservi la table, se sont cogné la vaisselle, ont fait leur toilette, enfilé leurs pyjamas, et maintenant ils sont assis dans leurs plumards superposés, les charentaises dans le vide et les yeux hors de la tête. »  Page 23
  • « L’obus est tombé aux pieds du prince André Bolkonski, lequel se tient là, debout, indécis, à donner l’exemple à ses hommes pendant que son officier d’ordonnance pique du nez dans la bouse. Le prince André se demande si c’est la mort qui tournoie sous ses yeux, et le vieux Risson, qui a lu Guerre et Paix jusqu’au bout, sait bien que c’est la mort. »  Pages 23 et 24
  • « Il ne lui a pas fallu plus d’une séance pour me ravaler au rang de lanterne magique et s’octroyer la dimension cinémascope-panavision-sun-surrounding et tout le tremblement. Et ce n’est pas la Collection Harlequin qu’il leur sert, aux enfants ! mais les plus ambitieux Everest de la littérature, des romans immenses conservés tout vivants dans sa mémoire de libraire passionné. »  Page 24
  • « Les cheveux, les dents, les ongles et le blanc de l’œil étaient jaunes. Plus de lèvres. Mais, le plus impressionnant, c’était qu’à l’intérieur de cette carcasse et au fond de ce regard on sentait une vitalité affreuse, quelque chose de résolument increvable, l’image même de la mort vivante que donne la fringale d’héroïne aux grands camés en état de manque. Dracula soi-même ! »  Page 25
  • « Risson raconte la Guerre et la Paix, et, dans le sifflement empoisonné de la petite bombe, on peut entendre tourner les noms de Natacha Rostov, de Pierre Besoukhov, d’André, d’Hélène, de Napoléon, de Koutouzov… »  Page 28
  • « À croire que toute la flicaille de Paris monte à l’assaut. Il en grimpe de la place Voltaire, il en tombe de la place Gambetta, ils rappliquent de la Nation et de la Goutte d’Or. »  Page 33
  • « Il va bientôt publier dans ma boîte (aux Éditions du Talion) un gros ouvrage sur ses projets parisiens : le genre mégalo-book, papier glacé, photos couleurs, plan dépliable et tout. Opération prestige. Avec de belles phrases d’architectes : de celles qui s’envolent en abstractions lyriques pour retomber en parpaings de béton. C’est parce que la Reine Zabo m’a envoyé chercher son manuscrit que j’ai eu les honneurs de Ponthard-Delmaire, le fossoyeur de Belleville.
    — Pourquoi moi, Majesté ?
    — Parce que s’il y a quelque chose qui merde dans la publication de son livre, Malaussène, c’est vous qui vous ferez engueuler. »  Pages 33 et 34
  • « Un gros qui se déplace comme un gros ; pesamment. Qui se déplace peu, d’ailleurs. Après m’avoir filé son bouquin, il ne s’est pas levé pour me raccompagner. »  Page 34
  • « Ce sont les lieutenants de mon pote Hadouch, fils d’Amar, et condisciple à moi au lycée Voltaire. »  Page 35
  • « Mais il a beau puer de la gueule comme s’il voyageait au fond des enfers, Julius le Chien est vivant. Épilepsie. Ça va durer un certain temps. Plusieurs jours, peutêtre. Aussi longtemps que la vision qui a provoqué cette crise s’accrochera à sa rétine. J’ai l’habitude.
    — Alors, Dostoïevski, qu’est-ce que tu as vu, ce coup-ci ?
    Moi, ce que je vois, après avoir ouvert l’enveloppe kraft de Hadouch, me laisse tout rêveur, et mon dîner, pourtant lointain, me remonte gentiment à la bouche. »  Page 37
  • « — Ma veuve Dolgorouki connaissait parfaitement les écrivains prérévolutionnaires. À vingt ans, elle était communiste, comme moi au sortir de mon couvent. Elle faisait la résistante ici, pendant que je faisais le maquisard en Croatie. Elle savait les poèmes de Maïakovski par cœur, nous nous récitions des scènes entières du Revizor et elle connaissait Bielyï. Oui. »  Pages 87 et 88
  • « On a démonté les meubles planche par planche avant de tout péter. Tous les livres de la bibliothèque gisent écartelés au milieu du massacre. Leurs pages ont été arrachées par poignées. »  Page 104
  • « C’est vrai, Julie, qu’ils n’aillent pas remettre la main sur ces pauvres vieux, « ne me téléphone pas, Ben, ne viens pas me voir, d’ailleurs je vais disparaître pendant quelque temps », mais s’ils viennent, eux, chez moi, pendant que je cours comme un con et si c’était ça, justement, qu’ils voulaient savoir, la planque des grands-pères, et s’ils le savent, maintenant, et s’ils avaient fait le chemin inverse, eux, entrant en force dans la maison pendant que maman est seule avec les enfants et les grands-pères ? flaques, baffes, caniveaux, terreur, je traverse l’avenue au niveau du lycée Voltaire, ça klaxonne, gueule, patine, et froisse de la taule, mais j’ai déjà plongé comme la mouette ivre dans la rue Plichon, traversé celle du Chemin-Vert et je viens de m’écraser contre la porte de la quincaillerie. »  Page 107
  • « De l’eau bouillant sur la cuisinière, le four occupé pour le dîner, mais pas de Clara, pas de Rognon. Le livre d’histoire de Jérémy ouvert sur la table, sans Jérémy. À côté de lui le cahier d’écriture du Petit, un beau pâté au milieu de la page, où est le Petit ? »  Page 114
  • « Pastor pensait à la bibliothèque. Les livres avaient été la seconde passion du Conseiller, après Gabrielle. Leur seconde passion commune. Éditions originales, reliées au fer et signées par leurs auteurs, dès parution. Parfum de cuir, vieille cire aux senteurs de miel, chatoiement des feuilles d’or dans la pénombre. Et pas de musique, surtout ! Pas de gramophone, pas d’électrophone, pas de chaîne hi-fi. « La musique, il y a des squares pour ça », proclamait le Conseiller. Rien que le silence des livres qui, maintenant, dans le souvenir de Pastor, s’accordait aux martèlements de la pluie. On n’ouvrait que rarement ces reliures silencieuses. Au-dessous, la cave de la maison était la réplique exacte de la bibliothèque. Mêmes rayonnages, mêmes auteurs, mêmes titres, à l’exacte verticale de l’exemplaire original qui se trouvait au-dessus, mais en éditions courantes. C’était ceux-là qu’on lisait, les livres de la cave. « Jean-Baptiste, descends donc à la cave nous chercher un bon bouquin. » Pastor s’exécutait, libre dans son choix, plutôt fier de sa mission. »  Pages 122 et 123
  • « — J’ai honte, gamin, je t’ai fait une petite cachotterie.
    — Pas grave, Thian, c’est ta nature perfide d’Asiate. J’ai lu dans un livre que c’était plus fort que vous. »  Page 123
  • « — Alors mon grand, à quoi ressemble-t-il, ce petit ?
    Aussi bien, comme on dit dans les beaux livres, aucun des enfants Malaussène ne peut-il se vanter d’avoir connu les seins de sa mère. »  Page 131
  • « — Elle est belle comme une bouteille de Coca remplie de lait.
    Jérémy a murmuré ça les larmes aux yeux. Risson a froncé ses vieux sourcils dans un effort louable pour donner corps à cette image. Clara a pris une photo. Oui, Jérémy, elle est belle comme une bouteille de Coca-Cola remplie de lait. Je la connais bien, cette beauté-là ! Irrésistible. Le genre Bois Dormant, Vénus sortant de Shell, indicible candeur, naissance à l’amour. Vous connaissez la suite, les enfants ? Le Prince Charmant nous pend au nez. Dès son réveil, maman ne sera plus que disponibilité candide à la passion. Et si par malheur un beau tsigane (ou un gentil comptable, peu importe) passe à ce moment-là… »  Page 132
  • « — Ponthard-Delmaire, vous vous rappelez ?
    — Ponthard-Delmaire, l’architecte ? Le roi des jolis mots coulés dans le béton ? Comme si c’était hier.
    — Eh bien, le bouquin de lui que nous devons éditer est foutu.
    (Ça y est, je commence à piger. Il va falloir que j’aille trouver ce poussah et me prendre une avoine pour une connerie que je n’ai pas faite moi-même.)
    — Le chauffeur qui devait porter la maquette à l’imprimerie a eu un accident. Sa voiture a brûlé et le bouquin avec. »  Page 137
  • « — Avez-vous la moindre idée de la quantité de fric investie dans ce livre, Malaussène ?
    — Probablement dix fois plus qu’il ne vous en rapportera.
    — Erreur, mon garçon. Tout ce que nous pouvons gagner sur ce livre est déjà dans notre caisse. Colossales subventions de la ville de Paris pour promouvoir LE bouquin d’archi qui annonce sans ambiguïté ce que sera le Paris de demain. Substantielle rallonge du ministère des Travaux Publics qui prône une politique de la transparence dans ce domaine. »  Page 137
  • « — Écoutez-moi bien, Malaussène. Il nous faut environ un mois pour recomposer ce foutu livre. Or, Ponthard-Delmaire attend ses épreuves mercredi prochain. Et la sortie du livre a été prévue pour le 10. »  Page 138
  • « Ce doux grand-père aux yeux si creux et aux cheveux si blancs qui s’était timidement approché de Thian au moment où il partait et qui lui avait tendu un petit bouquin rose : « Pour lire, pour être moins seule… »
    Thian sortit le petit livre de sa poche. « Stefan Zweig, Le joueur d’échecs. » Il contempla un long moment la couverture rose et souple. « C’est un livre sur la solitude, avait dit le grandpère, vous verrez… »
    Thian jeta le bouquin sur le lit. « Je demanderai au gamin de me le résumer… » »  Page 143
  • « Des affamés de lecture descendaient quatre à quatre les marches de la librairie. D’autres en remontaient, plus calmes, chargés pour la semaine. Littérature démagnétisée qu’ils liraient, confortablement installés en face. L’un d’eux, gravissant sous le nez de Pastor les trois marches de la sortie, serrait Saint-Simon contre son cœur. Malgré tous ses efforts, Pastor ne put empêcher l’image du Conseiller de faire irruption dans le cadre, ni la voix de Gabrielle de combler tout le volume : « Le duc de la Force, qui mourut dans ce même temps, ne fit pas de regrets… nonobstant sa naissance et sa dignité. » Les inflexions de Gabrielle, qui lisait à voix haute, prêtaient aux lèvres du Conseiller le sourire du vieux duc de Saint-Simon. Ces soirées de lecture… et les oreilles du petit Jean-Baptiste Pastor dressées dans la pénombre…  »  Pages 148 et 149
  • « Comme Saint-Simon tout à l’heure, les blondinets gravirent les trois marches de la sortie, mais obliquant tout à coup à angle droit, ils se dirigèrent vers la table des deux flics. »  Page 149
  • « Il disait : « Ce vieux monde rhumatisant aura de plus en plus besoin de vos drogues, Thian… » Tu sais qui c’était ce type, gamin ?
    Pastor fit non de la tête :
    — Corrençon. Le gouverneur colonial Corrençon. Le père de ta petite Corrençon qui joue les belles au bois dormant à l’Hôpital Saint-Louis. C’était lui. Je l’avais complètement oublié. Mais je le revois maintenant, si droit sur sa chaise, écoutant ma mère lui prédire la fin de l’Indochine française, puis celle de l’Algérie, et je l’entends répondre :
    — Vous avez mille fois raison, Louise : la géographie va retrouver ses droits. »  Pages 164 et 165
  • « — Quelques mois de prison seront insuffisants ; j’aurais besoin, au moins, d’une année complète.
    Les trois flics se regardèrent.
    — Pourquoi ? demanda Pastor.
    Stojilkovicz réfléchit encore, évaluant consciencieusement le temps qui lui était nécessaire, et dit enfin, de sa tranquille voix de basson :
    — J’ai entrepris une traduction de Virgile en serbo-croate ; c’est très long, et assez complexe. »  Page 172
  • « — Mais pourquoi faut-il que je sois viré si je n’obtiens pas ce délai de publication, bordel ?
    — Ne soyez pas grossier. Parce que vous aurez échoué, tout simplement, et qu’une maison d’édition digne de ce nom ne peut pas se permettre de garder des tocards dans son équipe.
    — Mais, vous, Majesté, vous l’Inoxydable, vous avez échoué, non ? En laissant cramer les épreuves du livre dans cette bagnole ! »  Page 176
  • « – J’ai une famille à nourrir ! Je ne passe pas ma vie à m’allonger sur des canapés pour savoir comment fonctionnent mes rouages, moi !
    — Famille, mon œil ! Il y a trente-six façons de nourrir une famille ; à commencer par ne pas la nourrir du tout. Rousseau a très bien su faire ça. Et il était au moins aussi cinglé que vous !
    Engagée sur de pareilles bases, cette conversation aurait pu durer indéfiniment. La Reine Zabo sut lui donner un point final tout ce qu’il y a de professionnel.
    — Vous irez donc demain mercredi chez Ponthard-Delmaire, vous obtiendrez ce délai de publication pour son livre d’architecture, sinon, vous serez viré. J’ai d’ailleurs annoncé votre visite : seize heures précises. »  Page 177
  • « Le grand Bertholet eut un bref sourire à l’adresse de l’inspecteur Pastor, debout là, dans son vieux pull de laine, plutôt timide, flottant dans la lumière ; vaguement mou même ; et, que cette reproduction en latex du Petit Prince ait arraché des aveux à Chabralle, ça, le grand Bertholet n’arrivait toujours pas à le croire. »  Page 184
  • « C’était vrai, il restait Gervaise, la fille laissée sur terre par la géante. Elle n’était pas de Thian, mais tout comme. On lui avait donné un nom rouge, pris dans un livre réputé rouge. Ça ne l’avait pas empêchée d’attraper la Foi, Gervaise. »  Page 197
  • « Mais ce n’était pas Dieu le Père, c’était le plus camé de ses anges déchus ; c’était le vieux Risson, l’ancien libraire que la veuve Hô avait rencontré chez Malaussène.
    — Je suis venu récupérer mon livre, monsieur l’inspecteur. »  Page 198
  • « La façon dont il tenait le revolver, bien calé au creux de sa paume… oui, ce genre d’outils lui était familier.
    — Vous l’avez lu ?
    Il secouait le petit livre rose de Stefan Zweig, Le joueur d’échecs, qui gisait au pied du lit, d’où il était tombé sans que Thian l’eût ouvert.
    — Vous ne l’avez pas lu, n’est-ce pas ?
    Le vieillard secouait une tête désolée. »  Page 199
  • « Il raconta comment Malaussène et les enfants les avaient soignés, et guéris, comment cette incroyable famille leur avait redonné la raison et le goût de la vie, comment lui-même, Risson, s’était senti ressuscité par Thérèse, comment il avait trouvé le bonheur dans cette maison et comme il était transporté le soir, par la joie des enfants, quand il leur racontait des romans.
    — Et c’est aussi pour cela que je vais être obligé de vous tuer, monsieur l’inspecteur. Je vais me faire descendre parce que ce vieux cinglé raconte des romans à des mouflets ? Thian ne comprenait pas.
    — Ces romans dorment dans ma tête. J’ai été libraire toute ma vie, voyez-vous, j’ai beaucoup lu, mais la mémoire n’y est plus tout à fait. Ces romans dorment et il me faut, chaque fois, les réveiller. »  Page 200
  • « — Ce soir, par exemple, continuait le vieux Risson, je vais leur raconter Joyce. Vous connaissez James Joyce, monsieur l’inspecteur ? Non ? Pas même de nom ?
    Le chargeur du Manhurin sous le buffet, et le Manhurin luimême, invisible, derrière le lit…
    — Eh bien, je vais leur raconter Joyce ! Dublin et les enfants de Joyce !
    La voix de Risson était montée d’un cran… il psalmodiait comme un prédicateur…
    — Ils vont faire la connaissance de Flynn, le briseur de calice, ils joueront avec Mahonny autour de l’usine de vitriol, je leur ferai retrouver l’odeur qui planait dans le salon du prêtre mort, ils découvriront Evelyne et sa peur de se noyer dans toutes les mers du monde, je leur offrirai Dublin, enfin, et ils entendront comme moi le Hongrois Villona s’exclamer, debout sur le pont du bateau : « L’aube, messieurs ! » »  Pages 200 et 201
  • « — L’argent de ces vieillardes incultes a tiré de l’oubli des chefs-d’œuvre qui revivent maintenant dans de jeunes cœurs. Grâce à moi ! Le baron Corvo… connaissez-vous le baron Corvo ?
    — Connais pas de baron, fit Mo le Mossi avec sincérité. »  Page 204
  • « — Et connais-tu au moins Imru al Qays, prince de la tribu de Kinda, jeune homme ? Il est de ta culture, celui-là, de ta culture la plus ancienne, l’antéislamique !
    — Connais pas de prince non plus, avoua Mo le Mossi.
    Mais le vieux s’était mis à psalmodier, sans crier gare :
    — Qifa, nabki min dikra habibin oua manzili…
    Simon traduisit pour le Mossi, en repoussant doucement le piston de la seringue. Il souriait.
    — Arrêtons-nous, pleurons au souvenir d’une amante et d’une demeure…
    — Oui ! s’écria le vieillard dans un éclat de rire enthousiaste. Oui, c’est une des traductions possibles. Et dis-moi, toi, connais-tu la poésie de Mutanabbî ? Son dithyrambe de la mère de Saïf al Dawla, tu le connais ?
    — Je le connais, oui, dit Simon en se penchant sur le vieux, mais je veux bien l’entendre encore, s’il te plaît. »  Page 204
  • « — Nouidou l – machraftataoua l – aouali… récita le vieillard.
    Simon enfonça l’aiguille en traduisant :
    — Nous préparons les glaives et les lances…
    Et il récita la suite en pressant sur le piston.
    — Oua taqtoulouna l-manounoubilla qitali.
    Le mélange de salive et de poudre blanche se rua dans la veine. Quand il atteignit le cœur, le vieux fut arraché de son fauteuil, propulsé dans l’espace. Il retomba aux pieds des deux garçons, les os brisés, recroquevillé sur lui-même, pareil à une araignée morte.
    — Traduction ? demanda le Mossi.
    — Et voici que la mort nous tue sans combat, récita le Kabyle. »  Page 204 et 205
  • « Voilà le genre de choses qui m’arrivent à moi : je baise ma belle au bois dormant et c’est ma mère qui se réveille… Car Julia dort toujours, à côté de moi, pas l’ombre d’un doute. »  Page 210
  • « Il y avait quelque danger à s’associer à une pareille cervelle… Place Voltaire, Pastor eut un nouveau gloussement. »  Page 213
  • « À moins que Risson, par nostalgie, ne se soit laissé enfermer vivant dans une bonne grosse librairie, « la Terrasse de Gutenberg », par exemple, et qu’il y ait passé sa nuit à bouquiner. Faudra bien qu’il se ressource un jour où l’autre, non ? Sa culture romanesque n’est pas inépuisable. Il est peut-être en train de se farcir ce dernier bouquin dont on cause, Le parfum, de Süskind, pour le raconter ce soir aux enfants ? »  Page 214
  • « Dans les deux cas, le sentiment final est proche de la pitié ; pitié de l’âme : « Dieu que cet homme est malheureux et que mes problèmes sont dérisoires par rapport aux siens » ou pitié clinique : « Qu’est-ce qui m’a foutu un maso pareil ? N’importe quoi pour ne plus le voir, il me déprime trop. » Et si, entre les deux versions, j’arrive à caser à l’énorme Ponthard que de toute façon les Éditions du Talion restent mieux placées que les autres pour sortir son bouquin vite fait, vu que nous le connaissons par cœur (tellement on l’aime), si j’arrive à lui sortir ça, j’aurai gagné la partie. »  Pages 218 et 219
  • « Je ne connais pas le troisième, un jeune mec dans un grand pull de laine, genre Gaston Lagaffe mais sur le mode tragique, à en juger par son visage ravagé. »  Page 220
  • « Un appartement déchiqueté, avec la même et méthodique sauvagerie que celui de la journaliste Corrençon. Une bibliothèque d’éditions originales jetée à terre, tous les livres écartelés. »  Page 221
  • « Il se saoulait de mots, de rythmes, debout dans l’encadrement de cette porte, comme un adolescent après sa première blessure d’amour. L’une de ces pauvres phrases s’accrocha plus particulièrement à lui : « ILS ONT ASSASSINÉ L’AMOUR. » C’était une phrase étrange, d’un romantisme désuet, comme sortie d’un livre en forme de cœur. « ILS ONT ASSASSINÉ L’AMOUR », mais cela s’était planté dans sa peau comme une ronce, et ça le réveillait la nuit, dans un hurlement rouillé, au bureau, sur son lit de camp : « ILS ONT ASSASSINÉ L’AMOUR ! » »  Page 221
  • « Comme Pastor nous avait pistonnés, on ne l’a pas vu au parloir de la taule, mais direct dans sa cellule : une piaule miniature, encombrée de dictionnaires, au sol crissant de feuilles froissées.
    — Soyez gentils, les enfants, faites passer la consigne : pas de visite au vieux Stojilkovicz.
    Ça sentait l’encre fraîche, la gitane, la double sueur des pinglos et des neurones. Ça sentait le bon boulot de la tête.
    — Pas une minute à moi, mes petits. Publius Vergilius Maro ne se laisse pas traduire en croate comme ça, et je n’en ai pris que pour huit mois.
    Il nous poussait vers la porte.
    — Même les arbres, là, dehors, ça me dérange…
    Dehors, c’était le printemps. Ça bourgeonnait ferme à la fenêtre de Stojil.
    — En huit mois, je n’aurai pas seulement fini de commencer.
    Stojil debout dans sa cellule, des brouillons jusqu’aux genoux, rêvant d’une condamnation à perpète pour pouvoir traduire l’intégral de Virgile…
    Il nous a foutus dehors. »  Page 242
4 étoiles, F

Le fléau, tome 3

Le fléau, tome 3 de Stephen King

Éditions J’ai Lu no 3313 ~ Publié en 1992 ~ 503 pages

Troisième et dernier tome de la version augmentée de ce roman de Stephen King paru initialement en 1978 sous le titre « The Stand ».

Le fléau tome 3

Rien n’est facile pour les survivants de la super grippe surtout pour le groupe de Boulder. Pendant l’organisation de la ville, Mère Abigaël a une vision qui lui fait comprendre qu’elle a pêché par orgueil. Par rédemption, elle décide de partir seule dans le désert laissant le Conseil diriger la ville. De son côté, Harold amer d’avoir été tenu à l’écart du Conseil planifie sa vengeance. Nadine est toujours hantée par le terrible rêve qui la destine à Flagg. Par dépit, elle s’unit à Harold. Ensemble ils vont mette en œuvre le plan machiavélique d’Harold. Après plusieurs semaines de recherche, Mère Abigaël est finalement retrouvée mais elle est au bord de l’épuisement. Lors de sa retraite elle a eu une vision, il faut qu’ils se rendent à Vegas dans le but de livrer une guerre à finir à Flagg et à sa société. Ils devront s’organier pour cette expédition vers la confrontation ultime entre le bien et le mal.

Heureusement, dans ce dernier tome l’action est de retour. Mon intérêt pour l’histoire a donc repris, fasciné par les aventures des groupes qui se rendent à Vegas. Car, comme dans le premier tome, les expéditions sont les parties les plus intéressantes du récit. Les épreuves lors des déplacements, nous permettent de découvrir les personnages. Stephen King est parvenu à rendre ses personnages vivants et attachants. Ils sont fouillés et toujours aussi intéressants. Il réussi à nous en faire découvrir de nouvelles facettes même si nous pensons les connaitre. Malgré la longueur du roman, Stephen King maîtrise parfaitement son récit. L’effroi de la confrontation inévitable entre les deux groupes est palpable et angoissant. Les descriptions des paysages sont aussi superbement rendues. Bien que le dénouement soit à la limite simpliste et insatisfaisant, l’auteur a su s’en sortir avec ingéniosité étant donné la complexité de la situation.

La note : 4 étoiles

Lecture terminée le 28 septembre 2012

Le Fléau – Édition intégrale Tome 1 – Tome 2

La littérature dans ce roman :

  • « Harold pensa vaguement que c’était sans doute l’un des paradoxes les plus étranges de sa vie: quand il trouvait finalement l’amour, ou une imitation raisonnable de l’amour, il dérapait aussitôt pour s’écraser dans les pages d’une revue féminine, à la section roman d’amour. Les auteurs de ces romans, avait-il écrit un jour dans une lettre anonyme au rédacteur en chef d’un de ces magazines, étaient l’un des rares arguments convaincants en faveur de l’eugénisme obligatoire.
    Mais elle levait la tête vers lui, ses lèvres entrouvertes étaient humides, ses yeux étaient brillants et presque… presque… oui, presque éblouis. Le seul détail qui n’était pas strictement compatible avec la vision que les auteurs de romans à l’eau de rose se faisaient de la vie, c’était son érection, d’une puissance vraiment étonnante. » Page 33
  • « J’aime ma petite routine quotidienne, arroser mon jardin – avez-vous vu comme les bégonias sont repartis ? j’en suis très fier -, lire mes livres, prendre des notes pour le livre que je compte écrire sur l’épidémie. » Page 40
  • « Il aurait donné n’importe quoi pour que le juge ne parle pas de son jardin, de ses livres, de ses notes, du verre de vin qu’il prenait avant de se coucher. » Page 41
  • « Votre visage se lit comme un livre, Larry. » Page 41
  • « L’intérieur ressemblait maintenant à une de ces fantastiques illustrations qu’on trouve dans les livres d’enfants, illustrations qui ne peuvent sortir que de la plume de dessinateurs à l’esprit passablement dérangé. » Page 50
  • « Les petits sont bouffés par les gros, disait le vieux Darwin. La prochaine fois que vous vous levez pour chanter l’hymne national, chers voisins et amis, fourrez-vous bien ça dans le citron : l’Amérique est morte, morte et enterrée, aussi morte qu’Elvis Presley, que Marilyn Monroe, que Harry Truman. Mais les principes que vient de nous exposer M. Darwin sont toujours parfaitement vivants – aussi vivants que le fantôme de l’Opéra à sa belle époque. » Page 70
  • « Son coeur fit un bond dans sa poitrine. Elle poussa un hurlement. Les livres qu’elle s’apprêtait à mettre dans son sac à dos tombèrent par terre avec fracas. » Page 76
  • « Et elle commença à ramasser les livres qu’elle avait laissé tomber. Elle s’agenouilla maladroitement, sans grâce, et ses genoux craquèrent comme des pétards. Elle commença à fourrer les livres pêle-mêle dans le sac à dos, par-dessus ses serviettes hygiéniques, son aspirine, ses sous-vêtements – des sous-vêtements de coton bien ordinaires, tout à fait différents de ceux qu’elle portait pour les frénétiques plaisirs de Harold. » Pages 78 et 79
  • « Peut-être n’y avait-il eu personne dans cette maison après tout, peut-être ce petit garçon n’avait-il pas été plus réel que les hallucinations de Poe – les battements de coeur du vieillard qui faisaient tic-tac comme une montre enveloppée dans du coton, ou le corbeau perché sur le buste de Pallas.
    – Il frappe, il frappe sans cesse à la porte de ma chambre, dit-elle tout haut sans réfléchir.
  • Et elle poussa un horrible petit croassement, sans doute pas tellement différent de celui des vrais corbeaux. » Page 80
  • « Harold était penché au-dessus du baby-foot, un livre ouvert à côté de lui. De temps en temps, il regardait un schéma, puis se remettait au travail. » Pages 100 et 101
  • « Et ce qu’elle sue est de la nitroglycérine pure l’une des substances les plus instables qui existent. Alors, si cette dynamite n’est pas de la dernière jeunesse, il est tout à fait possible que cette petite expérience de chimiste amateur nous expédie jusqu’en haut du mont Flagstaff, et même plus loin encore, jusqu’au pays d’Oz. » Page 101
  • « Des fils le reliaient à huit bâtons de dynamite. Le livre était encore ouvert. Harold l’avait emprunté à la bibliothèque municipale de Boulder. Le titre : Les soixante-cinq meilleurs montages de l’Exposition nationale des sciences. Le diagramme illustrait une sonnette branchée à un walkie-talkie identique à celui qui se trouvait dans la boîte à chaussures. Et, sous le diagramme, une légende : Troisième prix, Exposition nationale des sciences de 1977, Montage de Brian Ball, Rutland, Vermont. Un mot… et la sonnette retentit à vingt kilomètres ! » Pages 103 et 104
  • « Une vieille dame qui est d’abord la voix de Dieu et qui disparaît ensuite dans les montagnes. Et maintenant, un petit garçon qui semble avoir le don de la télépathie. On se croirait dans un conte de fées. » Page 109
  • « Lorsqu’elle arriva chez elle, Stu était assis dans la chambre, un crayon feutre dans une main, un énorme livre dans l’autre. Un titre en lettres dorées s’étalait sur la couverture de cuir : Introduction au Code pénal du Colorado.
    – Dis donc, tu as de ces lectures !
    Et elle l’embrassa sur la bouche.
    Stu lança le livre qui atterrit sur la commode avec un bruit sourd » Page 114
  • « De fait, Harold l’avait changé de place. Mais Nadine l’avait remis sous la pierre. Larry et Fran n’en savaient rien, naturellement. Quand Larry souleva la grosse pierre, le livre était là et le mot REGISTRE brillait doucement de toutes ses lettres dorées. » Page 124
  • « Je fais confiance à ton jugement, ma chérie. Comme dans le vieux conte du tailleur et des mouches. Sept d’un coup. Mais cette fois, ce n’est pas à des mouches que nous allons régler leur compte, mais à des cancrelats. » Page 129
  • « – Ils sont allés chez toi et ils ont trouvé ton livre. Ils l’ont emporté. » Page 135
  • « – Non merci, chérie, dit-il en regardant Larry d’un air absent. Je l’ai lu du début jusqu’à la fin, et j’ai un sacré mal de tête. Je n’ai pas tellement l’habitude de lire. Le dernier livre que j’ai lu d’un bout à l’autre c’était une histoire de lapins. J’avais acheté ce bouquin pour un de mes neveux et je me suis mis à le lire…
    Il s’arrêta, songeur.
    – Je sais de quel livre tu parles, dit Larry. Je l’ai trouvé formidable moi aussi.
    – C’était l’histoire d’une bande de lapins, reprit Stu. Ils vivaient bien peinards. Ils étaient gros ils mangeaient bien, ils avaient chaud dans leurs petits terriers. Mais quelque chose clochait, et aucun des lapins ne voulait savoir ce que c’était. On aurait dit qu’ils ne voulaient pas savoir. Mais… mais il y avait un fermier…
    – Il fichait la paix aux lapins, continua Larry, à condition de pouvoir en attraper un de temps en temps pour se faire un civet. Ou pour le vendre peut-être. Bref, il avait son petit élevage de lapins.
    – Ouais. Mais il y avait un lapin, Poil d’Argent, qui écrivait des poèmes sur le fil brillant – le fil de laiton dont le fermier se servait pour faire ses collets… Poil d’Argent faisait des poèmes sur le fil de laiton qui étrangle les lapins, reprit Stu en secouant lentement la tête, comme s’il ne parvenait pas à y croire. Harold me fait penser à ça. A Poil d’Argent le lapin. » Pages 138 et 139
  • « Harold était assis en tailleur sur une table de pique-nique, comme une illustration d’un manuel Zen écrit par un esprit dérangé. Ses yeux étaient brumeux, perdus dans le lointain. » Page 146
  • « – Si nous avions fouillé toute la maison, au lieu de chercher simplement ce sale livre, nous aurions peut-être trouvé la bombe, dit-elle d’une voix étranglée par l’émotion. Il… Nick et Sue seraient vi-vivants et… » Page 160
  • « L’Antéchrist, voilà ce que je pense, moi. Nous sommes en train de vivre l’Apocalypse… c’est bien clair. Allez et versez sur la terre les sept coupes de la fureur de Dieu… Pour moi, c’est clair comme de l’eau de roche que l’apôtre Jean voulait parler de la super-grippe. » Page 168
  • « – La lumière électrique n’est pas la réponse, Stu Redman. La radio ne l’est pas non plus, Ralph Brentner. La sociologie ne mènera à rien, Glen Bateman. Te repentir d’une vie qui s’est depuis longtemps refermée comme un livre n’empêchera rien, Larry Underwood. Et ton petit garçon ne l’arrêtera pas non plus, Fran Goldsmith. La mauvaise lune s’est levée. On ne propose rien sous le regard de Dieu. » Page 188
  • « – La Bible raconte que David a fait sa fête à Goliath. Je vais aller là-bas, si vous dites qu’il le faut, mère. » Page 193
  • « – Nous avons rêvé d’elle et elle était la voix de Dieu. Tout ce truc fait partie d’un jeu stupide, tu ne crois pas, Stuart ? Tu as déjà lu le Livre de Job ?
    – Je n’ai jamais été très porté sur la Bible.
    – Ma mère l’était. Elle voulait absolument nous donner une certaine culture religieuse, à mon frère Fred et à moi. Elle n’a jamais dit pourquoi. Ça ne m’a servi qu’à une seule chose, autant que je sache : je pouvais toujours répondre aux questions sur la Bible dans les jeux à la télévision. Il y en avait un qui fonctionnait à l’envers. On te donnait la réponse, et tu devais trouver la question. Quand il s’agissait de la Bible, je trouvais toutes les questions. Job était l’enjeu d’un pari entre Dieu et le démon. Le démon dit : ” D’accord, il Te prie. Mais il se la coule douce. Si Tu lui fais la vie dure suffisamment longtemps, il va Te tourner le dos. ” Dieu accepta le pari. Et Dieu a finalement gagné, fit-elle avec un sourire éteint. Dieu gagne toujours. » Pages 196 et 197
  • « Et ce jour-là, 7 septembre, tandis que Stu Redman et son groupe se traînaient sur la nationale 6, plus de mille six cents kilomètres au sud-est, Bobby Terry était assis dans l’épicerie-bazar de Copperfield, une pile de bandes dessinées à côté de lui. » Page 205
  • « Il soupira et prit une autre bande dessinée dans la pile. Une idiotie à propos de tortues mutantes complètement connes, Ninja. Dégoûté, il lança à l’autre bout de l’épicerie l’album qui vint se percher sur la caisse enregistreuse, à moitié ouvert, comme une tente. Quand on lit ces trucs-là, pensa-t-il, c’est tout juste si on ne pense pas que le monde aurait aussi bien pu disparaître.
    Il prit un autre album, un Batman – ça, c’était un héros à peu près vraisemblable -, et il allait tourner la première page lorsqu’il vit la Scout bleue passer devant lui, en direction de l’ouest. » Page 207
  • « Il se précipita vers la porte et l’ouvrit d’un coup. Le Batman à la main, il sortit en courant sur le trottoir. » Page 208
  • « Allongé sur un lit, entouré de cet immense silence, des serviettes chaudes sur les mains et les genoux, plongé dans la lecture de Law and the Classes of Society de Lapham, le juge Farris faisait un bien étrange Robinson Crusoé. » Page 210
  • « Le juge était en sous-vêtements, le dos calé sur plusieurs oreillers, et il lisait le compte rendu d’un procès qui avait eu lieu à Brixton, dans le Mississippi. Une Noire illettrée avait été condamnée à dix ans de prison pour vol à l’étalage. Le procureur et trois des jurés étaient noirs. Lapham semblait vouloir dire que…
    Toc, toc, toc, à la fenêtre.
    Le vieux coeur du juge chancela dans sa poitrine. Lapham fit un vol plané. » Page 211
  • « Il était debout sous la pluie, perché sur le rebord de la fenêtre, ses plumes brillantes grotesquement collées ensemble, ses petits yeux observant à travers la vitre ruisselante un très vieil homme de loi et le plus vieil espion amateur du monde, allongé sur un lit de motel dans l’ouest de l’Idaho, complètement nu à part son boxer-short semé d’inscriptions en lettres mauve et or: LOS ANCELES LAKERS, un gros bouquin de droit posé sur son gros ventre. » Pages 211 et 212
  • « Elle avait entendu dire qu’il pouvait changer de forme, qu’il était un loup-garou, qu’il avait déclenché l’épidémie, qu’il était l’Antéchrist dont la venue était annoncée dans l’Apocalypse. » Page 223
  • « Il se revoyait assis dans la cuisine inondée de soleil, en train de recopier lentement un livre de Tom Swift sur un bloc Cheval bleu – mauvais papier jaunâtre marqué de lignes bleues -, un verre de Coke à côté de lui. » Page 258
  • « Mais il n’avait jamais complètement cessé d’écrire à la main se souvenant que Moby Dick avait été écrit ainsi de même que La Lettre écarlate et Le Paradis perdu. » Page 259
  • « Il leva les yeux et vit des busards tourner lentement dans le ciel, comme dans un film de Randolph Scott, ou dans un roman de Max Brand. Une phrase qui aurait pu sortir d’un roman : Harold vit les busards qui tournaient dans le ciel, attendant leur heure. Il les regarda calmement, puis il se pencha sur son journal. » Page 259
  • « Le souvenir nostalgique lui revenait de la cuisine ensoleillée, du verre de Coke glacé, des vieux livres moisis de Tom Swift. » Page 260
  • « Il s’était souvenu d’un roman de Daniel Keyes, Des fleurs pour Algernon. Des savants avaient transformé un concierge un peu retardé en génie… pour quelque temps. Ensuite, le pauvre type avait commencé à régresser. Comment s’appelait-il ? Charley quelque chose ? Oui, c’était bien ça, car le titre du film qu’ils avaient tourné ensuite était Charly. Pas aussi bon que le roman, plein de merde psychédélique style années soixante, s’il se souvenait bien, mais assez bon quand même. » Page 266
  • « Et puis, ce type n’était pas Jack l’Éventreur. » Page 304
  • « – Le trou dans sa vie est plus gros s’il regardait beaucoup la télévision, plus petit s’il ne la regardait qu’un peu. Mais quelque chose s’en est allé. Maintenant, enlevez-lui tous ses livres, tous ses amis et sa chaîne stéréo. Enlevez-lui toute nourriture, sauf ce qu’il peut glaner en route. Nous sommes en face d’une évacuation, mais aussi d’une réduction de l’ego. Vos moi, messieurs, se transforment en vitres parfaitement transparentes. Ou mieux encore, en verres vides.
    – Mais pourquoi ? demanda Ralph. Pourquoi tout ce cirque ?
    – Si vous lisez la Bible, vous verrez qu’il était assez fréquent que les prophètes s’en aillent de temps en temps dans le désert – visitez le désert en quarante jours et quarante nuits, vous en verrez des choses… Oui, quarante jours et quarante nuits, dit généralement la Bible, expression hébraïque qui signifie en fait ” personne ne sait exactement combien de temps il est parti, mais il est resté longtemps absent “. Ça vous rappelle quelqu’un peut-être ? » Page 360
  • « Mais oui. Et c’est la même chose avec les gens. La Bible nous parle d’Isaïe, de Job et d’autres, mais elle ne nous dit pas combien de prophètes sont revenus du désert la cervelle complètement frite à la suite de leurs visions. J’imagine qu’il y en a eu plus d’un. Mais j’ai un respect certain pour l’intelligence humaine et le psychisme humain, en dépit de quelques erreurs de parcours occasionnelles, comme notre Texan ici présent… » Page 361
  • « – Tu as besoin de quelque chose, Stu ?
    – Oui. Je voudrais les oeuvres complètes de Gore Vidal – ses livres sur Lincoln, Aaron Burr et les autres, répondit Stu avec un sourire. J’ai toujours eu envie de lire ces grosses briques. Je vais profiter de l’occasion.
    – Oh, c’est bête, Stu ! Je les ai pas emportés avec moi, répondit Ralph en lui faisant un clin d’oeil. » Page 374
  • « Quelqu’un avait laissé un livre de poche, un roman de cow-boys. Larry le prit, mais le referma presque aussitôt. » Page 393
  • « Fran était réveillée. Sa lampe de lecture était allu-mée à côté d’elle, jetant une flaque de lumière vive sur le côté gauche du drap blanc immaculé qui la recouvrait. Au centre de la tache de lumière, retourné, un roman d’Agatha Christie. » Page 483
  • « – Est-ce que tu as pensé qu’il pourrait tomber malade ? Et toi, si tu étais encore enceinte ?
    – Il y a des livres, répondit-elle avec un sourire. Tu sais lire et moi aussi. On ne peut pas passer toute sa vie à avoir peur, non ?
    – Non, tu as raison.
    – Des livres, et puis des médicaments. Nous pouvons apprendre à nous en servir; et les médicaments qui sont trop vieux maintenant… nous apprendrons à les fabriquer. Et pour la maladie, et pour la mort… » Pages 498 et 499
2,5 étoiles, F

Le fléau, tome 2

Le fléau, tome 2 de Stephen King

Éditions J’ai Lu no 3312~ Publié en 1992 ~ 505 pages

Deuxième tome de la version augmentée de ce roman de Stephen King paru initialement en 1978 sous le titre « The Stand ».

À la fin du premier tome, les personnages étaient en plein chaos suite aux ravages de la super-grippe. Ils ne savaient où aller. Ils devaient faire face à l’abolition de la civilisation et au retour de la loi de la jungle. Certains d’entre eux rêvent d’une vielle dame noire, qui les appelle vers le Nebraska. D’autres rêvent d’un homme noir qui lui les appelle vers Vegas. Alors va commencer la migration des survivants vers ces deux individus. Stu, Frannie et Nick seront conduit vers mère Abigaël, sorte d’ange gardien du bien. Ce n’est que lorsqu’ils l’auront rejoint qu’ils comprendront que l’horreur n’est pas terminée. Sous la direction de celle-ci, ils devront gagner Boulder au Colorado pour s’installer. Une fois sur place, ils devront prendre les choses en main afin d’organiser leurs vies comme avant. Le groupe de Vegas s’organise beaucoup plus rapidement sous les ordres et la discipline extrêmes de l’homme noir. À leur propre rythme, les deux villes prendront forme.

Contrairement au premier tome, celui-ci est long et sans action. La migration est la partie la plus intéressante du récit. Tout au long des déplacements, nous pouvons découvrir les doutes, les peurs ou même la désinvolture des personnages. L’exode de chacun vers un lieu commun, dans ce monde post-apocalyptique, est très bien décrit. Par contre, l’organisation de la ville, surtout celle de Boulder, est lente et décourageante. L’augmentation de la population avec l’arrivée quotidienne de nouveaux venus, les réunions et les pourparlers pour organiser la ville deviennent redondants. Le deuxième camp est aussi développé mais plus succinctement, et on voit parallèlement se construire une lutte déterminante. Malheureusement avec un si grand nombre de pages, il est difficile de ne pas avoir de longueurs. C’est à mon avis le principal défaut de ce tome.

La note : 2,5 étoiles

Lecture terminée le 4 mai 2012

Le Fléau – Tome 1 – Tome 3

La littérature dans ce roman :

  • « Il préféra se plonger dans son atlas routier. S’ils continuaient à rouler, peut-être feraient-ils comme une boule de neige qui grossit en dévalant une pente. Avec un peu de chance, ils rencontreraient quelques personnes avant d’arriver au Nebraska. En suite » Page 27
  • « Ils campèrent un kilomètre plus loin, sous un château d’eau perché sur d’immenses jambes d’acier, comme un Martien de H. G. Wells. » Page 29
  • « La fille jouait les héroïnes de romans-feuilletons. En étouffant un sanglot, elle se précipita dans les bras de Nick et se colla contre lui comme une sangsue. » Page 35
  • « Les années soixante, ça c’était la grande époque. Les hippies. Flower people. Andy Warhol avec ses lunettes roses et sa saloperie de brillantine. Norman Spinrad, Norman Mailer, Norman Thomas, Norman Rockwell, et ce bon vieux Norman Bates du motel Bates, ha ha ha. Dylan se casse le cou. Barry McGuire croasse The Eve of Destruction. Diana Ross donne la chair de poule à tous les petits Blancs. Et tous ces groupes formidables, pensait Larry dans son brouillard. Ceux de maintenant, vous pouvez bien vous les foutre au cul. Pour le rock, plus rien d’intéressant depuis les années soixante. Ça, c’était de la musique. Airplane avec Grace Slick pour la voix, Norman Mailer à la guitare, et ce bon vieux Norman Bates à la batterie. Les Beatles. Les Who. Morts… » Page 43
  • « Et elle vit Joe, debout devant la véranda grillagée où l’homme dormait. Son slip blanc était d’une blancheur éclatante dans le noir; en fait, le garçon avait la peau si noire qu’on aurait presque cru que son slip tenait tout seul dans le vide, ou qu’il était porté par l’homme invisible de H. G. Wells. » Page 58
  • « Une allée de ciment menait au petit escalier de la véranda. Des deux côtés, le gazon vert cru était haut. A droite, près de la véranda, l’herbe humide de rosée avait été foulée. Lorsque la rosée s’évaporerait, le gazon se redresserait sans doute. Mais, pour le moment, on y voyait clairement des traces de pas. Larry était un homme de la ville. Il n’avait rien d’un homme des bois, d’un James Fenimore Cooper. Mais il aurait fallu être aveugle, pensa-t-il, pour ne pas voir que deux personnes s’étaient trouvées là: une grande et une petite. » Page 62
  • « Amoureux transi ou pas, amateur ou non de chocolat Payday, Larry commençait à éprouver beaucoup de respect pour ce Harold, commençait presque à l’aimer. Il s’en était fait une image. Probablement dans les trente-cinq ans, fermier peut-être, grand, mince, bronzé, pas trop fort sur les livres, mais plein de ressources. » Page 89
  • « John Freemanne faisait semblant de ne pas entendre ces choses et, rendu chez lui, il citait la Bible – ” Heureux les humbles de coeur ” et ” Tu récolteras ce que tu as semé “. Et sa citation favorite, prononcée non pas dans l’humilité du cœur mais dans la folle espérance de celui qui attend ” Les petits hériteront de la terre. “ » Page 113
  • « Le Seigneur Dieu me l’a dit en rêve. Je ne voulais pas l’écouter. Je suis une vieille femme, et tout ce que je veux, c’est mourir sur ce petit bout de terre. La terre de ma famille depuis cent douze ans. Mais il est dit que ce n’est pas là que je mourrai, pas plus que Moïse n’est allé en Canaan avec les enfants d’Israël. » Page 151
  • « – Ces rêves me faisaient peur, tellement peur que je n’en ai jamais parlé à personne. Je me sentais comme Job devait se sentir quand Dieu lui parla dans la tempête. J’ai même voulu croire qu’il ne s’agissait que de rêves, pauvre vieille femme qui fuit son Dieu comme Jonas. Mais le gros poisson nous a avalés quand même vous voyez ! Et si Dieu dit à Abby, tu dois leur dire alors je dois leur dire. » Page 151
  • « – Il n’est pas Satan, dit-elle, mais lui et Satan se connaissent et ils tiennent conseil ensemble depuis longtemps. La Bible ne dit pas ce qui est arrivé à Noé et à sa famille après le déluge. Mais je ne serais pas surprise qu’il y ait eu une terrible bataille pour les âmes de ces quelques personnes – pour leurs âmes, leurs corps, leurs pensées. Et je ne serais pas surprise si c’est exactement ce qui nous attend. » Page 154
  • « Car si Mark avait attrapé maintenant cette saloperie, aucun d’eux n’était à l’abri. Le microbe traînait peut-être encore quelque part. Peut-être une nouvelle mutation. Pour mieux te manger, mon enfant. » Page 171
  • « – Pourquoi nous ? questionna Glen d’une voix hargneuse. Pourquoi pas vous ? Nous n’avons même pas de manuel de médecine, nom de Dieu ! » Page 186
  • « – Ils sont partis à Kunkle. Il y avait sans doute un médecin là-bas, autrefois.
    – Ils vont essayer de trouver des livres, ajouta Perion. Et des… des instruments. » Page 186
  • « Perion se retourna vers Mark pour lui éponger le front, doucement, amoureusement. Frannie se souvint d’une planche en couleurs dans la bible familiale, une image où l’on voyait trois femmes en train d’embaumer le corps de Jésus avec des huiles et des aromates. » Page 188
  • « Stu et Glen revinrent à quatre heures moins le quart avec un grand sac noir rempli d’instruments et de gros livres. » Page 190
  • « Il était quatre heures dix. Stu était à genoux sur une alaise de caoutchouc qu’ils avaient étendue sous l’arbre. La sueur coulait à flots sur son visage. Frannie tenait un livre devant lui, passant d’une planche en couleurs à la suivante, puis revenant à la première quand Stu relevait ses yeux brillants et lui faisait signe. A côté de lui, affreusement blanc, Glen Bateman tenait une bobine de fil blanc. Entre les deux hommes, il y avait une boîte pleine d’instruments en acier inoxydable. La boîte était tachée de sang. » Page 190
  • « – Une explication qui en vaut une autre, a dit Glen, et nous l’avons tous regardé. Si vous regardez les choses d’un point de vue théologique, on dirait bien que nous sommes pris entre l’arbre et l’écorce dans une lutte à finir entre le ciel et l’enfer, vous ne croyez pas ? S’il reste encore des jésuites après la super-grippe, ils s’arrachent sûrement les cheveux.
    Mark a éclaté de rire. Je n’ai pas bien compris mais je n’ai rien dit.
    – Eh bien, moi, je pense que tout cela est parfaitement ridicule, a dit Harold. Bientôt, vous allez vous prendre pour Edgar Cayce et croire à la transmigration des âmes. » Page 195
  • « Avez-vous lu l’étude publiée en 1958 par James D. L. Staunton sur les accidents d’avions et de chemins de fer ? Elle a d’abord paru dans une revue de sociologie, mais la presse à sensation en reparle de temps en temps quand les journalistes ont du mal à pisser de la copie.
    Nous avons tous secoué la tête.
    Vous devriez la lire. James Staunton avait ce que mes étudiants d’il y a vingt ans auraient appelé ” une tête bien faite ” – un sociologue tout à fait bien, très tranquille, qui s’intéressait à l’occulte, son violon d’Ingres si on veut. Il a d’abord écrit une série d’articles, puis il a sauté la barrière pour étudier le sujet par lui-même. » Page 196
  • « Choses dont je veux me souvenir : Récession, crise du pétrole, un prototype Ford qui faisait moins de quatre litres aux cent sur route. Une voiture formidable. C’est tout. J’arrête. Si je continue à écrire autant, ce journal sera aussi long qu’Autant en emporte le vent le jour où le cow-boy solitaire sortira de son ranch (de préférence, pas sur son cheval blanc). Oh oui, encore une chose dont je veux me souvenir. Edgar Cayce. Mais je ne l’oublierai pas. On dit qu’il voyait l’avenir dans ses rêves. » Pages 199 et 200
  • « Harold s’efforce souvent de paraître blasé, glacé – comme un jeune écrivain qui chercherait ce petit bistrot sur la rive gauche où il pourrait passer la journée à parler de Jean-Paul Sartre et à boire un infect tord-boyaux – mais sous la surface, bien caché, Harold est un adolescent qui n’est vraiment pas très mûr. » Page 217
  • « Dans ma tête je ne voyais plus qu’une image idiote de Donald le canard. Donald le canard qui pataugeait dans les ruines de la civilisation occidentale en caquetant, furieux: Qu’est-ce qu’il y a de drôle, hein ? Qu’est-ce qu’il y a de drôle ? Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ? Je me suis pris la figure entre les mains et j’ai ri et j’ai sangloté et j’ai ri encore, tellement que Harold a dû penser que j’étais devenue absolument cinglée. » Page 217
  • « Nous entrons dans la canicule pensa-t-il. La canicule, du 25 juillet au 28 août, disent les vieux dictionnaires. La canicule, ainsi nommée car les chiens enragés étaient particulièrement nombreux à cette période de l’année, dit la légende. » Page 228
  • « Il ouvrit le sac de Frannie et fouilla dedans en s’éclairant avec une minuscule lampe électrique. Frannie murmura dans son sommeil, se retourna. Harold retenait sa respiration. Il trouva finalement ce qu’il cherchait tout au fond, sous trois chemises propres et un atlas routier aux pages cornées. Un petit carnet de notes. » Page 228
  • « Harold referma le carnet et se glissa dans son sac de couchage. Il était redevenu le garçon qu’il avait été autrefois, celui qui avait peu d’amis (il avait été un beau bébé jusque vers l’âge de trois ans, avant de devenir ce petit gros qui faisait rire tout le monde) et tant d’ennemis, le garçon dont ses parents ne s’occupaient pas beaucoup – ils ne pensaient qu’à Amy, la petite Amy qui s’avançait rayonnante sur le chemin de la vie -, le garçon qui avait cherché sa consolation dans les livres, le garçon qui s’était réfugié dans ses rêves parce qu’on ne voulait jamais de lui pour jouer au base-ball… qui devenait Tarzan, tard la nuit sous ses couvertures, la lampe braquée sur la page imprimée, les yeux agrandis, insensible à l’odeur de ses pets; et ce garçon se blottissait maintenant au fond de son sac de couchage pour lire le journal de Frannie à la lumière de sa lampe électrique. » Pages 228 et 229
  • « Il fallut plus de deux heures pour que tous les réservoirs sautent. Quand ce fut fini, la nuit n’était pas noire. C’était une nuit fiévreuse, zébrée de flammes jaunes et orange. Du côté est, tout l’horizon était en flammes. Et il se souvint d’une bande dessinée qu’il avait vue quand il était enfant, une adaptation de La Guerre des mondes de H. G. Wells. Maintenant des années plus tard le petit garçon qui avait feuilleté l’album n’était plus là, mais La Poubelle l’avait remplacé, et La Poubelle possédait le terrible et merveilleux secret du rayon de la mort des Martiens. » Page 238
  • « Il composait dans sa tête un psaume à la louange de l’homme noir. Et il s’était dit qu’il devrait se procurer un gros livre (un Livre) pour noter ce qu’il pensait de lui. Un Livre que les gens liraient plus tard. Les gens qui sentaient la même chose que La Poubelle. » Page 292
  • « Elle s’approcha de lui et vit sa bible ouverte sur ses genoux.
    – Vous allez vous faire mal aux yeux.
    – Pas du tout. La lumière des étoiles est la meilleure pour ce genre de bouquin. Peut-être la seule d’ailleurs. Qu’est-ce que vous pensez de ça ? ” N’est-ce pas un service de soldat que fait le mortel sur terre et ses jours ne sont-ils pas des jours de mercenaire ? Tel un esclave aspirant après l’ombre, et tel un mercenaire attendant son salaire, ainsi ai-je hérité de mois de déception, et des nuits de peine me sont échues. “
    – Super, dit Lucy sans trop d’enthousiasme. Vraiment Joli.
    – Non, ce n’est pas joli. Il n’y a rien de très joli dans le Livre de Job, Lucy, dit le juge en refermant sa bible. ” Des nuits de peine me sont échues. ” C’est le portrait de votre ami, Lucy, le portrait de Larry Underwood. » Page 301
  • « Il avait commencé à se constituer une petite bibliothèque chose qu’il avait toujours voulu faire au cours de ses années d’errance. Il lisait beaucoup à l’époque (depuis quelque temps, il n’avait que rarement le loisir de s’asseoir pour entreprendre une longue conversation avec un livre), et certains de ceux qui s’alignaient sur les étagères encore pratiquement vides étaient de vieux amis, la plupart empruntés dans des bibliothèques publiques pour la somme de deux cents par jour ; ces dernières années, il n’était jamais resté suffisamment longtemps au même endroit pour pouvoir obtenir une carte de lecteur. Les autres volumes étaient des livres qu’il n’avait pas encore lus, mais que ses lectures précédentes lui avaient donné envie de connaître. Et, tandis qu’il était assis dans le petit bureau devant sa feuille de papier et ses deux crayons-feutres, un de ces livres était juste à côté de lui sur la table – Les Confessions de Nat Turner, de William Styron. Il avait marqué l’endroit où il avait interrompu sa lecture avec un billet de dix dollars trouvé dans la rue. Il y avait beaucoup d’argent dans les rues, des billets que le vent balayait dans les caniveaux, et il était encore surpris et amusé de voir combien de gens – dont lui – s’arrêtaient pour les ramasser. Pourquoi ? Les livres ne coûtaient plus rien à présent. » Pages 348 et 349
  • « Le monde, pensait-il, non pas selon Garp, mais selon la super-grippe. » Page 356
  • « – J’avais l’impression de devenir fou. Je pensais toujours que quelque chose allait nous arriver que nous allions nous faire attaquer par une bande de motards, manquer d’eau, n’importe quoi. Ma mère avait un livre qu’elle avait reçu de sa grand-mère, je crois. Dans les pas de Jésus, c’était le titre. Une collection de petites histoires à propos de gens qui se trouvaient dans des situations épouvantables. Des problèmes de morale, la plupart du temps. Et le type qui avait écrit ce livre disait que pour résoudre les problèmes, il suffisait de se demander: ” Que ferait Jésus ? ” Et tout s’arrangeait aussitôt. Vous savez ce que je pense ? Que c’est une question Zen. Pas une question en réalité, mais une manière de faire le vide dans votre tête, comme ces types qui murmurent Om… Om… en se regardant le bout du nez. » Page 367
  • « Il changea de position sur sa chaise. Un livre était posé sur ses genoux, un grand livre relié en similicuir. Chaque fois qu’il sortait de chez lui, il le cachait sous une pierre de la cheminée. Si quelqu’un avait trouvé ce livre sa carrière à Boulder aurait été terminée. Un mot s’étalait en lettres d’or sur la couverture du livre : REGISTRE. C’était le journal qu’il avait commencé à tenir après avoir lu celui de Fran. » Page 372
  • « Il referma le registre, rentra dans la maison cacha le livre dans son trou, replaça soigneusement la grosse pierre. » Page 375
  • « Les coups de foudre, ça existe peut-être dans les livres, mais dans la vie réelle… » Page 395
  • « Comme les gens qui se convertissent à la religion ou qui lisent…
    Elle s’arrêta tout à coup et un éclair de frayeur sembla traverser ses yeux.
    – Qui lisent quoi ?
    – Quelque chose qui change leur vie. Das Kapital. Mein Kampf. Ou des lettres d’amour qui ne leur sont pas adressées. » Page 396
  • « Son bébé était vivant, bien à l’abri et ce qu’elle tenait dans ses mains n’était qu’un livre. De toute façon aucun moyen de savoir si quelqu’un l’avait lu, et même s’il y avait eu un moyen, impossible de savoir si cette personne qui l’avait lu était Harold Lauder.
    Elle ouvrit le livre et commença à le feuilleter lentement, instantanés de son passé récent, comme des photos noir et blanc d’amateur. Instantanés de la mémoire. » Page 402
  • « Fran: Tout ce que tu dis est vrai, Nick. Je ne peux pas dire le contraire. Je sais qu’il est mauvais. Qu’il pourrait même être la créature de Satan, comme dit mère Abigaël. Mais nous tirons sur le même levier que lui pour l’arrêter. Tu te souviens du bouquin d’Orwell Les Animaux ? ” Ils regardèrent les porcs puis les hommes, et ne purent voir la différence. ” Je crois que ce que j’aimerais vraiment t’entendre dire – même si c’est Ralph qui le lit – c’est que si nous devons tirer ce levier pour l’arrêter… si nous le faisons… eh bien, que nous serons capables de le lâcher ensuite. Est-ce que tu peux dire ça ? » Page 416
  • « Il était encore très tôt. Mère Abigaël ne dormait pas. Elle essayait de prier. Elle se leva dans le noir, s’agenouilla dans sa robe de nuit de coton blanc et posa le front sur sa bible ouverte aux Actes des apôtres. La conversion de Saul sur le chemin de Damas. La lumière l’avait aveuglé et les écailles qui recouvraient ses yeux étaient tombées. Les Actes, dernier livre de la Bible, où la doctrine s’appuyait sur des miracles. Et qu’étaient les miracles sinon la divine main de Dieu à l’oeuvre sur terre ? » Page 419
  • « Elle leva la tête et regarda autour d’elle, comme si elle était ivre. Sa bible était tombée par terre. » Page 422
  • « – Non, certainement pas ! s’exclama Stu. Mais nous ne pouvons pas la laisser comme ça se promener toute seule. Elle s’est mis dans la tête qu’elle a offensé Dieu. Et si elle se disait maintenant qu’elle doit aller faire pénitence dans la solitude du désert comme un prophète de l’Ancien Testament ? » Page 424
  • « Fran ne savait pas que mère Abigaël était partie. Elle était restée enfermée toute la matinée à la bibliothèque, en train de feuilleter des ouvrages de jardinage. Elle n’était pas la seule étudiante, d’ailleurs. Deux ou trois autres personnes consultaient des livres sur l’agriculture. Un jeune homme à lunettes d’environ vingt-cinq ans était plongé dans un livre intitulé Sept moyens de faire vous-même votre électricité. Une jolie petite blonde d’environ quatorze ans était absorbée dans la lecture de Six cents recettes faciles. » Page 427
  • « Elle jeta un coup d’oeil autour d’elle. Le sous-sol avait été aménagé en salle de jeu. Un projet dont son père avait toujours parlé mais qu’il n’avait jamais entrepris, pensa-t-elle avec un petit pincement de tristesse. Pin noueux sur les murs. Haut-parleurs quadraphoniques encastrés. Faux plafond insonorisé. Un grand coffre rempli de puzzles et de livres. » Page 431
  • « Il s’assit dans son fauteuil favori et ferma les yeux. Quand les battements de son cœur eurent un peu ralenti, il s’avança vers la cheminée, retira la pierre et prit son REGISTRE. Sa présence le rassura. Un registre, c’est un livre où vous tenez vos comptes tant de prêté, tant de rendu, intérêt et principal. Lé livre où vous finissez par régler tous vos comptes. » Page 444
  • « Il remit le journal à sa place et reposa la pierre. Il était calme. il avait vidé ce qu’il avait en lui. sa terreur et sa fureur habitaient désormais les pages du journal, sa détermination était plus forte que jamais. Et c’était bien ainsi. Parfois, écrire le rendait encore plus nerveux. Il savait alors qu’il n’écrivait pas la vérité, ou qu’il n’écrivait pas avec l’effort nécessaire pour affûter le bord émoussé de la vérité afin de lui donner une arête tranchante – d’en faire une lame capable de faire jaillir le sang. Mais, ce soir, il pouvait ranger son livre, l’esprit serein. La rage, la peur, la frustration avaient trouvé leur exacte transcription dans le livre, le livre qui resterait caché sous sa pierre pendant qu’il dormirait. » Pages 444 et 445
  • « Il s’allongea, résigné à passer une nuit blanche, cherchant une nouvelle cachette. Sous une lame de parquet ? Au fond d’un placard ? Peut-être ce vieux truc: le laisser bien en évidence sur une étagère, un volume parmi d’autres, coincé entre La Femme totale d’un côté et un volume du Reader’s Digest de l’autre ? Non – c’était quand même trop risqué. » Page 447
  • « Stu rentra à neuf heures et quart. Fran était pelotonnée sur le double lit. Elle était vêtue d’une de ses chemises – elle lui arrivait presque jusqu’aux genoux – et lisait un livre, Cinquante plantes utiles. » Page 447
  • « Stu lisait un roman de cow-boys et d’Indiens. Quand il vit Glen, pâle, les yeux hagards, il jeta son livre par terre. » Page 455
  • « A côté du verre, un cendrier avec cinq pipes quelques livres: Le Zen et la Motocyclette, Tout du cru, Macho Pistolet – tous ouverts. Et un sachet de crackers Kraft au fromage. » Page 457
  • « Il jeta un coup d’œil à Glen, mais détourna aussitôt les yeux. Même un vieux sociologue chauve qui lit trois livres d’un seul coup n’aime pas trop qu’on le voie faire de l’eau avec ses yeux. » Page 457
  • « Au verso de son message, la vieille femme avait griffonné deux références bibliques: Proverbes 11: 1-3 et Proverbes 21: 28-31. Le juge Farris avait consulté les textes avec la minutie d’un avocat qui prépare sa plaidoirie et, au début du débat, il s’était levé pour lire les deux citations de sa voix fêlée et apocalyptique de vieil homme. Il commença par la citation du onzième chapitre des Proverbes: La balance fausse est en horreur à Yahvé, mais le poids juste lui est agréable. Si l’orgueil vint viendra aussi l’ignominie; mais la sagesse est avec les humbles. La perfection des hommes droits les guide, mais les détours des perfides les ruinent. La citation du vingt et unième chapitre était de la même veine: Le témoin menteur périra, mais l’homme qui écoute pourra parler toujours. Le méchant prend un air effronté, mais l’homme droit ordonne ses voies. Il n’y a ni sagesse, ni prudence, ni conseil en face de Yahvé. On équipe le cheval pour le jour du combat, mais de Yahvé dépend la victoire.
    Le débat qui avait suivi la déclamation du juge (déclamation, c’était bien le mot juste) avait porté sur de multiples sujets – certains plutôt comiques. Quelqu’un avait fait observer d’une voix lugubre que, si l’on additionnait les numéros des chapitres, on obtenait trente et un, soit le nombre des chapitres de l’Apocalypse. Le juge Farris s’était levé une nouvelle fois pour préciser que l’Apocalypse ne comptait que vingt-deux chapitres, du moins dans sa version de la Bible, et qu’en tout état de cause vingt et un plus onze faisaient trente-deux, et non trente et un. » Pages 476 et 477
  • « …Il n’y avait plus beaucoup de clients une fois que les gens qui travaillaient de huit à onze à la Dixie Paper étaient rentrés chez eux… Il y avait des tas de nuits où pas une seule voiture s’arrêtait entre minuit et trois heures. Alors, j’étais là, en train de lire un livre ou une revue. Et plus d’une fois j’étais à moitié endormi. Tu comprends ?
    – Oui.
    Elle pouvait se l’imaginer, l’homme qui était devenu le sien, quand le moment était venu, quand les événements l’avaient décidé. Cet homme aux larges épaules endormi dans une chaise de plastique de chez Woolco, un livre ouvert sur les genoux. Elle le voyait dormir dans une île de lumière blanche, une île entourée de toutes parts par la grande mer de la nuit du Texas. Elle aimait se l’imaginer ainsi, comme elle aimait le voir dans toutes les images qu’elle se faisait de lui.
    – Eh bien, un soir, il était à peu près deux heures et quart, j’étais assis, les pieds posés sur le bureau de Hap, et je lisais un roman de cow-boys, un roman de Louis L’Amour, ou peut-être de Elmore Leonard. » Page 481
  • « – Les années ont passé, comme on dit dans les livres et chaque fois que je pensais à cette nuit-là-ça m’arrivait de temps en temps – j’étais de plus en plus sûr que ce n’était pas lui finalement. Simplement quelqu’un qui lui ressemblait un peu. » Page 484
  • « – Les esprits ne sont peut-être jamais de bonne humeur, répondit la jument en lui lançant un regard sévère. Ou vous risquez de recevoir un message de votre subconscient que vous n’êtes absolument pas prête à assimiler. La littérature spécialisée parle de très nombreux cas d’expériences d’écriture automatique dégénéré. Les gens sont devenus fous. » Pages 500 et 501
4,5 étoiles, F

Le fléau, tome 1

Le fléau, tome 1 de Stephen King.

Éditions J’ai Lu ~ Publié en 1992 ~ 510 pages

Quatrième roman de Stephen King paru initialement en 1978 sous le titre « The stand ». Ce roman a fait l’objet d’une réédition augmentée en 1990.

En 1990, dans un laboratoire de l’armée américaine, un virus mortel est libéré dans les locaux. Un bris dans la sécurité va permettre à Charlie Campion de quitter le bâtiment. Il contaminera en premier lieu les membres de sa famille et tout les gens qu’il croisera dans sa fuite. Le taux de contamination est de 94,4%. Cette Super-grippe décimera par la suite la population d’un bout à l’autre des États-Unis. Les survivants qui semblent être immunisés devront faire face à la disparition de la civilisation. Seul ne sachant que faire, ni où aller les survivants voudront retrouver leurs semblables. Va alors commencer pour ceux-ci un long périple dans lequel ils devront enjamber les cadavres pourrissants. Leurs rêves seront visités soit par le terrifiant Homme noir soit par Mère Abigaël une afro-américaine originaire du Nebraska, âgée de 108 ans.

Ce premier tome met en scène une galerie de personnages plus intéressants les uns que les autres. De ceux-ci quelques-uns seulement vont survivre. La mise en place des personnages est particulièrement efficace, on passe d’une personne à l’autre, d’une histoire à l’autre, d’une ville à l’autre sans perdre le rythme. On devient alors témoin de la propagation inexorable de la maladie. J’ai été prise par l’histoire dès les premières pages et me suis laissée entraîner avec délectation jusqu’à la dernière page. Stephen King n’y va pas dans la dentelle lorsqu’il décrit les cadavres, les agonies et les mesures prises par le gouvernement lors de cette apocalypse. La fin de notre société par la propagation d’un virus semble tellement crédible que c’est saisissant. Vivement la suite.

La note : 4,5 étoiles

Lecture terminée le 25 décembre 2011

Le Fléau – Tome 2 – Tome 3

Ving-sixième lecture de mon défi 26 livres – 26 auteurs édition 2011

La littérature dans ce roman :

  • « Et elle se mit à rire d’elle-même, d’un rire un peu amer. Tu en fais toute une histoire, se dit-elle, comme si le monde entier attendait cette nouvelle. Chapitre six : Hester Prynne annonce au révérend Dimmesdale l’arrivée imminente de Pearl. Non, ce n’était pas Dimmesdale, mais Jess Rider, vingt ans, un an de moins que Notre Héroïne, la jolie Fran. » Page 38
  • « Mais il m’a fait prendre mon sac à dos et n’est-ce pas Robert Frost, le grand poète, qui disait que chez soi, c’est l’endroit où il faut bien qu’on vous ouvre la porte quand vous vous pointez, ou quelque chose de genre ? » Page 81
  • « – Jess veut bien faire, reprit-elle; il est plein de bonnes intentions. Mais… nous sommes allés à un récital de poésie au début de l’année. Un type qui s’appelait Ted Enslin. C’était plein. Tout le monde écoutait très sagement… très attentivement… pour ne pas perdre un mot. Et moi… tu me connais.
    Il lui passa gentiment le bras autour du cou :
    – Franny a eu le fou rire.
    – Exact. Tu me connais vraiment bien.
    – Un peu, en tout cas.
    – Un fou rire juste comme ça, sans aucune raison. Et je me disais : « Il est cradingue, cradingue, on est tous venus là pour écouter un vieux dingue cradingue. » Il y avait du rythme, comme une chanson à la radio. Et j’ai eu le fou rire. Je ne voulais pas. Rien à voir avec les poèmes de Ted Enslin, ils étaient très bons, rien à voir avec son allure. C’était la manière dont les autres le regardaient. » Pages 94 et 95
  • « – Si ! répondit-il brusquement, désemparé tout à coup. Je suis un vieil homme qui essaie de donner un conseil à sa fille, comme un singe qui voudrait apprendre à un ours à se tenir à table. Un ivrogne m’a pris mon fils il y a dix-sept ans et ma femme n’a jamais plus été la même depuis. J’ai toujours vu la question de l’avortement en pensant à Fred. On dirait que je suis incapable de faire autrement comme toi tu étais incapable d’arrêter ton fou rire à ce récital de poésie, Frannie. Ta mère te donnerait toutes les raisons habituelles. Elle te parlerait de morale. Une morale vieille de 2 000 ans. Le droit à la vie. Toute notre morale occidentale est fondée là-dessus. J’ai lu les philosophes. Je fouille dans leurs livres comme ta mère fouille dans les étagères des supermarchés. Ta mère en est restée au Reader’s Digest, mais c’est moi finalement qui argumente avec mon cœur, et elle avec les codes de morale. Je vois Fred, c’est tout. Il était complètement démoli. Aucune chance de s’en sortir. Les cocottes pro-vie brandissent leurs photos de bébés nageant dans de l’eau salée, leurs photos de bouts de bras et de jambes sur des tables d’acier inoxydable. Et puis après ? La fin d’une vie n’est jamais jolie. Moi je vois Fred, couché sur ce lit pendant sept jours, enveloppé dans ses bandes, comme une momie. La vie ne vaut pas cher, et l’avortement la rend encore moins chère. Je lis plus qu’elle, mais c’est elle qui a les idées plus claires en fin de compte. Ce qu’il faut faire, ce qu’il faut dire… tout ça dépend si souvent de jugements arbitraires. Je n’arrive pas à l’accepter. C’est comme un blocage dans ma gorge, coir que toute véritable logique semble procéder de l’irrationalité. De la foi. Tu trouves que j’ai les idées passablement embrouillées, non ? » Pages 97 et 98
  • « Sa pièce favorite avait toujours été l’atelier de son père, dans l’appentis qui reliait la maison à la grange. On y entrait par une petite porte qui faisait à peine un mètre cinquante de haut, presque cachée derrière le vieux poêle à vois de la cuisine. Un excellent début, cette porte : délicieusement petite et dissimulée, comme les portes des contes de fées ou des rêves. Quand elle avait grandi, il lui avait fallu se pencher pour passer, comme le faisait son père – sa mère ne mettait jamais les pieds dans l’atelier, à moins d’y être absolument obligée. C’était une porte comme celles qui s’ouvrent sur un monde de rêve dans Alice aux pays des merveilles. Un temps, elle s’était amusée à croire, sans le dire même à son père, qu’un jour, en l’ouvrant, ce ne serait pas dans le tout l’atelier de Peter Goldshmith qu’elle trouverait, mais un passage souterrain qui la conduirait du pays des merveilles à Hobbiton, un tunnel étroit mais presque douillet avec son plafond tapissé de grosses racines qui vous faisaient une bonne bosse si vous vous cogniez le front. Un tunnel qui sentait non pas la terre humide, les vers et les vilaines bestioles, mais la cannelle et les tartes au pommes, un tunnel qui aboutissait dans l’office où Mr. Bilbo Baggins célébrait son cent onzième anniversaire… » Page 142
  • « Sur la cheminée, au-dessus du vieux fusil de chasse, se trouvait un gros album. Carla était une sorte de généalogiste amateur et toute sa famille se trouvait dans ce livre…au moins jusqu’en 1638, lorsque le premier de ses ancêtres identifiables était sorti suffisamment longtemps de la foule anonyme des Londoniens pour que son nom soit inscrit dans quelque très ancien registre paroissial comme celui de Merton Downs, franc-maçon. » Page 148
  • « L’étalage des livres de poche se renversa. Puis la Schmeisser se trouva à court de munition, et ce fut le silence, assourdissant. L’odeur. Le magasin empestait la poudre. » Page 179
  • « Le livreur lut avec toute la concentration d’un élève studieux qui s’apprête à attaquer Moby-Dick. » Page 195
  • « Il aimait beaucoup la science-fiction et s’achetait parfois de vieux livres à moitié déchirés, découverts sur les étagères poussiéreuses des brocanteurs de campagne. » Page 207
  • « Il transporta la télévision à côté de son lit (« Tu vas attraper une hernie », avait-elle dit en reniflant), lui avait apporté du jus de fruits et un vieux flacon de gouttes contre le rhume. Puis il avait couru chez le marchand de journaux lui acheter quelques livres de poche. » Page 216
  • « – En fait, le médecin pense que c’était peut-être mieux pour ses poumons et ses bronches qu’elle reste assise. Il n’en a pas dit plus. Mais sa femme connaît très bien Carla. Nous savions parfaitement lui et moi que ta mère a un peu couru après cette grippe. Elle est présidente du Comité historique, elle passe vingt heures par semaine à la bibliothèque, elle est secrétaire du Club des femmes et du Club des amateurs de littérature, elle s’occupe des campagnes de charité depuis que ton frère est mort, ou même avant, et l’hiver dernier, comme si ce n’était pas assez, elle a accepté de s’occuper aussi de la Fondation pour les maladies du cœur. » Page 231
  • « – Ma fille m’a donné un recueil de poèmes il y a quelques années. Un certain Yeets. Elle prétend que tous les militaires devraient lire Yeets. Une plaisanterie sans doute. Tu as déjà entendu parler de Yeets, Len ?
    – Je crois que oui, répondit Creighton qui ne jugea pas utile de préciser que le nom du poète s’écrivait Yeats et de prononçait Yates.
    – Je l’ai lu du début jusqu’à la fin, reprit Starkey en contemplant l’écran qui montrait la cafétéria à jamais endormie. Sans doute parce qu’elle s’imaginait que je n’ouvrirais pas son bouquin. Il ne faut jamais être trop prévisible. Je n’ai pas compris grand-chose – ce type était sans doute un fou – mais j’ai lu ses machins. Drôles de poèmes. Pas toujours en vers. Il y en a un qui m’est toujours resté dans la tête. Il y parlait de la vie comme je l’ai toujours vue, sa grandeur, son désespoir. Il disait que tout s’écroule, que le centre ne tient plus. Je crois qu’il voulait dire que le centre se désagrège, Len. Je crois bien que c’est ça. Yeets savait que tôt ou tard les choses se désagrègent complètement. Il avait au moins compris ça.
    – Sans doute, répondit doucement Creighton.
    – La fin du poème m’a donné la chair de poule la première fois que je l’ai lu, et même encore maintenant quand je le relis. Je sais le passage par cœur. « Voici la bête cruelle, son heure enfin venue. Vers Bethléem elle se traîne, bientôt elle va y naître. »
    Creighton ne disait rien. Il n’avait rien à dire.
    – La bête est en marche, reprit Starkey en se retournant.
    Il pleurait, grimaçait un sourire.
    – Elle arrive, et elle est bien plus cruelle que ce Yeets ne l’imaginait. Tout fiche le camp. Notre boulot, c’est de tenir aussi longtemps que nous pourrons. » Pages 239 et 240
  • « Il lirait n’importe quoi en attendant que cuise son repas sur un petit feu de camp dont la fumée resterait invisible : un roman porno aux pages déchirées, sans couverture, Mein Kamps peut-être, une bande dessinée, une déclaration incendiaire de quelque mouvement patriotique réactionnaire. En fait d’imprimés, Flagg n’était pas regardant. » Page 246
  • « Ce Bradenton était un poète qui donnait parfois des cours du soir quand il ne sillonnait pas l’Utah, le Nevada et l’Arizona, faisant des conférences dans les universités où il espérait étonner ces bons petits enfants de bourgeois en leur annonçant que la poésie était toujours vivante – soporifique, sans aucun doute, mais toujours investie d’une certaine hideuse vitalité. » Page 248
  • « Bradenton n’était qu’un maillon de la chaîne. Il y en avait des milliers d’autres – des milliers de ces fous qui parcouraient le pays avec leurs livres et leurs bombes. » Page 248
  • « – Tour vas dépendre du jury. Douze connards. J’aimerais douze braves dames de quarante-deux ans qui connaissent par cœur le Petit Chaperon rouge et qui font des petits enterrements dans leur jardin quand leur perruche crève. » Page 260
  • « Le pasteur, Braceman, était avec elle le 23, quand Nick était arrivé. Il lui lisait la Bible dans le salon, mais il avait l’air nerveux et pressé de s’en aller. » Page 265
  • « Rita Blakemoor souriait et il fut à nouveau frappé par son élégance nonchalante. On aurait dit un personnage d’un roman de Irwin Shaw. Nightwork peut-être, ou celui qu’on avait adapté pour la télévision quand il était tout petit. » page 318
  • « Un citation de l’Évangile, une paraphrase en fait, lui traversa la tête sans aucune raison particulière : Avant de vouloir enlever la paille dans l’œil de ton voisin, occupe-toi de la poutre dans le tien. » Page 322
  • « Comme dans Alice au pays des merveilles, tout devenait de plus en plus curieux. » Page 325
  • « Harold était rédacteur en chef de la revue littéraire du lysée d’Ogunquit. Il écrivait d’étranges nouvelles, toujours au présent et à la deuxième personne du pluriel. Vous descendez le délirant corridor et vous pourrez d’un coup d’épaule la porte fracturé et vous regardez les athlètes – c’était son style. » Page 330
  • « Frannie s’en foutait qu’il se branle, qu’il traîne sa graisse ou qu’il imite cette semaine Wright Morris ou Hubert Selby. » Page 330
  • « Pour nouer sa cravate, elle lui cala la tête avec deux volumes de l’Encyclopédie universelle. » Page 338
  • « Trois ans plus tôt, Stu avait acheté un livre pour un de ses neveux qui habitait Waco. Il avait trouvé une boîte pour l’envoyer par la poste mais, comme détestait emballer les cadeaux encore plus qu’il détestait la lecture, il l’avait ouvert à la première page, croyant qu’il n’allait lire que quelques lignes pour voir de quoi il s’agissait. Mais il avait lu la première page, puis la deuxième… et il avait été incapable de refermer le bouquin. Il était donc resté debout toute la nuit, fumant cigarette sur cigarette, buvant une tasse de café après l’autre, absorbé par sa lecture qui n’avançait pourtant pas très vite car il n’était guère habitué à lire pour son plaisir. Une histoire de lapin, un comble. Le plus stupide des animaux, le plus trouillard… sauf que le type qui avait écrit ce livre en parlait autrement. Vous finissiez par vous sentir de leur bord. Une histoire formidable, et Stu qui lisait avec la lenteur d’un escargot l’avait terminée deux jours plus tard. » Page 342
  • « Puis les deux genoux retombèrent des deux côtés de sa cage thoracique et l’entrejambe des jeans de Richard Fry s’immobilisa à quelques centimètres de sa poitrine, comme une fourche, ses yeux de braise braqués sur Bradenton comme deux torches perçant l’obscurité d’un donjon dans un roman d’épouvante. » Pages 356 et 357
  • « Dans des paysages comme celui-ci, n’importe qui pouvait devenir Iago. » Page 359
  • « Nick Andros lisait un livre qu’il avait été chercher chez le marchand de journaux – l’histoire d’une gouvernante qui se croyait dans un manoir hanté. Il n’était pas encore arrivé à la moitié du roman, mais il savait déjà que le fantôme était en réalité la femme de châtelain, probablement enfermée dans le grenier et folle à lier. » Page 371
  • « Il laissa tomber le livre sur le bureau et sortit dans la rue. » Page 371
  • « C’était la vie, jusqu’à ce qu’il se retrouve un soir dans le vestibule de l’église méthodiste, un bidon de vingt litres d’essence à la main, en train de tout asperger autour de lui – particulièrement les vieux recueils de cantiques entassés dans un coin – et il s’était arrêté. Et il avait pensé : C’est pas bien, c’est pas bien du tout, c’est STUPIDE, ils vont savoir que c’est toi, ils diraient que c’est toi-même si c’était quelqu’un d’autre, et ils vont t’enfermer ; il réfléchissait et l’odeur de l’essence lui remplissait les narines tandis que des voix papillonnaient et tourbillonnaient dans sa tête, comme des chauves-souris dans un beffroi hanté. » Page 383
  • « – Pas du tout. Tu restes assis. Je servais toujours une deuxième tasse à mon mari. Il y tenait. Même si je ne voyais rien d’autre que son crâne au petit déjeuner. Il était toujours caché derrière son Wall Street Journal ou un énorme bouquin très ennuyeux, dans le genre Böll, Camus. Il lisait même Milton ! Avec toi c’est différent. Ce serait dommage de cacher ta jolie gueule derrière un journal. » Page 391
  • « Finalement, il était tombé sur le lit, inconscient, hors d’haleine. Et Fran avait cru que la fin était proche. Mais le lendemain matin, quand elle était allée le voir, Gus était assis dans le lit et lisait un roman de cow-boys qu’il avait trouvé sur une étagère. » Pages 421 et 422
  • « Elle avait préparé une soupe qu’il avait mangée de bon appétit et, quand il s’était plaint d’avoir du mal à lire sans ses lunettes qu’il avait cassées lorsqu’il avait pris son tour de garde à la barricade de la sortie sud de la ville, la semaine précédente, elle avait pris le livre (malgré ses protestations) et lui avait lu quatre chapitres du roman. L’auteur était une femme qui habitait un peu plus au nord, à Haven. Noël sanglant, c’était le titre du livre. Le shérif John Stoner semblait avoir bien des difficultés avec les voyous de Roaring Rock – pire, il ne trouvait pas de cadeau de Noël pour sa jolie et charmante jeune femme. » Page 422
  • « La pelouse des Lauder descendait en pente douce jusqu’à un petit mur de pierres sèches. Au milieu du jardin s’élevait la pergola octogonale où Amy et elle jouaient à la dînette quand elles étaient petites. Frannie s’en souvint tout à coup et cette image lui fit mal. L’époque où elles pleuraient toutes les deux en lisant des romans d’amour, où elles gloussaient en parlant du beau Chuckie Mayo, le plus beau garçon du lycée. » Page 425
  • « Il est effectivement possible de faire quatre États – Connecticut, Rhode Island, Massachusetts et l’extrême sud du Vermont – en vingt-quatre heures, à condition de choisir très bien son itinéraire, mais c’est un peu comme ces devinettes avec des bouts d’allumettes – facile si tu connais la solution, impossible autrement.
    – Mais où as-tu trouvé ça ?
    – Dans le Guiness, le Grand Livre des records, l’inévitable bible du lycée d’Ogunquit. » Page 432
  • « L’après-midi, elle sortit une chaise et s’installa devant la porte d’entrée pour lire son livre. Un livre qui s’intitulait Satan, maître de la planète Terre. Une histoire macabre, mais plutôt amusante. Les pécheurs et les ingrats avaient reçu leur juste punition, comme l’annonçait le livre. Ils étaient tous morts. Sauf quelques hippies qui cherchaient des femmes pour les violer, mais elle saurait quoi faire s’ils venaient par ici. » Page 460
  • « – Tu sais ce que la Bible dit de ces gens-là ? demanda Flagg d’une voix douce. Elle dit que les grands seront abaissés, que les puissants seront abattus, que les orgueilleux seront brisés. Et tu sais ce qu’elle dit des gens comme toi, Lloyd ? Elle dit : Bénis soient les humbles de cœur, car ils hériteront de la terre. Et elle dit encore : Bénis soient les pauvres d’esprit, car ils verront Dieu. » Page 479
3,5 étoiles, F

La ferme des animaux

La ferme des animaux de George Orwell

Éditions Folio ~ Publié en 1991 ~ 151 pages

Neuvième roman de George Orwell paru initialement en 1945 sous le titre « Animal Farm ».

Réunis par Sage l’Ancien dans la grange, les animaux de la ferme du Manoir l’écoutent avec attention raconter son rêve prémonitoire. Ce vieux cochon leur explique que l’origine de leur condition misérable n’est autre que l’Homme. Vivre sans l’Homme, renverser la hiérarchie des relations, inverser la domination, serait le salut du monde animal. Peu après la mort de Sage, les animaux se révoltent contre leur maître afin d’acquérir cette liberté réservée aux humains. Solidaires, ils s’organisent en se répartissant les tâches de manière équitable. Puis, certains se chargent de la gestion et de la coordination des activités. Ils vont inévitablement s’octroyer des privilèges. Tout ce qui était répugnant chez les hommes deviendra-t-il finalement le quotidien des animaux ?

C’est un livre intéressant, il résume de façon simple et imagée l’installation d’un pouvoir totalitaire et d’une dictature. Il dénonce habilement la soif de pouvoir des hommes et leur capacité à manipuler la population. Pour parvenir à leur fin, ils utilisent entre autre la propagande, la peur et l’exclusivité du savoir. Certains personnages sont très intéressant comme Malabar, le cheval, qui soutient toujours aveuglément le cochon Napoléon ; le vieil âne Benjamin, qui comprend immédiatement que tout le monde se fait manipuler et Boule de neige qui représente le traitre et qui permet à Napoléon de justifier ses décisions. C’est une métaphore très réussie et criante de vérité sur la nature humaine. Je suis consciente de la profondeur de ce livre, qui reste tout à fait actuel. Mais, il ne m’a pas passionné car il manque de rythme. Il y a de grands temps morts, surtout l’épisode de la construction du moulin.

La note : 3,5 étoiles

Lecture terminée le 12 décembre 2011

Ving-cinquième lecture de mon défi 26 livres – 26 auteurs édition 2011

La littérature dans ce roman :

  • « Les cochons révélèrent qu’ils avaient appris à lire et à écrire, au cours des trois derniers mois, dans un vieil abécédaire des enfants Jones (ceux-ci l’avaient jeté sur un tas d’ordures, et c’est là que les cochons l’avaient récupéré). » Page 27
  • « Les cochons avaient fait de la sellerie leur quartier général. Là, le soir, ils étudiaient les arts et métiers : les techniques du maréchal-ferrant, ou celles du menuisier, par exemple à l’aide de livres ramenés de la ferme. » Page 34
  • « En quelques semaines, Boule de Neige mit définitivement au point ses plans. La plupart des détails techniques étaient empruntés à trois livres ayant appartenu à Mr. Jones : un manuel du bricoleur, un autre du maçon, un cours d’électricité pour débutants. » Page 52
  • « Le parquet lisse de l’endroit étant propice à qui veut dresser des plans, il s’enfermait là des heures durant : une pierre posée sur les livres pour les tenir ouverts, un morceau de craie fixé à la patte, allant et venant, traçant des lignes, et de temps à autre poussant de petits grognements enthousiastes. » Page 52